Heather, employée d'une librairie au Shadyside Mall, ferme boutique lorsqu'elle est tuée sauvagement par son ami Ryan Torres, déguisé à la manière du tueur Skull Face, avant que lui-même ne soit abattu par le shérif Nick Goode. Les médias couvrent l'affaire en soulignant la misère de Shadyside, surnommé "Shittyside", et la prospérité de sa voisine, Sunnyvale. Les ados du coin croient qu'une malédiction plane sur l'endroit depuis la mort de Sarah Fier, condamnée pour sorcellerie en 1666.
Deena Johnson n'y croit pas : elle est trop en colère pour ça depuis sa rupture avec Samantha, partie vivre à Sunnyvale avec sa mère divorcée. Son frère, Josh, se passionne lui pour la mythologie de ShadySide, et ses amis, Kate et Simon, vendent de la drogue en espérant économiser assez d'argent pour partir vivre ailleurs. Lors de la veillée en mémoire de Sarah, une bagarre éclate entre les élèves des deux villes et Peter, le petit ami de Samantha, poursuit ensuite le bus scolaire de Shadyside.
En lui jetant une glacière, Deena fait sortir de route la voiture de Peter. Sonnée, Samantha s'en extrait, avec le nez qui saigne. Elle l'ignore encore mais cela va déclencher une nuit de terreur pour elle, Deena, Josh, Kate et Simon. Et si finalement cette histoire de malédiction était vraie ?
Fear Street est à l'origine une série de romans écrite par R.L. Stine, le "Stephen King des enfants" comme il se surnomme lui-même. Le projet de l'adapter remonte à 1997 mais ce n'est qu'en 2018 que cela se concrétise grâce à Netflix et la réalisatrice Leigh Janiak. La plateforme de streaming a l'idée imparable de sortir les trois films à une semaine d'intervalle chacun.
Mais surtout le coup de génie, c'est d'avoir surfé sur la vague des séries d'horreur/fantastique dont le succès était grandissant - cf. Stranger Things. Comme pour le feuilleton des frères Duffer, la production s'appuie sur un récit efficace et un casting d'acteurs en devenir, tout en établissant une mythologie que les trois films explorent à rebours (après 1994, on ira en 1978 puis en 1666).
Au début, on est en terrain familier, tous les quotas sont respectés : la romance lesbienne, le geek afro-américain, la sorcière, les tueurs aux identités et aux looks très marqués, des références cinéma à gogo (Shining, Poltergeist, Les Dents de la Mer), le shérif qui doute puis croit les ados... C'est presque too much.
Mais ce qui fait la différence, c'est le soin avec lequel Janiak traite ses héros : elle a à coeur avec son co-scénariste Phil Grazadie de dépasser les clichés, le cahier des charges. Elle les dote de caractères forts, leur consacre un arc narratif chacun. Idem pour le décor entre la luxueuse Sunnyvale et la décrépie Shadyside.
Même dans le cas de seconds rôles comme Kate et Simon, les petits dealers, leur comportement coupable trouve une justification acceptable dans la mesure où, derrière le cynisme de leur commerce, il y a une volonté de s'extraire d'un endroit qui n'a rien à leur offrir de bon. La relation saphique entre Deena et Samantha est elle aussi abordée sans lourdeur, de manière pudique, sensible, sans romantisme excessif.
Et puis enfin et surtout le film ne manque pas d'humour : s'il exploite le genre avec application, il se permet des touches d'ironie bienvenues comme quand, dans son dernier acte, comprenant qu'il faut un sacrifice pour en finir avec la malédiction, on nous répète qu'il faut que quelqu'un meurt mais qu'on le ramènera à la vie ensuite, comme s'il s'agissait là d'une opération banale.
Pour une histoire horrifique, Fear Street : 1994 a aussi le bon goût de ne pas abuser des massacres. On n'assiste pas une succession de morts affreuses, complaisamment filmée pour satisfaire le fan du genre. Certes, il y a quelques décès sanguinolents, mais circonscris et qui touche uniquement des personnages auxquels on a eu le temps de s'attacher (ou dont on n'avait rien à faire).
C'est sans prétention mais très bien fichu et on a envie de découvrir ce qui s'est passé au camp Nightwing en 1978 et lors du procès en sorcellerie de Sarah Fier en 1666. C'est aussi grâce aux acteurs, des inconnus mais qui jouent parfaitement, sans en faire des caisses : au premier rang desquels on trouve Kiana Madeira (Deena) et Olivia Scott Welch (Samantha).
Maya Hawke, justement en provenance de Stranger Things, est celle par qui tout commence. Et Gillian Jacobs (Community) apparaît dans une scène post-générique de fin pour donner un avant-goût du prochain chapitre (où son rôle sera joué, plus jeune, par Sadie Sink, encore une des actrices de Stranger Things).
Ne vous étonnez donc pas si demain et après-demain, sauf imprévu, je consacre mes deux critiques suivants à la suite et fin de cette trilogie.



















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