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jeudi 1 octobre 2026

AMAZING SPIDER-MAN #1000 (Joe Kelly, Noah Hawley, J.M. DeMatteis, Frank Miller, Paul Levesque & Rob Fee, Brian Michael Bendis, Larry Lieber, Dan Slott / Pepe Larraz, Patrick Gleason, Humberto Ramos, Peach Momoko, Ed McGuinness, Stuart Immonen, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin)


- Ravaged (Joe Kelly / Pepe Larraz) - Victime d'une attaque cardiaque, May est hospitalisée et Peter accourt à son chevet où il trouve, déjà présent, Cormac Crane, le fils biologique de sa tante. Alors qu'ils vont prier dans la chapelle de l'hôpital, Peter découvre le vrai visage de Cormac...


C'est donc le millième numéro de Amazing Spider-Man, le personnage apparu pour la première fois en Août 1962 dans Amazing Fantasy #15. Marvel a évidemment voulu célébrer ça avec un gros numéro spécial plein d'invités. Mais, hélas ! l'éditeur loupe un peu le coche en démarrant avec la suite du dernier épisode en date et donc les lecteurs qui auront acheté cet exemplaire vont basculer au milieu d'un intrigue.

Et il faut bien dire que, pas plus que Nick Spencer ou Zeb Wells avant lui, Joe Kelly n'a réussi à ranimer l'enthousiasme des fans depuis son retour. Récemment, il a introduit un personnage inédit, Cormac Crane, qui est le fils biologique de May et Ben Parker. La vieille May vient de faire une énième nouvelle attaque et ne reconnaît plus Peter quand il est à son chevet.

Comment Marvel peut valider de telles idées ? Comment, alors que Spider-Man cartonne comme jamais au cinéma, Marvel peut publier sa série en comics de manière aussi indigne, avec un scénariste aussi peu inspiré ? A ce niveau, c'est du sabotage. Et, comme je le dis plus haut, ne pas faire de pause dans l'histoire en cours au moment du millième épisode relève de la bétise.

Pepe Larraz nous régale de planches superbes, mais c'est tout de même malheureux qu'un tel artiste doive se farcir des scripts aussi médiocres, après avoir travaillé avec des auteurs bien meilleurs. Ah non, vraiment, c'est juste pas possible !

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- Still Standing (Noah Hawley / Patrick Gleason) - En maison de retraite, Peter Parker assiste à l'arrivée d'une nouvelle pensionnaire : Gwen Stacy ! Impossible ! Perd-il la tête ? Ou un vieil ennemi s'amuse-t-il sadiquement avec ses souvenirs ?
 

Le nom de Noah Hawley, célèbre showrunner de séries comme Fargo ou Alien : Earth, surprendra les lecteurs. Son idée d'imaginer un vieux Peter Parker à l'Ehpad en train d'halluciner sur Gwen Stacy aurait cependant pu positivement étonner. Mais le résultat est d'une affligeante nullité et la présence de Hawley ressemble à une de ces tentatives d'attirer un nom pour faire un coup marketing.

Le pire, cependant, vient de la prestation, méconnaissable, de Patrick Gleason au dessin. Que lui est-il arrivé ? L'artiste, qui dit préférer désormais privilégier sa vie de famille à son métier (c'est louable), livre des planches tout simplement affreuses, mal encrées, mal composées. C'est une faillite totale. Et décidément, ce numéro anniversaire ne tient pas ses promesses.

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- Requiem for a Goblin (J.M. DeMatteis / Humberto Ramos) - Peter et Mary Jane assistent aux funérailles de Harry Osborn. Peter s'absente alors que la cérémonie va commencer car il culpabilise de n'avoir pu sauver son meilleur ami... 


Bon sang, mais qu'est-ce qui cloche chez Marvel ? Troisième segment de ce numéro spécial et c'est encore un raté monstrueux. J.M. DeMatteis, l'auteur de La Dernière Chasse de Kraven, récit culte, revisite un moment mémorable de la carrière du tisseur... Et c'est tout ce qu'il trouve à en dire ? Des dialogues avec les fantômes de Norman et Harry Osborn larmoyants avec Peter rongé par le regret.

Heureusement qu'il y a les dessins de Humberto Ramos, même si, lui aussi, a l'air de trouver tout cela affreusement mauvais et qu'il est incapable de rattraper cette niaiserie vue et revue. Spoiler : quand vous croyez avoir touché le fond, hé bien, ce n'est pas le cas... 

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- Tears of the Spider-Queen (Frank Miller / Peach Momoko) - Une fillette est enlevée par un secte qui veut en faire un monstre capable d'attirer Spider-Man et de le dévorer...


Marvel va finir par trouver du pétrole à force de creuser. Cette fois, c'est Frank Miller qui s'y colle pour pondre... Je n'ose appeler ça un scénario... En fait, c'est de la merde (In memoriam Jean-Pierre Coffe). C'est nul, mais à un point, c'est abyssal. C'est juste incroyable. Ce serait sorti en Avril, tout le monde croirait à un poisson. Mais on est en Octobre.

Et qui pour mettre ça en images ? Peach Momoko, la "prodige" japonaise, qui est une des pires storyteller graphique actuelle, avec ses aquarelles de peintre du dimanche. Quel combo, mes aïeux ! Ah, ça, on peut dire que Marvel a soigné son casting de guests...

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- The Big Night (Paul Levesque & Rob Fee / Ed McGuinness) - Ben Parker emmène Peter assister à un match de catch. En chemin, il lui confie être fier du garçon qu'il est, malgré les épreuves qu'il a connues...


Pincez-moi, je rêve. Cette fois, on ne s'embête plus : au lieu de rappeler des scénaristes qui ont écrit du Spider-Man, confions une partie de ce numéro à... Un catcheur et un directeur de la WWE ! Je vous assure que je ne plaisante pas : Paul Levesque est un catcheur et Rob Fee un des patrons de la ligue de catch américaine. Et de quoi parle leur histoire ? Allez, je vous laisse deviner...

Donc, on est d'accord maintenant, ce n° 1000, c'est un gag, hein ? Mais avec de bons dessinateurs, c'est déjà ça. Ici, Ed McGuinness. Bon, je le plains, il ne mérite pas ça. Le pauvre a déjà dû bosser avec Jeph Loeb et maintenant un catcheur. C'est dur.  

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- The Gesture (Brian Michael Bendis / Stuart Immonen) - Spider-Man reçoit un appel via sa carte d'Avenger. Mais trois super vilains vont le retarder...
 

Hallelujah ! Enfin ! Merci ! Brian Michael Bendis : un scénariste, un vrai ! Stuart Immonen : un dessinateur, rare, exceptionnel ! Une bonne histoire, marrante et touchante à la fois ! Calmons-nous : cela ne fait que 8 pages. Mais quelles pages ! Quel bonheur ! 

Pour la petite histoire, Bendis n'a jamais écrit Peter Parker de l'univers 616, et quand on l'a contacté pour participer à ce numéro et qu'on lui a demandé avec quel artiste il voulait collaborer, il a réclamé Immonen. Le duo d'Ultimate Spider-Man, de New Avengers, reformé ! Maintenant, il faut que ces deux lascars fassent un vrai truc ensemble à nouveau. Croisons les doigts. il faut que quelque chose de bien ressorte de tout ça !

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- Of Webs and Guns (Larry Lieber / Giuseppe Camuncoli) - Peter s'assoupit sur l'épaule de Mary Jane... Et le voilà au far-west, aux côtés du Rawhide Kid ! 


Stan Lee étant indisponible (il passe sa mort en vacances, comme chantait Brassens), Marvel s'est dit : "hé, appelons son frère !" et c'est ainsi que Larry Lieber, 95 ans (!), écrit ce petit récit complètement farfelu mais incroyablement plus frais que pratiquement tout le reste qui a précédé. Un miracle.

Pour l'accompagner, Giuseppe Camuncoli, encré par Klaus Janson, et c'est parfait. Bavard, vintage, mais tellement charmant.

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- I Can Never Rest (Dan Slott / Marcos Martin) - Qui était le policier qui a tenté d'arrêter l'homme qui allait tuer Ben Parker ?


Et pour conclure ce qui restera quand même comme un coup manqué pour célébrer un super héros populaire, Dan Slott et Marcos Martin, la dream team de l'époque Brand New Day, se réunissent pour revenir sur la vie d'un homme qui n'a jamais connu le repos pour avoir échoué à arrêter un assassin. C'est poignant, merveilleusement écrit. A défaut d'autre chose, au moins ce n° 1000 aura gagné ce segment magnifique.

Et magnifique, il l'est aussi grâce au génial et trop rare Marcos Martin, le digne héritier graphique de Steve Ditko, le co-créateur de Spider-man, qui sort encore une fois le grand jeu - prends-en de la graine, Peach Momoko, ça, c'est de la narration graphique !

samedi 29 novembre 2025

ABSOLUTE BATMAN, VOL. 2 : ABOMINATION (Scott Snyder / Nick Dragotta, Marcos Martin, Clay Mann)


ABSOLUTE BATMAN, VOL. 2 : ABOMINATION
(Absolute Batman #7-14)


- ABSOLUTE ZERO (#7-8) - Bruce Wayne veut en savoir plus sur le complexe Ark-M en construction sur la baie de Gotham et qu'il soupçonne d'abriter des choses louches. Il demande à son vieil ami d'enfance, "Matches" Malone de lui fournir de faux papiers pour y pénétrer comme un agent chargé de contrôler les installations. Mais à peine les faux papiers en main, Bruce voit "Matches" s'écrouler, mort, exsudant du sang par tous les pores....


La mort de "Matches" ébranle Bruce et ses amis, Harvey, Oswald, Waylon et Edward qui tentent de le dissuader d'aller à Ark-M. Bruce ne tient pas compte de leurs conseils et y fait la connaissance de Victor Fries Jr., jeune scientifique spécialisé dans la cryogénisation et l'étude des bactéries. Cependant, Waylon Jones est arrêté abusivement pour avoir violé le couvre-feu mis en place par les autorités...


- ABOMINATION (#9-14) - Après avoir échappé aux expériences de Victor Fries Jr., Bruce retrouve Oswald, Harvey et Edward qui lui apprennent l'arrestation de Waylon. Il lui faut retourner à Ark-M bien que Pennyworth le lui déconseille. Avec l'aide de ce dernier, il s'introduit dans le complexe en pensant ne pas être détecté. Grave erreur !


Batman y est attendu par Bane, un colosse à la force surhumaine qui le roue de coups et l'enferme dans une cellule. Durant quatre mois, il est soumis à des expériences menées par le docteur Arkham. Plusieurs fois, Bruce tente de s'évader, mais Bane le rattrape, le démolit physiquement et moralement. Et les expériences reprennent...


Lorsque, enfin, Bruce réussit à semer Bane, il retrouve du même coup Waylon, radicalement transformé, et qui l'aide à fuir. De retour auprès de sa mère, folle d'inquiétude, et de Jim Gordon, Bruce découvre que Bane s'en est pris à ses amis à qui il a infligé de terribles traitements. Pennyworth est prêt à l'aider à se venger lorsque Selina Kyle/Catwoman resurgit...


Tout d'abord, je dois préciser que les huit épisodes qui forment ce deuxième tome de Absolute Batman seront disponibles en vo et en vf (chez Urban Comics) au mois de Fèvrier prochain. J'ai pu les lire avant grâce à un ami qui suit la série mensuellement et alors que le #14 vient de sortir.


Huit épisodes, voilà qui forme un copieux sommaire et si vous avez aimé le premier tome (ce qui semble être le cas de beaucoup de monde vu les ventes), alors vous êtes bien partis pour adorer ce deuxième volume. Pour ma part, l'expérience a été positive même si j'émettrai quand même quelques réserves, mais j'y reviendrai.


Scott Snyder propose deux histoires dans ce tome 2 mais qui forment un tout et préparent à la suite (dans laquelle on verra enfin vraiment l'Absolute Joker mais aussi Absolute Poison Ivy) La première des deux histoires est en deux parties et s'intitule donc Absolute Zéro. Pour laisser souffler Nick Dragotta au dessin, DC et Snyder ont convaincu rien moins que Marcos Martin de jouer les fill-in de luxe.

Cependant je dois dire que j'ai été frustré par ce diptyque où l'on fait la connaissance de la version Absolute de Mr. Freeze. Il subsiste peu de doute qu'on le reverra dans le futur, mais à tout prendre, n'aurait-il pas mieux valu reporter son apparition et lui consacrer un arc narratif plus consistant que ces deux épisodes ?

D'autant que Snyder se montre peu inspiré pour réinventer ce méchant emblématique : dans sa version classique, Victor Fries est quasiment identique à celui qu'on rencontre ici, si ce n'est qu'il cherche un moyen de rendre la vie à ses parents et non à sa femme. La différence ne suffit pas à donner une plus value suffisante pour combler le fan.

Et c'est parce que, également, Snyder conclut ces deux épisodes d'une manière expéditive, au point qu'on se demande s'il n'était pas plus pressé pour écrire le récit suivant. Fries met Batman en grande difficulté et ce dernier est obligé de battre en retraite, s'échappant du complexe Ark-M de justesse. Et voilà, c'est tout, à la prochaine !

En vérité, cet affrontement semble servir de prétexte pour éloigner Bruce Wayne de sa bande d'amis puisque, pendant qu'il est piégé par Fries, Waylon Jones est enlevé par la police qui l'arrête et le neutralise sous le prétexte bidon qu'il a violé le couvre-feu mis en place par le nouveau maire, suite à la bataille spectaculaire qui a opposé Batman à Black Mask (dans le tome 1).

La disparition de Waylon Jones va effectivement servir d'argument pour que Batman retourne fouiner dans le complexe Ark-M dans l'arc suivant. Et donc, ces deux épisodes qui ouvrent le tome donnent furieusement l'impression que Snyder a moins chercher à introduire Fries qu'à distraire Batman et à organiser l'enlèvement de Waylon.

Dommage car Marcos Martin assure au dessin. C'est d'abord étonnant de le voir évoluer dans cet univers, lui qui n'a plus dessiné de série super héroïque depuis un bail, occupé par ses projets indés avec Panel Syndicate (The Private Eye, Barrier, Friday). Mais l'espagnol nous régale avec des planches toujours aussi inventive, magnifiées par les couleurs de son épouse Muntsa Vicente.

Ensuite, on passe au plat de résistance avec l'histoire qui donne son titre à l'album : Abomination. Ce titre sonne comme une provocation car quand le design d'Absolute Bane par Nick Dragotta a circulé en ligne, le co-créateur (avec Doug Moench et Chick Dixon) du personnage, Graham Nolan, a déclaré qu'il était abominable.

Pendant six épisodes, on va donc assister à la présentation de Bane version Absolute, mais aussi à la détention de Bruce Wayne dans le complexe d'Ark-M, aux expériences éprouvantes qu'il subira, à son évasion, et à l'affrontement entre les deux personnages. L'occasion aussi d'assister à l'arrivée d'Absolute Catwoman (qui aura droit à sa mini-série en 2026).

Bane est sans doute devenu un des adversaires les plus iconiques de Batman depuis sa création en 1993 : l'image qui le voit briser le dos du dark knight est désormais dans toutes les mémoires, et encore récemment, le run de Tom King sur Batman lui donnait un rôle crucial. C'est une brute certes, mais aussi un individu très intelligent, et ces deux qualités en font un méchant redoutable.

Snyder, à l'image de sa vision de l'univers Absolute, pousse tous les curseurs dans le rouge et son Bane est encore plus terrifiant que celui qui l'a inspiré. Un épisode entier est consacré à ses origines, dessiné par Clay Mann de manière très efficace (là encore un fill-in de luxe), et c'est plus que suffisant pour que le lecteur sache que Batman va devoir s'employer pour le battre.

Le duel final entre les deux belligérants tient toutes ses promesses et sin vous aimez le sens de l'exagération propre à Snyder, vous serez comblés. C'est dantesque, horrifique, souvent grotesque aussi dans la démesure à tout crin. Et c'est d'ailleurs là où le bât blesse... Car, en la matière, si la règle ici, c'est d'être too much par définition, là j'ai trouvé que ça atteignait des proportions embarrassantes.

Le calvaire qu'endure Bruce dans le complexe d'Ark-M est très réussi et Snyder, s'il déborde d'idées cruelles, parvient à nous faire croire que tout est possible dans l'univers Absolute, y compris une défaite écrasante de Batman. D'ailleurs, il joue avec nos nerfs en montrant, avec Clay Mann, ce que donnerait la victoire de Bane. Et c'est du brutal ! Bras arrachés, tête écrasée... N'en jetez plus !

Et puis Batman s'enfuit avec l'aide de Waylon Jones, transformé littéralement en crocodile (image saisissante dont je donne un aperçu plus haut). Celui-ci le supplie de le tuer mais Bruce refuse et son ami lui tourne le dos, retournant dans les égouts. Ce n'est qu'un amuse-bouche pour ce qui suit immédiatement après...

Car Bane s'en est pris, aussi sauvagement, à Oswald Cobblepot, Harvey Dent et Edward Nygma (qui dans l'univers Absolute sont, je le rappelle, les amis d'enfance de Bruce). Le premier a tous (tous !) les os brisés. Le deuxième est brûlé sur toute (toute !) la moitié du corps. Et le troisième.... C'est atroce. Tellement que c'est là que mes réserves les plus sérieuses apparaissent.

A force de surenchère dans la violence, les sévices physiques et mentaux, le déluge de coups, ce qui composent le programme des épisodes 12 à 14, l'écoeurement et la lassitude dominent sur le plaisir. Je ne suis pas spécialement impressionnable en matière de comics, mais j'ai décroché à partir de là. Parce que c'est complaisant, gratuit. Et trop long. Interminable même.

Snyder ne sait pas où s'arrêter et franchit la ligne rouge. A la fin, on se demande ce qu'il va encore sortir de son chapeau. Et on peut dire qu'il ose tout, surtout le mauvais goût. Sauf que ce n'est même pas l'occasion de sourire, voire de rire. C'est juste moche. Et voir Nick Dragotta s'enfoncer dans ce triste spectacle fait peine à voir.

Dragotta livre des planches extraordinaires et son design pour Absolute Catwoman est vraiment audacieux et réussi. Ses scènes d'action sont découpées de façon incroyablement dynamiques. Avec le coloriste Frank Martin, il créé des ambiances intenses. Même si le rythme mensuel l'oblige à sacrifier les décors, il s'en sort toujours pour les représenter de manière évocatrice et puissante.

Mais quand je vois un dessinateur de son calibre s'échiner à mettre en image un combat aussi grotesque que celui de l'épisode 14, obligé de suivre Snyder dans son délire fatigant, au détriment de la beauté élégante de son trait, je dois dire que ça m'emmer.... Snyder a une fois encore un artiste de haut niveau pour lui et il lui donne littéralement n'importe quoi à dessiner.

C'est le problème avec cette ligne Absolute : à l'exception notable de Martian Manhunter, qui se distingue par son intelligence et sa sophistication, tout le reste est vite abrutissant à force d'exagérations. Qu'il s'agisse du Superman immature de Aaron et Sandoval ou de la Wonder Woman gothique de Thompson et Sherman ou du Batman écrasant de Snyder et Dragotta, toute subtilité semble être exclue.

Je comprends le projet qui imagine des versions stéroïdées des icones DC, mais je déplore que seul Martian Manhunter bénéficie d'un traitement qui ne s'égare pas dans le grand-guignol. La relance (bientôt achevée) de l'univers Ultimate a été globalement un pétard mouillé. Mais le lancement de l'univers Absolute ressemble à une foire bruyante et criarde à côté. 

C'est, si j'ose dire, à l'image du monde actuel, de l'époque : il faut montrer les muscles et parler fort. Absolute Batman en est un exemple frappant. Et cette Abomination, plus pitoyable que choquante, ne me donne plus envie d'aller plus loin. Vivement le retour et la fin d'Absolute Martian Manhunter, véritable bizarrerie pleine de nuances dans ce monde alternatif mais exténuant.

lundi 27 janvier 2025

The Complete FRIDAY (Ed Brubaker / Marcos Martin)


Kings Hill, Noël. Friday Fitzhugh revient dans son patelin natal durant ses vacances universitaires. A peine arrivée, elle est attendue par son ami Lancelot Jones et le shérif Bixby. Ni une, ni deux, les voilà à crapahuter dans le froid et la neige au coeur de la forêt pour tenter de retrouver Weasel Wadsworth, le fils d'un notable local. Quand ils mettent la main dessus, il grave une inscription cryptique sur un arbre et Friday le maîtrise avec difficulté. Il est conduit à l'hôpital psychiatrique le plus proche.


Friday, elle, rentre chez elle, auprès de sa mère et de sa tante. Elle se souvient de sa première rencontre avec Lancelot, maltraité par des garçons de sa classe, et qui l'engagea comme garde du corps après qu'elle les ait corrigés. Ensemble, ils deviennent détectives amateurs et aident la police à résoudre plusieurs affaires locales. Mais lorsqu'elle part en ville poursuivre ses études à la fac, Lancelot coupe les ponts. Friday sort en douce cette nuit-là pour avoir une explication avec Lancelot.

Le blizzard se lève et Friday croise en chemin le Père Poole et son chien French Fry. Lorsqu'elle arrive à la cabane qui servait de quartier général à leur tandem, elle trouve Lancelot mort, assassiné, et l'endroit en feu. Elle le tire dehors avant d'être assommée. Au petit matin, l'inspectrice Trice Cross s'est déplacée de Knightbridge County pour prendre l'affaire en charge. Rapidement, elle classe le dossier, concluant à un accident, ce que refuse d'admettre Friday. Après plusieurs jours à pleurer son ami, la jeune femme se ressaisit et va voir le père de Lancelot, le gardien du phare de Kings Hill.


Celui-ci lui remet alors un paquet que lui destinait Lancelot. De retour chez elle, Friday découvre un journal tenu par son ami dans lequel il consignait ses enquêtes. Récemment, il s'était intéressé à Peter Gerrard, un fils de bonne famille. Elle le prend en filature jusqu'à l'Arcadian Club où il rejoint l'inspectrice Cross et le père de Weasel Wadsworth. Friday s'introduit dans le bâtiment pour écouter leur conversation.


Elle découvre dans un cache indiquée dans les notes de Lancelot une montre puis entend parler d'un complot en lien avec une légende locale, la Dame de Lumière. Mais la curiosité de Friday préoccupe Wadsworth qui commande à Cross de les tuer, elle, sa mère et sa tante. Friday tente de devancer l'inspectrice qu'elle affronte chez elle et tue. Le shérif Bixby n'a d'autre choix que de l'arrêter et de l'incarcérer dans une cellule du poste de police. C'est alors que Friday a l'idée d'actionner le mécanisme de la montre et, là, tout bascule...


Récemment, j'ai eu l'occasion d'emprunter les trois tomes (ou "livres" comme ils sont intitulés) de la mini-série Friday, traduits en France par Glénat. Ce projet a d'abord été disponible sur la plateforme PanelSyndicate, fondée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin, où on paie la somme qu'on souhaite pour lire des webcomics, puis repris en albums par Image Comics en vo. 


Marcos Martin, comme il l'explique dans une des postfaces, a commencé à travailler sur ce projet en 2020 alors qu'il traversait une période difficile. On peut deviner qu'il avait des problèmes financiers puisqu'il ne travaille plus guère pour les Big Two, sauf pour signer quelques variant covers (même si, au mois d'Avril, il dessinera un épisode de Absolute Batman), et que les productions PanelSyndicate ne doivent pas l'enrichir.

Brian K. Vaughan occupé ailleurs, Martin a pu compter sur Ed Brubaker avec qui il avait jadis collaboré sur un Annual de Captain America pour composer une nouvelle oeuvre. Le scénariste a, lui aussi, pris ses distances avec Marvel et DC, mécontent d'avoir été spolié financièrement pour la création du personnage de Winter Soldier quand celui-ci a été exploité au cinéma.

Depuis, et même avant, Brubaker a aligné une impressionnante série de succès avec son comparse Sean Phillips en continuant leur magnum opus Criminal, puis Fatale, Fondu au noir, Kill or be killed, Reckless... Mais visiblement, il avait envie de sortir un temps de sa zone de confort et aussi de s'essayer au récit young adult en souvenir de ses lectures de jeunesse (Roal Dahl, Daniel Pinkwater).

Martin, emballé par le concept, a designé les personnages et le décor en s'inspirant des films de Wes Anderson, des paysages de la Nouvelle-Angleterre et de toute la littérature qui inspirait Brubaker. On peut d'ailleurs voir ses études préliminaires en bonus dans les albums - je ne sais pas pour vous, mais je suis toujours friand de ces coulisses.

Le résultat, ce sont neuf épisodes (dont le dernier fait une cinquantaine de pages à lui seul) tout à fait dépaysants et d'une qualité assez épatante. En vérité, Brubaker ne s'est pas contenté d'une histoire pour la jeunesse, il a réfléchi aux codes mêmes qui établissent ces intrigues et a construit un récit qui raconte à la fois l'amitié entre une jeune fille et un garçon motivés pour résoudre des crimes et comment, après des années de séparation, ils se retrouvent, dans des circonstances rapidement dramatiques.

Il y a deux dimensions dans Friday : d'abord l'apprentissage, et ensuite l'enquête. Sur ce dernier point, Brubaker emploie tout son savoir-faire mais en ne s'en contentant pas. J'avoue que si, au début, j'étais assez client de Criminal, ça m'a vite lassé parce que l'excès de voix off, de poncifs issus de la série noire, de protagonistes archétypaux, me donnaient le sentiment que Brubaker exploitait un filon.

En revanche, quand il sortait des sentiers battus, comme avec Fatale (où l'horreur fantastique s'invitait), Incognito (où le super-héros revenait), Velvet (superbe hommage au genre espionnage), là, je renouais avec l'auteur que j'avais tant aimé sur Captain America, Daredevil, Winter Soldier, Secret Avengers. Autant dire qu'avec Friday, j'ai été heureusement surpris par l'imprévisible choix narratif choisi.

Et c'est là qu'on parle de récit d'apprentissage, car, au fond, c'est surtout ça, il me semble, qui fait le vrai charme de Friday. Dans les toutes dernières pages de cette aventure, sans rien spoiler de l'issue de l'intrigue, on voit l'héroïne extrapoler son existence adulte, enquêtant encore et toujours, à l'université, puis devenant une détective à part entière, embarquée dans des péripéties de plus en plus échevelées. 

Ces quelques vignettes donnent évidemment envie d'une suite - ce à quoi Brubaker n'est pas fermé, mais en même temps pas disposée avant un certain temps (autant dire qu'on n'est pas prêt de la lire, vu son emploi du temps). Mais surtout, ça confirme que le plus important dans tout ça, ce sont bien les personnages.

Friday comme Lancelot sont des adulescents mal dégrossis : ils ont entamé leur relation, on l'imagine, en fantasmant sur des cas mystérieux, puis se sont pris au jeu, se sont avérés si efficaces qu'ils ont aidé la police, et ont acquis un réputation, certes locale, mais solide. Puis Friday a connu son premier amour (avec Danny Buttons) avec lequel elle a perdu sa virginité...

Et c'est ce qui l'a faite réfléchir à ses liens avec Lancelot. L'aimait-il ? Il n'en était pas sûr lui-même, alors ils ont tenté de coucher ensemble pour le vérifier - une catastrophe. Peu après, Friday s'est envolée pour la ville, l'université, et c'en était fini du duo Fizthugh-Jones. Pourtant, quand elle revient au bercail, à la faveur des vacances d'hiver cette année-là, Lancelot l'accueille comme si de rien n'était et l'entraîne aussitôt sur sa nouvelle enquête.

La suite, comme le résumé ci-dessus vous la renseigne, est une suite de péripéties endiablées. A la fin du premier Livre, Lancelot meurt dans des circonstances aussi tragiques que mystérieuses. Friday pleure son ami, mais alors qu'elle paraît ne jamais pouvoir s'en relever, trouve dans le fait que l'affaire soit vite classé la motivation pour renouer avec sa vocation d'investigatrice.

Brubaker ne recule devant aucun coup de théâtre, s'amusant avec des éléments folkloriques (la Dame de Lumière est une variation de la légende de la Dame en Blanc), des clichés romanesques (le voyage dans le temps). Des monstres, une dague magique, un complot, et un palet de hockey sur glace plus tard, et le tour est joué. Mais avec l'impression d'avoir traversé l'histoire à bord d'un train fantôme ou dans un wagon de montagnes russes.

Marcos Martin est un artiste devenu bien trop rare pour ne pas savourer ses planches. Celui qui aurait pu devenir, sans problème, une superstar des comics, notamment pour sa version magnifique de Spider-Man (durant le run de Dan Slott), a pris les chemins de traverse, en version ultra-indépendante. Une orientation audacieuse, sans doute la plus radicale depuis David Mazzucchelli.

Surtout, comme je le disais plus haut, avant Friday, Martin était dans une mauvaise passe. Et on sent surtout un dessinateur ravigoté, totalement engagé dans ce qu'il fait, passionné par le sujet, les personnages, l'ambiance. Ses découpages témoignent de son inventivité intacte et son trait est toujours d'une élégance folle, avec des compositions incroyablement harmonieuses et baroques à la fois.

Marcos Martin, c'est un peu le mix entre Steve Ditko (son idole) et Jim Steranko : un immense formaliste donc, mais qui ne sacrifie jamais la narration, sa limpidité, sa clarté, sa lisibilité. C'est encore un magnifique designer : Kings Hill n'existe pas, c'est une synthèse fantasmé de plusieurs décors, un carrefour de références, mais en suivant Friday dans cette ville et ses environs, on croirait visiter une de ces petites localités américaines comme on en voit chez Stephen King ou Wes Anderson.

Il y a un côté rétro, vintage, provincial, mais nimbé d'une atmosphère inquiétante, accentuée par le temps neigeux, le blizzard. Les scènes nocturnes, nombreuses, sont somptueusement mises en valeur par Munsta Vicente, la coloriste et épouse de Martin, qui, sans jamais forcer le trait, avec des à-plats, réussit à imprégner l'histoire d'une aura particulière, unique, inoubliable.

Quand le fantastique prend pratiquement toute la place, grâce à Martin et Vicente, on ne sombre jamais dans le ridicule, le grotesque, ça ne paraît jamais bizarre par rapport à la partie enquête classique. Tout ici est sous le signe de la nuance, c'est remarquable d'intelligence, de bon goût. Il a fallu trois années pour compléter ces neuf épisodes, mais vu le résultat, on comprend pourquoi. La qualité est à ce prix, ce n'est pas du comic-book ordinaire, c'est plus ambitieux, personnel, singulier.

Malgré sa fantaisie et ce mélange entre aventure et gravité par moments, Friday est une oeuvre aboutie, qui parvient au plus délicat : rendre attachant les lieux, les personnages, et faire honneur à ceux qu'elles saluent, au genre qu'elle visite. Allez, Brubaker, écris-nous une suite, ne serait-ce que pour le plaisir de relire des pages illustrées par Martin !