mardi 24 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 3 : THE LAST AVENGER (Kelly Thompson / Lee Garbett)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 3 : THE LAST AVENGER
(Captain Marvel #12-16)


Qui est cette femme qui s'en prend aux Avengers les uns après les autres ? En tout cas, ni Thor, ni Iron Man, ni Black Panther ne réussissent à la vaincre. She-Hulk résiste plus longtemps et découvre son identité mais, trop surprise, elle est neutralisée aussitôt après. Le commanditaire de ces agressions mortelles est un certain Vox Supreme...


Et en s'emparant des dépouilles de chaque Avenger, il poursuit un objectif précis qui est de créer de nouveaux guerriers kree plus puissants en combinant leur ADN à ceux des héros de la Terre. Même si son exécutrice ne fait pas de quartier, elle paraît agir sous la contrainte car des enfants kree réfugiés en divers points sur le territoire américain sont dans la ligne de mire de son maître...


En entamant la deuxième année de son run sur la série, Kelly Thompson a eu visiblement à coeur d'offrir un point d'entrée aux lecteurs qui n'avaient pas encore eu la curiosité de la lire. Par conséquent, on peut très bien démarrer Captain Marvel par ces épisodes sans avoir lu les onze précédents. J'imagine même que l'expérience peut être jubilatoire...


... Car Captain Marvel est absente de son propre titre. A sa place on suit une succession de batailles épiques entre une femme mystérieuse, le visage entièrement recouvert d'un casque, et qui réussit l'exploit de battre à plate couture des héros aussi puissants que Thor, Iron Man, Black Panther et même She-Hulk !


C'est lors de ce dernier affrontement que le lecteur comprend que cette tueuse redoutable n'est autre que... Carol Danvers elle-même ! J'aurai aimé écrire cette critique sans spoiler cette partie, malheureusement c'est quasiment impossible, ne serait-ce que pour les illustrations accompagnant le texte de cet article.

Mais à défaut de savoir qui s'en prend ainsi aux Avengers, demeure la question essentielle du récit : pourquoi ? Pourquoi Captain Marvel, en plus de se cacher derrière un masque intégral et un costume plus sombre, élimine-t-elle ses co-équipiers ? La réponse paraîtra à certains un peu décevante en fonction des attentes qu'on y attache, mais le résultat, à défaut d'être original, est efficace.

Surtout on devine l'intention derrière cette histoire très riche en action, parfois violente, construite comme un compte à rebours. Lorsque Captain Marvel apparaît dans son propre film en 2019, Kevin Feige insiste lors de la promotion pour que les spectateurs la considèrent comme la plus puissante des héroïnes, suggérant qu'elle jouera un rôle décisif lors de la confrontation attendue entre les héros et Thanos.

Kelly Thompson ne semble pas avoir besoin qu'on lui dise d'insister sur ce même point pour accorder ses violons : il est évident qu'elle aussi veut prouver que Carol Danvers est capable de vaincre quiconque lui barre la route, les Avengers en premier. Et comme Jason Aaron a assemblé une formation redoutable, ce qui s'annonce sera effectivement corsé.

La scénariste démarre pied au plancher en opposant Thor à Captain Marvel, comme une note d'intention qui signifierait au fan que "vous allez voir ce que vous allez voir". Est-ce que ça fonctionne ? Comme dans la majorité des comics super héroïques, tout dépend de votre capacité à croire à l'invraisemblable - la fameuse suspension consentie de crédulité. 

En relisant cette histoire que j'avais découverte au moment de sa parution, je vois bien que Thompson cherche d'abord à se convaincre elle-même, notamment avec Thor (qui est quand même un dieu) et ensuite avec She-Hulk (que Carol réussit à vaincre grâce à l'effet de surprise). Elle est plus inspirée quand il s'agit d'opposer Carol à Iron Man, Black Panther et surtout Captain America.

La scène avec Captain America est la plus réussie du lot parce que le personnage fait montre d'une telle noblesse et d'une telle intelligence face à la situation que tout le récit prend une autre dimension. C'est peut-être pour cela que Steve Rogers est toujours supérieur aux autres : son expérience, son autorité morale, la finesse de son analyse dépassent le commun des héros.

Quant au vilain, Vox Supreme, j'ai appris qu'il était apparu auparavant dans la mini série Death of the Inhumans (de Donny Cates et Ariel Olivetti). C'est un méchant aux motivations génériques, et c'est la faiblesse de ce scénario où le lecteur est plus happé par les combats que livre Captain Marvel que par l'issue de celui qui inévitablement va la voir affronter Vox Supreme.

C'est un peu la faiblesse de Thompson (mais pas qu'elle) : un manque d'imagination pour inventer de vrais bons adversaires, à la fois originaux et vraiment dangereux, qui fassent douter le lecteur du sort de la bataille. Parfois, elle développe une idée séduisante et accrocheuse (comme Star, dans le tome précédent). Parfois, elle sort quelque chose d'un peu trop quelconque (l'Homme Nucléaire).

Carmen Carnero partie, c'est donc à Lee Garbett que Marvel confie la partie graphique. Sa prestation sur le titre se limitera à deux arcs (celui-ci et celui du tome 5). C'est un choix astucieux dans la mesure où son style ne tranche pas trop avec celui de Carnero. Il est plus direct dans sa narration, son trait est plus simple mais en conservant Tamra Bonvillain aux couleurs, la cohérence est préservée.

Garbett a pas roulé sa bosse depuis ses débuts en Angleterre et ses va-et-vient entre DC et Marvel. Ce n'est sans doute pas l'artiste le plus remarquable qui soit, mais son travail est toujours impeccable, il s'adapte facilement aux scripts qu'on lui confie. Ce que confirme sa collaboration avec Kelly Thompson. Inutile d'ajouter que j'attends beaucoup de son passage sur Daredevil, en compagnie de Stephanie Phillips à partir d'Avril prochain.

L'ensemble de ce tome 3 est donc un peu inégal, mais demeure fidèle à l'essence du run de Kelly Thompson, qui sait composer de vrais page turner, et réussit à animer Captain Marvel comme une héroïne aussi divertissante que les vedettes des Avengers.

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 2 : FALLING STAR (Kelly Thompson / Annapaola Martello, Carmen Carnero)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 2 : FALLING STAR
(Captain Marvel #6-11)


La Guerre des Royaumes bat son plein. L'elfe noir Malekith  et ses troupes ont déferlé sur la Terre et les super héros tentent de contenir l'invasion. Captain Marvel est appelée en renfort par Black Widow qui, en attaquant, l'Enchanteresse, a une vision de sa défaite. Pour cela, elles doivent s'allier au Dr. Strange. Mais leur ennemie va leur jouer un mauvais tour...


En 2019, Jason Aaron est aux commandes de l'event Marvel War of the Realms, point culminant de son long run sur le titre Thor. Plusieurs autres séries sont impactées et les scénaristes sont obligés de composer avec cette intrigue pour quelques numéros. Un exercice ingrat dont on devine qu'il n'a pas inspiré Kelly Thompson dans les deux épisodes qui ouvrent ce tome 2.

On jettera donc un voile pudique sur le résultat, très poussif, et qui ne mérite qu'on s'y arrête que pour un gag, ce qui est très insuffisant pour justifier la quarantaine de pages à lire. L'Enchanteresse lance en effet un sort contre Dr. Strange et Captain Marvel et chacun se trouve dans le corps de l'autre. Si Strange est fasciné par la puissance de Carol Danvers, cette dernière s'énerve de ne pas maîtriser la magie.

Il faudra quand même un jour que les éditeurs renoncent à ces tie-in ridicules et pénibles à lire. Qu'ils fassent des events, mais arrêtent de parasiter les séries régulières avec. Même le dessin ici ne sauve rien : Annapaola Martello rend une copie très insuffisante, bourrée de maladresses, de quoi rendre le moment encore plus poussif.

Allez, on passe à la suite.
  

La révélation de ses origines kree vaut à Captain Marvel de gros ennuis : une campagne médiatique l'attaque pour avoir caché cette information et s'interroge sur sa loyauté envers la Terre. Pour ne rien arranger, une nouvelle super héroïne, Star, lui vole la vedette alors qu'elle sent ses pouvoirs la lâcher. Et Minn-Erva, un espionne kree, tente de la convaincre de quitter cette planète pour sauver son autre peuple...


Et la suite, c'est un arc en quatre numéros pour lequel il faut absolument avoir lu le premier tome si vous voulez le comprendre et donc l'apprécier. On peut même affirmer que ces quatre épisodes plus les cinq premiers forment une seule et même saga. Kelly Thompson utilise à la fois des éléments de la mythologie de Captain Marvel tout en créant une nouvelle ennemie pour son héroïne.


Je ne vas pas spoiler l'identité de cette vilaine mais la scénariste s'emploie fort bien à justifier ce qui l'a fait basculer du mauvais côté de la force. L'histoire expose d'abord une véritable descente aux enfers pour Carol Danvers qui voit ses pouvoirs s'affaiblir inexplicablement et au pire moment. Puis elle doit faire face à une campagne médiatique féroce dénonçant ses origines et la raison pour laquelle elle les a dissimulées.


Renvoyée de l'armée dans la foulée, elle perd tout en une semaine. Seules ses amies sont là pour la soutenir et Kelly Thompson rassemble autour de Carol un aéropage féminin bigarré, avec Spider-Woman, Hazmat, Echo, mais aussi Spectrum, She-Hulk ou Jessica Jones. Certaines ne font là que de la figuration mais montre ainsi qu'il existe chez les super héroïnes une sorte de communauté équivalente à celles des surhumains masculins, capables de se souder quand l'un d'eux est en difficulté.

Thompson nous entraîne avec intelligence sur de fausses pistes dans l'enquête que mène Captain Marvel pour comprendre ce qui ne va pas et il faut reconnaître que jusqu'à l'avant-dernier numéro, on est incapable de savoir qui complote contre Carol Danvers et pourquoi. C'est très bien construit, avec une alternance entre moments calmes et scènes d'action musclées.

Carmen Carnero achève, déjà, son passage sur la série en illustrant ces quatre numéros, après quoi elle part dessiner Miles Morales : Spider-Man. Elle se charge du design de Star, cette héroïne et rivale de Captain Marvel (et à qui Marvel donnera même une mini série), et produit de magnifiques pages, très ouvragées, avec un constant souci de dynamisme et d'expressivité.

On se rend compte avec le recul que depuis 2019 Carnero est une des rares artistes que Marvel a su vraiment laisser grandir, sans la trimballer de série en série, sans lui retirer sa confiance, en sachant lui confier des projets à même d'accompagner sa montée en puissance. Sa régularité et son aisance technique parlent pour elle, espérons donc que l'éditeur continue d'être aussi bienveillant.

En arrivant à la fin de ce tome, on atteint les 11 épisodes, quasiment une année de parution. La série est désormais sur orbite et va bien se poursuivre avec le volume suivant, qui accueillera Lee Garbett au dessin et verra Kelly Thompson prendre encore plus d'assurance.

lundi 23 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 1 : RE-ENTRY (Kelly Thompson / Carmen Carnero)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 1 : RE-ENTRY
(Captain Marvel #1-5)


Absente depuis plusieurs mois à cause de missions dans l'espace, Captain Marvel refait parler d'elle sur Terre en affrontant un kraken avec Spider-Woman, sa meilleure amie, à Manhattan. La créature neutralisée est récupérée pour être examinée par Iron Man. Tony Stark explique à Carol Danvers que le grand public ne sait plus quoi penser d'elle et il a organisé pour y remédier une interview avec une journaliste, Ripley Ryan.


Alors qu'elle retrouve autour d'un café James "Rhodey" Rhodes, son amant, Carol est interrompue par cette journaliste puis par l'Homme Nucléaire, un ancien ennemi des Fantastic Four. Elle le neutralise facilement mais lorsque les Avengers viennent le chercher, il active un portail dimensionnel par lequel il s'échappe en prenant Ryan en otage. Captain Marvel le poursuit, le portail se ferme et elle découvre de l'autre côté Manhattan dévasté, sous le joug de l'Homme Nucléaire, mais où plusieurs héroïnes ont organisé la résistance...


Je viens de faire l'acquisition pour un très bon prix des six premiers tomes de Captain Marvel et, en attendant de savoir si je pourrai compléter ce lot à des conditions aussi favorables, j'entreprends d'en faire la critique. Remontons donc le temps jusqu'en 2019 lorsque Marvel confie la série à Kelly Thompson, alors auréolée d'un Eisner award de meilleur scénariste pour Hawkeye...


Thompson a débuté au début des années 2010 en signant des articles pour le site CBR (ComicBookResources) puis s'est faite remarquer en participant à l'anthologie Womanthology : Heroic avec une histoire courte illustrée par Stephanie Hans. Elle obtient ainsi le poste de scénariste sur Jem and the Holograms chez IDW et Marvel l'attire dans ses filets.


Elle fait alors équipe avec Kelly Sue DeConnick sur la mini Captain Marvel and the Carol Corps, qui clôt le run de la première à l'issue de l'event Secret Wars. Puis ensuite donc c'est la consécration critique (plus que commerciale) avec Hawkeye. Marvel lui confie alors la série Captain Marvel. La boucle est bouclée.

Ce qui laisse songeur, c'est que la série en question va durer 50 numéros d'affilée, sans aucun relaunch ! C'était il y a peine sept ans alors qu'aujourd'hui l'éditeur lance n'importe quelle série en donnant 10 épisodes pour que les auteurs la rendent commercialement viable... La performance mérite donc d'être saluée.

En même temps, ce qui va distinguer le run de Thompson, c'est son insouciance. La scénariste avance sans pression, elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Captain Marvel est alors un des piliers dans Avengers de Jason Aaron, et surtout le premier film avec l'héroïne sort la même année que le début de sa prestation sur le titre.

Juste avant cela, Marvel a procédé à une retcon sur les origines de Carol Danvers qui acquit initialement ses pouvoirs en étant exposé au psycho-magnitron qui modifia son ADN. Margaret Stohl avec Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage dans la mini The Life of Captain Marvel révèle que la mère de Carol était une kree tombée amoureuse d'un terrien, la prédisposant donc à devenir une surhumaine.

Thompson mentionne peu cette modification, même si elle la prendra en compte ensuite. Ce qui l'intéresse davantage, c'est de souligner que, kree ou pas, psycho-magnitron ou pas, Carol Danvers a toujours eu la fibre d'une héroïne : c'est à la fois une combattante, un soldat, une pilote de chasse, une guerrière, un leader, une icône. Mais avant tout une femme.

De fait, cet aspect féministe transpire dans tout son run, sans pourtant être revendicatif. Si Captain Marvel a du mérite, ce n'est pas parce qu'elle est une femme dans un monde de super héros essentiellement masculin, ni parce qu'elle est entourée d'autres femmes fortes, mais parce qu'elle prouve par l'exemple que la valeur n'a pas de sexe.

D'ailleurs, comme un symbole, son premier adversaire est le grotesque Homme Nucléaire, dont l'accoutrement, régulièrement (et justement) raillé, et l'ambition (se trouver une reine, c'est-à-dire la génitrice de ses enfants), représente tout ce qui cloche : vilain ridicule (mais coriace), soulignant de manière absurde les différences homme-femme.

Si parfois j'ai râlé contre le fait que Thompson, sous couvert d'écrire des séries avec un personnage principal, en profitait pour signer des team books qui ne disaient pas leur nom, dans Captain Marvel elle met en avant dès le départ une petite communauté autour de Carol Danvers. Elle est entourée par Jessica Drew/Spider-Woman, sa meilleure amie ; James "Rhodey" Rhodes/War Machine, son amant, et Jennifer Takeda/Hazmat, son élève.

Par la suite, cette famille de coeur aura l'occasion de compter d'autres membres, au gré des circonstances, mais sans jamais imposer de nouvelles entrées incongrues. Ici, par exemple, on croise également She-Hulk, Echo, mais elles restent au second plan dans une intrigue qui voit aussi apparaître Malicia, dont le passé est étroitement lié à celui de Captain Marvel.

Ce premier arc est dessiné par Carmen Carnero qui venait de signer son contrat d'exclusivité avec Marvel après avoir trainé chez DC sans s'y être imposée. Formée aux Beaux-Arts de Grenade, elle n'a pas trop attendu (six ans) avant d'être repérée et attachée à une série mensuelle. Si sa prestation a été remarquable, elle ne sera finalement pas tant restée que ça sur le titre (qu'elle quittera au #11).

N'empêche, elle fournit ici un boulot substantiel avec cette histoire où les personnages évoluent dans un décor à la Mad Max, avec des costumes redesignés en conséquence et des coupes de cheveux modifiés. Le trait vif et précis de Carnero plus son sens impeccable du storytelling avec un découpage dont le classicisme vole parfois en éclats sur de magnifiques doubles pages est un régal.

Tamra Bonvillain assure la colorisation dans sa palette énergique qui convient à la fois parfaitement au ton du récit et au style de Carnero.

C'est encore cette équipe qui sera aux commandes du tome suivant, après un diptyque en lien avec l'event War of Realms (issu du run de Jason Aaron sur Thor). Un bon début donc, dispo en vf chez Panini Comics.

BATWOMAN #1 (Greg Rucka / DaNi)


Sur l'île du Pléon en Grèce, Kate Kane est internée dans un sanatorium. Le Dr. Zena Sidaris la suit et lui demande de lui raconter la dernière fois où elle a vue et affrontée sa soeur, Beth Kane dite Alice... Cependant, un autre médecin de cet établissement informe un certain Mr. Gores de la situation de Kate..


DC profite de son opération Next Level pour relancer Batwoman. Après la mini série récente Cheshire and Cheetah rob the Justice League, Greg Rucka a, semble-t-il, repris une relation apaisée avec l'éditeur et peut à nouveau écrire l'héroïne qu'il a introduite durant Infinite Crisis : 52, parue il y a 20 ans (hé oui, déjà, ça ne nous rajeunit pas...).


Pendant longtemps, personne chez DC, à part Rucka et le duo Haden Blackman-J.H. Williams III , ne paraissait savoir quoi faire de Kate Kate, la cousine de Bruce Wayne. La situation culmina lorsque Williams III voulut officialiser le mariage de Kate avec l'officier de police Maggie Sawyer, que retoqua Dan Didio, alors rédacteur en chef de DC, entraînant le départ du scénariste-dessinateur.



Batwoman devait pourtant rebondir dans le titre Detective Comics en 2018 quand James Tynion IV en prit les commandes et dont il fit la chef des Gotham Knights. Mais l'héroïne demeurait malgré tout dans l'ombre de Batman avec qui elle entrait en conflit au cours de ce run. Au même moment, Marguerite Bennett (avec Fernando Blanco) dirigea la série Batwoman avec beaucoup de talent, mais moins de succès.


Greg Rucka, comme son personnage, a lui aussi connu des hauts et des bas avec DC : le scénariste, qui n'aime rien tant que les femmes fortes, s'est régulièrement fâché avec l'équipe éditoriale, se consacrant à ses séries en creator-owned Lazarus (avec Michael Lark) et The Old Guard (avec Leandro Fernandez).

Cette fois-ci sera-t-elle enfin la bonne ? Seuls les prochains moins nous le diront. Mais il est certain que, sans Didio dans les pattes, Rucka doit être soulagé. Depuis, sous la direction de Jim Lee et Marie Javins, et avec le support de Scott Snyder, beaucoup de choses ont changé chez DC et l'ambition des séries Next Level est de miser sur des personnalités à part et le retour au premier plan de personnages négligés.

Rucka réintroduit Kate Kane de façon habile : internée dans un sanatorium en Grèce, elle vient d'affronter Beth Kane/"Alice", sa soeur dont elle fut séparée à l'adolescence et qui est mentalement très perturbée. Leur combat semble s'être soldé par la mort d'Alice, qui a traumatisée Kate - laquelle ne pense pas qu'une thérapie puisse la soulager.

Plus loin, il est question d'un culte en relation avec Darkseid dont Alice devait être un élément décisif et qu'on songe à remplacer par Kate. A moins que celle-ci ne se ressaisisse et ne redevienne Batwoman... Tous les éléments disposés à l'origine par Rucka sont là, pour certains recyclés pour coller à l'actualité post DC K.O., comme si le scénariste reprenait les choses là où il les avait laissées.

C'est l'aspect le plus troublant de l'affaire, comme si le temps s'était arrêté et que Rucka ne faisait finalement pas grand cas de ce qu'avait écrit Williams III, Bennett, Tynion et tous ceux qui avaient utilisé son héroïne depuis qu'il l'avait abandonnée. Mais on peut aussi être admiratif par la manière dont il réussit à synthétiser les éléments fondateurs de son travail sur Batwoman et nous la rendre aussi familière, même 20 ans après.

L'autre bon point, même si je sais déjà que ce ne sera pas l'avis de tous, c'est, à mes yeux, le choix de DaNi pour dessiner la série. C'est une artiste que j'apprécie pour ses commissions où sa maîtrise du noir et blanc, dans un registre proche du Frank Miller période Sin City, est impressionnante. Allait-elle transformer l'essai sur des pages intérieures et colorisées ?

Si ce n'est pas la première fois qu'elle se confronte à l'exercice, c'est la première à ce niveau, avec une telle exposition, une telle attente. Et je trouve que le résultat est très concluant. Ses planches ont une ambiance intense, que ne dénature pas les couleurs de Matt Hollingsworth, avec un découpage sobre. Pour moi, ça colle parfaitement au propos, au climat d'une telle série.

Après Lobo donc, c'est une nouvelle réussite - moins spectaculaire certes, mais pas moins remarquable. Je suis curieux de ce que va raconter Rucka et j'espère que DaNI tiendra les délais car si ces deux paramètres sont honorés, alors, enfin, on pourrait bien tenir une vraie bonne série Batwoman.

jeudi 19 mars 2026

LOBO #1 (Skottie Young / Jorge Corona)


Lobo est engagé pour tuer un homme qu'il a localisé dans un bar dont la clientèle regarde un film sur un anti héros violent. Les commentaires de Lobo déclenchent une bagarre à laquelle il met rapidement un terme puis pointe son flingue sur sa cible. C'est alors que son chien lui tend un téléphone : le contrat est annulé. Mais Lobo sera quand même payé s'il se rend au siège de l'Omni Omega + Entertainment Corp...


DC Next Level commence là. De quoi s'agit-il ? En fait, c'est le nom de code pour une collection de nouvelles séries lancées après DC K.O., dont certaines découlent directement de l'event écrit par Scott Snyder. Batwoman, Zatanna, Firestorm, Etrigan entre autres vont avoir droit à leur mensuel dédié. Et Lobo revient. Par la grande porte !


Le "Main Man" a été confié à une vrai équipe artistique de rockers des comics et DC a mis les petits plats dans les grands en convaincant le duo Skottie Young-Jorge Corona de s'en charger. Les deux hommes ont déjà collaboré ensemble à de multiples reprises sur des titres indés et je crois qu'on ne pouvait rêver mieux qu'eux pour écrire et dessiner Lobo.


Evidemment, les esprits chagrins diront que DC relance Lobo parce qu'il apparaît dans le film Supergirl qui sort en Juin. J'ai envie de répondre : et alors ? Il n'y a jamais de mauvais moments pour redonner une série à un personnage et si le film de Craig Gillespie donne envie aux futurs spectateurs de découvrir le comic book, alors ils ne seront pas déçus du voyage.


Surtout, et c'est ce qui différencie DC de Marvel pour le coup, c'est que cette nouvelle série Lobo ne dépend pas de Supergirl. Elle n'a pas été conçue pour coller au film (lui-même inspiré de la mini série Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely - dans lequel Lobo n'apparaissait pas). Et avec Jorge Corona au dessin, le personnage ne ressemble pas à Jason Moma (qui l'incarnera à l'écran).

Lobo est un chasseur de primes extraterrestre, brutal et bas du front. Né sur la planète Czarnia, il en décimé la population puis a offert ses services au plus offrant. Il a affronté des héros, s'est allié avec eux. Personne ne sait s'il faut lui faire confiance, s'il est rusé ou complètement con, mais disons que c'est comme si Wolverine était un bounty hunter totalement à l'Ouest.

Skottie Young a choisi de traiter le personnage dans toute sa démesure. Il déclenche une bagarre dans un bouge après s'être fichu des clients fascinés par un film ? Il tue tous les clients ! Il arrive au siège d'une compagnie pour recevoir son salaire et le patron veut tester son efficacité ? Il tue tous les gardiens de l'immeuble ! Il a un chien ? L'animal est encore plus féroce et bête que lui !

Ce chaos total est jubilatoire, absolument punk. C'est surtout affreusement drôle, outrancier, cabotin. Mais qu'est-ce que ça fait du bien ! Quand j'ai relu et écrit sur She-Hulk, je déplorai que si peu de comics fassent encore rire... Hé bien, là, j'ai été entendu ! Je me suis marré tout du long devant l'énormité assumée du script. Et le twist final est irrésistible et très prometteur pour la suite !

Jorge Corona a un style qu'on pourrait volontiers qualifier de crado, un peu comme si Vuillemin faisait du super héros. C'est déjanté, sale et méchant, les tronches sont tordantes, le découpage dément. Les contours des cases sont tracés à la main levée, il y a des tâches d'encre, mais quelle patate, quelle punch !

C'est vrai que c'est dommage que Young dessine de moins en moins de pages intérieures, à une époque il aurait sûrement tout fait sur cette série, mais Corona n'est pas un palliatif : ce mec a un talent de fou, il est aussi déchaîné que Young, et son style correspond parfaitement à ce que Young écrit, à la manière d'aborder le personnage, l'histoire. Vraiment, on ne peut rêver mieux !

Quel accueil sera réservé à ce truc barjo ? DC a un sacré culot (et c'est d'ailleurs le cas pour d'autres séries estampillées Next Level - pas toutes, mais certaines). En tout cas, l'éditeur prouve qu'il confie des projets aux équipes qu'il juge à même de les pousser au max, dans une logique qui est celle de Snyder pour la ligne Absolute.

Lobo, en vérité, a été Absolute avant les héros Absolute, il est bigger than life, too much. Et c'est le pari gagnant de l'avoir donné à Young et Corona car avec eux, Lobo revient de la manière la plus fracassante qui soit, à sa démesure. C'est donc effectivement, littéralement, le Prochain Niveau qu'ambitionne DC. Nul doute que tout ne sera pas du même acabit, mais voilà un titre qui se distinguera sans problème.

mercredi 18 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #24 : DEATH SPIRAL #4 (of 9) (Joe Kelly, Charles Soule /Jesus Saiz)


Torment a tué le père d'Eddie Brock et neutralise ce dernier facilement grâce aux bracelets qu'il a volés au Shocker. Venom et Spider-Man se rendent chez Carl Brock dont ils découvrent le cadavre mais Spider-Man refuse de croire qu'Eddie pu le tuer. Lorsqu'ils retrouvent Carnage, ils le convainquent de le laisser l'aider à traquer Torment...


Bon, je suis chaud patate et j'enchaîne avec Death Spiral #4 et donc Amazing Spider-Man #24. Au moins comme ça, on sera débarrassé des mauvais comics de la semaine. Car, comme on pouvait le craindre, un crossover en neuf parties, c'est long - et en l'occurrence, trop long, beaucoup trop. Cet épisode en témoigne où tout ce qui est raconté aurait pu/dû tenir en moitié moins de pages.


Joe Kelly fait équipe avec Charles Soule, scénariste de la série Carnage (qui paraît promise à l'annulation), pour le script. On se demande bien ce que chacun a pu écrire tant le résultat est vide. Un enchaînement de scènes décompressé au possible qui ne méritait sûrement pas qu'on y consacre une vingtaine de planches.


Eddie Brock/Carnage se fait rétamer par Torment. Spider-Man et Venom le cherchent après avoir découvert Carl Brock assassiné. Ils le retrouvent et l'aident à pister Torment. Est-ce un spoiler si je dis que Carnage va doubler Spider-Man et Venom une fois Torment retrouvé ? Je ne crois pas. En tout cas, c'est tout ce qu'il y a à se mettre sous la dent en ce qui concerne Death Spiral et son intrigue.


Par contre, au milieu de ce truc paresseux, avec en prime une scène ridicule au possible (Torment se cache - enfin... Pas très bien puisqu'il est vite retrouvé - parce qu'il doit trouver un moyen de recharger la batterie des bracelets du Shocker), il y a quand même un moment très intrigant. Ou du moins assez curieux pour savoir à quoi il rime.

On se trouve dans la tête de Brian Nehring, le collègue de Peter Parker, en train de converser avec de drôles de petites créatures, dont l'aspect d'ailleurs évoque curieusement Groot. Nehring est victime d'une sévère infection mycologique et dans sa chambre, deux personnes tentent de purger cette infection. Sauf que les petites bêbêtes ne sont pas du tout éliminées...

Je me suis posé donc les deux questions susmentionnées : est-ce que Brian Nehring va être amené à jouer un rôle dans Death Spiral - et si oui, lequel, à quand, comment ? Ou alors est-ce une scène écrite par Kelly pour Amazing Spider-Man post-Death Spiral ? J'ai quand même l'impression que ce n'est pas innocent et que si c'était pour l'après Death Spiral, Kelly aurait pu attendre.

Mais bon, ça n'enlève absolument rien au fait que ce crossover semble condamné à être trop long. Il reste encore cinq chapitres et s'ils ne consistent qu'à voir Carnage, Venom et Spidey courir après Torment, ça va être chaud. Malgré tout, ne serait-ce que parce que Al Ewing est dans le coup, je garde confiance et je pense qu'il va se passer des trucs un peu plus excitants quand même.

Jesus Saiz revient au dessin (il faut bien qu'il participe puisque c'est lui qui collabore avec Soule sur la série Carnage). Mais bon, entre lui, Ed McGuinness et Carlos Gomez, faut bien dire que c'est Saiz qui propose les planches les moins bonnes du lot. C'est grisâtre au possible, l'infographie est moche, c'est pas dynamique. Vivement la semaine prochaine et la suivante qu'on retrouve McGuinness puis Gomez.

J'ai envie de dire : un épisode pour rien - ou en tout cas pour pas grand-chose. Mais était-ce évitable avec une histoire en 9 épisodes ? (Réponse : non.)

CAPTAIN AMERICA #8 (Chip Zdarsky / Jan Bazaldua)


Tandis que les Howling Commandos de Nick Fury Jr. sont toujours à la recherche des armes de destruction massives du Dr. Fatalis, Captain America suit Alina von Fatalis dans un endroit à l'abri des yeux et des oreilles qui traînent pour lui présenter ses alliés, Melor et Mara Sandu. Ceux-ci veulent aussi mettre la main sur cet arsenal avant Salvation/Marcus Wolf...


Si j'ai tenu à commencer la critique des sorties hebdomadaires par Captain America (alors que j'avais prévu de le faire avec le 4ème volet du crossover Amazing Spider-Man/Venom : Death Spiral), c'est pour me débarrasser du plus mauvais truc que je lirai cette semaine. Et c'est d'autant moins rassurant que je me suis rendu compte de trois choses.


La première, c'est que c'est affreusement mal dessiné. Si le tandem Diaz-Alpizar a fait plutôt du bon taf (au point d'être choisi pour illustrer le futur event Armageddon) et que Valerio Schiti reviendra (enfin !) le mois prochain, je craignais de lire cet épisode donné à Jan Bazaldua. Et j'avais raison de le craindre car c'est très mauvais.


Bazaldua est un (ou une ? Je ne sais plus comment dire : c'était un mec, maintenant il a changé de sexe... En tout cas, ne comptez pas sur moi pour l'écriture inclusive et tout ce bullshit woke) dessinateur médiocre mais à qui Marvel fait confiance en lui filant régulièrement du travail, histoire de saloper une série sur laquelle un très bon artiste a besoin de souffler.


Ses planches sont abominables : la composition des images est à chier, ses personnages ne ressemblent à rien, les scènes d'action sont nazes. Rien de rien ne va. Comment un nullos pareil trouve du travail quand tant d'autres sont là à attendre, après avoir fait des études de dessin et/ou doivent se contenter de mini séries en attendant qu'un editor ouvre les yeux ? Mystère.

Ensuite l'histoire : dans cet épisode, tout en fait est mal fichu. Chip Zdarsky progresse laborieusement avec des personnages qu'il a inventés mais qui sont dénués du plus élémentaire charisme et dont les rôles sont redondants. A quoi bon écrire trois factions de prétendants au trône de la Latvérie quand deux suffirait amplement puis que sur ces trois, deux justement ont scellé une alliance.

Sans surprise, on découvre que sur les trois prétendants en question, celui qui a la plus sale gueule de méchant... Hé bien, devinez quoi ?... C'est lui, le méchant ! Et ses deux rivaux sont des gros naïfs obligés de se cacher dans les égouts pour discuter de la manière de le prendre de vitesse. Mais le méchant est tellement méchant qu'il est même presque pire que Fatalis, ce qui n'est pas rien.

Il y a une scène où, suite à une explosion qui l'envoie dans le décor, Captain America, groggy, revient à lui dans une fosse et il découvre là un charnier. Ce qui aurait pu (dû !) être saisissant d'horreur est complètement désincarné par le dessin, complètement à la ramasse, incapable de transcrire l'horreur du moment, mais aussi par le script, incapable de donner la mesure de cette atrocité autrement que comme une malheureuse péripétie.

Zdarsky se ramasse quand même terriblement sur une scène aussi délicate. Mais le malaise est encore plus prégnant quand on se rend compte que cet arc suit la même courbe descendante que le premier de la série. Souvenez-vous : ça partait très fort, puis plus ça avancez, moins c'était intense, pour finir par devenir complètement à plat.

Et là, rebelote ! C'est comme si Zdarsky n'arrivait pas construire ses arcs en gardant la tension qu'il injecte au départ. C'est tout de même problématique car, sur Daredevil, il tenait le lecteur sous pression avec brio. Je n'ai pas lu son run sur Batman, qui a beaucoup divisé. Mais là, ça s'effiloche, et ça fait deux fois de suite.

Surtout, je n'ai pas l'impression qu'il  sache quoi faire de Captain America. Il le trempe dans des barbouzeries où, évidemment, son sens du devoir et de l'honneur ne peut pas faire bon ménage avec les méthodes de Fury Jr. ni les celles des prétendants au trône de la Latvérie. Et le voilà dans la peau d'un mec qui veut dézinguer Salvation après avoir découvert un charnier (je comprends qu'il ait la rage, mais Steve Rogers a vu des horreurs durant la seconde guerre et il n'est pas parti la fleur au fusil comme là).

Marvel, entre temps, comme c'est son habitude, n'a pu s'empêcher de spoiler le pitch d'Armageddon et on sait maintenant de quoi il va retourner (je ne vous spoile pas si vous n'êtes pas au courant), mais bon, vous pouvez faire une croix sur la promesse d'un event qui creuserait enfin la question sur tous les super soldats.

Bref, tout ça m'interroge. Je vais finir cet arc (qui s'achève au #10). Mais après, même avec le retour de Schiti au dessin ? Quant à Armageddon, je vais là aussi finir Wolverine : Weapons of Armageddon. Mais, je vous l'avoue, ma motivation, qui avait bien grimpé, vient de dégringoler considérablement. Et si ceux qui doutaient des capacités de Zdarsky à devenir un des architectes de Marvel pour les deux prochaines années (avec Hickman, lui aussi, en pleine chute d'inspiration) avaient raison...