samedi 28 mars 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #2 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine et Teri O'Barnes ont trouvé Dave Colton dans une cabane isolée. Ils savent qu'il est responsable des attaques contre les complexes de la compagnie Primewarrior. Pendant ce temps-là, Tyler Torrens, le dernier sujet de cette compagnie, continue sa cavale. Et Nuke décide de chercher tout ce beau monde seul...
 

Parfois c'est en lisant quelque chose qui n'a rien à voir avec ce que vous allez critiquer que vous formez un avis sur l'objet de votre critique. Ainsi après avoir lu ce deuxième numéro de Wolverine : Weapons of Armageddon, j'ai relu, par hasard, une interview de Jason Aaron dans un numéro de "Comic Box" qui datait de 2012.


A cette époque, Aaron venait de co-écrire Avengers vs X-Men avec Bendis, Brubaker, Hickman, Fraction, et il allait débuter son run sur Thor en parallèle de Wolverine & the X-Men. Il était devenu un des auteurs phares de Marvel qui voulait lui confier une autre série, Hulk, en espérant qu'il y injecte la même énergie.


Pourtant Aaron a rapidement bouclé son run sur Hulk, estimant qu'il n'avait plus rien à dire avec ce personnage, et aussi parce qu'il ne pouvait pas jongler avec trois titres mensuels. Ce qui l'inspirait davantage, c'était Thor, pour qui il avait une vision précise et à long terme. C'est une preuve assez rare de lucidité quand beaucoup de scénaristes cumule le plus de projets possibles.
 

Ce que je veux dire en rappelant cela, c'est que parfois les éditeurs demandent à un scénariste de s'occuper d'un personnage, de sa série, en espérant qu'il fera des miracles. Et parfois, hé bien, ça ne fonctionne pas. Parce que le scénariste a la tête à un autre personnage, qui l'inspire, qui le motive plus. Pour lequel il un plan.

Je ne vais pas dire que Chip Zdarsky s'est trompé de personnage (et de série par conséquent) avec Captain America, mais je dois dire que jusqu'à présent, pour moi, il n'a pas réussi à me convaincre. J'ai du mal à voir ce qu'il veut en faire, sinon une rampe de lancement pour son event, Armageddon. A sa décharge, il n'est pas facile, depuis Brubaker, d'écrire Captain America.

Pourtant, et c'est là que j'en viens à Wolverine : Weapons of Armageddon, Zdarsky me paraît infiniment meilleur avec ce dernier. Il a saisi le personnage, il lui a taillé une petite intrigue plus profonde qu'on pourrait le croire (même s'il s'agit d'une nouvelle et énième variation sur l'Arme Plus). Il ne s'encombre pas de symbole, de contexte, il va tout de suite à l'essentiel.

Et ça donne une histoire très efficace, très claire et trouble quand même, là où son Captain America est écrit maladroitement, avec des intrigues prétextes. Curieusement, alors que le sous-titre de cette mini série Wolverine fait explicitement référence à l'event à venir, le projet est moins laborieux, plus fluide, plus énergique.

Surtout, et c'est peut-être pour ça que je suis plus séduit, il explore une intrigue que j'aurai aimée être celle d'Armageddon, un récit sur les super soldats, ce qui les lie tous et les mine aussi, un formidable terreau qu'encore une fois Marvel ne creuse pas. Et Wolverine est cet explorateur idéal pour ça, peut-être encore plus que Captain America.

Quand j'entends parler de la série régulière actuelle Wolverine (par Saladin Ahmed), ça n'a pas l'air fameux. Et je me dis que si Zdarsky l'écrivait, avec donc la possibilité de développer tout ce qu'il n'aura que le temps d'effleurer dans Weapons of Armageddon, ça aurait été une toute autre affaire. 

Et sans faire injure aux dessinateurs de Captain America, Luca Maresca s'impose comme un sacré artiste. Son style colle si bien à Wolverine et, même si j'adore Valerio Schiti, il y a un gouffre entre les épisodes qu'il a signés pour Captain America et ce que donne Maresca depuis deux mois. Le trait est assuré, les compositions super dynamiques, la narration nerveuse.

Je ne sais toujours pas si j'irai au delà de la fin de l'arc actuel de Captain America, ni même si je vais finalement lire Armageddon. Par contre, le plaisir que j'aurai pris à Wolverine : Weapons of Armageddon aura de quoi alimenter quelque regret futur, en ce qui concerne Zdarsky et ses choix. 

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #10 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


Assiégé dans le motel où il réside par Rainbow, un vétéran de la guerre en plein trip hallucinogène, John Jones tente de résister bien que Désespoir-le-zéro lui glisse à l'oreille qu'il n'y a plus d'issue pour lui ou le reste de l'humanité. De son côté le Martien, toujours aux mains de l'Agence, tente de se reconnecter à John...


Je mentirai si je vous disais que cet épisode n'a pas eu du mal à passer. Et, à dire vrai, il me semble qu'il représente une sorte de trait récurrent depuis la reprise de cette série. J'avais déjà pu en parler le mois dernier en soulignant à quel point Deniz Camp versait dans la veine la plus sombre. Et si sa volonté de témoigner ainsi du malaise qu'il ressent vis-à-vis de son pays est légitime, c'est tout de même lourd.


Je ne vais pas dire qu'Absolute Martian Manhunter a perdu ses qualités en route, mais il est clair que sa lecture est devenue plus laborieuse, pour ne pas dire pénible par moment. Comme Absolute Batman, on tient là un cas de comics où l'ambition frise en vérité la prétention à force d'une surenchère d'effets, de discours.


Peut-être mon ressenti est-il influencé par l'ambiance générale actuelle qui, c'est indéniable, ne prête pas à la légèreté. On peut, en tant que fan de comics, avoir envie, dans ce genre de période, d'un peu plus de futilité, ou du moins d'une lecture qui ne donne pas le sentiment de vous maintenir la tête sous l'eau. Et Absolute Martian Manhunter a perdu beaucoup de sa fantaisie. Et donc de son charme.


Je préférai quand cette bande dessinée assumait son côté zinzin sans se départir de sa lucidité : cela formait un bel équilibre entre comédie barjo et commentaire acide. Par ailleurs l'intrigue affichait une ligne relativement claire, qui s'est brouillée. Le récit s'est mué en commentaire, en métaphore, en parabole, pas très subtils. De quoi parle encore Absolute Martian Manhunter ?

Ce qui faisait le sel du projet, c'était cette version radicale et atypique d'un personnage. C'est encore le cas, mais de façon plus chargé, moins fine, à l'image de la séparation/réunion de John Jones et du Martien auquel vient se greffer Désespoir-le-zéro, transformant le binôme en "trouple". Peut-être John y gagne-t-il en lucidité mais la série y perd en fluidité.

On avait donc une BD étrange mais marrante et flippante à la fois. On a désormais une BD très (trop) métaphorique, bavarde, comme écrasée par son envie d'être totale, d'être à la fois un drôle d'objet et un quasi manifeste où justement l'aspect le plus bizarre, le plus foutraque devient une revendication - "regardez comme je ne ressemble pas au reste des titres Absolute".

Or cette revendication joue contre le projet. Il n'en a pas besoin. Avec un graphisme aussi spécial et somptueux, on sait pertinemment qu'on a là le titre le plus à part de la gamme. Javier Rodriguez dépasse de plusieurs têtes toutes les propositions graphiques non seulement de la ligne Absolute mais de la production DC. Pas besoin d'en rajouter dans l'histoire.

Deniz Camp aurait tout à gagner à revenir aux fondamentaux de son projet pour espérer me surprendre et offrir un final aussi intense que ce qu'il avait initié ? Ou bien, un peu comme toutes les séries Absolute, celle-ci sera elle aussi victime d'une tendance à la boursouflure ?

vendredi 27 mars 2026

DETECTIVE COMICS #1107 (Tom Taylor / Pete Woods)


Alors qu'il essayait de piéger un flic ripou, Batman voit débarquer Green Arrow. Oliver Queen est à Gotham pour ouvrir une succursale de sa compagnie. Tous deux enquêtent sur un certain Richard Kelp, un affairiste inquiété par la justice mais dont les témoins à charge meurent les uns après les autres...


Tom Taylor entame ce mois-ci un nouvel arc de Detective Comics et semble vouloir enrichir le supporting cast de la série puisque, comme la couverture l'indique, "Gotham's New Trinity starts here". Cette trinité est composée par Batman, évidemment, Green Arrow et Black Canary, qui a suivi son mari car elle a hérité du club de boxe de Ted Grant/Wildcat (il faut lire JSA pour cette histoire d'héritage, mais ça ne vous gênera pas ici).


Est-ce que cela signifie que Green Arrow et Black Canary vont devenir les co-équipiers de Batman sur la durée dans cette série ? Ce serait surprenant, mais je ne serai pas contre. A moins qu'il ne s'agisse pour DC (et Taylor ?) de tâter le terrain en vue d'une série Green Arrow/Black Canary (vu que l'archer et le canari ont perdu leurs mensuels). Ce serait encore mieux.


En tout cas, en attendant d'en savoir plus à ces sujets, revenons à cette histoire qui démarre. Taylor n'est pas du genre à traîner en route quand il s'agit d'exposer une intrigue : il est donc question d'un affairiste douteux mais que les témoins voulant déposer contre lui sont assassinés les uns après les autres. La cause de leur mort n'a a priori rien de suspect, mais justement ça tracasse Batman.


Comme Bruce Wayne et Oliver Queen sont aussi des hommes d'affaire (et que Queen ne semble pas porter dans son coeur ce Richard Kelp, l'homme au coeur de cette intrigue), ils s'entendent pour investiguer ensemble. Puis il y a Black Canary et ce qu'elle fait elle aussi à Gotham et qui ouvre un autre volet de l'histoire, a priori sans lien avec le premier.

Dinah Lance est donc maintenant en charge du club de boxe de Wildcat. C'est là que elle et pratiquement tous les héros urbains de DC se sont entraînés sous la direction de Ted Grant et elle souhaite que l'endroit poursuive sa vocation. Elle a donc invité Barbara Gordon, Cassandra Cain, Stephanie Brown, Connor Hawke, Dick Grayson, Roy Harper et Damian Wayne.

Après une brève mais éclatante démonstration, tout ce beau monde se disperse, mais Bruce, Ollie et Dinah se rendent dans un cimetière et se recueillent devant une stèle funéraire. A qui rendent-ils hommage ?

Comme je le disais plus haut, Taylor a ce don pour accrocher le lecteur facilement. Il y a cette affaire liée à Kelp et puis, presque davantage, cette scène au cimetière. On découvre à la dernière page qui est enterré là et c'est un inconnu pour nous. Comme dans ces précédents arcs depuis qu'il écrit Detective Comics, Taylor va plus ou moins réécrire le passé.

Comme jusqu'ici ça a bien (et même très bien, selon moi) fonctionné, j'ai envie d'en savoir plus, comment il va s'y prendre. Est-ce que ce mort et la partie sur Kelp vont se relier ? C'est très excitant. Taylor me fait parfois peur avec ces retcons, mais il faut avouer qu'il sait aussi m'intriguer avec ça et ça aboutit à des histoires a minima très efficaces.

Par ailleurs j'adore le couple Green Arrow-Black Canary. Queen est un héros qui est un peu la mauvaise conscience de ses collègues, un fort en gueule, intègre, loyal, mais qui ne se satisfait jamais d'un "c'est bien" à quoi il préfère un "on peut faire mieux". Son amitié avec Green Lantern (Hal Jordan) en est l'illustration avec une relation souvent tendue mais franche.

Dinah est sans doute la super héroïne DC que je préfère : belle, sexy, certes, mais surtout qui ne s'en laisse pas conter. Il faut se rappeler qu'à sa création, quand c'était sa mère qui portait le costume et le pseudonyme, elle débuta comme vilaine, mais son apparition fut un tel succès que DC en fit une héroïne. Puis son couple avec Green Arrow acheva d'en faire une héroïne populaire.

Ces deux-là contrastent merveilleusement avec Batman, ils se complètent. C'est une riche idée de les associer. Alors bien sûr, il y a sur les réseaux sociaux qui se sont plaint que Black Canary batte Batman sur le ring. Bigre ! Taylor leur a répondu, très bien, en expliquant qu'il était le scénariste et qu'il écrivait ce qui lui plaisait, les mécontents pouvaient lire autre chose. 

Le scénariste fait, lui, équipe avec un nouvel artiste pour cet arc et c'est l'excellent Pete Woods qui s'y colle. C'est très chouette de le retrouver sur un titre prestigieux comme ça après son run sur Titans. Woods, c'est un artiste expérimenté, qui assume dessin, encrage, couleurs, très régulier, capable de s'adapter à n'importe quel personnage.

Franchement, son travail est excellent : son découpage est alerte, avec des angles de vue très dynamiques, des compositions précises, des personnages expressifs. S'il devait alterner les arcs avec Mikel Janin, Detective Comics aurait deux artistes au top, dans des styles différents, mais réalisant toute partie graphique. En tout cas, je suis content.

Le titre est de toute façon entre d'excellentes mains, cette nouvelle histoire m'a accroché immédiatement. Je ne sais pas quel avenir attend Green Arrow et Black Canary, mais c'est la cerise sur le gâteau. Bref, je sens que ça va être un régal.

SUPERMAN / SPIDER-MAN (Mark Waid + Jorge Jimenez, Tom King + Jim Lee, Christopher Priest + Daniel Sampere, Sean Murphy, Matt Fraction + Steve Lieber, Jeff Lemire + Rafa Sandoval, Greg Rucka + Nicola Scott, Gail Simone + Belén Ortega)


- TRUTH, JUSTICE AND GREAT RESPONSABILITY (Mark Waid / Jorge Jimenez) - Peter Parker arrive à Metropolis pour aider Clark Kent à enquêter sur le cambriolage d'un laboratoire où se trouvait de la kryptonite. Peter reconnaît la trace des tentacules du Dr. Octopus - ce dernier s'est allié avec Brainiac qui lui a promis ce qu'il voulait s'il le purgeait d'un psycho-virus... 


Après Batman/Deadpool sorti en Novembre dernier, DC et Marvel n'allait pas en rester là et les deux maisons d'édition ont cette fois décidé de viser plus haut en réunissant leurs deux héros les plus emblématiques : Superman et Spider-Man. 50 ans après leur première rencontre, le man of steel et webhead collaborent à nouveau pour neutraliser l'alliance formée par Brainiac et Dr. Octopus.


C'est à Mark Waid, fin connaisseur des deux héros, qu'échoit l'honneur d'écrire ce crossover. Il a imaginé un récit plein d'action et qui file à toute allure, très plaisant, même si totalement inoffensif puisque, évidemment, il n'y aura aucune conséquence sur les séries régulières des deux protagonistes. C'est tout le charme et aussi la limite de l'exercice.


Jorge Jimenez a le plaisir de dessiner les héros et leurs antagonistes et son style convient à merveille. Pour avoir déjà illustré des épisodes de Superman, il est en terrain connu. Quant à sa représentation de Spider-Man, elle est absolument parfaite. Jimenez et Waid ont compris que ce genre d'histoire gagnait à être divertissante et sans prétention, et donc le résultat est bien plus plaisant que le Batman/Deadpool de Morrison et Mora.

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- THE WORLD'S FINEST (Tom King / Jim Lee) - Pendant que Superman et Spider-Man affrontent une Sentinelle, Lois Lane et Mary Jane s'extraient d'un bus renversé par le robot géant et devisent sur les mérites et les inconvénients de fréquenter un super héros...


Tom King se prête à son jeu favori : dissimuler derrière l'action une réflexion un peu philosophique sur la condition humaine. Le dialogue entre Lois et MJ est plutôt bien ficelé même si le format empêche de creuser la question. On a connu l'auteur plus inspiré, mais surtout bénéficiant de plus d'espace.

Ceux qui attendent toujours de lire le 6ème chapitre de Hush 2 seront sans doute ravi de voir que Jim Lee, qui accuse un retard considérable sur l'histoire de Jeph Loeb, a pris le temps de signer les quelques pages de ce segment... Le résultat est en plus très moyen, ce qui donne la désagréable impression que l'artiste s'est imposé au lieu de sagement laisser la place à un confrère.

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- PAGES (Christopher Priest / Daniel Sampere) - Peter Parker surprend Superboy Prime en train de lui dérober son costume noir. Puis il le suit à travers le multivers, comprenant trop tard que le kryptonien souhaite transiger son séjour dans notre dimension avec le Maître de l'Evolution... 


Christopher Priest organise la rencontre entre Superboy Prime et Spider-Man quand ce dernier portait son costume noir symbiotique. Et, comment dire ? Tout est artificiel dans cette histoire : le souci de ce genre de crossover, c'est qu'en voulant explorer toutes les facettes de ses protagonistes, on aboutit parfois à des rencontres forcées et au final sans intérêt. Ici, rien de ce qui est raconté n'apporte quoi que ce soit.

Heureusement, on peut profiter des pages dessinées par Daniel Sampere, comme d'habitude impeccable. Mais à tout prendre, j'aurai nettement préféré que cet excellent artiste soit mieux utilisé pour l'occasion. Occasion manquée donc.

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- BEYOND THE COBWEB OF TOMORROW (Sean Murphy) - Spider-Man 2099 et Superboy se croisent en 2039 pour empêcher, l'un comme l'autre, que LexCorp et Alchemax ne créent le sinistre futur dont ils viennent...


Voir Sean Murphy dessiner, au moins pour partie, du matériel Marvel a de quoi surprendre quand on se souvient des déclarations du bonhomme, jurant ses grands dieux qu'on ne l'y prendrait jamais parce que Marvel traite tellement ses artistes... Je suppose qu'il fait donc ça d'abord pour DC (sur qui il n'a rien à redire).

Le résultat est amusant bien que laborieusement mené. Il faut en effet attendre la dernière page pour comprendre ce qui se passe et qui commente, de manière particulièrement pénible, les actions de Spider-Man 2099... Finalement, Murphy aurait dû s'abstenir.

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- JIMMY CON CARNAGE (Matt Fraction / Steve Lieber) - Pauvre Jimmy Olsen ! J. Jonah Jameson réclame des photos compromettantes pour Spider-Man et Peter Parker préfère sortir avec Gwen Stacy et Felicia Hardy que de l'aider. Comble de l'infortune : il pense en tombant sur Carnage qu'il s'agit du tisseur...


La collection d'histoires de numéro étant majoritairement sérieuse, c'est avec un vrai plaisir qu'on lit ce segment écrit par Matt Fraction, ouvertement comique et très drôle. La chute est savoureuse, les clins d'oeil anachroniques délectables, le mauvais esprit permanent. Enfin un peu d'irrévérence dans le lot !

Et Fraction a un partenaire de choix pour jouer sa partition puisque c'est l'impeccable Steve Lieber, spécialisé dans ce type de récit, qui s'occupe du dessin. L'ironie de chaque case est mordante. C'est un vrai régal.

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- THE BRIDGE (Jeff Lemire / Rafa Sandoval) - Une nuit sur un pont, sous une pluie battante, Clark Kent prend en stop Ben Reilly. Mais Clark entend des cris d'enfants et en découvre deux pris dans le flot de la rivière qui passe sous le pont...


Jeff Lemire livre un chapitre très anecdotique où il paraît n'avoir pas trouvé de quoi parler. La rencontre entre Clark et Ben ne débouche sur rien sinon des considérations en voix off très convenues sur le fait que l'un est un citadin rêvant de la tranquillité de la campagne quand l'autre aspire à connaître le frisson de la vie en ville. Bof.

Rafa Sandoval produit des pages tellement sombres qu'il est absolument impossible de distinguer Clark de Ben Reilly alors que ce dernier est censé être blond. En vérité, ceci pourrait simplement être l'histoire de deux types se rencontrant un soir d'orage et sauvant deux gamins, sans aucun rapport avec Superman et Spider-Man.

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- BIAS (Greg Rucka / Nicola Scott) - Lors d'un débat télévisé arbitré par Jack Ryder, Lois Lane et J. Jonah Jameson interrogent la confiance à accorder aux super-héros. Le rédacteur en chef du "Daily Bugle" avoue qu'il n'aime pas Spider-Man parce que, contrairement à beaucoup d'autres, il est masqué...


Greg Rucka écrit suffisamment bien (quand il le veut) pour mettre en valeur les états d'âme des personnages. La confrontation entre Lois et Jameson (sous les yeux de Clark Kent et Spider-Man) pose la question de l'héroïsme à visage découvert. Quand J.J.J. avoue pourquoi il ne fait pas confiance à Spider-Man (ou à Batman), pour une fois, il l'exprime sans hystérie. Pas mal du tout.

Nicola Scott est une excellente dessinatrice, mais je la trouve toujours aussi emprunté dès qu'elle doit représenter des super-héros, alors que quand elle campe des personnages ordinaires, elle est bien plus à son avantage.

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- BLIND DATE (Gail Simone / Belén Ortega) - Karen Starr se rend à un blind date. Mais le bar où il a lieu est le repaire de super vilains que le Punisher compte bien nettoyer. Power Girl veut bien l'y aider à condition de ne tuer personne...


L'autre épisode rigolo de la collection, et je dois dire que j'ai été très positivement surpris par le script de Gail Simone. D'abord, elle se fiche du crossover, préférant une rencontre improbable entre Power Girl et le Punisher. Ensuite, parce qu'elle s'amuse franchement avec ce pauvre bougre de Paul Rabin (le date de Karen Starr). Et enfin pour la chute, drôlissime sur les emblèmes que les deux personnages portent sur la poitrine.

Belén Ortega illustre ça divinement, en s'amusant visiblement beaucoup dans cette joyeuse déconnade qui boucle ce gros fascicule, forcément inégal mais très au-dessus de Batman/Deadpool. Rendez-vous en Avril pour le match retour avec Spider-Man/Superman

jeudi 26 mars 2026

IRON MAN #3 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Après avoir sauvé MODOK des agents que l'AIM avait envoyé pour l'éliminer, Iron Man apprend qu'une guerre des chefs a éclaté au sein de l'organisation terroristes et que Madame Masque a pris l'ascendant sur ses concurrents. Tony Stark retrouve Luna Lucia mais leur déjeuner est interrompu par l'apparition de Pepper Potts puis un appel de l'agent du SHIELD Melinda May qui a d'autres infos...
 

Il est assez étonnant d'observer comment un même auteur peut se comporter chez deux éditeurs différents. Chez DC évidemment Joshua Williamson est dans son domaine, il est un scénariste qui compte, un architecte, ami avec Scott Snyder, aux commandes de Superman. Il pourrait se la couler douce mais il n'a pas fait tout ce chemin pour rien et il se distingue par son dynamisme.


En acceptant de travailler pour Marvel pour qui il voulait écrire une histoire d'Iron Man, sa position est plus ambivalente. D'un côté Marvel accueille une plume de la concurrence et lui donne ce qu'il souhaite. Mais Williamson sait aussi qu'il n'occupe pas la même place que chez DC, c'est une sorte d'invité de prestige mais sans privilège particulier.


Cette dichotomie est remarquable cette semaine où sortent simultanément Superman #36, un titre où il est désormais bien installé et où il peut s'amuser sans qu'on le lui refuse, et Iron Man #3, une série fraîchement relancée où il doit tout prouver comme s'il partait littéralement de zéro. En conséquence, il se montre plus sage avec Iron Man qu'avec Superman.
  

Certes on ne va exiger qu'il réinvente un personnage en trois mois quand au bout de trois ans il s'autorise à écarter Superman de son propre mensuel. Mais il est indéniable que Williamson avance à pas comptés, avec son histoire en tête mais sans vouloir brusquer personne. On peut trouver ça frileux. Ou simplement raisonnable.

Sur le fond de l'intrigue c'est un épisode en creux : on a la confirmation de ce qu'on soupçonnait déjà, guère plus. Il y a une guerre interne au sein de l'AIM, Madame Masque est en position de force, elle prépare quelque chose contre Iron Man. Sur ce dernier point, Williamson a renseigné le lecteur plus que Tony Stark puisqu'on sait ce qu'elle mijote.

Comme il faut bien avancer malgré tout, après que le centre de l'épisode ait donné lieu à une rencontre embarrassée entre Tony, Luna Lucia et Pepper Potts, qui se croisent par hasard, le lecteur est récompensé quand Iron Man se trouve à nouveau (presque) face à face avec sa némésis. Mais c'est à peu près tout, il faudra s'en contenter.

La véritable surprise, même si elle est très fugace, c'est l'apparition de Citizen V au tout début de l'épisode quand Iron Man s'emploie à sauver MODOK des agents de l'AIM. Qui se cache sous le masque de V ? Pas le baron Zemo (il est présumé mort depuis One World Under Doom et il n'aurait pas couvert les arrières d'Iron Man).

Williamson ne réintroduit pas Citizen V pour rien, on le reverra, et il aura certainement une importance majeure dans l'intrigue à venir. Le scénariste titille le lecteur tout du long dans cet épisode où rien de vraiment important ne se passe mais où rien n'est négligeable non plus. Il ponctue un récit trépidant avec un moment savoureux puis repart au combat. Classique, propre, efficace. Pas moins. Pas plus.

Heureusement que Carmen Carnero est là et très en forme, toujours. Je ne dis pas qu'on s'ennuierait sans elle, mais ses planches, superbes, donnent du relief - mieux de la matière à la critique. Voilà une artiste qui avec peu fait beaucoup. Quand l'action domine, elle compose des plans intenses et épiques. Quand le calme revient, elle souligne l'expressivité des acteurs pour que le lecteur ressente ce qu'ils éprouvent.

Les couleurs de Nolan Woodard donnent à la série un look lumineux, chaleureux et très élégant. On pourrait lire des pages comme ça sans se soucier de rien d'autre tellement c'est simplement beau et valorisant pour un script un brin paresseux.

Il est vain de comparer le Williamson de DC et celui de Marvel, même si évidemment on aimerait qu'il fasse preuve de la même audace partout. Iron Man sous sa direction est encore un peu timoré mais plein de promesses. Assez substantielles pour continuer à voir où il veut en venir.

SUPERMAN #36 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Depuis son combat contre Darkseid, Superman n'a plus donné signe de vie. Superboy Prime ambitionne de le remplacer au sein de la Justice League (qui ne veut pas de lui) et à Metropolis (où Lois Lane tente de le guider). Et s'il trouvait un job, un appartement pour commencer...


Joshua Williamson entame ici sa troisième année sur la série Superman et le scénariste a su, depuis, habilement reconsidérer le personnage, mais surtout étonner le lecteur. Son approche décomplexée, en constante évolution, fait qu'on ne sait jamais à quoi on doit s'attendre. Au terme de DC K.O. pourtant, Superman disparaît...


Il n'est pas mort, simplement... Parti. Il ne s'agit donc pas de faire croire au fan que le man of steel sera absent éternellement. Williamson entreprend, comme il l'a toujours fait, non pas de donner au lecteur ce qu'il attend, ce qu'il aime, mais ce qu'il pourrait aimer - au point de le préférer au statu quo antérieur ? En tout cas Superman #36 est une lecture particulièrement jubilatoire.


Si Superman n'est plus là, en revanche Superboy Prime est désormais la vedette de la série. Originaire de Terre-Prime où tous les héros sont des personnages de comics, il a un passé chargé : lors de Infinite Crisis, il a en effet tué plusieurs justiciers et, encore aujourd'hui, c'est l'image de lui qui prédomine dans les esprits.
 

Toutefois, durant les événements périphériques de DC K.O., il a cherché à se racheter en aidant Lois Lane à transmettre des informations capitales à Doomsday et Superman, affrontant la Légion maudite de Darkseid, et finissant même par rencontrer les parents adoptifs de Clark Kent. Mais que faire de lui à présent ?

Plutôt que de traiter cette question sur un plan narratif (en interrogeant sa place dans l'univers DC en général), Williamson préfère une approche plus directe et donc plus immersive pour le lecteur comme pour le personnage. Sans la figure du modèle de Superman, Superboy Prime doit se faire accepter auprès des autres super héros et aussi se situer dans un monde qui n'est pas le sien.

Concrètement, cela se traduit dans quelques scènes clés : la première, c'est quand Mr. Terrific explique à Lois Lane qu'il n'est pas le bienvenu à la Tour de Guet de la Justice League. Pourquoi ? Parce que, ayant tout lu sur Terre-Prime sur les membres de la JL, il connaît tous leurs secrets. Si quelqu'un venait à sonder son esprit, il récolterait ainsi des informations dangereuses.

La deuxième, c'est quand Lois lui suggère, pour s'intégrer, de trouver du travail comme simple civil. Elle est prête à le pistonner au "Daily Planet", mais il note avec à-propos que toute le monde se demanderait ce qu'un jeune sosie de Clark fiche dans les locaux. Surtout, lui considère qu'être le protecteur de Metropolis est son métier.

La troisième, c'est quand, après avoir affronté un méchant, il aperçoit un comics shop et candidate pour un poste. Ainsi a-t-il un job qui correspond à sa passion pour les illustrés sur les super héros. Williamson parsème son récit de moments savoureux (les filles de la JL en pamoison devant ce bel éphèbe dans la salle de gym de la Watchtower, même si Vixen rappelle qu'il a été un criminel).

Williamson, avec Dan Mora aussi, se pique même, comme aurait pu le faire Grant Morrison ou Alan Moore, de métatextualité, c'est-à-dire la capacité d'un texte à se prendre lui-même pour objet en réfléchissant à sa propre structure, son langage, ses procédés narratifs. Comme Deadpool qui s'adresse au lecteur, Superboy Prime nous prend régulièrement à témoin.

Mora pousse le bouchon jusqu'à, au coeur d'une scène d'action, à ne pas finir d'encrer son dessin (ni à le laisser être colorisé) pour souligner le décalage entre un personnage qui voit tout comme une fiction et qui prend conscience soudain, dans le feu de l'action, qu'il est désormais un acteur de la réalité. C'est brillant.

Mora va encore plus loin en modifiant son style. J'ignore encore s'il s'agit d'une volonté de sa part de distinguer ces épisodes de ceux qu'il a réalisés avec Superman ou s'il s'agit de s'essayer à de nouvelles formes, mais on remarquera que l'apparence de certains personnages se rapprochent du manga (des yeux plus grands, des traits de vitesse, etc.).

En tout cas le procédé est épatant (même si, comme moi, on n'apprécie pas forcément le style manga en général), parce que ça inscrit Superboy Prime dans un subtil décalage constant sur les plans esthétique et narratif. On voit bien qu'il n'est pas d'ici, pas à sa place, qu'il sur-réagit, et que tout ce qu'il y a autour de lui en semble affecté.

Pour toutes ces raisons (et d'autres encore que je vous laisse découvrir), Superman #36 est brillant, confirmant l'inspiration lumineuse de son auteur et sa complicité avec son dessinateur, sur la même longueur d'ondes. La dernière page montre même l'adversaire, tapi dans l'ombre, qui attend Superboy Prime et ajoute au trouble délectable de l'entreprise...

mercredi 25 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #25 : DEATH SPIRAL #5 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness)


Eddie Brock sans connaissance à l'intérieur de Carnage, ce dernier propose à Torment d'être son nouvel hôte mais le tueur en série refuse et profite de la confusion qui s'ensuit pour s'enfuir. Eddie Brock revient à lui et reprend le contrôle de Carnage pour expliquer le modus operandi de Torment. Spider-Man et Venom comprennent alors qui pourraient être ses prochaines cibles...


Récemment Todd McFarlane, qui illustra un run resté dans les mémoires de Spider-Man, avant de fonder (avec d'autres) Image Comics au début des années 90 où il créa son héros Spawn, expliquait qu'entre un comic book bien écrit mais mal dessiné et un autre mal écrit mais bien dessiné, il préférait la seconde option.
 

Ceci étant dit, ce brave Todd ne nous disait pas ce qu'il pensait d'un comic book mal écrit et mal dessiné ou surtout d'un comic book bien écrit et bien dessiné, ce qui existe aussi... Mais bon, suite à cette déclaration, il a dû ouvrir son parapluie car bon nombre d'auteurs et artistes ont qualifié sa sortie de stupide justement parce que le propre d'un comic book, c'était la collaboration entre un auteur et un artiste pour produire de leur mieux.


Toutefois, là où McFarlane n'a pas tort, c'est que la bande dessinée étant un art considéré avant tout comme visuel (alors qu'en vérité il est mixte par nature), les lecteurs vont plus facilement vers un livre dont le dessin les séduit que vers un scénario dont ils ne peuvent mesurer la qualité qu'en lisant le comic book.


A sa manière, c'est qu'illustre (c'est le cas de le dire) ce cinquième chapitre de Death Spiral dans Amazing Spider-Man #25. Si on veut être parfaitement honnête, ce crossover est déjà laborieux et heureusement que Marvel a décidé de le publier hebdomadairement sinon il serait vraiment interminable.

Mais surtout sa vraie qualité se situe dans ses dessins. De ce côté, l'éditeur a gâté les fans avec Jesus Saiz (même si son travail actuel est très loin d'être ce qu'il a fait de mieux), Carlos Gomez et Ed McGuinness. Cette semaine, c'est ce dernier qui rempile et j'ai envie de dire : "heureusement" parce qu'il semble le seul à vraiment s'amuser avec cette intrigue poussive.

Chacune de ses pages déborde d'une énergie juvénile : il ne fait pas ses 52 ans (le bougre, alors que moi, après un week-end pourri comme celui que j'ai passé, je me suis bien rappelé que j'allais vers mes 53 ce Vendredi). Et ça fait plaisir de voir un mec aussi cool, qui découpage son épisode avec un tel dynamisme.

On a presque l'impression de l'entendre penser quand on examine ses dessins, comme s'il disait : "cette histoire est bigrement débile, alors rendons-là au moins fun visuellement". Rien que pour ça, il a ma reconnaissance. Je n'ai pas toujours été fan de ce qu'il faisait, j'ai eu le sentiment qu'il s'égarait dans des projets improbables, mais sur Spider-Man, j'en redemande.

Alors qu'en comparaison, Joe Kelly... Mais qu'est-il arrivé à Joe Kelly ? Ce scénariste a écrit un fantastique run de la JLA (dispo en intégralité chez Urban en vf), il fait partie du collectif Man of Action (qui a produit, entre autres, Ben 10). Et il rempile sur Amazing Spider-Man pour un run qui, dès le début, ne m'a pas emballé.

Et le voilà embarqué dans ce crossover un peu moisi où il fait, semble-t-il, le strict minimum, en attendant que ça passe (puisqu'on ne lui a certainement pas demandé s'il était d'accord). Comme la semaine dernière, le peu qui se déroule ici aurait tenu en moitié moins de pages, même si c'est nettement plus palpitant (au début et à la fin - le milieu étant à nouveau terriblement mou).

J'ai l'impression qu'écrire ces grosses séries comme Amazing Spider-Man ou Avengers casse les auteurs qui s'y collent. Le rythme est effrayant, la pression écrasante, les editors interventionnistes. Evidemment, c'est aussi gratifiant parce que c'est la série que tout le monde rêve de faire. Mais à quel prix ? Il faut être solide comme Dan Slott pour survivre à ça (et même lui a du mal à rebondir depuis).

Bref, Death Spiral vaudra surtout, j'ai l'impression, pour sa partie graphique (et les épisodes de Venom par Al Ewing et Carlos Gomez). Je ne pense pas qu'il en sortira grand-chose de révolutionnaire pour Spidey (dont le millième épisode approche et mobilisera certainement plus Marvel) ou Venom. Et qui se soucie encore de Carnage ou de ce qu'il adviendra de ce Torment ?