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samedi 1 août 2026

SUPERMAN ANNUAL 2026 #1 (of 1) (Joshua Williamson / Eddy Barrows, Yasmine Putri)


- The Return of Superman (Joshua Williamson / Eddy Barrows) - Depuis sa victoire contre Darkseid, investi des pouvoirs du Roi Oméga et du Time Trapper, Superman explore le continuum espace-temps pour en réparer les dégâts causés par l'ancien maître d'Apokolips. Son périple l'amène à croiser Hourman qui le met en garde contre une puissant entité qui trafique le temps.


Superman se jette malgré tout dans l'oeil du cyclone et se retrouve à Metropolis au XXXI ème siècle. Là, il fait face à deux survivants de la Légion maudite de Darkseid, Saturn Girl et Lightning Lad, désormais libérés de son emprise mais sous la menace d'Infinite Man qui veut les effacer de l'Histoire...
 

Alors qu'en 2027 DC Comics et ses deux architectes en chef, Scott Snyder et Joshua Williamson, vont proposer un nouvel event cosmique (Absolute Crisis ?), cet Annual 2026 de Superman fait office de transition entre ce qui s'est passé depuis DC K.O. et ce qui s'annonce avec le retour de la Légion des Super Héros dans une nouvelle série mensuelle à partir de Septembre.


L'exercice auquel s'attelle Joshua Williamson est donc ingrat : il faut remettre de l'ordre tout en proposant un récit lisible pour tout le monde. Et comme le scénariste a promis que sa Légion des Super Héros serait reader's friendly (tout en contenant quelques allusions aux anciennes séries de l'équipe), tout commence ici.


Il faut reconnaître à Williamson un talent que n'a pas Snyder : celui d'être toujours soucieux du confort du lecteur. Il refuse de se laisser emporter par ses délires et préfère embarquer son public dans une histoire qui donne envie d'en lire plus, a fortiori juste avant le lancement d'une nouvelle série. Et c'est pour cela que cet Annual est une réussite.

Les voyages dans le temps, y compris jusqu'à la fin des temps, comme ici, sont toujours une gageure. Williamson pioche dans la série Action Comics de Mark Waid où Superboy rencontre Booster Gold, le Limier Martien et Mary Marvel en provenance de son futur et qui l'entraîne dans une odyssée où il aura un rôle décisif à jouer pour se sauver lui-même.

Entre temps, Superman affronte Infinite Man, croise Hourman (version Matthew Tyler), retrouve deux survivants de la Légion maudite anciennement aux ordres de Darkseid, et fait ce qu'il sait le mieux : sauver le monde, l'univers, quitte à se sacrifier. Il y a un vrai souffle dans ces pages, ce qui n'exclut pas quelques moments émouvants (comme quand Superman risque de tout oublier de son passé).

Eddy Barrows est chargé d'illustrer cette partie, soit 25 pages, où, surprise, il s'encre lui-même. Le résultat est évidemment spectaculaire et très concluant (même si, personnellement, je préfère quand même quand Eber Ferreira est là pour l'encrage). Il nous gratifie de doubles pages somptueuses, avec une puissance dans le trait et une générosité dans les détails qui ne peut que combler le fan.

Superman est donc de retour (ce n'est pas un spoiler, c'est dans le titre) et j'ai hâte de lire comment Williamson va exploiter cela.

*

- Legion Found (Joshua Williamson / Yasmine Putri) - Grâce à Superman, la Légion des Super Héros renaît dans une nouvelle version. Mais déjà elle est en danger car Brainiac Un Million s'affaire à en capturer les membres pour leur trouver un nouvel inspirateur...
 

Les dix dernières pages de cet Annual sont donc consacrées à la Légion des Super Héros et à la menace de Brainiac 1, 000, 000, 000. Yasmine Putri nous fait le plaisir, trop rare, de dessiner ces planches, qui servent surtout de teaser pour l'avenir. Car Williamson voit loin : alors qu'il va relancer un mensuel sur cette équipe de super héros, il présente déjà la menace qui plane sur elle.

On n'en a pas fini avec Darkseid mais aussi avec Brainiac et la revenante Pandora, qu'on n'avait plus vue depuis la fin des New 52 quand Geoff Johns avait introduire cette oracle maudite pour tenter d'expliquer (déjà) comment cette nouvelle continuité se justifiait. C'est culotté de la part de Williamson, mais qui d'autre que lui pouvait s'aventurer dans cette direction ?

La suite, donc, en Septembre avec Legion of Super Heroes #1, dont les dessins seront assurés par rien moins que le génial Hayden Sherman (qui n'abandonne pas toutefois Absolute Wonder Woman !) - voir ci-dessous :

mercredi 22 juillet 2026

SUPERMAN #40 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Superboy Prime a permis, malgré lui, à Manchester Black de se réincarner. Désormais tout puissant, le sorcier entend remodeler la réalité selon ses désirs. Mais Prime déplace le combat dans un endroit où il se sent plus fort : le comics shop où il travaille dans le civil...


Avec ce 40ème épisode se conclut l'arc Prime qui a vu Superboy Prime devenir la vedette de la série Superman. A partir du mois prochain débute en effet le crossover Kingdom of Zod qui, si j'ai bien compris, se déploiera dans Supergirl (#16-17), Action Comics (#1001-1002), Superman Unlimited (#16-17), Superman (#41-42) et Kingdom of Zod Special #1.


Je pense que je vais zapper ce crossover parce que je n'ai aucune envie de suivre une histoire en devant acheter autant de séries que je ne lis pas et donc je reviendrai à Superman en Octobre prochain quand ce sera terminé. J'espère que d'ici-là il ne se sera rien passé de décisif et que j'arriverai à tout comprendre en ayant fait l'impasse sur ce récit qui devrait cependant voir le retour de Superman dans son propre titre.
 

J'aimerai aussi que DC n'abandonne pas le personnage de Superboy Prime car Joshua Williamson a réussi à me le rendre sympathique et ce n'était pas gagné. En même temps le scénariste va être très occupé dans les prochains moins (avec la relance de Legion of Super Heroes dès Septembre) et je doute qu'il ait le temps de s'occuper d'une série supplémentaire.


Que va-t-il advenir de Superboy Prime ? Il est bien possible que son sort soit réglé durant Kingdom of Zod, mais il serait dommage de supprimer ce personnage de cette manière. Parce que, et pour en revenir à Superman #40, il a inspiré Williamson pour un arc de haut vol dont le dénouement est à la hauteur de tout ce qui a précédé.

On assiste donc à l'affrontement final entre Prime et Manchester Black dont la réincarnation a fait de lui un sorcier si puissant qu'il peut réécrire la réalité. Le commentaire méta est toujours aussi marqué dans cet épisode qui s'amuse avec la continuité d'une manière suprêmement intelligente et ludique. Un peu comme du Deadpool qui serait autre chose que de la blague.

Prime étant un héros conscient d'évoluer dans un univers de fiction et connaissant par coeur l'histoire de tous les super héros, on a droit à un script qui, loin de se contenter d'ironiser sur la situation, discoure sur le pouvoir de l'imagination, la foi dans la fiction, les leçons que donnent les histoires au lecteur et ce qu'elles peuvent enseigner à un tel personnage.

La résolution du conflit qui oppose Prime à Black est ainsi une issue qui n'a rien d'une victoire facile pour Prime. Ce dernier n'a toujours pas gagné la confiance de la Justice League, car sa stratégie pour se battre (et la façon dont Black l'a dominé) expose les secrets des super héros à un individu trop dangereux.

Mais, en même temps, elle montre que Prime est capable de régler un problème épineux avec malice et que ses vrais amis sont là pour lui. Sans oublier que Williamson lui a créé une romance avec Witchfire qui est, elle aussi, un personnage en quête de respectabilité et donc le comprend mieux que n'importe qui.

Dan Mora illustre cet épisode (avant de passer la main à Eddy Barrows) avec son énergie coutumière. Son dessin répond très efficacement aux astuces de Williamson dans les moyens utilisés par le héros pour résister à son adversaire. Il y a quelque chose de puissamment plaisant à voir un super héros défendre les comics, refuser qu'on les considère comme morts, s'en servir comme de vraies armes.

Et puis Mora, je le répète, est vraiment tellement meilleur quand il canalise son trait si dynamique sur un seul personnage principal au lieu de se disperser sur un team book. Evidemment on ne le refera pas, ce gars a besoin de se dépenser et personne n'a vraiment cru qu'il se contenterait de dessiner un seul mensuel comme il le jurait à la fin 2025. Mais au moins, sur Superman, il garde tout son tonus.

Rendez-vous donc dans deux mois pour la suite de cette série et de ses critiques dans ce blog.

dimanche 28 juin 2026

SUPERMAN #39 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Superboy Prime est expédié dans des univers de comics, d'abord familiers puis inconnus de lui. Manchester Black veut le pousser à bout pour qu'il brise le quatrième mur qui sépare la fiction de la réalité afin qu'il se réincarne physiquement et recouvre toute sa puissance...


Il est indéniable que, non seulement grâce à Joshua Williamson, mais surtout par une volonté éditoriale, Superman, personnage et série confondus, est devenue une production DC à nulle autre pareil, où tout est possible. S'en servir non pas comme un espace entièrement dédié à la gloire du man of steel, mais bien comme un champ d'expérience a contribué à rajeunir le concept.


Imaginez que Marvel s'autorise la même liberté avec un héros aussi populaire, comme Spider-Man, et vous liriez les aventures du tisseur les plus débridées, les plus foutraques, mais aussi les plus palpitantes, les plus imprévisibles.. Ce que se permet DC avec Superman n'est pas un sacrilège, c'est tout ce que se refuse Marvel en pensant que conserver leur héros iconique dans l'immobilisme rendra les fans heureux.


Cette démarche a atteint son paroxysme depuis quelques mois et la fin de l'event DC K.O. qui a vu Superboy Prime, avatar de Superman venant d'une Terre parallèle où les super héros ont conscience d'être des êtres fictifs, investir le titre Superman. Joshua Williamson fait feu de tout bois en emmenant le héros et le lecteur dans des histoires méta textuelles.
 

Depuis trois mois, Superboy Prime est confronté à ce que Superman redoute le plus : la magie. D'abord via sa rencontre avec la magicienne Witchfire qui ignorait qui il est et pensait le sacrifier pour repousser des démons. Puis avec son affrontement contre Manchester Black, sacrifié autrefois par Lex Luthor pour dévoiler au monde entier l'identité secrète de Superman.

La disparition de Superman a permis à Manchester Black de scruter Prime et de comprendre sa condition singulière. Il veut le provoquer pour que, dans un accès de colère, il brise le mur de la réalité comme il le fit jadis et lui permette de recouvrer son intégrité physique et acquérir une nouvelle puissance magique.

Cet affrontement sert à Williamson et à Dan Mora à expédier Prime dans des pages de BD qu'il connaît d'abord (retour à l'event Infinite Crisis), dont il a entendu parler (le cartoon Adventures of Superman), puis dans des territoires fictionnels qui lui sont inconnus (les romance comics, le manga, les horror comics, etc.).

Le jeu entre le fond et la forme atteint un pic dans une page où Prime passe de case en case, explorant à chaque fois un nouveau plan existentiel avant de comprendre que tous s'inscrivent dans un "gaufrier" de neuf cases... Comme ce qu'adore écrire Tom King (cité dans le texte) ! C'est très drôle et en même temps flippant (King se servant du fameux nine-panel-grid pour suggérer l'enfermement des personnages dans des situations cauchemardesques, oppressantes).

Mora fait des miracles et prouve qu'il est bien plus qu'un dessinateur efficace et prolifique en adaptant son trait aux styles que le personnage traverse. J'avoue que je ne m'y attendais pas, non pas que je doutais du talent de Mora, mais davantage de la plasticité de son dessin. Evidemment, on n'est pas au niveau de maîtres du genre comme Immonen ou Williams III mais quand même, c'est épatant.

Quand l'épisode se termine sur un cliffhanger explosif, Williamson s'amuse encore en prévenant que de la suite dépend toute la continuité actuelle du DCU. Mais est-ce encore pour rire ? Ce serait culotté de renverser la table de cette manière, même si ça reste improbable. En tout cas, Superman est devenue une sorte de série folle, bien loin de l'image guindé qu'on colle à ce personnage vénérable.

vendredi 29 mai 2026

SUPERMAN #38 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Witchfire, la jolie fille remarquée par Superboy Prime dans le comics shop où il travaille, lui tend un piège en espérant le sacrifier pour repousser un démon. Lorsqu'elle se rend compte de son erreur, elle accepte l'aide de Prime contre Lady Blaze et Lord Satanus...


Vous savez quoi ? Je l'aime vraiment bien, ce Superboy Prime. C'est pourtant un jeune qui a du sang sur les mains, mais grâce à lui, la série Superman profite d'un extraordinaire vent de fraîcheur, au point que je ne suis plus pressé de revoir Clark Kent. Bon, entendons-nous bien, il reviendra et ce sera cool, mais j'espère que DC et Joshua Williamson n'oublieront pas Prime ensuite.


Comme la couverture l'indique, il y a de la romance dans l'air entre Superboy Prime et Witchfire, dont le résumé des origines montrent qu'ils ont des points communs assez amusants et dramatiques à la fois. Et la nuit qu'ils vont passer ensemble va être mouvementée à souhait avant de s'achever sur un fameux coup de théâtre qui voit revenir un adversaire bien connu de Superman...


Ce qui est passionnant, outre la qualité du divertissement, c'est d'examiner les écritures des scénaristes : cette semaine, on a affaire à trois auteurs chez DC qui ont tous un style particulier. Tom Taylor dans Detective Comics s'appuie sur le passé pour rajouter des éléments au passé de Batman. Jamal Campbell dans Zatanna invite le lecteur à une expérience immersive.


Joshua Williamson reste cependant celui qui concilie le mieux le classicisme affiché de Taylor et les audaces narratives de Campbell dans Superman. C'est surtout celui qui, aux commandes d'une série, ose le plus tout en s'amusant et en nous distrayant. On se demande bien pourquoi il a été si réservé chez Marvel avec Iron Man...

Les clins d'oeil fusent dans la série depuis que Superboy Prime en est la vedette puisque, se sachant un personnage de BD, ses interactions avec les autres personnages ont toujours un côté bizarre, cocasse. Il est par exemple conscient qu'il traverse actuellement un redemption arc, une histoire qui doit raconter sa rédemption, comment il se rachète de ce qu'il a commis autrefois.

Evidemment, Witchfire ne comprend pas ce qu'il entend par là sauf quand elle lui raconte qu'elle aussi a connu un parcours compliqué, entre le Bien et le Mal, la vie et la mort et le retour à la vie. Le plus ironique, c'est qu'elle se conduit comme un guide auprès de Superboy Prime alors qu'il est immunisé contre la magie (contrairement au "vrai" Superman dont c'est une des faiblesses).

L'affrontement contre Lady Blaze et Lord Satanus n'est qu'un prétexte, car c'est ce qui se passe avant et juste après qui importe. Avant c'est donc la prise de conscience que le fameux CK qu'elle a repéré dans le comics shop qu'elle fréquente et qu'elle pensait sacrifier pour repousser les démons est un super héros;

Après, c'est l'attirance qu'elle éprouve pour ce garçon étrange mais qui lui a prêtée main forte et qui est, ma foi, si curieusement séduisant. Alors qu'ils vont s'embrasser (et qu'au début de l'épisode Prime ne pensait pas judicieux de développer une vie sociale, accaparé qu'il est par sa double vie de libraire-super héros), une surprise attend Prime...

Oui, c'est vraiment charmant et captivant, très inventif sur le fond comme sur la forme, comme en témoignent les planches de Dan Mora, dont le talent est ici sollicité plus intensément que quand il collabore avec Mark Waid (puisque le garçon n'a pas tenu sa promesse de ne dessiner qu'une série en 2026, il continue à travailler sur Justice League Unlimited et signe des tonnes de couvertures).

Mora s'amuse lui aussi énormément sur ces épisodes qu'il s'emploie à dessiner avec la folie nécessaire mais aussi plus de discipline. Williamson, on le sent, canalise mieux l'énergie de l'artiste avec sûrement des scripts plus précis. Et puis sa Witchfire est tout simplement canon - et son couple avec Prime est un régal.

Jubilatoire.

jeudi 14 mai 2026

IRON MAN #5 (Joshua Williamson / Carmen Carnero, Jan Bazaldua)


Face au Fixer dans une armure améliorée de la sienne, Tony Stark doit d'abord évacuer de l'héliporteur de l'A.I.M. les jeunes scientifiques kidnappés par Madame Masque. Celle-ci confronte son ancien amant en l'éjectant du vaisseau qui se crashe. Tony est accusé d'avoir provoqué l'accident...

    
Je fondais de grands espoirs sur cette reprise d'Iron Man par Joshua Williamson et Carmen Carnero, un des scénaristes les plus en forme du moment chez DC et une artiste que j'adore. Mais il faut bien que j'admette qu'après cinq numéros, et un arc narratif entier, le résultat ne m'a pas convaincu. Pas assez en tout cas pour que je poursuive l'aventure.


Je crois que ce qui n'a pas marché à mes yeux, c'est que jamais je n'ai trouvé Williamson au niveau de ce qu'il écrit chez DC. Ce n'est pas l'auteur si inspiré de Superman qui ose et réussit à embarquer le lecteur avec une énergie contagieuse. Nul doute qu'il aime le personnage d'Iron Man, mais le souci, c'est que l'histoire qu'il raconte n'est pas parvenue  à m'accrocher.


Ce cinquième numéro est à l'image des précédents : l'intensité que le scénariste espère convoquer fait défaut et rien ne vient franchement renouveler les fondamentaux d'Iron Man. Williamson utilise des adversaires vus et revus (Mme Masque, le Fixer, l'AIM), mais cantonne les seconds rôles à de la figuration (Pepper Potts, Melinda May). 


Bien entendu Tony Stark est traité de la façon la plus convenue possible : un type très riche et fanfaron, qui cache ses tourments tout en ayant réponse à tout. Le postulat de Williamson était pourtant prometteur avec l'intention de Mme Masque de trouver non pas un nouvel Iron Man mais un nouveau Tony Stark.

Et dans cet épisode, on comprend fort bien ce qui distingue Stark de quelqu'un qui prétendrait être lui : dès son origine, il n'a pas été seul pour concevoir Iron Man et l'homme avec qui il l'a créé a sacrifié sa vie pour cela. Par la suite, il a côtoyé d'autres génies au contact desquels il s'est amélioré. Mais Williamson fait l'impasse sur le côté obscur de Stark.

Le Stark de Civil War par exemple qui a fracturé la communauté super héroïque, qui a manipulé Spider-Man, et même avant les nombreuses occasions où il a agi seul en se moquant de l'éthique la plus élémentaire, où il a lavé le cerveau de milliers de gens pour préserver son identité secrète, où il a banni Hulk de la Terre (avec les Illuminati), etc. 

Au fond Stark est un héros comme Emma Frost (avec qui, durant l'ère de Krakoa, il s'est marié pour un temps) : il n'est jamais plus intéressant que quand celui qui l'écrit conserve son ambiguïté, voire sa part sombre. Stark est un vilain en puissance qui affronte ses démons pour ne pas sombrer justement et prouver qu'Iron Man est bien un héros.

Mais cela Williamson ne l'a pas du tout abordé, ou alors trop maladroitement. Et la fin de ce numéro utilise même une vieille ficelle pour lui créer un nouvel ennemi qu'on a vu arriver à des km... Tout en en faisant une sorte de professeur pour la nouvelle génération (ce qui rappelle la Future Fondation de Reed Richards dans le run de Hickman sur Fantastic Four). Et qui pousse à s'interroger sur la valeur d'un tel enseignant.

Carmen Carnero dessine 14 pages d'affilée de cet épisode et le résultat est très bon, mais, s'étant récemment blessée à la main, elle ne peut plus dessiner tranquillement et elle ne reviendra qu'au #8. C'est pour cela qu'encore une fois elle est suppléée par Jan Bazaldua, qui conclut l'épisode toujours aussi médiocrement. C'est vraiment dommage.

Mais, si vous voulez mon avis, hé bien, je trouve qu'Iron Man n'est pas le personnage qui permet à Carnero d'exprimer au mieux son fantastique talent. Son style classique et élégant convient bien mieux à des personnages dont le visage n'est pas caché par un casque, et c'est pour cela que son travail était infiniment mieux valorisé dans Captain America : Sentinel of Liberty ou Exceptional X-Men.

Sur ces cinq épisodes donc, c'est moins mauvais que sur les 11 de Captain America (de Zdarsky et compagnie), mais bon, au final, le bilan est le même : j'ai été trop déçu pour persévérer.

vendredi 24 avril 2026

SUPERMAN #37 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Détesté par une partie de la Justice League, rappelé à l'ordre par son patron dans le comics shop où il a trouvé un job, Superboy Prime aimerait qu'on lui accorde une nouvelle chance mais, comme il le confie à Pa et Ma Kent, il ne sait pas comment faire. Il s'en remet à Damian Wayne qui a connu la même expérience...
 

Parfois il arrive que le scénariste d'une série ose quelque chose de si culotté qu'on pense qu'il va lamentablement se casser la figure, que les fans de la série qu'il écrit vont râler. Et puis parfois il arrive que cette prise de risque déjoue les attentes et fonctionne, gagnant l'adhésion des lecteurs et relançant l'intérêt de la série.


Je me souviens ainsi de Jason Aaron quand il fit de Jane Foster la puissante Thor : certains avaient cru alors que le fils d'Odin avait changé de sexe... Et puis, moi qui n'avais pas prêté attention au début du run de l'auteur sur ce titre, j'ai embarqué à ce moment-là et j'ai adoré, comme d'autres, au point que quand ça s'est terminé, j'ai regretté que ce soit déjà la fin.


Alors je ne dis pas que le jour où Superman reviendra animer sa propre série, je le déplorerai, mais ce qui est sûr, c'est que je regretterai quand même la période où Superboy Prime en était la vedette, car véritablement c'est l'excellente surprise du moment et le pari risqué mais gagnant de Joshua Williamson. Mais on peut aussi l'interpréter autrement...


Car, en vérité, c'est précisément ce que raconte l'arc narratif en cours. Comment un super héros que personne ou presque n'apprécie peut espérer gagner les coeurs ? Dans cet épisode, Superboy Prime vient de passer une mauvaise semaine et rend visite aux Kent dans leur ferme de Smallville pour se confier à eux.

En même temps qu'il leur parle, une partie de la Justice League stationne au-dessus de la ferme des Kent, prête à intervenir à tout moment, certaine, comme Power Girl, que Prime va commettre un impair et justifier la méfiance qu'elle éprouve à son égard. Et, au milieu du récit de Prime, on découvre qu'il a eu vision sinistre du futur dans laquelle il massacre la Justice League...

Cela ne vous rappelle rien ? C'est également ce qui arrive dans Green Lantern actuellement avec Hal Jordan qui, au contact du Livre d'Oa, voit un avenir sombre se dessiner. Sauf que Williamson sème le doute plus habilement car Superboy Prime a effectivement un passé criminel, une santé mentale instable et qu'il a sympathisé avec une belle cliente dont il ferait bien de se méfier...

L'idée géniale de l'épisode, c'est la rencontre entre Prime et Damian Wayne qui, comme lui, a été accueilli froidement par la communauté super héroïque à ses débuts - et pour cause : s'il est le fils de Batman, il est aussi celui de Talia Al Ghul et il fut formé par la Ligue des Assassins ! Prime lui demande comment il a réussi à se faire accepter et apprécier.

L'ambivalence du personnage est parfaitement exploitée par le scénariste et cela revitalise la série. Cela ne signifie pas que Superman est moins intéressant, mais avoir placé Prime comme son remplaçant provisoire fournit un tas de situations très intéressantes narrativement. Et le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser car effectivement, comme les autres super héros, on ignore si Prime en vaut la peine.

Cette malice est bien mise en valeur par le dessin de Dan Mora qui change subtilement de style, comme pour souligner l'étrangeté du dispositif. Prime, sous son crayon, emprunte à l'énergie du manga sans se départir de sa nature purement comics. La façon dont Mora le représente tranche avec le reste de la distribution, plus classiquement réaliste, et c'est raccord avec le propos.

La dernière page de l'épisode annonce un développement excitant dans la mesure où il s'agit d'une menace réelle pour Prime. A moins que Williamson ne nous réserve encore une surprise... Mais c'est pour ça qu'on prend tant de plaisir à lire son run.

vendredi 10 avril 2026

IRON MAN #4 (Joshua Williamson / Carmen Carnero, Jan Bazaldua)


Tony Stark a été capturé par Madame Masque qui lui propose de l'aider à prendre le contrôle de l'A.I.M. en échange de la libération des jeunes scientifiques qu'elle a pris en otage. Cependant Pepper Potts et Melinda May se rendent dans le laboratoire de Tony et tombe sur Citizen V venu y récupérer quelque chose...
 

Iron Man par Joshua Williamson est une drôle de bestiole : depuis quatre épisodes, on ne peut pas dire que le scénariste ne raconte rien, n'avance pas, mais bizarrement c'est quand même un sentiment de surplace qui domine, comme si son histoire n'avait pas encore décollé. Et ça commence à être un peu laborieux.


De la part d'un auteur qui, chez DC, fait des merveilles avec Superman, personnage encore plus iconique qu'il n'hésite pas à remettre en question (jusqu'à s'en passer actuellement), c'est troublant de voir à quel point il paraît ici plus timoré. Comme s'il en gardait sous le pied, au risque que le lecteur s'impatiente.


On a compris le pitch : Madame Masque veut non pas recréer Iron Man mais Tony Stark pour avoir une arme aussi, sinon plus efficace qu'Iron Man. C'est astucieux, mais Williamson semble ne pas savoir quoi faire de ce point de départ. Ou plus exactement il a un plan mais qui se déploie très lentement. D'où ce sentiment de frustration à la lecture.


Dans cet épisode, c'est flagrant car Tony Stark a été capturé par Mme Masque qui lui révèle son plan (une alliance pour contrôler l'A.I.M.), sauf qu'évidemment Tony ne veut rien avoir à faire avec l'A.I.M.. Par ailleurs, en entrant en contact avec Adam Ware, ce jeune scientifique qu'il a récompensé d'un prix, il culpabilise de l'avoir entraîné dans ce complot.

Williamson glisse une allusion à Mysterio dont Tony réussit à reproduire les illusions, mais on ne comprend pas bien en quoi ça fait progresser l'intrigue, ça tient plus du clin d'oeil superflu (surtout quand l'astuce se retourne contre lui en faisant apparaître Spider-Man). Et en définitive, le récit prend une direction inattendue avec le rôle attribué au Fixer, complice de Mme Masque.

Je ne sais franchement pas quoi penser de tout ça : ça fait quatre mois que le scénariste a relancé la série et s'il présente une histoire séduisante, en même temps quelque chose semble... Je ne sais... Grippé, maladroit, emprunté. Normalement, arrivé à ce stade, on devrait en savoir plus, le récit devrait avoir atteint un cap, un tournant.

Si la dernière page révèle effectivement un cliffhanger accrocheur, l'intérêt se déporte de Mme Masque au Fixer et dans la manoeuvre un personnage meurt de manière expéditive - et du coup on peine à ressentir l'injustice de cette mort parce qu'on n'avait pas eu le temps de bien connaître ce personnage, parce qu'aussitôt après on passe déjà à autre chose.

C'est vraiment comme si le Williamson si dynamique de Superman était éteint, plus décompressé sur Iron Man. Comme j'ai cru comprendre que son intrigue était prévue pour au moins dix épisodes, on va voir ce que ça donne le mois prochain avec le 5ème numéro, donc une fois qu'on sera à la moitié du plan. Mais j'espère que ça va bouger et surtout s'éclaircir.

Carmen Carnero signe de superbes planches, sans surprise. Toutefois, d'une part, elle semble un peu bridée par le script de Williamson, elle qui excelle dans des découpages où elle se montre plus inventive (plus libre ?). Et d'autre part, elle n'a pas eu le temps de boucler l'intégralité de l'épisode et Marvel n'a rien trouvé de mieux que Jan Bazaldua pour lui prêter assistance.

Bazaldua dessine les pages 8 à 11, ce n'est pas énorme, mais ça jure avec le reste, du fait de la faiblesse du résultat. Comme je l'ai déjà dit concernant son passage sur Captain America, Bazaldua est un piètre artiste dont je ne comprends pas que Marvel lui confie du taf sur des titres tels que ceux-ci. Il me paraîtrait plus intelligent de décaler un peu la sortie de l'épisode pour donner à Carnero le temps de tout faire (mais apparemment, c'est inconcevable pour Marvel).

Le souci, c'est que ça va être le même programme le mois prochain et en Juin, à partir du #6, Carnero laisse carrément sa place à Juann Cabal. Cabal est très bon et ça me fait plaisir de le revoir, mais ça ne ressemble pas à Carnero de s'éclipser aussi vite d'une série. Et ça aussi ça rappelle ce qui se passe sur Captain America avec Valerio Schiti qui démarre, s'en va, revient, et repart à nouveau. Il y a un gros problème de gestion des effectifs et ça n'aide pas les séries (Chip Zdarsky a reconnu d'ailleurs récemment que ça ne l'arrangeait pas).

Bref, Iron Man laisse le lecteur dans l'expectative. Je continue d'y croire, mais il ne faudrait pas non plus que Williamson s'endorme sur ses lauriers. Ou que Marvel ait survendu cette relance en ayant laissé carte blanche à ce scénariste.

jeudi 26 mars 2026

IRON MAN #3 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Après avoir sauvé MODOK des agents que l'AIM avait envoyé pour l'éliminer, Iron Man apprend qu'une guerre des chefs a éclaté au sein de l'organisation terroristes et que Madame Masque a pris l'ascendant sur ses concurrents. Tony Stark retrouve Luna Lucia mais leur déjeuner est interrompu par l'apparition de Pepper Potts puis un appel de l'agent du SHIELD Melinda May qui a d'autres infos...
 

Il est assez étonnant d'observer comment un même auteur peut se comporter chez deux éditeurs différents. Chez DC évidemment Joshua Williamson est dans son domaine, il est un scénariste qui compte, un architecte, ami avec Scott Snyder, aux commandes de Superman. Il pourrait se la couler douce mais il n'a pas fait tout ce chemin pour rien et il se distingue par son dynamisme.


En acceptant de travailler pour Marvel pour qui il voulait écrire une histoire d'Iron Man, sa position est plus ambivalente. D'un côté Marvel accueille une plume de la concurrence et lui donne ce qu'il souhaite. Mais Williamson sait aussi qu'il n'occupe pas la même place que chez DC, c'est une sorte d'invité de prestige mais sans privilège particulier.


Cette dichotomie est remarquable cette semaine où sortent simultanément Superman #36, un titre où il est désormais bien installé et où il peut s'amuser sans qu'on le lui refuse, et Iron Man #3, une série fraîchement relancée où il doit tout prouver comme s'il partait littéralement de zéro. En conséquence, il se montre plus sage avec Iron Man qu'avec Superman.
  

Certes on ne va exiger qu'il réinvente un personnage en trois mois quand au bout de trois ans il s'autorise à écarter Superman de son propre mensuel. Mais il est indéniable que Williamson avance à pas comptés, avec son histoire en tête mais sans vouloir brusquer personne. On peut trouver ça frileux. Ou simplement raisonnable.

Sur le fond de l'intrigue c'est un épisode en creux : on a la confirmation de ce qu'on soupçonnait déjà, guère plus. Il y a une guerre interne au sein de l'AIM, Madame Masque est en position de force, elle prépare quelque chose contre Iron Man. Sur ce dernier point, Williamson a renseigné le lecteur plus que Tony Stark puisqu'on sait ce qu'elle mijote.

Comme il faut bien avancer malgré tout, après que le centre de l'épisode ait donné lieu à une rencontre embarrassée entre Tony, Luna Lucia et Pepper Potts, qui se croisent par hasard, le lecteur est récompensé quand Iron Man se trouve à nouveau (presque) face à face avec sa némésis. Mais c'est à peu près tout, il faudra s'en contenter.

La véritable surprise, même si elle est très fugace, c'est l'apparition de Citizen V au tout début de l'épisode quand Iron Man s'emploie à sauver MODOK des agents de l'AIM. Qui se cache sous le masque de V ? Pas le baron Zemo (il est présumé mort depuis One World Under Doom et il n'aurait pas couvert les arrières d'Iron Man).

Williamson ne réintroduit pas Citizen V pour rien, on le reverra, et il aura certainement une importance majeure dans l'intrigue à venir. Le scénariste titille le lecteur tout du long dans cet épisode où rien de vraiment important ne se passe mais où rien n'est négligeable non plus. Il ponctue un récit trépidant avec un moment savoureux puis repart au combat. Classique, propre, efficace. Pas moins. Pas plus.

Heureusement que Carmen Carnero est là et très en forme, toujours. Je ne dis pas qu'on s'ennuierait sans elle, mais ses planches, superbes, donnent du relief - mieux de la matière à la critique. Voilà une artiste qui avec peu fait beaucoup. Quand l'action domine, elle compose des plans intenses et épiques. Quand le calme revient, elle souligne l'expressivité des acteurs pour que le lecteur ressente ce qu'ils éprouvent.

Les couleurs de Nolan Woodard donnent à la série un look lumineux, chaleureux et très élégant. On pourrait lire des pages comme ça sans se soucier de rien d'autre tellement c'est simplement beau et valorisant pour un script un brin paresseux.

Il est vain de comparer le Williamson de DC et celui de Marvel, même si évidemment on aimerait qu'il fasse preuve de la même audace partout. Iron Man sous sa direction est encore un peu timoré mais plein de promesses. Assez substantielles pour continuer à voir où il veut en venir.

SUPERMAN #36 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Depuis son combat contre Darkseid, Superman n'a plus donné signe de vie. Superboy Prime ambitionne de le remplacer au sein de la Justice League (qui ne veut pas de lui) et à Metropolis (où Lois Lane tente de le guider). Et s'il trouvait un job, un appartement pour commencer...


Joshua Williamson entame ici sa troisième année sur la série Superman et le scénariste a su, depuis, habilement reconsidérer le personnage, mais surtout étonner le lecteur. Son approche décomplexée, en constante évolution, fait qu'on ne sait jamais à quoi on doit s'attendre. Au terme de DC K.O. pourtant, Superman disparaît...


Il n'est pas mort, simplement... Parti. Il ne s'agit donc pas de faire croire au fan que le man of steel sera absent éternellement. Williamson entreprend, comme il l'a toujours fait, non pas de donner au lecteur ce qu'il attend, ce qu'il aime, mais ce qu'il pourrait aimer - au point de le préférer au statu quo antérieur ? En tout cas Superman #36 est une lecture particulièrement jubilatoire.


Si Superman n'est plus là, en revanche Superboy Prime est désormais la vedette de la série. Originaire de Terre-Prime où tous les héros sont des personnages de comics, il a un passé chargé : lors de Infinite Crisis, il a en effet tué plusieurs justiciers et, encore aujourd'hui, c'est l'image de lui qui prédomine dans les esprits.
 

Toutefois, durant les événements périphériques de DC K.O., il a cherché à se racheter en aidant Lois Lane à transmettre des informations capitales à Doomsday et Superman, affrontant la Légion maudite de Darkseid, et finissant même par rencontrer les parents adoptifs de Clark Kent. Mais que faire de lui à présent ?

Plutôt que de traiter cette question sur un plan narratif (en interrogeant sa place dans l'univers DC en général), Williamson préfère une approche plus directe et donc plus immersive pour le lecteur comme pour le personnage. Sans la figure du modèle de Superman, Superboy Prime doit se faire accepter auprès des autres super héros et aussi se situer dans un monde qui n'est pas le sien.

Concrètement, cela se traduit dans quelques scènes clés : la première, c'est quand Mr. Terrific explique à Lois Lane qu'il n'est pas le bienvenu à la Tour de Guet de la Justice League. Pourquoi ? Parce que, ayant tout lu sur Terre-Prime sur les membres de la JL, il connaît tous leurs secrets. Si quelqu'un venait à sonder son esprit, il récolterait ainsi des informations dangereuses.

La deuxième, c'est quand Lois lui suggère, pour s'intégrer, de trouver du travail comme simple civil. Elle est prête à le pistonner au "Daily Planet", mais il note avec à-propos que toute le monde se demanderait ce qu'un jeune sosie de Clark fiche dans les locaux. Surtout, lui considère qu'être le protecteur de Metropolis est son métier.

La troisième, c'est quand, après avoir affronté un méchant, il aperçoit un comics shop et candidate pour un poste. Ainsi a-t-il un job qui correspond à sa passion pour les illustrés sur les super héros. Williamson parsème son récit de moments savoureux (les filles de la JL en pamoison devant ce bel éphèbe dans la salle de gym de la Watchtower, même si Vixen rappelle qu'il a été un criminel).

Williamson, avec Dan Mora aussi, se pique même, comme aurait pu le faire Grant Morrison ou Alan Moore, de métatextualité, c'est-à-dire la capacité d'un texte à se prendre lui-même pour objet en réfléchissant à sa propre structure, son langage, ses procédés narratifs. Comme Deadpool qui s'adresse au lecteur, Superboy Prime nous prend régulièrement à témoin.

Mora pousse le bouchon jusqu'à, au coeur d'une scène d'action, à ne pas finir d'encrer son dessin (ni à le laisser être colorisé) pour souligner le décalage entre un personnage qui voit tout comme une fiction et qui prend conscience soudain, dans le feu de l'action, qu'il est désormais un acteur de la réalité. C'est brillant.

Mora va encore plus loin en modifiant son style. J'ignore encore s'il s'agit d'une volonté de sa part de distinguer ces épisodes de ceux qu'il a réalisés avec Superman ou s'il s'agit de s'essayer à de nouvelles formes, mais on remarquera que l'apparence de certains personnages se rapprochent du manga (des yeux plus grands, des traits de vitesse, etc.).

En tout cas le procédé est épatant (même si, comme moi, on n'apprécie pas forcément le style manga en général), parce que ça inscrit Superboy Prime dans un subtil décalage constant sur les plans esthétique et narratif. On voit bien qu'il n'est pas d'ici, pas à sa place, qu'il sur-réagit, et que tout ce qu'il y a autour de lui en semble affecté.

Pour toutes ces raisons (et d'autres encore que je vous laisse découvrir), Superman #36 est brillant, confirmant l'inspiration lumineuse de son auteur et sa complicité avec son dessinateur, sur la même longueur d'ondes. La dernière page montre même l'adversaire, tapi dans l'ombre, qui attend Superboy Prime et ajoute au trouble délectable de l'entreprise...

mercredi 4 mars 2026

DC K.O. #5 (of 5) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Javi Fernandez, Xermanico, Wes Craig)


Alors que Lex Luthor pensait avoir gagné la couronne de Roi Oméga, Doomsday/Time Trapper, instruit de son rôle vis-à-vis de l'issue du tournoi, permet à Superman d'affronter Darkseid en lui injectant toute son énergie Alpha. Désormais, les deux adversaires vont se battre non seulement pour le salut de la Terre, mais aussi celui du Multivers...


Wow ! Ce dernier chapitre de DC K.O. est tout de même assez costaud et ébouriffant. Comme les crédits de l'épisode l'indiquent, et même si c'est incontestablement l'oeuvre du chef d'orchestre Scott Snyder, il n'a pas été seul à opérer sur cette conclusion puisque Joshua Williamson est aussi de la partie - légitimement puisqu'il est question de Superman et un peu de la Légion des Super Héros (dont il va écrire la nouvelle série).


On peut dire que ce dernier numéro est lui-même construit comme une mini série en soi, d'abord avec une ouverture, un morceau principal, et un final. Le tout est très grandiloquent, over the top, bigger than life, choisissez ce qui vous excite le plus, en tout cas ça dépote, c'est épique, ça envoie du bois, ça dynamite, ça ventile.


On a donc bien droit, malgré ce que voulait nous faire croire le précédent épisode, à une confrontation entre Superman et Darkseid, et ça castagne sévère. Mais peut-être pas de la manière la plus convenue : en effet, il ne s'agit pas de savoir qui est le plus fort, qui a la plus grosse (couronne !), et qui finira au tapis. L'enjeu et l'issue sont ailleurs, comme déplacés.


Investi d'une puissance telle qu'il peut effectivement rivaliser avec Darkseid, Superman doit disputer un combat qui se joue sur plusieurs niveaux, et cela fait penser aux jeux vidéo, avec des paliers de difficulté, des étapes à franchir. C'est cela qui donne le sentiment que l'épisode est pensé, conçu comme une mini série dans la mini série, avec une abondance de péripéties et de rebondissements.


Alors, oui, sans doute que le sort du combat en frustrera certains, qui auraient aimé une résolution plus franche au lieu d'une série de teasers sur les prochaines productions DC et une (inévitable) future Crisis. Mais à quand cette dernière aura-t-elle lieu ? Snyder et Williamson ont promis que les events DC seraient désormais actés seulement quand une excellente occasion le permettra.

Autrement dit : pas aussi régulièrement que chez Marvel ? Je pense quand même qu'il faut rester lucide et admettre que DC ne fera pas l'impasse sur au moins un event par an, soit une histoire cantonnée à un personnage phare, ou une équipe, soit quelque chose de plus global. 

Dans la mesure où DC semble surtout produire des events assez brefs (4-5 épisodes comme Beast World, Knights Terror, Absolute Power, DC K.O.), ça reste digeste. Mais dans le cas d'une nouvelle Crisis, cela semble inévitable qu'on aura droit à une saga plus longue avec des tie-in en nombre, quelque chose de plus proche de ce qu'a fait Marvel récemment avec One World Under Doom.

Ce qui est encore plus avéré, mais qui était prévu, c'est que le dénouement de DC K.O. impacte fortement Superman. Comme Wonder Woman après Death Metal, le personnage semble parti pour ne plus être présent, au moins physiquement, pour quelques mois. Cependant, léger spoil, il n'est pas mort. Et cela ouvre la voie au prochain arc narratif de Joshua Williamson pour la série de l'homme d'acier.

Le plus étonnant et quelque part le plus décevant avec DC K.O., c'est bien la manière dont Snyder, très en amont, a prévenu tout le monde que Superman serait touché et Williamson lui a emboîté le pas en nous faisant comprendre avec le retour au premier plan de Superboy Prime que non seulement celui-ci aurait droit à une rédemption mais, mieux encore, à son nom en haut de l'affiche.

Dans cet épisode, Snyder brasse large et on reconnaît là sa touche, celle d'un scénariste qui déborde, qui en veut toujours plus - comme hier avec le concept d'Omnivers (une multitude de multivers) et aujourd'hui avec une référence à... Doomsday Clock, la "suite" (lol) de Watchmen par Geoff Johns et Gary Frank, et qui place Superman dans une position christique (décidément, c'est une manie chez les Snyder - Zack Snyder voyait le personnage ainsi dans ses films).

Toutefois Snyder ne va pas jusqu'à reconvoquer Dr. Manhattan (ouf !), mais lui substitue quasiment Superman en disant, comme Johns, que le kryptonien représente une force cosmique face à laquelle le multivers réagit... Bon, je trouve ça vraiment too much, ce n'est pas ce que je préfère, et Snyder, là, en fait trop à mon avis. Espérons que Williamson ne cherche pas à surenchérir le moment venu.

Visuellement, l'épisode est magnifique : l'ouverture par Xermanico subjugue par son élégance et son ampleur, le ton est donné. Puis Javi Fernandez reprend les commandes et il donne tout ce qu'il a dans le moteur : l'affrontement final est sublimé par un découpage à la fois explosif et inventif, c'est du grand spectacle. Enfin Wes Craig, qui avait été là pour le lancement de DC All-In, revient pour conclure ce grand show.

Et maintenant ? DC Next Level ! Des séries ont déjà été annoncées et commencent dès le mois prochain : Batwoman (Greg Rucka + Dani), Lobo (Skottie Young + Jorge Corona), Deathstroke : the terminator (Tony Fleecs + Carmine di Giandomenico), The Deadman (W. Maxwell Prince + Martin Morazzo), The Fury of Firestorm (Jeff Lemire + Rafa de Latorre), Zatanna (Jamal Campbell), The Demon, Jonah Hex, La Légion des Super Héros, Shadow of the Bat...

DC voit grand, ose - tout ne rencontrera certainement pas le succès, mais on peut créditer l'éditeur d'une volonté claire de proposer des comics pour tous, avec des équipes créatives souvent surprenantes, alléchantes. Sans oublier les fondamentaux, les essentiels, les incontournables... De quoi donner des regrets à ceux qui ne lisent que la vf tant Urban Comics a réduit la voilure de ses traductions.

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La couverture "undressed" de DC K.O. #5 par Javi Fernandez :