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samedi 17 janvier 2026

POISON IVY, VOLUME 6 : A DEATH IN MARSHVIEW (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Brian Level, Ataghun Ilhan)


POISON IVY, VOL. 6 : A DEATH IN MARSHVIEW
(Poison Ivy #31-37)


Poison Ivy se cache désormais avec Janet Mitchell dans la ville fantôme de Marshview et souhaite en découvrir les origines. Elle fait appel à son ancien adversaire Peter Undine qui, grâce à ses pouvoirs, peut révéler les secrets de cet endroit, qui fut un chantier immobilier abandonné après l'échec des promoteurs pour en purger les marécages.


Un seul individu a survécu, au prix d'une atroce transformation, à la malédiction de Marshview. Poison Ivy et Peter Undine tentent de le combattre, sans succès. Janet se réfugie dans la forêt où elle invoque Bog Venus, l'esprit du Vert, qui résout le problème après avoir passé un marché avec la jeune femme pour obliger Ivy le servir...


Ignorant ce à quoi a consenti Janet, Ivy voit débarquer les forces du G.C.P.D. (Gotham Central Police Department) en se demandant comment elles ont pu trouver Marshview qui était à l'abri des regards grâce à un sortilège. Janet et Peter Undine s'enfuient, l'une à Gotham, l'autre à Seattle, pour chercher des renforts, du côté de Killer Croc d'une part, et des Chevaliers Verts de Bella Garten d'autre part.


Leur intervention se solde par l'arrestation de Killer Croc mais Ivy et Janet doivent quitter Marshview pour se réfugier à Seattle auprès de Bella Garten. Toutefois celle-ci n'apprécie pas le retour d'Ivy qu'elle soupçonne, à raison, de vouloir prendre les rênes des Chevaliers Verts. Cependant, l'état de santé de Janet se détériore gravement et Peter Undine prédit qu'elle va mourir...


Avant de passer à la critique de ce recueil, qui rassemble les épisodes 31 à 37, vous pourrez, en cliquant sur le tag Poison Ivy constater que j'ai remplacé les titres et les couvertures des précédents albums de la série par leur version originale. En effet, las d'attendre que Urban veuille bien annoncer les dates de parution de leurs tomes, j'ai vendu ma collection pour la racheter en vo, ce tome 6 compris qui est sorti le 13 Janvier 2026 (alors qu'en vf, il faudra attendre début Mars).


Comme Urban reprend le contenu des tpb vo, si vous suivez encore la série en vf, vous ne serez pas perdus avec mes critiques, même si elle risque de vous spoiler un peu, auquel cas attendez un peu avant de les lire. Bon, ça, c'est dit, c'est fait. Maintenant, place à la critique de ces sept nouveaux épisodes qui, je ne vais pas tourner autour du pot, confirment l'excellence de la série.


A l'heure où j'écris ces lignes, le 40ème numéro de Poison Ivy vient de paraître aux Etats-Unis. Rappelons encore une fois qu'au départ cette affaire ne devait durer que six puis douze épisodes. Je vais encore faire l'éloge de la politique éditoriale de DC qui non seulement ose miser sur des personnages qui n'ont jamais eu de série régulière mais qui soutient ces projets, leur fait de la pub, veille à la tranquillité des auteurs, etc.

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que cette semaine je vous ai parlé de l'autre série qu'écrit G. Willow Wilson chez Marvel cette fois, Black Cat, sur laquelle pèse la menace d'une annulation (et quand la rumeur court en ce sens chez Marvel, c'est hélas ! souvent plus qu'une menace). Logiquement, Black Cat va donc s'achever au #10.

Marvel a une certaine franchise, il faut le reconnaître : ils annoncent que toutes leurs séries, en dehors des incontournables de leur catalogue (X-Men, Avengers, Spider-Man), sont signées pour dix épisodes. Si les ventes sont bonnes, elle est prolongée. Sinon, on en restera là. Même ça ne signifie pas que au-delà de dix, c'est gagné : ça peut s'arrêter au #15.

Mais le problème n'est pas là. Quand un éditeur prévient à l'avance que, de toute façon, dix n°, c'est le minimum, est-ce que le lecteur a vraiment envie d'investir dans une série à l'avenir aussi précaire ? Ne vaut-il pas mieux attendre le tpb et lire les dix épisodes d'une traite ? Ou carrément zapper le titre ? 

DC fonctionne différemment. Chez eux aussi, des séries sont annulées, mais au moins ils croient à celles qu'ils lancent, ils font de la pub, du teasing, ils essaient aussi de trouver des équipes créatives attractives. Poison Ivy en est un brillant exemple. Et en ce moment, la campagne DC Next Level, le statu quo qui suivra la fin de DC K.O., bat son plein avec des annonces alléchantes (relances de Batwoman, Lobo, Firestorm, Zatanna, en attendant d'autres titres).

Et la preuve que DC mise dessus, c'est que les stars de la compagnie en parlent : Scott Snyder, Jim Lee, préparent le terrain, se démènent pour que les fans aient envie de lire ce qui arrive. Ce n'est pas le cas chez Marvel : personne n'a parlé de Black Cat par exemple. Et aucune nouvelle série n'est annoncée (par contre vous allez bouffer du Venom).

Mais bref, revenons à Poison Ivy. G. Willow Wilson consacre une partie de ces nouveaux épisodes à Marshview, cette ville fantôme invisible de tous sauf de Poison Ivy et Killer Croc (et de ceux qu'ils invitent là). Les deux premiers chapitres résolvent ce mystère en opposant Peter Undine et Poison Ivy à l'unique survivant d'une opération immobilière qui a viré à la catastrophe des années auparavant.

En soi, cette petite intrigue n'a rien de franchement passionnant (même si le flashback de l'épisode 31 est soigneusement construit). En revanche, il se passe quelque chose de décisif pour la suite quand Janet Mitchell, pour aider Ivy, fait appel l'esprit du Vert, Bog Venus. Les deux passent un marché faustien pour sauver Ivy et en même temps en faire l'alliée du Vert.

Ces deux premières parties sont dessinées par Brian Level. Je ne suis pas fan de son trait, mais il faut avouer que c'est un choix habile pour les illustrations de ce petit arc car il traduit parfaitement le côté flippant, horrifique, pourri de l'endroit. En somme, la laideur du dessin de Level correspond à celle du passé de Marshview.

Puis les trois épisodes suivants exploitent ce qu'a fait Janet à l'insu de Ivy. Marshview est désormais visible de tous, ce qui provoque l'arrivée du GCPD, désormais commandé par Vandal Savage, et qui a donc des méthodes beaucoup plus violentes. Ivy tente de contenir les forces de l'ordre pendant que Janet et Undine vont chercher des renforts chacun de leur côté.

G. Willow Wilson se sert habilement de l'aspect magique de la forêt entourant Marshview avec ces espèces d'accès spatiaux qui peuvent téléporter en un clin d'oeil qui à Gotham, qui à Seattle. Undine se trouve à Seattle et convainc les Chevaliers Verts d'aider Ivy, au grand dam de Bella Garten, la Jardinière, qui n'a toujours pas digéré que Ivy ait refusé de rejoindre sa secte d'écoterroristes.

Marcio Takara revient pour trois épisodes et une fois de plus, il accomplit un travail remarquable, d'une grande beauté, réhaussé par les couleurs somptueuses d'Arif Prianto. J'adore ce que Takara fait sur cette série depuis le début et s'il a besoin de souffler, il revient toujours à son meilleur niveau, gratifiant le lecteur d'images mémorables, avec une narration graphique simple mais éclatante.

Il y a quelque chose de faussement classique chez Takara, qui convoque à la fois l'élégance du trait et un goût pour l'horrifique, sans sombrer jamais dans la facilité, dans la complaisance. Il sait doser ses effets, rendre ses personnages charismatiques, l'action fluide, et on se trouve pris dans ce qu'il raconte parce qu'il sert admirablement, intelligemment le script de Wilson.

Enfin, les deux derniers chapitres se penchent sur Janet qui tombe malade gravement, elle est même à l'article de la mort. Ivy a négligé son amie dont elle ignore la trahison et qu'elle veut absolument sauver donc. Le dilemme est palpitant : le lecteur en sait plus que l'héroïne et attend de voir à quand cette dernière va découvrir la vérité et quelle sera sa réaction.

Wilson nous montre une Poison Ivy rattrapée par ses démons, grisée par le pouvoir, l'emprise qu'elle a sur les Chevaliers Verts, le châtiment atroce qu'elle inflige à Bella Garten. L'ambiguïté du personnage est parfaitement cernée : est-elle vraiment une ancienne méchante qui veut se racheter ? Ou une égoïste qui sacrifie ses amies pour son propre intérêt ? Ou encore une vilaine prête à basculer de nouveau du mauvais côté, lasse qu'on la persécute ?

Ataghun Ilhan, qui avait signé les dessins de Knight Terrors : Poison Ivy, revient pour conclure cette histoire en deux épisodes. On sent qu'il a à coeur de se rattraper après son premier passage calamiteux, et effectivement il produit des pages plus abouties. Il subsiste de grosses maladresses, mais globalement la copie est nettement meilleure.

Le dénouement, que je ne vais spoiler, ouvre la porte à de nouveaux rebondissements spectaculaires. Et DC comme G. Willow Wilson ont déjà teasé de grands et prometteurs développements pour l'année à venir. Qu'on se le dise : Poison Ivy n'a pas fini  de nous étonner et de nous épater. C'est décidément une sacrée série !

mardi 24 juin 2025

POISON IVY, VOLUME 5 : HUMAN BOTANY (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Mike Perkins)


POISON IVY, VOL. 5 : HUMAN BOTANY
(Poison Ivy #25-30 + Poison Ivy/Swamp Thing : Feral Trees)


- #25 (Ecrit par G. Willow Wilson, Joanne Starer, Grace Ellis, Gretchen Felker-Martin, Dan Watters / Dessiné par Marcio Takara, Haining, Brian Level, Ataghun Ilhan, Dani) - Ivy promet à Harley Quinn, Janet HR, Killer Croc de ne plus leur attirer d'ennuis et de faire de leur maison dans le marais un vrai refuge... 
... Par le passé, Poison Ivy affronte Batman à côté de la tombe de ses parents... Au début de son aventure, elle croise la route de deux cousins à la recherche de champignons hallucinogènes... Killer Croc fait une découverte dans le marais... Un pyrophile est convaincu que Ivy sème des indices à travers le pays pour le rencontrer...

Ce 25ème numéro permet de rappeler que Poison Ivy ne devait, initialement, durer que six puis douze épisodes. Et voilà qu'elle commence ici sa troisième année de parution. Quelle performance pour la première série consacrée à un personnage qui n'avait jamais eu de titre régulier consacré à ses aventures. Et quelle belle marque de confiance de la part de DC qui su donner sa chance au projet.

Pour fêter cet "anniversaire", comme c'est souvent el cas maintenant, on a droit à un épisode à la pagination plus conséquente et c'est l'occasion à la fois de faire le point mais aussi de produire un teaser pour la suite. G. Willow Wilson et Marcio Takara ne réalisent que le début et la fin du numéro, laissant à des invités le soin de "meubler" avec des récits courts de huit pages.

On y trouvera de l'anecdotique (le premier segment par Starer et Haining), du sans intérêt (celui par Ellis et Level) et du très bon (celui par Watters et Dani, de loin le plus réussi). Mais on a aussi droit à un morceau qui, franchement, me pose beaucoup de problème, pas tant pour son contenu, que pour sa scénariste, Tracy Felker-Martin (qui fait équipe avec Ataghun Ilhan, qui, comme les autres artistes, a déjà oeuvré sur la série).

Felker-Martin, je l'ai appris récemment, est un auteur transexuel qui s'est fait un nom avec ses romans d'horreur. Mais aussi pour ses déclarations honteuses sur J.K. Rowling à propos de laquelle elle a dit qu'elle voudrait l'égorger (à cause des propos "transphobes" de l'auteur de Harry Potter). C'est déjà pas glorieux, mais ce n'est que le début.

Car Felker-Martin a aussi estimé que les attentats du 11-Septembre 2001 étaient parfaitement défendables et que Ben Laden était un héros. Et là, c'est juste pas possible ! Mais apparemment ça ne dérange personne chez DC qui vient de lui confier une nouvelle série sur Red Hood... C'est une honte !
  

- #26-30 (Ecrit par G. Willow Wilson et dessiné par Marcio Takara) - Janet HR échappe de justesse à un attentat commis dans une grande surface à Gotham et revendiqué par l'Ordre des Chevaliers Verts, des écoterroristes qui ont érigé Poison Ivy comme leur leader. Sauf que celle-ci ignore tout de ce groupuscule et ne veut pas être mêlée à leurs horreurs.


Ivy convainc Batman de la laisser enquêter et démanteler l'Ordre. Mais pour protéger Janet HR, elle doit trouver un endroit sûr. Killer Croc lui raconte alors avoir fait une découverte stupéfiante dans le marais voisin de Gotham : une ville fantôme y est apparue ! Ivy s'y rend et juge l'endroit certes inquiétant mais assez sécure pour Janet.


Après avoir coincé des membres des Chevaliers Verts, Ivy apprend que leur prophète se trouve à Seattle. Elle doit donc laisser Janet et se rend sur place. Mais comment se déplacer à l'autre bout du pays quand toutes les polices vous recherchent pour être l'instigatrice d'attentats écoterroristes ? Le brouillard qui dissimule la ville fantôme de Marshview va l'y aider...
 

Et une fois à Seattle, Ivy va croiser une vieille connaissance avec lesquelles les retrouvailles vont être tendues...


Je crois qu'il s'agit du premier arc entièrement dessiné par Marcio Takara depuis celui qui avait débuté la série et l'artiste se montre en grande forme. Au sommet de son art, même. Toujours avec les couleurs magnifiques d'Arif Prianto, c'est d'abord cela qui m'a comblé dans ce cinquième tome.

Takara a vraiment énormément apporté à la série et elle lui doit sans aucun doute une partie non négligeable de son succès. Quel "flair" de la part de Marvel de l'avoir laissé filer, vraiment, après ne l'avoir jamais utilisé autrement que comme un vulgaire fill-in artist... Ah, on peut dire que ce sont de vrais génies du management artistique !

Sous le crayon de Takara, Poison Ivy a ce mélange unique de séduction et de dangerosité, idéal pour camper le personnage. D'une certaine manière, elle est, moralement, l'égal d'une Emma Frost, jamais aussi passionnante que quand on ignore si elle va retomber du côté obscur ou si elle va vraiment se ranger.

Plusieurs scènes et planches mettent en valeur la plastique de Ivy sans l'hypersexualiser mais en valorisant son charisme, sa puissance. Takara sait aussi varier ses effets pour représenter les pouvoirs de l'héroïne, tout comme il la rend superbement expressive dans des moments plus ordinaires. Après tant d'épisodes, il la maîtrise totalement et c'est un régal.

Par ailleurs, le scénario de G. Willow Wilson offre du biscuit à Takara avec des décors variés (où se distingue la ville fantôme de Marshview), mais aussi des scènes plus généreuses en figuration quand l'intrigue se déplace à Seattle. Ou, surtout, quand Ivy fait la connaissance de deux colossales créatures, représentantes anciennes du Vert et du Gris, qui auront un rôle important dans le futur.

L'intrigue, parlons-en : Wilson développe simultanément deux pistes narratives. La première concerne ces Chevaliers Verts, qui donnent leur nom à l'album, une organisation écoterroriste qui se réclame de Poison Ivy alors même qu'elle ignorait leur existence et refuse de soutenir leurs actions. S'ensuit une enquête à la fois rapide et captivante, mais qui est amenée à se poursuivre dans les prochains numéros.

La seconde concerne cette ville fantôme subitement apparue dans le marais environnant Gotham, Marshview. La vie semble s'y être arrêtée en 1958 et là, c'est Janet HR qui mène les investigations, après que Killer Croc a découvert l'endroit. Wilson reste évasive sur ce qu'elle compte faire avec ces éléments mais gageons que ça va être accrocheur.

En passant, on assiste à un rapprochement à la fois romantique, drôle, touchant er inattendu entre Janet et Killer Croc. Ce couple peut paraître dérangeant (lui est un monstre, ancien criminel), mais Wilson rend la chose naturelle et semble surtout vouloir faire avec Croc ce qu'elle a réussi avec Ivy, le réhabiliter.

De son côté, comme vous pouvez le découvrir avec les planches qui illustrent cette critique, Ivy va croiser à nouveau la route de Bella Garten, la Jardinière, avec qui elle fut l'élève de Jason Woodrue, puis son amante. La tournure de leur relation prend une dimension très intéressante, la scénariste préparant à l'évidence des développements prometteurs.

De manière générale, ce tome 5 est vraiment le début d'une saison 2 pour la série (la saison 1 ayant été largement animée par le duel Poison Ivy-Jason Woodrue). On pourrait presque parler de nouveau point d'entrée à destination de ceux qui n'auraient pas lu les quatre premiers tomes et voudraient plonger à partir de celui-ci (même s'il est préférable de connaître ce qui a précédé).

Et puis c'est une transition nette vers le futur du titre, avec le retour de Bella Garten, mais aussi l'apparition de Marshview, des représentants du Vert et du Gris, de la romance entre Janet et Croc. Seule Harley Quinn est absente (à l'exception de deux scènes très brèves dans le #25) du sommaire. En tout cas, c'est superbement écrit, la mythologie de Poison Ivy grandit encore, la série n'en finit pas de monter en gamme.

J'ai souvent pensé que Poison Ivy était peut-être la meilleure série régulière de DC et, même si l'éditeur a une production très enthousiasmante, il est vrai que ce titre combine une vraie ambition comme dans le Black Label avec l'efficacité plus classique, normée, du catalogue traditionnel. C'est un peu le meilleur des deux mondes. Et la qualité, loin de baisser ou de stagner, est là, au top.
  

- POISON IVY / SWAMP THING : FERAL TREES (Ecrit par G. Willow Wilson et dessiné par Mike Perkins) - Une nuit, Ivy et Swamp Thing reçoivent un message de la forêt. Ils s'y retrouvent et commencent à chercher ce qui se passe. Traversant plusieurs embûches, ils suivent la piste d'une jeune femme au destin tragique...

En Octobre dernier, DC publie ce one-shot réunissant deux personnages qui ne pouvaient qu'être réunis, même si G. Willow Wilson s'en était jusqu'alors abstenu. Urban Comics a eu la bonne idée de traduire cet épisode (d'une quarantaine de pages) en supplément de ce tome 5 (alors qu'il sera absent du sommaire du tpb US).

Ne cherchez pas à quand il se situe dans la série, ce n'est pas précisé, et c'est d'ailleurs inutile. C'est une histoire à la marge. Si la scénariste reste la même, en revanche c'est Mike Perkins, qui avait déjà illustré une mini-série Swamp Thing (écrite par Ram V) qui se colle aux dessins. L'ambiance tranche complètement avec ce que produit Marcio Takara, tout comme l'ambiance de cette histoire.

Plus qu'une enquête, on suit la quête de Ivy et Swamp Thing dans la forêt, une nuit. Ils ignorent exactement ce qu'ils cherchent, pourquoi ils ont été convoqués par les forces de la nature avec lesquelles ils ont une relation spéciale. Mais c'est quasiment une sorte de trip initiatique où justement le décor s'en prend à eux, les malmène, les entraîne sur des fausses pistes...

Au cours de leur périple, ils croisent des esprits aussi égarés qu'eux, puis, progressivement, à mesure qu'ils se perdent et se réunissent, ils comprennent l'objet de leur quête. Elle se mêle au destin tragique d'une jeune femme elle aussi pourvu de pouvoirs semblables aux leurs, ayant fugué de chez elle, s'étant perdue à Gotham, puis devenue SDF s'étant réfugiée dans ces bois...

Le résultat est poignant. Wilson réussit jusqu'au bout à entretenir le mystère tout en parvenant à captiver le lecteur. Elle met en scène le duo Ivy-Swamp Thing de manière géniale, soulignant à la fois leurs points communs et leurs différences, leurs divergences aussi, tout en révélant petit à petit l'existence et le destin de la jeune femme. C'est à la fois envoûtant et déchirant, flippant et bouleversant.

Mike Perkins signe des planches magnifiques, habitées littéralement. Son trait sert magnifiquement ce récit, noir, cafardeux, énigmatique. On peut s'attarder de longs moments sur certaines vignettes où son sens des ombres et lumières époustoufle. C'est du grand art pour un numéro exceptionnel à plus d'un égard.

Une belle manière aussi de boucler un cinquième tome de très haut niveau.

mardi 12 mars 2024

POISON IVY, VOLUME 1 : THE VIRTUOUS CYCLE (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Brian Level)

 

- Photosynthesis (Prologue - issu de Batman #124. Ecrit par G. Willow Wilson, dessiné par Dani) - Poison Ivy a été séparée de son double maléfique et surpuissant, Queen Ivy, à la suite de Fear State. Son amie Bella Garten/la Jardinière, lui explique qu'elle a risqué sa vie dans cette affaire. Mais Ivy veut récupérer l'intégralité de ses pouvoirs et se lance dans un road-trip sur les traces de Jason Woodrue, l'homme qui a fait ce qu'elle est...


- The Virtuous Cycle (#1-6) - Au volant d'un van, Pamela Isley.Poison ivy parcourt les Etats-Unis et tient un journal dans lequel elle s'adresse à son amante, Harley Quinn, restée à Gotham. En route, elle libère des spores très agressives (ophiocordyceps lamia) qui attaquent de manière très virulentes les hommes mais protège la nature. L'objectif de Ivy est de purger la Terre des humains qui, selon elle, contribuent à sa destruction.


Elle fait ensuite une halte dans un diner où elle partage sa table avec Jenny dont elle apprend qu'elle est recherchée par la police et qu'elle aide à échapper à deux agents en disséminant à nouveau quelques spores. Puis Ivy se pose dans un hôtel où elle sympathise avec la gérant, Carrie, qui essaie de créer un espace vert.


Plus loin elle se fait embaucher dans un entrepôt d'empaquetage dont le recruteur harcèle sexuellement ses employées : il le paiera cher. Ivy a une aventure avec une fille qui était victime de cet abuseur. Progressivement, au fil des rencontres qu'elle fait, ses convictions sont ébranlées : si elle estime que l'espèce humaine représente un fléau pour la survie de la Terre, elle comprend que des individus méritent malgré tout d'échapper au funeste sort qu'elle réserve aux gens. Ce qui ne l'empêche pas d'exploiter le système de livraison sur tout le pays pour faire circuler ses spores...


Enfin, elle arrive dans la ville où, jadis, Jason Woodrue la tortura pour la transformer en Poison Ivy. Leur affrontement est âpre et indécis jusqu'au bout. Au point de convaincre Ivy de modifier son terrible projet ?


En Juin 2022 sortait le premier numéro de Poison Ivy. DC décide de publier une mini-série en six épisodes pour surfer sur le succès de l'arc Fear State dans Batman (alors écrit par James Tyniion IV) où Pamela Isley tenait un second rôle spectaculaire. Un double rôle pour être précis.


Car en plus d'être Poison Ivy, elle était aussi Queen Ivy, son double maléfique et surpuissant, réfugiée dans les catacombes de Gotham dont elle voulait provoquer l'effondrement, ensevelissant ainsi toute la ville. Au terme de cette intrigue, avec l'aide de Harley Quinn mais aussi de la Jardinière (Bella Garten, ex-maîtresse de Pamela Isley, également pourvue de pouvoirs sur les végétaux), Queen Ivy est neutralisée et Poison Ivy sauvée d'une mort certaine. Mais elle se rend aussi compte que ses pouvoirs ont franchement diminué dans l'affaire...

G. Willow Wilson construit sa mini-série à partit de cela mais le hardcover vo n'a pas jugé bon de rappeler ces événements. J'ai préféré pour ma part le mentionner dans cette critique avec une page d'illustration signée Dani (excellente artiste, au style très Frank Miller, sublimé par les couleurs de Trish Mulvihill).

Aux environs de l'épisode 4, DC se rend compte que Poison Ivy est un vrai sleeper, un succès surprise, et accorde à G. Willow Wilson six épisodes supplémentaires pour conclure son intrigue. Malgré cela, la scénariste boucle son premier arc de manière déjà satisfaisante, mais elle sait aussi en profiter pour modifier ses plans et ceux de son héroïne, dont la quête prend une nouvelle tournure, moins apocalyptique.

Le conte de féé ne s'arrêtera pas là puisque, alors que le second arc est entamé, l'éditeur passe à la vitesse supérieure et demande à G. Willow Wilson d'écrire désormais une série illimitée ! Un vrai phénomène, rarissime dans le monde des comics, mais qui prouve que le public (comme la critique d'ailleurs) a répondu très favorablement à la proposition de la scénariste, la première à se coir accorder le privilège d'un titre mensuel sur Poison Ivy.

Maintenant, reprenons du début. Wilson est surtout connue pour avoir co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona le personnage de Kamala Kahn/Ms. Marvel chez Marvel, qui a eu droit à sa propre série en live action sur Disney + l'an dernier et qu'on a retrouvée au cinéma dans The Marvels (la suite de Captain Marvel). La suite fut beaucoup plus compliquée pour elle, qui passa notamment sur Wonder Woman sans convaincre, ou en indépendant avec Invisible Kingdom (chez Dark Horse).

Poison Ivy marque donc son retour au premier plan. On sent que ce personnage lui parle et qu'elle s'en sert pour faire passer des idées personnelles, mais surtout elle trouve une approche originale, respectant l'ambiguïté de celle qui fut longtemps cantonnée à être une adversaire de Batman ou la compagne de Harley Quinn ou une des trois Gotham City Sirens. Au début de ce premier tome, c'est surtout une femme qui a failli être dévorée par une partie d'elle-même, surpuissante, connectée au Vert (l'énergie cosmique qui relie tous les organismes végétaux de la Terre), incarnée en un double terrifiant, Queen Ivy.

Elle n'a dû son salut qu'à l'intervention des deux femmes qui l'aiment, Harley Quinn et Bella Garten/la Jardinière (une création de James Tynion IV, pourvue elle aussi de pouvoirs sur les végétaux). Cette dernière a étudié avec Pamela Isley les travaux de Jason Woodrue alias Floronic Man, un ennemi de Swamp Thing, qui a ensuite torturé Pamela pour en faire Poison Ivy. N'acceptant pas cette régression après avoir goûté au pouvoir suprême, Ivy décide de retrouver Woodrue, malgré leur passé douloureux, quittant Bella et Harley.

Ne vous attendez pas en lisant Poison Ivy à une série d'action. Le rythme est plutôt lent, du moins posé, très character's driven. Ce qui intéresse Wilson, c'est Ivy et Ivy d'abord. La scénariste a à coeur de définir cette femme non plus par rapport à ses ennemis (que ce soit Batman ou Floronic Man) ou ses amours (Harley, Bella). Elle revient aux sources et en fait une sorte d'éco-terroriste décidé à éradiquer les humains de la Terre car elle les juge responsables de toutes les calamités écologiques, climatiques, environnementales. Pour cela, elle use d'une arme abominable et invisible : des spores particulièrement agressives qui se répandent dans l'air et dévorent les chairs mais épargnent les végétaux.

Wilson imagine des moyens de propagation glaçants : dans le diner où elle se restaure, Ivy contamine les clients à leur insu, puis plus tard, encore plus flippant, elle pense à se servir de paquets destinés à être livrés partout dans les Etats-Unis (sur le modèle des colis Amazon) pour disséminer son poison. Il reviendra à l'auteur et au personnage de corriger le tir dans la suite puisque, comme on va le voir, au terme de ce premier arc, Ivy change ses plans et son opinion vis-à-vis de sa cible...

La narration s'appuie aussi sur une voix-off qui est en fait la retranscription du journal que rédige Ivy à l'attention de Harley Quinn. Sans être trop envahissante, cette partie du texte permet d'affiner l'évolution psychologique du personnage et pour le lecteur de s'y attacher alors qu'au tout début, on la suit, épouvanté par son plan. L'affrontement final contre Jason Woodrue tient toutes ses promesses et scelle la première partie de la série sur une note accrocheuse pour la suite.

Au dessin, c'est donc Marcio Takara qui a été choisi pour illustrer ce script remarquable. Voilà un artiste que j'apprécie mais qui n'a eu que très rarement l'occasion de briller sur le long terme car il a souvent été appelé pour des fill-in. Pourtant, c'est un professionnel au style élégant qui ne demandait qu''à être testé. Et Poison Ivy le lui permet.

Associé à un excellent coloriste en la personne de Arif Prianto, Takara se révèle impeccable. Le registre de la série s'inscrit dans une veine volontiers horrifique, à cause des effets des spores sur les humains. Il faut avoir le coeur bien accroché sur certaines scènes qui ne ménage pas le lecteur et les victimes de Poison Ivy.

L'influence du cinéma de David Cronenberg, grand cinéaste du corps et de ses mutations, est évidente. Poison Ivy, dans le prologue, perd sa peau verte mais conserve les stigmates de son précédent état, comme des croutes, des veines, des tiges, des petites feuilles qui persistent à apparaître sur son épiderme. C'est une créature en pleine évolution, avec sa part d'étrangeté mais plus humaine, plus passe-partout. 

D'ailleurs, elle n'apparaît plus dans un costume de super-vilaine, ce monokini vert qui a fait sa gloire : elle porte une combinaison de jardinière verte, sous laquelle on voit un maillot de corps noir. Sa longue chevelure rousse n'est plus surplombée d'une couronne de feuilles non plus mais attachée en une queue de cheval. Takara, comme Wilson semblent avoir voulu débarrasser le personnage de ses oripeaux, du folklore comics pour, là encore, que le lecteur ne soit pas déconcentré et voit la femme avant la méta-humaine.

En revanche, lorsque Jason Woodrue apparaît, d'abord de manière cauchemardesque et fugace dans des moments dont on ne sait s'ils sont des songes ou réels, puis lors du combat contre Ivy, son apparence est monstrueuse, effrayante, imposante. Son gabarit surpasse celui de Ivy et sa puissance paraît sans égale, ce qui contribue à créer un suspense très convaincant quant à l'issue de la bataille.

Tout au long du road-trip de Ivy, elle croise des humains ordinaires, des femmes qui la renvoient à ce qu'elle a été, est ou va devenir, comme Jenny la fugitive dans le diner, Carrie l'hôtelière, ou Jesslyn dans l'entrepôt d'empaquetage. Ces rencontres vont la troubler profondément et progressivement, sans que Wilson n'oublie Harley Quinn, omniprésente en pensée pour Ivy. Une scène troublante voit même Ivy coucher et faire l'amour avec Jesslyn et Takara cadre cette étreinte hors-champ, ne projetant que l'ombre des deux corps des deux femmes sur un mur auquel est adossée Harley, observant tout ça avec un sourire ravi (ou crispé ?) aux lèvres.

Notons que sur les épisodes 5 et 6, Takara reçoit le renfort de Brian Level : leurs styles ne se ressemblent pas mais chacun s'aligne sur le scénario et le mix ne dépareille pas (même si, pour part, je préfère Takara).

Bref, que vous choisissiez dès à présent de vous procurer l'album en vo ou d'attendre mi-Août pour la vf, notez cet achat pour votre panier. Poison Ivy est vraiment une série singulière et captivante, superbement écrite et dessinée.