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jeudi 20 août 2026

CATWOMAN #90 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a été recruté par Katarina Belov pour faire souffrir Catwoman et il s'y emploie avec un jeu macabre. Pendant ce temps, Holly Robinson découvre la femme qui se fait passer pour Maggie. Et la vraie Maggie décide d'affronter Black Mask pour ne plus avoir peur de lui...


Si je ne regrette pas d'avoir lu cet arc, en revanche j'aurai volontiers prolongé l'aventure si seulement DC avait maintenu au poste de dessinateur l'excellent Davide Gianfelice. Mais l'artiste italien signe là son ultime épisode qui est aussi la conclusion de cet arc où les soeurs Kyle ont eu une nouvelle fois affaire à l'horrible Black Mask.


Quand on a un tel méchant à sa disposition, il convient de bien finir l'histoire qu'il a contribué à animer et Torunn Gronbekk a imaginé un dénouement à la hauteur tout en bouclant les diverses arches narratives de tous les personnages engagés. On a droit à un nouveau chapitre mené tambour battant, où Catwoman et ses alliés vont jusqu'au bout avoir du mal à s'en sortir.


D'ailleurs Gronbekk négocie bien cet exercice en veillant à ne pas offrir une happy end parfaite - et pour cause sa série va être impactée par le crossover Bad Seeds dès le mois prochain et dont Poison Ivy est la protagoniste. Mais, tout de même, la scénariste veille à ce qu'un des adversaires de Catwoman ait son compte réglé pour de bon.


L'autre bon point, c'est que Gronbekk donne à Maggie Kyle un rôle comme elle en a rarement eu : cette fois, elle refuse de fuir pour se protéger ou suivre les ordres de Selina ou Slam Bradley et elle fait face crânement à Black Mask dans une scène remarquable. D'habitude la pauvre Maggie est cantonnée à son fauteuil roulant et ses traumas psychologiques et physiques...

D'une manière générale, cette conclusion montre que tout le casting est bien servi, personne n'est négligé et participe à la résolution de l'intrigue. Avant cela, le plan de Black Mask pour éprouver Catwoman réserve quelques scènes inspirées, où son sadisme est magistralement mis en scène. Quand il est écrit de la sorte, Roman Sionis n'a rien à envier au Joker et autres psychopathes de Gotham.

Davide Gianfelice aura fait un bien fou à une série qui a décidément bien du mal à garder un artiste longtemps. Pourquoi donc DC, qui est si fort sur ce plan, n'arrive-t-il pas à donner à Catwoman un dessinateur régulier et de talent ? C'est ce qui empêche ce titre d'avoir de meilleures ventes, alors que son héroïne est dans l'orbite de Batman depuis si longtemps.

L'italien découpe les scènes avec une telle vivacité, un tel punch que c'est irrésistible. La tension qui irrigue chaque page est palpable et prouve que Catwoman et Black Mask sont deux antagonistes aussi forts que Batman et le Joker. De plus le supporting cast est ici parfaitement animé par le trait nerveux de Gianfelice, qu'il s'agisse de Maggie, Slam ou Holly et même Carmine Falcone.

Oui, je serai bien resté plus longtemps, mais je préfère en rester là sachant que le successeur de Gianfelice ne me procurera pas la même satisfaction. Dommage pour Torunn Gronbekk et dommage pour Catwoman.

mercredi 15 juillet 2026

CATWOMAN #89 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Catwoman est confrontée par Black Mask à un terrible dilemme : sauver Slam Bradley qui est ligoté avec une grenade dégoupillée dans les mains ? Ou empêcher un attentat à la bombe dans la gare de Burnley ? Elle le sait : quelque soit son choix, il y aura la mort au bout...


Le pénultième épisode de cet arc est encore une fois remarquable et prouve que Torunn Gronbekk sait écrire de bonnes histoires si tant est qu'on la laisse faire et qu'elle pratique son art sur un personnage qui l'inspire, contrairement à ce qu'elle a souvent dû accomplir chez Marvel. Il est juste dommage que DC ne lui attribue pas un bon dessinateur définitivement comme Davide Gianfelice.


L'artiste italien quittera en effet la série après le prochain numéro et c'est bien dommage car il a signé une prestation de haut vol. Je suis certain que s'il était resté, Catwoman en aurait profité. Pour ma part, j'ai décidé de ne pas poursuivre après lui parce que Danilo Beyruth a un style qui me comble moins. A moins que la série connaisse des changements en vue du #100, désormais proche.


Pour en revenir à ce numéro-ci, Gronbekk multiplie les points de vue en vue du grand final : Catwoman doit rallier un point précis en étant coursée par des sbires de Black Mask, Holly Robinson découvre où est Maggie Kyle et ce que lui a réservé Black Mask, Slam Bradley a les mains crispées autour d'une grenade dégoupillée, Katarina Belov savoure sa vengeance...


Faire tenir tout ça en une vingtaine de pages n'est pas une mince affaire et Gronbekk s'en sort haut la main avec une narration très nerveuse et toujours limpide. L'astuce consistant à ponctuer l'épisode avec la course de Catwoman est très efficace et haletante, même si on sait qu'elle se débarrassera sans problèmes des complices de Black Mask.

La dernière page et même la dernière image produit un cliffhanger réellement inattendu et qui donne envie d'être déjà le mois prochain. On comprend au passage comment Black Mask a pu mobiliser autant de personnel pour accomplir son plan machiavélique et Gronbekk en profite même pour remettre une pièce dans la machine sur les liens entre Selina Kyle et Carmine Falcone (l'occasion de réviser sa continuité, ce que la scénariste a fait auparavant dans son run).

Gianfelice livre de superbes planches qui, elles aussi, permettent de savourer le crescendo dramatique de toutes les facettes de l'histoire. Les pièces de l'échiquier sont en mouvement et se répondent, créant un sentiment d'inéluctabilité très prenant. L'artiste italien ne lésine pas sur les décors, notamment pour montrer la course de Catwoman alors que bien des dessinateurs auraient été moins consciencieux sur ce point.

On peut ainsi apprécier la distance parcourue, la diversité architecturale des quartiers traversés, le mobilier urbain. Quelque part, c'est dommage parce que je suis convaincu que la plupart des lecteurs n'y prêteront pas assez d'attention dans la mesure où ce genre de séquences souligne les déplacements, la vitesse. Mais Gianfelice abat un travail exemplaire.

Je ne serai revenu à Catwoman que pour un arc mais ça valait le coup. Torunn Gronbekk et Davide Gianfelice ont rendu, à leur manière, un parfait hommage à une histoire désormais devenue classique de la féline fatale de Gotham contre son pire ennemi, Black Mask, plus d'un quart de siècle après Ed Brubaker et Cameron Stewart. Ce n'était pas gagné, mais le résultat est probant.

vendredi 26 juin 2026

CATWOMAN #88 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Slam Bradley exfiltre Maggie de son appartement et lui dit d'aller se cacher dans un endroit où personne ne pourra la trouver, pas même lui. Cependant, après avoir sauvé Holly, Catwoman reçoit un nouvel appel de Black Mask qui l'invite à une "réunion de famille" à minuit...


Cette histoire touche à sa fin (elle se conclura en Août) et Torunn Gronbekk ne lâche pas Catwoman, lui mettant une pression permanente. Black Mask et Katarina Belov mènent la partie en ayant compromis Selina Kyle car une femme avec son visage a posé une bombe dans une gare. Mais si Slam Bradley a réussi à éloigner Maggie, la soeur de Selina, il reste lui aussi traqué.
 

Rien de ce qui est raconté ici ne prétend révolutionner le genre, mais il faut reconnaître la scénariste une redoutable efficacité pour tenir le lecteur en haleine, enchaînant les menaces à une allure frénétique. Black Mask est dépeint comme un criminel moins malin que discipliné, aux ordres de Katarina Belov qui, elle, veut se venger de Selina Kyle en s'en prenant à ses proches.
 

En écrivant la série comme un thriller pur et dur, Gronbekk n'exploite pas les talents de voleuse de Catwoman et on pourrait facilement se dire qu'un tel récit conviendrait mieux à une héroïne plus classique, telle que Huntress ou Black Canary chez DC ou, alors, Black Widow chez Marvel. Cependant ce n'est pas désagréable du tout à suivre.
 

Et puis Gronbekk profite du travail de ses prédécesseurs en opposant à nouveau Catwoman à des ennemis qu'elle craint vraiment. Reste à savoir comment l'auteur dénouera son intrigue. Elle a pour elle un excellent dessinateur en la personne de Davide Gianfelice, qui, malheureusement, partira après cet arc.

L'italien cédera en effet sa place à Danilo Beyruth, qui reprend sa place en Septembre. Pour moi, ce sera donc la fin de l'aventure et je le déplore car je trouvais que Gianfelice apportait une réelle plus value visuelle au titre depuis le départ prématuré de Fabiana Mascolo. J'avoue ne pas comprendre ce que fiche DC avec cette série alors que l'éditeur, partout ailleurs veille à stabiliser la partie graphique.

Hormis les runs de Joelle Jones (qui dessinait en alternance avec Fernando Blanco, lequel était resté durant le passage de Ram V) et Tini Howard (qui collaborait surtout avec Nico Leon), depuis que Gronbekk est aux commandes, c'est un défilé de dessinateurs, souvent moyens. Dommage.

On profitera donc d'autant plus des deux prochains numéros qui promettent de bousculer sérieusement Catwoman et de régaler le fan de Selina Kyle.

jeudi 21 mai 2026

CATWOMAN #87 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a enlevé Holly Robinsonqu'il a enfermée dans une cellule capitonnée avec une réserve d'une heure d'oxygène. Ou, si elle préfère en finir avant, une seringue et de la drogue. En parallèle, il envoie en ville une femme avec le visage de Selina Kyle qui alerte la police anonymement qu'une bombe se trouve à la gare de Burnley...


Même si Catwoman est très présente dans cet épisode, ce qui est logique puisqu'elle est l'héroïne, on termine sa lecture avec le sentiment que c'est bel et bien Black Mask qui est la vedette. La couverture ne ment donc pas sur le contenu - et on peut d'ailleurs être légitimement ébloui par la maestria de l'image peinte par Sebastian Fiumara.
 

On dit souvent, pour paraphraser Hitchcock, que "meilleur est le méchant, meilleure est l'histoire", et Black Mask est un excellent méchant. Torunn Gronbekk l'a bien compris et livre un script à la hauteur de ce génie du mal, dont le sadisme est proprement effrayant et le machiavélisme implacable. Il a plusieurs coups d'avance sur Catwoman qui est obligée de courir dans tous les sens.


Si ma scénariste est très bien inspirée, on aurait quand même souhaité savoir ce qu'il est était advenu de Slam Bradley qu'on a laissé dans une situation très compromise. Mais elle se rattrape ave deux scènes fulgurantes mettant en scène Maggie, la soeur de Selina, dont le handicap est parfaitement exploité et qui s'enferme dans une panic room pour échapper à des sbires de Roman Sionis.


Que ce soit un artiste italien comme Davide Gianfelice qui dessine désormais la série souligne encore davantage l'influence très giallo de cette histoire. Tout ici concourt à faire partager au lecteur une expérience limite, à la fois grotesque et éprouvante. C'est tout à fait épatant et cette ambiance d'épouvante sied bien à l'ensemble.

Gianfelice est très à son aise pour découper ce récit de la manière la plus vibrante possible, montrant avec expertise comment Black Mask entraîne Catwoman là où il le désire, la faisant souffrir mille maux, et les efforts désespérés qu'elle déploie pour tenter de rattraper son retard. Le rythme est très soutenu, le suspense élaboré.

Torunn Gronbekk a rarement été saluée pour son travail, notamment quand elle a dû remplacer au pied levé Donny Cates sur Thor, mais il se pourrait bien qu'elle redore son blason avec Catwoman où elle s'est installée depuis maintenant quelque temps et plus spécialement avec cet arc qui ose répondre à un classique de l'ère Brubaker avec aplomb et maîtrise.

Quant à Gianfelice, il montre lui aussi qu'il mérite sa place après une carrière en dents de scie et où ses talents de narrateur graphique prouvent qu'il a faim, digne représentant de cette "invasion" italienne dans les comics, riche de bien des talents dont il n'est pas le plus connu mais qui gagne à l'être incontestablement.

lundi 11 mai 2026

POISON IVY, VOLUME 7 : AMUSE-BOUCHE (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Davide Gianfelice, Mark Buckingham)


POISON IVY, VOL. 7 :  AMUSE-BOUCHE
(Poison Ivy #38-41 + Annual 2025)


- POISON IVY #38-41 (G. Willow Wilson / Marcio Takara : 38-39, Davide Gianfelice : 40-41) - Trahie par Janet, Poison Ivy la traîne dans les bois sans savoir si elle va la tuer ou non. Elle veut d'abord confronter Bog Venus et ce dernier lui commande de cesser d'aider Xylon, son rival. Ivy conclut un marché...


... Après quoi, à nouveau à l'abri des regards dans la ville fantôme de Marshview, Ivy entreprend de guérir Janet du mal qui la ronge. Cependant, Mr. Undine entraîne les membres de l'Ordre des Chevaliers Verts jusqu'à Marshview pour échapper aux forces de l'ordre de Seattle. Poison Ivy arrive en même temps pour inviter Ivy a regagner Gotham...


Là-bas, Ivy ne tarde pas à attirer l'attention de Vandal Savage, le commissaire du G.C.P.D., qui la malmène pour qu'elle lui obéisse. Jetée en prison, Ivy change de tactique : elle décide de briguer le poste de maire de Gotham !


Ce septième tome de la série ne paraîtra en vo qu'en Juillet prochain (et Dieu sait quand en vf) mais je vous fais part de ma critique sur les cinq nouveaux épisodes qu'il contient et l'Annual 2025 qui complète son sommaire. Dis ainsi, le programme peut sembler maigre mais l'Annual fait une quarantaine de pages, l'équivalent d'un numéro double.

G. Willow Wilson conclut d'abord ce qu'elle avait laissé en suspens dans le tome précédent avec les épisodes 38-39. Janet Mitchell a trahi Poison Ivy en s'alliant à Bog Venus, une entité primordiale appartenant au Parlement des Arbres qui ne supporte pas que Pamela Isley collabore avec Xylon le Gris, une entité rivale et mortifère.

Pour faire plier Ivy, Bog Venus a dévoilé la ville fantôme de Marshview aux yeux des autorités de Gotham et la police a effectué un raid qui a forcé Pamela à fuir pour rejoindre Seattle, via un passage interdimensionnel, où est basé l'Ordre des Chevaliers Verts qui en fait son égérie, au grand dam de Bella Garten.

Refusant d'abord cette place de leader, Ivy s'est ravisée en comprenant qu'elle tenait là une armée prête à lui obéir et à accomplir ses actions écoterroristes. Elle a détrôné Bella en la privant de ses pouvoirs et découvert au même moment que Janet l'avait donc trahie. Prête à la tuer, elle veut aussi négocier avec Bog Venus pour qu'il restaure la protection de Marshview.

Sans rien dévoiler de ce que cette explication donne, on peut dire que Ivy tranche dans le vif et s'attire l'ire d'un puissant ennemi. Mais dans le même mouvement, elle comprend, en même que Janet, que celle-ci a été dupée et n'a jamais voulu la blesser sciemment. Même si elle lui explique que tous ceux qui tentent de l'aimer finissent par en souffrir.

L'autre conséquence de tout cela, c'est que Ivy pardonne donc à Janet et la guérit. Mais cette guérison est surtout une transformation qui devrait avoir des prolongements sur la durée pour le personnage de Janet. G. Willow Wilson a réussi à faire de cette jeune femme un peu godiche un second rôle essentiel dans la série, un peu au détriment de la romance historique entre Ivy et Harley Quinn.

Toutefois Harley n'est jamais bien loin et peu jalouse. C'est sans doute la seule à échapper au sort funeste de ceux qui veulent être aimés de Ivy. Wilson écrit Ivy d'une manière fascinante, comme une créature qui a accédé à un stade de son évolution où elle peut à tout moment se détacher de son humanité, ce qui fait qu'elle repousse constamment ceux qui s'attachent à elles.

Et en même temps elle reste profondément humaine et faillible, liée à sa condition première de femme, d'humaine, tiraillée entre une idéologie écoterroriste et une ambition de changer le monde, de préserver la nature en cherchant le compromis, à dépasser son statut de vilaine. Cette Ivy-là est encore dépendante de ses désirs, de son coeur, qui la font chavirer tantôt dans les bras de Harley, tantôt dans ceux de Janet.

En termes de caractérisation, c'est le portrait d'un personnage très fouillé, tourmenté, dense, complexe, et passionnant. Le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser, comment l'appréhender, ce qui montre que la scénariste est parvenue à dépasser les clichés. Et ce n'est pas fini comme le prouve les deux autres épisodes suivants.

En effet, Ivy revient à Gotham en sachant qu'elle remet les pieds en territoire hostile, entre l'ombre de Batman et celle, désormais, de Vandal Savage, devenu le commissaire principal du GCPD (un reliquat du run de Chip Zdarsky sur la série Batman, heureusement encore exploité). Batman, à vrai dire, n'est plus en position favorable, il est même devenu, comme on l'a vu dans les premiers épisodes du run de Matt Fraction l'homme à abattre, l'ennemi public n°1.

Ivy va donc devoir composer avec Vandal Savage et elle ne gagne pas au change. Savage est brutal, tyrannique. Il veut contrôler Gotham et a, sous ses ordres, Marie Henley, une informaticienne surdouée qui a mis au point un système de surveillance et de prédiction criminelle basé sur l'intelligence artificielle. 

Mais cette machinerie consomme énormément d'énergie et d'eau. Ivy, pour espérer négocier avec Savage, doit collaborer afin que la climatisation de ce système soit efficace. Bien entendu, après avoir fait mine d'accepter ce deal, poussée dans ses retranchements, elle n'y tient plus, se rebelle (très violemment) et atterrit dans une cellule, en attente d'être transféré dans la prison Supermax pour métahumains.

C'est alors qu'elle a l'idée d'une riposte plus ciblée et stratégique : être élue maire de Gotham ! Alors, oui, je spoile, mais ce n'est pas si grave parce que ce qui compte dans ce rebondissement, c'est qu'il ouvre une nouvelle ère pour la série et son héroïne. Mais pas que ! Puisque, vous l'aurez compris, le succès du projet de Ivy va impacter la série Batman (qui s'est chargée de divulgâcher l'issue du vote).

Wilson place donc Poison Ivy dans une situation inédite pour elle, sans nul doute la position la plus importante que le personnage ait connue. Ce n'est pas loin de la période où Lex Luthor fut Président des Etats-Unis. Et évidemment, on se doute bien que la cohabitation Ivy-Savage ne sera pas un long fleuve tranquille (même si Fraction a déjà posé que les deux s'entendraient pour stopper Batman).

Les dessins sont assurés par Marcio Takara dans un premier temps et si on sent une légère fatigue de sa part, il produit encore de fort belles planches. J'aime toujours autant la façon dont il représente Poison Ivy, exactement à mi-chemin entre la déesse de la nature et la femme fatale. De manière générale, Takara brille avec les personnages féminins qu'il réussit à croquer avec ce mélange de puissance, de sensualité, de monstruosité aussi, et d'élégance.

Puis Davide Gianfelice le remplace sur la fin et on devine que sa prestation, brève mais très convaincante, lui a permis de décrocher la place de dessinateur régulier sur Catwoman depuis peu. L'italien a un trait plus nerveux que Takara, mais qui convient parfaitement pour illustrer le face-à-face très tendu entre Ivy et Vandal Savage.

On assiste donc à un vrai tournant pour la série, alors qu'elle franchit le cap des 40 épisodes et qu'elle peut voir encore loin avec une scénariste toujours aussi bien inspirée et entourée.

*

- POISON IVY ANNUAL 2025 (G. Willow Wilson / Mark Buckingham) - Ivy trouve Tuuru, l'arbre de la connaissance qui accepte de partager son savoir. En croquant dans une pomme, elle est propulsée dans un passé médiéval où elle incarne la Dame du Lac et fait face à un jeune roi, à son épouse et à leur machiavélique conseiller...


Cet Annual 2025 est comme souvent l'occasion de faire un pas de côté. Le récit ne cite pas les intrigues en cours mais se déguste comme une fable. Et ça ne peut pas être un hasard que ce soit justement le dessinateur de Fables qui se soit occupé de dessiner ce numéro spécial : Mark Buckingham (qui s'encre aussi pour l'occasion, avec aux couleurs son fidèle partenaire Lee Loughridge).

G. Willow Wilson s'amuse à déplacer Poison Ivy dans le cadre des légendes arthuriennes puisqu'elle fait de Pamela Isley la Dame du Lac. Le roi qu'elle rencontre est peut-être Arthur, en tout cas l'histoire traite du pouvoir qui corrompt et des conseillers ambitieux qui distinguent bien ce qu'est gouverner et et régner.

La métaphore n'est cependant pas si déconnectée des épisodes qui composent ce volume puisque, dans le présent, Vandal Savage veut régner sur Gotham tandis que Poison Ivy veut gouverner la ville. Bien que parfois alourdie par un discours moralisateur (sur la prédation humaine), l'histoire ici contée ne manque pas de charme et révèle même, dans son dénouement, une surprise sur qui a vraiment trahi.

La prestation de Buckingham est comme d'habitude magistrale. Les décors sont extraordinaires (comme vous pouvez le constater sur la double page ci-dessus) et la narration est d'une fluidité exemplaire. Buckingham est un héritier de Kirby : ses planches comptent peu de cases et chaque plan va à l'essentiel, mais il est moins rugueux, moins direct et punchy que le King of comics.

Après la fin disons compliquée qu'a connu Fables, c'est un plaisir en tout cas de relire des pages de Buckingham, qui, depuis, a renoué avec Marvel pour des projets moins excitants hélas...

jeudi 16 avril 2026

CATWOMAN #86 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Catwoman est en fuite à Gotham. Black Mask a offert à Katarina Belov, une femme qu'a défigurée Selina Kyle, ses services pour faire souffrir cette dernière avant de la tuer. Tandis qu'elle découvre qu'Holly Robinson a été capturée, Catwoman appelle Slam Bradley en renfort...


Il faut reconnaître à Torunn Gronbekk une réelle volonté de ne pas égarer le lecteur qui n'aurait pas lu son run depuis le début : dans cet épisode en effet on découvre l'identité de la mystérieuse femme à laquelle Roman Sionis/Black Mask s'est allié et il s'agit d'une antagoniste que Catwoman a déjà affronté il y a quelques mois.


Gronbekk réintroduit Katarina Belov de manière succincte mais suffisante pour qu'on comprenne ce qu'elle reproche à Catwoman. Une recherche facile sur le Net permet de savoir de quand date leur contentieux - c'était dans l'épisode 78 - et effectivement on saisit toute l'intensité de la haine que porte Belov à Selina Kyle.


L'intrigue présente la particularité de ne pas associer deux vilains pour éliminer l'héroïne (même si, in fine, c'est leur objectif commun) mais pour la faire souffrir car Belov a été marquée dans sa chair à cause de Catwoman. Et c'est évidemment quelque chose que peut appréhender Sionis, lui-même défiguré et mentalement très perturbé.


En convoquant Black Mask et en lui ajoutant Belov, Gronbekk convoque la meilleure histoire de Catwoman écrite par Ed Brubaker. C'est un signe d'audace - ou d'inconscience diront certains. En tout cas, je trouve que ça ne manque pas de panache et d'ambition car elle a tout à perdre à marcher dans les pas d'un tel scénariste.

Pour l'instant, en tout cas, c'est très efficace. Le rythme est très soutenu et les péripéties du récit sont excellentes. Comme souvent, il s'avère plus éprouvant pour l'héroïne de s'en prendre à ceux qu'elle aime qu'à elle directement. Mais le jeu de pistes macabre que Black Mask met en scène ne manque pas d'ingéniosité et de sadisme. Et si Catwoman est prête au combat, elle comprend que son adversaire est tout aussi résolu.

L'autre point fort, c'est évidemment le dessin de Davide Gianfelice. Comme je le disais le mois dernier, depuis le début du run actuel, la série a souffert de ne pas avoir un bon artiste régulier (alors qu'auparavant, entre Joelle Jones, Fernando Blanco et même Nico Leon, elle était mieux lotie). L'italien apporte une stabilité réelle.

En outre, Gianfelice est un narrateur formé à l'école transalpine : il va à l'essentiel, tout est très dynamique, sans fioritures. Les personnages sont expressifs, mais le plus important passe par le découpage, le choix des angles de vue, la composition des plans. Tout est bon pour ne jamais se répéter et établir une ambiance angoissante.

Et Patricio Delpeche, qui a un temps officié comme dessinateur sur ce run, accompagne, à la couleur, des planches ainsi savamment dotées. Sa palette joue sur des teintes, des tons parfois très marqués, mais que l'encrage soutenu de Gianfelice contrebalance. On retrouve ce qui a fait la qualité du titre dans les meilleurs moments lorsque Jones, Ram V, Tini Howard l'écrivaient.

Certes, c'est classique, mais c'est bien foutu, haletant, et en prime on va revoir ensemble Selina Kyle et Slam Bradley !

vendredi 3 avril 2026

CATWOMAN #85 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Absente depuis des mois de Gotham, Selina Kyle y revient. Sa présence est vite remarquée et notifiée à Roman Sionis/Black Mask qui la fait suivre. Holly Robinson demande l'aide de Catwoman pour de l'argent et Carmine Falcone la sollicite pour casse audacieux au commissariat central...


Ce numéro était caché depuis depuis deux semaines sous ma pile à lire et je l'ai donc lu pour vous en faire la critique. A vrai dire, j'ai acheté cet épisode qui démarre un nouvel arc avec l'espoir que, cette fois, ce serait la bonne. Car depuis qu'elle écrit Catwoman, la scénariste Torunn Gronbekk a joué de malchance tout en gagnant sa place chèrement.


Elle en a effet pris le titre en main en Octobre 2024 au #69 et elle était très bien accompagnée par la dessinatrice italienne Fabiana Mascolo. Mais patatras ! après deux épisodes, cette dernière a quitté la série sans explications. Lui ont succédée Marianna Ignazzi, Patricio Delpeche, Danilo Beyruth sans me convaincre de replonger.


Mais cette fois, on dirait que DC a trouvé (enfin !) un dessinateur à la hauteur, régulier et plus solide que ses prédécesseurs, le revenant Davide Gianfelice. Lui aussi est italien et son style émule celui des grands comme Gigi Cavenago, ce qui n'est pas pour me déplaire. Surtout il a l'expérience qui manquait aux autres et cela se sent dans ses planches.


Torunn Gronbekk se lance dans une intrigue qui est vraiment un excellent point d'entrée : après avoir éloigné Catwoman de Gotham, elle la rend à la cité et la replonge tête la première dans un vol audacieux et spectaculaire tandis qu'en coulisses Black Mask et une mystérieuse femme, hors champ, conspirent ensemble pour l'attaquer en visant ses proches.

On peut donc vraiment y aller sans avoir rien lu de ce qui a précédé. Rien ne dit que ce sera génial car Gronbekk est une scénariste qui n'a jamais vraiment brillé mais qui a aussi dû composer avec des missions périlleuses (comme remplacer au pied levé Donny Cates sur toute la fin de son run sur Thor). Toutefois, elle écrit Catwoman depuis plus de 20 n° maintenant et DC lui fait confiance.

Par ailleurs elle ne se sert pas de la série ni de son héroïne pour faire passer un message féministe, préférant se concentrer sur Selina Kyle, la femme fatale, la voleuse, l'amie loyale. Le fait que Black Mask soit lui aussi remis au premier plan ne peut que ravir le nostalgique de la période Brubaker quand il écrivit une saga restée dans toutes les mémoires au début des années 2000.

Gianfelice illustre ça avec beaucoup de tonus, ses planches ont cette énergie que les italiens maîtrisent souvent mieux que quiconque, transformant le script en un page turner redoutable, d'un trait souple. Sa Catwoman est peut-être un peu trop pulpeuse, mais laissons-lui le temps de se faire la main et surtout espérons qu'il est là pour un bon moment car il la représente impeccablement.

Et puis, en cas de réussite, cela fera la paire avec Black Cat chez Marvel, qui semble finalement ne pas être annulée...