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jeudi 14 août 2025

BUG WARS #6 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar) - (... Et un mot sur le futur de ce Blog...)


Slade Slaymaker réussira-t-il à sauver son frère ainé Sydney de l'attaque des insectes, lui qui veut tout les annihiler dans le terrain entourant la maison de leur famille ? Et quel destin pour Slade après cela ?


Ainsi s'achève non pas Bug Wars mais le Book One de Bug Wars. Car, c'est la première info à retenir de ce sixième épisode, à la fin de ce numéro, après le courrier des lecteurs, le scénariste Jason Aaron annonce de quoi sera fait le futur de sa série, qui va toutefois faire un break jusqu'à fin 2025-début 2026. Et ça commencera par la parution du premier recueil en Octobre.


Puis en Janvier, un one-shot sera livré par Aaron, Mahmud Asrar et un guest-artiste, Baldemar Rivas, intitulé The Spyder Witch Special, au centre duquel on retrouvera la sorcière Wysta, qui a accompagné Slade Slaymaker dans ses aventures. Puis plus tard en 2026, la série reprendra, (sans doute avec un nouveau n°1) et donc un Book Two (tout aussi possiblement composé de six nouveaux épisodes).


Il faut dire que ni Aaron ni Asrar ne s'attendaient visiblement à rencontrer un tel succès mais ils ont su créer un univers foisonnant, propice à une grande et ambitieuse saga. Mais entre temps Asrar va refaire un tour chez Marvel à l'occasion de l'event X-Men : Age Of Revelation dont il dessinera un tie-in, Amazing X-Men. Et Jason Aaron semble avoir lui aussi d'autres projets (DC ? Marvel ? Indés ?).


Pour ma part, j'ai bien aimé Bug Wars. Ce n'est pas la série du siècle, mais il est indéniable qu'elle a été faite avec le coeur, c'est un projet qui a su motiver ses auteurs pour donner le meilleur d'eux-mêmes après des travaux de commande où on les sentait un peu moins épanouis ou plus simplement épuisés. Les creator-owned sont, on le sait, souvent l'occasion de se ressourcer.

Bon, après, la fin de ce premier Livre a de quoi frustrer. Mais il est difficile d'en dire beaucoup sans en dire trop. La couverture est très impressionnante mais je dois avouer que le contenu l'est beaucoup moins. C'est peut-être ma limite avec ce genre fantasy : je n'en suis ni un grand fan ni très familier avec ses codes et sans doute est-ce cela qui me manque pour être plus enthousiaste.

Ce qui m'a le plus intéressé dans Bug Wars, c'est le postulat, ce côté Micronauts rencontre Conan, que j'ai trouvé très abouti, divertissant et qui a permis, surtout à Asrar, de se lâcher complètement. L'artiste turc a produit les meilleures planches de sa carrière, c'est pour lui un vrai dream project, il en a d'ailleurs soufflé l'idée à Aaron qui s'est chargé de la mettre en forme.

C'est toujours très plaisant quand un scénariste et un dessinateur se trouvent ainsi, le produit fini y gagne en sincérité, en créativité, en intensité, en qualité. Et il est désormais acquis qu'il y a une complicité totale entre Aaron et Asrar après leur court run sur Conan (quand Marvel détenait les droits du personnage).

Par contre, je dois dire que toutes ces tribus d'insectes humanoïdes m'ont quelque peu perdu. J'ai eu souvent l'impression que Aaron et Asrar avaient voulu tout mettre dans ces six épisodes comme s'ils craignaient que ce ne soit qu'une histoire sans suite faute de succès. Et ce n'est donc pas si facile de tout assimiler, encore moins de faire exister tous ces personnages.

La série aurait gagné à en garder sous le pied, même si à la fin de cet épisode on a droit à une sorte de teaser pour le futur adversaire de Slade et ses amis. En fait, ce qui a manqué à Bug Wars, c'est l'ambition affichée d'emblée de voir loin, comme ont pu le faire Brian K. Vaughan et Fiona Staples sur Saga, immédiatement programmé pour 100 épisodes.

Alors, évidemment, c'est facile à dire pour le critique car annoncer ça dès le départ, c'est s'exposer. Mais en même temps, Jason Aaron + Mahmud Asrar, qui pouvait raisonnablement douter que ça ferait sinon un carton en tout cas un succès suffisant pour aller au-delà de six numéros. On parle quand même du scénariste d'Avengers, de Wolverine, et d'un des artistes les plus plus populaires de Marvel.

Maintenant, est-ce que je ferai la suite ? Franchement, je l'ignore à cette date. De manière générale, en ce moment, je m'interroge sur les comics, qu'ils proviennent des Big Two ou de la scène indé. Je me rends compte que je lis des choses un peu trop machinalement. Mais surtout la critique épisode par épisode, mois après mois, est un exercice usant.

C'est pas l'usine, mais parfois, c'est tout con, il faut quand même chercher la motivation. Autant sur des mini-séries complètes, ça passe, mais sur des monthly comics illimités, il arrive qu'on se demande littéralement ce qu'on va dire. Du coup je réfléchis : ne serait-il pas mieux de critiquer des arcs entiers ? D'attendre les recueils ? 

Pour Bug Wars, j'ai la conviction que lire les six épisodes de ce Book One aurait été plus agréable et digeste d'une traite. Et c'est pareil pour beaucoup d'autres comics que je suis. Peut-être vais-je finir quelques arcs en cours, puis m'imposer un break, et revenir avec une nouvelle formule plus axée sur les albums (en vo ou vf). 

Ou alors meubler de break, le temps d'accumuler assez d'épisodes, en proposant des critiques d'arc déjà complets. Je ne sais pas. Je prendrai sûrement une décision nette à la fin du mois et vous la communiquerez.

vendredi 27 juin 2025

BUG WARS #5 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Les chefs des tribus d'insectes se réunissent pour s'accorder sur un plan pouvant tuer Sidney Slaymaker. Wysta affronte les gardiens du couvent qui ne veulent pas la voir réintégrer ses rangs. Slade parcourt un labyrinthe au bout duquel une énorme surprise l'attend. La mère de Slade et Sidney veut convaincre la police que son fils n'a pas fugué mais qu'il est introuvable...


Le succès commercial (et critique) de Bug Wars a quand même dû surprendre ses auteurs, mais il va leur permettre de poursuivre leur récit. En effet, comme ils l'ont confirmé sur les réseaux sociaux, ces six premiers numéros constituent le Livre 1 de la série. Mais ils n'ont pas (pas encore) précisé à quand sortirait le Livre 2 (même s'ils vont certainement faire un break avant de s'y coller).


Subséquemment, ce succès va certainement convaincre un éditeur français de traduire Bug Wars dans les prochains mois et il faudra, vraiment, que vous guettiez les annonces sur les sites d'infos comics hexagonaux. Car outre le fait que c'est un de mes coups de coeur de 2025, c'est surtout une excellent production.


Alors que le mois prochain s'achèvera donc le premier acte de cette intrigue, fort logiquement Jason Aaron avance ses pions en vue de cette conclusion. Les protagonistes sont tous à un tournant : une guerre se prépare contre le grand annihilateur des insectes, Wysta se bat contre ceux qui l'ont banni de sa tribu, et Slade va faire une découverte qui va, réellement, tout changer pour lui.
 

Ce n'est sans doute pas l'épisode le plus original mais il demeure très efficace. Les diverses pistes narratives convergent tout en ménageant un énorme twist qu'on ne pouvait pas voir venir et qui méritera une explication à la hauteur. Sur ce dernier point, Jason Aaron a intérêt à ne pas se planter, au risque de bousiller une grande partie de la qualité de Bug Wars.

D'un point de vue visuel, il n'est difficile d'affirmer que c'est certainement le meilleur travail de Mahmud Asrar (même si je n'ai pas lu les tomes de Conan qu'il avait réalisés, déjà avec Aaron). Mais on sent que c'est son dream project, quelque chose de fait sur mesure pour lui et il honore le script avec toute l'énergie qu'il a.

Prenez par exemple le combat de Wysta avec les gardiens du couvent : c'est dynamique, le découpage est toujours clair, précis, il y a à la fois de la violence et de la fluidité dans le mouvement. Prenez encore le périple de Slade dans le labyrinthe : Asrar imagine des décors à la fois exotiques, dangereux, singuliers, et il emploie des angles de vue pour les rendre encore plus spectaculaires.

Même quand il revient dans un cadre plus familier, comme la maison de Slaymaker où la mère explique à des policiers que son fils a disparu mais pas fugué et que Sidney, excédé par la nonchalance des flics, sort, Asrar parvient à exprimer toute la tension et la frustration des personnages qui n'en savent pas autant que nous.

Et pour soutenir ces efforts graphiques, Asrar profite du savoir-faire de Matthew Wilson, qui créé des ambiances bien distinctes, sans forcer sur les nuances de sa palette, mais de manière toujours très évocatrice. C'est aussi une belle BD.

Tout cela doit vous convaincre, je l'espère, de ce que Bug Wars propose. C'est un divertissement, mais aussi un récit initiatique, une épopée, avec des acteurs inattendus, une intrigue bien tricotée, et tout ça emballé avec des illustrations de première classe. Immanquable.

jeudi 29 mai 2025

BUG WARS #4 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Wysta a donc enlevé Slade pour le livrer au Couvent des Araignées dont elle fait partie, même si sa situation vis-à-vis de ça est plus compliquée. Ensemble ils traversent divers territoires, au péril de leur vie. Slade croit que les Soeurs de Wysta pourront lui ôter son amulette et lui rendre sa vie comme le lui a promis sa guide...


Quatrième critique de la journée ! Oui, c'est beaucoup, c'est sans doute trop, mais c'est férié, j'ai du temps et puis la semaine dernière, j'ai traînassé et j'avais du retard dans mes lectures et mes articles, alors, cette fois, j'ai décidé de mettre un coup de turbo. Et puis vous n'êtes pas obligé de tout lire d'un coup.


Mais c'est vrai aussi que ça fait deux semaines de suite bien remplies au niveau des sorties et de mes achats. Je vais devoir freiner à un moment parce que je dépense beaucoup, ça devient absurde, je n'ai même plus le temps de tout lire la semaine où ça paraît. Personne ne m'oblige, remarquez, mais quand même, je vois bien que c'est limite.


Et même pour vous qui me suivez, ça doit être un peu compliqué. Je vois bien qu'il y a des critiques qui passent franchement sous le radar (par exemple le dernier n° en date de Zatanna de Jamal Campbell). Le marché est saturé, le lecteur aussi, le critique évidemment, et le lecteur de critiques pas loin non plus. Il faut que je trouve un moyen de rationaliser ça.


Mais et Bug Wars alors, il en parle quand ? Hé bien allons-y, d'autant plus que voilà : 1/ une sortie qui date de la semaine dernière, et 2/ une excellente mini-série que j'ai vraiment envie de vous donner envie de lire (en vo ou en vf quand ça arrivera, vu que, avec Jason Aaron et Mahmud Asrar, si c'est pas traduit, je n'y comprends rien).

Mine de rien, c'est actuellement la seule série indé que je suis (avec The Moon is following us, mais qui se termine en Juin). Les comics indés, c'est compliqué pour moi en ce moment. Parce que je lis beaucoup de Big Two (DC surtout) mais surtout parce que, même avec ce qui approche, je ne suis pas très excité. 

Rick Remender par exemple est en train de teaser plein de nouveautés sur son label Giant Generator, mais pour l'instant, je n'arrive pas à m'enthousiasmer alors que bon, il va faire équipe avec des artistes que j'adore (Daniel Acuna, Yanick Paquette, Steve Epting...). Geoff Johns et sa Ghost Machine, à part Redcoat (mais que je ne fais qu'en tpb), un peu pareil (je reprendrai peut-être The Rocketfellers en album une fois le premier arc fini).

Bug Wars, donc, ça m'a accroché dès le départ parce que j'étais curieux de ce qu'allait raconter Aaron et que j'aime beaucoup Asrar, particulièrement quand il est avec Aaron. Et j'ai vraiment beaucoup aimé les trois premiers épisodes. Et ce quatrième est encore meilleur. C'est fun, plein d'action, mais aussi très bien caractérisé, dialogué, construit. Et vu le succès, c'est certain qu'il y aura une suite.

Ce numéro suit l'évasion de Slade et Wysta, qui l'a enlevé pour le livrer à son couvent en lui promettant qu'on pourra lui enlever l'amulette qui s'est greffée sur sa poitrine et donc qu'il pourra retrouver une vie normale. Bien entendu, le lecteur se doute qu'il y a un loup dans cette promesse, ce n'est même pas spoiler de le dire.

Mais Aaron s'attache durant cette cavale à tisser une belle relation entre Slade et Wysta. On en apprend plus sur cette femme araignée, et les échanges qu'elle a avec le garçon sont superbes. Au départ, elle ne comprend pas que Slade puisse défendre son frère Sydney qui tue des insectes, ce qui lui vaut la haine de tous les habitants de ce monde miniature.

Mais progressivement, on saisit ce qui les rapproche et les soude : Wysta a elle aussi été mise au ban de sa société et malgré ça, elle remplit une mission pour celles qui l'ont rejetée. Les liens du sang, même s'ils vous unissent à des personnes ingrates, méchantes, cruelles, ne peuvent être tranchés facilement. On a certes la famille qu'on mérite, et parfois c'est une famille de merde, mais c'est notre famille, on la défend envers et contre tout plutôt que de la perdre.

Mahmud Asrar montre, si besoin était, qu'il est aussi à l'aise dans l'action (avec des pages de la cavale bien flippantes) que dans l'émotion. Il adapte sa mise en scène sans perdre le sens de l'épique. Et puis, même si c'est une femme araignée, sa Wysta ne manque pas de charme. Toutefois, la série ne cède pas à la facilité d'une romance entre elle et Slade.

Il faut aussi saluer la prestation de Matthew Wilson aux couleurs. Longtemps partenaire de Chris Samnee, il magnifie le trait de Asrar avec sa subtilité habituelle : Wilson, c'est vraiment un collaborateur intelligent, qui respecte le trait et valorise les ambiances. C'est admirable comment il contribue à cet univers si étrange, et pourtant familier.

Bug Wars, c'est un vrai gros coup de coeur. Il faudra surveiller sa vf quand elle arrivera (je verrai bien Delcourt pour la sortir) et lui faire une place sur votre liste d'achats.

samedi 3 mai 2025

BUG WARS #3 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Jeté dans une arène avec Wysta le sorcière araignée et Augustfall la général de l'armée des fourmis, Slade est certain de mourir. Il se rappelle de son enfance avec son père qui lui apprenait les rudiments de l'entomologie et cela provoque un sursaut... Ainsi que la réactivation de son amulette...


Jason Aaron et Mahmud Asrar ont réussi leur pari : Bug Wars est un gros succès puisque chaque nouvel épisode a droit à un deuxième, voire troisième tirage. Et c'est tout à fait mérité car Bug Wars a ce mélange d'originalité et de référence qui en fait une oeuvre à la fois singulière et efficace, abordable. Ce troisième épisode nous mène à mi-parcours (déjà !) de l'intrigue avec ces qualités.


Il se trouve que, par un hasard du calendrier, ce nouveau numéro sort en même temps que l'omnibus consacré à la série culte Micronautes de Bill Mantlo et Michael Golden auquel Bug Wars fait beaucoup penser avec son univers miniature, véritable monde insoupçonné peuplé de tribus où l'infortuné Slade se trouve pris au coeur d'un conflit entre trois ennemis.


Mais Aaron comme Mantlo en son temps a ce talent de rendre tout ça extrêmement clair : le lecteur n'est jamais à la ramasse, il identifie parfaitement les protagonistes, mesure les enjeux, suit la progression de l'histoire sans peine. Et ce n'est pas une mince affaire, surtout du côté des comics indés qui embarquent souvent leur public dans des aventures prenantes mais au début un peu confuses.


En effet, une bande dessinée indé, c'est tout à construire, à présenter. Il faut aller vite mais sans se précipiter, faire en sorte que toutes les informations que l'auteur communique soient accessibles. Sans quoi, on appréciera l'effort de proposer un produit hors des sentiers battus mais sans saisir exactement ce qu'on est en train de lire.

Jason Aaron a pris le parti, risqué, de plonger son héros et le lecteur dans un cadre très dense, très fourni. Il est donc normal qu'on soit initialement déboussolé. Mais comme tout bon scénariste, il sait nous guider et faire de son personnage principal quelqu'un qui subit puis réagit, démêlant avec nous les fils de l'intrigue.

Dans cet épisode par exemple, on reprend là où on en était resté : Slade, Wysta (la sorcière arachnoïde, et Augustfall (la général des fourmis) sont livrés à eux-mêmes dans une arène où ils doivent se battre pour survivre. La lutte est désespérée et Slade est sur le point de succomber. Mais la providence va lui permettre de s'en tirer et d'aider Wysta et Augustfall.

Le procédé est un peu facile, je vous l'accorde, mais si on accepte de passer outre, alors le meilleur vous attend. Car Augustfall va s'échapper et Wysta jouer sa propre partition. La guerre est aux portes des trois clans (scarabées, fourmis, araignées) et Slade est placé dans un rôle d'arbitre pour qui aura la chance de le compter dans ses rangs.

C'est palpitant à lire, très plaisant, du très bon Jason Aaron, inspiré, direct. Et bien aidée par Mahmud Asrar : l'artiste se fait plaisir, c'est visible, à chaque planche. Et, ayant été moi-même dessinateur dans une autre vie (avec laquelle je renouerai peut-être si j'arrive à être moins dépendant des écrans...), je sais qu'un artiste épanoui livre son meilleur travail.

Ce qui ne signifie pas que ça suffit, mais disons que si vous ajoutez le fait d'être consciencieux au fait de prendre du plaisir, alors vous êtes difficilement arrêtable. Asrar est un excellent dessinateur, avec une technique solide, un sens du storytelling impeccable, qui sait très s'encrer. Mais comme tous ses pairs, c'est quand il raconte quelque chose qui l'intéresse qu'il est au top.

Or, on sait, je vous l'ai déjà dit, que Bug Wars est un projet que Jason Aaron a écrit sur mesure pour Asrar. Et, comme à chaque épisode, en postface, on a droit à de consistants bonus, des coulisses, où le scénariste montrer les détails de chaque tribu et Asrar les designs qu'il a conçus. Autant de témoignages de l'investissement de l'un et de l'autre.

Et tout ce matériel s'anime sur les planches. Bug Wars n'a aucun mal à vous embarquer, à vous transmettre des émotions fortes. Que cet engagement soit salué par un succès critique et public est un juste retour des choses. Il faudra que vous guettiez la vf parce que ça s'annonce comme un immanquable de l'année.

dimanche 23 mars 2025

BUG WARS #2 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Slade Slaymaker a découvert une amulette magique grâce à laquelle il peut rétrécir jusqu'à la taille d'un insecte et l'artefact s'est greffé à sa poitrine. Il se rend compte que le terrain entourant la maison où il vit avec sa mère et son frère est le théâtre d'une guerre entre plusieurs tribus d'insectes. Fait prisonnier par l'une d'elles, il est vendu à un marchand d'esclaves pour se battre dans une arène...


Cette série est une excellente surprise. Je m'y étais plongé sans trop savoir à quoi m'attendre, même si l'association Jason Aaron-Mahmud Asrar était a priori un gage de qualité. A la croisée de plusieurs influences, Bug Wars m'avait positivement étonné avec un premier épisode généreux et riche en émotions fortes.


Et disons-le sans attendre : ce deuxième épisode confirme toutes les belles promesses du premier. Jason Aaron en profite d'ailleurs avec Mahmud Asrar pour garnir chaque épisode de plusieurs pages de bonus pour nous instruire sur les différentes tribus d'insectes qui se font la guerre sur le terrain de Slaymaker et on voit que le scénariste comme le dessinateur ont bien bossé en amont.
 

Imaginez un mix, certes improbable, entre Games of Throne et Chérie, j'ai rétréci les gosses ! et vous n'aurez encore qu'un petit aperçu de ce que raconte Bug Wars. Ce numéro fait aussi penser à une version miniature de Gladiator avec son marché aux esclaves et son arène dans laquelle ces derniers sont jetés en pâture pour distraire un public avide de sang.


Comme le héros est un adolescent qui croit cauchemarder mais se rend progressivement compte de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, on n'a aucun mal à s'identifier. Tout va vite, mais sans précipitation. Et surtout, ce monde de l'infiniment petit a quelque chose, paradoxalement, d'immense et d'effrayant.

La question que se pose le jeune Slade et avec lui, le lecteur, c'est pourquoi ces tribus se font la guerre alors qu'on a vu dans le premier épisode qu'une tempête a tout balayé et mis fin au précédent conflit. La réponse nous est livrés à la dernière page et évidemment je ne vais pas vous la dévoiler, mais elle est apparaît comme dramatiquement logique quand on a observé le comportement du frère de Slade.

Avant cela, on a eu droit à une scène dans l'arène particulièrement brutale. Le sort d'un des esclaves est réglé avec une sauvagerie impressionnante et on ne donne donc pas cher des quatre autres. D'autant que l'amulette de Slade, qui lui permettait quand elle brillait, de conserver sa force naturelle ne semble plus vouloir fonctionner...

La réussite de la série repose énormément sur les dessins de Mahmud Asrar pour qui Jason Aaron a écrit cette histoire sur mesure. L'artiste d'origine turque s'en donne à coeur joie et ça fait plaisir de le voir si investi. On comprend que ce récit l'inspire, davantage que les super-héros qu'il a abondamment illustrés auparavant.

Asrar met tout ce qu'il a sur ses planches et il a bâti un univers à l'esthétique puissante, fourmillant (c'est le cas de le dire...) de détails, avec des designs soignés, des décors très détaillés. Le fait que les insectes aient une forme humanoïde, même si le scarabée de Slade lui a conservé la sienne, peut dérouter, mais on est tellement pris par l'action qu'on ne s'en formalise pas.

Enfin, il faut mentionner la splendide colorisation de Matt Wilson qui contribue grandement aux ambiances fantastiques. Partenaire jusque-là fidèle de Chris Samnee (même si Mat Lopes le remplace sur Batman and Robin : Year One), il respecte le trait de l'artiste et le valorise, avec des nuances magnifiques.

Bref, c'est du tout bon. Vivement la suite !

dimanche 16 février 2025

BUG WARS #1 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


West Bottom. La famille Slaymaker (Janice et ses deux fils, Sydney l'aîné et Slade le benjamin) revient s'installer dans la maison où elle vivait 12 ans auparavant. Depuis, le père de famille, Jim, est mort dans des circonstances atroces et sa veuve doit cumuler les boulots. Slade a hérité de son père la passion des insectes, sans de douter que sous ses pieds s'est jouée une étrange guerre miniature...


Jason Aaron est un scénariste renommé qui a fait les belles heures de Marvel (Wolverine, Ghost Rider, Avengers...) et qui fait actuellement le bonheur de DC (avec Absolute Superman). N'étant plus lié par un contrat d'exclusivité à un des Big Two, il peut se permettre d'être le plume de Teenage Mutant Ninja Turtles et de produire des creator-owned, comme ce Bug Wars chez Image, co-créé avec Mahmud Asrar.


Le dessinateur et le scénariste ont déjà collaboré ensemble sur des aventures de Conan quand Marvel en avait récupéré la licence et pour Asrar, ce fut une révélation : c'est désormais vers ce type de récit, plutôt que les super-héros, qu'allait sa préférence. Aussi quand Aaron lui a soumis son idée pour Bug Wars, l'artiste turc n'a pas hésité à s'y investir.


A la fin de ce très consistant premier épisode d'une cinquantaine de pages (bonus compris), on peut lire la postface rédigée par Aaron qui explique d'où lui est venue l'inspiration : il a grandi dans un coin paumé de l'Alabama et, adolescent, était fasciné par la série Sword of the Atom de Jan Strnad et Gil Kane débutée en 1983, où Ray Palmer était plongé dans un microvers digne des classiques de l'heroic fantasy.


Il se trouve que j'ai aussi lu, il y a longtemps, quelques épisodes de cette série, qui est un chef d'oeuvre méconnu (qu'attend DC pour la rééditer ?!). Et l'histoire commence effectivement par plusieurs pages (dont certaines doubles, splendides) où on assiste à une bataille entre scarabées et fourmis montées par des guerriers miniatures, bientôt balayés par une tempête dévastatrice.

Puis on monte à la surface pour faire connaissance avec les Slaymaker : Janice est la veuve de Jim, un brillant entomologiste mort dans des circonstances affreuses, dont le corps a été découvert par son fils ainé Sydney qui, depuis, nourrit une aversion extrême pour les insectes, tandis que son frère Slade est au contraire fasciné par eux.

Revenue à West Bottom après douze ans d'absence, Janice emménage dans la maison de feu son mari, infestée par des nuisibles qu'elle veut faire nettoyer. Mais Sydney ne veut pas entendre et va provoquer une série d'événements dont Slade va être la victime...

Jason Aaron mène son affaire magistralement et entraîne le lecteur dans une aventure fantastique et dépaysante où toute sa verve peut se déployer. Il parvient à caractériser les protagonistes rapidement, à situer le cadre de manière évocatrice, à établir une atmosphère palpitante. C'est absolument jubilatoire et, effectivement, c'est un bel hommage à Sword of the Atom.

A l'exception de deux pleines pages visuellement très graphiques dans l'horrifique, Bug Wars est défini d'abord par son souffle épique en même temps que par sa sensibilité. Ces deux registres permettent à Mahmud Asrar de prouver quel grand dessinateur il est, surtout quand le sujet le passionne, alors qu'on le sentait nettement moins motivé par les super-héros avant cela (il a bien donné, faut-il dire, au genre).

Servi royalement par les couleurs de Matt Wilson, ses planches sont puissantes, intenses, avec des décors fournis, des personnages immédiatement mémorables. Asrar n'est pas un artiste qui donne dans des effets de découpage renversants, sa narration est classique, sobre, mais en revanche il remplit bien chaque vignette et fait de chaque page un outil au service de l'histoire.

Le soin qu'il met à représenter les insectes, les guerriers qui les chevauchent, leurs armes, donnent chair à cet univers extraordinaire que Jason Aaron résume comme la rencontre entre Chérie, j'ai rétréci les gosses ! et Game of Thrones : un mix improbable et détonant mais parfaitement maîtrisé, avec la volonté affirmée de distraire en en donnant pour son argent au lecteur curieux.

On peut être sûr que les six épisodes que comptera Bug Wars vont être captivants et superbes, faisant souffler le vent de l'aventure sur ce qui ressemble à un projet de rêve pour ses auteurs.