vendredi 22 mai 2026

LOBO #3 (Skottie Young / Jorge Corno, Nicoletta Baldari)


Désormais sans emploi, Lobo reçoit un appel du Dr. Bixwell de l'Union Intergalactique des chasseurs de primes. Avant de le recruter, il le soumet à un test psychologique. Lobo se replonge dans ses souvenirs d'enfance...


On peut légitimement concevoir une certaine déception à la lecture de ce troisième épisode dans la mesure où il n'inaugure pas un nouvel arc narratif et qu'il est à peine illustré par Jorge Corona. Si vite après seulement numéros, il est frustrant de voir l'équipe créative faire une espèce de pause alors que la série démarrait sur les chapeaux de roues.


Mais est-ce que ça signifie pour autant que c'est un mauvais épisode ? Non, je vous rassure tout de suite. Skottie Young a certes gagné du temps mais pour une raison bien simple : le mois prochain, lui et Corona vont mettre en scène un affrontement entre Lobo et Supergirl pile poil pour faire écho au film Supergirl de Craig Gillespie avec Milly Alcock et Jason Momoa.
 

Et si la manoeuvre est évidemment de surfer sur le succès très probable du long métrage, on peut tout de même compter sur le duo pour livrer un épisode qui va dépoter. Donc, en attendant, nous avons droit à ce chapitre qui explore un moment du passé de Lobo à l'occasion d'un examen psychologique qu'il doit passer pour intégrer l'Union Galactique des chasseurs de primes.


On sait que le czarnien a décimé toute sa planète mais avant cela, qu'en était-il ? On peut dire que les autorités se doutaient que Lobo enfant allait être, disons difficile à maîtriser. Comme cette fois où Mrs Tribb, sa maîtresse d'école, a conduit sa classe pour une visite au zoo et que Lobo a entrepris de libérer de leur aquarium des dauphins de l'espace...

La farce du garçon provoque une succession de catastrophes après qu'il soit passé devant un conseil de discipline qui tentait pourtant de raisonner l'enseignante. Il tombe alors sur un Mauve Lantern qui essaie, par la méthode douce qu'il incarne, de lui faire comprendre le sens des responsabilités mais commet surtout l'erreur de lui expliquer les pouvoirs de son anneau.

Hop ! aussi sec, Lobo lui tranche le doigt et récupère l'anneau... La suite, vous vous en doutez est un joyeux foutoir que même un Green Lantern ne saura stopper. Skottie Young applique à Lobo la recette de sa série à succès I Hate Fairyland dans laquelle il conte les mésaventures de Gertrud  dans un monde de contes de fée qui finit par l'insupporter tellement qu'elle devient folle et y commet un massacre.

Bien entendu, comme I Hate Fairyland est une production indé (publiée par Image), Young peut s'autoriser bien plus que sur une série DC, mais cet épisode est assez rigolo et sans doute que si la série était éditée sous le label Vertigo ou Black Label, le résultat aurait été plus corsé et plus hilarant, mais on devra s'en contenter.

Corona ne dessine donc que les scènes au présent dans l'appartement de Lobo où il passe en facetime son examen. Le reste, c'est-à-dire les pages 7 à 23, est signé par Nicoletta Baldari, dans un style acidulé qui convient très bien à la fausse naïveté enfantine de ce long flashback anarchique. La tête de canaille enragée de Lobo est irrésistible tout comme le personnage du Mauve Lantern.

Bon, ceci étant dit, maintenant, on a hâte de retrouver Lobo adulte et surtout de voir ce que vont nous mijoter Young et Corona le mois prochain pour ce duel face à Supergirl, qui promet énormément.

jeudi 21 mai 2026

VENOM #258 (Al Ewing / Carlos Gomez)


Après les obsèques de Paul Rabin, qui s'est sacrifié pour sauver Dylan Brock de Torment, Flash Thompson prend le garçon sous son aile et Mary Jane Watson et Peter Parker conviennent d'un rendez-vous pour faire le point sur leur relation, qui a sensiblement évolué depuis que la jeune femme est le nouvel hôte de Venom...


Bon, tout d'abord, avant de parler du contenu de l'épisode, il faut quand même que je vous parle de Carlos Gomez, et plus spécialement de la manière dont il dessine Mary Jane Watson. Celle qui fut créée visuellement par John Romita Sr. a donc eu de la chance à la "naissance", entendu que Romita Sr. était suprêmement doué pour croquer les (belles) femmes.
 

Mais je dois dire que Carlos Gomez gâte tous ceux qui ont déjà eu le béguin pour MJ. Non, mais regardez les planches qui accompagnent cet article ! En choisir deux a été très difficile tant cet épisode est un festival. Gomez est lui aussi un artiste très doué pour croquer les belles femmes, mais sa MJ est tout bonnement fabuleusement belle.


Et, il ne faut pas se le cacher, c'est une des raisons pour laquelle Venom est devenue une série agréable. Je lis beaucoup de choses négatives sur le fait que le symbiote a maintenant MJ pour hôte, mais souvent j'ai l'impression que ceux qui s'en plaignent ne lisent pas cette série, et croyez-moi, ce n'est pas si incongru que ça en a l'air.


Et après le crossover Death Spiral, MJ et Venom, leur relation, la manière dont elle est appréciée par Peter Parker ou Flash Thompson, ont pris une dimension très intéressante. Je ne veux pas spoiler, mais il s'est passé quelque chose de grave, de troublant, et tout est fait pour que le lecteur ne sache pas qui en est le véritable responsable - MJ ou Venom ou les deux qui se sont entendus.

Bref, moi, je défends cette série, particulièrement depuis que Venom et MJ sont liés. Je n'avais jamais vraiment suivi les aventures du symbiote, même si j'avais bien aimé la période où Flash Thompson avait endossé le rôle de l'Agent Venom (écrite par Rick Remender). Et là, je trouve que c'est une idée au moins aussi riche et originale.

Dans cet épisode, ne vous attendez pas à de l'action. Al Ewing fait le point après Death Spiral. C'était nécessaire, et de toute manière, ça va bientôt à nouveau castagner comme dirait Ben Grimm puisque l'event Queen in Black démarre en Juillet. Mais c'était important de marquer une pause entre Death Spiral et Queen in Black.

D'autant que Ewing ne se contente pas de ça : il revient, le bougre, sur le run, contesté, de Zeb Wells au cours duquel MJ était en couple avec Paul Rabin et qu'ils étaient prisonniers sur la Terre 23321 en ruines à cause du père de Paul (un super vilain nommé l'Emissaire). Paul a ensuite fait de MJ la super héroïne Jackpot grâce à un dispositif de son invention.

Il faut quand même une certaine dose d'audace pour dresser le bilan d'une des idées les plus grotesques qu'a endurée MJ. Mais Ewing a (parfois) le génie pour changer le plomb en or et il utilise donc ce qu'avait imaginé Wells pour alimenter un dialogue très fin, touchant entre MJ et Peter, sur leur relation, et leur avenir.

Séparés durant cette période, ils constatent qu'ils ne sont tout simplement plus les mêmes et qu'il n'est pas question de se remettre en couple. Ce serait déplacé alors que Paul Rabin vient tout juste de mourir et d'être inhumé après s'être sacrifié pour sauver Dylan Brock du tueur en série Torment. Et en vérité, ce n'est pas plus mal.

Parce que, entendons-nous bien, je n'ai rien contre le coupe Peter-MJ et je considère que Marvel abuse d'astuces débiles pour ne pas les remettre ensemble. Mais MJ a souvent été uniquement le love interest de Peter et finalement, maintenant, elle est plus que ça et n'a plus besoin de lui pour exister en tant que personnage.

Si MJ a besoin de Peter pour exister, alors c'est limite insultant pour justifier qu'elle figure dans une série. Evidemment, si Marvel avait pu expliquer ça sans recourir à un personnage dont tout le monde s'est fichu, voire que tout le monde a détesté, comme Paul Rabin, ça aurait été mieux. Mais bon, ce qui a été fait a été fait et il faut à présent en apprécier les conséquences.

Vu la médiocrité de la série Amazing Spider-Man depuis la fin du run de Dan Slott, je me dis que Peter Parker peut bien continuer à endurer des scénaristes mal inspirés et que MJ a de la chance d'avoir été récupérée par Al Ewing. Et celui-ci, en en faisant le nouvel hôte de Venom, lui a donnée une importance qui lui manquait.

Plutôt que d'en faire une héroïne sans avenir comme Jackpot, en faire la nouvelle Venom resitue MJ : elle ne dépend plus de sa relation avec Peter. Et c'est ce que cet épisode assume et impose. Plutôt que de persister à ne voir dans MJ que la moitié amoureuse de Peter, elle est à présent l'héroïne d'une série qui n'a plus besoin ni de Peter ni de Spider-Man.

Je trouve que c'est au moins aussi méritoire que lorsque Jason Aaron avait fait de Jane Foster la puissante Thor. Sauf que tout le monde savait que Odinson allait récupérer Mjolnir et la tête d'affiche de la série. Alors qu'avec Venom, on peut espérer que MJ reste dans l'hôte du symbiote plus longtemps. Et c'est largement aussi bien que Eddie Brick ou Flash Thompson.

L'épisode présente aussi le nouveau look de Venom et c'est justifié de manière assez maline. Bon, je regrette quand même un peu le Venom massif et le contraste avec le physique si avenant de MJ, qui créait un contraste intéressant. Mais Ewing et Gomez font passer la pilule intelligemment.

Lisez Venom, et après vous verrez que ce qui se passe actuellement est loin d'être aussi mauvais que ça peut en avoir l'air. Au contraire même, c'est sans doute une des meilleures séries Marvel actuelles.

CATWOMAN #87 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a enlevé Holly Robinsonqu'il a enfermée dans une cellule capitonnée avec une réserve d'une heure d'oxygène. Ou, si elle préfère en finir avant, une seringue et de la drogue. En parallèle, il envoie en ville une femme avec le visage de Selina Kyle qui alerte la police anonymement qu'une bombe se trouve à la gare de Burnley...


Même si Catwoman est très présente dans cet épisode, ce qui est logique puisqu'elle est l'héroïne, on termine sa lecture avec le sentiment que c'est bel et bien Black Mask qui est la vedette. La couverture ne ment donc pas sur le contenu - et on peut d'ailleurs être légitimement ébloui par la maestria de l'image peinte par Sebastian Fiumara.
 

On dit souvent, pour paraphraser Hitchcock, que "meilleur est le méchant, meilleure est l'histoire", et Black Mask est un excellent méchant. Torunn Gronbekk l'a bien compris et livre un script à la hauteur de ce génie du mal, dont le sadisme est proprement effrayant et le machiavélisme implacable. Il a plusieurs coups d'avance sur Catwoman qui est obligée de courir dans tous les sens.


Si ma scénariste est très bien inspirée, on aurait quand même souhaité savoir ce qu'il est était advenu de Slam Bradley qu'on a laissé dans une situation très compromise. Mais elle se rattrape ave deux scènes fulgurantes mettant en scène Maggie, la soeur de Selina, dont le handicap est parfaitement exploité et qui s'enferme dans une panic room pour échapper à des sbires de Roman Sionis.


Que ce soit un artiste italien comme Davide Gianfelice qui dessine désormais la série souligne encore davantage l'influence très giallo de cette histoire. Tout ici concourt à faire partager au lecteur une expérience limite, à la fois grotesque et éprouvante. C'est tout à fait épatant et cette ambiance d'épouvante sied bien à l'ensemble.

Gianfelice est très à son aise pour découper ce récit de la manière la plus vibrante possible, montrant avec expertise comment Black Mask entraîne Catwoman là où il le désire, la faisant souffrir mille maux, et les efforts désespérés qu'elle déploie pour tenter de rattraper son retard. Le rythme est très soutenu, le suspense élaboré.

Torunn Gronbekk a rarement été saluée pour son travail, notamment quand elle a dû remplacer au pied levé Donny Cates sur Thor, mais il se pourrait bien qu'elle redore son blason avec Catwoman où elle s'est installée depuis maintenant quelque temps et plus spécialement avec cet arc qui ose répondre à un classique de l'ère Brubaker avec aplomb et maîtrise.

Quant à Gianfelice, il montre lui aussi qu'il mérite sa place après une carrière en dents de scie et où ses talents de narrateur graphique prouvent qu'il a faim, digne représentant de cette "invasion" italienne dans les comics, riche de bien des talents dont il n'est pas le plus connu mais qui gagne à l'être incontestablement.

mercredi 20 mai 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #4 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine, Dave Colton et Tyler Torrens se retrouvent dans le repaire de Nick Pruet, patron du programme Primewarrior. Torrens est prêt à lui céder ce qu'il convoite s'il redevient un simple mutant et plus une machine à tuer. Mais Colton, Wolverine et même Nuke ne sont pas de cet avis...


La première question qu'on se pose en achevant la lecture de ce dernier épisode de Wolverine : Weapons of Armageddon est la suivante : quel est le rapport entre ce que nous a raconté Chip Zdarsky et Armageddon, son event qui démarre le mois prochain ? Le scénariste suggère quelques pistes mais était-ce bien nécessaire d'écrire cette mini-série pour cela ?
 

Depuis le début de cette intrigue, Tyler Torrens, le jeune homme qui a servi de cobaye au programme Primewarrior, se balade avec une boîte. Il s'agit d'une "origin box", importé de la Terre 6160, c'est-à-dire la Terre où se déroulait le dernier univers Ultimate en date. 


Renseignement pris, dans la mini-série Ultimate Spider-Man : Incursion (2025) de Deniz Camp, Cody Ziglar et Jonas Scharf, Miles Morales était attiré sur la Terre 6160 par le Créateur et s'en échappait avec des origin boxes. Il est désormais avéré (puisque Marvel a communiqué dessus) qu'elles joueront un rôle dans l'event Armageddon.
 

Ce qui signifie que ces boîtes vont créer de nouveaux super héros (et vilains). Mais on découvre dans cet épisode qu'elles peuvent aussi ressusciter littéralement des individus qui reviennent à la vie avec des pouvoirs différents de ceux qu'ils avaient précédemment. Et celui qui fait cette expérience ici est, à mon avis, le personnage mystérieux qu'on peut déjà voir sur la couverture de Armageddon #2 (et qui n'est pas Sentry).

Cela, c'est pour ce qui me paraît le plus évident. Ce qui l'était mois, et que je n'avais pas du tout capté, c'est que Tyler Torrens est un mutant, pas seulement une tentative de créer un énième super soldat. Et la situation dans laquelle il est laissé à la fin de cette mini-série ressemble quand même fort à une voie de garage. 

Et c'est bien pour ça que, entre autres choses, je me demande quand même à quoi aura servi cette histoire. Parce qu'à part l'origin box et le personnage que j'ai évoqué plus haut (sans spoiler son identité), le reste est très dispensable. Il n'y a pas vraiment de conséquence ni de suite à attendre à ce qui a été raconté.

Et même l'origin box détenue par Tyler Torrens (et récupérée/utilisée in fine par Wolverine) n'est pas la seule en circulation. Miles Morales en a d'autres et Marvel a débuté cette semaine la publication d'une mini intitulé Ultimate Impact : Reborn (ce titre...) par Chris Condon et Stefano Caselli qui met en scène justement l'apparition de nouveaux héros et vilains récupérant ces fameuses boîtes. 

Bref, ce n'est quand même pas bien fameux. Pour se préparer vraiment à Armageddon, il faut surtout avoir lu les épisodes de Captain America, qui organisent la crise à venir (avec Red Hulk, la Latvérie, et l'intervention attendue des super héros). En l'état, je ne pense pas qu'on puisse dire que Wolverine : Weapons of Armageddon soit très instructif.

La leçon surtout à retenir de tout cela est double : d'une part, ce qu'on pouvait attendre (espérer), c'est-à-dire un event autour des super soldats (une véritable arlésienne chez Marvel) n'aura pas lieu (on est vraiment bien plus dans la continuation de One World Under Doom) ; et d'autre part, Chip Zdarsky ne me semble pas très inspiré (j'ai déjà dit ce que je pensais de son Captain America et maintenant de Wolverine : Weapons of Armageddon).

Luca Maresca restera le bon point de ce projet. Ce dessinateur est très bon et mérite que Marvel mise sur lui. Il est visiblement influencé par Ron Garney mais il ne le singe pas pour autant. En tout cas, c'est un excellent narrateur, au trait vif, qui aura servi un script moyen avec beaucoup d'efficacité. Il faudrait voir ce qu'il donne sur un format plus long, mais il a un gros potentiel à exploiter.

Pour le reste... Hé bien, réflexion faite, je vais zapper Armageddon. Déjà, j'ai beaucoup à lire, et je ne suis pas motivé pour en rajouter, surtout après avoir lu ces prologues successifs. Peut-être vais-je passer à côté de quelque chose, auquel cas je me rattraperai plus tard (j'ai des amis qui comptent faire cet event et qui me prêteront les single issues au besoin une fois qu'il sera terminé).

Et puis, dans les mois qui viennent, il y a d'autres choses qui attirent davantage mon attention et pour lesquelles je préfère me réserver du temps (de lecture et de rédaction de critique). En attendant que Marvel redevienne bon puisqu'il va y avoir du mouvement dans la hiérarchie (nouveau président, peut-être la fin du mandat de Cebulski comme CEO)...

dimanche 17 mai 2026

BARBARA GORDON : BREAKOUT #1 (Mariko Tamaki / Amancay Nahuelpan)


Vandal Savage commissaire du G.C.P.D., avec l'accord de la maire Poison Ivy, expédie manu militari tous ceux qu'il juge indésirables de vivre au milieu de la population dans un prison haute sécurité sur une île au large. Barbara Gordon se fait capturer et devient le matricule 682281 pour enquêter sur les "suicides" de l'ex-procureur Jennifer Peck et de l'ex-capitaine Dan Rascott...


J'ai pu lire ce premier numéro de cette nouvelle série du DC Next Level grâce à un ami. Je n'avais pas prévu de l'acquérir mais on m'en a dit le plus grand bien et j'ai voulu vérifier sur pièces. Même si ce n'est pas précisé, je pense qu'il s'agit d'une mini-série car l'argument ne me semble pas prévu pour alimenter une ongoing.


Vandal Savage et Poison Ivy, respectivement commissaire principal et maire de Gotham City, se sont entendus pour mettre à l'ombre quiconque pourrait entraver leurs plans. Batman est devenu l'ennemi public n°1 et tous ses acolytes sont aussi traqués. Les morts suspectes d'une ex-procureur et d'un ex-officier de police exigent des investigations. Barbara Gordon se porte volontaire.


Les récits carcéraux, en particulier avec des femmes, ont nourri bien des fictions, particulièrement des séries B où tout était prétexte à des histoires violentes et saphiques. DC a confié cette mission à Mariko Tamaki, avec la volonté manifeste d'éviter ces clichés. Mais la scénariste voulait surtout raconter l'histoire d'une femme en milieu hostile.
 

De par son histoire, Barbara Gordon est le membre de la Bat-famille le plus intéressant à placer dans cette situation : elle a été une victime du Joker (Killing Joke) même si par la suite elle a retrouvé l'usage de ses jambes, elle a été Batgirl avant que Cassandra Cain ne porte ce nom, elle est la fille de l'ex-commissaire Jim Gordon (devenu désormais un simple agent en uniforme).

A priori, c'est donc la moins forte des alliés de Batman, même si son rôle en tant qu'Oracle en fait une pièce maîtresse du dispositif mis en place par Bruce Wayne, et qu'elle a dirigé les Birds of Prey (c'est hélas ! regrettable que ce titre ne soit plus publié car avec cette série il aurait été intéressant d'observer comment ce que traverse Barbara aurait été exploité).

Néanmoins elle est loin d'être faible : elle a pour elle une mémoire eidétique qui en fait une sorte d'ordinateur ambulant et ce sens de l'observation s'avère fort utile pour identifier détenus dangereux et matons douteux dans le Supermax, ce pénitencier inspiré par Alcatraz (comme la célèbre prison, il est situé sur une île).

Tamaki ne perd pas de temps : elle nous plonge, lecteur et héroïne, dans le vif du sujet. L'arrestation de Barbara, son procès expéditif, sa condamnation, son enregistrement à la prison, et les premières échauffourées dans la cour avec K. Kilter, une détenue dérangée qui prétend être la fille de Double-Face (pas de Harvey Dent mais bien son alter ego).

C'est très efficace et la dernière page donne envie d'en lire plus. Tout cela rend regrettable le fait que la série n'ait pas été confiée à un meilleur artiste qu'Amancay Nahuelpan, avec qui Tamaki avait collaboré sur Crush & Lobo. Le dessinateur n'est pas mauvais, mais il n'est pas non plus très bon.

C'est typiquement quelqu'un à qui profiterait un encreur expérimenté, qui pourrait sinon corriger ses maladresses, en tout cas solidifier son trait. Mais il manque désormais cruellement de finisseur comme le furent des Joe Sinnott, Bob Wiacek, Dan Green Wade von Grawbadger, des professionnels aguerris qui contribuaient à améliorer le travail d'artistes moyens.

Aujourd'hui beaucoup de dessinateurs travaillent sur tablette graphique et assument leur encrage eux-mêmes, mais ce n'est pas donné à tout le monde d'être un bon encreur. On peut être un bon dessinateur et un encreur lamentable, et c'est le cas de Nahuelpan, dont les finitions laissent à désirer et aboutissent à un résultat à peine professionnel.

Pourtant il découpe bien son récit, ses compositions d'images sont habiles, il y a de bonnes idées et de bonnes intentions. Le fait qu'il ait déjà travaillé avec Tamaki joue aussi en sa faveur car il sait traduire ses scripts. On va voir comment ça évolue, s'il tient le rythme mensuel, et espérer que, malgré ses défauts graphiques, la série ne soit pas pénalisée.

Parce que, ces réserves mises à part, c'est un début prometteur.

samedi 16 mai 2026

LA NUIT DU 12 (Dominik Moll, 2022)


La nuit du 12 Octobre 2016, les membres de la Police Judiciaire de Grenoble fêtent le départ à la retraite de leur chef. C'est Yohan Vivès qui lui succède. Cette même nuit, à Saint-Jean-de-Maurienne, Clara Royer, 21 ans, quitte le domicile de sa meilleur amie, Nanie, et rentre chez elle. En chemin, elle lui envoie un message vidéo pour la remercier. Un homme surgit, l'asperge d'essence et la fait brûler vive.


L'enquête est confiée à la P.J. de Grenoble. Après avoir identifié la victime et averti ses proches, ils dressent, avec l'aide de Nanie, la liste des suspects, des hommes que Clara fréquentait. Leurs interrogatoires ne donnent rien. Yohan et son collègue Marceau sont particulièrement choqués par l'atrocité de ce meurtre alors que d'autres policiers incriminent le penchant de la jeune femme pour les mauvais garçons.
 

Un courrier anonyme parvient à Yohan, avec dans une enveloppe un briquet. L'auteur est un marginal qui prétend avoir été un des amants de Clara mais rien ne le relie au crime. Lors d'une rencontre sur son lieu de travail avec Yohan, Nanie s'énerve qu'on veuille faire passer Clara pour une fille facile, qui aurait cherché ce qui lui est arrivée. Si elle a été tuée, c'est parce qu'elle était juste une fille...


Récompensé par 6 César, La Nuit du 12 mérite le succès critique et public qu'il a reçu car c'est non seulement un excellent film policier, mais c'est au-delà de son genre un grand film. Ne vous attendez pas à ce que l'intrigue aboutisse à la révélation du coupable : dès le début, on nous signale que ce ne sera pas le cas, comme un nombre élevé d'homicides.


Car, il faut l'avoir en tête, l'action du film se déroule en 2016 puis 2019, soit à des époques où le terme "féminicide" n'était pas ou peu usité. Dominik Moll et son co-scénariste Gilles Marchand ont librement adapté un ouvrage documentaire de Pauline Guéna, 18.3 - Une année à la P.J., paru en 2021, et se sont inspirés d'une affaire en particulier (le meurtre de Maud Maréchal, 21 ans, dans la nuit du 13 au 14 Mai 2013 à Lagny-sur-Marne).


Les films et séries policiers nous ont habitués, sans doute trop, même en considérant que la majorité relève du divertissement et donc s'affranchit du réalisme, à ce que le coupable soit démasqué et arrêté à la fin de l'histoire. En vérité, partout dans le monde, les meurtres restent souvent non élucidés, ou en tout cas prennent un temps fou à être résolus.


C'est ce que met d'abord en évidence La Nuit du 12, ce temps long, laborieux, et l'échec à la fin. On y voit des policiers identifier une victime, l'annoncer aux parents, interroger des suspects, bloquer dans des impasses, rebondir, échouer à nouveau. Puis les mois, les années passent, une juge d'instruction déterre l'affaire, la relance, l'espoir renaît, et la désillusion est de nouveau au rendez-vous.

Mais la grande qualité du film réside moins en vérité dans la description de l'enquête que dans sa formulation. La Nuit du 12 est surtout un film sur le langage - ou plutôt le manque de mots pour parler clairement, justement, précisément de ce qui se passe, se joue. Un dialogue en particulier souligne cette faille.

Dans sa dernière partie, le film, sans prévenir, fait un saut dans le temps de trois ans. L'affaire a été abandonnée. Mais une juge, donc, décide de la remettre en haut de la pile. Elle contacte le policier qui a conduit les investigations et le convainc de reprendre le dossier alors que l'anniversaire de la mort de Clara Royer approche, peut-être l'occasion de surprendre le coupable.

Yohan, le flic en question, n'y croit pas au début. Il explique que cette affaire a été celle qui l'a détruit - "dévoré" selon la juge. Tous les policiers connaissent un cas comme ça, qui les hante toute leur carrière. Puis Yohan déclare que le meurtre de Clara Royer l'a interrogé pour une raison simple : quelque chose ne va pas entre les hommes et les femmes.

Des mots simples mais décisifs. Trois ans avant, il avait entendu la meilleure amie de la victime lui dire que, selon elle, si Clara avait été tuée, c'est simplement parce qu'elle était une fille. Là encore, des mots simples mais clairs. A deux reprises, le film pose des termes élémentaires mais fondamentaux sur ce qui ne va pas.

Le reste du temps, les flics se heurtent au coeur de l'affaire faute de mots pour en parler avec justesse. Quand un de ses hommes sous-entend que la victime, qui avait de nombreuses liaisons avec des mauvais garçons, était une "salope", Yohan le reprend, mais sans trouver les mots adéquats pour cibler le machisme de ce jugement. Peut-être lui-même pense-t-il la même chose ou pas loin, mais il bute sur la formulation.

Marceau, un autre flic, arrive à se confier à Yohan sur ses déboires conjugaux (sa femme et lui essaient d'avoir un enfant, il l'a laissée avoir un amant, et c'est de lui qu'elle est finalement enceinte), mais il est également incapable de décrire son malaise face à ce crime. Quand l'enquête mène à un des amants de Clara, condamné pour violences conjugales, Marceau ne trouve rien de mieux à faire que d'aller brutaliser ce suspect.

Quand l'enquête est relancée trois ans après, une femme a intégré la PJ de Grenoble et l'équipe de Yohan. Major de sa promotion, elle a préféré la brigade criminelle à un poste plus confortable car elle aime investiguer, recueillir des témoignages, recouper des éléments. Elle l'intrigue, le trouble, sans aucune connotation sexuelle, car c'est l'autre femme qui lui ouvre les yeux sur la véritable nature de l'affaire - un féminicide.

Parfois Moll abuse de motifs un peu répétitifs et donc faciles, comme quand il montre (trop souvent) Yohan faisant du cyclisme sur piste dans un vélodrome désert la nuit, tournant littéralement en rond comme dans son métier. Marceau ne comprend pas quel plaisir il prend à cet exercice et lui conseille de s'essayer à la route. Il le fera plus tard.

Mais c'est un défaut mineur qui ne nuit nullement au film. Lequel bénéficie d'une réalisation au cordeau, d'une sobriété presque austère, et d'une interprétation admirable. Bastien Bouillon (qui recevra le César de la révélation masculine pour son rôle) est extraordinaire. Bouli Lanners est d'une humanité déchirante. Et Anouk Grinberg, qui arrive tardivement, n'a besoin que de quelques scènes pour imposer un personnage marquant.

La Nuit du 12 est un film qu'on n'oublie pas : comme sa victime (incarnée par Lula Gaston-Frapier), il est de ceux qui sont là, gravés dans notre mémoire, nous hantant comme ses héros face à l'horreur d'autant plus absolue qu'elle est sans réponse.

vendredi 15 mai 2026

THE FURY OF FIRESTORM #2 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Ronnie Raymond a perdu sa mère alors qu'il était encore enfant et son père le négligeait. Adolescent, il intègre l'équipe de football mais n'est pas assez fort pour s'imposer comme titulaire. Pour impressionner la fille qu'il aime au lycée, il devient l'assistant du professeur Martin Stein jusqu'à ce que l'explosion d'une bombe ne les fasse fusionner en Firestorm...


Jeff Lemire a voulu faire de The Fury of Firestorm une série accessible à tous. Le personnage étant relativement peu connu, l'intention est appréciable. Mais elle n'est pas gratuite dans la mesure où, le mois dernier, le scénariste présentait Firestorm sous un nouveau jour, nettement plus menaçant, dépourvu de l'humanité des deux individus qui le composaient.
 

Que s'est-il donc passé pour en arriver là ? Lemire livre donc un épisode quasiment composé d'un long flashback pour suggérer quelques réponses. Ainsi revit-on le passé de Ronnie Raymond, jeune homme orphelin de mère très jeune, footballeur raté, assistant incompétent de Martin Stein qui le prend malgré tout son aile, jusqu'à l'accident qui allait bouleverser leur existence.


Lemire dévoile qu'aujourd'hui la créature connue sous le nom de Firestorm ne semble plus investie par Ronnie Raymond, qu'il semble avoir désintégré. Quant à Martin Stein, s'il apparaît comme le dernier recours pour stopper Firestorm, nul ne sait s'il est encore vivant, et s'il l'est, où il se trouve. Ce qui est certain en revanche, c'est que ni l'un ni l'autre ne sont plus aux commandes.


Lemire joue avec les nerfs du lecteur de manière très efficace et intense. Firestorm se définit désormais comme la Furie, il est en colère, et sa puissance est effrayante. Peut-il même être encore maîtrisé, ramené à la raison ? Qu'est-ce qui provoque cette furie ? Comme l'indique le titre sur la couverture, on assiste à l'anatomie de l'homme nucléaire, sauf qu'elle ne nous a pas révélé comment le calmer.

C'est cette inconnue qui rend le récit captivant et flippant. Avec des éléments connus des fans et désormais accessibles aux nouveaux lecteurs, le pire est qu'on ignore toujours ce qui a provoqué l'ire de Firestorm et comment en venir à bout - si on peut en venir à bout. Car Firestorm, comme on l'a vu dans le premier épisode, est une créature surpuissante, capable de manipuler le feu nucléaire, la cohésion atomique.

Là où Tom King dans Jenny Sparks dressait le portrait d'un Captain Atom, équivalent en puissance à Firestorm, prétendant être Dieu et réclamant d'être vénéré comme tel, les motivations de Firestorm sont et restent nébuleuses. Il paraît beaucoup plus offensif, agressif, vindicatif. Mais pourquoi ? Ne pas savoir, Jeff Lemire en use à dessein, c'est nourrir la crainte.

Visuellement, il faut aussi dire que la série est une réussite car Rafael de Latorre réussit une belle performance : pour certaines séquences, il modifie son encrage et avec le coloriste Marcelo Maiolo, utilise des trames qui donnent l'apparence des vieux comics, avec des couleurs délavées, passées.

Puis l'artiste passe à un trait plus fin, le coloriage redevient normal, et cette transition donne l'impression que l'histoire se déroule sur deux niveaux, avec une BD dans la BD, et avec le récit direct. C'est un procédé qu'affectionne Lemire, qui l'a exploité dans sa saga Black Hammer, et que de Latorre traduit magnifiquement, de manière encore plus séduisante pour les lecteurs.

Hier, en parlant d'Absolute Martian Manhunter, je pointai du doigt que le pire ennemi de cette gamme Absolute était une tendance prononcée à l'exagération, à l'outrance, à la saturation. Ici, en revanche, tout est subtilement dosé, mais loin d'aseptiser le résultat, cela le rend bien plus troublant et puissant. C'est une sorte d'éloge de la mesure.

Firestorm est à peine moins connu que le limier martien, mais Jeff Lemire et Rafael de Latorre réussissent en deux épisodes à le rendre plus incarné et son histoire plus percutante, sans avoir besoin de pousser tous les curseurs dans le rouge. Sachant que Lemire est aussi l'auteur d'Absolute Flash, on en déduira que le scénariste canadien réussit à se partager entre deux tonalités de façon virtuose. Et c'est comme un commentaire, une métaphore de son héros nucléaire.

Et si on tenait là la vraie grande série du DC Next Level ?