samedi 6 juin 2026

HERETIC (Scott Beck & Bryan Woods, 2024)


Deux jeunes missionnaires - soeur Barnes et soeur Paxton - ont rendez-vous chez Mr. Reeds qui désirait les rencontrer pour avoir plus d'informations sur leur culte. Elles l'informent ne pouvoir entrer chez lui qu'en présence d'une femme et il les invite en leur expliquant que son épouse est dans la cuisine en train de préparer un gâteau aux myrtilles. Elles prennent place sur le canapé et il s'assoit sur un fauteuil face à elle en apportant un plateau avec des rafraîchissements et une bougie parfumée.


Reeds a étudié la théologie et son érudition dans ce domaine est évidente. Les deux jeunes femmes sont impressionnées mais aussi un peu mal à l'aise quand il se permet des commentaires surprenants sur la foi et la croyance, notamment au sujet des mormons dont elles font partie. En effet Reeds juge hypocrite la manière dont ce mouvement a fini par interdire la polygamie après l'avoir longtemps tolérée et même encouragée.


Lorsqu'elles s'étonnent de ne toujours pas avoir rencontré sa femme, il s'excuse et se lève pour aller la chercher. Barnes et Paxton tentent d'en profiter pour s'en aller mais trouvent la porte d'entrée fermée. Elles s'aventurent en direction de la cuisine et aboutissent dans une bibliothèque où Reeds paraît les attendre. Barnes prétend avoir reçu un appel de l'église leur ordonnant de rentrer. Mais Reeds sait qu'elle ment et l'exprime...


Dans les années 40-50, le studio Warner bros. revendiquait de produire des films avec une charte esthétique et narrative - en gros, il s'agissait de réaliser des longs métrages, spécialement dans le genre film noir, le plus proche possible de la réalité, quasiment comme des documentaires. Pour cette raison, ces films avaient un look et une manière de raconter similaires.


Cela a influencé nombre de réalisateurs, notamment en Europe, avec le néo-réalisme italien, et cela a donné ce qu'on a appelé la Nouvelle Vague chez nous et, plus tard, dans les années 70, le Nouvel Hollywood. Aujourd'hui, il semble que le studio dont l'esthétique et la narration soient les plus identifiables est A24.


Bien que considéré comme un studio indépendant, A24 a obtenu suffisamment de succès critiques et commerciaux pour être désormais bien plus que ça. C'est en quelque sorte la maison du cinéma d'auteur chic mais rentable grâce à des budgets souvent modestes et donc facilement rentables. Heretic en est un exemple.


A première vue, le film de Scott Beck et Bryan Woods, réalisateurs et scénaristes, s'inscrit dans le registre de l'épouvante sur fond de thèmes religieux. Rien de très original donc. Sauf que ce n'est que la surface du film. Ce qu'il raconte et la manière dont il le raconte gratte plus profond qu'un simple film d'épouvante sur fond de thèmes religieux.

Heretic est quasiment un huis-clos et à vrai dire il aurait dû en être un complètement parce que les rares fois où la caméra sort de la maison de Reeds sont parfaitement inutiles. On aperçoit alors Topher Grace dans le rôle d'un  mormon à la recherche de deux de ses missionnaires, mais son rôle est plus un caméo qu'un véritable personnage intéressant.

C'est bien quand le film reste entre les quatre murs et les différents sous-sols de la maison qu'il est le plus captivant. Le piège évidemment avec ce procédé est que le résultat ressemble à du théâtre filmé, mais quand il est aussi bien filmé qu'ici, on l'oublie et on n'a pas envie d'être distrait par un personnage extérieur.

L'autre élément qui peut renvoyer au théâtre, c'est l'écriture. Heretic est, qu'on se le dise, un film bavard. Mais pas dans le mauvais sens du terme. Beck et Woods font converser leurs protagonistes sur des sujets étonnamment riches, comme le cinéma ne nous y habitue que peu. Il est surtout question de la croyance, de ce qu'elle est, des histoires qui la composent et de la façon dont on nous raconte ces histoires pour qu'on y croie (ou non).

Vous l'aurez deviné : Reeds n'est pas un homme intéressé pour intégrer l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. D'ailleurs très vite il porte un jugement sans appel sur les mormons et la polygamie qu'ils ont acceptée et encouragée avant de la proscrire. Et soeur Barnes et soeur Paxton se rendent vite compte qu'elles ne convertiront pas un nouveau fidèle.

Le film déploie un argumentaire cinglant sur les parallèles qu'on peut dresser entre religion et capitalisme, en mettant face-à-face les Livres Saints (Torah, Bible, Coran) et jeux de sociétés (Monopoly). Dans les deux cas, il s'agit de prendre le pouvoir par le récit ou l'argent. Il faut être persuasif et pugnace pour l'obtenir, le conserver et le faire fructifier.

Pourtant il serait faux de voir dans le film un brûlot anti-religieux. La démonstration de Reeds pour éprouver la foi des deux missionnaires est un jeu et il cherche davantage des adversaires qu'une victoire. La jeunesse de ses proies est un champ d'expérimentations car il pense qu'elles sont encore malléables, qu'il peut encore les retourner.

Toutefois Paxton et Barnes se révèlent coriaces. Il y a du survivalisme dans leur façon de résister et ainsi il est presque plus question d'endurance que de foi. On ne les voit pas prier le Seigneur pour espérer une aide providentielle. Elles se battent, de manière intellectuelle et physique, pour s'échapper ou affronter Reeds.

Et, chemin faisant, Heretic dévoile sa construction : comme la maison de Reeds, le récit devient labyrinthique. Un sous-sol conduit à une trappe qui conduit à des couloirs qui ramènent au rez-de-chaussée. Dotée d'une carapace métallique, cette demeure empêche toute communication téléphonique avec l'extérieur, la porte d'entrée a une serrure réglée sur une minuterie et les portes donnant sur l'arrière deviennent des passages symboliques marquées par la croyance et la non croyance.

Visuellement, Beck et Woods ont eu la brillante idée de recruter le directeur de la photo Chung-hoon Chung, qui a collaboré avec Park-chan Wook sur Old Boy et Mademoiselle. Il donne aux intérieurs une coloration fanée, avec une dominante ocre-jaune pour le rez-de-chaussée et bleu foncé pour les sous-sols, qui fait régner sur ces lieux une ambiance étrange mais subtile.

La caméra embrasse le décor pour en montrer la bizarrerie inquiétante mais aussi les visages de près pour saisir les larmes au bord des yeux, la crispation des lèvres. Pas besoin d'incliner le cadre pour suggérer que quelque chose ne tourne pas rond. Le spectateur est immergé et sait dès le début, après un prologue en extérieur, que la situation va dégénérer. 

Pour jouer une telle partition, il faut des interprètes de haut vol et l'idée de génie est d'avoir confié le rôle de Reeds à Hugh Grant. Le comédien britannique qui a fait sa gloire avec des comédies romantiques dont il s'est lassé se spécialise désormais dans des personnages flippants auxquels il donne un côté trop aimable pour être honnête.

La manière dont il domine d'abord les deux jeunes femmes, puis les sadise est magistrale. On sent le plaisir qu'il a à jouer ce rôle sans pour autant en faire des tonnes quand la bascule s'opère et que le véritable visage de Reeds se révèle.

Face à lui, on trouve l'excellente Sophie Thatcher, que j'avais adorée dans Companion, et qui excelle dans la peau de cette religieuse butée. Pourtant cette fois elle se fait chiper la vedette par sa partenaire, Chloe East, dont la composition est juste époustouflante. On a vraiment le sentiment qu'elle est le prolongement de soeur Paxton, enthousiaste d'abord, apeurée ensuite, et combative enfin, tout ça avec une sobriété implacable. Une vraie révélation.

Thatcher démontre aussi, lors du générique de fin, un étonnant talent de chanteuse avec une reprise envoûtante de Knockin' on heaven's door de Bob Dylan.

Heretic est remarquable d'intensité et de cruauté, mais surtout d'intelligence.

jeudi 4 juin 2026

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #1-5 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)

 

 



Marc Spector a été enlevé et officie comme coursier dans une compagnie dont le patron, Mr. Smith, le tourmente en lui demandant d'expédier une lettre à Jean-François "Frenchie" Duchamp. Spector n'a aucun souvenir de sa vie passée et ignore donc complètement ce qu'il fait là où qu'il a été Moon Knight. Il est en réalité captif de l'Agence Byzantine et drogué par Mr. Fear.


Mais Zodiac lui vient en aide et ensemble ils massacrent les agents de Byzantine. Mr. Fear observe la situation dégénérer et veut prendre la fuite pendant que Smith révèle sa véritable identité : Raoul Bushman. Zodiac piège les deux ennemis dans une pièce étanche où il diffuse le gaz hallucinogène de Mr. Fear pour qu'ils se battent à mort.


Moon Knight prend l'avantage et Zodiac la fuite à son tour. Mais pourquoi les amis de Moon Knight ne sont pas venus à son secours ?


Le recueil du premier volume de Marc Spector : Moon Knight n'a pas encore été sollicité mais je pense qu'il rassemblera les cinq premiers numéros de ce nouveau titre. Après Moon Knight : Fist of Khonshu, Marvel et Jed MacKay relancent donc les aventures du héros avec un nouveau titre, selon la stratégie de l'éditeur qui veut que cela puisse attirer de nouveaux (et plus nombreux) lecteurs.


Si c'est à ce prix qu'on peut lire la suite du run de MacKay, alors je m'en accommode, même si le bien-fondé de la chose reste à prouver. Fist of Khonshu s'achevait sur un cliffhanger où on assistait à la sédation et à l'enlèvement de Moon Knight devant la Midnight Mission. On reprend le cours des choses une semaine après ce kidnapping.

MacKay désarçonne le lecteur en montrant Marc Spector devenu coursier dans une entreprise dont on découvre vite qu'il s'agit d'une façade pour une base appartenant à l'organisation d'espions, l'Agence Byzantine. Spector ne se souvient plus qu'il est Moon Knight, il est tourmenté par Mr. Smith, son patron, qui insiste pour qu'il envoie un courrier à Jean-François "Frenchie" Duchamp.

Dans le dos de Smith, les plus avertis reconnaîtront Mr. Fear, un vilain habituellement attaché à l'univers de Daredevil (la dernière fois que je l'ai vu, c'était lors du run de Ed Brubaker, de 2006 à 2009, ça commence donc à dater). C'est un méchant qui fait penser à l'Epouvantail chez Batman, avec l'emploi de gaz hallucinogènes au contact desquels il est devenu insensible à la peur.

Spector est donc sous emprise pendant une quinzaine de jours jusqu'à ce que Zodiac le réveille. J'ai d'abord un peu regretté que le scénario ne fasse pas durer plus longtemps le cauchemar du héros, pour souligner le malaise chez le lecteur. Mais MacKay n'a visiblement pas de temps à perdre : sa série, il le sait, ne peut survivre qu'en allant vite. Si elle perdait des lecteurs en rallongeant la sauce, elle serait vite annulée.

Après un combat, épique, contre Bushman, Moon Knight retrouve sa liberté mais Zodiac le pousse à s'interroger sur le fait que ses amis ne soient pas venus le libérer. Un deuxième acte s'ouvre alors et le scénariste nous dévoile la raison de l'absence de Tigra, Hunter's Moon, 8Ball, Reese et Soldier, ce qui va nous entraîner dans une deuxième intrigue avec une maison hantée redoutable.

C'est palpitant de bout en bout et à la toute fin du cinquième épisode, on comprend où MacKay veut en venir. C'était même suggéré à la fin de Fist of Khonshu quand il a utilisé Clea Strange. Sans trop spoiler, attendez-vous dès le n°6 au retour d'une équipe culte dont Moon Knight fut un des membres. Indice : ce ne sont pas les Défenseurs...

Depuis maintenant cinq ans, Jed MacKay anime donc les aventures de Moon Knight et il a su rendre à ce personnage souvent comparé, à tort, à Batman sa superbe, tout en allant dans une direction différente de Charlie Huston, Warren Ellis ou Jeff Lemire (pour ne citer que les plus récents). Mais au lieu de ne pas tenir compte des travaux de ses devanciers, il les a la fois synthétisés et dynamisés.

Le trait le plus notable, c'est qu'il a sur ne pas abuser des personnalités multiples du héros. Il l'a surtout entouré de seconds rôles, donc certains sont des créations originales (comme Hunter's Moon), récupérant d'autres personnages négligés (comme Tigra). Et il en fait une série où l'action domine, avec de la violence (correspondant à la nature de Moon Knight) mais sans outrance.

Si les deux premières séries (Moon Knight adjectiveless et Vengeance of Moon Knight) étaient liées, Fist of Khonshu procurait un point d'entrée appréciable pour ceux qui n'avaient pas encore craqué. Et cette fois-ci, il faut évidemment avoir lu Fist of Khonshu pour comprendre Marc Spector : Moon Knight. Si vous avez tout lu du Moon Knight de MacKay depuis 2021, vous mesurerez l'ambition et la qualité de son run.

MacKay illustre bien ce que sont les scénaristes Marvel actuellement : les plus prolifiques, comme lui, sont exploités à fond par l'éditeur, quitte à se voir confier des séries où ils sont nettement moins inspirés. Lui en particulier brille sur des personnages un peu à la marge alors qu'il peine davantage à convaincre sur des blockbusters (type Avengers ou X-Men).

C'est la différence avec la génération précédente (Bendis, Aaron, Brubaker, Hickman...) qui ont tous démarré sur des titres de seconde main pour ensuite piloter de grosses machines. Marvel a fait brûler les étapes à MacKay alors qu'il est plus doué sur des titres où il peut expérimenter. Le souci, c'est qu'en écrivant Avengers ou X-Men, il est très exposé à la critique et des lecteurs ignorent alors le talent dont il fait preuve sur Moon Knight.

C'est d'autant plus dommage qu'il a toujours été accompagné par de brillants artistes sur ce titre : après Alessandro Cappuccio, il a trouvé en Domenico Carbone un partenaire de choix, et à présent il prolonge avec l'extraordinaire Devamlya Pramanik qui donne une dimension incomparable à ses scripts. Ce dernier avait laissé la place à Carbone sur la fin de Fist of Khonshu pour prendre de l'avance sur Marc Spector : Moon Knight.

Il produit donc ces cinq épisodes (et il sera encore présent au moins sur les deux suivants) pour un résultat rien moins qu'impressionnant. Le découpage, les compositions de plans, le flux de lecture sont renversants. Pramanik sublime les textes par une mise en images spectaculairement inventive et immersive.

La forme des cases devient folle, reflétant la psyché tourmenté du héros, les combats sont brutaux et chorégraphiés, les angles de vue sont vertigineux. Il n'a peur de rien et joue sur les exagérations, les déformations, en utilisant des anamorphoses, en transformant le cape de Moon Knight en une extension délirante de son costume.

Tout est too much chez Pramanik mais quelle force, quelle puissance dans le trait. C'est véritablement grandiose. Depuis quand une BD Marvel avait-elle procuré une telle sensation graphique ? Et il faut mentionner l'exceptionnelle colorisation de Rachelle Rosenberg, qui est là depuis le début du run de MacKay !

Bref, c'est reparti pour un tour de grand huit et ce qui s'annonce promet encore des sensations fortes !

mercredi 3 juin 2026

MOON KNIGHT : FIST OF KHONSHU #12-15 (Jed MacKay / Domenico Carbone)

 
 


Moon Knight retourne consulter sa psy, le Dr. Andrea Sherman, auprès de qui il s'excuse pour les rendez-vous manqués et à qui il confie un problème. Le super vilain connu sous le nom du Démolisseur est venu à la Midnight Mission pour faire appel à ses services. Il n'a pas pu refuser car il lui en devait un.
  

Hanté par les fantômes des civils qu'il a tués, le Démolisseur suit Moon Knight dans un cimetière et les défie. C'est alors que Scarlet Scarab intervient, furieuse que Moon Knight aide un criminel. Ensemble, ils vont au sanctum sanctorum du Dr. Strange mais, en son absence, ils sollicitent l'aide de Clea, sa femme. Pour les aider à cibler celui qui tourmente le Démolisseur, elle les envoie enquêter dans le plan astral...


Cette semaine, je n'ai acheté qu'une nouveauté mais avant de vous en parler, je dois rattraper mon retard sur les critiques de Moon Knight, en commençant par terminer celles du run de Moon Knight : Fist of Khonshu et les épisodes 12 à 15. Je ne me rappelle plus pourquoi j'avais ça en plan mais je vais réparer cela.


Ces chapitres terminent donc un nouveau volume de Moon Knight par Jed MacKay, qui depuis a relancé la machine avec Marc Spector : Moon Knight. On peut s'agacer de ces relaunchs sous des nouveaux titres, mais c'est certainement le seul moyen pour le scénariste de continuer son run, vu que Marvel mise toujours sur des relances pour espérer séduire de nouveaux lecteurs.

Les épisodes 0 à 10 de Fist of Khonshu formaient une seule intrigue, épique, où Moon Knight affrontait Achilles Fairchild, un renégat asgardien devenu trafiquant de drogue dans le quartier que protège le justicier. Après avoir démantelé son réseau, Moon Knight voyait quand même son adversaire lui échapper mystérieusement.

Pour permettre à tout le monde de souffler, l'épisode 11 mettait en scène l'anniversaire de Marc Spector qui, à cette occasion, revoyait sa fille. Pour boucler ce volume, MacKay inaugure un dernier arc narratif qui voit son héros obligé de rendre un service au Démolisseur. Celui-ci lui rappelle qu'il l'a aidé durant l'event Blood Hunt.

L'intrigue tourne autour de fantômes qui persécutent le Démolisseur, il s'agit des victimes qu'il a faites durant ses nombreux méfaits, sauf que les quatre spectres qui le hantent proviennent d'une époque où son fameux pied de biche enchanté (offert à l'origine par Loki pour battre Thor) avait été remplacé par un autre (offert celui-ci par Mme Masque).

L'arme avait littéralement possédé le Démolisseur qui ne se rendait alors plus compte des horreurs qu'il commettait. MacKay interroge régulièrement durant cette histoire la notion de responsabilité et de culpabilité. Aider un criminel est-il responsable ? Un criminel possédé est-il coupable ? Le Démolisseur et Moon Knight ne sont-ils pas comme les deux faces d'une même médaille ?

En effet Marc Spector et Layla El-Faouly/Scarlet Scarab furent mercenaires en Egypte et ont eux aussi du sang sur les mains et une séquence de l'épisode 14 illustre cela avec force, brouillant les repères entre héros et vilains. Le méchant, dès lors, de cette aventure en est-il vraiment un ? La réponse apportée par le scénario est intelligente car trouble et troublante, explorant les notions de vengeance et d'intérêt personnel avant la justice.

MacKay en profite pour ramener dans la série celle dont il avait fait un temps le nouveau sorcier suprême après la mort de Dr. Strange, sa propre femme Clea. Comme c'est un scénariste qui a de la suite dans les idées, il paraît évident qu'on reverra la déesse de la dimension noire dans le futur et sur la route de Moon Knight...

L'incorporation de Scarlet Scarab, qu'on avait vue dans la série Moon Knight sur Disney + (et qu'on préfèrera oublier), est opérée de manière assez habile pour ne pas paraître trop forcée. Qui sait, pour elle aussi, peut-être que l'auteur a des plans ?

Ces quatre épisodes sont tous dessinés par Domenico Carbone qui a donc l'occasion de briller pleinement alors que, jusqu'à présent, il était uniquement employé pour suppléer Devamalya Pramanik. Son trait évoque toujours celui d'Olivier Coipel, ce dont il est difficile de se plaindre, mais sa prestation est impeccable, pleine d'énergie, avec notamment une capacité à représenter les effets magiques de façon très graphique.

Le tout s'achève sur un cliffhanger qui est une parfaite rampe de lancement pour Marc Spector : Moon Knight. Jed MacKay tient à son personnage, le maîtrise formidablement, et Marvel le laisse faire. On ne peut que s'en féliciter, tant le résultat est à la hauteur, et figure même parmi les plus belles productions actuelles de 'l'éditeur.   

mardi 2 juin 2026

OVER YOUR DEAD BODY (Jorma Taccone, 2026)


Lui s'appelle Dan Burton : il réalise des pubs insipides depuis son dernier et unique film sorti huit ans plus tôt et visite son père, Michael, à la maison de retraite pour l'avertir qu'il part en week-end faire de la randonnée avec sa femme. Elle s'appelle Lisa : c'est la femme de Dan, actrice sans grand talent, infidèle, et qui raconte à sa meilleure amie qu'elle part en week-end avec son mari pour une partie de chasse.


Sans le savoir, Dan et Lisa ont le même projet : assassiner l'autre. Lui pour se venger d'être cocu, elle pour lui faire payer de ne jamais lui avoir offert de rôle. Une fois sur place, dans la maison près du lac de Michael, Dan tente de chloroformer Lisa qui le surprend en le tasant. Lorsqu'il revient à lui, ils s'avouent tout mais Dan a un complice en la personne de Henry, son copain, un repris de justice, qui assomme alors Lisa.


Quand elle se réveille, elle comprend que Dan a roulé Henry en lui promettant 50 000 $ sur leur police d'assurance alors que celle-ci s'élève au total à un million. Henry se retourne contre Dan qui tente de le désarmer pendant que Lisa se libère de ses liens. Un coup de feu part. Henry meurt, touché en pleine poitrine. Lisa s'enfuit à l'étage, poursuivie par Dan. Ils se battent dans la chambre dont le plafond cède sous le poids de trois intrus cachés dans le grenier...


Si vous lisez mes critiques de films, vous devez maintenant savoir que je suis un fan de Samara Weaving, la reine incontestée de la série B US, une actrice géniale même quand le long métrage dans lequel elle joue ne l'est pas, mais dont la seule présence suffit à me rendre curieux. Et si j'ai été très déçu de la suite de Wedding Nightmare, là, on reprend les bonnes habitudes avec ce Over your dead body.


Il s'agit en vérité d'un remake de The Trip (2021) de Tommy Wilorka (que je n'ai pas vu). Les scénaristes Nick Kocher et Brian McElhany en ont tiré une comédie grinçante sur l'usure du couple, dont le pitch peut au départ (lointainement) faire penser à La Guerre des Rose (Danny de Vito, 1989), mais qui part vite dans une autre direction.


Le début du film est particulièrement savoureux puisque Dan et Lisa partent en week-end dans une maison de campagne au bord d'un lac. Il semblent un peu tendus et le spectateur remarque, intrigué, qu'ils ne donnent pas la même version de leur escapade à leurs proches (lui raconte qu'ils vont randonner, elle faire de la chasse).
 

Sur place, Dan est aux petits oignons et prépare le plat préféré de Lisa qui répète le texte de la pièce de théâtre qu'elle va jouer. Le dîner, toutefois, se passe moyennement : elle affirme préférer le ceviche à un steak. Tout ça commence à sentir le roussi. Une fois au lit, chacun tourne le dos à l'autre, les écouteurs aux oreilles en train d'écouter un audio book pour s'endormir.

Le lendemain, la tension n'est pas retombée. Pire : Dan descend au sous-sol de la maison et déballe le contenu d'un sac, avec une scie, du ruban adhésif, et un flacon de chloroforme... On va apprendre que les deux époux veulent s'entretuer. Elle l'a trompé, il l'a déçue. Mais évidemment rien ne va se passer comme prévu, surtout quand le complice de Dan s'aperçoit qu'il a été floué par ce dernier.

Et ce n'est que le début des ennuis car, on va le découvrir, il y avait déjà du monde dans la maison avant l'arrivée du couple... Quoi de mieux pour ressouder un mari et sa femme qu'un trio de tueurs en cavale ? Obligés de s'entraider, Lisa et Dan vont prendre très cher. mais réussiront-ils à s'en sortir ? Et si oui, en un seul morceau ? Pas sûr...

Jorma Taccone a dû grandir en regardant les premiers films de Peter Jackson et Sam Raimi car sa manière de réaliser fait beaucoup penser à ces deux maîtres. Ici, il faut jongler avec des éléments de comédie et d'horreur, sans tomber dans la farce ni dans le bain de sang. On remarque tout de même que Taccone préfère quand l'hémoglobine gicle avec des mutilations grotesques.

Le réalisme n'est donc pas de mise. Le film est très réussi quand il se moque ouvertement du couple face à des adversaires plus coriaces et violents. Tout comme quand au début le discours amoureux dissimule des vacheries prononcées dans un soupir ou avec le sourire. Car Over your dead body est très drôle, méchant, acide.

La narration fait de fréquents retours en arrière pour montrer comment Dan a convaincu Henry de l'aider, comment Lisa a insisté auprès d'une amie pour évoquer une partie de chasse dangereuse, comment les criminels se sont cachés dans la maison avant l'arrivée du couple, comment Michael finit par apprendre qu'il s'y passe quelque chose de louche...

Selon la loi de Murphy (tout ce qui peut mal tourner finira par mal tourner), ces flashbacks montrent une accumulation d'éléments inflammables qui vont effectivement transformer la situation initiale en quelque chose de compliqué, létal, catastrophique. En fin de compte, et c'est peut-être le plus drôle, le projet des époux de se zigouiller n'était pas le plus terrible.

Mené sur un rythme très vif, avec des dialogues piquants, le film profite aussi d'un casting parfait. Timothy Olyphant compose un cinglé vraiment flippant, qui vole la vedette à Juliette Lewis et Keith Jardine. Paul Guylfoyle est très marrant en papa qui souhaite une bonne guerre à son fils.

Même s'ils n'ont peut-être pas suffisamment d'alchimie à l'écran, Jason Segel (révélé dans How I met your mother) et Samara Weaving se donnent à fond. Lui campe un raté agaçant et aigri qui s'en prend vraiment plein la poire. Elle est géniale en garce infidèle et calculatrice qu'absolument rien n'arrête. Quand ces deux désespérés s'unissent, on a mal pour eux, mais aussi pour ceux qui se les coltinent.

C'est bête et méchant, oui, mais bon sang, qu'est-ce que c'est bon ! On souhaite à Samara Weaving d'être heureuse en mariage avec Jimmy Warden (d'ailleurs ils viennent d'avoir leur premier enfant)...

lundi 1 juin 2026

PRIS AU PIEGE (Darren Aronofsky, 2025)


New York, fin des années 1990. Hank Thompson est un ancien prodige du baseball qu'un accident de la route a stoppé net dans son élan et qui travaille désormais comme barman. Son voisin, un punk anglais, Russ Miner, part à Londres voir son père malade et lui confie son chat, Bud. Peu après, deux russes frappent à la porte de Russ et tabassent Hank. Après avoir subi une ablation d'un rein suite aux coups reçus, Hank est interrogé par l'inspecteur Elise Roman qui lui révèle que Russ est mêlé à un trafic de drogue avec des juifs hassidiques, les frères Drucker.


Hank trouve dans la litière de Bud une fausse crotte en plastique à l'intérieur de laquelle se trouve une clé. Les frères Drucker s'introduisent dans l'appartement de Russ et l'inspecteur Roman est avertie. Effrayé à l'idée d'être confronté à eux, Hank sort se soûler dans le bar où il travaille puis rentre chez lui, où il vomit devant la porte de son immeuble, laissant ses vêtements souillés à un sdf. Les russes lui tombent à nouveau dessus avec un portoricain, Colorado, à la recherche de la clé, qui lui laisse 24 h. pour la retrouver.


Hank confie Bud à sa petite amie Yvonne puis retourne au bar mais il est pris en chasse par les Drucker...
 

Comme David Fincher, qui usine à présent pour Netflix entre projets personnels et commandes pour la plateforme de streaming, Darren Aronofsky a clairement vu son étoile pâlir depuis Black Swan et plus généralement depuis le début des années 2000. Il dépend lui aussi du bon vouloir des studios prêts à financer ses longs métrages en échange de quelque work-for-hire.
 

Mais si Fincher a su garder une réputation de cinéaste intègre malgré tout, Aronofsky est désormais davantage connu pour rapporter des Oscar à ses acteurs (Natalie Portman, Brendan Fraser) que pour la qualité réelle de ses oeuvres. Il a même fini, récemment, par commettre une websérie générée par intelligence artificielle (On this day... 1176). C'est dire s'il est tombé bien bas...


Qu'attendre alors de Caught Stealing (en vo) ? C'est clairement un film de commande dans lequel le cinéaste s'est investi sans renouer avec les éclats de ses meilleurs opus. Le public ne s'est pas déplacé et les recettes ont été deux fois inférieurs au budget. Ce qui devait être le premier volet d'une franchise est mort dans l'oeuf.


Car l'histoire a été adaptée par Charlie Huston d'un volume de sa série de romans. Le héros est un ancien joueur de baseball à l'université dont la carrière a été brisée par un accident de la route. Devenu barman, il refait chaque nuit le même cauchemar où, au volant de sa voiture, il a percuté un poteau, tuant son passager sur le coup.

Il vit une romance avec Yvonne, une jolie infirmière, sans vraiment s'engager sérieusement avec elle. Il boit plus que de raison. A la ramasse, il accepte, à contre coeur, de garder le chat de son voisin et ami Russ, un punk anglais, mêlé à un trafic de drogue. C'est le début des emmerdements car Hank va se trouver traqué par des mafieux russes, un gangster portoricain, des juifs hassidiques et une flic soupçonneuse...

Ce personnage de chat noir que "la mort poursuit d'un zèle imbécile" (comme chantait Brassens) est un classique du film noir. Aronofsky a saisi l'intérêt à s'emparer du genre, lui qui porta un temps le projet d'adapter Batman : Year One (le chef d'oeuvre de Frank Miller et David Mazzucchelli, inspiré par le polar des années 70).

En situant l'intrigue à la fin des années 90, il est débarrassé de la technologie moderne qui court-circuite bien des problèmes qui font le sel des histoires criminelles en permettant aux personnages de communiquer trop facilement. A cette époque, les premiers téléphones portables sont encore rudimentaires, et Internet balbutiant.

Grâce à sa mise en scène nerveuse, car Aronofsky comme Fincher est un cadreur virtuose, Pris au piège maintient une bonne tension, ponctuée de ce qu'il faut de moments plus calmes pour permettre à son héros de souffler et réfléchir comme le spectateur. Il aurait pu se passer de remontrer si souvent l'accident de Hank car l'effet d'une scène clé s'en trouve malheureusement victime vers la fin.

Toutefois, on ne peut que constater à quel point tout cela est impersonnel. La référence, assumée, est After Hours de Scorsese (Griffin Dune, qui en était la vedette, est même présent ici dans un petit rôle), mais jamais Caught Stealing n'égale l'intensité de son modèle. L'abondance de twists nuit également beaucoup à l'ensemble et contredit la sécheresse désespérée du film noir.

Le casting est très bon dans l'ensemble, surtout dans les rôles secondaires, comme le tandem de juifs hassidiques campé par Vincent d'Onofrio et Liev Schrieber. Matt Smith s'est fait un look incroyable et vole aisément la vedette à tout le monde dès qu'il apparaît. Regina King cache bien son jeu dans le rôle de l'inspecteur et Zoë Kravitz est très jolie (même si elle le sera toujours moins que ne le fut sa mère - ah, Lisa Bonet !).

Austin Butler souffre du même mal que Glen Powell, même s'il a pour lui des cinéastes plus prestigieux qui le choisissent. L'échec commercial du film est forcément aussi le sien et prouve bien que Hollywood manque cruellement à l'heure actuelle de vraies stars masculines, capables de porter un long métrage sur leurs épaules, d'attirer en masse le public sur leur nom.

Il est pourtant pas mal ici, mais son jeu reste limité, il ne prend pas assez cher physiquement pour convaincre en vrai anti héros maudit de film noir, comme si consigne avait été donnée de ne pas trop l'abimer. Je n'ai rien contre lui ou Powell mais comme Chalamet et les autres wannabe, ce n'est pas avec eux qu'on va oublier Tom Cruise et Brad Pitt qui, à 60 balais passés, les dépassent en charisme.

Bref, Pris au piège est sympa, mais manque un peu de piquant.

dimanche 31 mai 2026

THE CRIMINALS (David MacKenzie, 2026)


Une bombe, datant probablement de la seconde guerre mondiale, est découverte sur un chantier de construction dans le quartier de Westminster à Londres. La surintendante en chef Zuzana Greenfield coordonne les opérations entre la police et l'armée pour boucler la zone et évacuer les habitants vers Hyde Park. Le major Will Tranter et son équipe sont envoyés sur les lieux pour désamorcer la bombe mais découvrent qu'elle comporte un déclencheur à retardement que Tranter désactive temporairement avec un bloqueur magnétique.


Pendant ce temps, une bande de braqueurs s'introduit dans la banque Al Muraqabah sur Edgware Road en forant le mur de l'immeuble voisin. Ils dérobent des bijoux et de l'argent et le chef de la bande une enveloppe rempli de documents papier. Leur signature thermique est remarquée par un drone de la police qui suspend l'opération de déminage et envoie des agents sur place. Ils remarquent Karalis qui faisait le guet et qui ordonne à ses complices de partir.


Sur le chantier, le déclencheur de la bombe se réactive et provoque une explosion tandis que les voleurs réussissent à quitter le quartier et le ville pour gagner leur planque à la campagne où Karalis dévoile à ses acolytes le véritable butin...
  

Saluons pour commencer une nouvelle prouesse des traducteurs français qui ont donc cru judicieux de remplacer Fuze (soit fusible) par... The Criminals en bonne "vf". Bravo les gars, continuez comme ça, creusez, vous finirez par trouver du pétrole. Je me demande si les cinéastes sont au courant de la manie grotesque dont on traduit les titres de leur film et ce qu'ils en pensent...


David MacKenzie est un cinéaste que j'aime bien, c'est un de ces artisans qui travaillent sérieusement leurs sujets, mettent leur ego de côté et ont à coeur de livrer des longs métrages solides. Il s'était fait remarquer notamment pour Comancheria, dont le script était signé par Taylor Sheridan.


Ici, il met en image le scénario de Ben Hopkins (même si le générique de fin mentionne du "matériel additionnel" de la part du réalisateur pour ce texte) et livre un film de braquage très malin, bourré de twists, remarquablement joué. La narration joue un rôle important dans l'appréciation du résultat puisqu'on va voir comment deux histoires parallèles n'en font qu'une.


L'idée d'une bande de voleurs agissant à la faveur de l'évacuation totale d'un quartier où on a trouvé une bombe de la seconde guerre mondiale s'avère très ingénieuse mais si peu vraisemblable. On pourrait penser à un roman de Donald Westlake ou plutôt de son alias Richard Stark avec Parker, capable de s'engager dans ce genre d'entreprise à haut risque.

Comme l'avait expliqué Hitchcock à Truffant dans leur célèbre livre d'entretiens, il ne faut jamais se priver de montrer une bombe pourvu qu'on n'informe pas le public du moment où elle explosera. Ainsi la tension règne : le héros va-t-il réussir à la désamorcer ? Ou va-t-on assister à un massacre ? Ajoutez-y des voleurs et vous aurez un polar captivant.

Le récit va et vient ainsi de l'équipe de démineurs à celle des voleurs et le spectateur est tenu en haleine des deux côtés. Les démineurs vont-ils empêcher la bombe de sauter ? Les voleurs parviendront-ils à vider les coffres de la banque ? A cela se greffent deux autres lignes narratives : celle dans laquelle nous sommes avec la superintendante de la police dans une salle remplie d'écrans de contrôle, et celle avec un réfugié afghan et sa famille dans Hyde Park.

Là encore, c'est un héritage d'Hitchcock : pourquoi s'attarder autant sur cet afghan qui n'est lié ni à l'armée ni aux malfrats ? Bien entendu, on se doute qu'il y a quand même un lien avec une de ces deux entités, mais il faudra prendre son mal en patience pour le découvrir. 

En revanche, le personnage de la superintendante est en quelque sorte notre témoin : comme elle, nous allons découvrir le pot-aux-roses progressivement, mesurer l'énormité de l'intrigue (et par conséquence les limites de la vraisemblance). On est aussi partagé à cause d'elle car, comme dans tout bon film de braquage, il y a une partie de nous qui aimerait que les voleurs s'en tirent, comme pour qu'ils soient récompensés des risques pris et de la minutie de leur braquage.

En dire plus serait... Criminal (en bon français). MacKenzie se paie le luxe d'exposer ce qui relie les protagonistes à la toute fin de son film avec un flashback situé dix ans plus tôt. En vérité, il est parfaitement inutile, puisque l'essentiel a été dit avant. Mais cette petite audace est au diapason du film : jusqu'au bout, on est accroché.

Le casting est composé d'acteurs auxquels les grosses productions ne confient généralement pas les premiers rôles alors qu'ils sont tous excellents. Prenez Aaron Taylor-Johnson : son revient régulièrement dans les favoris pour incarner le prochain James Bond. Ce ne sera certainement pas lui (car le cinéaste à qui revient cette mission refusera de suivre les parieurs), mais n'empêche c'est un formidable comédien, séduisant, charismatique, avec un jeu ardent.

Theo James, pareil : lui aussi est dans Bond potentiels, il a une gueule, de l'allure, son interprétation est parfaite, mais il n'a pas la carte. Gugu Mbatha-Raw, qui a fait pleurer tout le monde dans San Junipero, ce génial épisode de Black Mirror, est épatante aussi. Et Sam Worthington mérite tellement mieux que de jouer les Navi méconnaissables dans Avatar.

Une dernière chose : The Criminals a aussi le bon goût de ne pas durer des plombes (95'), quand tant de films actuels s'éternisent. Alors s'il passe dans une salle près de chez vous, donnez-lui sa chance !

vendredi 29 mai 2026

SUPERMAN #38 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Witchfire, la jolie fille remarquée par Superboy Prime dans le comics shop où il travaille, lui tend un piège en espérant le sacrifier pour repousser un démon. Lorsqu'elle se rend compte de son erreur, elle accepte l'aide de Prime contre Lady Blaze et Lord Satanus...


Vous savez quoi ? Je l'aime vraiment bien, ce Superboy Prime. C'est pourtant un jeune qui a du sang sur les mains, mais grâce à lui, la série Superman profite d'un extraordinaire vent de fraîcheur, au point que je ne suis plus pressé de revoir Clark Kent. Bon, entendons-nous bien, il reviendra et ce sera cool, mais j'espère que DC et Joshua Williamson n'oublieront pas Prime ensuite.


Comme la couverture l'indique, il y a de la romance dans l'air entre Superboy Prime et Witchfire, dont le résumé des origines montrent qu'ils ont des points communs assez amusants et dramatiques à la fois. Et la nuit qu'ils vont passer ensemble va être mouvementée à souhait avant de s'achever sur un fameux coup de théâtre qui voit revenir un adversaire bien connu de Superman...


Ce qui est passionnant, outre la qualité du divertissement, c'est d'examiner les écritures des scénaristes : cette semaine, on a affaire à trois auteurs chez DC qui ont tous un style particulier. Tom Taylor dans Detective Comics s'appuie sur le passé pour rajouter des éléments au passé de Batman. Jamal Campbell dans Zatanna invite le lecteur à une expérience immersive.


Joshua Williamson reste cependant celui qui concilie le mieux le classicisme affiché de Taylor et les audaces narratives de Campbell dans Superman. C'est surtout celui qui, aux commandes d'une série, ose le plus tout en s'amusant et en nous distrayant. On se demande bien pourquoi il a été si réservé chez Marvel avec Iron Man...

Les clins d'oeil fusent dans la série depuis que Superboy Prime en est la vedette puisque, se sachant un personnage de BD, ses interactions avec les autres personnages ont toujours un côté bizarre, cocasse. Il est par exemple conscient qu'il traverse actuellement un redemption arc, une histoire qui doit raconter sa rédemption, comment il se rachète de ce qu'il a commis autrefois.

Evidemment, Witchfire ne comprend pas ce qu'il entend par là sauf quand elle lui raconte qu'elle aussi a connu un parcours compliqué, entre le Bien et le Mal, la vie et la mort et le retour à la vie. Le plus ironique, c'est qu'elle se conduit comme un guide auprès de Superboy Prime alors qu'il est immunisé contre la magie (contrairement au "vrai" Superman dont c'est une des faiblesses).

L'affrontement contre Lady Blaze et Lord Satanus n'est qu'un prétexte, car c'est ce qui se passe avant et juste après qui importe. Avant c'est donc la prise de conscience que le fameux CK qu'elle a repéré dans le comics shop qu'elle fréquente et qu'elle pensait sacrifier pour repousser les démons est un super héros;

Après, c'est l'attirance qu'elle éprouve pour ce garçon étrange mais qui lui a prêtée main forte et qui est, ma foi, si curieusement séduisant. Alors qu'ils vont s'embrasser (et qu'au début de l'épisode Prime ne pensait pas judicieux de développer une vie sociale, accaparé qu'il est par sa double vie de libraire-super héros), une surprise attend Prime...

Oui, c'est vraiment charmant et captivant, très inventif sur le fond comme sur la forme, comme en témoignent les planches de Dan Mora, dont le talent est ici sollicité plus intensément que quand il collabore avec Mark Waid (puisque le garçon n'a pas tenu sa promesse de ne dessiner qu'une série en 2026, il continue à travailler sur Justice League Unlimited et signe des tonnes de couvertures).

Mora s'amuse lui aussi énormément sur ces épisodes qu'il s'emploie à dessiner avec la folie nécessaire mais aussi plus de discipline. Williamson, on le sent, canalise mieux l'énergie de l'artiste avec sûrement des scripts plus précis. Et puis sa Witchfire est tout simplement canon - et son couple avec Prime est un régal.

Jubilatoire.