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jeudi 30 juillet 2026

DOOMQUEST #3 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Juillet 1775. Le Dr. Fatalis a investi le corps de George Washington lors du siège de Boston pris par les anglais. Il décide une nouvelle fois de modifier radicalement le cours des événements pour en faire profiter la Latvérie...


C'est délicat d'en dire plus sans déflorer ce qui fait le sel de cet épisode - et de la série. Ryan North, on l'a compris, fait remonter le temps à l'esprit de Fatalis qui investit le corps d'anonymes ou de personnalités célèbres (comme ici George Washington) pour modifier profondément le cours de l'histoire au bénéfice de la Latvérie.
 

Le dispositif est très drôle et North ne recule devant aucune énormité pour animer cette aventure. C'est brillamment écrit, avec beaucoup... Hé bien... D'esprit, d''humour, de malice. Suivre Fatalis et le voir bouleverser des moments aussi marquants que le naufrage du Titanic ou la révolution américaine est savoureux car toute la mégalomanie du personnage s'exprime sans aucune retenue.


Mais on peut aussi se poser des questions sur un tel projet : d'abord, est-ce canonique ? Y aura-t-il à la fin des conséquences réelles ? Ou bien tout cela n'aboutira qu'à une succession de péripéties rocambolesques sans aucune répercussion ? On ne parle pas ici de petit effet papillon mais bien du nouveau visage du monde.


Si vous me demandez mon avis, je pense que Fatalis ne remonte pas le temps dans notre espace-temps, mais dans une continuité parallèle, ce qui collerait avec l'obsession du multivers chez Marvel (aussi bien dans les comics qu'au cinéma ou dans leurs séries en streaming). Je ne peux imaginer que tout cela se conclut autrement que par Fatalis réalisant que tous ses efforts auront été, comme d'habitude, vains ou réduits à néant.

Et puis l'autre souci du projet de North, c'est la répétition du procédé. Maintenant que Fatalis a compris comment échapper à l'époque où il atterrit, à quoi s'attendre dans les prochains épisodes ? Et surtout est-ce que ce sera toujours aussi fun et intéressant pendant toute cette mini série qui compte quand même dix numéros (sept à paraître).

Tout cela paraît un peu artificiel, une sorte de What if... ? géant. Alors que si Marvel n'avait pas déjà sur le feu Armageddon et ses promesses de changement du statu quo, Doomquest aurait été une manière habile et puissante de remanier de fond en comble ce même statu quo. C'est même, disons-le franchement, plus efficace que One World Under Doom - et moins grandiloquent que Secret Wars (version 2015).

Donc je m'interroge sur la pertinence et même le sens d'une telle mini série. Je ne doute pas que North a assez d'imagination pour produire dix épisodes surprenants. En revanche, j'ai du mal à considérer que quoi que ce soit change véritablement au bout de cette aventure. Comme Marvel ne nourrit pas de collection semblable à Elseworlds ou Black Label, Doomquest risque d'être inoffensif.

Néanmoins, la série bénéficie de dessins splendides et Francesco Mobili accomplit un travail tout à fait impressionnant ici. Non seulement il doit s'acquitter d'un nombre important de scènes exigeantes, avec de la figuration, de la reconstitution, mais en plus il doit veiller à représenter George Washington de manière ressemblante.

Aux couleurs, Frank d'Armata le soutient superbement et respecte son trait comme il doit l'être. Il y a assez sur le plan graphique pour contenter n'importe qui, et surtout les amoureux de dessin réaliste classique. Et si vraiment, comme je l'espère, Mobili rend tous ses épisodes, sans que Marvel ne fasse appel à un fill-in si ce n'est pas le cas, ça fera un très beau recueil, à même de faire découvrir cet artiste à un public plus vaste que The Tin Can Society (pour lequel aucun éditeur vf ne s'est encore placé !).

Bref, Doomquest, c'est cool, très beau, amusant. Mais déjà susceptible de ne pas être aussi percutant que promis.

lundi 29 juin 2026

DOOMQUEST #2 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


L'esprit de Victor von Fatalis occupe le corps d'un passage du Titanic. Il tente d'éviter la collision fatale avec l'iceberg, mais échoue, maîtrisé par des hommes d'équipage qui le prennent pour un fou. Le naufrage et la mort le ramènent aux heures précédent la catastrophe. Fatalis va s'employer à sortir de cette boucle temporelle...
 

Décidément, cette mini-série s'avère réjouissante. Ryan North a donc envoyé l'esprit au début du XXème siècle après le sabotage de sa machine à remonter le temps par Mr. Fantastic qui lui en avait donné, involontairement, l'inspiration. Ici, il ne s'agit donc pas de voyager dans le temps physiquement : seul l'esprit fait le déplacement et investit un corps du passé.


Fatalis va donc devoir faire avec et évidemment il se montre aussi impatient qu'impétueux. Raison pour laquelle il échoue plusieurs fois à empêcher le naufrage du Titanic à bord duquel il se piéger. Mais Fatalis apprend vite quand il s'y met, sans toutefois prendre la mesure des événements dans leur gobalité.
 

Il ne faut en effet pas oublier qu'il comptait remonter le temps pour modifier le cours de l'Histoire de la Latvérie, en la faveur de sa nation. Or, en 1912, Fatalis apprend que son pays est considéré (déjà) comme un bout de terre sans importance, peuplé selon le reste du monde par des barbares incultes. Quand il sauve les passagers du paquebot en échange de l'aide des plus riches pour aider la Latvérie, une fois revenus à bon port, ceux-ci le font arrêter par la police.


Je ne vous dirai pas s'il parvient à ses fins, mais au bout du compte une autre quête motive Fatalis : celle de sortir de cette boucle temporelle. En effet, quelle que soit l'issue, naufrage ou non, il est renvoyé au point de départ, simple passager parmi d'autres. Qu'il survive ou meure, la modification de la situation doit être déterminante pour qu'il échappe à ce cadre.

Fatalis emploie la magie, sans grand succès. La force. La ruse. Jamais il ne se départit de son arrogance. De sa pugnacité. Sa mission est double : changer le sort de la Latvérie dès cette époque et quitter cette époque. Cette version d'Un Jour sans Fin avec Fatalis dans le rôle de Bill Murray est jubilatoire, grâce à une narration remarquable de Ryan North.

Bien entendu, comme le n° de Lobo paru cette semaine, il s'agit là d'une entreprise opportuniste au moment où un film va donner la vedette au personnage (Lobo avec Supergirl, Fatalis avec Avengers : Doomsday). Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Et, bien qu'ils s'inscrivent dans des registres très différents, Lobo #4 et Doomquest #2 sont également réussis.

C'est aussi grâce à la réussite de leur partie graphique. Francesco Mobili, avec les couleurs de Frank d'Armata, nous gratifie de planches magnifiques où l'artiste italien fait parler son style réaliste, son sens des détails, son découpage sobre et fluide, ses compositions fabuleusement équilibrées, pour nous en mettre plein la vue.

La qualité du résultat est éblouissante et si Mobili, encore une fois, réussit à tenir le rythme sans céder un pouce à cette exigence visuelle, Doomquest peut vite devenir un classique - et pourquoi pas ouvrir la voie à d'autres mini séries du même acabit, équivalentes à celles de DC sous leur Black Label.

J'étais motivé par Mobili et il ne me déçoit pas. Mais North lui donne un script extraordinaire. Autant d'atouts pour une lecture enthousiasmante.

dimanche 21 juin 2026

DOOMQUEST #1 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Dr. Fatalis cherche comment faire à nouveau briller la Latvérie dans le concert des nations alors qu'il n'a pas été invité à un sommet à Amsterdam où Reed Richards expose un projet fou de voyage dans le temps. Fatalis fait construire une machine mais ces travaux attirent l'attention des super-héros...


Tout d'abord, cette semaine je n'ai reçu aucune des nouveautés que j'avais commandées, ce qui explique que je n'ai pas parlé de comics jusqu'à aujourd'hui. J'espère que la situation va s'arranger. Ensuite, j'avais oublié de consacrer une entrée à Doomquest #1, sorti le 27 Mai dernier et dont le prochain épisode est prévu pour Mercredi prochain.


Enfin... "Oublié" n'est pas exact : j'attendais plutôt de voir ce qu'il en serait parce que ce projet en dix épisodes est illustré par Francesco Mobili dont j'ai adoré le travail sur The Tin Can Society. Et je doutai qu'il soit sage de s'engager dans une série mensuelle, sachant que Marvel n'offre pas les mêmes conditions de travail qu'Image Comics (c'est-à-dire en tolérant les retards).


Alors que les sollicitations pour le mois de Septembre viennent d'être communiquées, j'ai au moins la certitude de Mobili assure les dessins jusqu'au n°5 de Doomquest, soit la moitié de la série, ce qui signifie qu'il est dessus depuis un moment et que Marvel n'a lancé la publication qu'avec un certain nombre d'épisodes achevés. Plutôt rassurant donc.


Mais Doomquest, c'est quoi au juste ? C'est une histoire originale écrite par Ryan North qui avait visiblement envie d'écrire encore sur le Dr. Fatalis après One World Under Doom. North est le scénariste de Fantastic Four depuis 4 ans maintenant (et aussi de Flash chez DC depuis Mars 2026), il jouit donc de la confiance de ses éditeurs pour produire des projets alternatifs.

Doomquest n'est pas un event, c'est un récit hors continuité, ou en tout cas qui ne s'inscrit pas dans l'actualité. Il se passe avant Blood Hunt et One World Under Doom. Si Marvel avait une collection semblable au DC Black Label, cette mini série en ferait partie. Peut-être que le succès de celle-ci ouvrira la porte à d'autres projets semblables.

Tout commence de manière classique : Fatalis est frustré par la situation de la Latvérie, et donc par le sien. Il est considéré comme un dictateur mais lui se voit comme le sauveur de sa nation et un des génies de l'humanité. Comment rendre à son pays son lustre et en jouir ? En s'aventurant là où son éternel rival, Reed Richards, n'ose pas aller bien sûr !

A Amsterdam, Mr. Fantastic est invité à exposer une idée révolutionnaire mais qu'il juge trop dangereuse malgré son potentiel extraordinaire, le voyage dans le temps non pour le corps mais pour l'âme. Fatalis sait que s'il réalise cet exploit, il pourrait réécrire l'Histoire et donc celle de son pays, prouvant ainsi sa supériorité face à Richards.

Bien entendu, quand on construit une machine capable de cela, les super héros s'en aperçoivent vite et Avengers, X-Men et Fantastic Four interviennent, au mépris du droit international (comme d'habitude...), pour stopper ce que manigance de Fatalis. L'issue de cette bataille a une conséquence inattendue pour Fatalis qui remonte bien le temps mais pas comme il l'avait prévu...

Le peu d'épisodes de Fantastic Four écrits par North que j'ai lus me sont tombés des mains. Il écrit souvent des épisodes done-in-one avec des explications pseudo-scientifiques auxquelles je ne comprends rien. Mais j'ai bien apprécié One World Under Doom, un event qui était très maîtrisé. Avec Doomquest, on est dans du bon North.

J'aime particulièrement la manière dont il traite Fatalis, il n'excuse pas son comportement tyrannique, ses attitudes menaçantes, la crainte qu'il inspire à ses sujets. Mais on voit aussi qu'il estime le véritable génie qu'il est, la volonté de porter la Latvérie en haut de l'échelle. Sa rivalité avec Richards est convenue mais elle reste un carburant toujours aussi efficace.

Ce premier épisode ne prétend donc pas réinventer la roue : le voyage dans le temps, les super héros qui débarquent, tout ça est classique. Pourtant North surprend vraiment quand il montre la Torche Humaine agir de manière inattendue à un moment clé. Et surtout le cliffhanger est à la fois très drôle, très cruel et imprévisible.

Et puis il y a Francesco Mobili. Il est ici colorisé par Frank d'Armata, qui respecte parfaitement le dessin de l'artiste en employant une palette nuancée. Mobili a pris une autre dimension depuis The Tin Can Society et lui confier cette mini série prouve de la part de Marvel un réel souci de donner du cachet graphique au projet.

Mobili nous gratifie de plusieurs pleines et doubles pages somptueuses, riches en détails, avec des compositions impressionnantes, un découpage à la fois dense et fluide. La façon dont il représente l'armure et le masque de Fatalis pourra diviser mais le réalisme choisi est impressionnant. Fatalis y gagne encore en charisme et en puissance. Chacune de ses apparitions est marquante.

Bien sûr se pose la question de savoir si Mobili tiendra le rythme pendant dix mois, conservera cette qualité sur une telle durée. Sur The Tin Can Society, il avait pris du retard vers la fin mais comme c'était une série en creator-owned, Image Comics n'avait pas à imposer un fill-in artist. Est-ce que, si Mobili est à la bourre, Marvel sera aussi sage en décalant la sortie des épisodes ? Ou devra-t-on supporter une doublure sûrement de moindre qualité ? 

J'espère que, puisque l'histoire n'a aucune incidence sur le reste de publications actuelles de Marvel, qu'on laissera Mobili travailler en paix parce que ce serait vraiment regrettable autrement.

En tout cas, ce premier épisode de Doomquest est très prometteur et donne envie de lire la suite.

lundi 23 février 2026

ONE WORLD UNDER DOOM (Ryan North / R.B. Silva)


ONE WORLD UNDER DOOM #1-9


Devenu le nouveau sorcier suprême, Dr. Fatalis s'autoproclame empereur du monde. Mais, devant l'assemblée des Nations Unies, il déclare laisser à leurs postes les dirigeants de chaque pays à condition que ceux-ci obéissent à ses préceptes. Contre toute attente, à part quelques territoires, il obtient ce qu'il réclame. La situation alerte évidemment les super héros au premier rang desquels les Avengers et les Fantastic Four qui sont convaincus que Fatalis contrôle mentalement les chefs d'Etats et que ses projets ne sont pas dignes de confiance.


Après avoir obtenu de l'Hydra qu'elles déminent toute la Terre et bâtissent des écoles, Fatalis élimine le Baron Zemo et son organisation est démantelée par les héros. Toutefois quand ces derniers veulent franchir la frontière de la Latvérie, un écran magique les en empêche. Les Fantastic Four tentent alors de pousser Fatalis au combat à l'O.NU. mais celui-ci refuse de les affronter - mieux : il guérit la Chose à qui il rend son apparence humaine !


Les Avengers continuent de ne pas croire aux bonnes actions de l'empereur et s'allient avec ses rivaux, les Maîtres du Mal (Arcade, Mysterio, Goblin Queen, M.O.D.O.K., le Baron Mordo, Dr. Octopus). Un groupe (Scarlet Witch, Mordo, Goblin Queen) va sonder les esprits des chefs d'Etat pour savoir s'ils sont contrôlés mentalement par Fatalis, un autre retourne à la frontière avec la Latvérie. Surprise : les dirigeants ont accepté de leur plein gré de soutenir Fatalis !
 

Mais, trop occupé à son règne, Fatalis a omis une menace : celle de Dormammu qui exile tous les héros dans une dimension de poche pour défier en combat singulier l'empereur. Le maître de la dimension obscure domine son adversaire qui envoie ses Fatalibots délivrer les super héros pour qu'ils viennent l'aider. Dormammu vaincu, les justiciers s'interrogent : et si Fatalis était une bonne chose pour la Terre ? Avant qu'une autre question n'apparaisse : comment Fatalis a-t-il pu rendre sa magie si puissante ?


Je le dis assez souvent ici : j'ai trop souvent été déçu par les events (Marvel comme DC) pour m'en méfier quand l'un paraît, même s'il reçoit un accueil critique favorable. La fréquence avec la laquelle Marvel en particulier en publie a fini par avoir raison de mon envie de les lire, au moins au moment où ils sortent.


Parfois, néanmoins, j'avoue que je rattrape le coup avec quelques mois, voire années, de retard, pour vérifier si j'ai loupé quelque chose de valable. Mais je dois dire aussi que, jusqu'à présent, je n'ai jamais regretté ma décision. Certes, il y a quelques events corrects (je pense à A.X.E. : Judgment Day), mais ce n'est pas suffisant pour que je revienne sur mon choix. 
 

Je pense quand même le laisser prendre au jeu de Armageddon cet été car Chip Zdarsky promet quelque chose qui m'excite assez, mais j'espère vraiment qu'il aura les coudées franches car je sais que les editors de Marvel sont très interventionnistes et tiennent souvent la main des scénaristes au moment de rendre leur copie - ce qui me rend optimiste, c'est que Zdarsky a récemment expliqué avoir terminé tous ses scripts à paraître pour l'année à venir (!)), donc celui d'Armageddon aussi.


Si j'ai lu One World Under Doom ce week-end, c'est aussi parce que : 1/ j'avais lu Blood Hunt au terme duquel le Dr. Fatalis devenait le nouveau sorcier suprême (en abusant le Dr. Strange) et il était donc clair que l'event suivant allait explorer cette situation, et 2/ je sais que Armageddon va également être en partie basé sur les conséquences de One World Under Doom.
 

Je ne spoilerai pas la fin puisque je ne crois pas qu'elle soit encore publiée en vf (c'est en cours dans la revue "Marvel World", qui ce mois-ci contient l'épisode 5). Par contre, sûrement demain, j'écrirai une critique de Will of Doom, le one-shot écrit par Chip Zdarsky qui conclut vraiment l'event et annonce Armageddon, et là, forcément, je serai obligé d'en dévoiler davantage (donc à vous de voir si vous voudrez lire cet article).

Ryan North est donc le scénariste de One World Under Doom : il est logique que ce soit le cas puisqu'il est également le scénariste de la série Fantastic Four depuis Septembre 2023. Son travail sur le titre est quasi unanimement salué (même si, moi, je n'ai pas accroché). Mais dans la mesure où les FF sont en bonne place dans cet event et que Fatalis est la némésis des FF, North est légitime à signer cette saga.

En 1987, David Michelinie avait déjà abordé la question de savoir comment se comporterait le personnage dans un récit complet paru en France (chez Lug) sous le titre Fatalis Imperator. Il s'alliait avec l'Homme Pourpre et Namor pour asseoir son règne et asservir les super héros à l'exception de Wonder Man, placé dans un caisson par Iron Man (pour analyser les pouvoirs de Simon Williams) avant les faits. 

Wonder Man devenant le grain de sable dans les rouages de la machine ramenait ses amis à la raison et Fatalis était vaincu. Avec neuf épisodes, Ryan North a davantage d'espace pour creuser la question et il s'en sort assez remarquablement, parvenant tout du long à rendre le règne de Fatalis plus ambigu que jamais et poussant les super héros dans leurs retranchements, à la fois physiques et moraux.

Le récit trouve une sorte de bascule passionnante lorsqu'après une bataille homérique contre Dormammu, Thor, protecteur de Midgard (la Terre) et Père-de-tout (à la suite de son père Odin), s'interroge sur le fait que Fatalis pourrait être en fin de compte une bonne chose pour le monde. Mais dans le même temps Maria Hill, chef du S.H.I.E.L.D, appelle à un sursaut de conscience.

La maîtresse-espionne est sûre que Fatalis cache quelque chose et cela concerne sa magie. Certes il est le sorcier suprême, ce qui fait de lui un être très puissant, mais il a montré que sa force dépassait celle de son prédécesseur, Dr. Strange. Comment est-ce possible ? Ryan North fait rebondir son intrigue à partir de cette double interrogation (Fatalis est-il la solution ? Quel est le secret de sa puissance magique ?).

On assiste alors au deuxième acte de l'event avec une séquence totalement inattendue et audacieuse qui voit débattre Reed Richards et Victor von Fatalis, le premier tentant de convaincre le public que l'empereur ment sur ses intentions. Et, là, North se pose, et nous oblige à se poser, chose rare dans une saga de ce genre. Pendant un épisode, on assiste à un échange d'arguments et pas à une baston.

Evidemment, c'est aussi une ruse de la part de Mr. Fantastic pour occuper Fatalis pendant qu'une équipe réduite réussit (un peu facilement) à enfin rentrer en Latvérie et découvrir ce que l'empereur dissimule à tous. La suite est plus convenue, mais dans sa toute dernière ligne droite, ménage encore quelques rebondissements épatants, jusqu'à la conclusion.

Et cette conclusion, sans rien "divulgâcher", est l'autre bonne surprise de l'event. North réussit à achever son affaire sur une note tout aussi ambigüe qu'elle avait démarrée. On saisit alors parfaitement pourquoi il faut lire One World Under Doom avant Armageddon pour deviner sur quelles bases Zdarsky et Marvel comptent bâtir leur prochaine saga (même si Captain America et Wolverine : Weapons of Armageddon restent essentielles).

Est-ce que tout est parfait toutefois ? Non, bien entendu. L'acharnement des Avengers à démolir Fatalis et leurs échecs répétés, leur alliance avec les Maîtres du Mal, la mission d'infiltration en Latvérie, tout cela est moins abouti. Comme dans Avengers vs X-Men, les Avengers apparaissent comme une équipe qui refuse toute autre autorité que la leur, quitte à aggraver la situation. 

Comme Fatalis l'explique lors du débat avec Reed Richards, les héros autoproclamés ne sont pas meilleurs que lui en vérité, certainement pas plus légitimes, ils se pensent au-dessus des lois, agissent sans jamais répondre de leurs actes, infligent des dommages qu'ils ignorent ou bien sont en mesure de sauver de façon très concrète, matérielle, le monde sans rien en faire.

Les génies de Richards, Stark, Pym, T'Challa, de certains mutants pourraient mettre fin aux guerres, à la famine, aux crises énergétiques, et pourtant soit les héros exploitent leurs inventions juste pour eux-mêmes et les leurs semblables, soit les gaspillent pour autre chose. Ils protègent la Terre, mais ne sauvent pas les terriens de leurs maux ordinaires.

L'alliance avec les Maîtres du mal apparaît, au final, comme une péripétie sans grande valeur et d'ailleurs certains de ces vilains sont surprenants pour espérer terrasser Fatalis (je pense à Arcade ou Mysterio). Enfin, alors que personne n'a réussi à franchir le bouclier magique autour de la Latvérie, Maria Hill trouve comme par miracle le moyen d'y parvenir et permet, providentiellement, à la Sue Richards, Scarlet Witch et Black Widow de dévoiler le secret de Fatalis.

Ces faiblesses sont compensées par des moments épiques, comme le duel Fatalis-Dormammu et surtout le dernier épisode, à la fois poignant et malin. Sans doute que 9 épisodes, c'est un peu trop, à mon avis un ou deux de moins auraient suffi (d'ailleurs la tendance maintenant est à des events moins longs, comme DC K.O. ou Armageddon, avec cinq chapitres max.).

Visuellement, R.B. Silva est à un niveau insoupçonné. Cet artiste, qui a longtemps copié Immonen, et qui a acquis la reconnaissance en signant les épisodes de Powers of X, a enchaîné les 9 épisodes sans faillir (même s'il a bénéficié d'un break d'un mois entre le #5 et le #6). On sait à quel point l'exercice est exigeant, avec une foule de personnages à animer, des décors variés, la représentation des pouvoirs divers.

Avec l'aide du coloriste David Curiel, Silva tient remarquablement bien le coup. Certes, il zappe les décors quand il ne peut pas faire autrement pour assurer les délais (et aussi parce que, dans les scènes de bataille les plus spectaculaires, on peut les sacrifier sans que ce soit scandaleux). Mais, autrement, il ne s'économise pas, avec des éléments très détaillés (comme les armures de Iron Man et Fatalis, le combat contre Dormammu, la révélation de ce que cache le Doom Castle, etc).

C'est assurément, au point de vue graphique, un des events les plus aboutis, les plus soignés, que j'ai lus depuis belle lurette (Fear Itself ?), au moins chez Marvel. Et Silva donne le sentiment qu'il a atteint une vraie maturité. Il faudra observer sur quoi il rebondira et s'il s'agit d'une série régulière, s'il saura faire preuve de la même constance.

Tout cela est quand même très positif, il faut le reconnaître. Ryan North a conduit son récit avec une grande maîtrise et une belle intelligence, on ne sent pas la main d'un editor sur ce qu'il a produit et c'est énorme en soi. RB Silva impressionne. C'est la suite, bien plus ambitieuse et réussie, de Blood Hunt, et une rampe de lancement prometteuse pour Armageddon. One World Under Doom sera difficile à challenger, mais mieux vaut ça qu'un énième event vite lu et vite oublié.

samedi 7 décembre 2024

DEADPOOL / WOLVERINE : WEAPON X-TRACTION #1 (of 1)


Wolverine entre dans un bar pour prendre un verre mais tourne les talons quand il voit Deadpool au comptoir. Wade Wilson poursuit Logan dans la rue où soudain un portail inter-dimensionnel s'ouvre entre eux et les aspire. Les voilà ballotés de dimension en dimension à affronter divers dangers jusqu'à aboutir dans le néant où la vérité sur leur voyage leur sera révélée...


A l'origine, Deadpool / Wolverine : Weapon X-Traction est paru sous forme d'épisodes de cinq pages chacun dans huit revues différentes au cours des moins de Juillet et Août derniers : dans l'ordre, on pouvait, si on suivait tous ces titres, lire cette histoire dans The Incredible Hulk #14, Captain America #11, Fantastic Four #22, Spider-Gwen : The Ghost Spider #3, The Immortal Thor #13, The Avengers #17, Spectacular Spider-Men #6 et enfin X-Men #2.
 

Mais, heureusement, Marvel a fini par publier ce récit complet en un seul floppy ce mois-ci, un copieux fascicule de 40 pages, écrit par Ryan North, le scénariste actuel de Fantastic Four. Evidemment, l'entreprise surfe sur le succès du film Deadpool & Wolverine de Shawn Levy avec Ryan Reynolds et Hugh Jackman.



L'intrigue n'est qu'un prétexte ici : Wolverine et Deadpool traversent le multivers et enchaînent les bagarres, de plus en plus violentes. Au départ, Logan pense que tout ceci est la faute de Wade Wilson puis se rend à l'évidence que le situation échappe au mercenaire autant qu'à lui. Comme ils sont tous deux issus du programme de l'Arme X et ne savent que se battre, ils enchaînent les massacres.


Avouons-le : c'est un chouia long mais Ryan North y va à fond et fait preuve d'une imagination débridée et quand même réjouissante. Je ne suis pas un grand fan de Deadpool, et je compte les bons runs de Wolverine sur les doigts d'une main, mais il faut reconnaître que la paire fonctionne bien, sur le principe des contraires complémentaires.


Le scénario repose sur la logorrhée de Deadpool et la mauvaise humeur de Wolverine, mais plus encore sur le délire assumé de leur trip multi-dimensionnel. North a tiré parti du peu de pages qu'il avait à sa disposition à chaque fois pour que ses deux héros se déchaînent et en même temps il a fait l'effort d'unifier son histoire pour que cela ne tourne pas complètement à vide. Mais c'est vrai qu'avec un ou deux passages en moins, ça aurait plus digeste.

Toutefois, si on ne boude pas son plaisir, c'est surtout parce que North a pu s'appuyer sur un artiste exceptionnel, Javier Garron. Trop rare depuis la fin de sa prestation sur Avengers par Jason Aaron, le dessinateur espagnol a récemment supplée David Marquez sur Uncanny X-Men et, lorsque je l'ai interrogé sur 2025, il m'a confié être engagé sur une nouvelle série où il espère rester longtemps.

La générosité de Garron se traduit par des images extrêmement détaillées, grouillant de personnages, aux décors précis, et au découpage échevelé. On en prend plein la vue et il est évident qu'il s'est beaucoup amusé à illustrer le script de North, qui lui a certainement laissé pas mal de liberté. Les planches que j'ai choisies pour accompagner cette critique vous donnent un bon aperçu du niveau insensé de Garron.

Il est fort, le bougre : avec un personnage comme Deadpool qui porte un masque intégral, il souligne la gestuelle, tandis que Wolverine est campé avec plus d'économie pour accentuer sa sauvagerie et son exaspération. Grâce à Garron, toute la saveur comique du duo est exaltée et la démesure dans l'action est transcendée. 

C'est un pur exercice de style graphique mais accompli avec une maestria comme on rarement l'occasion d'en voir. J'ignore quelle est cette future série qu'il dessinera, mais je suis impatient de la découvrir : Marvel a besoin d'un artiste comme ça et les lecteurs en ont pour leur argent avec lui.

Un peu boursouflé assurément, mais trépidant, inventif, et somptueux visuellement.