lundi 14 septembre 2026

X-MEN '97 (Saison 1) (Beau DeMayo, 2024)


Un an après la tentative d'assassinat contre le professeur Charles Xavier par Henry Gyrich qui a conduit le mentor des mutants à se retirer sur Chandilar, planète-capitale de l'empire Shi'ar, et que tout le monde le croit mort, les X-Men agissent toujours, désormais avec l'approbation de l'O.N.U.. Ils accueillent un nouvel élève, Roberto da Costa, après l'avoir sauvé des griffes de l'organisation anti-mutants les Amis de l'Humanité, qui utilisent la technologie de Bolivar Trask. 
 

En sondant leurs esprits, Jean Grey réussit à localiser Trask et à détruire le Moule Matrice qui servait à créer de nouvelles Sentinelles. Après cette mission, Cyclope et Jean annoncent à leurs partenaires leur retrait de l'équipe pour élever au calme leur futur enfant. Mais au même moment Magneto arrive au manoir des X-Men pour leur apprendre qu'avant sa mort Xavier lui avait confié les rênes de l'équipe. Le maître du magnétisme accepte d'être jugé pour ses méfaits passés mais lors de son procès, le chef des Amis de l'Humanité, X-cutioner, tente de le tuer.


L'arme dont il se sert doit le priver de ses pouvoirs mais Tornade s'interpose et elle est touchée. Jean accouche d'un garçon, prénommé Nathan, Magneto est gracié et Tornade quitte l'équipe au moment où Madelyne Prior, dont la ressemblance avec Jean trouble tout le monde, apparaît. Celle-ci est en vérité sous l'emprise mentale de Mr. Sinistre qui veut accéder à l'ADN de Cyclope et Jean et kidnappe leur enfant à qui il injecte un virus techno-organique. Madelyne, prise de remords, confie le bébé au voyageur temporel Bishop qui l'emmène dans le futur pour le soigner.


Magneto veut que l'ONU reconnaisse la souveraineté de l'île de Genosha, refuge des mutants, et il y emmène Gambit et Malicia qui retrouvent là-bas leur ami Diablo. Cependant Tornade fait la connaissance de Forge, le savant qui a construit l'arme qui l'a privée de ses pouvoirs et promet de les lui rendre. Cable surgit et révèle être Nathan Summers devenu adulte : il prévient les X-Men de l'existence d'un autre Moule Matrice. Mais c'est trop tard pour le détruire : des Sentinelles attaquent Genosha et en massacre les habitants, tuant notamment Gambit. Mais qui a construit ce second Moule Matrice ?


Alors que la saison 2 de X-Men '97 a été mise en ligne cette année, j'ai revu la saison 1 et me suis dit qu'il serait temps d'en écrire la critique. Ce nouvel effort de Marvel Studios dans le domaine de l'animation sérielle (après What if...?) est la suite du feuilleton culte de 1992 X-Men : The Animated Series.


Faut-il se replonger dans ces épisodes qui ont plus de 30 ans pour apprécier ceux-ci ? Chacun jugera, mais pour ma part, je n'ai pas eu le courage de me taper à nouveau les cinq saisons initiales. J'ai un peu souffert pour raccrocher les wagons parfois, mais dans l'ensemble, rien d'insurmontable. A dire vrai, c'est comme pour les comics, on démarre rarement au n°1, surtout avec un corpus comme les X-Men.


Beau DeMayo, le showrunner, a été viré avant la diffusion du premier épisode de X-Men '97 pour des raisons nébuleuses, mais qui ont valu à Marvel d'être taxé de racisme et d'homophobie puisque DeMayo est black et gay. Toutefois on ne peut parler de la saison 1 sans le mentionner - c'est quand même lui qui a dirigé l'écriture et la production de ces dix épisodes.
 

Et justement, parlons d'abord de l'écriture. Tout ce qui est raconté est très dense, condensant souvent en un ou deux épisodes des arcs narratifs entiers tirés des comics (comme le célèbre et magnifique Lifedeath de Chris Claremont et Barry Windsor-Smith sur la relation entre Tornade et Forge après qu'elle a perdu ses pouvoirs).


Ce procédé de compression narrative est à double tranchant : il donne beaucoup de rythme et fournit énormément de péripéties au récit, mais en contrepartie il empêche les histoires de ses déployer et d'être appréciées à leur juste valeur. Tout semble égal comme quand, dans l'épisode 4, on passe d'une rapide aventure dans le Mojoworld avec Jubilé et Sunspot à la découverte par Tornade du secret de Forge.


Il faut véritablement attendre les trois derniers chapitres pour profiter d'une intrigue développée avec Bastion, le second Moule Matrice, et la mort des X-Men. Avant cela, tout se déroule à une vitesse folle, souvent dans la précipitation. Et c'est très dommageable quand il s'agit de traiter du massacre de Genosha, des manigances de Mr. Sinistre ou du retour de Magneto.


Pourquoi DeMayo et ses auteurs ont adopté un tel parti pris - ça revient à griller un nombre considérable de cartouches et à expédier des moments qui auraient gagné en puissance et en intensité dramatique, surtout pour apprécier certains traumas mutants (l'exemple de Genosha est le plus frappant encore une fois).

J'y vois, pour ma part, l'influence des réseaux sociaux comme Tik Tok ou Twitter où la pensée doit être comprimée en quelques signes, en quelques images chocs, comme si le spectateur ne pouvait pas attendre, savourer une intrigue. Un peu comme ceux qui se passent des vidéos en augmentant la vitesse parce qu'ils n'ont pas que ça à faire...

Alors, c'est vrai, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais on n'a pas plus le temps de s'attacher. Espérons que la saison 2 ralentisse un peu. En l'état, j'ai trouvé que c'était trop pour dix épisodes de 30' : le défilé de vilains, le nombre de rebondissements, leurs conséquences, plus le casting déjà chargé, bon, ce n'est pas des plus digestes. Ou alors c'est que je me fais vieux - c'est aussi très possible.

Concernant la réalisation, il apparaît une volonté nette de coller au look de la série initiale, mais avec une animation quand même un peu plus soignée. Si vous me le demandez, je préfère quand même le rendu que Marvel Studios proposait sur What if...? qu'ici où la fluidité de l'ensemble laisse à désirer, avec souvent des mouvements limités au niveau des cadres et des personnages.

En fait, ce n'est pas assez stylisé pour satisfaire un public qui aimerait un peu d'originalité visuelle et ce n'est pas non plus assez dynamique pour rivaliser par exemple avec X-Men : Evolution, qui reste, à mes yeux, un sommet. Il est évident que Marvel Studios ne dispose pas de l'équivalent d'un Bruce Timm et ne paraît pas soucieux de dépasser les normes standards d'un tel produit.

Toutefois, pour ne pas être trop sévère non plus, la série se positionne clairement : là où les cinq premières saisons étaient formatées pour une audience familiale du samedi matin, celle-ci s'adresse à des fans qui ont grandi. Le ton général est très sombre, l'humour n'y a aucune place - alors que, par le passé, le personnage de Jubilé incarnait l'innocence et la légèreté, préservant un certain optimisme.

Il n'y a guère que Diablo, fort bien caractérisé, tel que le voulait Dave Cockrum son créateur (c'est-à-dire un elfe amateur de films de cape et d'épée), qui se démarque des autres et a droit aux scènes d'action les plus bondissantes. A contrario, Malicia est le symbole d'une série où les héros sont tellement marqués par la tragédie qu'ils incarnent toute la noirceur du récit.

Le casting vocal voit revenir beaucoup de ses interprètes originaux et c'est un signe sympathique de la part de Marvel Studios, pas spécialement réputés pour sa gestion des relations humaines. Et bien entendu, ils n'ont pas touché au célèbre thème musical si emblématique de la première série.

En bref, c'est un show agréable même si parfois un peu indigeste, surchargé. J'espère vraiment que la saison 2 en aura tiré les bons enseignements, surtout compte tenu du twist final qui promet pas mal d'acrobaties narratives...

dimanche 13 septembre 2026

L'INVITATION (Olivia Wilde, 2026)


Joe, ex-musicien dans un groupe de rock, désormais professeur de musique à l'université, rentre chez lui et découvre que sa femme, Angela, a invité leurs voisins du dessus à dîner. Or ceux-ci importunent Joe depuis des semaines à cause de leurs ébats trop bruyants et, puisqu'il est impossible d'annuler, il est résolu à les confronter malgré les supplications de son épouse de ne pas le faire. Lorsque Hawk et Pina arrivent, l'ambiance est donc déjà très tendue.


Joe fait quelques allusions provocatrices à l'adresse du couple qui, contre toute attente, apprécie son honnêteté et s'excuse pour le dérangement occasionné. Ils révèlent même organiser des partouzes avec des amis choisis lors de conventions. Joe et Angela sont sidérés par cette franchise et ne tardent pas à comprendre que si Pina et Hawk ont accepté l'invitation, c'est pour leur proposer une partie à quatre.


Toutefois, Pina, qui est psychothérapeute et sexologue, doute que leurs hôtes soient prêts pour une telle expérience même s'ils affirment l'être...


Il y a deux ans de cela j'avais parlé d'un film français, Et Plus Si Affinités, remake d'un film espagnol de Cesc Gay, que j'avais bien apprécié. The Invite est sa version américaine - et il y en a eu d'autres un peu partout dans le monde. A quoi bon regarder le remake d'un remake ? C'est ce que je me suis d'abord demandé en entamant le visionnage du troisième long métrage de Olivia Wilde comme réalisatrice.


D'ailleurs je n'étais pas tellement rassuré par les premières minutes, très bavardes et démonstratrices, qui avaient bien de la peine à se démarquer du théâtre filmé avec des comédiens en roue libre. Mais L'Invitation est un film qui mérite qu'on s'accroche un peu. D'ailleurs, dans ses deux premiers opus (Booksmart et Don't worry, Darling), Wilde avait déjà ce même problème avec un démarrage laborieux.


Il suffit en fait d'attendre que les quatre protagonistes soient réunis pour que l'histoire décolle. Comme on sait immédiatement que Joe se plaint des ébats sonores de Hawk et Pina alors qu'Angela ne souhaite pas aborder le sujet mais simplement sympathiser, le spectateur devine que le conflit est inévitable. Il a même commencé avant la réunion des personnages avec la dispute de Joe et Angela sur ce dîner.
 

Cette première partie est pétaradante, très drôle : les dialogues fusent, les situations s'enchaînent, les acteurs sont excellents, et on se dit que ça pourrait continuer comme ça jusqu'au bout et ce serait très bien. Mais Wilde ambitionne quelque chose de plus profond, plus cru, plus cruel et elle l'assume crânement. Elle a raison.

Le deuxième tiers du film prend les hôtes au dépourvu quand leurs invités non seulement reconnaissent qu'ils font beaucoup de bruit en faisant l'amour mais s'excusent puis proposent, progressivement mais franchement, à Joe et Angela une partie à quatre ! C'est encore très drôle mais ça devient surréaliste et intense. Beaucoup plus que dans la version française de 2024 qui se contentait d'être plus légère.

On voit dans les attitudes de Joe et Angela des réactions similaires - une première depuis le début du film où ils ont passé leur temps à s'opposer - : ils sont à la fois sidérés par cette offre et excités par cette perspective. Hawk a mentionné qu'il voyait de sa fenêtre Angela nue sortant de la salle de bain et Pina a remarqué les regards de Joe sur son décolleté chaque fois qu'ils étaient dans l'ascenseur.

Démasqués, Joe et Angela sont décomplexés face à leur désir de coucher avec ces voisins si libres et généreux. Hawk est bel homme et il a ce passé flamboyant de pompier qui a failli se suicider après la mort de sa femme. Pina est belle à se damner et elle perce à jour n'importe qui tout en attisant la curiosité de ses hôtes par ses apartés en espagnol avec Hawk.

Quand le troisième acte démarre, toute la machine s'affole, s'emballe et se dérègle. Il n'est plus question de partouze, de plan à quatre, d'échangisme. C'est là que Wilde et ses scénaristes, Rashida Jones et Will McCormack, vont plus loin que le film espagnol et son remake français, en s'alignant sur de prestigieux modèles : Mike Nichols, Paul Mazursky et Woody Allen.

Le huis clos permet à la réalisatrice de sonder les âmes et de rouvrir les cicatrices. Le film se durcit considérablement, il gagne en puissance, en justesse aussi. On comprend que les références de Wilde sont Qui a peur de Virginia Woolf ? (Mike Nichols) et September (Woody Allen), après Bob et Carole et Ted et Alice (Paul Mazursky).

La photographie emprunte à ces classiques de la comédie dramatique indépendante américaine, avec des tons brunâtres, des compositions de plan avec des miroirs, une caméra qui semble presque cachée pour mieux saisir la vérité du moment, des alternances de cadres éloignés et serrés. Les dialogues se font mordants, féroces et questionne la psyché des couples.

Pina reproche à Hawk de lui couper la parole alors qu'elle analyse Joe et Angela. Ce couple est malheureux et doit s'interroger sur sa condition : faut-il rester avec quelqu'un par habitude ? Ou s'en séparer pour ne pas finir par le mépriser ? Faut-il endurer le ressentiment qu'on éprouve vis-à-vis de ses échecs ? Ou s'en affranchir pour se donner une nouvelle chance ?

Plutôt que des réponses faciles, toutes faites, le film préfère laisser le spectateur avec ses doutes. Il y a fort à parier qu'à la fin 50% penseront qu'Angela et Joe vont se séparer et 50 % qu'ils réussiront à surmonter leur situation en ayant affronter leurs regrets et leur colère. Et je trouve que c'est excellent qu'un film suscite la discussion ainsi, laisse le public choisir.

Après les difficultés délirantes rencontrées sur son précédent long métrage, Olivia Wilde rebondit donc magistralement et s'impose comme une cinéaste à suivre. Elle a exploré l'adolescence (Booksmart), l'âge adulte (Don't worry, darling) et elle s'attaque avec audace à la quarantaine, à chaque fois en abordant ce qu'elle nomme le "point de combustion", ce moment où on fait le grand saut parce qu'on n'a plus le choix.

Comme actrice, elle vit aussi une sorte de renaissance puisqu'après I want your sex elle tient à nouveau un rôle en or, qu'elle a repris après la défection de Amy Adams (qui peut virer son agent sur ce coup). Elle campe Angela avec brio, sur la corde raide en permanence, mais avec une honnêteté vibrante. A ses côtés, Seth Rogen est exceptionnel en mari amer mais touchant : une composition magnifique qui prouve qu'il est parfait dans ce registre (comparable au très beau Take this waltz de Sarah Polley).

Face à eux, dans des partitions plus immédiatement payantes, Edward Norton et Penélope Cruz sont fabuleux. Lui a cette capacité à délivrer deux monologues d'anthologie avec beaucoup de sobriété. Elle a cette sensualité débordante accompagnant une sensibilité épatante, perfectionnée chez Almodovar.

L'Invitation est une grande réussite, d'autant plus donc que ça partait moyennement mais que ça s'achève de manière poignante.

samedi 12 septembre 2026

I WANT YOUR SEX (Gregg Araki, 2026)


Dans la luxueuse villa de la célèbre artiste contemporaine Erika Tracy, son amant, Elliot, la découvre inanimée dans sa piscine... Neuf semaines et demie plus tôt, elle l'engageait comme assistant dans son atelier, un boulot qui lui lui permettait enfin de pouvoir payer sa part du loyer de l'appartement qu'il partageait avec sa meilleure amie Apple.


Elliot, qui doit subir les refus répétés de sa petite amie Minerva au lit, fantasme sur Erika lorsque celle-ci le convoque dans son bureau pour lui proposer une relation uniquement sexuelle et sadomasochiste, où elle sera la dominatrice et lui le soumis. Malgré la mise en garde du manager Vikktor et de son collègue Zap, Elliot ne résiste pas et se laisse entraîner dans une liaison qui devient de plus en plus farfelue.


Ainsi accepte-t-il d'aller voir Yvette, une amie française d'Erika, de passage à Los Angeles pour coucher avec elle en guise de cadeau d'anniversaire (pour elle), mais elle le repousse en lui reprochant de privilégier la performance sexuelle à l'érotisme. Ou encore invite-t-il Apple à un plan à trois avec Erika, stressée par le vernissage imminent de sa prochaine exposition...


Le titre du film renvoie à un célèbre tube de George Michael qui fit scandale en son temps - et peut-être à nouveau aujourd'hui où un certain puritanisme est de retour sous l'influence des mouvements néo féministes peu réputés pour leur sens de l'humour. Or, c'est bien une comédie à laquelle Gregg Araki nous invite et elle est très drôle. Même si elle n'est pas que drôle.


Le cinéma d'Araki se reconnaît facilement avec sa palette criarde et ses thématiques récurrents sur le monde queer, depuis qu'il s'est fait un nom dans les années 90 avec sa "teenage apocalypse trilogy" (Totally fucked up/The doom generation/Nowhere). Il lui faudra du temps pour être apprécié pour autre chose et c'est sa splendide adaptation de White Bird d'après Laura Kasischke qui s'en chargea.


Depuis Araki n'avait plus tourné pour le cinéma, se consacrant à la télé. Il revient donc avec cette comédie burlesque mais plus adulte qui revient sur ses terres de prédilection tout en osant aller plus loin qu'une simple revisite. Il est donc question d'une relation toxique dans une histoire bourrée de références.


Et ce, dès le début, avec un plan d'ouverture qui cite Boulevard du crépuscule de Billy Wilder avant un retour en arrière de "Neuf semaines et demie" (cf. le film cu-culte d'Adrian Lyne). On suit donc les mésaventures d'un jeune homme, Elliot, sans ambition ni charisme, qui est en couple avec une mégère et squatte chez sa meilleure amie.

Jusqu'à ce qu'il décroche, à sa grande surprise, un job chez Erika Tracy, une artiste contemporaine réputée pour ses oeuvres avant-gardistes et sexuellement explicites. C'est une sorte de mix entre Norma Desmond (l'héroïne pathétique du chef d'oeuvre de Billy Wilder) et Madonna (pour son look cuir), qui ne tarde pas à voir en sa recrue celui qu'elle pourra dominer dans une liaison sexuelle consentie.

Si dans un premier temps Elliot se prête aux lubies de sa patronne, qui lui fait porter de la lingerie féminine, le fait ramper comme un toutou, lui donne la fessée et lui glisse un godemiché dans l'anus, il devient évident qu'il nourrit pour elle des sentiments plus amoureux alors même que leur accord tacite état qu'ils ne formeraient jamais un couple.

Le film glisse sur la toxicité de ces rapports et le manque d'éthique d'Erika. Non par lâcheté mais parce que Elliot ne le vit pas comme une contrainte : il est prêt à continuer à être soumis à cette maîtresse, d'autant plus quand il rompt avec Minerva, mais souhaite juste que cela devienne plus affectueux, plus tendre, plus intime.

Elliot fait penser à Dustin Hoffman dans Le Lauréat : c'est une sorte d'ado attardé qui découvre l'intensité d'une relation à sens unique. Mrs. Robinson est remplacée par une dominatrice excentrique mais au fond elle l'aime parce que c'est une sorte de gros nounours facile à domestiquer, à combler sexuellement.

Puis dans son dernier tiers, après avoir avalé quelques couleuvres, Elliot voit son existence basculer. Le film vire au quasi polar comme White Bird avec le mystère entourant la disparition de la mère de l'héroïne. Ici, néanmoins, pas de twist macabre : Araki a voulu rester léger, malicieux, en se moquant du monde de l'art contemporain où un mort devient plus vendeur qu'un vivant.

C'est aussi l'histoire d'une double émancipation qu'on découvre dans l'épilogue (le double épilogue) du film qui dévoile ce que sont devenus Elliot et Erika deux ans après puis deux ans encore plus tard. Ils restent attirés l'un par l'autre, jusque dans leurs rêves (ou cauchemars, c'est selon), tout en ayant dépassé ce qui les avait rapprochés initialement. Peut-être sont-ils tout simplement devenus adultes ?

Araki reste ambigu à ce sujet, comme s'il suggérait que l'âge adulte était surtout un âge où l'on devenait plus conformiste, plus normal, plus banal. Et on peut volontiers deviner une certaine mélancolie tardive dans le souvenir d'une liaison qui était certes peu conventionnelle, abusive à bien des égards, mais aussi plus enjouée, qui se fichait du qu'en-dira-t-on.

Le cinéaste, qui a co-écrit le script avec Karley Sciortino, avait d'abord prévu de raconter l'intrigue du point de vue d'une jeune femme ayant une relation avec son patron plus âgé. Et c'est en pensant à Olivia Wilde qu'il a inversé la donne : l'actrice-réalisatrice est extraordinaire dans ce rôle où elle donne tout, sans fausse pudeur, surjouant juste ce qu'il faut la provocation et le pathétique.

Face à elle Cooper Hoffman a une partition très acrobatique à jouer et il s'en sort magistralement, n'ayant jamais peur du ridicule tout en étant souvent touchant. A ses côtés on remarque Chase Sui Wonders, la géniale révélation de la série The Studio, drôlissime. Charlie XCX interprète l'horrible Minerva avec beaucoup d'aplomb. Et Roxane Mesquida, égérie de Araki, est sublime le temps d'une scène mémorable.

I Want Your Sex ne doit donc pas être résumé à son titre : c'est un film extrêmement drôle, rythmé (en 90' c'est plié) et au final plus attachant que prévu.

vendredi 11 septembre 2026

DOOMQUEST #4 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Dr. Fatalis a réinvesti son corps quand il était dans sa vingtaine et qu'il a rencontré son grand amour, Valeria von Frazen. Il lui avoue tout de sa condition, croyant qu'elle renoncera à lui. Mais c'est l'inverse qui se produit : elle le convainc de refaire sa vie en goûtant au bonheur de la vie conjugale...


Parfois une série vous offre un épisode comme celui-ci, absolument parfait et complètement dément. C'est une prouesse et Ryan North l'a accomplie. Au moment où on pouvait craindre que le procédé de Doomquest (les voyages dans le passé du Dr. Fatalis) commence à tourner en rond, paf ! ce scénariste nous livre un chapitre hallucinant de bout en bout.


Jusqu'à présent, on a suivi Fatalis dont l'esprit investissait le corps de personnes étrangères (un passager du Titanic, George Washington). Mais cette fois c'est à nouveau son propre corps qu'il occupe, au détail près qu'il s'agit de celui qu'il était quand il avait une vingtaine d'années et a connu son premier et unique grand amour, Valeria von Franzen. Hé oui, celle-là qui lui inspira le prénom de sa filleule, Valeria Richards.


Il ne peut lui mentir et lui raconte tout de ce qui lui est arrivé, pensant sans doute qu'elle le prendra soit pour un fou, soit qu'elle renoncera à leur romance. Mais Valeria le persuade de profiter de cette seconde chance et de renoncer à ses folles ambitions pour vivre avec elle. Et voilà Fatalis marié, père de deux enfants. Heureux ?


Ryan North écrit merveilleusement bien Fatalis, on s'en était rendu compte avec One World Under Doom. Mais Doomquest lui permet d'explorer le personnage en profondeur et il lui tire le portrait comme personne, creusant ses aspérités, fouillant ses sentiments, étudiant ses contradictions. C'est fascinant. Et cruel.

Car, chassez le naturel, il revient au galop. Qui peut croire que la vie de famille peut combler Fatalis ? C'est un homme trop avide de pouvoir, trop insatisfait pour s'en contenter. Il en voudra toujours plus. C'est sa grandeur maléfique et sa malédiction. C'est aussi la preuve qu'il est non pas un simple méchant, mais un être tourmenté, engagé dans une fuite en avant.

Dès lors, ce qui pouvait être la limite de la série devient son atout : oui, Fatalis voyage dans le temps, investit des corps, traverse des époques, est confronté à des situations, mais tout ça est pour lui une succession d'épreuves de vérité. Au fond, paraît de demander North, pourquoi est-il ainsi ? Fait-il tout cela pour la Latvérie ? Par orgueil ? Lâcheté ? Envie ? Ou par désespoir ?

Fatalis apparaît comme un homme qui, au fond, court après ce qu'il ne peut saisir, ce qui résiste à sa volonté, à son autorité. Quand il s'abandonne, c'est un renoncement, un échec, il ne le supporte pas. Il préfère encore tout recommencer, aléatoirement, plutôt que de s'arrêter. C'est, comme Reed Richards, un explorateur insatiable. Mais, contrairement à Richards, trouver n'est pas encore assez.

Francesco Mobili participe fabuleusement à cette étude de caractère : ici, il produit des doubles pages sublimes mais jamais gratuitement sublimes. Elles ressemblent à des frises résumant une vie épanouie, avant de s'arrêter pour redevenir des pages où les personnages habitent des cases séparément, préfigurant l'échec de leur relation, la quête interminable de Fatalis.

Le soin apporté à chaque plan fait écho à l'exigence de l'écriture - le dessin est ici une écriture, c'est à cela aussi qu'on reconnait une grande BD et non pas un scénario illustré. Mobili, avec le coloriste Frank d'Armata, accomplit un tour de force sans lequel l'histoire de Ryan North aurait bien moins d'intensité, de puissance dramatiques.

Et que dire, donc, de cet ultime page ? Mais chut ! Le prochain épisode promet d'être aussi, sinon plus incroyable que celui-ci. C'est dire !

THE FURY OF FIRESTORM #6 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Grâce à sa machine, le professeur Martin Stein réussit à se projeter avec Firehawk dans la Matrice. Ils y retrouvent Ronnie Raymond. Bien entendu Firestorm s'aperçoit vite que Lorraine Reilly n'a rien à faire ici et entreprend de la chasser...


Avant de passer à la critique de cet épisode, il faut préciser que la série connaît apparemment un tel succès qu'après avoir été prévue en 6 numéros puis neuf, maintenant DC a annoncé qu'elle en compterait 15 ! Mais je ne serai guère étonné que ce chiffre soit encore revu à la hausse, et c'est pourquoi à présent je ne la présenterai plus comme une série limitée. On verra quand ce sera vraiment terminé.
 

Il paraît aussi probable que Jeff Lemire a revu ses plans, lui qui expliquait dans sa newsletter vouloir se consacrer à ses projets personnels et ne plus accepter de commandes. Car, entre temps, le scénariste a fait ses comptes : certes il vient de lancer Crowbound avec Dustin Nguyen, mais ses autres séries en creator owned ne marchent pas comme il le souhaitait (Phantom Road, Minor Arcana...).
 

A ce stade, ce qui est certain, c'est qu'il arrête d'écrire JSA au #24 et qu'il a prolongé The Fury of Firestorm (au moins) jusqu'au #15. Et ce qui est troublant c'est que cela se produit au moment où, justement, ce titre devait s'arrêter, au #6. D'ailleurs les dernières pages de cet épisode ressemblent à une conclusion, hormis la toute dernière planche...


J'espère juste que cette prolongation ne sera pas une extension artificielle à une histoire prévue pour être effectivement plus brève. Ce serait dommage, de la part de DC, d'avoir fait le forcing pour finalement gâcher ce qui a si bien fonctionné. Mais je crois quand même qu'on peut faire confiance à l'intelligence d'un éditeur qui a prouvé sa compétence.

La construction de cet épisode ressemble à du Lemire tout craché, avec cette façon de détourner les codes des comics super héroïque : ne vous attendez pas à de la grosse baston, même celle qui ouvre ce chapitre n'est qu'un flashback dont l'authenticité est discutable. Tout le reste se déroule dans la tête de la Matrice Firestorm, sur un mode très freudien.

Ronnie Raymond et Martin Stein sont comme un fils et son père, mais leur duo est aussi le père de Firestorm. Et entre eux, il y a la femme, qui est à la fois l'amante, la soeur, la mère - Lorraine Reilly/Firehawk. La Matrice ressemble à une créature plus conceptuelle que jamais mais aussi instable, que ses trois parents ensemble peuvent raisonner.

Rafael de Latorre utilise toujours deux styles, l'un pour les flashbacks et l'autre pour les scènes au présent. Ce tour de passe-passe prouve le talent de l'artiste, qui use de cette astuce avec subtilité. Mais il traduit surtout, parfaitement, ces va-et-vient entre Ronnie Raymond, Martin Stein, la Matrice, la réalité, l'espace mental, le présent, le passé. Tout ici est affaire de dualité.

C'est ce qui rend cette série si fascinante et troublante. Je pense qu'elle peut durer longtemps car le terreau est riche et le protagoniste complexe. Lemire est en grande forme et a avec de Latorre un partenaire (encore un duo) de choix, qui tient là un véhicule idéal pour faire la démonstration de son talent. J'étais déjà heureux avec 6 épisodes, encore plus avec 9. C'est parti pour 15 et je ne m'en plains pas.

IRON MAN #9 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Qui se cache derrière le masque de Citizen V ? Telle est la "révélation la plus choquante de l'année"...


Avec une promesse pareille, Marvel (et peut-être Joshua Williamson, même si je doute qu'il a validé cette accroche) tend le bâton pour se faire battre. Car si la révélation n'est pas aussi "choquante" qu'espérée, ce sont des ricanements qui accompagneront la parution de ce numéro 9 d'Iron Man. Bien tendu, je ne vais pas vous spoiler. Mais ça ne signifie pas qu'il n'y a rien à dire sur cet épisode...


Un épisode curieusement construit car alors qu'on attend de l'action (là encore si on s'en tient à la couverture), Williamson semble tout faire pour frustrer le lecteur avec un scénario qui s'appuie davantage sur les échanges dialogués que sur de la baston. Iron Man et Citizen V sont prisonniers des deux Whiplash dont l'un veut se venger alors que l'autre a été recruté juste pour capturer les héros.


Entre deux scènes avec les héros et leurs adversaires, on a droit à un moment avec MODOK, Madame Masque et Adam Ware - les deux derniers expliquant au premier pourquoi ils ne vont pas organiser son évasion de prison parce qu'ils ont justement besoin de lui derrière les barreaux dans leur projet de conquête de l'AIM.


On paie aussi une visite rapide à la base de Tony Stark où de jeunes scientifiques sont invités à imaginer le futur sous la direction de Rhodey lorsque Melinda May arrive avec des infos sur l'AIM et en quête d'une solution pour infiltrer ses rangs. Ce qui tombe bien puisque l'un des scientifiques a peut-être un équipement ad hoc.

Mais donc Williamson dévoile à la toute dernière page l'identité de celui qui se cache derrière le masque de Citizen V. Et, non, ce n'est pas le baron Zemo. A plusieurs reprises depuis son apparition dans cette série, le scénariste a souligné que ce nouveau Citizen V était en quelque sorte un lanceur d'alerte, voulant s'assurer qu'Iron Man ne serait plus un danger pour personne.

C'est d'ailleurs au coeur du run de Williamson et c'est assez courageux : Iron Man (mais ce n'est pas le seul) est un super héros qui a fait autant de mal que de bien, Tony Stark s'est parfois conduit comme un vilain. Mais curieusement il a toujours été excusé. Ses partenaires ne semblent pas rancuniers. Le scénariste, lui, veut le mettre devant ses responsabilités. Et Citizen V est sa voix.

Au sujet du personnage qui a repris le masque et le nom, c'est assez finement joué puisqu'il s'agit de quelqu'un qu'on pensait mort depuis un moment (je ne donnerai pas d'indication plus précise pour vous empêcher de faire des recherches et de vous gâcher la surprise). On peut se demander si cela va être suivi dans le MCU...

Carmen Carnero illustre cela avec son talent coutumier : il n'y a pas à dire mais la série se porte tellement mieux quand elle est là. Son trait a une élégance naturelle et un classicisme si racé que c'est un plaisir à lire. Ses personnages ont du charisme, de l'expressivité, ses décors sont détaillés sans être trop chargés, sa narration est claire et ses effets bien dosés.

Les couleurs de Nolan Woodard donnent par ailleurs au tout une luminosité qui tranche toujours agréablement et un contraste intéressant avec la gravité de certaines scènes. Comme quoi, quand ils veulent chez Marvel, ils sont capables de publier un titre avec une équipe artistique de premier choix...

... Et qui ne donne qu'une envie : lire la suite ! Oui, ça valait bien le coup de revenir sur cette série que j'ai failli complètement abandonner.

jeudi 10 septembre 2026

BLACK CAT #14 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov) - Tie-in à Queen in Black


Reed et Sue Richards convoquent Black Cat au Baxer building pour lui confier une mission cruciale dans la guerre que mènent Hela et son armée de symbiotes contre la Terre. L'Intelligence Suprême kree a été infectée et pour la libérer de cette emprise, il faut aller voler les semences gardées dans un temple qui font partie de son processus évolutif...


C'est le tie-in qu'on n'attendait pas... Mais qui est tout ce qu'un bon tie-in devrait être ! C'est-à-dire ? Un pas de côté tout en respectant le cahier des charges d'un event en cours, ici en l'occurrence Queen in Black. Et on pourrait presque l'appeler Queen in Black Cat ! G. Willow Wilson s'attelle donc à cette tâche ingrate avec la malice dont elle sait faire preuve sur cette série.


Black Cat est une voleuse, donc quand les Fantastic Four (ou du moins deux d'entre eux) font appel à elle, c'est logiquement pour commettre un casse. Mais pour la bonne cause ! Al Ewing nous a expliqué qu'un des moyens pour défaire l'armée de symbiotes aux ordres d'Hela consistait à séparer les symbiotes des aliens qu'ils avaient sous leur emprise.


La clé de tout ça, c'est Dylan Brock, le chainbreaker, dont l'ADN mi-humain mi-symbiote permettrait de brisait l'esprit de ruche (le hivemind) des symbiotes. Le dernier épisode de Venom, paru la semaine dernière, nous a montrés que ce n'était pas encore au point, Reed Richards ayant tenté une séparation peu concluante (mais ne spoilons pas trop).


Or, parmi les hôtes conquis par les symbiotes d'Hela, il y a l'Intelligence Suprême kree, un des organismes les plus complexes et puissants de l'univers, dont on découvre (en tout cas dont j'ai découvert ici) qu'il était en fait le produit d'une culture de semences extraites des plus grands savants kree.

Black Cat doit donc prélever les semences à partir desquelles l'Intelligence Suprême est façonnée dans l'espoir qu'elles lui permettront de briser l'emprise du symbiote dont elle est l'hôte. L'épisode se présente a priori comme le récit d'un cambriolage... Sauf que, on le sait si on a suivi la série, rien n'est jamais ce qu'il paraît être avec G. Willow Wilson.

La scénariste s'amuse donc à expédier l'affaire pour se concentrer sur les impondérables d'une telle opération - ici un gamin aux ordres d'une prêtresse kree, là un garde kree qui surprend Black Cat. Et la chute, évidemment, n'a rien à voir avec ce qu'avait prévu Mr. Fantastic - même si Black Cat improvise avec adresse pour accomplir sa mission.

C'est donc très drôle, complètement décalé, et ça prouve encore une fois que Queen in Black aurait dû être traité avec moins de sérieux pour être plus divertissant et abouti - Al Ewing réussit ses meilleurs moments de l'event quand lui aussi se met à délirer. C'est un épisode done-in-one très réussi, tout à fait raccord à la fois avec la série Black Cat et l'event Queen in Black.

Gleb Melnikov est lui aussi parfaitement dans le ton : il s'amuse visiblement beaucoup à illustrer ce script en or, soulignant notamment l'expressivité des personnages dans des moments savoureux, comme quand Black Cat demande à l'ordinateur de bord de sa navette spatiale de lui résumer l'histoire du temple kree et de ses semences et... Qu'elle s'endort !

Tout cela n'est pas sérieux et c'est pour ça, encore une fois, que c'est si bon à lire. Je ne crois pas du tout que produire une série sérieuse avec Black Cat serait une plus-value, il y a de la fantaisie chez elle et la comédie la met en valeur. Que les lecteurs aient accepté ce parti pris et fait de la série un joli petit succès, convaincant Marvel de la prolonger toujours plus, confirment tout cela.