vendredi 13 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 3 : GIRL CAN'T HELP IT (Rainbow Rowell / Andrés Genolet, Joe Quinones)she-


SHE-HULK, VOL. 3 : GIRL CAN'T HELP IT
(She-Hulk #11-15)


Depuis que le Valet de Coeur a recouvré toute sa puissance, la relation qu'il a avec She-Hulk connaît une notable altération car il a peur de la blesser. Ben Grimm, avec qui elle s'entraîne dans le fight club qu'elle a mis en place en compagnie de Titania et Volcana, lui demande de venir aider les Fantastic Four pour une mission de surveillance au Baxter building. C'est ainsi qu'elle croise la route du Scoundrel, un cambrioleur venu dérober un appareil de Reed Richards.


Mise en échec par le Scoundrel, Jen doit composer avec les tourments de Jack Hart qui a renoncé à reprendre ses études comme il l'avait prévu, mais aussi avec Mallory Book qui accepte désormais de plus en plus de clients surhumains, héros comme vilains. Pour se détendre, elle peut encore compter sur le fight club mais elle y surprend le Scoundrel poursuivi par Reed Richards.


Jen se confie sur ses difficultés professionnelles, extra-professionnelles et sentimentales auprès de son amie Patsy Walker/Hellcat. Elle est la première à qui elle parle de son couple avec le Valet de Coeur lorsqu'elle aperçoit le Scoundrel, en civil, dans la rue. Mais qui est ce voleur charmeur qui réussit à la troubler au point qu'elle renonce à le livrer aux Fantastic Four ?


Ces cinq épisodes concluent le premier run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk. Suivant leur habitude stupide de relancer le titre en espérant à la fois conserver les lecteurs déjà assidus et en gagner de nouveaux, Marvel va rebaptiser ensuite la série sous le nom de Sensational She-Hulk... Tout en retirant cet adjectif lors de la collection des épisodes en recueils !


Si les deux premiers tomes étaient déjà excellents, celui-ci est encore meilleur. Rainbow Rowell a passé un an à personnaliser ce qu'elle avait envie de faire avec les personnages, mélangeant avec une habileté remarquable rom-com et super héroïsme, s'alignant sur ce qu'avait fait avant elle Dan Slott et Charles Soule, et créant une série formidablement attachante.

Toutefois, si on devait lui adresser un petit reproche, c'était de ne pas vraiment construire d'histoire qui bouleverse le statu quo de She-Hulk. Certes la romance entre Jen Walters et le Valet de Coeur était inattendue et accomplie, mais comment la scénariste allait-elle développer le twist narratif mis en place à la fin de l'arc précédent ?

Car Jack Hart, en affrontant le couple Booth, a récupéré ses pouvoirs. Il est à nouveau aussi puissant qu'avant sa disparition et cela modifie profondément la relation tissée entre lui et She-Hulk. A nouveau la peur domine : il a peur de la blesser, elle a peur de perdre le contrôle. Rowell en profite pour explorer cette crise et confronter son héroïne à la tentation d'aller voir ailleurs.

Et cet ailleurs se nomme le Scoundrel (traduisez : le Scélérat), un voleur séduisant qu'elle affronte d'abord dans le Baxter building, quartier général des Fantastic Four où il vient commettre un larcin. Celui-ci n'est pas qu'un monte-en-l'air : c'est un adversaire redoutable, capable de lui tenir tête et même de la repousser en combat singulier.

Rowell a créé ce personnage et va en faire un agent du désordre d'autant plus efficace qu'il n'a pas d'intention belliqueuse contre les héros : il est un mercenaire, louant ses services au plus offrant, mais pas un criminel dangereux. Il le dit lui-même : l'identité et les motivations de ses clients l'indiffèrent, il fait juste son boulot pour avoir la belle vie.

Le sel de la situation provient évidemment du fait que She-Hulk, en sa qualité d'héroïne et de juriste, tolère difficilement qu'un tel individu se promène librement. Il n'est peut-être pas méchant mais il agit quand même en dehors de la loi. En même temps, elle est considérablement troublée par son charme canaille, son aplomb, d'autant plus qu'elle sent le Valet de Coeur s'éloigner.

Rowell joue admirablement la carte de la screwball comedy où deux individus que tout oppose sont irrésistiblement séduits l'un par l'autre. L'agacement le dispute à la confusion des sentiments. Le Scoundrel est une tête à claques, mais il parle à Jen avec une douceur qui la fait fondre, a raison de ses défenses.

Le secret qu'elle a conservé sur sa relation avec Jack Hart entretient le doute quand les FF remarquent qu'elle est distraite. Tous ses proches devinent qu'elle fréquente quelqu'un mais pas le Valet de Coeur, encore moins un voleur. Et, dans le même temps, ses amis souhaitent son bonheur, sincèrement. Et si elle tient à Jack Hart, elle se sent vaciller en présence du Scoundrel.

Les épisodes défilent, négligeant cette fois-ci de montrer Jen à son travail, mais Rowell accomplit un boulot d'écriture simplement jubilatoire. Et quand She-Hulk apprend le fin mot sur les intentions du Scoundrel, cela aboutit à un final spectaculaire mais aussi drôle, palpitant, émouvant, fleur bleue. La totale comme on l'attend d'une série qui a su nous toucher.

Et, pour ne rien gâcher, enfin, on a droit à un album entier avec un seul dessinateur. Et Rowell refait équipe avec l'excellent Andrés Genolet, avec qui elle a également collaboré sur Runaways. C'est un artiste trop peu connu mais qui mériterait vraiment à l'être davantage. Son trait est superbe, très expressif, élégant en toute circonstance, et sa complicité avec la scénariste est palpable à chaque scène.

J'espère vraiment qu'on les reverra travailler ensemble, chez Marvel ou ailleurs, mais Genolet est un artiste formidable, très doué, et c'est vraiment là que j'ai appris à le découvrir et l'apprécier.

Avant de conclure, un mot sur l'épisode 12 qui correspondant en numérotation "Legacy" au 175ème épisode de She-Hulk, tous volumes confondus. Pour l'occasion, on a droit à une pagination plus conséquente et une back-up story absolument divine. Rowell l'écrit bien sûr et c'est le trop rare Joe Quinones qui l'illustre. 


On assiste à la première session du club de lecture qu'organise She-Hulk dans son appartement : la Guêpe, Hellcat, Missty Knight et Colleen Wing, Sue Richards et Volcana sont invitées à parler d'un livre. Mais certaines ne l'ont pas lu, ou pas en entier. Et Janet Van Dyne ne peut s'empêcher de jouer les hôtesses, ce qui irrite Jen.

Les deux amies ont une explication en privé, histoire de pacifier l'ambiance. Jusqu'à ce qu'un invité surprise demande à ces dames un peu d'aide... 

C'est très drôle, les dialogues sont extraordinaires, et encore une fois Rowell nous épargne tous les clichés possibles sur la sororité. Elle met en scène ces femmes à la double vie dans des échanges délicieux mais loin d'être superficiels sur l'amitié, la solidarité, la bizarrerie de vies divisées entre super héroïsme et quotidien plus banal.

Quinones est un dessinateur sensationnel mais dont le rythme de production l'empêche d'enchaîner les épisodes mensuels. Alors il faut en profiter quand il peut s'exprimer, surtout sur la base d'un script aussi bien ouvragé. Il anime cette bande de meufs avec malice, d'une manière imparable, et c'est un régal absolu.

She-Hulk, c'est donc, en un sens fini... Pour mieux reprendre aussitôt après dans un quatrième tome dont je vous parle très vite.

SHE-HULK, VOLUME 2 : JEN OF HEARTS (Rainbow Rowell / Luca Maresca, Takeshi Miyazawa)


SHE-HULK, VOL. 2 : JEN OF HEARTS
(She-Hulk #6-10)


Patsy Walker/Hellcat remet à Jen le dossier du Valet de Coeur enregistré dans les archives des Avengers. Au cabinet juridique, elle reçoit la visite de Diablo qui souhaite l'engager pour qu'elle défende les intérêts de Krakoa, la nation mutante. Mallory Book accepte, malgré son souhait de ne représenter aucun surhumain, car elle sait qu'un tel client est excellent pour ses finances. Le soir venu, au cours d'un dîner chez elle, Jen se rapproche intimement de Jack...
 

Après avoir passé la nuit ensemble, Jack et Jen conviennent de se retrouver plus tard dans la journée car, ce samedi, elle doit repasser au cabinet juridique aider Andy. Ce dernier lui demande de défendre Victor Mancha et un Fatalibot qu'une procureur compte rendre responsable des méfaits du Dr. Fatalis. Après cela, Jen se rend chez April et Mark Booth qui la piègent et dont elle comprend qu'ils ont été les geôliers de Jack...


Ce deuxième tome de She-Hulk par Rainbow Rowell continue sur la lancée du premier, mais la scénariste va creuser l'intrigue concernant la disparition du Valet de Coeur pendant des années. Celui-ci ne se souvient que de peu de choses, mais il sait qu'il a été fait prisonnier pendant une longue période. Et récemment, alors que lui et Jen buvaient un thé à la terrasse d'un bar, il a été pris à parti par un colosse du nom de Mark Booth avant que la femme de ce dernier ne le calme.
 

Avant d'aller plus loin toutefois, Rowell établit ce que le lecteur avait deviné depuis un moment : She-Hulk et le Valet de Coeur deviennent amants. Jack Hart, quasiment dépossédé de ses pouvoirs, n'est plus un danger pour Jen Walters et leur attirance l'un pour l'autre était manifeste depuis qu'il s'était crashé dans le salon de son appartement.


Jen s'est d'abord comportée comme une sorte d'infirmière, puis d'amie, tandis que Jack lui témoignait de la gratitude. Mais leur complicité était le signe que les choses pouvaient aller plus loin. Jen en tant que She-Hulk ne craint rien ni personne tandis que le Valet de Coeur savourait de ne plus représenter une menace pour les autres.

La scène de leur rapprochement est très belle, et Rowell réussit à l'écrire avec fraîcheur et sans timidité. C'est d'ailleurs une de ses grandes qualités comme auteur : là où beaucoup actuellement font de grands discours sur les sentiments, la tolérance, s'enfonçant dans un prêchi-prêcha lourdingue, aux accents woke insupportables, cette scénariste se dispense de tout ça et le résultat brille par son naturel.

Au lieu de nous seriner sur la femme forte qu'est She-Hulk, au propre comme au figuré, Rowell est beaucoup plus sensible et subtile et croque son héroïne avec plus de complexité, tout comme le Valet de Coeur n'est pas un homme déconstruit, là encore au propre comme au figuré, mais un personnage plus nuancé, dont elle parvient à faire autre chose qu'un super héros avec un look kitsch.

Rowell, en vérité, c'est l'anti-Gail Simone : au lieu d'essentialiser ses personnages, elle les prend tels qu'ils sont, ne cherche pas à en faire des symboles de quoi que ce soit, et s'attache plutôt à montrer leur humanité. C'est aussi ainsi qu'elle opère avec le couple Booth, qui n'est pas une simple paire de méchants savants diaboliques.

Oh, bien sûr, il ne s'agit pas d'adversaires extraordinaires, mais Rowell, là aussi, en fait des figures à part : enviant la santé de She-Hulk qui leur apparaît comme un modèle, avec sa force physique, son intelligence, ils ont entrepris de percer son secret et de devenir à leur tour des Hulk aussi brillants qu'elle. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu.

Cet arc se termine de manière dramatique, non pas en assombrissant le ton de la série, mais en remettant en question son postulat de départ. Les jeux sont (re)faits, rien ne va plus. Comment She-Hulk va-t-elle réagir à ce nouveau statu quo ? Son idylle avec Jack Hart y résistera-t-elle ? Autant d'interrogations à suivre dans le prochain tome qui verra la fin de cette relance de la série.

Rowell n'oublie pas de traiter des à-côtés en montrant Jen au travail avec des dossiers aussi savoureux qu'épineux : en 2022, on est encore en pleine ère Krakoa pour les mutants et Diablo engage Jen pour défendre les intérêts juridiques de la nation X. Plus drôle : elle est amenée à défendre un Fatalibot qu'on veut faire condamner pour les crimes de son créateur.

Au dessin, Luca Maresca achève sa mission en signant les épisodes 6 et 7 : le résultat est impeccable, on sent que Marvel a des projets plus ambitieux pour lui (même si, à cette heure, quatre ans après, l'éditeur continue à ne lui confier que des mini-séries).

Puis Maresca transmet le témoin à Takeshi Miyazawa, un autre artiste expérimenté mais que Marvel a l'habitude de balader de titre en titre. Il se charge des épisodes suivants, du 8 au 10, et maintient la qualité à un excellent niveau. Malgré ces changements de dessinateurs, She-Hulk a toujours belle allure.

Ces épisodes ont été traduits en vf par Panini Comics dans un 100% Marvel. Suite et fin de cette première partie du run de Rainbow Rowell très vite...

jeudi 12 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 1 : JEN AGAIN (Rainbow Rowell / Rogê Antônio, Luca Maresca)


SHE-HULK, VOL. 1 : JEN AGAIN
(She-Hulk #1-5)


Après avoir quitté les Avengers et recouvré sa puissance normale, Jennifer Walters/She-Hulk est recrutée dans le cabinet juridique de Mallory Book, une de ses anciennes ennemies, qui lui interdit d'avoir pour clients des super héros (ou vilains). Après une brève bagarre contre Titania, les deux femmes conviennent de se revoir pour s'entraîner ensemble. Janet Van Dyne/la Guêpe fournit à Jen un logement.


Mais à peine s'y est-elle installée que Jack Hart/le Valet de Coeur se crashe dans son salon. Celui-ci souffre d'amnésie partielle et ne tient pas à ce qu'on sache qu'il était vivant alors que la dernière fois qu'il a été vu, il a explosé dans le vide sidéral à cause d'une surcharge de ses pouvoirs nucléaires. Il se souvient seulement vaguement d'avoir été prisonnier quelque part et d'avoir pensé que seule Jen pourrait le recueillir.


Jen va alors s'investir, en dehors de ses heures de travail et de son entraînement avec Titania, pour aider Jack à découvrir ce qui lui est arrivé...


Quand les sorties de la semaine m'en laissent le temps parce qu'il n'y en a pas beaucoup sur ma liste d'achats, j'aime relire un run que j'ai apprécié mais que je n'ai pas pris la peine de critiquer. C'est l'occasion privilégiée pour examiner une série, souvent annulée plus ou moins prématurément, et espérer donner envie à d'autres de se pencher dessus.


Cette fois, mon choix s'est porté sur le run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk en 2022. Rowell vient du journalisme spécialisé, comme Kelly Thompson, mais s'est rapidement fait remarquer pour ses qualités de scénariste et Marvel lui a confié divers titres où elle a brillé, notamment sa reprise de Runaways, création de Brian K. Vaughan et Adrian Alphona.

Si j'avais apprécié sa manière de relancer le titre, de manière plus inspiré que les successeurs de Vaughan, ce qui m'avait beaucoup ennuyé relevait de la partie graphique car je n'aime pas le style de Kris Anka. En revanche, pour She-Hulk, elle a bénéficié dès le début d'artistes bien plus séduisants à mon goût.

Si on excepte la désastreuse série Disney +, le personnage de She-Hulk a toujours eu les faveurs des auteurs. John Byrne l'a écrite et dessinée dans une série exceptionnelle après l'avoir intégré aux Fantastic Four. Plus tard Dan Slott avec Juan Bobillo l'a remise sur le devant de la scène avec brio. Charles Soule et Javier Pulido ont eux aussi été excellents. Mariko Tamaki a été moins chanceuse.

Quand Rowell hérite de la série, nous sommes juste après que She-Hulk quitte les Avengers (alors écrits par Jason Aaron). La cousine de Bruce Banner a recouvré son intelligence et une apparence normale et des pouvoirs revus à la baisse. La scénariste peut donc revenir aux basiques et satisfaire les fans qui réclamaient cela.

Sans être aussi fantaisiste que Byrne, Rowell s'inscrit dans la continuité de Slott et Soule, alternant les moments où Jen Walters officie comme avocate et ceux où elle est impliquée dans une intrigue plus super héroïque. Toutefois il convient de prévenir que la série fuit volontairement le grand spectacle, l'action. Il n'y a pas de grand méchant au programme, au moins dans ces cinq premiers épisodes.

En fait, Rowell puise la matière de son intrigue en revenant au run de Geoff Johns sur Avengers de 2002 à 2004. Toutefois, inutile de vous (re)plonger là-dedans, ce qu'il faut savoir est parfaitement résumé dans l'histoire actuelle. Sachez juste que lors d'un arc de Johns, She-Hulk, blessée, est évacuée par le Valet de Coeur et les pouvoirs de ce dernier déclenche chez sa partenaire une réaction violente qui la rend aussi incontrôlable et violente que Hulk.

Peu après, le Valet de Coeur, qui est en fait un réacteur nucléaire vivant, ce qui l'oblige à passer de plus en plus de temps dans une cellule sécurisée pour contenir sa puissance, décide d'en finir et s'envole dans l'espace où il explose. Mais son calvaire ne s'arrête pourtant pas là : durant la saga Avengers : Disassembled, il est ramené à la vie par Scarlet Witch, devenue folle, et il tue accidentellement Scott Lang/Ant-Man.

Quand Rowell démarre son run, le Valet de Coeur revient chez She-Hulk et elle décide de l'aider, ne le tenant pas pour responsable de ce qu'il a déclenché jadis chez elle, mais aussi parce qu'il est partiellement devenu amnésique et que ses pouvoirs semblent avoir quasiment disparu. L'enquête peut commencer.

L'histoire est ponctuée par des scènes où Jen créé une sorte de fight club où elle s'entraîne avec son ex-ennemie Titania, d'autres où elle travaille dans le cabinet juridique de Mallory Book - qui, bien qu'elle lui ait interdit d'accepter de défendre des surhumains, ne peut pas faire grand-chose quand ces derniers réclament l'aide de leur amie.

Très subtilement, Rowell suggère un rapprochement romantique entre Jen et Jack. Bien qu'il craigne encore de la blesser, elle le rassure. Un sous-texte sibyllin traverse le récit : Jen est une Hulk accomplie, contrairement à Bruce Banner elle se maîtrise, elle a un emploi, et même si elle a la peau verte et une taille imposante quand elle se transforme, elle est séduisante, apprêtée, sympathique.

Jack, lui, est, depuis toujours, à cause de sa condition même, tourmenté : ses pouvoirs en ont fait une sorte de paria et aujourd'hui il a perdu la mémoire. Il ne veut pas s'adresser aux Avengers car il pense que Tony Stark/Iron Man le contraindra à rester de nouveau enfermé. Il songe à rentrer au Connecticut, dans l'ancienne maison de son père, pour vivre en ermite à écrire de la poésie.

Et c'est ce mélange entre l'être et le paraître qui fait le sel du propos de Rowell : si Jen a tout pour elle, paraissant sûre d'elle, elle reste complexée (comme on le verra plus tard, ses liaisons amoureuses ont toujours été contrariées, certains hommes préférant Jen, d'autres She-Hulk, mais jamais les deux à la fois). Jack, lui, savoure presque l'opportunité de repartir de zéro, sans pouvoirs, sans attaches, sans passé, après avoir été un héros menaçant, dangereux.

Cette finesse dans la caractérisation est magnifiquement traduite par les dessins : Rogê Antônio quitte brusquement le titre après seulement deux numéros. C'est un artiste talentueux, au trait très expressif, influencé par Stuart Immonen, mais qui n'a jamais réussi à s'installer durablement quelque part et donc à gagner la reconnaissance qu'il mérite.

Marvel fait alors appel à Luca Maresca, alors inconnu, pour le remplacer et c'est une très bonne pioche : il se coule dans le moule de la série avec une formidable aisance et produit des épisodes de grande qualité, avec un dessin tout aussi tonique. Il a un côté old school, à la Sal Buscema, l'archétype du pro qui peut tout dessiner facilement.

La colorisation est assurée par Rico Renzi qui compose une palette aux teintes vives mais jamais criardes, tout à fait raccord avec l'esprit, la tonalité de la série.

Cette reprise est donc épatante et ce premier run de Rainbow Rowell comptera 15 épisodes recueillis en trois tomes (traduits en 100% Marvel chez Panini Comics). Le titre sera relaunché ensuite sous le titre Sensational She-Hulk mais ne survivra que pour 10 numéros supplémentaires (ce qui prouve bien que les relaunches ne sont absolument pas une garantie pour gagner ou fidéliser des lecteurs). La suite, très vite !

BLACK CAT #8 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat et Venom sont arrivés dans la zone négative pour y chercher une vidéo compromettante pour Mary Jane Watson, l'hôte du symbiote. Pour accéder à la chambre forte où se trouve ce qu'elles cherchent, elles sont confrontées à un sphinx qui leur donne une énigme à résoudre...


On saura dans quelques jours (probablement à la fin de la semaine prochaine), avec la communication des sollicitations des comics Marvel pour le mois de Juin, si Black Cat sera encore au programme. Mais l'espoir est mince et il faut désormais se faire à l'idée que cette série va disparaître après dix numéros, le seuil que l'éditeur fixe à un titre pour savoir s'il est viable.


Quand on prend cette donnée en compte, on lit différemment chaque épisode qui reste, parce que d'abord on se demande si les auteurs resteront mobilisés jusqu'à la fin et, si c'est le cas, si, dans le temps imparti, ils sauront proposer une fin honorable. C'est une situation extrêmement ingrate que celle d'écrire une série condamnée tout en veillant à ce que ceux qui la lisent ne soient pas déçus.


G. Willow Wilson se trouve dans une position étonnante : elle connaît un succès d'uns stabilité remarquable chez DC avec Poison Ivy, personne à qui elle a apporté une crédibilité et une importance dépassant le cadre de sa série, tout en ayant échoué à convaincre les fans de Marvel à acheter Black Cat comme jadis ils avaient plébiscité sa réinvention de Ms. Marvel.


Elle pourrait s'en ficher et se contenter de livrer les épisodes de Black Cat qu'il lui reste à rédiger sans forcer, et, ma foi, qui pourrait lui en vouloir ? Quand vous signez une série dont tout le monde, ou presque, se moque, pourquoi faire des efforts ? Mais le professionnalisme d'un scénariste se vérifie aussi dans ces moments-là.

Pourtant G. Willow Wilson a choisi une option intermédiaire : s'il faut baisser le rideau sans s'épuiser, autant le faire, au moins, dans la bonne humeur. C'était son crédo depuis le début : transformer les (més)aventures de Black Cat en une production légère, ironique, un brin méta. Donc conclure ce run de la même manière a au moins le mérite de la cohérence.

Il ne se passe, objectivement, rien de consistant dans la vingtaine de pages de ce mois-ci : Black Cat et Venom/MJ Watson errent dans la zone négative, tentent d'échapper à l'ire d'un sphinx, entrent dans une chambre forte comme dans un moulin, y trouvent un artefact surpuissant... Mais, en vrai, il ne s'y passe délicieusement rien.

Son intrigue vouée aux oubliettes comme son projet, Wilson se concentre plutôt sur la relation entre MJ Watson et Felicia Hardy : les deux femmes ont beaucoup en commun tout en étant très différentes. Elles ont eu le même amant (Peter Parker/Spider-Man), mais MJ a aimé Peter tandis que Felicia était plus attirée par Spidey.

Aujourd'hui, Black Cat tente d'être une héroïne quand MJ est devenue l'hôte d'un symbiote considéré comme un méchant. Leurs trajectoires croisées nourrissent des dialogues piquants où le cynisme de l'une se heurte à la naïveté de l'autre et inversement. Les deux femmes apparaissent en fait comme les deux faces d'une même médaille, surtout à ce moment de leur existence.

Editorialement aussi, c'est intéressant à apprécier car pour que MJ ne soit plus réduite au love interest d'un homme, on en a fait l'hôte de Venom, tandis que, pour la relancer, on a misé sur une série qui ferait de Black Cat une authentique héroïne. La popularité de Venom, comme série et personnage, a permis à MJ d'être en quelque sorte transcendée, là où l'ambition héroïque de Black Cat n'a pas suffi.

Visuellement, c'est aussi plus troublant : Gleb Melnikov se détache de tout réalisme académique, le style dominant de tout comic-book super héroïque, mais, ce faisant, il souligne l'expressivité des personnages, leur humanité, leur côté décalé. C'est parfaitement raccord avec le traitement de Wilson et cela change du tout-venant de la production.

C'est bien dommage que les fans n'aient pas adhéré, même si ceux-ci ont peut-être aussi été échaudés par la direction "compliquée" de Marvel ces temps-ci. Dans ce contexte, une série atypique comme celle-ci a du mal à se faire une place, les lecteurs préférant des titres plus conventionnels, plus rassurants. Même s'il existera toujours des exceptions à cette règle, Black Cat n'en aura pas fait partie.

mercredi 11 mars 2026

VENOM #255 : DEATH SPIRAL #3 (of 9) (Al Ewing / Carlos Gomez)


800ème entrée !


L'assassinat de Shocker par Torment mène Venom et Spider-Man Bar sans Nom, où se recueillent tous les super vilains de New York. Tombstone révèle aux deux visiteurs que le meurtrier a volé les gants vibreurs de sa victime. Une arme qui peut tuer un symbiote. Cependant, Eddie Brock découvre le modus operandi de Torment...


Comment Al Ewing, qui a choisi jusque-là l'angle de la déconne pour Venom, allait-il aborder l'intrigue de Death Spiral avec son serial killer ? Réponse : en ne sacrifiant rien ni à l'aspect dramatique de l'affaire ni à la volonté de l'écrire avec énergie. Et cet épisode illustre parfaitement comment il s'y prend, de manière redoutablement efficace.


Dans Amazing Spider-Man #23, on voyait le méchant Torment tuer Shocker car il avait un lointain lien de parenté avec Mary Jane Watson et qu'il abat les arbres généalogiques de ceux qu'il veut éliminer (même si pour l'instant la seule famille de Spider-Man, tante May, n'est pas touchée. De toute façon, la vieille tante de Peter : elle est increvable et intouchable. Je ne lui souhaite aucun mal, mais imaginez si ça arrivait : ce serait aussi fort que la mort d'Alfred dans Batman.)


Je dois quand même dire que j'ai été assez bluffé que Shocker y passe : sans être un méchant incontournable, c'est tout de même un adversaire mémorable pour tous les fans de Spidey. Mais je ne doute pas qu'un nouveau Shocker finira par apparaître (comme il y a eu un nouveau Beetle, ou Lady Octopus par exemple).


L'épisode fonctionne sur deux niveaux : d'un côté Spider-Man et Venom cherchent à localiser Carnage, donc Eddie Brock, car Torment a signé son crime avec leur nom. Les amis et patron de Shocker veulent le venger et Tombstone révèle une info importante, non communiquée aux médias par la police : le tueur a dérobé les gants de Shocker, qui peuvent tuer un symbiote.

Le malentendu au sujet de Carnage et donc d'Eddie Brock est bien exploité car ce dernier comprend qui cible Torment et que sa famille a été décimée. Son père est le prochain sur la liste et il veut le sauver (même s'ils sont brouillés depuis longtemps). Eddie sait aussi que Carnage l'a trahi en informant Torment.

Le clash est donc inévitable quand Venom repère Carnage, certain d'attraper le tueur. C'est classique mais bien orchestré, avec une narration qui ne perd pas de temps en explications trop longues. Pour un crossover qui compte 9 parties, arrivé au premier de l'histoire on constate que les scénaristes ne ménagent ni les personnages ni le lecteur.

On en vient presque à se demander ce qui va bien pouvoir se passer dans les six prochains chapitres, même si Eddie Brock risque à l'évidence d'en faire les frais. Je pense en effet que Marvel se sert de ce crossover non seulement pour liquider le personnage et du même coup préparer l'annulation de la série Carnage qui ne semble pas faire le plein de lecteurs. On verra si ça se confirme.

Reste que on ignore pourquoi Torment s'en prend ainsi aux familles. Qui se cache derrière le masque de ce tueur en série ? Quelles sont ses motivations ? Peut-être que c'est là aussi le vrai risque de ce crossover : la réponse à ces questions aboutira-t-elle à un flop avec une révélation décevante ? Ou aura-t-on droit à une surprise qui vaut le coup (et à la naissance d'un méchant capable de durer) ?

Carlos Gomez est toujours impeccable au dessin. Ses planches sont pleines d'énergie, avec un souci constant de lisibilité. Les personnages sont expressifs, les plans sont très bien composés. Quand on entre dans le vif de l'action, avec l'affrontement entre Venom et Carnage, ça charge bien. Surtout l'artiste réussit à donner une présence identifiable à tous : l'aspect massif de Venom, plus fluet de Spider-Man, plus sinueux de Carnage.

Seul (petit) bémol : Frank d'Armata a la curieuse idée de coloriser Tombstone avec une peau bleue pale alors que son apparence est grise d'habitude (il a la couleur d'une pierre tombale, d'où son nom et vous ne trouverez pas beaucoup de pierres tombales bleu clair). C'est un détail, mais bizarre, surtout de la part d'un coloriste aussi expérimenté que lui.

En tout cas Death Spiral s'avère prenant et j'ai déjà hâte de lire la suite, les deux prochaines semaines dans Amazing Spider-Man #24-25 (avant Venom #256, ASM #26, Venom #257 et le final dans ASM #27).

samedi 7 mars 2026

THE AVENGERS, VOLUME 6 : THE GRAIL (Jed MacKay / Javier Pina, Farid Karami, Sergio Davila)


THE AVENGERS, VOL. 6 : THE GRAIL
(The Avengers #31-36)


Kang s'ennuyait et pour se remotiver dans ses conquêtes a cherché dans les temporalités alternatives un double de lui-même capable de le challenger. Ainsi a-t-il créé Myrdinn, qui allait lui permettre également d'abuser les Avengers en les poussant à partir en quête du Graal, l'artefact permettant de créer un nouvel univers en détruisant l'univers actuel. Et pour tester les Avengers, il a créé la Cour du Crépuscule sur le modèle des Chevaliers de la Table Ronde. Mais ceux-ci ont failli et il les a remis au Grand Maître qui les a banni à la fin des temps.
 

Aujourd'hui, Kang s'est démasqué et les Avengers, dans le Battleworld en ruines, assistent à son triomphe car il détient le Graal. Pour les écarter de son chemin, il les confronte à une armée de zombies. Cependant, la Cour du Crépuscule retrouve la Cité Impossible, leur Camelot et elle les conduit sur le Battleworld pour aider les Avengers à vaincre Kang/Myrdinn. 


Pour remonter l'espace-temps, la Cour du Crépuscule et Camelot utilisent des pierres de l'infinité trouvées à la fin des temps. Arrivée sur le Battleworld, la Cour se charge des zombies pour permettre aux Avengers d'affronter Kang. Mais contre toute attente, les héros n'attaquent pas le conquérant : ils lui récapitulent leurs victoires au cours des derniers mois pour prouver que leur adversaire n'est pas digne de posséder le Graal et donc de finaliser son plan de créer un nouvel univers au détriment de l'actuel...


Ainsi, avec ces six épisodes, s'achève le run de Jed MacKay comme scénariste de The Avengers, après 36 numéros et 3 ans à son poste. L'Histoire jugera de ce qu'il en restera, même si les fans ont déjà estimé que c'était globalement un ratage, ou en tout cas un passage insuffisant pour entrer dans les annales du titre.


Pour ma part, je trouve que c'est sévère. J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer les circonstances dans lesquelles Jed MacKay a dû travailler. Marvel aligne de plus en plus ses comics sur son MCU et le scénariste s'était donc engagé en sachant qu'il devait absolument utiliser Kang comme le grand méchant de ses histoires puisque c'était le plan pour les films prévus.


Mais le plan ne s'est pas déroulé comme prévu : l'acteur choisi pour incarner Kang (Jonathan Majors) a été pris dans une grave affaire judiciaire, condamné, et licencié par Marvel. Après avoir songé à le remplacer, le studio a préféré modifier son agenda et changer d'adversaire, au profit de Dr. Fatalis dans le futur diptyque Avengers : Doomsday/Secret Wars (qui sera joué par Robert Downey Jr.).

MacKay aurait pu, sans doute, faire la même chose, mais il a préféré mener sa saga à son terme, sans rien changer de son casting. D'ailleurs, à l'exception de Thor qui a quitté les Avengers en cours de route (pour répondre à ce que Al Ewing avait écrit dans la série The Immortal Thor), MacKay n'a pas non plus modifier la composition du groupe, conservant les mêmes héros depuis le n°1.

Ensuite, le scénariste a voulu inscrire son récit dans une suite d'événements ponctuels : une manière assez habile de justifier les events Marvel comme une succession de tribulations inévitables, écrites à l'avance. Le procédé a pourtant moins convaincu dans la mesure où MacKay n'est pas Bendis, Hickman ou un des anciens architectes Marvel, qui pouvaient réellement prétendre tracer l'enchaînement des sagas de l'éditeur.

Mais c'était bien tenté et il reste que Marvel semble avoir choisi d'organiser ses events comme une série en soi, chacun faisant office de rampe de lancement au suivant (au moins jusqu'au prochain, Armageddon, dont on nous assure qu'il rebattra les cartes comme Avengers : Disassembled en son temps).

Si je refuse de saquer le run de MacKay, c'est pour la bonne raison, me semble-t-il, qu'il a, plus que Jason Aaron ou Jonathan Hickman avant lui, écrit avec des contraintes considérables, l'interventionnisme de l'équipe éditoriale à son maximum (là où Aaron, Hickman, et bien entendu Bendis, avaient, eux, les mains bien plus libres).

Parvenir à raconter quelque chose de cohérent et de solide dans ces conditions est à mettre au crédit de MacKay, quand bien même il n'a peut-être pas satisfait à ce que beaucoup attendent d'une série Avengers, surtout après les runs épiques de Aaron et Hickman avant lui. Il a fait ce qu'on lui a commandé, avec professionnalisme, et en même temps il n'a pas dévié de sa propre feuille de route.

La conclusion est-elle satisfaisante ? La motivation de Kang peut sembler assez grotesque (un conquérant qui s'ennuie et se trouve un double à même de le remotiver) et on sent que le récit peine à trouver une conclusion digne de ce nom. La résolution, que je ne spoilerai pas, est habile à défaut d'être géniale. 

Lorsqu'on termine un run, il faut surtout ranger dignement les jouets dans leur caisse, de manière à ce que l'auteur suivant puisse les retrouver facilement. De ce point de vue, MacKay est irréprochable et son dernier épisode est exemplaire. Je trouve même intelligent la façon dont il envisage qu'une équipe d'Avengers se dissout, une fois sa grande mission achevée, pour faire place à une nouvelle et en votant pour son prochain chef.

Là encore, on peut chipoter et il est vrai qu'avoir placé Captain Marvel dans le rôle de leader des Avengers n'a pas fonctionné. MacKay a souvent écrit en continuant à faire de Black Panther le vrai stratège du groupe et Iron Man celui qui met en oeuvre les idées du chef. Carol Danvers s'appuie trop sur eux et donne souvent l'impression de ne trancher qu'après que les hommes aient parlé. Dommage.

Il y a aussi, pour moi, un vrai problème Sam Wilson : en avoir fait un Captain America bis ne fait qu'embrouiller les choses, je n'aime pas quand deux personnages portent le même nom/titre. Sam Wilson a suppléé Steve Rogers à un moment mais quand celui-ci a recouvert ses moyens, comme Bucky Barnes, Wilson aurait dû abandonner le bouclier. Sam Wilson est le Faucon, que Marvel l'exploite comme tel au lieu de chercher à lui faire jouer un rôle qui ne sera jamais le sien.

Dans la back-up du #34, Brian Michael Bendis mettait en scène les Avengers classiques : Steve Rogers, Tony Stark, Thor Odinson (puis Hulk, la Guêpe, Ant-Man, Hawkeye, Black Widow, etc). Je crois que la trinité Rogers-Stark-Thor tient à coeur aux fans, comme Superman-Batman-Wonder Woman pour la Justice League. Si on ne joue pas avec eux, alors autant jouer avec d'autres personnages (comme le même Bendis le fit en faisant de Luke Cage le leader des New Avengers).

Visuellement, ce dernier arc est très bon : Javier Pina réalise les planches des n°31 et 33, en imitant le style de Pepe Larraz, avec un encrage épais mais texturé comme du carbone, et c'est excellent. Il s'acquitte de sa tâche avec toujours la même application et je trouve qu'il mériterait depuis longtemps d'être considéré comme davantage qu'un fill-in artist.

Sergio Davila s'occupe du n°35, et c'est vraiment l'épisode le plus décevant du lot. La différence de niveau est affligeante, c'est un vrai faux pas.

Enfin Farid Karami est là pour les épisodes 32, 34 et 36, et justement là on voit à quel point il domine son sujet et écrase la concurrence. Son brio technique, la qualité des pages, leur niveau de détail, leur découpage énergique, tout concourt à régaler le lecteur. Ce garçon, si Marvel ne fait pas de conneries avec lui, est promis à un grand avenir.

Quel avenir pour la série ? Il semble bien que Marvel fasse le pari, culotté, de ne pas la relancer avant plusieurs mois, certainement seulement après l'event Armageddon. Celui-débute le 6 Juin prochain et comptera cinq épisodes. A quel rythme ? Si c'est mensuel, ça nous entraîne jusqu'en Novembre, donc une éclipse de 8 (!) mois pour Avengers.

Qui écrira alors la série après MacKay ? Beaucoup pensent qu'en toute logique cela reviendra à Chip Zdarsky, puisqu'il écrit Armageddon, qu'il vient de prolonger son contrat avec Marvel de deux ans (même si ce n'est pas un contrat d'exclusivité, mais il l'a dit lui-même, l'éditeur compte sur lui pour construire la suite dans les deux prochaines années).

Cela ne me dérangerait pas, quand bien même Zdarsky n'a jamais écrit de team book, surtout comme Avengers. A moins qu'il n'ait déjà négocié avec le staff éditorial pour qu'on lui laisse écrire ce qu'il souhaite. 

J'aimerai quand même plus que Bendis reprenne les commandes, mais en a-t-il envie ? Il semble avoir toujours des projets en creator-owned chez Dark Horse, et en ce qui concerne son retour chez Marvel, il se borne pour l'instant à des "projets spéciaux". Et puis il reste celui qui a écrit le plus d'épisodes de la série, alors serait-il motivé pour la relancer ?

On verra. Et, en attendant, que rien ne vous empêche de lire le run de Jed MacKay et, pourquoi pas, de l'évaluer, la tête froide...   
*

Ci-dessous : les couvertures connectées des épisodes 33 à 36
par Russell Dauterman, représentant TOUS les Avengers !


vendredi 6 mars 2026

THE AVENGERS, VOLUME 5 : MASTERS OF EVIL (Jed MacKay / Valerio Schiti, Andrea Broccardo, Farid Karami)


THE AVENGERS; VOL. 5 : MASTERS OF EVIL
(The Avengers #25-30)


- #25-28 : MASTERS OF EVIL (Jed MacKay / Valerio Schiti : #25, Andrea Broccardo : #26-28, Farid Karami : #27) - Dr. Fatalis est devenu empereur grâce aux pouvoirs qu'il a dérobés au Dr. Strange. Les Avengers sont en première ligne pour l'affronter. Mais le Penseur Fou refuse d'être au service du nouveau maître du monde et veut établir un baston indépendant. Pour cela, il a rassemblé Oubliette Midas, Mr. Hyde, MadCap et Dreadknight.
 

Pour établir sa propre nation, le Penseur Fou décide d'occuper la Cité Impossible, l'actuel repaire des Avengers, et une fois dans la place, de se servir du Cartel des Cendres comme arme de dissuasion si Fatalis venait à s'en prendre à son équipe. Mais ce qu'il ignore, c'est que Captain America (Sam Wilson), blessé durant un combat, a été renvoyé dans la Cité Impossible pour y recevoir des soins - et quand il découvre la présence des Maîtres du Mal, il entend les neutraliser...


Bigre ! Je me rends compte que la dernière fois que j'ai rédigé la critique d'un volume de The Avengers par Jed MacKay remonte à presque un an (si je ne compte pas l'article spécial que j'avais écrit à l'occasion du n°34 de la série avec la back-up écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Mark Bagley). Il fallait donc que je m'y remette...


... D'autant plus que le n°36 vient de sortir et marque la fin du run de Jed MacKay. Le scénariste conclut donc son passage après trois ans de bons et loyaux services et on peut lui reconnaître du mérite car il a eu les mains liées dès le départ par l'équipe éditoriale de Marvel quand au choix de la saga qu'il devait animer, avec Kang comme méchant.

Car Kang devait, à l'époque, encore être le grand antagoniste des Avengers au cinéma. Mais ça, c'était avant l'affaire Jonathan Majors (accusé et condamné pour des faits de harcèlement et agressions sexuelles, qui lui ont valu d'être renvoyé des studios Marvel et blacklisté à Hollywood). Malgré tout, MacKay a quand même poursuivi l'intrigue qu'il avait mise en place.

Ce cinquième tome est donc l'avant-dernier et il rassemble les épisodes 25 à 30. La série est directement impactée par l'event One World Under Doom et l'album est divisé en deux parties : un premier arc qui donne son titre au recueil et qui se déroule durant la période de l'event et un second qui reprend le fil de l'histoire en cours depuis le début du run de MacKay.

On notera tout d'abord la confusion que peut entretenir le titre de ce premier arc puisque, dans One World Under Doom, les Avengers s'allient à un moment à d'autres Maîtres du mal (le Baron Mordo, la Goblin Queen, Dr. Octopus, Arcade, MODOK et Mysterio). En même temps, le nom de Maîtres du mal renvoient de façon plus globale aux ennemis des Avengers (un peu comme le Crime Syndicate pour la Justice League).

MacKay réussit ce qu'il fait de mieux : ce n'est pas vraiment un extraordinaire scénariste de team books, mais plutôt un auteur à son avantage quand il se concentre sur un personnage principal (comme Black cat, Moon Knight). Cette fois, il met face à cette bande de vilains Sam Wilson/Captain America, seul contre tous, dans la Cité Impossible.

Black Panther le rejoint dans son combat sur les deux derniers épisodes avant le retour des Avengers. L'affrontement est mené très efficacement et permet, pour une fois, de montrer ce que vaut vraiment Sam Wilson dans son rôle de "Captain Falcon", d'autant qu'il doute, au début, de son utilité au sein de l'équipe, n'ayant ni grand pouvoir ni vrai rôle dans cette formation.

Lorsqu'il est aux côtés de Black Panther, il forme un duo épatant, d'autant qu'à aucun moment le scénariste ne joue la carte des deux hommes noirs unis contre une bande de malfrats - ça fait du bien de lire du comics qui ne se prend pas les pieds dans du wokisme de bas étage (oui, je pense à toi, Gail Simone).

Visuellement, l'arc est aussi de bonne tenue : Valerio Schiti signe le #25, son dernier, sans forcer son talent mais c'est toujours un plaisir. Puis il est remplacé par Andrea Broccardo, dont le style est moins affirmé et manque un peu d'adresse dans les compositions mais qui ne démérite cependant pas. Farid Karami intervient très brièvement sur le #27 pour montrer T'challa avant qu'il ne revienne dans la Cité Impossible.

Tout ça est classique, la fin est un peu rapidement expédié, il est sensible que MacKay s'acquitte de cet exercice du tie-in sans enthousiasme, mais ça se lit bien malgré tout. 


- #29-30 : THE MISSING MOMENT + INTO THE RUPTURE (Jed MacKay / Farid Karami) - Vision a décrypté le Codex de Kang (dérobé durant leur aventure dans l'espace - voir le volume précédent) et a découvert ce que signifiait le fameux "Instant Manquant" après lequel le conquérant temporel et son rival Myrdinn courent depuis le début. Mais les Avengers doivent consulter Reed Richards avant d'aller plus loin car le leader des Fantastic Four est directement impliqué...


Jed MacKay reprend donc le fil de son histoire là où l'avait laissé, c'est-à-dire après le casse dans le casino spatial (histoire très divertissante du volume 4). Les Avengers avaient réussi à récupérer le Codex de Kang au nez et à la barbe de Myrdinn et du Grand Maître avec l'aide inopinée de Black Cat. Ce Codex devait leur apprendre ce qu'était ce mystérieux Instant Manquant qui intrigue tout le monde depuis le début et pour lequel Kang avait réclamé leur aide.

Le scénariste a donc beaucoup attendu avant d'en arriver là et on peut sans doute trouver qu'il a trop attendu. Mais avec les épisodes tie-in à Blood Hunt (event qu'il a écrit et donc dont il est responsable) puis ceux de One World Under Doom (qu'il n'a pas écrit mais sur lequel il a dû se caler), c'est autant de délais avec lesquels il a jonglés.

Souvenez-vous : quand le run de MacKay débute, les Avengers découvrent Kang agonisant et suppliant qu'il l'aide à retrouver l'Instant Manquant. S'ils ne le font pas, alors des événements dramatiques surviendront, menaçant non seulement leur équipe, mais la Terre et l'univers (et au-delà). Blood Hunt fut l'un de ces Tribulations Events - ce qui est une façon pour le scénariste de dire : "hé, mon event n'était pas si débile" (même s'il l'était quand même...).

Vision décode donc tout ça et prévient ses coéquipiers qu'il leur faut en parler à Reed Richards. Pourquoi ? Hé bien, c'est là que MacKay fait quand même fort car il ne se contente pas d'expliquer cet élément constitutif de son run - non, il va plus loin et le relie à Secret Wars de 2015 écrit par Jonathan Hickman.

Là aussi, un rappel est nécessaire : à l'issue de Secret Wars, les Fantastic Four disparaissait (à l'exception de Ben Grimm et Johnny Storm). C'était en vérité moins un geste créatif provocant qu'une conséquence des caprices de Ike Permulter, à l'époque encore un des cadres dirigeants de Marvel qui, vexé de ne pas pouvoir récupérer les droits pour le cinéma des FF, avait ordonné qu'on cesse de publier leur série (les X-Men faillirent connaître le même sort pour la même raison et il en résulta une mise en avant des Inhumains, mais qui ne conquit pas les lecteurs).

Puis Disney s'offrit la 20th Century Fox et avec les droits des FF et des X-Men (mais Permulter n'avait alors plus de responsabilités au sein de Marvel). Pour en revenir alors au volet purement artistique et narratif, Dan Slott récupéra la série Fantastic Four (pour un run que tout le monde préfère oublier) avant que Ryan North n'en hérite.

Ce qu'on apprit néanmoins, c'est que Reed Richards, sa femme Sue et leurs enfants Valeria et Franklin, n'avaient pas perdu leur temps durant leur absence puisque l'univers post-Secret Wars 2015, hé bien, c'était leur oeuvre. Ils l'avaient refaçonné, ce qui en faisaient des architectes divins en somme. Mais quel rapport avec l'Instant Manquant ?

A proprement parler, il ne s'agit pas vraiment d'un "instant", mais plutôt d'un morceau, d'une faille, laissée consciemment par Reed Richards, comme une trace pour se rappeler que, même s'il a joué à Dieu, il a voulu laisser un fragment inachevé, un morceau manquant. On apprend aussi (en tout j'ai appris) que c'était le 8ème cosmos créé dans la grande temporalité Marvel.

Alors que se passera-t-il si on retrouve cet "instant" manquant ? Tout simplement (si je puis dire), c'est la possibilité pour celui qui le trouvera de créer un nouveau cosmos, le 9ème, entièrement de sa conception. Et comme Myrdinn n'a pas l'air d'être un individu plus fiable que Kang, il convient de le devancer dans cette quête.

Et le mot "quête" est à dessein puisque trouver l'instant manquant, c'est littéralement partir en quête du Graal - le vrai nom de ce qui peut recréer le cosmos. MacKay prouve qu'il a de la suite dans les idées à défaut d'avoir toujours des idées et une narration brillantes) puisqu'il a plusieurs fois pioché dans le vocabulaire des légendes arthuriennes, avec la Cour du Crépuscule, la Cité Impossible/Camelot, Myrdinn (un barde), et maintenant l'instant manquant/le Graal.

Soyons clair : je ne cherche pas à dire que ce run vaut finalement mieux que ce qu'on pouvait en lire jusqu'alors, juste qu'il déploie une intrigue qui tient quand même debout, qui ne s'égare pas trop. Si MacKay avait eu comme Jason Aaron avant lui la liberté de raconter tout ça sans être parasité par des events, ça aurait gagné en dynamisme, en lisibilité.

En même temps, MacKay a su se différencier de Aaron qui partait dans un délire multiversel, parfois réjouissant, parfois exténuant, et il a dû composer avec un vilain imposé par l'éditorial, et il s'en sort quand même bien. Kang, les tribulations temporelles, c'est toujours compliqué de toute façon - à part Avengers Forever (de Busiek, Stern et Pacheco), peu d'auteurs ont réussi à en tirer quelque chose d'à la fois épique et resserré. Maintenant, on va voir comment MacKay conclura tout ça...

Sur ces deux épisodes, il retrouve en tout cas le formidable Farid Karami, qui aura été la grande révélation de ce run. J'espère vraiment que Marvel a pris conscience de l'immense talent de ce mec, sorti un peu de nulle part, et qui aura produit des épisodes d'une qualité redoutable. Certes son style très détaillé ne lui permet pas d'enchaîner beaucoup d'épisodes d'affilée, mais quand il est aux commandes, c'est vraiment un régal.

L'album s'achève sur la révélation de l'identité de Myrdinn - et donc je serai certainement obligé de la spoiler dans la critique du volume 6 (qui arrive très vite). Souhaitons à ce run, mal aimé, écrit avec application et honnêteté par Jed MacKay, de bien se finir. D'autant que Marvel a choisi de ne pas relancer Avengers dans la foulée (il faudra certainement patienter jusqu'à la fin de l'event Armageddon pour connaître la nouvelle équipe créative et les personnages qui incarneront cette nouvelle version).