mercredi 4 novembre 2026

AVENGERS #1 (Chip Zdarsky / Marco Checchetto)


Spider-Man est inquiet : son sens d'araignée n'arrête pas de se manifester, quelque chose de mauvais va se produire. Il en avise Luke Cage qui n'a pas le temps pour ça puisqu'il est en campagne pour sa réélection comme maire de New York face à une candidate anti super héros. Daredevil, qui réconforte Captain Marvel, sent lui aussi une menace planer sur la ville. Et pour ne rien arranger, Miracleman fait irruption dans la Stark tower pour que Iron man l'aide à mieux comprendre ses pouvoirs...
 

Nous y voilà : ici commence le nouveau volume de Avengers, le dixième après la fin du run de Jed MacKay en Mars dernier. Depuis il y a eu l'event Avengers : Armageddon et Marvel a choisi de laisser Chip Zdarsky relancer la série ce mois-ci. Un relaunch qui fait penser à celui de Brian Michael Bendis en 2005 après Avengers : Disassembled et le titre rebaptisé en New Avengers.


Pourquoi cela y fait penser ? Parce qu'il y a 21 ans donc Bendis avait confronté les héros à une crise majeure justifiant leur séparation. Les New Avengers s'étaient formés de manière accidentelle (après une attaque contre la prison du Raft) et autour de personnages improbables (des anciens comme Captain America et Iron Man et des néo-Vengeurs comme Luke Cage, Spider-Woman, Wolverine, Spider-Man).


Le pari de Bendis à l'époque, motivé par Mark Millar (qui faillit hériter du projet mais qui le repoussa pour développer Ultimates), c'était d'intégrer des personnages très populaires comme Wolverine et Spider-Man à l'équipe et mixer cela avec des héros que lui adorait comme Luke Cage et Spider-Woman tout en conservant un noyau dur historique, Captain America et Iron Man.


Par la suite, le succès aidant, Bendis radicalisa son approche en profitant de Civil War, pour plonger les New Avengers dans la clandestinité, évacuant Iron Man puis Captain America, et incorporant d'autres outsiders (comme Doctor Strange, Iron Fist, Echo...). Cela donna lieu aussi à la titularisation la plus discutée, celle de Sentry, création de Paul Jenkins, dont Bendis fit une sorte de nouveau Hulk (l'élément instable du groupe).

Zdarsky, avec Avengers : Armageddon, a aussi procédé à un coup de balai radical puisqu'au terme de son event les super héros sont désormais indésirables dans nombre de pays étrangers et tout juste tolérés aux Etats-Unis (qui se sont abstenus du vote à leur sujet). Reste que le climat de défiance envers les masques est au plus haut et les Avengers ont préféré s'auto-dissoudre.

Captain America, dans sa série, également écrite par Zdarsky, revient tout juste de l'enfer. Iron Man, dans la série de Joshua Williamson, est au bord du craquage de nerfs. Quant à Thor, plus personne ne se souvient de lui grâce au scénario machiavélique de Al Ewing. Captain Marvel, enfin, a fini Armageddon très diminuée en tentant d'absorber une explosion terrible : elle n'est plus désormais qu'à 10% de ses capacités.

Ce premier épisode de Avengers se découpe en deux temps : dans le premier, c'est l'heure du bilan et des inquiétudes face à l'avenir. Spider-Man sent qu'une menace d'ampleur est sur le point d'apparaître et il tente d'avertir Luke Cage mais celui-ci a d'autres chats à fouetter puisqu'il est en campagne pour sa réélection comme maire de New York face à une candidate anti super héros.

Captain Marvel est dans un bar de Hell's Kitchen, un verre d'alcool devant elle, lorsque Daredevil l'aborde et tente de lui remonter le moral. Zdarsky montre, de manière pas très subtile mais intrigante, que ces deux-là flirtent au bout d'un moment - je suis curieux de voir où il va aller avec ça, s'il compte développer.

Enfin, un dernier binôme, plus familier et récent, apparaît avec Miracleman (Dave Colton) et Wolverine : Colton cherche Tony Stark pour qu'il l'aide à mieux comprendre/contrôler ses pouvoirs. C'est Logan qu'il retrouve (après l'avoir croisé dans la mini Wolverine : Weapons of Armageddon ) alors que Spider-Man s'apprête à la combattre après l'avoir accusé d'avoir provoqué ce climat hostile aux super héros.

Zdarsky souligne bien le côté fracassé de tous ces personnages : Cage craint de perdre son fauteuil de maire, Spider-Man est confronté à plusieurs angoisses, Captain Marvel est minée, Daredevil est troublé, Wolverine est soucieux, Miracleman dépassé. Mais Zdarsky va s'appuyer sur cela pour justifier, selon la formule bien connue, que les Avengers se rassemblent quand un héros seul ne peut venir à bout d'un problème.

Pour bien apprécier le deuxième acte de cet épisode, il faut donc de préférence avoir lu/être au courant de ce qui vient de se passer dans la série Captain America. A savoir que Dr. Fatalis a détrôné Méphisto sur le trône des enfers, qu'il annulé tous les contrats passés entre les humains et le diable, et que Méphisto est sur Terre.

Des anges (ou des démons ?) apparaissent alors dans le ciel de New York et commencent à tuer des civils qui ont contracté avec Méphisto au motif que l'arrangement passé avec ce dernier est devenu caduc. Et c'est ce qui va provoquer la réunion des Avengers - ou du moins de cette équipe d'Avengers. Dont le véritable ciment est surtout, en vérité, d'avoir été là, quasiment au même endroit, quand ces anges débarquent.

C'est un autre point commun avec New Avengers de Bendis où les héros se retrouvaient dans la prison du Raft ou à proximité pour intervenir lors de la grande évasion des vilains qui y étaient enfermés. On notera que les Avengers de Zdarsky sont majoritairement des héros street-level, pas vraiment des big guns - hormis Miracleman et Captain Marvel. Et c'est ce qui, pour le scénariste, fournit le suspense : comment des héros peu puissants vont se débrouiller faire face à une crise d'ampleur, dans un climat hostile ?

C'est malin, il faut le reconnaître. Et lucide car Zdarsky s'est plutôt illustré, avec talent, sur ce genre de personnages. Reste une inconnue, et de taille : Zdarsky sera-t-il aussi inspiré pour un team book que pour ses précédentes séries, basées sur des héros solitaires (Daredevil, sa grande réussite) ? Il existe très peu d'auteurs aussi habiles dans les deux registres.

On peut aussi se méfier d'un premier arc qui démarre avec Méphisto dans le rôle de l'antagoniste. Jason Aaron avait fait de lui le méchant de tout son run et le revoir aussi vite (même si, entretemps, MacKay avait bâti sin run sur Kang) peut décevoir, voire irriter. Toutefois, je vais être indulgent parce que, dans ce premier épisode, Zdarsky (et Marvel) semble(nt) voir loin.

Comment cela ? Hé bien, qui dit contrat avec Méphisto, dit Spider-Man : One More Day, une des histoires les plus polémiques produite par Marvel. Pour rappel, cet arc, renié par J.M. Straczynski car imposé par Joe Quesada, voyait Spider-Man accepter que Méphisto annule son mariage avec Mary Jane Watson et l'efface des souvenirs pour sauver tante May qui était entre la vie et la mort après avoir été blessée par un sniper engagé par le Caïd (qui avait appris l'identité secrète de Spidey suite à Civil War).

Bien que Stephen Wacker, le nouveau boss de Marvel comics, n'ait pas annoncé vouloir supprimer des tablettes One More Day, il a quand même teasé qu'en Juin 2027 il y aurait "un jour pas comme les autres". Et ce Avengers #1 abonde dans ce sens avec une scène où Spider-Man croise une jeune femme en possession d'un grimoire que lui ont remis ses parents et faisant allusion à un marché passé avec Méphisto - suivez mon regard...

Comme, en ce moment, dans la série Amazing Spider-Man, May Parker, suite à une (énième) attaque, a carrément oublié que Peter était son neveu, tout semble quand même indiquer qu'on va revenir à One More Day. Ce serait maladroit que cela soit résolu dans la série Avengers, mais il n'est pas impossible que les deux titres se synchronisent.

Cet épisode est en tout cas, vous l'aurez compris, prometteur, accrocheur, dense, et rythmé. Il est aussi un peu plus long qu'un numéro classique. Et, pour ne rien gâcher, Zdarsky renoue avec son artiste de Daredevil : Marco Checchetto. L'italien produit de superbes planches, même si l'encrage est parfois un peu bâclé (j'ai lu ça sur une tablette et en zoomant on peut remarquer des finitions disons un peu moyennes).

Reste que Checchetto est une valeur sûre, un excellent narrateur, rompu à l'exercice. Il anime tous les personnages avec dextérité et il ne lésine pas sur les décors. On sait qu'il n'enchaînera pas un nombre affolant d'épisodes (en moyenne, quand il arrive à en aligner cinq, c'est déjà bien), et il faudra voir quel sera le dessinateur qui le suppléera le moment venu (Luca Maresca serait mon choix).

Une bizarrerie que j'ai notée, c'est que la couverture est colorisée par Matt Milla alors que les intérieurs le sont par Matthew Wilson. Rien de choquant, mais c'est curieux. Wilson est un grand pro, qui a longtemps bossé avec Chris Samnee, et dont la palette est très nuancée.

Le retour d'Avengers sera, à n'en pas douter, un carton. Il faudra que Chip Zdarsky ait les reins solides car, comme les X-Men, il s'agit d'une franchise importante, très exposée, avec des fans intransigeants.

mardi 3 novembre 2026

MINOR THREATS, VOLUME 3 : THE LAST DEVIL LEFT ALIVE (Patton Oswalt, Jordan Blum / Scott Hepburn)


MINOR THREATS, VOL. 3 : THE LAST DEVIL LEFT ALIVE
(Minor Threats #1-5)


Le deal passé par Frankie Follis/Playtime et l'équipe de super-héros le Continuum pour qu'elle ait le contrôle du quartier mal famé de Redport à Twilight City et la révélation qu'elle a fait porter le chapeau de la mort d'Insomniac à son partenaire Pigeon Pete a abouti à son exil depuis trois ans. Scalpel, son amante, qui ne lui a pas pardonnée, en a profité pour prendre sa place avec la complicité du promoteur immobilier Cooper Sadlock avec lequel elle a fait de ce territoire un modèle de gentrification.


Mais la situation de Scalpel lui vaut d'être menacée en permanence par des prétendants à son trône. Elle est sauvée d'une tentative d'assassinat par Playtime qui la convainc que Sadlock est à l'origine de ces agressions et qu'il veut s'emparer de toute la ville. Pour l'en empêcher, Platytime a constitué une équipe mais elle veut recruter l'ex-leader du Continuum, the Searcher, pour la diriger. The Searcher est tombée en disgrâce depuis que le deal avec Playtime a été dévoilé et on lui a ôté ses super pouvoirs.


Pour ne rien arranger, elle porte un bracelet électronique qui alerte le groupe de jeunes justiciers The Action de tous ses mouvements - groupe qu'a rejoint Maggie Follis, la propre fille de Playtime, qui n'a pas pardonné non plus à sa mère de l'avoir abandonnée pour partir en cavale...


Depuis 2022, le comédien Patton Oswalt et le scénariste Jordan Blum avec le dessinateur Scott Hepburn ont produit chaque année un volume de leur série Minor Threats, qu'on pourrait désigner comme le sale gosse née de l'union de Top 10 (Alan Moore, Zander Cannon, Gene Ha) et Astro City (Kurt Busiek, Brent Anderson, Alex Ross).


On trouve dans cette quinzaine de numéros le même amour pour les super héros classiques inspirés des personnages DC et Marvel avec une préférence pour les bras cassés, les outsiders, les marginaux, les super vilains de seconde zone qui s'en prennent plein la tête et sont éclipsés par d'autres malfrats plus redoutables et charismatiques.

Ces "menaces mineures", ce sont eux, les vrais héros de cette série à la fois déjantée et touchante. Au premier rang desquels on trouve Frankie Follis alias Playtime et ses gadgets improbables, fille d'une super vilaine, elle-même devenue mère divorcée et amante de Scalpel, une autre super vilaine. Playtime n'est pas une criminelle endurcie et vraiment mauvaise, ce qu'elle veut, c'est préserver son quartier natal, Redport.

Redport, c'est la zone, la banlieue au sens littéral de Twilight City. Le repaire des malfrats dans une mégalopole gardée par le Continuum, une équipe de super héros du type Avengers/Justice League. Dans la dernière aventure de Playtime et ses alliés, Frankie Follis passait un marché avec le Continuum : elle devenait la gardienne de Redport et veillait à ce que les malfrats ne causent plus d'ennuis au reste de la cité.

Mais Playtime avait bâti son empire de poche sur un double mensonge : la plupart de ses semblables ignorait ce deal avec le Continuum et elle avait tué un des membres de cette équipe, Insomniac (le Batman/Punisher local) en faisant porter le chapeau à Pigeon Pete. Quand ces secrets ont été connus, elle a dû fuir, abandonnant Scalpel et sa propre fille.

Trois ans se sont écoulés. Scalpel rêve toujours qu'elle zigouillera Playtime mais elle est surtout occupée à gentrifier Redport avec un promoteur immobilier sans scrupules, Cooper Sadlock, et à échapper aux tentatives d'assassinats de ses rivaux. Maggie, elle aussi, rêve que sa mère revienne mais pour la jeter en prison avec ses collègues de the Action, un groupe de sidekicks super héroïques.

Quand Playtime réapparaît, c'est pour avertir Scalpel que son associé lui a menti et qu'il a des projets bien plus terribles que de nettoyer Redport. Et pour cela, il a accès à un secret bien gardé de Twilight City, en relation avec des disparitions en série. C'est donc sur ces bases que part le nouveau volume de Minor Threats, présenté comme le dernier (même si à la toute fin il est mentionné "Never the end...").

Cette série se distingue toujours par son rythme infernal : à chaque fois, en quatre ou cinq épisodes, c'est bouclé et les auteurs plongent le lecteur dans un véritable maëlstrom bourré d'action, de rebondissements, de péripéties, de coups tordus. C'est très dense mais tout de même très lisible, très fluide, très entraînant.

Evidemment, il faut avoir lu les épisodes précédents à ce stade, sans quoi on ne peut ni apprécier les relations entre les personnages ni comprendre les enjeux dramatiques de l'intrigue. Tout cela est une construction qui a atteint un sommet dans son ouvrage. Le couple Playtime-Scalpel, le sort de the Searcher, celui de Insomniac, de Maggie Follis, tout arrive à son climax.

Et comme Top 10 et Astro City, Minor Threats se savoure aussi pour son aspect méta : c'est une série qui analyse aussi la manière dont son faits les comics de super héros, qui se joue des clichés, qui les détourne, les remodèle, les déconstruit. Il ne s'agit pas seulement d'un gros délire potache entre geeks, c'est une relecture maline du genre.

Dans le cas présent, les auteurs explorent le concept de multivers qui a envahi les comics contemporains mais ils en connaissent les limites, les caricatures, et se gardent bien d'en rajouter. Oswalt, Blum et Hepburn sonnent littéralement la fin de la récréation en pointant l'absurdité du concept qui au lieu de revitaliser le genre le gâche, le désagrège. Plutôt que de créer des variants de personnages, ils préfèrent in fine explorer la notion d'héritage, de transmission.

Cela se voit dans les rapports mère-fille de Frankie et Maggie, mais aussi dans la mutation subie par Redport ou encore dans le rôle que tient the Searcher, qui pour exister encore comme héroïne s'accapare l'identité d'un camarade. C'est aussi le cas avec le personnage de Brain Tease, un "génie" du crime qui doit beaucoup à Playtime, ou encore aux deux gamins que sont Dinosorcerer et VHS Villain, assoiffés de sensations fortes mais qui découvrent le danger de leur "profession".

Scott Hepburn a trouvé avec cette série de quoi faire parler son talent. Son style est proche de celui d'un James Harren, avec une exagération, une emphase constantes, un tonus ravageur dans le découpage, une énergie incroyable pour l'action. Mais cette expressivité folle lui permet aussi de souligner avec intensité ce que traversent intimement les personnages, leurs tourments, leurs regrets, leurs espoirs, leurs sacrifices. Le tout agrémenté des couleurs de Ian Herring.

J'espère vraiment que Minor Threats n'a pas dit son dernier mot. Le titre a désormais des spin off réalisés par des invités, mais ses créateurs veillent au grain. Et je ne crois pas une seconde qu'ils ont tout dit sur les héros et anti héros de Twilight City... Ne reste plus finalement qu'à espérer qu'un éditeur français traduise ça pour que le plus grand nombre en profite.

lundi 2 novembre 2026

KEVIN MAGUIRE : #INKTOBER 2026


Kevin Maguire a saisi l'occasion de se prêter au jeu du #Inktober et cette année, il a pris pour thème les X-Men. De quoi prouver qu'il reste le maître du portrait expressif et qu'il n'a rien perdu de la finesse de son trait. De quoi aussi regretter qu'on ne le voit plus signer les pages intérieures d'un comic book mensuel. So, enjoy !































dimanche 1 novembre 2026

CHRIS SAMNEE : BATOBER 2026


Comme chaque année en ce mois d'Octobre, Chris Samnee a proposé un dessin original par jour (+ un en bonus) pour ce qu'on appelle le #Inktober. Samnee, lui, s'est fait une spécialité de l'exercice, malgré un emploi du temps toujours bien rempli, en mettant à l'honneur l'univers de Batman pour ce qu'il nomme le #Batober (Batman + October). 


Pour cela, il publie une liste de 31 mots autour desquels il va produire une illustration. Voici la cuvée 2026 :
































+ BONUS :