samedi 1 août 2026

SUPERMAN ANNUAL 2026 #1 (of 1) (Joshua Williamson / Eddy Barrows, Yasmine Putri)


- The Return of Superman (Joshua Williamson / Eddy Barrows) - Depuis sa victoire contre Darkseid, investi des pouvoirs du Roi Oméga et du Time Trapper, Superman explore le continuum espace-temps pour en réparer les dégâts causés par l'ancien maître d'Apokolips. Son périple l'amène à croiser Hourman qui le met en garde contre une puissant entité qui trafique le temps.


Superman se jette malgré tout dans l'oeil du cyclone et se retrouve à Metropolis au XXXI ème siècle. Là, il fait face à deux survivants de la Légion maudite de Darkseid, Saturn Girl et Lightning Lad, désormais libérés de son emprise mais sous la menace d'Infinite Man qui veut les effacer de l'Histoire...
 

Alors qu'en 2027 DC Comics et ses deux architectes en chef, Scott Snyder et Joshua Williamson, vont proposer un nouvel event cosmique (Absolute Crisis ?), cet Annual 2026 de Superman fait office de transition entre ce qui s'est passé depuis DC K.O. et ce qui s'annonce avec le retour de la Légion des Super Héros dans une nouvelle série mensuelle à partir de Septembre.


L'exercice auquel s'attelle Joshua Williamson est donc ingrat : il faut remettre de l'ordre tout en proposant un récit lisible pour tout le monde. Et comme le scénariste a promis que sa Légion des Super Héros serait reader's friendly (tout en contenant quelques allusions aux anciennes séries de l'équipe), tout commence ici.


Il faut reconnaître à Williamson un talent que n'a pas Snyder : celui d'être toujours soucieux du confort du lecteur. Il refuse de se laisser emporter par ses délires et préfère embarquer son public dans une histoire qui donne envie d'en lire plus, a fortiori juste avant le lancement d'une nouvelle série. Et c'est pour cela que cet Annual est une réussite.

Les voyages dans le temps, y compris jusqu'à la fin des temps, comme ici, sont toujours une gageure. Williamson pioche dans la série Action Comics de Mark Waid où Superboy rencontre Booster Gold, le Limier Martien et Mary Marvel en provenance de son futur et qui l'entraîne dans une odyssée où il aura un rôle décisif à jouer pour se sauver lui-même.

Entre temps, Superman affronte Infinite Man, croise Hourman (version Matthew Tyler), retrouve deux survivants de la Légion maudite anciennement aux ordres de Darkseid, et fait ce qu'il sait le mieux : sauver le monde, l'univers, quitte à se sacrifier. Il y a un vrai souffle dans ces pages, ce qui n'exclut pas quelques moments émouvants (comme quand Superman risque de tout oublier de son passé).

Eddy Barrows est chargé d'illustrer cette partie, soit 25 pages, où, surprise, il s'encre lui-même. Le résultat est évidemment spectaculaire et très concluant (même si, personnellement, je préfère quand même quand Eber Ferreira est là pour l'encrage). Il nous gratifie de doubles pages somptueuses, avec une puissance dans le trait et une générosité dans les détails qui ne peut que combler le fan.

Superman est donc de retour (ce n'est pas un spoiler, c'est dans le titre) et j'ai hâte de lire comment Williamson va exploiter cela.

*

- Legion Found (Joshua Williamson / Yasmine Putri) - Grâce à Superman, la Légion des Super Héros renaît dans une nouvelle version. Mais déjà elle est en danger car Brainiac Un Million s'affaire à en capturer les membres pour leur trouver un nouvel inspirateur...
 

Les dix dernières pages de cet Annual sont donc consacrées à la Légion des Super Héros et à la menace de Brainiac 1, 000, 000, 000. Yasmine Putri nous fait le plaisir, trop rare, de dessiner ces planches, qui servent surtout de teaser pour l'avenir. Car Williamson voit loin : alors qu'il va relancer un mensuel sur cette équipe de super héros, il présente déjà la menace qui plane sur elle.

On n'en a pas fini avec Darkseid mais aussi avec Brainiac et la revenante Pandora, qu'on n'avait plus vue depuis la fin des New 52 quand Geoff Johns avait introduire cette oracle maudite pour tenter d'expliquer (déjà) comment cette nouvelle continuité se justifiait. C'est culotté de la part de Williamson, mais qui d'autre que lui pouvait s'aventurer dans cette direction ?

La suite, donc, en Septembre avec Legion of Super Heroes #1, dont les dessins seront assurés par rien moins que le génial Hayden Sherman (qui n'abandonne pas toutefois Absolute Wonder Woman !) - voir ci-dessous :

vendredi 31 juillet 2026

GALACTIC #2 (of 3) (Curt Pires / Amilcar Pinna)


Après avoir rendu Seriah, sa fille, au chancelier Silva, Jecht Marko et son partenaire Wolf se font payer par Maxir Kesik, le vizir. Mais alors qu'ils vont remonter dans leur vaisseau, les deux chasseurs de primes surprennent Fabian, le fils du chancelier Gondek, sur le point de tuer Seriah. Ils la sauvent et prennent la fuite avec elle.


Leur vaisseau touché, ils atterrissent en catastrophe sur Kasdan V, une planète glacée. Wolf trouve la mort dans le crash et les deux autres se cachent dans une grotte. Pendant ce temps, Gondek persuade ses pairs que Silva préparait un coup d'état galactique et envoie un mercenaire, Cyn Venta, supprimer les fugitifs...


Petit à petit, les choses rentrent dans l'ordre chez l'éditeur DSTLRY. Après avoir publié la fin tant attendue de The City Beneath her Feet (aka La Fille au Blouson Lépoard, par James Tynion IV et Elsa Charretier), voici enfin le deuxième épisode de Galactic - le premier était sorti en Novembre 2025. Mais, restons mesurés : en effet, la date de parution du dernier numéro n'est toujours pas connu (alors que la série est bel et bien complétée).
 

Petit rappel : Galactic raconte l'histoire de Seraih, une princesse délurée, que son père envoie chercher par deux chasseurs de primes, Jecht Marko et Wolf. Ils s'acquittent de leur tâche sans difficulté mais Seriah a fui un mariage arrangé avec Fabian, le fils de Gondek. Ces derniers tuent le père de la jeune femme pour s'emparer de son trône.


Ce deuxième numéro reprend donc là où le récit s'était arrêté. Jecht et Wolf sont payés et sauvent Seriah de Fabian. Ils prennent la fuite. L'occasion pour Gondek de faire croire aux autres chanceliers de la galaxie que Silva allait les trahir et de justifier l'élimination de sa fille... DSTLRY a vendu la série comme la rencontre de Star Wars et Sex Criminals.


Star Wars, c'est évident : Jecht ressemble à Han Solo, son compère Wolf (un chien humanoïde) remplace Chewbacca, Seriah serait une version hot de Leia, Gondek de Palpatine. Sex Criminals est convoqué surtout pour les scènes de sexe, représentées sans fard, mais tout de même moins fréquentes et centrales que la série de Matt Fraction et Chip Zdarsky.

Curt Pires est un scénariste habile, voire roublard : il s'amuse avec les clichés du genre space opera en y ajoutant un peu de piment et pas mal de dérision. Au fond, ce n'est pas plus mal : quitte à imiter des classiques (et en passant, il est toujours nécessaire de rappeler que George Lucas a tout piqué à Valérian et Laureline de Christin et Mézières), autant le faire franchement, mais avec ce qu'il faut de distanciation.

Donc, tout est très balisé dans Galactic, mais tout est aussi plus frais, moins coincé, moins écrasé par la mythologie d'une franchise. On ne peut pas vraiment parler d'un comic book plus adulte parce qu'il y a du sexe, ou alors mieux vaut relire par exemple Les Naufragés du Temps de Forest et Gillon, mais c'est certainement un divertissement généreux et très cool.

Comme d'habitude chez DSTLRY, les épisodes sont fournis au niveau pagination : vous avez plus de 45 pages de BD, éditées dans un fascicule d'un format plus grand que les comics traditionnels, sur un meilleur papier, avec une meilleure impression. Cela donne aux auteurs le temps d'une narration affranchie des canons de l'industrie, même s'il faut payer plus cher (mais franchement, ça les vaut).

En outre, Galactic, comme beaucoup de productions DSTLRY, se distingue par sa qualité visuelle : Amilcar Pinna (qui a depuis enchaîné sur une autre série, Sicko, écrite par Tini Howard pour Ignition Press) est un artiste qui nous gratifie de pages sensationnelles, avec souvent un effet d'anamorphose dans les cadres.

Cela confère à l'ensemble un dynamisme très accrocheur, déformant les perspectives. Mais ce n'est pas constant : quand Pinna découpe une action, il peut soit opter pour un nombre de cases important, qui contribue à dilater la narration, ou alors se laisser aller à des doubles pages somptueuses, avec là encore une alternance de plans larges et serrés, de grandes et petites vignettes, pour un résultat très rythmé.

Galactic est vraiment une mini série très plaisante. Mais il faut impérativement que son éditeur communique mieux à son sujet, surtout après un aussi long hiatus.

HIS & HERS (Dee Johnson, 2026)


L'inspecteur Jack Harper est chargé d'élucider le meurtre brutal de Rachel Hopkins. Sur le lieu du crime où se pressent déjà tous les médias, il a la surprise de voir sa femme, la journaliste Anna Andrews, dont il était sans nouvelles depuis un an et la mort de leur bébé. Bien qu'elle lui promette de ne pas interférer dans les investigations de la police, elle communique le nom de la victime sur la chaîne de télé locale lors d'un duplex afin de regagner les faveurs du directeur, ce qui agace la présentatrice vedette du JT, Lexy Jones.


Jack et sa partenaire Priya Patel interrogent le mari de Rachel, Clyde Duffie, qui leur avoue être au courant des infidélités de sa femme avec laquelle il avait convenu qu'elle ne couche avec aucun homme du coin. Il ignore comme tout le monde que le soir du meurtre elle était avec Jack et que celui-ci a récupéré le téléphone de Rachel pour tenter de le déverrouiller. Ceci fait, il découvre que Duffie était en relation avec Helen Wang, une amie du lycée de Rachel mais aussi d'Anna et de sa propre soeur, Zoe.
  

Lorsque Anna découvre le corps de Helen dans le lycée dont elle était devenue la directrice, l'affaire se complique : Jack doit couvrir ses traces, celle de sa femme, dissimuler tout cela à Patel, et découvrir l'identité du tueur...


Mise en ligne en Janvier dernier, His & Hers a été un énorme carton sur Netflix (dans le top 10 des séries anglo-saxonnes les plus vues de la plateforme), mais, moi, j'étais complètement passé à côté (à ma décharge, je ne me suis remis aux séries en streaming que récemment). Mais je dois dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ces six épisodes formant un récit complet.


D'abord, très basiquement, j'ai apprécié le format : 6 épisodes, c'est parfait, rien ne dépasse, rien n'est en trop, ça file à toute allure - j'aimerai vraiment que les showrunners qui se croient obligés de produire des saisons de 8 ou 10 épisodes en prennent de la graine. Je sais qu'il y a encore vingt ans, on appréciait des saisons à 20 (ou +) épisodes, mais je me demande comment on faisait.


Ensuite, chacun de ces six épisodes dure 40'. Là aussi, impeccable, pas de rab, pas de gras. Comme disait Billy Wilder, n'ennuyez jamais le spectateur. C'est parfois dense, mais toujours lisible, clair, limpide, efficace. Le dernier épisode voit même un retournement de situation inutilement compliqué passer comme une lettre à la poste et vous laisser pantois.


Enfin, His & Hers ne se prend pas pour ce qu'elle n'est pas : c'est un thriller, classique, mais terriblement addictif, quelquefois capillotracté, mais impossible à laisser en plan. Vous savez dès la fin du premier épisode que vous allez binge watcher ça et que vous allez adorer (ou complètement détester, mais je vous défie d'abandonner avant de savoir le fin mot de l'intrigue).

Le canevas de l'intrigue, justement, est simple : une femme meurt violemment (40 coups de couteau). Elle était infidèle et dans sa jeunesse, une vraie garce, à la tête d'une bande de pestes qu'elle menait par le bout du nez, passant leurs nerfs sur une élève en surpoids et en intégrant une autre, de condition plus modeste et dont la mère officiait comme femme de ménage au lycée et chez les bourgeois du coin.

L'action se situe dans un patelin près d'Atlanta, une bourgade où il ne se passe jamais rien - ou alors qu'on tait, qu'on enterre. Un décor à la David Lynch, plein de sales secrets derrière les belles façades. Le sous-texte, discret, de la série évoque les différences sociales, raciales aussi, la mesquinerie de lycéennes devenues femmes et ennemies.

Le retour d'Anna Andrews est presque plus déclencheur que la mort de Rachel Hopkins. Anna a vécu un drame insurmontable (la mort subite de son bébé) et a fui. Son mari, l'inspecteur Jack Harper, l'a cherchée, en vain, et s'est occupé à la fois de sa belle-mère, Alice, qui perd la tête, et de sa propre famille (Zoe sa soeur alcoolique, mère de la petite Meg - une fille de substitution pour Jack).

Quand les époux se retrouvent, la tension est palpable. Anna resurgit pour couvrir le meurtre de Rachel et, malgré ses promesses de ne pas causer de vagues, parasite l'enquête de Jack. Comme celui-ci a été l'amant de Rachel, il a fort à faire pour ne pas être découvert et considéré comme suspect, mais aussi pour protéger Zoe, proche de la victime dans leur jeunesse.

Anna a vu Rachel et Jack ensemble, en train de s'envoyer en l'air la nuit du meurtre. Mais le scénario est redoutable car elle devient aussi suspecte que lui aux yeux du spectateur - d'ailleurs, jusqu'au bout, on ne sait jamais où elle est quand se produit un autre meurtre (comme Jack d'ailleurs). Le showrunner Dee Johnson joue avec nos nerfs à partir du roman fidèlement adapté de Alice Feeney.  

Bien entendu, comme souvent avec les productions Netflix, là où ça pèche, c'est au niveau esthétique. La série revendique pas mal de références (Gone Girl de David Fincher par exemple), mais la réalisation en est très loin. Il y a cet aspect uniformisé des produits de la plateforme, conçus pour plaire au plus grand nombre - et ça marche. Même si on aimerait un peu plus de personnalité visuelle.

Ce que His & Hers perd en qualité graphique, elle le compense, comme souvent, par son casting. Et réunir à l'écran Jon Bernthal et Tessa Thompson est vraiment une riche idée. Le Punisher et la Valkyrie du MCU sont d'excellents acteurs au-delà de leur appartenance à l'univers Marvel, et il y a une véritable alchimie entre eux, une électricité jubilatoire mais qui procure aussi des moments plus émouvants (même si peu creusés).

On notera aussi l'épatante prestation de Rebecca Rittenhouse, plus vraie que nature en présentatrice de JT jalouse, ou Chris Bauer, toujours parfait dans un rôle de crevard (ceux qui se souviennent de The Deuce sauront de quoi je parle).

Bref, ce n'est pas absolument révolutionnaire, mais bon sang, que c'est bien fichu !

jeudi 30 juillet 2026

DOOMQUEST #3 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Juillet 1775. Le Dr. Fatalis a investi le corps de George Washington lors du siège de Boston pris par les anglais. Il décide une nouvelle fois de modifier radicalement le cours des événements pour en faire profiter la Latvérie...


C'est délicat d'en dire plus sans déflorer ce qui fait le sel de cet épisode - et de la série. Ryan North, on l'a compris, fait remonter le temps à l'esprit de Fatalis qui investit le corps d'anonymes ou de personnalités célèbres (comme ici George Washington) pour modifier profondément le cours de l'histoire au bénéfice de la Latvérie.
 

Le dispositif est très drôle et North ne recule devant aucune énormité pour animer cette aventure. C'est brillamment écrit, avec beaucoup... Hé bien... D'esprit, d''humour, de malice. Suivre Fatalis et le voir bouleverser des moments aussi marquants que le naufrage du Titanic ou la révolution américaine est savoureux car toute la mégalomanie du personnage s'exprime sans aucune retenue.


Mais on peut aussi se poser des questions sur un tel projet : d'abord, est-ce canonique ? Y aura-t-il à la fin des conséquences réelles ? Ou bien tout cela n'aboutira qu'à une succession de péripéties rocambolesques sans aucune répercussion ? On ne parle pas ici de petit effet papillon mais bien du nouveau visage du monde.


Si vous me demandez mon avis, je pense que Fatalis ne remonte pas le temps dans notre espace-temps, mais dans une continuité parallèle, ce qui collerait avec l'obsession du multivers chez Marvel (aussi bien dans les comics qu'au cinéma ou dans leurs séries en streaming). Je ne peux imaginer que tout cela se conclut autrement que par Fatalis réalisant que tous ses efforts auront été, comme d'habitude, vains ou réduits à néant.

Et puis l'autre souci du projet de North, c'est la répétition du procédé. Maintenant que Fatalis a compris comment échapper à l'époque où il atterrit, à quoi s'attendre dans les prochains épisodes ? Et surtout est-ce que ce sera toujours aussi fun et intéressant pendant toute cette mini série qui compte quand même dix numéros (sept à paraître).

Tout cela paraît un peu artificiel, une sorte de What if... ? géant. Alors que si Marvel n'avait pas déjà sur le feu Armageddon et ses promesses de changement du statu quo, Doomquest aurait été une manière habile et puissante de remanier de fond en comble ce même statu quo. C'est même, disons-le franchement, plus efficace que One World Under Doom - et moins grandiloquent que Secret Wars (version 2015).

Donc je m'interroge sur la pertinence et même le sens d'une telle mini série. Je ne doute pas que North a assez d'imagination pour produire dix épisodes surprenants. En revanche, j'ai du mal à considérer que quoi que ce soit change véritablement au bout de cette aventure. Comme Marvel ne nourrit pas de collection semblable à Elseworlds ou Black Label, Doomquest risque d'être inoffensif.

Néanmoins, la série bénéficie de dessins splendides et Francesco Mobili accomplit un travail tout à fait impressionnant ici. Non seulement il doit s'acquitter d'un nombre important de scènes exigeantes, avec de la figuration, de la reconstitution, mais en plus il doit veiller à représenter George Washington de manière ressemblante.

Aux couleurs, Frank d'Armata le soutient superbement et respecte son trait comme il doit l'être. Il y a assez sur le plan graphique pour contenter n'importe qui, et surtout les amoureux de dessin réaliste classique. Et si vraiment, comme je l'espère, Mobili rend tous ses épisodes, sans que Marvel ne fasse appel à un fill-in si ce n'est pas le cas, ça fera un très beau recueil, à même de faire découvrir cet artiste à un public plus vaste que The Tin Can Society (pour lequel aucun éditeur vf ne s'est encore placé !).

Bref, Doomquest, c'est cool, très beau, amusant. Mais déjà susceptible de ne pas être aussi percutant que promis.

mercredi 29 juillet 2026

QUEEN IN BLACK #1 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Zé Carlos)


Knull est devenu une créature qui contrôle la lumière mais il est resté ce méchant qui veut dominer l'univers. Hela, la déesse asgardienne de la mort, a hérité des pouvoirs initiaux du roi sombre et vise la conquête de la Terre avec son armée de symbiotes possédant divers races aliens. Captain Alliance briefe les héros qui se mettent en ordre de marche...


Queen In Black sera donc l'adieu du scénariste Al Ewing à l'univers des symbiotes puisqu'au terme de cet event, il cessera également d'écrire la série Venom (dont il tenait les commandes depuis 2021). Le rythme de parution sera rapide puisque les épisodes sortiront tous les quinze jours. On peut déplorer que Marvel ait choisi de le publier en même temps que Armageddon, mais c'est ainsi.


Toutefois, même si c'est Al Ewing, force est de constater qu'on conserve strictement les mêmes recettes ici. Ce premier (et volumineux - 50 pages !) épisode expose donc les menaces - Knull et Hela - , montre la réunion des super héros qui se prépare à une nouvelle crise, et s'achève sur un cliffhanger spectaculaire. Rien de bien folichon donc.


Ewing, qui avait dû partager l'écriture de Empyre avec Dan Slott, pour un résultat très moyen (et je reste poli), ne semble pas avoir eu les coudées plus franches au moment de signer un event tout seul. Comme les films du MCU qui sont supervisés par Kevin Feige, on sent que le staff éditorial de Marvel comics regardait par-dessus l'épaule de l'auteur pour s'assurer qu'il ne franchisse pas certaines limites.


Alors, parce que c'est Ewing, on ne s'ennuie pas et on a même droit à quelque traits d'humour rafraîchissants, en particulier dans l'interaction de certains personnages (ici Iron Man qui doit digérer le fait que Mary Jane Watson soit devenue le nouvel hôte de Venom par exemple). On apprécie le fait qu'un projet aussi balisé s'autorise un peu de légèreté.

D'ailleurs, c'est ce qui sauve Queen in Black de la médiocrité : Ewing n'a pas voulu se prendre trop au sérieux. Il sacrifie aux clichés du genre avec des dommages collatéraux importants (la pyramide de Gizeh est détruite !... Mais Scarlet Witch promet de la reconstruire une fois le conflit terminé...), mais il fonce pied au plancher dans une intrigue volontairement superficielle.

Ici, on n'a pas seulement droit donc à la Queen in Black du titre mais aussi au King in Bright (Knull) et ce dispositif laisse espérer que Ewing a imaginé un blockbuster où des super héros se battent contre des super méchants mais aussi que les deux super méchants principaux s'affrontent pour le gain de la Terre. C'est totalement absurde, je vous le confirme, mais c'est rigolo.

Côté dessin, alors qu'on nous promettait chez Marvel que Iban Coello serait le seul artiste sur ce projet, voilà-t'y pas qu'il a été incapable de produire toutes les pages et a dû être soutenu par Zé Carlos. Encore un event merveilleusement bien édité puisque Armageddon a le même souci (le duo Alpizar & Diaz est remplacé au #3 par un fill-in).

Dans leur frénésie à sortir des events à tout bout de champ, Marvel reste infichu de les préparer avec assez d'avance pour les confier à des artistes qui peuvent réaliser sans suppléant ce qu'on exige d'eux. C'est tout de même assez misérable. DC K.O. avait aussi deux artistes (Javi Fernandez et Xermanico, mais avec des tâches spécifiques), alors que là Coello tire la langue et doit passer le relais à Carlos.

C'est d'autant plus déplorable que Coello est habitué à cela (déjà pour Imperial, il se partageait le boulot avec Federico Vicentini), donc pourquoi encore lui confier un event ? Je pose la question sans méchanceté : Coello a du talent, un trait très énergique, qui colle bien à ce genre d'histoire. Mais c'est agaçant. Et puis Zé Carlos, bon, c'est quand même très moyen.

Heureusement que tout ça va vite passer parce que sinon j'aurai regretté mon investissement. Croisons quand même les doigts pour que Ewing nous surprenne un peu pour la suite....

lundi 27 juillet 2026

LES RAYONS ET LES OMBRES (Xavier Giannoli, 2026)


Paris, 1948. Après avoir été insultée et frappée dans un jardin public où elle a emmené sa fille, Corinne Luchaire est raccompagnée chez elle par une voisine, réfugiée chilienne devenue orthophoniste pour enfants. Elle lui prête un magnétophone et Corinne s'en sert pour enregistrer son témoignage sur son passé et celui de son père avant, pendant et après l'occupation allemande durant la seconde guerre mondiale.
 

Jean Luchaire, son père, journaliste et patron de presse, milite dans les années 30 aux côtés d'Otto Abetz pour la réconciliation franco-allemande. Mais l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933 rebat les cartes en les deux pays. Expulsé en 37, Abetz revient à Paris en 1940 en qualité d'ambassadeur alors que le gouvernement du maréchal Pétain s'est établi à Vichy. Luchaire fonde un nouveau quotidien, "Les Nouveaux Temps", qui promeut la collaboration.
 

En parallèle, Corinne, qui a débuté une carrière de mannequin et d'actrice juste avant le début de la guerre, tente de se faire une place dans la France occupée. Mais elle souffre, comme son père, de la tuberculose et plus personne ne veut prendre le risque de l'assurer sur des tournages. Elle alterne séjours au sanatorium et vie de débauche dans la capitale auprès des comtesses de la Gestapo...


Les Rayons et les Ombres sera, quoiqu'il advienne, le grand film français de 2026. Habité d'une ambition immense, le nouveau long métrage de Xavier Giannoli cite dans son titre l'humaniste Victor Hugo et plonge dans les abîmes de la collaboration pour livrer un récit fleuve et inspiré sur ce que la France a commis de plus sordide dans les heures noires de la seconde guerre mondiale.


C'est un grand film et c'est un film grand : 3 h. 20 ! Pourtant n'ayez pas peur, on ne les voit pas passer, l'entreprise est aussi colossale que réussie, elle vous emporte, et ce souffle est assez rare pour une production hexagonale pour être salué. Mais ce serait une erreur de résumer le film à son format, à son budget, à son sujet.


Certes, le cinéma français a peu exploré la collaboration - à part Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974), il est plutôt d'usage de visiter cette période en par le biais de la Résistance (cf. L'Armée des Ombres, Jean-Pierre Melville, 1969) ou des grandes figures de l'époque (comme en témoigne le succès actuel du diptyque De Gaulle).


Depuis sa sortie d'ailleurs, Les Rayons et les Ombres fait débat car une partie de la Gauche refuse toujours d'accepter qu'elle a collaboré avec l'ennemi et l'Extrême Droite toujours hantée par ses fondateurs adorateurs du Reich. Ici, on trouve la description trop indulgente, là trop sévère et généralisatrice. Mais c'est bien ainsi : le consensus aurait tué le film pour en faire une simple et banale illustration.

Le destin de Jean et Corinne Luchaire illustre parfaitement ce ligne de crète : dans les années 30, Jean Luchaire milite pour l'amitié franco-allemande devant un public de gueules cassées de la première guerre mondiale et des représentants de la L.I.C.A. (l'ancêtre de la Licra), aux côtés d'Otto Abetz, convaincu que les nazis ne prendront jamais le pouvoir avec seulement 30% de sympathisants Outre-Rhin.

Giannoli et son co-scénariste Jacques Fieschi montrent d'ailleurs ces deux hommes sincèrement persuadés de leur combat. Mais pourtant, en 1933, Hitler devient le chef de l'Etat et le IIIème Reich a conquis l'opinion germanique. Abetz est expulsé de France en 37, il y reviendra trois ans plus tard en tant qu'ambassadeur.

Pétain et son gouvernement se sont installés à Vichy, il y a la zone occupée et la libre. La situation s'est complètement renversée. Luchaire et Abetz promeuvent une collaboration "en bonne intelligence", l'envahisseur veut séduire un pays qu'elle a humilié en un temps record. Mais entre le compromis et la compromission, il n'y a que quelques lettres d'écart.

Le cinéaste fait un pari narratif : au lieu de nous servir un film sur les trajectoires de deux hommes qui s'entraînent l'un l'autre dans une spirale fatale, il adopte le point de vue de Corinne, la fille de Jean, jeune mannequin et actrice qui ignore - ou feint d'ignorer ce qui se joue vraiment. Elle est belle, a du talent, mais son innocence est marquée du sceau du péché.

A la fin, quand elle recroise le réalisateur Léonide Moguy qui l'a faite débuter, elle lui demande, sans penser à mal, ce qu'est devenue sa famille. Il lui répond qu'aucun de ses proches n'est revenu des camps de concentration. Elle s'excuse, elle ne savait pas. Moguy l'interroge, sans méchanceté : a-t-elle seulement cherché à savoir ?

Au fond, c'est là la tragédie des Luchaire : ont-ils seulement cherché à savoir ? Et à réagir ? Dans son réquisitoire, féroce mais juste, le procureur Raymond Lindon accablera Jean Luchaire en pointant son avidité. Et il soulignera la vanité de se demander "et à ma place, qu'auriez-vous fait ?". Quand on a aidé un régime coupable, il n'est plus temps de se poser ces questions : on a mal fait, on est coupable.

Non, les Luchaire n'ont pas cherché à savoir, encore moins à réagir. Ils ont profité de la guerre, de l'occupation, d'abord pour de simples petits services (un laissez-passer ici, des restrictions évitées là) puis en se vautrant dans des fêtes où tout le monde se goinfrait pendant que le reste de la population crevait de faim, que des hommes, femmes, enfants étaient raflés, déportés, torturés, exécutés.

Ce spectacle est obscène et révoltant. Il atteint sans doute son paroxysme, moins quand on suit les Luchaire dans la débauche, que quand Jean répond à Céline dans une lettre à l'accusation de l'écrivain de s'être "enjuivé". Luchaire explique que c'est faux et revendique d'être devenu antisémite, anticommuniste, d'approuver les lois d'exception imposées par l'occupant.

Peut-être cela vous rappelle-t-il alors quelque chose d'actuel. Il existe aujourd'hui le même antisémitisme décomplexé (et non "résiduel" ou "contextuel"), nourri par l'extrême Gauche, LF.I., et même une partie du P.C.F., des écolos et des socialistes, qui dénoncent un génocide fantasmé et justifient au nom de cela qu'on colle une cible dans le dos de journalistes, d'artistes, d'intellectuels et même de politiques.

J'espère, d'une certaine manière, que tous ceux qui verront Les Rayons et les Ombres y penseront à la lumière des événements récents et du comportement indigne d'une partie de la classe politique, car le film résonne puissamment et s'il gêne, c'est sans doute surtout parce qu'il renvoie ces nouveaux collabos, pro-Moscou, à leur responsabilité. Et j'espère aussi qu'en 2027, au moment de voter, on se souviendra d'eux comme des comtesses de la Gestapo.

Je jette l'opprobre sur eux, mais je mets dans le même sac le Rassemblement National, qui, en se prétendant le rempart contre l'antisémitisme, cherche à faire avaler une énormité plus grosse que lui à des nigauds sans mémoire, des égarés qui pensent que "pourquoi pas essayer ça", qui croient que la fille vaut mieux que le père et que la dédiabolisation a réussi.

Je souhaite surtout et enfin que Les Rayons et les Ombres provoquera une grande nausée pour rappeler à quel point ce n'est pas un cours d'Histoire, un film "dossiers de l'écran" suivi d'un débat citoyen, mais bien une piqûre douloureuse de rappel, avec de méchants effets secondaires. Il faut que ce film secoue ceux qui le verront, fasse mal, hante même. C'est à ce prix qu'on n'oubliera pas et qu'on ne répétera pas une tragédie.

Les trois acteurs principaux du film sont rien moins qu'extraordinaires : Jean Dujardin est fantastique dans la peau de ce salaud qui voulait faire le bien. August Diehl a le visage durci de ceux dont les idéaux ont écrasé le sens moral. Et surtout Nastya Golubeva est éblouissante : elle vole la vedette à ses partenaires avec une facilité ahurissante, visage solaire et ravagé à la fois, rayonnante et engloutie par les ombres.

Film nécessaire : oui. Grand film : oui. Chef d'oeuvre : oui. Et grande claque dans la gueule : oui.

dimanche 26 juillet 2026

CAROLINA CAROLINE (Adam Carter Rehmier, 2026)


Caroline Daniels est employée dans une station service du Texas. Elle vit avec son père, Hank, qui l'a élevée seul après le départ de sa femme, Deborah, ayant fui le foyer familial quand sa fille était encore un bébé. Elle rencontre Oliver Anderson, un escroc lorsqu'elle le remarque en train de réaliser une arnaque à la petite monnaie sur son lieu de travail. Ils tombent amoureux et elle décide de le suivre dans le but de rejoindre la Caroline du Sud où habite sa mère.


Le couple s'adonne à de petites combines où Caroline prouve qu'elle est une élève douée. L'ambition les gagne et ils commencent à braquer des banques. Mais lorsqu'un garçon d'hôtel reconnaît la jeune femme, Oliver le menace brutalement et ils prennent la fuite. L'attitude de son partenaire a effrayé Caroline qui insiste alors pour qu'ils gagnent la Caroline du Sud. Deborah s'avère être une alcoolique sans aucun regret d'avoir abandonné sa fille et qui continue de la rejeter.


Bouleversée, Caroline demande alors à Oliver combien d'argent il leur faudrait pour quitter le pays et s'établir à l'étranger. Il lui donne une estimation et surtout la prévient qu'il va falloir attaquer de plus grosses banques, donc prendre encore plus de risques...


Ceux qui lisent mes critiques de films en ont maintenant l'habitude : chaque fois que Samara Weaving est à l'affiche, je suis au rendez-vous car je suis un fan de celle que j'appelle la reine de la série B moderne. C'est dit sans aucune condescendance car j'adore les séries B, cet espace cinématographique où on trouve des longs métrages qui vont de la pépite inattendue au plaisir coupable.


Toutefois, avec Carolina Caroline, je serai tenté de dire qu'on évolue dans le haut du panier de la série B. C'est même incontestablement le meilleur film dans lequel j'ai vu Samara Weaving. Elle y déploie un jeu plus nuancé, certains diraient plus mature, au coeur d'une intrigue classique mais écrite avec subtilité, alors qu'elle appartient au registre très codé de la romance criminelle.


Le maître étalon de ce genre est ex aequo Le Démon des Armes (Gun Crazy de Joseph Lewis) et Bonnie & Clyde (d'Arthur Penn). Autant dire que qui s'y frotte s'y pique souvent. Sans égaler ces deux chefs d'oeuvre, le film de Adam Carter Rehmier sur un scénario écrit par William Thomas Dean IV s'en sort mieux que bien, surtout grâce à l'excellence de la caractérisation de ses deux héros.


Le coeur du récit met en relation une fille résignée à son sort et un voyou qui refuse de se poser. Ils tombent sous le charme l'un de l'autre : lui parce qu'il apprécie de pouvoir s'ouvrir à elle sans être jugé, elle parce qu'elle voit en lui la possibilité de s'évader. Ils étaient faits pour se rencontrer, lui parce qu'il ne tient pas en place, elle parce qu'elle n'en peut plus d'être là où elle est.

Oliver est un escroc qui apparaît d'abord sans grande envergure : il fait de beaux discours sur le pourquoi il vole (en justifiant que l'argent dont il dépouille ses victimes finirait dans les poches d'actionnaires autrement), mais il se contente en vérité de peu. On découvre ensuite qu'il cherchait sans doute une disciple et une égale.

Caroline est la candidate parfaite : elle semble d'abord ingénue, voire naïve, mais elle est vite réévaluée (par Oliver et le spectateur) car elle apprend vite et même dépasse le maître. Sa motivation, elle la puise dans sa grande faille : l'abandon de sa mère - cette femme qu'elle veut retrouver pour savoir si elle l'a jamais aimée. La réponse sera cruelle.

Plus que le parcours, convenu, balisé, des deux amants, qui passent de petites arnaques à des braquages de plus en plus risqués (où Oliver joue le rôle du chauffeur, Caroline prenant en vérité tous les risques en surgissant dans des banques flingue à la main), c'est bien dans les itinéraires croisés de Caroline et Oliver que le film prend tout son relief.

Le point de bascule est provoqué par la rencontre entre Caroline et sa mère qui plonge la jeune femme dans une spirale infernale. Il n'est alors plus question d'argent, de danger, mais d'oubli. Caroline veut littéralement se perdre et dans la cavale qu'elle mène aux côtés de Oliver il y a une forme de volonté suicidaire poignante.

Au début de leur liaison, Caroline demande à Olive ce qui distingue les bonnes personnes qui agissent mal des mauvaises personnes qui ont toujours mal agi. Dans la dernière ligne droite, ces interrogations morales ont disparu, englouties dans une course aveugle, où il s'agit de retarder le moment où l'on va se faire prendre, les sacrifices qu'on est prêt à faire l'un pour l'autre, le sens à donner au véritable amour.

Cela le film réussit formidablement à le traduire. L'écriture est fine, précise, ciselée, la réalisation est serrée, le rythme impeccable, et la photo superbe (signée du français Jean-Philippe Bernier, lumineuse comme un coucher de soleil).

Ces éléments sont nouveaux dans la filmographie de Samara Weaving, qui, sans tourner avec des manches, a rarement eu droit à un tel traitement. L'actrice australienne irradie de mélancolie dans ce rôle où elle prouve qu'elle a une palette de jeu plus étoffée que les comédies grinçantes ou les films horrifiques auxquels elle paraît abonnée.

Face à elle Kyle Gallner lui donne la réplique avec un sens de l'équilibre et du contraste brillant. Il est parfait dans la peau de ce voyou séduisant, taiseux, violent par éclairs, ce qui fait penser aux compositions de Steve McQueen ou James Caan. On notera aussi les présences de Kyra Sedgwick (une seule scène, mais quelle scène !) dans le rôle de la mère et de Jon Gries dans celui du père de Caroline.

Carolina Caroline est à la fois efficace et doux-amer, une combinaison qui lui confère une profondeur inattendue et très appréciable.