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samedi 11 juillet 2026

BLACK CAT #12 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Le Punisher retient prisonnière Black Cat depuis quatre jours en espérant qu'elle finira par s'excuser d'avoir tué son chien. Mais elle y est d'autant moins disposée qu'elle tient maintenant à se venger de son geôlier pour l'avoir retenu captive...


Le deuxième partie de cette histoire (qui se conclura le mois prochain avant que la série ne soit impactée par l'event Queen in Black) est aussi drôle que mouvementée. Black Cat a malencontreusement tué le chien du Punisher alors qu'elle fuyait des malfrats qu'elle avait dépouillés. Frank Castle a d'abord voulu venger son chien avant de réclamer des excuses à Felicia Hardy.


Quand cet épisode démarre, Black Cat est détenue dans une cellule improvisée depuis quatre jours (et autant de nuits) et il n'est pas question pour elle de s'excuser. Au contraire, elle est résolue à infliger une correction au Punisher pour l'avoir enfermée. Pour cela, elle doit d'abord s'évader, ce qui ne sera pas aisé... Car le Punisher semble immunisé contre la malchance qu'elle attire pourtant d'habitude contre ses adversaires.


G. Willow Wilson s'amuse beaucoup et son enthousiasme est communicatif. Elle s'interroge surtout sur la réalité du pouvoir de Black Cat : peut-elle porter malheur à ceux qui la contrarient ? Ou bien ses talents de voleuse et d'acrobate suffisent-ils pour les dominer ? Face à un homme aussi pragmatique que Frank Castle, en tout cas, sa chance semble tourner.
 

Mais la logique de Castle est aussi battue en brèche : lui aussi a une vision binaire du monde qui l'entoure. Tout individu qui contrevient à ses devoirs ou à la loi mérite une leçon (fatale dans le second cas). Il ne veut pas tuer Black Cat mais qu'elle s'excuse, sincèrement, d'avoir tué son animal de compagnie, qui représentait la partie la plus compassionnelle de son caractère.

Entre la captive et son geôlier, c'est donc une inévitable escalade. Et Black Cat ne fait rien pour en rester là, y compris quand elle échappe au Punisher, prêt, lui, à laisser tomber. L'aventure devient une pure comédie où chacun ne sait plus s'arrêter avant que l'affaire ne devienne incontrôlable. Et le cliffhanger de l'épisode montre, de manière délirante, à quel point l'affrontement prend une envergure ahurissante.

C'est donc un régal à lire, d'autant plus parce que c'est Andrés Genolet qui assure les dessins et que son trait très expressif sied à merveille au récit. Sans avoir à appuyer son découpage pour souligner les excentricités du script, l'artiste nous fait partager les émotions de deux personnages coincés dans leurs choix jusqu'au moment où ils ne maîtrisent plus rien du tout.

En ce sens, je crois que Genolet est plus doué que Melnikov, l'autre dessinateur de la série, qui ne possède pas la même subtilité pour animer les personnages. Melnikov est doué quand ça bouge et que l'action domine. Genolet l'est aussi, mais en plus il a cette capacité à représenter les réactions par des mimiques plus variées et irrésistibles.

Black Cat continue donc d'être un divertissement savoureux et atypique dans la production super héroïque majoritairement sérieuse. Pourvu que ça dure encore longtemps !

mercredi 10 juin 2026

BLACK CAT #11 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Black Cat a renoué avec ses activités de voleuse. Et c'est en cherchant à semer des malfrats qu'elle a dépouillés qu'elle écrase malencontreusement un chien. Mauvaise pioche : il s'agissait d'un clébard adopté par Frank Castle, le Punisher !


Alors que le premier tome de la série vient de paraître en vf chez Panini Comics, Black Cat entame un nouvel arc après l'aventure qui l'a entraînée dans la zone négative en compagnie de Mary Jane Watson/Venom. C'est aussi le onzième numéro d'un titre qui était donné condamné au #10, donc ça se fête. Et G. Willow Wilson est bien décidée à nous distraire.


L'argument de départ est simple mais savoureux : on observe le Punisher en train de préparer l'exécution d'un quelconque malfrat lorsqu'il est distrait par un chien errant. Sa cible s'étant envolée entre temps, il adopte le toutou et l'emmène même en mission. C'est alors que surgit Black Cat au volant d'un bolide, fuyant d'autres malfrats et écrasant le chien.


Wilson est une des rares scénaristes chez qui je trouve que l'emploi de la voix off est bien exploitée. Le plus souvent, les auteurs actuels utilisent cela pour commenter l'action de manière redondante, ou en essayant de faire de l'ironie mal placée (et pas marrante surtout). Au point que je me demande si une décision éditoriale forte ne serait pas d'interdire le recours à cet artifice.
 

Wilson, elle, s'en sert pour donner une profondeur, parfois sarcastique, à sa série. Par exemple, pour cet épisode, les premières pages mettent en scène exclusivement le Punisher, contrarié dans son job par ce chien errant qu'il décide d'adopter et auquel il se lie. En voix off, Black Cat philosophe sur la chance et la malchance, en écho à son seul "super" pouvoir qui consiste à coller la poisse à ses adversaires.

Sauf qu'elle n'a aucun contrôle sur ce pouvoir. Parfois cela fonctionne, parfois non. C'est totalement aléatoire. Et comme elle l'explique, la chance de l'un peut devenir la malchance d'un autre et vice-versa. Ce qu'illustre l'histoire de cet épisode, qui n'est que la première partie de l'arc. Car, elle va l'apprendre à ses dépens, parfois c'est elle qui a la poisse.

Et quoi de plus malheureux que de s'attirer les foudres du Punisher ? Certes Black Cat n'est pas une criminelle que vise habituellement Frank Castle, plutôt préoccupé par des tueurs, des mafieux, toute cette engeance comparable à celle qui a éliminé sa famille. Mais Black Cat a quand même tué son clébard et, tel John Wick, il n'entend pas laisser cela impuni.

Même si c'est un accident... On retrouve ce même humour piquant qui fait le sel de la série depuis le début du run de Wilson, comme quand Felicia Hardy tente d'attendrir Castle, pensant que son décolleté et ses remords suffiront (sauf que non). Les dialogues sont vifs, et le face-à-face Black Cat-Punisher fonctionne à plein.

Cette fois, Gleb Melnikov cède à nouveau sa place à l'excellent Andrés Genolet. Même si j'aime beaucoup ce que produit Melnikov sur la série, c'est vrai que, ayant adoré la prestation de Genolet sur She-Hulk, j'ai quand même tendance à trouver ce que fait ce dernier supérieur. Pour que ce soit parfait, il faudrait idéalement que Melnikov dessine un arc, et Genolet le suivant, en alternance.

Avec deux artistes aussi bons, et en même temps différents, la série serait parfaite. Mais; quoi qu'il en soit, elle l'est déjà. Black Cat, c'est drôle, malin, efficace, frais, superbement écrit et illustré. Qu'attendez-vous pour l'essayer ?!

mercredi 13 mai 2026

BLACK CAT #10 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat et Venom surprennent J. Jonah Jameson dans la chambre forte de la zone négative et découvrent qu'il y possède une pièce entière contenant des dossiers compromettant sur des super-héros et leur entourage. Pourtant il jure ne pas être le maître-chanteur qui s'en est pris à Mary Jane Watson...
 

Avec cet épisode se conclut l'arc qui a vu Black Cat faire équipe avec Venom, pour aider le nouvel hôte du symbiote, c'est-à-dire Mary Jane Watson. Le dénouement pourra décevoir dans la mesure où la scénariste G. Willow Wilson révèle ce que MJ redoutait qu'on apprenne sur son passé, mais pourra aussi combler ceux qui apprécient la série pour sa légèreté. 


En fait, Black Cat, c'est cela : une série qui refuse obstinément de se prendre au sérieux, qui refuse le drama. Alors, oui, les comics super héroïques se nourrissent de dramas et y tourner le dos, c'est une sorte d'affront, de blasphème. Mais c'est aussi une bouffée d'air frais car cela prouve qu'on peut encore s'amuser des clichés attachés au genre.


C'est en tout cas la raison pour laquelle j'apprécie tant cette série : je ne croyais pas que Marvel soit encore capable de produire ce genre de titres. Marvel, c'est devenu très compliqué depuis quelques années et ça le restera encore tant que C.B. Cebulski restera l'editor-in-chief (ça fera dix ans l'an prochain).


On peut se demander comment celui qui s'est taillé une réputation de dénicheur de talents a pu devenir un patron aussi médiocre, renonçant à toute ambition artistique pour Marvel, et cela donne envie de réévaluer son prédécesseur Axel Alonso. Mais Black Cat montre qu'il laisse une série atypique avoir sa chance, en la confiant à des auteurs qui veulent vraiment faire quelque chose du personnage (en tout cas autre chose qu'un second rôle dans Amazing Spider-Man).

Jed MacKay avait écrit Black Cat comme une série d'aventures mettant l'accent sur le rôle de voleuse de Felicia Hardy. G. Willow Wilson lui a préféré une autre voie en interrogeant ce qui fait l'ambiguïté du personnage, à savoir si elle est une vilaine ou une anti-héroïne. Elle développe cette réflexion sans se prendre au sérieux, en soulignant la difficulté à convaincre qu'on peut changer.

Cet arc avec Venom synthétise le propos de Wilson puisque Black Cat a la possibilité d'aider concrètement une personne qui a toujours douté d'elle, dont elle a toujours été la rivale sentimentale. Est-ce à dire que Black Cat est désormais une héroïne, que tout le monde est persuadé de sa reconversion. Loin s'en faut.

Mais en tout cas, alors que la série a survécu au cap des dix épisodes (limite avant l'annulation), on peut à présent espérer que Marvel laisse Wilson aller encore plus loin. Ce ne sera jamais un best-seller, mais si ça pouvait convaincre l'éditeur qu'il y a encore une place chez lui pour une petite série avec une communauté de fans fidèles, ce serait déjà une grande victoire.

Gleb Melnikov a su saisir la balle au bond et prouver lui aussi qu'il méritait qu'on lui confie un titre mensuel. Pour une fois, on a là un transfuge de DC à qui Marvel accorde sa confiance. Il dessine cette série dans un registre cartoony qui correspond bien à l'humeur des scripts de Wilson, qui fait tout le charme et le sel de ce projet.

Rendez-vous maintenant dans un mois pour une nouvelle aventure - et pour de nombreux autres épisodes !

lundi 11 mai 2026

POISON IVY, VOLUME 7 : AMUSE-BOUCHE (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Davide Gianfelice, Mark Buckingham)


POISON IVY, VOL. 7 :  AMUSE-BOUCHE
(Poison Ivy #38-41 + Annual 2025)


- POISON IVY #38-41 (G. Willow Wilson / Marcio Takara : 38-39, Davide Gianfelice : 40-41) - Trahie par Janet, Poison Ivy la traîne dans les bois sans savoir si elle va la tuer ou non. Elle veut d'abord confronter Bog Venus et ce dernier lui commande de cesser d'aider Xylon, son rival. Ivy conclut un marché...


... Après quoi, à nouveau à l'abri des regards dans la ville fantôme de Marshview, Ivy entreprend de guérir Janet du mal qui la ronge. Cependant, Mr. Undine entraîne les membres de l'Ordre des Chevaliers Verts jusqu'à Marshview pour échapper aux forces de l'ordre de Seattle. Poison Ivy arrive en même temps pour inviter Ivy a regagner Gotham...


Là-bas, Ivy ne tarde pas à attirer l'attention de Vandal Savage, le commissaire du G.C.P.D., qui la malmène pour qu'elle lui obéisse. Jetée en prison, Ivy change de tactique : elle décide de briguer le poste de maire de Gotham !


Ce septième tome de la série ne paraîtra en vo qu'en Juillet prochain (et Dieu sait quand en vf) mais je vous fais part de ma critique sur les cinq nouveaux épisodes qu'il contient et l'Annual 2025 qui complète son sommaire. Dis ainsi, le programme peut sembler maigre mais l'Annual fait une quarantaine de pages, l'équivalent d'un numéro double.

G. Willow Wilson conclut d'abord ce qu'elle avait laissé en suspens dans le tome précédent avec les épisodes 38-39. Janet Mitchell a trahi Poison Ivy en s'alliant à Bog Venus, une entité primordiale appartenant au Parlement des Arbres qui ne supporte pas que Pamela Isley collabore avec Xylon le Gris, une entité rivale et mortifère.

Pour faire plier Ivy, Bog Venus a dévoilé la ville fantôme de Marshview aux yeux des autorités de Gotham et la police a effectué un raid qui a forcé Pamela à fuir pour rejoindre Seattle, via un passage interdimensionnel, où est basé l'Ordre des Chevaliers Verts qui en fait son égérie, au grand dam de Bella Garten.

Refusant d'abord cette place de leader, Ivy s'est ravisée en comprenant qu'elle tenait là une armée prête à lui obéir et à accomplir ses actions écoterroristes. Elle a détrôné Bella en la privant de ses pouvoirs et découvert au même moment que Janet l'avait donc trahie. Prête à la tuer, elle veut aussi négocier avec Bog Venus pour qu'il restaure la protection de Marshview.

Sans rien dévoiler de ce que cette explication donne, on peut dire que Ivy tranche dans le vif et s'attire l'ire d'un puissant ennemi. Mais dans le même mouvement, elle comprend, en même que Janet, que celle-ci a été dupée et n'a jamais voulu la blesser sciemment. Même si elle lui explique que tous ceux qui tentent de l'aimer finissent par en souffrir.

L'autre conséquence de tout cela, c'est que Ivy pardonne donc à Janet et la guérit. Mais cette guérison est surtout une transformation qui devrait avoir des prolongements sur la durée pour le personnage de Janet. G. Willow Wilson a réussi à faire de cette jeune femme un peu godiche un second rôle essentiel dans la série, un peu au détriment de la romance historique entre Ivy et Harley Quinn.

Toutefois Harley n'est jamais bien loin et peu jalouse. C'est sans doute la seule à échapper au sort funeste de ceux qui veulent être aimés de Ivy. Wilson écrit Ivy d'une manière fascinante, comme une créature qui a accédé à un stade de son évolution où elle peut à tout moment se détacher de son humanité, ce qui fait qu'elle repousse constamment ceux qui s'attachent à elles.

Et en même temps elle reste profondément humaine et faillible, liée à sa condition première de femme, d'humaine, tiraillée entre une idéologie écoterroriste et une ambition de changer le monde, de préserver la nature en cherchant le compromis, à dépasser son statut de vilaine. Cette Ivy-là est encore dépendante de ses désirs, de son coeur, qui la font chavirer tantôt dans les bras de Harley, tantôt dans ceux de Janet.

En termes de caractérisation, c'est le portrait d'un personnage très fouillé, tourmenté, dense, complexe, et passionnant. Le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser, comment l'appréhender, ce qui montre que la scénariste est parvenue à dépasser les clichés. Et ce n'est pas fini comme le prouve les deux autres épisodes suivants.

En effet, Ivy revient à Gotham en sachant qu'elle remet les pieds en territoire hostile, entre l'ombre de Batman et celle, désormais, de Vandal Savage, devenu le commissaire principal du GCPD (un reliquat du run de Chip Zdarsky sur la série Batman, heureusement encore exploité). Batman, à vrai dire, n'est plus en position favorable, il est même devenu, comme on l'a vu dans les premiers épisodes du run de Matt Fraction l'homme à abattre, l'ennemi public n°1.

Ivy va donc devoir composer avec Vandal Savage et elle ne gagne pas au change. Savage est brutal, tyrannique. Il veut contrôler Gotham et a, sous ses ordres, Marie Henley, une informaticienne surdouée qui a mis au point un système de surveillance et de prédiction criminelle basé sur l'intelligence artificielle. 

Mais cette machinerie consomme énormément d'énergie et d'eau. Ivy, pour espérer négocier avec Savage, doit collaborer afin que la climatisation de ce système soit efficace. Bien entendu, après avoir fait mine d'accepter ce deal, poussée dans ses retranchements, elle n'y tient plus, se rebelle (très violemment) et atterrit dans une cellule, en attente d'être transféré dans la prison Supermax pour métahumains.

C'est alors qu'elle a l'idée d'une riposte plus ciblée et stratégique : être élue maire de Gotham ! Alors, oui, je spoile, mais ce n'est pas si grave parce que ce qui compte dans ce rebondissement, c'est qu'il ouvre une nouvelle ère pour la série et son héroïne. Mais pas que ! Puisque, vous l'aurez compris, le succès du projet de Ivy va impacter la série Batman (qui s'est chargée de divulgâcher l'issue du vote).

Wilson place donc Poison Ivy dans une situation inédite pour elle, sans nul doute la position la plus importante que le personnage ait connue. Ce n'est pas loin de la période où Lex Luthor fut Président des Etats-Unis. Et évidemment, on se doute bien que la cohabitation Ivy-Savage ne sera pas un long fleuve tranquille (même si Fraction a déjà posé que les deux s'entendraient pour stopper Batman).

Les dessins sont assurés par Marcio Takara dans un premier temps et si on sent une légère fatigue de sa part, il produit encore de fort belles planches. J'aime toujours autant la façon dont il représente Poison Ivy, exactement à mi-chemin entre la déesse de la nature et la femme fatale. De manière générale, Takara brille avec les personnages féminins qu'il réussit à croquer avec ce mélange de puissance, de sensualité, de monstruosité aussi, et d'élégance.

Puis Davide Gianfelice le remplace sur la fin et on devine que sa prestation, brève mais très convaincante, lui a permis de décrocher la place de dessinateur régulier sur Catwoman depuis peu. L'italien a un trait plus nerveux que Takara, mais qui convient parfaitement pour illustrer le face-à-face très tendu entre Ivy et Vandal Savage.

On assiste donc à un vrai tournant pour la série, alors qu'elle franchit le cap des 40 épisodes et qu'elle peut voir encore loin avec une scénariste toujours aussi bien inspirée et entourée.

*

- POISON IVY ANNUAL 2025 (G. Willow Wilson / Mark Buckingham) - Ivy trouve Tuuru, l'arbre de la connaissance qui accepte de partager son savoir. En croquant dans une pomme, elle est propulsée dans un passé médiéval où elle incarne la Dame du Lac et fait face à un jeune roi, à son épouse et à leur machiavélique conseiller...


Cet Annual 2025 est comme souvent l'occasion de faire un pas de côté. Le récit ne cite pas les intrigues en cours mais se déguste comme une fable. Et ça ne peut pas être un hasard que ce soit justement le dessinateur de Fables qui se soit occupé de dessiner ce numéro spécial : Mark Buckingham (qui s'encre aussi pour l'occasion, avec aux couleurs son fidèle partenaire Lee Loughridge).

G. Willow Wilson s'amuse à déplacer Poison Ivy dans le cadre des légendes arthuriennes puisqu'elle fait de Pamela Isley la Dame du Lac. Le roi qu'elle rencontre est peut-être Arthur, en tout cas l'histoire traite du pouvoir qui corrompt et des conseillers ambitieux qui distinguent bien ce qu'est gouverner et et régner.

La métaphore n'est cependant pas si déconnectée des épisodes qui composent ce volume puisque, dans le présent, Vandal Savage veut régner sur Gotham tandis que Poison Ivy veut gouverner la ville. Bien que parfois alourdie par un discours moralisateur (sur la prédation humaine), l'histoire ici contée ne manque pas de charme et révèle même, dans son dénouement, une surprise sur qui a vraiment trahi.

La prestation de Buckingham est comme d'habitude magistrale. Les décors sont extraordinaires (comme vous pouvez le constater sur la double page ci-dessus) et la narration est d'une fluidité exemplaire. Buckingham est un héritier de Kirby : ses planches comptent peu de cases et chaque plan va à l'essentiel, mais il est moins rugueux, moins direct et punchy que le King of comics.

Après la fin disons compliquée qu'a connu Fables, c'est un plaisir en tout cas de relire des pages de Buckingham, qui, depuis, a renoué avec Marvel pour des projets moins excitants hélas...

jeudi 9 avril 2026

BLACK CAT #9 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov, Andrés Genolet)


Suite à la découverte d'un artefact dans la chambre forte de la zone négative, Black Cat et Mary Jane Watson sont propulsées dans un passé alternatif. Peter Parker n'a jamais été mordu par une araignée radioactive, Gwen Stacy n'est pas morte... Et si c'était une chance à saisir ?


Alors, tout d'abord, un point sur la série : dans les dernières sollicitations Marvel pour le mois de Juin prochain, on a pu voir que Black Cat #11 serait publié. Ce qui signifie que le titre n'est pas annulé. Mais ça reste à confirmer et pour cela il faudra attendre le catalogue pour Juillet (qui devrait être disponible la semaine prochaine). 


Je reste donc prudent même si je suis heureux que ça ne se termine pas au #10 comme la rumeur le suggérait. Ce qui paraît plus certain en revanche, c'est que le mois prochain s'achèvera cet arc avec Black Cat et Mary Jane Watson/Venom, dont l'intrigue connaît ici un sort qui est loin d'être un simple amusement.


G. Willow Wilson est une scénariste qui excelle dans la caractérisation de ses personnages : elle réussit souvent à les rendre sinon réalistes en tout cas multidimensionnels, ce ne sont pas de simples héros ou méchants, d'un bloc. C'est particulièrement remarquable dans Poison Ivy et, si elle s'est montrée d'humeur plus légère avec Black Cat, cette fois elle se fait un peu plus grave.


Souvent les bons scénaristes se distinguent par leur capacité à faire ressortir des personnages quelque chose de riche, de profond, alors même que leur situation récente frustre les fans. Et c'est ce qui se passe ici avec MJ Watson, dont beaucoup se demandent ce qui a pris à Marvel d'en faire l'hôte de Venom ou de la marier à Paul Rabin.

Si j'aime beaucoup l'idée d'en avoir fait Venom, il est vrai que Paul Rabin est un vrai caillou dans la chaussure, c'est un peu le Terry Long moderne (référence au mari de Donna Troy dans New Teen Titans). Sans charisme, introduit de manière grotesque, il est devenu ce type que personne ne peut supporter. D'autant plus quand on a lu Ultimate Spider-Man par Hickman où Peter et MJ formaient un couple avec enfants.

En attendant de savoir ce que Paul Rabin deviendra (même si le crossover Death Spiral donne une indication...), G. Willow Wilson avec son voyage dans une temporalité alternative explore ce qui aurait pu advenir des "femmes de Peter Parker". Une sorte de mini What if...? en somme, où Gwen Stacy ne serait pas morte (et mariée à Flash Thompson), où Felicia Hardy aurait épousé Peter, où MJ serait devenue une star de cinéma...

Mais, cruauté savoureuse, Wilson ausculte aussi ce qui se serait certainement passé avec les années qui se seraient écoulées dans ce monde-là. Felicia Hardy rejetée par ses enfants, MJ doublée par de plus jeunes actrices. Subsiste l'amitié entre elles deux et la prise de conscience commune et simultanée que, finalement, leurs vraies vies valent quand même le coup.

La mélancolie, à peine perturbée par un saut dans un futur complètement zinzin lui, rend l'épisode étonnamment touchant. Etonnamment parce qu'on est saisi par la lucidité de ce que les deux héroïnes traversent. Et aussi parce qu'on ne s'attendait pas à ça après 8 épisodes plutôt rigolos, bondissants, décalés. Black Cat est décidément une série surprenante.

Et la dernière page ménage un rebondissement intrigant qui pourrait révéler l'identité de celui qui veut compromettre MJ...

Gleb Melnikov se montre très à l'aise dans ce registre plus intimiste et son trait très expressif convient à merveille au script de Wilson. Andrés Genolet vient lui prêter main forte et dessine les pages 15 à 19 (la scène dans le futur) en réussissant à imprimer rapidement sa marque (bon sang, donnez à Genolet une série ! Il mérite mieux que de jouer le fill-in).

Plus que jamais j'espère que Black Cat va durer parce que c'est vraiment un projet très sympa, formidablement écrit et dessiné, et qui fait du bien à Marvel.

jeudi 12 mars 2026

BLACK CAT #8 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat et Venom sont arrivés dans la zone négative pour y chercher une vidéo compromettante pour Mary Jane Watson, l'hôte du symbiote. Pour accéder à la chambre forte où se trouve ce qu'elles cherchent, elles sont confrontées à un sphinx qui leur donne une énigme à résoudre...


On saura dans quelques jours (probablement à la fin de la semaine prochaine), avec la communication des sollicitations des comics Marvel pour le mois de Juin, si Black Cat sera encore au programme. Mais l'espoir est mince et il faut désormais se faire à l'idée que cette série va disparaître après dix numéros, le seuil que l'éditeur fixe à un titre pour savoir s'il est viable.


Quand on prend cette donnée en compte, on lit différemment chaque épisode qui reste, parce que d'abord on se demande si les auteurs resteront mobilisés jusqu'à la fin et, si c'est le cas, si, dans le temps imparti, ils sauront proposer une fin honorable. C'est une situation extrêmement ingrate que celle d'écrire une série condamnée tout en veillant à ce que ceux qui la lisent ne soient pas déçus.


G. Willow Wilson se trouve dans une position étonnante : elle connaît un succès d'uns stabilité remarquable chez DC avec Poison Ivy, personne à qui elle a apporté une crédibilité et une importance dépassant le cadre de sa série, tout en ayant échoué à convaincre les fans de Marvel à acheter Black Cat comme jadis ils avaient plébiscité sa réinvention de Ms. Marvel.


Elle pourrait s'en ficher et se contenter de livrer les épisodes de Black Cat qu'il lui reste à rédiger sans forcer, et, ma foi, qui pourrait lui en vouloir ? Quand vous signez une série dont tout le monde, ou presque, se moque, pourquoi faire des efforts ? Mais le professionnalisme d'un scénariste se vérifie aussi dans ces moments-là.

Pourtant G. Willow Wilson a choisi une option intermédiaire : s'il faut baisser le rideau sans s'épuiser, autant le faire, au moins, dans la bonne humeur. C'était son crédo depuis le début : transformer les (més)aventures de Black Cat en une production légère, ironique, un brin méta. Donc conclure ce run de la même manière a au moins le mérite de la cohérence.

Il ne se passe, objectivement, rien de consistant dans la vingtaine de pages de ce mois-ci : Black Cat et Venom/MJ Watson errent dans la zone négative, tentent d'échapper à l'ire d'un sphinx, entrent dans une chambre forte comme dans un moulin, y trouvent un artefact surpuissant... Mais, en vrai, il ne s'y passe délicieusement rien.

Son intrigue vouée aux oubliettes comme son projet, Wilson se concentre plutôt sur la relation entre MJ Watson et Felicia Hardy : les deux femmes ont beaucoup en commun tout en étant très différentes. Elles ont eu le même amant (Peter Parker/Spider-Man), mais MJ a aimé Peter tandis que Felicia était plus attirée par Spidey.

Aujourd'hui, Black Cat tente d'être une héroïne quand MJ est devenue l'hôte d'un symbiote considéré comme un méchant. Leurs trajectoires croisées nourrissent des dialogues piquants où le cynisme de l'une se heurte à la naïveté de l'autre et inversement. Les deux femmes apparaissent en fait comme les deux faces d'une même médaille, surtout à ce moment de leur existence.

Editorialement aussi, c'est intéressant à apprécier car pour que MJ ne soit plus réduite au love interest d'un homme, on en a fait l'hôte de Venom, tandis que, pour la relancer, on a misé sur une série qui ferait de Black Cat une authentique héroïne. La popularité de Venom, comme série et personnage, a permis à MJ d'être en quelque sorte transcendée, là où l'ambition héroïque de Black Cat n'a pas suffi.

Visuellement, c'est aussi plus troublant : Gleb Melnikov se détache de tout réalisme académique, le style dominant de tout comic-book super héroïque, mais, ce faisant, il souligne l'expressivité des personnages, leur humanité, leur côté décalé. C'est parfaitement raccord avec le traitement de Wilson et cela change du tout-venant de la production.

C'est bien dommage que les fans n'aient pas adhéré, même si ceux-ci ont peut-être aussi été échaudés par la direction "compliquée" de Marvel ces temps-ci. Dans ce contexte, une série atypique comme celle-ci a du mal à se faire une place, les lecteurs préférant des titres plus conventionnels, plus rassurants. Même s'il existera toujours des exceptions à cette règle, Black Cat n'en aura pas fait partie.

jeudi 12 février 2026

BLACK CAT #7 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


De fort mauvaise humeur après avoir commis l'erreur de lire les commentaires sur Internet à son sujet, Black Cat appelle son ami Boris pour qu'il lui trouve une mission. Toutefois, il s'en présente une à elle spontanément quand Mary Jane Watson, à qui elle doit une faveur, lui demande de l'aider à récupérer un enregistrement vidéo compromettant pour sa carrière d'actrice et se trouvant dans... La zone négative !


Combien de comics pourriez-vous spontanément citer que vous qualifieriez de feel good ? Pas de masses ces temps-ci, je pense. Evidemment, c'est un peu la règle du jeu de ce genre de littérature : le drame, le mélodrame, sont de mise, il faut que les héros soient toujours confrontés à des crises, intérieures ou extérieures à eux-mêmes.


C'est un peu l'équivalent de la célèbre formule : "on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments". Mais, et c'est peut-être ce qui correspond à l'époque, les auteurs de comics n'ont pas le coeur léger, ou du moins le coeur à nous faire rigoler. Qui oserait aujourd'hui écrire un titre comme Justice League International à la place de Justice League Unlimited ?


C'est pareil chez Marvel : qui oserait refaire un coup aussi détonant que Nextwave ? Même les jeunes super héros qui apportèrent un vent de fraîcheur à leur apparition, comme Miles Morales ou Kamala Kahn, sont devenus bien sérieux (pour peu qu'ils apparaissent quelque part et qu'ils aient un scénariste convenable).


La co-créatrice (avec Adrian Alphona) de Kamala Kahn tente quand même l'impossible avec Black Cat qui, au fil des mois, est devenu ma série feel good. Je n'attendais rien de cette production qui a réussi à me charmer, à me distraire, et qui continue, même sous la menace d'une probable annulation comme la rumeur le laisse entendre.

Encore une fois, cet épisode prouve qu'on peut délivrer les éléments de langage propres aux comics traditionnels (avec du drame, de l'action, du suspense, de l'aventure) sans se prendre trop au sérieux. Ce qui accréditera les soupçons d'annulation prochaine, c'est que, à nouveau, Felicia Hardy fait équipe avec un personnage populaire et on sait que ce procédé est censé attirer des lecteurs jusqu'ici indifférents.

La couverture montre donc Black Cat et Venom mais aussi Mary Jane Watson. Si vous ne suivez pas l'actuelle série Venom, écrite par Al Ewing, je suis désolé de vous spoiler mais sachez qu'à présent l'hôte du symbiote n'est autre que MJ Watson. L'idée peut sembler saugrenue, pourtant Ewing a réussi à la rendre pertinente et surtout à renouveler de manière tonique la série Venom grâce à elle. (Promis, dès que je trouve du temps, j'y reviendrai.)

Avant cela, Felicia Hardy se rend compte que ses récentes mésaventures sont toujours au coeur des discussions et alimentent les commentaires de haters sur les réseaux sociaux (sa sortie avec Daredevil le mois dernier lui vaut des remarques acerbes des fans de l'homme sans peur). Pourtant, elle n'en démord pas et persévère dans son désir de convaincre qu'elle peut être du bon côté de la loi.

C'est là que Mary Jane croise son chemin sous l'apparence de Venom. Comme elle avait payé sa caution la dernière fois qu'elle a été arrêtée, elle convainc Black Cat de l'aider en retour à récupérer un enregistrement vidéo qui compromet sa carrière si un maître-chanteur la fait circuler. Problème : ledit enregistrement est à l'abri dans la zone négative !

Cette histoire est en deux parties et la conclusion aura lieu le mois prochain. G. Willow Wilson prend son temps pour exposer ce qu'elle doit afin que le lecteur ne soit pas perdu : elle explique donc comment MJ est devenue Venom, pourquoi elle a besoin de Black Cat, comment accéder à la zone négative (sans passer par le Baxter building), etc.

Si c'est donc un peu décompressé, on ne s'ennuie pas. Les planches de Gleb Melnikov, de retour après le break du mois dernier, sont toujours aussi énergiques, avec un découpage ingénieux, qui met aussi bien valeur l'accablement qui gagne Black Cat que les apparitions de Venom. C'est un plaisir de voir à quel point l'artiste traduit bien visuellement ce script.

Et j'espère vraiment, mais vraiment, que Marvel ne va pas annuler cette délicieuse série au #10. Parce qu'on a enfin une bonne équipe créative pour faire vivre Black Cat, que c'est une série si fun. Ce serait là, pour le coup, pas du tout feel good.

samedi 17 janvier 2026

POISON IVY, VOLUME 6 : A DEATH IN MARSHVIEW (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Brian Level, Ataghun Ilhan)


POISON IVY, VOL. 6 : A DEATH IN MARSHVIEW
(Poison Ivy #31-37)


Poison Ivy se cache désormais avec Janet Mitchell dans la ville fantôme de Marshview et souhaite en découvrir les origines. Elle fait appel à son ancien adversaire Peter Undine qui, grâce à ses pouvoirs, peut révéler les secrets de cet endroit, qui fut un chantier immobilier abandonné après l'échec des promoteurs pour en purger les marécages.


Un seul individu a survécu, au prix d'une atroce transformation, à la malédiction de Marshview. Poison Ivy et Peter Undine tentent de le combattre, sans succès. Janet se réfugie dans la forêt où elle invoque Bog Venus, l'esprit du Vert, qui résout le problème après avoir passé un marché avec la jeune femme pour obliger Ivy le servir...


Ignorant ce à quoi a consenti Janet, Ivy voit débarquer les forces du G.C.P.D. (Gotham Central Police Department) en se demandant comment elles ont pu trouver Marshview qui était à l'abri des regards grâce à un sortilège. Janet et Peter Undine s'enfuient, l'une à Gotham, l'autre à Seattle, pour chercher des renforts, du côté de Killer Croc d'une part, et des Chevaliers Verts de Bella Garten d'autre part.


Leur intervention se solde par l'arrestation de Killer Croc mais Ivy et Janet doivent quitter Marshview pour se réfugier à Seattle auprès de Bella Garten. Toutefois celle-ci n'apprécie pas le retour d'Ivy qu'elle soupçonne, à raison, de vouloir prendre les rênes des Chevaliers Verts. Cependant, l'état de santé de Janet se détériore gravement et Peter Undine prédit qu'elle va mourir...


Avant de passer à la critique de ce recueil, qui rassemble les épisodes 31 à 37, vous pourrez, en cliquant sur le tag Poison Ivy constater que j'ai remplacé les titres et les couvertures des précédents albums de la série par leur version originale. En effet, las d'attendre que Urban veuille bien annoncer les dates de parution de leurs tomes, j'ai vendu ma collection pour la racheter en vo, ce tome 6 compris qui est sorti le 13 Janvier 2026 (alors qu'en vf, il faudra attendre début Mars).


Comme Urban reprend le contenu des tpb vo, si vous suivez encore la série en vf, vous ne serez pas perdus avec mes critiques, même si elle risque de vous spoiler un peu, auquel cas attendez un peu avant de les lire. Bon, ça, c'est dit, c'est fait. Maintenant, place à la critique de ces sept nouveaux épisodes qui, je ne vais pas tourner autour du pot, confirment l'excellence de la série.


A l'heure où j'écris ces lignes, le 40ème numéro de Poison Ivy vient de paraître aux Etats-Unis. Rappelons encore une fois qu'au départ cette affaire ne devait durer que six puis douze épisodes. Je vais encore faire l'éloge de la politique éditoriale de DC qui non seulement ose miser sur des personnages qui n'ont jamais eu de série régulière mais qui soutient ces projets, leur fait de la pub, veille à la tranquillité des auteurs, etc.

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que cette semaine je vous ai parlé de l'autre série qu'écrit G. Willow Wilson chez Marvel cette fois, Black Cat, sur laquelle pèse la menace d'une annulation (et quand la rumeur court en ce sens chez Marvel, c'est hélas ! souvent plus qu'une menace). Logiquement, Black Cat va donc s'achever au #10.

Marvel a une certaine franchise, il faut le reconnaître : ils annoncent que toutes leurs séries, en dehors des incontournables de leur catalogue (X-Men, Avengers, Spider-Man), sont signées pour dix épisodes. Si les ventes sont bonnes, elle est prolongée. Sinon, on en restera là. Même ça ne signifie pas que au-delà de dix, c'est gagné : ça peut s'arrêter au #15.

Mais le problème n'est pas là. Quand un éditeur prévient à l'avance que, de toute façon, dix n°, c'est le minimum, est-ce que le lecteur a vraiment envie d'investir dans une série à l'avenir aussi précaire ? Ne vaut-il pas mieux attendre le tpb et lire les dix épisodes d'une traite ? Ou carrément zapper le titre ? 

DC fonctionne différemment. Chez eux aussi, des séries sont annulées, mais au moins ils croient à celles qu'ils lancent, ils font de la pub, du teasing, ils essaient aussi de trouver des équipes créatives attractives. Poison Ivy en est un brillant exemple. Et en ce moment, la campagne DC Next Level, le statu quo qui suivra la fin de DC K.O., bat son plein avec des annonces alléchantes (relances de Batwoman, Lobo, Firestorm, Zatanna, en attendant d'autres titres).

Et la preuve que DC mise dessus, c'est que les stars de la compagnie en parlent : Scott Snyder, Jim Lee, préparent le terrain, se démènent pour que les fans aient envie de lire ce qui arrive. Ce n'est pas le cas chez Marvel : personne n'a parlé de Black Cat par exemple. Et aucune nouvelle série n'est annoncée (par contre vous allez bouffer du Venom).

Mais bref, revenons à Poison Ivy. G. Willow Wilson consacre une partie de ces nouveaux épisodes à Marshview, cette ville fantôme invisible de tous sauf de Poison Ivy et Killer Croc (et de ceux qu'ils invitent là). Les deux premiers chapitres résolvent ce mystère en opposant Peter Undine et Poison Ivy à l'unique survivant d'une opération immobilière qui a viré à la catastrophe des années auparavant.

En soi, cette petite intrigue n'a rien de franchement passionnant (même si le flashback de l'épisode 31 est soigneusement construit). En revanche, il se passe quelque chose de décisif pour la suite quand Janet Mitchell, pour aider Ivy, fait appel l'esprit du Vert, Bog Venus. Les deux passent un marché faustien pour sauver Ivy et en même temps en faire l'alliée du Vert.

Ces deux premières parties sont dessinées par Brian Level. Je ne suis pas fan de son trait, mais il faut avouer que c'est un choix habile pour les illustrations de ce petit arc car il traduit parfaitement le côté flippant, horrifique, pourri de l'endroit. En somme, la laideur du dessin de Level correspond à celle du passé de Marshview.

Puis les trois épisodes suivants exploitent ce qu'a fait Janet à l'insu de Ivy. Marshview est désormais visible de tous, ce qui provoque l'arrivée du GCPD, désormais commandé par Vandal Savage, et qui a donc des méthodes beaucoup plus violentes. Ivy tente de contenir les forces de l'ordre pendant que Janet et Undine vont chercher des renforts chacun de leur côté.

G. Willow Wilson se sert habilement de l'aspect magique de la forêt entourant Marshview avec ces espèces d'accès spatiaux qui peuvent téléporter en un clin d'oeil qui à Gotham, qui à Seattle. Undine se trouve à Seattle et convainc les Chevaliers Verts d'aider Ivy, au grand dam de Bella Garten, la Jardinière, qui n'a toujours pas digéré que Ivy ait refusé de rejoindre sa secte d'écoterroristes.

Marcio Takara revient pour trois épisodes et une fois de plus, il accomplit un travail remarquable, d'une grande beauté, réhaussé par les couleurs somptueuses d'Arif Prianto. J'adore ce que Takara fait sur cette série depuis le début et s'il a besoin de souffler, il revient toujours à son meilleur niveau, gratifiant le lecteur d'images mémorables, avec une narration graphique simple mais éclatante.

Il y a quelque chose de faussement classique chez Takara, qui convoque à la fois l'élégance du trait et un goût pour l'horrifique, sans sombrer jamais dans la facilité, dans la complaisance. Il sait doser ses effets, rendre ses personnages charismatiques, l'action fluide, et on se trouve pris dans ce qu'il raconte parce qu'il sert admirablement, intelligemment le script de Wilson.

Enfin, les deux derniers chapitres se penchent sur Janet qui tombe malade gravement, elle est même à l'article de la mort. Ivy a négligé son amie dont elle ignore la trahison et qu'elle veut absolument sauver donc. Le dilemme est palpitant : le lecteur en sait plus que l'héroïne et attend de voir à quand cette dernière va découvrir la vérité et quelle sera sa réaction.

Wilson nous montre une Poison Ivy rattrapée par ses démons, grisée par le pouvoir, l'emprise qu'elle a sur les Chevaliers Verts, le châtiment atroce qu'elle inflige à Bella Garten. L'ambiguïté du personnage est parfaitement cernée : est-elle vraiment une ancienne méchante qui veut se racheter ? Ou une égoïste qui sacrifie ses amies pour son propre intérêt ? Ou encore une vilaine prête à basculer de nouveau du mauvais côté, lasse qu'on la persécute ?

Ataghun Ilhan, qui avait signé les dessins de Knight Terrors : Poison Ivy, revient pour conclure cette histoire en deux épisodes. On sent qu'il a à coeur de se rattraper après son premier passage calamiteux, et effectivement il produit des pages plus abouties. Il subsiste de grosses maladresses, mais globalement la copie est nettement meilleure.

Le dénouement, que je ne vais spoiler, ouvre la porte à de nouveaux rebondissements spectaculaires. Et DC comme G. Willow Wilson ont déjà teasé de grands et prometteurs développements pour l'année à venir. Qu'on se le dise : Poison Ivy n'a pas fini  de nous étonner et de nous épater. C'est décidément une sacrée série !

mercredi 14 janvier 2026

BLACK CAT #6 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Surprise en pleine nuit au lit (en charmante compagnie), Black Cat doit se présenter  devant un tribunal de vampires à cause du préjudice qu'elle aurait infligé au baron Razumovski. Elle obtient un délai d'une heure pour trouver un avocat. Et son défenseur sera Matt Murdock...


Selon le site Bleeding Cool, la série Black Cat serait prochainement annulée, au n°10 - c'est le nombre d'épisodes que donne Marvel pour décider du sort d'un titre désormais. Comme Rich Johnston, le rédac' chef de ce site, est souvent bien informé, il y a tout à craindre que le couperet va tomber en Mai prochain. Et ce sera bien dommage.


Depuis le début de sa parution, et alors qu'elle ne figurait pas dans ma liste de lecture, Black Cat a été une des meilleures surprises de la Maison des idées moisies qu'est devenue Marvel. Un projet fun, bien écrit, bien dessiné, qui s'est efforcé d'exister alors que son héroïne est éditorialement liée à Spider-Man dont le run actuel oblige G. Willow Wilson à des références constantes.


Et pourtant, la scénariste s'en sort mieux que bien : elle qui a réussi, chez DC, à imposer Poison Ivy comme héroïne d'une série régulière, et qui a créé Ms. Marvel avant que Marvel en fasse n'importe quoi, a trouvé un ton original pour divertir le lecteur. Mais il semble donc que, de lecteurs, il n'y en ait pas assez pour satisfaire l'éditeur de la série.


Alors évidemment on peut choisir de voir le verre à moitié plein et se dire qu'il vaut mieux un petit run d'une dizaine d'épisodes bien troussé qu'un autre qui s'enliserait et pour lequel Marvel ne consentirait pas davantage d'effort de promotion. Mais tout de même, c'est bien désolant de voir qu'une série aussi sympa ne plaît pas. Faut-il que les "Marvel zombies" aient pris l'habitude de lire de mauvaises choses pour ne pas aimer un titre pareil...

C'est d'autant plus triste que ce sixième épisode est particulièrement réussi. Ce n'est jamais facile d'écrire un comic book de super héros avec humour sans tomber dans parodie, mais Wilson réussit cela avec brio. Depuis le début, elle croque une Black Cat malicieuse qui brise le quatrième mur, qui tente de convaincre qu'elle peut être héroïque en luttant contre les préjugés à son encontre.

Cette fois, Wilson exploite le contentieux qui oppose le baron Razumovski, un vampire, à Black Cat : il lui reproche d'avoir fait capoter un deal avec deux jeunes mafieux et exige réparation. Elle obtient d'avoir un avocat et comme elle a croisé précédemment Daredevil, elle lui demande de contacter Matt Murdock.

Pas évident de représenter une voleuse qui n'a pas sa langue dans sa poche. Qui plus face à un vampire qui a soudoyé les juges et fait valoir qu'il connaît mieux comment gérer les affaires que son adversaire grâce au privilège de l'âge (c'est pas faux). Les dialogues sont flamboyants, dignes d'une screwball comedy, tous les curseurs poussés à fond dans le burlesque pur.

Wilson sait surtout que pour bien réussir cet exercice il ne faut pas que ses personnages cherchent à être drôle et c'est précisément pour cela qu'on ne peut réprimer de vifs éclats de rire à plusieurs reprises, les situations étant plus loufoques les unes que les autres tandis que les "acteurs" jouent au premier degré. La chute de l'épisode souligne l'insouciance de Black Cat et l'affliction de Murdock à merveille.

Ce bijou est cette fois dessiné par Andrés Genolet, qui a auparavant fait valoir ses qualités sur des séries She-Hulk (écrites par Rainbow Rowell). Si j'ai apprécié ce qu'a fait Gleb Melnikov jusque-là (et il revient au prochain numéro), la prestation de Genolet est remarquable. Son trait est superbement expressif et plus réaliste que celui de Melnikov.

Quoiqu'il arrive à la série, j'espère vraiment qu'on reverra aussi bien Melnikov que Genolet. Quant à Wilson, elle poursuit Poison Ivy chez DC, vous savez cet éditeur qui ose et qui, surtout, laisse du temps aux séries pour s'installer, et au lecteur de les apprécier. 

jeudi 18 décembre 2025

BLACK CAT #5 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat est arrêtée par l'inspecteur Shari Sebbens et les caméras sont là pour saisir la scène. J. Jonah Jameson savoure : il était convaincu qu'elle jouait la comédie et se ferait prendre. Au poste, elle retrouve en cellule le Lézard puis apprend que quelqu'un a payé sa caution : Mary Jane Watson !


C'est, normalement, avec ce cinquième épisode que la relance de Black Cat devait s'achever puisque Marvel ne croyait visiblement pas trop au projet. Et puis ils se sont donc rendu compte de leur erreur : les lecteurs ont apprécié et la série va continuer. G. Willow Wilson a refait le coup de Poison Ivy en transformant une mini-série en succès inattendu.


Bon, après rien ne dit que Marvel croit davantage à la série, mais l'éditeur devrait parce que Wilson a trouvé ce qui manquait aux précédents tentatives pour faire exister un titre Black Cat sur la durée : du style, un ton. Et surtout cette scénariste elle-même a sur se relancer, alors qu'après le succès fulgurant de la création de Ms. Marvel/Kamala Kahn, elle semblait avoir perdu son mojo.


La politique éditoriale de C.B. Cebulski est désormais de planifier au moins dix épisodes, donc on verra au mois de Mai 2026 si Black Cat survit à cette échéance. Wilson, elle, a des idées pour le personnage mais il faudra maintenant qu'elle réussisse à détacher Black Cat d'un simple spin-off d'Amazing Spider-Man, en cessant de faire référence à ce qui s'y passe.


Elle boucle donc ce premier arc narratif en concluant ce qui se jouait entre Black Cat et Tombstone. Rien ne dit que c'est définitif, mais au moins on voit les deux antagonistes régler leurs comptes - et Tombstone partir de son côté. Reste le cas Felicia Hardy/Black Cat. Et la fin ouverte de l'épisode donne une indication nette sur ce qui nous attend le mois prochain.

Black Cat a donc été arrêtée puis libérée sous caution. Wilson s'amuse (et nous amuse) en montrant que c'est Mary Jane Watson qui a payé ladite caution, avec une réplique qui fait mouche en prime. C'est amusant parce que les deux femmes ont toujours été (depuis la mort de Gwen Stacy) les deux amantes favorites de Spider-Man.

Mais ce que cela indique donc, c'est que Black Cat n'en a pas terminé pour autant avec la justice : libérée sous caution, cela signifie qu'elle va devoir faire face à un juge et donc avoir recours à un avocat pour se défendre. Comme Daredevil a fait une apparition dans le n°3, il est évident qu'elle va appel à Matt Murdock (même si elle ignore qu'il est DD).

Wilson est étonnante parce que si on compare Black Cat à Poison Ivy, on a du mal à croire que c'est la même qui écrit les deux séries. Ici, un peu à la manière de ce qu'elle faisait avec Ms. Marvel, elle est dans le registre de la comédie, elle brise le quatrième mur, elle va à toute allure. Mais ça ne l'empêche pas de développer tout un discours sur une ancienne vilaine qui veut devenir meilleure, une héroïne, alors que tout se ligue contre elle (méchants, médias, opinion publique...).

Gleb Melnikov épate : il tient le rythme et ses planches ne souffrent d'aucune baisse de qualité. Lui aussi prend un plaisir visible à participer à cette série. Ses personnages sont expressifs, son découpage dynamique. Son trait emprunte au semi-réalisme, avec quelques exagérations, qui confirment le registre léger mais pas superficiel de Black Cat.

C'est toujours plaisant de lire une série qui se bonifie de mois en mois, et qui rencontre son public. Surtout chez Marvel où ce genre d'expérience n'est guère soutenue et apporte un vrai vent de fraîcheur sur une production globalement médiocre. Espérons donc que l'on fiche la paix à G. Willow Wilson, Gleb Melnikov et Black Cat : c'est à ce prix-là qu'on pourra continuer à les apprécier.