Désormais traqué par son double, Mitch Shelley fait appel aux services de Christopher Chance, la "cible humaine", pour égarer son adversaire. En 1995, il disparaît donc dans un attentat perpétré par la mafia et se mêle aux sans-abri. Il est ensuite kidnappé par le Lab qui pratique sur lui des expériences. Son double va-t-il tomber dans le piège ?
Avant de rédiger la critique de ce pénultième épisode, je veux m'attarder un peu sur la planche ci-dessus qui est donc la dernière dessinée par le regretté Butch Guice, disparu le 1er Mai dernier. Cette page a été complétée par son ami et disciple Mike Perkins (ce dernier, je pense, signera celle du prochain et dernier épisode). Quel immense dessinateur ce fut : regardez les rythmes différents de cette planche !
Resurrection Man : Quantum Karma approche de sa fin. Et on peut dire que c'est à double titre puisque la série comme son héros progressent vers leur terminus. Mitch Shelley s'est fait un ennemi redoutable en la personne de son double, donc un individu pouvant anticiper tous ses mouvements, penser comme lui, mais à qui il a refusé de donner une cube quantique permettant d'empêcher la fin du multivers.
Cette décision, Shelley l'a prise pour ne pas trahir celle qui conçut cet objet, la femme qu'il a le plus aimée et qu'il a quittée en lui volant sa création. Une forme de trahison qu'il porte comme un fardeau, une faute qu'il ne se pardonne pas, mais qui était pourtant nécessaire pour le protéger. Et la protéger elle aussi, car quiconque devient intime de Shelley connaît une vie dangereuse et malheureuse.
A présent, même si on est en 1995, Shelley est donc en cavale. Mais comment échapper à son double qui vous connaît mieux que quiconque ? Ram V a apporté une réponse malicieuse et logique à la fois à la fin de l'épisode précédent : en faisant appel à quelqu'un qui peut prendre votre place et entraîner votre ennemi sur une fausse piste. C'est-à-dire une cible humaine. C'est-à-dire Christopher Chance.
Ceux qui ont lu la récente mini-série que lui ont consacrée Tom King et Greg Smallwood, et avant cela la série de Peter Milligan, Edvin Biukovic, Javier Pulido et Cliff Chiang, savent qui est ce personnage aussi atypique dans le DCU que l'est Mitch Shelley. Chance est un homme dont le métier consiste à se faire passer pour des individus ciblés par des criminels pour mieux confondre ces derniers.
Pendant qu'il prend votre identité, Chance vous en fournit une autre qui vous permet de refaire votre vie, sans que vos ennemis ne s'en doutent, et c'est ce qu'il fait donc pour Shelley. Ram V orchestre cette mystification magistralement au point que le lecteur lui-même croit suivre le vrai Shelley avant de se rendre compte de la manoeuvre.
Le scénariste revient également sur des événements évoqués précédemment dans son histoire, en particulier l'enlèvement dont fut victime Shelley et organisé par l'organisation le Lab, qui pratiqua sur lui d'étranges expériences. On découvre qui est derrière le Lab et la nature des expériences en question. Et alors, là aussi, c'est remarquablement exposé, tout fait sens.
Ram V a une production dont je ne connais pas grand-chose mais plus je plonge dedans, et plus je suis envoûté. Parfois, je peux lui reprocher des dénouements un peu opaques (exemple : The One Hand / The Six Fingers). Mais c'est souvent dépaysant, il a une approche très originale des personnages dont il s'empare, et surtout, quand il est bon, il est vraiment très bon, retombant sur ses pattes comme un chat.
En prime, c'est un auteur qui sait s'entourer. Au stade de notoriété qui est le sien, il pourrait facilement réclamer les artistes les plus côtés. Mais il semble encore préférer aller vers des dessinateurs dont le style apporte une sorte de surprise à ses projets. C'est le cas avec Felipe Andrade, ou Evan Cagle. Et ici avec Anand RK.
Je vais me répéter, mais c'est un artiste très particulier, au trait très spécial. Il pourra en rebuter certains et cela risque de beaucoup jouer dans l'envie qu'auront les lecteurs de se procurer cette mini-série. Toutefois, ce serait vraiment vous priver d'une excellente histoire et de planches qui, là, pour le coup, c'est le cas de le dire, ne ressemblent à rien de ce que vous avez lu.
La colorisation de Mike Spicer est à ce titre exemplaire et fantastique car j'imagine que se fondre dans le style d'Anand RK ne doit pas être chose facile. Anand RK évoque plus le style de peintres comme Schiele ou Bacon que des dessinateurs de comics traditionnels. A la fin de chaque épisode, on a droit à une preview du prochain numéro avec des planches en noir et blanc et non lettrées pour s'en rendre encore mieux compte.
Et ce qu'on découvre, en noir et blanc comme en couleurs, c'est un travail insensé sur la ligne, le trait. Tout y semble éthéré, flottant, et en même temps d'une précision effarante. On est dans un travail graphique d'évocation. Tout est pensé pour installer le lecteur dans un état plutôt que dans un flux de lecture classique.
Et l'ambiance que cela produit a quelque chose d'à la fois beau, bizarre, triste et fascinant. C'est réellement unique. Et c'est aussi ce qui fait de ce projet quelque chose de si curieux et... Comment dire ?... Presque tripal.
Resurrection Man : Quantum Karma, sauf accident de dernière minute, sera bien une des mini-séries de l'année.





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