AVENGERS : ARMAGEDDON
Le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross alias Red Hulk et cinq soldats transformés en Hulk ont pris le pouvoir en Latvérie qu'ils ont rebaptisée Nouvelle Amérique, et ils projettent d'envahir d'autres territoires. Les Nations Unies veulent régler le problème sans que les super héros ne s'en mêlent car elles estiment que c'est l'un d'entre eux qui est au coeur de cette crise. Toutefois Tony Stark a compris que Ross a planifié ses manoeuvres de façon parfaite et il convainc les Avengers et les Fantastic Four d'intervenir.

Les deux équipes affrontent Ross et ses sbires en Symkarie avec le renfort de Dave Colton qui a acquis des super pouvoirs grâce à une origin box en provenance de l'univers Ultimate. C'est grâce à lui qu'ils maîtrisent leur adversaire mais Iron Man évite de justesse que Colton ne tue Ross. La Garde d'Hiver russe profite que les super héros américains portent secours aux civils pour enlever Ross. Tony Stark inspecte la base du général et y trouve une mystérieuse boîte qui explique ce qu'il projetait de faire.
Les jours suivants, Colton avec l'aide de Bucky Barnes confisquent aux grandes puissances leur arsenal nucléaire. Wolverine explique à Reed Richards dans quelles circonstances il a permis à Colton d'acquérir ses pouvoirs. Les Russes proposent à Ross de travailler ensemble contre les super héros américains, ce qui déclenche un nouveau conflit avec des conséquences terrifiantes...
Ce mercredi est sorti le dernier numéro de
Avengers : Armageddon, l'
event écrit par
Chip Zdarsky sur les bases de
One World Under Doom et sa série
Captain America ainsi que la mini-série
Wolverine : Weapons of Armageddon. Cette histoire est courte (cinq numéros) et annonce le futur des Avengers dont la série repart au #1, toujours sous la direction de Zdarsky avec les dessins de Marco Checchetto, le mois prochain.
On sait donc, si on a suivi ce que Ryan North et Chip Zdarsky ont mis en place précédemment, que Thaddeus "Thunderbolt" Ross, prisonnier du Dr. Fatalis, a entrepris d'imposer par la force l'ordre, en désobéissant à sa hiérarchie, en Latvérie. C'est ainsi que démarre Armageddon : Red Hulk et cinq soldats qui le suivent, transformés en Hulks, règnent sur l'ancien domaine de Fatalis, porté disparu.
La situation alerte à la fois les Nations Unies et la communauté super héroïque, mais cette fois les gouvernements s'entendent pour régler ça sans les super héros qui font, selon eux, partie du problème - en vérité, ça va plus loin : ils estiment que les super héros provoquent plus de problèmes qu'il n'en résolvent. Et ce, au prix de vies civiles.
Evidemment, les super héros ne l'entendent pas de cette oreille et outrepassent le droit international en allant neutraliser Red Hulk. Zdarsky élimine très vite, de manière surprenante, Red Hulk. C'est à la fois original et maladroit car la méthode qu'il emploie pour ça révèle où il veut en venir très rapidement. En fait Red Hulk n'est qu'un prétexte et Armageddon un gros teaser.
Dans les premiers épisodes de son run sur Captain America, Zdarsky a procédé à une retcon radicale en établissant que Steve Rogers était revenu à la vie après les attentats du 11 Septembre 2001. Pour le remplacer en tant que Captain America, le général Ross a désigné un jeune soldat idéaliste, David Colton, qui été le cobaye d'une énième expérience pour créer un super soldat.
Mais la carrière de Colton a percuté le retour en activité de Steve Rogers. Lors d'une mission foireuse en Latvérie (déjà), Colton a craqué et rendu son tablier. Rogers s'est alors naturellement imposé comme le seul et unique vrai Captain America, collaborant un temps avec Ross puis Nick Fury Jr. avant d'intégrer les rangs des Avengers.
Puis, de nos jours, Rogers a assisté au putsch fomenté par Ross en Latvérie et a tenté de le neutraliser avec les Howling Commandos de Fury Jr. Au terme de cette bataille, Rogers, gravement blessé, est entre la vie et la mort, tandis que Ross est devenu le chef en Latvérie. En parallèle, Wolverine a retrouvé Dave Colton, traqué par ceux qui en avaient fait un super soldat. Colton a également frôlé la mort, mais a été sauvé par Logan grâce à une origin box qui l'a doté de pouvoirs.
Une origin box ? C'est là que ça se complique, même si vous avez lu Zdarsky. Car Marvel a ressuscité l'univers Ultimate pendant deux ans, avant de tout arrêter (contre toute logique puisque ce fut un succès commercial). A l'occasion d'une mini série, Reborn : Ultimate Impact (par Chris Condon et Stefano Caselli), Miles Morales découvrait ce nouvel univers où sa soeur a été embarquée.
Il en ramène des origin boxes, catalyseurs de super pouvoirs, et s'emploie à ce qu'elles ne tombent pas entre de mauvaises mains. L'une d'elles est récupérée par Wolverine donc et fait de Colton un être surpuissant. Et c'est là que, pour moi, ça coince. Parce que c'est un pur caprice de Zdarsky. Et il mentionne même dans Armageddon le personnage que Colton remplace implicitement : Sentry.
Mais comme redonner vie à Sentry aurait senti le réchauffé, Marvel et Zdarsky vont trouver une astuce, grossière, bancale, mais spectaculaire, clivante, de quoi créer le buzz. Et dans le cas présent, spoiler, il s'agit de placer enfin Miracleman, personnage qu'ils ont acquis, réédité, mais sans jamais lui avoir trouvé une place dans la continuité.
Ainsi donc, à mi-chemin de Armageddon, Zdarsky copie sans vergogne ce qu'Alan Moore a fait avec Miracleman il y a... 44 ans. On le voit désarmer les grandes puissances nucléaires, comme on pouvait le lire dans la série écrite en 1982. Puis, à la fin de l'épisode 4, Colton, dans une séquence abominablement mal fichue, se transforme littéralement en Miracleman en prononçant le fameux "Kimota !".
Zdarsky sait qu'en faisant cela, il va s'aliéner une partie des lecteurs car on ne touche pas impunément à ce qu'a fait Alan Moore. Alors, il ruse en suggérant que Colton a hérité de ses pouvoirs trop hasardeusement pour qu'il soit le vrai Miracleman. Autrement dit, il existerait un Mike Moran dans l'univers 616 de Marvel qui finira par assumer le nom et le rôle de Miracleman.
De là à penser que cela finira par un affrontement entre Colton et Moran, c'est plus que probable, mais peut-être pas pour tout de suite. Mais cela aboutit au fait que Armageddon a deux parties distinctes, celle avec Red Hulk, vite expédiée ; et celle avec Colton/Miracleman, pour le futur immédiat. Et c'est ainsi que cette seconde partie se mue en teaser.
On n'est pas dans Civil War et le registration act, mais pas loin. Les super héros ne sont plus en odeur de sainteté. Nick Fury Jr. s'avère une fripouille totale. Captain Marvel est très diminuée. Iron Man prépare le futur (et dans sa propre série, va connaître de sérieux démêlés). Spider-Man est déboussolé. Captain America se réveille et va devoir encaisser. Il y a de vraies conséquences, indéniables.
C'est d'ailleurs là que Zdarsky est à son meilleur : il excelle dans cette contextualisation au ras de terre, à hauteur d'homme, de façon concrète, en soulignant les décisions des autorités humaines, leur opportunisme aussi. Reste à voir si toutes les séries joueront le jeu, si tous les auteurs accepteront cette feuille de route qui redessinent radicalement les rapports entre les super héros et le reste du monde.
Il y a dans cette initiative un air familier pour ceux qui ont connu la grande époque de Brian Michael Bendis et Mark Millar et l'enchaînement de sagas comme Avengers : Disassembled, House of M, Civil War, Secret Invasion, Siege, qui formaient une sorte de grande tapisserie déployée sur des années, avec un impact global sur tout l'univers Marvel.
Est-ce que Zdarsky aura l'autorité pour faire/défaire comme Bendis et Millar ? Il écrit Captain America et va diriger Avengers, ce qui lui donnent une vraie latitude. Sa composition pour les Avengers évoque beaucoup celle de Bendis et des New Avengers, surtout quand ils furent dans la clandestinité (post-Civil War jusqu'à la fin du Dark Reign). Et il sera aussi jugé pour sa gestion de Miracleman.
Delio Diaz et Frank Alpizar assurent efficacement au dessin, même si le tandem manque un peu de maturité pour une telle entreprise. D'ailleurs, ils sont remplacés sur le #3 par Ario Anindito, dont le style est moins élégant, et qui les assiste aussi sur le dernier chapitre. Après la prestation formidable de RB Silva sur One World Under Doom, c'est décevant.
Avengers : Armageddon manque un peu d'ampleur pour ce qu'il veut raconter, c'est trop ramassé, compact, dense. On sent que cette histoire est surtout un trait d'union entre la saga de Ryan North et ce que Marvel prépare à partir du mois prochain pour Avengers. En même temps, malgré de grosses ficelles et maladresses, il ne néglige pas les conséquences de ce qu'il raconte. En espérant que ce ne soit pas trop vite balayé par un prochain et inévitable nouvel event...