mardi 12 août 2025

BORDERLINE (Jimmy Warden, 2025)


Los Angeles, années 90. Paul Duerson est un fan délirant de la chanteuse pop Sofia Minor dont il est persuadé qu'elle l'aime autant que lui l'aime. Ainsi se présente-t-il un soir à la porte de sa luxueuse villa pour lui demander sa main. Mais c'est Bell, le garde du corps de la jeune femme qui ouvre et tente de le congédier. Sujet à des hallucinations, Paul le prend pour sa dulcinée et lui offre une alliance imaginaire avant de l'enlacer pour mieux le poignarder.


Six mois passent. Bell, qui a survécu, retourne travailler pour Sofia contre la volonté de sa fille, Abby. Paul s'évade de l'hôpital psychiatrique avec Penny Pascal, une jeune femme aussi cintrée que lui, avec la complicité de son ami JH. A eux trois, ils vont forcer les portes de la demeure de Sofia alors qu'elle est sortie en boite avec son nouvel amant, DeVante Rhondes, un basketteur. JH enlève Bell, sa fille et sa soeur, Eleanor. Penny neutralise le garde à l'entrée de la villa. Paul s'introduit dans la maison.
 

Ignorant ce qui se passe, Sofia a une dispute avec DeVante après qu'il a découvert qu'elle l'avait coché sur une liste de célébrités avec lesquelles elle voulait avoir une aventure. Vexé, il décide de partir. Paul en profite pour assommer Sofia et l'enfermer dans la cabine d'enregistrement de son home studio avec l'aide de Penny. JH arrive avec Abby et Eleanor (il s'est débarrassé de Bell en route) et une grosse malle dans laquelle est enfermé un pasteur qui doit présider à l'union de Paul et Sofia...


Samara Weaving est une actrice australienne qui s'est fait une sorte de spécialité de tourner dans des séries B très efficaces où son charme ravageur et son humour contrebalancent les horreurs qu'elle traverse. Elle a synthétisé ses efforts dans l'excellent Wedding Nightmare (la traduction "vf" de Ready or Not), une vraie pépite que je vous recommande chaudement.


Elle est aussi amie avec une certaine Margot Robbie, qui a eu son petit succès il y a deux ans avec Barbie, et qui a produit ce Borderline. Histoire que tout reste en famille, le scénario et la réalisation sont assurés par Jimmy Warden, qui est le compagnon de Samara Weaving (veinard...). Et pour donner la réplique à cette dernière, on a droit à Ray Nicholson... Le fils du grand Jack Nicholson !


Avec tous ces ingrédients sur la table, on pouvait s'attendre à tout, sauf à un film tiède. Pourtant c'est ce qui se produit avec Borderline dont le plus grand défaut, la plus grande faute, est de manquer de rigueur et de direction. Comme si au final tout ça était trop beau pour être vrai. Ou plutôt comme si travailler entre amis n'était finalement pas une si bonne idée.


Attention ! Je ne dis pas qu'il faut, pour qu'un film soit réussi, qu'il règne une mauvaise ambiance sur le plateau de tournage ou même que faire des films entourés de gens qu'on apprécie n'est pas conseillé. Mais c'est comme si, là, ça ne fonctionnait pas du tout et qu'au lieu de raconter l'histoire annoncée, Jimmy Warden avait changé de plan en cours de route.

La construction du film et son rythme posent d'entrée de jeu problème : la séquence d'ouverture dure dix bonnes (mais surtout longues) minutes durant lesquelles Warden se la joue Tarantino, avec un dialogue interminable et une chute qui est annulée par l'ellipse qui lui fait suite. L'action reprend six mois après et c'est comme si, à l'instar du garde du corps de Sofia, personne n'avait rien retenu du prologue.

Paul, ce fan délirant et inquiétant, s'échappe, on ne sait comment, de son asile, embarquant avec lui une fille aussi allumée que lui, et rejoint son ami JH. Warden se reprend en montrant très bien comment à eux trois ils vont réussir à neutraliser le garde du corps, le garde à l'entrée de la villa de Sofia, et séquestrer cette dernière.

On se dit alors qu'on est parti sur une histoire haletante entre une pop star inconséquente et son adorateur dingo, où chacun va devoir tenter de vaincre l'autre  - la première pour survivre (comme dans Wedding Nightmare), le second pour gagner l'amour de la première. 

Las ! Warden va complètement se perdre dans son scénario, au point que le véritable protagoniste n'est plus ni Sofia, ni Paul, mais le garde du corps, Bell, décidément increvable. Entre les otages (qui ne sont là que comme accessoires narratifs), les complices (pas beaucoup mieux lotis), et le couple infernal, le film refuse de choisir et oublie tout le monde au profit de celui qui va sauver la nuit.

C'est tellement dommage. Parce que, quand Warden est focus sur un élément, même éphémère, il réussit d'excellentes choses, comme ce flic qui répète dans la rue où habitent Bell et sa famille la chorégraphie d'une comédie musicale (c'est lunaire, mais très marrant), ou quand Penny et Sofia chantent en duo une chanson de Céline Dion dans une scène complètement décalée.

Mais ces fulgurances sont trop rares d'une part, et noyées d'autre part dans une collection de saynètes sans l'intensité requise pour une telle intrigue. Des enjeux dramatiques comme l'amour dément que porte Paul à Sofia ne sont pas creusés, alors que le film s'attarde lourdement sur le travestissement forcé de DeVante. 

Eric Dane prête sa silhouette massive et son visage impassible à Bell qui considère, comme le spectateur, tout cela avec un mélange de sidération et de désolation. Ray Nicholson s'amuse visiblement beaucoup, mais imiter son père, immense acteur, ne suffit jamais à le rendre aussi flippant qu'il devrait. Alba Baptista campe une gamine pétée mais vite expédiée ad patres. Et Samara Weaving alors ?

Hé bien, elle est superbe bien sûr, mais sous exploitée par son compagnon qui ne profite pas de ses ressources d'actrice. A-t-elle accepté le rôle pour lui faire plaisir ? C'est probable, mais franchement, ce n'est pas devant sa caméra qu'elle convaincra ceux qui la méconnaissent ou comblera ses fans. Vivement la suite de Wedding nightmare !

Un beau potentiel, mais une occasion manquée surtout.

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