dimanche 12 avril 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 4 : WHERE THE MONSTERS DWELL (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio, Francesco Mortarino)


UNCANNY X-MEN,  VOLUME 4 : WHERE THE MONSTERS DWELL
(Uncanny X-Men #22-25 + Annual 2026)


- NO CLEAN HANDS (Gail Simone / David Marquez) - Revenant d'une soirée passée en compagnie de MacKenzie DeNeer, Diablo est surpris par ses amis qui lui ont préparé une fête pour son anniversaire. Mais la soirée est gâchée par le retour de Mutina qui souhaite intégrer leur groupe. Diablo accepte de la tester...

Ce nouveau tome s'ouvre par un épisode done-in-one, bien qu'il faille avoir lu le précédent recueil avant cela. En effet Gail Simone ramène Mutina sur le devant de la scène alors que Diablo fête son anniversaire chez Marcus St. Juniors avec ses amis mutants. La fête prend un tour inattendu quand Mutina demande à intégrer l'équipe des Uncanny X-Men.

Ce chapitre permet (enfin !) à la scénariste de s'intéresser à Diablo dont les talents d'escrimeur et d'acrobate sont mis en valeur dans un duel contre Mutina pour la tester. Gail Simone a beau affirmer qu'elle adore tous les personnages du groupe de X-Men dont elle écrit les aventures, il est évident que Kurt Wagner est le grand oublié de ses scénarios.

Par ailleurs, et alors que c'était un aspect que détestait Dave Cockrum, le créateur de Diablo, Simone, comme d'autres avant elle, fait de Kurt un homme de foi, le curé des mutants. C'est évidemment un contresens total puisque le personnage avait été imaginé comme une déclinaison d'Erroll Flynn, un bretteur charmeur et bondissant loin de toutes bondieuseries.

Là, on peut enfin savourer de voir l'elfe en train de croiser le fer avec Mutina sans trop tenter de prêcher pour sauver cette insupportable gamine psychopathe. Grâce soit rendue à David Marquez qui dessine cette scène en sachant découper l'action de telle sorte que Diablo redevienne ce que Cockrum voulait qu'il soit.

Il aura quand même fallu 22 épisodes pour en arriver là. Et visiblement le "dossier Mutina" est loin d'être bouclé... 


- WHERE THE MONSTERS DWELL (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio) - Tandis que les Outliers écoutent une histoire que Marcus St. Juniors lit à sa fille Chelsea, Malicia, Wolverine, Diablo et Jubilé encerclent Gambit dehors. Le cajun est de plus en plus sous l'emprise de l'Oeil d'Agamotto qu'il a dérobé au dragon asgardien Sadurang mais refuse de le lui rendre.
 

C'est alors qu'Elsa Bloodstone et la légion des monstres apparaissent en réclamant le territoire aux mutants. Tandis que les deux équipes s'affrontent, Agatha Timly/Lady Darkhold en profite pour approcher de la maison de St. Juniors...


Le coeur de l'album st donc un arc en trois épisodes qui s'ouvre par une explication musclée entre Gambit et ses partenaires. Depuis le début de son run, Gail Simone a fait du mutant cajun le détenteur de l'Oeil (gauche) d'Agamatto qu'il a dérobé au dragon asgardien Sadurang. Il a promis de le lui rendre au bout d'un an s'il ne s'en prenait plus aux humains.

Ce délai arrive à son terme mais l'artefact, comme l'avait expliqué le dragon, a littéralement exercé son emprise sur Gambit. Et son comportement a changé au point de le rendre quasiment cannibale ! Cela n'a pas échappé à Malicia, Diablo, Wolverine et Jubilé qui vont tenter de le raisonner pour qu'il honore la promesse faite à Sadurang et se détache de l'Oeil.

On a alors droit à une belle bagarre entre Gambit et ses amis où, une fois de plus, le dessin très dynamique de David Marquez fait des étincelles. La manière dont il compose chaque plan pour rendre compte de l'impact des coups échangés est un modèle du genre et même s'il n'a pas disposé du temps nécessaire pour soigner son encrage, c'est tout de même un régal.

Puis le récit prend un tour inattendu avec l'entrée en scène de la légion des monstres avec à leur tête Elsa Bloodstone. Ceux-ci viennent réclamer la Nouvelle-Orléans aux mutants mais il est évident qu'ils ne sont pas dans leur état normal et alors qu'une bataille éclate entre les membres des deux équipes, la véritable menace apparaît.

Gail Simone sort de son chapeau Agatha Timly alias Lady Darkhold qui, pendant que X-Men et légion des monstres se battent, approche de la maison refuge de Marcus St. Juniors avec l'intention d'enlever les Outliers pour en faire ses disciples... La scénariste ne peut décidément pas s'empêcher de toujours déplacer le coeur de ses intrigues en direction de ses insupportables jeunes mutants.

On a tout de même surtout droit à de très bons duels entre Gambit et Manphibian, Jubilé et Morbius (référence à la période où la jeune femme fut elle aussi une vampire), Wolverine et l'Homme Loup-Garou, Diablo et le monstre de Frankenstein, et Malicia qui doit s'occuper à la fois de la Momie Vivante et Elsa Bloodstone.

David Marquez fait encore une fois parler la poudre et même si on a droit à un moment grotesque avec Wolverine et le Loup-Garou, l'ensemble est palpitant. Luciano Vecchio vient aider son confrère sur le dernier épisode qui voit les Outliers contre Lady Darkhold, là aussi dans un grand moment WTF, mais bon, on commence à avoir l'habitude avec Gail Simone.

Cela donne un arc étrange, un peu décousu, mais très fun quand l'action domine. Par contre, les Outliers me sortent toujours par les yeux et gâchent la série qui se détourne des X-Men alors qu'on lit quand même la série pour eux. Et puis j'ai aimé revoir Elsa Bloodstone ainsi que la légion des monstres, ces personnages auxquels Marvel ne prête plus aucune attention.  

*

- UNCANNY X-MEN ANNUAL 2026 (Gail Simone, Mikki Kendall / Francesco Mortarino) - XIXème siècle. John "Slaughter" Freedman est arrêté à l'entrée de Haven, Louisiane, par des hommes. Alors qu'ils veulent inspecter le cercueil qu'il transporte, il les abat. En voulant les enterrer, il découvre Logan sous terre, sérieusement blessé, et l'emmène chez Michael St. Juniors et sa mère pour qu'ils le soignent...


L'album de clôt avec l'Annual 2026 de la série où Gail Simone partage l'écriture avec Mikki Kendall, inconnue au bataillon. L'histoire est un curieux western fantastique qu'on croirait pitché par Cullen Bunn (The Sixth Gun) et qui voit le retour de Lady Henrietta (au centre du tome 2). Bien entendu, l'intrigue qui se passe au XIXème siècle adresse des clins d'oeil aux ancêtres de Marcus St. Juniors et réserve une place à Logan.

C'est d'ailleurs la grosse réserve que j'ai avec cet Annual : ne peut-on plus écrire une histoire sur des mutants dans le passé sans y inclure Wolverine ? Bien sûr, cela permet de faire le lien avec des scènes au présent et la descendante d'un personnage qu'on croise au XIXème siècle, mais c'est vraiment balourd.

Ce n'est pas le seul élément qui manque de subtilité (la comparaison entre le racisme des sudistes et celui auquel les mutants de toutes les époques sont confrontés est bien sûr convoquée), mais je n'attends plus rien de ce côté-là de la part de Gail Simone qui écrit vraiment les X-Men avec la légèreté d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Au dessin on trouve Francesco Mortarino qui rebondit après avoir été l'artiste de l'éphémère série NYX (annulée comme tant d'autres au bout de dix épisodes). Il est encré par Elisabetta d'Amico (qui a quelquefois travaillé avec Elena Casagrande ou Emanuela Lupacchino) et qui fait parler son talent en épaississant à bon escient le trait de Mortarino, ce qui lui donne plus de texture. Le résultat est très correct.

Pour ma part, cependant, je vais en rester là avec Uncanny X-Men. Avec ce tome, on atteint l'équivalent de deux ans de publication (si la série était éditée mensuellement) et je crois en avoir fait le tour. Gail Simone est bien trop maladroite et peu inspirée, et de manière générale, la franchise mutante n'a plus rien de commun qualitativement avec l'ère Krakoanne. 

Il est évident que Tom Brevoort ne connaît pas autant de réussite avec les X-Men que lorsqu'il éditait les séries Avengers. Beaucoup de titres annulés, très vite, et les deux séries vedettes (X-Men et Uncanny X-Men) sans éclat. Tout maintenant se déroule sans vision, sans ambition, ponctué par des crossovers sans relief. C'est dommage, il y avait de quoi faire avec l'héritage de Krakoa.

samedi 11 avril 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 5 : FRACTURED SPECTRUM (Jeremy Adams / Fernando Pasarin, Xermanico, Jack Hebert)


GREEN LANTERN, VOL. 5 : FRACTURED SPECTRUM
(Green Lantern #19-24)


Hal Jordan rentre sur Terre et découvre que Carol Ferris/ Star Sapphire a intégré les rangs de la Justice League. Il lui apprend que Nathan Broome est devenu Sorrow et a volé le Livre d'Oa. Cependant Kyle Rayner recrute la voleuse Odyssey et Superboy (Kon-El) et ils partent avec Hal pour le Mur Source. En route John Stewart avertit Hal d'une mission que lui confient les Gardiens d'Oa. Sorrow s'allie à Starbreaker.


Au Mur Source, Kyle, Odyssey et Superboy dérobent une orbe que viennent ensuite leur voler Starbreaker et Sorrow. Hal avise la Justice League de la situation puis part prêter main forte à Star Sapphire sur une arrestation où interviennent aussi Bones et Hector Hammond. Avec l'aide de Dove, Hal et Carol enquêtent sur Hammond qui manigance pour récupérer la totalité de ses pouvoirs.


Dans l'espace, Kyle, Superboy et Odyssey sauvent Dan Garrett, le premier Blue Beetle, sur une planète dévastée. Sur Terre, Hal neutralise Hammond...
 

Je ne vous cacherai pas que c'est un peu délicat de replonger dans l'univers foisonnant de Green Lantern après trois mois loin de la série. J'avais écrit sur les quatre premiers tomes de la série en Janvier dernier puis j'ai complètement oublié d'acheter ce cinquième volume quand il est paru en Février. Il a donc fallu que je me rattrape.


Et comme j'ai, je l'avoue, eu la flemme de relire les précédents épisodes pour me remettre dans le bain, ça n'a pas été si simple. Il faut dire qu'avec cet arc Jeremy Adams, le scénariste, développe en parallèle deux lignes narratives : l'une se déroule sur Terre avec Hal Jordan, l'autre dans l'espace avec Kyle Rayner.


Parlons donc de la première ligne : Hal revient donc sur Terre et retrouve Carol Ferris devenue Star Sapphire. Depuis la dernière fois où ils se sont vus, des choses se sont passées pour elle : elle est désormais membre de la Justice League Unlimited et doit apprendre à la fois à maîtriser ses pouvoirs et à travailler au sein d'une équipe qui regroupe tous les super héros volontaires pour en faire partie.

Alors qu'ils s'occupent du vilain Mind Bomber, Hal et Carol voient débarquer Bones, le directeur du D.E.O. (Department of Extranormal Operations) et Hector Hammond, qui travaille pour cette organisation à présent, ce qui ne manque pas d'intriguer Hal. Avec l'aide de Dove (du duo Hawk et Dove), il va enquêter à ce sujet et découvrir les manigances de Bones et Hammond.

Cela va mener Hal à une négociation avec Bones pour récupérer une clé qui est décisive dans la bataille qui attend le Green Lantern Corps contre Starbreaker et son armée. Problème : cette clé se trouve en enfer. Et en enfer se trouve une vieille connaissance de Hal : le Spectre. Celui-ci n'a plus d'hôte et aimerait bien à nouveau que Hal endosse ce rôle...

Adams va vite : cette partie-là de l'histoire file tambour battant, il y a de l'action, des rebondissements surprenants, des guest-stars (le Phantom Stranger, Zauriel, et un Green Lantern que tout le monde adore et qu'on n'avait plus revu depuis un bail, en tout cas dans la continuité). Il y a du grand spectacle, entre l'affrontement contre Hammond et le retour du Spectre.

C'est très efficace, mais aussi un peu inégal car on a l'impression que le scénariste balade un peu Hal Jordan à tort et à travers; Au début il accompagne Kyle Rayner, Superboy et Odyssey dans l'espace avant d'être envoyé ailleurs par les Gardiens d'Oa tout ça en revenant à deux reprises sur Terre. Je pense qu'il aurait été plus simple que Hal ne fasse pas partie de l'expédition spatiale de Kyle Rayner avec Superboy et Odyssey.

Car, et on en vient à l'autre ligne narrative, ce qui se joue avec le trio Kyle Rayner-Kon-El-Odyssey m'a paru plus fidèle et conforme à l'esprit de la série (en tout cas plus dans le droit fil de ce qu'on a vu dans les précédents épisodes). C'est la partie cosmique de la série, celle où les enjeux sont plus élevés, mais aussi où l'essence de l'intrigue est la plus pure.

Ce voyage vers le Mur Source, l'affrontement (éclair) avec Starbreaker et Sorrow, le sauvetage de Dan Garrett, vraiment, c'est jouissif. Adams est tellement dans son élément qu'il s'autorise des passages humoristiques (la visite du Mur Source), parodie les histoires de braquage (le vol de l'orbe), et va même chercher Dan Garrett, le tout premier Blue Beetle, héros de l'âge d'or.

On pourrait se dire qu'avec Ted Kord (Blue Beetle II) et Jamie Reyes (Blue Beetle III), c'est superflu de "déterrer" Dan Garrett, sauf que c'est parfaitement accompli. Le personnage revient avec panache, il fait tout sauf de la figuration, Adams lui confère une aura quasi mythique. J'ai hâte de découvrir ce qu'il en fera par la suite.

Et puis le dernier épisode voit le retour d'une menace bien flippante, bien que classique dans l'univers de Green Lantern, et un autre retour, celui d'un personnage vu dans Green Lantern : The Animated Series (2011-2013). Adams va chercher loin, mais toujours à bon escient, pour surprendre le lecteur, et enrichir sa série.

Visuellement, le titre gâte toujours autant ses fans : Fernando Pasarin dessine l'épisode 19 et c'est très solide comme toujours, très soigné, très détaillé. Jack Herbert prend le relais sur les #20 et 21, dans un style réaliste académique, un peu figé, un peu sombre, mais qui tient la route. Enfin Xermanico est de retour pour les numéros 22-23-24 et évidemment, c'est la grande classe, avec des scènes de toute beauté (toute la partie en enfer est somptueuse).

C'est un plaisir de lire ce run, qui n'a rien à envier à celui, de référence, de Geoff Johns. Jeremy Adams construit quelque chose de très ambitieux mais qu'il maîtrise parfaitement. Il est soutenu par des artistes de qualité, et on sent que tout ce beau monde est motivé, en a encore sous le pied. Toutefois, c'est une titre qui s'apprécie vraiment en recueil parce qu'on voit mieux ce que développe l'auteur.

vendredi 10 avril 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA #9 (of 12) (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Parce que Max lui a donné le pouvoir d'immobiliser les habitants de la maison de la plage venus tuer ceux de la maison du lac, Norah Jacobs a donné à ces derniers la possibilité de survivre et faire des prisonniers. David Daye découvre comment ceux-ci ont dépassé leurs capacités. Norah suggère d'interroger un des prisonniers...


Dîtes donc, j'étais très énervé quand j'ai écrit la critique du précédent épisode. J'ai relu ce que j'avais rédigé avant de me mettre à cet article et je ne pensais pas avoir été aussi furax. Bon, fallait sûrement que ça sorte. Mais je ne suis pas très fier pour le coup. Je pense suffisamment souvent que quand on aime pas/plus, autant s'arrêter pour ne pas m'appliquer cette règle à moi-même...


Je me suis quand même sérieusement posé la question de continuer ou non The Nice by the Sea. Puis j'ai fait le calcul : il me restait quatre épisodes pour arriver à la fin de ce volume et ça aurait été ballot de stopper si près de la ligne d'arrivée. Toutefois, ça n'enlève rien au fait que je n'irai certainement pas plus loin, et donc que je ne ferai pas le troisième volume (même si ça doit être aussi le dernier).


Ce qui m'a mis en rogne en vérité, c'est que j'ai éprouvé le sentiment que James Tynion IV ne faisait qu'appliquer une recette. Je l'ai d'ailleurs développé le mois dernier : comme son genre de prédilection est l'horreur (ou en tout cas une forme d'épouvante), il y a un systématisme certain dans tout ce qu'il fait. Et on peut, à mon avis, légitimement ne pas apprécier cette constance dans la formule.
 

Il y a aussi le fait que, avec la série des Nice House..., Tynion IV jongle avec un casting très fourni qu'il faut donc mémoriser. Et ce serait sûrement plus facile à faire avec un graphisme différent de celui qu'a choisi Alvaro Martinez Bueno (avec Jordie Bellaire) où les effets formels, le style très spécial, créent, en tout cas pour moi, une confusion (on ne sait parfois plus très bien qui est qui).

Une chose à laquelle je suis attaché dans la bande dessinée en général, même si ça peut paraître une évidence, c'est la lisibilité. J'aime lire une histoire dont je peux identifier facilement les protagonistes, les décors, les situations. Et la série des Nice House... met à mal cela. Trop de personnages, pas toujours faciles à reconnaître, trop de situations imbriquées, etc. C'est la seule série pour laquelle j'ai une fiche avec le casting pour me rappeler à chaque fois les persos !

Maintenant, une fois qu'on a dit ça, est-ce que ça signifie que The Nice House... est mauvais ? Sûrement pas. Mais est-ce que ça pourrait être meilleur ? Sûrement. Et il faut admettre que cet épisode prend, habilement, le contrepied des précédents depuis la reprise de la série, en clarifiant, en épurant. Parce qu'il faut bien préparer le dénouement de ce volume (et la suite).

Depuis l'épisode 6, on a assisté à quelque chose d'un peu grossier, disons : les habitants de la maison de la plage partaient buter ceux de la maison du lac. Cela mettait en évidence la différence de recrutement de Walter et Max : le premier avait choisi des humains avec qui il avait noué des amitiés, la seconde des humains qui n'étaient pas des amis mais des champions, des "êtres d'exception".

Pour ces derniers, la découverte des habitants de la maison du lac passait mal : ils ne pouvaient pas être des voisins, des amis, ils étaient des concurrents, des menaces potentielles. Et il fallait donc les éliminer. Sauf que Tynion IV posait ça comme une évidence et rendait la situation manichéenne : les recrues de Max étaient des salauds, ceux de Walter des victimes.

Surtout il y avait un sous-texte très simpliste : les recrues de Max étaient toutes des personnalités upper class (acteur, historien, mathématicien, chanteuse, écrivain, artiste, chirurgien, sénateur, généticien, prêtre), des membres d'une élite. Alors que Walter s'était lié avec des gens plus éclectiques, généralement moins "prestigieux" (acupuncteur, journaliste, comptable...).

En gros les enfoirés étaient des bourges, et les gentils des gens du peuple. C'est tout de même limite. Quand on a une vingtaine de personnages à sa disposition, un peu d'ambiguïté ne fait pas de mal. On voit d'ailleurs à la fin de cet épisode que tous les habitants de la maison de la plage n'ont pas suivi le mouvement en partant zigouiller ceux de la maison du lac...

Au fond, c'est ça qui est le plus gênant dans toute cette affaire : Tynion IV semble vouloir faire passer un message mais ce message manque singulièrement de finesse, de subtilité. Et surtout, là encore, je ne suis pas sûr que son histoire soit le meilleur véhicule pour ce genre de message. Le fantastique fonctionne mieux quand il utilise l'allusion, pas quand il martèle ce que tout le monde comprend immédiatement.

Ecrire une histoire de survivalisme teinté de science-fiction et donc aborder des thèmes comme la domination, la manipulation, la lutte de classes, etc., oui, c'est très bien. Mais il faut vraiment le faire avec doigté. Lisez Robert Silverberg par exemple et son magnifique Les déportés du Cambrien, et là, vous verrez comment un grand auteur s'empare de ces thèmes et remue le lecteur. Mais Tynion IV, sans être sévère, est quand même loin d'avoir le talent de Silverberg.

Les planches de Martinez Bueno et Bellaire sont égales à elles-mêmes. C'est superbe et en même temps parfois pénible à lire. Ce délire coloré nuit à la lisibilité, à l'identification. On ne sait pas toujours où on est, qui est qui. C'est à la fois très beau et un peu moche quand même, parce que, malgré le talent de ces artistes, hé bien, il faut faire un effort à chaque fois pour entrer dans l'action, dans le récit.

J'imagine bien que ces séries n'auraient pas ni la même force ni le même succès dessinées et colorisées autrement, ça fait partie du package en quelque sorte. Et le fait que The Nice House... ait autant de succès en France s'explique en tenant compte de ça, c'est-à-dire que ça ne ressemble pas à des comics traditionnels, c'est plus exigeant visuellement, plus audacieux, plus arty.

Mais, encore une fois, et ce n'est que mon humble avis, ma sensibilité, si j'ai été charmé au début, maintenant, je m'en suis lassé. C'est fatigant à lire, je trouve. Je reconnais le talent, la technique, le brio. Mais ce n'est pas ce que je préfère, surtout sur la durée. Et puis je pense que si Martinez Bueno et Bellaire avaient un peu modifié leur palette d'un volume à l'autre, ça aurait permis de donner une personnalité graphique propre à chaque arc, de souligner les différences d'ambiance, de personnages, de textures..

Evidemment, je dis ça, ça donne l'impression que c'est facile. Je sais bien que ce n'est pas facile. Mais quand on a le talent de Martinez Bueno et Bellaire, disons que c'est quand même plus facile parce que justement ils ont un bagage technique, de l'expérience. Et le lecteur peut attendre davantage, espérer davantage d'une telle équipe.

Cet épisode, pour conclure, est meilleur. Il repose la série sur des bases plus solides et donne envie de voir comment cet arc va se dénouer. La meilleure comparaison qui me vient à l'esprit est celle de la série télé Lost quand j'avais découvert la saison 2 : la fin de la saison 1 avait été extraordinaire et faisait fantasmer pour la suite. Et en fait la suite (la saison 2 et les suivantes) a toujours pâti de la qualité de la saison 1. The Nice House..., c'est pareil : je me doutais que ce serait forcément moins bien.

IRON MAN #4 (Joshua Williamson / Carmen Carnero, Jan Bazaldua)


Tony Stark a été capturé par Madame Masque qui lui propose de l'aider à prendre le contrôle de l'A.I.M. en échange de la libération des jeunes scientifiques qu'elle a pris en otage. Cependant Pepper Potts et Melinda May se rendent dans le laboratoire de Tony et tombe sur Citizen V venu y récupérer quelque chose...
 

Iron Man par Joshua Williamson est une drôle de bestiole : depuis quatre épisodes, on ne peut pas dire que le scénariste ne raconte rien, n'avance pas, mais bizarrement c'est quand même un sentiment de surplace qui domine, comme si son histoire n'avait pas encore décollé. Et ça commence à être un peu laborieux.


De la part d'un auteur qui, chez DC, fait des merveilles avec Superman, personnage encore plus iconique qu'il n'hésite pas à remettre en question (jusqu'à s'en passer actuellement), c'est troublant de voir à quel point il paraît ici plus timoré. Comme s'il en gardait sous le pied, au risque que le lecteur s'impatiente.


On a compris le pitch : Madame Masque veut non pas recréer Iron Man mais Tony Stark pour avoir une arme aussi, sinon plus efficace qu'Iron Man. C'est astucieux, mais Williamson semble ne pas savoir quoi faire de ce point de départ. Ou plus exactement il a un plan mais qui se déploie très lentement. D'où ce sentiment de frustration à la lecture.


Dans cet épisode, c'est flagrant car Tony Stark a été capturé par Mme Masque qui lui révèle son plan (une alliance pour contrôler l'A.I.M.), sauf qu'évidemment Tony ne veut rien avoir à faire avec l'A.I.M.. Par ailleurs, en entrant en contact avec Adam Ware, ce jeune scientifique qu'il a récompensé d'un prix, il culpabilise de l'avoir entraîné dans ce complot.

Williamson glisse une allusion à Mysterio dont Tony réussit à reproduire les illusions, mais on ne comprend pas bien en quoi ça fait progresser l'intrigue, ça tient plus du clin d'oeil superflu (surtout quand l'astuce se retourne contre lui en faisant apparaître Spider-Man). Et en définitive, le récit prend une direction inattendue avec le rôle attribué au Fixer, complice de Mme Masque.

Je ne sais franchement pas quoi penser de tout ça : ça fait quatre mois que le scénariste a relancé la série et s'il présente une histoire séduisante, en même temps quelque chose semble... Je ne sais... Grippé, maladroit, emprunté. Normalement, arrivé à ce stade, on devrait en savoir plus, le récit devrait avoir atteint un cap, un tournant.

Si la dernière page révèle effectivement un cliffhanger accrocheur, l'intérêt se déporte de Mme Masque au Fixer et dans la manoeuvre un personnage meurt de manière expéditive - et du coup on peine à ressentir l'injustice de cette mort parce qu'on n'avait pas eu le temps de bien connaître ce personnage, parce qu'aussitôt après on passe déjà à autre chose.

C'est vraiment comme si le Williamson si dynamique de Superman était éteint, plus décompressé sur Iron Man. Comme j'ai cru comprendre que son intrigue était prévue pour au moins dix épisodes, on va voir ce que ça donne le mois prochain avec le 5ème numéro, donc une fois qu'on sera à la moitié du plan. Mais j'espère que ça va bouger et surtout s'éclaircir.

Carmen Carnero signe de superbes planches, sans surprise. Toutefois, d'une part, elle semble un peu bridée par le script de Williamson, elle qui excelle dans des découpages où elle se montre plus inventive (plus libre ?). Et d'autre part, elle n'a pas eu le temps de boucler l'intégralité de l'épisode et Marvel n'a rien trouvé de mieux que Jan Bazaldua pour lui prêter assistance.

Bazaldua dessine les pages 8 à 11, ce n'est pas énorme, mais ça jure avec le reste, du fait de la faiblesse du résultat. Comme je l'ai déjà dit concernant son passage sur Captain America, Bazaldua est un piètre artiste dont je ne comprends pas que Marvel lui confie du taf sur des titres tels que ceux-ci. Il me paraîtrait plus intelligent de décaler un peu la sortie de l'épisode pour donner à Carnero le temps de tout faire (mais apparemment, c'est inconcevable pour Marvel).

Le souci, c'est que ça va être le même programme le mois prochain et en Juin, à partir du #6, Carnero laisse carrément sa place à Juann Cabal. Cabal est très bon et ça me fait plaisir de le revoir, mais ça ne ressemble pas à Carnero de s'éclipser aussi vite d'une série. Et ça aussi ça rappelle ce qui se passe sur Captain America avec Valerio Schiti qui démarre, s'en va, revient, et repart à nouveau. Il y a un gros problème de gestion des effectifs et ça n'aide pas les séries (Chip Zdarsky a reconnu d'ailleurs récemment que ça ne l'arrangeait pas).

Bref, Iron Man laisse le lecteur dans l'expectative. Je continue d'y croire, mais il ne faudrait pas non plus que Williamson s'endorme sur ses lauriers. Ou que Marvel ait survendu cette relance en ayant laissé carte blanche à ce scénariste.

jeudi 9 avril 2026

BLACK CAT #9 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov, Andrés Genolet)


Suite à la découverte d'un artefact dans la chambre forte de la zone négative, Black Cat et Mary Jane Watson sont propulsées dans un passé alternatif. Peter Parker n'a jamais été mordu par une araignée radioactive, Gwen Stacy n'est pas morte... Et si c'était une chance à saisir ?


Alors, tout d'abord, un point sur la série : dans les dernières sollicitations Marvel pour le mois de Juin prochain, on a pu voir que Black Cat #11 serait publié. Ce qui signifie que le titre n'est pas annulé. Mais ça reste à confirmer et pour cela il faudra attendre le catalogue pour Juillet (qui devrait être disponible la semaine prochaine). 


Je reste donc prudent même si je suis heureux que ça ne se termine pas au #10 comme la rumeur le suggérait. Ce qui paraît plus certain en revanche, c'est que le mois prochain s'achèvera cet arc avec Black Cat et Mary Jane Watson/Venom, dont l'intrigue connaît ici un sort qui est loin d'être un simple amusement.


G. Willow Wilson est une scénariste qui excelle dans la caractérisation de ses personnages : elle réussit souvent à les rendre sinon réalistes en tout cas multidimensionnels, ce ne sont pas de simples héros ou méchants, d'un bloc. C'est particulièrement remarquable dans Poison Ivy et, si elle s'est montrée d'humeur plus légère avec Black Cat, cette fois elle se fait un peu plus grave.


Souvent les bons scénaristes se distinguent par leur capacité à faire ressortir des personnages quelque chose de riche, de profond, alors même que leur situation récente frustre les fans. Et c'est ce qui se passe ici avec MJ Watson, dont beaucoup se demandent ce qui a pris à Marvel d'en faire l'hôte de Venom ou de la marier à Paul Rabin.

Si j'aime beaucoup l'idée d'en avoir fait Venom, il est vrai que Paul Rabin est un vrai caillou dans la chaussure, c'est un peu le Terry Long moderne (référence au mari de Donna Troy dans New Teen Titans). Sans charisme, introduit de manière grotesque, il est devenu ce type que personne ne peut supporter. D'autant plus quand on a lu Ultimate Spider-Man par Hickman où Peter et MJ formaient un couple avec enfants.

En attendant de savoir ce que Paul Rabin deviendra (même si le crossover Death Spiral donne une indication...), G. Willow Wilson avec son voyage dans une temporalité alternative explore ce qui aurait pu advenir des "femmes de Peter Parker". Une sorte de mini What if...? en somme, où Gwen Stacy ne serait pas morte (et mariée à Flash Thompson), où Felicia Hardy aurait épousé Peter, où MJ serait devenue une star de cinéma...

Mais, cruauté savoureuse, Wilson ausculte aussi ce qui se serait certainement passé avec les années qui se seraient écoulées dans ce monde-là. Felicia Hardy rejetée par ses enfants, MJ doublée par de plus jeunes actrices. Subsiste l'amitié entre elles deux et la prise de conscience commune et simultanée que, finalement, leurs vraies vies valent quand même le coup.

La mélancolie, à peine perturbée par un saut dans un futur complètement zinzin lui, rend l'épisode étonnamment touchant. Etonnamment parce qu'on est saisi par la lucidité de ce que les deux héroïnes traversent. Et aussi parce qu'on ne s'attendait pas à ça après 8 épisodes plutôt rigolos, bondissants, décalés. Black Cat est décidément une série surprenante.

Et la dernière page ménage un rebondissement intrigant qui pourrait révéler l'identité de celui qui veut compromettre MJ...

Gleb Melnikov se montre très à l'aise dans ce registre plus intimiste et son trait très expressif convient à merveille au script de Wilson. Andrés Genolet vient lui prêter main forte et dessine les pages 15 à 19 (la scène dans le futur) en réussissant à imprimer rapidement sa marque (bon sang, donnez à Genolet une série ! Il mérite mieux que de jouer le fill-in).

Plus que jamais j'espère que Black Cat va durer parce que c'est vraiment un projet très sympa, formidablement écrit et dessiné, et qui fait du bien à Marvel.

AMAZING SPIDER-MAN #26 : DEATH SPIRAL #7 (of 9) (Joe Kelly / Francesco Manna, Ed McGuinness)


Carnage a pris Torment comme nouvel hôte et Spider-Man est seul à l'affronter puisque Venom secourt au même moment Dylan Brock. Les personnalités du symbiote et du tueur en série se disputent sur leurs objectifs avant de repartir. Venom transporte Eddie Brock à l'hôpital pendant que Spider-Man tente de retrouver Torment/Carnage...
 

Comme on pouvait s'y attendre, les deux méchants font donc cause commune, Carnage ayant lâché Eddie Brock (qui contenait ses envies de tuer) en s'attachant à Torment. Un rebondissement assez convenu mais qui présente l'avantage de donner un coup de boost à une intrigue qui piétinait. Même si, reconnaissons-le, ça reste du grand n'importe quoi.


Joe Kelly fait plus d'effort pour dynamiser son récit et enchaîne les scènes d'action sur un rythme soutenu. La tournure que prend l'histoire lui permet de séparer Venom de Spider-Man, chacun des deux héros ayant sa part de travail à accomplir. Si la partie Venom est donc minorée, elle n'en demeure pas moins intéressante tandis que du côté de Spidey, le cliffhanger final est prévisible.


En combinant Torment et Carnage, le scénario créé un hybride tordu à souhait : si les deux sont des tueurs, ils ne fonctionnent pas du tout de la même façon. Carnage veut tuer pour satisfaire ses instincts meurtriers. Torment, lui, a un plan à exécuter (les fameux meurtres en spirale consistant à éliminer toute une famille).


Kelly peut donc s'amuser à faire dialoguer ces deux alliés divergents : Carnage reconnait que l'objectif de Torment lui fournit de quoi être comblé, Torment admet que la puissance de Carnage va lui permettre d'exécuter sa besogne plus efficacement. En même temps, le lecteur n'est pas dupe : les deux assassins ne sont pas voués à rester collés l'un à l'autre au-delà de ce crossover.

L'autre bon point, c'est ce qui se passe entre Venom et les Brock - Eddie et Dylan. Le père et le fils se retrouvent mais cela ne signifie surtout pas que Mary Jane Watson va leur céder le symbiote. Dans une scène à l'hôpital où elle a transporté Eddie, MJ met même les points sur les "i" avec Eddie en lui expliquant ne plus vouloir le revoir dans les parages après ce qui est arrivé à Paul Rabin (je ne spoile pas).

Il faudra voir ce qu'il advient d'Eddie à la fin de cette affaire puisqu'il est dans un sale état et pour cause, il ne survivait à ses blessures que parce qu'il était l'hôte de Carnage (et avant de Venom). Il va survivre, je pense, mais dans quelles conditions. Ce n'était pas acquis puisque je pensais initialement que Death Spiral allait aboutir à son décès.

Peut-être aura-t-on la réponse dans le futur event Queen in Black de cet été... Quant à Spider-Man, si Joe Kelly a du champ pour l'écrire en le séparant de Venom, c'est paradoxalement dans ses scènes qu'il se montre le moins inspiré. Le tisseur est réduit à un rôle d'adversaire de Carnage/Torment quand il ne doit pas lui courir après... Avant de se prendre une nouvelle raclée !

L'épisode est dessiné pour ses 14 premières pages par Francesco Manna. Emule de Pepe Larraz, son style est donc très énergique, mais plus irrégulier que son modèle (c'est particulièrement visible sur ses dernières planches où le degré de finitions est très léger). Toutefois on ne saurait lui jeter la pierre car il est visible qu'il a été appelé pour dépanner, ce qui signifie que l'editor a mal fait son boulot en ne tenant pas compte de la productivité d'Ed McGuinness.

Ce dernier n'intervient en effet que sur le reste de l'épisode, soit 8 pages en tout et pour tout, et on sent qu'il a bouclé ça sous pression. Mark Farmer, son encreur, qui a dû travailler à partir de layouts (des crayonnés très grossiers). C'est dommage mais qui a pu parier que McGuinness tiendrait les délais...

Reste encore deux épisodes jusqu'à la fin de Death Spiral (auxquels Marvel vient d'ajouter un épilogue, sous titré Body Count, mais je m'en passerai). Pas sûr cependant que Venom #257 remonte le niveau puisque Charles Soule remplacera Al Ewing à l'écriture (mais heureusement Javier Pina signera les dessins)...

mercredi 8 avril 2026

THE FURY OF FIRESTORM #1 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Qu'arrive-t-il à Firestorm l'homme nucléaire ? Pourquoi s'en prend-il à la ville de Bedford, Colorado, qu'il transforme en une sorte de laboratoire horrifique ? L'armée est déployée et on réquisitionne Lorraine Reilly, alias Firehawk, l'ex-petite amie de Firestorm, pour cela ?


Nouveau titre DC Next Level et j'avoue que celui-ci m'a particulièrement hypé dès qu'il a été annoncé. Pourtant je n'ai jamais été spécialement intéressé par le personnage principal et je me méfiais de Jeff Lemire depuis quelques mois à cause de JSA, mais inexplicablement j'avais très envie de lire ça. Et autant le dire tout de suite, ça sera mon coup de coeur de la semaine (du mois ?).


Il y a quelque temps, ici même, j'avais rédigé une critique très mitigée de Jenny Sparks par Tom King et Jeff Spokes, mini série dans laquelle Captain Atom était frappé du complexe du messie. Le projet était intéressant mais j'avais eu le sentiment qu'il ratait sa cible en étant trop bavard, trop théorique, comme si le scénario gâchait son énorme potentiel.


The Fury of Firestorm reprend un peu le même argument :un super héros surpuissant commet des actes insensés en prenant un espace réduit comme champ d'expérimentations. Les autorités sont alertés et cherchent à l'arrêter en faisant appel à une personne tiers qui pourrait ramener le héros à la raison. S'il n'est pas déjà trop tard...


Firestorm est une personnage composite : lors d'une explosion dans une centrale nucléaire, Ronnie Raymond et le professeur Martin Stein fusionnent au sein de la matrice Firestorm et deviennent un entité bicéphale et surpuissante. Mais au fil des années, le héros change d'aspect, d'identité, de couleur de peau, ses pouvoirs évoluent. 

Lemire reprend du début : que reste-t-il de Firestorm ? C'est une manoeuvre singulière et très habile parce que les fans de longue date apprécieront qu'il n'invente pas une énième version du personnage et les lecteurs qui n'y connaissent rien apprécieront que toutes les données antérieures soient présentées de manière abordable tout en les plaçant dans un contexte original.

Le scénariste file d'abord franchement la métaphore biblique : comme Dieu, Firestorm refaçonne Bedford en six jours et se repose le septième. C'est un être présenté comme détaché de l'humanité, il ne parle pas, agit de façon démiurgique, mais aussi opaque et flippante. Il ne parle pas, ses yeux blancs rajoutent à l'énigme.

Firehawk comprend que Ronnie Raymond et le Pr. Stein ne sont plus là, Firestorm agit comme un organisme indépendant que plus personne n'habite. Le récit va et vient entre ce qu'on voit et ce que les personnages ne voient pas, qui révèlent une situation inquiétante. Mais comment en est-on arrivé là ?

C'est ce que la série, au moins dans ce premier arc, va certainement résoudre. Car ce qui semble acquis, c'est que Firestorm, en tant que matrice, a pris son indépendance, a chassé ses occupants (voire pire). Et vu le niveau de puissance qu'il affiche, il y a tout lieu de penser que ce n'est pas par la force qu'on le  ramènera à la raison.

Le temps est prépondérant dans cette intrigue - le temps passé à Bedford, le temps que l'armée se déploie, que les soldats amènent sur place Lorraine Reilly. Cela souligne l'aspect désespéré de la situation, le compte à rebours qui s'est déclenché (comme celui d'une bombe avant son explosion). Ce sentiment d'urgence est puissamment traduit, bien plus que dans Jenny Sparks avec Captain Atom.

En fait c'est le traitement qui distingue le projet de Lemire de celui de King : il prend le contrepied de son confrère - , contrairement à King, pour suggérer l'angoisse, il en dit le moins possible pour désorienter le lecteur. C'est très malin et intense.

Et il y a une vraie audace à débuter une série, qui plus est avec un personnage de seconde zone, en le montrant en train d'agir comme, sinon un méchant, du moins quelqu'un qui semble détaché de tout, à la manière d'un Dr. Manhattan (qui fut inspiré à Alan Moore par... Captain Atom) mais en mode créateur détraqué.

La série bénéficie en outre de somptueux dessins qu'on doit à Rafael de Latorre. Si vous avez lu la dernière partie du run de Daredevil par Chip Zdarsky (la saga du poing rouge), vous identifierez sans mal l'artiste qui suppléait Marco Checchetto. Depuis il a rejoint DC et a collaboré avec... Tom King (décidément) sur la mini Le Pingouin.

J'aime beaucoup de Latorre que j'avais découvert sur Black Widow par Kelly Thompson (où il secondait Elena Casagrande) et que j'avais retrouvé avec plaisir sur quelques n° de JSA de... Lemire (dans l'arc Ragnarok - c'est ainsi que DC et Lemire ont dû s'accorder sur son recrutement). Il a une solide technique, un trait assuré, un découpage simple mais efficace, avec un sens de la composition très sûr.

Il est ici mis en couleurs par Marcelo Maiolo (qui a longtemps travaillé avec Andrea Sorrentino) et dont la palette est très sobre, nuancé, n'empiétant jamais sur l'encrage (c'est devenu rare). A eux deux, Maiolo et de Latorre contribuent à rendre la série très habitée, presque hantée, avec un minimum d'effets, collant en cela parfaitement au script.

Il y a quelque chose d'infiniment satisfaisant à lire un comic book sur un personnage méconnu quand il vous le rend aussi passionnant, dès le premier épisode. On a pu apprécier cela avec le limier martien dans Absolute Martian Manhunter, et c'est un peu le credo de DC Next Level. Confié à une équipe créative de qualité, comme Lobo et Batwoman, The Fury of Firestorm confirme que cette ligne de séries a tout pour susciter l'intérêt.