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jeudi 14 août 2025

BUG WARS #6 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar) - (... Et un mot sur le futur de ce Blog...)


Slade Slaymaker réussira-t-il à sauver son frère ainé Sydney de l'attaque des insectes, lui qui veut tout les annihiler dans le terrain entourant la maison de leur famille ? Et quel destin pour Slade après cela ?


Ainsi s'achève non pas Bug Wars mais le Book One de Bug Wars. Car, c'est la première info à retenir de ce sixième épisode, à la fin de ce numéro, après le courrier des lecteurs, le scénariste Jason Aaron annonce de quoi sera fait le futur de sa série, qui va toutefois faire un break jusqu'à fin 2025-début 2026. Et ça commencera par la parution du premier recueil en Octobre.


Puis en Janvier, un one-shot sera livré par Aaron, Mahmud Asrar et un guest-artiste, Baldemar Rivas, intitulé The Spyder Witch Special, au centre duquel on retrouvera la sorcière Wysta, qui a accompagné Slade Slaymaker dans ses aventures. Puis plus tard en 2026, la série reprendra, (sans doute avec un nouveau n°1) et donc un Book Two (tout aussi possiblement composé de six nouveaux épisodes).


Il faut dire que ni Aaron ni Asrar ne s'attendaient visiblement à rencontrer un tel succès mais ils ont su créer un univers foisonnant, propice à une grande et ambitieuse saga. Mais entre temps Asrar va refaire un tour chez Marvel à l'occasion de l'event X-Men : Age Of Revelation dont il dessinera un tie-in, Amazing X-Men. Et Jason Aaron semble avoir lui aussi d'autres projets (DC ? Marvel ? Indés ?).


Pour ma part, j'ai bien aimé Bug Wars. Ce n'est pas la série du siècle, mais il est indéniable qu'elle a été faite avec le coeur, c'est un projet qui a su motiver ses auteurs pour donner le meilleur d'eux-mêmes après des travaux de commande où on les sentait un peu moins épanouis ou plus simplement épuisés. Les creator-owned sont, on le sait, souvent l'occasion de se ressourcer.

Bon, après, la fin de ce premier Livre a de quoi frustrer. Mais il est difficile d'en dire beaucoup sans en dire trop. La couverture est très impressionnante mais je dois avouer que le contenu l'est beaucoup moins. C'est peut-être ma limite avec ce genre fantasy : je n'en suis ni un grand fan ni très familier avec ses codes et sans doute est-ce cela qui me manque pour être plus enthousiaste.

Ce qui m'a le plus intéressé dans Bug Wars, c'est le postulat, ce côté Micronauts rencontre Conan, que j'ai trouvé très abouti, divertissant et qui a permis, surtout à Asrar, de se lâcher complètement. L'artiste turc a produit les meilleures planches de sa carrière, c'est pour lui un vrai dream project, il en a d'ailleurs soufflé l'idée à Aaron qui s'est chargé de la mettre en forme.

C'est toujours très plaisant quand un scénariste et un dessinateur se trouvent ainsi, le produit fini y gagne en sincérité, en créativité, en intensité, en qualité. Et il est désormais acquis qu'il y a une complicité totale entre Aaron et Asrar après leur court run sur Conan (quand Marvel détenait les droits du personnage).

Par contre, je dois dire que toutes ces tribus d'insectes humanoïdes m'ont quelque peu perdu. J'ai eu souvent l'impression que Aaron et Asrar avaient voulu tout mettre dans ces six épisodes comme s'ils craignaient que ce ne soit qu'une histoire sans suite faute de succès. Et ce n'est donc pas si facile de tout assimiler, encore moins de faire exister tous ces personnages.

La série aurait gagné à en garder sous le pied, même si à la fin de cet épisode on a droit à une sorte de teaser pour le futur adversaire de Slade et ses amis. En fait, ce qui a manqué à Bug Wars, c'est l'ambition affichée d'emblée de voir loin, comme ont pu le faire Brian K. Vaughan et Fiona Staples sur Saga, immédiatement programmé pour 100 épisodes.

Alors, évidemment, c'est facile à dire pour le critique car annoncer ça dès le départ, c'est s'exposer. Mais en même temps, Jason Aaron + Mahmud Asrar, qui pouvait raisonnablement douter que ça ferait sinon un carton en tout cas un succès suffisant pour aller au-delà de six numéros. On parle quand même du scénariste d'Avengers, de Wolverine, et d'un des artistes les plus plus populaires de Marvel.

Maintenant, est-ce que je ferai la suite ? Franchement, je l'ignore à cette date. De manière générale, en ce moment, je m'interroge sur les comics, qu'ils proviennent des Big Two ou de la scène indé. Je me rends compte que je lis des choses un peu trop machinalement. Mais surtout la critique épisode par épisode, mois après mois, est un exercice usant.

C'est pas l'usine, mais parfois, c'est tout con, il faut quand même chercher la motivation. Autant sur des mini-séries complètes, ça passe, mais sur des monthly comics illimités, il arrive qu'on se demande littéralement ce qu'on va dire. Du coup je réfléchis : ne serait-il pas mieux de critiquer des arcs entiers ? D'attendre les recueils ? 

Pour Bug Wars, j'ai la conviction que lire les six épisodes de ce Book One aurait été plus agréable et digeste d'une traite. Et c'est pareil pour beaucoup d'autres comics que je suis. Peut-être vais-je finir quelques arcs en cours, puis m'imposer un break, et revenir avec une nouvelle formule plus axée sur les albums (en vo ou vf). 

Ou alors meubler de break, le temps d'accumuler assez d'épisodes, en proposant des critiques d'arc déjà complets. Je ne sais pas. Je prendrai sûrement une décision nette à la fin du mois et vous la communiquerez.

vendredi 27 juin 2025

BUG WARS #5 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Les chefs des tribus d'insectes se réunissent pour s'accorder sur un plan pouvant tuer Sidney Slaymaker. Wysta affronte les gardiens du couvent qui ne veulent pas la voir réintégrer ses rangs. Slade parcourt un labyrinthe au bout duquel une énorme surprise l'attend. La mère de Slade et Sidney veut convaincre la police que son fils n'a pas fugué mais qu'il est introuvable...


Le succès commercial (et critique) de Bug Wars a quand même dû surprendre ses auteurs, mais il va leur permettre de poursuivre leur récit. En effet, comme ils l'ont confirmé sur les réseaux sociaux, ces six premiers numéros constituent le Livre 1 de la série. Mais ils n'ont pas (pas encore) précisé à quand sortirait le Livre 2 (même s'ils vont certainement faire un break avant de s'y coller).


Subséquemment, ce succès va certainement convaincre un éditeur français de traduire Bug Wars dans les prochains mois et il faudra, vraiment, que vous guettiez les annonces sur les sites d'infos comics hexagonaux. Car outre le fait que c'est un de mes coups de coeur de 2025, c'est surtout une excellent production.


Alors que le mois prochain s'achèvera donc le premier acte de cette intrigue, fort logiquement Jason Aaron avance ses pions en vue de cette conclusion. Les protagonistes sont tous à un tournant : une guerre se prépare contre le grand annihilateur des insectes, Wysta se bat contre ceux qui l'ont banni de sa tribu, et Slade va faire une découverte qui va, réellement, tout changer pour lui.
 

Ce n'est sans doute pas l'épisode le plus original mais il demeure très efficace. Les diverses pistes narratives convergent tout en ménageant un énorme twist qu'on ne pouvait pas voir venir et qui méritera une explication à la hauteur. Sur ce dernier point, Jason Aaron a intérêt à ne pas se planter, au risque de bousiller une grande partie de la qualité de Bug Wars.

D'un point de vue visuel, il n'est difficile d'affirmer que c'est certainement le meilleur travail de Mahmud Asrar (même si je n'ai pas lu les tomes de Conan qu'il avait réalisés, déjà avec Aaron). Mais on sent que c'est son dream project, quelque chose de fait sur mesure pour lui et il honore le script avec toute l'énergie qu'il a.

Prenez par exemple le combat de Wysta avec les gardiens du couvent : c'est dynamique, le découpage est toujours clair, précis, il y a à la fois de la violence et de la fluidité dans le mouvement. Prenez encore le périple de Slade dans le labyrinthe : Asrar imagine des décors à la fois exotiques, dangereux, singuliers, et il emploie des angles de vue pour les rendre encore plus spectaculaires.

Même quand il revient dans un cadre plus familier, comme la maison de Slaymaker où la mère explique à des policiers que son fils a disparu mais pas fugué et que Sidney, excédé par la nonchalance des flics, sort, Asrar parvient à exprimer toute la tension et la frustration des personnages qui n'en savent pas autant que nous.

Et pour soutenir ces efforts graphiques, Asrar profite du savoir-faire de Matthew Wilson, qui créé des ambiances bien distinctes, sans forcer sur les nuances de sa palette, mais de manière toujours très évocatrice. C'est aussi une belle BD.

Tout cela doit vous convaincre, je l'espère, de ce que Bug Wars propose. C'est un divertissement, mais aussi un récit initiatique, une épopée, avec des acteurs inattendus, une intrigue bien tricotée, et tout ça emballé avec des illustrations de première classe. Immanquable.

jeudi 29 mai 2025

BUG WARS #4 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Wysta a donc enlevé Slade pour le livrer au Couvent des Araignées dont elle fait partie, même si sa situation vis-à-vis de ça est plus compliquée. Ensemble ils traversent divers territoires, au péril de leur vie. Slade croit que les Soeurs de Wysta pourront lui ôter son amulette et lui rendre sa vie comme le lui a promis sa guide...


Quatrième critique de la journée ! Oui, c'est beaucoup, c'est sans doute trop, mais c'est férié, j'ai du temps et puis la semaine dernière, j'ai traînassé et j'avais du retard dans mes lectures et mes articles, alors, cette fois, j'ai décidé de mettre un coup de turbo. Et puis vous n'êtes pas obligé de tout lire d'un coup.


Mais c'est vrai aussi que ça fait deux semaines de suite bien remplies au niveau des sorties et de mes achats. Je vais devoir freiner à un moment parce que je dépense beaucoup, ça devient absurde, je n'ai même plus le temps de tout lire la semaine où ça paraît. Personne ne m'oblige, remarquez, mais quand même, je vois bien que c'est limite.


Et même pour vous qui me suivez, ça doit être un peu compliqué. Je vois bien qu'il y a des critiques qui passent franchement sous le radar (par exemple le dernier n° en date de Zatanna de Jamal Campbell). Le marché est saturé, le lecteur aussi, le critique évidemment, et le lecteur de critiques pas loin non plus. Il faut que je trouve un moyen de rationaliser ça.


Mais et Bug Wars alors, il en parle quand ? Hé bien allons-y, d'autant plus que voilà : 1/ une sortie qui date de la semaine dernière, et 2/ une excellente mini-série que j'ai vraiment envie de vous donner envie de lire (en vo ou en vf quand ça arrivera, vu que, avec Jason Aaron et Mahmud Asrar, si c'est pas traduit, je n'y comprends rien).

Mine de rien, c'est actuellement la seule série indé que je suis (avec The Moon is following us, mais qui se termine en Juin). Les comics indés, c'est compliqué pour moi en ce moment. Parce que je lis beaucoup de Big Two (DC surtout) mais surtout parce que, même avec ce qui approche, je ne suis pas très excité. 

Rick Remender par exemple est en train de teaser plein de nouveautés sur son label Giant Generator, mais pour l'instant, je n'arrive pas à m'enthousiasmer alors que bon, il va faire équipe avec des artistes que j'adore (Daniel Acuna, Yanick Paquette, Steve Epting...). Geoff Johns et sa Ghost Machine, à part Redcoat (mais que je ne fais qu'en tpb), un peu pareil (je reprendrai peut-être The Rocketfellers en album une fois le premier arc fini).

Bug Wars, donc, ça m'a accroché dès le départ parce que j'étais curieux de ce qu'allait raconter Aaron et que j'aime beaucoup Asrar, particulièrement quand il est avec Aaron. Et j'ai vraiment beaucoup aimé les trois premiers épisodes. Et ce quatrième est encore meilleur. C'est fun, plein d'action, mais aussi très bien caractérisé, dialogué, construit. Et vu le succès, c'est certain qu'il y aura une suite.

Ce numéro suit l'évasion de Slade et Wysta, qui l'a enlevé pour le livrer à son couvent en lui promettant qu'on pourra lui enlever l'amulette qui s'est greffée sur sa poitrine et donc qu'il pourra retrouver une vie normale. Bien entendu, le lecteur se doute qu'il y a un loup dans cette promesse, ce n'est même pas spoiler de le dire.

Mais Aaron s'attache durant cette cavale à tisser une belle relation entre Slade et Wysta. On en apprend plus sur cette femme araignée, et les échanges qu'elle a avec le garçon sont superbes. Au départ, elle ne comprend pas que Slade puisse défendre son frère Sydney qui tue des insectes, ce qui lui vaut la haine de tous les habitants de ce monde miniature.

Mais progressivement, on saisit ce qui les rapproche et les soude : Wysta a elle aussi été mise au ban de sa société et malgré ça, elle remplit une mission pour celles qui l'ont rejetée. Les liens du sang, même s'ils vous unissent à des personnes ingrates, méchantes, cruelles, ne peuvent être tranchés facilement. On a certes la famille qu'on mérite, et parfois c'est une famille de merde, mais c'est notre famille, on la défend envers et contre tout plutôt que de la perdre.

Mahmud Asrar montre, si besoin était, qu'il est aussi à l'aise dans l'action (avec des pages de la cavale bien flippantes) que dans l'émotion. Il adapte sa mise en scène sans perdre le sens de l'épique. Et puis, même si c'est une femme araignée, sa Wysta ne manque pas de charme. Toutefois, la série ne cède pas à la facilité d'une romance entre elle et Slade.

Il faut aussi saluer la prestation de Matthew Wilson aux couleurs. Longtemps partenaire de Chris Samnee, il magnifie le trait de Asrar avec sa subtilité habituelle : Wilson, c'est vraiment un collaborateur intelligent, qui respecte le trait et valorise les ambiances. C'est admirable comment il contribue à cet univers si étrange, et pourtant familier.

Bug Wars, c'est un vrai gros coup de coeur. Il faudra surveiller sa vf quand elle arrivera (je verrai bien Delcourt pour la sortir) et lui faire une place sur votre liste d'achats.

samedi 3 mai 2025

BUG WARS #3 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Jeté dans une arène avec Wysta le sorcière araignée et Augustfall la général de l'armée des fourmis, Slade est certain de mourir. Il se rappelle de son enfance avec son père qui lui apprenait les rudiments de l'entomologie et cela provoque un sursaut... Ainsi que la réactivation de son amulette...


Jason Aaron et Mahmud Asrar ont réussi leur pari : Bug Wars est un gros succès puisque chaque nouvel épisode a droit à un deuxième, voire troisième tirage. Et c'est tout à fait mérité car Bug Wars a ce mélange d'originalité et de référence qui en fait une oeuvre à la fois singulière et efficace, abordable. Ce troisième épisode nous mène à mi-parcours (déjà !) de l'intrigue avec ces qualités.


Il se trouve que, par un hasard du calendrier, ce nouveau numéro sort en même temps que l'omnibus consacré à la série culte Micronautes de Bill Mantlo et Michael Golden auquel Bug Wars fait beaucoup penser avec son univers miniature, véritable monde insoupçonné peuplé de tribus où l'infortuné Slade se trouve pris au coeur d'un conflit entre trois ennemis.


Mais Aaron comme Mantlo en son temps a ce talent de rendre tout ça extrêmement clair : le lecteur n'est jamais à la ramasse, il identifie parfaitement les protagonistes, mesure les enjeux, suit la progression de l'histoire sans peine. Et ce n'est pas une mince affaire, surtout du côté des comics indés qui embarquent souvent leur public dans des aventures prenantes mais au début un peu confuses.


En effet, une bande dessinée indé, c'est tout à construire, à présenter. Il faut aller vite mais sans se précipiter, faire en sorte que toutes les informations que l'auteur communique soient accessibles. Sans quoi, on appréciera l'effort de proposer un produit hors des sentiers battus mais sans saisir exactement ce qu'on est en train de lire.

Jason Aaron a pris le parti, risqué, de plonger son héros et le lecteur dans un cadre très dense, très fourni. Il est donc normal qu'on soit initialement déboussolé. Mais comme tout bon scénariste, il sait nous guider et faire de son personnage principal quelqu'un qui subit puis réagit, démêlant avec nous les fils de l'intrigue.

Dans cet épisode par exemple, on reprend là où on en était resté : Slade, Wysta (la sorcière arachnoïde, et Augustfall (la général des fourmis) sont livrés à eux-mêmes dans une arène où ils doivent se battre pour survivre. La lutte est désespérée et Slade est sur le point de succomber. Mais la providence va lui permettre de s'en tirer et d'aider Wysta et Augustfall.

Le procédé est un peu facile, je vous l'accorde, mais si on accepte de passer outre, alors le meilleur vous attend. Car Augustfall va s'échapper et Wysta jouer sa propre partition. La guerre est aux portes des trois clans (scarabées, fourmis, araignées) et Slade est placé dans un rôle d'arbitre pour qui aura la chance de le compter dans ses rangs.

C'est palpitant à lire, très plaisant, du très bon Jason Aaron, inspiré, direct. Et bien aidée par Mahmud Asrar : l'artiste se fait plaisir, c'est visible, à chaque planche. Et, ayant été moi-même dessinateur dans une autre vie (avec laquelle je renouerai peut-être si j'arrive à être moins dépendant des écrans...), je sais qu'un artiste épanoui livre son meilleur travail.

Ce qui ne signifie pas que ça suffit, mais disons que si vous ajoutez le fait d'être consciencieux au fait de prendre du plaisir, alors vous êtes difficilement arrêtable. Asrar est un excellent dessinateur, avec une technique solide, un sens du storytelling impeccable, qui sait très s'encrer. Mais comme tous ses pairs, c'est quand il raconte quelque chose qui l'intéresse qu'il est au top.

Or, on sait, je vous l'ai déjà dit, que Bug Wars est un projet que Jason Aaron a écrit sur mesure pour Asrar. Et, comme à chaque épisode, en postface, on a droit à de consistants bonus, des coulisses, où le scénariste montrer les détails de chaque tribu et Asrar les designs qu'il a conçus. Autant de témoignages de l'investissement de l'un et de l'autre.

Et tout ce matériel s'anime sur les planches. Bug Wars n'a aucun mal à vous embarquer, à vous transmettre des émotions fortes. Que cet engagement soit salué par un succès critique et public est un juste retour des choses. Il faudra que vous guettiez la vf parce que ça s'annonce comme un immanquable de l'année.

jeudi 24 avril 2025

ABSOLUTE SUPERMAN, TOME 1 : LES POUSSIERES DE KRYPTON (Jason Aaron / Rafa Sandoval)


ABSOLUTE SUPERMAN, TOME 1 : LES POUSSIERES DE KRYPTON
(Absolute Superman #1-6)


Jor-El et Lara Lor-Van étaient promis à un brillant avenir parmi l'élite scientifique de Krypton, mais leur indépendance d'esprit leur a valus d'être relégués socialement. Jor-El travaille dans les mines depuis lesquelles il constate l'épuisement des ressources naturelles de la planète tandis que Lara Lor-Van répare les véhicules des agriculteurs. Ils ont un fils, Kal-El, dont il espère qu'il connaîtra un meilleur sort qu'eux...


Mais quand Jor-El veut alerter la ligue scientifique de la fin prochaine de Krypton, il est condamné à mort pour hérésie. Lara va le libérer de sa prison tandis que Jor découvre que les élites ont fait construire des vaisseaux pour évacuer les notables de la planète avant sa destruction, en laissant derrière eux la majorité de la population...


Lara et Jor ont construit leur propre vaisseau à bord duquel ils embarquent avec leur fils et des amis. Mais l'implosion de Krypton projette des éclats qui endommagent l'appareil et les sépare. Le souffle de l'explosion propulse Jor dans le vide sidéral à bord d'une capsule de secours. L'enfant erre dans l'espace pendant de longs mois avant d'échouer sur Terre, dans le champ de la ferme des Kent au Kansas...


Cinq ans après, au fil de ses pérégrinations sur Terre, Kal attire l'attention de la compagnie Lazarus qui exploite des mines et des ouvriers qu'il tente de protéger. L'agent Lois Lane, qui travaille au sein des Peacemakers, assurant le maintien de l'ordre pour Lazarus, enquête en espérant l'appréhender...


Cet album ne sortira que le 30 Mai prochain en vf (et en Août en vo), mais j'ai pu lire les six numéros qu'il contient grâce à un ami qui suit tous les titres Absolute. Il m'en a dit le plus grand bien (même s'il préfère Absolute Batman alors qu'il a lâché Absolute Wonder Woman après les cinq premiers chapitres et qu'il a apprécié Absolute Flash #1 et 2, tandis que moi, je me suis contenté de Absolute Martian Manhunter).


Comme j'aime beaucoup ce qu'écrit Joshua Williamson sur la série Superman classique, j'étais plutôt méfiant avec cette relecture du héros. En effet, j'ai l'impression que, jusqu'à présent, à l'exception de Absolute Martian Manhunter, ces versions des icones DC se résument surtout à des réinterprétations dark qui m'attirent assez peu.

Je verrai si je donne sa chance à Absolute Batman, mais Absolute Wonder Woman ne me tente pas et le premier épisode de Absolute Flash m'a laissé de marbre. Toutefois, je dois dire que j'ai été très séduit par Absolute Superman, qui bénéficie d'un scénario efficace et de superbes dessins. La paire Jason Aaron-Rafa Sandoval fonctionne à merveille.

Ce qui est frappant, c'est la place accordée à Krypton dans ce premier arc. Non seulement, on a droit à des flashbacks consistants mais l'épisode 3 y est quasiment intégralement consacré. Jason Aaron en dresse un portrait passionnant, avec le souci d'en décrire les classes sociales et d'expliquer pourquoi Jor-El et Lara Lor-Van ont été relégués socialement et ne pourront empêcher la catastrophe.

Pour un peu, on dirait presque que c'est ce qui a d'abord motivé Aaron : raconter vraiment d'où vient son Superman en brossant le portrait de ses parents, dont l'indépendance d'esprit et la lucidité vont se briser sur le mur d'une élite vouée à la science mais en réalité composée de notables hypocrites, n'hésitant pas in fine à sacrifier leur peuple quand l'inévitable se produira.

En comparaison, j'ai eu plus de mal à suivre, du moins au début, Superman sur Terre. Mais progressivement, Aaron fait parler son métier en décrivant de manière plus subtile son héros. Là aussi, en vérité, il serait plus juste d'appeler la série Absolute Superboy car Kal-El est encore un jeune homme, qui maîtrise mal ses pouvoirs, sa force, agit impulsivement, selon des critères manichéens.

Mais ces défauts font aussi qu'on s'attache à lui : qui ne serait pas sensible à son combat contre les injustices de la compagnie Lazarus, dépeinte comme une multinationale ayant la main sur diverses exploitations (agricoles, minières...), partout dans le monde, traitant sa main d'oeuvre comme des esclaves.

Tout ça est écrit en caractères bien gras, Jason Aaron n'y va pas avec le dos de la cuiller pour dire tout le mal qu'il pense de cette entreprise tentaculaire avec ses Peacemakers brutaux, et le parallèle entre la catastrophe écologique qui a raison de Krypton et celle qui menace cette Terre n'a rien de bien fin. Mais au moins, on identifie clairement les méchants et le gentil.

Pour trouver quelque chose de plus trouble, il faut s'intéresser à Lois Lane, ici transformée en agent de la sécurité au caractère bien trempé, qui enquête sur Superman et découvre les malversations de ses collègues Peacemakers et donc les ordres donnés par Lazarus. Comme dans sa version classique, Lois est la fille d'un ancien officier militaire et agit en investigatrice (mais pas pour un journal).

On observe donc avec intérêt d'un côté cette femme forte tête, dont les certitudes s'effritent, et de l'autre ce jeune homme venu d'ailleurs, qui lui apprécie la situation avec simplicité sinon simplisme. L'ambiance est effectivement sombre, violente, mais aussi spectaculaire sans sacrifier une vraie évolution chez les deux protagonistes, ni négliger certains mystères pour la suite (avec la révélation du patron de Lazarus à la toute dernière page du sixième épisode).

On n'est assurément pas dans une proposition aussi originale et atypique que Absolute Martian Manhunter, mais l'ensemble est assez captivant pour qu'on passe un chouette moment et donner envie de lire la suite. Jason Aaron se montre à l'aise avec ce projet, qui a connu la genèse la plus compliquée de la collection...

... Car, initialement, Rafa Sandoval ne devait pas dessiner la série. Rafael Albuquerque a en effet signé les characters designs et devait aussi réaliser les planches intérieures, avant de devoir jeter l'éponge à la dernière minute à cause des inondations survenues au Brésil. Le premier épisode lui est d'ailleurs dédié. Mais Albuquerque aura l'occasion de se refaire puisqu'il dessinera Superman Unlimited, la nouvelle série écrite par Dan Slott, qui débute le mois prochain.

Sandoval accomplit un épatant remplacement, en s'appropriant avec aisance ce que son collègue avait préparé. Il dessine les cinq premiers numéros, supplée sur le sixième par Carmine di Giandomenico qui assure l'intérim avec qualité.

Les planches de Sandoval sont d'un niveau excellent, qu'il s'agisse des scènes d'action très dynamiques ou de celles plus intimistes, traitées avec beaucoup de soin. Les moments sur Krypton témoignent d'un investissement important pour donner vie à ce monde, ses décors, ses différentes classes sociales (mention spéciale aux costumes), ses vaisseaux.

La colorisation d'Ulises Arreola participe grandement à cette réussite graphique avec des ambiances sensibles, entre le climat dans des tons chauds sur Krypton et ceux plus gris sur la Terre. Le trait de Sandoval comme celui de di Giandomenico sont respectés, mis en valeur. Certains instants clés sont aussi magnifiquement traités, comme l'implosion de Krypton.

Par ailleurs, visuellement, Sandoval et Arreola réussissent très bien à illustrer des éléments très originaux, comme la cape de Superman qui est ici un équipement à part entière, une sorte d'intelligence artificielle qui déploie à la fois une protection pour Kal-El en ayant un aspect gazeux et qui communique avec son porteur pour l'alerter sur le niveau de ses pouvoirs, pirater des systèmes informatiques, etc.

Jason Aaron a visiblement beaucoup d'idées à exploiter (comme ce qui est arrivé aux Kent après le départ de leur ferme de Kal-El, le patron de Lazarus, son complice, etc), de quoi voir loin. Mais surtout avec une intention proche de l'univers Ultimate premier du nom, quand Marvel voulait séduire des lecteurs profanes. Vu le succès rencontré, DC a réussi son coup.

dimanche 23 mars 2025

BUG WARS #2 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Slade Slaymaker a découvert une amulette magique grâce à laquelle il peut rétrécir jusqu'à la taille d'un insecte et l'artefact s'est greffé à sa poitrine. Il se rend compte que le terrain entourant la maison où il vit avec sa mère et son frère est le théâtre d'une guerre entre plusieurs tribus d'insectes. Fait prisonnier par l'une d'elles, il est vendu à un marchand d'esclaves pour se battre dans une arène...


Cette série est une excellente surprise. Je m'y étais plongé sans trop savoir à quoi m'attendre, même si l'association Jason Aaron-Mahmud Asrar était a priori un gage de qualité. A la croisée de plusieurs influences, Bug Wars m'avait positivement étonné avec un premier épisode généreux et riche en émotions fortes.


Et disons-le sans attendre : ce deuxième épisode confirme toutes les belles promesses du premier. Jason Aaron en profite d'ailleurs avec Mahmud Asrar pour garnir chaque épisode de plusieurs pages de bonus pour nous instruire sur les différentes tribus d'insectes qui se font la guerre sur le terrain de Slaymaker et on voit que le scénariste comme le dessinateur ont bien bossé en amont.
 

Imaginez un mix, certes improbable, entre Games of Throne et Chérie, j'ai rétréci les gosses ! et vous n'aurez encore qu'un petit aperçu de ce que raconte Bug Wars. Ce numéro fait aussi penser à une version miniature de Gladiator avec son marché aux esclaves et son arène dans laquelle ces derniers sont jetés en pâture pour distraire un public avide de sang.


Comme le héros est un adolescent qui croit cauchemarder mais se rend progressivement compte de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, on n'a aucun mal à s'identifier. Tout va vite, mais sans précipitation. Et surtout, ce monde de l'infiniment petit a quelque chose, paradoxalement, d'immense et d'effrayant.

La question que se pose le jeune Slade et avec lui, le lecteur, c'est pourquoi ces tribus se font la guerre alors qu'on a vu dans le premier épisode qu'une tempête a tout balayé et mis fin au précédent conflit. La réponse nous est livrés à la dernière page et évidemment je ne vais pas vous la dévoiler, mais elle est apparaît comme dramatiquement logique quand on a observé le comportement du frère de Slade.

Avant cela, on a eu droit à une scène dans l'arène particulièrement brutale. Le sort d'un des esclaves est réglé avec une sauvagerie impressionnante et on ne donne donc pas cher des quatre autres. D'autant que l'amulette de Slade, qui lui permettait quand elle brillait, de conserver sa force naturelle ne semble plus vouloir fonctionner...

La réussite de la série repose énormément sur les dessins de Mahmud Asrar pour qui Jason Aaron a écrit cette histoire sur mesure. L'artiste d'origine turque s'en donne à coeur joie et ça fait plaisir de le voir si investi. On comprend que ce récit l'inspire, davantage que les super-héros qu'il a abondamment illustrés auparavant.

Asrar met tout ce qu'il a sur ses planches et il a bâti un univers à l'esthétique puissante, fourmillant (c'est le cas de le dire...) de détails, avec des designs soignés, des décors très détaillés. Le fait que les insectes aient une forme humanoïde, même si le scarabée de Slade lui a conservé la sienne, peut dérouter, mais on est tellement pris par l'action qu'on ne s'en formalise pas.

Enfin, il faut mentionner la splendide colorisation de Matt Wilson qui contribue grandement aux ambiances fantastiques. Partenaire jusque-là fidèle de Chris Samnee (même si Mat Lopes le remplace sur Batman and Robin : Year One), il respecte le trait de l'artiste et le valorise, avec des nuances magnifiques.

Bref, c'est du tout bon. Vivement la suite !

dimanche 16 février 2025

BUG WARS #1 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


West Bottom. La famille Slaymaker (Janice et ses deux fils, Sydney l'aîné et Slade le benjamin) revient s'installer dans la maison où elle vivait 12 ans auparavant. Depuis, le père de famille, Jim, est mort dans des circonstances atroces et sa veuve doit cumuler les boulots. Slade a hérité de son père la passion des insectes, sans de douter que sous ses pieds s'est jouée une étrange guerre miniature...


Jason Aaron est un scénariste renommé qui a fait les belles heures de Marvel (Wolverine, Ghost Rider, Avengers...) et qui fait actuellement le bonheur de DC (avec Absolute Superman). N'étant plus lié par un contrat d'exclusivité à un des Big Two, il peut se permettre d'être le plume de Teenage Mutant Ninja Turtles et de produire des creator-owned, comme ce Bug Wars chez Image, co-créé avec Mahmud Asrar.


Le dessinateur et le scénariste ont déjà collaboré ensemble sur des aventures de Conan quand Marvel en avait récupéré la licence et pour Asrar, ce fut une révélation : c'est désormais vers ce type de récit, plutôt que les super-héros, qu'allait sa préférence. Aussi quand Aaron lui a soumis son idée pour Bug Wars, l'artiste turc n'a pas hésité à s'y investir.


A la fin de ce très consistant premier épisode d'une cinquantaine de pages (bonus compris), on peut lire la postface rédigée par Aaron qui explique d'où lui est venue l'inspiration : il a grandi dans un coin paumé de l'Alabama et, adolescent, était fasciné par la série Sword of the Atom de Jan Strnad et Gil Kane débutée en 1983, où Ray Palmer était plongé dans un microvers digne des classiques de l'heroic fantasy.


Il se trouve que j'ai aussi lu, il y a longtemps, quelques épisodes de cette série, qui est un chef d'oeuvre méconnu (qu'attend DC pour la rééditer ?!). Et l'histoire commence effectivement par plusieurs pages (dont certaines doubles, splendides) où on assiste à une bataille entre scarabées et fourmis montées par des guerriers miniatures, bientôt balayés par une tempête dévastatrice.

Puis on monte à la surface pour faire connaissance avec les Slaymaker : Janice est la veuve de Jim, un brillant entomologiste mort dans des circonstances affreuses, dont le corps a été découvert par son fils ainé Sydney qui, depuis, nourrit une aversion extrême pour les insectes, tandis que son frère Slade est au contraire fasciné par eux.

Revenue à West Bottom après douze ans d'absence, Janice emménage dans la maison de feu son mari, infestée par des nuisibles qu'elle veut faire nettoyer. Mais Sydney ne veut pas entendre et va provoquer une série d'événements dont Slade va être la victime...

Jason Aaron mène son affaire magistralement et entraîne le lecteur dans une aventure fantastique et dépaysante où toute sa verve peut se déployer. Il parvient à caractériser les protagonistes rapidement, à situer le cadre de manière évocatrice, à établir une atmosphère palpitante. C'est absolument jubilatoire et, effectivement, c'est un bel hommage à Sword of the Atom.

A l'exception de deux pleines pages visuellement très graphiques dans l'horrifique, Bug Wars est défini d'abord par son souffle épique en même temps que par sa sensibilité. Ces deux registres permettent à Mahmud Asrar de prouver quel grand dessinateur il est, surtout quand le sujet le passionne, alors qu'on le sentait nettement moins motivé par les super-héros avant cela (il a bien donné, faut-il dire, au genre).

Servi royalement par les couleurs de Matt Wilson, ses planches sont puissantes, intenses, avec des décors fournis, des personnages immédiatement mémorables. Asrar n'est pas un artiste qui donne dans des effets de découpage renversants, sa narration est classique, sobre, mais en revanche il remplit bien chaque vignette et fait de chaque page un outil au service de l'histoire.

Le soin qu'il met à représenter les insectes, les guerriers qui les chevauchent, leurs armes, donnent chair à cet univers extraordinaire que Jason Aaron résume comme la rencontre entre Chérie, j'ai rétréci les gosses ! et Game of Thrones : un mix improbable et détonant mais parfaitement maîtrisé, avec la volonté affirmée de distraire en en donnant pour son argent au lecteur curieux.

On peut être sûr que les six épisodes que comptera Bug Wars vont être captivants et superbes, faisant souffler le vent de l'aventure sur ce qui ressemble à un projet de rêve pour ses auteurs.

mardi 17 décembre 2024

AVENGERS, TOME 11 : RASSEMBLEMENT (Jason Aaron / Bryan Hitch, Javier Garron, Aaron Kuder, Jim Towe, Ivan Fiorelli)


AVENGERS : RASSEMBLEMENT 
(Avengers Assemble Alpha #1 + Avengers #63-66
+ Avengers Forever #12-15 + Avengers Assemble Omega #1)


Alors qu'enfin les Avengers d'aujourd'hui et ceux de la préhistoire se rencontrent, non sans que les seconds prennent les premiers pour des adversaires, le Premier Avenger sort de sa tour à la fin de l'infini et croise la route de Méphisto. Le diable a rejoint ses Maîtres du Mal multiversels pour prendre la tour du Premier Avenger. Mais c'est sans compter sur l'arrivée de l'Omni-Rider...


Les deux équipes d'Avengers affrontent les Maîtres du Mal mulitversels. La première hôtesse de la force Phénix entend le tonnerre de la bataille et vole à la rescousse des champions qu'elle a jadis abandonnés. Méphisto lâche sa horde de variants à laquelle les Avengers du multivers font barrage pour protéger la tour du Premier Avenger...


Cependant, le Fatalis suprême entend profiter du chaos pour prendre le contrôle de la situation et doubler Méphisto dont il a compris le plan suicidaire. Les trois petites-filles de Thor arrivent à leur tour sur le champ de bataille et éliminent une bonne partie de la horde des variants de Méphisto. Le Premier Avenger peut revenir en piste...
 

Les origines du Premier Avenger révèlent sa véritable identité : il est un Loki et après la mort de son demi-frère Thor, il a exploré le multivers pour le comprendre. Une constante lui est apparue : dans toutes les dimensions, à travers l'espace-temps, les Avengers se sont dressés contre Loki. Il a donc cherché à empêcher l'émergence des héros avant de comprendre que leur présence pourrait éviter la disparition du multivers...


Les Maîtres du Mal multiversels vaincus, ne reste que Méphisto pour éliminer tous les Avengers. Il tue ses variants pour absorber leur puissance et être en mesure de terrasser les Avengers, et le Premier d'entre eux. Ka-Zar arrive avec Galactus puis Gorilla Man avec le Céleste Mort qui est devenu un Deathlock... 


A l'écart, Robbie Reyes/l'Omni-Rider et Brandy/Starbrand observent le théâtre de cet affrontement titanesque alors que la tour du Premier Avenger tombe, et que le Fatalis Suprême trahit Méphisto. Robbie et Brandy rejoints par la première hôtesse de la force Phénix se mêlent au combat en espérant la victoire des héros...


Ce onzième tome marque la fin du run de Jason Aaron sur la série Avengers (et son spin-off Avengers Forever) après cinq années aux commandes. 66 épisodes d'Avengers, 15 d'Avengers Forever, deux de Avengers Assemble (sans compter l'event Heroes Reborn et ses six numéros). L'heure est au bilan autant qu'à la critique.


Sur le plan de la critique de ce dernier tome, on peut dire qu'on en a pour son argent : en vérité, il s'agit d'un gros crossover en onze parties, s'étalant sur six mois de publication. Je me souviens à cette occasion d'une interview de Stuart Immonen quand il avait signé les dessins du premier arc de New Avengers (vol. 2), écrit par Brian Michael Bendis, dans laquelle il disait que désormais chaque histoire devait être l'équivalent d'une saga, avec des enjeux démesurés.


Ceci posé, il y a une sorte de course à l'échalote de la part de Marvel (comme de DC) pour que les séries mensuelles sur des équipes de héros rivalisent de grandiloquence avec les events, à tel point qu'on peut se demander si les events ne sont pas davantage devenus des ponctuations éditoriales que des évènements stricto sensu.


Car, quand on lit les ultimes épisodes de Jason Aaron, la logique qui l'emporte est bien celle d'une saga coïncidant avec la fin de son run sur la série. En comparaison, les events qui ont eu lieu durant ce run, dont Heroes Reborn qu'il a lui-même écrit, font presque pâle figure. Il y a dans ces derniers épisodes plus de grand spectacle, de personnages, que dans un event classique.

On peut s'interroger sur le fait que Aaron lui-même, qui a pourtant écrit son lot d'events (Avengers vs. X-MenOriginal Sin, War of Realms, Heroes Reborn), ait intégré qu'il fallait mieux développer un récit d'envergure dans une série régulière au lieu de l'écrire en parallèle. Et parce que les rangs des Avengers sont plus garnis qu'ils ne l'ont jamais été, cela suffit à alimenter une intrigue pareille, même si n'y apparaissent pas les X-Men ou les Fantastic Four.

L'autre réflexion qui s'impose, c'est que l'aboutissement de ce genre de saga revient à une gigantesque bataille qu'il faut savoir faire vivre pendant plusieurs mois sans que le lecteur puisse souffler, quitte à en faire trop. Mais trop, est-ce jamais assez dans les comics de super-héros ? En tout cas, avec ce qu'a imaginé Aaron, on a atteint une sorte de point de rupture, un pic qu'il sera difficile d'égaler, un peu comme au cinéma avec Avengers : Endgame.

La baston entre Avengers actuels et préhistoriques, puis contre les Maîtres du Mal multiversels, puis contre Méphisto est grotesque à plus d'un titre tellement on est dans la surenchère permanente : Aaron convoque des héros et des méchants de toutes les époques, de tous les coins de l'univers, on a même Galactus et un Céleste devenu un Deathlock !

Mais si on se prend au jeu, alors c'est formidablement jouissif. Et pour cela, le scénariste a pu compter sur cinq dessinateurs motivés. Bryan Hitch ouvre le bal et bien qu'il soit délicat de remettre en cause ses efforts et sa compétence, on sent quand même que le britannique ne s'est pas franchement investi à 100% dans ses planches. Il redesigne incompréhensiblement des personnages, recycle des plans de ses Ultimates, l'encrage est souvent bâclé. Tout ça sent le travail de commande terminal d'un artiste lassé de ces fantaisies. Dommage.

Javier Garron se charge des trois épisodes d'Avengers et encore une fois, c'est complètement bluffant. Le jeune espagnol donne une leçon de storytelling avec des découpages toniques, des compositions détaillées à l'extrême et pourtant toujours lisibles. Il permet de ressentir la puissance, l'énergie du désespoir des personnages, il est à fond, tout le temps et son enthousiasme est irrésistible.

Aaron Kuder s'occupe des épisodes d'Avengers Forever, à l'exception du #14 dessiné par Jim Towe. Kuder s'est vraiment sorti les doigts si vous me permettez cette expression, après une prestation jusque-là très moyenne. Il ose des doubles pages éblouissantes, elles aussi très généreuses en détail, avec un découpage soigné. Towe, évidemment, a beaucoup de mal à s'imposer entre lui et Garron mais fait ce qu'il peut et c'est déjà honorable.

Pour Avengers Assemble Omega, Ivan Fiorelli a droit à quelques pages dont il s'acquitte avec une belle santé. Kuder, Towe et Garron se relaient et donnent tout ce qu'ils ont : étonnamment, alors qu'ils devaient quand même être bien rincés, ils ne montrent aucun signe de fatigue et s'assurent que ce final soit mémorable. Niveau graphique, donc, on est vraiment gâté.

Jason Aaron a eu des hauts et des bas sur Avengers. Néanmoins, il a eu un plan et s'y est tenu et, tout compte fait, l'ensemble s'avère très cohérent. Certes, il y a des idées assez discutables, comme ces Avengers préhistoriques, la romance entre Odin et le Phénix, le fait que le Phénix serait l'autre mère de Thor. On pense aussi à sa piteuse exploitation de l'Escadron Suprême ou de la Garde Hivernale, voire des Maîtres du Mal multiversels.

Mais, à côté de ça, l'auteur a donné une vraie dimension héroïque à Robbie Reyes, pourtant un Ghost Rider mal-aimé en comparaison avec Johnny Blaze ou Danny Ketch. Il a perpétué le Starbrand que Hickman avait remis au premier plan. Avec des Avengers qu'on lui a sûrement imposé, il a animé des arcs efficaces avant de pouvoir conduire ses héros favoris dans une dernière ligne droite inégale mais épique (en retirant Black Panther, en ajoutant Namor ou Nighthawk, en incluant Valkyrie ou Echo).

Sa grande idée, plus que de faire de Méphisto l'antagoniste de la série, aura été, comme Al Ewing, de mettre Loki au centre de la partie. Il justifie pleinement qu'il soit le Premier Avenger, de façon claire et nette. Tout comme Roger Stern et Kurt Busiek avait donné à Kang un rôle pivotal dans Avengers Forever, Aaron a su imposer Loki comme, non plus un méchant récurrent, mais un élément coagulant les parties de son projet.

Dernier mérite de Aaron, il a su tirer avantage des dessinateurs à sa disposition, même s'il a vraiment fallu attendre l'arrivée, tardive, de Javier Garron, pour qu'il s'appuie sur un artiste capable de soutenir ses scripts exigeants visuellement. Mais Marvel lui a donné à la fois des talents confirmés et des jeunes pousses, quand, actuellement, Jed MacKay doit se satisfaire de dessinateurs moins brillants.

Ce run est décrié, je le savais en le lisant, mais quand il est bon, il est très bon (et quand il ne l'est pas, il ne l'est pas du tout). Il faut donc y aller en sachant cela, mais comparé à ce que Avengers propose aujourd'hui, il est juste de dire qu'il est recommandable.

samedi 14 décembre 2024

AVENGERS, TOME 10 : LES PLUS PUISSANTS HEROS DE L'HISTOIRE (Jason Aaron & Mark Russell / Javier Garron, Greg Land, Ivan Fiorelli, Aaron Kuder, Jim Towe, Kev Walker)


AVENGERS : LES PLUS PUISSANTS HEROS DE L'HISTOIRE
(Avengers #57-62 + Avengers Forever #6-11 +
Avengers Forever Infinity Comics #1-4)


1943. Sebastian Szardos, le Soldat Suprême, lutte, grâce à ses pouvoirs magiques contre les forces occultes du Reich. Après avoir coulé un sous-marin, il échoue sur une île où l'ont repêché des soldats américains qui sont possédés à tour de rôle par une force maléfique. Il reçoit le renfort de Thor et Captain Marvel avant de retrouver ses compagnons, les Envahisseurs Secrets.


Japon, époque Edo (entre 1600 ap. J.C. et 1800 ap. J.C.). Captain America et Nighthawk se battent aux côtés du Ghost Ronin, l'esprit de la vengeance de cette époque, contre les sbires envoyés là par Méphisto. Dans un village voisin, c'est Echo/Phénix et Namor puis Thor et Valkyrie, rejoints finalement par Starbrand et Captain Marvel qui lui prêtent main forte.
 

1868, dans l'Ouest américain. Reno Phénix et Kid Starbrand poursuivent un train Shi'ar ayant capturé des esclaves humains avant d'engager une fusillade contre des outlaws à la solde de Méphisto. Echo/Phénix et Valkyrie se joignent au combat avant que Starbrand commette une terrible erreur face à Méphisto lui-même...


Pendant ce temps, de nos jours, c'est le Jour du Jugement dernier provoqué par les Eternels qui ont réactivé le Céleste mort servant de base aux Avengers. Hawkeye (Clint Barton) est soumis à cette épreuve de vérité... Puis Starbrand continue sa traque contre Mephisto en traversant les époques... Après quoi les Avengers d'aujourd'hui font la connaissance de leurs prédécesseurs d'il y a un million d'années grâce à l'intervention d'Agamotto...


De leur côté, Deathlock, Robbie Reyes (devenu l'Omni-Rider) et Tony Stark/Ant-Man continuent de sillonner les dimensions à la recherche de héros pour contrer les Maîtres du mal du multivers. Ils vont rencontrer successivement Vibranium Man, Iron Thor, le Carol Corps, les Steve...


C'est encore un gros volume que ce tome 10 de Avengers, l'avant-dernier de cette série. On peut y lire un arc en cinq parties de la série-mère, entrecoupé par un épisode tie-in à l'event Judgment Day (de Kieron Gillen et Valerio Schiti, paru en 2022), puis six nouveaux épisodes d'Avengers Forever. Panini a mis le paquet en ajoutant les quatre numéros parus en numérique sous le titre Avengers Forever Infinity Comics.
   

Bon, on va tout de suite se débarrasser du surplus : les épisodes d'Infinity Comics ne servent absolument à rien, on peut saluer l'effort de mise en pages de Panini pour qu'ils soient lisibles sur papier (alors que ces web-comics se lisent en scrollant sur une tablette normalement), mais en dehors de ça, c'est un gadget sans intérêt. J'espère néanmoins que ça paie bien pour l'artiste puisque c'est quand même Kev Walker qui a signé les dessins (pas son meilleur taf, loin s'en faut).


Le tie-in à Judgment Day tombe également comme un cheveu dans la soupe. Jason Aaron n'en a visiblement tellement rien eu à faire qu'il a laissé Mark Russell l'écrire. Hawkeye est donc soumis au jugement du Céleste réactivé par l'Eternel Druig et Clint Barton appréhende ça avec la décontraction qui le caractérise depuis le fameux run de Matt Fraction et David Aja, qui a remis l'archer sous les feux des projecteurs (quand bien même il n'a plus eu droit depuis à des histoires dignes de ce run). Niveau visuel, ça pique puisque Greg Land se charge des planches et c'est évidemment navrant pour les raisons que l'on sait (mais qui ne semblent pas déranger Marvel qui continue à employer ce tâcheron).


L'arc qui donne son titre à ce tome voit divers Avengers, principalement par paires, observer et/ou interagir avec des héros du passé. Jason Aaron s'amuse donc visiblement toujours autant, un peu à la manière d'un Geoff Johns (en plus rock'n'roll), à imaginer des justiciers improbables dans l'Histoire de l'humanité, tout en veillant à ne jamais les montrer à côté de contemporains célèbres.


L'exemple type, c'est Sebastian Szardos, le Soldat Suprême, qui, bien que ce ne soit pas clair, semble être un ancêtre de Margali Szardos, la sorcière qui recueillit Wanda Maximoff/Scarlet Witch. Sebastian, lui, détient l'Oeil d'Agamotto que lui a confié l'Ancien, qui formera plus tard Stephen Strange, et appartient aux Envahisseurs Secrets, qui, comme son nom l'indique, serait une division des Invaders (Captain America, Namor, Bucky Barnes, Jim Hammond, Toro, Union Jack, Spitfire) spécialisé dans les black ops.


Mais donc Aaron ne montre pas les Invaders et suggère même que Captain America n'a jamais entendu parler des Envahisseurs Secrets (où on trouve aussi un Ghost Rider, un Man-Thing, et un Blade). En revanche, le scénariste s'autorise plus de liberté avec le Ghost Ronin de l'époque Edo au Japon ou Reno Phénix et Kid Starbrand dans le far-west du XIXème siècle américain. Tout ça, à défaut d'être passionnant, est très divertissant et spectaculaire. Même si...


... Même si, en vérité, ça doublonne un peu avec la série Avengers Forever où le trio Deathlock-Robbie Reyes-Tony Stark remonte à la fois le temps et explore les dimensions pour former une armée au service du Premier Avenger. Dans les deux cas, il est question de rencontres avec des surhumains ayant été investi de pouvoirs aujourd'hui détenus par certains Avengers. 

La seule différence, elle est notable, c'est que, dans Avengers Forever, on recrute, alors que dans Avengers, on s'instruit au contact des héros qui ont agi dans le passé. Là où la question, réelle, légitime, se pose, c'est : est-ce qu'il y avait vraiment besoin de deux séries pour ça ? Pour moi, il aurait été plus pratique et plus concis d'alterner des épisodes dans le passé et dans le multivers.

Et ainsi, on aurait certainement échappé à des épisodes franchement pas captivants. Parce que, oui, Avengers Forever est toujours aussi faiblard : le titre semble n'exister que pour permettre à Aaron d'inventer des amalgames de plus en plus improbables et dont on apprécie mal en quoi ils peuvent menacer et Méphisto et ses Maîtres du Mal.

Jugez-en plutôt : Vibranium Man, c'est un mélange entre Black Panther et Iron Man avec des origines copiées sur celles de Superman (un exercice auquel s'était livré Warren Ellis dans Planetary, mais avec un tout autre brio), un Thor qui acquiert le poing de fer parce qu'il est incapable dans sa dimension de brandir Mjolnir, des Steve Rogers enfermés dans une prison qui doivent unir leurs forces pour trouver la sortie, une Carol Danvers devenue esclave du Club des Damnés, des tas de Tony Stark complètement à la ramasse...

Le seul intérêt de ce gloubi-boulga dans le multivers, c'est ce qui advient de Robbie Reyes, investi désormais d'une telle puissance qu'il n'est plus Ghost Rider mais l'Omni-Rider. Et ainsi augmenté, il risque d'oublier son humanité et de ne plus être qu'un esprit inarrêtable de la vengeance... Aaron aime ce personnage, comme il aime la mythologie des Ghost Rider en général (à laquelle il a beaucoup apportée). Mais tout ce qu'il y a autour de cette évolution est pénible à supporter avec ces héros fusionnés.

Heureusement, graphiquement, ça tient la route. Javier Garron est de retour pour les épisodes 57 à 59 et c'est toujours aussi éblouissant. Ce garçon est phénoménal : le script de Aaron lui réclame des décors, de la figuration, des batailles insensés, et il sort des scènes visuellement exceptionnelles. Il faut prendre le temps de s'arrêter sur certaines vignettes, pages, pour admirer le niveau de détail bluffant de l'artiste espagnol en même temps que le dynamisme de son découpage.

Mais cette débauche d'efforts a un prix et Ivan Fiorelli doit le suppléer sur les n° 61 et 62. L'italien n'est pas mauvais, mais il est quand même bien moins bon que l'espagnol. Son trait, plus anguleux, moins ouvragé, ne tient pas la comparaison, alors qu'il a une séquence essentielle à illustrer avec Starbrand contre Méphisto. Toutefois, je ne veux pas être trop sévère avec Fiorelli que Marvel exploite de manière assez médiocre, sans jamais lui confier de séries dès le début, toujours à jouer aux pompiers de service. Il a du mérite. Il lui reste à progresser.

Aaron Kuder s'acquitte, incroyable, de trois épisodes consécutifs (#7-8-9) sur Avengers Forever. Bon, le #7 n'est pas trop exigeant en matière de décors, mais quand même, saluons cet exploit. Jim Towe officie sur les épisodes 6, 10 et 11, avec toujours ce manque de personnalité (on pense à Marcus To, mais sans la même maîtrise dans les compositions et le storytelling en général). J'ignore qui s'est chargé des designs des héros du multivers, mais il faut bien admettre qu'ils sont tous d'une laideur accablante : dommage, ça aurait été bien de confier ça à quelqu'un de capable.

Comme le tome précédent, on trouve le temps un peu long, mais on garde espoir que le grand final du tome 11 soit à la hauteur. Jason Aaron a souvent de l'inspiration pour boucler ses runs (cf. Wolverine a the X-Men, Doctor Strange), donc on croise les doigts et on y croit fort.