lundi 6 juillet 2026

LA FILLE AU BLOUSON LEOPARD (James Tynion IV / Elsa Charretier)


LA FILLE AU BLOUSON LEOPARD
(The City Beneath Her Feet #1-3)


Jasper Jayne est une tueuse à gages qui travaille pour une mystérieuse organisation. Lors d'une mission, elle est blessée et se traîne jusqu'à un quai de métro où elle rencontre Zara, une écrivain en panne d'inspiration, à qui elle demande de la conduire chez elle et non à l'hôpital. Les deux femmes couchent ensemble avant d'être surprise par Liz, la collègue et supérieure de Jasper qui flanque Zara à la porte.


Pourtant, Zara et Jasper se revoient et les aventures de la dernière inspirent à l'autre une série de romans. Ceci déplaît aux commanditaires de Jasper qui ordonnent à Liz de les éliminer, elle et Zara. Jasper est victime d'une rivale. Mais Zara apprend peu après son décès qu'elle est l'unique héritière de la fortune de son amante avant de découvrir qu'un contrat de plusieurs millions de dollars a été lancé sur elle aussi...


Je vous présente ici une critique de la vf de The City beneath her Feet car elle paraîtra en Septembre chez Delcourt avant le recueil en vo (en Novembre) chez DSTLRY. L'éditeur américain a dû composer avec de nombreux retards et des problèmes de distribution avant de sortir le dernier épisode ce mois-ci. En effet, le 1er n° date de Décembre 2024, le 2nd de Novembre 2025.


DSTLRY, de son côté, a dû changer de distributeur suite à la faillite de Diamond, ce qui l'a obligé à se tourner vers Lunar et à modifier tout son calendrier de sorties en conséquence (par exemple, un autre titre dont j'avais parlé, Galactic, verra son 2ème épisode disponible seulement fin Juillet, 9 mois après le premier !


On peut légitimement s'interroger sur l'avenir de DSTLRY qui avait réussi à attirer des auteurs en vue qui vont certainement réfléchir à deux fois avant de leur proposer un nouveau projet plutôt que chez Image ou Dark Horse. Pour ma part, j'ai décidé que maintenant je ne critiquerai plus un titre DSTLRY tant que sa parution ne sera pas complète.


En ce qui concerne La Fille au blouson léopard, on peut toutefois supposer que les délais sont aussi imputables aux auteurs : James Tynion IV écrit tellement de comics actuellement que je le soupçonne d'être en retard pour fournir certains scripts. Et Elsa Charretier a certainement préféré attendre de les avoir plutôt que de se remettre à Love Everlasting (avec Tom King, lui aussi très occupé).


J'avais déjà lu le premier épisode de cette mini-série quand il était sorti puis, lassé d'attendre, j'avais effacé ma critique et choisi d'attendre, donc, que tout soit achevé. Le résultat est à la hauteur des promesses affichées et se présente même comme une des histoires les plus originales et attachantes et atypiques de Tynion IV.


D'entrée de jeu, le personnage de Zara, assise sur un banc d'un quai de métro, brise le quatrième mur et s'adresse directement au lecteur pour retracer son histoire qu'elle présente comme une histoire d'amour, mais pas de celles auxquelles on est habitué. C'est le moins qu'on puisse dire quand on a terminé la lecture de ces plus de 150 pages.

La rencontre entre cette écrivain portée sur la bouteille et en panne d'inspiration et une tueuse à gages excentrique et lesbienne sort des sentiers battus. A peine ont-elles fait connaissance qu'elles finissent dans le même lit où elles sont surprises par Liz, la collègue et supérieure de Jasper Jayne, dont la silhouette austère et impressionnante (elle est vêtue comme une nonne), détonne.

Il faut s'arrêter un moment sur la traduction improbable du titre : en anglais, The City beneath her feet, soit La ville sous ses pieds/à ses pieds, est devenu en français La Fille au blouson léopard. Quelle mouche a piqué Delcourt pour changer à ce point l'intitulé ?

Contre toute attente, ce n'est pas si idiot car le titre français souligne l'importance du rôle de Jasper Jayne, qui porte effectivement un blouson léopard (et plus généralement une tenue bariolée). Si elle disparaît assez vite, elle hante l'intrigue (ou ce qui en tient lieu) et surtout la vie de Zara. Par-delà la mort, Jasper bouleverse l'existence de son amante.

Car Zara en écrivant une série de romans inspirée par Jasper s'attire les foudres des patrons de Jasper qui commandent son élimination. Et Zara a hérité de la colossale fortune (et de l'appartement luxueux) de Jasper. Traquée par une horde d'assassins, comment une auteur de fiction pense-t-elle pouvoir en sortir vivante ?

Même si le récit déborde d'action et de moments très spectaculaires, que la narration graphique éblouissante d'Elsa Charretier met en valeur comme personne, l'intérêt de la série est ailleurs. Zara n'aurait-elle pas rêvé sa rencontre puis sa liaison avec Jasper ? Jasper n'est-elle pas seulement un personnage de fiction ?

En même temps une créature imaginaire peut-elle à ce point occuper les pensées d'une personne, n'être qu'un fantasme ? C'est dans ces questions que Tynion IV plonge et brouille les cartes. On aurait presque aimé qu'il aille encore plus loin et tente un trip à la David Lynch comme dans Mulholland Drive, mais c'est sans doute beaucoup (trop) demander à un scénariste moins déviant que le cinéaste.

En l'état, chacun des trois épisodes aborde d'une certaine manière des étapes de l'amour (Eros) et de la mort (Thanatos). A la fin, il est question de survie surtout - survivre à des mercenaires armés jusqu'aux dents avec comme objectif de remplir un contrat, mais survivre aussi à un amour aussi intense qu'éphémère. Y survivre pour recommencer à vivre, à aimer. Cette fois, dans le monde réel.

Elsa Charretier a développé ce projet avec Pierrick Colinet  et James Tynion IV suite à leur collaboration sur un court métrage, Room Service, disponible gratuitement sur YouTube. Elle a profité de la mise en stand-by de la série Love Everlasting (qu'elle a co-créée avec Tom King et qu'elle dessine) pour se consacrer à The City beneath her feet.

Et c'est comme si l'artiste française avait lâché les chevaux. Chaque page ici vibre d'un éclat, d'une énergie incroyables. Le découpage est formidablement inventif, les couleurs de Jordie Bellaire pètent le feu, les personnages sont explosifs, leurs relations bigger than life. C'est un divertissement irrésistible, mais aussi une histoire absolument poignante.

Charretier a pris une envergure digne des meilleurs, elle est au pic de sa forme et son style, tout en courbes et en déliés, confère au récit une fluidité et une tonicité auxquelles il est impossible de résister. Les trois épisodes filent à toute allure, si bien qu'on ne voit pas passer les plus de cinquante pages qu'ils comptent à chaque fois. C'est grisant.

Si ça valait la peine d'attendre ? Absolument. Et je ne saurai que trop vous conseiller de vous jeter sur l'album en Septembre (qui devrait reprendre aussi de superbes variant covers et certainement de jolis bonus sur la pré-production). Ce sera assurément un des comics de l'année quand il faudra dresser une liste des must-have.  

dimanche 5 juillet 2026

ACHARNES (Saison 2) (Lee Sung Jin, 2026)


Gérants d'un country club très huppé, Josh et Lindsay se disputent violemment en rentrant d'une collecte de fonds parce qu'il est accaparé par son travail et qu'elle lui reproche le déclin de leur mariage. Alors qu'ils venaient rapporter le portefeuille oublié par Josh, Ashley et son fiancé Austin, tous deux employés du club, surprennent leurs patrons et les filment avant d'être repérés par les intéressés et de s'enfuir. Ashley suggère d'utiliser cette vidéo compromettante pour obtenir de l'avancement et une assurance santé car on lui a diagnostiqué un kyste ovarien à opérer d'urgence.


Josh et Lindsay accèdent aux exigences d'Ashley et Austin. Ce dernier devient le kinésithérapeute des riches clientes du club tandis que sa fiancée devient l'assistante du gérant. Elle découvre ainsi que Josh a détourné de l'argent pour payer les funérailles de sa mère et craint qu'il ne se serve d'elle comme bouc émissaire si, comme il le demande, elle efface la vidéo. Le personnel du club fait la connaissance de la nouvelle propriétaire des lieux, Mme Park, dont le mari, chirurgien esthétique à Séoul, tue accidentellement une patiente lors d'une opération.


Eunice, l'assistante de Mme Park, restée au club, séduit Austin, ce que devine vite Ashley. De leur côté, pour donner une dernière chance à leur couple, Lindsay propose à Josh de démissionner de leurs fonctions pour assouvir leur rêve d'ouvrir un "bed and breakfast". Mais en faisant leurs comptes, ils comprennent qu'il leur faut à nouveau piocher dans la caisse du club pour financer ce projet. Et Mme Park fait de même pour étouffer l'affaire du Dr. Kim à coup de pots-de-vin...


Je n'avais pas beaucoup aimé la première saison de Beef (en vo) mais quand j'ai appris que la saison 2 allait mettre en scène de nouveaux personnages dans un nouveau cadre et avec un sacré casting, j'étais impatient de découvrir le résultat. Disponible depuis Avril sur Netflix, les huit nouveaux épisodes de la série sont, globalement, à la hauteur des attentes.


Je dis "globalement" parce que, vous l'aurez deviné, ce n'est pas complètement ça. Je reproche souvent aux séries actuelles de multiplier les personnages pour alimenter des subplots, ces intrigues secondaires supposées étoffer l'histoire principale mais qui, en vérité, l'alourdissent souvent. C'est le cas pour Acharnés (en vf).


Cette saison 2 démarre pourtant idéalement avec une situation qui me paraissait bien suffisante pour être creusé sur huit épisodes sans chercher à en rajouter. On suit un couple de riches gérants en crise mais pas assez riches pour nager dans les mêmes eaux que leurs clients encore plus fortunés (le genre à miser des fortunes sur une main de poker ou à se payer des virées en jet privé à la montagne).


Alors qu'ils se disputent en se reprochant mutuellement leur échec conjugal, ils sont surpris par deux de leurs employés qui croient à une scène plus violente qu'en réalité et qui vont se servir de cela pour faire chanter leurs patrons afin qu'ils leur offrent une promotion. Cela aboutit à une bascule : le couple en crise trouve là un moyen de refaire corps tandis que le jeune couple est miné par le chantage qu'il a exercé.


Puis le récit dévoile, progressivement, que les gérants ont piqué de l'argent dans la caisse à des fins personnelles et envisagent de recommencer pour concrétiser un projet de reconversion très coûteux. Evidemment leurs deux employés le découvrent. Mais l'affaire va se compliquer quand la propriétaire du club dans lequel ils travaillent tous détourne aussi de l'argent pour étouffer un scandale lié à son mari.


La construction des huit épisodes ne souffre pas de défauts majeurs : les trois couples (Josh et Lindsay, Ashley et Austin, Mme Park et Dr. Kim) s'enferrent dans leurs magouilles jusqu'au point de non-retour. Tous, sans exception, sont convaincus qu'ils ne sont pas mauvais mais qu'ils composent avec les événements et s'arrangent avec les opportunités.

Et ce n'est pas faux, même si ce n'est pas du tout moral. En fait, ces trois binômes luttent pour leur survie : une image récurrente traverse les épisodes (et figure sur l'affiche ci-dessus) qui montre des fourmis sur le point d'être écrasées. Ces fourmis sont les protagonistes qui sont tous menacés d'être piétinés par plus puissants qu'eux. Et comme des fourmis, ils vont découvrir que l'union fait la force.

A ce jeu, Mme Park, vieille dame milliardaire et madrée, est la plus forte : son argent peut tout acheter, son influence est considérable, son expérience lui permet de devancer tous les coups adverses. Josh et Lindsay sont un couple que les frustrations décomposent. Austin et Ashley veulent se faire une place au soleil et ne pas être des laquais. Mais Josh, Lindsay, Austin et Ashley sont dominés par Mme Park.

Là où ça se gâte (un peu), c'est que Lee Sung Jin, le showrunner, a cru bon d'ajouter à tout cela une romance entre Austin et Eunice, l'assistante personnelle et fort jolie de Mme Park. Or, et le dernier épisode le confirme, cela ne sert à rien. Austin tombe amoureux (ou du moins le croit-il, car il est surtout fasciné par la beauté de la jeune femme et le fait qu'il est lui-même à moitié coréen), mais pas Eunice.

C'est dommage d'avoir cru bon d'introduire cela dans un récit qui fonctionne très bien sans. Les scrupules grandissants d'Austin sont suffisamment attisés par les manoeuvres vengeresses de Ashley, il n'a pas besoin de tomber sous le charme d'une autre fille pour être de plus en plus mal à l'aise vis-à-vis des moyens employés pour obtenir une promotion ou travailler pour des gens malhonnêtes.

La caractérisation des personnages est de tout façon suffisamment riche et soignée pour qu'on comprenne par quoi ils passent, pourquoi ils agissent comme ils le font, pour quelle raison les situations évoluent de manière souvent spectaculaire d'un épisode à l'autre. Le showrunner est prodigieusement habile en effet pour transformer un incident dérisoire en catastrophe aux répercussions à long terme.

Ainsi, de la vidéo compromettante à la disparition d'un chien en passant par un voyage à Séoul qui devient un vrai traquenard pour se débarrasser de témoins gênants, la série déploie des trésors de perversité pour nous combler. C'est souvent très drôle, en permanence cruel, régulièrement pathétique, fréquemment étonnant. Et surtout rythmé avec une précision d'horloger.

En passant, on a droit de manière fulgurante à une vision cauchemardesque du service de santé américain (dans l'épisode 4, peut-être le plus magistral de la saison). Et c'est aussi une leçon sur la "capitalisme tardif" et pourquoi ce système économique s'est imposé de tout temps, moins pour profiter des classes laborieuses (comme les gauchistes aimeraient le faire croire) que parce qu'il est quasiment organique.

Le casting, comme je l'ai dit plus haut, est somptueux (et son nombre autorise plus de variété que dans la saison 1). C'est un plaisir rare et savoureux de revoir ensemble Carey Mulligan et Oscar Isaac, toujours aussi complémentaires et nuancés dans l'interprétation (après Drive et Inside Llewyn Davis). Leurs échanges sont ceux de deux virtuoses.

Cailee Spaeny (la Priscilla de Sofia Coppola) et Charles Melton (remarqué dans May December de Todd Haynes) sont également excellents, avec une mention spéciale pour elle dont le rôle la rend tour à tour sympathique et détestable.

Acharnés saison 2 est presque parfait donc, mais c'est surtout une production dans le haut du panier de ce que propose Netflix, sans doute parce que c'est aussi un projet du studio A24, devenu une référence.

vendredi 3 juillet 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #12 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


Brisé mentalement, John Jones est sur le point d'être achevé par sa femme, Bridget, poussée au crime par Désespoir-le-zéro. Mais le martien tente de contrarier son adversaire et d'empêcher la fin de tout, alors même que l'équation d'anti-vie possède le fils de John et Bridget, Tyler...


C'est donc la fin de la série mais pas la fin du personnage puisqu'il a été annoncé que l'Absolute Martian Manhunter apparaîtrait dans un crossover à venir (qui sera aussi le premier event de la gamme), probablement en 2027. Je ne suis pas sûr qu'il faille s'en réjouir car ce ne seront pas Deniz Camp et Javier Rodriguez qui s'en occuperont.


Or tout le charme foutraque de ce projet tenait aux qualités de ces auteurs. Réutiliser ce personnage si singulier, c'est en quelque sorte le condamner, le banaliser. Et sans réduire les qualités des versions Absolute de Batman, Superman, Wonder Woman et actuellement Green Arrow, le martien ne boxait pas dans la même catégorie, c'était une bestiole à part dans un univers déjà à part (bien que devenu normalisé par son immense succès commercial).


Mais en même temps que cette série s'achève on peut se permettre un regard plus global sur l'univers Absolute et cela, pour cerner la spécificité d'Absolute Martian Manhunter. D'une manière générale donc, je dirai que cette gamme se base surtout sur l'exagération : un Batman certes désargenté mais massif, un Superman marginal, une Wonder Woman occulte - no comment pour Flash et Green Arrow que je n'ai pas lu.


Au fond, est-ce que Absolute Martian Manhunter échappe à cette exagération narrative et visuelle ? Pas vraiment. Les 6 premiers épisodes donnaient l'impression que Camp et Rodriguez avaient trouvé la formule magique pour produire la série la plus atypique, la plus inclassable du lot. Celle qui au fond ne leur survivrait pas.

Mais, à mes yeux en tout cas, la seconde partie n'a pas tenu les promesses de la première. Après un break dans sa parution pour permettre à Rodriguez de ne pas être remplacé par un artiste fill-in, l'histoire a eu du mal à échapper à ce qui est pour moi la limite des productions Absolute, ce côté plus grand, plus fort - too much.

Le sixième numéro s'achevait sur un cliffhanger (que je me permets de spoiler puisqu'il a été traduit en vf) où Tyler, le fils de John et Bridget Jones, était investi par le Mal. Camp est parvenu à entretenir cette menace, ce danger de manière assez suggestive et originale pour ne pas tomber dans le cliché du vilain classique.

Mais le scénariste a échoué à rendre cette menace, ce danger vraiment compréhensible. Dans la série, il est beaucoup question de fumée, de fumigènes - c'est ainsi que Rodriguez représente les pensées que peut lire John Jones via le martien. Mais justement, tout ça devient un peu fumeux à la longue et le dénouement de la série le confirme.

Des critiques plus intelligent que moi sans doute (ou qui voudront le paraître) loueront l'ambiance hallucinée et ambiguë de ce dernier épisode, qui refuse habilement une solution par une baston convenue. Et qui ménage une sortie lumineuse à une intrigue qui s'était considérablement noircie. Mais je crois qu'il ne faut pas être dupe.

Il y a un fossé entre conclure une histoire intelligemment et conclure une histoire en ayant l'air intelligent. Je ne dis pas que Camp est plus malin qu'intelligent, mais il me fait penser à des auteurs comme Grant Morrison qui avancent avec de grandes idées dont le sens échappe en vérité à beaucoup de gens. C'est ce qui distingue Alan Moore de ces scénaristes qui l'adorent, mais souvent pour de mauvaises raisons.

Je l'avoue, je n'ai pas tout compris de cette fin. C'est comme si, en vérité, il avait fallu finir mais sans complètement finir (pour que le personnage soit réutilisable). Donc, oui, c'est infiniment moins bourrin que Absolute Batman. Mais ce n'est pas plus fin que Absolute Wonder Woman (qui n'avance pas masqué et qui est finalement plus sympathique à lire). 

Tout portait à croire que ça finirait mal, mais, sans trop en dire, ce n'est pas le cas, et je pense que Camp n'a à la fois pas eu le choix et en même temps pas eu les couilles. Il aurait pu conclure sur une pirouette, équivoque certes mais renouant avec l'esprit du début. Il a préféré une espèce de happy end un peu arty, assez ouverte. Ce qui aurait pu (dû ?) être audacieux est juste tiède. Et TRES bavard (l'autre défaut majeur de cette seconde partie).

Et les dessins ? Javier Rodriguez est un grand artiste que cette série va propulser dans les sommets, c'est certain. DC a fait preuve d'intelligence en ne le remplaçant pas, préférant lui laisser le temps de tout faire. Et c'est sûr que sans lui la série n'aurait pas eu la moitié de l'intérêt qu'elle a suscitée. Même ceux qui n'ont pas aimé reconnaissent que visuellement c'est peu commun.

Malheureusement, je dois dire que Rodriguez m'a fatigué sur la fin. Le psychédélisme n'a jamais été ma tasse de thé et là, c'est flagrant qu'il a été au bout du délire. C'est cohérent, mais il faut quand même en avoir envie pour apprécier ça pendant douze numéros. Et pour ma part, j'ai atteint mes limites. Souvent comparé à son compatriote et ami Marcos Martin, Rodriguez n'a pas à en rougir, il a trouvé sa propre voie. Mais je continue de lui préférer Martin, qui est un narrateur plus abordable et aussi audacieux.

Voilà, c'est fini. Je pense que, pour ce qui est de la gamme Absolute, je vais sans doute poursuivre Wonder Woman, mais ce sera tout, et uniquement en vf. Je nourris quelques regrets pour Martian Manhunter qui démarrait très fort mais qui m'a lassé, largué. Sans doute que je deviens old school et que ces univers parallèles ne sont pas vraiment faits pour moi au bout du compte.    

THE HUNTING WIVES (Saison 1) (Rebecca Cutter, 2025)

 900ème ENTREE !


Graham O'Neil emménage à Maple Crook, Texas, pour y construire le siège de la compagnie pétrolière de Jed Banks. Il arrive avec sa femme Sophie qu'il présente à son client et son épouse, Margo, à l'occasion d'une collecte de fons pour la N.R.A.. Originaire de Boston, Sophie peine à trouver sa place dans ce nouvel environnement et Margo la prend sous son aile en lui présentant ses meilleures amies, dont Callie qui jalouse vite cette citadine du Nord. Bientôt, Sophie découvre que Margo a une liaison avec le fils de Jill, Brad, un lycéen, qui fréquente Abby, une jeune fille issu d'un milieu plus modeste.
 

Margo lui explique qu'elle et son mari forment un couple libre mais que cette infidélité doit rester secrète car Jed veut se présenter au poste de gouverneur. Callie découvre que Sophie a été mêlée à un accident de la route meurtrier et s'en sert pour l'humilier, s'attirant aussitôt les foudres de Margo. Celle-ci est soupçonnée par Abby de coucher avec Brad à qui elle donne rendez-vous à une fête pour s'expliquer avec lui. Mais Brad est injoignable et c'est Jill qui répond à la jeune fille après qu'elle se soit confiée au pasteur Pete Lightfoot.


Le lendemain matin, le corps sans vie et frappé de deux balles de pistolet d'Abby est trouvé dans la forêt. En apprenant le calibre de l'arme qui a servi à tuer la jeune fille, Callie fait remarquer à son mari, le shérif Jonny, qu'il correspond à celui du pistolet que Margo a offert à Sophie. Cette dernière devient la principale suspecte même si elle ne connaissait pas Abby, mais elle est incapable de se souvenir de ce qu'elle a fait cette nuit car elle a bu plus de raison en compagnie de Margo et ses amies...


The Hunting Wives est présenté par sa showrunner Rebecca Cutter comme un plaisir coupable. Le poster promotionnel est sans équivoque avec son accroche qui promet du "sexe, des mensonges et des flingues chargées". Et Netflix a sans doute vu dans l'adaptation du roman de May Cobb l'occasion de produire et diffuser une série un peu scandaleuse. Mais pas trop non plus.


Sur le papier, ces Hunting Wives promettait : depuis le triomphe de Dallas dans les années 70-80, ça faisait longtemps qu'une série n'ambitionnait pas d'explorer l'aspect le plus crapoteux du Texas. Dans l'Amérique de Trump, le cocktail aurait pu être sacrément corsé pour dénoncer les dérives de cet Etat anti-avortement et pro-port d'armes.


Mais visiblement tout cela était un peu trop inflammable pour Netflix et Rebecca Cutter avec ses scénaristes a préféré livrer huit épisodes plus racoleurs que véritablement dérangeants, aboutissant à un show qui a effectivement tout du guilty pleasure sans en avoir la saveur. Car, c'est là que la bât blesse, The Hunting Wives n'est tout simplement pas bon.


Tout d'abord l'intrigue est laborieuse, surchargée en personnages secondaires à peine caractérisés - et quand ils le sont, ils expriment des émotions si maladroites que c'est vite grotesque. La série se veut à la fois sulfureuse (ce qu'elle n'est jamais), palpitante (ce qu'elle n'est jamais) et référencée (ce dont elle pâtit plus qu'elle ne profite).


Je suis assez vieux maintenant pour me rappeler des samedis où passait Dallas et je me souviens encore de certains coups de théâtre que cette série osait, comme la fin de la saison 8 où l'on découvrait que tout ce qui venait de se passer dans l'année écoulée était un rêve. Les personnages étaient haut en couleurs (l'infâme JR en tête), les situations extravagantes, tout était permis.

Plus proche de nous dans le temps, une série comme Desperate Housewives (au moins dans sa première saison) avait un vrai panache en mêlant ces histoires de voisinage à un whodunit policier. Mais The Hunting Wives ne peut soutenir la comparaison avec ces prédécesseurs : la série aimerait bien mais elle ne le peut point.

Pourquoi ? Parce que son culot n'est que de façade. Margo et Sophie deviennent amantes mais leurs scènes intimes manquent singulièrement de piment. Surtout l'alchimie entre les deux actrices qui les incarnent fait cruellement défaut. Cette romance queer (puisque Margo et Sophie ne sont pas lesbiennes, elles aiment aussi les hommes) n'a rien d'excitant même si elle veut l'être.

Quant au récit policier qui sert de fil rouge, il est bien trop décompressé. On devine vite quels sont les suspects parfaits, et quand l'identité du tueur de Abby est révélée, cela paraît forcé, comme si les scénaristes avaient voulu jouer une main inattendue mais trop improbable. La fin de cette saison 1 voit se succéder un nombre infernal de twists uniquement là pour convaincre le téléspectateur de revenir.

Et de ce côté-ci, c'est réussi puisqu'effectivement une saison 2 est en production (et Netflix en aurait d'ores et déjà commandé une troisième). Je le dis franchement : arrivé au quatrième épisode, soit la moitié de la saison, j'ai failli lâcher l'affaire tellement je m'ennuyais. J'ai tenu, espérant un ressaisissement, qui n'est jamais venu.

Après nous avoir allumés, la série sombre dans le ridicule avec des retournements de situations stupides. Sophie est ghostée par Margo dès qu'elle devient suspecte dans l'affaire du meurtre ? Pourtant elle n'est guère rancunière : deux épisodes après, elle renoue avec Margo et recouche avec elle. Idem avec son mari (l'architecte qu'on ne voit jamais travailler) qui la laisse complètement tomber dès qu'elle est dans le pétrin mais vers lequel elle revient gentiment.

Margo est décrite comme la reine des abeilles : en vérité, c'est un cagole d'une vulgarité absolue, qui se donne à qui la veut dès qu'elle veut noyer le poisson. Son intérêt se mesure à la profondeur de ses décolletés et à la décoloration de ses cheveux. Elle est mariée avec un type imbuvable qui la remplacera sans scrupules (comme il l'a fait avec sa première épouse après un plan à trois). Et elle couche avec un sportif qui a l'âge d'être son fils et qui est con comme un manche à balai.

Les personnages censés susciter le plus de sympathie sont malgré tout lestés par une écriture embarrassante : la mère de Abby est une espèce de bigote mais les auteurs en ont fait une obèse pour qu'on la prenne en pitié. Le pasteur Pete est porté sur la bouteille, se paluche dans sa voiture en reluquant les photos des Instagram de ses jeunes paroissiennes. Nina, la meilleure amie de Abby, est une pauvre gourde.

La seule à sortir du lot est la detective Salazar, parce qu'elle a un cerveau et s'en sert, mais là encore son arc narratif est plombé par des absurdités (comme la précédente affaire qui a ému Maple Crook et au cours de laquelle elle a failli être tuée). Les flics, shérif en tête, sont tous des bourrins. Le problème, c'est qu'aucun regard critique véritable n'est exercé sur eux tous. 

Plutôt que de dresser un portrait d'une communauté raciste, fasciste, hypocrite, la série traite tout ce beau monde comme ce que les amies de Margo reprochent à Sophie, c'est-à-dire avec snobisme. Oh, ils sont tous bêtes à manger du foin, archi conservateurs, des ploucs richissimes, des poufs botoxées, mais au fond ils ne sont pas si méchants.

Et pourquoi ? Parce que Netflix ne peut pas s'aliéner une partie de leurs abonnées sudistes, tout simplement. Tout cela sonne aussi faux que ces séries avec un groupe qui comporte un homo, un représentant d'une minorité visible (noir, latino, asiatique), etc. Car si vous produisiez Friends aujourd'hui, avec 6 personnages principaux blancs, vous seriez taxés de racisme, d'homophobe, de grossophobe, etc.

The Hunting Wives n'est que le dernier exemple de ces fictions qui prétendent ausculter l'Amérique mais qui n'en font rien et se réfugient derrière la formule du plaisir coupable pour ne rien dire, ne rien critiquer, ne rien oser. A la place, le poster promet du sexe (qui est aussi cru que les téléfilms érotico softs de M6 il y a 30 ans), des mensonges (dont on se fout) et des armes (qui ne tuent que des jeunes filles blondes et innocentes).

Les acteurs ne peuvent pas rattraper ce naufrage : Brittany Snow et Malin Akerman ont l'air aussi attirées l'une par l'autre qu'une oie et une dinde. Dermot Mulroney s'en sort un peu mieux en magnat texan concupiscent. Katie Lowes est aussi pas mal en femme de révérend quasi incestueuse.

On dit que la curiosité est un vilain défaut et j'ai été bien puni en ayant été curieux de découvrir The Hunting Wives. Ne vous laissez pas berner.

mercredi 1 juillet 2026

THE MINIATURE WIFE (Jennifer Ames & Steve Turney, 2026)


Lindy et Les Littlejohn suivent une thérapie de couple : elle a reçu le Prix Pulitzer pour son premier et unique roman à ce jour, publié il y a presque 20 ans, et est devenue une enseignante en littérature frustrée ; il travaille dans un laboratoire privé en rêvant de décrocher le Prix Nobel pour ses recherches sur la miniaturisation afin de remédier à la faim dans le monde. Autrefois, ils ont scellé un pacte : celui qui aurait réussi le premier professionnellement soutiendrait l'autre. Mais Lindy en a assez et a pris un amant, Richard, Physicien qui travaille avec Les.


Après une énième dispute, Les miniaturise accidentellement Lindy. Lorsqu'elle reprend connaissance, il l'a installée dans la maison de poupée offerte à leur fille quand elle avait dix ans, avec un mobilier lui aussi rétréci mais fonctionnel. Il lui promet de lui rendre sa taille normale dès qu'il saura comment, dans un ou deux jours maximum. Mais Lindy apprend par Richard que le délai sera en vérité bien plus long et le résultat incertain : Hilton Smith, qui finance les recherches de Les, lui a imposé un ultimatum de 30 jours sinon il lui coupe les vivres.


Lindy décide de se venger mais elle doit affronter un autre problème : pour lui faire plaisir, Richard a envoyé une nouvelle au "New Yorker". Sauf que le texte n'est pas d'elle mais d'une de ses étudiantes ! Lindy contacte son agent, Terry, pour empêcher la parution de cette nouvelle, mais c'est trop tard. Pour ne rien arranger, Lulu, la fille des Littlejohn, rentre à la maison sans prévenir, ignorant tout de la situation mais devinant rapidement que quelque chose de bizarre s'est produit...


Cette série, tout d'abord, sera disponible à partir du 9 Juillet prochain sur Canal +. Il s'agit à l'origine d'un roman écrit par Manuel Gonzales, adapté par Jennifer Ames et Steve Turney pour la plateforme de streaming Peacock et co-produite par le cinéaste Greg Mottola (auteur du cultissime Superbad).


L'argument n'est pas original : il renvoie à des classiques de la comédie comme Chérie, j'ai rétréci les gosses ou L'Homme qui rétrécit puisque l'un des protagonistes va miniaturiser l'autre de manière (plus ou moins) accidentelle, entraînant une succession de péripéties et de quiproquos. Mais le show se veut plus ambitieux, naviguant dans les eaux troubles de la dramedy (comédie dramatique).


Au fond, que raconte The Miniature Wife ? A première vue, c'est un couple en bout de course qui est au coeur d'un imbroglio scientifique et fantaisiste. Mais si l'on creuse un peu plus, et c'est ce que permet le format d'une série en dix épisodes, c'est une étude de moeurs sur l'ambition et comment celle-ci peut miner un mariage quand l'une des deux parties en a assez d'attendre que l'autre réussisse.
 

A partir du deuxième épisode jusqu'au neuvième (qui est un flashback complet de 40'), la série revient en arrière pour nous exposer le passé du couple formé par Lindy et Les. Ils se sont rencontrés lors d'une soirée déguisée où ils portaient le même accoutrement (tout sauf innocent puisqu'il était lui aussi grimé en femme) et ce fut le coup de foudre.


Vite parents d'une fille, Lulu, ils ont ensuite convenu d'un marché : le premier qui réussirait professionnellement soutiendrait inconditionnellement l'autre pour qu'il connaisse à son tour le succès. Lindy a été la première à en profiter quand elle a écrit son roman, a été publiée et consacrée par rien moins que le Prix Pulitzer.


Respectant leur contrat, elle a alors mis ses ambitions en pause le temps que Les soit reconnu comme le scientifique de génie qu'il était persuadé d'être. Mais tout n'a pas marché comme prévu : sa tentative d'imposer une tomate OGM a fait un flop. Pour subvenir aux besoins de la famille, Lindy est devenue enseignante, mais en vérité l'inspiration l'avait quittée.


Après vingt ans de mariage, elle n'en peut plus d'attendre que Les s'accomplisse - d'ailleurs, elle a pris un amant, qui est un collègue de son mari et avec lequel elle entretient (pour l'instant) une relation purement platonique. Leur fille a quitté le foyer pour se consacrer à des études scientifiques, moins par passion que pour plaire à son père - et elle rentre à l'improviste pour annoncer qu'elle lâche l'affaire.
 

Le récit est pimenté par des intrigues secondaires qui font écho au postulat : l'infidélité (non consommée) de Lindy, l'attirance (réciproque) de Les pour Vivienne (la chef scientifique du riche homme d'affaires qui le finance), l'accusation (fondée) de plagiat contre Lindy, les manoeuvres de son attachée de presse pour étouffer le scandale, etc.

Dix épisodes (ou plutôt 9 + 1, dans la mesure où l'épisode 9 est à part) ne sont pas de trop pour caser tout ça. Toutefois les seconds rôles ne sont pas trop nombreux, l'histoire reste lisible, le rythme est soutenu sans être ni trop rapide ni trop lent, et surtout, les thèmes abordés sont intelligemment et souvent malicieusement explorés.

Tous les personnages ici sont dévorés par leur ambition et c'est ce qui provoque des poussées de fièvre dans la narration. Au fond le pacte passé par Lindy et Les est un piège dans lequel ils se sont enfermés, à partir du moment où lui a plus de difficultés qu'elle à s'imposer dans son milieu professionnel. Elle estime à présent avoir rempli son devoir et mérité d'être soutenue à son tour pour renouer avec ses désirs.

Mais évidemment Les ne l'entend pas de cette oreille. Elle a eu le Pulitzer, lui veut le Nobel et tant qu'il ne l'a pas eu, il pense qu'il a la priorité. Il n'a pas compris qu'il a tout sacrifié pour cela : sa femme, sa fille, leur famille. Mais chacun a oublié aussi que le temps avait passé, qu'ils n'étaient plus les mêmes que lorsqu'ils ont signé cet accord et surtout qu'un mariage ne peut fonctionner ainsi.

Lindy et Les ont fondé leur union sur un partenariat, pas sur des sentiments. Ils ne se sont jamais vraiment préoccupés de la viabilité de leur couple, de la justesse d'une telle association. Ce qui pouvait fonctionner sur le plan professionnel ne pouvait marcher sur le plan intime, amoureux. Ils auraient dû pourtant se rendre compte de cette erreur quand leur fille a fui la maison.

La miniaturisation de Lindy par Les a valeur de symbole : pour se sentir grand, il a réduit sa femme. Mais Lindy avait fait de même, quoique de manière plus symbolique, quand, en écrivant son roman, elle s'était inspirée de sa famille, la croquant avec férocité (même si elle s'en défendait). Et son attitude n'est guère plus noble aujourd'hui...

Lorsqu'elle s'émeut d'abord que la nouvelle de son étudiante soit publiée sous son nom, on trouve son attitude responsable. Mais quand elle découvre les critiques dithyrambiques sur ce texte, elle les prend pour elle, oubliant qu'elle n'est pas l'auteur. Elle savoure le fait de n'avoir pas été oubliée mais surtout d'être toujours (re)connue (l'étudiante dont elle s'accapare le mérite se montre d'ailleurs aussi machiavélique, acceptant d'avoir été volée en échange d'un gros chèque et d'un contrat d'édition pour son prochain manuscrit).

Lorsque Lindy (et nous même) apprend que Les l'a miniaturisé délibérément, s'ouvre un nouveau chapitre dans la série, une sorte d'acte II : c'est la guerre. Et on bascule pour un moment dans la pure comédie, avec l'affrontement entre cette épouse de 15 cm et son savant fou de mari qui ne veut pas risquer que son geste soit découvert.

Les devient aussi mauvais que Lindy en apprenant la liaison de celle-ci avec Richard (qui n'a pas hésité, par amour, à se miniaturiser aussi). Dans son labo, l'attirance équivoque qui se créé entre Les et Vivienne pousse le premier à des extrémités meurtrières (vous ne verrez plus jamais un chat de la même manière...).

Au milieu de ce chaos, quand Lulu découvre l'état de sa mère et ce qu'a fait son père, l'acte III de la série débute et conduit jusqu'au dénouement. Lindy et Les se réconcilieront-ils ? Lindy retrouvera-t-elle sa taille normale ? A quel prix pour Les ? Et leur couple ? C'est là que le fameux pénultième épisode trouve toute son importance.

On remonte alors le temps jusqu'au mariage (ou plutôt à la répétition pour le mariage) de Les et Lindy. L'ambiance est électrique parce que, d'un côté, ils ne veulent pas de cérémonie, de clichés, mais de l'autre, ils souhaitent quand même quelque chose de mémorable. Le souci, c'est que ce qui deviendra mémorable, c'est le comportement de leurs proches.

Peut-être, alors, faut-il interpréter tout ce qui a suivi jusqu'à maintenant comme la conséquence de ce jour-là, des paroles dites, des actes qui se sont produits. Si Lindy n'avait pas cru bon d'ouvrir un certain paquet, si Les ne s'était pas bêtement vexé, si la mère de Lindy n'avait pas trop bu, si le père de Les avait plus cru en son fils... Mais, c'est bien connu, avec des "si", on mettrait Paris en bouteille.

Le show a bénéficié de moyens visiblement importants avec des effets spéciaux qui manquent certes un peu de finitions, mais qui ne pénalisent pas l'ensemble. Et surtout d'une excellente distribution, avec Elizabeth Banks, superbe, dans un rôle mine de rien très physique et nuancé, face à Matthew MacFadyen, déchaîné en mari et savant dépassé.

Ils sont excellemment entourés par Zoe Lister-Jones, merveilleuse en scientifique rigide que le désir fait vaciller ; Sofia Rosinsky, épatante en fille à papa rebelle ; Sian Gifford en attachée de presse en pleine tempête, ou O.T. Fagbente, en amant trop romantique. Ronny Chieng est très drôle aussi en magnat casse-couilles et Aasif Mandvi également en ami sur la brèche.

Cochez la date sur votre calendrier : à partir du 9, sur C+, vous vous régalerez avec cette "Epouse Miniature" !

lundi 29 juin 2026

PLAISIR MAXIMUM GARANTI (David Gordon Green, 2026)


Paul Sanders, mère célibataire, responsable du fact-checking pour un journal en ligne, trouve du réconfort auprès de Trevor, un séduisant camboy, avec lequel elle a tissé des liens. Jusqu'à ce qu'elle soit témoin de son agression par un homme cagoulé qui le tabasse et l'étrangle. Elle a la présence d'esprit de filmer la scène avec son téléphone pour la présenter à la police. Mais lorsqu'elle fait sa déposition à l'inspectrice Sofia Gonzalez, celle-ci pense qu'il s'agit d'une mise en scène pour soutirer de l'argent à Paula.


Et elle pense bien car, effectivement, le lendemain, Paula reçoit au appel téléphonique de Trevor qui réclame 50 000 $ sinon, prétend-il, il sera tué par son agresseur. Elle décide de l'ignorer, d'autant plus que sa vie est déjà largement compliquée, entre sa rédactrice en chef qui lui fait miroiter une promotion, et surtout la garde de sa fille Hazel, confiée pour l'instant à son ex-mari, Karl, et sa nouvelle femme, Mallory. Ces derniers prévoient en outre de déménager dans l'Idaho, réduisant d'autant les occasions pour Paula de voir sa fille.


Evidemment, les choses n'en restent pas là et Paula continue de recevoir des appels du ravisseur de Trevor. En observant attentivement la vidéo de son agression, elle réussit à localiser son adresse et s'y rend. Elle entre dans son appartement, dont la porte est entrouverte, et découvre, horrifiée, son cadavre dans la baignoire. C'est alors qu'elle entend des pas approchés et se cache dans une penderie : l'assassin vient découper le corps. Elle s'enfuit mais laisse derrière elle de maigres indices sur sa présence qui motivent le meurtrier à la pister...
 

En scrollant sur Twitter, comme je suis le compte de l'écrivain Stephen King, j'ai vu qu'il recommandait cette série qu'il venait de découvrir. Et ça tombait bien, comme Margo a des problèmes d'argent, elle était diffusée sur Apple TV+, auquel je suis encore abonné. J'ai binge watché les huit épisodes ce week-end et si je suis un peu moins enthousiaste que King, j'ai compris pourquoi lui l'était et pourquoi il fallait recommander Maximum Pleasure Guaranted (en vo).


Commençons toutefois par ce qui ne m'a pas plu. Le format des épisodes est en moyenne de 42', la durée standard, parfois moins (le plus court des épisodes fait 29'). Aujourd'hui, il n'est plus rare que les séries compte moins d'épisodes qu'autrefois quand une saison avait une 20taine de chapitres et c'est fréquent que la durée des épisodes varie aussi.


Toutefois, j'ai parfois eu l'impression que certains épisodes s'égaraient un peu en accumulant les rebondissements, les péripéties, et je pense qu'une narration plus serrée aurait été profitable à l'ensemble avec des épisodes de 30-35' environ, pas plus, pas moins. C'est d'ailleurs quelque chose qui me perd un peu avec les séries policières, cette densité à géométrie variable.


Et c'est le deuxième point qui m'a posé problème : Plaisir Maximum Garanti (en vf) est un peu trop riche, comme on le dirait d'un plat cuisiné, trop d'aliments, pas toujours digeste. Beaucoup trop de personnages, et donc d'événements, qui nuisent au rythme d'ensemble. On voudrait pouvoir suivre cette intrigue, déjà tortueuse, sans être distrait. Et hélas ! on l'est trop souvent.


La série donne le sentiment de se disperser inutilement. Par exemple, tout ce qui concerne la bataille que se livrent Paula et Karl (et sa nouvelle femme, Mallory) pour la garde de Hazel, prend, à mon goût, beaucoup trop de place. Surtout quand Mallory s'en mêle et complique encore plus ce casus belli déjà bien documenté, et qui fait passer Karl pour un type bien naïf et manipulable.


Enfin, au titre des seconds rôles encombrants, Paula est assistée dans ses investigations par deux de ses collègues (qui sont en vérité plus ses subalternes, ses assistants), Rudy et Geri. Et il faut bien dire que si Geri tire son épingle du jeu (parce qu'elle participe vraiment tout en cachant son jeu, puisqu'elle écrit en secret un article inspiré des déboires de Paula avec les sexcrocs), Rudy devient vite exaspérant.

En fait la série regorge de trios qui auraient gagné à n'être que des duos. Il y a le trio Paula-Karl-Mallory, Paula-Geri-Rudy, Trevor-Sky-Ash... Au final, et j'en passe, ça fait beaucoup de monde - trop ! Et, pour filer l'analogie avec les comics où les scénaristes doivent faire tenir l'essentiel en 20 pages tous les mois, là il faut faire tenir l'essentiel en 40' par épisode.

Ceci me fournit la transition vers ce qui fonctionne et mérite qu'on regarde ce show. Cette densité sert quand même pas mal la globalité de la série. C'est vrai, c'est trop riche, trop rempli. Mais si on se concentre sur l'essentiel, c'est-à-dire l'enquête de Paula, c'est très efficace. Surtout quand, de témoin d'une agression qui a tout d'un fake, elle devient la cible d'un mystérieux tueur (qui, lui, est bien vrai).

Il y a même quelque chose d'assez drôle, d'un humour noir qui a parlé à Stephen King sûrement, parce qu'en vérité Paula ignore pratiquement tout du long qu'elle est pistée par l'assassin de Trevor. Elle pense n'avoir laissé rien derrière elle qui permette qu'on remonte sa piste, sauf que, comme elle, le meurtrier est extrêmement minutieux, attentif aux détails, ingénieux.

La plupart du temps, quand elle se met volontairement en danger, Paula n'a affaire qu'à des criminels aussi maladroits, amateurs qu'elle dans son rôle de détective. Au début, elle peut compter sur l'inspectrice Gonzalez, qui fait preuve d'un flegme incroyable, pour assurer ses arrières, mais quand elle est accompagnée de Rudy et Geri, elle s'en sort, non pas grâce à eux, mais parce qu'elle pense qu'ils la sauveront.

La série développe une sorte de mythologie comme on disait au temps des grandes productions feuilletonnesques, type Lost ou X-Files, dans la mesure où à la fin du 8ème épisode, il est clair qu'il y aura une deuxième saison, mais surtout parce que la mort de Trevor et les ennuis que cela va causer à Paula ont provoqué une réaction en chaîne.

On a droit à une organisation secrète dont est issu l'assassin de Trevor qui dispose d'un impressionnant arsenal, capable de devancer les flics de New York, de faire disparaître des corps, de remonter des infos personnelles, etc. Paula a mis le doigt dans un engrenage qui la dépasse tellement qu'elle n'en a même pas conscience.

Cela dénote une vraie ambition pour la série, à condition que cela ne l'étouffe pas, car, c'est la limite des mythologies sérielles, plus le background d'une intrigue est riche, plus le risque que le personnage principal soit noyé dans une conspiration est grand et ôte au show ce qui le rend attachant - c'est-à-dire, précisément, la qualité de sa caractérisation.

David Gordon Green a su en tout cas assembler un casting très solide pour sa production, notamment en récupérant Tatiana Maslany, qu'on pensait perdue après le naufrage She-Hulk : Avocate sur Disney+ (sans doute possible la pire série du MCU). Ici, heureusement, on retrouve la comédienne qu'on a adoré dans Orphan Black et la manière dont elle anime la série est formidable d'énergie.

Jake Johnson, vu dans The New Girl, campe son ex-mari tandis que Jessy Hodges joue la nouvelle femme de celui-ci - tous deux également odieux. Murray Bartlett en tueur est glaçant à souhait. Dolly de Leon est sensationnelle en inspectrice pugnace. Kiarra Hamagami Goldberg est épatante en collègue ambitieuse.

Plaisir Maximum Garanti est un polar addictif qui donne envie d'aller plus loin, même s'il gagnerait vraiment à être délesté de quelques éléments plus superflus que nécessaires pour procurer le fun qu'en attend le téléspectateur.