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jeudi 27 juin 2024

BLACK WIDOW & HAWKEYE #4 (of 4) (Stephanie Phillips / Paolo Villanelli)


Hawkeye est prisonnier de Damon Dran qui veut ainsi attirer Black Widow dans un piège et les faire payer tous les deux pour sa défiguration. Natasha Romanoff libère Clint Barton qui lui explique pourquoi il s'est fourré dans ce guêpier depuis le début. Avant que leur ennemi commun attaque...


Et c'est fini pour cette mini-série. Dont on se demande à vrai dire et sans méchanceté à quoi elle aura servi. Parce que, bon, on va être honnête, puisque Marvel ne l'est guère, on ignore à qui cette histoire s'adresse ? Et si, hypothétiquement, elle va avoir des retombées positives pour ses deux héros ?
 

Avant de répondre à ces questions, ou en tout cas d'exprimer un avis à ces sujets, on pourra dire que Black Widow & Hawkeye aura été inégale : un démarrage accrocheur, un deuxième chapitre énervant, puis deux derniers épisodes plus efficaces et aboutis. Stephanie Phillips n'a pas affiché une grande inspiration pour ce pur travail de commande.


Je l'ai déjà écrit mais j'ai l'impression que pour cette scénariste par ailleurs très talentueuse, tout ça ressemble à une forme de bizutage en règle. C'est un fait entendu : il y a peu de femmes scénaristes, et si ça semble s'arranger, ça n'en reste pas moins une vérité indéniable que celles qui sont à le surface sont un peu l'arbre qui cache la forêt.


Car, enfin, quelle femme scénariste est en charge d'un titre phare aussi bien chez Marvel que chez DC ? On verra ce que Gail Simone fera avec Uncanny X-Men à partir du mois d'Août, en se rappelant qu'elle sera la première à écrire cette série emblématique depuis sa création, ce qui suffit en soi à résumer la situation. Mais sinon ?

Sinon, rien. Aucune femme n'écrit Batman, Avengers, Spider-Man, Superman, Titans, Justice League, et j'en passe. C'est tout de même extraordinaire. Ann Nocenti, par exemple, reste aujourd'hui encore la seule à avoir écrit Daredevil ! Au mieux les "Big Two" confient aux femmes des personnages de second rang (ce qui ne veut pas dire des personnages inintéressants !), qu'elles contribuent parfois à rendre populaires ou à qui elles donnent des aventures parfois réussies, mais pour les séries les plus exposées, les plus importantes commercialement, pas touche. Réservé aux mecs (même quand ceux-ci font n'importe quoi avec - l'exemple de Spider-Man depuis Dan Slott est frappant : Nick Spencer comme Zeb Wells désespèrent tous les fans du Tisseur.).

Revenons à Stephanie Phillips : avec le succès de Grim, sa propre création, elle pourrait largement se dispenser de perdre son talent et gâcher son talent avec des mini-séries comme celle-ci. Elle n'y fiat pas du mauvais boulot. Mais qu'est-ce que ça lui rapporte concrètement ? Hé bien, Marvel, dans sa grande générosité, lui a filé... Spider-Gwen ! Epatant, non ? Avant cela, elle avait bouclé une sympathique mini Rogue & Gambit et je m'étais mis à rêver qu'elle ferait partie des nouveaux scribes des mutants post-Krakoa. J'étais bien naïf.

Black Widow & Hawkeye, donc : ce dénouement est correct. Phillips a conclu du mieux qu'elle pouvait avec les quatre pauvres épisodes qu'on lui a donnée. Il y a de l'action, une explication assez futée sur ce qui a motivé Hawkeye à se conduire aussi bizarrement (suicidairement même). Le méchant est complètement nul, c'est sûr, mais de toute façon, on savait qu'il n'allait pas gagner ni endommager les héros. C'est la limite de ce genre de mini-séries. Sauf si son editor a un plan pour après.

Ce n'est pas le cas ici. Black Widow et Hawkeye vont redevenir des sans série fixe. Ils ne font plus partie des Avengers depuis un bail, n'ont plus de série dédiée, au mieux joueront-ils les guests dans un event. C'est dommage car ils ont une vraie côte de sympathie mais personne n'a de projet pour eux, chez les editors ou les auteurs. Même le MCU n'a plus besoin d'eux (personne ne croit à une saison 2 de Hawkeye et Black Widow est morte - Yelena Belova/White Window va bien être dans Thunderbolts mais bon, j'ai de sérieux doutes sur le succès de ce film).

Paolo Villanelli sera peut-être le seul à profiter de cette mini : sans être un artiste renversant, il fait le job. Son trait est dynamique, il sait découper des scènes d'action, il m'a l'air rapide. Qui sait ? Il n'héritera pas lui non plus d'une grosse série, mais pourrait servir de fill-in artist ici ou là.

Je ne vais pas vous dire de guetter le TPB, qui sera de toute façon vendu à un prix honteux pour 4 n° sans bonus. J'ignore si Panini traduira ça (mal certainement) et en quel format (mais certainement trop cher aussi). Ma seule ordonnance sera de surveiller la sortie du prochain tome de Grim et le premier n° en Août de Red Before Black chez Boom ! Stidios, la nouvelle série de Phillips. Croyez-moi quand je vous assure que cette fille vaut mieux que ce que Marvel en fait.

dimanche 26 mai 2024

BLACK WIDOW & HAWKEYE #3 (of 4) (Stephanie Phillips / Paolo Villanelli)


Le passé : Hawkeye pénètre dans l'ambassade russe pour libérer Black Widow de Damon Dran, après avoir écarté Iron Man qui tentait de le raisonner... Le présent : sauvé par le symbiote de Black Widow, Hawkeye commence à sentir l'influence de la créature sur son comportement...


Le mois dernier, je n'avais pas ménagé cette mini-série et à vrai dire je n'ai pas grand-chose à rajouter, même si je me suis emporté plus que de raison. C'est le piège : quand on lit beaucoup de comics et qu'on tombe sur un numéro de piètre qualité, il prend pour les autres.


Ce qui m'invite toutefois à être plus indulgent cette fois, c'est justement que de tous les comics que j'ai lus cette semaine, Black Widow & Hawkeye #3 est peut-être finalement le moins pire du lot. Car, enfin, ça n'a pas été bien difficile : The Immortal Thor a sombré, Batman/Superman : World's Finest tourne en rond, et Blood Hunt n'est rien d'autre qu'un attrape-couillon.


Stephanie Phillips, au moins, ne cherche pas à abuser le fan : c'est un travail de commande et le remplit avec professionnalisme. Pour elle, ce genre de mini-séries est une sorte de test où elle doit convaincre les editors de Marvel de lui faire confiance pour de futurs projets plus ambitieux. C'est ingrat, d'autant plus pour un auteur qui a montré ce qu'elle valait par ailleurs (avec sa propre création, Grim, en particulier).


Mais ça commence quand même à bouger pour la scénariste : elle va relancer Spider-Gwen. Pas encore ce qui se fait de plus glorieux, mais un personnage populaire, avec une fan base solide, et appartenant à la franchise Spider-Man, le fer de lance de Marvel (avec celle des X-Men), donc quand même un bon pas en avant.

D'ailleurs, avec Black Widow & Hawkeye, elle touche déjà un peu à l'univers des araignées puisque Natasha Romanoff dispose maintenant d'un symbiote et dans cet épisode on peut apprécier la manière dont Phillips s'en sert pour altérer le personnage de Clint Barton, qui entend la voix de la créature l'invitant à laisser parler ses pulsions les plus violentes.

Bon, après, tout le reste n'est quand même terrible : le méchant de cette histoire est inconsistant et générique au possible, l'intrigue tourne autour d'une vengeance vue et revue, et Clint est l'appât pour piéger Natasha. Tout ce qui a trait à l'action au présent est plutôt mollasson, en tout cas très convenu.

Phillips pimente ça avec des flashbacks qui montre Hawkeye et Black Widow à leurs débuts, quand ils étaient encore des complices mais que l'archer avait intégré les Avengers (Iron Man fait une apparition). C'est un ajout à leurs antécédents qui n'est pas une retcon car c'est insignifiant.

Par contre, ça permet à Paolo Villanelli de faire parler la poudre avec Hawkeye dans l'ambassade russe : le découpage du dessinateur italien fait merveille par son dynamisme. Bien représenter un archer est toujours délicat et il y parvient parfaitement. Pas au point de s'extasier, mais c'est le meilleur morceau de l'épisode et de la série jusque-là.

Est-ce que tout ça aura un impact positif pour les deux héros au final, c'est-à-dire la possibilité qu'ils aient leur propre série régulière (ensemble ou séparément) ? Je l'ignore, j'en doute fort, mais Stephanie Phillips est décidément à l'aise avec les couples (après Rogue & Gambit) et Paolo Villanelli a un vrai potentiel. 

jeudi 18 avril 2024

BLACK WIDOW & HAWKEYE #2 (Stephanie Phillips / Paolo Villanelli)


Après lui avoir dit être l'assassin du ministre des affaires étrangères russe, Hawkeye tente de convaincre Black Widow de le laisser affronter seul les tueurs lancés à ses trousses. C'est alors que l'un d'entre eux lui tire dessus une fléchette empoisonnée...


Bon, pas la peine de tourner autour du pot : c'est pas bon, mais pas bon du tout. Mais c'est aussi assez symptomatique de ce que publie Marvel actuellement quand il s'agit d'exploiter des personnages dont l'éditeur ne sait à l'évidence pas quoi faire.


Black Widow et Hawkeye sont actuellement des héros sans série : ils ne font pas partie de l'équipe des Avengers écrite par Jed MacKat. Torunn Gronbekk a été la dernière à écrire les aventures de Black Widow en intégrant le symbiote - une idée assez saugrenue mais dont l'objectif est clair : mixer un élément d'un héros populaire (Venom) à une héroïne négligée. Quant à Hawkeye, la dernière fois que quelqu'un en a fait quelque chose d'intéressant, c'était Kelly Thompson dans la série où Kate Bishop était la vedette.


Comme Clint Barton et Natasha Romanoff sont liés depuis leurs origines quand ils affrontèrent Iron Man, les réunir à l'occasion d'une mini-série est l'occasion pour Marvel de jouer la carte que l'éditeur préfère en ce moment, celle de la nostalgie. Les lecteurs de comics sont devenus une niche de fans adultes, privilégiant leur affection pour la continuité, alors autant les brosser dans le sens du poil. 


N'importe quelle intrigue, même la plus insipide, fera l'affaire, doivent penser les editors sans scrupules, et si ça ne se vend pas bien, ce n'est pas ruineux puisque ça ne dure que quatre épisodes (dans ce cas). Pour rédiger le script, on recrute un auteur dans le vent et cela sert de test pour savoir si on peut lui confier ensuite un projet plus consistant.

Stephanie Phillips sert donc ni plus ni moins de cobaye : elle a montré son savoir-faire avec la mini Rogue & Gambit, elle va passer un cap en s'occupant du relaunch de Spider-Gwen et d'un mensuel consacré à Jean Grey/Phoenix. Mais en vérité, tout ça est assez triste pour celle qui brille sur sa propre série indé, Grim, et qui, ici, fait le job que ne font plus d'autres scénaristes établis.

Malgré son professionnalisme et son talent, on sent bien que Phillips n'est ni inspirée ni investie dans cette mini-série. Cet épisode en apporte la preuve flagrante avec un minimum de scènes qui se lisent si rapidement qu'on arrive à la fin en se disant : "déjà ! Hé ben.." C'est si pauvre, si maigre qu'on a l'impression d'avoir lu une preview. Et ce n'est pas la révélation du méchant à l'oeuvre pour éliminer Black Widow et Hawkeye qui va réveiller notre intérêt (personnellement, je ne sais même pas de qui il s'agit et c'est bien le problème quand on ne produit plus que des comics pour des amateurs éclairés : les autres, qui n'ont pas une culture aussi profonde, passent complètement à côté de certains éléments).

Paolo Villanelli illustre ça avec beaucoup d'énergie mais justement cela fait l'effet de quelqu'un qui se bouge beaucoup pour brasser de l'air. Tout ça n'a aucune vocation à rester dans les mémoires, n'a aucune ambition autre qu'occuper le terrain, passer le temps. Le dessinateur semble lui aussi passer un test pour savoir s'il est Marvel-compatible - et s'il ne l'est pas, il devra repartir de zéro en décrochant un contrat dans une autre écurie. 

Je me rappelle quand C.B. Cebulski a été nommé editor-in-chief, son passé de chasseur de têtes faisait croire en de beaux lendemains car on pouvait croire qu'il allait mettre en avant les créatifs. Or, ça a été tout le contraire : sous sa direction, on a vu fleurir des tonnes de mini-séries sans intérêt, avec des équipes artistiques interchangeables, la promotion de "stormbreakers" particulièrement inégaux en talent, des retours fréquents à des titres nostalgiques mais trompeurs pour flatter les vieux fans, une absence globale de direction claire.

Tout cela est pour ainsi dire résumé avec des trucs mal foutus, ni faits ni à faire, comme Black Widow & Hawkeye. Marvel semble franchement s'en ficher puisque les lecteurs, même déçus, restent fidèles (par masochisme ?). Mais c'est déplorable pour les auteurs qui eux méritent bien mieux, à l'image de Stephanie Phillips, qui perd son temps ici, ou Paolo Villanelli, qui n'ira pas loin avec ça.

vendredi 15 mars 2024

BLACK WIDOW & HAWKEYE #1 (of 4) (Stephanie Phillips / Paolo Villanelli)


Black Widow cherche Hawkeye. Celui-ci est en effet traqué par plusieurs tueurs à gages et les autorités américaines et russes car il désigné comme l'assassin du minsitre des affaires étrangères russe qui était en visite d'Etat aux Etats-Unis !


Cette mini-série en quatre parties n'était pas prévue dans ma liste d'achats et puis je me suis laissé tenté car j'aime ce qu'écrit Stephanie Phillips - même si je ne cache pas ma déception qu'elle n'ait pas été choisie pour écrire une des futures séries X-Men post-Krakoa (Tom Brevoort lui a préférée Eve Ewing visiblement).
 

Black Widow et Hawkeye, c'est une vieille histoire : les deux personnages sont apparus quasiment en même temps il y a soixante ans dans les pages d'Iron Man et à cette époque ils étaient tous les deux dans le camp des vilains. Puis Hawkeye s'est racheté une conduite en intégrant le "kooky quartet" des Avengers (qui succéda à la formation initiale) commandé par Captain America avant que Black Widow ne passe elle aussi une tête dans l'équipe mais plus tard. Marvel célèbre ces pimpants sexagénaires avec cette mini-série.


Stephanie Phillips ne perd pas de temps en préliminaires : elle nous plonge tout de suite dans l'enquête menée par Black Widow qui cherche Hawkeye. Celui-ci a été vu à Madripoor, traqué par plusieurs agents gouvernementaux et assassins, dont un certain Mikhail qui semble avoir eu sa peau. Natasha Romanoff disposant désormais d'un symbiote (type Venom - ne me demandez pas comment, je n'ai pas suivi cette affaire, mais ça ne nuit pas à la compréhension de l'histoire, même si ça fait bizarre), lit les pensées du tueur et localise ainsi Clint Barton puis le sauve. Mais celui-ci refuse qu'elle l'exfiltre et lui fait un aveu terrible.
 

Le récit file donc à toute allure, sans laisser le temps aux héros et au lecteur le temps de reprendre son souffle. C'est bien et ça prouve que Phillips a intégré parfaitement le format court dont elle dispose mais surtout qu'elle ne compte pas faire de cette mini-série anniversaire un travail de commande paresseux et convenu.

La narration est déconstruite puisqu'on démarre par une scène en Sibérie quand Black Widow capture Mikhail et ensuite on remonte le temps en diversifiant au maximum les angles d'attaque. Phillips convoque Bobbi Morse / Mockingbird, l'ex-femme de Hawkeye, pour un dialogue bien troussé et qui entretient le doute. Puis c'est une succession de plages d'action assez formidablement construites.

C.B. Cebulski, qui est aujourd'hui le directeur éditorial de Marvel, en était auparavant un chasseur de têtes réputé et, récemment, il a confié vouloir de plus en plus faire son marché en Italie. C'est un choix avisé dans la mesure où beaucoup d'artistes transalpins ont été formés à l'exigeante école des fumetti pour lesquels ils doivent livrer beaucoup de pages dans des histoires en tout genre. Cette productivité en fait des dessinateurs qui s'adaptent facilement aux cadences et particularités narratives des comics américains.

Même si, toutefois, tous les italiens n'ont pas ni le talent ni la progression d'un Valerio Schiti, il est rare qu'ils ne finissent pas par trouver facilement du boulot une fois qu'ils traversent l'Atlantique. Paolo Villanelli est un de ces candidats à la gloire et Black Widow & Hawkeye est son ticket d'entrée pour ça. Auparavant, il a surtout illustré des épisodes de Star Wars.

Son style épouse idéalement la narration nerveuse de Phillips avec des planches peu fournies en cases mais avec un découpage très dynamique, aux compositions soignées et variées. Sa manière de dessiner les personnages souffre d'un peu de précipitation et n'échappe pas à quelques clichés (voir la scène entre Natasha et Bobbi où la première porte une robe de soirée ultra sexy alors que son amie arbore un look streetwear, le tout dans un bar chic).

Mais comme on demande à cette série de tout miser sur l'action, Villanelli est dans son élément. Les scènes de baston sont très énergiques et mettent en valeur les talents d'archer de Hawkeye et les pouvoirs acquis par Black Widow - la veuve noire semble quand même avoir les faveurs de l'artiste qui lui offre quelques poses iconiques, faisant penser que c'est plus elle que Clint Barton la vedette de cette intrigue.

C'est du comics pop-corn, divertissant, sans conséquence (nul doute que tout ça finira par la justification d'un gros malentendu et la révélation d'un complot ourdi par quelque méchant manipulateur). Mais Stephanie Phillips fait le job en jouant sur les origines des deux héros rendus à leur condition d'outlaws.