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lundi 14 octobre 2024

UN METIER SERIEUX (Thomas Lilti, 2023)


Benjamin est un jeune professeur de mathématiques qui remplace un enseignant dans un collège-lycée. Il a abandonné des études scientifiques alors qu'il se préparait à soutenir une thèse pour gagner sa vie et, espère-t-il, trouver sa voie. Face à une classe chahuteuse, il reçoit l'aide d'un vétéran de l'établissement, Pierre, qui le prend d'abord pour un surveillant. Puis il sympathise avec ses collègues, notamment Meriem, qui elle aussi enseigne les maths et Fouad, l'anglais.
  

Sophie débute elle aussi alors que Sandrine, prof de S.V.T., lui conseille, pour se faire respecter, de ne pas chercher à être amie avec les élèves. Quelque temps après, Sandrine est sévèrement jugée par l'inspection académique en raison de son absence totale d'empathie avec sa classe. Lors du déclenchement d'une alarme, la panique domine car tout le monde ignore s'il s'agit d'un exercice, d'un incendie ou d'une attaque armée dans l'enceinte du bâtiment.


Les rencontres parents-professeurs sont encore une autre occasion pour Benjamin et Sophie d'apprendre les rudiments du métier. Mais lorsqu'un élève à qui il a infligé un zéro pour un contrôle cherche à l'intimider devant son domicile, Benjamin n'a d'autre choix que de le signaler à la direction. Pourtant il rechigne à convoquer un conseil de discipline, craignant que cela n'aboutisse à l'exclusion définitive du garçon...


Médecin de formation, Thomas Lilti s'est fait connaître dès son premier long métrage, Hippocrate, il y a dix ans, qu'il a ensuite décliné en série pour Canal +. Par la suite, il a continué à écrire et réaliser des films sur son ancien métier (Médecin de campagne en 2016 ; Première Année en 2018) avant de se pencher sur l'autre parent pauvre de la République : l'Education nationale.


Comme dans Hippocrate, il nous invite à suivre un personnage de débutant : ici, Benjamin, un contractuel qui remplace un enseignant dans un collège-lycée sans histoire particulière. Mais on découvre rapidement que le cinéaste veut rompre avec ses habitudes pour signer un film choral en examinant cinq autres membres du corps professoral de cet établissement.


Et c'est l'erreur qu'il commet car il est clair qu'il a fait son choix, peut-être dès le début, lors de l'écriture, ou à la fin, en salle de montage, entre ceux qui l'inspiraient vraiment et les autres sur lesquels il est évident qu'il ne sait pas trop quoi dire. L'exemple le plus frappant est qu'on trouve dans ce groupe deux profs de maths alors qu'il aurait été bienvenu de diversifier les spécialités.


En somme, Un Métier Sérieux est un cas d'école (si je puis dire) sur un film qu'on aurait aimé davantage que ça n'est le cas ici. Lilti est plein de bonnes intentions, mais, on le sait, ça suffit rarement à faire de bonnes histoires, quand ça ne joue pas contre l'histoire elle-même. Et autant le réalisateur connaissait son affaire quand il parlait de l'hôpital et des praticiens de la médecine, autant en ce qui concerne l'éducation nationale, ce n'est visiblement pas le cas.

Pourquoi ? Parce que son film n'aborde pas ce qui est pourtant capital avec un tel sujet, à savoir la notion de vocation. La crise des vocations est sans doute le pire des maux qui touche le corps enseignant mais il n'est pas du tout (ou si peu) exploré ici. Un comble ! A la place, on a droit davantage à une succession de saynètes, dont certaines sont parfaitement insignifiantes ou d'autres déjà vues par ailleurs. Une illustration parfaite de l'expression "qui trop embrasse, mal étreint".

Tout n'est cependant pas à jeter dans Un Métier Sérieux, mais le souci, c'est qu'on ne voit rien d'inédit. Lilti pointe des défauts que n'importe quel reportage de JT nous serine à longueur de temps, entre la difficulté de concilier vie professionnelle et vie privée, incompréhensions entre parents et profs, problèmes de discipline, communication compliquée entre enseignants et direction. Mais, comme le cinéaste ne veut pas non plus plomber l'ambiance...

... Il glisse dans son récit des parenthèses optimistes, exaltant l'esprit de groupe, la solidarité entre profs, un peu de romance (franchement tartignole), et quelques sentences caricaturales comme quand le vétéran Pierre explique au débutant Benjamin qu'il saura qu'il est prof de façon évidente avec le temps...

Lilti veut tout raconter et finalement il ne fait qu'effleurer son sujet. Par exemple il tient à montrer ses enseignants hors de l'école, mais leurs situations se ressemblent trop : on a des femmes divorcées, avec parfois un enfant difficile, ou un vieux prof qui a le sentiment de s'ennuyer et d'ennuyer ses élèves. Toutes ces scènes ne servent à rien, elles diluent le propos sans apporter un éclairage pertinent ni rendre la caractérisation plus subtile. Il aurait mieux fait de rester entre les murs de l'école.

Mais, même là, son script souffre de lacunes impardonnables. Les élèves sont réduits à de la figuration, ce qui est quand même accablant car parler des profs sans parler de ceux à qui ils font cours, c'est amputer l'histoire de moitié. Le personnage de Sophie, qui effectue sa première année comme enseignante, est complètement transparent à force d'être relégué au deuxième puis troisième plan. Quant à celui de Sandrine, qui finit par s'enfermer avec ses élèves dans sa classe après avoir voulu en sanctionner un, c'est un copier-coller miniature de La Journée de la Jupe (de Jean-Paul Lilienfeld, 2008).

Il se produit donc un drôle de phénomène en regardant puis en critiquant Un Métier Sérieux : c'est sympa, mais superficiel. C'est tout de même embêtant, mais ça semble surtout expliquer que Thomas Lilti n'a pas suffisamment travaillé sa copie ou s'est contenté de reproduire des on-dit, des anecdotes en n'en retenant que ce qui était le plus accesoire.

Dommage donc, d'autant plus que, fort du crédit gagné par ses précédents opus, il avait réuni un chouette casting, avec des habitués de son oeuvre comme Vincent Lacoste (très bien), Louise Bourgoin (impeccable), William Lebghil (bon) et François Cluzet (lassant car toujours dans son numéro de vieux sage bougon qu'il radote depuis maintenant des années). Adèle Exarchopoulos apporte du tonus, mais elle est bien seule, et Lucie Zhang (la révélation super sensuelle des Olympiades de Jacques Audiard) est honteusement sacrifiée.

C'est ce qui s'appelle passer à côté de son projet. Lilti s'est depuis replongé dans une nouvelle saison d'Hippocrate, et devrait songer à mieux bosser son prochain long métrage s'il s'aventure une nouvelle fois hors de son milieu naturel.

samedi 12 octobre 2024

LE MEDIUM (Emmanuel Laskar, 2023)


Michaël est professeur de musique dans un collège et ses élèves ont déjà la tête aux vacances d'été. Lui vient, avec sa soeur Myriam, d'enterrer sa mère, Barbara, célèbre dans toute la région du Var pour ses dons de médium et, après l'avoir accompagnée dans sa dernière demeures, les amies de la défunte se demandent si Michaël n'a pas hérité de ses talents. Il nie, mais même sa soeur est convaincue du contraire.


C'est que Myriam tient une librairie dont les finances sont dans le rouge et elle souhaiterait que Michaël accepte que ses clients le consultent pour arrondir les fins de mois. C'est ainsi qu'entre dans sa vie Alicia, une jeune et jolie veuve, qui se plaint d'entendre de drôles de gémissements dans sa maison. Michaël accepte de passer chez elle voir ce qu'il peut faire pour y  remédier. Le mari d'Alicia était un architecte qui s'est noyé le jour de l'An après avoir trop bu. Depuis, elle n'a plus goût à rien et peint les objets qu'il lui avait offert. 


Michaël raconte qu'il sent la présence du disparu mais l'assure que c'est résiduel et provisoire. Rentré chez lui, il voit le fantôme de sa mère dans son lit, lui expliquant n'être pas encore prête à monter au ciel et l'implorant de la laisser passer encore quelques jours ici-bas. En vérité, Michaël a donc bien hérité du don de Barbara et il voit aussi le spectre de Christian, l'époux d'Alicia. Comment faire alors pour la séduire, entre une mère encombrante, une soeur pressante et cette femme en plein deuil ?


A la lecture de ce résumé, vous vous dîtes sûrement que Le Médium est un drame sur le deuil teinté d'un zeste de fantastique. Mais ce n'est pas le cas - non pas que ces thèmes ne soient pas traités, mais ils le sont sous l'angle de la comédie. Mais pas de la comédie grasse, appuyant ses effets. Non, le registre est tout autre et c'est ce qui fait toute la singularité du film.


Emmanuel Laskar (c'est son vrai nom et il le porte bien, car c'est un vrai phénomène) est un acteur-scénariste-réalisateur franco-suisse. Et on peut dire que ça se sent parce que, si la caricature des helvètes en fait des gens un peu mous, lents, alors c'est exactement ça. Le personnage de Michaël est un type qui tourne au ralenti, évoluant doucement, jetant un regard placide sur ce qui l'entoure, mais non dénué de malice.


Le ton est donné dès la première scène : on assiste à la mise en terre du cercueil de la mère de Myriam et son frère Michael quand le téléphone portable sonne en pleine homélie du curé. Michaël décroche mais l'appareil lui glisse des mains et atterrit sur le cercueil dans la fosse. Il se penche pour le ramasser, puis s'allonge et manque de tomber à son tour après avoir appuyé sur la touche haut-parleur - tout le monde entend alors sa copine actuelle lui annoncer qu'elle rompt avec lui.
 

La mère défunte était une médium connue dans le Var et ses clients, venus lui rendre un dernier hommage, sont tous persuadés qu'un de ses enfants a hérité de son don. Myriam nie mais est convaincue que son frère a aussi ce pouvoir de communiquer avec les morts. Il dément vigoureusement et on le croit. Mais quand ses petites nièces essaient avec un ouija de joindre leur grand-mère, il accepte de participer et, miracle, elles obtiennent un message affectueux.

Pourtant, ce qui fait basculer Michaël, c'est la visite d'Alicia dans la librairie de Myriam : elle se plaint de bruits bizarres dans sa maison et aurait aimé que Barbara vienne s'en occuper car il doit s'agir d'un esprit. Michaël, sous le charme, décide de s'improviser médium. Et, en arrivant chez sa cliente, il aperçoit effectivement le fantôme de Christian, l'époux décédé d'Alicia. Ce ne sera pas le premier à lui apparaître...

Plutôt que de s'éparpiller avec des scènes faciles avec d'autres clients (même si on a quand même droit à un moment hilarant où une touriste cherche à communiquer avec Pablo Picasso et que Salvador Dali possède Michaël), le film ne perd pas son idée de vue. Il est d'ailleurs concis (78'). Mais Laskar avance à pas comptés et c'est de ce décalage subtil entre la nonchalance de son personnage et de la brièveté de son film que naissent les situations les plus improbables et irrésistibles.

Le spectateur, comme Michaël, se prend alors à ne plus s'étonner de grand-chose mais à savourer ces instants complètement lunaires aux dialogues imparables. Exemples : Michaël accompagne Alicia sur la plage où s'est noyé son mari et, sans avoir cette information, lui dit trouver ce cadre superbe, avant qu'elle ne lui apprenne le drame qui s'y est joué. 

Plus tard, il est chez elle et se saisit d'une guitare qu'elle avait offerte à son mari (une reproduction d'une six-cordes de Jean-Jacques Goldman, chanteur qu'il méprisait pourtant) et se met à en jouer (fredonnant les paroles de la chanson "Là-bas"). Alicia revient et se met à chanter les couplets de Sirima. Leurs voix s'accordent tellement bien qu'elle tombe sous le charme. Ils font l'amour et Michaël est possédé brièvement par Christian. Alicia semble s'en rendre compte et abrège puis s'excuse en expliquant qu'elle croit sentir la présence de son mari partout et n'importe quand.

Des scènes comme ça, Le Médium en est plein. Si vous aimez l'humour absurde, à la Blake Edwards ou à la Woody Allen, vous adorerez le film d'Emmanuel Laskar, vous adorerez son personnage décalé, qui réussit à vous faire éclater de rire par son impassibilité. On devine qu'il a beaucoup étudié le cinéma muet, Buster Keaton en particulier, mais en vérité tout son casting est au diapason, jouant au premier degré des moments surréalistes (le secret des bonnes comédies : ne jamais en rajouter dans le jeu).

Cette grâce qui habite l'histoire, presque au-delà de son humour par moments, elle est incarnée par les acteurs : Maxime Tual dans le rôle du prêtre, Anne Elodie Sorlin dans celui de Marguerite Duras ("La jouissance ! Il faut jouir ! Je n'ai pas assez joui !"), Bogdan Hatisi dans celui de Dali, mais surtout Noémie Lvovsky dans celui de la mère (qui s'envoie en l'air avec le fantôme du plombier qu'elle aimait avant de se marier et avoir des enfants), Maud Wyler dans celui de la soeur - des seconds rôles vraiment soignés.

Emmanuel Laskar tient son personnage si bien qu'on oublie qu'il le joue. Et face à lui, ah, il y a l'ébouriffante, la magnifique, la délicate, l'unique Louise Bourgoin, que j'aime d'amour, qui est ce qui est arrivé de mieux au cinéma français (chez les actrices en tout cas). Quelle classe, quelle beauté, quelle justesse ! Comment fait-elle pour être toujours aussi bien dans tous les films ? Et comment le cinéma français n'en fait-il pas la star qu'elle devrait être ?

Le Médium est une divine surprise, passée trop inaperçue en salles, alors si vous le pouvez, rattrapez cette occasion de vous amuser (et de tomber amoureux de Louise Bourgoin).

lundi 9 septembre 2024

BIS REPETITA (Emilie Noblet, 2024)


Delphine est professeur de latin dans un lycée public à Angers. Elle a en charge une classe de cinq élèves seulement, aussi peu motivés qu'elle. Entre eux existe un pacte tacite : ils lui fichent la paix pendant qu'elle passe ses heures de cours à faire du shopping sur le Net et en échange elle leur donne de très bonnes notes.


Cela vaut à Delphine un réputation d'excellente enseignante qu'a remarquée la directrice, Christine, qui souhaiterait qu'elle lise et corrige la thèse de son neveu, Rodolphe. Mais là encore Delphine fait tout pour esquiver en expliquant qu'elle apprend le français à des migrants après ses heures au lycée ou encore, quand Rodolphe l'aborde dans la bibliothèque du lycée, elle se fait passer pour la prof d'allemand.
 

Malgré ces trouvailles, Delphine va avoir une drôle de surprise quand Christine l'invite à dîner pour lui annoncer que sa classe va participer à un concours de latin à Naples et que Rodolphe leur servira de guide puisque le sujet de sa thèse concerne justement les bienfaits de l'immersion italienne pour en redonner le goût de cette langue morte aux élèves. Sur place, ils devront affronter des compétiteurs redoutables et faire preuve de malice pour s'en sortir car si Delphine ne gagne pas, sa classe sera fermée...
 

A moins d'adorer ce que la télévision accepte de financer dans le registre de la comédie, soit des productions hyper formatées pour prétendre pouvoir être diffusées après leur exploitation en salles en prime time sur le petit écran, il faut bien reconnaître que le paysage des films humoristiques en France est désolant.


Non seulement les longs métrages ne fédèrent plus qu'un public âgé mais les séries ne fonctionnent que sur des héros caricaturaux et grotesques qui évoluent dans des polars affligeants (voire les cartons de Capitaine Marleau ou H.P.I.). Le magazine "Première" a pourtant publié un dossier en Avril dernier pour informer ses lecteurs d'une nouvelle génération d'auteurs et d'acteurs censés renouveler le genre.
 

S'il est encore trop tôt pour savoir si cette nouvelle vague comique séduira un large public et donc rafraîchira l'offre, force est de constater qu'il existe effectivement des cinéastes et des comédiens prêts à prendre le relais. Et Emilie Noblet en fait partie. Pourtant rien ne la destinait à cela...


En effet Noblet sort de la très sérieuse école de la Femis et Bis Repetita marque ses débuts derrière la caméra après plusieurs courts métrages qui, bien que primés, n'empêchèrent pas la jeune femme d'avoir peur de franchir le pas vers un format plus long. D'ailleurs, l'idée originale de son premier effort vient de sa co-scénariste, Clémence Dargent.

Au box office, Bis Repetita n'a pas vraiment fait d'étincelles (100 00 entrées France), mais a dû rentrer dans ses fonds et a suffi à combler les espoirs de sa metteuse en scène et de ses producteurs puisque, dans la foulée, elle a enchaîné en signant quatre épisodes (sur huit) de la série Zorro avec Jean Dujardin (pour Paramount + et France 2).

Je ne saurai, pour ma part, que vous inciter à voir Bis Repetita s'il est encore projeté près de chez vous ou alors en VOD (ou en attendant sa première diffusion sur C+) car c'est en tous points excellent. On y suit donc les (més)aventures d'une prof de latin qui, en notant trop bien ses élèves aussi glandeurs qu'elle, sont sélectionnés pour un concours en Italie face à aux meilleurs élèves du monde entier.

Si l'intrigue emprunte dans le deuxième acte à des films comme P.R.O.F.S. (Patrick Schulmann, 1985) ou même Les Sous Doués (Claude Zidi, 1980), son script, ciselé, échappe aux facilités de ses devanciers. Certes, les jeunes héros et leur professeur usent de tricheries diverses et variées pour ne pas être ridicules durant les examens auxquels ils sont soumis, mais l'essentiel est ailleurs.

Delphine doit faire équipe avec Rodolphe, qui croit dur comme fer aux vertus de la méthode qu'il développe dans sa thèse, celle d'une immersion dans la culture latine pour donner goût aux élèves d'apprendre cette langue morte. Il ne comprend pas la démission de Delphine jusqu'à ce qu'elle lui explique ce qui a causé son désenchantement : comme lui, elle fut une brillante étudiante qui tomba amoureuse de son enseignant avant de découvrir qu'il rédigeait un article reprenant intégralement les idées qu'elle avait mises en forme dans sa propre thèse. Dès lors, devenue prof, elle a refusé de s'impliquer pour ne plus subir de revers.

Ce personnage de jeune enseignante qui a perdu ses illusions n'est pas le moteur de la comédie : elle boit plus de raison, couche avec celui qui partage son ivresse, se fiche du monde. Pourtant, au fond d'elle, il subsiste encore un peu de la flamme de sa vocation, comme quand elle se met à réciter du Shakespeare devant une fresque antique - superbe moment suspendu qui dit que le film n'est pas là que pour lâcher des vannes.

Tous les personnages sont en équilibre entre cette mélancolie et la déconnade : parmi les élèves, il y a un garçon dyslexique qui en pince pour sa prof et n'étudie que pour elle, un petit débrouillard génial qui trouve toujours des astuces pour tricher sans être pris, une fille revancharde, une autre qui admet mal qu'on la prenne pour une nulle à cause de son enseignante, un accro aux réseaux sociaux qui va découvrir via le mythe de la gorgone la vraie puissance du féminisme. Et bien sûr il y a Rodolphe, celui qui donne le ton au projet car constamment en décalage par rapport au reste de la troupe, un jeune homme honnête, sentimental, passionné, aveugle à l'évidence.

C'est ainsi qu'Emilie Noblet évite tous les écueils : ce n'est pas un teen movie aux blagues potaches, ni une rom-com prévisible, ni une ode aux losers magnifiques. C'est bien plus fin et touchant, sans oublier d'être drôle par la malice des situations et l'honnêteté de leur traitement, filmé avec élégance dans un cadre magnifique.

Dans un monde parfait, Louise Bourgoin serait une superstar du cinéma hexagonal, aussi demandée et acclamée que Virginie Efira par exemple. Pourtant, malgré ses choix exigeants et ses interprétations toujours impeccables, l'ex miss météo du "Grand Journal" n'a toujours pas la place de reine qui lui revient. Car elle est royale encore une fois ici : débordante de charme, avec ce soupçon de tristesse nonchalante, elle s'impose avec classe. Face à elle, Xavier Lacaille confirme qu'il est l'acteur à suivre dans une génération qui compte déjà pas mal de talents affirmés (Cf. Sébastien Chassagne, Benjamin Voisin) : il est également parfait en type lunaire et intègre, une bonne pomme dans un panier percé. Noémie Lvovsky, sorte de grande tante pour tous ces cinéastes et comédiens en devenir, est une fois de plus merveilleuse dans un second rôle. Et tous les jeunes qui jouent les élèves sont épatants, attachants et irrésistibles.

Bis Repetita est un film qui fait du bien, pour toutes ses qualités propres, mais aussi, voir surtout, pour l'air frais qu'il fait entrer dans le cinéma humoristique français. Emilie Noblet a tout pour nous y refaire croire, comme en leur temps Pierre Salvadori et Cédric Klapisch : on lui souhaite la même belle carrière.