EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 2 : THE DEEP END
(Exceptional X-Men #6-13)
Trista, Thao et Alex éprouvent certes de la gratitude envers Kitty, Emma et Bobby pour leur entraînement mais ils aspirent à rester indépendants et, pour cela, ils cherchent du travail. Priti, la co-loc' de Kitty, leur propose un stage dans son entreprise et ils font la connaissance d'un client, Sheldon Xenos qui a créé une application, Verate, destinée aux mutants et à leur bien-être. Mais Trista et Thao désapprouvent vite la collecte de données privées qu'il exige des utilisateurs.
En revanche Alex, dont les pouvoirs modifient l'apparence et qui s'est toujours senti mal dans sa peau à cause de cela, fait confiance à Xenos qui l'invite à visiter les locaux de sa société et même son laboratoire; C'est alors que le jeune mutant découvre que l'homme d'affaires n'est autre que Mister Sinister et qu'il compte exploiter ses pouvoirs pour manipuler ses semblables...
Ce second tome se compose de deux arcs : le premier court sur les épisodes 6 à 10 et le suivant sur les épisodes 11 à 13, avec la conclusion de la série. Ce qui est troublant, c'est à quel point on a le sentiment que Tom Brevoort était dans le dos d'Eve L. Ewing pour la pousser à écrire la série dans une direction différente, avec le retour à des éléments familiers pour les fans.
Ce n'est pas un spoiler puisque la couverture le montre mais donc Mister Sinister est de retour et incarne le méchant de l'histoire. Ce personnage qui fit partie du conseil secret de Krakoa, davantage pour que ses fondateurs (Charles Xavier et Magneto) la gardent à l'oeil (et aussi parce qu'ils lui avaient confié les échantillons des ADN de tous les habitants de l'île afin de pouvoir les ressusciter/cloner), y avait gagné en grade.
Toutefois, une fois Jonathan Hickman parti de la franchise X, Sinister, qui était le chef de l'équipe des Hellions (l'équivalent de la Suicide Squad sur Krakoa), a été amplement récupéré et exploité par Kieron Gillen, dont c'était déjà le vilain préféré lors de son run sur Uncanny X-Men (en 2011-2012). Il en fait un personnage envahissant et franchement pénible qu'on n'était pas pressé de revoir si tôt.
Bref, je ne peux m'empêcher de penser que Brevoort a dû insister pour que Eve L. Ewing non seulement donne à Exceptional X-Men un vilain mais reprenne Mr. Sinister. La scénariste ne s'en sort pas mal cependant, incorporant Nathaniel Essex de manière habile, et lorsque Kitty devine qui est Sheldon Xenos (dont les initiales se prononcent Essex), c'est amusant.
La scénariste mise encore sur l'aspect character's driven, prenant soin de donner de la chair à ses jeunes mutants et à enrichir leur relation avec leurs trois mentors. On peut juste regretter que des trois X-Men, Bobby Drake soit celui auquel elle accorde le moins d'importance, comme si elle ne savait plus trop quoi en faire, une fois les raisons de sa présence à Chicago dévoilées (dans le tome 1).
Ce qui est certain, c'est que, en vérité, Ewing réussit volontiers à se passer des pouvoirs des mentors. Certes Iceberg, Kitty et Emma en font usage à un moment, mais souvent cela se retourne contre eux, contre leur envie de former leurs élèves, et même lors de la confrontation contre Sinister, qui met Emma en fâcheuse posture.
Les pouvoirs de Axo (Alex), Melee (Thao) et Bronze (Trista) sont d'une originalité inégale et, comme pour les Outliers créés par Gail Simone dans Uncanny X-Men, on pense parfois qu'il aurait mieux valu s'occuper de personnages déjà existants et négligés dans le riche vivier des (jeunes) mutants plutôt que d'en inventer de nouveaux voués aux oubliettes.
Mais Ewing nous les rend plus attachants, sympathiques et profonds que les quatre protégés des Uncanny X-Men, d'abord parce qu'elle ne cherche pas à les réduire à des caricatures ni à se conformer à un agenda woke exaspérant. La façon dont Axo est employé dans cet arc est à cet égard exemplaire, passant de victime facile à joker inattendu.
Ces épisodes sont illustrés par Carmen Carnero qui est en grande forme. Sa narration graphique est un modèle de lisibilité et de fluidité. Elle sait, en une case, camper un personnage charismatique et animer un groupe avec la même facilité. Son réalisme plutôt académique n'est jamais figé grâce à un trait très souple, proche de l'esquisse (d'ailleurs son "encrage" est invisible).
Tout juste reçoit-elle le soutien de sa remplaçante Federica Mancin sur le #10, mais les transitions sont habiles (Mancin s'occupe des pages dans le subconscient de Sinister, Carnero des pages dans notre dimension). Et Nolan Woodard est toujours impeccable aux couleurs.
Alors qu'ils se baladent dans un parc, Alex, Trista et Thao remarquent une curieuse petite sphère lumineuse dont sort soudain Tank, un mutant agressif. Ils le maîtrisent avec le renfort d'Ironheart qui analyse ensuite la sphère et découvre qu'il s'agit d'un portail spatio-temporel non pas créé mais utilisé par Tank. Les trois jeunes mutants s'éloignent mais peu après Kitty, passant dans le coin, disparaît dans ce portail...
Idéalement, tant qu'à être annulée, la série aurait dû s'arrêter au dixième épisode, puisque c'était le seuil fixé par Brevoort pour poursuivre ou arrêter un titre à son arrivée sur la franchise X. Qu'est-ce qui a motivé l'editor pour accorder une rallonge à Eve L. Ewing ? Et qu'est-ce qui a pris à la scénariste pour pondre trois épisodes aussi lamentables ?
Car, oui, la fin de Exceptional X-Men est d'une nullité étonnante. Cette intrigue à base de portail spatio-temporel et de voyage dans le passé n'est faite ni à faire. Il n'y a rien à sauver dans ce récit qui gâche tout ce qui a été accompli auparavant. Rien ne peut expliquer ce qui est passé par la tête de la scénariste ni pourquoi Brevoort a quand même accepté que ces épisodes soient finalisés.
Federica Mancin, désormais dessinatrice à part entière du titre, réalise des planches très inégales, parfois tout juste correctes, parfois plus solides, mais la comparaison avec Carnero est clairement en sa défaveur. C'est un peu le problème de Marvel qui recrute beaucoup de dessinateurs encore en formation et qui manquent cruellement de technique mais qui, ainsi exposés, ont peu de chance de séduire les fans.
Bref, mieux vaut ignorer cette conclusion. Exceptional X-Men se termine vraiment au #10. Tout ce qui vient après n'existe pas.














































