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mardi 17 février 2026

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 2 : THE DEEP END (Eve L. Ewing / Carmen Carnero, Federica Mancin)

 

EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 2 : THE DEEP END
(Exceptional X-Men #6-13)


Trista, Thao et Alex éprouvent certes de la gratitude envers Kitty, Emma et Bobby pour leur entraînement mais ils aspirent à rester indépendants et, pour cela, ils cherchent du travail. Priti, la co-loc' de Kitty, leur propose un stage dans son entreprise et ils font la connaissance d'un client, Sheldon Xenos qui a créé une application, Verate, destinée aux mutants et à leur bien-être. Mais Trista et Thao désapprouvent vite la collecte de données privées qu'il exige des utilisateurs.


En revanche Alex, dont les pouvoirs modifient l'apparence et qui s'est toujours senti mal dans sa peau à cause de cela, fait confiance à Xenos qui l'invite à visiter les locaux de sa société et même son laboratoire; C'est alors que le jeune mutant découvre que l'homme d'affaires n'est autre que Mister Sinister et qu'il compte exploiter ses pouvoirs pour manipuler ses semblables...


Ce second tome se compose de deux arcs : le premier court sur les épisodes 6 à 10 et le suivant sur les épisodes 11 à 13, avec la conclusion de la série. Ce qui est troublant, c'est à quel point on a le sentiment que Tom Brevoort était dans le dos d'Eve L. Ewing pour la pousser à écrire la série dans une direction différente, avec le retour à des éléments familiers pour les fans.


Ce n'est pas un spoiler puisque la couverture le montre mais donc Mister Sinister est de retour et incarne le méchant de l'histoire. Ce personnage qui fit partie du conseil secret de Krakoa, davantage pour que ses fondateurs (Charles Xavier et Magneto) la gardent à l'oeil (et aussi parce qu'ils lui avaient confié les échantillons des ADN de tous les habitants de l'île afin de pouvoir les ressusciter/cloner), y avait gagné en grade.


Toutefois, une fois Jonathan Hickman parti de la franchise X, Sinister, qui était le chef de l'équipe des Hellions (l'équivalent de la Suicide Squad sur Krakoa), a été amplement récupéré et exploité par Kieron Gillen, dont c'était déjà le vilain préféré lors de son run sur Uncanny X-Men (en 2011-2012). Il en fait un personnage envahissant et franchement pénible qu'on n'était pas pressé de revoir si tôt.

Bref, je ne peux m'empêcher de penser que Brevoort a dû insister pour que Eve L. Ewing non seulement donne à Exceptional X-Men un vilain mais reprenne Mr. Sinister. La scénariste ne s'en sort pas mal cependant, incorporant Nathaniel Essex de manière habile, et lorsque Kitty devine qui est Sheldon Xenos (dont les initiales se prononcent Essex), c'est amusant.

La scénariste mise encore sur l'aspect character's driven, prenant soin de donner de la chair à ses jeunes mutants et à enrichir leur relation avec leurs trois mentors. On peut juste regretter que des trois X-Men, Bobby Drake soit celui auquel elle accorde le moins d'importance, comme si elle ne savait plus trop quoi en faire, une fois les raisons de sa présence à Chicago dévoilées (dans le tome 1).

Ce qui est certain, c'est que, en vérité, Ewing réussit volontiers à se passer des pouvoirs des mentors. Certes Iceberg, Kitty et Emma en font usage à un moment, mais souvent cela se retourne contre eux, contre leur envie de former leurs élèves, et même lors de la confrontation contre Sinister, qui met Emma en fâcheuse posture.

Les pouvoirs de Axo (Alex), Melee (Thao) et Bronze (Trista) sont d'une originalité inégale et, comme pour les Outliers créés par Gail Simone dans Uncanny X-Men, on pense parfois qu'il aurait mieux valu s'occuper de personnages déjà existants et négligés dans le riche vivier des (jeunes) mutants plutôt que d'en inventer de nouveaux voués aux oubliettes.

Mais Ewing nous les rend plus attachants, sympathiques et profonds que les quatre protégés des Uncanny X-Men, d'abord parce qu'elle ne cherche pas à les réduire à des caricatures ni à se conformer à un agenda woke exaspérant. La façon dont Axo est employé dans cet arc est à cet égard exemplaire, passant de victime facile à joker inattendu.

Ces épisodes sont illustrés par Carmen Carnero qui est en grande forme. Sa narration graphique est un modèle de lisibilité et de fluidité. Elle sait, en une case, camper un personnage charismatique et animer un groupe avec la même facilité. Son réalisme plutôt académique n'est jamais figé grâce à un trait très souple, proche de l'esquisse (d'ailleurs son "encrage" est invisible).

Tout juste reçoit-elle le soutien de sa remplaçante Federica Mancin sur le #10, mais les transitions sont habiles (Mancin s'occupe des pages dans le subconscient de Sinister, Carnero des pages dans notre dimension). Et Nolan Woodard est toujours impeccable aux couleurs.
  

Alors qu'ils se baladent dans un parc, Alex, Trista et Thao remarquent une curieuse petite sphère lumineuse dont sort soudain Tank, un mutant agressif. Ils le maîtrisent avec le renfort d'Ironheart qui analyse ensuite la sphère et découvre qu'il s'agit d'un portail spatio-temporel non pas créé mais utilisé par Tank. Les trois jeunes mutants s'éloignent mais peu après Kitty, passant dans le coin, disparaît dans ce portail...
 

Idéalement, tant qu'à être annulée, la série aurait dû s'arrêter au dixième épisode, puisque c'était le seuil fixé par Brevoort pour poursuivre ou arrêter un titre à son arrivée sur la franchise X. Qu'est-ce qui a motivé l'editor pour accorder une rallonge à Eve L. Ewing ? Et qu'est-ce qui a pris à la scénariste pour pondre trois épisodes aussi lamentables ?
 

Car, oui, la fin de Exceptional X-Men est d'une nullité étonnante. Cette intrigue à base de portail spatio-temporel et de voyage dans le passé n'est faite ni à faire. Il n'y a rien à sauver dans ce récit qui gâche tout ce qui a été accompli auparavant. Rien ne peut expliquer ce qui est passé par la tête de la scénariste ni pourquoi Brevoort a quand même accepté que ces épisodes soient finalisés.

Federica Mancin, désormais dessinatrice à part entière du titre, réalise des planches très inégales, parfois tout juste correctes, parfois plus solides, mais la comparaison avec Carnero est clairement en sa défaveur. C'est un peu le problème de Marvel qui recrute beaucoup de dessinateurs encore en formation et qui manquent cruellement de technique mais qui, ainsi exposés, ont peu de chance de séduire les fans.

Bref, mieux vaut ignorer cette conclusion. Exceptional X-Men se termine vraiment au #10. Tout ce qui vient après n'existe pas.

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 1 : DUTY CALLS (Eve L. Ewing / Carmen Carnero)


EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 1 : DUTY CALLS
(Exceptional X-Men #1-5)


Kitty Pryde a laissé sa vie de X-Man derrière elle après la chute de Krakoa. Elle s'est installée à Chicago où elle partage en co-location un appartement avec Priti et travaille comme serveuse dans un bar. Un soir qu'elle se rend à date, elle assiste au refoulement d'une jeune fille, Trista Marshall, à l'entrée d'une boîte de nuit et découvre qu'il s'agit d'une mutante. Le vigile va la rudoyer et Kitty la tire de ce mauvais pas.


Quelque jours plus tard, Kitty assiste à un match de football dans une université en compagnie de Nina lorsqu'un jeune mutant, Alex Luna, est pris à partie par des étudiants dans les gradins. Une joueuse, Thao Tran, vient prendre sa défense mais la situation dégénère en bagarre. Kitty est obligée d'exfiltrer les deux jeunes. Le soir venu, ils viennent frapper la porte de son appartement en compagnie de Trista.


Mais Emma Frost surgit et s'apprête à emmener les trois adolescents à qui elle veut offrir un entraînement. Pour ne pas qu'ils soient sous son emprise, Kitty accepte d'être le co-mentor et Priti, sa co-loc', les invite à s'installer dans une salle de danse qui lui appartient. Peu de temps après, Bobby Drake/Iceberg s'invite dans la partie, éveillant les soupçons de Kitty sur sa présence...


Je poursuis mon retour aux origines de From the Ashes, la refonte des séries X sous la houlette de Tom Brevoort après la fin de l'ère Krakoa. Je pense toutefois m'en tenir là pour cette rétrospective, n'ayant pas la motivation pour relire X-Force (par Geoffrey Thorne et Marcus To). Toutefois j'avais gardé un bon souvenir de Exceptional X-Men et j'ai voulu vérifier ce qu'il en restait.


Déjà, contrairement à X-Factor (et X-Force), cette série ne fut pas annulée au bout de dix épisodes, mais dura jusqu'au 13ème numéro. Une rallonge inattendue vu qu'elle se vendait moyennement. Peut-être est-ce pour cela que, contrairement à Mark Russell et Geoffrey Thorne, Eve L. Ewing est restée dans les petits papiers de Brevoort qui lui a confié la mini-série X-Men United, qui démarre le mois prochain.

Exceptional X-Men est une autre série atypique, signe que Brevoort cherchait quand même à (un peu) expérimenter. Toutefois cela n'a donc pas suffi à convaincre les fans. Ce que proposait Ewing, c'était un peu ce que ne réussit pas à faire Gail Simone, à savoir présenter de jeunes mutants inédits et les rendre attachants, dans un récit avare en action spectaculaire.

C'est l'archétype de la série character's driven : il faudra attendre le deuxième arc pour qu'un méchant apparaisse et que l'histoire prenne un tournant plus dynamique. Avant cela, Eve L. Ewing raconte ce que sont devenus deux des X-women les plus emblématiques après la chute de Krakoa. Et cela devait assurer l'argument principal de la série.

D'un côté Kitty Pryde qui, traumatisée par les événements et ses actes (elle a tué à plusieurs reprises des agents d'Orchis), a raccroché complètement : elle vit à Chicago, en co-location avec une autre jeune femme, travaille comme serveuse. Mais la réalité la rattrape quand elle se met à aider trois jeunes mutants... Dont elle refuse pourtant de devenir le mentor.

De l'autre Emma Frost qui a toujours eu à coeur d'enseigner à de jeunes mutants comment survivre dans un monde qui les hait mais qui a entretenu longtemps une relation compliquée à la fois avec la bonne méthode pour les former et avec Kitty Pryde (même si les deux étaient devenues amies durant l'ère Krakoa).

Finalement les voilà retravailler ensemble. C'est la grande réussite de la série : Ewing réussit merveilleusement à explorer les rapports conflictuels entre ces deux profs et leurs élèves, entre les élèves eux-mêmes, à les caractériser de façon subtile. On n'a même plus besoin de créer un ennemi, la série se lit toute seule et très bien grâce à ce style intimiste.

L'irruption de Bobby Drake/Iceberg vient ajouter du piment à cette recette : d'abord parce que lui et Kitty furent amants (avant que Marvel ne décide que Bobby soit gay -encore une conversion sortie de nulle part), qu'il fit partie des Maraudeurs version Krakoa (sous la direction de Kitty et Emma), et parce qu'on ignore pourquoi il apparaît subitement (mais le mystère sera vite levé et aura des conséquences fâcheuses).

Trois X-Men connus donc et trois inconnus : il n'en faut pas plus pour que Exceptional X-Men soit une des meilleures séries de l'ère From the Ashes. Certes, le rythme est tranquille, la narration un peu décompressée, mais c'était un titre vraiment chouette. En cinq épisodes, on avait là les prémisses d'une histoire prometteuse, qui sortait des sentiers battus.

En prime on avait Carmen Carnero au dessin, tout juste après Captain America : Sentinel of Liberty. L'artiste italienne s'est imposée en quelques années comme une des meilleures et aussi, ce qui n'est pas rien, comme une des plus régulières : elle enchaînera dix épisodes (même si sur le 10ème elle était aidée par Federica Mancin qui lui succédera jusqu'à la fin).

Carnero a un trait d'une élégance rare, très expressif, très naturaliste. Ses personnages ont tous une apparence propre, réaliste, même quand, dans le cas d'Alex Luna, il se distingue des autres plus nettement. Ses décors sont soignés et son découpage se distingue par une vraie fluidité et des trouvailles de première classe.

Marvel a eu le nez creux en la récupérant (elle végétait chez DC auparavant) et la chouchoute depuis (elle dessine désormais Iron Man dont la relance par Joshua Williamson a débuté le mois dernier). Et surtout il ne la sépare pas de son coloriste favori, Nolan Woodard, qui sait valoriser son dessin avec une palette sobre et nuancée.

Une excellente surprise donc. Suite et fin dans le tome 2.