jeudi 30 avril 2026

ZATANNA #1 (Jamal Campbell)


Le Prime Magus est un magicien qui est une référence pour ses pairs et Zatanna ambitionne de le devenir. Elle sauve une jeune elfe d'un esprit maléfique et découvre que le D.E.O. (Department of Extranormal Operations) l'observe...


Il y a un peu plus d'un an Jamal Campbell livrait une mini série Zatanna en six épisodes dont il assurait l'écriture et le dessin. Visiblement le succès a été au rendez-vous car DC a donné son feu vert à l'auteur pour, cette fois, lancer une série régulière avec la magicienne. Il faut dire que Campbell est un fan de Zatanna et qu'il a à coeur d'en faire une héroïne de premier plan.


Tandis que chez Marvel Steve Orlando a accumulé les mini séries Scarlet Witch avec réussite (même si la promotion de Wanda Maximoff en sorcier suprême ne semble pas avoir convaincu les lecteurs), il manquait une réponse adéquate de la part de la concurrence. Il faut maintenant espérer que le public répondra présent. Et ce premier épisode a de quoi séduire.
 

Pour ma part, j'avais bien aimé la mini de l'an dernier même si j'avais reproché à Campbell d'avoir voulu en faire un peu trop, tout en négligeant les seconds rôles et en manquant quelque peu de sobriété dans ses illustrations. Mais on ne peut guère en vouloir plus que ça à un mec qui fait preuve d'une telle générosité dans sa proposition et que le format contraignait.


Pour relancer la machine, Campbell affiche l'ambition qu'il le porte et qui habite son héroïne : elle veut devenir Prime Magus, un peu l'équivalent du sorcier suprême, qui inspire la communauté magique, suscite le respect et, inévitablement, attire les ennuis. Et la comparaison est assumée avec ce premier épisode où Zatanna va guérir une jeune elfe possédée par un esprit malfaisant.

Le rythme est trépidant et l'action omniprésente. Après trois premières planches introductives, on plonge dans un tourbillon qui nous entraîne dans un royaume peuplé de créatures contaminées par une espèce de peste magique. Zatanna la traque pour, non pas l'éliminer, mais la dompter et la contenir. On en prend plein la vue dans le style si caractéristique de Campbell.

Celui-ci utilise l'infographie à haute dose en assumant dessin et colorisation directe. Parfois il semble tellement emporté par son imagination débridée que ça peut nuire à la lisibilité de ses planches. Mais il semble en avoir pris conscience depuis la mini série de l'an dernier car cette fois je n'ai pas eu de souci à déchiffrer ses images.

L'amour qu'il porte à Zatanna est palpable : il en fait un personnage malicieux, intrépide, pugnace, sexy et élégant. La représentation des forces magiques se traduit par un déferlement de couleurs vives, avec une dominante de mauve et violet (comme la doublure de la veste queue de pie que porte l'héroïne). Le résultat est saisissant, même s'il ne plaira pas à tout le monde.

On peut éprouver de la frustration à la fin car il ne se produit pas quelque chose de renversant. Campbell a voulu, manifestement, démarrer fort sur le plan de l'action sans en dire trop sur celui de l'intrigue qu'il compte développer. Mais on a quand même une piste intéressante avec l'intervention d'un agent du D.E.O. qui souhaite un partenariat avec Zatanna.

Celle-ci se montre, légitimement, méfiante car le D.E.O. est une organisation qui a toujours été mêlée à des affaires louches (son directeur, Bones - reconnaissable avec sa tête de squelette - est un magouilleur notable) et Zatanna n'avait pas connaissance d'une branche dédiée à l'occulte. En tout cas, ça peut être très intéressant, ce mélange de barbouzerie et de magie.

Campbell achève le numéro en teasant plusieurs menaces, ce qui signifie qu'il voit loin. On reconnaîtra d'ailleurs parmi celles-ci le retour de personnages vues dans la mini de 2025... Cette relance incluse dans l'initiative DC Next Level me plaît bien, parce que moi aussi j'aime beaucoup Zatanna (qui n'est pas à proprement parler une super héroïne) et que l'auteur a réellement des choses à dire et à faire avec elle.

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #3 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine transporte Teri O'Barnes gravement blessée suit à l'attaque de Nuke sur le chalet de Dave Colton. Ce dernier a un hydravion non loin pour s'échapper. Il explique avoir donné à Tyler Torrens, le cobaye du programme PrimeWarrior, l'adresse de Nick Pruet, l'initiateur du projet...
  

Quand une mini série ne compte que quatre épisodes, il convient de ne pas traîner en route. C'est ce qui en rend la lecture plaisante mais aussi parfois frustrante, car on a l'impression que certains éléments auraient gagner à être développés. Il est plus rare en revanche de penser que quatre numéros pour boucler une histoire, c'est presque trop.


Chip Zdarsky tombe pourtant dans cet écueil avec ce troisième épisode dont une bonne moitié est consacrée au passé de Dave Colton, qui remplaça Captain America après les attentats du 11-Septembre, juste avant que Steve Rogers ne soit sorti de la glace (comme le scénariste l'a établi au prix d'une retcon déplorable).


Cette partie ralentit considérablement le récit sans lui apporter grand-chose d'essentiel. En effet, il est facile de deviner, avant que cela ne soit explicitement dit, que le traitement qu'a subi Colton pour en faire un super soldat n'est pas aussi performant que celui qui a fait de Steve Rogers Captain America. Et donc on déduit aussi vite qu'il y a un lourd prix à payer aujourd'hui.


Le souci, c'est que cette évidence a déjà été maintes fois exploitée. La plupart des super soldats en activité reste des copies manquées de Rogers et donc Colton ne fait pas exception. Les super soldats qui ont suivi la naissance de Steve Rogers ont tous connu des failles dans leur fonctionnement, sont devenus fous, malades, monstrueux, etc.

L'action au présent est maigre : on assiste à la fuite de Wolverine et Colton avec Teri O'Barnes, mal en point, après l'attaque de Nuke, puis à leur arrivée dans la base (pas si) secrète de Nick Pruet, le patron du programme PrimeWarrior (l'énième déclinaison de l'Arme Plus). Et c'est tout. La dernière page réserve un cliffhanger de circonstance mais bien plat.

Surtout, alors qu'il ne reste plus qu'un épisode à lire de ce Wolverine : Weapons of Armageddon, on voit toujours aussi mal ce qui relie cette mini série au futur event Armageddon et à l'intrigue en cours dans Captain America. Nulle mention du général Ross, de la Latvérie. A se demander comment Zdarsky va relier les deux histoires - s'il le fait...

Heureusement, comme dans l'épisode 10 de Captain America, on peut avoir la satisfaction de lire de très bonnes planches, ici dessinées par Luca Maresca. Lui fournit une excellente prestation et croisons les doigts pour qu'il hérite prochainement d'une vraie série régulière que son talent mérite afin que plus de lecteurs en profitent.

Tout ça partait bien mais aboutit à une déception parce que Zdarsky échoue à convaincre que cette mini série soit véritablement attachée à son grand projet. Lequel a pris sérieusement du plomb dans l'aile en ayant été maladroitement révélé par l'éditeur, décidément incapable de préserver un semblant de suspense par crainte que d'autres éventent ses contenus...

mercredi 29 avril 2026

CAPTAIN AMERICA #10 (Chip Zdarsky / Valerio Schiti)


Marcus Wolf/Salvation a fait tuer Alina Von Doom et ce n'est qu'un début. Captain America part à sa poursuite tandis que le général Ross et ses troupes débarquent en Latvérie tandis qu'un membre des Howling Commandos de Nick Fury Jr. trahit l'équipe...


Je sais déjà que cette critique ne comptera pas beaucoup de vues car, après avoir éreinté la série lors des précédents numéros, il est logique que peu de gens désormais liront ce que j'aurai à en dire jusqu'à la fin de cet arc le mois prochain. Mais bon, allons-y quand même et tâchons d'expliquer avant de s'énerver puisque c'est la règle que je me fixe.


La bonne nouvelle, c'est que Valerio Schiti est de retour (et il sera encore de la partie pour le prochain numéro). L'artiste revient en forme et livre des planches qui font honneur à ses meilleures prestations. Un découpage énergique, clair, avec des compositions toujours équilibrées, qui a fait défaut à la série depuis plusieurs mois.


Malgré tout on peut s'interroger sur sa présence en pointillés sur le titre. Schiti est un dessinateur très régulier, capable d'enchaîner les épisodes sans souci, avec une grosse force de travail (comme il l'a prouvé en illustrant des events). Alors pourquoi n'est-ce pas le cas sur Captain America ? Je l'ignore mais j'espère qu'il rebondira vite ailleurs.


Ailleurs parce que je n'ai, au fond, pas l'impression qu'il s'amuse tellement sur cette série. Il n'y apporte pas ce qu'on a l'habitude de voir de sa part. Par exemple les characters designs qu'il a signés sont beaucoup moins inspirés que d'habitude, à l'image de son relooking pour Captain America. Plus globalement le personnage ne semble pas le motiver.

A comparer avec le (trop bref) run de Dan Slott sur Tony Stark : Iron Man, Schiti paraît limité par les scripts de Chip Zdarsky, qui ont été qui plus est écrits très en amont (le scénariste a expliqué avoir bouclé tous ses scripts pour 2026 avant la fin 2025, même s'il a dû procéder à quelques réécritures marginales ensuite).

Mais de toute façon, le vrai souci, à mes yeux, c'est bien ce que raconte Captain America. Zdarsky a démarré avec un retcon audacieuse mais maladroite. Puis avec de deuxième arc, sa série n'a fait qu'accompagner le lancement prochain d'Armageddon, ce qui ne lui rend pas service, surtout après aussi peu d'épisodes.

De fait Captain America est moins une série en soi qu'une sorte de rampe de lancement pour une saga plus globale. Et ça ne me semble pas être une bonne idée. Zdarsky mentionne Bendis comme un exemple pour construire des events, sauf que Bendis, quand il écrivait notamment New Avengers, pensait d'abord à raconter des histoires pour sa série dont les subplots préparaient des events.

Là, il est clair que Zdarsky a tout fait à l'envers : Armageddon était son objectif et Captain America était le moyen d'y arriver en rebondissant sur les conséquences de One World Under Doom. La série est devenue une espèce de courroie de transmission entre deux events. Mais Zdarsky avait-il quelque chose à raconter avec Captain America en soi ? J'en doute.

On peut aussi se demander si Captain America est la série adéquate pour un event en vue puisque la série ne fait pas des ventes mirobolantes, donc n'est pas susceptible à elle seule d'indiquer au lecteur qu'elle annonce un event. De toute façon, c'est un système entier chez Marvel qui est au coeur du problème et Zdarsky a choisi d'en faire partie.

Dans les interviews mensuelles qu'il donne à SKTCHD sur YouTube, Zdarsky racontait que quand il écrivait Daredevil et qu'il avait eu l'idée de Devil's Reign, il pensait, comme beaucoup d'auteurs avant lui, cantonner cette histoire à la série qu'il pilotait. Puis les editors l'ont poussé à voir plus grand, à incorporer plus de personnages, à faire un event.

Il avoue avoir rushé pour construire cette saga plus grosse que prévue et cela lui a servi de leçon pour Armageddon qu'il a voulu bâtir très en amont. Ce changement de configuration altère profondément le résultat de la série qui devient un véhicule et rien d'autre. Ce n'est pas une méthode profitable pour la série dont il a la charge.

On se retrouve alors avec des péripéties à la fois décompressées et des explications expédiées. L'évolution de Marcus Wolf, opposant à Fatalis, en nouveau dictateur manque singulièrement de profondeur et de subtilité, avec pour couronner le tout un look de Fatalis du pauvre mixé avec Darth Vader.

Pire encore : la caractérisation de Captain America laisse songeur, surtout dans cet épisode où son attitude est inconcevable avec la droiture du héros tel qu'on le connaît (il laisse une foule furieuse carrément lyncher un type). Les Howling Commandos manquent eux aussi d'épaisseur, et la trahison de l'un d'eux ressemble à un rebondissement téléphoné (dans la mesure où, depuis le début de l'arc en cours, il a toujours agi de manière suspecte).

Zdarsky est pressé d'en arriver à Armageddon. Et cette hâte se traduit par la désinvolture avec laquelle il conduit son histoire et anime son héros. On aura rarement vu ouvrage si bâclé. Voir un scénariste aussi brillant se fourvoyer de la sorte en épousant complaisamment les pires travers de son éditeur n'a rien de rassurant pour l'avenir de la série ni de que promet Marvel à ses lecteurs.

lundi 27 avril 2026

MIKE & NICK & NICK & ALICE (BenDavid Grabinski, 2026)


Sosa, un des chefs de la mafia, organise une fête car son fils adoptif, Jimmy Boy, vient de sortir de prison. Il a appris par un de ses hommes de main, Nick, que Mike, un tueur à gages à son service, a dénoncé Jimmy Boy à la police et il veut se débarrasser de ce "rat". Nick le souhaite aussi depuis qu'il sait que Mike couche avec Alice, sa femme.


Pourtant Nick demande un service à Mike et celui-ci accepte de le lui rendre, même si les instructions qu'on lui donne sont étranges : il doit chloroformer un type qui est dans la maison de Nick. Et sa surprise est totale quand il découvre que l'homme en question est... Nick lui-même ! Une fois maîtrisé pourtant, Nick resurgit et lui explique venir du futur pour empêcher une catastrophe de se produire.


Le Nick du futur a regretté d'avoir balancé Mike à Sosa alors qu'il n'est pour rien dans l'arrestation de Jimmy Boy. Il ne lui en veut pas non plus pour sa liaison avec Alice. Ensemble, avec le Nick du présent, il veut tout faire pour que Mike ne soit pas exécuté par le Baron, un assassin cannibale engagé par Sosa. Mais peut-on faire confiance à Nick ?


Mike & Nick & Nick & Alice est disponible sur la plateforme Hulu, accessible via Disney +. Si je commence cette critique en mentionnant cela, c'est parce qu'en soi c'est la première des bizarreries de cette comédie d'action et de science-fiction car on reproche souvent (et à raison) le fait que les productions des plateformes de streaming soient formatées et celle-ci le contredit.
 

BenDavid Grabinski, qui a écrit et réalisé ce film, propose un long métrage tellement iconoclaste qu'on le remarque immédiatement par son pitch au milieu d'autres films conçus pour une plateforme. C'est drôle, mouvementé et tordu à souhait, et c'est réussi dans les trois registres. Jamais une partie ne prend le pas sur l'autre, dans un miraculeux équilibre.


Pourtant les histoires de voyage dans le temps sont casse-gueule, alors imaginez si vous les mixez avec des ingrédients de polar et de comédie. De ce point de vue, le résultat fait penser à ces hybrides qu'on voyait dans les années 80 quand Hollywood devait se réinventer après le règne du New Hollywood et ses figures comme Scorsese, Coppola, Cimino, De Palma.


C'était l'époque où Spielberg revitalisait le cinéma d'aventures rétro avec Indiana Jones, Zemeckis s'amusait avec Retour vers le futur, Joe Dante avec le cinéma d'horreur Z (Gremlins). Et c'est cette humeur-là que saisit Mike & Nick... : un objet qui ne se prend pas au sérieux mais explore plusieurs genres dans une même histoire avec sérieux.

Au fond, ce que nous raconte le film, c'est moins une variation sur des gangsters qui cherchent à régler leurs comptes sur fond de triangle amoureux qu'une exploration du thème de la culpabilité. Nick est un homme qui saisit l'opportunité de remonter le temps pour éviter un geste qu'il regrette et qui a conduit à la mort de son ami et à la maternité solitaire de sa femme (enceinte de Mike).

Tandis que Sosa est un mafieux qui ne veut que se venger, Nick veut réparer l'injustice qu'il a commise et infligée. En jouant avec la figure du double, le cinéaste souligne plus subtilement qu'on pourrait le croire les différences de réaction : le Nick du futur est plus posé, le Nick du présent est encore dans le ressentiment.

Mais ça fonctionne aussi quand l'histoire prend le parti d'en rire (et de nous faire rire) : Mike n'est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir (il ne comprend jamais rien tout du long) alors qu'Alice pige instantanément que le Nick qui a capturé son double du présent vient donc du futur. Loin d'être un simple objet de querelle entre les deux hommes, elle est celle qui raisonne le plus simplement et logiquement.

Grabinski se montre particulièrement inspiré pour rendre l'intrigue la plus claire possible sans s'embourber dans des explications pseudo-scientifiques. Il l'est tout autant quand il faut passer à l'action comme en témoigne la fusillade finale, digne d'un épisode de John Wick, avec une touche d'absurde absente de cette franchise.

Le casting est épatant : James Marsden est très drôle en assassin ciblé et dépassé tandis que Eiza Gonzalez, toujours d'une beauté renversante, prouve qu'elle est une comédienne remarquable dans la distanciation nécessaire à cet exercice. Quant à Vince Vaughn, dans un double rôle, il réussit à composer un personnage nuancé avec une présence à la fois sobre et imposante.

Il est évidemment regrettable que ce film soit condamné à se noyer dans une masse de productions sans saveur à cause des algorithmes. Mais si vous êtes abonné à Disney +, donnez-lui sa chance, vous ne le regretterez pas.

dimanche 26 avril 2026

T'AS PAS CHANGE (Jérôme Commandeur, 2025)


La mort de Daniel, un de leurs camarades de lycée réunit trois amis - Jordy, Maxime et Hervé - à ses funérailles auxquelles assiste Anne, une fille qu'ils ont connue. Les trois hommes décident alors, pour rendre hommage au défunt, d'organiser une fête dans le lycée qu'ils ont fréquenté en invitant, via une vidéo sur les réseaux sociaux, tous les élèves de leur classe.


Alors qu'ils approchent la cinquantaine, tous n'ont pas connu le futur glorieux dont ils rêvaient : Maxime est désormais avocat mais sa femme qui l'est également connaît plus de réussite et il a du mal à communiquer avec son fils adolescent. Hervé a eu un succès en tant que chanteur avant que sa carrière ne dégringole complètement et maintenant il vit à nouveau chez ses parents. Quant à Jordy, il cohabite avec sa belle-mère, sa femme et l'amant de celle-ci et songe carrément à mettre fin à ses jours.


Anne n'est pas beaucoup mieux lotie : chirurgienne, elle vit séparée de son mari qui lui a préférée une infirmière plus jeune et elle refuse, pour les ennuyer, de signer les papiers du divorce. Mais le projet des amis va se heurter à un obstacle : Marion, qu'ils snobaient dans leur jeunesse, veut, pour se venger, elle aussi, organiser une grande réunion des anciens élèves...


T'as pas changé est le troisième film réalisé par Jérôme Commandeur, mais le deuxième pour lequel il est seul derrière la caméra. Comme pour son précédent opus, l'excellent Irréductible, il s'agit d'un remake, mais cette fois d'un long métrage danois mis en scène par Mikkel Serup. L'adaptation a été écrite par Commandeur et Kevin Knepper.


Commandeur est un des humoristes les plus drôles qu'on ait, mais cette fois il a teinté sa comédie d'une note plus mélancolique en brossant le portrait de cinq (quasi) quinquagénaires qui, après la mort d'un de leurs amis d'enfance, décident de réunir tous les élèves de leur classe. Alors qu'ils s'imaginaient vieillir triomphalement, ils sont tous devenus des ratés.


Et surtout ils vont se rendre compte qu'ils étaient, plus jeunes, de petits cons, méprisant les uns, humiliant les autres, embêtant tout le monde. Autant dire que leur projet a du plomb dans l'aile et qu'une des filles qu'ils ont harcelée s'en souvient assez douloureusement pour les contrarier en organisant elle aussi une fête commémorative.


D'une certaine manière, T'as pas changé est à l'image de ces trois (quatre) losers : on voudrait l'aimer davantage, mais quelque chose coince, tout ne fonctionne pas aussi bien que ça devrait et au final, le film laisse sur sa faim, le spectateur qui n'a pas ri autant que prévu ni n'a été aussi ému qu'espéré. La dramedy ou comédie dramatique est un genre délicat 

Au fond il y a deux histoires qui se disputent dans le film : d'un côté, celle des trois amis dont on observe la déchéance pathétique, entre l'avocat jaloux de la réussite de sa femme, le chanteur ringard et le cocu dépressif ; et de l'autre, celle de Anne et Jordy, que leurs déboires sentimentaux vont rapprocher. 

Mais ces deux films en un ont du mal à coexister. Commandeur veut le beurre et l'argent du beurre, faire rire (comme il sait si bien le faire) et émouvoir (où il a plus de mal). Et le plus surprenant, c'est qu'ici il réussit à nous émouvoir mais moins à nous faire rire. C'est le monde à l'envers. Et c'est le problème du film qui, en refusant de choisir ce qu'il veut privilégier, piétine.

Commandeur a de la peine à développer le trio initial : une fois leurs situations actuelles posées, ça ne bouge plus vraiment, et les vannes tournent en rond jusqu'à épuisement. C'est étonnant parce qu'avec sa puissance comique, on attendait qu'il soit plus inspiré, mais sans doute a-t-on déjà trop vu ce type de personnages englués dans leurs échecs et éprouve-t-on plus de difficulté à encore en rire.

C'est quand il dessine, assez subtilement, le rapprochement entre Anne et Jordy (qu'il interprète), sur un mode plus tendre, que Commandeur tient vraiment son sujet. Peut-être que cela aurait suffi à l'histoire : raconter comment un garçon et une fille, qui se sont loupés bêtement à l'adolescence, se retrouvent adultes, au bord du gouffre, mais découvrant qu'ils peuvent se relever ensemble.

Le groupe entier n'arrive jamais à carburer pleinement. Hervé est le plus évidemment comique du lot, mais il éclipse les autres avec son numéro de chanteur ringard. Maxime existe avec difficulté (il ne serait pas là que le tout serait déjà plus compact) et Jordy est complètement éteint. Anne est la seule à connaître une vraie progression avec un arc narratif complet et aussi marrant que touchant.

C'est donc très inégal, comme si Jérôme Commandeur et Kevin Knepper n'avaient pas su trouver le bon dosage. Je ne peux pas dire que c'est mauvais, mais c'est un peu trop long (un bon 1/4 d'heure de trop et ça, ça ne pardonne pas dans une comédie) et trop maladroit. Soit le film n'est pas assez drôle, soit il résiste à aller dans l'émotion.

François Damiens a donc des difficultés à s'imposer, ce qui est un comble pour un comédien si charismatique. Jérôme Commandeur paraît hésiter constamment à occuper l'espace, et c'est tout aussi incroyable quand on connaît son abattage. Laurent Lafitte en revanche hérite d'un rôle en or qu'il porte brillamment. Et Vanessa Paradis est absolument divine et hilarante (sa scène d'ivresse est imparable).

T'as pas changé a malgré ses faiblesses connu un joli succès qui devrait permettre à son auteur de rebondir rapidement, en souhaitant qu'il assume de faire ce qu'il sait le mieux accomplir : provoquer le rire avec des personnages décalés plutôt que d'essayer de refreiner sa (bonne) nature.

samedi 25 avril 2026

UNE SEMAINE DE VACANCES (Bertrand Tavernier, 1980) - Hommage à Nathalie Baye


Lyon, Hiver 1980. Laurence Cuers est une jeune professeur de français qui est au bord du surmenage et de la dépression. Dépassée par ses obligations professionnelles et en proie au doute sur sa capacité à enseigner comme sur la pertinence de sa mission pédagogique, elle s'adresse à son ami, le docteur Sabouret, qui lui prescrit une semaine de vacances.


Pendant ces quelques jours, elle réfléchit à son avenir, à sa vie, à ses relations personnelles.  Elle arpente les rues de Lyon sans but et reçoit chez elle une de ses élèves qui pense ne pas être intelligente et que la timidité paralyse en classe. Laurence lui promet de l'aider et lui assure qu'on peut très bien réussir sans être la première en tout - ce qui prévaut, c'est le bonheur.


Sa meilleure amie et collègue, Anne, tente de la convaincre de ne pas lâcher l'enseignement tandis qu'elle apprend à connaître le père d'un de ses élèves les plus dissipés, M. Macheron, désemparé depuis que sa femme est morte et craignant que son fils devienne comme lui en son temps un cancre. Quant au compagnon de Laurence, Jean, il aimerait qu'elle se ressaisisse pour fonder une famille avec lui...
 

La mort de Nathalie Baye, le 17 Avril dernier, m'a rappelé à quel point je l'appréciai comme actrice. Je ne me rappelle pas d'une période de mon existence où un de ses films ne m'a pas accompagné, à commencer par ses débuts chez François Truffaut dans La Nuit Américaine et La Chambre Verte où elle s'imposa après avoir envisagé une carrière de danseuse.


Comme elle le confiait, la danse était une souffrance et le cinéma une révélation. Son talent et sa grâce, sa subtilité dans le jeu et son élégance en firent une des vedettes du 7ème Art hexagonal, même si à la fin des années 80, inexplicablement, elle connu une brève traversée du désert avant son retour en force devant la caméra de Nicole Garcia dans Un Week-end sur deux.


Pour lui rendre hommage, j'ai voulu revoir un des longs métrages dans lequel je la préfère, pas le plus connu de sa filmographie très riche, mais son premier premier rôle : Une Semaine de vacancesBertrand Tavernier n'avait pas pensé à elle en premier mais il se ravisa quand l'interprète qu'il voulait se désista pour se produire sur scène.


On mesure aujourd'hui à quel point cela ne tient qu'à un fil, mais pas au hasard cependant car Tavernier était un cinéaste sans oeillères, toujours à l'affût de nouveaux talents qu'il savait mettre en valeur en leur confiant des personnages qui leur convenaient parfaitement. Nathalie Baye est effectivement extraordinaire dans ce rôle tout en nuances d'une professeur en plein burn-out (même si le terme n'existait pas encore en 1980).

Il n'y a pas d'intrigue dans ce film, qui s'apparente plutôt à une chronique. L'action se concentre sur quelques jours et est ponctuée de flashbacks, très brefs, pour croquer le portrait de cette jeune femme en plein doute sur son métier, ses amours, sa vie. Tavernier s'est appuyé sur le livre de Claude Duneton mais il l'a adapté pour un personnage féminin.

Le scénario, co-écrit avec Colo Tavernier, a reçu le soutien d'une enseignante, Marie-Françoise Hans, qui a en quelque sorte servi de caution au film. Et la justesse des situations prouve à quel point le cinéaste a su profiter de cette collaboration pour ne jamais sombrer dans le film-dossier, l'autofiction. Par la suite, le réalisateur aura d'autres occasions de se pencher plus précisément sur des histoires plus sociales, quasi documentaires (comme avec L. 627).

Laurence s'apprête à être conduite au boulot par son compagnon, Jean, agent immobilier, lorsqu'à un stop, elle descend de sa Méhari et fuit en courant. Il se gare et la rattrape, tentant de comprendre ce qui lui arrive. Mais elle échoue à mettre des mots sur son désarroi, elle fuit la confrontation. La scène suivante se passe dans le cabinet d'un docteur ami qui lui prescrit une semaine de vacances.

En vérité, comme il le lui dit, les enfants d'aujourd'hui sont les héritiers de Mai-68, ils aspirent à la même liberté conquise par leurs parents mais sans objectif. Et Laurence les trouve ingrats, sans imagination. Sa motivation à leur apprendre quelque chose a disparu, elle est découragée et c'est tout son monde qui s'effondre ainsi. Toute sa vie tourne autour de l'école, de l'enseignement : qu'en reste-t-il si ceux à qui elle enseigne la désespèrent ?

Et pourtant quand elle trouve dans l'escalier de l'immeuble où elle habite une de ses élèves, également en plein doute, Laurence ne peut s'empêcher de la réconforter et de lui promettre son aide. Sa vocation, qui est tout autant celle d'une prof que d'une assistante sociale, la rattrape. Même si ces gamins l'accablent, on sent qu'elle les aime malgré tout.

Idem quand elle rencontre M. Macheron, un veuf dont le fils est un cancre et qui redoute qu'il ne fasse rien de sa vie. Elle sympathise avec cet homme auquel elle se confie et qui lui parle comme à un père de substitution. Le père de Laurence est lui un homme diminué par la maladie, vivant avec sa femme dans le Beaujolais, et qu'elle ne va pas voir souvent, ce que ne manque pas de lui rappeler son frère cadet.

Quand elle profite de son congé pour retourner chez ses parents, elle abrège son séjour car elle étouffe dans ce village dont on devine qu'elle a voulu s'en échapper. Elle cherche aussi à échapper à Jean et à son désir de fonder une famille et de déménager dans une maison comme celle qu'il vend. Elle doute d'être faîte pour être mère, elle qui materne ses élèves et qui est consumée par cela.

Laurence trouvera une lumière dans sa rencontre avec un ami de Macheron, Michel Descombes, dont le fils et la belle-fille sont en prison. Descombes était le héros de L'Horloger de Saint-Paul, le premier film de Tavernier en 1974, d'après un roman de Georges Simenon. Ce père brisé mais d'une dignité admirable lui redonne espoir et direction.

Une Semaine de Vacances doit beaucoup à l'esthétique de Pierre-William Glenn, le directeur de la photo, qui a su saisir l'atmosphère grisâtre de Lyon en Hiver comme un miroir au flou existentiel que traverse Laurence. Avec beaucoup de sensibilité (mais jamais de sensiblerie), Tavernier raconte cette jeune femme qui fait le point et renoue avec le plaisir de sa profession.

Nathalie Baye est donc magnifique dans ce rôle : son sourire est lumineux, sa fragilité donne envie de la serrer dans nos bras, rarement une actrice a su donner chair à un personnage avec autant de finesse et de classe. Gérard Lanvin est son parfait contrepoint dans le rôle de l'amant désemparé mais opiniâtre, promenant sa dégaine de Droopy dont il fera, jusqu'à la caricature, sa marque de fabrique.

Michel Galabru, à qui Tavernier avait donné son meilleur rôle dans Le Juge et l'Assassin, est formidable, tout comme Philippe Noiret. C'est vraiment aussi un instantané d'un certain cinéma, d'une époque, dont il ne reste plus guère de survivants (et c'est vertigineux).

Accompagné par une très belle musique de Pierre Papadiamandis (et des chansons d'Eddy Mitchell dont il fut le compositeur fétiche), Une Semaine de Vacances aurait bien mérité de figurer parmi les films diffusés en hommage à Nathalie Baye ces derniers jours.

vendredi 24 avril 2026

CAPTAIN AMERICA #9 (Chip Zdarsky / Ton Lima)


La découverte d'un charnier par Captain America motive ce dernier à prendre fait et cause pour Alina Von Doom et ses alliés, Melor et Mara Sandu, contre Marcus Wolf/Salvation, auteur de ces massacres. Nick Fury Jr. l'apprend mais continue à rechercher les armes de Fatalis tandis que le général Ross s'apprête à atterrir en Latvérie avec ses propres hommes...
 

Faisons un point rapide sur la série avant d'en venir au contenu de cet épisode : le prochain numéro ne se fera pas attendre puisqu'il sort la semaine prochaine et le suivant, qui conclura cet arc sera disponible le 13 Mai. Bonne nouvelle : ils seront dessinés par Valerio Schiti. Mais mauvaise nouvelle : il semble bien qu'ensuite l'artiste ne reviendra pas.


Ce calendrier correspond à l'imminence de l'event Armageddon dont Captain America (avec Wolverine : Weapons of Armageddon) est la rampe de lancement. Toutefois l'excitation est de mon côté bien retombée parce que, même si Wolverine : Weapons of Armageddon est très sympa, Captain America m'a beaucoup déçu et que l'intrigue de l'event, dévoilée par Marvel, ne correspond pas à ce que j'espérai.


Pour être clair, je ne pense pas aller plus loin une fois cet arc de Captain America terminé (au #11). J'ignore même désormais si je lirai Armageddon finalement. Cet épisode est à peine moins mauvais que le précédent, mais Chip Zdarsky m'a perdu. C'est une grosse déconvenue de la part d'un auteur que j'aime bien mais qui ne m'a pas convaincu sur cette série.


En fait, si je devais comparer, ce run me fait penser à ce que fait Mark Waid sur Justice League Unlimited. J'ai l'impression de lire une série qui n'existe que pour accompagner un event. Alors ce n'est pas entièrement la faute de Zdarsky : Marvel enchaîne les events à une telle vitesse qu'on n'a plus le temps de souffler (et cet été sera encore pire que d'habitude puisque Armageddon sera en concurrence avec Queen in Black et DNX).

Zdarsky est revenu chez Marvel qui l'a promu comme un de leurs architectes pour, au moins, les deux prochaines années. Et il n'a pas perdu de temps puisqu'en relançant Captain America, il a organisé ce qui allait conduire à Armageddon sur la lancée de One World Under Doom, lui-même héritier de Blood Hunt.

Avec une telle configuration, on lit ce qui se passe dans Captain America non pas avec l'intérêt qu'on porte habituellement à une série qui doit relancer les aventures d'un héros, mais comme une partie d'un programme plus vaste. Et ce qui s'y raconte n'a rien de follement passionnant. Ni de très compréhensible si vous n'êtes pas à jour dans l'ordre des events Marvel.

Bon, moi, ça va, mais j'imagine le lecteur qui aura voulu reprendre Captain America parce qu'il aime Zdarsky et/ou Schiti. Ben, je lui souhaite bon courage. Et c'est quand même un gros problème parce qu'il me semble, que quand un nouveau scénariste arrive, il est plus sage pour lui et l'éditeur qu'il raconte quelque chose d'accessible, avant d'impliquer son héros dans une saga plus globale pour l'univers de l'éditeur.

Les luttes de pouvoir en Latvérie manquent singulièrement d'intérêt, d'intensité, de surprise. Prenez Salvation : comment/pourquoi Marcus Wolf est devenu un tel enfoiré ? Ce n'est pas du tout expliqué. Son look fait vraiment Fatalis du pauvre. Et la caractérisation de Captain America laisse à désirer. Qaunt aux nouveaux Howling Commandos, ils manquent singulièrement de charisme, d'épaisseur.

A le lecture du run de Zdarsky, je me dis surtout que Marvel a fait une erreur terrible en abrégeant celui de Collin Kelly et Jackson Lanzing (avec Carmen Carnero au dessin). Certes, les ventes n'étaient pas flamboyantes, mais ces auteurs-là avaient développé une intrigue aussi, sinon plus ambitieuse, et surtout plus solide, avec un supporting cast bien meilleur. Vous voulez lire du bon Captain America récent ? Achetez le run de Kelly et Lanzing (et Carnero) !

Ton Lima est au dessin et il fait du bon boulot, comme c'était le cas sur New Avengers récemment. En tout cas, mieux vaut vous habituer à lui si vous décidez de continuer car il semble bien qu'il s'installe sur le titre après le #11. Ce n'est pas un mauvais choix, voilà un jeune artiste prometteur qui est un bon narrateur. J'espère qu'on retrouvera Schiti sur un meilleur projet.

Ce n'est pas nul, mais ça ne me plait pas. Et donc ça compromet ce qui suit. Mais ce n'est pas grave. Parfois on mise gros sur un cheval qui ne donne pas satisfaction. J'attendais beaucoup (trop ?) de cette relance et ça n'a pas pris.