vendredi 6 février 2026

BATMAN, VOLUME 1 : DAYLIGHT (Matt Fraction / Jorge Jimenez)


BATMAN, VOL. 1 : DAYLIGHT
(Batman #1-6)


l'évasion, vite interrompue, de Killer Croc, de l'asile d'Arkham, provoque la rencontre entre Batman et le docteur Annika Zeller. Celle-ci a conçu le prototype d'une couronne, financé par Wayne Tech., capable d'altérer les facultés mentales des patients les plus dangereux dont elle s'occupe. Cette invention attire les convoitises du Sphinx qui va mettre Batman sur une piste compromettante pour le Dr. Zeller.


Cependant, lors d'une patrouille, Robin (Tim Drake) est blessé par un agent de police. Or le G.C.P.D. et aux ordres du commissaire Vandal Savage qui veut à tout prix capturer Batman et ses partenaires et ne va pas hésiter, pour cela, à trafiquer des preuves pour les accabler. Ce qu'il ignore, c'est qu'un jeune garçon, Hudson Gray, l'a filmé en train de commettre ce méfait et qu'il va en informer un journaliste, Jack Dean, lui-même ami de Harvey Bullock, devenu détective privé.


Enfin, Batman, quand Bruce Wayne n'enquête pas ou ne tente pas de sauver Annika Zeller de tueurs, apprend qu'un nouveau personnage, surnommé le Minotaure, a pris le contrôle du crime organisé de Gotham en mettant au pas tous les caïds locaux...


En Septembre 2025, alors que beaucoup de monde constatait déjà les retards conséquents des épisodes écrits par Jeph Loeb et dessinés par Jim Lee sur Hush 2, DC relançait la série Batman au n°1. Ce n'est que la quatrième fois depuis 1941 que cela se produit (la 2ème a eu lieu en 2011, la troisième en 2016). Et, surprise, Matt Fraction en devenait le scénariste.


Celui qui fut un des architectes de Marvel dans les années 2010, avec les séries Invincible Iron Man ou Hawkeye, se faisait discret, ayant préféré développer des projets en creator-owned (comme Adventureman, avec Terry Dodson). Il fait donc son retour par la grande porte, mais personne n'aurait parié qu'il accrocherait Batman à son tableau de chasse.


En effet, DC a l'habitude confier la série la plus populaire de son catalogue à des scénaristes expérimentés ou qui ont eu le temps de faire leurs preuves sur des titres moins importants, comme ce fut le cas avec Scott Snyder (durant les New 52) ou Tom King (avec Rebirth). Fraction, c'était celui qu'on n'avait pas vu venir - celui aussi qu'on ne pensait pas revoir chez un des Big Two.

Pour l'accompagner en revanche, l'éditeur de Burbank a misé sur la sécurité en laissant Jorge Jimenez en place, après avoir assisté Chip Zdarsky durant son run. L'artiste espagnol est devenu une valeur sûr de DC, au même titre que Dan Mora ou Mikel Janin, et il a dû apprécier la confiance placée en lui car quand on dessine Batman, on est au sommet en termes d'exposition.

J'avais lu le premier épisode de cette relance sans être franchement convaincu. En le relisant, je m'aperçois qu'il reste le plus faible du lot, mais pour une raison spéciale : il installe davantage les éléments que les autres numéros vont exploiter qu'il ne propose une ouverture très accrocheuse. Car Fraction a décidé d'une ligne directrice singulière.

Le scénariste a en effet déclaré qu'il préférait, au moins dans un premier temps, écrire des épisodes done-in-one. C'est effectivement le cas : chacun chapitre est autonome, auto-contenu. Toutefois, quand on a terminé ce premier tome (qui sortira en version album au mois de Juin prochain en vo), on se rend compte que Fraction tisse un fil rouge très astucieux.

C'est pour cela qu'il ne faut pas s'arrêter à la faiblesse du premier épisode. Ici, il n'est pas à proprement parler question d'un arc narratif, d'une histoire à suivre traditionnels. Fraction sème des cailloux que le lecteur doit suivre pour arriver à destination avec le cliffhanger (très efficace) du sixième épisode qui révèle des éléments cruciaux concernant deux personnages.

En fait, Fraction est malin car il applique à Batman ce qu'il avait élaboré sur Hawkeye. Est-ce que ça peut fonctionner, compte tenu de la différence de niveau entre les deux personnages, les deux séries ? Hawkeye avait été un terrain d'expérimentations extrêmement audacieuses, aussi bien sur le plan narratif que visuel, avec un David Aja stimulé (et stimulant) comme jamais.

Jorge Jimenez n'a pas le génie de Aja dans la mesure où son style de dessin, de découpage, ne tente pas autant de choses. Aja transformait chaque script en un espace ludique sophistiqué - qui expliquait ses retards chroniques. Jimenez est dans l'énergie, l'instinct, sa narration graphique est plus directe. C'est un excellent dessinateur, mais qui ne s'intéresse absolument pas au formalisme comme son compatriote.

Attention ! Jimenez est formidable : son dessin est désormais plus vif, flirtant avec les codes du manga, jusque dans les expressions et la morphologie de certains personnages. Il a pu enchaîner six épisodes de rang, ce qui n'est pas habituel chez lui, et il sera encore présent sur le #7 avant de céder sa place à Ryan Sook (le temps pour lui de signer le crossover Superman/Spider-Man).

On sent surtout qu'il est plus motivé que jamais, alors qu'après le run de Zdarsky, il aurait pu légitimement avoir envie de se frotter à un autre personnage, même si, encore une fois, dessiner Batman, c'est avoir le poste dont tout le monde rêve. La raison possible à son envie de rester se situe peut-être dans l'esthétique qu'a imposée Fraction à DC.

En effet, il ne vous aura pas échappé que le titre de ce tome 1 est Daylight. Comment ça, la lumière du jour ? Mais Batman, c'est Gotham, la ville où il pleut tout le temps, où l'action est majoritairement nocturne, l'ambiance crépusculaire... Et pourtant, dès le premier épisode, on voit un ciel bleu, il ne pleut plus, et même quand c'est la nuit, ce n'est pas lugubre.

Le look de Batman aussi a changé : il ne porte plus un costume noir et gris, mais bleu et gris. Tout cela peut sembler superficiel, cosmétique, mais c'est plus profond que ça. Fraction en avait marre des clichés accolés à Batman (la nuit, le grim'n'gritty, etc) et il a accepté le job en convaincant DC de chambouler tout ça, de prendre le contrepied. Batman sourit, Bruce Wayne renoue avec son côté playboy millionnaire.

Et là, on renoue avec ce que Fraction avait fait sur Invincible Iron Man : comme Tony Stark, Bruce Wayne est un séducteur et un affairiste. Le scénariste le réinstalle dans ces rôles-là, largement négligé sous King, Tynion, Zdarsky. Ce qui n'empêche pas d'en faire un justicier intimidant, malgré son costume plus clair.

Ce jeu des comparaisons avec ce que Fraction a déjà fait chez Marvel ne s'arrête pas là. On peut s'en agacer ou simplement apprécier, car c'est vraiment bien fait et Jimenez suit le mouvement avec un tonus contagieux. Par exemple, si dans le premier épisode, Annika Zeller veut "réparer" Killer Croc, on pense à Lucky the pizza dog dans Hawkeye que Clint Barton transportait chez un véto pour qu'il le sauve.

L'épisode 5 renvoie encore plus clairement à Hawkeye #3 dans lequel Barton était entraîné dans une folle course-poursuite avec une belle passagère traquée par des tueurs : ici, c'est le Dr. Zeller qui est ciblée et Bruce Wayne qui s'échine à la tirer de ce mauvais pas. Et l'intervention de Robin (Damian Wayne) est une allusion directe à Kate Bishop.

Des Robin, Fraction en utilise d'ailleurs deux et l'un va raccrocher durant ce premier tome (je ne vous dis pas lequel). Le scénariste justifie ça intelligemment et en profite pour évoquer la paternité multiple de Batman/Wayne avec ses sidekicks, qui sont à la fois ses enfants (naturel ou adoptif) et ses petits frères, ses partenaires, ses assistants. Mais avec une vie à eux désormais.

Comme vous le constatez, c'est tout de même très dense sous cette construction done-in-one. Fraction et Jimenez prennent en compte ce qu'a laissé Zdarsky (Vandal Savage devenu commissaire principal du GCPD, Jim Gordon de nouveau simple flic en uniforme, Harvey Bullock détective privé) et établissent de nouvelles choses (Annika Zeller, le Minotaure - deux créations originales).

La série gagne à être lue d'un bloc, au moins pour la démarrer, car son rythme est soutenu et son flux d'informations tendu. Lu mensuellement, on pourrait avoir l'impression (comme ce fut mon cas après avoir découvert l'épisode 1) que c'est un peu anecdotique. Mais lu à la suite, on comprend que c'est une fausse impression et que cette structure narrative récompense la patience du lecteur.

Du coup, la question que je me pose, c'est : est-ce que vais attendre la fin du prochain arc sagement ? Ou enchaîner avec le n°7 et suivre la série tous les mois parce que ça m'a quand même bien accroché (et que c'est complémentaire sans être dépendant de Detective Comics) ? Réponse le mois prochain. Mais en tout cas, je recommande chaudement cette relance. 

jeudi 5 février 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA #7 (of 12) (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Reginald Madison et Ryan Cane traversent le passage qui relie la maison du lac à la maison de la mer. Une fois sur place, Oliver Landon Clay les voit et ils le libèrent. Il leur explique alors que les résidents de la maison de la mer sont partis tuer ceux de la maison du lac...


Onze mois après le sixième épisode de The Nice House by the Sea paraît donc enfin le septième numéro. Un délai exceptionnellement long qui s'explique par le fait que les auteurs ont beaucoup voyagé pour promouvoir leur production et rencontrer leurs nombreux fans, puis ont repris le travail, 


J'ose espérer qu'avec le temps qu'ils ont pris on aura droit aux six prochains chapitres sans souffrir de nouveaux retards sinon ce serait vraiment abuser. DC a laissé couler car l'éditeur passe tout à l'équipe qui a fait un carton aussi énorme. Au cours de cette presque année écoulée, The Nice House by the Sea est d'ailleurs passé du Black Label au label Vertigo relancé après sa fermeture en 2019.


La série de James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno est une sorte de locomotive de luxe pour raviver le label Vertigo avant la sortie de nouveaux titres (End of Life, Bleeding Hearts, The Peril of Brutal Dark : An Ezra Cain Mystery). Deux questions demeurent : reprend-t-on la lecture aisément après un arrêt aussi long ? Et : la reprise est-elle toujours de qualité ?


The Nice House by the Sea se reprend étonnamment facilement mais cela s'explique tout aussi aisément par le fait que la série avec son casting très fourni est devenue moins une histoire character's driven que story's driven. Peu importe qui est qui désormais, l'intrigue a évolué vers quelque chose de plus brutal, de plus horrifique aussi, comme la majorité de ce qu'écrit Tynion IV.

Il suffit de comprendre que les habitants de la maison près de la mer ont décidé de tuer ceux de la maison près du lac et vous savez l'essentiel. C'est un jeu de massacre et c'est devenu, semble-t-il, le terrain de jeu préféré du scénariste qui exploite le même filon dans son autre best-seller, Exquisite Corpses (qui sort bientôt chez Urban Comics en vf), avec sa horde de tueurs dans une bourgade.

Tynion a beau évoquer d'autres survivants, d'autres maisons, qui alimenteront une troisième série (The Nice House in the mountains ?), je vous avouerai franchement que ça me laisse désormais de glace. Il faudrait à mon humble avis que ça se termine avec le douzième épisode de The Nice House by the Sea au risque de tirer sur la corde.

Mais Tynion a certainement d'autres plans et DC ne refusera pas qu'il continue sur sa lancée. En vérité, et pour répondre à la deuxième question que je posais, The Nice House by the Sea n'a rien perdu de ses qualités esthétiques, mais beaucoup de son intégrité et de sa singularité. Maintenant on est passé dans un registre familier aux fans du scénariste et plus du tout à une proposition originale.

Peut-être que je me trompe et que Tynion saura me surprendre, mais que pourrait-il se passer de si fort une fois que les habitants de la maison de la mer auront copieusement liquidé ceux de la maison du lac et que Reginald Mason, Ryan Cane et Oliver Landon Clay arriveront pour constater le massacre ? Je n'e sais rien, mais je m'en fiche un peu.

En soi, l'épisode n'est pas mauvais, il fait monter habilement la tension et l'assaut sur la maison du lac est merveilleusement découpé par Martinez Bueno. Les couleurs de Jordie Bellaire participent à la terreur qui s'empare de l'action. Et à la fin on bascule dans le body horror le plus pur...

Je spoile mais en même temps c'était attendu : depuis qu'on sait que les habitants de la maison de la mer ont accédé aux moyens de s'améliorer physiquement grâce à la technologie alien mise à leur disposition par Max, c'était prévisible qu'ils étaient devenus des monstres. D'ailleurs, contrairement à Walter qui a choisi des humains qu'il aimait, Max a sélectionné les meilleurs dans leur domaine, elle a assemblé une équipe de guerriers, qui n'allaient pas tolérer qu'il y ait d'autres survivants qu'eux.

Malheureusement, au lieu de creuser le fossé entre ces transhumanistes (team Max) et ces civils ordinaires écrasés par les événements (team Walter), Tynion a donc opté pour un affrontement bête et méchant dont les vainqueurs ne peuvent être que ceux de la team Max. Comme disait Woody Allen : "le loup et l'agneau peuvent dormir ensemble, mais l'agneau passera une mauvaise nuit".

Il reste cinq épisodes pour clore cette série (avant sans doute une inévitable troisième). Si Tynion a encore de belles mains dans son jeu, il a intérêt à les abattre sinon je vais m'ennuyer. Espérons au moins que Vertigo 2.0 aura de belles choses à offrir pour compenser et prouver que ça valait la peine de la ranimer.

mercredi 4 février 2026

JSA #16 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


Flash accepte à contrecoeur que Johnny Thunder et son Génie l'accompagnent. Ils rejoignent sur un aérodrome privé Hawkman, Hawkgirl, Hippolyte, et Atom qui viennent d'affronter Satanna, Sportsmaster et Cyclotron... Cependant, Doctor Fate encourage Jim Corrigan à accepter d'être l'hôte du Spectre tandis que Hourman et Sandman font une découverte dans les locaux de StarCo...


Bon, ça bouge un peu, mais, bon sang, que ça reste mou. J'espérai tant de cet arc - j'en espérai sûrement trop. Mais tout de même, quelle déception ! Jeff Lemire me paraissait l'homme de la situation pour raconter les origines de la JSA, sa formation, en les revisitant. Sauf que plus les épisodes passent et moins je comprends la nécessité de ce récit.


A la base la Justice Society of America, c'est quand même une sorte de club de garçons : il y avait les premiers Flash, Green Lantern, Hourman, Atom, Sandman, plus le Spectre et Doctor Fate, tels que présentés dans All-Star Comics #3 de 1940. Ce fut la première équipe de super héros - des mystery men comme on les appelait à l'époque.


Quand, donc, on entreprend de raconter la première année (Year One) de la JSA, il me semble qu'il vaut mieux s'en tenir à ce qu'elle était vraiment au départ et pas s'amuser à ajouter des éléments pour la retailler selon ses désirs. Ou alors on opte pour une retcon en bonne et due forme, ce que permet l'histoire de DC, traversée par les Crisis, les reboots, etc.


Jeff Lemire incorpore des éléments qui ne sont pas absurdes, mais j'ai l'impression que Wonder Woman et Hawkgirl répondent surtout à une sorte de quota féminin pour éviter qu'on soupçonne le récit d'être machiste. Or le scénariste, comme je l'ai dit le mois dernier, a choisi Hippolyte, la mère de Diana, pour incarner Wonder Woman, et Hawkgirl n'a pas de caractérisation propre.

Et puis il y a ce que DC et Lemire ont jugées bon de garder, comme par exemple le fait qu'Alan Scott soit homosexuel. Je n'ai rien contre les super héros gays, mais c'est vraiment une idée à la con apparue durant les New 52 dans la série Earth-2 de James Robinson, qui se déroulait donc sur une Terre parallèle (avec un Alan Scott rajeuni). Mais c'était surtout une façon pour DC de donner à la communauté LGBT un héros (alors qu'à la même époque l'éditeur refusa la mariage gay de Batwoman).

Dans cette quatrième partie de l'arc, on assiste à la première vraie réunion de la JSA. Lemire va-t-il en profiter pour former l'équipe dont les héros comprennent qu'ils poursuivent tous le même méchant ? Hé bien, non, évidemment, ça nous aurait fait gagner du temps. A la place, on a Hawkman qui est écrit comme un sombre connard se foutant de la gueule d'Atom.

Lemire joue avec mes nerfs et surtout je ne comprends pas pourquoi il tient tant à ce que les héros refusent de s'entraider (exception faite du tandem Hourman-Sandman et Hippolyte-Atom). Déjà Green Lantern ne voulait pas que Flash l'accompagne, ensuite on a Flash qui refuse que Johnny Thunder l'accompagne. P..., mais c'est quoi le problème ?

Lemire semble dire que tous ces mecs et ces filles ne peuvent pas s'encaisser et qu'ils sont trop cons pour comprendre qu'ils ont un objectif commun, que l'union fait la force. Or, tout ça, c'est justement le socle de la JSA, ça ne veut rien dire de les écrire comme s'ils ne pouvaient pas se blairer et refuser l'évidence.

Comme Lemire a de la suite dans les idées, il parait évident qu'il a écrit cet arc pour en exploiter des éléments dans une prochaine histoire. Mais depuis le début de son run, il s'ingénie à créer des tensions sans en expliquer les raisons : l'actuel Hourman et Jessie Quick se sont séparées sans qu'on saisisse pourquoi. Sandman dragouille Jade qui n'a pas l'air intéressé. Un Wildcat a chassé l'autre de manière gratuite. Et là, on a les fondateurs du groupe qui ne peuvent pas s'encadrer. WTF ?!

Et je parle pas de la révélation de l'identité du grand méchant. Là aussi, franchement, Lemire ne prend aucun risque, n'ose rien de nouveau. C'est du réchauffé et c'est mal servi en prime. Rien ne va. A part la scène, deux pages, entre Fate et Corrigan, mais c'est trop survolé.

Gavin Guidry déçoit : ce n'est pas un mauvais bougre, mais ses épisodes ne font que souligner ses faiblesses. Il est inspiré par Samnee, et j'aurai tendance à dire que c'est bien : tant qu'à faire, autant s'inspirer des meilleurs. Sauf qu'il est encore très loin de Samnee en termes de constance, de qualité. Et on voit qu'il n'a simplement pas le niveau pour dessiner une histoire pareille.

Son dessin manque de consistance, son découpage est plat, ses ombres et lumières manquent de relief, ses compositions sont maladroites, son sens du timing pour donner de l'intensité aux scènes, alterner entre les moments calmes et plus nerveux est calamiteux. Je suis dur, mais l'editor de la série n'a pas bien fait son boulot. Donner un arc pareil à un artiste encore en développement, c'est le plus sûr moyen de l'exposer au regard très critique.

Je vais être tout à fait franc : cet arc, quoi qu'il arrive désormais, n'est ni fait ni à faire. Il est mal écrit, on s'ennuie, c'est mal foutu. J'aurai aimé que JSA : Year One soit une mini série à part entière, dans le Black Label, par Lemire ou autre auteur et avec un meilleur dessinateur, plus mûr, aguerri - ça, ça aurait super. 

lundi 2 février 2026

WONDER MAN (Disney +)


Simon Williams est un acteur qui cachetonne à Hollywood en tournant dans des séries télé, comme "American Horror Story", dont il vient de se faire renvoyer pour avoir retardé la production à cause de ses demandes de changements dans le script. Le même jour, sa copine, Vivian, le largue, lui reprochant d'être trop égocentré. Il sort se détendre en allant revoir "Macadam Cowboy" au cinéma mais un spectateur l'importune en parlant au téléphone. Il l'aborde et le reconnaît : c'est Trevor Slattery, un comédien comme lui, qui s'est compromis en participant à un complot terroriste où il incarnait le Mandarin.


Après la projection, ils boivent un verre dans un bar et échangent sur leur métier : Trevor vient juste de rentrer à Hollywood, résolu à reprendre sa carrière en main, et il en profite pour prodiguer quelques conseils sur le jeu à Simon avant de lui confier qu'il a une audition pour le remake de "Wonder Man", un film de super-héros des années 80, que va réaliser Von Kovak, un cinéaste réputé. Simon s'arrange pour passer le casting mais il ignore que la chance n'a rien à voir là-dedans...


En effet, Trevor a passé un marché avec les autorités en charge de la localisation des individus dotés de super pouvoirs potentiellement menaçants, Damage Control : s'il ne veut pas retourner en prison, il doit aider l'agent Cleary à piéger Simon. Pour cela, il doit amener des preuves sur ses capacités surhumaines et sa dangerosité. En confiance, Simon va jusqu'à inviter Trevor à l'anniversaire de sa mère où il doit endurer les remarques désobligeantes de son frère ainé, Eric, sur son job.


A cette occasion, Simon perd ses nerfs et Trevor assiste à la manifestation de ses pouvoirs. Mais, refusant de le trahir, il préfère détruire le micro que Cleary lui a fait porter. Si Simon veut garder sa condition secrète, c'est à cause d'un précédent à Hollywood : celui de Demarr "Doorman" Davis, qui a été accusé d'avoir fait disparaître son partenaire de jeu, ce qui a poussé l'industrie cinématographique à refuser d'engager de nouveau des individus surhumains...


Cela fait une éternité que je n'ai plus regardé une série Marvel sur Disney +, mais les retours positifs au sujet de Wonder Man ont piqué ma curiosité. A commencer par son format : 8 épisodes d'une trentaine de minutes chacun. Voilà qui ne risquait pas de me mobiliser trop longtemps, et qui me rappelait l'excellent WandaVision (certainement la plus grande réussite de Marvel sur Disney +).


Ensuite, la promesse d'une série plus "grounded" que d'habitude, avec un commentaire méta sur le MCU, des clins d'oeil à Once Upon a Time in Hollywood, et un casting accrocheur. Enfin, la possibilité d'apprécier le produit sans être obligé de le relier au reste de la continuité du MCU (même s'il y a des références).


Au commandes de Wonder Man, on trouve le cinéaste Destin Daniel Cretton, qui, avant de signer Shang-Chi, avait réalisé le très beau States of Grace (avec Brie Larson), et sera aux commandes du prochain Spider-Man. Il est accompagné par le scénariste et showrunner Andrew Guest qui a sur sa carte de visite la série Community (dont on attend toujours la version ciné, promise mais sans cesse reportée).

Tout ce qui était annoncé pour Wonder Man est effectivement là et c'est déjà très bien. sans atteindre les sommets de WandaVision ou Loki, je la situerai au niveau de Hawkeye - je sais que certains vont tiquer en lisant ça, mais, moi, j'avais beaucoup aimé et je regrette que la saison 2 qu'on pouvait espérer soit désormais enterrée.

Ce qui surprend, mais en bien, avec Wonder Man, c'est la quasi absence de super héroïsme. Certes, à deux-trois reprises, et en crescendo, on voit Simon Williams et ses pouvoirs, qui le désignent effectivement comme dans les comics comme un être très puissant, mais Cretton et Guest on choisi de privilégier un autre angle pour raconter son histoire.

Et son histoire, c'est d'abord, comme dans les comics, celle d'un comédien de seconde zone (même si, dans les comics, il est également cascadeur), qui galère et collectionne les échecs. Ce n'est pas un loser très attachant de prime abord : il se montre insupportable sur les plateaux de tournage en réclamant sans cesse des ajouts au script alors même qu'il n'a qu'un second rôle. Résultat : il est remercié et son personnage est sacrifié.

Et puis sa route croise celle de Trevor Slattery : si vous vous souvenez de Iron Man 3 (2013), vous vous rappelez de la polémique qui s'en était suivie parce que les fans attendaient le Mandarin, ennemi emblématique et charismatique du héros, et Shane Black, le scénariste-réalisateur, avait pris le parti de tourner ça en farce, transformant le méchant en homme de paille du vrai vilain.

Slaterry était un comédien raté impliqué dans un complot terroriste où il jouait un faux méchant, sans pouvoir. Il finissait en taule, et Marvel l'avait ensuite ramené dans un court métrage (All Hail the King, 2014), puis dans Shang-Chi (2021). On reprend son récit donc, alors qu'il s'est évadé de prison puis des griffes de Xu Wenwu pour rentrer à Hollywood avec le projet de renouer avec le cinéma.

Le twist de la série, vite éventé donc ce n'est pas un spoiler, c'est que Slaterry, à peine revenu à Los Angeles, est arrêté par le F.B.I. et remis à Cleary, un agent de Damage Control, une autre agence du gouvernement en charge du repérage et de la surveillance des individus à super pouvoirs. S'il ne veut pas retourner en taule, Slaterry doit aider Cleary à piéger Simon Williams.

Pendant 7 épisodes sur 8, on nous raconte donc l'amitié entre Simon et Trevor sans que le premier sache que le second est en train de le trahir. Mais surtout on les suit de galère en galère comme acteurs parce qu'ils veulent décrocher les rôles principaux d'un remake d'un film de super héros ringard des 80's mis en scène par un cinéaste prestigieux mais excentrique.

Le scénario joue sur plusieurs tableaux et niveaux, une complexité à laquelle Marvel ne nous a pas ou peu habitués. Comme je le disais plus haut, pas vraiment de super pouvoir à l'oeuvre ou alors de manière parcimonieuse. Mais beaucoup de commentaire méta sur l'industrie du cinéma, celle du MCU en particulier (où les auteurs sont supplantés par des cinéastes dociles, l'originalité par la conformité à une continuité devenue écrasante).

Si cela fait bien sûr penser à Tarantino et Once upon a time in Hollywood, il faut raison garder : on reste loin de Rick Dalton et Cliff Booth, et il n'y a pas l'ombre d'une tragédie revisitée comme celle de Sharon Tate. Mais l'effort mérite d'être salué car Kevin Feige est notoirement connu pour son absence totale d'ironie sur son travail, donc sur celui de la firme qu'il sert.

Il ne manque pas grand-chose pour que Wonder Man tutoie les sommets de WandaVision. Un plus d'exigence formelle. Un peu plus d'audace narrative. Un chouia d'émotion. Mais c'est quand même bien fichu, plus culotté que tout ce que Marvel propose d'habitude depuis une paie. C'est en tout cas, avec le récent Thunderbolts */New Avengers (et son équipe de dépressifs), leur effort le plus notable.

Maintenant, il est inutile de se bercer d'illusions : je doute qu'on ait droit à une saison 2 (d'ailleurs, le dernier épisode s'en amuse) et dans les salles, le MCU va reprendre sa routine avec Spider-Man 4 et le diptyque Avengers : Doomsday/Secret Wars, bien bourratifs, pleins de CGI, et zéro distanciation avec le genre super héroïque. Heureusement, il y aura Supergirl et le prochain Superman chez la concurrence...

La série peut compter sur un casting de haute volée : outre Zlatko Buric qui en fait des caisses en cinéaste barré, on a droit à Joe Pantoliano dans son propre rôle, tout à fait jubilatoire, et ça m'a fait plaisir de revoir la belle Olivia Thirlby, même dans un trop petit rôle.

Surtout il y a le tandem formé par Yahya Abdul-Mateen II et Ben Kingsley, qui se partagent vraiment l'affiche et dont la complicité à l'écran est formidable. Abdul-Mateen est remarquable (comme d'habitude : il l'était déjà dans la série Watchmen de Damon Lindelof), quant à Kingsley c'est évidemment sans surprise, il est génial.

Je recommande donc Wonder Man. Si ses 8 épisodes ne me réconcilient pas avec le MCU, c'est que j'ai le plus aimé (avec donc Thunderbolts*) dans ce qui en est sorti ces dernières années. Et rien que pour ça, ça mérite qu'on s'y arrête. Mais, encore plus que ça, c'est ce mélange d'humilité et de singularité qui emporte le morceau.

samedi 31 janvier 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #8 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


La paranoïa a gagné Middleton dont les habitants se dénoncent tous les uns les autres aux autorités. John Jones doit retourner sur le terrain mais il a la tête ailleurs : sa femme et son fils lui manquent et il obtient du Martien de lui laisser une nuit pour tenter de recoller les morceaux avec Bridget et Tyler...


Un comic book devient plus grand que prévu quand il accède à une dimension quasi prophétique. Ainsi dans ce n°8 de Absolute Martian Manhunter, que Deniz Camp a dû écrire il y a plusieurs mois de cela, on peut constater que le scénariste parle de l'Amérique de Janvier 2026 et plus exactement des événements tragiques qui se sont déroulés ces derniers jours dans le Minnesota.


Comme vous devez le savoir, l'administration Trump a déployé l'I.C.E. (Immigration and Customs Enforcement) dans plusieurs Etats, majoritairement des Etats tenus par des Démocrates, pour traquer des immigrés clandestins. En vérité, ce coup de force s'est transformé en une chasse à l'homme en s'appuyant sur le délit de "sale gueule", et les membres de l'ICE ne se cachent plus pour appréhender des civils qui ont un accent ou une couleur de peau qui ne leur reviennent pas.
  

Deux bavures commises par les agents de l'ICE ont fait la "une" des journaux avec les morts de Renee Good, une mère de famille, et Alex Pretti, un infirmier, abattus en plein jour dans des conditions abominables et totalement arbitraires comme l'ont prouvé les images saisies par des témoins. Pourtant Trump qualifient les victimes d'"agitateurs" et octroient aux agents de l'ICE l'impunité.


On a assisté à des manifestations d'importance, Bruce Springsteen vient de composer une chanson ( Streets of Minneapolis ) sur le sujet. Mais curieusement les Démocrates sont bien silencieux, comme effarés par tout ce que se permet Trump, ou trop lâches pour s'aliéner une partie des américains avant les élections de mi-mandat à l'Automne prochain.

Dans Absolute Martian Manhunter #8, l'influence du Martien Blanc attise la paranoïa des habitants de Middleton et la délation bat son plein. John Jones doit retourner sur le terrain mais lui a d'autres préoccupations. Son couple a implosé et il espère encore recoller les morceaux avec sa femme et son fils. Pour cela, il a besoin que "son" Martien le laisse seul pour une nuit.

Tandis que John cherche le courage dans un bar en essayant de soûler (sans effet puisque son métabolisme dopé par sa fusion avec le Martien le rend insensible à l'abus d'alcool), le Martien part explorer la ville et tenter d'apaiser quelques-uns de ses citoyens. John parle à sa femme et admet qu'il reste dangereux de vivre avec lui. Le Martien, lui, se fait surprendre.

Le Martien Blanc n'agit pas seul et ses agents sur le terrain. Ceux-ci ressemblent à des agents de l'ICE, non pas visuellement (ils sont élégamment vêtus, pas comme des membres d'une milice digne de la Gestapo) mais dans leurs méthodes. Ils traquent le Martien comme l'ICE court après les clandestins, invoquant une sorte d'hyper patriotisme et désignant l'alien comme un parasite, un malfaisant, un nuisible.

Le parallèle est tellement troublant et puissant qu'on ne peut que le remarquer : l'histoire de Deniz Camp fait écho à l'actualité de ces derniers jours/semaines aux USA. C'est une lecture cruelle et douloureuse mais nécessaire. En une vingtaine de pages, c'est un réquisitoire implacable non seulement contre le trumpisme mais aussi contre la polarisation qui divise les Etats-Unis.

Toutefois, et c'est encore plus fort, si un lecteur français peut ressentir aussi fortement l'intensité du propos, c'est parce que cette situation, ces faits sont aussi visibles en Europe où les extrémismes gagnent du terrain un peu partout. Voyez ce qui s'est passé depuis le pogrom du 7 Octobre 2023 en Israël, la réplique contre le Hamas dans la bande de Gaza qu'on a voulu faire passer pour un génocide et qui a fait exploser les actes antisémites.

Le malaise que distille cet épisode est éloquent car il renvoie à la réalité actuelle. Visuellement aussi, la traduction de ce sentiment est on ne peut plus remarquable : Javier Rodriguez, qui colorise lui-même la série, fait feu de tout bois en soulignant à quel point le désespoir le dispute au ressentiment. Tout ici est fracturé, comme si à l'instar de John Jones on observait son reflet dans un miroir brisé.

Rodriguez joue aussi énormément et avec beaucoup de pertinence sur le lettrage et les onomatopées comme prolongement des dessins : la fumée des cigarettes retranscrit les pensées des personnages, le bruit d'un briquet qu'on actionne en dit plus long que les dialogues sur le fossé entre John et Bridget, et la façon dont l'artiste représente les membres de la mystérieuse Agence reprend les codes des affiches de propagande.

Le résultat est oppressant, inconfortable, mais virtuose. La ligne Absolute présente des versions corrompues des héros iconiques de DC, souvent dans l'outrance. Mais aucune des séries de cette gamme n'a la subtilité et l'aspect perçant d'Absolute Martian Manhunter qui préfère la distorsion à l'exagération pour réinventer ce personnage et parler de notre monde. Impressionnant.

vendredi 30 janvier 2026

SUPERMAN #34 (Joshua Williamson / Eddy Barrows)


Lois Lane et Superboy Prime ont achevé l'enregistrement des archives de la forteresse de solitude révélant qui pourrait vaincre Darkseid. Mais la Légion maudite est à leurs trousses et la Terre est en train de se transformer en nouvelle Apokolips. Sans compter que la Tout de Guet de la Justice League a été attaquée...


J'avais pensé mettre la lecture de Superman sur pause durant DC K.O. sachant que les épisodes seraient des tie-in à cet event, mais finalement j'ai préféré ne pas risquer de passer à côté d'éléments importants. Je peux dire aujourd'hui que j'aurai dû m'en tenir à mon idée première car même si ce que Joshua Williamson n'est pas dénué d'intérêt, c'est tout de même fastidieux.


En effet depuis qu'on sait ce que Lois Lane et Superboy Prime ont découvert dans les archives de la forteresse de solitude via les enregistrements de Lara Lor-Van, à savoir qu'il existe pour la force Oméga (de Darkseid) une force Alpha (incarnée par un autre individu dont je ne vais pas vous spoiler l'identité), on a la désagréable impression que le scénariste compte le temps avant de pouvoir reprendre le cours de sa série.


Le principe même du tie-in à un event est redoutable : il s'agit de raconter ce que l'event ne dit pas. Mais tant que dure l'event, il faut trouver de quoi remplir les séries impactées sans spoiler l'histoire de l'event tout en donnant au lecteur des séries de quoi phosphorer. Pas simple. D'autant moins quand l'auteur de l'event n'a pas exactement la même vision des personnages que l'auteur des séries impactées.


Dans le cas de Superman et de Williamson, ce qui diffère le plus, c'est surtout la manière de traiter Lex Luthor : pour Snyder, c'est le méchant absolu quand, pour Williamson, depuis le début de son run, sa relation avec Superman avait pris une direction aussi inattendue qu'intéressante. Et on sait ce qu'il est advenu : Williamson a dû se plier à ce que Snyder comptait faire de Luthor dans DC K.O..

Donc : retour à la case départ. Luthor est désormais retombé du côté obscur de la force. Plus de nuance, c'est à nouveau l'ennemi de Superman et il est avec ce dernier un des demi-finaliste du tournoi de DC K.O. (avec Wonder Woman et le Joker). C'est dommage. Sur ce coup, DC a tiré une balle dans le pied de Williamson et Snyder a imposé sa vision sans partage ni subtilité.

Mais l'autre problème est plus celui de Williamson. Comme je l'ai dit plus haut, une fois la révélation d'une force Alpha d'égale puissance à l'Oméga et l'identité de son porteur révélée, que dire de plus en attendant la fin de DC K.O. ? Il semble que le scénariste peine à trouver une réponse à ce problème comme en atteste particulièrement cet épisode laborieux qui tire sur la corde.

Williamson n'est pas bête : il exploite la Légion maudite (la Légion des Super Héros corrompue par Darkseid), il montre comment la force Oméga est en train de transformer la Terre en une réplique d'Apokolips, il suit Lois Lane et surtout Superboy Prime (amené à jouer un rôle majeur après DC K.O.). C'est du bon remplissage.

Mais c'est quand même longuet. Même en ayant un aperçu de ce que prépare Williamson après DC K.O. (avec ce qu'en dévoilent les sollicitations d'Avril de DC Comics), et qui ne manque pas d'originalité et d'audace, il subsiste ce sentiment de devoir attendre sagement que DC K.O. se termine pour que la série Superman revienne pleinement à son auteur actuel.

Côté visuel par contre, rien à redire : Eddy Barrows, toujours encré merveilleusement par Eber Ferreira et colorisé par Alejandro Sanchez, livre des planches sublimes, riches en détail, avec une narration au cordeau. Il anime la galerie de personnages avec le même dynamisme que s'il disposait de la distribution classique, et même une scène passablement tartignole comme celle avec le Royal Flush Gang passe crème.

Le mois prochain, on devrait au moins avoir droit à une grosse baston, ce qui nous tiendra éveillé. Mais bon, vous l'aurez compris, ce passage obligé pour la série n'est pas ce qu'il y a de plus inspiré.

DETECTIVE COMICS #1105 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Lorsqu'il s'est battu avec le Lion, Batman a reconnu sa technique de combat : celle qu'enseignait Ted Grant/Wildcat à ses élèves. Il en parle à Black Canary qui évoque Leo Kingsford, avec qui elle s'est entraînée. Bruce Wayne a aussi connu Leo à qui il avait attribué une bourse d'études après l'incarcération de son père, un homme de main de la famille Falcone...


Plus cette histoire avance, plus elle est séduisante et je me rends compte que j'ai manqué de patience avec elle au départ, estimant que Tom Taylor n'avait créé un nouveau vilain, le Lion, sans grand intérêt. Or je l'avoue, je me suis trompé : non seulement le Lion est un adversaire plus profond qu'il n'y paraît mais surtout Taylor a su construire une intrigue palpitante autour de lui.


Sans trop en dire, la chute de cet épisode fait penser à celle du onzième épisode de Watchmen lorsque Ozymandias révèle à Rorschach et le Hibou, après leur avoir expliqué son plan pour forcer les grandes puissances à une paix mondiale, qu'il l'a déclenché depuis plusieurs minutes. Le Lion n'est sans doute pas aussi machiavélique et génial que le personnage d'Alan Moore, mais Taylor a compris le principe.


Quand un méchant révèle son plan, c'est souvent un moment théâtral et aujourd'hui, c'est une convention narrative qui provoque le sarcasme à la fois du héros et du lecteur car la ficelle a été usée. Sauf dans le cas précis où le méchant a déjà activé son plan plusieurs minutes avant de le révéler au héros, laissant ce dernier impuissant et sidéré.


Réussir ce genre de coup montre que le scénariste a confiance en son histoire et sa capacité à surprendre le lecteur quand celui-ci pense que tout est déjà joué. Après tout, on en est droit de penser ainsi quand on vient de lire le cinquième chapitre d'un arc narratif et que le dénouement approche. Sauf que, donc, Taylor a réussi sa manoeuvre : on est aussi stupéfait que Batman.

Ce qui permettrait à Taylor de frapper encore plus fort, ce serait d'oser faire ce que Tom King (avec qui il entretient une fausse rivalité parce que des fans les confondent parce qu'ils ont le même prénom et qu'ils écrivent des séries attachées à Batman) : que l'action du Lion coûte la vie à un proche de Batman, comme lorsque Bane a tué Alfred Pennyworth.

Faut-il y voir un présage quand on a découvert il y a quelques jours les couvertures des sollicitations de DC Comics pour Avril prochain où, pour Detective Comics, Batman est devant une pierre tombale avec à ses côtés Green Arrow et Black Canary ? En tout cas, dans cet épisode, deux membres de la Bat-famille finissent très mal en point...

Pour le reste, ce qui souligne l'efficacité du numéro, ce sont les dessins de Mikel Janin, même si il est à nouveau assisté de deux encreurs, Wayne Faucher et Norm Rapmund. L'artiste espagnol dessine, encre et colorise quelques planches sur la fin mais il est clair qu'il a besoin d'aide pour compléter l'épisode. Toutefois Faucher et Rapmund le soutiennent intelligemment (même si Rapmund, comme toujours, retouche quelques éléments, ce qui est pénible).

Janin doit illustrer des scènes exigeantes parfois, avec de la figuration importante et des cases aux dimensions généreuses (comme celle où Mr. Terrific présente son équipe de savants à Batman pour trouver un antidote au virus du Lion). Mais il s'en sort avec les honneurs, et Faucher surtout permet à son dessin de s'épanouir sans être "corrigé".

Tout cela aboutit à un épisode mais surtout un récit particulièrement haletant, très bien écrit et parfaitement mis en images.