mardi 17 février 2026

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 2 : THE DEEP END (Eve L. Ewing / Carmen Carnero, Federica Mancin)

 

EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 2 : THE DEEP END
(Exceptional X-Men #6-13)


Trista, Thao et Alex éprouvent certes de la gratitude envers Kitty, Emma et Bobby pour leur entraînement mais ils aspirent à rester indépendants et, pour cela, ils cherchent du travail. Priti, la co-loc' de Kitty, leur propose un stage dans son entreprise et ils font la connaissance d'un client, Sheldon Xenos qui a créé une application, Verate, destinée aux mutants et à leur bien-être. Mais Trista et Thao désapprouvent vite la collecte de données privées qu'il exige des utilisateurs.


En revanche Alex, dont les pouvoirs modifient l'apparence et qui s'est toujours senti mal dans sa peau à cause de cela, fait confiance à Xenos qui l'invite à visiter les locaux de sa société et même son laboratoire; C'est alors que le jeune mutant découvre que l'homme d'affaires n'est autre que Mister Sinister et qu'il compte exploiter ses pouvoirs pour manipuler ses semblables...


Ce second tome se compose de deux arcs : le premier court sur les épisodes 6 à 10 et le suivant sur les épisodes 11 à 13, avec la conclusion de la série. Ce qui est troublant, c'est à quel point on a le sentiment que Tom Brevoort était dans le dos d'Eve L. Ewing pour la pousser à écrire la série dans une direction différente, avec le retour à des éléments familiers pour les fans.


Ce n'est pas un spoiler puisque la couverture le montre mais donc Mister Sinister est de retour et incarne le méchant de l'histoire. Ce personnage qui fit partie du conseil secret de Krakoa, davantage pour que ses fondateurs (Charles Xavier et Magneto) la gardent à l'oeil (et aussi parce qu'ils lui avaient confié les échantillons des ADN de tous les habitants de l'île afin de pouvoir les ressusciter/cloner), y avait gagné en grade.


Toutefois, une fois Jonathan Hickman parti de la franchise X, Sinister, qui était le chef de l'équipe des Hellions (l'équivalent de la Suicide Squad sur Krakoa), a été amplement récupéré et exploité par Kieron Gillen, dont c'était déjà le vilain préféré lors de son run sur Uncanny X-Men (en 2011-2012). Il en fait un personnage envahissant et franchement pénible qu'on n'était pas pressé de revoir si tôt.

Bref, je ne peux m'empêcher de penser que Brevoort a dû insister pour que Eve L. Ewing non seulement donne à Exceptional X-Men un vilain mais reprenne Mr. Sinister. La scénariste ne s'en sort pas mal cependant, incorporant Nathaniel Essex de manière habile, et lorsque Kitty devine qui est Sheldon Xenos (dont les initiales se prononcent Essex), c'est amusant.

La scénariste mise encore sur l'aspect character's driven, prenant soin de donner de la chair à ses jeunes mutants et à enrichir leur relation avec leurs trois mentors. On peut juste regretter que des trois X-Men, Bobby Drake soit celui auquel elle accorde le moins d'importance, comme si elle ne savait plus trop quoi en faire, une fois les raisons de sa présence à Chicago dévoilées (dans le tome 1).

Ce qui est certain, c'est que, en vérité, Ewing réussit volontiers à se passer des pouvoirs des mentors. Certes Iceberg, Kitty et Emma en font usage à un moment, mais souvent cela se retourne contre eux, contre leur envie de former leurs élèves, et même lors de la confrontation contre Sinister, qui met Emma en fâcheuse posture.

Les pouvoirs de Axo (Alex), Melee (Thao) et Bronze (Trista) sont d'une originalité inégale et, comme pour les Outliers créés par Gail Simone dans Uncanny X-Men, on pense parfois qu'il aurait mieux valu s'occuper de personnages déjà existants et négligés dans le riche vivier des (jeunes) mutants plutôt que d'en inventer de nouveaux voués aux oubliettes.

Mais Ewing nous les rend plus attachants, sympathiques et profonds que les quatre protégés des Uncanny X-Men, d'abord parce qu'elle ne cherche pas à les réduire à des caricatures ni à se conformer à un agenda woke exaspérant. La façon dont Axo est employé dans cet arc est à cet égard exemplaire, passant de victime facile à joker inattendu.

Ces épisodes sont illustrés par Carmen Carnero qui est en grande forme. Sa narration graphique est un modèle de lisibilité et de fluidité. Elle sait, en une case, camper un personnage charismatique et animer un groupe avec la même facilité. Son réalisme plutôt académique n'est jamais figé grâce à un trait très souple, proche de l'esquisse (d'ailleurs son "encrage" est invisible).

Tout juste reçoit-elle le soutien de sa remplaçante Federica Mancin sur le #10, mais les transitions sont habiles (Mancin s'occupe des pages dans le subconscient de Sinister, Carnero des pages dans notre dimension). Et Nolan Woodard est toujours impeccable aux couleurs.
  

Alors qu'ils se baladent dans un parc, Alex, Trista et Thao remarquent une curieuse petite sphère lumineuse dont sort soudain Tank, un mutant agressif. Ils le maîtrisent avec le renfort d'Ironheart qui analyse ensuite la sphère et découvre qu'il s'agit d'un portail spatio-temporel non pas créé mais utilisé par Tank. Les trois jeunes mutants s'éloignent mais peu après Kitty, passant dans le coin, disparaît dans ce portail...
 

Idéalement, tant qu'à être annulée, la série aurait dû s'arrêter au dixième épisode, puisque c'était le seuil fixé par Brevoort pour poursuivre ou arrêter un titre à son arrivée sur la franchise X. Qu'est-ce qui a motivé l'editor pour accorder une rallonge à Eve L. Ewing ? Et qu'est-ce qui a pris à la scénariste pour pondre trois épisodes aussi lamentables ?
 

Car, oui, la fin de Exceptional X-Men est d'une nullité étonnante. Cette intrigue à base de portail spatio-temporel et de voyage dans le passé n'est faite ni à faire. Il n'y a rien à sauver dans ce récit qui gâche tout ce qui a été accompli auparavant. Rien ne peut expliquer ce qui est passé par la tête de la scénariste ni pourquoi Brevoort a quand même accepté que ces épisodes soient finalisés.

Federica Mancin, désormais dessinatrice à part entière du titre, réalise des planches très inégales, parfois tout juste correctes, parfois plus solides, mais la comparaison avec Carnero est clairement en sa défaveur. C'est un peu le problème de Marvel qui recrute beaucoup de dessinateurs encore en formation et qui manquent cruellement de technique mais qui, ainsi exposés, ont peu de chance de séduire les fans.

Bref, mieux vaut ignorer cette conclusion. Exceptional X-Men se termine vraiment au #10. Tout ce qui vient après n'existe pas.

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 1 : DUTY CALLS (Eve L. Ewing / Carmen Carnero)


EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 1 : DUTY CALLS
(Exceptional X-Men #1-5)


Kitty Pryde a laissé sa vie de X-Man derrière elle après la chute de Krakoa. Elle s'est installée à Chicago où elle partage en co-location un appartement avec Priti et travaille comme serveuse dans un bar. Un soir qu'elle se rend à date, elle assiste au refoulement d'une jeune fille, Trista Marshall, à l'entrée d'une boîte de nuit et découvre qu'il s'agit d'une mutante. Le vigile va la rudoyer et Kitty la tire de ce mauvais pas.


Quelque jours plus tard, Kitty assiste à un match de football dans une université en compagnie de Nina lorsqu'un jeune mutant, Alex Luna, est pris à partie par des étudiants dans les gradins. Une joueuse, Thao Tran, vient prendre sa défense mais la situation dégénère en bagarre. Kitty est obligée d'exfiltrer les deux jeunes. Le soir venu, ils viennent frapper la porte de son appartement en compagnie de Trista.


Mais Emma Frost surgit et s'apprête à emmener les trois adolescents à qui elle veut offrir un entraînement. Pour ne pas qu'ils soient sous son emprise, Kitty accepte d'être le co-mentor et Priti, sa co-loc', les invite à s'installer dans une salle de danse qui lui appartient. Peu de temps après, Bobby Drake/Iceberg s'invite dans la partie, éveillant les soupçons de Kitty sur sa présence...


Je poursuis mon retour aux origines de From the Ashes, la refonte des séries X sous la houlette de Tom Brevoort après la fin de l'ère Krakoa. Je pense toutefois m'en tenir là pour cette rétrospective, n'ayant pas la motivation pour relire X-Force (par Geoffrey Thorne et Marcus To). Toutefois j'avais gardé un bon souvenir de Exceptional X-Men et j'ai voulu vérifier ce qu'il en restait.


Déjà, contrairement à X-Factor (et X-Force), cette série ne fut pas annulée au bout de dix épisodes, mais dura jusqu'au 13ème numéro. Une rallonge inattendue vu qu'elle se vendait moyennement. Peut-être est-ce pour cela que, contrairement à Mark Russell et Geoffrey Thorne, Eve L. Ewing est restée dans les petits papiers de Brevoort qui lui a confié la mini-série X-Men United, qui démarre le mois prochain.

Exceptional X-Men est une autre série atypique, signe que Brevoort cherchait quand même à (un peu) expérimenter. Toutefois cela n'a donc pas suffi à convaincre les fans. Ce que proposait Ewing, c'était un peu ce que ne réussit pas à faire Gail Simone, à savoir présenter de jeunes mutants inédits et les rendre attachants, dans un récit avare en action spectaculaire.

C'est l'archétype de la série character's driven : il faudra attendre le deuxième arc pour qu'un méchant apparaisse et que l'histoire prenne un tournant plus dynamique. Avant cela, Eve L. Ewing raconte ce que sont devenus deux des X-women les plus emblématiques après la chute de Krakoa. Et cela devait assurer l'argument principal de la série.

D'un côté Kitty Pryde qui, traumatisée par les événements et ses actes (elle a tué à plusieurs reprises des agents d'Orchis), a raccroché complètement : elle vit à Chicago, en co-location avec une autre jeune femme, travaille comme serveuse. Mais la réalité la rattrape quand elle se met à aider trois jeunes mutants... Dont elle refuse pourtant de devenir le mentor.

De l'autre Emma Frost qui a toujours eu à coeur d'enseigner à de jeunes mutants comment survivre dans un monde qui les hait mais qui a entretenu longtemps une relation compliquée à la fois avec la bonne méthode pour les former et avec Kitty Pryde (même si les deux étaient devenues amies durant l'ère Krakoa).

Finalement les voilà retravailler ensemble. C'est la grande réussite de la série : Ewing réussit merveilleusement à explorer les rapports conflictuels entre ces deux profs et leurs élèves, entre les élèves eux-mêmes, à les caractériser de façon subtile. On n'a même plus besoin de créer un ennemi, la série se lit toute seule et très bien grâce à ce style intimiste.

L'irruption de Bobby Drake/Iceberg vient ajouter du piment à cette recette : d'abord parce que lui et Kitty furent amants (avant que Marvel ne décide que Bobby soit gay -encore une conversion sortie de nulle part), qu'il fit partie des Maraudeurs version Krakoa (sous la direction de Kitty et Emma), et parce qu'on ignore pourquoi il apparaît subitement (mais le mystère sera vite levé et aura des conséquences fâcheuses).

Trois X-Men connus donc et trois inconnus : il n'en faut pas plus pour que Exceptional X-Men soit une des meilleures séries de l'ère From the Ashes. Certes, le rythme est tranquille, la narration un peu décompressée, mais c'était un titre vraiment chouette. En cinq épisodes, on avait là les prémisses d'une histoire prometteuse, qui sortait des sentiers battus.

En prime on avait Carmen Carnero au dessin, tout juste après Captain America : Sentinel of Liberty. L'artiste italienne s'est imposée en quelques années comme une des meilleures et aussi, ce qui n'est pas rien, comme une des plus régulières : elle enchaînera dix épisodes (même si sur le 10ème elle était aidée par Federica Mancin qui lui succédera jusqu'à la fin).

Carnero a un trait d'une élégance rare, très expressif, très naturaliste. Ses personnages ont tous une apparence propre, réaliste, même quand, dans le cas d'Alex Luna, il se distingue des autres plus nettement. Ses décors sont soignés et son découpage se distingue par une vraie fluidité et des trouvailles de première classe.

Marvel a eu le nez creux en la récupérant (elle végétait chez DC auparavant) et la chouchoute depuis (elle dessine désormais Iron Man dont la relance par Joshua Williamson a débuté le mois dernier). Et surtout il ne la sépare pas de son coloriste favori, Nolan Woodard, qui sait valoriser son dessin avec une palette sobre et nuancée.

Une excellente surprise donc. Suite et fin dans le tome 2.

lundi 16 février 2026

X-FACTOR, VOLUME 2 : KNOW YOUR ENEMY (Mark Russell / Bob Quinn)


X-FACTOR, VOL. 2 : KNOW YOUR ENEMY
(X-Factor #6-10)


La capture des membres de X-Term ne suffit pas au général Mills, furieuse après avoir découvert que Frenzy renseignait le Mutant Underground des missions de X-Factor. Havok quitte son poste après que Polaris lui ait expliqué que l'armée avait fermé les yeux sur les exactions commises par Orchis sur Krakoa.


Angel, rétabli, reprend donc le commandement de X-Factor. La situation politique mondiale est bouleversé depuis que Dr. Fatalis, désormais détenteur des attributs du Dr. Strange, s'est proclamé empereur. L'équipe doit se rendre sur l'île de Genosha, propriété d'Ethan Farthing, où se trouve une I.A. dont Fatalis ne doit absolument pas prendre possession. Mais la mission va être compliquée par Black Wolf, une force de soutien composée de mutants tchétchène.
 

Cependant, Charles Xavier s'évade du manoir-prison de Gramalkin et les X-Men le traquent jusqu'à Genosha. Frenzy, avertie par le professeur de sa position, convainc Havok d'aller l'aider. Sur place, Alex Summers trouve sur son chemin son propre frère, Cyclope, bien décidé à rendre Xavier aux autorités...


Contre toute attente, Mills demande à Havok et Frenzy de retrouver Black Wolf qui n'a pas détruit, comme prévu l'I.A. de Fartech sur Genosha mais s'en est emparé pour la revendre au plus offrant. X-Factor ne saura rien de cette mission car Mills envoie l'équipe sur une autre affaire...


Ce second tome de X-Factor vient en fait confirmer que la série était une anomalie dans le programme de Tom Brevoort. Les ventes n'étaient de toute façon pas bonnes (les fans de mutants ont dû être trop désarçonnés), et, selon la promesse de l'editor, un titre avait dix numéros pour convaincre, faute de quoi il serait annulé une fois ce terme franchi (ça n'a pas été automatique, mais j'y reviendrai).

Sans doute X-Factor était-elle déjà condamnée quand ces cinq nouveaux épisodes ont été commandés et le fait que la série ait dû composer avec l'event One World Under Doom (pour l'épisode 7) et le crossover X-Manhunt (pour l'épisode 8) n'a rien arrangé. Pourtant il faut saluer Mark Russell qui a réussi à slalomer entre toutes ces histoires sans lâcher la sienne.

Le ton comique et sarcastique du premier tome est quand même beaucoup moins prononcé. Les dialogues sont là pour nous rappeler que le scénariste maltraite volontiers ses héros, leur inflige des humiliations constantes, s'autorise du out of character (qui a depuis été balayé sous le tapis, comme pour ce qui concerne Angel, un autre X-Man aussi mal considéré que Havok).

Comme le titre du recueil l'indique, il s'agit ici de connaître son ennemi et en l'occurrence, il est partout, multiple et très retors. La fin est plutôt happy, mais c'est un trompe l'oeil. En même temps, Russell a l'intelligence de traiter le couple Havok-Polaris de manière adulte, en actant que s'ils s'aimeront toujours, ce qui les liait autrefois n'existe définitivement plus et qu'à présent il leur faut vivre séparément.

Le passage par One World Under Doom est évoqué directement dans le #7 et plus indirectement dans le #9, avec l'équipe Black Wolf qui est indigne de confiance. Russell une fois encore renvoie dos à dos ces mercenaires et le général Mills, qui manipule Havok et Frenzy en leur confiant une mission qui en dissimule une autre.

Le crossover X-Manhunt est abordé avec adresse via la rivalité de longue date entre Scott et Alex Summers. La fuite de Charles Xavier devient un nouveau prétexte pour les deux frères d'étaler leurs différends. Mais cette fois, aucun vainqueur ne se dégage : en réalité, le professeur va profiter de leur confrontation pour prendre la poudre d'escampette.

Mon gros regret est donc que Russell, en devant se plier aux tie-in, n'ait pas pu animer ses personnages aussi bien que dans le premier tome. L'humour de la série y perd énormément, mais on peut s'interroger légitimement sur la manière dont Brevoort a plombé le titre pour précipiter son arrêt. Sans doute que la prochaine version de X-Factor sera confiée à un auteur moins provocateur...

Bob Quinn enchaîne les épisodes avec une aisance rare. Il aura signé l'intégralité des dessins de la série, avec une régularité qui force le respect (mais qui n'a cependant pas suffi à Marvel pour qu'il se voit confier une nouvelle série ensuite). 

A tout point de vue, ce run de X-Factor aura été un ovni. Pas toujours subtil ni même respectueux, mais vivifiant, insolent, et drôle (au moins dans sa première partie). Qui saura ranimer ce titre ? Pour cela, il faudra un émule de Peter David, ce qui n'est facile (même si je verrai bien Gerry Duggan s'y essayer). Mais je pense plutôt que la série va connaître les oubliettes (comme, hélas ! New Mutants, disparu de la circulation depuis la fin de Krakoa)...

X-FACTOR, VOLUME 1 : PLEASE LIKE AND SHARE (Mark Russell / Bob Quinn)


X-FACTOR, VOL. 1 : PLEASE LIKE AND SHARE
(X-Factor #1-5)


Le producteur de télé-réalité Rodger Broderick passe un deal avec l'armée américaine pour son prochain programme : il veut filmer une équipe de mutants en mission au service du gouvernement. Le général Mills est chargée de superviser cette équipe dont elle confie la direction à Angel avec pour partenaires Feral, Firefist, Caméo et Xyber. Mais leur première mission tourne au fiasco total : tous les membres sont tués à l'exception d'Angel, gravement blessé et hospitalisé, et de Xyber.


Pour les remplacer, Mills fait appel à Havok et lui adjoint Xyber, Pyro, Cecilia Reyes, Frenzy et Granny Smite. Havok est informé que Polaris, son ex-fiancée, fait partie d'un groupe clandestin, Mutant Underground, sur lequel on lui demande de s'informer. Ce que Mills ignore, c'est que Alex Summers a été approché par un autre groupe, X-Term, commandé par Darkstar, pour infiltrer X-Factor.


Les missions se succèdent pour X-Factor : l'équipe doit neutraliser une I.A. malveillante sur la base lunaire d'un milliardaire excentrique, Ethan Farthing ; sauver un groupe de scientifiques au centre de la Terre ; et neutraliser X-Term. Havok exige en contrepartie que Broderick retrouve Polaris qui a pris le maquis...


Depuis que le regretté Peter David a cessé d'écrire X-Factor, le titre a bien de la peine à s'imposer de nouveau. Durant l'ère Krakoa, la série racontait l'histoire d'un groupe de mutants qui devait s'assurer que leurs semblables déclarés morts l'étaient vraiment afin qu'on ne les ressuscite pas par erreur (grâce à la technique mise au point sur l'île).


Une fois Tom Brevoort en charge de la franchise X qui en a confié l'écriture à Mark Russell, on observe une sorte de retour aux sources où, comme lorsque Louise Simonson créa le titre, une équipe de mutants est chargée de traquer leurs congénères. Mais si, avec Simonson, il s'agissait d'une ruse mise au point par les X-Men originaux (Cyclope, Marvel Girl, le Fauve, Iceberg, Angel), là la direction est différente.

Mark Russell est connu pour son écriture irrévérencieuse, volontiers moqueuse, quand il s'agit de comics super héroïques. Certains y voient une certaine condescendance de sa part, c'est affaire de sensibilité. On peut tout de même se demander comment il a réussi à faire accepter son pitch à Brevoort tant sa proposition se distingue de tous les autres titres relancés par l'editor.

Peut-être Brevoort a-t-il été abusé par le premier épisode qui évoque directement X-Force #116 de Peter Milligan et Mike Allred dans lequel les héros trouvaient tous la mort dès leur première apparition puis étaient remplacés par un autre groupe tout de suite après. Les auteurs mêlaient ça à une réflexion avant-gardiste sur la célébrité médiatique.

Russell ne cherche pas à dissimuler cette inspiration, mais là où Milligan et Allred exploraient l'étrangeté de nouveaux mutants aux pouvoirs et personnalités atypiques, le scénariste, ici, va se servir dans le vivier de personnages déjà existants (à l'exception d'une création originale, Granny Smite) et jouer sur le double, voire triple jeu de leur leader, Havok.

Alex Summers est un mutant maltraité par les auteurs depuis longtemps, comme si personne ne savait quoi faire du frère cadet de Cyclope, à l'exception notable de Rick Remender, qui en fit le leader de ses premiers Uncanny Avengers. A la fin de l'ère Krakoa, il est à nouveau plus bas que terre : il a perdu Madelyn Pryor, sa romance tumultueuse avec Polaris est au point mort, il a fait partie des Hellions pilotés par l'infâme Mister Sinister.

Et voilà qu'il remplace Angel à la tête d'une équipe de bras cassés pour un show de télé-réalité à la gloire de l'armée U.S. ! Pyro est dépeint comme un débile profond, Xyber est un froussard (qui a peur que ses pouvoirs électromagnétiques le tuent), Cecilia Reyes se demande ce qu'elle fait là, Frenzy sape son autorité et Granny Smite est une mémé immortelle qui tente d'en finir.

Les missions sont cocasses mais profondément grotesques et Russell manie la caricature sans finesse : Ethan Farthing est un décalque de Elon Musk, Mills est un général au bord de la crise de nerfs permanente, Rodger Broderick est un producteur obsédé par les "like" sur les réseaux sociaux et le buzz, Darkstar et X-Term sont des adversaires fanatiques, - seul le Mutant Underground suscite quelque sympathie chez le lecteur.

On rit volontiers, si on aime ce style d'écriture, mais il ne faut pas être sentimental. Russell dézingue tout ce qu'il cible, y compris la mythologie mutante. Il renvoie tous ses protagonistes dos à dos. X-Factor devient une série tellement absurde et cynique qu'on s'interroge constamment sur la raison pour laquelle Brevoort lui a donné son feu vert.

Elle bénéficie du talent du dessinateur Bob Quinn, qui a haussé son niveau de jeu à un point insoupçonnable. Jusqu'alors il n'avait guère brillé durant l'ère Krakoa, que ce soit sur Way of X ou Knights of X, mais ici, son trait très expressif, sa narration très premier degré, se marient à merveille aux scripts en en faisant ressortir toute l'acidité. Il signera d'ailleurs, fait unique, les dix épisodes d'affilée.

C'est une production à la fois culottée, pas toujours confortable, mais singulière. Peut-être l'initiative la plus risquée de Brevoort dans sa relance de la franchise X, même si ça n'a pas duré. 

vendredi 13 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 3 : MURDER ME, MUTINA ! (Gail Simone / Luciano Vecchio, David Marquez)


UNCANNY X-MEN, VOL. 3 : MURDER ME, MUTINA
(Uncanny X-Men #17-21)


- #17 : MURDER ME, MUTINA ! (Gail Simone / Luciano Vecchio) - Un film d'horreur racontant l'histoire d'une mutante tueuse en série fait un carton en salles et suscite l'inquiétude chez les mutants. Les Outliers décident d'aller le voir puis en discutent avec les Uncanny X-Men. Le lendemain, Calico et Jitter partent confronter l'actrice sur ses intentions...


- #18 : CORN DOGS AND CARNAGE (G. Simone / L. Vecchio) - La maire de la Haven organise une fête en l'honneur des Uncanny X-Men. L'ambiance est hélas ! gâchée par un incendie criminelle qui se déclare dans l'hôpital de la ville...


- #19 : SKIN CONDITION (G. Simone / David Marquez) - Deadpool et Outlaw ont été engagés pour attirer Jubilé dans un piège. Celle-ci décide d'affronter ceux qui lui en veulent...


- #20-21 : BATTLE IN BUENOS AIRES - OF MICE AND MUTANTS (G. Simone / L. Vecchio) - Ransom reçoit un appel de son demi-frère, Benicio, embrigadé dans un secte. Il se rend sur place avec Wolverine et y retrouve son père, lui aussi à la recherche de son fils...


Ce troisième tome est le dernier paru, en Décembre 2025. Encore une fois, il fait la part belle à des histoires brèves, même si Gail Simone introduit une nouvelle méchante, de sa création, amenée à refaire parler d'elle. Mais la succession de récits en une ou deux parties confirme l'impression qu'on ressentait déjà sur le tome précédent, à savoir du surplace, du remplissage.

Mutina est une actrice qui tient le rôle principal dans un film d'horreur où son personnage est une tueuse en série mutante. Cela préoccupe tous les mutants, qui pour une fois communiquent entre eux pour partager ce sentiment (on voit aussi bien Cyclope et Psylocke que Kitty Pryde que Laura Kinney au téléphone avec Malicia).

Mais qui est vraiment Leticia Leech, la vedette de ce long métrage ? Je ne vais pas vous donner la réponse car je ne crois pas que ces épisodes soient encore traduits en vf. L'idée est intrigante mais Simone n'en fait pour l'instant pas grand-chose. Disons que ça a le mérite de renouveler la menace sur les mutants et il faut souhaiter que ce soit bien exploité dans le futur.

Toutefois la scénariste préfère remiser le personnage après cette première apparition : c'est frustrant. Elle rebondit avec une autre idée tout aussi surprenante : la maire de Haven, ville voisine de la maison de Marcus, l'hôte des Uncanny X-Men, a décidé de faire de sa commune un havre pour les mutants depuis que Diablo a sauvé les enfants d'une de ses administrés (voir Uncanny X-Men #6).

Au passage, il est clair que Simone veut faire de Diablo et de McKenzie DeNeer, la mère des enfants, un couple puisque cette dernière se montre très affectueuse avec le fuzzy elf. Pourquoi pas ? C'est toujours mieux que le remettre en couple avec Tornade. Et puis comme désormais, idée surgie de nulle part, Rachel Summers est devenue lesbienne et vit avec Betsy Braddock...

En tout cas, cette initiative, pleine de bonnes intentions, est quand même bizarre comme en témoignent les réactions des intéressés lorsque la maire leur montre un plan pour un quartier dont les commerces portent tous le nom d'un des Uncanny X-Men. Voudrait-elle en profiter pour faire quelques affaires sur le dos des mutants ? J'avoue que ça aussi, ça pique ma curiosité.

Cet épisode (le #18) montre aussi que tout le monde à Haven n'est pas prêt à dérouler le tapis rouge aux mutants car lors de la fête donnée en leur honneur, un incendie se déclare dans l'hôpital de la ville et Malicia a bien compris qu'il était d'origine criminelle. Sur ces deux premiers épisodes, Simone sème des cailloux, elle fait du teasing, c'est évident.

Mais sur le suivant, elle revient en arrière car, bien que Deadpool et Outlaw figurent en guest-stars (n'oublions pas que Gail Simone a écrit beaucoup d'épisodes de Deadpool par le passé), c'est la référence au n° du Free Comic Book Day 2024 qui est mis en avant : Jubilé s'était arrêtée dans un bar pour corriger de jeunes bourgeois qui avaient failli l'écraser en voiture et qui harcelait une serveuse mutante.

C'est sympathique. Reste à voir si Simone a vraiment des plans pour Uva, la serveuse à la peau zébrée, ou s'il s'agissait juste d'un clin d'oeil. Enfin, l'album se clôt par un diptyque en Argentine avec Wolverine et Ransom qui vient secourir son demi-frère : là encore, à moins que la scénariste songe à développer tout ça plus tard, le résultat laisse songeur.

Au dessin, c'est donc Luciano Vecchio qui se taille la part du lion en signant quatre des cinq épisodes. Il devient officiellement l'artiste en second après David Marquez. Il ne manque pas de talent, bien que son dessin souffre de maladresses et que son trait soit trop lisse à mon goût, mais bon, au moins est-il régulier. 

Je préfère quand même encore David Marquez, présent sur le seul #19 (celui avec Deadpool et Outlaw), même si on sent qu'il rushe en permanence. Les délais de production sont, c'est évident, très serrés, et il faut charbonner. Je trouve complétement stupide, depuis toujours, que des editors veuillent sortir 18 épisodes par an : ça nuit à la qualité graphique de la série, ça essore les artistes, et le lecteur ne savoure pas ce qu'il lit puisque les numéros se succèdent frénétiquement.

C'est la méthode Brevoort dans ce qu'elle a de plus détestable : inonder le marché de comics, gaver le lectorat, couper régulièrement avec des crossovers et/ou des events. C'est déjà ce qu'il faisait quand il s'occupait de la franchise Avengers, sauf qu'à l'époque il avait des équipes d'auteurs et d'artistes d'un tout autre calibre, qui tenaient le choc. Mais c'était déjà stupide comme façon de faire.

Avec l'annonce de la mini X-Men United (qui sera, elle, écrite par Eve L. Ewing), Brevoort semble suggérer une réunion des mutants, avec une nouvelle école, dont Emma Frost serait la directrice. Cela préfigure-t-il une reconfiguration des séries ? Ce serait logique parce qu'on voit mal alors comment ça justifierait que des X-Men restent en Alaska ou en Lousiane.

Mais, en même temps, je vois mal Brevoort changer de stratégie et réduire la voilure des titres. Donc, il y aura certainement encore une série X-Men, une série Uncanny X-Men (et d'autres), mais sûrement avec une relocalisation générale et des missions plus spécifiques. Uncanny X-Men pourrait devenir la série qui s'occupe des jeunes mutants, comme c'est déjà le cas avec les Outliers, tandis que X-Men serait plus traditionnellement tourné vers l'action contre les anti-mutants.

Si cela s'avère juste (car je ne fais que spéculer), peut-être va-t-on assister à des transferts de personnages. Wolverine et/ou Malicia et Cyclope pourraient retravailler ensemble, conservant leurs différends, mais épiçant du même coup les histoires. Tornade, actuellement membre des Avengers (mais le run de Jed MacKay s'achevant, on peut facilement imaginer qu'elle va rentrer à la maison X), pourrait faire le trajet inverse et rejoindre la bande des Uncanny. Et je mise également sur un retour sur Terre de Jean Grey.

En tout cas, en attendant d'y voir plus clair, ce troisième tome de Uncanny X-Men reste sur la lancée du précédent. Si Gail Simone lance des pistes potentiellement intéressantes, j'aimerai qu'elle revienne à des arcs narratifs plus consistants. Les Outliers m'indiffèrent toujours autant, et graphiquement j'attends que Marquez enchaîne à nouveaux les chapitres.

jeudi 12 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 2 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / Andrei Bressan, Javier Garron, Gavin Guidry, David Marquez)


UNCANNY X-MEN, VOL. 2 : THE DARK ARTERY
(Uncanny X-Men #9-16)


- #9-10 : OFF THE LEASH (Gail Simone / Andrei Bressan) - Larry Trask a mis au point de nouvelles sentinelles à l'apparence d'une meute de loups robotiques. Elle est lâchée dans un centre commercial où les Outliers se trouvent. Deathdream est gravement blessé. Wolverine, Diablo et Jubilé secourent leurs protégés...


Ce deuxième tome est composé d'histoires courtes, à l'exception de l'arc qui donne lui donne son titre et qui compte quatre épisodes. Gail Simone tente de profiter de cette construction dans un premier temps pour donner plus de consistance aux Outliers, ces quatre jeunes mutants qu'ont recueilli les Uncanny X-Men dans un récit en deux parties.

Le résultat n'est guère concluant. Mais à qui la faute ? Les Outliers ont du mal à exister et à être attachants : leurs pouvoirs sont difficilement explicables, leur design peu ouvragé, et on plutôt le sentiment que la scénariste les a créés pour signifier son apport à la série (et à la mythologie mutante du coup) à défaut d'avoir été franchement inspirée pour en faire des personnages originaux et marquants.

Comme je l'ai déjà dit, Simone aurait pu s'en passer en utilisant de jeunes mutants déjà existant et négligés, ce n'est pas ce qui manque, et il y en a tellement de plus intéressant que Calico, Jitter, Ransom et Deathdream. Par ailleurs, wokiste assumée, la scénariste ne peut s'empêcher de faire des deux filles (Calico et Jitter) des lesbiennes, de Ransom un sud-américain à la peau noire et de Deathdream un japonais : tous les quotas sont remplis, n'en jetez plus !

Parce qu'on se fiche d'eux, on se fiche forcément de ce qui peut leur arriver, comme quand Calico a été capturée en même temps que Jubilé précédemment, ou que le groupe doit faire face à une meute de loups robotiques. Simone joue avec le sort réservé à Deathdream à deux reprises dans ce tome, comme si elle promettait quelque chose au lecteur sans se résoudre à aller au bout de son idée.

Pour ne rien arranger, David Marquez et Javier Garron occupés ailleurs, ces deux épisodes sont illustrés par Andrei Bressan qui, sans être dénué de talent, semble avoir réalisé ses planches à l'arrache, sans grand soin. Le résultat laisse à désirer, comme si l'artiste n'était guère impliqué dans ce travail de commande.  


- #11 : X-MANHUNT, CHAPTER ONE : ECHOES OF MADNESS (Gail Simone / Javier Garron) - Xandra, l'impératrice Shi'ar et fille de Charles Xavier, est capturée par des rebelles qui ne reconnaissent pas son autorité. Avec l'aide de Sarah Gaunt, Xavier s'évade de Graymalkin alors que le Dr. Ellis a appelé les Uncanny X-Men à l'aide pour l'en empêcher...

X-Manhunt est le deuxième crossover initié par l'editor Tom Brevoort, mais cette fois, il a vu les choses en grand et a imposé à ses auteurs que l'histoire traverse toutes les séries X du moment. Pour lire tout ça, il faut donc avoir acheté dans l'ordre Uncanny X-Men #11, NYX #9, Storm #6, X-Men #13, X-Factor #8, Exceptional X-Men #7, X-Force #9 et enfin X-Manhunt Omega #1.

Gail Simone a l'insigne honneur de lancer cette saga et en vérité on peut s'en contenter car l'objectif de l'affaire, c'est de délivrer Charles Xavier de Graymalkin et, disons-le, de s'en débarrasser puisqu'il est à nouveau devenu indésirable auprès des mutants. Donc, sa fille Xandra, devenue impératrice des shi'ar, est capturée par des rebelles qui lui reproche d'être mi-humaine, mi-Shi'ar, et il vole à son secours.

Fallait-il 8 épisodes pour raconter ça ? J'en doute. Mais si ça se trouve, pourquoi pas ? Je n'ai pas lu X-Manhunt en totalité, donc je ne vais pas juger. Ce qui me semble certain en tout cas, c'est qu'on finira par revoir et réhabiliter Charles Xavier, comme c'est la coutume. Le bon vieux professeur est quand même, avec Magneto, le mentor de la mutanité. 

En attendant, il va passer quelque temps dans l'espace, aux côtés de sa chère Lilandra Neramani et de leur fille. Et si ça se trouve, ce seront les X-Men qui iront le rechercher pour lui demander de reprendre sa place de leader... C'est comme ça depuis un bail : "je t'aime... Moi non plus", comme chantait Gainsbourg avec Jane Birkin (ou Brigitte Bardot, selon vos préférences).

Javier Garron signe à cette occasion son dernier épisode d'Uncanny X-Men. Il s'en acquitte avec son talent habituel et je regrette encore une fois que Brevoort ne l'ait pas gardé sur la série en alternance avec Marquez.


- # 12 : SOME KINDA WAY (Gail Simone / Gavin Guidry) - Gambit s'absente pour une journée afin de rencontrer une vieille connaissance et lui rembourser définitivement une dette...

Un petit intermède done-in-one avec ce douzième numéro qui montre Gambit dans sa jeunesse et aujourd'hui aux prises avec The Vig, un mutant appartenant comme lui à la Guilde des Voleurs et dont il est redevable de l'avoir formé. Mais Rémy Lebeau décide cette fois de régler cette dette une bonne fois pour toute.

Gail Simone, depuis le début de son run, a deux chouchous affichés et c'est le couple Malicia-Gambit. Elle consacre donc un épisode entier au cajun en réussissant l'exploit de n'avoir rien à dire d'original sur son compte. C'est vraiment un script qui aurait pu être rédigé par une IA tellement c'est creux et inutile, sans âme.

Un peu à l'image de la prestation de Gavin Guidry au dessin. S'il réussit une jolie scène de combat entre Gambit et the Vig, le reste est très quelconque. Guidry a du potentiel, mais il peine à l'exprimer et on a l'impression qu'il lui manque quelque chose, qu'un encreur certainement pourrait lui apporter ou beaucoup de travail : ce qu'on pourrait appeler de la substance, de la consistance.
   

- #13-16 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio) - Le dragon Sadurang rend une visite à Gambit pour lui révéler une chose importante à propos de l'Oeil d'Agamatto qu'il lui a volé... Cependant, les Outliers, menés par Deathdream s'aventurent jusqu'à une crypte dans le bayou où les attend Henrietta Benjamin, gardienne de l'endroit avec Man-Thing.
 

Elle se cherche un remplaçant après avoir emprisonné là, dans la Pénombre, des humains qui, depuis un siècle, ont persécuté les mutants... Lorsque Gambit s'aperçoit de l'absence des jeunes mutants, il part, avec Malicia, Jubilé, Diablo et Wolverine, à leur recherche...

Et enfin, on arrive au plat de résistance avec cet arc narratif en quatre chapitres. la franchise X est tellement riche que les auteurs qui en héritent ont deux options : soit ils composent avec ce qu'elle comporte déjà, soit ils cherchent à y apporter de nouvelles idées, quitte évidemment à ce qu'elles ne rivalisent pas avec les anciennes.
 

Gail Simone est, cet égard, comme Tom Taylor, avec lequel elle est amie d'ailleurs, et donc elle aime contribuer à enrichir le matériau de base dont elle s'occupe, au risque d'inventer des personnages, des situations, des intrigues bien moins fortes que celles de ses prédécesseurs. C'est un peu ce qui se produit ici avec The Dark Artery.

Elle commence par nous présenter Henrietta Benjamin, une mutante afro-américaine de la fin du XIXème-début du XXème siècle. Elle quitte Chicago pour Haven en Louisiane, là où habitent actuellement les Uncanny X-Men. La jeune femme est belle, élégamment vêtue, on devine qu'elle jouit d'une bonne place dans la société, ce qui intrigue quand on sait comment les noirs américains se situaient encore à cette époque.

Pendant un moment, on ignore le but de son voyage et quel rapport entre son histoire et celle des Uncanny X-Men. Simone alterne les scènes du passé et du présent, et ces dernières sont plus accrocheuses, plus riches en révélations. Notamment concernant Gambit et l'Oeil d'Agamotto qu'il a subtilisé au dragon Sadurang dans le premier épisode de la série.

La scénariste introduit à cette occasion un élément dramatique amené à être exploité dans le futur, mais je ne vais pas vous le spoiler car j'ignore où en est la parution de ces épisodes en vf. Ensuite, on suit les Outliers qui, à l'initiative de Deathdream, s'aventurent dans le bayou à la découverte d'une crypte bien sinistre où les attend Man-Thing et... Henrietta Benjamin.

Celle-ci n'a pas vieilli bien que son apparence ait changé sensiblement à cause de ses pouvoirs. Simone nous raconte alors une histoire de remplacement de gardien d'une espèce de dimension appelée la Pénombre et on comprend que l'un des Outliers, certainement Deathdream, est l'élu. Mais évidemment, ses amis refusent qu'il se sacrifie pour cette besogne.

Et évidemment quand les Uncanny X-Men s'aperçoivent que les jeunes sont absents, ils partent les chercher... Ce n'est pas désagréable à suivre, mais il y a un problème. Déjà dans les deux premiers épisodes de ce tome, Simone semblait vouloir réserver un sort particulier à Deathdream, et elle y revient avec cette histoire de Pénombre et de gardien.

Le souci, c'est que Simone, même si elle échoue assez lamentablement à rendre ces Outliers intéressants, ne se résout pas non plus à les lâcher, ne serait-ce qu'un. Elle fait comme si, mais en fait elle n'en a pas l'intention. A moins que Deathdream soit devenu votre personnage préféré, peu de chance que les manoeuvres de la scénariste vous fassent vibrer donc.

Bref, sans trop en dire non plus, à la fin de cette histoire, rien n'a bougé. Et il y a ce côté "tout ça pour ça" qui domine. Si le travail d'un auteur se résume à mener son lectorat par le bout du nez mais sans lui donner au bout du compte, alors Gail Simone est une championne de l'exercice car la vérité est qu'on peut très bien ignorer la totalité de cette histoire sans que cela gêne la lecture de ce qui la suit.

Excepté ce que révèle Sadurang à Gambit, il n'y a rien strictement rien à retenir de ces quatre épisodes. A la fin, tout le monde rentre à la maison, comme si rien ne s'était passé, et ça m'étonnerait fort que même Simone revienne sur la petite escapade des Outliers et des Uncanny X-Men dans la Pénombre. C'est à l'image du tome tout entier qui ressemble à une collection d'épisodes de remplissage sans conséquence.

Au dessin David Marquez est excellent, même si sur le #16 il tire la langue et doit recevoir le renfort de Luciano Vecchio (qui paraît y avoir gagné le poste de deuxième artiste de la série depuis). Marquez est parfait dans les scènes d'action et sait transcrire l'ambiance lugubre du périple des Outliers. Vecchio a un trait plus lisse, avec moins de caractère.

Ce tome 2 de Uncanny X-Men n'est donc pas très bon, en tout cas moins que le premier. Pris entre des histoires brèves et sans consistance, l'amorce d'un crossover qui laisse indifférent, et un arc plus conséquent mais sans répercussions, le lecteur a du mal à se passionner. Le troisième volume rectifiera--il le tir ?

BLACK CAT #7 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


De fort mauvaise humeur après avoir commis l'erreur de lire les commentaires sur Internet à son sujet, Black Cat appelle son ami Boris pour qu'il lui trouve une mission. Toutefois, il s'en présente une à elle spontanément quand Mary Jane Watson, à qui elle doit une faveur, lui demande de l'aider à récupérer un enregistrement vidéo compromettant pour sa carrière d'actrice et se trouvant dans... La zone négative !


Combien de comics pourriez-vous spontanément citer que vous qualifieriez de feel good ? Pas de masses ces temps-ci, je pense. Evidemment, c'est un peu la règle du jeu de ce genre de littérature : le drame, le mélodrame, sont de mise, il faut que les héros soient toujours confrontés à des crises, intérieures ou extérieures à eux-mêmes.


C'est un peu l'équivalent de la célèbre formule : "on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments". Mais, et c'est peut-être ce qui correspond à l'époque, les auteurs de comics n'ont pas le coeur léger, ou du moins le coeur à nous faire rigoler. Qui oserait aujourd'hui écrire un titre comme Justice League International à la place de Justice League Unlimited ?


C'est pareil chez Marvel : qui oserait refaire un coup aussi détonant que Nextwave ? Même les jeunes super héros qui apportèrent un vent de fraîcheur à leur apparition, comme Miles Morales ou Kamala Kahn, sont devenus bien sérieux (pour peu qu'ils apparaissent quelque part et qu'ils aient un scénariste convenable).


La co-créatrice (avec Adrian Alphona) de Kamala Kahn tente quand même l'impossible avec Black Cat qui, au fil des mois, est devenu ma série feel good. Je n'attendais rien de cette production qui a réussi à me charmer, à me distraire, et qui continue, même sous la menace d'une probable annulation comme la rumeur le laisse entendre.

Encore une fois, cet épisode prouve qu'on peut délivrer les éléments de langage propres aux comics traditionnels (avec du drame, de l'action, du suspense, de l'aventure) sans se prendre trop au sérieux. Ce qui accréditera les soupçons d'annulation prochaine, c'est que, à nouveau, Felicia Hardy fait équipe avec un personnage populaire et on sait que ce procédé est censé attirer des lecteurs jusqu'ici indifférents.

La couverture montre donc Black Cat et Venom mais aussi Mary Jane Watson. Si vous ne suivez pas l'actuelle série Venom, écrite par Al Ewing, je suis désolé de vous spoiler mais sachez qu'à présent l'hôte du symbiote n'est autre que MJ Watson. L'idée peut sembler saugrenue, pourtant Ewing a réussi à la rendre pertinente et surtout à renouveler de manière tonique la série Venom grâce à elle. (Promis, dès que je trouve du temps, j'y reviendrai.)

Avant cela, Felicia Hardy se rend compte que ses récentes mésaventures sont toujours au coeur des discussions et alimentent les commentaires de haters sur les réseaux sociaux (sa sortie avec Daredevil le mois dernier lui vaut des remarques acerbes des fans de l'homme sans peur). Pourtant, elle n'en démord pas et persévère dans son désir de convaincre qu'elle peut être du bon côté de la loi.

C'est là que Mary Jane croise son chemin sous l'apparence de Venom. Comme elle avait payé sa caution la dernière fois qu'elle a été arrêtée, elle convainc Black Cat de l'aider en retour à récupérer un enregistrement vidéo qui compromet sa carrière si un maître-chanteur la fait circuler. Problème : ledit enregistrement est à l'abri dans la zone négative !

Cette histoire est en deux parties et la conclusion aura lieu le mois prochain. G. Willow Wilson prend son temps pour exposer ce qu'elle doit afin que le lecteur ne soit pas perdu : elle explique donc comment MJ est devenue Venom, pourquoi elle a besoin de Black Cat, comment accéder à la zone négative (sans passer par le Baxter building), etc.

Si c'est donc un peu décompressé, on ne s'ennuie pas. Les planches de Gleb Melnikov, de retour après le break du mois dernier, sont toujours aussi énergiques, avec un découpage ingénieux, qui met aussi bien valeur l'accablement qui gagne Black Cat que les apparitions de Venom. C'est un plaisir de voir à quel point l'artiste traduit bien visuellement ce script.

Et j'espère vraiment, mais vraiment, que Marvel ne va pas annuler cette délicieuse série au #10. Parce qu'on a enfin une bonne équipe créative pour faire vivre Black Cat, que c'est une série si fun. Ce serait là, pour le coup, pas du tout feel good.