vendredi 3 avril 2026

CATWOMAN #85 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Absente depuis des mois de Gotham, Selina Kyle y revient. Sa présence est vite remarquée et notifiée à Roman Sionis/Black Mask qui la fait suivre. Holly Robinson demande l'aide de Catwoman pour de l'argent et Carmine Falcone la sollicite pour casse audacieux au commissariat central...


Ce numéro était caché depuis depuis deux semaines sous ma pile à lire et je l'ai donc lu pour vous en faire la critique. A vrai dire, j'ai acheté cet épisode qui démarre un nouvel arc avec l'espoir que, cette fois, ce serait la bonne. Car depuis qu'elle écrit Catwoman, la scénariste Torunn Gronbekk a joué de malchance tout en gagnant sa place chèrement.


Elle en a effet pris le titre en main en Octobre 2024 au #69 et elle était très bien accompagnée par la dessinatrice italienne Fabiana Mascolo. Mais patatras ! après deux épisodes, cette dernière a quitté la série sans explications. Lui ont succédée Marianna Ignazzi, Patricio Delpeche, Danilo Beyruth sans me convaincre de replonger.


Mais cette fois, on dirait que DC a trouvé (enfin !) un dessinateur à la hauteur, régulier et plus solide que ses prédécesseurs, le revenant Davide Gianfelice. Lui aussi est italien et son style émule celui des grands comme Gigi Cavenago, ce qui n'est pas pour me déplaire. Surtout il a l'expérience qui manquait aux autres et cela se sent dans ses planches.


Torunn Gronbekk se lance dans une intrigue qui est vraiment un excellent point d'entrée : après avoir éloigné Catwoman de Gotham, elle la rend à la cité et la replonge tête la première dans un vol audacieux et spectaculaire tandis qu'en coulisses Black Mask et une mystérieuse femme, hors champ, conspirent ensemble pour l'attaquer en visant ses proches.

On peut donc vraiment y aller sans avoir rien lu de ce qui a précédé. Rien ne dit que ce sera génial car Gronbekk est une scénariste qui n'a jamais vraiment brillé mais qui a aussi dû composer avec des missions périlleuses (comme remplacer au pied levé Donny Cates sur toute la fin de son run sur Thor). Toutefois, elle écrit Catwoman depuis plus de 20 n° maintenant et DC lui fait confiance.

Par ailleurs elle ne se sert pas de la série ni de son héroïne pour faire passer un message féministe, préférant se concentrer sur Selina Kyle, la femme fatale, la voleuse, l'amie loyale. Le fait que Black Mask soit lui aussi remis au premier plan ne peut que ravir le nostalgique de la période Brubaker quand il écrivit une saga restée dans toutes les mémoires au début des années 2000.

Gianfelice illustre ça avec beaucoup de tonus, ses planches ont cette énergie que les italiens maîtrisent souvent mieux que quiconque, transformant le script en un page turner redoutable, d'un trait souple. Sa Catwoman est peut-être un peu trop pulpeuse, mais laissons-lui le temps de se faire la main et surtout espérons qu'il est là pour un bon moment car il la représente impeccablement.

Et puis, en cas de réussite, cela fera la paire avec Black Cat chez Marvel, qui semble finalement ne pas être annulée...

JSA #18 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


La JSA se forme enfin lorsque tous ses membres comprennent qu'ils ne peuvent gagner qu'ensemble contre Ultra-Humanite et ses acolytes...


Ce 18ème épisode conclut donc l'arc Year One de JSA et le moins qu'on puisse dire est que ça aura été laborieux. Au bout de six mois, Jeff Lemire assemble enfin l'équipe dont les héros admettent qu'ils ne pourront venir à bout de leurs ennemis qu'ensemble. C'est le propre de toutes les équipes de super héros, mais c'est amené sans inspiration, sans souffle.


Comme j'ai déjà exprimé mon insatisfaction à plusieurs reprises sur cette histoire et la manière dont le scénariste l'a conduite, je ne vais pas me répéter. C'est un ratage dans les grandes largeurs mais d'abord parce que Jeff Lemire n'a su, à aucun moment, justifier la nécessité de raconter ce qu'il nous a livrés. Et c'est bien connu, quand on n'a rien à dire, on ferme sa g....


Passe encore qu'il ait voulu réviser les circonstances dans lesquelles les membres de la JSA ont décidé de former un groupe, mais encore eut-il fallu l'écrire avec un peu d'intensité. Or ce qui a cruellement fait défaut aussi à ces six épisodes, c'est bien cette absence de rythme, d'énergie -  ce qui maintient le lecteur en éveil, lui donne envie de lire le prochain numéro.


Surtout, et pour en finir sur ces points narratifs, on aurait pu croire que revenir sur les origines de la JSA contiendrait quelque chose pour une histoire à venir, comme si, dans le passé, se trouvait un élément à exploiter pour la série. Mais ça n'a même pas été le cas, d'où ce sentiment de remplissage, d'un arc pour meubler avant de revenir aux affaires courantes.

La vérité, c'est que DC, dans une production globale de qualité, a un problème avec ses team books : Justice League Unlimited semble n'être qu'un vaisseau supportant les events (la série étant elle-même issue de l'un d'eux, Absolute Power) et Mark Waid n'utilisant que très peu le potentiel de ce qu'une telle série permet (avec des héros tous réunis sous la bannière de la Justice League).

Titans a également beaucoup de mal à décoller : Tom Taylor n'en a rien fait, John Layman a produit un grand arc inégal mais efficace avant de céder sa place récemment à Tate Brombal qui procède à une redistribution des rôles. Birds of Prey a été annulée après avoir sombré péniblement. Le bilan est tout de même désastreux.

Je ne pense pas continuer à suivre JSA même si le prochain arc revient au présent, avec le retour du Spectre et celui du dessinateur Diego Olortegui (mais qui, on le sait, ne peut enchaîner les épisodes comme Dan Mora sur JLU). Jeff Lemire m'a découragé avec Year One, je ne pense pas qu'il soit l'homme de la situation pour cette série à cause de sa gestion du casting et de ses intrigues.

L'échec de cette histoire revient aussi à Gavin Guidry. Sans vouloir l'accabler davantage alors qu'il est devenu entre temps le nouvel artiste de la série Flash (reprise par le scénariste Ryan North), il résume bien le problème des team books en général chez DC (mais pas que), à savoir qu'il est devenu très dur de trouver un artiste capable de soutenir ce genre d'exercice.

Bien sûr, il y a le talent et Guidry, sans en manquer, me semble surtout trop tendre, encore en progrès. Mais DC n'a pas, à l'exception de Mora donc, quelqu'un en mesure de livrer des épisodes avec une série de ce calibre. Désormais les editors doivent avoir au moins deux dessinateurs en alternance sur un team book sinon c'est un défilé de fill-in. (Marvel est confronté au même problème.)

Quand James Robinson et David Goyer puis Geoff Johns écrivaient JSA puis Justice Society of America, ils avaient à leur disposition des Stephen Sadowski, Leonard Kirk, Peter Snejbjerg, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin, Jerry Ordway, c'est-à-dire soit des artistes très solides et réguliers, soit moins rapides mais complémentaires.

Tout cela, ces six épisodes l'ont démontré : la nécessité de trouver au moins deux dessinateurs de qualité équivalente se partageant le tâche, l'urgence pour Lemire de raconter des histoires plus compactes et inspirées, et le besoin pour DC de se pencher sérieusement sur ce qu'ils ambitionnent pour leurs séries d'équipe.

jeudi 2 avril 2026

DAREDEVIL #1 (Stephanie Phillips / Lee Garbett)


Matt Murdock s'est reconverti en professeur de Droit à l'Empire State University où il enseigne à ses élèves les subtilités des contrats. Il a pour collègues Sari Ellison, spécialiste en éthique, et James, qui l'a recommandé - même si celui qui l'a employé est en vérité Harlan Vale, un magnat de la tech... Sans qu'il sache pourquoi. L'inspecteur Forte du NYPD enquête sur le meurtre d'un passager du métro...


C'est un peu, en tout cas pour moi, l'événement de la semaine : le lancement d'un nouveau volume de Daredevil. Depuis le run de Chip Zdarsky, j'avais arrêté de suivre les aventures du diable de Hell's Kitchen. Ou plus exactement, j'avais arrêté après avoir lu les deux-trois premiers épisodes écrits par Saladin Ahmed.


Vous ne trouverez pas grand-monde pour défendre le travail de Ahmed et donc Marvel semble avoir voulu laisser passer quelques mois (depuis Septembre 2025) pour réfléchir au moyen de reconquérir les fans. Ce n'est pas si fréquent, mais finalement l'éditeur a confié la tâche à Stephanie Phillips (seulement la deuxième femme à écrire le titre) et à Lee Garbett.


On pense avec un combo pareil à l'association Ann Nocenti-John Romita Jr.-Al Williamson. Mais il faudra quand même attendre pour savoir si la nouvelle équipe se hisse à ce niveau (et ce n'est pas une petite affaire). Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser que ça ne pourra pas être pire que ce qu'a commis Ahmed.


J'ai un bon a priori sur Phillips car j'ai beaucoup aimé ses séries en creator-owned, Grim et Red Before Black. Je connais moins son travail mainstream, mais elle a un enthousiasme communicatif et elle a vraiment fait une grosse campagne sur les réseaux sociaux pour séduire les lecteurs. Quand à Garbett, c'est un artiste que j'apprécie beaucoup et qui me semble taillé pour le job.

Comme Phillips a donc beaucoup fait de pub en amont, on sait déjà avant d'ouvrir ce n°1 ce qu'elle ambitionne : un nouveau vilain, qui cible non pas Daredevil mais Matt Murdock, qui s'appelle Omen. On ne voit pas (pas encore) Foggy Nelson ou d'autres visages familiers (Cole North ? Kristen McDuffie ? Le Caïd ?) et le récit en joue habilement.

Matt est devenu prof de Droit dans une université et on sent que la scénariste a buché son sujet puisqu'il instruit ses élèves sur les contrats (dieu sait que les créateurs de comics sont bien plus soucieux de ça aujourd'hui qu'autrefois). Il a une jolie collègue, Sari Ellison, mais qui ne s'en laisse pas conter (et d'ailleurs Matt se montre maladroit en disant avoir accepté le poste en espérant être recruté par un cabinet).

Et il y a James, un ami également enseignant qui l'a recommandé mais qui lui confie que s'il a été engagé, c'est parce qu'un certain Harlan Vale a insisté pour cela. Phillips pique notre curiosité (et celle de Matt) car on se demande pourquoi un magnat de la tech a fait cela alors que Murdock ne le connait pas.

Le troisième personnage inédit est un inspecteur de police nouvellement affecté à New York, Forte. Il enquête sur le meurtre d'un passager du métro à qui on a retiré les yeux. Evidemment le symbole, lugubre, renvoie à la cécité de Matt et on se doute que le tueur va croiser Daredevil. Serait-ce ce fameux Omen ? Peut-être. Ou pas. Car celui-ci donc en veut à Matt et pas à DD (même s'il les sait liés).

L'épisode présente donc pas mal d'éléments et nous gratifie même de trois belles scènes d'action pour ponctuer l'ensemble. Sur tous les tableaux, Lee Garbett affiche ses compétences : les bastons sont bien chorégraphiées, il a conservé le design du costume rouge de DD mais avec le côté spandex, et quand il représente Matt, la référence à Romita Jr.-Williamson est évidente (c'est loin d'être un reproche).

Phillips et Garbett fonctionnent très bien ensemble, on sent qu'ils partagent la même vision du personnage, de la série. C'est assez dense pour régaler le lecteur qui apprécie un épisode d'introduction qui survole les choses sans les rendre superficiels (chaque élément est là pour la suite) et en même temps, c'est très fluide, très dynamique.

A l'évidence, le titre ne veut pas s'inscrire dans un aspect trop sinistre (même si le meurtre du passager du métro est horrible). Disons que le graphisme de Garbett agit un peu comme celui de Samnee avec Waid : il évite de sombrer dans le noir profond. Toutefois, Phillips ne cache pas que ses plans sont ambitieux (la première page est un teaser à la fois mystérieux et inquiétant).

Et finalement c'est tout ça qui intrigue et accroche. On est happé sans mal, ça a de la gueule mais sans prétention. Il y a un vrai souci de reconquête des fans et une volonté affichée de proposer quelque chose de consistant et de singulier. Commencer ainsi témoigne d'un vrai aplomb, surtout sans passer par les cases prévisibles (Foggy, Fisk, etc.) : en bref, ça sent plutôt bon.

mercredi 1 avril 2026

VENOM #256 : DEATH SPIRAL #6 (of 9) (Al Ewing / Carlos Gomez)


Torment est à la porte de l'appartement de Paul Rabin et il va tuer Dylan Brock. Paul s'interpose et tente d'atteindre le tueur avec un couteau de cuisine, mais il est vite désarmé et poignardé. Dylan prend la fuite alors que Venom, Spider-Man et Carnage surgissent pour arrêter Torment...


Le deuxième acte de ce crossover s'achève sur un twist qui, bien que prévisible, reste tout de même très efficace. Mais avant cela, l'épisode en lui-même est redoutable tant il est supérieur à ce que font Joe Kelly avec ou sans Charles Soule. Al Ewing domine de la tête et des épaules ses deux confrères comme si c'était lui le vrai chef d'orchestre de cette histoire.


A quoi voit-on ça ? C'est simple : l'épisode défile à toute allure, il se lit donc vite, mais en même temps il a une densité que les autres n'ont pas. Plusieurs événements se succèdent et tiennent le lecteur en haleine, le récit ne sacrifie personne ni aucune situation - au contraire : il les exploite tous avec intensité, de sorte qu'on achève sa lecture repu.


C'est seulement le deuxième épisode de Venom dans ce crossover et pourtant à chaque fois on observe à quel point la série de Al Ewing survole celle de Joe Kelly (Amazing Spider-Man). J'entends bien que ça ne plait pas à tout le monde que Mary Jane Watson soit le nouvel hôte de Venom, et pourtant Ewing réussit à imposer ce fait avec intelligence et à exploiter la spécificité.


Ici, par exemple, Mary Jane n'apparaît pas, seul Venom est à l'image tout du long, mais entre ce qui arrive à Paul Rabin et ce qui arrive à Dylan Brock, le binôme MJ-Venom rend chaque situation plus personnelle, plus puissante. Et on comprend alors pourquoi ce n'est pas une mauvaise idée - une idée curieuse, étrange, improbable : oui. Mais pas mauvaise.

Si on devait minuter l'action de cet épisode, cela tiendrait en quelques minutes à peine. Ewing ne s'arrête pas en route pour que ses personnages bavardent sur ce qui est en train de se passer : il file tout droit, fait avancer l'intrigue, accumule les péripéties. Et c'est imparable : le rythme est haletant, on n'a pas le temps de réfléchir.

La réflexion, la prise de conscience ne surviennent qu'après la lecture. On mesure ce qui vient de se dérouler et on constate la progression narrative hyper compressée de l'épisode. Si tout le crossover avait cette énergie, cette explosivité, non seulement il ne durerait pas 9 numéros, mais surtout il serait bien meilleur car plus prenant.

Et puis si Ed McGuinness produit de superbes planches sur Amazing Spider-Man, Carlos Gomez est lui en état de grâce. Il plie le game avec des scènes spectaculaires, à coup de plans qui ont une patate d'enfer, des compositions impeccables. C'est superbe de voir comment cet excellent artiste qui jusque-là devait se contenter de faire ses preuves est en train d'exploser.

Ce n'était pas gagné parce que Gomez était catalogué comme un dessinateur très à son avantage avec des héroïnes plantureuses (Red Sonja, America Chavez...). Alors qu'allait-il faire avec Venom ? Et puis avec les dix épisodes d'affilée de All-New Venom, il a calmé tout le monde en prouvant qu'il savait faire autre chose, qu'il était un spécialiste insoupçonné de l'action et des monstres.

Sa complicité avec Ewing fait plaisir à voir : on sent que le scénariste a trouvé un partenaire capable de soutenir ses scripts et que l'artiste relève le défi avec panache et talent. Perso, j'adore ce "VenoMJ", et sur ce crossover, encore une fois, ce sont les épisodes de Ewing et Gomez qui survolent les débats. Rendez-vous la semaine prochaine pour le 7ème chapitre de Death Spiral dans Amazing Spider-Man #26...

mardi 31 mars 2026

THE NEW AVENGERS, VOLUME 2 : THE OTHER WOMAN (Sam Humphries / Ton Lima)


THE NEW AVENGERS, VOL. 2 : THE OTHER WOMAN
(The new Avengers #6-10)


Bucky a découvert que Black Widow étaient à l'origine de la création des Killuminati, mais il pense que la femme qu'il côtoie est peut-être elle-même un clone. Pour s'en assurer, il lui coupe une mèche de cheveux quand elle dort et demande à Reed Richards de l'analyser (sans lui dire à qui appartient l'échantillon). Puis l'équipe des New Avengers décident de capturer Guru Strange...


... Mais ce dernier est sauvé par Luke Charles avec le renfort de Raiponce (clone de Medusa) et Lord Britain (clone de Captain Britain). Durant leur affrontement, Wolverine (Laura Kinney) réussit à poser un traceur sur Luke Charles. Les New Avengers localisent la planque des Killuminati dont Iron Apex a découvert l'identité du commanditaire de Black Widow pour créer le groupe de clones.


Avant que les New Avengers aillent débusquer leurs ennemis, Black Widow avoue à Bucky comment elle a été mêlée à la création des Killuminati - et ses révélations vont sérieusement troubler le Soldat de l'Hiver et compliquer la mission de l'équipe...


Le recueil de ces cinq derniers épisodes de The New Avengers sera disponible en vo en Août prochain mais je vous en fais profiter dès maintenant puisque le dixième numéro est sorti la semaine dernière. Sam Humphries conclut donc son histoire et baisse le rideau sur la série du même coup, annulée comme tant d'autres actuellement chez Marvel.


Ce fut une lecture divertissante et enlevée que celle de ce projet improbable, conçu pour accompagner le film Thunderbolts* (aka The New Avengers) sorti l'an dernier, quand bien même le casting et l'intrigue du comic book n'avait rien à voir avec celui du long métrage. Son côté atypique a fait son charme mais l'a aussi sûrement condamné à ne pas trouver son public.

Qu'il s'agisse de réanimer le titre Thunderbolts ou New Avengers, de toute façon, ce n'est certainement pas ainsi qu'il faut s'y prendre. Les fans de comics ont de la mémoire et ils détestent qu'on se paie leur tête avec des réinterprétations qui n'ont rien à voir avec les originaux. Je n'avais déjà pas aimé quand Hickman s'était servi du titre New Avengers, mais ça pouvait se justifier dans le projet qu'il avait alors avec la série Avengers simultanément.

Quant à Thunderbolts, le nom n'a plus rien à voir avec ce qu'il signifiait à sa création et je me demande toujours pourquoi chez Marvel aucun editor et/ou scénariste ne cherche pas à reproduire le coup d'éclat de Kurt Busiek (qui consistait à tromper tout le monde avec de nouveaux personnages héroïques qui étaient en vérité des super vilains sous de nouveaux alias et costumes).

Concernant ces six derniers épisodes, Sam Humphries en fait quasiment une histoire de Black Widow tant elle est au centre du récit. Une fois que Bucky apprend qu'elle est liée à la création des Killuminati, il cherche à savoir si elle-même n'est pas un de ces clones dégénérés et, sinon, pour qui elle travaille. La résolution du mystère est brillante.

Si le scénario est inutilement déconstruit avec des actions avant et après un attentat spectaculaire à Osaka, et alourdi par le personnage de Carnage (qui veut que Eddie Brock lui permette de tuer les New Avengers pour satisfaire ses instincts criminels), il faut reconnaître qu'on est pris dans le feu de l'action et dans l'attente du dénouement.

Humphries soigne ses effets (l'attentat est à la fois effrayant et étonnant, l'arme utilisée étant exploitée de manière inédite), et quand vient l'explication de Black Widow sur son rôle, on est positivement étonné par ce que l'auteur a su imaginer et comment il rend tout ça sinon crédible en tout cas plausible (il est question de manipulation mentale, d'agent dormant, ce qui est raccord avec Black Widow).

Les personnages sont bien employés, même si on se rend définitivement compte que Hulk n'aura jamais fait partie de l'équipe (contrairement à ce que promettait la couverture du #1). Il y a des échanges intenses et fréquents et le fait que chacun est prêt à sauter à la gorge de son voisin pimente savoureusement la partie.

Les méchants eux sont moins développés, en dehors de Iron Apex, qui cherche vraiment à en savoir plus sur sa création et pousse ses compères à agir intelligemment. Quant à celui qui a organisé toute cette affaire, c'est un rebondissement efficace par rapport à un élément de One World Under Doom - même si Humphries se garde de détricoter ce que Ryan North a établi.

Ton Lima, cette fois, assure le dessin des cinq numéros et il rend une copie très concluante. A mon avis, Marvel peut miser sur lui pour le futur, il a du potentiel (et il le fera parler sur le prochain épisode de Captain America d'ailleurs). C'est une vraie révélation qui mérite de briller sur un projet plus durable - si tant est que Marvel en soit capable.

Car, et c'est là-dessus que je finirai, The New Avengers est encore une série annulée. Certes Marvel prévient tout le monde que désormais si les chiffres ne sont pas bons, le couperet tombera au bout de dix épisodes. Mais comment l'éditeur compte-t-il vraiment motiver les lecteurs d'investir quand une telle limite est posée ? Avez-vous, vous qui me lisez, envie d'acheter des floppies à 4,99 $/mois si c'est pour n'avoir que dix numéros ?

Et puis cela pose une autre question, peut-être encore plus vertigineuse : Marvel, en dehors de Spider-Man, Avengers, X-Men, est-il encore une maison d'édition qui publie des ongoing ? Ou simplement quelques titres illimités (mais fréquemment relancés au #1) et une multitude de mini séries ? On peut se poser la question quand en dehors des grandes marques précitées, tout le reste doit se contenter de dix épisodes.

A partir d'ailleurs de combien d'exemplaires vendus Marvel décide-t-il d'annuler une série ? Je ne m'intéresse guère aux chiffres, mais j'ai l'impression qu'à force ça devient une excuse pour publier des titres dont la seule et véritable fonction est d'inonder les bacs, sans se soucier de leur qualité, de leur intérêt, de leur pérennité.

D'ailleurs, vous avez peut-être remarqué que Marvel ne communique plus en termes de statu quo : fini le temps des "Marvel Now", "All-New All-Different Marvel" et j'en passe. On en pense ce qu'on veut, mais ça avait le mérite d'ouvrir de nouvelles périodes éditoriales, de dater le lancement de titres, de collections, de gammes.

Désormais, Marvel publie des mensuels, les prolonge, les annule, mais il n'y a plus de périodes, d'ères. Quand DC structure ses publications avec des signaux comme "New 52", "Rebirth", "All-In", "Next Level", osant lancer des séries casse-gueule, mais soutenus par des équipes artistiques ambitieuses, Marvel ne fait même plus semblant d'encadrer ses titres et de les confier à des artistes capables d'attirer le lecteur.

C'est assez pathétique en vérité. Tant que Spider-Man, X-Men, Avengers fonctionneront suffisamment pour supporter ce système, il n'y aura aucune remise en compte. Mais cela signifie surtout qu'éditorialement ni CB Cebuski, ni Tom Brevoort n'ont de réelle vision d'ensemble - autre que de sortir une tonne de comics chaque mois et de compter les morts ensuite.

samedi 28 mars 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #2 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine et Teri O'Barnes ont trouvé Dave Colton dans une cabane isolée. Ils savent qu'il est responsable des attaques contre les complexes de la compagnie Primewarrior. Pendant ce temps-là, Tyler Torrens, le dernier sujet de cette compagnie, continue sa cavale. Et Nuke décide de chercher tout ce beau monde seul...
 

Parfois c'est en lisant quelque chose qui n'a rien à voir avec ce que vous allez critiquer que vous formez un avis sur l'objet de votre critique. Ainsi après avoir lu ce deuxième numéro de Wolverine : Weapons of Armageddon, j'ai relu, par hasard, une interview de Jason Aaron dans un numéro de "Comic Box" qui datait de 2012.


A cette époque, Aaron venait de co-écrire Avengers vs X-Men avec Bendis, Brubaker, Hickman, Fraction, et il allait débuter son run sur Thor en parallèle de Wolverine & the X-Men. Il était devenu un des auteurs phares de Marvel qui voulait lui confier une autre série, Hulk, en espérant qu'il y injecte la même énergie.


Pourtant Aaron a rapidement bouclé son run sur Hulk, estimant qu'il n'avait plus rien à dire avec ce personnage, et aussi parce qu'il ne pouvait pas jongler avec trois titres mensuels. Ce qui l'inspirait davantage, c'était Thor, pour qui il avait une vision précise et à long terme. C'est une preuve assez rare de lucidité quand beaucoup de scénaristes cumule le plus de projets possibles.
 

Ce que je veux dire en rappelant cela, c'est que parfois les éditeurs demandent à un scénariste de s'occuper d'un personnage, de sa série, en espérant qu'il fera des miracles. Et parfois, hé bien, ça ne fonctionne pas. Parce que le scénariste a la tête à un autre personnage, qui l'inspire, qui le motive plus. Pour lequel il un plan.

Je ne vais pas dire que Chip Zdarsky s'est trompé de personnage (et de série par conséquent) avec Captain America, mais je dois dire que jusqu'à présent, pour moi, il n'a pas réussi à me convaincre. J'ai du mal à voir ce qu'il veut en faire, sinon une rampe de lancement pour son event, Armageddon. A sa décharge, il n'est pas facile, depuis Brubaker, d'écrire Captain America.

Pourtant, et c'est là que j'en viens à Wolverine : Weapons of Armageddon, Zdarsky me paraît infiniment meilleur avec ce dernier. Il a saisi le personnage, il lui a taillé une petite intrigue plus profonde qu'on pourrait le croire (même s'il s'agit d'une nouvelle et énième variation sur l'Arme Plus). Il ne s'encombre pas de symbole, de contexte, il va tout de suite à l'essentiel.

Et ça donne une histoire très efficace, très claire et trouble quand même, là où son Captain America est écrit maladroitement, avec des intrigues prétextes. Curieusement, alors que le sous-titre de cette mini série Wolverine fait explicitement référence à l'event à venir, le projet est moins laborieux, plus fluide, plus énergique.

Surtout, et c'est peut-être pour ça que je suis plus séduit, il explore une intrigue que j'aurai aimée être celle d'Armageddon, un récit sur les super soldats, ce qui les lie tous et les mine aussi, un formidable terreau qu'encore une fois Marvel ne creuse pas. Et Wolverine est cet explorateur idéal pour ça, peut-être encore plus que Captain America.

Quand j'entends parler de la série régulière actuelle Wolverine (par Saladin Ahmed), ça n'a pas l'air fameux. Et je me dis que si Zdarsky l'écrivait, avec donc la possibilité de développer tout ce qu'il n'aura que le temps d'effleurer dans Weapons of Armageddon, ça aurait été une toute autre affaire. 

Et sans faire injure aux dessinateurs de Captain America, Luca Maresca s'impose comme un sacré artiste. Son style colle si bien à Wolverine et, même si j'adore Valerio Schiti, il y a un gouffre entre les épisodes qu'il a signés pour Captain America et ce que donne Maresca depuis deux mois. Le trait est assuré, les compositions super dynamiques, la narration nerveuse.

Je ne sais toujours pas si j'irai au delà de la fin de l'arc actuel de Captain America, ni même si je vais finalement lire Armageddon. Par contre, le plaisir que j'aurai pris à Wolverine : Weapons of Armageddon aura de quoi alimenter quelque regret futur, en ce qui concerne Zdarsky et ses choix. 

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #10 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


Assiégé dans le motel où il réside par Rainbow, un vétéran de la guerre en plein trip hallucinogène, John Jones tente de résister bien que Désespoir-le-zéro lui glisse à l'oreille qu'il n'y a plus d'issue pour lui ou le reste de l'humanité. De son côté le Martien, toujours aux mains de l'Agence, tente de se reconnecter à John...


Je mentirai si je vous disais que cet épisode n'a pas eu du mal à passer. Et, à dire vrai, il me semble qu'il représente une sorte de trait récurrent depuis la reprise de cette série. J'avais déjà pu en parler le mois dernier en soulignant à quel point Deniz Camp versait dans la veine la plus sombre. Et si sa volonté de témoigner ainsi du malaise qu'il ressent vis-à-vis de son pays est légitime, c'est tout de même lourd.


Je ne vais pas dire qu'Absolute Martian Manhunter a perdu ses qualités en route, mais il est clair que sa lecture est devenue plus laborieuse, pour ne pas dire pénible par moment. Comme Absolute Batman, on tient là un cas de comics où l'ambition frise en vérité la prétention à force d'une surenchère d'effets, de discours.


Peut-être mon ressenti est-il influencé par l'ambiance générale actuelle qui, c'est indéniable, ne prête pas à la légèreté. On peut, en tant que fan de comics, avoir envie, dans ce genre de période, d'un peu plus de futilité, ou du moins d'une lecture qui ne donne pas le sentiment de vous maintenir la tête sous l'eau. Et Absolute Martian Manhunter a perdu beaucoup de sa fantaisie. Et donc de son charme.


Je préférai quand cette bande dessinée assumait son côté zinzin sans se départir de sa lucidité : cela formait un bel équilibre entre comédie barjo et commentaire acide. Par ailleurs l'intrigue affichait une ligne relativement claire, qui s'est brouillée. Le récit s'est mué en commentaire, en métaphore, en parabole, pas très subtils. De quoi parle encore Absolute Martian Manhunter ?

Ce qui faisait le sel du projet, c'était cette version radicale et atypique d'un personnage. C'est encore le cas, mais de façon plus chargé, moins fine, à l'image de la séparation/réunion de John Jones et du Martien auquel vient se greffer Désespoir-le-zéro, transformant le binôme en "trouple". Peut-être John y gagne-t-il en lucidité mais la série y perd en fluidité.

On avait donc une BD étrange mais marrante et flippante à la fois. On a désormais une BD très (trop) métaphorique, bavarde, comme écrasée par son envie d'être totale, d'être à la fois un drôle d'objet et un quasi manifeste où justement l'aspect le plus bizarre, le plus foutraque devient une revendication - "regardez comme je ne ressemble pas au reste des titres Absolute".

Or cette revendication joue contre le projet. Il n'en a pas besoin. Avec un graphisme aussi spécial et somptueux, on sait pertinemment qu'on a là le titre le plus à part de la gamme. Javier Rodriguez dépasse de plusieurs têtes toutes les propositions graphiques non seulement de la ligne Absolute mais de la production DC. Pas besoin d'en rajouter dans l'histoire.

Deniz Camp aurait tout à gagner à revenir aux fondamentaux de son projet pour espérer me surprendre et offrir un final aussi intense que ce qu'il avait initié ? Ou bien, un peu comme toutes les séries Absolute, celle-ci sera elle aussi victime d'une tendance à la boursouflure ?