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dimanche 31 août 2025

WAR MACHINE (David Michod, 2017)


2009. Le général 4 étoiles Glen McMahon, reconnu pour son efficacité lors de la guerre en Irak, est envoyé en Afghanistan où il doit évaluer la situation et en faire un rapport détaillé pour que le gouvernement américain sache comment mettre fin à la guerre en cours. Seule limite à sa mission : il ne doit réclamer aucun renfort de troupe. Sauf que McMahon et son bras droit, le major général Greg Pulver, sont convaincus de pouvoir gagner la guerre et demande au Président Obama 40 000 soldats supplémentaires pour sécuriser la province de Helmand et stabiliser le pays.


Evidemment, la Secrétaire d'Etat refuse ses exigences, les jugeant incompatibles avec le fait que des élections doivent se tenir dans le calme. McMahon comprend qu'on ne l'a pas envoyé là pour régler un conflit mais pour nettoyer le bazar laissé par ses prédécesseurs et préparer le retrait de l'armée américaine. Il divulgue alors secrètement son rapport en l'envoyant au "Washington Post", qui le publie, et accorde une interview au magazine télé "60 Minutes" dans laquelle il explique n'avoir parlé qu'une fois, en visioconférence, à Obama en 70 jours.
 

Le Président américain cède partiellement à la requête de McMahon en lui accordant 10 000 soldats supplémentaires mais en prévenant que, d'ici 18 mois, les Etats-Unis se retireront d'Afghanistan. Furieux, McMahon part pour Paris pour réclamer aux forces de la coalition les hommes qui lui manquent...


Netflix n'a pas produit War Machine mais l'a récupéré après que le studio qui l'avait financé ait rechigné à le distribuer, sans doute pour ne pas embarrasser Barack Obama, dont le second mandat se terminait. Ted Sarandos, le patron de la plateforme de streaming, a dû se frotter les mains en récupérant ce long métrage avec une star du calibre de Brad Pitt en tête d'affiche.


La critique n'a pourtant pas été tendre avec ce brûlot. Mais David Michod en adaptant le livre de Michael Hastings, The Operators, livre un objet hybride fascinant et terriblement drôle. L'objectif était clairement d'en faire une satire qui renvoyait dos à dos des généraux belliqueux et une administration démocrate surtout soucieuse de quitter un conflit qu'elle n'avait pas initié, rejeté par l'opinion et coûteux.


Pour se convaincre de la direction prise par le cinéaste, il suffit d'observer l'interprétation de Brad Pitt. L'acteur a toujours été tiraillé entre un jeu à l'économie, qui met en valeur son côté cool et charmeur, et le surjeu, où il peut se défouler sur un personnage qui le permet. On l'a vu ainsi dans L'Armée des 12 Singes (Terry Gilliam, 1995) ou Inglorious Basterds (Quentin Tarantino, 2009).
 

La façon dont il incarne ce "Glenimal" McMahon est sans ambiguïté : il en fait non pas des kilos mais des tonnes, arborant des mimiques grotesques, tirant le rôle vers la farce. Ce haut gradé est une caricature de l'authentique général Herbert McChrystal dont le comportement et les choix sont identiques à ceux de son double fictif.

En fait, toute l'intrigue repose sur un malentendu qu'un crétin pareil ne peut pas intégrer : quand McMahon/McChrystal arrive en Afghanistan, il croit que c'est pour gagner une guerre, sauf que l'administration en place veut au contraire préparer le retrait des troupes car c'est devenu un bourbier et une ruine.

Malgré sa conviction qu'il peut se débarrasser des talibans et des insurgés, McMahon commet une erreur fatale : les afghans en ont assez de ce qui est devenue une armée d'occupation et plus une force de paix ou même de médiation. La sortie de cette guerre sera un camouflet complet, un échec militaire, politique et une catastrophe humaine. Les talibans reprendront le pouvoir et les américains comme toute la coalition repartiront la queue entre les jambes.

Rétrospectivement, et avec la rapidité qu'on connaît au cinéma américain pour examiner son Histoire et ses failles, il apparaît que Obama a été un Président aussi calamiteux que George W. Bush et guère meilleur que Trump puis Biden ensuite. Comme le dit le major général Greg Pulver au journaliste Sean Cullen, Obama est un excellent orateur mais un mauvais chef.

Ce n'est pas être un supporter du Parti Républicain de l'admettre : Trump est un bouffon délirant et incompétent, mais Obama n'a pas été un bon Président. Qu'a-t-il laissé ? Rien de notable. Il a gagné un Prix Nobel de la paix immérité. C'était surtout une caricature de politicien cool, aimable, qui a eu la tête de Ben Laden. Mais son bilan est misérable. Il n'a ni réglé les tensions raciales, ni assaini son parti et la vie politique en général et il a livré les Etats-Unis à Trump, un démagogue dangereux et crétin.

Ces critiques, elles étaient déjà présentes, en sourdine, dans Cogan : Killing Them Softly, déjà avec Pitt (dont j'ai parlé il y a peu). Et j'y vois le dépit du comédien, qui doit être un Démocrate comme beaucoup de ses confrères, envers le Centre-Gauche américain. Le bide Biden et le retour de Trump ont dû, comme beaucoup, achever de le dégoûter.

Pendant les deux tiers de sa durée, War Machine est donc abominablement drôle, grâce à son écriture impitoyable et sa star déchaînée (impossible de ne pas éclater de rire en le voyant faire son footing ou en observant sa main droite crochu, comme paralysée par un tic d'ancien fumeur de cigare). Puis le film bascule dans sa dernière ligne droite, lors de la visite de McMahon à Paris.

Là, il rencontre un journaliste de "Rolling Stone", Sean Cullen (Scoot McNairy, implacable), qui veut écrire un article sur son équipe, sa stratégie, et McMahon accepte sur les conseils de Matt Little, son spécialiste en relations publiques. Le résultat sera dévastateur. Puis, lors d'une conférence de presse, où il expose, avec morgue, son plan infaillible pour gagner la province de Helmand, il rencontre un obstacle encore plus inattendu.

Face à une représentante allemande (Tilda Swinton, royale comme d'hab') qui pointe que son exposé en dit plus long sur son ambition personnelle, son moment de gloire rêvé, que son envie de libérer réellement les afghans, McMahon est décontenancé. Le masque tombe. En voix off, Cullen note que si les généraux ont des cheveux blancs, c'est moins à cause des décisions dramatiques qu'ils prennent qu'à cause de la crainte d'échouer à la face du monde.

Le dénouement est à la fois pathétique, triste et absurde. L'Amérique se retirera bien mais c'est Biden qui ramènera les "boys" au pays en... 2021 ! Ce serait risible si ce n'était pas aussi tragique. Mais bien sûr, il n'y a plus personne pour se désoler du sort des afghans à nouveau sous le joug des talibans.   

Michod lâche donc délibérément la bride à Pitt, qui est prodigieux drôle et affligeant à la fois. Il l'entoure de comédiens solides mais dirigés pour rester sobres en contrepoint : Topher Grace, Lakeith Stanfield (fabuleux en bidasse dépassé), Wil Poulter, Emory Cohen, Anthony Michael Hall, Meg Tilly (merveilleuse en épouse délaissée)... Et Ben Kingsley, formidable dans la peau de Hamid Karzaï.

War Machine porte bien son nom mais ce n'est pas un film à la gloire de la guerre : au contraire, c'est une charge d'autant plus ravageuse qu'elle est grotesque sur les guerres entamées sans rationalité et bouclées sans humanité. 

vendredi 29 août 2025

BURN AFTER READING (Ethan & Joel Coen, 2008)


Lorsqu'il apprend qu'il est rétrogradé à cause de son alcoolisme, Osborne Cox préfère démissionner de son poste d'analyste de la CIA. Rentré chez lui, il décide d'écrire ses Mémoires pour se venger de l'Agence qu'il juge sur le déclin et il l'annonce à sa femme, Katie, une médecin, qui, elle, entreprend, sans le lui dire, une procédure de divorce. Car elle veut refaire sa vie avec son amant, un Marshall, Harry Pfaffer, pourtant encore marié et totalement paranoïaque. 


Sur le conseil de son avocat, Katie transmet à la secrétaire de ce dernier un CD-Rrom rempli d'informations sur les ressources financières d'Osborne, mais aussi le brouillon de ses Mémoires qui se trouve dessus sans qu'elle le sache. La secrétaire égare ce disque dans les vestiaires de Hardbodies, la salle de sports qu'elle fréquente. Et deux employés, Linda Litzke et Chad Felldheimer, le trouvent et le lisent ce qu'il contient.


Comme Linda a besoin d'argent pour des opérations de chirurgie esthétique, elle va faire chanter Osborne avec Chad pour lui soutirer de l'argent. Mais il refuse de se laisser plumer. Alors ils s'adressent à l'Ambassade de Russie, convaincus de détenir des informations compromettantes pour lesquelles ils seront payés. Cependant, Katie fait changer les serrures chez elle afin que Osborne ne la dérange plus puisque Harry a emménagé avec elle. Mais Harry est un coureur de jupons et il a une liaison avec Linda qu'il a connue via un site de rencontres...
 

Burn after Reading est le dernier volet de la "trilogie des idiots" que les frères Ethan et Joel Coen ont tournée et qui compte O'Brother et Intolérable Cruauté. A cette occasion, ils se sont déchaînés en voulant boucler leur projet avec une histoire complètement échevelée mais affreusement drôle -peut-être même la plus drôle du lot.


C'est un film qu'il faut voir deux fois. La première, on le regarde médusé parce que ça part dans tous les sens, c'est un grand n'importe quoi, absurde, foutraque, un sommet du genre, qui se moque de tout, et dont tous les personnages sont dingues. Et la seconde, on note que, malgré tout, ça tient debout, c'est certes grotesque, d'un non-sens absolu, mais solide, cohérent, implacable.


On parle souvent de récits dits story-driven (c'est-à-dire où l'intrigue prime) et d'autres dits character-driven (c'est-à-dire où les personnages priment). Burn after Reading tient grâce à ses personnages et à la manière dont l'histoire les lie les uns aux autres. C'est une vraie toile d'araignée, avec des connections improbables, mais tout à fait efficaces.


Le film se déroule selon une logique périlleuse, façon marabout-bout de ficelle-selle de cheval, etc. Osborne vit avec Katie qui le trompe avec Linda qui travaille avec Chad qui veut faire chanter Osborne. Les deux seuls personnages à la périphérie sont les plus sages, les plus pragmatiques, c'est-à-dire Ted, qui aime en secret et sans retour, Linda, et le chef de la CIA, qui observe tout ça avec perplexité.

Le chef de la CIA nous représente : nous sommes aussi interloqués que lui, sauf qu'il est plus détaché que nous, dans la mesure où il n'entend parler de cette histoire que par des rapports qui tombent sur son bureau et par les décisions qu'il prend pour que l'Agence ne soit pas embarrassée par cet imbroglio. C'est le personnage le plus raisonnable, le plus rationnel du film.

Ted, au contraire, est le plus sentimental, le plus affectif. Il voit Linda lui échapper sans cesse, il craint pour elle, il n'arrive pas à lui déclarer sa flamme, et quand il décide d'agir pour elle, il ne la prévient même pas. Mais il connaîtra un sort injuste, car son action ne sera jamais reconnue par celle qu'il aime. C'est cruel et touchant.

Les autres protagonistes sont donc tous des fous ou surtout des crétins finis. Les Coen n'en épargnent aucun et n'hésitent pas à les charger. C'est un film méchant mais irrésistible dans sa caractérisation. Cox est un imbécile arrogant qui refuse d'admettre son alcoolisme et son mépris des autres. Sa femme, Katie, est froide comme la banquise, franchement casse-couilles.

Chad est un imbécile de la pire espèce car il se croit malin mais ne se rend pas compte du début à la fin qu'il s'est engagé dans une affaire qui le dépasse. Linda est une pauvre idiote qui ne pense qu'à son apparence et au gain qu'elle peut tirer de ce mic-mac pour se faire opérer des seins, du ventre, des fesses. Enfin Harry est pathétique avec ses infidélités et sa paranoïa.

Les personnages les plus drôles recèlent souvent un aspect triste, ce qui permet de les aimer quand même malgré leur stupidité. Une scène résume parfaitement ça : Linda est examinée par le chirurgien esthétique qui détaille crûment tous ses défauts physiques. C'est immonde. Mais Linda ne se formalise pas car elle estime que son corps actuelle a atteint sa limite.

Et, en définitive, c'est cela que pointe le film : tous ces individus sont à la limite d'eux-mêmes. Ils courent à leur perte, ils foncent dans le mur, ils ont déjà échoué. Mais Linda est la plus attachante car elle croit avoir trouvé le bonheur et oublie alors qu'elle veut changer d'apparence. Mais ce n'est évidemment que provisoire : pour elle aussi, tout va s'écrouler, même si elle s'en sortira mieux que les autres.

Le film n'est pas long (95') et c'est ce qu'il faut pour une comédie. Pourtant les Coen parsèment leur script d'idées loufoques et quasiment inexploitées pour la plupart qui auraient pu alimenter encore une bonne heure de pellicule (je pense à l'improbable fauteuil à godemiché construit par Harry... Il faut le voir, c'est inexplicable). Quand on en redemande, c'est que c'est vraiment excellent.

Et puis le casting est extraordinaire : aucune des stars convoquées n'a hésité à se ridiculiser. George Clooney tournait pour la troisième fois sous la direction des Coen et il est magistral dans la peau de Harry. Frances McDormand (la femme et muse de Joel Coen) est toujours remarquable parce qu'elle ne cherche pas à sauver son personnage de Linda.

John Malkovich est détestable à souhait et Tilda Swinton lui rend la pareille avec la même précision clinique dans le jeu. JK Simmons et Richard Jenkins ? Fabuleux. Mais c'est surtout Brad Pitt qui étincèle : on ne lui connaissait pas ce brio comique, ce sens de la dérision, et il est tout bonnement énorme dans le rôle de Chad, écrit spécialement pour lui.

Vous voulez vous marrer ? Regardez Burn after Reading. C'est un film délicieusement vache et affreusement drôle. Les Coen à leur meilleur et merveilleusement entouré.

mardi 7 mai 2024

AVE, CESAR ! (Joel & Ethan Coen, 2016)


Hollywood. 1951. Eddue Mannix est responsable de production pour le studio Capitol Pictures : son job consiste à s'assurer que tout se passe bien pour les vedettes sous contrat sur et en dehors des plateaux de tournage. Il doit notamment les préserver des chroniqueuses mondaines toujours à l'affût d'un scandale comme Thora et Thessaly Thacker, deux jumelles rivales. A cette époque, Mannic est courtisé par la concurrence, la Lokcheed Corporation, qui lui offre un salaire et des horaires plus avantageux.


Après avoir appris que DeeAnn Moran était enceinte mais séparée du père de son futur enfant, Mannix apprend que Baird Whitlock, la plus grande star du studio, qui tourne un péplum sur la vie de Jésus, est introuvable. Il vient d'être drogué et enlevé par deux figurants qui le transportent jusqu'à une villa en bord de mer où, lorsqu'il revient à lui, il est accueilli par un groupe de scénaristes placés sur la liste noire en raison de leur sympathies communistes et qui ont demandé une rançon à Capitol Pictures.
 

Mannix reçoit la demande de rançon alors que Hobbie Doyle, vedette de westerns, est appelé pour remplacé l'acteur principal de la nouvelle comédie de moeurs réalisée par Laurence Laurentz qui ne parvient pas à gommer son accent prononcé de l'Ouest américain. Quand le cinéaste vient s'en plaindre à Mannix, celui-ci refuse de changer Hobbie qui le remercie ensuite et apprend d'Eddie ce qui est arrivé à Whitlock et souhaite apporter son aide.


Le jeune premeir ignore qu'il jouera en effet un rôle décisif dans l'affaire alors qu'il emmène la starlette Carlotta Valdez à la projection de son dernier western...


Hail, Caesar ! est le dernier long métrage écrit et réalisé par les frères Coen pour le cinéma. Après ça, ils tourneront pour Netflix le western à sketches La Ballade de Buster Scruggs, dont la production sera difficile, puis se sépareront pour se consacrer à des projets solos (Drive-away Dolls pour Ethan, The Tragedy of MacBeth pour Joel).


On peut douter que les deux frangins songeaient à aller chacun de leur côté en 2016, mais rétrospectivement, il est troublant de revoir Avé, César ! car ce film apparaît à la fois comme la synthèse de leur oeuvre et un hommage au 7ème Art, d'une grande drôlerie et d'un esthétisme magnifique.


L'action se concentre sur une journée dont Eddie Mannix, un fixer pour un grand studio (fictif) de cinéma des années 50 à Hollywood, est le héros. Il doit veiller à ce que tout fonctionne sur et en dehors des plateaux de tournage et il cavale donc de set en set, jonglant avec les coups de fil incessants des départements et composant avec les caprices des stars, le harcèlement des commères de tabloïds et sa propre vie privée. Sans oublier qu'un studio concurrent cherche à le débaucher avec une offre mirobolante.

Tout s'accélère quand Baird Whitlock, un comédien aussi populaire qu'idiot, se fait enlever. Il est conduit dans une villa qui tient lieu de repaire à un groupe de scénaristes d'extrême gauche s'estimant spoliés par les majors et voulant, pour se venger, les rançonner tout en glissant dans leurs scripts des messages pro-communistes. Whitlock est endoctriné en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire tandis que Mannix cherche à remonter le cours des événements ayant précédé la disparition de sa vedette.

Joel et Ethan Coen ont écrit, réalisé, monté le film, avec à la photo le génial Roger Deakins : le résultat est somptueux et reconstitue à merveille l'ambiance effervescente d'un studio de l'époque, le faste des productions, la diversité des genres mis en scène. De fait, on passe, en suivant Mannix, d'un plateau à un autre, et on découvre les coulisses d'un ballet aquatique façon Bubsy Bekerley avec une sirène imitant Esther Williams, puis un western avec un cowboy chantant comme Ricky Nelson, une comédie musicale à la Gene Kelly-Stanley Donen et une comédie sophistiquée comme Ernst Lubitsch ou Billy Wilder en tournaient, sans oublier le péplum avec un simili Robert Taylor.

Ce qui est fou, c'est que le faste apparent de ces films dans le film ne font pas de Avé, César ! un gros budget : il n'a coûté que 22 M $ (et en a rapporté le triple) ! Tout le savoir-faire des Coen éblouit, mais toujours au service d'un scénario puisque tous les protagonistes ont un vrai rôle dans l'intrigue (même si DeeAnn Moran est plus périphérique). On a en tout cas rarement vu une telle anthologie, dégageant une telle bonne humeur.

La matière est dense mais le traitement léger, aérien même : les Coen sont toujours aussi facétieux, riant gentiment de la bêtise des vedettes, de la mesquinerie des commères (les soeurs Thacker s'inspirent d'Hedda Hopper et Louella Parson, deux chroniqueuses mondaines redoutables de l'époque), sans occulter le pathétique des sympathisants communistes dans l'industrie qui allaient être sacrifiés par le maccarthysme et lâchés par les soviétiques. Les deux cinéastes pimentent le tout de références qui échapperont au plus grand nombre mais qui ne manquent pas de saveur : par exemple, Hobbie porte un dentier comme Clark Gable, Baird est un homo honteux comme Laurentz et cela renvoie à des précédents comme Cary Grant et George Cukor. Mannix lui-même, s'inspire d'un homonyme qui travaillait pour la MGM. L'affaire de la grossesse de DeeAnn Moran est calquée sur celle de Loretta Young. Et même le petit rôle de la monteuse C.C. Calhoun tenu par Frances McDormand ressemble à s'y méprendre à Leni Riefenstahl. Quant aux scénaristes de la liste noire, ils furent innombrables, mais on peut retenir les noms de Abraham Polonsky, Jules Dassin, etc.

Pour le casting, à l'image d'un Wes Anderson ou d'un Quentin Tarantino, tout le monde se battait alors pour figurer dans un opus des Coen : ils ont donc pu diriger Scarlett Johansson (sublime), George Clooney (hilarant), Channing Tatum (épatant), Tilda Swinton (extraordinaire dans un double rôle), Alden Ehrenreich (parfait), Jonah Hill (troublé et on le comprend...), Ralph Fiennes (magistral). Allant de l'un à l'autre avec une élégance autoritaire impeccable, Josh Brolin est excellent de bout en bout.

Salut romain et pouce en l'air pour cette pépite.