jeudi 5 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #23 : DEATH SPIRAL #2 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness)

(Concernant l'identité de l'hôte de Venom...)


Alors qu'il se trouve chez sa tante May auprès de qui il tente de justifier son étrange comportement récent, Peter Parker aperçoit dehors Venom en train de se battre avec Lady Octopus. Spider-Man se joint à la bagarre ainsi que le Shocker. les deux super vilains battent en retraite et Venom révèle qui est son nouvel hôte à Spider-Man...


Je ne peux plus dissimuler le secret de Venom et donc j'ai tenu à prévenir d'entrée ceux qui souhaiteraient le découvrir par eux-mêmes. Mais ça devenait compliqué de ne pas spoiler et dans le cas précis de cet épisode, la révélation est au centre du récit. Il n'y a pas que ça, certes, mais c'est quand même le fait le plus frappant.
 

C'est à Joe Kelly, le scénariste de Amazing Spider-Man, que revient donc l'insigne honneur d'écrire la scène où Peter Parker découvre que Mary Jane Watson est désormais liée à Venom. Al Ewing a prévu d'y revenir, une fois le crossover Death Spiral terminé. On appréciera surtout que Kelly reste dans le ton de Ewing pour ce moment crucial.


C'est-à-dire que Kelly n'en fait pas un plat : s'il n'élude pas le choc que ressent Peter en l'apprenant, il explique sagement les circonstances durant lesquelles MJ a vu son sort scellé à celui du symbiote, un rappel de All-New Venom #6. Tout s'est joué quand Mary Jane agissait sous le masque de super héroïne de Jackpot...


Paul Rabin lui avait confectionné un appareil mêlant magie et technologie et lui permettant d'acquérir des pouvoirs aléatoirement, comme une combinaison de bandit manchot. Je sais ce que vous vous dîtes parce que je me le suis dit aussi : c'était vraiment une idée de merde, et vous pouvez saluer Zeb Wells pour l'avoir eue.

Toutefois est-il que l'appareil a fini par déconner et mettre en danger de mort MJ. Elle a été sauvée par Venom qui venait de fuir Eddie et Dylan Brock, et désormais le symbiote et son nouvel hôte sont liés au point que s'il leur venait à l'idée de se séparer, tous deux en mourraient ! Désolé donc pour ceux que cela hérisse de voir MJ attachée à Venom, mais il semble que ce soit parti pour durer (au moins jusqu'à ce que quelqu'un trouve un moyen de remédier à ce gros problème).

Evidemment, avant même de devenir l'hôte de Venom, faire de MJ Watson une super héroïne pouvait déjà irriter. Mais disons que je préfère voir le verre à moitié plein : comme Marvel refuse qu'elle et Peter soient en couple, personnellement la voir en train de jouer les super héroïnes me semble quand plus mélioratif que la réduire à un rôle de potiche, qui plus en couple avec Paul Rabin.

Et mieux encore, j'estime qu'en faire l'alter ego de Venom est nettement préférable à en faire Jackpot, qui du costume affreux aux pouvoirs grotesques était une catastrophe totale. Al Ewing a réussi à me vendre le concept et j'aime bien la manière dont il construit ce duo détonant, comment cela transforme Venom (sa personnalité, ses capacités), etc.

Pour ce qui est de Death Spiral proprement dit, disons que Joe Kelly joue la montre et ne fait pas beaucoup avancer le dossier. On a quand même un vilain iconique qui se fait trucider par Torment, et c'est pas rien. Mais bon, l'épisode est surtout construit autour de la révélation concernant Venom et MJ, c'est un gros morceau qu'il fallait aborder et maintenant c'est fait.

La bonne nouvelle tient au dessin : Pepe Larraz et John Romita Jr. ne participeront pas à Death Spiral et Marvel a donc eu la très bonne idée de rappeler Ed McGuinness. C'est un artiste qui a de l'expérience et même s'il a un peu trop souvent collaboré avec Jeph Loeb à mon goût, il est parfait pour Spider-Man. Son trait rond, souple, très dynamique, proche du cartoon, c'est ce que j'apprécie sur du Spidey.

McGuinness est un dessinateur généreux et son style est irrésistible : on a droit à des splash pages explosives, des personnages expressifs, et sa façon d'animer ce Venom nouvelle formule le rend encore plus savoureux. Il se dégage de ces planches une bonne humeur contagieuse, à peine modérée par la scène avec Eddie Brock et Carnage ou celle avec Torment au contenu évidemment plus sérieux.

McGuinness est de plus encré par l'excellent Mark Farmer, ancien partenaire d'Alan Davis (je n'ai pas compris pourquoi ils ne travaillent plus ensemble alors qu'ils se complétaient parfaitement). Franchement, c'est un régal. Marvel, oubliez John Romita Jr., laissez-le faire ses trucs avec Millar et installez McGuinness comme second artiste sur Amazing Spider-Man en alternance avec Larraz : si vous faîtes ça, je pourrais même être tenté de relire du Spidey !

Rendez-vous la semaine prochaine pour la 3ème partie de Death Spiral dans Venom #255...

AMAZING SPIDER-MAN/VENOM : DEATH SPIRAL #1 (of 9) (Al Ewing, Joe Kelly, Charles Soule / Jesus Saiz)


Une série de morts étranges déciment des membres de la famille d'Eddie Brock. Celui-ci l'ignore car il a fort à faire avec le symbiote Carnage dont il est devenu l'hôte et dont il calme les pulsions destructrices en traquant des criminels. Lorsque Eddie rend visite à son fils Dylan chez Paul Rabin, ce dernier avertit Mary Jane Watson qui en a la garde. Quant à Peter Parker, il reçoit un inquiétant coup de fil de Brock au cours duquel Carnage lui apprend qu'il sait qu'il est Spider-Man...


Comme j'ai décidé de suivre la série Venom, je ne pouvais risquer de passer à côté d'informations potentiellement importantes contenues dans ce crossover avec la série Amazing Spider-Man. Death Spiral est une saga en neuf parties mais qui ne durera que deux mois et dont le premier volet est co-écrit par Joe Kelly (scénariste de Spider-Man), Al Ewing (scénariste de Venom) et Charles Soule (scénariste de Carnage).


Cependant, même si Soule est impliqué, ce sont bien Joe Kelly et Al Ewing qui sont à la manoeuvre. Marvel a déjà, en partie, spoilé cette histoire en laissant deviner qu'il y a aurait une victime importante - mais bon, les morts ne le restent jamais longtemps dans les comics... Surtout, cette saga introduit un vilain, Torment, et va révéler à Peter Parker qui est le nouvel hôte de Venom.


Pour contextualiser un peu plus, il faut savoir que Peter a passé les derniers mois dans l'espace après avoir été vaincu par Hellgate. Pendant son absence, Ben Reilly, son clone, a joué son rôle en tant que Peter Parker tandis que Norman Osborn s'est fait passer pour Spider-Man. Problème : ni l'un ni l'autre n'ont fait grand cas de la situation familiale, amicale et professionnelle de Peter.


Ben Reilly a ignoré tante May et s'est comporté bizarrement au boulot, tandis que Osborn a vite éveillé les soupçons en jouant au tisseur. Peter constate donc, à son retour, les dégâts et doit essayer de recoller les morceaux. Pourtant il n'est pas au bout de ses peines car Carnage a appris qu'il était Spider-Man et que ce symbiote psychopathe pourrait en profiter pour le répéter.

Dans le jeu de chaises musicales auquel s'est prêté Marvel avec le changement d'hôte de Venom à l'issue de l'event Venom War, il a été décidé que Eddie Brock deviendrait l'hôte de Carnage. Brock tente de raisonner le symbiote en acceptant de traquer avec lui des criminels méritant de mourir, mais cette tâche l'afflige et il cherche à localiser Venom dans l'espoir de renouer avec lui.

C'est ainsi qu'il revoit son fils, Dylan, qui lui révèle qui est désormais attaché à Venom. Ce qui va décider Carnage à piéger tout ce beau monde : Venom, son hôte, Spider-Man, et Eddie Brock. Pour cela il se met en relation avec un tueur en série, Torment, qui assassine ses victimes en ciblant leur arbre généalogique - il décime ainsi la lignée Brock...

Tout ça est assez accrocheur mais très lugubre, et les illustrations de Jesus Saiz enfoncent le clou, avec une ambiance des plus sombres. La colorisation de Matt Hollingsworth souligne ce parti-pris (à moins que ce ne soit un problème d'impression ?). En tout cas, on a le sentiment permanent de lire une BD sous exposée au niveau des lumières.

En convoquant cette collection de personnages antagonistes, ce crossover m'a fait penser à ce qui s'était produit à une époque avec Hulk après que Jeph Loeb ait transformé tout ce qui passait de près ou de loin à côté de Bruce Banner en créature soumises au mutations des rayons gamma : Betty Ross, Jen Walters, Rick Jones, Thaddeus Ross...

Finalement, quand la série Hulk avait été confiée à Gerry Duggan, Marvel, conscient qu'il y avait désormais trop de Hulks dans la nature, avait demandé à ce qu'un grand ménage soit fait - et Duggan avait accompli un vrai tour de force en quelques mois. Est-ce qu'aujourd'hui on n'assisterait pas à la même procédure avec les symbiotes - ou du moins leurs hôtes ?

A voir. Et à à suivre dans Amazing Spider-Man #23, sorti hier, dont je vous parle très vite...

mercredi 4 mars 2026

DC K.O. #5 (of 5) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Javi Fernandez, Xermanico, Wes Craig)


Alors que Lex Luthor pensait avoir gagné la couronne de Roi Oméga, Doomsday/Time Trapper, instruit de son rôle vis-à-vis de l'issue du tournoi, permet à Superman d'affronter Darkseid en lui injectant toute son énergie Alpha. Désormais, les deux adversaires vont se battre non seulement pour le salut de la Terre, mais aussi celui du Multivers...


Wow ! Ce dernier chapitre de DC K.O. est tout de même assez costaud et ébouriffant. Comme les crédits de l'épisode l'indiquent, et même si c'est incontestablement l'oeuvre du chef d'orchestre Scott Snyder, il n'a pas été seul à opérer sur cette conclusion puisque Joshua Williamson est aussi de la partie - légitimement puisqu'il est question de Superman et un peu de la Légion des Super Héros (dont il va écrire la nouvelle série).


On peut dire que ce dernier numéro est lui-même construit comme une mini série en soi, d'abord avec une ouverture, un morceau principal, et un final. Le tout est très grandiloquent, over the top, bigger than life, choisissez ce qui vous excite le plus, en tout cas ça dépote, c'est épique, ça envoie du bois, ça dynamite, ça ventile.


On a donc bien droit, malgré ce que voulait nous faire croire le précédent épisode, à une confrontation entre Superman et Darkseid, et ça castagne sévère. Mais peut-être pas de la manière la plus convenue : en effet, il ne s'agit pas de savoir qui est le plus fort, qui a la plus grosse (couronne !), et qui finira au tapis. L'enjeu et l'issue sont ailleurs, comme déplacés.


Investi d'une puissance telle qu'il peut effectivement rivaliser avec Darkseid, Superman doit disputer un combat qui se joue sur plusieurs niveaux, et cela fait penser aux jeux vidéo, avec des paliers de difficulté, des étapes à franchir. C'est cela qui donne le sentiment que l'épisode est pensé, conçu comme une mini série dans la mini série, avec une abondance de péripéties et de rebondissements.


Alors, oui, sans doute que le sort du combat en frustrera certains, qui auraient aimé une résolution plus franche au lieu d'une série de teasers sur les prochaines productions DC et une (inévitable) future Crisis. Mais à quand cette dernière aura-t-elle lieu ? Snyder et Williamson ont promis que les events DC seraient désormais actés seulement quand une excellente occasion le permettra.

Autrement dit : pas aussi régulièrement que chez Marvel ? Je pense quand même qu'il faut rester lucide et admettre que DC ne fera pas l'impasse sur au moins un event par an, soit une histoire cantonnée à un personnage phare, ou une équipe, soit quelque chose de plus global. 

Dans la mesure où DC semble surtout produire des events assez brefs (4-5 épisodes comme Beast World, Knights Terror, Absolute Power, DC K.O.), ça reste digeste. Mais dans le cas d'une nouvelle Crisis, cela semble inévitable qu'on aura droit à une saga plus longue avec des tie-in en nombre, quelque chose de plus proche de ce qu'a fait Marvel récemment avec One World Under Doom.

Ce qui est encore plus avéré, mais qui était prévu, c'est que le dénouement de DC K.O. impacte fortement Superman. Comme Wonder Woman après Death Metal, le personnage semble parti pour ne plus être présent, au moins physiquement, pour quelques mois. Cependant, léger spoil, il n'est pas mort. Et cela ouvre la voie au prochain arc narratif de Joshua Williamson pour la série de l'homme d'acier.

Le plus étonnant et quelque part le plus décevant avec DC K.O., c'est bien la manière dont Snyder, très en amont, a prévenu tout le monde que Superman serait touché et Williamson lui a emboîté le pas en nous faisant comprendre avec le retour au premier plan de Superboy Prime que non seulement celui-ci aurait droit à une rédemption mais, mieux encore, à son nom en haut de l'affiche.

Dans cet épisode, Snyder brasse large et on reconnaît là sa touche, celle d'un scénariste qui déborde, qui en veut toujours plus - comme hier avec le concept d'Omnivers (une multitude de multivers) et aujourd'hui avec une référence à... Doomsday Clock, la "suite" (lol) de Watchmen par Geoff Johns et Gary Frank, et qui place Superman dans une position christique (décidément, c'est une manie chez les Snyder - Zack Snyder voyait le personnage ainsi dans ses films).

Toutefois Snyder ne va pas jusqu'à reconvoquer Dr. Manhattan (ouf !), mais lui substitue quasiment Superman en disant, comme Johns, que le kryptonien représente une force cosmique face à laquelle le multivers réagit... Bon, je trouve ça vraiment too much, ce n'est pas ce que je préfère, et Snyder, là, en fait trop à mon avis. Espérons que Williamson ne cherche pas à surenchérir le moment venu.

Visuellement, l'épisode est magnifique : l'ouverture par Xermanico subjugue par son élégance et son ampleur, le ton est donné. Puis Javi Fernandez reprend les commandes et il donne tout ce qu'il a dans le moteur : l'affrontement final est sublimé par un découpage à la fois explosif et inventif, c'est du grand spectacle. Enfin Wes Craig, qui avait été là pour le lancement de DC All-In, revient pour conclure ce grand show.

Et maintenant ? DC Next Level ! Des séries ont déjà été annoncées et commencent dès le mois prochain : Batwoman (Greg Rucka + Dani), Lobo (Skottie Young + Jorge Corona), Deathstroke : the terminator (Tony Fleecs + Carmine di Giandomenico), The Deadman (W. Maxwell Prince + Martin Morazzo), The Fury of Firestorm (Jeff Lemire + Rafa de Latorre), Zatanna (Jamal Campbell), The Demon, Jonah Hex, La Légion des Super Héros, Shadow of the Bat...

DC voit grand, ose - tout ne rencontrera certainement pas le succès, mais on peut créditer l'éditeur d'une volonté claire de proposer des comics pour tous, avec des équipes créatives souvent surprenantes, alléchantes. Sans oublier les fondamentaux, les essentiels, les incontournables... De quoi donner des regrets à ceux qui ne lisent que la vf tant Urban Comics a réduit la voilure de ses traductions.

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La couverture "undressed" de DC K.O. #5 par Javi Fernandez :

VENOM #250-254 (Al Ewing / Terry Dodson & Todd Nauck, Paco Medina, Carlos Gomez)

 

 

 

VENOM #250-254
(Ecrit par Al Ewing /
Dessiné par Terry Dodson & Todd Nauck : #250 ;
Paco Medina : #251-252 ;
Carlos Gomez : #253-254)


Lorsque l'alliance Kree-Skrull apprend que les Chitauri ont une nouvelle reine, un espion Skrull est envoyé en mission d'infiltration pour obtenir des informations à ce sujet. Il découvre à son arrivée que les Chitauri ont été colonisés par les Klyntars, les symbiotes. L'espion prend la fuite et regagne une base Kree elle aussi colonisée : l'alliance Kree-Skrull a entre temps éclaté. Direction : la Terre pour alerter Venom du retour de Knull, le roi des symbiotes, mais le vaisseau de l'espion se crashe avant...


Cependant le sénateur Kevin Krask explique à Luke Cage qu'il a nommé le Dr. Octopus à la tête du SCAR (l'agence chargée de capturer les symbiotes). Venom patrouille en ville lorsqu'il surprend le malfrat Blue Streak ayant commis le braquage d'une banque. Rick Jones/Toxin le stoppe mais le SCAR s'en mêle...
 

Venom prête main forte à Toxin en changeant son apparence pour ne pas être capturé mais la situation dégénère. Luke Cage intervient pour séparer Octopus et ceux qu'il veut capturer. Défait, humilié, vexé, Octopus décide de s'allier à Madame Masque qui affirme savoir qui est le nouvel hôte de Venom...


Madame Masque attaque plusieurs cadres de l'AIM - Alessandro Brannex, Monica Rappaccini, Andrew Forson - pour prendre le contrôle de l'organisation. MODOK en prison lui en confie la direction. Cependant, le nouvel hôte de Venom réussit à localiser Masque pour l'empêcher de divulguer son identité secrète...


Equipée d'une armure, Madame Masque est prête à affronter Venom...

Bon, hé bien, j'ai décidé de poursuivre la série Venom après avoir lu la mini All-New Venom que j'ai apprécié. Pour cela, j'avais cinq épisodes de retard à rattraper pour être à jour, alors que le crossover Death Spiral entre les séries Amazing Spider-Man et Venom a débuté le mois dernier.

Les dix numéros de All-New Venom permettaient à la fois de jouer sur le mystère entourant l'identité du nouvel hôte de Venom et aussi de revenir à la série régulière Venom pile-poil pour son 250ème épisode. Celui-ci se présente comme un chapitre avec une plus forte pagination pour l'occasion et deux segments : le premier tease le retour de Knull, le roi des Symbiotes, le King in Black créé par Donny Cates et Ryan Stegman ; le second est un flashback dispensable sur l'époque où Eddie Brock était Venom.

Al Ewing ne brille pas particulièrement mais prépare le terrain en vue de l'event estival, Queen in Black, qui débutera en Juillet prochain. Knull n'est donc pas mort - ou plutôt il ne l'est plus et quelqu'un l'a ramené à la vie pour servir ses propres plans. Je ne vais pas spoiler qui a ranimé Knull mais Ewing fait preuve d'une vraie suite dans les idées quand on sait qu'il écrit également les aventures de Thor...

Si le flashback n'apporte rien de plus à ce qui s'annonce, il a l'avantage d'être bien dessiné par Carlos Gomez tandis que la partie au temps présent a besoin de Todd Nauck (pour les scènes dans l'espace avec l'espion Skrull) et Terry Dodson (pour les scènes à New York avec Venom) et il faut bien reconnaître que même si je n'aime pas Nauck, il s'en sort mieux que Dodson dont les pages sont d'un niveau indigne de lui.

Les épisodes suivants (#251-254) peuvent se lire comme un arc complet, bien que Al Ewing continue à semer pour le futur de la série. C'est un peu acrobatique d'en parler dans la mesure où je m'emploie à ne pas révéler (pas encore) le nom du nouvel hôte de Venom. Toutefois, on peut y arriver dans la mesure où s'il s'agit d'un élément de l'intrigue, d'autres choses se passent.

Depuis la nomination de Dr. Octopus à la tête du SCAR jusqu'à la prise de contrôle de l'AIM par Madame Masque, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Ewing réussit à mixer humour et action avec une étonnante maîtrise, car s'il avait déjà prouvé son savoir-faire pour l'action, en revanche on ne soupçonnait pas qu'il puisse être drôle.

Cette dose d'humour ne plaira sans doute pas aux fans qui préfèrent Venom en anti-héros violent et monstrueux. Pour ma part, je trouve que ça fonctionne très bien parce que ça correspond à qui est désormais l'hôte du symbiote. On ne verse pas non plus dans la parodie ou la farce, mais Ewing glisse quelques moments savoureux (comme lorsque Venom prend l'apparence de Iron Man, version armure noire et jaune, courant après Blue Streak).

Surtout cette légèreté permet de rendre, par contraste, plus intense l'affrontement entre Venom et Madame Masque qui a découvert l'identité de l'hôte. Les deux adversaires lâchent leurs coups, la bataille est épique, destructrice et les antagonistes n'en resteront pas là. Je me demande si Marvel n'est pas en train de faire de Mme Masque leur nouvelle grande vilaine, puisqu'elle est aux prises avec Venom et Iron Man quasiment en même temps.

Ce qui est intéressant aussi se déroule au second plan, d'abord avec Luke Cage dont on apprend que la fin de son mandat de maire de New York approche. Le héros se demande s'il va se représenter - et s'il en aura les moyens, car il s'est mis à dos un sénateur en cheville avec le SCAR. On sent que les responsabilités d'édile lui pèsent et en même temps il a conscience que ce poste lui permet de résoudre plus de problèmes concrets qu'en tant que justicier.

Ensuite, on assiste au putsch de Mme Masque qui prend les commandes de l'AIM (ça colle avec ce qui se passe dans Iron Man actuellement), mais son coup de force va lui valoir des représailles des cadres de l'organisation (qu'elle a tentés de tuer). Et avec MODOK en prison, elle va devoir se déployer pour tenir contre tout ce monde.

Visuellement, après la déception du #250, la série retrouve des couleurs puisque Paco Medina s'installe sur les épisodes 251-252 : artiste solide sans être exceptionnel, Medina s'acquitte du job avec beaucoup d'application et me semble être le parfait remplaçant pour Carlos Gomez quand celui-ci aura besoin de souffler.

Gomez revient au #253 et signe aussi le #254 : il peut faire valoir une fois encore ses qualités de storyteller impeccables dans deux chapitres qui abondent en action. Sous son crayon, Mme Masque est aussi sexy que dangereuse et tout comme Medina, il s'amuse comme un fou avec les nouvelles aptitudes du symbiote, développées grâce aux inspirations de son nouvel hôte.

Si on m'avait dit que j'aimerai autant lire Venom, je ne l'aurai pas cru. Mais c'est simplement excellent : Al Ewing a donné un coup de fouet iconoclaste au personnage et il est accompagné par des artistes irréprochables, très réguliers. Par les temps qui courent, chez Marvel, c'est plus qu'appréciable.

mardi 3 mars 2026

ALL-NEW VENOM : WHO IS ALL-NEW VENOM ? (Al Ewing / Carlos Gomez)


ALL-NEW VENOM : WHO IS ALL-NEW VENOM ?
(All-New Venom #1-10)


Madame Masque comparaît devant la justice pour répondre de ses actes terroristes. Luke Cage, le maire de New York ; Joe Robertson, le rédacteur en chef du "Daily Bugle" ; et Rick Jones, reporter pour le même journal, assistent à l'audience lorsque celle-ci est interrompue par l'apparition de deux membres de l'A.I.M. venus eux aussi réclamer des comptes à la prévenue. La salle est évacuée et Venom apparaît.


Dans la bataille qui s'ensuit, Madame Masque en profite pour s'évader. Mary Jane Watson, sous son alias de Jackpot, rentre chez elle où l'attendent son compagnon Paul Rabin et Dylan Brock, le fils d'Eddie, ancien hôte de Venom. L'adolescent veut savoir qui est le nouveau Venom et parie qu'il s'agit de Cage, Robertson, Jones ou Masque. Il se lance dans une enquête qui le mène à un entrepôt où Masque avait établi une de ses planques.


Venom y débarque à son tour et affronte les agents de l'A.I.M. puis Madame Masque elle-même, puis gronde Dylan pour son imprudence. Le S.C.A.R. (Symbiote Containment and Relocation) traque aussi le nouveau Venom dont tout le monde s'aperçoit qu'il n'a pas le même comportement et agit héroïquement. Flash Thompson, qui en a été un des hôtes et officie désormais comme l'agent Anti-Venom, tente de calmer le SCAR en veillant sur les symbiotes déjà capturés.


Progressivement, Dylan comprend que ses suspects sont innocents mais cela ne freine ni le SCAR et le Dr. Octopus qui travaille pour eux, ni MODOK et Madame Masque qui s'allient pour l'occasion. Mais qui est ce nouveau Venom ?


Depuis 2021, Al Ewing pilote la série Venom, d'abord aux côtés de Ram V, puis seul depuis 2023. Sous sa direction, les aventures du symbiote sont restées aussi populaires que durant le run de Donny Cates, ayant culminé avec l'event King in Black. Et comme il l'a fait avec Immortal Hulk puis Immortal/Mortal Thor, Ewing s'est employé à bousculer le héros et ses fans.


En 2024, il lance l'event en cinq parties Venom War à l'issue duquel Eddie Brock et son fils Dylan (né en vérité de la relation entre Eddie, Anne Weying et le symbiote) se disputent le contrôle de Venom sans qu'aucun d'eux ne parviennent à l'empêcher de fuir dans New York traumatisé par tout qui est relatif aux symbiotes.


Marvel décide alors de suspendre la parution de la série Venom pour que Al Ewing développe une histoire qui va révéler qui est le nouvel hôte de l'alien sous le titre All-New Venom. Le procédé est très artificiel mais a pour but de créer un suspense et aussi, accessoirement, de reprendre le fil de la série régulière pile-poil pour son 250ème épisode.

C'est ainsi qu'on a droit à ce trade paperback (que Panini, jamais en retard pour vous soutirer quelques Euros, a préféré traduire en deux tomes) qui rassemble les dix épisodes de cet arc narratif. Pour ne spoiler personne (même si l'info a depuis fait le tour des médias spécialisés), j'ai fait attention à ne rien montrer qui révèle qui est le nouveau Venom.

Je dois dire que je ne me suis jamais vraiment intéressé au personnage, même si j'avais lu quelques arcs du run de Rick Remender (dessinés par Tony Moore et Tom Fowler en autres) puis de Cullen Bunn (les épisodes dessinés par Declan Shalvey). Mais j'ai zappé le run de Donny Cates, et je n'ai vu aucun des films avec Tom Hardy (et tout indique que j'ai bien fait).

Alors pourquoi acquérir cet album ? Hé bien, parce que, moi, je me suis fait spoiler et quand j'ai su qui était le nouveau Venom, passé un moment de stupéfaction, j'ai été curieux de savoir comment Ewing justifiait ça. L'autre raison tient dans l'identité de l'artiste : Carlos Gomez, dont j'aime beaucoup le travail et qui tenait là l'occasion de briller sur la longueur (après avoir été abonné aux mini-séries).

Ewing écrit un récit rempli d'action et qui file à toute allure. On ne s'ennuie pas une seconde et le scénariste s'amuse à imaginer de nouvelles fonctions pour le symbiote, inspirées par la personnalité de son nouvel hôte. L'histoire débute comme un jeu de pistes avec quatre suspects désignés, qui ne sont jamais dans la même pièce que Venom quand celui-ci s'y trouve.

Ainsi subodore-t-on qu'il s'agit de Madame Masque, s'échappant fort à propos juste quand le symbiote surgit dans la salle du tribunal où elle comparaît ; à moins qu'il ne s'agisse de Luke Cage devenu maire de New York, ou Joe Robertson le rédac'chef du "Daily Bugle", à moins que ce soit Rick Jones, l'éternel sidekick qui fut aux côtés de Hulk ou Captain Mar-Vell.

Dylan Brock mène l'enquête, moins pour démasquer le nouvel hôte que pour récupérer le symbiote. Les vilains défilent (Madame Masque, l'AIM, MODOK, Dr. Octopus). Il y a aussi les agents du SCAR aux méthodes expéditives. Et au coeur de tout cela, ce Venom relooké, avec son logo doré, ses nouvelles manières, son identité insoupçonnable.

Ewing lève le voile seulement à la dernière page du cinquième épisode et, même en sachant de qui il s'agit, cela reste surprenant. Mais le scénariste a le mérite d'expliquer pourquoi il a choisi cet hôte, dans quelles circonstances Venom s'y est attaché, pourquoi il ne le quitte plus. Bien entendu, on peut trouver ça dommage de super héroïser un personnage qui n'en avait pas besoin, mais l'idée de Ewing ne manque ni de culot ni d'arguments.

D'abord, et en premier lieu, il suppose des développements ultérieurs qui mettent l'eau à la bouche. Ensuite ce nouvel hôte est excitant parce qu'il n'est pas roué au combat comme le furent Peter Parker, Eddie Brock ou Flash Thompson. Enfin, parce qu'il n'y a rien de plus amusant que de lire les réactions horrifiés des fans devant cette hérésie.

Ewing prend le parti d'en rire, même si la série n'est pas devenue comique. Simplement il se sert de l'ingénuité de l'hôte pour redynamiser sa relation avec le symbiote mais aussi épicer les épreuves auxquelles il est confronté. La manière dont les pouvoirs de Venom sont exploités désormais sont parfois désopilantes, toujours imprévisibles, souvent épatantes.

Je ne sais pas combien de temps ce statu quo va durer - déjà Ewing et Gomez ont annoncé des changements cosmétiques en vue d'un prochain event, Queen in Black (pour Juillet de cette année). Mais la série entre ainsi dans une zone incertaine, improbable, qui lui donne un coup de pep's bienvenu. Ce n'est pas une question de génie, mais au moins ça bouge.

Carlos Gomez assure le dessin sur les dix épisodes, sans faiblir. Soutenu aux couleurs par Frank d'Armata, il produit des planches très travaillées, avec une lisibilité et une énergie imparables. Ses personnages ont tous de l'allure, ses scènes d'action fonctionnent pleinement, et les moments plus calmes ne déparent pas.

Il utilise l'infographie à bon escient pour les décors mais sa narration est si efficace que cela ne choque jamais le regard. Gomez s'attache aussi visiblement à prouver qu'il n'est pas qu'un artiste aimant dessiner des femmes superbes (même s'il en a encore l'occasion), et on sent qu'il s'éclate quand il s'agit de représenter les métamorphoses de Venom, la manière dont il emploie ses pouvoirs de façon inédite.

Les seconds rôles sont également très bien traités, en particulier le chat symbiote Sleeper. Madame Masque est sexy et dangereuse, MODOK grotesque et menaçant, Octopus terrifiant, les agents du SCAR flippants. Avec un peu de chance, Ewing et Gomez trouveront un moyen de se débarrasser de Paul Rabin, le compagnon embarrassant de MJ Watson créé dans un moment d'égarement par Zeb Wells...

Le propre des idées atypiques est qu'elles ne plaisent pas aux puristes. Pour ma part, je les conçois surtout comme la volonté d'un auteur de bousculer les conventions et rafraîchir des concepts usés. Ce nouveau Venom a tout pour diviser, mais aussi tout pour ravigoter un personnage confortablement installé. Rien que pour ça, ça mérite qu'on s'y arrête et qu'on juge sur pièces.

vendredi 27 février 2026

ABSOLUTE WONDER WOMAN, TOME 2 : LE LABYRINTHE (Kelly Thompson / Mattia de Iulis, Hayden Sherman, Matias Bergara)


ABSOLUTE WONDER WOMAN, T. 1 : LE LABYRINTHE
(Absolute Wonder Woman #6-14)


- #6-7 : THE LADY OR THE TIGER (Kelly Thompson / Mattia de Iulis) - Aujourd'hui : Wonder Woman se rend en enfer pour qu'il libère Circé. Intrigué par ses armes, Hadès lui demande comment elle a pu les rendre si puissantes. Puis il la met au défi de battre son champion dans son arène et Perséphone assiste au combat...
 

C'est un copieux deuxième tome que publie Urban Comics puisqu'il compte pas moins de neuf épisodes. Sachant qu'en vo, le premier recueil comportait les 7 premiers épisodes contre cinq pour l'édition vf, il fallait bien rattraper le retard. Kelly Thompson ouvre donc le bal avec un diptyque où elle retrouve l'artiste Mattia de Iulis avec lequel elle avait collaboré sur un projet en creator-owned (The Cull) et sur sa reprise de Jessica Jones chez Marvel.

Le résultat est en demi-teinte : l'histoire est composée comme une fable qui donne son titre à cet arc et qu'on peut résumer par le choix que doit faire un combattant dans une arène entre le femme qu'il aime (mais qui est la rivale d'une reine) et l'affrontement avec un tigre. Wonder Woman, elle, doit faire face à Hadès, le maître des enfers, agacé par l'insolence de l'amazone.

Mais Diana peut compter sur un joker auquel Hadès ne s'attend pas... Kelly Thompson développe cette brève intrigue avec malice mais le dénouement laisse sur le lecteur sur sa faim. On a trop le sentiment que tout ça a surtout été écrit pour remplir avant le plat de résistance. Et puis il faut aimer le style photoréaliste de Mattia de Iulis au dessin. C'est parfois très beau, mais narrativement c'est trop statique.


- #8-12 : AS MY MOTHERS MADE ME (Kelly Thompson / Hayden Sherman) - Wonder Woman cherche où sont les amazones et est aidée par Etta et Gia Candy, Steve Trevor et surtout Barbara Minerva. Mais une alerte l'oblige à se rendre à Gateway City où le Dr. Poison l'attire dans un piège après lui avoir dit d'où il venait.


Détenu dans un complexe de la zone 41, il explique à Diana que s'y trouve un labyrinthe souterrain où sont retenus captifs d'autres individus comme elle, et notamment une amazone. Elle se rend sur place et croise la route de Ferdinand, un minotaure protégeant une sirène, Petra, convoitée par Dame Cléa. Ferdinand confie Petra à Diana et couvre leur fuite.


Après avoir transféré Petra à l'abri, Wonder Woman part recherche Ferdinand mais Dame Cléa utilsie un puissant hallucinogène pour pousser l'amazone dans un puits. Elle y est repêchée par Io, une autre amazone qui cherche avec d'autres détenus à s'évader depuis des décennies. Diana met au point un plan pour les libérer mais aussi raisonner Cléa.


L'histoire principale de ce deuxième tome d'Absolute Wonder Woman entraîne l'héroïne dans une zone qui fait explicitement référence à la légende de la zone 51, cette base militaire située dans les environs de Roswell au Nouveau-Mexique et dont on a dit qu'elle abritait des vaisseaux et des créatures extraterrestres.

Sur ce terreau fertile, Kelly Thompson brode une intrigue qui reprend allègrement la figure de Thésée dans le labyrinthe de Dédale où il s'aventure pour sauver les victimes promises au Minotaure dans la mythologie grecque. Sauf que la scénariste s'amuse à détourner les clichés : ici, le minotaure qui répond au nom de Ferdinand n'est pas un méchant mais un des malheureux captifs de l'endroit.


Diana, qui cherche d'autres amazones, va en rencontrer une et affronter une atlante, Cléa. On ne s'ennuie pas en lisant ces péripéties que Hayden Sherman, de retour au dessin, se charge de mettre en images avec sa virtuosité habituelle, composant des planches folles, avec des cases de toutes formes et une tonicité jamais prise en défaut.

Ce qui surtout fait la réussite de l'entreprise, c'est ce que Thompson sème tout au long de ces épisodes. La zone 41, la labyrinthe, tout ça n'est que le sommet de l'iceberg et toute la série développe une mythologie propre amenée à être exploitée sur le long terme, avec de nouveaux futurs adversaires prompts à mettre Diana en difficulté.

La fin de cet arc, sans rien spoiler, nous projette encore plus loin et prouve que la scénariste a un plan précis pour la série. Thompson ne commet plus les erreurs qui ont souvent plombé ses productions, comme par exemple cette manie d'écrire une héroïne puis de transformer le titre en team book qui ne disait pas son nom (ici, les seconds rôles le restent, Wonder Woman est vraiment au premier plan).

Loin de la surenchère de Scott Snyder avec Absolute Batman et du manque d'inspiration de Jason Aaron avec Absolute Superman, Thompson réussit la meilleure série de la gamme - je ne mets pas au même niveau Absolute Martian Manhunter dont l'originalité dépasse de loin tout le reste, et j'ai zappé Absolute Flash et Green Lantern, que la majorité des avis rangent franchement en dessous.
 

- #13-14 : THE PRICE (Kelly Thompson / Matias Bergara) - Reprenant ses recherches sur Themyscera avec Barbara Minerva, Wonder Woman doit affronter un nouvel adversaire qui s'avère être son double maléfique. Pour s'en débarrasser, elle implore la déesse Gaïa... Mais rencontre une autre future ennemie en provenance elle aussi de la zone 41...


Enfin, l'album se termine à nouveau avec un diptyque, mais s'il est plus abouti que le premier concernant le scénario, il divisera par son aspect visuel. En effet il a été fait appel à Matias Bergara pour permettre à Sherman de souffler et... Comment dire?... Je n'ai pas senti son suppléant très soigneux dans sa contribution.

Bergara est pourtant un artiste au style recommandable, ses collaborations avec Si Spurrier (Coda et Saison de Sang) sont de vrais poèmes narratifs et esthétiques, mais là, clairement, je ne le trouve pas à sa place. Il a du mal à s'intégrer aux codes super héroïques, son trait très nerveux semble brouillon, on ne retrouve pas du tout ses qualités habituelles.

Thompson, elle, réfléchit à un thème éculé : le prix à payer pour avoir utiliser la magie dans le monde réel. Cela aboutit à une étrange confrontation parfois naïve, parfois troublante, mais qui vaut surtout comme teaser pour la future ennemie de Wonder Woman, également magicienne, ici complètement réinterprétée.

L'un dans l'autre donc, avec un sommaire aussi fourni, l'ensemble est par définition très inégale. Pourtant Absolute Wonder Woman est une lecture facile et agréable, une revisite du personnage très habile, nuancée, avec un background déjà très riche et accrocheur. Lorsque Hayden Sherman est de la partie, c'est en plus visuellement éblouissant.

jeudi 26 février 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #9 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


John Jones est sans nouvelles du martien depuis une semaine - ce dernier est aux mains de l'Agence, qui procède à sa vivisection. A sa place, l'agent du FBI est accompagné par une nouvelle entité extraterrestre, Désespoir-le-zéro, qui lui donne accès aux pensées les plus déprimantes. C'est dans cet état qu'il se rend chez une psychiatre auprès de laquelle Bridget, sa femme, espère ressouder leur couple...


Le break opéré par la série l'a révélée sous un jour un peu différent de ses six premiers épisodes : jusqu'à ce stade, on évoluait dans un récit très étrange mais qui culminait avec la fin d'un acte 1 spectaculaire, et malgré la bizarrerie de l'ensemble, on suivait les aventures de John Jones et du martien assez facilement, à la manière d'un buddy comic book, parfois drôle, parfois flippant.
 

Mais depuis le retour de la série et le n°7 donc, Deniz Camp a plongé son héros et son histoire dans quelque chose de beaucoup plus noir, oppressant, inquiétant. L'humour a disparu. J'ai comme l'impression qu'il a écrit (ou réécrit ?) à la lumière (noire) de l'actualité aux Etats-Unis pour transformer Absolute Martian Manhunter en une fiction plus politique, paranoïaque.


Et le scénariste a enfoncé le clou le mois dernier en séparant complètement John Jones et le martien. Ce dernier a été capturé par la mystérieuse Agence qui procède maintenant à sa vivisection tandis que l'agent du F.B.I. a un nouveau compagnon, Désespoir-le-zéro (Despair-the-zero en vo), qui lui permet de ressentir uniquement les émotions les plus négatives.


Pire : Désespoir-le-zéro avoue à John qu'il est également là pour le détruire, moralement, psychologiquement, physiquement. John résiste mais il est submergé par les situations qu'il affronte, enquêtant sur les traces qu'aurait pu laisser le martien dans les rêves des gens - sans succès. Et bientôt, effectivement, le pessimisme l'envahit, l'écrase, le fait réagir violemment.

Car si le martien se fait disséquer, c'est aussi le cas de John qui se rend à une consultation chez un psychiatre avec Bridget qui espère en vérité moins sauver son couple que forcer son mari à reconnaître qu'il devient fou et même dangereux. La réaction de ce dernier confirme d'ailleurs cela : il comprend qu'on l'a piégé, se met en colère, voit la possession dont Tyler, son fils, est l'objet, et hallucine (ou pas) en résistant à des infirmiers qui veulent l'embarquer.

Question intensité, c'est un épisode extrêmement impressionnant, qui communique un malaise puissant, et confirme surtout le génie de Deniz Camp. Ce dernier a expliqué que DC aurait volontiers aimé qu'il prolonge la série au-delà des douze épisodes, mais en même temps l'éditeur leur ont fait une offre, à lui et à Javier Rodriguez, "impossible à refuser" - diable ! voilà qui est bigrement alléchant !

Cela signifie surtout que le duo Camp-Rodriguez, qui ressemble à une véritable entité bicéphale, chacun challengeant l'autre, va continuer à travailler ensemble et, même si, moi aussi, je n'aurai pas dit non à un rab de martien, je suis quand même très content qu'ils aient gardé le contrôle de leur projet, et rebondissent sur autre chose qui ne manquera pas d'être passionnant.

Javier Rodriguez, il faut le rappeler, quand il a quitté l'Espagne pour exercer aux Etats-Unis sur le conseil de son ami Marcos Martin, a redémarré en bas de l'échelle. Déjà dessinateur, il est devenu coloriste (notamment sur Daredevil époque Mark Waid), puis progressivement, Marvel l'a laissé reprendre la planche (toujours sur DD, puis Spider-Woman notamment).

Là où il a prouvé qu'il n'était pas un bleu, c'est avec L'histoire de l'Univers Marvel, écrit par Waid : une lecture assez chiante mais transcendée par des pages complétement dingues. Al Ewing a remarqué la virtuosité de l'espagnol et avec lui a composé les deux volumes de ses Defenders, où le doute n'était plus permis pour estimer l'inventivité ébouriffante de son graphisme. 

Il y eut aussi Doctor Strange et les Sorciers Suprêmes (qui vient de ressortir en un seul volume chez Panini) mais là, les limites éditoriales de Marvel ont empêché Rodriguez de tout faire et Nathan Stockman l'a supplée pour compléter cette mini, directement inspiré du run de Jason Aaron sur Dr. Strange.

DC est, à cet égard (mais pas seulement) autrement plus intelligent : en accordant quelques mois de suspension à la série, Rodriguez a pu avancer tranquillement dans son travail et il signera donc les 12 épisodes d'Absolute Martian Manhunter - Deniz Camp refusait d'ailleurs tout fill-in : c'était avec Rodriguez ou rien.

Et quand on voit encore une fois ce que ce dessinateur sort, c'est juste insensé : chaque nouvel épisode est aussi ahurissant que le précédent, c'est tellement atypique, brillant, novateur, ludique, angoissant - et Rodriguez fait tout : dessin, encrage, couleurs, une partie du lettrage ! Impressionnant, magistral, merci de nous donner ça à lire !

C'est encore et toujours la meilleure série Absolute - et sans doute la meilleure série tout court dans les bacs actuellement.