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jeudi 12 décembre 2024

DAZZLER #4 (of 4) (Jason Loo / Rafael Loureiro & Alan Robinson)


Dazzler va conclure sa tournée par une date à New York. Le maire de la ville, Luke Cage, et la membre du Congrès, Stevie Hunter, l'accueillent à bras ouverts et tiennent à rassurer le public. Mais Dazzler est à nouveau l'objet d'une agression. Elle s'en débarrasse avec l'aide de son équipe et d'amis venus assister au spectacle. Avant que celui qui a cherché à saboter toute sa tournée ne se démasque...


Je ne vais évidemment pas vous spoiler l'identité du saboteur, n'ayez crainte. Une bonne partie de l'intérêt de cette mini-série résidait dans ce mystère et son élucidation. Jason Loo a su ménager la surprise jusqu'à la fin, ce qui n'est pas rien par les temps qui courent, entre un éditeur qui, régulièrement, gâche la surprise et des sites d'infos spécialisés comics qui s'en chargent à sa place.


Mon sentiment sur le méchant de cette histoire est mitigé : d'un côté, je salue le fait que Loo ait su trouver quelqu'un d'inattendu, d'impossible à deviner (ou alors, pour ceux qui s'en doutaient, vous êtes très forts !), mais de l'autre, je ne peux cacher une légère déception car j'espérai quelque chose de plus spectaculaire.


Sans doute n'était-ce guère possible car, en définitive, Dazzler n'a pas une rogue gallery bien consistante, pas de némésis charismatique et mémorable, même si elle a affronté des vilains de taille dans sa carrière. Et puis Tom Brevoort n'allait pas donner à Jason Loo un méchant trop en vue qui serait mieux mis en valeur dans une série plus exposée.


Toutefois, il serait injuste d'accabler l'editor de la gamme mutante puisque, contre toute attente, et cela je peux le dire sans rien "divulgâcher", en 2025 on aura droit à une suite à cette mini-série, sans doute par la même équipe créative. Et annoncé comme tel, on peut s'attendre à ce que Dazzler ait peut-être droit au même traitement que Scarlet Witch.

Même si Alison Blaire ne fait pas partie d'une équipe comme les Avengers ou les X-Men, il est fort possible que Marvel confie son personnage à Jason Loo de telle façon qu'il enchaîne des story arcs de quatre numéros régulièrement. C'est ce qui s'est quasiment passé avec Steve Orlando pour Scarlet Witch, dont il a écrit un premier cycle de dix épisodes, avant d'être prolongé pour quatre numéros de Scarlet Witch and Quicksilver et actuellement pour un nouveau volume de Scarlet Witch (en cours de parution (le #7 vient de sortir).

Si c'est le cas, ce serait assez chouette, d'autant que, je l'ai répété à chacune des critique de cette mini, le concept de Dazzler est assez fort et original pour tenir sur le long terme. La suivre en tournée mondiale, avec à chaque étape une mésaventure, le tout relié par un fil rouge, serait judicieux pour former un run comme l'héroïne n'en a pas connu depuis des lustres.

Jason Loo a en tout cas témoigné de son affection pour Dazzler et il a su l'entourer d'un supporting cast bien senti, avec quelques anciens d'X-Factor période Peter David (Jamie Madroxx, Big Guy), d'X-Force (Domino), plus quelques guests comme Wind Dancer ou Lila Cheney. Les pouvoirs de chacun ont été bien utilisés, leurs relations sont dynamiques, le cadre d'une tournée est divertissant et peu commun.

Par ailleurs, visuellement, la série a un vrai charme : les couvertures de Terry Dodson assurent leur rôle d'aimant, et pour les pages intérieures Rafael Loureiro est un jeune talent prometteur, même si pour ce dernier numéro il reçoit le renfort d'Alan Robinson, dont le style ressemble tellement au sien qu'il est impossible de distinguer les planches de l'un de celles de l'autre.

Dazzler est un personnage attachant, que j'ai personnellement toujours apprécié, et j'aimerai la revoir, notamment pour des retrouvailles avec Longshot, son boyfriend historique (même si elle l'a ici remplacé par un docteur, assez transparent toutefois). C'était en tout cas une bonne petite mini-série, bien éditée, bien produite, sans prétention, qui mérite d'être développée.

dimanche 1 décembre 2024

DAZZLER #3 (of 4) (Jason Loo / Rafael Loureiro)


Après son passage catastrophique à la télé anglaise, Dazzler est vilipendée sur les réseaux sociaux et de nombreuses dates de sa tournée sont annulées. Domino fait la liste des super-vilains qui pourraient vouloir la saboter ainsi. Lila Cheney, pour lui remonter le moral, l'entraîne dans une virée à Tokyo...


Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire à propos de cette mini-série, le travail qu'accomplit le scénariste Jason Loo est aussi ingrat qu'épatant : il n'a que quatre épisodes pour raconter une histoire sur une héroïne négligée, mais il s'en tire mieux que bien. Et la raison de cette réussite tient peut-être au fait qu'il a choisi un parti-pris ingénieux.


En effet, après la période Krakoa, tous les mutants sont dispersés et cette situation interroge : pourquoi ceux qui avaient fondé une nation souveraine n'ont-ils pas décidé de rester unis, de se serrer les coudes, et préféré s'éparpiller ? En ce qui concerne Dazzler, c'est parce qu'elle a entrepris d'utiliser sa carrière de chanteuse pop pour diffuser un message d'union entre humains et mutants.


Ce faisant, Loo insiste davantage en réalité sur Alsion Blaire, Neena Thurman, Gudo Carossella, Jamie Maddrox, Sofia Mantega, Lara dos Santos et donc Lila Cheney que sur Dazzler, Domino, Big Guy, l'Homme Multiple, Wind Dancer, Shark Girl. Autrement dit, il a souhaité s'adresser à la part la plus humaine, celle à quelle on s'identifie naturellement qu'aux héros mutants.


Et ce parti-pris est gagnant : avant d'être une affaire de mutants, sa mini-série est une affaire d'artistes et de staff aux prises avec des problèmes que pourraient rencontrer une pop star et son équipe. La partie mutante du récit est en quelque sorte surtout là pour épicer la narration et non la cannibaliser.

Ce troisième et pénultième épisode le prouve brillamment car il appuie davantage encore sur les conséquences de précédent chapitre où Alison a été manipulée par un télépathe et a exposé son public au danger de son pouvoir sans contrôle. Le retour de bâton est cinglant : la voilà conspuée sur les réseaux sociaux, lâchée par les promoteurs de sa tournée, et, pour ne rien arranger, avec une liste de suspects longue comme le bras.

Comme il faut quand même inclure une dose d'action dans l'histoire, Jason Loo met en scène la virée de Alison avec Lila Cheney, qui est aussi musicienne et mutante (avec le pouvoir de se téléporter), à Tokyo. Bien entendu, ce qui promettait d'être un congé mérité va tourner à la foire d'empoigne quand le terrible Arcade les localise et tente de les tuer, sans se soucier d'éventuelles victimes innocentes parmi les civils...

L'issue du numéro est savoureuse puisque désormais Dazzler et son band n'ont nulle part pour se produire... Sauf dans le seul endroit où l'audience n'a rien à craindre : à Madripoor ! On a quand même très envie de savoir si cela suffira à relancer le spectacle de la chanteuse et si l'identité de celui ou celle qui lui nuit depuis le début sera à la hauteur des attentes.

Tout comme son scénariste, Rafael Loureiro est plus soucieux de raconter en images une histoire avec humilité mais solidité que d'épater la galerie. Cette façon de faire aboutit au sentiment que la mini-série n'est peut-être pas très flamboyante, mais qu'elle ne connaît pas de baisse de régime au niveau visuel. Les personnages sont bien campées, les décors soignés, les scènes d'action bien menées tout comme les moments de calmes bien sentis.

Et au fond, on apprécie Dazzler pour cela : la qualité est constante et mériterait plus d'épisodes. De la part de Marvel, c'est bien joué puisque c'est quand même le but que de donner envie au lecteur d'en demander davantage, mais aussi parce que, pour une fois, l'éditeur a résisté à sa manie de balancer sans filet un jeune artiste directement sur une grosse série sans qu'il ait les reins assez solides. Loureiro, comme Loo d'ailleurs, peuvent s'exercer avant, peut-être, d'être promus sur quelque chose de plus ambitieux.

Même si, donc, je regrette déjà que ça s'arrête dans quelque semaines : j'aurai vraiment bien aimé suivre les aventures d'Alison Blaire et sa bande un peu plus longtemps, tout bonnement parce que ça fonctionnait bien.

samedi 26 octobre 2024

DAZZLER #2 (of 4) (Jason Loo / Rafael Loureiro)


Après un début de tournée chahuté par l'attaqued e Scorpia (qui refuse de dénoncer son commanditaire), Dazzler et son équipe partent pour l'Angleterre. Là-bas, Alison Blaire est l'invitée d'un talk-show où l'animateur l'interroge sur le danger que courent ses fans à aller la voir en concert...


J'avais trouvé très sympathique le premier épisode de cette mini-série Dazzler, principalement parce que sans prétention, sans intention de révolutionner le personnage. Jason Loo a compris qu'il ne sert à rien de vouloir redessiner Alison Blaire pour la faire exister : le concept est suffisamment attrayant pour ne pas en rajouter. C'est simplement la pop star des mutants.


On peut même s'étonner que Marvel et Tom Brevoort, désormais en charge de la gamme mutante, n'aient pas osé aller plus loin que l'annonce d'une mini en quatre épisodes tant le personnage de Dazzler est populaire et au moment où des chanteuses comme Taylor Swift, Beyoncé ou Lady Gaga fournissent dans la réalité de quoi inspirer une série régulière.


Suivre une héroïne chanteuse avec son groupe et son équipe en tournée et trouver des adversaires, des obstacles sur sa route, a de quoi alimenter bien des épisodes au moins aussi intéressants que n'importe quelle série mutante où les héros sont cantonnés à des rôles de surhommes persécutés. C'est pourquoi il faut espérer que cette mini-série Dazzler rencontre un beau succès susceptible de convaincre le staff éditorial de la prolonger (comme ce fut le cas pour Poison Ivy chez DC).


Jason Loo  reprend exactement là où il avait laissé les choses il y a un mois, après que Scorpia ait tenté de saboter le concert de Dazzler. Qui l'a engagé pour ça ? Bien entendu, la vilaine n'avoue rien. Et Alison Blaire enchaîne avec la suite de sa tournée promo, qui la conduit en Grande-Bretagne, où elle va avoir affaire à un animateur retors et un télépathe malveillant.

On devine aisément que Loo articule son intrigue sur un épisode, une menace. Pourtant, la fin de ce deuxième numéro indique que le scénariste ne se contente pas d'une formule facile, en ramenant un personnage en prise directe avec Dazzler et son métier et suggérant une avancée dramatique. Par ailleurs, le danger peut venir de partout, comme on le constate ici.

L'interview est habilement écrite : Dazzler se voit reprocher de mettre ses fans en danger si des mercenaires la menacent directement lors de chacune de ses prestations scéniques, mais elle ne se démonte pas quand on l'attaque sur l'éventualité qu'elle favoriserait son public mutant. Remplacer "mutant" par noir, homo, et vous comprendrez que Loo a retenu la leçon selon laquelle les X-Men sont d'abord une métaphore des minorités opprimées mais pas forcément des victimes qui tendent l'autre joue.

Ensuite, quand, inévitablement, la situation dégénère, le lecteur est dans le même état que le staff de Dazzler (Domino, Big Guy, Multiple Man, Wind Dancer) : qui manipule la chanteuse pour la faire passer pour une mutante incontrôlable ? L'identité du fautif a moins d'importance que la confirmation d'un complot. C'est évidemment un peu casse-gueule comme procédé car le fan peut préférer un ennemi emblématique. Mais la solution préférée ici a l'avantage de rendre l'ensemble moins convenu.

De toute façon, à l'image de l'écriture mais aussi du dessin, il ne s'agit donc pas de tout bouleverser, de prétendre faire une mini-série renversante. Dazzler est un divertissement qui doit tenir en quatre parties, il n'y a pas de temps à perdre. Ce qui ne signifie pas que ce soit bâclé.

Les planches de Rafel Loureiro ont un classicisme certain mais efficace : comme je le disais le mois dernier, on peut retrouver chez cet artiste des airs de Tom Grummett. Son trait est simple, ses personnages sont bien campés, son découpage très sobre. Est-ce que le produit serait meilleur avec un graphisme plus audacieux ? Peut-être, mais pas sûr.

Les actions sont lisibles, claires, parfois cela manque un peu de dynamisme, de souplesse dans les compositions, mais à tout prendre je préfère ça à un dessinateur qui envoie du bois puis s'essouffle d'épisode en épisode. Je suis sûr que Loureiro tiendrait le coup s'il devait enchaîner les numéros avec une série plus longue.

Il ne faut pas pester après la modestie affichée, assumée de Dazzler, sinon pour déplorer donc que Marvel soit si timorée en donnant une nouvelle série à ce personnage (alors que Psylocke, Magik, Tornade, Wolverine/Laura Kinney ont droit à des ongoing d'entrée de jeu).

dimanche 22 septembre 2024

DAZZLER #1 (of 4) (Jason Loo / Rafael Loureiro)


Alison Blaire/Dazzler repart en tournée pour la première fois depuis la chute de Krakoa. L'opinion publique est très divisée entre ceux qui considèrent la chanteuse comme une artiste comme les autres et ceux qui ne la voient que comme une mutante. Son premier concert va-t-il être un succès ? 
 

Créé par Tom de Falco et John Romita Sr., Dazzler a toujours été une mutante à part. A l'origine, comme Luke Cage ou Iron Fist, elle a surtout été imaginée pour surfer sur une mode, celle du disco (comme Power Man vient des films de blaxploitation et Iron Fist des films de kung-fu), et d'ailleurs Jim Shooter, l'editor-in-chief de Marvel à l'époque, voulait qu'un film accompagne la publication des comics (avec Grace Jones, puis Bo Derek en vedette).


Lorsque le Pr. Charles Xavier lui offre d'intégrer ses X-Men (Uncanny X-Men #130), elle refuse, préférant se consacrer à sa carrière de chanteuse, son public ignorant sa nature de mutante. Par la suite, elle sera la vedette de sa propre série (qui a mal vieilli) et fut même, in fine, incarnée à l'écran par la plantureuse Halston Sage dans le film X-Men : Dark Phoenix (Simon Kinberg, 2019). La rumeur a couru qu'elle serait campée par Taylor Swift dans Deadpool & Wolverine, mais c'était infondé.
 

Durant la période Krakoa, Dazzler s'est faite discrète bien qu'elle a rejoint la communauté mutante sur son île (on la voit dans House of X #6 pour la grande fête célébrant la naissance de la nation mutante). Elle brillera surtout dans la (réjouissante) mini X-Terminators (Leah Williams / Carlos Gomez - le titre préféré de l'editor Jordan White), puis fera partie des Dead X-Men au moment de Fall of X.


Tom Brevoort ayant décidé de noyer le marché avec tout en n'importe quoi provenant de l'univers mutant, il a donc confié au scénariste Jason Loo cette mini-série en quatre numéros censée remettre Dazzler sous les feux de la rampe. Et l'évidence saute aux yeux : l'editor a gardé en tête le fantasme de voir Taylor Swift l'interpréter.

En effet, Alison Blaire chante, lors de son premier concert, les chansons de son nouvel album et on les croirait écrites par l'idole des "Swifties" avec ses couplets sur son dernier mec avec lequel elle règle ses comptes avant d'enchaîner sur un refrain exaltant la résilience féminine (en gros : "j'ai souffert mais je suis forte et je me relève toujours"). C'est assez drôle, même si vous n'aimez pas Taylor Swift.

Avant cela, Loo s'amuse déjà à croquer une galerie de personnages gravitant autour de la chanteuse mutante et il se montre astucieux en confiant à Jamie Maddrox/ l'Homme Multiple et Guido Carossela/Big Guy les rôles de roadies qui montent la scène du concert tandis que Neena Thurman/Domino assure la sécurité et que Sofia Mantega/Wind Dancer joue les attachées de presse-manager. Tout ça est bien vu.

Ce qui l'est autant, c'est les conditions du retour sur scène de Dazzler, dans le contexte post-Krakoa : l'épisode montre simplement et clairement d'un côté les fans et de l'autre les haters via les réseaux sociaux. Finalement, cet aspect est très bien exploité, sans lourdeur, sans drama excessif, mais sans l'éluder. Et quand d'inévitables ennuis se produisent lors de la représentation, les conseils de Wind Dancer sont appliqués mais Dazzler assume aussi publiquement d'être une mutante et de vouloir fédérer tous les publics. La musique adoucira-t-elle les moeurs des anti-mutants les plus radicaux ?

Visuellement, la couverture de Terry Dodson donne envie que le dessinateur ait pris du temps pour aussi réaliser les pages intérieures. Mais Rafael Loureiro ne fait pas un mauvais travail, loin de là. Son style m'évoque celui du vétéran Tom Grummett, quelque chose de classique mais bien fait, sans fioritures. Couceiro est à l'aise avec son casting, il soigne les décors. 

Il est un peu plus faible quand il s'agit de donner du mouvement, notamment avec le combat opposant Dazzler à Scorpia qui manque de dynamisme et bute sur des angles de vue mal maîtrisés. Mais l'ensemble est très correct et la lecture est agréable, ce n'est pas un boulot de tâcheron.

Sans prétention, mais pas sans qualités, ce Dazzler #1 est très sympa. Qui sait, en cas de succès commercial, cela pourrait inspirer Tom Brevoort pour produire une nouvelle saison des X-Terminators...