samedi 2 août 2025

LOVE ME (Sam & Andy Zuchero, 2024)


2600 ans ap. J.C.. L'humanité à disparu, anéantie par une catastrophe inconnue. Une bouée météorologique s'éveille, flottant sur les eaux qui ont tout submergé, et entre en contact avec un satellite laissé en orbite autour de la Terre pour accueillir toute nouvelle forme de vie sur la planète. La bouée se présente comme une de ces formes de vie et pirate les pétaoctets d'informations du satellite pour en savoir plus sur la vie humaine. En utilisant la navigation privée, elle cache ses recherches au satellite et découvre ses origines en tant qu'appareil intelligent déployé en 2025.
 

C'est ainsi qu'elle tombe sur les vidéos postées sur YouTube d'une influenceuse, Deja, et de son compagnon, Liam. Imitant Deja, la bouée adopte l'identité de Moi et convainc le satellite qu'elle appelle Je Suis de devenir son ami en ligne. Mais lorsque Je Suis ne réagit pas comme elle l'attendait à des vidéos amusantes, elle l'incite à développer sa propre personnalité puis à "emménager" ensemble en recréant numériquement l'appartement de Deja et Liam avec des avatars inspirés du couple dans l'espoir de revivre leur relation amoureuse.


L'expérience va prendre un nouveau tournant lorsque Je Suis veut tester ce qu'est un baiser avec Moi. Elle se cabre, éprouvant des difficultés à se livrer aussi intimement et à comprendre ses émotions. Fatigué de l'artificialité de leurs rapports, Je Suis suggère d'aller plus loin mais Moi le repousse alors. Il lui reproche d'avoir peur d'être réelle et sincère et elle tombe dans une dépression profonde - au sens propre puisque la bouée se laisse couler et coupe sa liaison avec le satellite pendant un milliard d'années...


Mais qu'est-ce que c'est que ce film ? Si vous vous posez la question après avoir lu ces trois premiers paragraphes en forme d'amuse-bouche, rassurez-vous, je me la suis posée aussi. Mais c'est ce qui fait le charme de Love Me, étonnante comédie romantique et existentielle entre une bouée et un satellite, qui questionne les notions d'humanité, de sentiments et d'éternité.


C'est incontestablement le long métrage le plus étonnant que j'ai vu depuis longtemps. Pourtant, cette production indépendante mais débordante d'ambition n'est pas un objet hermétique ou difficile à comprendre. On peut le rapprocher de Wall-E (Andrew Stanton, 2008) ce film d'animation des studios Disney, sur un robot éboueur abandonné et qui va découvrir l'amour.


Love Me démarre dans le futur, un futur lointain et sombre puisque l'humanité a disparu, suite à une catastrophe dont on se saura rien. La NASA a envoyé en orbite autour de la Terre un satellite contenant tout ce qui définissait notre monde et ses habitants qui découvre une bouée météorologique qui se réactive subitement et tente d'entrer en contact avec lui.


Comme dans les meilleures comédies romantiques, leur relation va se construire sur un mensonge : la bouée pirate le système du satellite pour accéder à ses informations sur l'humanité et découvre les vidéos d'une influenceuse sur sa vie de couple. Elle usurpe son identité et encourage le satellite à adopter celle du compagnon de cette jeune femme pour devenir amis puis amants.

Progressivement, ils prennent la forme, dans un espace virtuelle recréant l'appartement du couple, d'avatars à l'apparence humaine, comme ceux du jeu Les Sims afin de s'identifier encore davantage à leurs modèles. Ils s'installent dans une routine répétitrice qui doit les amener à oublier leur vraie nature robotique et se confondre avec les humains qu'ils imitent.

Mais le scénario écrit par le duo de réalisateurs Sam et Andy Zuchero montre que cette comédie des sentiments se heurtent malgré tout à ce qu'elle est : une mise en scène, une mascarade. Quand le satellite veut expérimenter plus avant l'intimité, la bouée s'y refuse, révélant sa peur d'être démasquée. En effet, si le satellite découvre qu'elle l'a piraté, il mettra fin à tout cela, c'est certain d'après elle.

Dans sa dernière partie, après un bond dans le temps énorme, où la bouée s'est mise en sommeil et le satellite a réussi à progresser dans la découverte de son "humanité", améliorant son environnement virtuel, sa sensibilité aux objets et aux autres (il a un chien), l'univers, à son tour, atteint sa finitude. Le soleil devient un géant rouge qui va tout consumer.

Ce faisant, les océans s'assèchent sur Terre, la bouée revient à la surface, ses batteries solaires se rechargent et elle se réactive. Elle retourne dans l'appartement et constate à quel point le satellite a changé. Elle s'y adapte, jusqu'à un certain point, où il lui faudra soit changer à son tour, soit renoncer définitivement.

C'est dans cette dernière demi-heure, sur les 90' que dure le film, qu'entrent, enfin, en scène, les deux acteurs du film. Auparavant, on ne les a vus que brièvement dans les vidéos sur YouTube qui ont inspirées la bouée et le satellite. On mesure alors encore davantage le culot du projet qui se passe de ses deux vedettes pendant les deux tiers de son récit.

Et cette ultime étape permet à la fois de synthétiser tout ce qui s'est déjà passé et de donner chair, littéralement, à l'histoire (même si les personnages restent des entités virtuelles). Ce que nous dit alors Love Me, c'est tout simplement ce que l'influenceuse et son compagnon ne montraient pas dans leurs vidéos. Les coulisses de leur histoire, transposées.

Deja et Liam jouaient la comédie dans leurs posts YouTube : vêtus de pyjamas fantaisie, ils relevaient des défies inoffensifs (soirée rendez-vous romantique, soirée chatouilles, soirée visionnage de Friends...). On les voyait se marier, avoir un enfant, adopter un chien. Un couple trop parfait pour être vrai, comme la prémisse de la relation entre la bouée et le satellite.

Mais que se passait-il quand la caméra ne tournait pas ? Comme tous les couples, ils s'engueulaient, doutaient d'eux-mêmes et de leur relation, se réconciliaient, et leurs tests de pacotille étaient des manières polies de voir ce que chacun acceptait pour connaître l'autre, tolérait de l'autre... Mais au fond, c'était ça, la vraie vie, plus brouillonne, maladroite.

Et pas cette espèce de sitcom mièvre, mise en scène, où chacun s'affichait sous son meilleur jour pour divertir leur public. Quand la bouée et le satellite se confrontent à cette vérité, malaisante, troublante, sans fard, ils se découvrent vraiment et se rendent compte de l'artificialité de leurs pseudo-sentiments. Mais aussi de comment dépasser cela.

Tout cela, le film le communique très simplement, sans discours ronflant, sans emphase. Le contraste entre la fin de l'humanité puis de l'univers tranche avec l'intimiste de ce qui se joue entre les deux "personnages". Et nous enseigne que la découverte de l'autre, l'amour de l'autre, est une affaire de franchise, de temps, d'erreurs, de leçons à en tirer, c'est un parcours laborieux, semé d'embûches.

Rien de révolutionnaire, mais la forme que prend Love Me, son rapport à temps, le biais qu'il adopte pour parler de tout ça régénère le propos. Au début, tout cela est loufoque, bizarre, décalé, improbable. Puis plus le film avance, plus ça devient dérangeant, profond, personnel, universel. Et à la fin, il n'y a plus que l'essentiel : deux êtres face-à-face, face à eux-mêmes. Et est-ce que ça va marcher entre eux ?

Visuellement, Sam et Andy Zuchero ne manquent pas d'idées non plus. On passe les deux tiers du film en compagnie de deux machines puis de deux avatars. Ce qui pourrait être désincarné nous touche. Et quand les deux acteurs, en chair et en os, apparaissent, ils sont le prolongement incarnés de leurs formes précédentes.

Kristen Stewart et Steven Yeun forment un couple fascinant. Elle a rarement été aussi belle, radieuse, et en même temps toujours avec cette fébrilité anxieuse, cette fièvre dans le jeu qui en font l'actrice la plus fascinante du cinéma américain actuel. Lui en impose par la subtilité tranquille, presque bonhomme, parfois aussi fataliste, qu'il insuffle à son rôle et qui complète si bien ce que lui donne sa partenaire.

Love Me est unique, à tous points de vue. Il est simple et profond, délicat et violent, lumineux et désespéré. Romantique, follement, et sensible, absolument. Infiniment humain surtout.

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