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vendredi 18 juillet 2025

TITANS #25 (John Layman / Pete Woods)

 

Match retour : les Titans vont-ils prendre leur revanche sur le Syndicat du Crime formé par Deathstroke ?



Titans fait donc partie de la charrette de séries que j'ai décidée d'arrêter. Ce n'était pas la pire, loin s'en faut. Je l'ai prise en chemin après avoir zappé le run de Tom Taylor qui avait relancé le titre dans la foulée de son run sur Nightwing. Et ce qu'en a fait John Layman ensuite m'a d'abord beaucoup plu, même si, à mon avis, il a un peu trop décompressé son affaire.


Toutefois, je ne veux pas écrire une critique trop sévère qui laisserait penser que ce n'est pas bon. Je doute que ces épisodes soient traduits par Urban Comics, qui semble avoir décidé de faire des coupes franches dans la gamme All-In (Prime en vf) de DC pour favoriser la ligne Absolute (plus facile d'accès), donc j'ai quand même envie de vous donner envie de vous procurer la vo.


Pourquoi, malgré mes réserves ? Tout d'abord parce que John Layman a réussi quelque chose que je n'ai pas trouvé dans une série Titans depuis des lustres : il a écrit un vrai team book, où chaque membre de l'équipe a pu briller, où la dynamique du groupe a fonctionné, et où l'intrigue qui a couru sur plus d'une année était solide.


Pourtant il a fait des choix : d'abord en confiant les rênes de l'équipe non plus à Nightwing mais à Donna Troy, ce qui a modifié toute la perspective et rafraîchi le concept, en écartant Wally West/Flash, en construisant toute une histoire qui questionnait les faiblesses du groupe face à un ennemi plus déterminé que jamais mais qui a su s'entourer.

Alors, certes, s'appuyer comme adversaire sur Deathstroke manque singulièrement d'originalité. Si Layman avait peut-être eu moins peur, il aurait fait du Clock King le seul leader du Crime Syndicate tant son rôle à été majeur et ça aurait même mieux fonctionné, car in fine Deathstroke a été effacé et n'a réellement servi au scénariste que par rapport à Terra.

L'autre point faible de cette saga, c'est qu'elle aurait gagné à être plus ramassée, concise, et donc plus efficace. Consacrer un épisode à chaque recrue du Syndicat du Crime, ça permettait certes de souligner pourquoi celles-là et pas d'autres, mais le vrai souci, c'est que Layman a encore rallongé la sauce en intercalant des subplots express (comme les difficultés de Raven avec son empathie).

Du coup, dix épisodes pour un arc, qui voyait l'arrivée d'un nouveau duo créatif, c'était trop. Et d'ailleurs même Pete Woods, un dessinateur hyper ponctuel, très expérimenté, et qui a été exemplaire, très inspiré, a montré des signes de fatigue. Ses fill-in ont tous été excellents toutefois. Mais les team books sont très gourmands et exigent des artistes avec une endurance exceptionnelle.

Cet épisode recèle même quelques surprises, ce qui n'est pas si fréquent quand il s'agit de conclure. Par exemple, un des crédos de Donna Troy quand elle accepte de diriger les Titans, ce n'est pas seulement de prouver à la Justice League Unlimited que l'équipe a une raison d'exister, mais surtout qu'elle doit aider ses ennemis au lieu de les envoyer systématiquement derrière les barreaux.

Layman a un peu oublié de montrer cet aspect rééducation/réhabilitation, mais dans cet épisode, on voit que Shimmer, la soeur de Mammoth, a vraiment eu droit à l'aide promise par Donna Troy et cela a un impact direct sur la bataille en cours. De même le Clock King est maté en douceur par Raven, dans le même esprit.

C'est intelligent et original. Et c'est aussi un peu pour ça que je regretterai Titans. Mais j'ai décidé de faire du tri : je suis trop de séries, au point de parfois ne plus trop savoir où j'en suis pour certaines. C'est énergivore aussi. Et coûteux !

Ecrire des critiques a quelque chose qui doit à, mon sens, rester assez fluide, organique. Quand je pars pour une semaine de lecture et de reviews, j'essaie de garder un certain flow, de conserver un certain enthousiasme, de rester positif. Bien entendu, il y a des déceptions, des coups de moins bien, des colères, des frustrations...

Mais l'important, c'est de ne pas écrire en étant blasé ou fatigué d'entrée. Des fois, j'ai moins envie et je me force un peu, et ça finit par revenir. Mais des fois, ça ne le fait pas et soit je traîne, soit j'expédie les affaires courantes, je me débarrasse. Je n'aime pas ça. Mais j'ai appris à identifier la cause de ce problème et ça vient du nombre, du volume de choses à lire et à critiquer.

En réduisant la voilure, je m'exposerai moins à cette fatigue, à ce manque d'envie. Je serai plus focus. C'est toujours emmerdant d'arrêter une série qui n'est pas si mal. Mais il faut mieux ça que de ne plus pouvoir acheter de séries vraiment géniales. Ou de se forcer à écrire sur dix titres par semaine.

vendredi 20 juin 2025

TITANS #24 (John Layman / Pete Woods)


Les Titans rentrent à leur base après s'être faits corriger par le Syndicat du Crime formé par Deathstroke. Ce dernier et ses complices les attendaient et ils ont profité des erreurs de leurs adversaires. Les Titans s'interrogent : auraient-ils dû emmener avec eux Vanadia ?


C'est un excellent épisode que ce pénultième numéro avant la fin de la première saga signée John Layman. Le scénariste n'a pas toujours été si bien inspiré, mais, là, je m'incline. Il m'a bien eu. Est-ce suffisant pour reconsidérer ma décision d'arrêter Titans au #25 ? Non. Mais au moins j'ai maintenant bon espoir qu'il conclura son histoire de belle manière.


Ce qui m'a bien plu, c'est, curieusement, que Layman n'a pas eu peur de montrer ses héros défaits, vaincus, et à plate couture. Non pas que j'ai quelque chose contre les Titans, mais je trouve que les comics négligent les vilains et particulièrement les équipes de vilains. Celles-ci semblent souvent trop faciles à battre. Et là, ce n'est pas le cas.


Layman a patiemment, parfois un peu trop lentement je le pense, construit de Syndicat du Crime piloté par Deathstroke et je n'étais pas convaincu par les membres qu'il choisissait. Mais j'avais tort : le scénariste a su composer une formation de vilains efficace et complémentaire, à même de poser de vrais problèmes aux Titans. C'est donc une bonne équipe de vilains.


L'autre point fort de cet épisode, encore plus inattendu, c'est ce que fait Layman de Vanadia. Ce personnage apparu durant le run de Tom Taylor, qui n'est rien d'autre qu'une version féminine d'Amazo, boostée par les soins de Cyborg, me paraissait être une addition très bizarre aux Titans. Mais elle devient ici un ressort dramatique avec lequel il faut compter.

Layman construit son script comme un flashback : quand l'épisode démarre, les Titans ont déjà mordu la poussière et sont revenus à leur Tour pour débriefer ce qui n'a pas marché. On voit les erreurs qu'ils ont commises, notamment celles de Beast Boy qui a voulu neutraliser seul Deathstroke (avec lequel il a un très vieux contentieux) avant d'être troublé par Terra (son premier amour).

Le lecteur constate comme les Titans que leur descente a été un fiasco pour des raisons évidentes. j'ai apprécié aussi le fait que Starfire s'interroge sur l'opportunité d'appeler la Justice League en renfort et que Arsenal s'y refuse en expliquant que cela donnerait raison à ceux qui les pensent incapables d'opérer sans leurs mentors.

Layman est en fait très juste sur les faits : ce que se disent ses personnages est toujours pertinent, y compris quand Vanadia entre en contact avec le Syndicat du Crime. Mais je ne veux pas trop en dire. C'est simplement très bien écrit, et on peut juste regretter que le scénariste ne ne soit pas montré plus concis dans le développement de son intrigue pour en arriver là.

Au dessin, Pete Woods est lui aussi en grande forme. Lui aussi a été inégal sur ses épisodes mais il a trouvé le bon dosage. Son découpage est fluide, énergique, ses personnages ont gagné en sobriété, ses compositions sont très lisibles et équilibrées. Tout ça peut paraître relever de l'évidence, mais c'est bien de cela le souci : la série s'est un peu perdu en route avant de revenir dans le droit chemin.

Je ne sais pas si, après la fin de ce grand arc, commencé il y a 9 mois, la série repartira sur une autre grande saga. Si j'étais sûr que Layman soit plus modeste, je continuerai avec plaisir. Mais dans le doute... Et puis je dois faire de la place et Titans fera partie des séries que je vais sacrifier pour ça.

dimanche 25 mai 2025

TITANS #23 (John Layman / Pete Woods)


Starfire et Cyborg supervisent Vanadia, la nouvelle recrue de l'équipe, lors d'interventions sur le terrain. Cependant Donna Troy et nightwin tentent de justifier l'intégration de cette création du Pr. T.O. Morrow, l'inventeur d'Amazo...
 

Les sollicitations pour les parutions DC d'Août prochain viennent de tomber et cela permet d'avoir plus de visibilité sur certaines séries. On apprend ainsi que l'arc en cours, le même depuis la reprise de Titans par le scénariste John Layman, s'achèvera donc en Juillet. Ce qui nous fait donc une histoire en dix chapitres.


C'est ambitieux et je ne vous cache pas que j'aurai aimé savoir ça un peu avant. Je pense aussi à ceux qui achèteront la série en tpb vo, sachant qu'un tome comprend en moyenne cinq épisodes, il vous faudra débourser 30 $ (au bas mot) pour avoir le récit dans son intégralité. Et si on se pose la question de sa qualité, ça pique un peu quand même.


Je ne veux décourager personne, d'autant que le résultat n'est pas non plus mauvais. Mais force est de constater que John Layman n'aura pas fait vraiment mieux que Tom Taylor avec Titans, et le run de Taylor n'était pas bien fameux. Quant à savoir s'il y aura une vf chez Urban Comics, qu'il me soit permis d'en douter (aucune annonce n'a été faite et j'ai l'impression que Urban est en train de se réserver sur les valeurs sûres).


En un sens, cet épisode résume bien ce qui fonctionne avec John Layman et ce qui ne va pas. Et le bilan est très contrasté car c'est tout l'un ou tout l'autre. Pour résumer, depuis son arrivée, le scénariste construit une grande intrigue articulée autour de Deathstroke qui monte sa propre équipe pour se venger des Titans (qui l'ont battu à plate couture à la fin de l'event Dark Crisis).

Deathstroke, vengeance : deux éléments qui ne brillent pas pas leur originalité. Layman prend son temps : il a quasiment consacré un épisode à chaque recrue de Deathstroke et ce procédé narratif a surtout donné l'impression que le récit était très décompressé. Le risque, c'est que si la bataille finale ne tient pas ses promesses, le lecteur aura le sentiment d'avoir attendu longtemps pour pas grand-chose.

Côté pile, donc plus positif, il faut reconnaître à Layman la qualité de sa caractérisation. Il a peu déséquilibré l'équipe mais à bon escient, comme en confiant la direction à Donna Troy, en réintégrant Roy Harper/Arsenal, en revenant sur les problèmes empathiques de Raven (mais sans lourdeur). Du côté du gang de Deathstroke, il a de l'allure, avec des membres intéressants et donc une opposition à venir relevée.

Et puis il y a ce qu'on trouve entre ces deux pôles, des idées dont on ne sait trop quoi penser, intrigantes mais au potentiel incertain. Le personnage de Vanadia est un cas d'école : Cyborg a reconfiguré cette androïde conçu par T.O. Morrow, le créateur du terrible Amazo, pour en faire une alliée. Mais fallait-il sauver cette création du run de Tom Taylor ?

Parce que, si la question se pose, c'est qu'il y a une raison trop évidente : Layman n'est pas très subtil, il veut clairement se servir de Vanadia comme d'un élément qui risque de basculer à tout instant et donc compromettre les Titans (ou servir les intérêts de Deathstroke, selon l'angle qu'on choisit de privilégier). Et le souci, c'est qu'on voit ça arriver à des km.

Dans cet épisode, tout tourne autour de Vanadia que Starfire et Cyborg chaperonnent. Et évidemment, immanquablement, ça débouche sur un quiproquo où tout le monde voit bien que ça risque de mal tourner. Du coup, on se demande comment les Titans ont pu laisser Cyborg jouer à l'apprenti sorcier depuis tout ce temps sans s'en préoccuper et être désormais au pied du mur.

C'est tout le problème avec Layman : il a de bonnes idées mais c'est comme s'il ne pouvait pas s'empêcher de s'auto-spoiler, en indiquant au lecteur que, attention, y a danger. Bien sur, quand on est prévenu aussi grossièrement, le soufflé retombe puisqu'on se doute bien que ça va merder. C'est très perturbant comme grille de lecture.

Si, par exemple, Layman avait choisi de montrer Cyborg, en cachette des autres, procéder à des expériences sur lui-même pour se booster pour finalement se rendre compte que ça en faisait un élément instable pour l'équipe, l'impact aurait été plus fort que de (ré)introduire Vanadia (dont à peu près tout le monde se fiche et dont il se serait étonnant qu'on la revoit après la fin de cet arc).

La prestation au dessin de Pete Woods laisse aussi perplexe : d'habitude d'un ponctualité sans faille, cet artiste qui assume dessin, encrage, couleurs, connait depuis le début du run de Layman des absences. Elles ont été bien compensées par d'excellents fill-in (Serg Acuna au #19, Daniel Bayliss au #22 et Max Raynor au #26). Mais bon, ça donne l'impression d'une série en pointillés.

Sur ce numéro, rien à dire : c'est très bon, le découpage est impeccable, les personnages expressifs, les scènes d'action sont efficaces, celles plus dialoguées parfaitement composées. Pete Woods fait parler son expérience et c'est un plaisir de lire un narrateur aussi roué. 

Mais j'aurai préféré qu'il assure une première partie intégralement, puis que Acuna ou Bayliss prenne le relais sur une deuxième, puis qu'il revienne pour un troisième round. Je ne suis pas fan des séries où le dessinateur doit s'arrêter trop souvent pour qu'un autre remplisse les trous : c'est ingrat pour le remplaçant et ça donne l'impression que le titulaire s'essouffle vite (cf. Ultimate Spider-Man).

Je vais en tout cas terminer cet arc parce que j'ai envie de savoir comment il se finit. Est-ce que j'irai plus loin ? Je l'ignore. Surtout que d'ici Août, il va se passer des choses et il faudra sûrement faire des choix.

jeudi 17 avril 2025

TITANS #22 (John Layman / Daniel Bayliss)


Il y a quelque temps de ça, Terra libère Deathstroke et lui explique que Amanda Waller va lancer une opération d'envergure contre les super-héros. En cas d'échec, mieux vaut anticiper un plan B. C'est ainsi que Deaethstroke va assembler une équipe... Et que les Titans vont comprendre que leur vieil ennemi est de retour...


Avant de lire cet épisode, j'ai voulu me replonger dans les précédents écrits par John Layman depuis son arrivée (à la suite de Tom Taylor) sur Titans. En effet depuis plusieurs numéros, quelque chose n'allait pas mais je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus. Donc, j'en ai déduit que c'était dans la construction de l'histoire, son rythme.


Et puis, donc je me suis plongé dans ce chapitre 22 de Titans. Et tout à coup, la lumière a jailli ! Car cet épisode est très réussi, je peux même affirmer que c'est, et de loin le plus réussi depuis le début du run de Layman. Mais pourquoi est-il réussi ? Hé bien, simplement parce qu'il corrige tous les défauts présents jusque-là.


Le principal défaut de ce run, en vérité, c'est sa narration bien trop décompressée, ce mal moderne qui a fini par ruiner bien des séries. La narration décompressée n'est pas à proprement parler un problème pour moi. Je sais que certains la conspuent, mais je crois que le vrai souci, c'est qu'elle est devenue une sorte de norme et que tous les auteurs ne savent pas la développer correctement.


Moi, quand je suis revenu aux comics de super-héros au début des années 2000, je ne reconnais plus rien. Les auteurs, les artistes avec qui j'avais aimés les comics n'étaient plus là, les personnages avaient changé. Et la manière de raconter les histoires n'étaient plus pareille qu'à la fin des années 80-début des années 90, quand j'avais lâché l'affaire.

C'est là qu'on teste si, vraiment, reprendre les comics après une longue période d'abstinence est aisé ou non. Plutôt que d'essayer de rattraper tout ce que j'avais loupé, je me suis accroché et j'ai quand même trouvé des scénaristes qui m'ont permis de retrouver mes marques. Brian Michael Bendis en particulier, avec spécialement New Avengers.

C'était alors (et pour de nombreuses années) l'archétype de la narration décompressée, des arcs en six épisodes et le début des events/crossovers réguliers. Bendis avait une manière bien à lui de se ficher des traditions : New Avengers étaient une équipe de bric et de broc, qui devait souvent leur salut à une intervention extérieure (une sorte de deus ex machina). Et l'auteur misait davantage sur des seconds couteaux (cf. Luke Cage, Dr. Strange, Iron Fist, Spider-Woman...) que sur des stars (Captain America, Iron Man, Thor...). DE qui, rétrospectivement, s'étonner du succès de la série.

Toutefois, le run de Bendis et sa popularité (car, même s'il avait ses détracteurs, il vendait beaucoup) a érigé la narration décompressée au rang de norme dans l'écriture des comics. Les arcs en six numéros sont devenus le modèle. Bendis lui-même s'est parfois auto-parodié. Et Marvel a imposé ce modèle, tout comme ensuite l'éditeur a cherché à produire des Bendis de rechange, des auteurs capables d'assumer l'écriture de plusieurs titres simultanément, encore aujourd'hui.

Pour en revenir à Titans et John Layman (désolé pour cette digression), je crois qu'il s'agit d'un dommage collatéral de ce qu'a incarné, pour le meilleur et le pire, Bendis. Voilà un auteur qui écrit bien, mais qui décompresse complaisamment, et ce faisant, ne rend pas service à sa série. La preuve en est faite avec cet épisode.

Car, cette fois, au lieu de tirer sur la corde, il se fait plus synthétique, efficace, direct. Et ça fonctionne tellement mieux. Les Titans sont en retrait ici, et ce n'est finalement pas plus mal (surtout eu égard à quelques répliques franchement limites comme quand Starfire s'amuse que Nightwing fait des déductions à la Batman...). Place aux méchants - au méchant : Deathstroke (pas de spoiler : la couverture dévoile tout).

Layman remonte le temps : Deathstroke, à la fin de l'event Dark Crisis, finit dans une sorte de caisson, après avoir été possédé par une force noire maléfique qui l'a sérieusement abimé mentalement et physiquement. Mais une silhouette féminine le privait d'anti-douleurs... Et on découvre donc qu'il s'agit de Terra, qui fut autrefois son amante (mineure) et complice dans la fameuse saga Judas Contract de la série New Teen Titans (par Marv Wolfman et George Pérez).

Elle finissait par mourir, mais rassurez-vous, depuis elle va mieux. Par contre, elle a gardé une dent contre Slade Wilson tout en sachant que lui seul peut l'aider. Car ce flashback se situe avant Absolute Power... Puis Layman fait un bon dans le temps et montre Deathstroke achever la formation de son équipe : après Clock King et Mammoth, il convainc Killer Frost de le rejoindre (mais abandonne Psycho-Pirate).

A la fin de l'épisode, Layman pointe qu'un membre des Titans préférerait nettement, bien que discrètement, que l'inévitable confrontation à venir avec Deathstroke et compagnie se solde par la mort de Slade Wilson qui a fait tant de mal aux Titans...

Daniel Bayliss, surtout connu pour ses prestations chez Boom ! Studios (avec des licences comme Power Rangers, Firefly), remplace ici Pete Woods (qui signe quand même la couverture). Et, là encore, j'en suis ravi car ses planches sont très solides, avec une narration très simple, parfaite par rapport à la structure de l'épisode (tout en flashbacks donc). Il signe également la colorisation, avec un résultat parfait.

A eux deux, ils réussissent donc le meilleur épisode. Celui qui, enfin, raconte quelque chose de consistant rapidement mais sans être bâclé, qui fait avancer l'intrigue franchement, qui met un point final au long défilé des recrues de Deathstroke et aux combats-prétexte des Titans. Bref, tout ce qu'on attendait et qui tardait tant à arriver.

Mon souhait pour la suite : que Layman continue ainsi, qu'il ne perde plus de temps, qu'on ait vite droit à la baston promise, qu'on sache si le Titan en quête de vengeance commettra l'irréparable (et si oui, avec quelles conséquences réelles). Et que Pete Woods revienne en forme pour ne pas qu'on regrette Daniel Bayliss.

vendredi 21 mars 2025

TITANS #21 (John Layman / Pete Woods)


Psycho Pirate prend le contrôle de Raven et se sert de ses pouvoirs empathiques pour pousser les Titans à se battre les uns contre les autres. Arsenal revient à lui à Central Park et tente de joindre l'équipe. Cyborg le téléporte dans son laboratoire de la Tour des Titans et apprend dans quel piège sont tombés leurs amis...


Le premier recueil des épisodes écrits par John Layman sur la série Titans (titré Hard Feelings) ne paraîtra que fin Juin et collectera les #16 à 20. Pourtant ce n'est pas un arc entier puisque l'histoire démarré au #16 se poursuit encore ce mois-ci et pour encore quelque temps (au moins pour deux autres mois je dirai compte tenu du dénouement cet épisode-ci).
 

Et bon, si tel est le cas, ça nous ferait une première histoire complète en au moins huit chapitres, ce qui est quand même long. Trop, compte tenu de la qualité de ladite histoire actuelle. Car si Titans par John Layman est efficace, ce n'est pas non plus renversant. Pas assez en tout cas par rapport aux retours de lecture des épisodes de son prédécesseur, Tom Taylor, qui n'ont pas convaincu grand-monde.


Oui, j'ai été enthousiaste quand Layman a repris la série en main. J'ai aimé sa manière de caractériser les personnages, de modifier la dynamique du groupe, de tisser son intrigue. Par contre le grand méchant qui tire les ficelles dans l'ombre et ses complices, c'est du déjà-vu et pas qu'un peu. Et la construction des épisodes elle-même est plutôt curieuse, avec des prologues assez longs avant ça ne s'emballe.


Je serai encore plus critique cette fois dans la mesure où Layman ramène un personnage que Tom Taylor avait employé dans ses épisodes, et comme je ne les ai pas lus (et n'ai aucune intention de rattraper ça), j'ai tout de même été bien largué. Surtout qu'en définitive je me demande bien ce que Layman a derrière la tête avec ce personnage.

Il ressort de tout ça un sentiment de maladresse qui ne rend pas la lecture très agréable. Un exemple frappant tient dans la manière dont le scénariste guérit Raven de ses troubles mentaux (puisqu'on a pu voir que ses pouvoirs empathiques échappaient à son contrôle et affectaient son entourage)... Hé bien, ce n'est pas fameux, vite expédié.

L'autre gros point noir concerne les dessins de Pete Woods. L'artiste faisait bonne impression depuis son arrivée lui aussi (même s'il a été absent au n° 19), mais ici il rend une copie indigne. Cela ne m'a pas frappé tout de suite, mais à mesure que je tournais les pages, je trouvais son trait moins assuré que d'habitude...

Adepte comme beaucoup du dessin numérique, Woods assure aussi l' "encrage" (même si désormais ce terme est impropre) et la colorisation. Or, on peut remarquer à plusieurs reprises des positions, des attitudes franchement ratées, mal corrigées (quand elles le sont). Les couleurs empiètent sur l'encrage qui n'est pas maîtrisé.

Parce que Woods a de l'expérience, son storytelling cache ces misères mais si on est attentif, on ne peut pas manquer d'observer que ces planches, cette fois, sont moins bonnes tout simplement. C'est bien raconté visuellement, mais ce n'est pas aussi séduisant que précédemment. A-t-il travaillé en étant pressé ? Ou s'est-il relâché ? A la rigueur, qu'importe. Ce n'est pas satisfaisant.

Mais surtout, cette combinaison malheureuse entre un script faiblard et des illustrations moyennes souligne une baisse progressive dans la qualité de ce run. Je n'oserai pas dire que la magie s'est envolée parce que ça n'a rien eu de magique depuis le début, mais en tout cas mon enthousiasme est sérieusement entamé.

Je vais quand même essayer de tenir jusqu'à la fin de cet arc, au moins pour savoir comment cette histoire se termine. Même si je ne promets rien...

samedi 22 février 2025

TITANS #20 (John Layman / Pete Woods)


Les Titans sont dans tous leurs états : Arsenal embrasse langoureusement Donna Troy après s'être disputés au sujet de Raven, Beast Boy tente de réconforter cette dernière alors qu'ils se baladent dans Central Park... Mais que se passe-t-il donc ?


Il y a un peu deux manières d'apprécier cet épisode. Si vous êtes peu indulgent, tous les événements qui s'y déroulent vont vous mener à une conclusion qui est tout sauf subtile et qui remet le couvert sur l'équilibre mental de Raven - autant dire une antienne de la série. Soit vous êtes gentil et vous vous dîtes que ce n'est pas très inspiré mais pas non plus très grave.


Depuis quelques numéros, il est clair que John Layman veut remettre sur le tapis le fait que certains membres des Titans ne font pas/plus confiance à Raven. Ont-ils tort ? Pas complètement puisque les pouvoirs empathiques de cette dernière les affectent, elle et ceux qui l'entourent. Après avoir constaté les troubles comportementaux de leurs adversaires, les héros se demandent s'ils ne sont pas aussi atteints.


Celui qui exprime le plus vivement ses doutes est Roy Harper/Arsenal, mais sa parole est peu audible dans la mesure où il ne cesse de se plaindre : il a râlé quand Nightwing a donné à Donna Troy le commandement de l'équipe, quand l'équipe s'est installée dans une tour souterraine au lieu de rester dans la Tour de Guet, et à chaque fois que lors d'un combat Raven a eu une attitude bizarre.


Mais, et s'il n'avait pas tort ? Ce qui est certain, c'est que tous les autres vont se rendre compte que Raven ne va pas bien et que cela se répercute sur tout le monde dans des proportions inquiétantes. Lorsqu'elle est de mauvaise humeur, tout le monde l'est. Lorsqu'elle est euphorique, idem. Mais le pire, c'est qu'elle use de ces sautes d'humeur pour, à l'occasion, se sortir d'un mauvais pas...

La solution se trouve peut-être du côté de Mercy Hall, le laboratoire où travaille Karen Beecher/Bumblebee, qui a élaboré une machine pouvant permettre aux personnalités de Raven de ne faire qu'une et donc d'arrêter ces dérives. A moins que quelqu'un ne tire les ficelles et ne trompe tous les Titans... Car John Layman a bien montré auparavant que les héros sont la cible d'un vieil ennemi.

Franchement, quand j'ai lu cet épisode, je n'ai pas trop su quoi en penser. Je ne suis toujours pas sûr d'ailleurs d'en penser quoi que ce soit. J'aime bien ce que fait Layman avec ces personnages, la manière qu'il a de construire son intrigue, c'est efficace, plaisant à lire. Sauf qu'il tire une très vieille ficelle, maintes fois utilisée avant lui et que c'est peut-être la fois de trop.

La puissance mentale de Raven a alimenté nombre d'intrigues depuis New Teen Titans de Marv Wolfman et George Pérez, à commencer par la saga de Trigon. La jeune femme est à la fois le maillon fort et faible de l'équipe, et d'ailleurs Wolfman l'écrivait volontiers comme l'équivalent de Jean Grey/Phénix dans Uncanny X-Men de Chris Claremont et John Byrne.

Ce qui était déjà donc une idée peu originale est devenue une sorte de running gag chez les scénaristes  de la série. Alors que Layman s'y mette aussi, même avec le prétexte d'une machination extérieure, disons que c'est un pénible. Après Garfield Logan qui perdait les pédales dans l'event Beast World, revoilà Raven qui est à deux doigts de péter un câble - encore !

Par ailleurs, le scénario entretient mollement un suspense sur les recherches secrètes de Cyborg, mais curieusement le fait que Vic Stone s'isole ainsi du groupe ne fait tiquer aucun de ses partenaires. On aimerait quand même bien savoir ce qu'il bricole (même si je pense que la révélation aura lieu bientôt et qu'elle sera en lien avec le méchant qui oeuvre en coulisses...).

Toutefois, je ne veux pas noircir exagérément le tableau. Je le répète, la série est agréable à lire, et quand Pete Woods est présent au dessin (hélas ! pas aussi régulièrement qu'à son habitude...), on a le droit à des planches d'un très bon niveau, dont il assume aussi la colorisation (et j'aime bien quand un artiste maîtrise toute la partie graphique comme lui, Jamal Campbell ou Mikel Janin).

Je ne crie pas "au feu !" parce qu'après tout il n'y a pas lieu de le faire. Ce n'est pas parce que les ingrédients ont déjà servis que le plat ne sera pas bon, donc Layman peut surprendre avec cette trame classique. J'espère juste ne pas me tromper. A suivre donc.

mercredi 15 janvier 2025

TITANS #19 (John Layman / Serg Acuna)


Ex-super vilaine, Killer Frost est aujourd'hui membre de la Justice League. Mais elle se sent ostracisée, comme si personne ne croyait à sa reconversion. A bout de nerfs, elle déclenche une tempête de glace qui exige l'intervention des Titans. Or, Arsenal a émis des doutes sur la santé mentale de Raven et pense qu'elle n'a pas sa place sur le terrain...


Bon, commençons par le plus évident : en dehors de la couverture qu'il signe, Pete Woods est absent pour ce numéro. Mais il sera de retour le mois prochain : il avait averti ses fans sur BlueSky, alors même que certains lecteurs trouvaient "décevant" qu'il se fasse remplacer si tôt. A ceux-là, j'ai envie de rappeler que les artistes ne sont pas des machines et qu'ils ignorent tout des raisons pour lesquelles le dessinateur a eu besoin de ce break.


Cependant, ça ne signifie pas que Serg Acuna, jusqu'ici plus connu pour ses variant covers, fasse du mauvais boulot. J'étais méfiant, et la copie qu'il rend est tout à fait honorable. Je trouve son trait un peu trop anguleux et son découpage très classique, ses personnages sont peu expressifs, mais l'ensemble n'est pas déplaisant à lire.


Quand le récit entre dans le vif de l'action durant l'affrontement entre les Titans et Killer Frost, Acuna se montre même efficace pour représenter la puissance de l'ex-vilaine à bout de nerfs. Et, la transition est toute trouvée, puisque le cas de Killer Frost va permettre à la série de creuser des éléments qui la dépassent tout en mettant les Titans au centre d'enjeux prometteurs.


John Layman a écrit jusqu'à présent des épisodes répondant tous à la même construction : un prologue soulignant le fait que les Titans doivent trouver leur place dans le nouvel ordre imposé par cette Justice League illimitée (alors même que Superman, Batman et Wonder Womanen en avaient leurs remplaçants quand ils avaient dissous la Ligue).

Ensuite, une menace surgit et les Titans interviennent. Enfin, on comprend que toutes ces menaces ont un lien entre elles, servant au plan d'un grand méchant dans l'ombre. Mais cette fois, Layman bouscule un peu sa mécanique bien huilée en utilisant non pas un énième méchant mais un membre de la Ligue qui a été un vilain (une vilaine en l'occurrence) et qui ne sera pas récupéré par celui qui a contribué à son pétage de plombs.

Killer Frost a été intégrée à la JL dans la série Justice League of America de Steve Orlando en 2017. Batman, à cette époque, est, une nouvelle fois, mécontent de la Ligue qu'il considère trop détachée des intérêts du commun des mortels et décide donc de former sa propre équipe en choisissant (prétendument) des héros différents.

Le souci, c'est que le casting de Orlando était loin de correspondre à l'objectif de Batman : on y trouvait certes Atom (Ryan Choi), Black Canary, The Ray ou Vixen, mais aussi Lobo (!) et donc Killer Frost - et pour ces deux derniers, on pouvait légitimement se demander en quoi ils étaient dignes de confiance et plus proches des humains...

Reste que, après tout ce temps, Killer Frost est restée dans le camp des gentils. Mais lors du prologue de cet épisode, Layman montre très bien à quel point sa réputation la précède et combien les préjugés ont la vie dure. Tout cela alimente sa paranoïa et lui fait perdre les pédales, convaincue qu'elle ne sera jamais pleinement intégrée et donc prête à succomber à nouveau à son rôle de méchante.

La suite est certes convenue, avec la baston de rigueur, la victoire des Titans (ce n'est pas un spoiler puisque c'est prévisible). Par contre le dénouement de l'épisode, en deux temps, ouvre grand la porte à des débats futurs. Batman vient récupérer Killer Frost qui va peut-être être enfermée dans la zone fantôme où sont désormais expédiés les vilains. Et le fait que les Titans n'aient pas voix au chapitre sur cette probable condamnation ne les ravit pas...

Dans un second temps, on comprend que la crise de Killer Frost a été provoquée et Cyborg devine que ça a dû être le cas pour Shimmer dans le précédent épisode, bref les Titans soupçonne un complot dirigé contre eux. Et dans leurs rangs, il y a quelqu'un qui n'est également pas très stable mentalement, ce qui pourrait poser un gros problème...

J'en dis beaucoup, je sais. Mais ce n'est pas pour "divulgâcher" votre lecture, si la série vous intéresse et que vous songiez à la lire (en floppy ou en tpb le moment venu - une vf me paraît pour le moment hypothétique car Urban va certainement revoir sa politique en la matière après le bide de sa collection Dawn of).

Si j'en dis tant, c'est parce que John Layman (mais c'est aussi le cas de l'épisode de The Question : All Along the Watchtower n°3 qui est sorti aujourd'hui et dont je vous parle bientôt) ouvre un peu la boîte de Pandore ici. Non seulement les Titans suspectent que ce qui se passe est orchestré mais surtout que la nouvelle Ligue des Justiciers repose sur une hiérarchie peu démocratique (grosso modo : c'est la trinité Superman-Wonder Woman-Batman qui commande).

Et ça, je ne sais pas si Mark Waid l'intégrera dans la série Justice League Unlimited, mais s'il le fait, ça sera intéressant - plus que d'enchaîner des épisodes avec des missions à la chaîne avec des membres de la Ligue plus ou moins exotiques. Pour tout dire, ça rejoindrait ce que pensait Alan Moore de l'époque Justice League Satellite (avec une Ligue dans sa tour de guet déconnectée du reste du monde) et aussi de ce qu'imaginait Kingdom Come du même Waid.

Autrement dit, pour ceux qui s'imaginaient que le retour de la Justice League équivaudrait à un statu quo pépère, on voit que des auteurs comme Layman et Segura se chargent déjà de dynamiter le postulat. Au final, la prochaine "crisis" de DC pourrait bien venir de la Justice League et de son fonctionnement. Non, rien ne presse non plus, laissons ça s'installer, se confirmer même. Mais la perspective est prometteuse...

samedi 21 décembre 2024

TITANS #18 (John Layman / Pete Woods)


Les Titans emménagent dans une nouvelle tour, sous terre, ce qui fait râler Arsenal et met Raven sur les nerfs. Ces tensions sont interrompues par une alerte : à Manhattan, Mammoth et sa soeur Shimmer sèment le chaos et, à l'arrivée des Titans, le premier les accuse de l'état mental de sa soeur...


Plus la reprise de Titans par John Layman avance, plus le lecteur comprend à la fois les intentions et la méthode de l'auteur. Cette progression est très agréable parce qu'elle est très lisible, c'est comme s'il avait à coeur de présenter à nouveau les personnages, ce qui se trame contre eux, sans sacrifier au divertissement que doit incarner une série super-héroïque.


Ainsi, on peut remarquer que depuis trois épisodes Layman ouvre son récit par une scène où les Titans sont entre eux, confrontés au fait qu'ils sont redevenus une équipe passant après la Justice League, ayant un nouveau leader et désormais un nouveau Q.G.. Ce dernier point est justifié par des événements rapportés dans la série Nightwing (pilotée désormais par Dan Watters) et qui contraint Dick Grayson à déplacer son équipe hors de Blüdhaven.


Dans cette scène, Layman s'attache à la caractérisation et le fait de manière légère, sur un ton plus comique que ce qui suit. Roy Harper se plaint d'être obligé d'habiter dans une tour qui est souterraine alors que lui et ses amis pourraient profiter des avantages de la Tour de Guet. Donna Troy et Dick Grayson se chargent de lui rappeler la raison de cette situation. Vic Stone, lui, préfère se réfugier dans le laboratoire à sa disposition. Kory est la plus philosophe. Raven, elle, n'en peut plus des lamentations des uns et des autres, qu'elle ressent intensément à cause de ses pouvoirs empathiques.


Alors, évidemment, on peut penser que Layman consacre beaucoup de pages à ces échanges, mais je ne m'en plains pas car ces moments contribuent à faire vivre les personnages, à leur donner de la chair, des sentiments, à nous éclairer sur la dynamique du groupe.

Et la dynamique du groupe est ensuite mis en valeur dans les deux tiers suivants de l'épisode, lorsque les Titans sont plongés au coeur de l'action. Cette fois, ils affrontent Mammoth et Shimmer, d'anciens membres des Fearsome Five, qui détruisent tout sur leur passage au coeur de Manhattan. Shimmer semble particulièrement perturbée et Mammoth, son frère, accusent les héros d'être responsables de son état.

Le combat, inévitable, qui s'ensuit permet d'apprécier la puissance de ces deux vilains mais aussi le fait que les Titans sont en difficulté, non pas parce qu'ils sont incapables des les maîtriser mais en raison d'un manque de coordination. Layman illustre cela par l'attitude de Nightwing qui a du mal à laisser Donna Troy donner des ordres mais s'en excuse aussitôt. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, mais la force des habitudes.

A côté de ça, Arsenal n'hésite pas à motiver, de manière peu scrupuleuse, Raven pour qu'elle inflige une raclée à Mammoth, ce que désapprouve encore plus vigoureusement Donna, car Roy Harper, contrairement à Nightwing, ne s'excuse pas de sa stratégie - qui, en prime, s'avère payante. Et ce, d'autant plus qu'à la fin de la bataille, Donna fait une offre inattendue à Mammoth, en pure perte - mais symbolique de la façon dont elle veut apporter des solutions différentes de celles de la JLU.

Les dernières pages de l'épisode, sans rien spoiler, confirment que le scénariste a bien un plan sur le (au moins) le moyen terme et que les futurs confrontations qu'auront à résoudre les Titans ont toutes un point commun. Cela suffit, à mes yeux, à donner envie de poursuivre la série.

D'autant qu'elle bénéficie des dessins (et couleurs) de Pete Woods. L'artiste communique beaucoup sur BlueSky sur sa manière de travailler sur la série, même s'il avoue ne pas savoir si dévoiler les coulisses ainsi est susceptible d'intéresser beaucoup de lecteurs (moi, en tout cas, ça m'intéresse, continue, Pete !).

Le souci prioritaire de Woods, c'est de constamment garder à l'esprit qu'il dessine Titans comme si c'était la première fois que le lecteur lisait la série. Il a à coeur que les personnages soient identifiables, que leurs placements dans l'image soient harmonieux, que les déplacements du groupe soient parfaitement composés.

Bien entendu, dans un monde parfait, ces préoccupations devraient occuper l'esprit de n'importe quel dessinateur de comics, mais ce n'est pas le cas et donc il faut saluer l'exigence de Woods. Qu'il s'agisse de mettre en scène une prise de bec entre les Titans ou leur combat contre des vilains, on n'est jamais perdu dans le flux de lecture.

Le mois prochain, Woods cédera sa place à Serg Acuna mais reviendra en Février pour le n°20. C'est lui-même qui a prévenu les abonnés à sa page BlueSky en expliquant qu'il ne pouvait pas faire autrement, pour des raisons familiales et cette transparence l'honore quand tant de fois on découvre des fill-in au dernier moment, sans que l'éditeur ne le justifie.

En tout cas, Titans continue de figurer en bonne place parmi mes lectures DC favorites de cette nouvelle période All-In. John Layman est inspiré et efficace, Pete Woods en grande forme. Que demander de plus ?

mercredi 20 novembre 2024

TITANS #17 (John Layman / Pete Woods)


Neutralisés par Clock King, les Titans sont branchés à une machine qui augmente les capacités de leur ennemi à lire dans leurs esprits. Il espère ainsi découvrir tous leurs secrets et réussir là où Amanda Waller a récemment échoué en éliminant tous les super-héros...


John Layman est un scénariste pressé. En deux épisodes, il a réorganisé les Titans, écartant Wally West/ Flash, réintégrant Roy Harper/Arsenal, remplaçant Nightwing par Donna Troy à la tête du groupe, et les confrontant au Clock King, un adversaire a priori facile mais qui leur a infligé une déculottée éclair.


Pourtant, plus que la rapidité de l'exécution, c'est la densité du propos qui frappe car Layman a visiblement un plan pour les Titans et leur série. Ce que Tom Taylor a péniblement développé pendant moins d'un an et demi, lui compte bien le bâtir sans laisser aux héros et au lecteur le temps de souffler.


Et pour cela il s'appuie sur les événements récents que peut connaître le lecteur sans avoir suivi le run de Taylor, c'est-à-dire ce qui s'est produit dans Absolute Power. Si les Titans n'ont pas été touchés par tout le manège autour des pouvoirs perdus/échangés/altérés à la fin du récit de Mark Waid, il n'en va pas de même pour le méchant à l'oeuvre ici et qui était au premières loges en tant que membre de la dernière Suicide Squad de Waller (sous-titrée : Dream Team).
 

En effet, le Clock King dont les capacités jouent sur le temps a vu ses talents dopés et c'est ainsi qu'il a pu mettre au tapis aussi facilement les Titans. Ce n'est pas Kang le conquérant, mais ça a suffi pour que les héros soit K.O. et installés à une machinerie qui permet à leur adversaire de lire dans leurs pensées et d'y instiller une peur en relation avec leurs phobies les plus profondes.

Pour cela, il va s'appuyer sur le membre le plus impétueux et qui vient juste de revenir : Roy Harper/Arsenal. Une sorte d'ancre émotionnelle qui relie tous les Titans, la clé pour pénétrer leur inconscient. Mais en se servant de l'un d'eux, il va aussi commettre une erreur et révéler son propre secret...

John Layman articule son scénario de la même manière que son méchant articule son plan : il ne s'agit pas ici de créer un suspense artificiel consistant à faire croire au lecteur que Clock King va battre les Titans et arriver à ses fins en découvrant ce qu'ils savent sur la communauté super-héroïque. Ce n'est pas un spoiler de vous révéler qu'il va être battu à son propre jeu (mais sans être capturé pour autant).

Non, en vérité, et c'est pour cela que je parlai de plan dans la démarche de Layman, Clock King est aussi une ancre, une clé pour un autre vilain qui va lui proposer une alliance afin de mettre leurs compétences en commun. C'est aussi une manière assez maline de dire que les Titans ne sont plus une bande de jeunes héros faciles à avoir, ils ont remplacé la Justice League, ils sont aguerris, on ne peut plus les sous-estimer et espérer les prendre par surprise.

Sur l'identité du vilain qui offre une alliance au Clock King, je ne dirai rien, même si je dois avouer avoir été assez perplexe en le découvrant à la toute dernière page. Layman joue une carte qui a fait ses preuves mais il lui faudra quand même expliquer comment ce vilain est de retour car la dernière fois qu'on l'a vu, il était dans un sale état. Et surtout il faudra l'exploiter de manière intelligente car c'est un ennemi familier des Titans...

Pete Woods a été critiqué par quelques fans pour son dessin trop expressif sur le précédent numéro. Personnellement, j'en étais très satisfait mais l'artiste a tenu à répondre sur BlueSky qu'il avait entendu ces remarques et comptait se reprendre. J'espère quand même qu'il conservera le style qu'il a ici car je le trouve très en forme - et pourtant j'ai souvent eu du mal avec ce qu'il a produit par le passé.

Mais il faut avouer que ses planches sont excellentes. D'abord pour leur sens du détail : non que son dessin soit hyper fourni, mais il sait découper avec un vrai brio et insérer des éléments subtils et très bien pensés - comme par exemple quand il montre les yeux du Clock King et que l'iris ressemble au cadran d'une montre avec des aiguilles : superbe.

Plusieurs pages sont consacrées à la fouille qu'effectue le Clock King dans les hantises des Titans et le fan peut ainsi passer en revue des moments forts de toute l'histoire de l'équipe, avec des moments devenus des classiques (la saga de Trigon) ou des épisodes plus récents (Beast World). On voit en tout cas que Woods comme Layman connaissent leur sujet et savent le mettre en scène.

C'est dynamique, inventif, et, mis à part donc l'identité du méchant à la fin, qui peut paraître un peu paresseuse dans son choix, la série confirme son gros potentiel avec cette équipe créative. En attendant le premier épisode de Justice League Unlimited la semaine prochaine, on peut compter sur Titans comme un de ses très bons team books de l'ère DC All-In.

samedi 19 octobre 2024

TITANS #16 (John Layman / Pete Woods)

 

Maintenant que tout le monde est membre de la Justice League, les Titans se demandent si leur équipe a encore une raison d'être, et si oui, laquelle. Par ailleurs, Barry Allen ayant perdu ses pouvoirs, Wally West démissionne pour assurer le rôle de Flash, tandis que Roy Harper/Arsenal réintègre le groupe. Nightwing quant à lui laisse son poste de leader à Donna Troy...



Tom Taylor ne sera finalement même pas resté un an et demi sur Titans, série qu'il avait pourtant relancée à partir de Nightwing #101. Le scénariste a préféré reprendre les commandes de Detective Comics (à la suite de Ram V). DC a donc confié le titre à John Layman, auteur de la série Chew (sur un détective cannibale, chez Image).


Layman démarre son run en se posant une question légitime qui accroche le lecteur : la Justice League étant désormais Unlimited, donc ouverte à tous les héros DC, les Titans ont-ils encore une raison d'être ? Ou doivent-ils cesser d'être un groupe à part pour embrasser leur nouveau statut de recrues potentielles de la JL ?


Choisissant quand même de rester unis, ils doivent quant même faire face à la démission de Wally West qui veut se consacrer à son rôle de Flash à plein temps puisque Barry Allen a perdu ses pouvoirs à la fin de Absolute Power. Mais si l'un part, un autre revient et Roy Harper est réintégré. Pourtant, il subsiste encore un cas à régler : celui de Nightwing.


En effet, alors que Tom Taylor vient là encore d'achever son run sur la série consacrée à Dick Grayson, le personnage constate qu'il a été accaparé par ses propres affaires et ne peut plus assumer pleinement son rôle de chef. Il propose à Donna Troy de le remplacer, ce qui est validé par un vote rapide à main levé - même si Arsenal est déçu (non pas de ne pas être choisi, mais du fait que Nightwing se mette en retrait). 

L'équipe a à peine le temps de respirer qu'elle subit une agression mentale dans sa tour... John Layman livre un numéro à plusieurs vitesses. Il consacre quelques pages aux Titans dans la Tour de Garde de la Justice League pour discuter du statut de l'équipe, acter le départ de Wally et le retour de Roy. Un début qui semble surtout là pour assurer au lecteur que la série s'inscrit organiquement dans la ligne des événements survenus lors de Absolute Power.

Puis, enfin, on retourne à la Tour des Titans. Layman paraît avoir voulu bousculer l'ordre établi en écartant Nightwing de son rôle de leader pour le confier à Donna Troy : elle n'est pas illégitime puisqu'elle fait partie de la bande depuis le tout début (quand elle était la seule Wonder Girl). Mais ce mouvement modifie la dynamique du groupe dans la mesure où c'est comme si Wonder Woman était élue chef de la Justice League (ce qui, je crois, n'est jamais arrivé).

Avec une formation composée de Donna, Nightwing, Cyborg, Changelin, Raven, Starfire et Arsenal, Layman dispose d'un bel effectif et de caractères forts et il sera intéressant de voir comment il va les animer. Ce sera certainement plus vivant, incarné que ce qu'a commis Taylor qui, sur le peu que j'ai lu, ne m'a pas convaincu. A peu de choses près, on a là les membres classiques (ceux de la grande époque Wolfman-Pérez), hormis Arsenal et Tempest (lui excusé à cause des retombées de Absolute Power, mais je ne connais pas le détail).

L'épisode se clôt sur l'apparition du méchant inattendu mais qui mène une attaque éclair très efficace. On est curieux de voir comment cela va être développé, mais Layman créé la surprise, ce qui est toujours bon signe quand on démarre un run.

Au dessin DC n'a pas pris de risque en choisissant Pete Woods, un vétéran qui a travaillé aussi bien pour la firme que pour la concurrence. Woods est un type étonnant, nomade, qui travaille dans son camping-car à bord duquel il voyage quand il n'est pas chez lui. Surtout, il est l'un des rares, avec Phil Noto, à pouvoir enquiller les épisodes sans jamais être en retard tout en assumant dessin, encrage et couleurs !

Sur Bluesky, il a déclaré que, contrairement à beaucoup de ses confrères, il n'hésitait pas à lire les critiques sur des blogs et des forums car il estimait que toute remarque, qu'elle soit positive ou négative, était bonne à considérer. Ainsi a-t-il pu noter que certains lecteurs de cet épisode étaient parfois dérangés par les expressions des visages de ses personnages et il allait en tenir compte pour la suite.

Pour ma part, cela ne m'a pas perturbé, même s'il est vrai que Woods n'hésite pas parfois à forcer un peu sur ce point, avec des angles de vue audacieux (gros plans en plongée par exemple). Mais je trouve le résultat très dynamique et remarquablement solide pour un artiste qui fait tout. Contrairement à Noto qui a toujours eu un problème pour rendre ses pages plus énergiques, notamment dans les scènes de combat, Woods me paraît bien plus complet.

Je cherchais un peu par quel team book remplacer Uncanny X-Men et finalement il semble que Titans par Layman et Woods soit parfait pour ça. Mais pas par défaut. Au contraire, parce que c'est une série qui semble enfin décoller avec ces nouveaux auteurs.