jeudi 12 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 2 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / Andrei Bressan, Javier Garron, Gavin Guidry, David Marquez)


UNCANNY X-MEN, VOL. 2 : THE DARK ARTERY
(Uncanny X-Men #9-16)


- #9-10 : OFF THE LEASH (Gail Simone / Andrei Bressan) - Larry Trask a mis au point de nouvelles sentinelles à l'apparence d'une meute de loups robotiques. Elle est lâchée dans un centre commercial où les Outliers se trouvent. Deathdream est gravement blessé. Wolverine, Diablo et Jubilé secourent leurs protégés...


Ce deuxième tome est composé d'histoires courtes, à l'exception de l'arc qui donne lui donne son titre et qui compte quatre épisodes. Gail Simone tente de profiter de cette construction dans un premier temps pour donner plus de consistance aux Outliers, ces quatre jeunes mutants qu'ont recueilli les Uncanny X-Men dans un récit en deux parties.

Le résultat n'est guère concluant. Mais à qui la faute ? Les Outliers ont du mal à exister et à être attachants : leurs pouvoirs sont difficilement explicables, leur design peu ouvragé, et on plutôt le sentiment que la scénariste les a créés pour signifier son apport à la série (et à la mythologie mutante du coup) à défaut d'avoir été franchement inspirée pour en faire des personnages originaux et marquants.

Comme je l'ai déjà dit, Simone aurait pu s'en passer en utilisant de jeunes mutants déjà existant et négligés, ce n'est pas ce qui manque, et il y en a tellement de plus intéressant que Calico, Jitter, Ransom et Deathdream. Par ailleurs, wokiste assumée, la scénariste ne peut s'empêcher de faire des deux filles (Calico et Jitter) des lesbiennes, de Ransom un sud-américain à la peau noire et de Deathdream un japonais : tous les quotas sont remplis, n'en jetez plus !

Parce qu'on se fiche d'eux, on se fiche forcément de ce qui peut leur arriver, comme quand Calico a été capturée en même temps que Jubilé précédemment, ou que le groupe doit faire face à une meute de loups robotiques. Simone joue avec le sort réservé à Deathdream à deux reprises dans ce tome, comme si elle promettait quelque chose au lecteur sans se résoudre à aller au bout de son idée.

Pour ne rien arranger, David Marquez et Javier Garron occupés ailleurs, ces deux épisodes sont illustrés par Andrei Bressan qui, sans être dénué de talent, semble avoir réalisé ses planches à l'arrache, sans grand soin. Le résultat laisse à désirer, comme si l'artiste n'était guère impliqué dans ce travail de commande.  


- #11 : X-MANHUNT, CHAPTER ONE : ECHOES OF MADNESS (Gail Simone / Javier Garron) - Xandra, l'impératrice Shi'ar et fille de Charles Xavier, est capturée par des rebelles qui ne reconnaissent pas son autorité. Avec l'aide de Sarah Gaunt, Xavier s'évade de Graymalkin alors que le Dr. Ellis a appelé les Uncanny X-Men à l'aide pour l'en empêcher...

X-Manhunt est le deuxième crossover initié par l'editor Tom Brevoort, mais cette fois, il a vu les choses en grand et a imposé à ses auteurs que l'histoire traverse toutes les séries X du moment. Pour lire tout ça, il faut donc avoir acheté dans l'ordre Uncanny X-Men #11, NYX #9, Storm #6, X-Men #13, X-Factor #8, Exceptional X-Men #7, X-Force #9 et enfin X-Manhunt Omega #1.

Gail Simone a l'insigne honneur de lancer cette saga et en vérité on peut s'en contenter car l'objectif de l'affaire, c'est de délivrer Charles Xavier de Graymalkin et, disons-le, de s'en débarrasser puisqu'il est à nouveau devenu indésirable auprès des mutants. Donc, sa fille Xandra, devenue impératrice des shi'ar, est capturée par des rebelles qui lui reproche d'être mi-humaine, mi-Shi'ar, et il vole à son secours.

Fallait-il 8 épisodes pour raconter ça ? J'en doute. Mais si ça se trouve, pourquoi pas ? Je n'ai pas lu X-Manhunt en totalité, donc je ne vais pas juger. Ce qui me semble certain en tout cas, c'est qu'on finira par revoir et réhabiliter Charles Xavier, comme c'est la coutume. Le bon vieux professeur est quand même, avec Magneto, le mentor de la mutanité. 

En attendant, il va passer quelque temps dans l'espace, aux côtés de sa chère Lilandra Neramani et de leur fille. Et si ça se trouve, ce seront les X-Men qui iront le rechercher pour lui demander de reprendre sa place de leader... C'est comme ça depuis un bail : "je t'aime... Moi non plus", comme chantait Gainsbourg avec Jane Birkin (ou Brigitte Bardot, selon vos préférences).

Javier Garron signe à cette occasion son dernier épisode d'Uncanny X-Men. Il s'en acquitte avec son talent habituel et je regrette encore une fois que Brevoort ne l'ait pas gardé sur la série en alternance avec Marquez.


- # 12 : SOME KINDA WAY (Gail Simone / Gavin Guidry) - Gambit s'absente pour une journée afin de rencontrer une vieille connaissance et lui rembourser définitivement une dette...

Un petit intermède done-in-one avec ce douzième numéro qui montre Gambit dans sa jeunesse et aujourd'hui aux prises avec The Vig, un mutant appartenant comme lui à la Guilde des Voleurs et dont il est redevable de l'avoir formé. Mais Rémy Lebeau décide cette fois de régler cette dette une bonne fois pour toute.

Gail Simone, depuis le début de son run, a deux chouchous affichés et c'est le couple Malicia-Gambit. Elle consacre donc un épisode entier au cajun en réussissant l'exploit de n'avoir rien à dire d'original sur son compte. C'est vraiment un script qui aurait pu être rédigé par une IA tellement c'est creux et inutile, sans âme.

Un peu à l'image de la prestation de Gavin Guidry au dessin. S'il réussit une jolie scène de combat entre Gambit et the Vig, le reste est très quelconque. Guidry a du potentiel, mais il peine à l'exprimer et on a l'impression qu'il lui manque quelque chose, qu'un encreur certainement pourrait lui apporter ou beaucoup de travail : ce qu'on pourrait appeler de la substance, de la consistance.
   

- #13-16 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio) - Le dragon Sadurang rend une visite à Gambit pour lui révéler une chose importante à propos de l'Oeil d'Agamatto qu'il lui a volé... Cependant, les Outliers, menés par Deathdream s'aventurent jusqu'à une crypte dans le bayou où les attend Henrietta Benjamin, gardienne de l'endroit avec Man-Thing.
 

Elle se cherche un remplaçant après avoir emprisonné là, dans la Pénombre, des humains qui, depuis un siècle, ont persécuté les mutants... Lorsque Gambit s'aperçoit de l'absence des jeunes mutants, il part, avec Malicia, Jubilé, Diablo et Wolverine, à leur recherche...

Et enfin, on arrive au plat de résistance avec cet arc narratif en quatre chapitres. la franchise X est tellement riche que les auteurs qui en héritent ont deux options : soit ils composent avec ce qu'elle comporte déjà, soit ils cherchent à y apporter de nouvelles idées, quitte évidemment à ce qu'elles ne rivalisent pas avec les anciennes.
 

Gail Simone est, cet égard, comme Tom Taylor, avec lequel elle est amie d'ailleurs, et donc elle aime contribuer à enrichir le matériau de base dont elle s'occupe, au risque d'inventer des personnages, des situations, des intrigues bien moins fortes que celles de ses prédécesseurs. C'est un peu ce qui se produit ici avec The Dark Artery.

Elle commence par nous présenter Henrietta Benjamin, une mutante afro-américaine de la fin du XIXème-début du XXème siècle. Elle quitte Chicago pour Haven en Louisiane, là où habitent actuellement les Uncanny X-Men. La jeune femme est belle, élégamment vêtue, on devine qu'elle jouit d'une bonne place dans la société, ce qui intrigue quand on sait comment les noirs américains se situaient encore à cette époque.

Pendant un moment, on ignore le but de son voyage et quel rapport entre son histoire et celle des Uncanny X-Men. Simone alterne les scènes du passé et du présent, et ces dernières sont plus accrocheuses, plus riches en révélations. Notamment concernant Gambit et l'Oeil d'Agamotto qu'il a subtilisé au dragon Sadurang dans le premier épisode de la série.

La scénariste introduit à cette occasion un élément dramatique amené à être exploité dans le futur, mais je ne vais pas vous le spoiler car j'ignore où en est la parution de ces épisodes en vf. Ensuite, on suit les Outliers qui, à l'initiative de Deathdream, s'aventurent dans le bayou à la découverte d'une crypte bien sinistre où les attend Man-Thing et... Henrietta Benjamin.

Celle-ci n'a pas vieilli bien que son apparence ait changé sensiblement à cause de ses pouvoirs. Simone nous raconte alors une histoire de remplacement de gardien d'une espèce de dimension appelée la Pénombre et on comprend que l'un des Outliers, certainement Deathdream, est l'élu. Mais évidemment, ses amis refusent qu'il se sacrifie pour cette besogne.

Et évidemment quand les Uncanny X-Men s'aperçoivent que les jeunes sont absents, ils partent les chercher... Ce n'est pas désagréable à suivre, mais il y a un problème. Déjà dans les deux premiers épisodes de ce tome, Simone semblait vouloir réserver un sort particulier à Deathdream, et elle y revient avec cette histoire de Pénombre et de gardien.

Le souci, c'est que Simone, même si elle échoue assez lamentablement à rendre ces Outliers intéressants, ne se résout pas non plus à les lâcher, ne serait-ce qu'un. Elle fait comme si, mais en fait elle n'en a pas l'intention. A moins que Deathdream soit devenu votre personnage préféré, peu de chance que les manoeuvres de la scénariste vous fassent vibrer donc.

Bref, sans trop en dire non plus, à la fin de cette histoire, rien n'a bougé. Et il y a ce côté "tout ça pour ça" qui domine. Si le travail d'un auteur se résume à mener son lectorat par le bout du nez mais sans lui donner au bout du compte, alors Gail Simone est une championne de l'exercice car la vérité est qu'on peut très bien ignorer la totalité de cette histoire sans que cela gêne la lecture de ce qui la suit.

Excepté ce que révèle Sadurang à Gambit, il n'y a rien strictement rien à retenir de ces quatre épisodes. A la fin, tout le monde rentre à la maison, comme si rien ne s'était passé, et ça m'étonnerait fort que même Simone revienne sur la petite escapade des Outliers et des Uncanny X-Men dans la Pénombre. C'est à l'image du tome tout entier qui ressemble à une collection d'épisodes de remplissage sans conséquence.

Au dessin David Marquez est excellent, même si sur le #16 il tire la langue et doit recevoir le renfort de Luciano Vecchio (qui paraît y avoir gagné le poste de deuxième artiste de la série depuis). Marquez est parfait dans les scènes d'action et sait transcrire l'ambiance lugubre du périple des Outliers. Vecchio a un trait plus lisse, avec moins de caractère.

Ce tome 2 de Uncanny X-Men n'est donc pas très bon, en tout cas moins que le premier. Pris entre des histoires brèves et sans consistance, l'amorce d'un crossover qui laisse indifférent, et un arc plus conséquent mais sans répercussions, le lecteur a du mal à se passionner. Le troisième volume rectifiera--il le tir ?

BLACK CAT #7 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


De fort mauvaise humeur après avoir commis l'erreur de lire les commentaires sur Internet à son sujet, Black Cat appelle son ami Boris pour qu'il lui trouve une mission. Toutefois, il s'en présente une à elle spontanément quand Mary Jane Watson, à qui elle doit une faveur, lui demande de l'aider à récupérer un enregistrement vidéo compromettant pour sa carrière d'actrice et se trouvant dans... La zone négative !


Combien de comics pourriez-vous spontanément citer que vous qualifieriez de feel good ? Pas de masses ces temps-ci, je pense. Evidemment, c'est un peu la règle du jeu de ce genre de littérature : le drame, le mélodrame, sont de mise, il faut que les héros soient toujours confrontés à des crises, intérieures ou extérieures à eux-mêmes.


C'est un peu l'équivalent de la célèbre formule : "on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments". Mais, et c'est peut-être ce qui correspond à l'époque, les auteurs de comics n'ont pas le coeur léger, ou du moins le coeur à nous faire rigoler. Qui oserait aujourd'hui écrire un titre comme Justice League International à la place de Justice League Unlimited ?


C'est pareil chez Marvel : qui oserait refaire un coup aussi détonant que Nextwave ? Même les jeunes super héros qui apportèrent un vent de fraîcheur à leur apparition, comme Miles Morales ou Kamala Kahn, sont devenus bien sérieux (pour peu qu'ils apparaissent quelque part et qu'ils aient un scénariste convenable).


La co-créatrice (avec Adrian Alphona) de Kamala Kahn tente quand même l'impossible avec Black Cat qui, au fil des mois, est devenu ma série feel good. Je n'attendais rien de cette production qui a réussi à me charmer, à me distraire, et qui continue, même sous la menace d'une probable annulation comme la rumeur le laisse entendre.

Encore une fois, cet épisode prouve qu'on peut délivrer les éléments de langage propres aux comics traditionnels (avec du drame, de l'action, du suspense, de l'aventure) sans se prendre trop au sérieux. Ce qui accréditera les soupçons d'annulation prochaine, c'est que, à nouveau, Felicia Hardy fait équipe avec un personnage populaire et on sait que ce procédé est censé attirer des lecteurs jusqu'ici indifférents.

La couverture montre donc Black Cat et Venom mais aussi Mary Jane Watson. Si vous ne suivez pas l'actuelle série Venom, écrite par Al Ewing, je suis désolé de vous spoiler mais sachez qu'à présent l'hôte du symbiote n'est autre que MJ Watson. L'idée peut sembler saugrenue, pourtant Ewing a réussi à la rendre pertinente et surtout à renouveler de manière tonique la série Venom grâce à elle. (Promis, dès que je trouve du temps, j'y reviendrai.)

Avant cela, Felicia Hardy se rend compte que ses récentes mésaventures sont toujours au coeur des discussions et alimentent les commentaires de haters sur les réseaux sociaux (sa sortie avec Daredevil le mois dernier lui vaut des remarques acerbes des fans de l'homme sans peur). Pourtant, elle n'en démord pas et persévère dans son désir de convaincre qu'elle peut être du bon côté de la loi.

C'est là que Mary Jane croise son chemin sous l'apparence de Venom. Comme elle avait payé sa caution la dernière fois qu'elle a été arrêtée, elle convainc Black Cat de l'aider en retour à récupérer un enregistrement vidéo qui compromet sa carrière si un maître-chanteur la fait circuler. Problème : ledit enregistrement est à l'abri dans la zone négative !

Cette histoire est en deux parties et la conclusion aura lieu le mois prochain. G. Willow Wilson prend son temps pour exposer ce qu'elle doit afin que le lecteur ne soit pas perdu : elle explique donc comment MJ est devenue Venom, pourquoi elle a besoin de Black Cat, comment accéder à la zone négative (sans passer par le Baxter building), etc.

Si c'est donc un peu décompressé, on ne s'ennuie pas. Les planches de Gleb Melnikov, de retour après le break du mois dernier, sont toujours aussi énergiques, avec un découpage ingénieux, qui met aussi bien valeur l'accablement qui gagne Black Cat que les apparitions de Venom. C'est un plaisir de voir à quel point l'artiste traduit bien visuellement ce script.

Et j'espère vraiment, mais vraiment, que Marvel ne va pas annuler cette délicieuse série au #10. Parce qu'on a enfin une bonne équipe créative pour faire vivre Black Cat, que c'est une série si fun. Ce serait là, pour le coup, pas du tout feel good.

mercredi 11 février 2026

DC K.O. #4 (of 5) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Javi Fernandez, Xermanico)

SPOILER AHEAD !


Lex Luthor, le Joker, Wonder Woman et Superman font face aux Absolutes et Booster Gold, possédés par Darkseid. La bataille s'engage à peine que le Joker change de camp et, peu après, Batman resurgit, ayant trompé Darkseid en se reliant à une boîte-mère pour échapper à la mort...


Evidemment quand on rédige une critique sur une mini-série ou un event mois après mois, et que la fin approche, il est compliqué d'éviter les spoilers. Dans le cas de DC K.O., Scott Snyder évente dès le pénultième épisode un élément clé sur le rôle d'un des participants et j'ai quand même essayé de ne pas trop "divulgâcher" cet élément.


Mais en même temps la couverture de ce numéro en dit déjà beaucoup sur ce qui se joue l'intérieur puisque ce quatrième round oppose les héros de l'univers classique de DC à ceux de l'univers Absolute, bien que ces derniers soient sous l'emprise de Darkseid. Leur présence en soi n'a rien de très surprenant, il était inévitable que les deux versions de ces personnages finissent un jour par se rencontrer...


... Et sans doute n'est qu'un premier rendez-vous avant qu'un jour on ait droit à un crossover en bonne et due forme où seront également présent les Absolute Green Lantern, Flash, peut-être Martian Manhunter (même si je reconnais que ça me chagrinerait car ça banaliserait grandement la série magnifique de Camp et Rodriguez), voire Green Arrow (qui va bientôt arriver).


Bref, il n'a beau rester plus que quatre finalistes, ce n'est pas une raison pour croire que Snyder va se calmer. Il y a de la baston et ça cogne dur. Le Joker trahit tout le monde très vite en changeant de camp, personne ne retient ses coups. Et on a même droit au come-back de Batman - pas vraiment inattendu là non plus car que serait un event DC sans Batman (surtout qu'il était sorti du tournoi très - trop - vite).

En vérité, l'épisode pèche par sa prévisibilité. Snyder s'emploie encore à imaginer des rebondissements spectaculaires et même grand-guignolesques, mais ça fonctionne un peu à vide cette fois. Impossible de croire que les champions du DCU et les Absolutes vont vraiment se battre à mort pour la couronne du Roi Oméga.

Tout est en fait surtout là pour montrer le retour de Darkseid lui-même. Sa réapparition est juste énorme (comme on peut le voir sur la double page ci-dessus) et la démesure avec laquelle il s'affiche donne le ton pour le cinquième et dernier épisode du mois prochain qui risque de faire passer ce qu'on a vu jusqu'alors pour une petite bagarre de quartier.

Toutefois, si on se souvient de la déclaration d'intention de Snyder, comme quoi DC K.O. était à Superman ce que Metal fut à Batman et Death Metal à Wonder Woman, le scénariste réserve une surprise de choix en conclusion de ce numéro. L'home d'acier est-il vraiment le challenger qui va défier l'ancien maître d'Apokolips ?

Ce twist est d'autant plus surprenant que les sollicitations DC pour Avril indiquent une histoire intitulée Reign of Supermen et qui impacte plusieurs titres (Superman, Action Comics, Supergirl et Superman Unlimited)... Mais dont Superman sera absent ! Cela signifie donc que le dénouement de DC K.O. aura une vraie conséquence pour Kal-El...

Joshua Williamson intervient à nouveau sur ce numéro pour la back-up story : il s'agit de quelques pages situées à la fin de l'épisode, après le cliffhanger traditionnel, et qui met en scène Saturn Girl face à Darkseid pour une révélation que le lecteur connait déjà depuis un moment. J'avoue ne pas avoir bien saisi la nécessité de ces pages, même si elles sont superbement dessinées par Xermanico. Disons que c'est un peu redondant.

L'épisode lui-même est illustré par Javi Fernandez qui aura affiché une grande forme tout au long de la saga. Encore une fois il sait mettre en valeur la puissance des personnages et de leurs affrontements dans des découpages vifs et parfaitement composées. La lisibilité de tout cela est irréprochable et sert à merveille le délire de Snyder sans en rajouter.

Si DC K.O. #4 déçoit un peu, la lecture reste très entraînante et on a hâte de connaître la fin de ce qui a été un event à l'argument très simple mais très efficace, un vrai divertissement, tonique, baroque, et disons-le amusant.

*

Ci-dessous, la couverture undressed de DC K.O. #4 par Javi Fernandez :
 

mardi 10 février 2026

X-MEN : RAID ON GRAYMALKIN (Jed MacKay, Gail Simone / Ryan Stegman, David Marquez, Edgar Salazar, Federico Vicentini, Javier Garron, Netho Diaz)


X-MEN : RAID ON GRAYMALKIN
(X-Men #8-9-10 &
Uncanny X-Men #7-8)


L'équipe des X-Men dirigée par Cyclope est basée en Alaska et le Fauve se rend à Merle pour y rencontrer les shérif. Il est arrêté et capturé en chemin par une équipe des forces paramilitaires du Dr. Corinna Ellis qui l'enferme dans une cellule du manoir de Graymalkin, l'ancien institut Charles Xavier reconverti en prison. Elle va le livrer au gouvernement de Terra Verde pour les exactions qu'il y a commises. Hank McCoy retrouve au manoir, parmi d'autres détenus mutants, Jubilé et Calico...


En apprenant la capture de Calico et Jubilé, Malicia décide d'aller les libérer et contacte Cyclope qui désapprouve d'abord son plan avant de se raviser lorsqu'il apprend l'enlèvement du Fauve. L'équipe de Cyclope attaque le manoir de Graymalkin où elle retrouve celle de Malicia. Les deux formations s'affrontent d'abord avant de revenir à la raison lorsque Calico, Jubilé et le Fauve s'évadent...


C'est alors que le Dr. Ellis lâche sur eux les mutants qu'elle a convaincus de collaborer avec elle. Diablo et Psylocke profitent du chaos pour aller libérer le professeur Charles Xavier, également retenu dans ces murs. Ellis fait alors appel aux services de Phillip Scurvy, un télépathe surpuissant pour empêcher cela...


Ce crossover entre les séries X-Men et Uncanny X-Men est symptomatique de la méthode Tom Brevoort sur la franchise X : à peine les deux deux titres ont-ils achevé leur premier arc qu'il organise leur réunion et leur affrontement. L'affaire a cependant le mérite de ne pas prendre trop de temps : 4 épisodes plus un cinquième qui montre les conséquences des actions de l'équipe de Cyclope.


Après la fin de l'ère Krakoa, les mutants sont donc dispersés et les deux équipes les plus emblématiques résident aux extrémités de l'Amérique du Nord : Cyclope et ses fidèles sont basés en Alaska tandis que la bande à Malicia habitent en Louisiane. Si Malicia et compagnie se tiennent à l'écart des humains, ne désirant plus chercher à cohabiter avec eux, Cyclope et les siens sont plus actifs et enquêtent sur des mutants dont les pouvoirs se manifestent non pas à la puberté mais à l'âge adulte.

Pour justifier la réunion des deux formations, Jed MacKay et Gail Simone ont un argument tout trouvé : l'institut pour jeunes surdoués de Charles Xavier à Graymalkin, Wortchester, est devenu la propriété du Dr. Corinna Ellis qui l'a transformé en prison pour mutants. Elle tire ses financements de plusieurs sources, notamment de la Terra Verde, un pays (fictif) d'Amérique latine.

Ceux qui ont lu X-Force durant l'ère Krakoa se souviennent que le Fauve y a mené des exactions, révélant son côté le plus sombre, prêt à tout pour assurer la protection de l'Etat mutant. Aujourd'hui, Ellis le fait capturer pour le livrer aux autorités de la Terra Verde pour ses crimes passés en échange d'un gros chèque.

En parallèle, dans Uncanny X-Men #6, on a assisté à la capture de Jubilé (qui faisait des courses en compagnie de Diablo) et de Calico (une des Outliers qui faisait sa rentrée scolaire) par les mêmes sbires de Ellis. Les deux filles retrouvent donc le Fauve au réfectoire du manoir. Malicia apprend que ses amies sont portées disparues grâce à Diablo tandis que Cyclope ne découvre le kidnapping du Fauve qu'ensuite.

Le reste aboutit donc aux assauts conjugués des deux équipes sur Graymalkin, chacune pour libérer leurs amis. Mais la mission va se compliquer quand Malicia entreprend de sortir Charles Xavier de là alors que Cyclope y est fermement opposé, considérant que Xavier les a toujours manipulés, trahis et qu'il mérite de rester incarcéré.

Ces épisodes ayant déjà été traduits en vf par Panini, je ne spoile rien en disant que chacun repartira avec ceux qu'ils sont venus chercher, mais que Xavier restera effectivement dans sa cellule. Cela aboutit à un énième schisme entre mutants : Malicia ne pardonnant pas à Cyclope d'avoir abandonné Xavier. 

L'album se termine par un épisode de X-Men où Cyclope répond à Lundqvist, leader de O.N.E. (Office of National Emergency) qui veille au respect de la loi par les mutants en Alaska, de ses actions à Graymalkin. L'échange est tendu et Cyclope l'emporte sur le fil en menaçant Lundqvist : s'il l'arrête ou s'en prend aux mutants, alors sa femme (Jean Grey/Phénix) reviendra et détruira tous les humains en représailles !

Tout ça n'est franchement pas très bon. Pas nul, mais pas bon non plus. On assiste à un affrontement idéologique entre Malicia et Cyclope comme jadis entre Wolverine et Cyclope (la mini Schism), c'est du réchauffé. En même temps durant le raid sur Graymalkin, X-Men et Uncanny X-Men prennent quand même le temps de plaisanter et finalement Ellis laisse filer tout le monde.

Jed MacKay et Gail Simone auraient pu en profiter pour expliquer pourquoi les deux équipes (et les mutants en général) se sont dispersés depuis la chute de Krakoa. Mais on sent que Brevoort n'a pas envie de justifier cela et donc ça reste injustifié. Tout juste doit-on se contenter d'une équipe (X-Men) qui continue à défendre des mutants en s'opposant aux autorités et une autre (Uncanny X-Men) qui continue à vivre de manière isolée (la Louisiane se substituant à l'île de Krakoa en somme).

Tout cela révèle un manque flagrant de direction sur toute la franchise. Non seulement les séries ne communiquent plus vraiment entre elles, mais surtout tous ces mutants qui formaient il n'y a pas si longtemps une communauté unie, un Etat, sont désormais artificiellement décomposés, comme si rien ne subsistait du passé récent (bon, maintenant, Brevoort a annoncé X-Men United, qui pourrait revenir sur ce statu quo..).   

Même si Jonathan Hickman avait prévu la fin de Krakoa dans sa saga initiale, il n'en reste pas moins qu'avec la reprise en main de la franchise X par Brevoort, priorité est donnée à la multiplication de séries sans qu'on saisisse très bien pourquoi qui choisit tel camp (Forge avec X-Force, Angel puis Havok avec X-Factor, Kitty Pryde et Emma Frost avec Exceptional X-Men, Ms Marvel avec Nyx).

Hickman avait trouvé avec Krakoa, la nation X, le moyen de réunir tous les mutants (ou quasi) sous un même "toit" et en le justifiant intelligemment et audacieusement. Brevoort revient à une logique plus marchande : sans refuge commun, les mutants sont aux quatre vents et donc on lance plein de séries pour montrer où ils sont, ce qu'ils deviennent, même si, pour la plupart, c'est absurde.

En revanche, l'intrigue de Raid on Graymalkin est plus un prétexte pour évoquer l'éléphant dans pièce (Charles Xavier) que pour motiver la libération du Fauve, Calico et Jubilé. Xavier a une fois de plus dérapé à la fin de l'ère Krakoa : mérite-t-il, comme le pense Cyclope, qu'il paie et reste enfermé ? Ou qu'on le libère lui aussi car il reste le mentor des mutants ? Ce sera tranché plus tard, avec le crossover (impliquant cette fois toutes les séries X) X-Manhunt.

Visuellement, ce crossover voit défiler pas moins de six artistes pour cinq épisodes. Ryan Stegman dessine seul X-Men #8 puis reçoit le renfort de Federico Vicentini sur le #9 avant d'être carrément remplacé par Netho Diaz sur le #10. Dans tous les cas, c'est assez médiocre, en plus d'être donc très inégal.

David Marquez est aidé par Edgar Salazar sur Uncanny X-Men #7, puis remplacé par Javier Garron sur le #8. C'est déjà plus concluant et j'aurai adoré que Marquez et Garron restent les deux artistes réguliers, en alternance, sur UXM. Cela aura permis à chacun de souffler tout en maintenant de la qualité sur cette cadence effrénée de 18 épisodes/an. 

Cette parenthèse, superflue, refermée, Jed MacKay et Gail Simone vont pouvoir reprendre leurs séries tranquillement... Jusqu'à X-Manhunt.

dimanche 8 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 1 : RED WAVE (Gail Simone / Javier Garron, David Marquez)

 

UNCANNY X-MEN, VOL. 1 : RED WAVE
(X-Men #35 + Free Comic Book Day 2024 : X-Men
Uncanny X-Men #1-6)


- X-MEN #35 (2021) (Gail Simone / Javier Garron) - La chute et la disparition de Krakoa entraîne la dispersion des mutants. Malicia et Gambit trouvent refuge en Louisiane où ils réfléchissent à leur avenir...


- FREE COMIC BOOK DAY : X-MEN (2024) (Gail Simone / David Marquez) - Jubilé observe l'installation dans l'ancien institut Charles Xavier du Dr. Corinna Ellis et de ses hommes. Elle part en moto et manque d'être renversée par de jeunes chauffards qu'elle retrouve dans un diner en train de harceler une jeune serveuse mutante...


- UNCANNY X-MEN (#1-5) : RED WAVE (Gail Simone / David Marquez) - Wolverine a donné rendez-vous à Malicia et Gambit au Mexique pour l'aider à affronter le dragon Sadurang qui possède l'autre Oeil d'Agamotto. Gambit réussit à le lui dérober et promet de le lui restituer dans un an s'il part de la région. Le trio rejoint Diablo dans un hôpital où un jeune mutant, Harvey, très malade, rêve de les rencontrer. Il meurt peu après leur visite. Diablo reste réconforter les parents.
 

Malicia et Wolverine suivent ensuite Gambit chez un ami, Marcus, qui les héberge. Alors qu'ils parlent de l'avenir au coin d'un feu, ils voient sortir de la forêt quatre adolescents qui viennent leur demander de l'aide contre une sorcière. Au manoir de Graymalkin, le Dr. Corinna Ellis détient plusieurs prisonniers mutants dont la plupart acceptent de collaborer avec elle.


Diablo rejoint Malicia, Gambit et Wolverine afin d'entraîner les quatre jeunes mutants - Calico, Jitter, Ransom et Deathdream. Wolverine décide de quitter le groupe pour inspecter les forêts environnantes et tombe sur la sorcière mentionnée par leurs recrues. La bataille tourne au désavantage de Logan...


- UNCANNY X-MEN (#6) : THE CHANGE IN OURSELVES (Gail Simone / Javier Garron) - Gambit convainc les quatre jeunes mutants de se rescolariser dans un collège voisin. Mais ils sont aussitôt harcelés par une bande d'élèves et Calico et enlevée par les sbires du Dr. Ellis, tout comme Jubilé alors qu'elle était en train de faire des courses en ville avec Diablo...


En Juin 2024 paraît X-Men (Vol. 6) #34, qui est aussi le 700ème n° de la série. Il marque la fin de ce qu'on appelle l'ère Krakoa initié en 2019 par Jonathan Hickman avec les mini-séries House of X/Powers of X. Un succès critique et commercial, narrativement audacieux, qui a vu les mutants devenir une communauté sur l'île de Krakoa et un Etat souverain.


Le départ de Hickman en 2021, suite à des désaccords éditoriaux avec Jordan White, l'editor des titres X (le scénariste avait prévu une saga en trois actes, son responsable éditorial refusera de suivre ce plan pour exploiter le filon plus longtemps), conduira à une conclusion confuse mais avec un ultime épisode plus satisfaisant, en forme d'adieu à cette période.

White est muté sur une autre franchise et c'est Tom Brevoort, un vétéran chez Marvel, qui reprend en main les mutants. Son ambition : reproduire ce qu'il a accompli sur la licence Avengers dans les années 2000-2010, un triomphe commercial en parallèle de celui des films du MCU. Il recrute de nouveaux auteurs et artistes, relance les titres au #1.

Les deux vaisseaux amiraux sont les séries X-Men, confiée à Jed MacKay, et Uncanny X-Men, confiée à Gail Simone. Ce dernier choix peut surprendre dans la mesure où la scénariste s'était quasiment retiré du monde des comics et des gros éditeurs, mais sa personnalité affable a dû convaincre Brevoort qu'elle saurait apporter un nouveau souffle au titre.

D'ailleurs elle et MacKay signent le segment final de X-Men (vol. 6) #35/700, qui est une sorte de teaser pour la relance complète de la collection X. Tandis que Charles Xavier est incarcéré, il observe ses anciens élèves dispersés en train de refaire leur vie après Krakoa, notamment Malicia et Gambit qui se sont retirés en Lousiane avec l'intention de raccrocher leurs uniformes de X-Men.

Puis lors du Free Comic Book Day 2024, on peut découvrir quelques pages de la nouvelle version de Uncanny X-Men (avec une preview aussi de l'event Blood Hunt), dans laquelle Jubilé assiste à l'installation de nouveaux résidents dans l'institut Charles Xavier avant d'infliger une correction à de jeunes chauffards qui importunent une jeune serveuse mutante dans un diner.

Ces deux avant-goût sont inclus dans ce premier tome. Pour ma part, en Août 2024, quand sort le premier épisode de Uncanny X-Men écrit par Gail Simone, je suis encore en train de regretter l'ère Krakoa et je me méfie de cette relance qui me paraît bien moins inventive que celle de Hickman cinq ans auparavant.

Je lirai le premier arc de cinq épisodes sans être convaincu et j'arrêterai les frais avant un premier crossover entre X-Men et Uncanny X-Men. En outre Brevoort planifie de sortir 18 numéros de chaque série par an, ce qui me semble une hérésie, en tout cas pour permettre à l'artiste de tenir les délais (on le sait, rares sont ceux qui parviennent à être aussi productif).

Alors pourquoi y revenir ? D'abord tout simplement parce que je n'ai rien eu à débourser pour relire tout ça (et ce qui vient ensuite). Un ami m'a prêté ses trade paperback en vo et m'a assuré que si, effectivement, le début pouvait frustrer, dans l'ensemble ce n'était pas si mal. Autant vérifier donc. Et puis sans doute aussi que les mutants me manquent et que j'ai voulu me faire un shoot.

Je ne vais pas retourner ma veste et prétendre que j'ai trouvé ça génial à la revoyure. Gail Simone use (et parfois abuse) de grosses ficelles, elle privilégie éhontément certains personnages, en introduit d'autres qui sont horripilants. La situation des Uncanny X-Men (et des mutants en général) manque effectivement cruellement d'audace. On est à de lieues de ce qu'avait proposé Hickman, et même de ce qu'il y a eu après son départ.

Brevoort a sciemment éloigné les mutants pour multiplier les séries et exploiter une franchise désormais sans trait d'union entre ses titres. On ne comprend absolument jamais (car on ne l'explique jamais) pourquoi les mutants se sont ainsi séparés (l'équipe des X-Men dirigée par Cyclope est en Alaska, celle des Uncanny en Lousiane, d'autres sont à New York ou Chicago), alors que la chute de Krakoa aurait dû les convaincre à rester unis.

Au sujet des Outliers, c'est-à-dire les quatre mutants adolescents que vont recueillir les Uncanny X-Men, leur caractérisation et leurs pouvoirs sont pour le moins sommaire et bizarres, mais sans égaler, par exemple la Génération X de Peter Milligan. Et justement, était-ce bien nécessaire de créer de nouveaux jeunes mutants quand tant de précédents sont passés on ne sait où et auraient largement (et sans doute mieux) rempli ces rôles ?

L'intrigue de ce premier arc plus le sixième épisode qui clôt ce tome 1 est rythmée à défaut d'être originale. On a droit à l'apparition d'une énième conquête féminine passée de Charles Xavier, totalement inédite et aux motivations pour le moins grossières. La méchante de l'affaire est une autre variation sur une scientifique anti-mutante qui transforme l'école en prison avec le soutien d'un corps paramilitaire et de mutants collabos.

Cependant Marvel et Brevoort n'ont pas été chien avec Gail Simone : elle a pu choisir les membres de son équipe et elle a sélectionné les personnages les plus populaires - Malicia, Gambit, Wolverine, Jubilé et Diablo. Une formation réduite avec laquelle elle aurait déjà pu beaucoup faire, si elle n'avait pas ajouté les quatre jeunes nouveaux (à la rigueur, si elle voulait tant donner des élèves à ce groupe, un ou deux auraient suffi).

Ce qui est intéressant, c'est qu'elle ne pose pas son équipe comme une équipe justement : Malicia et Gambit ont plutôt envie de se poser au début, Wolverine refuse de rejouer les profs, Diablo ne se joint à eux que parce que sa soeur (Malicia donc) le lui demande, et Jubilé est là parce que Logan y est (elle est depuis toujours sa protégée).

Simone établit l'équipe par la force des choses : ils ne vont pas sauver le monde car ils en ont tous assez que la majorité des homo sapiens détestent les homo superior, ils restent dans leur coin, hébergés par un ami humain de Gambit, ne se mêlent pas aux autres. Et ne passent à l'action que pour sauver les nouveaux arrivants. C'est malin, bien fait, bien pensé.

Dans quelques rares scènes, on voit que Malicia n'a pas rompu le contact avec Cyclope, même s'il y a une certaine tension entre eux (les X-Men en Alaska sont plus actifs et Scott Summers reste ce donneur d'ordres, ce que tolère moyennement Anne-Marie Lebeau). Pas de quoi (pas encore...) voir les deux équipes se mettre sur la gueule (même si les actions du Dr. Ellis divisent).

Dans le sixième épisode, les jeunes mutants sont rescolarisés et évidemment rien ne se passe bien. L'une d'eux est enlevée et Jubilé aussi d'un autre côté. Comme ces épisodes ont déjà été traduits en vf (dans la revue X-Men), je ne spoile rien en vous disant qu'elles seront libérées dans le crossover Raid on Graymalkin (Uncanny X-Men #7-8 et X-Men #8-9). Ce crossover a fait l'objet d'un tpb à part et est totalement dispensable pour reprendre les deux titres ensuite.

Au dessin, Javier Garron, qui avait brillé sur les Avengers de Jason Aaron signe les planches du segment de X-Men (vol. 6) #35/700 puis de Uncanny X-Men #6. J'adore son travail, même si depuis je l'ai perdu de vue (il collabore avec Gerry Duggan à des crossovers Godzilla-Marvel). Son trait très expressif et détaillé et son découpage fluide sont un régal.

Le reste, c'est-à-dire l'extrait du FCBD et les cinq épisodes de l'arc Red Wave, est illustré par David Marquez, qui faisait là son vrai grand retour chez Marvel après son bref passage chez DC (où il a notamment oeuvré sur Batman/Superman, la mini Batman : Killing Time de Tom King puis un arc de Justice League, avec Bendis). 

Il rend une copie très tonique dans laquelle on peut voir comment son style a digéré l'influence du manga mais aussi un trait plus brut, avec des hachures. Le rythme de parution soutenu imposé par Brevoort a pour effet que plus les épisodes se succèdent, moins les décors sont soignés (quand ils ne sont pas carrément zappés).

Toutefois, quand il doit mettre en images des scènes d'action, Marquez fait parler son talent et il est capable de rendre l'exercice toujours aussi énergique et excitant, avec de vraies démonstrations de force de la part des personnages, dans des compositions très équilibrées. Mais bon, quelle idée de vouloir publier 18 # par an !

Uncanny X-Men est une lecture qui n'est pas sans défaut, loin de là, mais qui est indubitablement distrayante. Gail Simone joue parfois trop la facilité et le projet est très classique. Mais c'est effectivement moins nul que ce dont je me souvenais. A confirmer donc. 

vendredi 6 février 2026

BATMAN, VOLUME 1 : DAYLIGHT (Matt Fraction / Jorge Jimenez)


BATMAN, VOL. 1 : DAYLIGHT
(Batman #1-6)


l'évasion, vite interrompue, de Killer Croc, de l'asile d'Arkham, provoque la rencontre entre Batman et le docteur Annika Zeller. Celle-ci a conçu le prototype d'une couronne, financé par Wayne Tech., capable d'altérer les facultés mentales des patients les plus dangereux dont elle s'occupe. Cette invention attire les convoitises du Sphinx qui va mettre Batman sur une piste compromettante pour le Dr. Zeller.


Cependant, lors d'une patrouille, Robin (Tim Drake) est blessé par un agent de police. Or le G.C.P.D. et aux ordres du commissaire Vandal Savage qui veut à tout prix capturer Batman et ses partenaires et ne va pas hésiter, pour cela, à trafiquer des preuves pour les accabler. Ce qu'il ignore, c'est qu'un jeune garçon, Hudson Gray, l'a filmé en train de commettre ce méfait et qu'il va en informer un journaliste, Jack Dean, lui-même ami de Harvey Bullock, devenu détective privé.


Enfin, Batman, quand Bruce Wayne n'enquête pas ou ne tente pas de sauver Annika Zeller de tueurs, apprend qu'un nouveau personnage, surnommé le Minotaure, a pris le contrôle du crime organisé de Gotham en mettant au pas tous les caïds locaux...


En Septembre 2025, alors que beaucoup de monde constatait déjà les retards conséquents des épisodes écrits par Jeph Loeb et dessinés par Jim Lee sur Hush 2, DC relançait la série Batman au n°1. Ce n'est que la quatrième fois depuis 1941 que cela se produit (la 2ème a eu lieu en 2011, la troisième en 2016). Et, surprise, Matt Fraction en devenait le scénariste.


Celui qui fut un des architectes de Marvel dans les années 2010, avec les séries Invincible Iron Man ou Hawkeye, se faisait discret, ayant préféré développer des projets en creator-owned (comme Adventureman, avec Terry Dodson). Il fait donc son retour par la grande porte, mais personne n'aurait parié qu'il accrocherait Batman à son tableau de chasse.


En effet, DC a l'habitude confier la série la plus populaire de son catalogue à des scénaristes expérimentés ou qui ont eu le temps de faire leurs preuves sur des titres moins importants, comme ce fut le cas avec Scott Snyder (durant les New 52) ou Tom King (avec Rebirth). Fraction, c'était celui qu'on n'avait pas vu venir - celui aussi qu'on ne pensait pas revoir chez un des Big Two.

Pour l'accompagner en revanche, l'éditeur de Burbank a misé sur la sécurité en laissant Jorge Jimenez en place, après avoir assisté Chip Zdarsky durant son run. L'artiste espagnol est devenu une valeur sûr de DC, au même titre que Dan Mora ou Mikel Janin, et il a dû apprécier la confiance placée en lui car quand on dessine Batman, on est au sommet en termes d'exposition.

J'avais lu le premier épisode de cette relance sans être franchement convaincu. En le relisant, je m'aperçois qu'il reste le plus faible du lot, mais pour une raison spéciale : il installe davantage les éléments que les autres numéros vont exploiter qu'il ne propose une ouverture très accrocheuse. Car Fraction a décidé d'une ligne directrice singulière.

Le scénariste a en effet déclaré qu'il préférait, au moins dans un premier temps, écrire des épisodes done-in-one. C'est effectivement le cas : chacun chapitre est autonome, auto-contenu. Toutefois, quand on a terminé ce premier tome (qui sortira en version album au mois de Juin prochain en vo), on se rend compte que Fraction tisse un fil rouge très astucieux.

C'est pour cela qu'il ne faut pas s'arrêter à la faiblesse du premier épisode. Ici, il n'est pas à proprement parler question d'un arc narratif, d'une histoire à suivre traditionnels. Fraction sème des cailloux que le lecteur doit suivre pour arriver à destination avec le cliffhanger (très efficace) du sixième épisode qui révèle des éléments cruciaux concernant deux personnages.

En fait, Fraction est malin car il applique à Batman ce qu'il avait élaboré sur Hawkeye. Est-ce que ça peut fonctionner, compte tenu de la différence de niveau entre les deux personnages, les deux séries ? Hawkeye avait été un terrain d'expérimentations extrêmement audacieuses, aussi bien sur le plan narratif que visuel, avec un David Aja stimulé (et stimulant) comme jamais.

Jorge Jimenez n'a pas le génie de Aja dans la mesure où son style de dessin, de découpage, ne tente pas autant de choses. Aja transformait chaque script en un espace ludique sophistiqué - qui expliquait ses retards chroniques. Jimenez est dans l'énergie, l'instinct, sa narration graphique est plus directe. C'est un excellent dessinateur, mais qui ne s'intéresse absolument pas au formalisme comme son compatriote.

Attention ! Jimenez est formidable : son dessin est désormais plus vif, flirtant avec les codes du manga, jusque dans les expressions et la morphologie de certains personnages. Il a pu enchaîner six épisodes de rang, ce qui n'est pas habituel chez lui, et il sera encore présent sur le #7 avant de céder sa place à Ryan Sook (le temps pour lui de signer le crossover Superman/Spider-Man).

On sent surtout qu'il est plus motivé que jamais, alors qu'après le run de Zdarsky, il aurait pu légitimement avoir envie de se frotter à un autre personnage, même si, encore une fois, dessiner Batman, c'est avoir le poste dont tout le monde rêve. La raison possible à son envie de rester se situe peut-être dans l'esthétique qu'a imposée Fraction à DC.

En effet, il ne vous aura pas échappé que le titre de ce tome 1 est Daylight. Comment ça, la lumière du jour ? Mais Batman, c'est Gotham, la ville où il pleut tout le temps, où l'action est majoritairement nocturne, l'ambiance crépusculaire... Et pourtant, dès le premier épisode, on voit un ciel bleu, il ne pleut plus, et même quand c'est la nuit, ce n'est pas lugubre.

Le look de Batman aussi a changé : il ne porte plus un costume noir et gris, mais bleu et gris. Tout cela peut sembler superficiel, cosmétique, mais c'est plus profond que ça. Fraction en avait marre des clichés accolés à Batman (la nuit, le grim'n'gritty, etc) et il a accepté le job en convaincant DC de chambouler tout ça, de prendre le contrepied. Batman sourit, Bruce Wayne renoue avec son côté playboy millionnaire.

Et là, on renoue avec ce que Fraction avait fait sur Invincible Iron Man : comme Tony Stark, Bruce Wayne est un séducteur et un affairiste. Le scénariste le réinstalle dans ces rôles-là, largement négligé sous King, Tynion, Zdarsky. Ce qui n'empêche pas d'en faire un justicier intimidant, malgré son costume plus clair.

Ce jeu des comparaisons avec ce que Fraction a déjà fait chez Marvel ne s'arrête pas là. On peut s'en agacer ou simplement apprécier, car c'est vraiment bien fait et Jimenez suit le mouvement avec un tonus contagieux. Par exemple, si dans le premier épisode, Annika Zeller veut "réparer" Killer Croc, on pense à Lucky the pizza dog dans Hawkeye que Clint Barton transportait chez un véto pour qu'il le sauve.

L'épisode 5 renvoie encore plus clairement à Hawkeye #3 dans lequel Barton était entraîné dans une folle course-poursuite avec une belle passagère traquée par des tueurs : ici, c'est le Dr. Zeller qui est ciblée et Bruce Wayne qui s'échine à la tirer de ce mauvais pas. Et l'intervention de Robin (Damian Wayne) est une allusion directe à Kate Bishop.

Des Robin, Fraction en utilise d'ailleurs deux et l'un va raccrocher durant ce premier tome (je ne vous dis pas lequel). Le scénariste justifie ça intelligemment et en profite pour évoquer la paternité multiple de Batman/Wayne avec ses sidekicks, qui sont à la fois ses enfants (naturel ou adoptif) et ses petits frères, ses partenaires, ses assistants. Mais avec une vie à eux désormais.

Comme vous le constatez, c'est tout de même très dense sous cette construction done-in-one. Fraction et Jimenez prennent en compte ce qu'a laissé Zdarsky (Vandal Savage devenu commissaire principal du GCPD, Jim Gordon de nouveau simple flic en uniforme, Harvey Bullock détective privé) et établissent de nouvelles choses (Annika Zeller, le Minotaure - deux créations originales).

La série gagne à être lue d'un bloc, au moins pour la démarrer, car son rythme est soutenu et son flux d'informations tendu. Lu mensuellement, on pourrait avoir l'impression (comme ce fut mon cas après avoir découvert l'épisode 1) que c'est un peu anecdotique. Mais lu à la suite, on comprend que c'est une fausse impression et que cette structure narrative récompense la patience du lecteur.

Du coup, la question que je me pose, c'est : est-ce que vais attendre la fin du prochain arc sagement ? Ou enchaîner avec le n°7 et suivre la série tous les mois parce que ça m'a quand même bien accroché (et que c'est complémentaire sans être dépendant de Detective Comics) ? Réponse le mois prochain. Mais en tout cas, je recommande chaudement cette relance. 

jeudi 5 février 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA #7 (of 12) (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Reginald Madison et Ryan Cane traversent le passage qui relie la maison du lac à la maison de la mer. Une fois sur place, Oliver Landon Clay les voit et ils le libèrent. Il leur explique alors que les résidents de la maison de la mer sont partis tuer ceux de la maison du lac...


Onze mois après le sixième épisode de The Nice House by the Sea paraît donc enfin le septième numéro. Un délai exceptionnellement long qui s'explique par le fait que les auteurs ont beaucoup voyagé pour promouvoir leur production et rencontrer leurs nombreux fans, puis ont repris le travail, 


J'ose espérer qu'avec le temps qu'ils ont pris on aura droit aux six prochains chapitres sans souffrir de nouveaux retards sinon ce serait vraiment abuser. DC a laissé couler car l'éditeur passe tout à l'équipe qui a fait un carton aussi énorme. Au cours de cette presque année écoulée, The Nice House by the Sea est d'ailleurs passé du Black Label au label Vertigo relancé après sa fermeture en 2019.


La série de James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno est une sorte de locomotive de luxe pour raviver le label Vertigo avant la sortie de nouveaux titres (End of Life, Bleeding Hearts, The Peril of Brutal Dark : An Ezra Cain Mystery). Deux questions demeurent : reprend-t-on la lecture aisément après un arrêt aussi long ? Et : la reprise est-elle toujours de qualité ?


The Nice House by the Sea se reprend étonnamment facilement mais cela s'explique tout aussi aisément par le fait que la série avec son casting très fourni est devenue moins une histoire character's driven que story's driven. Peu importe qui est qui désormais, l'intrigue a évolué vers quelque chose de plus brutal, de plus horrifique aussi, comme la majorité de ce qu'écrit Tynion IV.

Il suffit de comprendre que les habitants de la maison près de la mer ont décidé de tuer ceux de la maison près du lac et vous savez l'essentiel. C'est un jeu de massacre et c'est devenu, semble-t-il, le terrain de jeu préféré du scénariste qui exploite le même filon dans son autre best-seller, Exquisite Corpses (qui sort bientôt chez Urban Comics en vf), avec sa horde de tueurs dans une bourgade.

Tynion a beau évoquer d'autres survivants, d'autres maisons, qui alimenteront une troisième série (The Nice House in the mountains ?), je vous avouerai franchement que ça me laisse désormais de glace. Il faudrait à mon humble avis que ça se termine avec le douzième épisode de The Nice House by the Sea au risque de tirer sur la corde.

Mais Tynion a certainement d'autres plans et DC ne refusera pas qu'il continue sur sa lancée. En vérité, et pour répondre à la deuxième question que je posais, The Nice House by the Sea n'a rien perdu de ses qualités esthétiques, mais beaucoup de son intégrité et de sa singularité. Maintenant on est passé dans un registre familier aux fans du scénariste et plus du tout à une proposition originale.

Peut-être que je me trompe et que Tynion saura me surprendre, mais que pourrait-il se passer de si fort une fois que les habitants de la maison de la mer auront copieusement liquidé ceux de la maison du lac et que Reginald Mason, Ryan Cane et Oliver Landon Clay arriveront pour constater le massacre ? Je n'e sais rien, mais je m'en fiche un peu.

En soi, l'épisode n'est pas mauvais, il fait monter habilement la tension et l'assaut sur la maison du lac est merveilleusement découpé par Martinez Bueno. Les couleurs de Jordie Bellaire participent à la terreur qui s'empare de l'action. Et à la fin on bascule dans le body horror le plus pur...

Je spoile mais en même temps c'était attendu : depuis qu'on sait que les habitants de la maison de la mer ont accédé aux moyens de s'améliorer physiquement grâce à la technologie alien mise à leur disposition par Max, c'était prévisible qu'ils étaient devenus des monstres. D'ailleurs, contrairement à Walter qui a choisi des humains qu'il aimait, Max a sélectionné les meilleurs dans leur domaine, elle a assemblé une équipe de guerriers, qui n'allaient pas tolérer qu'il y ait d'autres survivants qu'eux.

Malheureusement, au lieu de creuser le fossé entre ces transhumanistes (team Max) et ces civils ordinaires écrasés par les événements (team Walter), Tynion a donc opté pour un affrontement bête et méchant dont les vainqueurs ne peuvent être que ceux de la team Max. Comme disait Woody Allen : "le loup et l'agneau peuvent dormir ensemble, mais l'agneau passera une mauvaise nuit".

Il reste cinq épisodes pour clore cette série (avant sans doute une inévitable troisième). Si Tynion a encore de belles mains dans son jeu, il a intérêt à les abattre sinon je vais m'ennuyer. Espérons au moins que Vertigo 2.0 aura de belles choses à offrir pour compenser et prouver que ça valait la peine de la ranimer.