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jeudi 18 décembre 2025

THE ADVENTURES OF LUMEN N. #4 (of 4) (James Robinson / Phil Hester)


Robur le conquérant s'apprête à bombarder Paris et l'inspecteur Juve vient d'arrêter le capitaine Nemo, pourtant là pour stopper Robur. N'écoutant que son courage et profitant de la confusion, Lumen prend les commandes de l'Allonautilus pour défier Robur...


Et c'est - déjà - fini !... Ou presque. Car la bonne nouvelle de ce quatrième épisode, outre qu'il est aussi bon que les trois précédents, c'est l'annonce faite par le scénariste James Robinson dans sa postface qu'il conclut là le premier volume des Adventures of Lumen N.. Et donc, vous l'aurez compris, il prépare la suite.


Je dois dire que cela me réjouit car lire cette mini-série m'a comblé et franchement j'aurai trouvé ça frustrant d'en rester là. J'aimerai, tant qu'à faire, que Robinson donne aussi une suite à Welcome to the Maynard, qu'il a écrit juste avant, mais bon, on va se satisfaire de revoir Lumen Nemo dans un futur, je l'espère, proche.


C'est très plaisant aussi parce que, même si j'ai déjà eu l'occasion de le dire, James Robinson était quand même un peu donné pour fini, voire has-been. Il n'a guère brillé lors de ses dernières expériences chez Marvel ou DC, et pour beaucoup de fans, c'est comme si ses plus belles années étaient définitivement derrière lui.


Mais avec Welcome to the Maynard et The Adventures of Lumen N. (mais aussi The Monsters, que je j'ai pas lu), Robinson a non seulement prouvé qu'il n'était pas grillé, mais surtout qu'il semblait avoir trouvé un nouveau souffle en renouant avec de jeunes héroïnes comme à l'époque de Leave it to Chance (à ce propos, quand est-ce qu'un éditeur français va rééditer cette série, limité à ses premiers épisodes en vf du temps de Semic ?).

Dans ce quatrième épisode, Lumen doit affronter Robur le conquérant sur le point de bombarder Paris depuis son Albatros tandis qu'à terre, l'inspecteur Juve a arrêté le capitaine Nemo pour ses anciens actes de terreur. Le rythme du récit est très vif et, bien que l'issue ne fasse guère de doute, Robinson parvient à susciter chez le lecteur un véritable émoi, à provoquer un réel suspense.

Surtout on s'est attaché à cette dynastie des Nemo et à sa petite dernière. Robinson a toujours eu talent fou pour rendre ses héros humains avant d'être exceptionnels, et c'est ce qui leur donne une épaisseur, mais encore une vulnérabilité si précieuses. Grâce à cela, des thèmes comme la transmission, au coeur de son oeuvre, brillent d'un éclat particulièrement émouvant.

Avec Phil Hester au dessin, le scénariste a trouvé un partenaire à même de traduire en images son histoire parfaitement. Je n'étais pourtant pas acquis à ce choix mais ici Hester a accompli un merveilleux travail, son style épuré convient à ce genre d'aventures et correspond au récit initiatique et exotique de la série.

Hester est lui aussi un vétéran mais son enthousiasme et son énergie infusent ce projet. Son sens du design donne lieu à des apparitions magiques, comme quand l'Allonautilus s'envole, avec sa forme inspirée d'une raie manta. En peu de traits, mais avec une puissance évocatrice indéniable, ses plans suggèrent ce que d'autres artistes auraient dessinés en misant sur une profusion de détails.

Par ailleurs, je trouve que Marc Deering valorise vraiment le trait de Hester, et les couleurs de Bill Crabtree, subtiles, nuancées, ajoutent au charme qu'elles produisent.

The Adventures of Lumen N. sera, je croise les doigts, traduit en France parce que c'est un comic book qui mérite d'être lu par chez nous, notamment pour ses références à notre littérature (celle de Jules Verne en premier lieu). Et donc, à bientôt Lumen Nemo !

vendredi 14 novembre 2025

THE ADVENTURES OF LUMEN N. #3 (of 4) (James Robinson / Phil Hester)


Le capitaine Nemo rassemble un équipage pour rejoindre Paris à bord du Nautilus avant que Robur le conquérant ne le fasse. A bord du vaisseau mythique de son grand-père, Lumen trouve le dernier enregistrement de Aeon Nemo, son père, qui s'adresse à elle en espérant que ce que ses tuteurs lui ont appris lui servira dans un futur proche. Une fois arrivé dans la capitale française, l'inspecteur Juve reçoit Nemo... Pour l'arrêter aussitôt !
 

Il semble assez évident que James Robinson ne s'en tiendra pas à ces quatre épisodes des Adventures of Lumen N., et tel que je vois les choses, je pense que le scénariste s'embarque pour un récit au long cours qui fera l'objet de plusieurs mini-séries en quatre chapitres, un peu à la manière de Minor Threats (de Patton Oswalt, Jordan Blum et Scott Hepburn), déjà publié par Dark Horse.


C'est la différence notable avec Welcome to the Maynard, son précédent ouvrage, qui paraissait être complet (même si, là encore, je ne serai pas contre une ou plusieurs suites). Robinson est en tout cas très en verve et l'univers de Jules Verne l'inspire manifestement. Il a donc inventé une petite-fille au capitaine Nemo, cette fois le Nautilus apparaît et Robur le conquérant est en route pour détruire Paris.


Il est délicat d'en dire davantage sans spoiler mais un personnage déjà abondamment mentionné depuis le début de la série joue un rôle plus qu'équivoque dans l'intrigue et a donc menti dans les grandes largeurs sur sa fin. Cela suffit à rendre l'histoire encore plus trouble et accrocheuse, au point de se demander soit ce qui le motive, soit si Robinson ne prépare pas un twist final qui servirait aussi de rampe de lancement à de nouveaux épisodes.


Mais The Adventures of Lumen N., c'est d'abord une lecture jubilatoire. Que vous soyez un lecteur passionné de Verne ou de Robinson, que vous goûtiez ou non aux additions du scénariste aux romans de l'écrivain, il y a une générosité dans la proposition narrative de Robinson à laquelle il est difficile de résister.

De ce point de vue, il est aussi enthousiasmant de lire cette production que ce que Alan Moore imaginait dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, même si l'ambition et le format ne sont pas du tout les mêmes. Disons que Robinson s'adresse à un public plus large et avide de lire un récit plus divertissant au premier degré, là où Moore jouait plus profondément avec toute la littérature d'aventures et ses héros.

Toutefois la culture de Robinson est au moins aussi riche que celle de Moore, mais elle est diffusée de manière plus ludique, comme quand il s'agit de découvrir l'ascendance des membres de l'équipage du Nautilus, chacun étant apparenté à un personnage littéraire ou cinématographique. Et ne craignez pas d'être perdu dans ces références : à la fin de l'épisode, dans sa postface désormais habituelle, l'auteur revient sur ces points.

Enfin, une grande partie du charme de cette série repose sur les dessins de Phil Hester, qui, s'il m'a souvent laissé indifférent par le passé, est, je trouve, parfait ici. Sa narration est très simple, avec un découpage qui privilégie les cases occupant toute la largeur de la planche, qu'il s'agisse de représenter des décors, des véhicules ou des personnages.

Au passage, donc, il relève le défi de donner sa version du Nautilus et rend par-là même un hommage à Kevin O'Neill et sa splendide interprétation dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (peut-être la plus belle et la plus spectaculaire possible). L'encrage précis de Marc Deering et les couleurs merveilleuses de Bill Crabtree font le reste.

Oui, j'espère vraiment que James Robinson n'en restera pas là et qu'il prépare une suite à The Adventures of Lumen N. : cette jeune héroïne est attachante, ses aventures jubilatoires, et le tout est magnifiquement revisité par Phil Hester. Un de mes coups de coeur de 2025 et de cette rentrée. Un éditeur français sera-t-il assez avisé pour en sortir une traduction ?

mardi 21 octobre 2025

THE ADVENTURES OF LUMEN N. #2 (of 4) (James Robinson / Phil Hester)


Lumen a été sauvée par son grand-père, le capitaine Nemo. A bord de l'Allonatilus, il lui raconte comment Aeon, son fils, et lui se sont brouillés et, à la suite de ça, Nemo s'est réfugié sur l'île mystérieuse pendant qu'aux commandes du Nautilus, Aeon parcourait le monde. Puis ce dernier est devenu un fou terroriste...


James Robinson confirme qu'il est en très en forme et je ne suis pas le seul à m'en être rendu compte puisque sa précédente mini-série chez Dark Horse, Welcome to the Maynard, vient d'être récompensée par le Mike Wieringo Spirit Award aux Ringo Awards 2025. Et je mettrai bien déjà un billet que l'année prochaine, The Adventures of Lumen N., sera encore en lice pour un prix.


Les deux oeuvres ne sont pas très différentes : une jeune héroïne, une intrigue à tiroirs, le souffle de l'aventure, une écriture ciselée, un graphisme de toute beauté, un format court (même si ce nouveau projet ambitionne d'avoir des suites si le succès est au rendez-vous). Au fait quel éditeur français aurait la bonne idée de proposer en vf Welcome to the Maynard ?


Dans ce deuxième épisode des aventures de Lumen N., une bonne partie du récit revient sur des événements bien antérieurs à ce que vient de vivre la jeune fille. A peine a-t-elle fait connaissance avec son grand-père, le capitaine Nemo, qu'elle apprend par ce dernier que son père, Aeon, serait un terroriste et menacerait Paris !


Bien entendu, ce n'est pas si simple, mais en dire davantage spoilerait grandement votre propre lecture. Robinson raconte une histoire imprévisible et jubilatoire où le lecteur a plaisir à le suivre. Le rythme est enlevé et l'imagination permanente. Même donc ce passage explicatif, souvent un vrai piège pour un auteur, passe parfaitement, sans ralentir quoi que ce soit.

Comme il l'expliquait déjà dans la postface du premier épisode, Robinson ne marche pas dans les pas de Alan Moore. Son Nemo est différent et l'histoire dont il fait partie convoque davantage l'oeuvre de Jules Verne, tout en s'amusant à lui donner des extensions très divertissantes, parfois dramatiques, mais jamais pesantes.

Le fait que la série soit pour l'instant limitée à quatre numéros oblige le scénariste à aller à l'essentiel et le cliffhanger de cet épisode nous révèle déjà l'identité du véritable méchant. Pour qui est familier des romans de Verne, c'est encore plus délicieux, mais sinon ce n'est pas si grave. Il suffit de suivre Robinson et ce qu'il vous promet est déjà assez accrocheur.

Par ailleurs, il a trouvé en Phil Hester un partenaire de choix, qui sait adapter visuellement son script. Et les couleurs de Bill Crabtree font le reste. L'artiste emploie un découpage simple et évocateur, il ne surcharge pas ses dessins en détails qui pourraient distraire, il va à l'essentiel et ici, l'émerveillement et le suspense sont respectés.

La palette de Crabtree met en valeur le trait épurée et expressionniste de Hester, avec des ambiances travaillées, qui soulignent le dépaysement de cette aventure - mention au palais de glace et à la steam-house. Les flashbacks sont traitées de façon à ce qu'on les identifie comme tels immédiatement mais sans avoir à recourir à d'autres teintes.

Il y a quelque chose d'instantanément attrayant dans ce comic book : il filtre parfaitement ce que Jules Verne a créé de si fascinant tout en le remodelant pour la bande dessinée. C'est moins subversif que ce qu'en faisait Alan Moore, mais c'est tout aussi qualitatif. Toutes raisons pour laquelle il faut donner sa chance à The Adventures of Lumen N..

samedi 6 septembre 2025

THE ADVENTURES OF LUMEN N. #1 (of 4) (James Robinson / Phil Hester)


Sur une île mystérieuse, un sarcophage s'ouvre et le capitaine Nemo, recouvert de bandages, en sort, alerté par le danger que court une certaine Lumen... Cette dernière est une jeune fille qui réside dans un palais en Inde où sa tutrice, Meera, lui enseigne diverses disciplines ainsi qu'à son fils, Vihaan. Lorsque l'endroit est attaqué par des machines et des soldats, le capitaine Nemo intervient...


Après l'adorable Welcome to the Maynard, publié il y a quelques mois déjà par Dark Horse, James Robinson poursuit son travail chez cet éditeur avec une nouvelle mini-série, The Adventures of Lumen N., également en quatre petits numéros. Sauf que, cette fois, il s'agirait plutôt du premier arc d'un projet conçu pour le long terme comme il l'explique dans la postface de cet épisode.


Robinson raconte son amour inconditionnel pour les romans de Jules Verne, en particulier Vingt mille lieues sous les mers et L'Île mystérieuse, auxquels il voulait donner une suite mais sans savoir comment s'y prendre pendant longtemps. Ayant lu La Ligue des Gentlemen Extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neil et sa suite Nemo, mettant en scène la fille du capitaine, l'inspiration lui est venue.


Mais Robinson ne souhaitait pas refaire ce que Moore avait si brillamment imaginé. C'est en fait en pensant à une de ses propres créations passées, Leave it to Chance, que le scénariste a trouvé la clé : son histoire ne parlerait pas de la fille de Nemo mais de sa petite-fille. Et une partie de l'intrigue serait consacrée à ce qu'il serait advenu du fils de Nemo et du père de Lumen.
 

On fait donc la connaissance de cette dernière alors qu'elle vit dans un palais, confiée à une tutrice qui lui enseigne les langues, plusieurs styles de combat, tout en apprenant à son fils Vihaan la navigation (alors même qu'il n'a jamais vu la mer). Quand Lumen lui demande pourquoi elle doit savoir tout ça, Meera lui répond que ce sont les instructions laissées par son père, qui avait certainement une idée derrière la tête...

Sans perdre de temps, le palais est donc attaqué et dans la foulée sauvé par le capitaine Nemo, qui, jusque-là, dormait dans un sarcophage sur l'île mystérieuse et que le danger encouru par sa petite-fille a réveillé... Robinson nous plonge très efficacement dans un récit d'aventures initiatiques, avec des personnages à la fois inédits mais ancrés dans la littérature classique du XIXème siècle.

Je ne prétendrai pas être un expert de Jules Verne, mais il se trouve qu'il y a quelques années de ça j'ai produit des illustrations pour une exposition consacrée à l'écrivain, ce qui m'avait obligé à (re)lire pas mal de ses romans, dont 20 000 lieues sous les mers. Le style est très lourd, avec des descriptions interminables, imposées à l'auteur par son éditeur qui voulait éduquer les jeunes lecteurs.

Mais une fois qu'on a pris le pli, c'est une lecture divertissante, épique, aux personnages fascinants et aux aventures dépaysantes. Le capitaine Nemo est peut-être le héros le plus charismatique de l'oeuvre de Verne, il a même inspiré l'album concept de l'Affaire Louis Trio, Mobilis in mobile, qui est un chef d'oeuvre à (ré)écouter.

Moore avait fait de Nemo l'amant de Mina Harker et de sa fille une sorte de pirate haute en couleurs dans une trilogie d'albums dessinée par le regretté Kevin O'Neil. Ce qu'en fait Robinson respecte tout cela en lui donnant une fraîcheur semblable à Welcome to the Maynard, confirmant le regain de forme de cet auteur si brillant et la justesse avec laquelle il caractérise de jeunes héroïnes.

Il peut s'appuyer sur Phil Hester, un dessinateur aguerri, dont, je l'avoue, je ne suis pas le meilleur promoteur, mais qui, je trouve, ici, est un choix parfait car son trait s'affranchit du réalisme et aboutit à des planches magnifiquement composées, avec de vrais morceaux de bravoure (comme l'arrivée à dos d'éléphant de Nemo dans le palais - voir ci-dessus).

Encré par Marc Deering et surtout mis en couleurs par le formidable Bill Crabtree, l'épisode a une tonicité irrésistible. On a vraiment envie d'en savoir plus et on sait que Robinson et Hester sont taillés pour accoucher d'une mini jubilatoire. Souhaitons que le succès soit au rendez-vous pour que cela dure plus que quatre épisodes...