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dimanche 22 février 2026

X-FORCE, VOLUME 2 : THE SOLUTION (Geoffrey Thorne / Jim Towe, Marcus To)


X-FORCE, VOL. 2 : THE SOLUTION
(X-Force #6-10)


Suite à la mort d'un des membres d'X-Force, Sage a décidé de quitter l'équipe. Forge culpabilise et tente de comprendre où il a failli lorsqu'il est rappelé par Sage qui a découvert qu'une scientifique du nom de Corazon Estrada était présente à chaque fois juste avant qu'une des crises qu'ils ont affronté se manifestait. Or, elle serait morte depuis cinq ans !


Mais c'est un subterfuge de sa part : désormais sous l'alias et le déguisement de La Diabla, elle attaque X-Force, d'abord en s'en prenant à Askani qui, parce qu'elle maîtrise mal ses pouvoirs, compte sur Captain Britain pour la canaliser. Forge aide Betsy Braddock à sauver Rachel Summers mais le Blackbird à bord duquel ils se trouvent entre en collision avec... Colossus !


Celui-ci est sous l'emprise de La Diabla qui a visiblement un vieux contentieux avec Forge et veut éliminer ses partenaires. Sage tente de localiser l'équipe tout devant aider Charles Xavier en cavale...


Ce second tome change de construction par rapport au premier : fini les épisodes done-in-one (qui n'ont été que les deux premiers en fin de compte), cette fois Geoffrey Thorne, certainement alerté par les ventes peu élevées de la série, opte pour un story arc complet en cinq chapitres. Ce qui ne sauvera pas le titre, annulé au n°10 (qui correspond, voyez-vous ça, avec le 300ème épisode de la série, tous volumes confondus).


Et il faut bien admettre que le résultat est quand même meilleur. D'abord Thorne créé une méchante qui donne vraiment du fil à retordre à une équipe par ailleurs mal en point après la mort d'un de ses membres (je ne spoilerai pas son identité, dès fois que ça intriguerait quelques curieux). Son look, ses origines, son objectif sont suffisamment efficaces pour qu'on adhère.

En outre, le scénario est mené sur un rythme bien plus soutenu : on ne s'ennuie pas une seconde à la lecture de ces cinq épisodes et quand on arrive au dernier, les rebondissements s'emballent, il y a de vrais twists narratifs, un autre méchant surgit, le final est spectaculaire et Thorne parvient à emballer ça proprement, sans que ça paraisse hâtif. 

Je salue l'exploit d'autant plus qu'en chemin il consacre pratiquement un épisode entier (le #7) au couple Betsy-Rachel en convoquant les Askani. Dit comme ça, ça peut faire peur car c'est un pan de l'histoire de Rachel qui a toujours été particulièrement indigeste à mes yeux, mais là, miracle, ça passe crème, surtout parce que ça sert surtout à établir où en est le personnage et ses pouvoirs.

Rachel n'est pas seulement devenue la compagne amoureuse de Betsy, elle dépend d'elle pour canaliser sa force, mais tout dépend de leur relation fusionnelle, des propres capacités de Betsy. Rachel est une sorte de Hulk dans cette version d'X-Force, la plus puissante de l'équipe mais aussi la plus dangereuse, celle qui maîtrise le moins bien ce qu'elle est.

En revanche je suis plus perplexe quant à la séparation de Sage avec l'équipe. Je pense que Thorne avait prévu une rupture plus longue mais qu'il a dû modifier ses plans quand il a su que la série était en sursis. Du coup, on voit Sage rappeler Forge, l'aider, très rapidement après qu'elle lui ait claqué la porte au nez. Plus généralement, les conflits internes de l'équipe ont été gommés à cause de l'épée de Damoclès qui pendait au-dessus d'elle.

C'est dommage car je crois que si Thorne avait eu plus de temps (et donc si les lecteurs n'avaient pas été si déçus par le premier arc), il aurait plus creuser quelque chose d'intéressant, sans doute moins intense que Rick Remender avec Uncanny X-Force, mais disons avec la même ambition (c'est-à-dire en réfléchissant sur les conséquences des actes de ses héros, la fragilité d'un tel groupe, etc.).

Toutefois est-il que le scénariste se rattrape brillamment et la conclusion qu'il offre est très satisfaisante : on comprend ce qui provoquait les "fractures", pourquoi elles étaient provoquées, le mobile du cerveau de ces crises est loin d'être idiot (même si la méthode est évidemment très discutable). X-Force est vraiment en difficulté tout du long face à des adversaires très coriaces.

Et, accessoirement, on apprend qui est Tank, le plus mystérieux des membres de l'équipe. Là, par contre, c'est moins convaincant : on ne saisit pas trop pourquoi il s'est caché ainsi, si c'était la volonté de Forge ou la sienne - en vérité, cette dissimulation me semble complètement inutile, mais bien malin qui a deviné qui c'était avant le 10ème épisode.

Au dessin, Jim Towe remplace Marcus To le temps de deux numéros (les 6 et 7), sans doute parce que ce dernier était donc occupé avec Time Waits (la mini de Chip Zdarsky et David Brothers publiée par DSTLRY). On peut quand même féliciter Marvel d'avoir choisir Towe comme fill-in artist car son style ressemble beaucoup à celui de To et donc la cohérence graphique est assurée.

Marcus To revient à partir du n°8 jusqu'au 10 et il enchaîne en grande forme. Son design pour La Diabla est, je trouve, très bon, les scènes d'action sont toniques, son découpage est toujours irréprochable en termes de lisibilité, de fluidité. C'est un dessinateur que j'aime beaucoup, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite alors qu'il est très régulier dans l'effort, qu'il s'adapte à tous les genres.

C'est donc une conclusion qui nourrit quelque regret parce que la série s'achève bien mieux qu'elle n'avait démarré. Depuis Tom Brevoort a relancé le titre sous l'appellation Unglorious X-Force en accordant sa confiance à un vieux routier, Tim Seeley, mais j'ai zappé le premier épisode et n'ai pas envie de rattraper le train en marche.  

X-FORCE, VOLUME 1 : FRACTURES (Geoffrey Thorne / Marcus To)

 

X-FORCE, VOL. 1 : FRACTURES
(X-Force #1-5)


Traumatisé par la chute de Krakoa qu'il n'a su prévoir, Forge a mis au point un appareil capable de détecter des fractures partout dans le monde. Il assemble une équipe - Sage, Captain Britain (Betsy Braddock), Askani (Rachel Summers) et Tank - pour intervenir avant que ces crises ne s'aggravent. Durant leur première mission, Deadpool leur prête main-forte et il sauve la mutante Surge au Japon.


X-Force pénètre dans le Wakanda pour une nouvelle opération mais le royaume africain ne tolère pas cette intrusion. Un sorcier, Nketi, tient les forces de l'ordre sous son contrôle et possède Askani et Captain Britain, forçant Forge et Sage à battre en retraite pour trouver une solution...


La mission suivante entraîne X-Force au Cambodge où Nuklo, un mutant colossal mais avec un esprit d'enfant, dévaste tout sur son passage. Surge préfère venir en aide aux civils que le traquer. Par ailleurs, des tensions voient le jour entre Askani et Captain Britain d'une part et Forge et Sage d'autre part sur la manière de régler ces crises...


A la poursuite de Nuklo dans la jungle, X-Force perd sa trace. Forge le localise en Floride, dans les Everglades et, pour y  arriver rapidement, l'équipe emprunte un portail dimensionnel qui les oblige à traverser brièvement l'Outremonde. Problème : quand ils pensent avoir retrouvé Nuklo, ils constatent qu'ils se sont égarés sur une Terre parallèle...


Bon, finalement, j'ai relu ce premier arc de X-Force version "From The Ashes - A New Beginning" et j'ai enchaîné avec le second pour vous en faire une critique. La série, comme X-Factor et NYX, a été annulée au bout de dix épisodes. Encore une fois, c'était la limite fixée par l'editor Tom Brevoort pour juger de la viabilité commerciale d'un titre.

Même si X-Force est une sorte de marque à la longévité remarquable (ce run s'achève d'ailleurs en arrivant au #300), cela n'a pas suffi à convaincre les fans. On peut constater que Brevoort n'a finalement pas connu beaucoup de succès depuis son arrivée à la tête de la franchise X puisque seuls Uncanny X-Men et X-Men continuent à être publiés.

Tout autre editor avec un si maigre bilan aurait été remplacé, Marvel constatant que sa stratégie ne fonctionne pas. Alors pourquoi tant de mansuétude ? Brevoort semble jouir d'une quasi impunité étonnante. Parce qu'il a connu des succès retentissants quand il supervisait les titres Avengers. Et qu'il est un cadre vétéran dans la maison. 

Mais les chiffres sont là : depuis sa prise fonction à la tête des séries mutantes, il a davantage initié de ratés que de réussites. Brevoort est un homme qui considère le marché comme un espace à coloniser, il faut littéralement l'inonder de mensuels pour démontrer sa force et qu'importe si, dans le lot, il y a peu de profits et beaucoup de pertes. Visiblement, Marvel se satisfait d'avoir deux titres sur sept qui marchent.

On peut reconnaître à Brevoort d'essayer des choses et cette version de X-Force en est la preuve. D'habitude, le titre met en avant des mutants effectuant des missions clandestines en n'hésitant pas à recourir à la force létale pour parvenir à leurs objectifs. D'ailleurs les chefs de l'équipe ont souvent été Wolverine ou Cable (parfois en même temps).

Mais cette fois-ci, c'est différent : le leader de cette X-Force est Forge, le mutant indien, un technopathe et un mystique, un futuriste aussi comme Iron Man, et un stratège comme Batman, quelqu'un qui aime avoir plusieurs coups d'avance sur l'adversaire. Durant l'ère Krakoa, il était la boîte à outils de la nation X et il a même fait partie de la seconde équipe de X-Men élue lors du Hellfire Gala.

Le postulat de cette série se base justement sur la proactivité de Forge : il a conçu un appareil qui lui permet de détecter des crises potentielles et il assemble une équipe pour intervenir avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il s'entoure donc logiquement de Sage (dont le pouvoir en fait une super calculatrice), de Captain Britain et Askani (deux télépathes) et de Tank (on ignore qui il est mais il incarne les muscles de l'équipe).

Ainsi composée, cette formation semble parée pour réparer le monde de fractures sur le point de se déclarer. Dans le premier épisode, Geoffrey Thorne ajoute Deadpool mais il ne le conserve pas : on peut penser qu'il s'agissait davantage d'un moyen d'attirer la curiosité des lecteurs que d'une réelle volonté de l'inclure à long terme. Numériquement, il est remplacé par la jeune mutante Surge et ses pouvoirs électromagnétiques.

Thorne construit sa série d'abord sous la forme d'épisodes done-in-one, un peu comme Mark Russell avec X-Factor. Mais il délaisse ce format rapidement pour, dès le troisième épisode, élaborer un arc en trois parties où X-Force poursuit le mutant Nuklo, fils de deux super héros de la seconde guerre mondiale (Whizzer et Miss America).

Ce que le lecteur remarque aussi vite, c'est à quel point ce que met en place Thorne ne tient pas. X-Force arrive toujours quand la crise s'est déclenchée et donc le dispositif de Forge mais aussi le principe même de la série sont en défaut. C'est embêtant. Mais si les menaces auxquelles doit faire face l'équipe fournissent assez de tensions pour passionner le lecteur, ça peut encore passer.

Hélas ! comme dans les autres séries X, les adversaires de X-Force peinent à faire vibrer : un sorcier wakandais, Nuklo, des Avengers d'une Terre parallèle - bof ! Ce n'est ni mieux ni pire qu'ailleurs, mais ça en dit long sur la franchise telle que Brevoort et ses scénaristes la conduisent : une incapacité chronique à créer des antagonistes valables, à générer des intrigues palpitantes, et donc à mettre en valeur les équipes.

Mark Russell avec X-Factor avait pris le parti d'en rire et d'animer ses personnages dans des histoires volontairement crétines. Mais au fond, qu'on le prenne à la rigolade ou plus sérieusement, c'est du pareil au même : aucune des équipes de mutants n'a droit à des ennemis dignes du rang de la franchise. On est vraiment très loin d'Orchis durant l'ère Krakoa.

Thorne insiste donc, comme conscient de la faiblesse de ces oppositions, sur la caractérisation et la dynamique du groupe. Il s'en sort mieux sur ce plan avec deux parties : d'un côté les planificateurs que sont Forge et Sage et de l'autre les garde-fous que veulent être Askani et Captain Britain, avec entre les deux Surge et Tank. 

Rachel Summers et Betsy Braddock, en couple depuis Krakoa (une idée passablement agaçante puisque, pendant des années, on n'a vu Rachel s'intéresser particulièrement à des filles, elle a longtemps été amoureuse de Diablo, et Betsy n'affichait elle non plus aucun penchant homosexuel), se méfient des méthodes de Forge, surtout quand il préfère chasser Nuklo que d'aider des civils cambodgiens en détresse.

Le cinquième épisode, qui conclut ce premier tome, se charge d'ailleurs d'accabler Forge : il voit la Tornade de la Terre 9105 mourir et cela le renvoie à sa relation avec la Ororo qu'il connait, mais surtout un des membres de l'équipe se sacrifie pour les autres, entraînant le départ de Sage. Décidément, le visionnaire Forge ne voit pas venir grand-chose et est écrasé par ses échecs.

Visuellement, cependant, la série gagne à être lue car elle bénéficie du talent de Marcus To. Celui-ci est un artiste expérimenté, qui a particulièrement brillé durant l'ère Krakoa en dessinant la quasi-totalité des 26 épisodes d'Excalibur. Quand il est engagé sur X-Force, il travaille en même temps sur Time Waits, écrit par Chip Zdarsky et David Brothers pour DSTLRY.

To est un choix surprenant pour X-Force où on aurait vu un artiste avec un style plus punchy (comme Stephen Segovia, qui signe les couvertures). Mais j'aime beaucoup ce qu'il fait en général et il ne déçoit pas ici non plus. Son storytelling est propre, efficace, et contribue pour l'essentiel à la réussite du titre, malgré ses nombreux autres défauts. 

Restez branchés, la critique du volume 2 arrive vite ! 

jeudi 23 janvier 2025

TIME WAITS #3 (of 3) (Chip Zdarsky & David Brothers / Marcus To)


Retour à la case départ pour Blue : Wyatt l'a ramené dans le futur où il va devoir répondre de ses actes devant un tribunal formé par la compagnie Eonco qui a démantelé TitanX, l'entreprise pour laquelle ils travaillaient à l'origine. A l'issue d'une parodie de procès, il est condamné à mort...


Ainsi s'achève Time Waits, même si évidemment je ne vous dévoilerai rien du dénouement de cette histoire. En revanche, ce que je peux vous révéler, c'est que Chip Zdarsky et David Brothers bouclent leur intrigue en beauté, au terme encore une fois d'un épisode à la pagination supérieure à celle d'un comic-book traditionnel.


Ce qu'il faut d'abord, toujours, rappeler, c'est à quel point les comics de DSTLRY sont beaux. Franchement, ils valent leur prix - qui, de toute manière, ne doivent pas être un contre-argument de vente puisque, vu la pagination, ils restent moins coûteux qu'un album franco-belge. Mais de la qualité du papier au format plus grand que la normale, en passant par le contenu, c'est du tout bon.


Ensuite, justement, à propos du contenu, DSTLRY se distingue par la diversité de leur offre : on a du polar, du fantastique, de la science-fiction, du western, de l'horreur... Et il semblerait même que, bientôt, l'éditeur s'aventure dans le registre super-héroïque puisque John Romita Jr. va dessiner une mini-série dans ce genre cette année pour eux.


Traitez-moi de naïf, mais je crois que la qualité ne peut que faire des émules et que les réussites d'un éditeur comme DSTLRY pousseront tous les autres à s'aligner, à se dépasser. Bon, peut-être pas Marvel, qui domine tellement le marché qu'il s'en fiche de continuer à proposer les trucs les plus improbablement mauvais de son histoire... Mais sait-on jamais ? Peut-être que les Marvelophiles les plus persévérants finiront par se lasser de leur merde actuelle.

Ce qui est certain, c'est que, lorsque DSTLRY est arrivé sur le marché, personne ne pouvait imaginer qu'il séduirait autant et aussi vite. Leur modèle économique et éditorial a pris le meilleur des indés tout en attirant de grands talents chez les Big Two - et ce n'est pas fini. De ce point de vue, Time Waits est une sorte de résumé parfait.

Chip Zdarsky achève actuellement son run sur Batman, David Brothers est un inconnu qui ne devrait pas le rester longtemps et Marcus To a choisi de délaisser X-Force pour se consacrer à ce projet. L'histoire est un concentré de SF et de polar parfaitement maîtrisé. C'est exactement ce que l'éditeur peut montrer de plus représentatif.

Ce troisième et dernier chapitre file à toute allure mais sans rien bâcler. Blue est ramené dans le futur, d'où il venait, pour répondre de sa rébellion contre la multinationale qui l'employait. Au tout début, il avait débarqué à notre époque dans un patelin pour y dérober des graines destinées à être exploitées par une grande firme. Mais, devant le bain de sang qui s'était ensuivi, il avait préféré se retourner contre ses collègues et rester sur place.

Il a trouvé l'amour, a adopté un garçon, s'est fait des amis. Et, à la manière malicieusement détournée d'une série noire, ce n'est pas son passé qui l'a rattrapé mais son futur... Tous ces ingrédients sont portés à ébullition dans ce dernier épisode où le héros doit faire face aux conséquences de ce qu'il a commis. On ne donne pas cher de sa peau, mais...

Mais, évidemment, Zdarsky et Brothers nous réservent encore quelques surprises, dans un récit toujours aussi riche en action et en coups de théâtre. Blue réussira-t-il à s'en sortir malgré tout ? A quel prix ? Jusqu'à la dernière page, les deux scénaristes ne ménagent pas leurs efforts pour donner au lecteur un divertissement de première classe, sans se contenter des clichés.

Il flotte même une sorte de mélancolie bienvenue dans cette dernière ligne droite. Mais surtout les auteurs ne se prennent jamais les pieds dans leur intrigue, ce qui n'est pas un petit exploit quand on traite des voyages dans le temps et des paradoxes qui vont avec. La rigueur de l'écriture complète le plaisir de la lecture.

Visuellement, Marcus To est irréprochable. Dessinateur sous-estimé en raison de son style exempt de tout effet tape-à-l'oeil, c'est un narrateur magistral qui trouve dans le format de cette BD une forme d'expression idéale. Il peut prouver, pleinement, à quel point il maîtrise son art, son découpage est d'une fluidité imparable.

Il est toujours délicat pour un artiste habitué aux super-héros de transformer l'essai dès qu'il en sort. Mais Marcus To a assez d'expérience et de talent pour s'imposer hors des héros en collants et des histoires explosives. Il insuffle de la vie aux personnages, de l'intensité aux situations, sans jamais en faire trop. De ce point de vue, il s'inscrit dans la ligne d'un Jorge Fornes (honteusement sous-utilisé depuis Rorschach, alors que, lui aussi, a des qualités que beaucoup de ses pairs ne possèdent pas).

Time Waits sera, comme toutes les mini-séries DSTLRY, traduite par Delcourt, qui a négocié les droits d'adaptation pour la France. C'est une excellente pioche car l'éditeur français soigne son ouvrage et vend à des prix raisonnables. Guettez la sortie de Time Waits et inscrivez-la sur votre wishlist : vous ne regretterez pas votre achat !

dimanche 17 novembre 2024

TIME WAITS #2 (of 3) (Chip Zdarsky & David Brothers / Marcus To)


Blue, Grace et Duke trouvent refuge chez leur ami pâtisser Baker après l'attaque du commando qu'a envoyé Wyatt. Baker met à leur disposition les armes que collectionnait son père. Dans le futur, Wyatt obtient de sa hiérarchie l'envoi d'une nouvelle équipe pour récupérer les graines et Blue. Ces nouveaux mercenaires se séparent en deux groupes : l'un va chez Baker, l'autre au poste de police...


Rappel des faits : il y a deux mois  paraissait le premier des quatre épisodes de Time Waits chez DSTLRY. Ce petit éditeur n'en finit pas d'attirer de grands noms des comics grâce à un deal unique : non seulement ils conservent les droits de leurs créations mais surtout ils deviennent actionnaires de l'entreprise et profitent donc des profits générés par toutes les autres productions publiées.


Mais DSTLRY n'est pas qu'un modèle économique innovant, c'est d'abord et surtout un éditeur qui ne fait rien comme les autres. On peut trouver leurs floppies coûteux mais ils sont imprimés sur du papier de qualité, dans un format plus grand, et souvent pour une pagination supérieure. Chaque numéro de Time Waits compte par exemple une cinquantaine de pages de BD pour 8,99 $, ce qui, comparé à un album de bande dessinée franco-belge reste bon marché.


Pour cette mini série, l'éditeur a réussi à attraper dans ses filets Chip Zdarsky, rien moins que l'actuel scénariste de Batman (mais qui va céder sa place bientôt pour le retour de Jeph Loeb et Jim Lee) et le dessinateur Marcus To, l'artiste de X-Force en ce moment. David Brothers co-écrit le titre avec Zdarsky. Et enfin, et surtout, Time Waits, c'est super bien.


Pourtant les histoires de voyages dans le temps, c'est souvent périlleux mais Zdarsky et Brothers ont trouvé un twist efficace : le héros vient du futur et a décidé de rester à notre époque après une mission au cours de laquelle son équipe devait voler de mystérieuses graines très convoitées dans l'avenir. Wyatt, son acolyte, est rentré bredouille mais tient Blue responsable de l'échec de la mission, convaincu qu'il a conservé les graines en question.

Dans le premier épisode, où on apprenait que Blue vivait désormais en couple avec Grace, la shérif du patelin où il avait atterri, et avec qui il était en train d'adopter un jeune garçon, Wyatt envoyait un commando récupérer les graines et éliminer Blue. L'opération s'est soldée par un nouvel échec. 

De manière certes convenue, on assiste donc à une sorte de match retour. Mais on comprend aussi pourquoi Wyatt éprouve un tel ressentiment envers Blue : les deux hommes n'ont rien en commun malgré une formation identique. Pour Wyatt, la fin justifie les moyens et tant pis si des innocents se dressent en travers de sa route, il est prêt à les sacrifier pour remplir les objectifs, obéir aux ordres de ses patrons (une multinationale dont il est devenu chef de la sécurité). 

Pour Blue, en revanche, tout a changé depuis qu'il a décidé de rester à notre époque : il vit avec une femme qu'il aime et à qui il a confié ses secrets et avec qui il va avoir un enfant. Cependant, il ne laissera personne lui prendre ce bonheur, mais peut-il faire face longtemps face à des commandos surarmés et surentraînés venant du futur ?

L'histoire que développe Zdarsky et Brothers ne fait pas que se concentrer sur le charismatique Blue et son adversaire Wyatt. La personnalité de Grace est bien développée : c'est une femme qui ne s'en laisse pas compter et qui, elle aussi, est engagée maintenant dans une guerre contre ces mercenaires du futur. L'intrigue, ici, se resserre autour de quelques scènes clés, comme l'assaut sur un poste de police très spectaculaire et intense, tandis que Blue, que les interférences temporelles font perdre connaissance doit rester sur le qui-vive pour protéger son fils adoptif.

Il y a quelque chose de grisant dans la lecture de Time Waits, une tension constante qui provient à la fois du danger incarné par Wyatt et ses sbires mais aussi de seconds rôles comme Baker, le bon copain prêt à dépanner et qui a conservé l'arsenal de son père. Son discours est celui d'un survivaliste complotiste attaché viscéralement au 2ème amendement de la Constitution américaine (qui autorise non seulement le port d'armes mais aussi le droit de former une milice pour assurer la sécurité). Cet élément ajoute au climat de peur et de parano du récit, déjà bien fourni en la matière.

Une autre scène voit Blue ramener Duke chez sa famille d'accueil dans le but de lui épargner d'être la cible des hommes de Wyatt. Or cette famille le maltraite et Blue ne peut se résoudre à l'abandonner. Parallèlement, on retrouve Duke, devenu un vieil homme dans le futur, et employé de la firme qui supervise les commandos de Wyatt. Ce dernier se sert de Duke pour savoir si Blue (et tout allié potentiel qu'il a pu se faire) sera bel et bien éliminé cette nuit-là. 

Ce sont des trouvailles narratives simples et qui assurent au lecteur de bien tout saisir de ce qu'il a sous les yeux. Car l'écueil n°1 des histoires de voyages dans le temps, c'est précisément d'égarer le lecteur avec les conséquences de ceux qui s'aventurent hors de leur époque. Zdarsky et Brothers évitent ce piège magistralement.

L'autre atout pour empêcher le lecteur d'être perdu, ce sont les dessins de Marcus To. Son trait clair et son découpage sobre permettent d'avoir un flux de lecture toujours limpide. On sait toujours où, quand et avec qui on se trouve. Aucun risque de confusion. Par ailleurs, l'artiste profite à plein de la pagination plus généreuse pour jouer sur le rythme interne des scènes, faire naître un sentiment de malaise, d'appréhension, de gravité.

Par exemple, dans le passage le plus mémorable de l'épisode, lors de l'assaut du poste de police, To doit jongler avec plusieurs personnages - les mercenaires, les deux adjoints de Grace, Grace elle-même. Lorsque Grace se rend pour s'assurer que son adjointe Sandy qui est blessée va bien, To découpe la séquence de telle sorte qu'on ne quitte jamais Grace des yeux sauf à un moment précis - quand elle réussit à désarmer la mercenaire qui la suit, ce qui va lui permettre de riposter. La fluidité de la narration est épatante, avec zéro effet de manche.

Bref, c'est une réussite dont le cliffhanger donne très envie de connaître la suite. Il faudra pour cela attendre Janvier 2025.

jeudi 12 septembre 2024

TIME WAITS #1(of 3) (Chip Zdarsky & David Brothers / Marcus To)


Venu du futur, un groupe paramilitaire de cinq individus débarquent de nuit aux alentours d'une petite ville des Etats-Unis. Il pénètre dans un bâtiment qui abrite un laboratoire et la production de graines. Des agents de sécurité interviennent et déclenchent une fusillade... Dix ans après, Blue, l'un des membres du commando est resté sur place et a fait sa vie avec Grace Hardy, la shérif du coin, avec laquelle il s'apprête à adopter Duke, placé en foyer...


DSTLRY présente sa nouvelle production avec à nouveau des vedettes aux commandes puisque l'éditeur a réussi à attirer le scénariste Chip Zdarsky et le dessinateur Marcus To pour une mini-série en trois numéros qui paraîtra à un rythme bimestriel (donc le prochain n° sortira en Novembre - c'est bien, je vois que vous suivez).
 

Comme d'habitude, DSTLRY se distingue de Marvel et DC en ne produisant pas d'histoires de super-héros. Il faut rappeler que ceux qui travaillent pour cette maison d'édition en sont ou en deviennent actionnaires, ils possèdent donc les droits sur leurs créations et participent aux décisions éditoriales à part égale avec leurs confrères et les fondateurs de la boîte.


Cela veut dire, concrètement, qu'ils jouissent d'une liberté totale concernant le fond et la forme de leurs projets. Dans le cas précis qui nous intéresse, Time Waits sera bouclée au mois de Mars 2025 mais aussi que chaque épisode comptera 50 pages de BD. Pour 8,99 $, me direz-vous en suggérant que c'est cher, et je vous répondrai : trouvez-moi une BD franco-belge de 50 pages pour 8,12 E...


Bon mais que c'est au juste, Time Waits ? Tout d'abord, je n'ai pas été assez précis : le scénario est écrit par Chip Zdarsky ET David Brothers, un editor (qui a notamment supervisé des séries comme Lazarus de Greg Rucka et Michael Lark, ou Velvet de Ed Brubaker et Steve Epting). Et les deux hommes se sont rencontrés lors d'une interview pour un podcast où ils ont échangé sur leur amour pour les fictions.


L'idée fondatrice de Time Waits s'inspire des séries noires et de la figure de l'homme rattrapé par son passé, un cliché qui a nourri une abondante littérature, souvent adaptée au cinéma. Mais le twist ici, c'est que ce n'est pas le passé qui rattrape le héros, mais son futur.

Blue est un ancien soldat qui, après avoir servi dans l'armée, est devenu un mercenaire à la solde d'une multinationale si puissante qu'elle outrepasse, sans avoir à s'en inquiéter, la loi. Un commando de cinq individus, sous le commandement d'un certain Wyatt, est donc téléporté dans le passé aux abords d'une petite ville où un laboratoire met au point des semences et les produit. Quelle est la particularité de ces graines ? On l'ignore en terminant cet épisode mais cela devrait être éclairci par la suite - à moins que les auteurs n'exploitent un autre motif littéraire bien connu, le MacGuffin (un objet mystérieux qui sert de prétexte à l'intrigue et qui est convoité par plusieurs personnes en conflit).

Mais la mission tourne mal, notamment quand Blue et Wyatt s'opposent sur la manière de repartir : le premier souhaite filer sans faire davantage de dégâts tandis que le second veut supprimer tous les témoins.

Puis on fait un bond dans le temps de dix ans. Blue est resté sur place et a refait sa vie avec la shérif du coin, qui sait (plus ou moins) dans quoi il a trempé. Ensemble, ils mènent une vie paisible et sont sur e point d'adopter un jeune garçon, Duke. C'est évidemment là que le passé, ou plutôt le futur va rattraper Blue...

L'avantage de développer son histoire sur un format aussi long (plus de deux fois la taille d'un comic-book traditionnel), c'est que les auteurs ont le temps d'installer leur intrigue, leurs personnages, une ambiance. Zdarsky et Brothers en profitent surtout pour faire ressentir au lecteur le trouble de Blue, qui souffre de migraines à répétition, sans qu'on comprenne au début pourquoi. Il passe une journée pénible même s'il s'occuper d'activités assez plaisantes (jardiner, confectionner le gâteau d'anniversaire de sa femme).

Pendant ce temps, Grace Hardy prend du temps pour mieux faire connaissance avec Duke : elle l'emmène au McDo du coin, puis faire du vélo dans la nature, parler de leur passé. Contrairement à Blue, elle apparaît comme quelqu'un de zen, qui se maîtrise, qui se prépare avec gaieté à son rôle de mère adoptive (alors que Blue est plus réticent à la perspective d'élever un enfant). Le contraste entre eux accentue ce malaise diffus : on sent que quelque chose va merder, et dans de grosses proportions, mais sans savoir quand et comment.

Cette sensation est accentuée par le dessin de Marcus To. Comme j'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pense de cet artiste, qui est également à l'oeuvre actuellement sur la série X-Force chez Marvel, je vais me répéter en soulignant la beauté de son trait, la lisibilité impeccable de sa narration, ce souci permanent qu'il a de guider le lecteur, surtout comme ici dans un récit qui joue avec les temporalités et les ambiances.

Il est soutenu par un encreur (Marvin Sianipar), qui lui permet sans doute de pouvoir cumuler deux séries, et surtout par Matt Wilson aux couleurs. L'ancien partenaire de Chris Samnee est un choix imparable car il utilise une palette très nuancée où le dessin de To lui laisse de l'espace pour s'exprimer. Wilson favorise les teintes douces, les lumières chaleureuses, pour l'action au présent, tandis que les scènes avec le commando privilégie les tons froids, parce que l'action se déroule de nuit mais aussi pour souligner la tension entre Wyatt et Blue et l'issue dramatique de la mission.

Comme toujours avec les comics de DSTLRY, l'exemplaire est plus grand qu'un floppy normal, le papier d'une qualité supérieure, c'est un régal de l'avoir dans les mains, et ça aussi, ça justifie le prix. Voilà un éditeur qui ne se fiche pas du monde, ni de ses auteurs ni de ses clients. Et visiblement, ça paie puisque ça se vend bien. C'est aussi un bon argument pour ne pas attendre forcément l'album (qui, pour prendre l'exemple de Somna, propose peu de bonus).

Time Waits a en tout cas d'excellents arguments en sa faveur. Zdarsky et Brothers détournent astucieusement les codes du polar en y injectant une dose de fantastique, To met ça en images superbement, et ce sera bouclé en quatre numéros. 

mardi 11 juin 2024

ALL-NEW GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 3 : INFINITY QUEST (Gerry Duggan / Marcus To & Aaron Kuder)


L'agent Adsit du Corps des Nova a enrôlé de force les Gardiens de la Galaxie et les présente aux autres membres qu'il a pu rappeler dans l'ancien quartier général de cette armée. Toutefois, Adsit a une idée derrière la tête : la déroute du Corps des Nova a été causée par la présence en son sein de renégats et d'espions à la solde des Raptors. Les Gardiens sont donc chargés d'y remettre de l'ordre.


Rocket Raccoon se montre le plus zélé à la tâche tandis que Ant-Man et Gamora d'un côté, Drax d'un autre sont envoyés en mission sur des postes autrefois tenus par le Corps des Nova. Star-Lord, lui, découvre que Richard Ryder est toujours en vie et décide de partir à sa rencontre pour savoir pourquoi il ne l'en a pas prévenu avant.


Gamora et Ant-Man sauvent d'anciens agents du Corps dans un vaisseau attaqué par des copies d'Ultron. Drax, toujours fidèle à sa nouvelle philosophie non violente, empêche des soldats du Corps d'exécuter les habitants d'une planète qui ont été contaminés par Ultron mais ne représentent aucun danger. Et Star-Lord, après retrouvé Richard Ryder, localise la Pierre de Pouvoir dans une forteresse tenue par des membres du Corps isolés depuis la débâcle de leur armée.


Cependant, à la base du Corps des Nova, Rocket entraîne Adsit dans une manoeuvre périlleuse pour démasquer des agents infiltrés des Raptors avant que ces derniers ne mènent un assaut décisif...
 

Ce troisième et dernier tome collecte les épisodes 146 à 150 car, oui, Marvel a subitement décidé de revenir à la numérotation "Legacy" de la série quelques moins avant le début de l'event Infinity Wars qu'écrira Gerry Duggan pour clore son run sur All-New Guardians of the Galaxy.


Cette curiosité éditoriale mise à part, le scénariste doit ranger ses jouets et préparer le terrain pour son event. J'en profite pour dire que je n'ai jamais lu en entier Infinity Wars et je ne sais pas si j'en écrirai une critique. Si cela vous dit, faîtes-le moi savoir en commentaire.

Le précédent recueil s'achevait sur un cliffhanger qui montrait les Gardiens enrôlés de force par le Nova Corps. Déjà dans le FCBD 2017, il avait été arrêtés mais s'étaient évadés puis dans l'épisode 5 (celui avec Star-Lord, dessiné par Chris Samnee), un certain Commandant Scott Adsit tentait d'appréhender Peter Quill qui venait de voler un gyroscope pour Rocket Raccoon. On découvre donc pourquoi les Gardiens étaient véritablement traqués par les Nova depuis le départ.

Adsit a hérité de la tâche délicate de reformer le Corps des Nova mis en déroute depuis des lustres (à la fin de la saga Annihilation de Dan Abnett et Andy Lanning). Ayant mené son enquête avec les quelques soldats qu'il a pu rassembler, il a compris que, déjà, avant cette déroute, des espions et des renégats avaient infiltré l'organisation et l'avaient miné de l'intérieur.

Aujourd'hui, donc, il embarque les Gardiens pour l'aider à faire le ménage, c'est-à-dire démasquer et capturer les traîtres et retrouver les hommes dont il est sans nouvelles. Gerry Duggan souligne, un peu mais trop finalement (alors qu'on pouvait s'attendre de sa part à quelque chose de franchement plus drôle), le décalage entre le fait que des pirates comme les Gardiens deviennent des "fixers" et l'organisation stricte des Novas.

Et il faut bien le reconnaître, c'est quand même un peu décevant que Duggan ait soudain choisi d'être si modéré après un début de run pétaradant. Visiblement, le scénariste n'a pas/plus eu  les coudées aussi franches à l'approche d'Infinity Wars car on sait que, pour les events, chez Marvel, les editors sont par nature très interventionnistes et n'hésitent pas exiger des réécritures pour que tous les tie-in soient sur la même ligne que la saga centrale.

Donc, en vérité, à part le fait de suivre Rocket très zélé dans sa mission, on ne rigole pas autant qu'espéré. Je dirai même qu'on s'ennuie franchement parfois : Duggan sépare les Gardiens en leur assignant des missions dont l'intérêt est très relatif, comme s'il s'agissait surtout de gagner du temps. Seul Star-Lord qui renoue pour l'occasion avec Richard Ryder/Nova a réellement du pain sur la planche car il découvre l'emplacement de la Pierre du Pouvoir et décide de ne pas le communiquer, ni à ses amis Gardiens (et donc à Gamora), ni aux autres Novas (par crainte qu'un espion des Raptors ne le signale).

Tout ça se conclut par une belle bataille entre les Raptors et les Novas dans leur QG, mais ce n'est guère palpitant, en dehors d'un joli morceau de bravoure tout à la gloire de Scott Lang/Ant-Man. Ce que cela révèle surtout, et ça n'a pas changé depuis, c'est qu'aucun auteur ayant succédé à Bendis et son long run n'a réussi à développer une série avec les Gardiens de la Galaxie digne de ce nom. Marvel tient à la fois une marque forte, grâce au succès de la trilogie adaptée au cinéma par James Gunn, mais en même temps ne semble plus savoir quoi en faire, sinon la confier à ses scénaristes en vue qui ne paraissent pas avoir de plan sur le long terme.

Après Duggan, ce sera au tour de Donny Cates. Résultat : une dizaine d'épisodes et puis s'en va. Al Ewing en produira une quinzaine, mais visiblement débordé par son travail sur S.W.O.R.D. puis X-Men Red, il s'en tiendra là. Dernière tentative en date : le tandem Jackson Lanzing - Collin Kelly qui ont bouclé leur run en dix chapitres. Pas de nouvelle annonce pour l'heure, en tout cas pas avant Septembre, mais j'ai l'impression que Marvel n'est pas pressé de ranimer les Gardiens avant au moins 2025. Qui saura rendre à ces personnages un run consistant et de qualité ?

Marcus To dessine la quasi intégralité des épisodes et effectue un boulot plus qu'honorable. Certes, pour gagner du temps, il zappe volontiers les décors, mais sur l'ensemble, il s'acquitte de sa tâche avec efficacité, alternant scènes mouvementées très satisfaisantes et plages plus calmes bien dosées. C'est un artiste que j'apprécie, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite alors qu'il est toujours très pro, ne bâcle jamais son ouvrage.

Aaron Kuder signe quelques ultimes pages sur le n°150, à la pagination plus conséquente, sans briller particulièrement, et il est devenu le cover-artist de la série sur sa fin.

Tout ça manque de tonus, d'entrain. C'est regrettable, ça avait bien commencé mais ça s'achève mollement.

dimanche 9 juin 2024

ALL-NEW GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 1 : COMMUNICATION BREAKDOWN (Gerry Duggan / Aaron Kuder & Marcus To)

 

Les Gardiens de la Galaxie viennent d'être arrêtés par le Corps des Nova. Mais grâce à Rocket Raccoon ils réussissent à s'évader, libérant tous les autres prisonniers détenus dans le vaisseau qui les a embarqués. Ils en profitent pour dérober un appareil que Star-Lord rebaptise aussitôt le Milano. Mais l'agent du Corps des Nova doit rendre des comptes à un mystérieux individu ensuite...



L'équipe descend sur ka planète Citopia en se dissimulant dans une réplique de Galactus. Après avoir volé un coffret, ils dépêchent de filer alors que la police locale les poursuit. Ils rejoignent leur commanditaire qui n'est autre que le Grand Maître, un des doyens de l'univers, avec lequel Gamora avait contracté. Satisfait de l'efficacité de la bande, il lui confie une nouvelle mission...


... Et celle-ci s'avère bien plus délicate et dangereuse puisqu'il leur faut pénétrer sans être remarqués dans le musée du Collectionneur, frère du Grand Maître. Heureusement, ils trouvent vite ce qu'ils sont venus chercher, un oeuf de monarque hujaahdarien. Toutefois, de son côté, Gamora est frustrée car elle pensait dénicher là autre chose. Mais le Collectionneur surprend les intrus...


L'équipe réussit néanmoins encore une fois à s'en tirer, Gamora négociant avec le Collectionneur. Tandis que les Gardiens de la Galaxie retournent livrer le Grand Maître, Gamora révèle ce qu'elle cache à ses partenaires. Avant d'être interrompue par les Raptors qui abordent le vaisseau de l'équipe.
 

Dans la bataille qui s'ensuit, Rocket est gravement blessé et Star-Lord doit affronter le commandant Talonar qui a dérobé quelque chose dans le vaisseau des Gardiens...


Comme je l'ai fait avec le run de Chip Zdarsky sur Daredevil récemment, je vous propose une rétrospective sur le run de Gerry Duggan sur la série All-New Guardians of the Galaxy, un de ses meilleurs travaux à mes yeux. Récemment, le titre a connu une dernière itération par les auteurs Collin Kelly & Jackson Lanzing et le dessinateur Kev Walker, qui n'a duré que 10 épisodes et on ignore encore si et quand la série reviendra (et avec qui aux commandes).


Gerry Duggan arrive en 2017 sur le titre. Avant lui, Brian Michael Bendis a écrit Les Gardiens de la Galaxie de 2013 à 2017et près de cinquante épisodes. Il en fait une série populaire qui largement servi de guide aux trois films réalisés par James Gunn (même si d'autres fans préfèrent le run de Andy Lanning et Dan Abnett qui a eu succès commercial moindre).


Pour la peine, Marvel rebaptise le titre All-New Guardians of the Galaxy, histoire de bien souligner le changement d'auteur. Pourtant Duggan s'inscrit dans la même ligne que Bendis : il conserve le casting de l'équipe (Star-Lord, Gamora, Drax, Rocket Raccoon, Groot), le ton léger contrastant avec le plein d'action.

Le scénariste fait ses débuts à l'occasion du Free Comic Book Day de 2017 avec quelques pages donnant le "la". Puis il embraye avec un premier arc qui est collecté dans ce volume 1 intitulé Communication Breakdown (référence à la chanson de Led Zeppelin, figurant dans une des playlists de Star-Lord). Mais comme son dessinateur n'est pas capable d'enchaîner plus de deux épisodes d'affilée, il va ponctuer son récit avec des one-shots qui seront tous rassemblés dans le volume 2 (Riders in the Sky, d'après le morceau de The Shadows).

Toutefois, cela ne nuit pas au plaisir de la lecture, ces one-shots se déroulant en marge de l'arc narratif, dans le passé pour souvent justifier l'évolution des personnages depuis le run de Bendis. En effet, on remarque des modifications d'ordre cosmétique (Star-Lord est barbu, Groot est minuscule), d'autre moral (Drax est devenu un adepte de la non-violence, Gamora dissimule un secret étonnant). Tout cela est expliqué dans ces one-shots.

Communication Breakdown souligne le rôle de pirates de l'espace des Gardiens. Gamora a offert ses services au Grand Maître, un des doyens de l'univers, en échange de quelque chose de précieux pour elle (je ne vais pas vous spoiler). L'équipe doit donc voler au Collectionneur, le frère du Grand Maître, un drôle d'oeuf énorme. Mais entre les deux frangins, tout n'est que jeu et en vérité, au bout du compte, les Gardiens vont comprendre que ce qu'a réclamé Gamora va les entraîner dans une aventure bien plus vaste en relation avec des perturbations considérables enregistrés par les doyens dans l'univers.

Duggan est un auteur inégal mais qui brille souvent sur des séries un peu en marge des blockbusters de Marvel : il a signé un court mais très bon run sur Hulk, un plus long sur Deadpool, il a relancé Uncanny Avengers après Rick Remender... Les Gardiens étaient faits pour lui et on sent qu'il s'amuse énormément, ne manque pas d'idées (d'ailleurs il conclura son run par un event, Infinity Wars). Surtout il soigne ses personnages et la dynamique du groupe en les confrontant à eux-mêmes d'abord puis à diverses péripéties qui ponctuent le récit (comme l'attaque des Raptors qui voit le retour de deux artefacts mythiques).

Il est accompagné au dessin par Aaron Kuder qui est un artiste méticuleux mais très lent. Ainsi, ce recueil collecte les n°1-2, 4, 6, 8 et 10. Mais même en bénéficiant de pauses, Kuder doit quand même être remplacé sur le #8 par Marcus To, que j'aime beaucoup même s'il n'a pas la reconnaissance qu'il mérite (il finira d'ailleurs le run de Duggan en illustrant le troisième et dernier tome).

Kuder n'hésite pas à forcer un peu le trait pour souligner l'expressivité de ses personnages, un peu à la manière de Kevin Maguire. Son trait est précis, fin, incroyablement détaillé quand il s'agit de représenter les décors, les véhicules, les accessoires. On peut quasiment, dans les plans rapprochés, sentir la fourrure de Rocket ou les écailles du poisson à l'intérieur duquel le Grand Maître reçoit l'équipe. Par ailleurs, le découpage ne manque pas d'inventivité, avec des références explicites au pop-art (quand le Grand Maître fait comprendre à Star-Lord ce qui organise le cosmos et le perturbe depuis peu).

To est plus sage, mais pas moins efficace. La bagarre entre Star-Lord et le commandant des Raptors a une énergie remarquable par exemple. Comme Kuder, il s'encre lui-même avec talent. Ive Svorcina met le travail des deux artistes en valeur avec des couleurs nuancées et délicates.

Voilà un départ sur le chapeaux de roues, qui prouve que ce run a bien vieilli. A suivre donc...