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jeudi 5 juin 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #10 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Bon, pas de résumé pour ce dernier épisode, histoire de ne pas spoiler, même accidentellement. La traduction publiée par Urban Comics sera disponible le 19 Septembre prochain et, malgré tout, j'ai quand même envie de vous conseiller la lecture de The Moon Is Following Us. Mais je ne pense pas que vous ayez besoin de moi pour vous le procurer.


Daniel Warren Johnson est désormais assez réputé, et favorablement, en France, pour que ses fans se passent de l'opinion des critiques. Et ça donnera sûrement l'occasion à beaucoup de monde de découvrir Riley Rossmo, moins connu que son partenaire sur ce projet et qui gagne à être lu. Donc, oui, je n'ai aucune crainte concernant le succès à venir de cette mini-série.


On peut dire ce qu'on veut, moi le premier, mais Johnson construit une oeuvre très cohérente et forte d'album en album. Cela fait de lui un auteur à suivre avec intérêt. Il privilégie ses projets en creator-owned sans cracher sur des commandes chez les Big Two où il réussit toujours à imposer son style très énergique et sensible à la fois - il a été de la partie pour le n°400 de Wolverine en Avril.


Toutefois, je dois bien avouer que, de mon côté, je vais sûrement être plus distant avec lui pour la suite. J'ai découvert Johnson avec Murder Falcon que j'ai adoré et que je tiens pour un chef d'oeuvre, bouleversant et explosif, follement original. Mais c'est comme si, depuis, je ne retrouvai plus ce qui m'avait tant plus dans cette histoire.


Do a Powerbomb ! restait très bon, mais je n'en étais pas sorti aussi émerveillé. Et The Moon is following us a été une lecture éprouvante. La fin avec ce dixième épisode n'y a rien changé, au contraire : j'ai trouvé d'une tristesse écrasante, et quelque peu complaisante. Or, j'ai en horreur la complaisance dans la bande dessinée (ou ailleurs).

Quand j'étais ado, j'aimai bien Mylène Farmer par exemple. Je n'étais pas un fan comme ceux qui vont la voir en concert en la contemplant comme la Sainte Vierge de la variété française, mais j'aimai bien ce qu'elle dégageait. Lorsqu'elle fit un duo avec le regretté Jean-Louis Murat, je fus emballé par leur complémentarité. Je garde un souvenir ému du clip de California...

Puis je me suis lassé et me suis même irrité quand j'ai compris qu'elle faisait étalage de son côté madone dépressive à coup de tubes artificiellement torturés et clips chiadés. Elle exploitait un filon qui lui apportait de plus en plus de fans mais qui devenait complaisant dans son expression. Et puis, par ailleurs, mon intérêt musical se portait sur d'autres répertoires.

De toute façon, mes vraies passions étaient (et restent) du côté de Jean-Jacques Goldman, Georges Brassens, Renaud, Francis Cabrel, Eddy Mitchell, Michel Berger et France Gall, Vanessa Paradis. Mylène Farmer n'avait été qu'une passade.

Et Daniel Warren Johnson avec tout ça ? Hé bien, je crois que c'est pareil que Mylène Farmer. Murder Falcon aura été un coup de coeur mais la suite de sa production n'a jamais réussi à le supplanter. C'est comme si j'avais commencé par le meilleur et m'échinais à lui courir après sans jamais le rattraper. Ni Do a Powerbomb ! ni The Moon is following us n'y sont parvenus.

C'est très comparable à la musique : parfois vous tombez sur un disque qui vous marque au fer rouge. Vous voulez écouter le suivant du même artiste, mais vous êtes un peu déçu. Puis le troisième sort, et vous avez la sensation que rien n'égalera la premier. Deux choix s'offrent à vous : soit vous persévérez, soit vous arrêtez les frais.

Je trouve que Daniel Warren Johnson a un talent énorme et sa collaboration avec Riley Rossmo a produit des choses magnifiques, mais en fait ça a surtout confirmé que le choc ressenti lors de la lecture de Murder Falcon ne se répétera plus. Parce qu'au fond Johnson raconte (ressasse ?) toujours la même histoire.

Ses comics possèdent ce mélange détonant et jubilatoire d'émotion et d'énergie brutes, à l'image de son dessin. Rossmo y a glissé une part d'étrangeté qui, je l'espérai, renouvellerait l'ensemble, mais ce ne fut pas le cas. On a eu encore une fois un récit complet poignant et dynamique, mais pas aussi poignant et dynamique que Murder Falcon.

J'ignore ce que prépare Johnson mais j'aimerai qu'il s'aventure hors de sa zone de confort - une zone d'inconfort en vérité vu le fond très sombre de ses histoires. Je n'ai pas lu son Beta Ray Bill ni sa Wonder Woman : Dead Earth, et peut-être que je devrais essayer pour voir s'il ose autre chose avec des personnages qu'il n'a pas créés.

Mais de toute façon, ce n'est pas le moment. Je sors de The Moon is following us plombé. Le monde est déjà pas très lumineux en ce moment pour ne pas avoir envie que des auteurs en rajoutent. C'est une belle BD néanmoins, mais il faut avoir la santé pour la lire. Et mon erreur majeure aura été de la lire mensuellement (même si d'une seule traite ne doit pas rendre le dénouement moins terrible).

C'est très curieux : voilà un comic-book qui est qualitatif, c'est indéniable, mais qui m'a essoré. Au point que je n'ai pas pris plaisir à la critiquer mois après mois. Je suis allé au bout quand même. Mais maintenant je veux surtout aller ailleurs.

vendredi 16 mai 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #9 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Daniel Warren Johnson & Riley Rossmo)


La Cascade semble avoir brisé les derniers espoirs de Duncan et Samantha de retourner dans notre dimension avec leur fille Penny. Pourtant Jedediah Swano et ses troupes viennent les sauver et couvrir leur fuite. Mais celle-ci devra s'accomplir au prix d'un énième sacrifice...


Sorti la semaine dernière, j'ai repoussé, lâchement, autant que j'ai pu la critique du pénultième épisode de The Moon is following us. Et, pour être franc, je n'ai plus qu'une hâte : que ça soit terminé, ce qui sera fait le mois prochain. Encore une fois, ce n'est pas une mauvaise mini-série, elle a de grandes qualités. Mais aussi d'énormes défauts.


La leçon que j'en tire, avant même sa conclusion, c'est que plus jamais on ne prendra à lire une série de Daniel Warren Johnson mensuellement. Là encore, ce n'est pas parce que l'auteur ne maîtrise pas ce rythme, mais tout simplement parce que ses histoires sont trop tristes et que ça devient une épreuve. Pire, peut-être : un système.


Je ne veux pas être trop sévère avec Johnson qui est au auteur complet parmi les plus originaux actuellement. Contrairement, par exemple, à Sean Gordon Murphy, qui est devenu une vedette comme lui mais sans talent de scénariste, Johnson a pour lui une vraie maîtrise narrative et graphique, avec des thèmes récurrents qui sont la marque d'un conteur singulier et passionnant.


Là où Murphy s'appuie sur un dessin très puissant mais qui affiche de plus en plus ses limites, sans jamais sortir de sa zone de confort, sur des scénarios prétextes et des développements a minima, Johnson, lui, a vraiment des choses à dire et il les dit bien, avec conviction et surtout sincérité. Toutefois, il me semble que la machine commence à tourner sérieusement en rond.

Parce que bon, après Murder Falcon et Do a Powerbomb !, ses récits sur le deuil, la famille et l'évasion par l'imaginaire le plus débridé, ça va, j'ai compris. Je ne peux décemment pas reprocher à un auteur de parler de ce qui lui tient à coeur, de le faire avec franchise, mais j'aimerai quand même qu'il dépasse tout ça au lieu de commencer à s'y complaire.

En fait, c'est un sentiment de malaise qui m'a poursuivi durant ces neuf épisodes (et je doute qu'il se dissipe avec le dixième). Malaise de voir Johnson ressasser toujours les mêmes motifs, jusqu'à la nausée, en me demandant sérieusement s'il n'avait que ça à traiter ou s'il racontait toujours, peu ou prou, le même truc parce que ça fonctionnait.

Et bon, autant ce genre de récurrence dans des comics mainstream, ça passe parce que, par essence, la répétition fait partie du mode opératoire ; autant dans les comics indés où on attend, à mon avis légitimement, que l'auteur dépasse ça, ça créé un soupçon sur une forme de cynisme de la part du créatif qui exploite plus ses lubies/phobies qu'il le ne cherche à se diversifier.

Je choisis cependant d'accorder le bénéfice du doute à Johnson, mais The Moon is following us marque une limite. Si son prochain projet en creator-owned repart dans dans cette direction, ce sera sans moi. La fiction peut être une thérapie, mais les lecteurs ne sont pas obligés d'y participer. Il convient pour un auteur de consulter un bon psy s'il a vraiment des choses à évacuer au bout d'un moment.

Cet épisode affiche à la fois tout ce qui est bon et mauvais, dans le sens de désagréable, à la lecture de cette mini série. Ce qui est bon, c'est la partie graphique, époustouflante, imaginative, radicale, énergique : Riley Rossmo signe les 9/10èmes du numéro et le fait avec une vigueur, une inventivité remarquables.

Le lecteur a son comptant d'images fortes mais aussi de storytelling superbement ouvragés. Rossmo n'a certes pas un style qui peut séduire tout le monde, mais c'était le partenaire idéal pour Johnson sur ce projet. Leur collaboration a été une des grandes attractions et la grande réussite de cette BD. Et rien que pour ça, ça valait le détour.

Mais en contrepartie, donc, je trouve qu'il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la répétition ad nauseam de motifs narratifs, de thèmes abordés, de mise en scène dans les rebondissements. Etalé sur dix épisodes, c'est qui plus est beaucoup trop long, surtout avec un début aussi laborieux mais également avec une fin qui n'en finit plus.

J'ai découvert Johnson avec Murder Falcon et ce fut une claque, un bouquin vraiment magnifique, poignant, généreux, triste déjà mais très beau. Do a Powerbomb ! m'a paru déjà plus faible, même si le spectacle était jubilatoire. Mais The Moon is following us ressemble au combat de trop (allant jusqu'à l'autocitation grotesque). Dommage, malgré des instants magiques.

samedi 19 avril 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #8 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Avant de sombrer dans le coma, Penny avait dessiné une licorne, une "Pennycorne". Aujourd'hui, dans la dimension des rêves de la fillette, sa mère, Samantha, en créé une avant l'assaut final contre l'armée de Pigface. Mais Sam sent que son mari, Duncan, lui cache quelque chose depuis la dernière bataille et cela le ronge même s'il refuse d'en parler...


Alors que The Moon is following us s'achèvera dans deux mois, on peut d'ores et déjà affirmer que cela aurait été une sacrée aventure. Ce n'est pas une mini-série parfaite, pas le meilleur scénario de Daniel Warren Johnson, mais c'est assurément son plus remuant, son plus épique, son plus tortueux, son plus déchirant.


Si vous me demandez si c'est une lecture agréable, je vous répondrai donc que non. Non pas parce que c'est mauvais, mais parce que c'est terriblement poignant et perturbant. Il faut se lancer là-dedans en ayant le coeur bien accroché. Je vous le dis à titre préventif parce que, moi, je n'étais pas prévenu. Et alors que le dénouement est proche, je me dis qu'il est sage d'avertir les futurs lecteurs de la vf (à paraître à la rentrée chez Urban Comics).


Il me semble qu'avec The Moon... Daniel Warren Johnson arrive sans doute au bout d'un cycle. C'est comme le dernier volet d'un triptyque composé de Murder Falcon et Do a Powerbomb !, trois histoires qui explorent le deuil en enveloppant ce thème dans des récits mouvementés, empruntant au hard rock, au catch, à l'heroic fantasy.


On dit souvent que chacun fait son deuil à sa manière, qu'il n'y a pas de formule miracle pour traverser cette épreuve. Et mon expérience personnelle m'incite à approuver. Certains s'enfoncent dans le chagrin, la colère, la frustration, le déni... Ou transcendent ça par l'art. Il y a eu de magnifiques romans, de superbes chansons, des films bouleversants. Et des comics formidables pour en témoigner.

A cet égard, ce huitième épisode est sans doute le plus douloureux. On sent vraiment que Johnson et Riley Rossmo sont allés au bout d'eux-mêmes pour en accoucher. Ils ne s'épargnent rien et le lecteur l'éprouve de manière quasi physique. Ils ont mis tout ce qu'ils avaient dans ces pages, et l'épisode se conclut sur un événement absolument impitoyable.

Je ne vais pas faire de psychologie de comptoir en essayant de deviner ce qui s'est passé chez Johnson et Rossmo pour qu'ils aient éprouvé la nécessité de raconter quelque chose comme ça. Mais il est évident que c'est personnel, profond. Et le résultat, encore une fois, est intense et sensible à la fois, très fort et subtil, jamais bourrin, jamais complaisant.

Ce qui rend beau, ce projet, c'est aussi ce qui en fait sa limite. La structure du récit est répétitive, l'histoire a mis beaucoup de temps à décoller. C'est un peu comme si les deux auteurs et artistes avaient hésité à plonger au coeur de leurs ténèbres. Comme Truffaut désignait certains chefs d'oeuvre de "grands films malades", on pourrait dire qu'il s'agit d'une grande bande dessinée malade.

Les personnages principaux, désormais réduits à quatre (le couple Samantha-Duncan, Jebediah Swano, Pigface, Tash Severin), portent en eux les stigmates de l'inspiration malade de Johnson et Rossmo. Les planches de ce dernier en particulier traduisent à merveille cet état avec les gueules de traviole des protagonistes, le découpage heurté, soulignés par les couleurs de Mike Spicer.

C'est donc très triste. Mais très beau. Mais très triste. On ne lit pas ça pour se divertir, se changer les idées. C'est exigeant. D'ailleurs, ce numéro est sorti la semaine dernière et j'ai retardé le plus possible l'écriture de sa critique parce que, tout bêtement, j'ai mis du temps à lire l'épisode. Je savais que quelque chose de déplaisant allait s'y produire. Et je n'avais pas tort.

Toutefois, je ne veux pas non plus donner le sentiment que lire The Moon is following us est un calvaire. Si je regrette vraiment quelque chose, c'est peut-être de l'avoir lu mensuellement. Dix épisodes, dix mois, c'est long, surtout pour une histoire pareille, avec des débuts laborieux. Je crois que ce sera plus digeste de lire ça d'une traite pour ceux qui se procureront le recueil.

Et puis ça rappelle, à toutes fins utiles, que la bande dessinée "pour adultes", "pour lecteurs avertis", ce n'est pas une blague. Il s'agit moins en vérité de pointer les comics violents ou présentant la sexualité de manière explicite, que de dire que certaines histoires sont perturbantes ou douloureuses. C'est cela, je crois, le véritable âge adulte de la BD : des histoires qui remuent le lecteur, non pour des motifs graphiques, mais pour la force des sentiments exposés.

samedi 15 mars 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #7 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Duncan, Samantha et Jebediah Swano procèdent à l'enterrement de Brio, tué dans leur dernier combat, victorieux, contre la Cascade. A cette occasion, Samantha s'interroge sur la présence de sa mère dans les rangs de la Cascade qui s'apprête à lancer une nouvel assaut sans se douter que, cette fois, ils vont tomber dans un guet-apens...


Les comics, depuis longtemps, ne sont plus adressés aux enfants. Ce qui leur a valu d'être souvent considéré comme de la sous-littérature au style manichéen a progressivement dérivé vers une production ciblant un public d'adultes, souvent des lecteurs de longue date, ce qu'on appelle une niche. On peut le déplorer, mais c'est ainsi.


Aux Etats-Unis, où on ne rigole pas avec la censure, il est ainsi spécifié pour chaque épisode à quelle tranche d'âge un comic-book est recommandé. Bien entendu, on ne va pas arrêter celui qui le vend s'il ne surveille pas l'âge de son client, mais enfin c'est une recommandation, comme pour les films. Et souvent, pour les comics indés, on remarque la mention "for mature readers".
 

C'est le signe que ce que se trouve dans les pages du comic-book est pour les adultes, les "mature readers". Et je serai tenté d'avertir que ce septième épisode de The Moon is following us est pour ce public averti. Mais on pourrait en dire de même de toute la série qui explore des territoires sensibles. Mais, en même temps, qui, parmi le lectorat "jeune", lit encore des comics quand le manga règne ?


Pourquoi cette prévention ? Parce que cet épisode est particulièrement éprouvant. Il traite du deuil et des abus sexuels sur mineurs. Sans racolage, sans vulgarité, mais sans détour non plus. Et on finit sa lecture dans un état second, ébranlé. Parce qu'on n'a rien vu venir et que la perspective de la série s'en trouve complètement changée.

Je comprends désormais mieux pourquoi Daniel Warren Johnson comme Riley Rossmo mettaient en garde ceux qui allaient lire leur projet commun. Mais ça interroge aussi sur l'aspect personnel qu'ils ont reconnu avoir glissé dans cette histoire. En tout cas, c'est très fort, très puissant, bouleversant.

Je n'ai pas toujours été tendre avec The Moon is following us. Mais je ne changerai rien à ce que j'ai pu en dire. Selon moi, c'est une bande dessinée qui souffre de longueurs, dont la première partie est laborieuse, et qui prend son envol trop tardivement. Cependant, je dois aussi reconnaître que depuis deux mois, les auteurs ont spectaculairement redressé la barre.

Et quand on lit un épisode comme celui-ci, on se rend compte qu'on tient dans ses mains un objet certes imparfait mais tout de même sacrément costaud. Reprenons : lors des funérailles de Brio, cette grenouille qui est l'incarnation d'un des jouets de leur fille Penny, Duncan et Samantha disent adieux à un ami qui a payé de sa vie leur quête pour retrouver la fillette.

Cet événement, déjà triste en soi, provoque une réaction chez Sam : pourquoi sa mère, morte, fait-elle partie de la Cascade, cette horde qui retient dans la dimension des rêves l'esprit de Penny ? Et si c'était la manifestation de quelque chose que Sam n'avait pas réglé avec sa mère ? Et si sa mère était là parce que la fille n'a jamais fait vraiment son deuil, n'avait jamais accepté cette perte ?

Ces questions percutent le lecteur qui comprend en même temps que les deux héros beaucoup de ce que le récit ne faisait que suggérer jusque-là. Cette dimension des rêves et aussi des cauchemars de Penny matérialise non seulement l'inconscient de la fillette mais aussi celui de ses parents. Donc les obstacles qu'ils y rencontrent ne sont rien d'autre que leurs propres fantômes, leurs propres démons, leurs propres peurs.

Qu'y-a-t-il de plus effrayant que de perdre un enfant ? Sans doute le fait d'avoir, quand on était soi-même enfant, perdu ses parents, d'être devenu orphelin et de devoir affronter ce vide ? Ou alors... De se rappeler un souvenir, enfoui, refoulé, si abominable qu'il vous laisse en état de choc, tétanisé sur le champ de bataille ? C'est ce qui va arrivé à Duncan, confronté à un traumatisme d'enfance qui refait surface...

J'ai certes spoilé d'entrée, mais dans cette logique d'avertissement. C'est un épisode très rude et quand vous lire cette série, lorsqu'elle sera immanquablement traduite, il faudra vous préparer à quelque chose d'éprouvant. Derrière les couleurs flashy, les dessins pittoresques de Riley Rossmo, il y a quelque chose de noir et de remuant.

Daniel Warren Johnson et Riley Rossmo accèdent à quelque chose qui dépasse le simple statut d'auteurs de comics. The Moon is following us s'aventure sur un terrain glissant mais que les deux hommes abordent avec pudeur et franchise à la fois. Le lecteur est touché en plein coeur. Si vous n'avez pas envie de pleurer après avoir lu cet épisode, vous êtes vraiment blindé.

samedi 15 février 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #6 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Daniel Warren Johnson & Riley Rossmo)


Duncan et Samantha ont été secourus par le chef des cauchemars de Penny, Jebediah Swano. Celui-ci leur explique manoeuvrer en secret pour vaincre la Cascade qui retient la fillette et surtout comment espérer, avec les armes appropriées réussir. Cependant, Pigface et celui qui a trahi Duncan et Samantha s'emploient à les débusquer...


Comme je le pressentais à l'issue du précédent numéro, The Moon is following us est entré dans son second acte, presque un nouvel arc narratif. Et si ce mouvement ne sauve pas réellement tous les meubles, il a le mérite de donner un second souffle au récit en l'entraînant vers quelque chose de plus... Offensif ?


En effet, jusqu'à présent, que lisait-on ? Une histoire de parents désemparés et prêts à tout pour sauver leur fille d'un sommeil qui ne semblait plus vouloir la relâcher. La narration de Daniel Warren Johnson allait et venait d'une dimension à une autre sans jamais montrer d'issue à ce drame. C'était touchant, émouvant au début, et puis, lentement mais sûrement, tout ça s'est enlisé.


J'avais pointé dans la critique de l'épisode 5 le fait qu'avec dix épisodes, la série risquait de stagner, de manquer de munitions, sauf si le scénario générait un rebondissement à même de ne pas décourager le lecteur. La trahison d'un personnage clé a été une sorte de déclic, mais restait à transformer l'essai et à tenir encore cinq chapitres.


Je continue de penser que Johnson a vu trop gros, trop grand et que, même une fois fini, The Moon is following us souffrira d'un manque d'équilibre, ou plutôt de substance. En découpant son récit en deux parties, de toute façon, la première aura été trop longue, son twist trop laborieux à se mettre en place. Et je pense que la direction qui est prise ne pourra pas compenser cette erreur.

Cette direction, c'est celle d'une histoire beaucoup plus tournée vers l'action pure. Cet épisode en témoigne avec de nombreuses scènes dans ce registre, donc une longue séquence qui occupe quasiment les deux tiers du chapitre. Désormais, Duncan et Samantha savent qu'ils ont été trahis, par qui, comment, pourquoi, et ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes et un allié inattendu.

En introduisant Jebediah Swano, le chef des cauchemars de Penny, Johnson se montre habile et Riley Rossmo est inspiré dans ses designs. Avec son corps mi-humanoïde, mi-arachnéen, il frappe d'emblée les esprits et face à monstres de la Cascade, il s'affiche comme un adversaire redoutable, qui, d'ailleurs, en profite pour montrer au couple quelles armes utiliser pour faire la différence.

Jusque-là, on avait droit à tout l'arsenal des jouets et c'était d'ailleurs assez amusant de comparer ça avec la série G.I. Joe dont elle pouvait s'inspirer. A présent, on est dans le domaine de la fantasy, les épées ont remplacé les fusils, les pistolets, les canons. C'est nettement plus saignant. En fait, la série trouve un autre parallèle, plus imprévisible.

Car, si on examine bien Duncan et Samantha, ils font penser énormément à Scott Free/Mister Miracle et Big Barda de New Gods, qu'on vient de retrouver récemment dans la série écrite par Ram V et dessinée par Evan Cagle. Je ne prétends pas que c'est du copier-coller, mais disons que la ressemblance est évidente et elle sied mieux à Riley Rossmo.

Car le dessin de Rossmo excelle dans la bizarrerie, avec les tronches si spéciales qu'il donne à tous ses personnages, leur physionomie, et autant il me semble que les cinq premiers épisodes appartenaient à l'univers visuel familier de Johnson, autant là Rossmo prend les commandes et paraît beaucoup plus s'amuser.

La bataille qui oppose Jebediah, Duncan et Samantha à la Cascade rappelle celle des Néo-Dieux contre les Paradémons de Darkseid, et plus troublant encore, comme dans la série de Ram V et Cagle, tout tourne autour d'un enfant à sauver... On a vraiment changé de monde, de tonalité. L'esprit de Kirby n'a décidément pas fini d'infuser les comics modernes.

Surtout, ce que je veux retenir, c'est le plaisir de la lecture. Je m'ennuyai sur les derniers numéros après un démarrage intriguant, et je doutais fortement que la série m'accroche jusqu'au bout. Toutes mes incertitudes ne sont donc pas levées, pour les raisons que j'ai citées plus haut, mais disons que je suis plus confiant, avec le regain d'énergie affichée ici.

dimanche 19 janvier 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #5 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Brio a rameuté ses troupes pour un nouveau combat qu'il espère décisif. Mais Duncan et Samantha sont à bout de forces et sont obligés de battre en retraite à bord d'un avion qui est vite abattu. Leur ennemi gagne impitoyablement... Tandis que dans notre dimension Tash Severin, qui veille sur leurs corps endormis, se retire dans une autre pièce...


Alors, nous voici arrivés à la moitié de cette mini-série. Le mois dernier, je vous disais que celle-ci semblait quand même marquer le pas, comme souvent avec les histoires écrites par Daniel Warren Johnson, qui, à mi-chemin, entrent dans une sorte de ventre mou. Parfois l'auteur rebondit magistralement, et parfois... Non.


Qu'en est-il pour The Moon is following us ? C'est compliqué. L'épisode est en vérité coupé en deux, pas littéralement, puisqu'on est dans une séquence mouvementée, avec beaucoup, mais alors beaucoup d'action, mais aussi avec une rupture nette dans la narration qui aboutit à un coup de théâtre que je n'avais vraiment pas vu venir et qui remet une pièce dans la machine, assez efficacement.


Bon, ne craignez rien, je ne vais pas vous spoiler, même si je crains de devoir le faire au prochain numéro car, même en résumant l'épisode, même en le critiquant le plus précautionneusement du monde, ça me paraît impossible de continuer sans devoir révéler ce qui se passe dans ce numéro. C'est même tout le vrai problème ici : Daniel Warren Johnson piège le critique.
 

Je pourrais dire que ce n'est pas très sympa, mais, d'une, ce serait puéril, et de deux, c'est quand même un peu l'avantage du créateur par rapport au commentateur : il peut, il doit même, lui rendre la vie impossible pour prouver que c'est bien lui, le maître du jeu et pas celui qui l'analyse. N'empêche, c'est emmerdant parce qu'il s'est tellement bien débrouillé qu'il me bloque.

En fait, la construction de son intrigue apparaît clairement : la série va certainement compter deux actes et comme on arrive à la moitié des dix épisodes, on va entrer dans le second acte au n°6. Jusqu'ici, on avait une histoire à la fois épique et déchirante sur deux parents dont la fille ne se réveillait plus et qui, grâce à l'aide d'un vieux monsieur, accédaient à la dimension où ils pouvaient comprendre la raison de son état.

Ce n'est jamais clairement dit qu'il s'agit d'une dimension des rêves, c'est une formule que j'ai choisie pour tenter de clarifier la structure de la narration. Mais au fond, on peut appeler ça comme on veut : ce procédé est vieux comme la bande dessinée - après tout, dans Little Nemo in Slumberland, quand le petit héros dormait, il déambulait dans ce que Winsor McKay appelait "le pays du sommeil".

Bizarrement, la partie action de l'épisode tire en longueur : on a droit à une énième bataille entre les jouets de Penny, la petite fille qui ne se réveille pas, et ceux qui la retiennent, la gardent endormie. Le combat vire au carnage, les jouets se font massacrer en bonne et due forme, et les parents de Penny, qui ont consenti à donner une grosse partie de leur énergie vitale pour être encore là sont inutiles, trop à plat pour aider ou faire basculer l'issue du conflit.

Riley Rossmo fait pourtant très bien le job : ses planches ont beaucoup d'énergie, il multiplie les angles de vue, la valeur des plans, ses compositions sont très dynamiques, ses personnages expressifs, tout en conservant à l'ensemble cette étrangeté. Mais on a quand même l'impression que le récit bégaie, que c'est encore une baston perdue d'avance, bref beaucoup de pages pour pas grand-chose de neuf.

Comme d'habitude, c'est Daniel Warren Johnson qui se charge des dessins de scènes dans notre dimension. Duncan, Samantha et leur fille Penny sont endormis au creux d'un arbre géant et Tash Severin, le vieil homme qui les aide depuis le début, veille sur eux. Et puis, c'est là qu'intervient le twist...

La dynamique du récit change complètement avec ce qui se passe ensuite : la situation des héros devient encore plus compromise tout en réservant un cliffhanger très malin... Trop malin ? Trop roublard ? Un peu quand même parce que DWJ abat ses cartes un peu comme un joueur qui sait qu'il doit faire durer la partie plutôt que comme un scénariste qui devrait penser à la conclusion.

C'est cela qui me fait peur : j'ai bien l'impression que The Moon is following us s'annonce trop long. Dix épisodes, c'est beaucoup et le scénario s'essouffle depuis deux chapitres. Ce qui apparaît à la dernière page n'est pas un rebond, mais plutôt une astuce pour faire croire à un rebond. C'est ce qui s'est passé juste avant qui chamboule un peu l'affaire.

Murder Falcon, c'était 8 épisodes. Do a Powerbomb !, 7. La plus longue mini-série de Johnson, c'était The Extremity, avec 12 numéros - et je m'abstiendrai de critiquer puisque je ne l'ai pas lue. Là, je ne vois absolument pas comme il va faire pour tenir encore cinq numéros, je ne vois les idées qui pourraient justifier cinq nouveaux épisodes, sans que ça pique du nez, voire que ça se casse la figure.

Le maître de la mini en douze n°, c'est Tom King (bon, ce n'est pas le seul sur ce format, mais c'est celui, qui ces dernières années, le maîtrise le mieux). Et même lui, maintenant, écrit des mini en six, certainement pour sortir de sa zone de confort, ou aussi sûrement parce que six épisodes suffisent pour ses nouvelles histoires. Mais ça montre que c'est un format très spécial, où il faut avoir de la matière et en même temps laisser des respirations. Mais surtout de la matière.

L'histoire de The Moon is following us est touchante, et spectaculaire, Johnson et Rossmo forment un très bon duo. Mais, je le répète, ça me semble trop long pour ce qu'ils ont à raconter. J'ai trouvé que sur ces deux derniers numéros, ça tirait déjà la langue et on en n'est qu'à la moitié ! Après je peux me tromper, ça va peut-être redécoller, jusqu'à un final de qualité. Mais j'ai de gros doutes...

Je vais évidemment poursuivre, ce n'est pas non plus comme Jenny Sparks (de King et Spokes) qui m'a découragé (même si je relirai ça d'une traite, à tête reposée le moment venu). Il y a des atouts indéniables ici, j'ai quand même envie de continuer, de savoir la fin. Mais c'est sûr que, à partir de là, je vais être moins confiant, ou du moins très prudent.

samedi 28 décembre 2024

THE MOON IS FOLLOWING US #4 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Alors qu'ils avaient réussi à reprendre leur fille Penny des griffes de sa grand-mère dans la dimension des rêves, Duncan et Samantha doivent être évacués face à l'arrivée de renforts de leurs adversaires. De retour dans notre monde, Tash propose aux parents une nouvelle option pour sauver la fillette mais le prix à payer pour ça est élevé...


Je ne suis pas un spécialiste de l'oeuvre de Daniel Warren Johnson puisque je n'ai lu de lui que Murder Falcon et Do a Powerbomb !. C'est un auteur avec lequel n'en suis encore à mes débuts et peut-être aurais-je l'occasion à l'avenir de rattraper mon retard sur d'autres de ses oeuvres mainstream ou indés. Toutefois, j'ai remarqué une sorte de constante dans son écriture que je retrouve ici.


Chacune de ses histoires a une espèce de "ventre mou", un moment de transition où l'auteur doit rebondir pour être sûr que le lecteur ne lâche pas l'affaire. Ce n'est pas propre à DWJ mais c'est tout de même assez régulier pour l'avoir remarqué. Souvent, cela se produit à mi-chemin du récit et c'est exactement au point où nous en sommes pour The Moon is following us.
 

Comment cela se traduit-il ? Hé bien, jusqu'à présent on a suivi Duncan et Samantha dans leurs tentatives de retrouver leur fille Penny dans une dimension parallèle et elles se sont toutes soldées par des échecs, à cause de leur impréparation, de leur fébrilité ou de la puissante résistance qu'ils ont rencontrée. Ce qu'il advient au début de cet épisode résume tout ça.


Ils ont découvert que la créature qui retient Penny dans la dimension des rêves n'est autre que la mère de Samantha. A ce sujet, DWJ joue sur un certain flou en ne disant pas clairement si la grand-mère de la petite est morte ou dans le coma, mais je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse dans la mesure où le coma est une sorte de sommeil qui relierait donc Penny et sa grand-mère dans un même espace.

Toutefois est-il que la grand-mère retient sa petite-fille avec la conviction qu'elle est mieux là que dans notre monde, plus à l'abri. Evidemment, cette pensée est égoïste et cruelle et prive les parents de leur enfant de manière déchirante. Quoiqu'il en soit, les efforts de Sam et Duncan et de leurs amis sont vains jusqu'à présent.

Le scénario est arrivé dans une impasse narrative comme ses héros. Que faire ? C'est à la fois la question que se posent Duncan, Sam et Johnson. Et c'est donc le stade de l'histoire où il faut que l'auteur trouve un moyen de rebondir pour convaincre le lecteur de continuer sa lecture. Daniel Warren Johnson avait été confronté à une situation similaire dans Murder Falcone et Do a Powerbomb !.

Dans Murder Falcon, une fois son groupe de rock réuni, le héros devait savoir comment utiliser la musique pour dépasser l'obstacle qui se présentait à lui et cela passait par un sacrifice. Dans Do a Powerbomb !, après un combat de catch perdu, les deux héros ne devaient qu'à un twist d'espérer revoir celle qu'ils voulaient faire ressusciter.

Ici, Duncan et Samantha s'en remettent à Tash qui les entraînent dans un endroit où ils pourront rejoindre la dimension des rêves mais en payant un prix exorbitant. D'une certaine manière, c'est une surenchère parce que Johnson confronte le couple à une énième épreuve sans qu'ils puissent l'éviter puisque, sinon, ils ne reverront pas Penny.

En prenant cette direction, le récit ne peut pas revenir en arrière et épisodes restants sont obligés de divertir et d'émouvoir le lecteur encore plus que jusqu'alors. C'est très casse-gueule, surtout qu'il y a encore six numéros à venir. Et Daniel Warren Johnson ne pourra plus se contenter d'essais ratés de son couple de héros. De même, il faudra que l'histoire aille au-delà de son postulat, au-delà des retrouvailles de deux parents avec leur enfant.

J'ignore comment il va se dépatouiller avec ça, c'est un énorme challenge, mais évidemment il ne va pas improviser, il s'est engagé dans une histoire dont il a déjà la fin. Toutefois, ce pari fonctionnait très bien sur Murder Falcon alors que j'avais été moins emballé par Do a Powerbomb !. De quel côté de la balance penchera The Moon is following us ?

Riley Rossmo comme son partenaire ont depuis le départ déclaré que cette intrigue était très personnelle pour chacun d'eux. Le fait que Rossmo soit crédité comme co-auteur et que Johnson dessine quelques planches à chaque fois (les scènes dans notre monde) témoignent de leur investissement et de leur entente.

Rossmo, en tout cas, fait toujours preuve d'une maîtrise épatante et les péripéties intenses de la dimension des rêves l'inspirent comme jamais pour créer des images, des compositions spectaculaires et étranges. On ne peut simplement pas imaginer un autre dessinateur que lui pour ça tant il contribue à donner une identité esthétique unique à la série.

Cet épisode représente en tout cas un point de bascule et la suite sera un test grandeur nature pour s'assurer que Daniel Warren Johnson et Riley Rossmo auront eu raison ou non d'oser remettre leur histoire en jeu aussi vite. Mais n'est-ce pas ce qui rend de tels projets si excitants ?

dimanche 24 novembre 2024

THE MOON IS FOLLOWING US #3 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Duncan et Samantha repartent en mission pour sauver Penny, leur fille. La reine Ashley et Brio ont planifié un assaut sur une forteresse dans les profondeurs du royaume où ils pensent que quelque chose de précieux est dissimulé. Battlebear les accompagne...
  

Alors, non, je préfère vous rassurer : cette planche ci-dessus n'est pas un spoiler. On y reconnaît Samantha, dans notre dimension, pleurant au chevet d'une personne alitée et intubée, donc visiblement pas en grande forme, MAIS il ne s'agit pas de sa fille Penny. Daniel Warren Johnson n'est pas fou au point de nous révéler dès le troisième épisode l'issue de son intrigue et je ne suis pas indélicat au point de vous "divulgâcher" un élément important de l'histoire...


... Bon, c'est quand même quelque chose qui a une importance dramatique, mais l'image ne fournit pas assez d'information pour que vous puissiez deviner de quoi il s'agit ni pour vous décourager de découvrir cette série quand elle sera traduite en France. Cela dit, et c'est tout le problème des critiques mensuelles, épisode par épisode, il y a pratiquement toujours un moment où ça devient impossible de tout garder secret. Mais on verra au fil du temps.


Donc, me voilà rendu à la fin de mes critiques concernant les nouveautés sorties cette semaine (en vérité, il m'en reste une sous le coude, mais je la garde pour la semaine prochaine parce que je crois que, vous comme moi, on a besoin de reprendre un peu notre souffle, ça été un programme chargé et, à ce sujet, il faudrait vraiment que les éditeurs US fassent un effort pour ne pas sortir autant de titres chaque semaine, surtout en fin de mois où ça frise l'embouteillage).


Mais venons-en à cet épisode. On l'aura compris, le principe de The Moon is following us, c'est un récit en narration parallèle : une partie de l'action se déroule dans notre monde et est mise en images par Daniel Warren Johnson, et l'autre partie se situe dans une autre dimension, qui n'est pas nommée mais qu'on appellera la dimension du sommeil, dont est prisonnière Penny, la fille du couple de héros, et qui est mise en images par Riley Rossmo.

Le mois dernier, c'était quasiment un épisode 100% Daniel Warren Johnson, scénario et dessin, qui revenait sur les origines de l'intrigue, ou comment un couple de parents en détresse apprenait que leur petite fille, Penny, ne cessait plus de dormir. La science était impuissante face à ce cas médical, mais un vieil homme du nom de Tash Severin abordait Duncan et Samantha Lamarr pour leur offrir son aide.

Et donc on comprenait que Penny ne se réveillait pas car elle était prisonnière de cette dimension parallèle. Littéralement prisonnière d'étranges créatures qui y régnaient dans un décor d'heroic fantasy mélangée à de la S.-F.. Tash disposait d'un équipement permettant de voyager dans cette dimension et avec l'aide des jouets de Penny, qui y étaient dotés de la vie, Duncan et Sam allaient s'employer à retrouver et réveiller leur fille.

Restait à savoir pourquoi la fillette était retenue dans cette dimension. La réponse se trouve à la fin de cette épisode et on a droit à un twist comme DWJ sait en inventer, un retournement de situation proprement renversant et bouleversant, digne de ce qu'il a écrit dans son chef d'oeuvre Murder Falcon et l'excellent (mais à mon avis un chouia en dessous) Do A Powerbomb !.

C'est toujours épique et singulier, en grande partie grâce au dessin de Riley Rossmo qui reprend largement les commandes de la partie visuelle (DWJ ne se chargeant, comme d'habitude, que des scènes dans notre dimension, cette fois très minoritaires). Il y a cette bizarrerie propre au trait de Rossmo qui n'a pas un dessin joli, séduisant : ses personnages ont de drôles de tronches, et c'est accentué par le fai qu'ils sont entourés de seconds rôles qui sont des jouets ou des peluches (un ours, une grenouille, une poupée).

Mais ne soyez pas rebutés pour autant. D'abord parce qu'au fil des années, Rossmo s'est quand même assagi (en comparaison avec ce qu'il produisait sur Harley Quinn par exemple) et donc même si ça conserve une authentique étrangeté, c'est moins appuyé. Et surtout parce que son découpage est extraordinairement fluide et énergique à la fois. Ce qui en fait le dessinateur parfait pour les parties dans la dimension du sommeil où l'action est omniprésente, avec des assauts sur une forteresse, des hélicoptères, des démons, etc. Et les couleurs de Mike Spicer, partenaire habituel de Johnson, font merveille aussi pour Rossmo.

Au fond, Rossmo et Johnson étaient faits pour se rencontrer et travailler ensemble car tous les deux ont en commun une personnalité graphique très forte mais surtout des sensibilités complémentaires. La force brute de Johnson est nuancée par la bizarrerie échevelée de Rossmo, au service d'un script très émouvant et sans cesse surprenant. 

Sachant qu'on n'est à peine au tiers de cette série donne furieusement envie de savoir comment les deux auteurs vont poursuivre l'aventure en continuant à nous étonner. Mais avec ce tels talents, il n'y a guère d'inquiétude à avoir...

lundi 28 octobre 2024

THE MOON IS FOLLOWING US #2 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson))


Pourquoi la petite Penny, fille de Duncan et Samantha Lamarr, ne se réveille-t-elle plus ? Les parents de la fillette n'ont pas de réponse satisfaisante du Dr. Senn. Ils acceptent alors une expérience que leur propose Trash Severin et qui va les mener au coeur d'une guerre à nulle autre pareille...


Le mois dernier, quand j'ai commencé la lecture du premier épisode de The Moon is following us, je ne savais vraiment pas dans quoi je m'embarquais. J'en sais désormais un peu plus puisque, entre temps, j'ai appris qu'il s'agirait d'une mini-série en 10 épisodes. Mais ce n'est pas tout.


En effet, pour ce deuxième numéro, on a droit à quelque chose de surprenant aussi bien dans le fond que dans la forme. Daniel Warren Johnson ne fait pas qu'écrire le scénario et les dialogues, il signe aussi les trois quarts des dessins cette fois pour ce qui est une forme d'origin story, où on nous explique la situation poignante de Duncan et Samantha Lamarr.


Ce qu'on apprenait à la toute fin du premier épisode (attention, spoiler !), c'est que ce couple à l'action dans un monde de fantasy y était projeté grâce à un appareillage, mais qu'en vérité il s'agissait d'un mari et de sa femme vivant en Amérique et dont la fille, Penny, était plongée dans un sommeil profond depuis un certain temps, dont personne ne réussissait à la tirer.


Les Lamarr formaient une famille heureuse jusqu'à cette nuit où Samantha découvrit que Penny ne se réveillait pas. Duncan prodigua sur sa fille un massage cardiaque pendant que sa femme appelait les secours. Le coeur de Penny repartit mais elle ne reprit pas connaissance - elle n'est pas revenue à elle depuis.

Le docteur Senn qui l'a prise en charge a tenté d'expliquer scientifiquement, rationnellement, aux parents ce qui se passait tout en admettant qu'un tel cas était inédit pour lui. Maladroitement, il envisageait de garder en observation pour l'étudier. Au chevet de son enfant, Samantha entendit une chouette frapper à la vitre de la chambre et déposer sur le rebord de la fenêtre un message l'invitant à monter sur le toit. Ce qu'elle fit en convaincant Duncan de l'accompagner et ils y rencontrèrent Tash Severin...

Il est difficile de savoir où s'arrêter avec ce que raconte Daniel Warren Johnson. Toutefois, c'est un auteur qui a une science du récit telle qu'on peut, je crois, dire qu'elle résiste à des révélations sans que l'intérêt pour la suite ne soit ruiné. Disons alors que Tash Severin vient d'une dimension parallèle où se tient une guerre entre deux camps et dont Penny est à la fois l'enjeu et la clé...

je serai sans doute obligé d'en dire plus la prochaine fois, à mesure que le scénario dévoilera ses péripéties, mais j'essaierai de rester le plus évasif possible pour que, quand vous lirez cette histoire à votre tour, vous restiez surpris par les tours et détours qu'elle réserve. Cependant, comme toujours chez DWJ, il y a ce qui est raconté directement et ce qui est suggéré métaphoriquement.

Avec Riley Rossmo, l'auteur a avoué que cette histoire était très personnelle pour eux deux. On ne saura jamais à quel point précisément, mais comme tout récit impliquant des enfants, et la possibilité de leur décès, il faut supposer que Johnson comme Rossmo doivent avoir imaginé cette intrigue davantage pour exorciser leur pire peur que pour guérir d'un véritable drame (du moins, on l'espère pour eux).

Ce qui est certain, c'est que, comme toujours chez Johnson, The Moon is following us exploite merveilleusement ce mélange d'action explosive, d'inventivité débridée et de sensibilité à fleur de peau. Un cocktail unique qui en fait aussi une expérience pour le lecteur.

Par ailleurs, cet épisode est spécial dans la mesure où Riley Rossmo n'en dessine que 7 pages. Des pages superbes, avec cette dinguerie qui lui est propre, avec ces personnages aux physiques un peu déviants, cette subtile exagération, et des trouvailles étonnantes dans la composition même de la page où le sens de la lecture n'est pas toujours traditionnel mais d'une fluidité remarquable.

Le reste est donc de la main de Johnson qui, avec son style plus nerveux, plus charbonneux, fait de chaque scène un intense moment d'émotion. C'est un grand huit permanent où le lecteur est aussi bouleversé que les héros, perdu comme eux, plein d'espoir aussi comme eux. Les transitions entre les passages de Johnson et ceux de Rossmo sont tout sauf alambiqués, on est stupéfait par la facilité avec laquelle on passe de l'un à l'autre, embarqué par ce récit.

Tout est donc là pour que The Moon is following us soit une oeuvre dont la qualité sera à la hauteur de la folle ambition.

lundi 23 septembre 2024

THE MOON IS FOLLOWING US #1 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Duncan, Samantha et leur acolyte Brio approchent d'une forteresse où les deux premiers s'introduiseent pendant que le troisième leur donne rendez-vous plus tard et plus loin. Une fois dans la place, ils retrouvent Tash, un sorcier, qui les présente à Pigface, un marchant d'armes. Mais les gardes les surprennent et les obligent à battre en retraite...


Daniel Warren Johnson jouit, un peu comme Sean Gordon Murphy, d'un tel crédit auprès des lecteurs de comics, notamment indés, que chacun de ses projets suscite un intérêt immédiat. Mais cette fois, il se "contente" seulement d'écrire (ne signant le dessin que de quelques planches à la fin de cet épisode - et sans doute cela se répètera-t-il par la suite).


Dans la postface de cet épisode, Johnson explique que l'idée d'une histoire lui vient souvent comment un riff de guitare vient à un musicien. Ensuite, vient la partie la plus difficile : donner un corps à cette idée, la développer pour en faire un scénario. Mais avec The Moon is following us, il le  reconnaît, rien n'aurait été possible sans l'aide de son dessinateur et ami Riley Rossmo, car le sujet résonnait intimement pour chacun d'eux.


Il n'en dit pas plus, mais Johnson a l'habitude de mêler étroitement le plaisir pur du divertissement à des thèmes profonds, des expériences vécues. Dans son chef d'oeuvre, Murder Falcon, il évoquait la maladie. Dans Do a Powerbomb, il évoquait la mort et le deuil. Ici, il s'agit de la parentalité. Et comme à chaque fois, on est embarqué par cette façon très particulière d'emballer ça dans une fiction épique et sentimentale.


Soit donc deux aventuriers, un couple formé de Duncan et Samantha. Lui porte une sorte de combinaison d'astronaute, elle une tenue de barbare avec un casque cornu. Ils font équipe avec un "fixer", qui a l'apparence d'un batracien, et d'un sorcier, qui est un vieil homme. Ils pénètrent dans une forteresse noire et s'en échapperont à bord d'un hélicoptère... C'est joyeux fourre-tout.


Si vous sentez que ça ne ressemble à rien et que ça ne mérite pas davantage votre attention, j'ai envie de vous prévenir que vous allez passer à côté de quelque chose d'unique. Mais je peux aussi comprendre votre réticence car effectivement ça ne ressemble à rien et c'est pour ça que ça peut ne pas vous parler du tout mais aussi vous plaire infiniment.

Comme dans ses propres comics, où il fait tout avec son coloriste Mike Spicer (qui est aussi ici à l'oeuvre), Daniel Warren Johnson ne perd pas de temps pour exposer la situation ni ses personnages. Il pousse le lecteur dans un flot d'action ininterrompu, qui va à toute vitesse, en croisant des créatures bizarres, et même les personnages humains ont de drôles de tronches. C'est encore plus vrai ci avec le dessin particulier de Rossmo, qui déforme les faciès, exagère les morphologies, casse les codes.

Mais si vous avez le goût de l'aventure, alors c'est un régal. De toute façon, les lecteurs familiers de Johnson savent que c'est toujours ainsi avec lui : il appuie sur le champignon, vous laisse sans dessus-dessous, puis après ça se calme un peu, et là il fera les présentations en bonne et due forme. Donc pas d'inquiétude : les prochains épisodes vont se charger de tout poser à plat et on comprendra tout. D'ailleurs les ultimes pages qu'il dessine lui-même en disent déjà beaucoup - je n'ai pas posté d'extrait de ces planches car elles spoilent trop le twist du récit. 

Car, oui, The Moon is following us a un twist - et il est aussi génial que poignant. Qui sont les héros de cette série ? Plus qu'un couple d'aventuriers avec leurs acolytes. Ce sont les parents d'une fillette, Penny, qu'ils cherchent après l'avoir perdu. Mais d'une manière très particulière. Et quand on découvre le comment du pourquoi, on est vraiment retournés, à la fois par la puissance émotionnelle du dispositif mais aussi par sa virtuosité, car rien ne nous y prépare, c'est une surprise magistrale, une de ces idées comment tous les scénaristes rêvent d'en avoir.

Parfois Johnson réussit à exploiter ce genre de twist magnifiquement (Murder Falcon), parfois moins (Do a powerbomb), mais ce n'est jamais ni gratuit ni facile. Donc on peut fonder de grands espoirs pour cette série qui, sans garantie de tutoyer les sommets de son oeuvre, va certainement dépoter.

Et ce, d'autant plus qu'avec donc Riley Rossmo, on évolue dans quelque chose de spécial. Habitué des productions comics, et particulièrement des héros les plus bordeline (Harley Quinn, Martian Manhunter, Wesley Dodds : Sandman), Rossmo s'impose comme le complément parfait de Johnson. Il a la même folie que son ami et scénariste, il a l'imagination visuelle pour être à la hauteur de cette histoire. C'est très... Comment dire ?... Dépaysant graphiquement. Certians n'aimeront pas du tout, et je dois reconnaître que pendant longtemps son style m'a refroidi, je trouvais ça intéressant mais un peu extrême. Mais ces derniers temps, Rossmo semble vouloir aller vers plus de lisibilité et en fait, c'est un peu comme Chris Bachalo, il faut un moment pour s'y faire mais ensuite on perçoit toute la beauté bizarre de ce dessin.

Gros coup de coeur donc, au milieu d'une semaine pourtant chargée en belles BD.