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jeudi 27 août 2026

BLACK CAT #13 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Face à un monstre gigantesque sorti de la mer, le Punisher et Black Cat seront-ils de taille ? Et ensuite est-ce que tout sera pardonné entre eux ? Et au fait comment va vraiment le chien de Frank Castle percuté par la voiture de Felicia Hardy ?


Ici prend fin ce délicieux arc qui a vu Black Cat croiser la route du Punisher et, mon dieu, que cette série est plaisante ! En prime Marvel vient de confirmer que, cette fois c'est sûr, le titre devenait une série illimitée - ils auront mis le temps, mais ça, c'est vraiment une excellente nouvelle, comme la confirmation qu'il y a un public suffisant pour suivre les aventures de Felicia Hardy.


Alors, je le sais déjà, il y aura des grincheux qui diront : "mais, heu, c'est pas du vrai comics de super héros !", "mouais, c'est rigolo, mais ça casse pas des briques !", "ils ont ruiné Black Cat !"... Soupir... Que ceux-là aillent se faire voir ! Vous savez quoi ? Je n'en peux plus de ces fans qui râlent tout le temps : si ça ne vous plait pas, ne lisez plus !


Les comics de super héros sont majoritairement sérieux, et pour cause, la fin du monde est pratiquement au programme chaque mois. Et c'est bien (enfin... Tant que ça reste une fiction !), c'est une sorte de tradition, c'est le folklore. J'aime ça aussi. Mais, c'est bien aussi de pouvoir lire une BD cool, relaxante, où tout ne risque pas de disparaître tous les 30 jours.


Black Cat, c'est ça, c'est ce petit plaisir-là, et qui permet justement au reste de la production de justifier son existence, la récurrence de ses gimmicks dramatiques. Dans ce treizième épisode (mais non, je ne suis pas superstitieux. Être superstitieux, ça porte malheur !), encore une fois, ce qui compte, ce n'est pas la baston, les bons, les méchants, c'est le fun.

Le Punisher et Black Cat se chamaillent depuis trois mois et le malencontreux accident qui a failli coûter la vie au chien errant qu'a adopté Frank Castle quand Felicia Hardy, en cavale, l'a percuté en voiture. Et les voilà aux prises avec un énorme monstre marin. Vont-ils s'en sortir ? Et d'ailleurs d'où sort ce monstre ?

Si vous avez lu l'arc précédent, avec VenoMJ dans la zone négative, vous comprendrez mieux. Mais, comme je le disais, l'essentiel ici est ailleurs. Après avoir sauvé le Punisher de la noyade, le voilà tout attendri par Black Cat, un ange passe. Y aurait-il anguille sous roche ? Je ne vous spoile pas, mais la morale de l'histoire en quelque sorte, c'est qu'à défaut d'être amis quand on est une voleuse et un tueur de gangsters, on peut se reconnaître des accointances.

G. Willow Wilson est très forte pour créer des liens, des connections inattendues entre son héroïne et les gens qu'elle croise, mais celle-ci est particulièrement malicieuse et savoureuse. C'est tout le charme de cette série, légère certes, mais pas superficielle, qui ne se prend jamais au sérieux tout en étant faite sérieusement.

Andrés Genolet est excellent lui aussi pour illustrer ce genre de récit : son trait vif, l'expressivité de ses personnages, la simplicité de son découpage sont au service du script et j'espère plus que jamais qu'il va devenir l'artiste régulier de la série, étant entendu que Gleb Melnikov va la quitter prochainement (pour s'occuper d'Iron Man en alternance avec Carmen Carnero).

Il faudrait un malencontreux et durable dérapage pour que j'écrive du mal de Black Cat. Et ce n'est pas près d'arriver ! Le mois prochain, Felicia Hardy est embarquée dans Queen in Black...

samedi 11 juillet 2026

BLACK CAT #12 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Le Punisher retient prisonnière Black Cat depuis quatre jours en espérant qu'elle finira par s'excuser d'avoir tué son chien. Mais elle y est d'autant moins disposée qu'elle tient maintenant à se venger de son geôlier pour l'avoir retenu captive...


Le deuxième partie de cette histoire (qui se conclura le mois prochain avant que la série ne soit impactée par l'event Queen in Black) est aussi drôle que mouvementée. Black Cat a malencontreusement tué le chien du Punisher alors qu'elle fuyait des malfrats qu'elle avait dépouillés. Frank Castle a d'abord voulu venger son chien avant de réclamer des excuses à Felicia Hardy.


Quand cet épisode démarre, Black Cat est détenue dans une cellule improvisée depuis quatre jours (et autant de nuits) et il n'est pas question pour elle de s'excuser. Au contraire, elle est résolue à infliger une correction au Punisher pour l'avoir enfermée. Pour cela, elle doit d'abord s'évader, ce qui ne sera pas aisé... Car le Punisher semble immunisé contre la malchance qu'elle attire pourtant d'habitude contre ses adversaires.


G. Willow Wilson s'amuse beaucoup et son enthousiasme est communicatif. Elle s'interroge surtout sur la réalité du pouvoir de Black Cat : peut-elle porter malheur à ceux qui la contrarient ? Ou bien ses talents de voleuse et d'acrobate suffisent-ils pour les dominer ? Face à un homme aussi pragmatique que Frank Castle, en tout cas, sa chance semble tourner.
 

Mais la logique de Castle est aussi battue en brèche : lui aussi a une vision binaire du monde qui l'entoure. Tout individu qui contrevient à ses devoirs ou à la loi mérite une leçon (fatale dans le second cas). Il ne veut pas tuer Black Cat mais qu'elle s'excuse, sincèrement, d'avoir tué son animal de compagnie, qui représentait la partie la plus compassionnelle de son caractère.

Entre la captive et son geôlier, c'est donc une inévitable escalade. Et Black Cat ne fait rien pour en rester là, y compris quand elle échappe au Punisher, prêt, lui, à laisser tomber. L'aventure devient une pure comédie où chacun ne sait plus s'arrêter avant que l'affaire ne devienne incontrôlable. Et le cliffhanger de l'épisode montre, de manière délirante, à quel point l'affrontement prend une envergure ahurissante.

C'est donc un régal à lire, d'autant plus parce que c'est Andrés Genolet qui assure les dessins et que son trait très expressif sied à merveille au récit. Sans avoir à appuyer son découpage pour souligner les excentricités du script, l'artiste nous fait partager les émotions de deux personnages coincés dans leurs choix jusqu'au moment où ils ne maîtrisent plus rien du tout.

En ce sens, je crois que Genolet est plus doué que Melnikov, l'autre dessinateur de la série, qui ne possède pas la même subtilité pour animer les personnages. Melnikov est doué quand ça bouge et que l'action domine. Genolet l'est aussi, mais en plus il a cette capacité à représenter les réactions par des mimiques plus variées et irrésistibles.

Black Cat continue donc d'être un divertissement savoureux et atypique dans la production super héroïque majoritairement sérieuse. Pourvu que ça dure encore longtemps !

mercredi 10 juin 2026

BLACK CAT #11 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Black Cat a renoué avec ses activités de voleuse. Et c'est en cherchant à semer des malfrats qu'elle a dépouillés qu'elle écrase malencontreusement un chien. Mauvaise pioche : il s'agissait d'un clébard adopté par Frank Castle, le Punisher !


Alors que le premier tome de la série vient de paraître en vf chez Panini Comics, Black Cat entame un nouvel arc après l'aventure qui l'a entraînée dans la zone négative en compagnie de Mary Jane Watson/Venom. C'est aussi le onzième numéro d'un titre qui était donné condamné au #10, donc ça se fête. Et G. Willow Wilson est bien décidée à nous distraire.


L'argument de départ est simple mais savoureux : on observe le Punisher en train de préparer l'exécution d'un quelconque malfrat lorsqu'il est distrait par un chien errant. Sa cible s'étant envolée entre temps, il adopte le toutou et l'emmène même en mission. C'est alors que surgit Black Cat au volant d'un bolide, fuyant d'autres malfrats et écrasant le chien.


Wilson est une des rares scénaristes chez qui je trouve que l'emploi de la voix off est bien exploitée. Le plus souvent, les auteurs actuels utilisent cela pour commenter l'action de manière redondante, ou en essayant de faire de l'ironie mal placée (et pas marrante surtout). Au point que je me demande si une décision éditoriale forte ne serait pas d'interdire le recours à cet artifice.
 

Wilson, elle, s'en sert pour donner une profondeur, parfois sarcastique, à sa série. Par exemple, pour cet épisode, les premières pages mettent en scène exclusivement le Punisher, contrarié dans son job par ce chien errant qu'il décide d'adopter et auquel il se lie. En voix off, Black Cat philosophe sur la chance et la malchance, en écho à son seul "super" pouvoir qui consiste à coller la poisse à ses adversaires.

Sauf qu'elle n'a aucun contrôle sur ce pouvoir. Parfois cela fonctionne, parfois non. C'est totalement aléatoire. Et comme elle l'explique, la chance de l'un peut devenir la malchance d'un autre et vice-versa. Ce qu'illustre l'histoire de cet épisode, qui n'est que la première partie de l'arc. Car, elle va l'apprendre à ses dépens, parfois c'est elle qui a la poisse.

Et quoi de plus malheureux que de s'attirer les foudres du Punisher ? Certes Black Cat n'est pas une criminelle que vise habituellement Frank Castle, plutôt préoccupé par des tueurs, des mafieux, toute cette engeance comparable à celle qui a éliminé sa famille. Mais Black Cat a quand même tué son clébard et, tel John Wick, il n'entend pas laisser cela impuni.

Même si c'est un accident... On retrouve ce même humour piquant qui fait le sel de la série depuis le début du run de Wilson, comme quand Felicia Hardy tente d'attendrir Castle, pensant que son décolleté et ses remords suffiront (sauf que non). Les dialogues sont vifs, et le face-à-face Black Cat-Punisher fonctionne à plein.

Cette fois, Gleb Melnikov cède à nouveau sa place à l'excellent Andrés Genolet. Même si j'aime beaucoup ce que produit Melnikov sur la série, c'est vrai que, ayant adoré la prestation de Genolet sur She-Hulk, j'ai quand même tendance à trouver ce que fait ce dernier supérieur. Pour que ce soit parfait, il faudrait idéalement que Melnikov dessine un arc, et Genolet le suivant, en alternance.

Avec deux artistes aussi bons, et en même temps différents, la série serait parfaite. Mais; quoi qu'il en soit, elle l'est déjà. Black Cat, c'est drôle, malin, efficace, frais, superbement écrit et illustré. Qu'attendez-vous pour l'essayer ?!

jeudi 9 avril 2026

BLACK CAT #9 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov, Andrés Genolet)


Suite à la découverte d'un artefact dans la chambre forte de la zone négative, Black Cat et Mary Jane Watson sont propulsées dans un passé alternatif. Peter Parker n'a jamais été mordu par une araignée radioactive, Gwen Stacy n'est pas morte... Et si c'était une chance à saisir ?


Alors, tout d'abord, un point sur la série : dans les dernières sollicitations Marvel pour le mois de Juin prochain, on a pu voir que Black Cat #11 serait publié. Ce qui signifie que le titre n'est pas annulé. Mais ça reste à confirmer et pour cela il faudra attendre le catalogue pour Juillet (qui devrait être disponible la semaine prochaine). 


Je reste donc prudent même si je suis heureux que ça ne se termine pas au #10 comme la rumeur le suggérait. Ce qui paraît plus certain en revanche, c'est que le mois prochain s'achèvera cet arc avec Black Cat et Mary Jane Watson/Venom, dont l'intrigue connaît ici un sort qui est loin d'être un simple amusement.


G. Willow Wilson est une scénariste qui excelle dans la caractérisation de ses personnages : elle réussit souvent à les rendre sinon réalistes en tout cas multidimensionnels, ce ne sont pas de simples héros ou méchants, d'un bloc. C'est particulièrement remarquable dans Poison Ivy et, si elle s'est montrée d'humeur plus légère avec Black Cat, cette fois elle se fait un peu plus grave.


Souvent les bons scénaristes se distinguent par leur capacité à faire ressortir des personnages quelque chose de riche, de profond, alors même que leur situation récente frustre les fans. Et c'est ce qui se passe ici avec MJ Watson, dont beaucoup se demandent ce qui a pris à Marvel d'en faire l'hôte de Venom ou de la marier à Paul Rabin.

Si j'aime beaucoup l'idée d'en avoir fait Venom, il est vrai que Paul Rabin est un vrai caillou dans la chaussure, c'est un peu le Terry Long moderne (référence au mari de Donna Troy dans New Teen Titans). Sans charisme, introduit de manière grotesque, il est devenu ce type que personne ne peut supporter. D'autant plus quand on a lu Ultimate Spider-Man par Hickman où Peter et MJ formaient un couple avec enfants.

En attendant de savoir ce que Paul Rabin deviendra (même si le crossover Death Spiral donne une indication...), G. Willow Wilson avec son voyage dans une temporalité alternative explore ce qui aurait pu advenir des "femmes de Peter Parker". Une sorte de mini What if...? en somme, où Gwen Stacy ne serait pas morte (et mariée à Flash Thompson), où Felicia Hardy aurait épousé Peter, où MJ serait devenue une star de cinéma...

Mais, cruauté savoureuse, Wilson ausculte aussi ce qui se serait certainement passé avec les années qui se seraient écoulées dans ce monde-là. Felicia Hardy rejetée par ses enfants, MJ doublée par de plus jeunes actrices. Subsiste l'amitié entre elles deux et la prise de conscience commune et simultanée que, finalement, leurs vraies vies valent quand même le coup.

La mélancolie, à peine perturbée par un saut dans un futur complètement zinzin lui, rend l'épisode étonnamment touchant. Etonnamment parce qu'on est saisi par la lucidité de ce que les deux héroïnes traversent. Et aussi parce qu'on ne s'attendait pas à ça après 8 épisodes plutôt rigolos, bondissants, décalés. Black Cat est décidément une série surprenante.

Et la dernière page ménage un rebondissement intrigant qui pourrait révéler l'identité de celui qui veut compromettre MJ...

Gleb Melnikov se montre très à l'aise dans ce registre plus intimiste et son trait très expressif convient à merveille au script de Wilson. Andrés Genolet vient lui prêter main forte et dessine les pages 15 à 19 (la scène dans le futur) en réussissant à imprimer rapidement sa marque (bon sang, donnez à Genolet une série ! Il mérite mieux que de jouer le fill-in).

Plus que jamais j'espère que Black Cat va durer parce que c'est vraiment un projet très sympa, formidablement écrit et dessiné, et qui fait du bien à Marvel.

dimanche 15 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 5 : ALL-IN (Rainbow Rowell / Andrés Genolet)


SHE-HULK, VOL. 5 : ALL-IN
(Sensational She-Hulk #6-10)


Suspendue pour 15 jours par Mallory Book après la bagarre à laquelle elle a participé aux côtés de Hulk puis dans la boîte de nuit avec Hellcat et Captain Marvel, She-Hulk héberge Karkas et Ransak, les deux Déviants qu'elle représente, chez elle. Pour la détendre, le Valet de Coeur lui propose d'aller dans une station spatiale pour la semaine. Mais sur place, Jen fait la connaissance d'une nonne guerrière extraterrestre, Ganymède, qui a bien connu Jack...
 

Abattue par ce qu'elle vient d'apprendre au sujet de Jack et Ganymède, She-Hulk est encore loin de se douter que la nonne guerrière vient d'être recrutée par Drapug pour commander sa horde et se venger d'elle car elle a fait échouer son projet de rayer Manhattan de la carte. Heureusement Jack fait entendre raison à son ancienne compagne...


De retour sur Terre, Jen est invitée dans le nouveau Q.G. des Avengers que Captain Marvel aimerait la voir réintégrer. Mais sa place est-elle encore là ?


C'est donc le dernier tome du run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk. On quitte le titre à la fois le coeur lourd et léger - lourd parce que qu'est-ce que c'était bien, et léger parce que... Hé bien... C'était vraiment bien. La conclusion est superbe, et on aimerait que Marvel produise davantage de séries comme celle-ci. Même si l'annulation de cette dernière n'est pas que de leur faute...


Car il ne faut pas exonérer les consommateurs de leur responsabilité. En effet il est de bon ton de se plaindre qu'un éditeur annule une série de qualité. Sauf qu'il ne le fait pas gratuitement. Pour qu'une série dure, il faut encore qu'elle soit achetée, que les lecteurs soient là, au rendez-vous. Et les lecteurs, c'est vous, c'est moi. C'est nous qui décidons de la survie d'une série.

Il semble que les fans des comics Marvel n'apprécient pas tellement les séries comme She-Hulk en vérité. Bien entendu, parfois, il y a des surprises qui réussissent à s'imposer : je pense à l'exemple de Hawkeye par Matt Fraction et David Aja - même ces deux-là n'y croyaient guère. Et puis il y a une fan base assez conséquente et fidèle pour que ça perdure au-delà des six premiers épisodes.

Mais c'est l'exception à la règle. Citez-moi en ce moment une série atypique dans le catalogue Marvel qui pourrait durer comme a duré Hawkeye. Le fan a besoin d'être rassuré pour dépenser son argent et ce n'est pas un reproche. Surtout quand l'éditeur donne dix épisodes à une série pour savoir s'il va continuer à la publier. Dix épisodes pour fidéliser un public suffisant.

A moins de coller à une série un scénariste et un artiste qui répondront aux attentes du fan en plus de lui raconter une histoire accrocheuse, c'est malheureusement impossible de compter sur la survie de cette série. On se réfugie sur des valeurs sures, solides, comme Spider-Man, Avengers, X-Men, qui sont toujours assurées de passer ce cap des dix épisodes.

Les torts sont donc partagés entre un éditeur qui mettent une pression intenable sur les équipes artistiques des séries à risque et les fans qui préfèrent garder leur argent pour quelque chose qui ne s'arrêtera pas au bout de dix mois.

Là où c'est dommage, c'est que ces mêmes lecteurs risquent de passer à côté de pépites et d'en priver les fans. Avec She-Hulk, Rainbow Rowell a pris le parti d'écrire une série qui sortait de l'ordinaire, sans grand combat, sans grand spectacle. Les arcs narratifs ne promettaient pas la fin du monde évitée in extremis.

Non, ce qu'on lisait ici, c'était la romance contrariée d'une femme avec un homme, la difficulté pour elle de jongler entre sa vie d'héroïne, d'avocate et d'amoureuse. C'était le portrait attachant, drôle, imprévisible de la cousine de Hulk avec le Valet de Coeur, lui-même un super-héros de troisième rang, qui ne faisaient plus partie des Avengers.

Ce n'était donc pas Wolverine, Spider-Man, ni même Iron Man ou Captain America. Et s'il faut en venir à des séries avec des héroïnes, bon courage pour en trouver une. Captain Marvel, depuis la fin du run de Kelly Thompson, n'a plus de titre mensuel. Venom a certes Mary Jane Watson comme nouvel hôte, mais on ne lit pas Venom pour MJ Watson. Scarlet Witch survit à coup de mini séries de 10 n°.

Il n'y a pas/plus chez Marvel l'équivalent de Wonder Woman chez DC par exemple, parce qu'aucun auteur du calibre de Tom King dans la "maison des idées" ne veut s'investir dans une série portée par une héroïne, et pas un editor ne pousse pour cela.  Pendant ce temps, chez DC, Zatanna va avoir une série régulière à partir du mois prochain, Batgirl continue, Absolute Wonder Woman s'est imposée, Batwoman revient aussi en Avril... 

Marvel ne veut tout simplement pas s'aligner. Voyez ce qui s'est passé avec Black Cat pour qui l'éditeur a rappelé G. Willow Wilson en espérant qu'elle réédite son exploit de Poison Ivy... Marvel n'y croit pas et les lecteurs des comics Marvel n'en veulent pas. She-Hulk a en quelque sorte préfiguré le funeste sort infligé à Black Cat.

C'est d'autant plus déplorable que She-Hulk a bénéficié tout du long de remarquables artistes et Andrés Genolet a été le dernier et le plus constant, mais pas le moins bon - c'était même le meilleur. Et ça n'a pas suffi là non plus. Peut-être que si Jennifer Walters avait eu une romance avec Wolverine, ça aurait accroché... Mais j'ironise.

Je ne veux pas rédiger cette critique en bougonnant, même si le constat est implacable et terriblement décevant. J'espère vous avoir convaincu de lire She-Hulk par Rainbow Rowell : la totalité de son run existe en omnibus en vo, pour un prix très raisonnable, et les trois premiers tomes sont dispos en vf. C'est une série feel good dans un époque qui est tout sauf feel good. Vous commencerez peut-être votre lecteur perplexe, mais à la fin, vous remercierez les auteurs pour ce délicieux moment.

samedi 14 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 4 : JEN-SATIONAL (Rainbow Rowell / Andrés Genolet, Ig Guara)


SHE-HULK, VOL. 4 : JEN-SATIONAL
(Sensational She-Hulk #1-5)


Sur un petit nuage depuis qu'elle et le Valet de Coeur se sont retrouvés, She-Hulk se rend à son travail où deux clients peu communs l'attendent : Karkas et Ransak sont deux Déviants qui ont quitté leur communauté puis celle de Eternels pour vivre au milieu des humains. Ils demandent un droit d'asile. Puis Jen rejoint le "Punch Club" où Titania a eu la mauvaise idée d'inviter son compagnon, l'Homme Absorbant, dont l'agressivité ruine l'ambiance.


Alors qu'elle rentre chez elle, Jen est abordée par Hulk qui lui reproche de le suivre et le surveiller. Ne comprenant pas ce qu'il raconte, elle tente de le calmer mais c'est alors que resurgit April Booth. Une bagarre s'ensuit au cours de laquelle Mark Booth prélève du sang à Hulk pour, dit-il, soigner sa femme. Mais cette dernière refuse d'être guérie. La police arrive et Hulk s'enfuit avec sa cousine.


Hélas ! pour elle, toute la séquence a été filmée par des passants. Il faudra bien Patsy Walker et Carol Danvers pour qu'elle finisse la semaine mieux qu'elle ne l'a commencée. L'occasion pour les trois amies de sortir dans un night club... Truffé de démons !


2023 voit donc l'arrivée dans les bacs de Sensational She-Hulk. Marvel applique sa stupide méthode qui consiste à relancer une série en modifiant légèrement son titre dans l'espoir de conserver les lecteurs déjà acquis et d'en gagner quelques-uns. Une stratégie idiote car si elle fonctionne au n°1, elle s'effrite ensuite, précipitant souvent les ventes dans le fond du classement car les fans sont exaspérés.


C'est ainsi qu'après quinze numéros de She-Hulk (adjectiveless), un editor a eu la brillante idée de coller "Sensational" au titre (mais de le retirer ensuite pour l'édition reliée) et de le précipiter vers son annulation au bout de dix épisodes. Vraiment brillant... Rainbow Rowell a composé avec mais, j'y reviendrai, a vécu ce coup du sort avec amertume car il était évident qu'elle avait des plans à plus long terme.

La scénariste reprend donc où elle s'est arrêtée et il vaut donc mieux avoir lu les trois premiers tomes de She-Hulk (dispos en vf, contrairement à cette suite) pour mieux apprécier ce qui va arriver. Nous avions laissé She-Hulk alors qu'elle avait évité à Manhattan d'être rayé de la carte par un extraterrestre du nom de Drapurg à qui le voleur Scoundrel avait fourni les composants d'une bombe tout en essayant de séduire Jennifer Walters.

Grâce à l'intervention du Valet de Coeur, le pire fut évité mais surtout ce dernier et She-Hulk reprenaient leur relation amoureuse en la dévoilant à leurs amis (le Punch Club avec Titania, Volcana, Ben Grimm, mais aussi Luke Cage et Iron Fist). Tout semble donc aller pour le mieux pour l'héroïne mais évidemment les choses vont rapidement se gâter.

Ces cinq nouveaux épisodes sont divisés en deux parties : la première voit resurgir Hulk dans la vie de sa cousine. A cette époque, c'est Donny Cates qui écrit les aventures du colosse de jade et si son run n'a pas convaincu grand-monde, c'est parce qu'il faut bien avouer que son scénario était médiocre. Il passait après Al Ewing et son Immortal Hulk, ce qui est un sacré challenge.

Mais bon. Cates a séparé Hulk de Bruce Banner - je ne vais pas entrer plus que ça dans les détails car ça m'est tombé des mains. Banner est dans une autre dimension et Hulk se meut donc désormais sans être influencé par sa moitié. Et, plus asocial que jamais (si c'est possible), il vire carrément parano en accusant Jen de le suivre et de le surveiller.

Rowell exploite cette situation vraiment brillamment compte tenu de l'état dans lequel Cates a mis Hulk. Elle en profite pour ramener April et Mark Booth, les deux scientifiques qui ont voulu devenir les équivalents de She-Hulk (forts, intelligents, beaux). Si Mark a recouvré apparence humaine et intellect, April est devenue Anathème, aussi forte et stupide que Hulk à l'origine.

C'est certainement une intrigue sur laquelle Rowell avait prévue de revenir plus tard puisque April prend la poudre d'escampette et on ne la reverra plus nulle part (ce qui fait qu'il y a une Hulk complètement enragée qui se promène dans la nature et dont personne chez Marvel ne se soucie plus). En attendant la scénariste organise un dialogue à la fois tendu et tendre entre Hulk et She-Hulk.

L'épisode 3 de ce tome est de fait un des plus brillants qu'on ait lu sur ces deux personnages, leur relation, leur dynamique - il ne faut pas oublier que si Bruce Banner a fait de Jen Walters She-Hulk, c'était pour la sauver après une tentative d'assassinat. Mais ni l'un ni l'autre en fait n'ont choisi d'être un Hulk. En revanche, Jen a incontestablement mieux géré sa condition que son cousin.

Et, voyez-vous, c'est là qu'on distingue un bon d'un mauvais scénariste : car le bon (ou en l'occurrence la bonne) scénariste, elle vous laisse faire les calculs, elle vous laisse tirer les conclusions, sans rien vous asséner. Ici, Rowell nous fait comprendre, sans rien nous dicter, que Jen est une héroïne parce qu'elle sert le Bien, mais surtout parce qu'elle a surmonté son "handicap".

Et elle le fait bien parce que tout passe non pas par des affirmations du personnage ou des symboles lourdingues, mais juste par un échange, des dialogues admirablement incarnés, entre Hulk et She-Hulk sur l'autodétermination, la volonté, et l'acceptation. Pas de grand discours, pas de grandes phrases, mais un sens de la nuance qui détone et réjouit.

Le second arc, plus court (deux épisodes), tire les conséquences du précédent : Jen est à nouveau perçue comme une menace parce qu'elle s'est mise en colère contre Hulk, un coup de sang vite assimilée à une perte de contrôle. Ses meilleures amies, Patsy Walker/Hellcat et Carol Danvers/Captain Marvel, l'invitent à une soirée en boîte. Le Valet de Coeur doit accompagner Jen mais se défile au dernier moment, craignant la réaction de Carol (qui ignore qu'il est revenu).

Rowell accorde au lecteur un moment de détente tout en plongeant le trio dans une folle soirée avec des démons échappés de l'enfer, l'apparition de Daimon Hellstrom (qui est l'ex de Patsy). C'est très drôle, très punchy aussi. Ig Guara illustre ce diptyque avec énergie, dans un style plus rushé que ce que la série a pris l'habitude de livrer.

Les trois premiers épisodes sont à nouveau dessinés par l'excellent Andrés Genolet, qui sera donc l'artiste ayant signé le plus de numéros sur le run de Rowell. Si j'aime tant Genolet, c'est parce qu'il me rappelle Stuart Immonen, référence écrasante mais dont il se montre digne. Même trait précis et fluide, même expressivité des personnages, même soin apporté à la composition des images, même découpage impeccable (quoique plus classique).

Comme avant lui Rogê Antônio, Luca Maresca et Takeshi Miyazawa, Genolet est un artiste sur lequel Marvel devrait miser davantage. D'abord parce qu'il est régulier dans l'effort, ensuite parce que son storytelling est juste parfait, enfin parce qu'au lieu de promouvoir des dessinateurs incomplets chaque année (ou de faire passer des artistes expérimentés pour des révélations), Marvel serait mieux inspiré de donner vraiment leur chance à des dessinateurs peut-être moins flamboyants mais plus compétents.

She-Hulk, c'est bientôt fini, mais croyez-moi quand je vous promets que le dernier tome est plus qu'à la hauteur (et mériterait que Panini traduise la fin du run de Rainbow Rowell avec Andrés Genolet - sous la forme d'un omnibus par exemple).

vendredi 13 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 3 : GIRL CAN'T HELP IT (Rainbow Rowell / Andrés Genolet, Joe Quinones)she-


SHE-HULK, VOL. 3 : GIRL CAN'T HELP IT
(She-Hulk #11-15)


Depuis que le Valet de Coeur a recouvré toute sa puissance, la relation qu'il a avec She-Hulk connaît une notable altération car il a peur de la blesser. Ben Grimm, avec qui elle s'entraîne dans le fight club qu'elle a mis en place en compagnie de Titania et Volcana, lui demande de venir aider les Fantastic Four pour une mission de surveillance au Baxter building. C'est ainsi qu'elle croise la route du Scoundrel, un cambrioleur venu dérober un appareil de Reed Richards.


Mise en échec par le Scoundrel, Jen doit composer avec les tourments de Jack Hart qui a renoncé à reprendre ses études comme il l'avait prévu, mais aussi avec Mallory Book qui accepte désormais de plus en plus de clients surhumains, héros comme vilains. Pour se détendre, elle peut encore compter sur le fight club mais elle y surprend le Scoundrel poursuivi par Reed Richards.


Jen se confie sur ses difficultés professionnelles, extra-professionnelles et sentimentales auprès de son amie Patsy Walker/Hellcat. Elle est la première à qui elle parle de son couple avec le Valet de Coeur lorsqu'elle aperçoit le Scoundrel, en civil, dans la rue. Mais qui est ce voleur charmeur qui réussit à la troubler au point qu'elle renonce à le livrer aux Fantastic Four ?


Ces cinq épisodes concluent le premier run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk. Suivant leur habitude stupide de relancer le titre en espérant à la fois conserver les lecteurs déjà assidus et en gagner de nouveaux, Marvel va rebaptiser ensuite la série sous le nom de Sensational She-Hulk... Tout en retirant cet adjectif lors de la collection des épisodes en recueils !


Si les deux premiers tomes étaient déjà excellents, celui-ci est encore meilleur. Rainbow Rowell a passé un an à personnaliser ce qu'elle avait envie de faire avec les personnages, mélangeant avec une habileté remarquable rom-com et super héroïsme, s'alignant sur ce qu'avait fait avant elle Dan Slott et Charles Soule, et créant une série formidablement attachante.

Toutefois, si on devait lui adresser un petit reproche, c'était de ne pas vraiment construire d'histoire qui bouleverse le statu quo de She-Hulk. Certes la romance entre Jen Walters et le Valet de Coeur était inattendue et accomplie, mais comment la scénariste allait-elle développer le twist narratif mis en place à la fin de l'arc précédent ?

Car Jack Hart, en affrontant le couple Booth, a récupéré ses pouvoirs. Il est à nouveau aussi puissant qu'avant sa disparition et cela modifie profondément la relation tissée entre lui et She-Hulk. A nouveau la peur domine : il a peur de la blesser, elle a peur de perdre le contrôle. Rowell en profite pour explorer cette crise et confronter son héroïne à la tentation d'aller voir ailleurs.

Et cet ailleurs se nomme le Scoundrel (traduisez : le Scélérat), un voleur séduisant qu'elle affronte d'abord dans le Baxter building, quartier général des Fantastic Four où il vient commettre un larcin. Celui-ci n'est pas qu'un monte-en-l'air : c'est un adversaire redoutable, capable de lui tenir tête et même de la repousser en combat singulier.

Rowell a créé ce personnage et va en faire un agent du désordre d'autant plus efficace qu'il n'a pas d'intention belliqueuse contre les héros : il est un mercenaire, louant ses services au plus offrant, mais pas un criminel dangereux. Il le dit lui-même : l'identité et les motivations de ses clients l'indiffèrent, il fait juste son boulot pour avoir la belle vie.

Le sel de la situation provient évidemment du fait que She-Hulk, en sa qualité d'héroïne et de juriste, tolère difficilement qu'un tel individu se promène librement. Il n'est peut-être pas méchant mais il agit quand même en dehors de la loi. En même temps, elle est considérablement troublée par son charme canaille, son aplomb, d'autant plus qu'elle sent le Valet de Coeur s'éloigner.

Rowell joue admirablement la carte de la screwball comedy où deux individus que tout oppose sont irrésistiblement séduits l'un par l'autre. L'agacement le dispute à la confusion des sentiments. Le Scoundrel est une tête à claques, mais il parle à Jen avec une douceur qui la fait fondre, a raison de ses défenses.

Le secret qu'elle a conservé sur sa relation avec Jack Hart entretient le doute quand les FF remarquent qu'elle est distraite. Tous ses proches devinent qu'elle fréquente quelqu'un mais pas le Valet de Coeur, encore moins un voleur. Et, dans le même temps, ses amis souhaitent son bonheur, sincèrement. Et si elle tient à Jack Hart, elle se sent vaciller en présence du Scoundrel.

Les épisodes défilent, négligeant cette fois-ci de montrer Jen à son travail, mais Rowell accomplit un boulot d'écriture simplement jubilatoire. Et quand She-Hulk apprend le fin mot sur les intentions du Scoundrel, cela aboutit à un final spectaculaire mais aussi drôle, palpitant, émouvant, fleur bleue. La totale comme on l'attend d'une série qui a su nous toucher.

Et, pour ne rien gâcher, enfin, on a droit à un album entier avec un seul dessinateur. Et Rowell refait équipe avec l'excellent Andrés Genolet, avec qui elle a également collaboré sur Runaways. C'est un artiste trop peu connu mais qui mériterait vraiment à l'être davantage. Son trait est superbe, très expressif, élégant en toute circonstance, et sa complicité avec la scénariste est palpable à chaque scène.

J'espère vraiment qu'on les reverra travailler ensemble, chez Marvel ou ailleurs, mais Genolet est un artiste formidable, très doué, et c'est vraiment là que j'ai appris à le découvrir et l'apprécier.

Avant de conclure, un mot sur l'épisode 12 qui correspondant en numérotation "Legacy" au 175ème épisode de She-Hulk, tous volumes confondus. Pour l'occasion, on a droit à une pagination plus conséquente et une back-up story absolument divine. Rowell l'écrit bien sûr et c'est le trop rare Joe Quinones qui l'illustre. 


On assiste à la première session du club de lecture qu'organise She-Hulk dans son appartement : la Guêpe, Hellcat, Missty Knight et Colleen Wing, Sue Richards et Volcana sont invitées à parler d'un livre. Mais certaines ne l'ont pas lu, ou pas en entier. Et Janet Van Dyne ne peut s'empêcher de jouer les hôtesses, ce qui irrite Jen.

Les deux amies ont une explication en privé, histoire de pacifier l'ambiance. Jusqu'à ce qu'un invité surprise demande à ces dames un peu d'aide... 

C'est très drôle, les dialogues sont extraordinaires, et encore une fois Rowell nous épargne tous les clichés possibles sur la sororité. Elle met en scène ces femmes à la double vie dans des échanges délicieux mais loin d'être superficiels sur l'amitié, la solidarité, la bizarrerie de vies divisées entre super héroïsme et quotidien plus banal.

Quinones est un dessinateur sensationnel mais dont le rythme de production l'empêche d'enchaîner les épisodes mensuels. Alors il faut en profiter quand il peut s'exprimer, surtout sur la base d'un script aussi bien ouvragé. Il anime cette bande de meufs avec malice, d'une manière imparable, et c'est un régal absolu.

She-Hulk, c'est donc, en un sens fini... Pour mieux reprendre aussitôt après dans un quatrième tome dont je vous parle très vite.

mercredi 14 janvier 2026

BLACK CAT #6 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Surprise en pleine nuit au lit (en charmante compagnie), Black Cat doit se présenter  devant un tribunal de vampires à cause du préjudice qu'elle aurait infligé au baron Razumovski. Elle obtient un délai d'une heure pour trouver un avocat. Et son défenseur sera Matt Murdock...


Selon le site Bleeding Cool, la série Black Cat serait prochainement annulée, au n°10 - c'est le nombre d'épisodes que donne Marvel pour décider du sort d'un titre désormais. Comme Rich Johnston, le rédac' chef de ce site, est souvent bien informé, il y a tout à craindre que le couperet va tomber en Mai prochain. Et ce sera bien dommage.


Depuis le début de sa parution, et alors qu'elle ne figurait pas dans ma liste de lecture, Black Cat a été une des meilleures surprises de la Maison des idées moisies qu'est devenue Marvel. Un projet fun, bien écrit, bien dessiné, qui s'est efforcé d'exister alors que son héroïne est éditorialement liée à Spider-Man dont le run actuel oblige G. Willow Wilson à des références constantes.


Et pourtant, la scénariste s'en sort mieux que bien : elle qui a réussi, chez DC, à imposer Poison Ivy comme héroïne d'une série régulière, et qui a créé Ms. Marvel avant que Marvel en fasse n'importe quoi, a trouvé un ton original pour divertir le lecteur. Mais il semble donc que, de lecteurs, il n'y en ait pas assez pour satisfaire l'éditeur de la série.


Alors évidemment on peut choisir de voir le verre à moitié plein et se dire qu'il vaut mieux un petit run d'une dizaine d'épisodes bien troussé qu'un autre qui s'enliserait et pour lequel Marvel ne consentirait pas davantage d'effort de promotion. Mais tout de même, c'est bien désolant de voir qu'une série aussi sympa ne plaît pas. Faut-il que les "Marvel zombies" aient pris l'habitude de lire de mauvaises choses pour ne pas aimer un titre pareil...

C'est d'autant plus triste que ce sixième épisode est particulièrement réussi. Ce n'est jamais facile d'écrire un comic book de super héros avec humour sans tomber dans parodie, mais Wilson réussit cela avec brio. Depuis le début, elle croque une Black Cat malicieuse qui brise le quatrième mur, qui tente de convaincre qu'elle peut être héroïque en luttant contre les préjugés à son encontre.

Cette fois, Wilson exploite le contentieux qui oppose le baron Razumovski, un vampire, à Black Cat : il lui reproche d'avoir fait capoter un deal avec deux jeunes mafieux et exige réparation. Elle obtient d'avoir un avocat et comme elle a croisé précédemment Daredevil, elle lui demande de contacter Matt Murdock.

Pas évident de représenter une voleuse qui n'a pas sa langue dans sa poche. Qui plus face à un vampire qui a soudoyé les juges et fait valoir qu'il connaît mieux comment gérer les affaires que son adversaire grâce au privilège de l'âge (c'est pas faux). Les dialogues sont flamboyants, dignes d'une screwball comedy, tous les curseurs poussés à fond dans le burlesque pur.

Wilson sait surtout que pour bien réussir cet exercice il ne faut pas que ses personnages cherchent à être drôle et c'est précisément pour cela qu'on ne peut réprimer de vifs éclats de rire à plusieurs reprises, les situations étant plus loufoques les unes que les autres tandis que les "acteurs" jouent au premier degré. La chute de l'épisode souligne l'insouciance de Black Cat et l'affliction de Murdock à merveille.

Ce bijou est cette fois dessiné par Andrés Genolet, qui a auparavant fait valoir ses qualités sur des séries She-Hulk (écrites par Rainbow Rowell). Si j'ai apprécié ce qu'a fait Gleb Melnikov jusque-là (et il revient au prochain numéro), la prestation de Genolet est remarquable. Son trait est superbement expressif et plus réaliste que celui de Melnikov.

Quoiqu'il arrive à la série, j'espère vraiment qu'on reverra aussi bien Melnikov que Genolet. Quant à Wilson, elle poursuit Poison Ivy chez DC, vous savez cet éditeur qui ose et qui, surtout, laisse du temps aux séries pour s'installer, et au lecteur de les apprécier.