Fraîchement diplômés, Harper Stern, Yasmin Kara-Hanani, Gus Sackey, Robert Spearing et Hari Dhar intègrent les rangs de la banque d'investissement Pierpoint & Co. où ils ont six mois pour faire leurs preuves et obtenir un temps plein. La détermination de Harper tape dans l'oeil d'Eric Tao, son chef au service des ventes, même après qu'il a découvert qu'elle n'avait eu son diplôme. Entre elle et Eric se trouve Daria Greenok qui la présente à une riche cliente, Nicole Craig, qui lui fait rapidement des avances sexuelles. Gus est dans la même équipe que Hari qui abuse de produits stimulants et finit par succomber à un malaise cardiaque.
La banque met en place une cellule de crise pour éviter que l'affaire ne s'ébruite. Yasmin offre à Harper de la loger dans l'appartement que sa mère met à sa disposition et où elle habite avec son fiancé, Seb. Robert est sous les ordres de Clement Cowan qui n'a plus qu'un seul client et fait tout pour le conserver. La mort de Hari conduit la direction à dissoudre l'équipe dont il faisait partie et Gis est transféré dans le service de Robert. Yasmin subit le harcèlement de son supérieur, Kenny Kilbane.
Après la soirée d'anniversaire de Robert, Harper commet une erreur lors d'une transaction et va voir Nicole pour qu'elle l'aide en rachetant des actions pour faire remonter leur cours. Yasmin et Robert représentent la banque lors d'une journée portes ouvertes à des étudiants et flirtent. Gus s'aliène Clement en critiquant ses méthodes à l'ancienne. Et, pour ne rien arranger, une ancienne cadre de Pierpoint se répand dans la presse en dénonçant le management toxique de la boîte...
Lancée en pleine crise du Covid, Industry, créée par Mickey Down et Konrad Kay pour HBO, est devenue une série à succès dont le tournage de la saison 5 est actuellement en cours, voyant sa popularité croître d'année en année. J'ai voulu voir ce que ça valait en replongeant dans ces épisodes qui datent de 2020. Et j'ai été assez convaincu pour regarder la suite (même si je ne vais peut-être pas enchaîner tout de suite).
Bien que ce ne soit pas forcément attirant de prime abord, Industry a pour elle deux atouts indéniables : d'abord, la série nous plonge dans un univers rarement exploré, celui de la finance, et ensuite, elle ne fait pas de cadeau à ses protagonistes en les portraiturant de manière pas immédiatement sympathique. D'ailleurs, à la fin du huitième et dernier épisode, on peut déjà mesurer la progression nette de leurs relations.
Au coeur du dispositif, il y a surtout deux formidables personnages féminins, écrits avec une finesse assez exceptionnelle, et qui éclipsent facilement les rôles masculins. D'un côté, nous faisons la connaissance de Harper, une afro-américaine venant des Etats-Unis et qui a fraudé pour rentrer dans le milieu de la banque, comme son supérieur direct le découvre rapidement mais sans la dénoncer.
Harper se distingue par une détermination à toute épreuve et une ambition vorace. Prise en étau entre deux chefs de service qui ne partagent pas du tout la même façon de gérer leur équipe et les affaires, elle sait slalomer entre ces deux égos et miser sur le bon cheval au gré des situations. Pourtant, derrière ce masque plein d'assurance, se cache une jeune femme craignant à tout moment d'être prise en faute et sujette à des crises d'angoisse.
De l'autre, il y a Yasmin, issue d'une famille bourgeoise, elle vit avec un raté, Seb, qui traficote de ci, de là, préfère regarder du porno sur son téléphone que de lui faire l'amour, ce qui la pousse à flirter avec un collègue de sa promotion. Elle subit le harcèlement de son supérieur, Kenny, en faisant le dos rond, si bien qu'on se demande si elle ne manque pas au fond de caractère.
Mais Yasmin est, elle aussi, plus habile qu'il n'y paraît. Sa capacité à encaisser et à passer pour une employée docile en fait une co-équipière saluée et résiliente. Son amitié avec Harper est un peu celle du feu et de l'eau, et cela les conduira dans une sorte d'impasse, car elles éprouvent toutes deux des difficultés à ne pas mélanger travail et vie privée, désir d'évoluer et soupçon d'arrivisme.
Les deux autres diplômés sont Gus, un noir homosexuel de bonne famille et qui a une liaison avec un collègue, ami de lycée, marié ; et Richard, un beau gosse immature qui n'assume pas sa toxicomanie et dissimule mal son attitude dilettante. Pourtant, tous les deux sont les plus directement impactés par la mort prématurée de leur ami Hari.
Le premier épisode d'Industry (réalisé par Lena Dunham, la créatrice de la série culte Girls) affiche clairement la couleur : nul n'est à l'abri et le destin de Hari en est la preuve. Représentant la minorité visible, il se bat pour prouver son utilité en bossant littéralement jour et nuit, dormant dans les toilettes, et se dopant avec des pilules et des boissons énergisantes, jusqu'à la rupture.
Gus et Robert ont été les témoins directs de sa chute fulgurante et réagissent différemment : Gus intègre, cyniquement, que la culture managériale de Pierpoint & Co. est brutale et que tout est d'abord fait, non pas pour prévenir d'autres incidents de ce genre, mais pour étouffer l'affaire. Robert, lui, sombre dans la drogue pour se forger une carapace de bel indifférent.
La manière dont les quatre héros traversent cette saison 1 montre bien comment ils s'adaptent à ce milieu : Gus puis Harper sont abordés par Sara, une des dirigeantes de la banque, soucieuse de changer les mentalités en faveur de l'inclusivité et de la solidarité. Yasmin accepte de ne pas faire de vagues à la demande de Hilary pour faire son trou. Harper, comme écrit plus haut, compose alternativement avec Daria et Eric.
A la fin de la saison, sans rien spoiler d'essentiel, comme c'est exposé dès le début, les recrues doivent passer une audition devant le board de la banque et lui dire ce qu'il a surtout envie d'entendre pour être conserver dans les effectifs. L'un d'eux va choisir de claquer la porte avec éclat, un autre va révéler malgré lui ses failles, un troisième s'en sortira en usant de ruse, le dernier sera repêché en avalant une grosse couleuvre. Mais les amitiés, voire les amours, des uns et des autres, ne seront pas épargnées...
Et c'est pour cela, en plus de vouloir savoir comment ils vont se comporter maintenant qu'ils ont ou non été embauchés à temps plein, qu'on a envie d'en reprendre : si cette première saison est parfois un peu répétitive et limite complaisante sur certains aspects (la drogue, le sexe), on l'achève avec des positions plus ancrées qu'au début. Va-t-on avoir affaire à des monstres en puissance ? Ou garderont-ils un semblant d'intégrité morale ?
Si la série souffre d'une réalisation parfois plate et d'une photo terne, l'interprétation est fabuleuse et Industry peut se vanter d'avoir mis en valeur de futurs grands acteurs, à commencer par la superbe Marisa Abela (qui a connu la consécration entre temps en incarnant Amy Winehouse dans le biopic Back to Black en 2024) et qui joue Yasmin avec un savant mélange de sensualité effrontée et de sensibilité à fleur de peau.
A ses côtés, la révélation de la saison est Myha'la dans le rôle de Harper. Petit format mais regard de tueuse, elle est impressionnante et porte sur ses épaules plusieurs épisodes, soulignant toutes les ambiguïtés de la série. Harry Lawtey est tête à claques à souhait dans le rôle de Robert tandis que David Jonsson est impeccable de duplicité dans celui de Gus.
On remarquera aussi Ken Leung dans le rôle d'Eric (le comédien est un vieux routier des séries, depuis Lost) et Freya Mavor dans celui de Daria (je l'avais remarquée dans La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, de Joann Sfar, en 2015).
Industry est tout sauf un produit industrielle : c'est une série qui a tout du sleeper, gagnant en puissance au fur et à mesure de ses épisodes.












































