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vendredi 25 juillet 2025

WE ARE YESTERDAY : EPILOGUE - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #9 (Mark Waid / Dan Mora)


Les membres de la JLu ne savent pas comment renvoyer les héros rassemblés par Airwave à leur époque et dans leur univers respectifs. Le Time Trapper et le World Forger surgissent alors pour proposer une issue pour le moins choquante... Cependant, Mr. Terrific et Blue Beetle cherchent, eux, un moyen de localiser et ramener Airwave... Mais quid de Superman, Batman et Wonder Woman ?


Bon, je crois que cette fois la messe est dite : ce sera certainement mon dernier épisode de Justice League Unlimited. Et d'ailleurs, petit spoiler d'entrée de jeu : à la dernière page de ce 9ème épisode, la trinité DC (Batman, Wonder Woman, Superman) se réunit dans le premier quartier général de la Justice League et Batman déclare que la JLU était sans doute une erreur...


Bon, vous me direz, et vous n'aurez pas tort, que c'est une vieille et grosse ficelle pour faire tressaillir le lecteur le plus candide que de lui faire croire que l'aventure est déjà sur le point d'être finie, que tout ça c'était trop beau/trop gros pour être vrai, que ça ne pouvait pas durer... C'est un peu comme l'ère Krakoa des X-Men.


Sauf que DC est quand même globalement plus inspiré depuis quelques années que Marvel, qui a tué la poule aux oeufs d'or pour un relaunch affligeant. Donc, non, je ne crois pas que Justice League Unlimited va se terminer si tôt. Par contre, il serait souhaitable que Mark Waid se sorte les doigts et commence à écrire vraiment cette série de façon décente.


Mais en a-t-il l'inspiration ? On peut en douter quand on voit ce qu'il a sorti en neuf mois. Des premiers épisodes laborieux et surpeuplés, un crossover calamiteux (dont c'est ici l'épilogue - hé oui, quand y en a plus, y en a encore...), et tout ça pour aboutir à un bordel dont tous les autres auteurs se contrefichent. Le prochain event DC ne poursuit absolument pas ce qui se passe dans Justice League Unlimited...

S'il fallait trouver un titre avec lequel comparer JLU, ce serait Superman Unlimited. A se demander si le qualificatif Unlimited ne porte pas malheur... Mais toutefois est-il que, comme Slott, dont l'idée pourtant conséquente, n'a été suivie par personne chez DC, ce qu'écrit Mark Waid pour la JLU semble tout aussi ignoré par ses collègues.

Pour résumer, on dira donc (spoiler bis) qu'à la fin de We are Yesterday, Airwave, qui avait trahi la JLU avant de se rendre compte que Gorilla Grodd avait abusé de sa naïveté, a pour contrer ce dernier et sa Legion of Doom fait appel à plusieurs héros issus du multivers. Il a fait son marché un peu partout : Metal, Batman Year Zero, Flash Year One, Batman Beyond, Abin Sur, Jonah Hex...

Un vrai gloubi-boulga. Problème : Airwave a mis K.O. Grodd mais l'énergie oméga qui les liait l'a fait disparaître... Et a coincé les héros qu'il a recrutés dans la tour de guet de la JLU, incapable de les renvoyer chez eux. Pendant que Mr. Terrific et Blue Beetle (Ted Kord) tentent de ramener Airwave, les autres tentent de calmer les déplacés.

Sur ce le Time Trapper et le World Forger (apparu dans le run de Scott Snyder sur Justice League) se pointent et ont une solution pour corriger la situation qui est encore plus grave que prévu puisque le temps est brisé et menace tout le multivers - d'ailleurs des héros déplacés commencent à disparaître... Pour réparer ce merdier, il faudrait disséquer Grodd pour rediriger l'énergie oméga !

Evidemment la JLU n'est pas d'accord mais Grodd propose une alternative et se barre avec le Time Trapper et le World Forger. Dans le chaos qui s'ensuit, des héros déplacés se font la malle de la tour de guet... Si vous avez la migraine, c'est normal. Respirez, prenez une aspirine, attendez que ça agisse et revenez finir de lire cette critique (ou pas).

Comme je le disais, c'est un vrai fouillis dont on ne sait vraiment pas ce que Mark Waid cherche à faire. Mais bon, c'est presque secondaire puisqu'aucun autre scénariste chez DC n'a l'air de vouloir s'en mêler. Du coup, pourquoi ne pas laisser ce bon vieux Waid s'amuser avec le bazar qu'il a créé et voir comment il va s'en sortir ? 

Les histoires avec un casting pléthorique, il a déjà fait et ça s'appelait Kingdom Come, un chef d'oeuvre. Mais c'était il y a 30 ans. Waid peut-il réitérer l'exploit et en sortir par le haut en dénouant ce sac de noeuds ? Franchement, qu'il me soit permis d'en douter, ne serait-ce que parce que le postulat de Kingdom Come était tout de même bien plus simple, intense et efficace.

C'est comme si, ici, tout était fait à l'envers. Justice League Unlimited, c'est un concept qui en vaut un autre mais je le trouve affreusement mal développé depuis le début : Waid privilégie de montrer une équipe hyper fournie, ce qui nuit à la caractérisation et où les personnages les plus inattendus ressemblent plutôt à des gadgets pour justifier que l'équipe compte une infinité de héros.

Ensuite, on a eu droit donc à de premiers épisodes qui n'étaient pas très palpitants, tout ça pour nous révéler que les grands méchants étaient la Legion of Doom et arriver à un crossover qui n'a jamais réussi à décoller. Et maintenant, on se retrouve avec encore plus de personnages (alors que ce n'était déjà pas concluant) et une situation qui vire à l'absurde.

Ce qui n'est finalement pas étonnant et rendrait presque heureux, c'est que les meilleures scènes de l'épisode (et de la série en général) sont celles qui privilégient deux-trois personnages max. Là, Waid les écrit bien, comme ici le sauvetage de Airwave par Mr. Terrific et Blue Beetle. Mais dès qu'on retombe dans la foule de la JLU, tout s'évapore.

Et quand on parvient à cette dernière page avec la trinité et Batman qui dit que la JLU était sans doute une erreur, comment ne pas abonder dans son sens ? C'est à tout le moins une erreur narrative car Waid n'y arrive tout simplement pas. Il ne fait rien de ce concept, sinon quelque chose de laborieux, de poussif, de creux alors qu'on espérait de l'épique, de l'intense, du super super héroïque.

Bizarrement, ça me fait penser à du Mark Millar, sauf que lui, avec ce genre d'idées, en aurait fait quelque chose de fun, bourrin, simpliste, mais efficace, direct. Une sorte de grand raout. Mais Waid, je ne sais pas ce qu'il fait ici, je ne comprends pas. Il en a déjà par-dessus la tête et il en rajoute encore ?! Non mais allô, quoi ?!

Dan Mora, je suis désolé de le dire aussi durement, est nul aussi là-dedans. DC tient avec lui une sorte de machine à dessiner (au point que ça en devient suspect : le bonhomme va dessiner un tie-in de DC K.O. et franchement, je n'arrive plus à croire qu'il puisse faire autant de trucs simultanément, il doit avoir un clone ou des assistants, mais il est littéralement partout).

Mora réussit, lui aussi, à briller dans les scènes avec Terrific et Beetle. Mais le reste du temps, ses pages ne sont rien d'autre que des cases avec un millier de personnages, sans composition accrocheuse, sans valeur de plan pertinente, sans découpage élaboré. C'est désagréable à lire parce que ça ne raconte rien, c'est du dessin au km, sans aucune âme.

Je sors de cette lecture déprimé. C'est déplaisant, malaisant même. Un scénariste en roue libre. Un artiste sans idée. Une série sans esprit. C'est comme si DC, par ailleurs si divertissant, ne savait pas produire une série d'équipe. Et spécialement JLU qui ressemble moins à une mauvaise idée qu'à une série confiée aux mauvaises personnes.

samedi 28 juin 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 6 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #8 (Mark Waid / Dan Mora)


Air Wave a extirpé du multivers plusieurs héros pour empêcher la Legion of Doom de s'emparer de la Tour de Guet, mais ça ne suffit pas. Red Tornado l'autorise alors à siphonner son énergie pour rapatrier tous les membres de la Justice League perdus dans l'espace-temps...


Ainsi se termine We are Yesterday, crossover entre World's Finest et Justice League Unlimited, qui ne restera pas, loin s'en faut, comme une franche réussite. Ce dénouement le confirme, toujours aussi brouillon et expéditif, teasant déjà des complications à venir. Quelle déception ! Mais y avait-il seulement moyen de faire mieux ?


Le postulat de We are yesterday tendait déjà le bâton pour se faire battre : les intrigues à base de voyages dans le temps sont les plus périlleuses à mener à bien, impliquant plusieurs versions de personnages issues d'époques différentes et créant inévitablement de la confusion chez le lecteur. Pour le critique, c'est un casse-tête à résumer.


Mais là Mark Waid s'est pris le mur en pleine face avec ce crossover de deux séries qu'il écrit pourtant. Il aurait dû maitriser son sujet, il n'a fait que mélanger deux titres dont l'un est plus impacté que l'autre (d'ailleurs le nouveau numéro de World's Finest est déjà paru dans l'intervalle, déconnecté des événements de We are yesterday, comme si l'auteur avait hâte de passer à autre chose).


J'ai beau chercher, je ne vois pas du tout ce que Waid a voulu mettre en place, même si son intrigue se termine avec des répercussions qui s'annoncent compliquées à gérer, puisque, sans trop spoiler, un nombre consistant de personnages sont désormais contraints de rester à notre époque, dans cette dimension, après avoir été extraits des leurs.

Il y a toujours eu chez DC cette propension à compliquer les choses simples : d'abord avec les terres parallèles apparues lors du Silver Age, puis la révision radicale opérée lors de Crisis on infinite earths (retour à une seule Terre), puis l'annulation de ce statu quo (Infinite Crisis), puis Final Crisis, les New 52, DC Rebirth, Dark Crisis...

Cela s'est longtemps expliqué par des courants contraires au sein même de la maison d'édition entre ceux qui voulaient préserver ces mondes parallèles et ceux qui voulaient simplifier cette situation, quitte à sacrifier des pans entiers de la continuité, supprimant des personnages dans la foulée. Fallait-il vraiment revenir à ça, surtout pour un résultat si piteux ?

Surtout que le sentiment qui domine à la fin de We are yesterday, c'est qu'il existe deux DC (trois en comptant la ligne Absolute, même si elle n'est pas citée ici) : celui de Waid, attaché à la continuité, voulant embrasser toutes ses facettes, et celui des autres auteurs phares de la maison, qui désirent visiblement et simplement développer leurs histoires ponctués d'events (prochain sur la liste, celui avec Superman).

Que Waid soit une encyclopédie vivante des comics (DC comme Marvel), c'est évident. Pourtant il n'a pas le statut d'architecte de DC, comme Marvel voulut en établir à une période (avec Hickman, Bendis, Brubaker, Fraction, Remender, Aaron). Ce n'est pas Waid qui donne le la. Et d'ailleurs en a-t-il l'envergure ? Ce n'est pas franchement un world-builder à la Hickman.

Comme pour sauver les meubles (ou ce qu'il en reste dans ce bazar), ce sixième et dernier chapitre est dessiné par Dan Mora. L'artiste, toujours aussi généreux (on vient d'apprendre qu'il ajoutait à son agenda déjà surchargé le dessin de la série Transformers, mais il a juré qu'en 2026 il ne garderait qu'une seule série, chez DC), se donne à fond.

Toutefois, à mon humble avis, tout son talent n'est pas bien exploité dans ces épisodes abondant en personnages qui se mettent sur la tronche. Mora a beaucoup d'énergie, mais son sens de la composition des plans laisse toujours à désirer et on sait que le passage obligé de ces crossovers consiste à enchaîner les planches de baston avec un maximum de figuration.

Et ça ne manque pas : c'est brouillon au possible. Mais surtout comment croire une seule seconde que cette Legion of Doom faite de bric et de broc va pouvoir résister à cette armada de super-héros ? Donc aucun suspense. Aucune intensité. Juste du tape-à-l'oeil et l'impression gênante que Mora est utilisé à toutes les sauces, y compris pour tenter de sauver les meubles dans ce naufrage. A force, ça va finir par se voir.

Tout ce que j'espère, c'est que la série sur laquelle il concentrera ses efforts en 2026 sera Superman et pas Justice Legue Unlimited même si DC et Waid feront certainement tout pour le garder sur JLU puisqu'il est quasiment le seul dessinateur à pouvoir produire un team book dans les délais actuellement, tout éditeur confondu.

J'ignore si je vais continuer Justice League Unlimited, qui va certainement devoir composer avec les conséquences de We are yesterday. A moins que Waid ne se ressaisisse franchement et n'écrive des histoires dignes de ce nom pour cette équipe. Mais je n'y crois guère. A part JSA, les team books sont un chantier en devenir chez DC.

jeudi 29 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 5 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #7 (Mark Waid / Travis Moore)


Grodd et sa Legion of Doom envoient les membres de la Justice League Unlimited à différentes époques du passé et du futur après avoir investi la Tour de Guet. Puis Grodd s'empare d'un fragment d'Apokolips à même de lui conférer la puissance de Darkseid. Mais une surprise l'attend...


Vous voulez une bonne nouvelle à propos de We are Yesterday ? C'est bientôt fini. Enfin... Ce sera fini dans un mois, avec la parution de Justice League Unlimited #8 le 25 Juin. Maintenant, on peut passer aux mauvaises nouvelles, mais sans s'appesantir parce que, bon, on va pas s'énerver encore une fois. Promis, je vais rester calme.
 

En fait, j'aimerai vous reparler de Brian Michael Bendis. C'est drôle comme on se prend à reparler d'auteurs qu'on ne lit plus depuis un bail, non parce qu'on a cessé de les aimer, mais simplement parce qu'ils n'écrivent plus rien qui vous tente. Peut-être que c'est ce qui pend désormais au nez de Mark Waid qui, avec We are Yesterday, aura grillé un paquet de cartouches.


Or, donc, Bendis. Quand je l'ai découvert avec New Avengers, série que j'adorai tant, j'intervenais beaucoup sur des forums dédiés aux comics et j'étais quasiment le seul à apprécier Bendis et ses New Avengers. La plupart des autres honnissait ce qu'il faisait des Avengers, sa narration décompressée, son mépris de la continuité, son manque de sense of wonder...


Pourtant, ceux-là même reconnaissaient à Bendis la qualité de ses travaux antérieurs. Parfois il s'agissait de comics comme Torso ou Jinx. Parfois de son run sur Daredevil. Mais New Avengers a été la série qui a divisé les fans et parfois les a dégoûtés de Bendis. Après ça, ils n'étaient plus disposés à lui passer quoi que ce soit. C'était la chasse, non pas au dahu, mais au Bendis.

Qu'il se soit agi de Moon KnightDefenders, Invincible Iron Man, Les Gardiens de la Galaxie, voire Ultimate Spider-Man (quand Miles Morales a remplacé Peter Parker), il n'y eut plus aucune indulgence pour Bendis. C'était devenu l'auteur sur lequel on se défoulait quand on ne l'aimait déjà pas beaucoup avant. Jusqu'à la caricature, soyons honnête.

Et cela fonctionnait dans l'autre sens. Pour des fans comme moi qui le défendaient malgré tout, en appréciant ses Moon Knight, Defenders, Iron Man, Les Gardiens de la Galaxie, Ultimate Spider-Man, le soutien devenait une ligne à garder, quand bien même parfois cela ne le méritait pas. Caricature contre caricature.

Un reproche qui revenait de manière régulière, c'était que Bendis, s'il était capable d'écrire des séries avec un héros, ne savait pas écrire de team books. Et après tout ce temps, je m'interroge sur la pertinence de cette remarque : y a-t-il vraiment des auteurs plus talentueux pour écrire des séries de groupes que des séries avec un héros principal ?

Si oui, alors il me semble que Mark Waid n'est pas si loin de Bendis dans la mesure où à chaque fois que j'ai lu un team book qu'il a signé, il m'a paru nettement moins bon que ses séries avec un personnage principal. Seule véritable exception : son run sur Fantastic Four avec le regretté Mike Wieringo (même si son absence de traitement de la femme invisible est aujourd'hui criant).

Or, depuis son retour chez DC, qu'a écrit Waid ? Majoritairement des team books. World's Finest ? Un team book (Batman, Superman, Robin et des guests à la pelle). Justice League Unlimited ? LE team book par excellence (et par excès). Et les events qu'il a pilotés ? Des team books encore.

Ce ne serait pas le seul avec Bendis à être ainsi affligé. Hickman ne brille pas particulièrement quand il doit s'occuper d'un héros en tête (cf. Ultimate Spider-Man actuellement ne brille que par intermittences). C'est un auteur jamais meilleur qu'avec des groupes, voire des légions de personnages (Secret Warriors, Fantastic Four, Avengers, X-Men). 

Claremont aussi était comme ça, magistral sur des groupes. Byrne aussi. Tandis que Miller restera à jamais l'auteur associé à Daredevil. Il existe des exceptions : Grant Morrison a été également inspiré sur des héros en solo (Animal Man, Batman) qu'avec des équipes de héros (Doom Patrol, JLA, New X-Men). Mais prenez Tom King : pourquoi n'a-t-il jamais écrit de team book ? Sûrement parce qu'il ne se sent pas d'en faire un, préférant nettement se concentrer sur un protagoniste.

Je crois que l'erreur initiale de Waid avec JLU, c'est sa manière d'animer cette armée de super-héros. Hickman a bien cerné les deux manières de gérer un effectif aussi massif : dans Avengers, le nombre était crucial pour affronter des menaces colossales. Dans X-Men, au contraire, il choisissait, un peu à la manière de la Force Mission : Impossible, des experts à chaque épisode pour résoudre un problème spécifique.

Waid, lui, ménage la chèvre et le chou et n'aboutit à rien de concluant. Comme la Justice League n'a jamais eu de leader réel (même quand un scénariste désignait untel ou untel chef d'équipe), il n'y a pas l'équivalent d'un stratège à qui tout le monde fait confiance comme Cyclope chez les X-Men ou Iron Man/Captain America chez les Avengers. Du coup, Waid suggère que celle qui dirige les troupes sur le terrain, c'est Wonder Woman, mais sans que ce soit non plus une désignation officielle.

Les menaces auxquelles a été confrontée la JLU jusqu'avec ce crossover ne légitime jamais son nombre de membres. Il y a au bas mot des dizaines de membres qui sont inutiles ou en tout inutilisés, juste là pour faire de la figuration, un peu comme cette scène dans cet épisode avec Ralph Dibny vite neutralisé.

Quand à une configuration d'experts choisis en fonction des missions à accomplir, elle se fracasse tout seule puisqu'il n'y a pas de chef-stratège pour désigner qui serait de sortie. Red Tornado dispatche les héros mais à chaque fois ils sont dépassés, ce qui la fout mal pour celui qui est censé choisir les plus compétents.

Voyez quelqu'un comme Mr. Terrific (dont une mini-série, Year One, débute cette semaine) : il pourrait être ce leader-stratège-dispatcheur. Sauf que visiblement ça n'a pas frappé Waid. Scott Snyder avait promu le Limier Martien comme chef d'équipe (une idée valable vu l'ancienneté du personnage et ses pouvoirs), mais après Absolute Power, il est trop diminué pour remplir la fonction.

La facilité avec laquelle Grodd et sa Legion of Doom en provenance du passé parvient à mettre en déroute la JLU, à infiltrer sa Tour de Guet (décidément une vraie passoire après ce qu'on a lu dans The Question : All along the Watchtower), rend tout le concept de la JLU pathétique. Non pas en tant que telle mais par rapport à ce qu'en fait Waid (ou plutôt : ce qu'il n'en fait pas).

Pour cette fois, on pourrait au moins se dire que c'est bien dessiné parce que c'est au tour de Travis Moore. Mais Moore, en vérité, a le même problème que Clayton Henry : c'est un dessinateur trop propre, trop sage, trop lisse, pour exprimer la tension d'une telle intrigue, des moments que le script dispense.

Le découpage manque cruellement de nerf, de puissance. On a l'impression d'observer des personnages réellement perdus alors qu'ils ont traversé des mésaventures si nombreuses qu'ils devraient être moins désemparés que ça. Waid nous prive encore une fois d'affrontements qui éprouveraient aussi bien les héros que leurs adversaires et seul Grodd paraît l'intéresser suffisamment alors que la Legion of Doom est une machine de guerre dysfonctionnelle prompte à générer des péripéties.

Quand arrive la dernière page de l'épisode, ce n'est pas un sentiment positif qui nous étreint mais une forme de soulagement par anticipation car c'est bientôt fini. Mais n'en est-il pas de même pour la série elle-même ? Car comment se relever d'un crossover aussi pitoyable ? Comment Waid peut encore nous faire croire qu'il a les capacités à en faire une série captivante ? Même si les héros gagneront à la fin, je crains que ça ne suffise pas cette fois : leur scénariste, lui, sera vaincu.

jeudi 22 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 4 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST #39 (Mark Waid / Clayton Henry)


(Grosso modo : ) Robin (du passé) surgit dans la TOur de Guet (de nos jours), ce qui surprend Batman et Superman mais aussi Nightwing (qui passait opportunément par là). Nightwing serre la main de Robin (donc de lui-même) et... se trouve propulsé dans le passé avec Superman et Batman... Dont les versions du passé se retrouvent du coup de nos jours... (j'ai mal à la tête...)
 

Bon, OK? c'est pas gentiment résumé, mais que voulez-vous que je vous dise ? Ces histoires de voyages dans le temps, de personnages déplacés d'une époque à l'autre avec les versions passées qui arrivent dans présent quand celles du présent sont envoyés dans le passé... C'est proprement imbuvable et impossible à résumer sérieusement.


Mais, pourtant... Il y a pire que ça. Et c'est quand c'est mal écrit. Et cet épisode est un festival de ce point de vue. Parce que, enfin, dans une situation pareille, normalement, on doit être surpris, tendu, ou si ce n'est pas nous, ce doit être les personnages, complétement déstabilisés par ce qui leur arrive. Sauf que là... Non.


Mark Waid traite sa propre intrigue par-dessus la jambe, il a l'air de s'en foutre à un point à peine croyable. C'est pourtant pas comme si on lui avait commandé d'écrire ce crossover : non, il est aux manettes des deux séries concernées, il est en train d'écrire une mini New History of the DC Universe (qui doit tout remettre dans l'ordre), il a la confiance de son éditeur...


Mais c'est comme s'il sabotait lui-même son projet ! Je l'ai déjà dit : We are Yesterday manque cruellement de rythme, mais il souffre aussi d'une absence totale d'intensité et je crois que c'est encore plus affligeant pour une histoire qui est censée bouleverser ses héros sur deux époques et avoir des répercussions dans les mois à venir sur la série Justice League Unlimited.

Je ne vais pas non plus feindre l'étonnement : ce crossover, je ne le sentais pas. Il arrivait bien trop tôt pour Justice League Unlimited et je me demande comment Waid va s'y prendre pour expliquer que ça ne laissera aucune trace dans World's Finest (dont le principe repose quand même sur le fait que ce qui s'y passe n'entraîne pas de retcon).

Mais surtout, ce qui m'inquiète davantage, parce que je suis JLU, c'est quelles conséquences pour cette série ? Parce que si c'est pour partir dans des retombées multiverselles, voire omniverselles, alors là, no way. Déjà, le multivers, c'est chiant. Mais alors l'omnivers, ça, c'est vraiment le truc le plus stupidement dispensable que DC a permis.

Encore une fois, je me trouve à ne pas partager l'exaltation de certains fans qui trouvent que depuis son retour chez DC Waid a renoué avec son meilleur niveau. Evidemment, World's Finest, c'est fun. JLU, c'est pas mal. Mais les events qu'il a signés sont calamiteux (Batman vs. Robin, Lazarus Planet, et We are Yesterday).

C'est tout de même très loin de ce qu'il a accompli sur Fantastic Four, Daredevil. Même son (début de) run sur Avengers (en 2016) avec l'histoire Kang War était mieux exécuté que ce jeu de chaises musicales assorti de jokes pas drôles. C'est incontestablement un grand connaisseur de l'histoire des comics (aussi bien Marvel que DC), sauf qu'il ne le prouve pas ici.

En vérité, on se contrefiche de ce qui se passe parce que rien n'a l'air grave et surtout on n'a pas jamais le sentiment que ça va bouleverser quoi que ce soit. Ou alors pas en bien (si on se fie aux couvertures de Dan Mora, la perspective de revoir le Batman-qui-rit, franchement qui en a envie ?). Non, le Mark Waid que j'aime n'est pas là mais dans Batman and Robin : Year One (et ça tombe bien, la série reprend cette semaine, critique à suivre).

Ajoutez à ça que, pour ménager Dan Mora (à moins que Dan Mora n'ait pas voulu être mêlé à ce désastre...), DC a fait appel à des dessinateurs loin de compenser la faiblesse du script. Clayton Henry est un artiste propre, mais qui n'apporte rien : c'est plat, c'est mou. La seule qualité, c'est que c'est lisible, facile, abordable. Mais quelle déception là encore !

C'est une grosse semaine en termes de sorties et c'est très contrasté de ce que j'ai déjà lui, avec du pas terrible jusqu'au fabuleux. La moyenne reste très bonne, mais je l'avoue, j'ai commencé par World's Finest en espérant un sursaut. Celui-ci ne s'étant pas produit, j'ai voulu écrire cette critique comme pour me débarrasser d'une corvée. 

vendredi 2 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 3 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 (Mark Waid, Christopher Cantwell, Morgan Hampton / Dan McDaid, Clayton Henry)


- BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 - Dans le passé, Gorilla Grodd a assemblé la Legion of Doom et explique à ses membres son plan pour vaincre la Justice League. Pour cela, ils doivent dérober plusieurs engins leur permettant de voyager dans le futur mais sans que les héros de l'époque ne s'en doutent...


Bon, on ne va pas se le cacher : ce crossover entre World's Finest et Justice League Unlimited ne tient vraiment pas ses promesses. On est arrivé à mi-parcours et l'histoire n'a toujours pas décollé, on est toujours dans la phase d'exposition et d'explication et ça commence franchement à devenir long, laborieux et ennuyeux.


Vous avez déjà dû lire que, depuis son retour chez DC, Mark Waid a retrouvé des couleurs perdus à la fin de son bail chez Marvel (où il était en conflit ouvert avec plusieurs editors). Et c'est vrai qu'il semble plus heureux, ayant renoué avec la confiance de ses employeurs et bénéficiant de collaborateurs qui le stimulent.
 

Mais le bilan n'est pourtant pas, objectivement, si fabuleux. S'il a bien donné le change avec Batman / Superman : World's Finest, celui qui en a le plus profité, c'est bien Dan Mora qui y a gagné ses galons de superstar. A côté de ça, Waid s'est ramassé sur Teen Titans : World's Finest, un spin-off calamiteux, et a aligné des events comme Batman vs Robin, Lazarus Planet et Absolute Power décevants au bas mot.

Waid se montre certes très productif, mais son travail trahit un manque d'inspiration et une nostalgie, voire un passéisme qui deviennent terriblement lourdingues. Quand il partage réellement avec un artiste comme Chris Samnee sur Batman and Robin : Year One, là, oui, c'est jubilatoire, sans doute parce que Samnee sollicite surtout Waid pour l'aider à développer des scénarios, à les mettre en forme, à les dialoguer.

Mais en dehors de ça, il faut bien avouer que Waid ne tient qu'à son savoir-faire, sa connaissance encyclopédique de l'univers des comics (aussi bien chez Marvel que chez DC), sans dépasser cela par des idées audacieuses. En somme, Waid, aujourd'hui, fait un peu son âge, celui de ces seniors qui chez Marvel sont cantonnées à des récits situés dans le passé mais sur lesquels DC s'appuie pour donner une cohérence à leur univers.

C'est particulièrement flagrant quand on lit cet Annual de World's Finest sur lequel Waid est assisté de Christopher Cantwell (sans qu'on sache très bien qui ce qu'il apporte). Comme je le disais plus haut, l'intrigue de We Are Yesterday n'a toujours décollé et les deux auteurs en sont encore à nous expliquer en détail le plan de Grodd pour vaincre la Justice League.

Le souci, c'est que ces explications sont affreusement barbantes, avec les vols d'engins permettant à la Legion of Doom de voyager dans le temps. Les histoires de voyage dans le temps sont souvent accablantes par leur volonté de justifier les motivations de ceux qui les font et pour tenter de nous faire croire que non, ça n'aura aucune conséquence (alors qu'on sait très bien que c'est le contraire).

Rien ne fonctionne ici : la Legion of Doom qu'on suit ici est composé d'individus tellement psychopathes qu'on ne peut croire qu'ils puissent travailler en équipe et quand ils font l'effort de suivre les ordres, leurs actions sont poussives au possible, sans aucun rythme, sans aucun suspense. Réunir des méchants iconiques pour en faire le groupe ultime de vilains n'est pas une bonne idée.

Grodd apparaît donc comme un gorille particulièrement stupide en recrutant le Joker ou Bizarro, et on n'arrive pas admettre que Lex Luthor en particulier ne va pas le trahir. L'Epouvantail ou Black Manta font de la figuration, Sinestro n'est là que pour éclaircir une scène, Cheetah est sacrifiée, Captain Cold ne sert à rien. C'est vraiment n'importe quoi.

En comparaison de la Legion of Doom que Scott Snyder avait assemblée dans son run sur Justice League, celle-ci fait peine à voir et on ne doute pas une seconde que leurs manigances va aboutir à un échec cinglant... Pareil à ceux que Grodd reproche à ses alliés d'avoir trop souvent connus ! C'est risible, mais pas marrant.

Par ailleurs, bien que Dan McDaid soit un dessinateur intéressant, la copie qu'il rend est indigne de lui et de ce projet. On sent clairement que tout ce salmigondis ne l'intéresse pas le moins du monde et sa mise en images est souvent d'une telle laideur, avec des compositions traitées par-dessus la jambe, qu'on se demande s'il n'a pas voulu communiquer son ennui.

C'est bien simple : il n'y a rien à sauver dans ce naufrage. We Are Yesterday est en train de virer à la catastrophe total. Je ne crois absolument pas qu'on va assister dans les trois prochains chapitres à un redressement spectaculaire. Waid en fait trop en écrivant trop de trucs à la fois, à la chaîne, tout en réussissant, un comble, à ne pas en faire assez pour rendre cette lecture ne serait-ce qu'agréable.

*

- THAT'S THE WAY OF THE WORLD - Comment et pourquoi John Stewart est devenu un Green Lantern alors que qu'il s'y était d'abord refusé...


Cet Annual est complété par un segment dont je ne m'explique pas la présence. Morgan Hampton écrit les origines soi-disant définitives sur John Stewart, le deuxième Green Lantern terrien après Hal Jordan. Je ne savais pas que c'était nécessaire. Mais je ne sais surtout pas ce que ça vient faire là, quelle est l'utilité de cet appendice. 


A moins que John Stewart soit destiné à jouer un rôle crucial pour la suite de We Are Yesterday et que ses origines comme Green Lantern nous instruise sur l'importance de son rôle, rien ne justifie ces quelques planches. Ce n'est même pas que c'est mal écrit, c'est transparent, ça n'apporte rien au personnage (sinon une épaisse couche de pathos).

Clayton Henry illustre tout ça avec soin, mais c'est le moins qu'on puisse attendre de lui.

C'est réellement une curiosité. Mais c'est surtout complètement dispensable.

vendredi 25 avril 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 2 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #6 (Mark Waid, Christopher Cantwell / Travis Moore)


De nos jours. Gorilla Grodd est investi des pouvoirs du Limier Martien et s'en sert pour planifier son attaque contre la Justice League. Pour cela, il va corrompre Air Wave à qui il va faire croire que les héros n'en sont pas. Puis, grâce à son moi passé qu'il contacte, il recrute les membres de sa nouvelle Legion of Doom...


Pour ce deuxième volet du crossover We Are Yesterday, l'histoire se poursuit de nos jours dans les pages de la série Justice League Unlimited. Vous remarquerez que Mark Waid reçoit le renfort de Christopher Cantwell et ce dernier n'est pas venu pour faire de la figuration puisqu'il est crédité comme co-auteur de l'intrigue (tandis que Waid assure seul la rédaction du script).


Sur la forme, cet épisode n'est rien d'autre qu'un long flashback mettant encore une fois au premier plan Grodd. Waid et Cantwell rebondissent sur les répercussions d'Absolute Power, ce dont on ne peut se plaindre puisque ce n'est pas si fréquent qu'un event soit exploité des mois après sa parution.


L'élément dont Waid et Cantwell se servent, c'est le fait que des super-héros ont perdu tout ou partie de leurs pouvoirs sans savoir qui en a hérité. On sait que le Limier Martien a notamment perdu ses capacités télépathiques et il se trouve que c'est Grodd qui les a récupérés. C'est pratique, un peu facile je vous l'accorde, mais bon, ne chipotons pas.


Là où je suis plus réservé, c'est sur la suite. Alors que j'aurai apprécié que l'épisode montre davantage la formation de cette nouvelle Legion of Doom, c'est totalement relégué au second plan. Bon, ce sera peut-être plus développé dans l'Annual de World's Finest qui sort Mercredi prochain, mais ça me semble en tout cas nécessaire vu la bande de psychopathes ici réunie.

Waid et Cantwell se concentrent donc surtout sur la corruption de Air Wave pour justifier qu'il trahisse ainsi la Justice League depuis sa formation. Et, ce qui est étonnant, c'est que les deux scénaristes n'ont pas choisi la simplicité. Alors qu'avec ses nouveaux pouvoirs, Grodd aurait pu facilement laver le cerveau de ce jeune héros, il en va tout autrement.

Les efforts de Grodd paraissent du coup exagérément soutenus pour abuser de Air Wave à qui il fait croire que les héros n'en sont pas et qu'ils méritent donc d'être corrigés. Mais surtout le portrait qui est fait de Air Wave en fait un jeune homme pas seulement gentiment naïf et influençable mais passablement benêt (pour ne pas dire complètement stupide et je reste poli).

Déjà que le personnage sortait un peu de nulle part et ne suscitait pas la sympathie puisque le lecteur savait qu'il était un espion, autant dire que son sort ne s'améliore guère dans cet épisode et, sans trop spoiler, ce qui va lui arriver ne nous émeut pas franchement. Je me demande quand même si Waid, en particulier, n'a pas raté sa cible.

Parce que, imaginons qu'il ait pris un personnage plus important, auquel les fans soient immédiatement plus attachés pour être le traître manipulé par Grodd par des moyens qui plus est plus simples, alors l'émotion et le suspense auraient été bien percutants. Dommage.

Je peux paraître un peu difficile, mais en fait si ce crossover n'est pas non plus mauvais, il manque de piment. Tout ça est trop évident. La première partie, la semaine dernière, dans World's Finest #38 ne ressemblait déjà pas vraiment à un départ canon, et cette deuxième partie continue d'exposer la situation de manière assez molle alors que pour une histoire en six chapitres, ça devrait aller plus vite, plus fort.

Et puis, soyons honnêtes, même avec ce Grodd augmenté, et cette nouvelle Legion of Doom, on ne sort pas des sentiers battus. Waid est pourtant un auteur qui a su prouver son habilité pour donner aux héros des adversaires inattendus. Et honnêtement, malgré son envie de faire de Grodd un méchant redoutable, on a du mal à voir autre chose qu'un super gorille avec un gang de vilains suremployés.

J'espère me tromper et que la sauce prenne, que tout le projet devienne plus savoureux, épicé. Mais ce n'est pas non plus visuellement une folie. Travis Moore est un artiste très élégant, mais je ne le trouve pas à sa place sur un crossover qui se veut ambitieux et punchy. C'est trop propre, trop sage, pas assez musclé.

Je peux comprendre qu'on ait, chez DC, voulu laisser Dan Mora souffler un peu avant le final (dans lequel Waid a promis une double page avec pas moins de 800 personnages - ! - qui montrera que la Justice League est vraiment Unlimited), mais c'est dommage de ne pas avoir mis là-dessus des artistes un peu plus toniques que Clayton Henry et Travis Moore.

Bref, ce n'est pas désagréable du tout, mais c'est plat. Croisons les doigts pour que l'Annual de World's Finest (qui ne sera finalement pas dessiné par Henry mais par Dan McDaid au passage) change la donne.

samedi 19 avril 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 1 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST #38 (Mark Waid / Clayton Henry)


Le passé. Clark Kent couvre le test d'un avion de chasse conçu par les entreprises de Bruce Wayne et piloté par Hal Jordan. Mais l'essai aboutit à un crash au-dessus de Gorilla City en proie à une insurrection menée par Gorilla Grodd. Flash est appelé en renfort car la situation va rapidement dégénérer... 


J'avais dit dans ma critique de Justice League Unlimited #5 que je pensais plutôt attendre la fin de la parution de ce crossover avec Batman/Superman : World's Finest pour le lire d'une traite, en dire tout le bien (ou le mal) que ça m'aurait inspiré et sans doute décider si j'allais continuer de suivre JLU.


Donc, j'ai acheté ce numéro 38 de World's Finest avec le projet de le garder au chaud... Mais en vérité je n'ai pas résisté à la tentation de le lire et comme ça m'a plutôt bien plu, j'ai choisi de revenir sur mes intentions initiales et de suivre ce crossover en temps réel. Cette affaire va donc nous conduire jusqu'au 25 Juin, date de parution de Justice League Unlimited "8 et conclusion de We Are Yesterday.


We Are Yesterday comptera six parties, déclinées ainsi : World's Finest #38 (sorti ce Mercredi 16 Avril), Justice League Unlimited #6 (qui sortira Mercredi 23 Avril), World's Finest Annual 2025 (le Mercredi 30 Avril), World's Finest #39 (le Mercredi 21 Mai), Justice League Unlimited #7 (le Mercredi 30 Mai) et #8 (le Mercredi 25 Juin).


Mark Waid écrit l'intégralité des épisodes (avec le renfort de Christopher Cantwell pour World's Finest Annual 2025). Clayton Henry dessine les épisodes de World's Finest et Travis Moore ceux de Justice League Unlimited (sauf le dernier, le #8, qui verra le retour de Dan Mora sur le titre). Voilà pour les crédits et l'ordre de lecture.

We Are Yesterday se déroule donc sur deux époques. World's Finest est une série dont l'action se situe au tout début des aventures communes de Batman et Superman et donc au début de la formation de la Justice League. Justice League Unlimited se situe de nos jours. Mark Waid n'a jamais voulu précisé combien d'années séparaient les histoires des deux séries, donc chacun appréciera.

Le vilain principal de ce crossover est Gorilla Grodd (Grodd tout court pour les intimes), un singe supérieurement évolué, originaire de Gorilla City en Afrique équatoriale. C'est un ennemi attaché à l'univers de Flash, même s'il ne fait pas partie des Rogues (les Lascars en vf). Mark Waid dit l'avoir choisi comme antagoniste car il trouvait que son potentiel n'avait jamais été exploité à ce niveau.

Attention ! Spoiler ! Enfin, spoiler, c'est vite dit puisque tout était indiqué sur la couverture de Justice League Unlimited #5 : la Legion of Doom sera aussi de la partie, avec pour membres Lex Luthor, l'Epouvantail, Black Manta, Bizarro, Sinestro et Captain Cold. Et là, si vous suivez la série Superman de Joshua Williamson, un détail doit vous intriguer...

Lex Luthor !?! Mais il est l'allié de Superman actuellement ! Oui, sauf que, c'est ce qu'on comprend dans cet épisode de World's Finest (même si on n'y voit pas Luthor), le voyage dans le temps est la clé de l'intrigue de Waid. Et donc on va avoir deux Lex Luthor et autant de doublons des membres de cette Legion of Doom, tous venus du passé.

Je suis un peu obliger de divulgâcher l'histoire de cet épisode mais en même temps vous l'aurez sûrement facilement deviné : à la fin, Grodd est vaincu et enfermé dans une cellule de Gorilla City sur ordre du roi Solovar qu'il a voulu détrôner. Et c'est ainsi qu'il va recevoir la visite de son moi futur, qui est à l'origine de tout.

Depuis que la JLU est opérationnel, elle a eu affaire à une mystérieuse organisation, responsable de catastrophes et possédant toujours un coup d'avance, Inferno. A la fin de JLU #5, on découvrait que Inferno était la Legion of Doom rassemblée par Grodd, qui a attiré ses membres en les extrayant du passé. Et pour ce faire, il a possédé le Grodd du passé. Vous suivez ?

Oui, les voyages dans le temps, c'est toujours un peu compliqué et bien que les scénaristes de comics sont les premiers à rappeler constamment qu'ils peuvent bouleverser la continuité, ça ne les empêche pas d'y avoir fréquemment recours. Mais comme Waid est un véritable encyclopédiste des comics, on va lui faire confiance pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis.

Ce qui surprend en fait dans cet épisode, c'est qu'il ne fait pas penser au début d'un crossover. Il pourrait très bien se lire comme un numéro ordinaire de World's Finest et Waid aurait très bien pu en faire l'amorce d'une histoire à venir dans cette seule série. On est donc intrigué par sa volonté d'impliquer la JLU et l'époque actuelle. Et quand on découvre les couvertures connectées du crossover par Dan Mora, on remarque que Waid va aller très loin (je vous renvoie là encore à ma critique de JLU #5)...

Clayton Henry se charge donc des dessins (ce qui permet à Adrian Guttierez, l'artiste habituel de World's Finest, de souffler quelques mois). J'aime bien ce qu'il fait même si pendant longtemps le suivre a été très frustrant, notamment quand il officiait chez Valiant Comics où il a à peu près tout dessiné, surtout les débuts de séries avant de laisser sa place.

Mais, depuis qu'il est revenu chez DC, il paraît avoir à coeur de prouver qu'on peut compter sur lui mensuellement. Ce n'est pas difficile d'apprécier son style, avec un trait sobre, un découpage qui va à l'essentiel. C'est un artiste expérimenté, qui connait bien tous ces personnages, et donc il n'a aucun mal à les animer. Son association avec Waid fonctionne parfaitement.

L'avantage d'un crossover sur un event, c'est qu'on n'a pas à se taper de tie-in, tout est à lire dans deux séries ici, et comme il n'y a qu'un seul auteur, on peut être certain qu'il ne sera pas parasité par un collègue qui aurait des velléités différentes. Bien entendu, à la fin de cet épisode, impossible de savoir si We Are Yesterday sera réussi, mais au moins, c'est efficace, accrocheur, divertissant.

La suite, Mercredi prochain !