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mardi 11 juin 2024

ALL-NEW GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 3 : INFINITY QUEST (Gerry Duggan / Marcus To & Aaron Kuder)


L'agent Adsit du Corps des Nova a enrôlé de force les Gardiens de la Galaxie et les présente aux autres membres qu'il a pu rappeler dans l'ancien quartier général de cette armée. Toutefois, Adsit a une idée derrière la tête : la déroute du Corps des Nova a été causée par la présence en son sein de renégats et d'espions à la solde des Raptors. Les Gardiens sont donc chargés d'y remettre de l'ordre.


Rocket Raccoon se montre le plus zélé à la tâche tandis que Ant-Man et Gamora d'un côté, Drax d'un autre sont envoyés en mission sur des postes autrefois tenus par le Corps des Nova. Star-Lord, lui, découvre que Richard Ryder est toujours en vie et décide de partir à sa rencontre pour savoir pourquoi il ne l'en a pas prévenu avant.


Gamora et Ant-Man sauvent d'anciens agents du Corps dans un vaisseau attaqué par des copies d'Ultron. Drax, toujours fidèle à sa nouvelle philosophie non violente, empêche des soldats du Corps d'exécuter les habitants d'une planète qui ont été contaminés par Ultron mais ne représentent aucun danger. Et Star-Lord, après retrouvé Richard Ryder, localise la Pierre de Pouvoir dans une forteresse tenue par des membres du Corps isolés depuis la débâcle de leur armée.


Cependant, à la base du Corps des Nova, Rocket entraîne Adsit dans une manoeuvre périlleuse pour démasquer des agents infiltrés des Raptors avant que ces derniers ne mènent un assaut décisif...
 

Ce troisième et dernier tome collecte les épisodes 146 à 150 car, oui, Marvel a subitement décidé de revenir à la numérotation "Legacy" de la série quelques moins avant le début de l'event Infinity Wars qu'écrira Gerry Duggan pour clore son run sur All-New Guardians of the Galaxy.


Cette curiosité éditoriale mise à part, le scénariste doit ranger ses jouets et préparer le terrain pour son event. J'en profite pour dire que je n'ai jamais lu en entier Infinity Wars et je ne sais pas si j'en écrirai une critique. Si cela vous dit, faîtes-le moi savoir en commentaire.

Le précédent recueil s'achevait sur un cliffhanger qui montrait les Gardiens enrôlés de force par le Nova Corps. Déjà dans le FCBD 2017, il avait été arrêtés mais s'étaient évadés puis dans l'épisode 5 (celui avec Star-Lord, dessiné par Chris Samnee), un certain Commandant Scott Adsit tentait d'appréhender Peter Quill qui venait de voler un gyroscope pour Rocket Raccoon. On découvre donc pourquoi les Gardiens étaient véritablement traqués par les Nova depuis le départ.

Adsit a hérité de la tâche délicate de reformer le Corps des Nova mis en déroute depuis des lustres (à la fin de la saga Annihilation de Dan Abnett et Andy Lanning). Ayant mené son enquête avec les quelques soldats qu'il a pu rassembler, il a compris que, déjà, avant cette déroute, des espions et des renégats avaient infiltré l'organisation et l'avaient miné de l'intérieur.

Aujourd'hui, donc, il embarque les Gardiens pour l'aider à faire le ménage, c'est-à-dire démasquer et capturer les traîtres et retrouver les hommes dont il est sans nouvelles. Gerry Duggan souligne, un peu mais trop finalement (alors qu'on pouvait s'attendre de sa part à quelque chose de franchement plus drôle), le décalage entre le fait que des pirates comme les Gardiens deviennent des "fixers" et l'organisation stricte des Novas.

Et il faut bien le reconnaître, c'est quand même un peu décevant que Duggan ait soudain choisi d'être si modéré après un début de run pétaradant. Visiblement, le scénariste n'a pas/plus eu  les coudées aussi franches à l'approche d'Infinity Wars car on sait que, pour les events, chez Marvel, les editors sont par nature très interventionnistes et n'hésitent pas exiger des réécritures pour que tous les tie-in soient sur la même ligne que la saga centrale.

Donc, en vérité, à part le fait de suivre Rocket très zélé dans sa mission, on ne rigole pas autant qu'espéré. Je dirai même qu'on s'ennuie franchement parfois : Duggan sépare les Gardiens en leur assignant des missions dont l'intérêt est très relatif, comme s'il s'agissait surtout de gagner du temps. Seul Star-Lord qui renoue pour l'occasion avec Richard Ryder/Nova a réellement du pain sur la planche car il découvre l'emplacement de la Pierre du Pouvoir et décide de ne pas le communiquer, ni à ses amis Gardiens (et donc à Gamora), ni aux autres Novas (par crainte qu'un espion des Raptors ne le signale).

Tout ça se conclut par une belle bataille entre les Raptors et les Novas dans leur QG, mais ce n'est guère palpitant, en dehors d'un joli morceau de bravoure tout à la gloire de Scott Lang/Ant-Man. Ce que cela révèle surtout, et ça n'a pas changé depuis, c'est qu'aucun auteur ayant succédé à Bendis et son long run n'a réussi à développer une série avec les Gardiens de la Galaxie digne de ce nom. Marvel tient à la fois une marque forte, grâce au succès de la trilogie adaptée au cinéma par James Gunn, mais en même temps ne semble plus savoir quoi en faire, sinon la confier à ses scénaristes en vue qui ne paraissent pas avoir de plan sur le long terme.

Après Duggan, ce sera au tour de Donny Cates. Résultat : une dizaine d'épisodes et puis s'en va. Al Ewing en produira une quinzaine, mais visiblement débordé par son travail sur S.W.O.R.D. puis X-Men Red, il s'en tiendra là. Dernière tentative en date : le tandem Jackson Lanzing - Collin Kelly qui ont bouclé leur run en dix chapitres. Pas de nouvelle annonce pour l'heure, en tout cas pas avant Septembre, mais j'ai l'impression que Marvel n'est pas pressé de ranimer les Gardiens avant au moins 2025. Qui saura rendre à ces personnages un run consistant et de qualité ?

Marcus To dessine la quasi intégralité des épisodes et effectue un boulot plus qu'honorable. Certes, pour gagner du temps, il zappe volontiers les décors, mais sur l'ensemble, il s'acquitte de sa tâche avec efficacité, alternant scènes mouvementées très satisfaisantes et plages plus calmes bien dosées. C'est un artiste que j'apprécie, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite alors qu'il est toujours très pro, ne bâcle jamais son ouvrage.

Aaron Kuder signe quelques ultimes pages sur le n°150, à la pagination plus conséquente, sans briller particulièrement, et il est devenu le cover-artist de la série sur sa fin.

Tout ça manque de tonus, d'entrain. C'est regrettable, ça avait bien commencé mais ça s'achève mollement.

lundi 10 juin 2024

ALL-NEW GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 2 : RIDERS IN THE SKY (Gerry Duggan / Frazer Irving, Chris Samnee, Greg Smallwood, Mike Hawthorne, Roland Boschi & Rod Reis)


Quel secret dissimule Gamora aux autres Gardiens de la Galaxie et qui est lié à la Pierre de l'Âme ?


Pourquoi Star-Lord n'hésite pas à remonter le temps jusqu'en 1980 alors qu'un recruteur du Corps des Nova tente de lui mettre la main dessus ?


Quelle est la raison qui a poussé Drax à devenir non violent après avoir été depuis toujours le Destructeur tant redouté ?


Depuis quand Groot ne peut croître ? Et quelle est la responsabilité de Rocket Raccoon dans cette curiosité ?


Qu'est devenu le frère de Richard Ryder / Nova, comme lui membre du Corps ? Et quel jeu jouent les Raptors là-dedans ?


En enfin, comment Ant-Man va-t-il rejoindre les Gardiens de la Galaxie après que ces derniers aient abordés plusieurs héros pour les renforcer ?



Comme je l'expliquai dans la critique concernant le premier tome de All-New Guardians of the Galaxy par Gerry Duggan, en confiant les dessins de la série à Aaron Kuder, le scénariste et l'éditeur savaient pertinemment qu'il n'arriverait pas à enchaîner les épisodes mensuellement.

D'habitude, dans ce cas de figure, la logique veut qu'un artiste fill-in vienne ponctuellement remplacer le dessinateur titulaire afin qu'il souffle et puisse avancer dans son travail. Gerry Duggan a préféré procédé différemment en écrivant des épisodes autonomes à intervalles réguliers avec à chaque fois un dessinateur différent.

Mais à bien lire ces one-shots, on se rend compte qu'il ne s'agit pas que d'intermèdes : en vérité, Duggan en profite pour éclaircir des points de son intrigue principale en se concentrant sur chacun des membres des Gardiens de la Galaxie et d'autres personnages gravitant dans leur orbite (comme Nova ici). Du coup, le plaisir est double : on peut apprécier ces numéros en tant que tel mais également comme complément d'information.

Pour être bien clair, ce tome rassemble donc les épisodes 3, 5, 7, 9 et 11-12.

On découvre d'abord pourquoi Gamora attache tant d'importance à récupérer la Pierre de l'Âme, une des pierres d'infinité. Je ne ferai aucun spoiler, donc vous pourrez apprécier les révélations en lisant ces épisodes. Celui-ci se passe quasiment intégralement dans la tête de la fille adoptive de Thanos et à l'intérieur de la Pierre de l'Âme, proposant un voyage (ou plutôt un trip) assez vertigineux dans la psyché de la "femme la plus dangereuse de l'univers". Frazer Irving se charge des illustrations, pratiquement uniquement en pleines pages et sans décor. Utilisant les ressources du dessin numérique, le résultat est à la fois beau et désincarné, étrange et un peu confus - le texte sert vraiment de béquille à des images hallucinées.

C'est ensuite au tour de Star-Lord d'être mis en avant. Il vient de dérober un gyroscope pour Rocket Raccoon (qui servira à la réplique de Galactus à l'intérieur de laquelle les Gardiens attaqueront Citopia, dans le n°1 de cette série). Mais dans l'opération, un de ses cassettes stéréo fétiches sur laquelle il enregistre des playlists de chansons de la Terre, a été endommagée. Il effectue un voyage dans le temps pour obtenir un nouvel enregistrement de qualité. Duggan signe un récit léger que Chris Samnee dessine avec son style si bondissant et épuré, collant parfaitement au propos et à Peter Quill, l'archétype du charmant voyou.

Vient alors l'épisode le plus abouti du lot qui va expliquer ce qui a poussé Drax à devenir pacifiste, en total contradiction avec sa vocation et sa réputation de Destructeur. Duggan trouve une justification simple et poignante à cette orientation radicale et déroutante, qui est vraiment magistralement mise en oeuvre. Surtout que pour ne rien gâcher, le scénariste s'est attaché les services de Greg Smallwood au dessin (Duggan a été l'un des rares auteurs, avec Jeff Lemire, chez Marvel, à savoir exploiter le génie de l'artiste depuis parti chez DC). Et Smallwood livre des planches extraordinaires, dont il assume aussi la  colorisation.  

Attention ! Je vais dire du bien de Mike Hawthorne qui m'a tellement gâché le plaisir sur le Daredevil de Chip Zdarsky. L'artiste illustre le chapitre suivant qui vient révéler les circonstances dans lesquelles Groot a failli mourir et ne peut plus grandir depuis. Bien aidé par l'encrage de Terry Pallot (qui lui convient bien mieux), Hawthorne surprend très agréablement en animant Rocket Raccoon et Groot tandis que Gerry Duggan développe un subplot déjà présent dans le premier tome.

Nova a été un des personnages favoris durant le run de Dan Abnett et Andy Lanning sur Les Gardiens de la Galaxie (et les diverses sagas qu'ils ont traversées, comme Annihilation). Pourtant, Marvel ne sait toujours pas quoi faire de ce personnage créé en réponse au Green Lantern de chez DC. Duggan l'intègre à sa série avec visiblement un plan en tête (comme plus tard le fera Al Ewing). On croise à nouveau les sinistres Raptors avant qu'ils attaquent le vaisseau des Gardiens (cf. tome 1). Roland Boschi prête son coup de crayon ténébreux à cet épisode mouvementé.

Enfin, après tous ces flashbacks, le sixième et dernier chapitre fait le joint avec les événements actuels et la quête de la Pierre de l'Âme par Gamora et ses partenaires. Les Gardiens, séparément, sollicitent l'aide de plusieurs héros (Dr. Strange, Cable, mais aussi Man-Thing) quand d'autres essaient de s'incruster (comme Deadpool et Ant-Man). La formation va donc s'enrichir d'un nouveau membre avant un cliffhanger qui est l'aboutissement de plusieurs scènes depuis l'épisode du FCBD 2017 jusqu'à celui avec Star-Lord dans ce recueil... L'épatant Rod Reis s'occupe des dessins dans son style inspiré de Sienkiewicz (en plus lisible) et c'est un régal.

Si la disposition des épisodes peut a priori dérouter, elle s'avère finalement très plaisante et intelligente. On peut enchaîner avec le troisième et dernier tome en étant au point sur chaque protagoniste et l'histoire en général. A suivre donc...

dimanche 9 juin 2024

ALL-NEW GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 1 : COMMUNICATION BREAKDOWN (Gerry Duggan / Aaron Kuder & Marcus To)

 

Les Gardiens de la Galaxie viennent d'être arrêtés par le Corps des Nova. Mais grâce à Rocket Raccoon ils réussissent à s'évader, libérant tous les autres prisonniers détenus dans le vaisseau qui les a embarqués. Ils en profitent pour dérober un appareil que Star-Lord rebaptise aussitôt le Milano. Mais l'agent du Corps des Nova doit rendre des comptes à un mystérieux individu ensuite...



L'équipe descend sur ka planète Citopia en se dissimulant dans une réplique de Galactus. Après avoir volé un coffret, ils dépêchent de filer alors que la police locale les poursuit. Ils rejoignent leur commanditaire qui n'est autre que le Grand Maître, un des doyens de l'univers, avec lequel Gamora avait contracté. Satisfait de l'efficacité de la bande, il lui confie une nouvelle mission...


... Et celle-ci s'avère bien plus délicate et dangereuse puisqu'il leur faut pénétrer sans être remarqués dans le musée du Collectionneur, frère du Grand Maître. Heureusement, ils trouvent vite ce qu'ils sont venus chercher, un oeuf de monarque hujaahdarien. Toutefois, de son côté, Gamora est frustrée car elle pensait dénicher là autre chose. Mais le Collectionneur surprend les intrus...


L'équipe réussit néanmoins encore une fois à s'en tirer, Gamora négociant avec le Collectionneur. Tandis que les Gardiens de la Galaxie retournent livrer le Grand Maître, Gamora révèle ce qu'elle cache à ses partenaires. Avant d'être interrompue par les Raptors qui abordent le vaisseau de l'équipe.
 

Dans la bataille qui s'ensuit, Rocket est gravement blessé et Star-Lord doit affronter le commandant Talonar qui a dérobé quelque chose dans le vaisseau des Gardiens...


Comme je l'ai fait avec le run de Chip Zdarsky sur Daredevil récemment, je vous propose une rétrospective sur le run de Gerry Duggan sur la série All-New Guardians of the Galaxy, un de ses meilleurs travaux à mes yeux. Récemment, le titre a connu une dernière itération par les auteurs Collin Kelly & Jackson Lanzing et le dessinateur Kev Walker, qui n'a duré que 10 épisodes et on ignore encore si et quand la série reviendra (et avec qui aux commandes).


Gerry Duggan arrive en 2017 sur le titre. Avant lui, Brian Michael Bendis a écrit Les Gardiens de la Galaxie de 2013 à 2017et près de cinquante épisodes. Il en fait une série populaire qui largement servi de guide aux trois films réalisés par James Gunn (même si d'autres fans préfèrent le run de Andy Lanning et Dan Abnett qui a eu succès commercial moindre).


Pour la peine, Marvel rebaptise le titre All-New Guardians of the Galaxy, histoire de bien souligner le changement d'auteur. Pourtant Duggan s'inscrit dans la même ligne que Bendis : il conserve le casting de l'équipe (Star-Lord, Gamora, Drax, Rocket Raccoon, Groot), le ton léger contrastant avec le plein d'action.

Le scénariste fait ses débuts à l'occasion du Free Comic Book Day de 2017 avec quelques pages donnant le "la". Puis il embraye avec un premier arc qui est collecté dans ce volume 1 intitulé Communication Breakdown (référence à la chanson de Led Zeppelin, figurant dans une des playlists de Star-Lord). Mais comme son dessinateur n'est pas capable d'enchaîner plus de deux épisodes d'affilée, il va ponctuer son récit avec des one-shots qui seront tous rassemblés dans le volume 2 (Riders in the Sky, d'après le morceau de The Shadows).

Toutefois, cela ne nuit pas au plaisir de la lecture, ces one-shots se déroulant en marge de l'arc narratif, dans le passé pour souvent justifier l'évolution des personnages depuis le run de Bendis. En effet, on remarque des modifications d'ordre cosmétique (Star-Lord est barbu, Groot est minuscule), d'autre moral (Drax est devenu un adepte de la non-violence, Gamora dissimule un secret étonnant). Tout cela est expliqué dans ces one-shots.

Communication Breakdown souligne le rôle de pirates de l'espace des Gardiens. Gamora a offert ses services au Grand Maître, un des doyens de l'univers, en échange de quelque chose de précieux pour elle (je ne vais pas vous spoiler). L'équipe doit donc voler au Collectionneur, le frère du Grand Maître, un drôle d'oeuf énorme. Mais entre les deux frangins, tout n'est que jeu et en vérité, au bout du compte, les Gardiens vont comprendre que ce qu'a réclamé Gamora va les entraîner dans une aventure bien plus vaste en relation avec des perturbations considérables enregistrés par les doyens dans l'univers.

Duggan est un auteur inégal mais qui brille souvent sur des séries un peu en marge des blockbusters de Marvel : il a signé un court mais très bon run sur Hulk, un plus long sur Deadpool, il a relancé Uncanny Avengers après Rick Remender... Les Gardiens étaient faits pour lui et on sent qu'il s'amuse énormément, ne manque pas d'idées (d'ailleurs il conclura son run par un event, Infinity Wars). Surtout il soigne ses personnages et la dynamique du groupe en les confrontant à eux-mêmes d'abord puis à diverses péripéties qui ponctuent le récit (comme l'attaque des Raptors qui voit le retour de deux artefacts mythiques).

Il est accompagné au dessin par Aaron Kuder qui est un artiste méticuleux mais très lent. Ainsi, ce recueil collecte les n°1-2, 4, 6, 8 et 10. Mais même en bénéficiant de pauses, Kuder doit quand même être remplacé sur le #8 par Marcus To, que j'aime beaucoup même s'il n'a pas la reconnaissance qu'il mérite (il finira d'ailleurs le run de Duggan en illustrant le troisième et dernier tome).

Kuder n'hésite pas à forcer un peu le trait pour souligner l'expressivité de ses personnages, un peu à la manière de Kevin Maguire. Son trait est précis, fin, incroyablement détaillé quand il s'agit de représenter les décors, les véhicules, les accessoires. On peut quasiment, dans les plans rapprochés, sentir la fourrure de Rocket ou les écailles du poisson à l'intérieur duquel le Grand Maître reçoit l'équipe. Par ailleurs, le découpage ne manque pas d'inventivité, avec des références explicites au pop-art (quand le Grand Maître fait comprendre à Star-Lord ce qui organise le cosmos et le perturbe depuis peu).

To est plus sage, mais pas moins efficace. La bagarre entre Star-Lord et le commandant des Raptors a une énergie remarquable par exemple. Comme Kuder, il s'encre lui-même avec talent. Ive Svorcina met le travail des deux artistes en valeur avec des couleurs nuancées et délicates.

Voilà un départ sur le chapeaux de roues, qui prouve que ce run a bien vieilli. A suivre donc...

jeudi 6 juin 2024

X-MEN #35 (Legacy #700) (Gerry Duggan, Al Ewing, Kieron Gillen) / Joshua Cassara, Phil Noto, Lucas Werneck, , Leinil Yu, Walter Simonson, John Romita Jr., Mark Brooks, Jerome Opeña, Luciano Vecchio, Stefano Caselli, Sara Pichelli

Hier paraissait le n°35 de la série X-Men. Ou bien le n°700 si on compte tous les épisodes parus, tous volumes confondus. Mais pour tous ceux qui ont suivi la franchise X depuis 2019, c'était surtout le dernier n° de l'ère de Krakoa, initiée il y a cinq ans par Jonathan Hickman. Une page importante de l'histoire des mutants trouve donc sa conclusion avec un très volumineux épisode de plus de 80 pages, co-écrit par Gerry Duggan, Al Ewing et Kieron Gillen, les trois principaux architectes de la franchise depuis le départ de Hickman.
 
Si j'ai abandonné la lecture des séries depuis quelques mois, avec le début des deux minis Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, je tenais quand même à être là pour découvrir la fin de cette époque qui m'a globalement enthousiasmé, avant une relance à partir du mois prochain, avec de nouvelles équipes créatives et surtout un nouvel editor en la personne du vétéran Tom Brevoort.



Mais d'abord, tentons de résumer ces cinq dernières années de publication :

Charles Xavier, Magneto et Moira McTaggert s'allient pour fonder la nation mutante de Krakoa sur l'île vivante du même nom. Moira a le pouvoir de ressusciter et elle se rappelle toutes ses vies antérieures. Alors qu'elle est dans sa dixième et dernière vie, elle convainc Xavier et Magneto de son projet de refuge pour les mutants du monde entier.
Bien que Krakoa connaisse des problèmes en interne (comme toute nation), elle a un ennemi principal : l'organisation Orchis, rassemblant des savants experts dans le domaine de l'intelligence artificielle et partenaire de la sentinelle oméga, Karima Shapandar, venue du futur, qui a vu les mutants dominer et exterminer la race humaine et les robots.
Chaque année, sur les îles Mykines, se tient le gala du club des damnés où les mutants invitent les super-héros et les personnages les plus influents du monde. Ceux-ci sont d'abord témoins de la colonisation par les mutants de la planète Mars rebaptisée Arakko. Puis de la formation tous les douze mois d'une nouvelle formation de X-Men.
La domination des mutants ressemble de plus en plus au futur dont vient la sentinelle oméga, désormais épaulé par Nimrod, un robot surpuissant créé par Orchis. Orchis décide donc de frapper lors de la troisième édition du gala au cours de laquelle Xavier est forcé par l'ennemi de faire passer à sa communauté des portails dimensionnels les éloignant de la Terre. Ceux qui résistent à cette injonction télépathique prennent le maquis.
Ce que tous ignorent, c'est que les mutants exilés se trouvent désormais dans le royaume de la force Phénix, hors de l'espace et du temps, à l'abri, mais où les années défilent plus vite. Ils n'en sortiront que pour soutenir les efforts des résistants dans leur réplique contre Orchis à laquelle, pour la détruire de l'intérieur Xavier a fait mine de s'allier mais condamnant à mort de nombreux humains.
Nimrod et la sentinelle vaincus, les X-Men n'ont plus qu'une dernière mission à remplir : capturer Xavier pour le juger. Mais celui-ci s'est rendu aux autorités humaines...

C'est là que démarre ce 35ème épisode de X-Men.


Un convoi emmène Xavier dans une prison spécialement conçue pour lui par Reed Richards et Tony Stark lorsque Wolverine le stoppe et s'apprête à tuer son ancien mentor. Mais Magneto l'en empêche et évacue Xavier pour une discussion entre quatre yeux.
 

Cependant, Krakoa revient dans notre dimension et les X-Men retrouvent leurs semblables disparus depuis quelques semaines pour eux mais en vérité plus vieux de quinze ans durant leur séjour dans le royaume de la force Phénix. L'un des enfants de Krakoa, Kafka, explique que pendant cette période les habitants de Krakoa ont profondément modifié le mode de fonctionnement de la vie sur l'île.


Désormais, ils vivent dans une utopie pacifiste et seuls ce qui le désirent pourront retourner vivre au milieu des humains. Dans 24 heures, Krakoa disparaîtra à nouveau pour s'établir ailleurs dans l'espace-temps. Cela bouleverse les partisans les plus zélés de l'ancienne communauté, dont Exodus, mais surtout Apocalypse qui refuse ce projet, estimant qu'il trahit la vocation initiale de Krakoa et la volonté des mutants de lutter pour imposer leur nation.


La position d'Apocalypse déclenche un affrontement entre les mutants qui le soutiennent et ceux qui s'y opposent. Le Dr. Fatalis est aux premières loges pour observer le conflit des générations tandis que Magneto livre finalement Xavier aux humains...
  

Lorsque Jonathan Hickman a relancé la franchise X en 2019 avec les deux mini-séries connectées House of X et Powers of X, il avait mis au centre de son projet Krakoa, l'île vivante devenant la nation des mutants. Reconnue par certains pays, elle allait s'imposer comme une force incontournable grâce notamment à sa médecine révolutionnaire et son statut de refuge pour tous les mutants, accueillant dans son gouvernement d'anciens mauvais mutants.
 

La pandémie de Covid-19 et des désaccords avec l'editor Jordan White ont eu raison de la patience et des développements imaginés par Hickman qui quitta la navire en 2022 au terme d'une nouvelle mini-série, Inferno. Par la suite, White décida de ne pas remplacer Hickman comme principal architecte de la franchise, préférant s'appuyer sur trois auteurs, Gerry Diuggan, Al Ewing et Kieron Gillen. Ceux-là même qui, aujourd'hui, doivent boucler l'ère de Krakoa.
 

Passer après Hickman a fait de la franchise un objet à la fois plus varié dans ses propositions mais aussi plus bancal. On y trouvait un titre très classique dans sa formule comme X-Men (par Duggan) qu'une série politique comme Immortal X-Men (par Gillen) ou space opera comme X-Men Red (par Ewing), à côté de mensuels comme X-Force et Wolverine (par Benjamin Percy, dans un registre all-action). En route, des réussites comme New Mutants (par Vita Ayala) passèrent à la trappe et beaucoup de mini inégales virent le jour. Puis, la fin approchant, deux séries connectées furent lancées pour boucler la boucle (Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, bien moins abouties et accessibles que HoX/PoX).


Sans décortiquer ce dernier épisode, on dira qu'il fait le job. Cela ne témoigne peut-être pas d'un enthousiasme délirant mais au moins Duggan, Ewing et Gillen ont rangé les jouets proprement, dignement. Is ont surtout laissé la porte ouverte à un deuxième âge de Krakoa, même si on peut douter que celui-ci voit le jour dans un futur proche (et même lointain).

Le cas de Charles Xavier est réglé de manière intelligente, sans l'enfoncer plus qu'il ne le faut malgré ses ultimes écarts moraux. En revanche, ceux qui n'auront pas suivi les derniers mois de la franchise seront sans doute plus songeurs en ce qui concerne Magneto (mort et ressuscité, mais surtout rajeuni). 

La vraie faute de cet épisode renvoie au traitement d'Apocalypse : Hickman et ensuite dans une moindre mesure Ewing en avaient fait un des acteurs les plus intéressants de cette période, et le voir affronter à nouveau les X-Men n'est vraiment pas à la hauteur. Si jamais il devait revenir en méchant, ce serait un énorme gâchis et un acte paresseux de la part des futurs auteurs.

Le rythme de l'histoire est soutenu malgré la densité des informations délivrées par les trois scénaristes. L'effort est louable car sans ça, le résultat aurait tout eu du récit trop plein, indigeste. En revanche, la transition avec la suite, post-Krakoa, est totalement absente (alors que Marvel a lourdement insisté pour prétendre le contraire, assurant que la fin de l'épisode et le début des nouvelles séries seraient parfaitement fluides et logiques). On sent bien que, malgré les déclarations de bonne intention, le passage de relais entre Jordan White et Tom Brevoort n'a pas eu lieu et que les auteurs n'ont pas davantage communiqué. A moins que Gail Simone, Jed MacKay et Eve Ewing (les trois principaux nouvelles têtes pensantes de la franchise) s'en chargent dans les n°1 de leurs séries...

Pour ma part, j'avais misé sur un reboot car Rise of the Powers of X semblait indiquer une pirouette temporelle remettant les compteurs à zéro vu ce qui se passait dans Fall of the House of X (où les X-Men tuaient un nombre incalculables d'humains). Mais je me suis trompé et il semble donc bien que ça va repartir sur la base de mutants considérés à nouveau comme des menaces pour l'humanité, véritablement hors-la-loi, traqués pour crimes.

Sachant que Marvel n'a jamais été très regardant sur la responsabilité de ses héros, je me demande donc si les futures séries X vont vraiment creuser cet aspect (c'est-à-dire traiter les X-Men qui ont tué comme de véritables fugitifs qu'il faut juger) ou s'en tenir aux violons mélodramatiques (c'est-à-dire nous chanter une nouvelle fois qu'ils sont la métaphore des humains persécutés à cause de leur couleur de peau, leur religion, etc. - ce serait vraiment d'une lâcheté sans nom dans la situation post-Fall of the House of X). Mais quand on sait que Wolverine ou Kitty Pryde sont parmi ceux qui ont le moins hésité à éliminer des humains dernièrement, je doute que Marvel et les auteurs les traînent en justice et se contentent de les écrire comme de pauvres bougres victimes des circonstances. Dommage...

La partie graphique est assurée par pas moins de 11 artistes : celui qui a le plus produit ici est Phil Noto, sans doute parce que c'est le plus rapide et qu'il assume dessin et colorisation. Joshua Cassara vient ensuite, avec un style plus vigoureux (que j'aimerai désormais voir sur The Immortal Thor, puis que Martin Coccolo dessinera Wolverine). Lucas Werneck signe quelques belles planches, meilleures qu'à son habitude. Jérome Opeña livre une séquence avec Wolverine, Deadpool et Diablo de toute beauté et très violente. John Romita Jr., Walter Simonson et Mark Brooks se fendent chacun d'une pleine page d'action. Stefano Caselli a trouvé le temps de produire deux planches. Idem pour Sara Pichelli. Et Luciano Vecchio ferme la boutique.
 

J'en ai encore. Je vous le mets quand même ? Allez, zou ! Pas de numéro comme ça sans faire une place à Papy Chris Claremont à qui Marvel verse son chèque pour ne rien faire (alors qu'il serait bien plus légitime que n'importe quel editor pour superviser la franchise).


Avec le médiocre Salvador Larroca, le scénariste iconique des X-Men livre quelques pages sur la famille recomposée de Destinée et Mystique avec leur fils Diablo et leur fille Malicia. C'est touchant et surtout fait par quelqu'un qui connaît sur le bout des doigts ces personnages.


S'ensuit ce qui n'est rien d'autre qu'un gros teaser pour la relance de la franchise : Jed MacKay et Gail Simone avec l'excellent Javier Garron au dessin nous montrent à quoi ressembleront leurs séries (respectivement X-Men avec les dessins de Ryan Stegman et Uncanny X-Men avec les dessins de David Marquez), avec des postulats plutôt bizarres (Cyclope et ses suiveurs en Alaska (!) et Malicia et Gambit à la Nouvelle-Orléans.
 

Les deux auteurs présentent aussi la situation de Kitty Pryde, qui a décidé de quitter les mutants. Mais évidemment ça ne durera pas puisqu'elle sera la co-vedette (avec Emma Frost) de X-Ceptional X-Men (de Eve Ewing et Carmen Carnero).


Puis on passe en revue les autres mutants dont Brevoort a désormais la charge : Wolverine, Ms. Marvel, Havoc, Tornade, Dazzler, Forge (pour les séries Wolverine, NYX, X-Factor, Storm, Dazzler, X-Force)...


... Et enfin Jean Grey, désormais dans l'espace, à nouveau en communion avec la force Phénix (pour la série Phoenix).


Je me demande encore si je vais suivre ça. La série la plus aguicheuse est sans doute Uncanny X-Men par Simone et Marquez, qui rassemble des personnages très populaires (Malicia, Gambit, Daiblo, Wolverine, Jubilé). X-Men de MacKay et Stegman ne m'attire pas du tout. X-Ceptional X-Men m'aurait bien plu pour Carmen Carnero, mais Eve Ewing n'est pas motivante. Wolverine, non merci. Je ne crois pas à la pérennité de séries consacrées à Phoenix, Storm, Dazzler ou NYX. X-Force davantage, mais ce sera sans moi. Idem pour X-Factor. Il y a déjà, à mon goût, trop de séries (et pourtant ce n'est pas fini !).

C'est vraiment une page qui se tourne. Et si ça aura été bien pendant trois ans (le bail de Hickman), désormais, l'offre de Brevoort me semble un retour en arrière peu engageant. Mais je peux me tromper, et peut-être craquerai-je quand même.