jeudi 29 octobre 2026

ZATANNA #7 (Jamal Campbell / Yasmine Putri)


Polnattbyen, Arctique. Un cargo transportant des containers s'échoue sur le port de ce village. A l'intérieur, le shérif trouve Zatanna au milieu des cadavres de l'équipage. Ils ont tous été tués par des vampires. Ces créatures habitaient autrefois là avant d'être chassés par Eberhardt Van Elsing, dont la petite-fille, Eva, fait partie de la police locale désormais. Zatanna mène l'enquête avec elle...


Dans la première mini série Zatanna qu'il a écrite et dessinée, publiée en 2025, Jamal Campbell opposait la maîtresse de la magie à Lady White, une vampire qui avait possédé son assistant Adam Aesford. Il était prévisible que Campbell renoue avec ce personnage que Zatanna avait laissé libre à condition qu'elle ne fasse plus parler d'elle. Et c'est ce que confirme ce nouvel arc narratif.

Mais Lady White elle-même était sous la coupe d'un sorcier, Brother Night, ce qui rendait sa situation plus complexe que celle d'une ennemie désignée. Campbell adopte le même procédé ici, semble-t-il, quand Zatanna est invitée par Lady White à la trouver et qu'elle se trouve dans un village de l'arctique qui fut autrefois le domaine de vampires.


Un flashback, au début de l'épisode, nous instruit sur le patriarche de ce village, le père de Lady White, et sur Eberhardt Van Elsing, descendante de Abraham Van Elsing (qui traqua Dracula dans le roman de Bram Stoker), et dont l'héritière, Eva Van Elsing, fait désormais partie de la police de ce patelin. Eberhardt chassa les vampires et Father White conclut avec elle un marché pour ne plus persécuter les humains du coin.


On a là des bases denses pour un récit qui démarre fort et qui se conclura le mois prochain. Comme je l'ai dit dans ma critique du premier tome de ce relaunch, l'écriture de Campbell exige du lecteur d'être impliqué et attentif. Il faut, en l'occurrence, avoir lu la première mini série et intégrer plusieurs personnages inédits. 

Ce n'est pas un gros effort et surtout on est bien récompensé de l'avoir fait car Campbell signe indéniablement la meilleure série sur Zatanna. Il aime la magicienne, veut la mettre en valeur, imagine des intrigues originales et bien rythmées, et pour ne rien gâcher, superbement mises en images. Il cède sa place de dessinateur pour ces deux épisodes à un nouvel invité.

Et je suis particulièrement ravi de retrouver Yasmine Putri. Elle est également à l'honneur cette semaine pour la back-up story de Darkseid vs. The World, mais évidemment elle a bien plus d'espace ici pour s'exprimer. Et Putri est une merveilleuse artiste qui mérite une nouvelle chance après ses débuts un peu délicats sur Dark Knights of Steel , une mini Elseworlds écrite par Tom Taylor.

Il ne faut pas oublier que Putri s'est faite connaître pour ses superbes couvertures (entre autres sur Nightwing au tout début de l'ère DC Rebirth). Mais elle a prouvé qu'elle était une narratrice graphique très douée, même si elle avait besoin de temps pour livrer ses pages. Son talent éclate ici où elle doit composer avec un univers déjà établi, moins de personnages, mais avec un réel souci esthétique.

En tout cas Campbell sait déléguer sa série à des guests de talent, après Edwin Galmon et maintenant Yasmine Putri. Zatanna est d'ores et déjà un des mes titres DC Next Level favoris, au moins à égalité avec The Fury of Firestorm. Il en reste plus à Urban Comics qu'à proposer une vf de la première mini et d'enchaîner avec ce run pour que les lecteurs français puissent en profiter.

SUPERMAN #43 (Joshua Williamson / Xermanico)


Cat Grant accompagne Marilyn Moonlight dans un cimetière où elles découvrent que les statues sont des individus pétrifiés vivants... Superman est revenu sur Terre et à Metropolis. Lois Lane aimerait bien que Clark lève le pied après sa longue absence mais quand il apprend que Cat ne donne plus de signe de vie depuis plusieurs jours, il part mener l'enquête...


Le crossover Kingdom of Zod enfin achevé, je retrouve avec grand plaisir la série Superman. Et Joshua Williamson démarre un nouvel arc narratif, Night Shift, ce mois-ci, avec un nouveau dessinateur. Et pas des moindres puisqu'il s'agit du formidable Xermanico, qui semble bien avoir fait ses adieux à Green Lantern.
 

Comme il en a l'habitude, Williamson ne perd pas de temps pour installer son intrigue où il est question justement des conséquences du retour de Superman que tout Metropolis considérait comme mort à la fin de l'event DC K.O. (même si les habitants de la ville ignoraient les circonstances de cette bataille contre Darkseid).


Pourtant, Superman n'est pas immédiatement confronté au méchant de l'histoire (qui reste à définir). Non, cette fois, tout débute par des investigations menées par Cat Grant et Marilyn Moonlight lorsqu'elles sont sur la piste d'un culte lugubre autour de Nekron. Et qui dit Nekron, dit Black Lanterns. Et qui dit Black Lanterns pense évidemment à Blackest Night, le célèbre event de 2009-2010.


Marilyn perd la trace de Cat et comprend qu'elle va avoir besoin de renfort. Est-ce que Superman sera en mesure de l'aider ? Cela semble compromis quand on voit ce qui lui arrive à la fin de cet épisode où la lumière solaire qui lui est si précieuse a désormais d'inquiétants effets sur lui... 

Williamson m'avait régalé avec son récit sur Superboy Prime qui remplaçait Superman après DC K.O., au point que j'aurai bien aimé que cela dure un peu plus longtemps. N'allait-on pas perdre au change avec le retour de Clark Kent ? La réponse est non : le scénariste nous embarque dans une aventure mystérieuse et palpitante, surprenante, toujours aussi maîtrisée.

Et donc en compagnie de Xermanico. L'artiste n'a pas besoin de temps d'acclimatation pour avoir la main sur le personnage et son entourage, c'est comme s'il dessinait la série depuis un moment. Ses planches sont superbes, dynamiques, avec une ambiance superbe, intense, que vient magnifier la colorisation d'Alejandro Sanchez.

Le seul truc qui me fait un peu tiquer, c'est que je sais que Xermanico n'est pas le genre à enchaîner les arcs, ce n'est pas Dan Mora ou Hayden Sherman, et donc je sais qu'une fois l'histoire Night Shift terminée, il sera remplacé sur la prochaine. J'espère que DC a déjà un suppléant de qualité de prêt (Eddy Barrows ? Ce serait parfait).

En tout cas, retour gagnant. J'ai zappé Kingdom of Zod parce que je n'avais pas envie de suivre toutes les séries concernées. Et je suis plus que satisfait de renouer avec le man of steel, que Williamson anime toujours à la perfection depuis plus de 40 épisodes - et pour longtemps encore, comme il l'a déclaré récemment.

DARKSEID VS. THE WORLD #1 (of 1) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Sanford Greene, Yasmine Putri)


- DARKSEID VS. THE WORLD (Scott Snyder / Sanford Greene) - Darkseid a accédé au trône d'Apokolips en tuant son propre frère, puis  s'est marié avec une scientifique pour trouver la force oméga capable de soumettre les esprits. Ennemi des héros de la Terre, il affronta à plusieurs reprises Superman, son opposé, incarnation de l'énergie alpha, puis maquilla sa mort pour renaître et créer un nouvel univers à son image. Avant d'entamer une guerre à travers le multivers...


On s'en doutait bien un peu, mais c'est confirmé ici : Darkseid n'est pas mort sous les coups de Superman au terme de DC K.O.. L'ancien roi d'Apokolips a agi dans l'ombre et conquis les multivers (ou du moins la majeure partie) avec pour objectif de capturer tous les variants de Superman dans les terres parallèles.


En revenant sur sa longue et sinistre histoire, Scott Snyder rappelle que Darkseid a été depuis toujours obsédé par une quête, celle de l'énergie oméga qui permet de contrôler les esprits. Son ascension politique a été accomplie dans la violence, tuant son propre frère, puis sa mère (qui avait empoisonné son épouse), affrontant les héros de New Genesis puis de la Terre.
 

Ces batailles lui ont appris que l'obstacle sur sa route était Superman, moins son ennemi que son opposé. Si lui, Darkseid, était l'oméga, alors Superman était l'incarnation de l'alpha. Et cela l'a conduit à cette conclusion : il n'est pas le vilain de cette histoire car Superman ne peut sauver tout le monde, ce monde dans lequel il a été recueilli et où la mort gagne, quoiqu'il fasse.

Pour prouver cela, Darkseid a une première fois, récemment, maquillé sa mort en accumulant au préalable assez de puissance pour créer. sa création est un monde selon son design, l'univers Absolute. Il l'a peuplé de héros qui se sont construits sur l'opposé des champions de notre monde, avec un Batman sans richesse, une Wonder Woman ayant grandi en enfer, et un Superman persécuté dès son arrivée.

Malgré la noirceur de cet univers, personne ne perd ce qui lui est cher - en tout cas selon la philosophie de Darkseid. Les héros y sont éprouvés durement, mais justement cela les rend plus forts, plus implacables. S'ils veulent vivre, il leur faut d'abord survivre. Et s'ils y parviennent, c'est qu'ils sont dignes d'exister.

En collectionnant les Supermen de toutes les Terres, Darkseid élimine les avatars de l'énergie alpha et renforce sa domination sur le multivers. Cette oeuvre achevée, il n'en restera plus qu'un à vaincre, le Superman de notre Terre. Et ceci fait, Darkseid sera le maître de tout, ayant accompli sa destinée.

Scott Snyder n'a pas que des qualités dans son écriture, mais il en possède une, indéniable, celle de savoir mettre en scène des personnages bigger than life, de concevoir des intrigues opératiques, too much, de préparer des sagas définitives par leur démesure. C'est ainsi que depuis qu'il est revenu chez DC pour en être l'architecte, il a mis en place cette saga de Darkseid.

Il y a fort à parier, en lisant Darkseid vs. The World, que l'éditeur et le scénariste mettent en place un futur event qui sera après Dark Crisis et DC K.O. le troisième volet d'une trilogie autour de l'ancien maître d'Apokolips. Va-t-on assister au prévisible affrontement de l'univers DC classique contre celui dit Absolute ? Ou bien, comme je l'espère, au round final entre Darkseid et Superman ?

Sanford Greene, avec son trait épais et charbonneux, est l'artiste idéal pour dessiner ce chapitre intermédiaire qui traduit à la perfection la brutalité et en même temps la patience de Darkseid pour achever ce qui est en quelque sorte son chef d'oeuvre. Les pleines pages et les doubles pages s'enchaînent, puissantes, intenses. Impressionnant.

Mais ce n'est pas tout...

*

- HARBINGER (Joshua Williamson / Yasmine Putri) -  Darkseid ressuscite Pandora pour en faire son héraut à travers le multivers, lui confiant la mission d'identifier les individus les plus menaçants pour son propre projet. Mais Pandora décide d'employer cette quête afin de préparer les héros à l'assaut final de Darkseid...


Pandora avait un élément majeur de la période DC New 52, même si au final Geoff Johns, qui était le chef d'orchestre de l'éditeur à cette époque, avait échoué à en faire quelqu'un d'aussi abouti que prévu. A l'image de ce reboot qui, en voulant faire table rase du passé radicalement, avait séduit puis frustré beaucoup de lecteurs.


Que Joshua Williamson (et donc Scott Snyder) la ressortent du chapeau peut étonner. Mais les deux auteurs ont démontré leur capacité à transformer le plomb en or et donc on peut raisonnablement espérer que cette fois Pandora sera mieux exploitée et surtout mieux admise, mieux comprise par les lecteurs.

Ce que Williamson met en place, avec son efficacité habituelle, c'est le double rôle qu'il donne au personnage, ressuscité par Darkseid mais qui refuse de lui être soumise et lui révèle quelque chose d'assez surprenant pour le laisser sans voix (cette révélation nous est cachée, ce qui est habile car cela va faire phosphorer les fans). Et surtout Pandora a son propre agenda, qui est, non pas de servir sur un plateau, les individus susceptibles de contrarier le plan de Darkseid mais de prévenir ceux qui peuvent le stopper.

Yasmine Putri, doublement à l'honneur cette semaine (puisqu'elle dessine aussi Zatanna #7), illustre cette back-up story de son trait si élégant et trop rare. Elle pourrait très bien être celle qui dessinera le futur event si elle a la confiance des auteurs et du temps pour avancer ses planches. En tout cas, j'aimerai beaucoup.

A suivre donc...

mardi 27 octobre 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 2 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 2
(The Nice House by The Sea #7-12)


Les habitants de la maison près de la mer attaquent sauvagement ceux de la maison près du lac. Norah Jacobs est à l'extérieur. Reginald Madison et Ryan Cane trouvent Oliver Landon Clay enfermé par ses compagnons et il les prévient de ce qui va se passer. Hector Aguilar prend le contrôle de la salle des machines régulant l'environnement de la maison du lac pour précipiter la défaite de ses occupants. Max apparaît alors devant Norah pour lui faire une offre des plus ambivalentes.


Max s'interroge sur la pertinence de sa sélection. A-t-elle bien choisi ses sujets d'études par rapport à ceux de Walter ? Doit-elle laisser s'accomplir un massacre ? Ou bien arrêter les habitants de la maison de la plage ? Elle demande à Norah de décider à sa place et celle-ci fige les agresseurs. Mais Hector Aguilar a déclenché quelque chose de plus terrible en amorçant la collision des deux univers de poche pour déterminer qui survivra (s'il y a des survivants).


Oliver croise le chien de la maison du lac et comprend qu'il s'agit de Walter puisqu'il était entendu que les extraterrestres fourniraient aux habitants tout ce qu'ils souhaitent sauf des créatures vivantes. Démasqué, Walter va-t-il intervenir malgré tout pour éviter l'annihilation programmée des deux camps ? Ou est-ce une nouvelle expérience tordue ?


Il aura donc fallu près de deux ans et demi pour que James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno viennent à bout de ce deuxième cycle. Sachant qu'ils comptent compléter leur projet sous la forme d'une trilogie, à quand les lecteurs pourront-ils espérer connaître le dénouement de cette saga ? Une chose est sûre : la prochaine mini série, je ne la lirai qu'une fois terminée.


D'autant que le premier acte de ce cycle 2 m'a beaucoup déçu. Est-ce mieux dans ces six nouveaux épisodes ? Indéniablement. Mais le contraire aurait été alarmant : j'ai beau ne plus considérer Tynion IV comme un grand scénariste, je lui reconnais un vrai savoir-faire pour raconter ce qu'il a en tête, malgré des obsessions qui tournent en rond, avec ce goût pour l'horreur et les histoires de groupe.
 

Mais ce n'est pas spécifique à lui : de manière générale, je trouve que l'horreur a envahi les comics (il suffit de voir ce que publie, par exemple, Image Comics, c'est assommant). Le statut de The Nice House... est à cet égard spécial : c'est une série DC, passé par le Black Label, désormais sous pavillon Vertigo, mais qui fait surtout penser à du Image.

Ce volume 2 reprend là où s'arrêtait le volume 1 de The Nice House by the Sea : les occupants de la maison de la plage partent tuer ceux de la maison du lac en qui ils voient des rivaux mais aussi des inférieurs (moins riches, moins beaux, moins malins). C'est totalement gratuit, mais pourquoi pas ? Il faut du drame pour faire avancer une intrigue, alors va pour ce drame-là.

Evidemment tout ne va pas se passer comme prévu. Plutôt qu'un banal bain de sang, Tynion IV a l'habileté de proposer une espèce de déviation un peu philosophique. Walter et Max, deux aliens qui ont rassemblé chacun dans une maison une dizaine d'humains après la fin du monde pour les étudier, ont procédé différemment pour composer leur groupe.

Walter a privilégié des individus avec qui il a tissé des liens amicaux, voire amoureux. Max, en revanche, a choisi des élites, les meilleurs dans leur domaine. Toutefois l'épreuve a soudé l'équipe de Walter tandis que celle de Max a sombré dans un hédonisme arrogant. IL a fallu qu'ils découvrent qu'ils n'étaient pas les seuls survivants pour se sentir sinon menacés, en tout cas piqués au vif.

Ces épisodes culminent donc, non pas avec un affrontement sauvage entre les deux clans, mais dans un échange sur le thème de la sélection. Et il se corse quand un des habitants de la maison de la plage (camp Max donc) entreprend de régler la question en provoquant la collision entre les deux mondes pour savoir qui sont vraiment les plus forts - s'il en reste !

Max est au coeur du récit : elle est dépeinte comme une femme irritable, qui ne supporte pas qu'on remette en cause ses principes, prête à agir violemment, là où Walter représente une figure certes flippante mais protectrice. Au fond, ce qui distingue les deux aliens, c'est leur conception de la race humaine : pour Max, elle ne vaut rien, c'est un terrain de jeu, d'expérience scientifique. Pour Walter, plus sentimental, il s'agit de gens auxquels il s'est attachés.

Mais, fondamentalement, ni l'un ni l'autre n'a réussi sa mission, et ils savent qu'ils devront en répondre à leurs chefs. Quand ? Même eux l'ignorent - et d'un point de vue scénaristique, c'est pratique car ça donne à l'auteur le prétexte pour un troisième et dernier cycle. Mais entre trop de sentiments et pas du tout, Max comme Walter n'ont pas été de bons sélectionneurs.

Ce qui fait défaut à cette deuxième mini série, c'est, comme je l'ai dit dans la critique du volume 1 (#1-6), le trop grand nombre de personnages. Vingt, c'est trop, et pour vingt pages par épisodes et 12 épisodes pour un cycle, il n'y a simplement pas assez de temps et d'espace pour tous bien les traiter, les caractériser, faire en sorte qu'ils alimentent une intrigue correctement.

Je crois que la série aurait gagné à ce que les occupants de la maison de la plage soient moins nombreux, ça aurait même été plus logique vis-à-vis de la politique pratiquée par Max, qui ne voulait que des champions. Et ça aurait évité à Tynion IV de s'éparpiller. Mais visiblement il ne compte pas s'arrêter en si mauvais chemin puisqu'il fait dire à Walter qu'il y a des centaines d'autres survivants ailleurs !

Visuellement, la série reste impressionnante, même si, encore une fois, j'aimerai que Martinez Bueno et la coloriste Jordie Bellaire se calment un peu avec les effets infographiques, les couleurs saturées. Il y a des scènes à la limite du compréhensible et parfois même des pages entières où ce n'est que gerbes de couleurs criardes. Des artistes de ce niveau n'ont pas besoin de ces artifices pour raconter graphiquement une histoire.

Je me demande ce que réservera la troisième partie. Une maison dans la montagne ? Des centaines de personnages réduits à de la figuration ? Une réflexion sur une société à qui une nouvelle chance de vivre en bonne intelligence est donnée ? En tout cas, il faudra être très patient, et je suis résolu à l'être pour ne plus tomber dans le piège de lire ça mensuellement.

THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 1 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 1
(The Nice House by the Sea #1-6)


Comme dans la maison près du lac, cette demeure abrite dix individus : Oliver Landon Clay (acteur, 33 ans), Henry Allen (historien, 74 ans), Robert Washington (mathématicien, 41 ans), Cherri Campbell (chanteuse, 34 ans), Soko Tanaka (artiste, 58 ans), Victor Pace (écrivain, 82 ans), Hector Aguilar (chirurgien, 62 ans), Margaret Collins (sénatrice, 56 ans), Frederick Beaumont (pasteur, 48 ans) et Quinn Thomas (généticienne, 56 ans).


Ils ont été réunis par Max, une extraterrestre comme Walter, dont il connaisse la nature. Mais elle ne les a pas choisis par amitié : ils forment une sorte d'élite. Un soir d'orage, Oliver voit débarquer Ryan Cane, Reginald Madison et Norah Jacobs en provenance de la maison du lac. Il cache leur visite aux autres qui lui apprennent que Walter a été tué. Si Max vient à le découvrir, ce sera terrible. 


Victor Pace a observé cette rencontre et la rapporte aux autres habitants de la maison de la plage qui considèrent ces autres survivants comme des rivaux et décident de les éliminer. Mais Max contacte Norah et lu offre la possibilité d'éviter ce bain de sang si elle l'aide dans son projet secret...


On reprend tout à zéro. En effet, j'avais ici rédigé les critiques des 9 premiers épisodes de The Nice House by the Sea avant d'effacer ces articles. Cette deuxième mini-série, qui fait suite à The Nice House on the Lake (qu'il faut impérativement avoir lue avant), avait connu des retards extravagants qui eurent raison de ma patience et de mon indulgence pour une histoire que j'avais de plus en plus de mal à apprécier.


La décision d'effacer mes neuf critiques de The Nice House by the Sea signifiait que, une fois seulement que cette nouvelle série serait achevée, j'y reviendrai pour la lire d'une traite à tête reposée, ce qui fut fait depuis Mercredi dernier, date de parution du 12ème et dernier épisode. Idéalement d'ailleurs, c'est ainsi qu'il faudrait lire et critiquer beaucoup de séries.


Le problème avec les séries The Nice House..., c'est le décalage entre l'hyper productivité de son scénariste, James Tynion IV, et évidemment la lenteur relative de son artiste, Alvara Martinez Bueno. Ce dernier dessine et s'encre, en étroite collaboration avec la coloriste Jordie Bellaire, pour des planches au graphisme exigeant, donc qui prennent du temps à être réalisées.

Ajoutez à cela que le succès énorme rencontré par ces séries a entraîné Martinez Bueno (et Tynion IV) dans des tournées de dédicaces aux quatre coins du monde, ayant pour effet de retarder la sortie des épisodes de The Nice House by the Sea. La production de The Nice House on the Lake avait connu un break de 6 mois, le temps pour l'artiste de se reposer puis d'avancer dans son travail. Mais pas cette fois.

Cette fois, pratiquement dès le départ, Martinez Bueno a été à la bourre et les lecteurs ont vu les mois passer sans qu'aucun épisode ne soit disponible. Arrivée au 6ème chapitre, la série s'est carrément stoppée pour une tournée de promotion et quand elle a repris, le rythme a été aussi chaotique. C'était proprement impossible de lire cette série sans être frustré et donc en reconnaissant ses qualités. 

Ne vaudrait-il pas mieux, dans un cas comme celui-ci, que les auteurs commencent à sortir des épisodes quand ils disposent de suffisamment de matériel pour ne pas faire subir de tels délais aux lecteurs ? Voire publier l'ensemble sous forme de graphic novels, à l'image de ce qu'ont fini par faire Ed Brubaker et Sean Phillips ?

Pour ce qui est du contenu, The Nice House by the Sea entretient d'abord l'illusion d'être une toute nouvelle série mais qui partage le postulat de départ de The Nice House on the Lake, à savoir une maison luxueuse abritant une dizaine d'individus sélectionnée par un extraterrestre avant la fin du monde pour une étude de la race humaine.

Et puis, à la fin du premier épisode, Tynion IV relie les deux séries quand trois habitants de la maison du lac débarquent dans celle de la plage. Il devient alors prévisible que les deux clans vont s'affronter (sinon il n'y aurait pas d'intrigue), et cela se confirme quand on découvre que Max, l'hôte de la maison de la plage, n'a pas choisi sa bande sur les mêmes critères que Walter avec la maison du lac.

Tynion IV échoue totalement à nous rendre ses nouveaux personnages aussi attachants et même aussi intéressants que ceux de la première mini. On arrive quand même à un point critique où l'histoire compte une vingtaine de protagonistes dans des épisodes de 25 pages pour douze numéros. Forcément, il n'y aura pas de la place pour caractériser soigneusement tout ce monde.

Or Tynion IV n'est pas Jonathan Hickman : quand ce dernier anime des hordes d'individus en privilégiant l'intrigue, son confrère veut à la fois concevoir une histoire dense et profonde en veillant à ce que ses héros soient tous identifiables. Ce n'était déjà pas le cas dans The Nice House on the Lake, ça ne peut pas l'être avec The Nice House by the Sea et toute sa population.

Comme je l'ai dit plus haut, le résultat est prévisible : c'est une bande de champions de la race humaine contre une bande de potes. On voit arriver à des kilomètres la confrontation et Tynion IV ne fait rien pour nous surprendre. Le commentaire social sur des riches imbus d'eux-mêmes mais effrayés par des voisins inoffensifs et des copains déjà bien éprouvés par leur aventure est grossier.

Alors le scénariste tente de choquer le lecteur avec du body horror (les tortures infligées à Oliver). Il réussit mieux à instiller un climat angoissant en montrant de quoi sont capables ceux de la maison de la plage qui maîtrise la technologie extraterrestre que Max a mis à leur disposition et qui s'approche du transhumanisme, avec de la chirurgie reconstructive avancée. Si vous êtes sensible à ces thèmes, ça marche.

Reste que ces six premiers épisodes sont décevants. Pas visuellement, car Martinez Bueno et Bellaire sont toujours aussi impressionnants (même si l'usage de l'infographie peut fatiguer). Le second acte relèvera-t-il le niveau ? Ou bien le projet global (qui est une trilogie) est-il déjà condamné ?
    

lundi 26 octobre 2026

INGLORIOUS X-FORCE (Tim Seeley / Michael Santa Maria, Philip Tan, Roi Mercado, Luca Maresca)


INGLORIOUS X-FORCE
(Inglorious X-Force #1-10)


Le voyageur temporel mutant Nathan Summers alias Cable surgit dans le futur pour empêcher l'assassinat de la première présidente mutante des Etats-Unis, Kamala Khan. Mais il arrive trop tard. Aussi revient-il de nos jours avec le projet d'assembler une nouvelle formation d'X-Force : ses recrues ne doivent rien au hasard puisqu'il trouve leur nom inscrit sur son bras bionique avec la mention "un de nous". Autrement dit, parmi eux se trouverait l'assassin futur de Kamala Khan.


Se joint à lui Archangel (Warren Worthington III), Akihiro (Hellverine), et Boom Boom (Tabitha Smith). Ensemble ils abordent Ms. Marvel (Kamal Khan) afin qu'elle soit sous leur protection. Pour identifier lequel est le futur assassin, Cable choisit des missions qui ont valeur de test et qui lui permettent d'apprécier qui pourrait en vouloir à Kamala. Et comme cette tâche le tracasse, il a demandé auparavant à Domino de le surveiller lui-même car il se considère comme un suspect potentiel.


Pourtant Cable doit se rendre à l'évidence : aucun des membres de X-Force n'a le profil d'un assassin. Il soupçonne alors Kali Sez, une influenceuse qui alimente la haine entre humains et mutants et estime qu'une présidente mutante serait une traîtresse à la communauté dont elle est issue. Domino, de son côté, comprend que quelque chose cloche dans les actions de Cable et décide de le neutraliser avant que la situation ne dérape franchement...


Le dixième et dernier épisode de cette série est également sorti mercredi dernier et j'ai lu l'intégralité de cette histoire sur Marvel Unlimited. Le recueil sortira en Janvier prochain et sa suite, en cinq parties, débutera juste avant en Décembre sous le titre Fugitive X-Force. Ce qui m'a attiré là-dedans, c'est que le projet de Tim Seeley collait davantage à l'idée qu'on se fait de cette équipe que sa précédente itération (par Geoffrey Thorne et Marcus To, même si ce n'était pas dénué d'intérêt).


X-Force, c'est l'équipe black ops des mutants, un groupe pro-actif qui se charge de régler les problèmes avant qu'ils ne deviennent insoluble, et sans faire de quartier. Rick Remender en a tiré ce qui est sans doute la meilleure version, examinant aussi bien les méthodes expéditives que leurs conséquences sur chacun des membres.


Tim Seeley revient, lui, davantage aux bases de X-Force en remettant Cable, le fils de Scott Summers et Jean Grey, élevé dans le futur pour éliminer Apocalypse, au coeur du dispositif. L'enjeu, c'est d'éviter l'assassinat de Kamala Khan qui, dans l'avenir, serait la première présidente mutante des Etats-Unis. Manque de chance : Nathan Summers arrive trop pour l'empêcher et doit remonter le temps.
 

Lorsqu'il revient de nos jours, il découvre sur son bras gauche métallique une inscription avec trois noms et une formule énigmatique "l'un d'entre nous". Il en déduit que ces trois noms (plus le sien) sont ceux des principaux suspects dans l'assassinat. Et il décide de recruter ces assassins potentiels afin d'identifier lequel est le vrai coupable.


Seeley se montre malin en alignant les épisodes comme autant de tests pour les recrues de Cable. Il ne fait pas preuve d'une grande subtilité mais il connait et sait présenter les personnages de manière rapide. Le cas le plus flagrant est celui de Akihiro, le fils de Wolverine, qui a été tué par Dents-de-sabre puis ressuscité par le démon Bagra-Ghul et qui se fait désormais appeler Hellverine (je sais, c'est un nom grotesque).


Ce procédé caractérise efficacement chacun et explique pourquoi les uns et les autres acceptent de suivre Cable, souvent à contrecoeur (Archangel parce qu'il hait comme Cable Apocalypse, Hellverine pour se prouver qu'il vaut son père, Boom Boom parce qu'elle voit Cable comme une figure paternelle et qu'elle a toujours été membre de la X-Force).


Le fait d'incorporer Ms. Marvel peut faire grincer des dents mais Seeley est encore une fois assez habile : non seulement elle est au centre de l'intrigue, mais surtout elle figure ici comme le compas moral de l'équipe, refusant d'appliquer les méthodes de ses acolytes et les empêchant souvent de tuer pour aller plus vite au résultat escompté. Le personnage n'est donc pas dégradé.

Une fois le suspects blanchis et Cable avouant pourquoi il les a choisis, la question de l'identité de l'assassin reste entière. On entre alors dans la seconde partie de cette mini série où le scénario doit rebondir. C'est là que le personnage de Domino prend toute son importance puisqu'on a appris que Cable lui avait demandé au préalable de le surveiller. Pourquoi ?

Parce que Cable sentait que, dans le futur, quelque chose en lui avait été corrompu et qu'à ce titre il était lui aussi un suspect potentiel pour assassiner Kamala Khan. Seeley est un scénariste aguerri et à défaut d'être un conteur original ou génial, il sait comment articuler une intrigue et la développer pour un format donné (ici dix épisodes).

Ainsi, ce savoir-faire est démontré par la pirouette finale de l'intrigue qui remet en quelque sorte les compteurs à zéro tout en installant X-Force dans une position très critique, qui justifie le titre de la prochaine mini série (Fugitive X-Force). Au passage, et il faut applaudir l'exploit, Seeley ne se prend jamais les pieds dans le tapis de la continuité alors que c'est le piège quasi inévitable d'une histoire fondée sur le voyage temporel et l'altération des événements.

Inglorious X-Force (le titre est un hommage évident à Inglorious Basterds de Tarantino) profite aussi de dessins de très bonne facture. En premier lieu de Michael Santa Maria, un philippin qui ne devrait pas avoir de mal à retrouver du taf. Même s'il manque encore de constance et de régularité, il signe quand même 7 épisodes sur 10, et son trait détaillé, réaliste, ne manque pas de puissance.

Il est remplacé sur le #4 par le médiocre Philip Tan, puis reçoit le renfort de Roi Mercado sur le #5, avant de céder à nouveau sa place sur le #8 à l'excellent Luca Maresca. A l'exception donc de Tan, la qualité est maintenue et la charte graphique respecté. C'est une série d'action assumée et bien exécutée, avec des personnages très bien campés visuellement.

C'est Athila Fabio, lauréat d'un concours de jeunes talents, qui officiera sur Fugitive X-Force. Je verrai ce que ça vaut et, si ça me plait, je ne manquerai pas d'en parler une fois les cinq épisodes publiés.

dimanche 25 octobre 2026

ZATANNA, VOLUME 1 : THE GREATEST TOUR (Jamal Campbell / Jamal Campbell, Edwin Galmon)


ZATANNA, VOL. 1 : THE GREATEST TOUR
(Zatanna #1-6)


Zatanna décide d'assumer le rôle de Prime Magus afin de veiller sur les différents royaumes où la magie opère. Sa première mission consiste à délivrer une jeune elfe de l'emprise de l'esprit de la peste qui a par ailleurs fait plusieurs victimes humaines. Le D.E.O. (Department of Extranormal Operations) par la voix de l'agent Di Manes est également impliqué dans ces affaires occultes, ce qui ne plait guère à Zatanna.


Une fois l'esprit de la peste en boîte, Zatanna se rend à Memphis, Tennessee, pour y consulter Papa Midnite et surtout Elodie Arnette qui lui raconte l'histoire de Clara Dubois, une chanteuse lyrique du XVIIIème siècle en France, qui fut la muse de Aéde. A la mort de Clara, cette entité a muté en esprit de la peste. Di Manes convoque une chorale pour attirer Aéde, sabotant un sort lancé par Zatanna.


Désormais en conflit avec le DEO, Zatanna sollicite les conseils de Zehuto, le précédent Prime Magus, qui l'éclaire sur la véritable nature de cette charge et ceux qui l'ont endossée. Après cela, Zatanna entreprend un voyage dans la cité secrète des Homo Magi dont était originaire sa mère, Sindella...


J'avais commencé à lire la série Zatanna mensuellement avant d'arrêter à la fin du deuxième épisode. A cette époque, j'avais trop de lectures à suivre et je n'arrivais pas à apprécier ce que Jamal Campbell proposait, alors que j'avais plutôt aimé ce qu'il avait fait sur la première mini-série écrite et dessinée par ses soins en 2025.


Puisque le recueil des six premiers épisodes sortira en Janvier prochain, j'ai donc profité de cette échéance pour lire les floppies que j'avais gardés au chaud, en espérant que cette fois j'allais être mieux disposé. Et ce fut le cas. Mais surtout ça m'a révélé une chose que je devinais à propos des séries DC Next Level et qui se confirme ici.


DC Next Level, c'est devenu le coin des séries avec pour personnage principal un héros ou un groupe de héros qui ne font pas partie des vedettes de l'éditeur, des personnages appréciés de fans mais moins populaires, et que DC cherche à remettre en avant en s'appuyant sur des propositions fortes de la part d'auteurs et d'artistes aux styles radicaux. Quelque chose de très Vertigo en vérité.

C'est le cas pour The Fury of Firestorm, Doom Patrol, The Demon, Jonah Hex and the shadow of death, Lobo, Legion of Super Heroes, (et d'autres que je ne lis pas). Parmi tous ces titres, certains sont plus classiques dans leur traitement, mais la majorité s'inscrivent dans des expériences narratives et graphiques.

Autrement dit, il faut être prêt à s'engager dans des lectures non conventionnelles. C'est aussi l'opportunité de s'attacher à des héros qui ne sont pas intouchables, donc dont les aventures génèrent un vrai suspense. Et c'est aussi l'occasion pour les équipes créatives et éditoriales de prouver leur vrai attachement à ces héros, souvent négligés.

En ce sens, Jamal Campbell est certainement un des auteurs qui a le plus à coeur de redonner à Zatanna un rôle majeur. Sa première mini-série était comme un galop d'essai qui, en prime, passait après le très réussi Zatanna : Bring down the house de Mariko Tamaki et Javier Rodriguez. Là, en ayant gagné le droit de signer une série illimitée, il doit confirmer.

C'est ce qui transpire de ces six premiers épisodes : Campbell aime vraiment Zatanna et veut la mettre en valeur. Pour cela, il lui fait endosser le rôle de Prime Magus, une sorte d'équivalent du sorcier suprême chez Marvel (c'est d'ailleurs amusant que Scarlet Witch, une autre femme, ait eu ce titre pratiquement en même temps).

Pour prouver qu'elle en est digne, Campbell orchestre d'abord un premier arc en trois parties qui tourne autour d'un esprit devenu fou après la mort d'une cantatrice et que Zatanna va s'employer d'abord à contenir avant de trouver un moyen de lui rendre la raison. Pour corser le tout, elle voit son entreprise parasitée par la branche spécialisée dans les affaires occultes du DEO et de l'agent Di Manes.

Campbell se fait plaisir visuellement avec une débauche de couleurs qu'il assume en plus de l'écriture et du dessin. Grâce à l'infographie, ses possibilités sont infinies et parfois il faut bien avouer que cela ne rend pas la lecture très fluide. Le regard du lecteur se perd dans cette orgie chromatique, au point de perdre le sens du récit.

Malgré tout, l'intrigue est très rythmée et haletante, avec l'apport de personnages secondaires comme Papa Midnite et Elodie Arnette. La résolution de ce plot est très réussie et émouvante. C'est alors que Campbell a la sage idée de faire une pause et de passer la main pour les dessins à Edwin Galmon pour le quatrième épisode.

Toutefois il ne faut pas mésestimer l'importance de cet interlude qui permet au lecteur de mieux apprécier ce qu'est le Prime Magus, qui a tenu ce rôle auparavant, comment il revient à qui. C'est une sorte d'étape explicative nécessaire, et Galmon se montre particulièrement inspiré visuellement, plus sage dans son découpage, mais avec un style voisin de celui de Campbell.

Puis Campbell reprend le contrôle total de sa série pour les deux derniers épisodes. Enfin pas tout à fait total puisque Andrew Dallhouse va devenir le coloriste de la série à partir de là, et son arrivée va faire un bien fou à tout le monde. Campbell lui aussi va se calmer dans sa narration graphique et surtout en déléguant la colorisation, les épisodes vont sensiblement gagner en lisibilité.

L'aventure qui conduit Zatanna dans la cité cachée des Homo Magi est à peine plus calme que la première avec l'esprit de la peste, mais il est surtout plus digeste, avec l'introduction de nouveaux personnages, un renvoi au passé de la mère de Zatanna, une sous-intrigue politique (qui, à mon avis, n'en restera pas là) et même, à la toute fin, un teaser pour la suite.

C'est véritablement là que Campbell donne sa pleine mesure : en allégeant sa charge de travail, en construisant plus méthodiquement son récit, en dessinant de façon moins débridée, il produit des épisodes mieux charpentés, sans sacrifier ses propres folies. Il est indéniablement dans son élément avec cette série sur une magicienne.

La caractérisation de Zatanna est subtile et ludique à la fois : chaque épisode s'ouvre avec l'héroïne qui brise le quatrième mur et confie à demi-mots quelques astuces sur son job, car si elle est Prime Magus, elle est aussi une showgirl, qui se produit sur scène et qui envisage ses actions comme des numéros. Son intervention dans la cité cachée tient d'ailleurs à sa force de conviction pour rallier à elle ses habitants dont les émotions les plus négatives alimentent un monstre.

Le seul bémol sur cette deuxième partie, c'est la disparition du DEO et de l'agent Di Manes, mais, en même temps, ils n'y auraient pas eu leur place et sans doute que Campbell les ressortira ponctuellement pour contrarier Zatanna dans un champ d'action moins secret qu'une cité cachée de mages et de dragons.

Ce que je retiens surtout et enfin, c'est qu'il me semble avoir vraiment compris le projet et le traitement de Jamal Campbell. Maintenant je suis prêt à relire Zatanna mensuellement. Et il est bien possible que ce cas de figure se répète pour d'autres séries DC Next Level, d'un abord compliqué puis plus abordable une fois qu'on s'est fait à leur style d'écriture.