jeudi 7 mai 2026

CAPTAIN MARVEL : DARK PAST #2 (of 5) (Paul Jenkins / Lucas Werneck)


Captain Marvel cherche à en savoir plus sur le mystérieux projet DNVR lié à son père. Elle s'adresse à la seule personne avec laquelle elle partage des souvenirs : Malicia. Avec l'aide d'Emma Frost, elles fouillent dans leur mémoire commune...


Deux mois après le premier épisode, voici enfin la suite de Captain Marvel : Dark Past, qui devrait se poursuivre sur un rythme normal désormais (je pense que ce retard a été provoqué pour éviter un embouteillage dans les sorties). Et force est de constater que Paul Jenkins se montre très inspiré dans cette histoire.


Le scénariste exploite certes de vieilles ficelles, comme la relation, disons compliquée, entre Captain Marvel et Malicia, mais il n'est pas question ici de les faire s'affronter comme souvent. Déjà, depuis pas mal de temps, les deux femmes ont enterré la hache de guerre. Non, cette fois, Carol Danvers demande à Anne-Marie Lebeau de l'aider.


Jenkins rappelle à bon escient que Malicia ayant lors de son premier combat contre Captain Marvel (à l'époque Ms. Marvel) avait absorbé ses pouvoirs et une partie de sa mémoire. Elle n'a jamais pu totalement se purger et donc, c'est assez judicieux de voir Carol demander à Anne-Marie de fouiller dans les souvenirs qu'elle a conservés d'elle.


Le rôle d'Emma Frost est essentiel car elle explique que les pouvoirs de Malicia peuvent à terme la blesser, voire la tuer. Une télépathe peut servir de "tampon" entre Malicia et Captain Marvel pour explorer la psyché de l'une et de l'autre, facilitant l'accès aux souvenirs précis auxquels Carol veut accèder.

Cela donne une scène intense et qui va révéler l'identité, plus tard, de celle qui se cache derrière le projet DNVR mais aussi les armes améliorées par la technologie kree acquises par le gang des Démolisseurs qu'on a vu dans le premier épisode. C'est donc une retcon, mais légère, à savoir pas un élément qu'on rajoute grossièrement mais qu'on vient greffer pour éclaircir une période passée.

Cette période du passé concerne évidemment la relation tendue que Carol avait avec son père Joseph. Cela remonte aussi à l'époque où Carol fut reporter et là on touche vraiment aux premiers épisodes de la série originale Ms. Marvel. Jenkins connaît donc bien ses classiques mais surtout, c'est appréciable, sait les rendre accessibles à un lecteur qui, lui, ne les connaîtra pas (ou mal).

Cette intrigue palpitante est superbement illustrée par Lucas Werneck. Comme je l'ai déjà dit, c'est un narrateur qui n'a rien d'exceptionnel, mais dont le talent réside surtout dans la manière, élégante, de représenter les personnages féminins. Il a ici de quoi briller avec le trio Captain Marvel - Malicia - Emma Frost.

Le seul petit hic dans cette partition très bien exécutée, c'est qu'on peut être surpris de l'absence de Spider-Woman sur laquelle, dans le premier épisode, comptait Captain Marvel pour l'aider dans ses investigations, et que je m'attendais donc à revoir.

Mais, ce bémol mis à part, c'est de l'excellent ouvrage, surtout dans une semaine de sorties très maigre pour ma part (puisque c'est la seule série que je me suis procuré avec Daredevil). Vivement la suite donc, le 10 Juin prochain.

DAREDEVIL #2 (Stephanie Phillips / Lee Garbett)


Tandis que Daredevil cherche à savoir qui est Omen, l'homme masqué qui a menacé Matt Murdock chez lui, l'inspecteur Forte découvre que le tueur en série qu'il poursuit a pu arriver à New York par cargo et il se laisse convaincre par un agent d'aller l'inspecter sans avertir le FBI...


Le premier numéro de la relance de Daredevil par Stephanie Phillips a été un franc succès (avec un passage à l'imprimerie pour réapprovisionner les magasins). C'est que la scénariste a su trouver le ton adéquat pour remettre le diable de Hell's Kitchen sur de bons rails avec un épisode dense et accrocheur. Il lui faut maintenant transformer l'essai.


C'est ce que s'emploie à faire ce chapitre 2 qui alterne franchement entre les investigations de Matt Murdock/Daredevil d'un côté et l'inspecteur Forte de l'autre. A la fin, la scénariste réussit à mettre en scène un twiste certes classique mais efficace où les deux intrigues parallèles convergent. Et, ce faisant, on a le sentiment que Phillips veut bien (re)mettre Matt Murdock au centre de la série.


Une fois les bases posées, vient l'heure des déductions. Matt comprend que ce n'est pas Daredevil qu'on vise mais bien lui et ainsi que tous ceux qui se trouvent dans son entourage (ses amis, ses élèves) sont en danger. Cela décale habilement le coeur du problème car Murdock est plus exposé en vérité que Daredevil.


L'inspecteur Forte, lui, remonte la piste du tueur en série dont il avait trouvé une victime dans le métro. Elle le mène dans un cargo où il s'introduit sans respecter la procédure (c'est-à-dire sans avertir le FBI, seul autorisé à mener des investigations dans ce cas particulier). Se dessine alors la personnalité d'un flic pugnace et certainement ambitieux.

Deux qualités qui, on le devine facilement, vont percuter l'existence de Murdock et lui causer quelques désagréments. En effet, ce n'est pas un gros spoiler de dire que Forte va être amené à suspecter Matt des meurtres sur lesquels il enquête. Et que Matt, stressé par le fait qu'Omen menace tout ceux qui approche l'avocat en lui ayant prédit sa mort prochaine, n'est pas au mieux pour affronter ce qui s'annonce.

On peut trouver que ce récit aille un peu trop vite mais ça signifie aussi que Phillips doit en garder sous le pied pour, dès le deuxième épisode, rapprocher deux protagonistes aussi directement. Bien entendu, c'est une fausse piste : Matt n'est pas un tueur en série, mais ce qui compte ici, c'est que Murdock et par conséquent Daredevil soit impliqué malgré lui dans quelque chose qui le dépasse.

Pour illustrer cela, Lee Garbett est un peu privé de scènes d'action (même s'il y a une brève bagarre au début avec le Hibou et ses sbires) mais l'artiste compense en devant trouver des solutions graphiques pour montrer la tension à laquelle est soumise Matt/Daredevil ou la progression des investigations de Forte (très belle scène dans le cargo).

Le succès rencontré par la relance de la série n'est donc pas immérité. Stephanie Phillips et Lee Garbett animent le titre avec une énergie nouvelle, qui ne révolutionne rien en termes d'originalité, mais qui happe le lecteur dans un récit mené sur un rythme soutenu et avec un potentiel dramatique certain.

mardi 5 mai 2026

DES BELLES, DES BALLES ET DES BRUTES (Michael Winnick, 2012)


Plaqué par sa copine, détroussé par une prostituée, John Smith échoue dans un casino en plein désert où il tente sa chance comme sosie d'Elvis Presley - sans succès. Il dispute une partie de poker avec d'autres candidats et se fait plumer. Lorsqu'il revient à lui, deux agents de la sécurité le traînent devant le Chef, un indien, qui l'accuse d'avoir volé un masque de sa tribu. 


John le convainc de son innocence mais doit retrouver le masque dans les 24 heures. Il se rend donc chez le gagnant du concours de sosie mais celui-ci a déjà mis les voiles. Cindy, la voisine de ce dernier, l'aide alors dans sa quête mais à chaque fois qu'il arrive chez un autre sosie, il le trouve mort. Le shérif, à la solde du Chef, l'embarque alors mais Cindy paie sa caution.
 

La mission de John se complique encore quand il est soupçonné des meurtres des sosies, en réalité commis par la Blonde, et que deux autres tueurs, l'Indien et le Cowboy, le traquent, espérant mettre la main sur le masque les premiers pour en tirer une rançon au Chef...


Guns, Girls and Gambling est ce qu'on appelle désormais une "tarantinade", c'est-à-dire une comédie policière qui plagie les premiers films policiers de Quentin Tarantino comme Reservoir Dogs, Pulp Fiction ou Jackie Brown. Les ingrédients sont les mêmes : un récit non linéaire, des personnages haut en couleur, une intrigue délirante, de la violence, de l'humour, etc.


Michael Winnick, qui a écrit et réalisé ce film, cite ouvertement Tarantino en lui empruntant des comédiens habitués à son univers, en reproduisant certains de ses cadres iconiques (comme quand la caméra saisit en contre plongée des personnages depuis l'intérieur d'un coffre de voiture), et quelques motifs familiers (des intertitres).


A condition de ne pas prendre ça trop au sérieux et de livrer quand même un film distrayant, il n'y a là rien de mal. Tarantino, pour le meilleur et le pire, a inspiré quantité de cinéastes et redéfini une certaine grammaire cinématographique qui a permis au genre policier notamment de regagner en vigueur et en popularité.


Des Belles, des Balles et des Brutes n'a aucune prétention que de divertir. C'est amusant, tordu, impersonnel, mais efficace, et le tout est bouclé en 90' chrono. L'intrigue est complètement idiote avec ces sosies d'Elvis, ce masque indien, ses tueurs à gages, son héros poissard, ses rivaux et des mallettes contenant chacune un million de dollars en petites coupures.

A vrai dire, il y a un moment où j'ai renoncé à comprendre de quoi ça parlait et à vérifier si tout ce qui m'était raconté tenait debout. Le scénario use de liaisons grossières pour que John et tous ceux qui l'accompagnent retrouvent la trace du voleur. Mais on s'en fiche car ici ce qui compte, c'est de ne pas s'ennuyer, de ne pas s'attarder sur les invraisemblances.

Il y a un cinéaste malheureusement méconnu du nom de John Sayles qui était également scénariste et script doctor qui expliquait que, pour qu'un film fonctionne, il fallait d'abord construire son histoire à partir d'un réseau de personnages dont les liens soient facilement identifiable par le spectateur. Winnick a dû s'en souvenir.

La réalisation est donc bourrée de références à Tarantino, ce qui est à la fois sa force (car on ne perd jamais à copier les maîtres) et sa limite (car on ne gagne pas non plus grand-chose à copier les maîtres). Toutefois le rythme est soutenu, le film est court et les acteurs campent leurs rôles en ayant l'air de bien se marrer.

Christian Slater (qui avait déjà joué du Tarantino dans True Romance) rejoue son loser en allant jusqu'à rechausser les mêmes lunettes que dans le film de Tony Scott. Jeff Fahey (le sosie de Billy Zane) incarne un cowboy anachronique. Megan Park est l'archétype de la girl next door. Powers Boothe est un caïd savoureux. Et Gary Oldman (également présent dans True Romance) est un improbable sosie d'Elvis.

Toutefois le véritable atout du film, c'est Helena Mattsson, qui donne corps (et quel corps !) à la Blonde. C'est une apparition fantasmatique, tout droit sortie des pages d'un comic book, avec sa tenue moulante noire, ses deux flingues. Et vous savez quoi ? Elle joue divinement bien, très premier degré. Mais, pardon, quelle bombe !

Il manque juste à cette série C une bonne bande originale, mais on devine que le budget n'était pas suffisant pour payer les droits de quelques chansons ou titres musicaux comme les adore Tarantino.

Certains taxeront cette rareté de nanar. Mais rien que pour Helena Mattsson, désolé, je craque.

lundi 4 mai 2026

LA FEMME DE CHAMBRE (Paul Feig, 2025)


Millie Calloway est engagée comme femme de ménage résidente par Nina Winchester qui vit dans une luxueuse maison à Great Neck, Long island, avec sa fille Cece et son riche mari Andrew. Mais très vite Millie se rend compte de l'instabilité psychologique de sa patronne et apprend par la nourrice d'un couple de voisins qu'elle a été internée en psychiatrie pour avoir tenté de noyer sa fille et de se suicider par overdose.


La situation dégénère franchement lorsque Nna tente de piéger Millie pour la licencier après lui avoir demandé de réserver deux places pour un spectacle à Broadway et une chambre dans un palace tout en niant ensuite le lui avoir demandé. Andrew calme son épouse qui part en week-end avec sa fille. Le mari invite alors Millie au spectacle, après quoi ils dînent au restaurant et finissent la nuit ensemble.


Parce qu'elle lui a donnée un téléphone géolocalisable, Nina sait que Millie est sortie avec Andrew et qu'ils sont devenus amants en son absence. Le mari, n'y tenant plus, prend le parti de la femme de chambre et flanque son épouse à la porte. Millie et lui filent le parfait amour jusqu'à ce qu'un incident apparemment anodin rebatte les cartes...


L'adaptation du best-seller de Freida McFadden était évidemment attendue par les nombreux lecteurs de la romancière et le film de Paul Feig a obtenu un énorme succès. Pour ma part, je n'en attendais rien puisque je n'ai pas lu le livre mais j'étais quand même curieux du phénomène et comme Feig est un cinéaste habile, je voulais voir ce que ça donnait.


Le scénario écrit par Rebecca Sonnenshine est, paraît-il, très fidèle au bouquin. Récemment je lisais un article à propos du remake de Basic Instinct que prévoit de réaliser Emerald Fennell (Promising Young Woman), qui semble être un signal assez fort pour que le journaliste pensait que cela annonçait le retour du thriller sexy.


Dans les années 80-90, c'était quasiment un genre à part entière avec des longs métrages comme La Fièvre au corps, Liaison Fatale, Harcèlement. En vérité c'était une manière plus directe d'aborder la sexualité dans des intrigues apparentées au polar ou à l'étude de moeurs. Puis ce type de films a disparu, comme engloutis dans une vague de puritanisme et le mouvement #Metoo.


The Housemaid n'est au fond rien d'autre qu'une tentative de rejouer avec ces cartes. L'héroïne sort de prison dans le cadre d'une libération conditionnelle et doit donc trouver un travail et un logement. Elle obtient les deux en devenant l'employée des Winchester, un couple de bourgeois dont la façade de la maison se fissure autant que leurs relations conjugales.

Partant de là, le récit connaît un premier acte qui voit la maîtresse de maison dévoiler ses névroses profondes, enchaînant les crises de parano et les coups fourrés contre son employée. Quand des on-dit parviennent à Millie comme quoi elle aurait tenté de tuer sa fille puis de se suicider, le spectateur comme la jeune femme croit savoir tout ce qu'il a à savoir.

Evidemment c'est un leurre et l'histoire qui suit est assez astucieuse pour nous surprendre efficacement. Le film connaît d'ailleurs une sorte d'entracte assez étonnant où l'intrigue se met sur pause pour exposer le passé de Nina Winchester et nous révéler le twist complet de l'intrigue pendant au moins dix bonnes minutes.

Il fallait oser interrompre ainsi le déroulement de l'action puis en reprendre le cours sans risquer de casser le rythme du film. Comme celui-ci est tout de même assez long (131'), on saluera le savoir-faire de Feig qui réussit cet exploit de rattraper le spectateur après lui avoir imposé ce détour. Et ce n'est pas la seule réussite de La Femme de Ménage.

Car cette dernière apparaît pendant les deux tiers du film comme un personnage assez passif, pour ne pas dire éteint. Elle subit en silence et songe plutôt à quitter ce foyer toxique avec cette patronne qui ne cesse de lui jeter des peaux de banane pour la faire chuter. comme quand, tout à trac, elle révèle à son mari le passé criminel de Millie (qui a tué un jeune homme tentant de violer une étudiante).

Je ne vais pas spoiler le retournement de situation mais alors commence presque un autre film où l'héroïne change radicalement de statut et d'attitude. C'est presque par ricochet puisque ce changement intervient après qu'on ait pris connaissance du passé et de la machination ourdie par Nina Winchester. Une manigance sophistiquée et acrobatique.

On saisit alors pourquoi, en dépit de tout, Millie a obtenu le poste et pourquoi Nina n'a pas hésité à la sacrifier, sachant qu'elle survivrait. In fine, si les deux femmes se quittent sans rancune, malgré tout ce que l'une a infligé à l'autre, c'est en vertu d'un partage explicite de ce qu'elles ont traversé à des moments différents mais avec la même intense cruauté.

C'est aussi pour cela qu'il est vain et idiot de juger le film en estimant qu'il aurait pu être plus ceci ou moins cela. D'abord parce qu'on n'a pas à juger un film pour ce qu'il n'est pas là et qu'on aurait aimé qu'il soit. Ensuite parce que les qualités de La Femme de Chambre, comme ses défauts d'ailleurs, lui appartiennent et doivent être critiqués pour ce qu'ils sont.

Paul Feig aime et sait diriger les actrices, comme il l'a montré dans la version féminine de Ghostbusters ou L'ombre d'Emily. Il le prouve encore une fois avec Sydney Sweeney et Amanda Seyfried. La première compose très intelligemment Millie en n'hésitant pas sous jouer pour mieux surprendre l'audience à la fin. La seconde surjoue au contraire pour elle aussi révéler la vraie nature de son personnage dans la dernière ligne droite.

Sweeney démontre en tout cas un flair redoutable car, prise dans un tempête médiatique (après une campagne de pub pour des jeans et sous le feu de haters qui, découvrant qu'elle était inscrite comme électrice républicaine, en ont fait une supportrice de Trump), elle s'est investie comme productrice dans ce projet. Et elle prouve aussi qu'elle est loin de ne miser que sur ses charmes pour convaincre en tant qu'actrice. Seyfried a d'ailleurs été d'un soutien exemplaire envers sa partenaire.

Entre ces deux actrices très complémentaires, Brandon Sklenar, vu dans l'épatant Drop, a d'abord un peu de mal à exister, mais il campe un mari plus complexe qu'il n'y parait.

La Femme de Ménage est donc plus qu'une banale transposition sur grand écran d'un roman à succès. Il ne mérite aucun mépris, mais au contraire toute la considération due à un divertissement efficace et bien fait.

dimanche 3 mai 2026

PIROUETTE FATALE (Vicky Jewson, 2026)


Une troupe de cinq jeunes danseuses de Los Angeles et leur professeur partent pour Budapest où elles ont été invitées à un prestigieux concours. A leur descente d'avion, elles montent dans un bus qui tombe en passe en rase campagne. Le chauffeur tente de réparer, mais elles préfèrent aller chercher un taxi alors que la pluie commence à tomber.


Elles trouvent une auberge dans laquelle elles se réfugient et qui est tenue par une ex-ballerine, Devora Kasimer, aujourd'hui à la tête d'une famille criminelle et qui reçoit la visite de Pasha Markovic à qui elle paie le prix de sa protection. Les filles sont invitées à se changer et elles enfilent leurs tutus. Leur professeur conduit l'une d'elles, qui est sourde, aux toilettes et surprend Devora en train de torturer un homme dans son bureau.


Pasha fait des avances à la professeur qui le repousse. Vexé, il l'abat d'une balle en pleine tête. Devora tente de rassurer les filles en leur disant qu'elle va appeler la police. Osip, son fils aîné, les conduit au sous-sol tandis que l'une des danseuses s'enfuit mais se fait rattraper, assommer et ligoter. Quand elle revient à elle, elle convainc ses partenaires de s'échapper à tout prix...


Emporté par mon élan, après avoir vu They Will Kill You, j'ai voulu trouver un film similaire et j'ai jeté mon dévolu sur Pirouette Fatale sur Prime Vidéo. Arrêtons un instant sur ce titre qui me fait m'interroger sur la possibilité que les traducteurs sont drogués ou ont pensé être drôles en trouvant quelque chose qui ressemblerait en français à Pretty Lethal.


Maintenant, disons-le tout de suite : le long métrage n'est pas loin d'être aussi mauvais que son titre français. Enfin... Ce n'est pas affreusement mauvais. D'abord parce que ça ne dure pas longtemps (80', générique de fin non compris), mais ça dure quand même trop longtemps pour ce que ça raconte. C'est typiquement un scénario qui aurait fait un excellent court ou moyen métrage, mais pas un long.


L'idée de départ est pourtant marrante et on la doit à Kate Freund : imaginez cinq demoiselles, qui, évidemment, ne peuvent pas se blairer (car la danse exacerbe l'esprit de compétition) obligées pour survivre de se transformer en machines à tuer en combinant la chorégraphie de ballet aux arts martiaux. C'est débile, je sais, mais c'est amusant, je vous promets.


Et bon il faut reconnaître que le casting est parfait, même s'il a beaucoup bougé entre le projet initial et le résultat final. Les cinq actrices sont formidables, très crédibles lorsqu'elles font des pointes et des entrechats comme quand elles zigouillent des malfrats hongrois. Et c'est déjà énorme parce que, quand on se rappelle que Marvel a essayé de nous faire croire que Scarlett Johansson et Florence Pugh avaient le physique de danseuses, on revient de loin...

Au deux tiers du film il y a une séquence de baston extraordinaire où les cinq filles massacrent une horde de mafieux dans la salle principale de l'auberge et Vicky Jewson, à ce moment-là, donne tout ce qu'elle a pour rendre ce moment mémorable. En reproduisant la chorégraphie de Casse-Noisette, on assiste à un carnage jubilatoire.

Mais c'est aussi le problème du film qui apparaît ainsi : un morceau de bravoure comme celui-ci devrait se situer à la fin, c'est idéal pour illustrer le climax de l'histoire. Au lieu de ça, on a droit à une explosion misérable alors qu'on a vu des explosifs posés partout auparavant, en quantité suffisante pour raser tout le bâtiment où s'est déroulé le film.

On se plaint souvent (et à raison) de films trop longs mais rarement de films trop courts. Pourtant même un film court peut être encore trop long et Pretty Lethal le prouve. L'action met trop de temps à arriver, après un prologue à Los Angeles inutile. Puis ensuite il y a des moments gênants comme celui où le personnage de Zoe oublie longuement sa soeur sourde Chloe alors que toutes les filles ont compris qu'elles étaient en danger de mort.

Une autre a consommé, sans le savoir, de la drogue et manque d'être violée. Mais alors que son trip aurait pu être exploité pour souligner le délire gore qui suit, ce n'est pas le cas. Les prises de bec entre les deux rivales du groupe sont répétées de manière trop insistante pour ne pas freiner le récit. C'est dommage.

Du côté des méchants, le scénario veut trop en faire, notamment avec le père de Pasha, Lothar, et et Devora, la tenancière de l'auberge, elle-même ancienne ballerine, qui, logiquement, devrait vouloir protéger les jeunes filles mais ne pense qu'à s'en débarrasser - pourquoi ? Puisqu'il est évident que la police ne va venir enquêter sur la disparition de cinq américaines dans la campagne hongroise.

Il y a trop d'incohérences dans cette affaire pour qu'on ne les remarque pas et comme il y a aussi trop de digressions au détriment de l'action, le rythme en pâtit. Lors de la grande bataille que j'ai évoquée, on remarque par exemple que tous les gangsters dans l'auberge n'ont pas d'armes, c'est inconcevable. Tout juste voit-on l'un d'eux dégainer un pistolet mitrailleur mais le gars est tellement naze qu'il vise à côté et se fait dessouder par un cocktail molotov !

Au lieu de s'amuser, comme ce devrait être le cas, de ce gros délire, on ne voit que les failles dans le script et cela coule le film. C'est un gâchis phénoménal, surtout pour Uma Thurman (qui a remplacé Lena Hadey). Enfin, quoi, on n'engage pas une telle actrice pour lui donner si peu à jouer !

Maddie Ziegler (la gamine, qui a bien grandi, des clips de Sia, et qui a remplacé Isabel Merced), Avantika (qui a remplacé Yara Shahidi), Iris Apatow, Millicent Simmonds et Lana Condor sont épatantes, mais elles ne peuvent sauver que les meubles.

Dommage donc, ça aurait pu être tellement mieux.

samedi 2 mai 2026

BATMAN / WONDER WOMAN : TRUTH (Jeph Loeb / Jim Cheung)


Wonder Woman accepte que son lasso de vérité soit exposé dans une galerie dont le système de sécurité a été conçu par Bruce Wayne. Mais Catwoman dérobe l'objet. Batman, toutefois, raisonne Wonder Woman en lui expliquant qu'il a recruté la voleuse pour justement tester la sécurité. Pourtant Catwoman s'enfuit avec le lasso qu'elle perd vite...


Ces derniers mois DC Comics a été le théâtre d'un feuilleton éditorial rocambolesque avec la publication de Batman : Hush 2, suite de la saga parue en 2002-2003. Les épisodes sont sortis avec un retard de plus en plus considérable et ce n'est qu'il y quelques jours que le dessinateur Jim Lee a expliqué pourquoi (diabétique, il a dû se soigner tout en réalisant ses planches et en accomplissant son job de Chief Creative Officer).


Alors quand Jeph Loeb, le scénariste avec lequel il a travaillé, a annoncé qu'il écrivait un one-shot s'intercalant entre Hush et Hush 2, les lecteurs se sont demandés quand cela sortirait. Et voilà que débarque dans les comics shops Batman/Wonder Woman : Truth, un récit complet d'une quarantaine de pages, cette fois illustré par Jim Cheung.


Il y a deux manières d'apprécier le produit : la première, c'est en le considérant effectivement comme une intermède entre les deux Hush. Sur ce point, j'aurai du mal à en parler, n'ayant pas lu les deux Hush, mais je vous renvoie à l'excellente analyse qu'en a faite AIPT Comics . Très complète et instructive, sans complaisance.


Mais on peut aussi lire et aimer Batman/Wonder Woman : Truth sans s'embarrasser de Hush et sa suite. Peut-être est-ce d'ailleurs comme ça que ça aurait dû être proposé, par exemple sous le DC Black Label, un récit complet sans avoir à se soucier de la continuité et des bizarreries qu'on trouve sous la plume de Loeb et le crayon de Cheung.


Le scénario, au fond, n'est qu'un prétexte car l'argument est parfaitement absurde. En effet pourquoi Wonder Woman consent à ce que son lasso soit exposé dans une ville comme Gotham où pullulent les voleurs et les criminels. Même avec l'assurance que Bruce Wayne sécurise cet objet si précieux, c'est de l'inconscience.

Et évidemment ce qui devait arriver arriva : le lasso est rapidement volé par nulle autre que Catwoman qui le perd rapidement au profit de Harley Quinn. Et quand Harley Quinn est là, le Joker n'est pas loin. C'est très téléphoné, archi prévisible, et Jeph Loeb ne s'en excuse même pas. Au contraire, c'est bravement assumé, comme si le scénariste ne cherchait plus à redorer sa triste réputation.

Mais... Mettons que l'absurdité de la situation de départ ne soit pas si gênante. Alors on a droit à un divertissement rigolo, mené sur un rythme soutenu et accompagné de quelques efforts notables. Par exemple Loeb, sans rien dire de nouveau sur ses protagonistes, réussit à ne pas trahir la caractérisation des uns et des autres.

Wonder Woman croit en l'homme et c'est pour ça qu'elle accorde sa confiance à Bruce Wayne et Batman. Batman aime Catwoman et c'est pour ça qu'il a parié sur elle pour tester son système de sécurité, mais en même temps il reste méfiant parce que c'est sa nature profonde, que même la bonté d'âme de Wonder Woman ne peut faire vaciller.

La voix off, cet artifice dont ne peuvent plus se passer les scénaristes (je rêve qu'un editor défie ses auteurs d'écrire un script sans elle, ne serait-ce qu'un mois, pour voir comment ils s'en sortiraient), est ici habilement utilisée pour illustrer la dualité des personnages et l'ambivalence des péripéties. L'action domine, sans temps mort, avec classicisme mais élégance.

Toutefois, même si on lit Batman/Wonder Woman : Truth sans prendre en compte Hush, des détails interpellent et montrent que le projet a été conçu sans que son scénariste sache très bien où le situer. Par exemple Catwoman porte son costume du run d'Ed Brubaker, designé par Darwyn Cooke. C'est raccord avec Hush qui était paru à la même époque.

Mais Wonder Woman porte la tenue qu'elle a dans le run de James Tynion IV sur Justice League Dark, avec la cape et la jupe à franges, alors qu'au début des années 2000, Diana avait encore sa célèbre (et regrettée) culotte étoilée. Là, c'est un faux raccord. Tandis que Harley Quinn est habillée en arlequin, comme quand Bruce Timm l'a inventée et telle qu'elle apparaissait dans Hush.

Cela donne l'impression que Jim Cheung a improvisé à partir d'un script qui manquait visiblement de clarté sur les looks adéquats. Mais ses planches sont tellement superbes qu'en vérité on oublie vite tout ça. On sent qu'il a passé des mois à peaufiner chaque planche - il a d'ailleurs avoué que ce fut son travail le plus dur.

Je ne suis évidemment pas d'accord avec ceux qui disent que Cheung a voulu coller au style de Jim Lee. Je n'ai jamais été un fan de Lee comme artiste, mais ce dont je suis certain, c'est que Cheung, contrairement à lui, est un artiste qui n'a cessé de s'améliorer et dont la qualité le dépasse nettement. La seule chose qu'ils ont en commun, c'est bien la lenteur.

Et Cheung s'encre, et très bien. Son trait est d'une précision et d'une classe bluffantes, il a cette façon de représenter les personnages assez figée, ce n'est pas dynamique pour un sou, mais c'est d'une méticulosité virtuose. On reconnaît immédiatement un dessin de Cheung, sa manière de dessiner les visages (très peu expressifs, mais comme saisi dans leur majesté intemporelle).

Et les couleurs de Jay David Ramos mettent en valeur ce trait, sans empiéter sur l'encrage, sans alourdir les ambiances.

Bref, c'est un vrai bonheur pour les yeux, à défaut d'être une histoire à la hauteur de ses héros.

THEY WILL KILL YOU (Kirill Sokolov, 2026)


Asia Reaves sort de prison après y avoir purgé une peine de dix ans. Sous une fausse identité, elle se présente au "Virgil", un hôtel particulier, où la reçoit Lilith Woodhouse, la gestionnaire, qui la prend pour la nouvelle femme de ménage et qui lui explique qu'habite là l'élite de la société new-yorkaise. Asia remarque qu'après son entrée tout est bouclé. Elle prend possession de sa chambre et s'endort.


Elle est réveillée brusquement quand quatre individus armés l'agressent et tentent de la chloroformer. Elle se rebelle et s'enferme dans sa penderie. Lorsqu'on l'en déloge, elle est armée d'une machette et tue ses quatre assaillants puis sort dans le couloir où l'attend Lilith qui se demande qui elle est vraiment. Asia lui répond être là pour retrouver sa soeur.


Car, dix ans auparavant, Asia et Maria furent séparées après que la première ait tiré sur leur père, un homme violent, qui les poursuivait. Asia fut arrêtée et Maria laissée à la garde de leur paternel. Les quatre agresseurs d'Asia resurgissent derrière elle et elle découvre qu'ils sont immortels comme tous les locataires et le personnel après avoir passé un pacte avec Satan...
 

They Will Kill You est le deuxième long métrage de Kirill Sokolov, qui en a co-écrit le scénario avec Alex Litvak. Et, pour vous situer la chose, je pourrai dire que si vous avez aimé Wedding Nightmare (Ready or Not en vo) avec Samara Weaving, alors vous allez adorer ce film qui s'inscrit dans même veine. C'est-à-dire une série B bien sanglante, violente et très drôle surtout.


Jusque dans les années 70 le cinéma américain a produit ce genre de projets pour les séances dans les drive-in. C'étaient des spectacles régressifs qu'on pouvait suivre distraitement au début puis qui réussissaient à vous happer parce que c'était très divertissant. Puis progressivement ils ont disparu, pour devenir des direct-to-dvd qu'on trouvait en promo dans les bacs des supermarchés.


Mais il semble que la mode revient et on peut s'en réjouir car ce sont des films dont ls auteurs ont désormais intégré les codes narratifs et visuels mais qui soignent leur ouvrage de manière à ce qu'ils ne soient plus considérés comme des rebuts du 7ème Art mais une forme à part, des plaisirs coupables certes mais dont on n'a plus honte.


L'argument initial n'a rien de renversant : une jeune femme veut retrouver sa soeur et s'infiltre dans un milieu louche. C'est évidemment à ce moment-là que les choses se compliquent. Ici, comme dans Wedding Nightmare, il y a un élément surnaturel (un pacte satanique conférant l'immortalité à une communauté en échange d'offrandes - des sacrifices humains).

L'héroïne voit sa mission dégénérer quand il lui faut, en plus de tirer sa soeur de cet endroit, sauver leur peau à elles deux. Problème : comment tuer des immortels ? Réponse : en les exterminant de telle manière qu'il ne reste plus rien d'eux qui puisse se régénérer. Pas simple. Encore moins quand il faut se battre contre les résidents d'un immeuble entier et le personnel de maison.

On a donc droit à des combats en rafale à coups de machette, de hache, de fusil, de couteau, de feuille de boucher, de croc de boucher, et même de tête de cochon. L'énormité des affrontements fait tout le sel de l'affaire, comme par exemple quand Asia a l'idée d'enrouler un chiffon autour de la lame de sa hache et de l'enflammer afin de zigouiller plus efficacement ses ennemis.

Quand on lui demande où a-t-elle appris à se battre avec une telle férocité et une telle maîtrise, elle répond naturellement : "en prison". Et un bref flashback nous la montre en train de rosser des co-détenues dans les douches. Cette fille est suprêmement badass, à côté d'elle Samara Weaving est juste une nana qui tente de survivre alors qu'ici elle résiste à tout (couteau planté dans le dos, coup de crosse à la mâchoire, etc.).

Vous pouvez trouver ça absolument débile et vous aurez le droit, mais c'est quand même jubilatoire parce que c'est très bien filmé. Sokolov manie la caméra et le cadre comme un maboul, tournant autour de son héroïne pour mieux nous faire ressentir le vertige qu'elle ressent, le tourbillon qui l'entoure. C'est juste dommage qu'il ne nous gratifie pas de davantage de plans-séquence, car, là, son film s'élèverait vers de cimes ahurissantes.

Mais pour cela le cinéaste peut compter sur une carte maîtresse : Zazie Beetz. La comédienne, qui s'était déjà fait remarquer pour ses prédispositions physiques dans Deadpool 2 (où elle incarnait la mutante Domino), est sensationnelle. Elle prouve qu'elle est capable de porter un film sur ses épaules et d'incarner une action star comme il n'y en a plus guère.

Ce qui est appréciable, c'est que jamais le film ne cherche à sexualiser Asia : c'est une guerrière, même quand elle charcute quatre adversaires en petite culotte dans sa chambre. L'énergie affolante qu'elle déploie emporte tout sur son passage. Elle donne la réplique à Myha'la, qu'on peut voir dans l'excellente série Industry, ici dans un rôle de fausse innocente.

Plus surprenant, on trouve face à elles deux icones des 90's : d'un côté Patricia Arquette en propriétaire possédée et, de l'autre, Heather Graham, en locataire increvable. Elles ont l'air de s'amuser follement et ça fait plaisir de les voir dans un truc aussi foutraque.

They Will Kill You, c'est un joyeux jeu de massacre, qui pourrait facilement devenir le premier volet d'une franchise. Au moment où Tarantino sort sa version uncut de Kill Bill (The Whole Bloody Affair), la relève est assurée.