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mercredi 16 juillet 2025

SUPERMAN UNLIMITED #3 (Dan Slott / Rafael Albuquerque)


De tous les kryptoniens sensibles à la kryptonite, désormais en circulation massive sur Terre, il en est un dont le cas est bien particulier : Krypto, le super chien de Superman. Comment le toutou va-t-il devoir composer avec cette situation ?


C'était inévitable : Krypto va devenir la coqueluche du public avec le film de James Gunn (que je n'ai toujours pas vu car pas à l'affiche chez moi...), et DC a prévu de surfer sur le phénomène. Une mini-série (par Ryan North et Mike Norton) est actuellement publiée sur les origines du super chien, qui est apparu aussi dans la nouvelle série (débilissime ) Supergirl.


Si Joshua Williamson ne l'a pas encore utilisé dans sa série Superman, Dan Slott lui a grillé la politesse avec ce troisième épisode de Superman Unlimited. Et il faut bien avouer que... Ce n'est pas bon du tout. Et encore, en disant cela, je suis gentil parce que c'est même carrément mauvais. Et au-delà de Krypto, c'est le projet même de la série qui interroge.


Parce que, bon, pour le moment, et à mon avis c'est parti pour rester ainsi, ce qu'a établi Slott indiffère complètement les autres auteurs du DCU. Aucune série n'a fait mention de ce nouveau statu quo pourtant spectaculaire qui voit de la kryptonite circulant désormais massivement sur Terre depuis un petit pays sud-américain : tout est dit. Ou plutôt non dit.


Tout se passe comme si Dan Slott avait lancé une vraie grenade narrative dans le DCU, impliquant un de ses personnages les plus emblématiques, mais que personne, aucun autre auteur que lui, ne l'avait remarqué - ou en tout cas ne voulait la prendre en compte. C'est à un tel point qu'on peut même se demander si Superman Unlimited n'est pas une série Elseworlds...

Et peut-être que ça aurait mieux ainsi. Dan Slott n'aurait pas été ainsi marginalisé, ostracisé par le reste des auteurs et même de son éditeur. En l'état, je vois mal comment Superman Unlimited peut exister quand tout le monde ignore ostensiblement ce qui s'y passe depuis la fin du premier épisode. Dan Slott va certainement continuer (longtemps ?) à jouer tout seul dans son propre bac à sable.

Pourtant cette idée n'était pas mauvaise en soi, elle était même sacrément ambitieuse. Slott a été maladroit : il a voulu imposer un truc tellement énorme que personne ne pourrait passer à côté... Alors que Joshua Williamson et Mark Waid, les deux scénaristes en charge de Superman dans ses séries iconiques (Superman et Action Comics) ont d'autres plans, qui ne peuvent intégrer celui de Slott !

Pour en revenir à Krypto auquel l'épisode est amplement consacré, ce n'est pas très malin non plus. Bien que réfléchir à l'impact que la diffusion de la kryptonite peut avoir pour un animal soit ingénieuse, l'exécution laisse à désirer. Slott se montre même assez putassier sur la fin en mettant en danger mortel l'animal.

Par ailleurs les dessins de Rafael Albuquerque m'ont posé problème. J'ai toujours eu cette impression qu'il dessinait trop vite (un peu comme Sean Phillips), mais c'est flagrant ici. Les planches sont moches, et la colorisation de Marcelo Maiolo (que je n'ai jamais appréciée) n'arrange rien. On nage dans des camaïeux de jaune-vert assez dégueulasses.

Superman sous le crayon de Albuquerque est moche. Il a l'air constamment en train de grimacer. Son Clark Kent est encore pire, avec une tête de neuneu passablement agaçante. Mais le pire, c'est bien la manière qu'il a de représenter Krypto : le clébard est affreux, il n'inspire aucune sympathie, il ne ressemble à rien sinon à une espèce de roquet, c'est une catastrophe.

Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, ce Superman Unlimited est finalement très limité. Parce que tout le monde chez DC a l'air de s'en tamponner. Que sa réalisation est au mieux bâclée. Et qu'après trois épisodes, toute la motivation qu'on pouvait avoir s'est dissipée. C'était le risque, avec trois séries pour le man of steel. Une seule, pour ma part, me suffit et ce sera celle de Joshua Williamson.

vendredi 20 juin 2025

SUPERMAN UNLIMITED #2 (Dan Slott / Rafael Albuquerque)


Lois Lane se rend au El Caldero, cet Etat sud-américain sur lequel est tombé l'astéroïde rempli de kryptonite et qui l'a rendu immensément riche depuis. Le Président Castilho assure pourtant ne pas vouloir utiliser cette roche contre Superman et nie qu'elle impacte la santé humaine. De son côté, Superman apprend ce que cette situation change profondément pour lui...


Le premier épisode de Superman Unlimited m'avait laissé un sentiment mitigé : d'un côté, Dan Slott proposait une idée ambitieuse et qui assurait de changer radicalement la situation du héros quand, de l'autre, il livrait un premier numéro très rétrospectif sur la carrière du man of steel. Tout, en somme, restait à faire.


Dan Slott passe vraiment la deuxième ce mois-ci en explorant les conséquences de l'événement qu'il a mis en place : désormais, c'est (quasiment) open bar pour tous ceux qui voudraient de la kryptonite et donc Superman est plus vulnérable que jamais. A moins qu'il ait subi quelques changements très profonds suite à son exposition prolongée à cette roche...


A chaque fois qu'un scénariste a voulu ôter ou, surtout, ajouter un (ou des) pouvoir(s) à Superman, le lecteur en premier s'est interrogé comme Supergirl et Connor Kent ici : ne les a-t-il pas tous ? En effet, il peut voler, il a une force incroyable, il peut souffler un air glacé, ses yeux lancer des rafales thermiques, il est presque invulnérable. Seules la magie et la kryptonite lui font peur.
 

Alors autant le faire évoluer dans un monde où la kryptonite est facile à se procurer est intéressante, autant modifier les pouvoirs de Superman est casse-gueule. Dan Slott trouve pourtant une parade assez ingénieuse, comme Geoff Johns en son temps, pour à la fois affaiblir et renforcer Superman. Mais sans tout à fait convaincre que cette idée peut fonctionner sur le long terme.

Petit spoiler donc : Batman explique à Superman que son exposition prolongée à la kryptonite quand il a a voulu empêcher l'astéroïde de s'écraser sur Terre a modifié sa sensibilité. Il a en quelque sorte développé des anti-corps qui lui permettent d'être immunisé. Mais pendant un court laps de temps seulement (3 minutes). Passé ce temps, il devient un homme comme les autres, sans pouvoir.

Visuellement Rafael Albuquerque et son coloriste Marcelo Maiolo donnent à Superman un look entièrement doré, surprenant mais, disons-le, assez kitsch. J'aurai préféré quelque chose d'un peu moins bling-bling, même si un Superman argenté aurait sans doute trop évoqué le Surfeur d'Argent. D'ici à ce qu'un super-vilain ne soit pas convaincu que Superman est en or et veuille en faire des lingots...

Toutefois, c'est un gimmick très "Slottien", lui qui s'est beaucoup amusé quand il écrivait Amazing Spider-Man à changer le costume iconique du tisseur. Il faudra quand même dépasser le côté gadget et ne pas recourir trop fréquemment à cette astuce pour rendre plus fragile ou solide Superman au grè de ses mésaventures. Et voir aussi si les autres scénaristes tiennent compte de cette transformation.

Car, même s'il est encore tôt, on n'a pas l'impression que les séries où apparaît le man of steel ont intégré ce qu'a imaginé Slott : Joshua Williamson est bien trop occupé avec ses propres intrigues qu'un tel ajout encombrerait, et pas dit non plus qu'on voit ce golden Superman dans les pages de Justice League Unlimited.

C'est pourquoi je me demande s'il n'aurait pas mieux valu développer ce titre hors continuité (quitte à en faire la première ongoing du Black Label par exemple) parce que ce que Slott a établi ne me semble pas parti pour devenir canonique et même partagé. Quand il avait créé le Superior Spider-Man, chez Marvel, tout le monde avait joué le jeu. Pas sûr que DC actuellement veuille le faire.

Toutefois l'épisode avance des pistes intéressantes à partir de là : le président d'El Caldero n'est pas si désintéressé qu'il le prétend, la présence du Creeper (et de son alter ego, l'éditorialiste polémique Jack Ryder que Clark Kent a un peu humilié) accroche l'attention, et l'apparition d'un vilain bien connu à la fin promet.

En outre, même si je reste déçu de la prestation d'Albuquerque et de Maiolo, la partie graphique est très dynamique. Résultat : ça progresse bien, mais avec un pitch pareil, Superman Unlimited est une vraie curiosité.

vendredi 23 mai 2025

SUPERMAN UNLIMITED #1 (Dan Slott / Rafael Albuquerque)


Alors qu'il assiste à la présentation du rachat du Daily Planet par Imani Edge, Clark Kent reçoit un appel de détresse de Red Tornado depuis la Tour de Guet. Superman doit intercepter un énorme astéroïde qui fonce sur la Terre. Il percute le caillou en espérant le détruire mais sous sa première couche, il découvre qu'il s'agit d'un bloc de kryptonite...


Superman Unlimited est l'attraction de cette semaine dans les sorties comics. D'abord parce que, avec les séries Superman (de Joshua Williamson) et Action Comics (dont Mark Waid va reprendre la direction), c'est donc un troisième titre mensuel consacré au man of steel. Et ce n'est pas fini puisque DC a décidé d'accompagner la sortie du film de James Gunn sur le kryptonien en mettant les petits plats dans les grands.
 

C'est le programme affiché du Summer of Superman : faire de l'alter ego de Clark Kent un personnage aussi exposé que Batman. Et par extension le reste de la Super-famille puisque Supergirl a eu droit à un (très bon) retour récent, Krypto aura droit à une mini, et la Maison El aura droit à une maxi en 12. Rarement les fans du champion de Metropolis auront eu tel choix.


Ensuite Superman Unlimited marque le retour chez DC de Dan Slott, plus de vingt ans après son premier séjour chez l'éditeur. Entre temps il est devenu un scénariste renommé qui a grandement profité de son temps sur Spider-Man. Il reste toutefois libre de continuer à travailler pour Marvel même s'il dit vouloir se consacrer à ce titre dans l'avenir.


Enfin, pour le dessinateur Rafael Albuquerque, ce projet fait figure de revanche sur le destin : en effet, c'est lui qui devait être l'artiste d'Absolute Superman avant de se retirer car il avait été frappé comme bien d'autres de ses compatriotes par de terribles inondations au Brésil. Finalement, c'est la version classique du personnage qui le voit lui aussi revenir chez DC, des années après American Vampire (à l'époque sous le label Vertigo).

Mais, une fois tout ceci dit, que vaut ce Superman Unlimited ? J'étais impatient de le lire car je trouvais le pitch avancé par Slott à la fois simple et prometteur dans son intention de faire de la kryptonite une marchandise disponible partout dans le monde et d'examiner comment Superman et les autres kryptoniens présents sur Terre seraient obligés de composer avec cela.

La manière dont Slott amène cette donnée est très simple : un énorme astéroïde se dirige sur la Terre, Superman va tenter d'éviter la collision mais découvre, trop tard, que sous sa carapace, le caillou est en fait une masse de kryptonite. Il croit mourir... Mais survit pour se réveiller trois mois plus tard et découvrir que, entre temps, le monde a bien changé.

C'est donc d'emblée très spectaculaire et on a vraiment envie de voir comment Slott va exploiter et développer cette idée qui bouleverse vraiment beaucoup la situation de Superman et des siens. Impossible en effet avec un tel argument que les autres séries l'ignorent. Slott a établi quelque chose qui sera aussi intéressant de suivre par ailleurs (notamment chez Joshua Williamson ou chez Mark Waid).

Est-ce que les autres auteurs joueront le jeu ? Ou DC et Slott feront comme si ça restait circonscrit à Superman Unlimited ? Ce serait tout de même grotesque que la série Superman (adjectiveless) ou Justice League Unlimited fassent comme si de rien n'était (pour Action Comics, c'est différent puisque Mark Waid va l'inscrire dans le passé, quand Clark n'était encore que Superboy). Pour Supergirl, je pense que DC va laisser Sophie Campbell tranquille pour l'instant.

La fin de ce premier épisode est en tout cas très accrocheuse sur l'état de Superman, la position de l'Etat-Nation d'El Cadero, l'implication d'organisations criminelles, ou celle de la JLU. Donc, sur tous ces points, je dirai que c'est une vraie réussite, indéniable.

Mais il y a quelques "mais" quand même.

Le premier concerne Rafael Albuquerque. C'est un dessinateur très efficace et rapide, au point qu'il va travailler sur Superman Unlimited et Huck volume 2 (avec Mark Millar) en même temps. Toutefois, sa prestation m'a laissé un peu perplexe.

Attention, pas de méprise ! C'est de l'excellent ouvrage. Toutefois, j'ai eu l'impression que Albuquerque allait un peu vite parfois, son Superman a quelquefois des expressions étranges, il apparaît tantôt assez jeune, tantôt plus vieux, avec des changements de coiffure assez curieux. Je n'ai pas le sentiment qu'il se soit encore pleinement approprié cette version classique du personnage.

Et Albuquerque a ce défaut récurrent de traiter les décors de manière assez... Je ne dirai pas bâclée... Mais un peu expédiée. Le fait que la majorité de l'album se déroule dans l'espace n'aide pas, mais même quand il montre El Cadero, il opte pour un plan assez plat qui ne fait forte impression pour prouver l'essor prodigieux de l'endroit en l'absence de Superman. Peut mieux faire, disons.

Ensuite, ma seconde réserve, plus conséquente, concerne le coeur de l'épisode. Tandis que Superman tente, au péril de sa vie, de freiner la chute de l'astéroïde, il revoit les moments forts de son existence. Et là, franchement, Slott abuse. Sur les 30 pages de l'épisode, il en consacre onze (un peu plus d'un tiers donc) à des flashbacks nous montrant ce que tout le monde connaît, a vu et revu.

On peut considérer que c'est un effort louable pour rendre la série abordable pour tous. Mais est-ce que Slott avait besoin de revenir sur tous ces moments culte ? Franchement, j'ai trouvé ça lourdingue, du remplissage bon marché. Ces pages-là auraient eu leur place dans le récent exemplaire du Free Comic Book Day, pas dans le premier épisode de la série.

Ce n'est pas dramatique et ça ne suffit pas à gâcher le plaisir qu'on prend à lire ce premier numéro, mais bon, c'est juste dommage et dispensable.

La question qui se pose désormais, c'est : est-ce qu'il y aura assez de lecteurs pour tout ça ? Trois séries mensuelles pour Superman, c'est un challenge. Et si d'aventure, le film de James Gunn ne fonctionne pas comme espéré (ce que je ne souhaite pas car je suis assez hypé), est-ce que ça ne risque pas de freiner DC ?

Pour ma part, en tout cas, je vais continuer Superman, Supergirl et ce Superman Unlimited (le projet de Waid pour Action Comics ne me tente pas). Je suis heureux que DC mette Superman en avant et je trouve que l'offre est attractive, avec de belles équipes créatives.