lundi 26 octobre 2026

INGLORIOUS X-FORCE (Tim Seeley / Michael Santa Maria, Philip Tan, Roi Mercado, Luca Maresca)


INGLORIOUS X-FORCE
(Inglorious X-Force #1-10)


Le voyageur temporel mutant Nathan Summers alias Cable surgit dans le futur pour empêcher l'assassinat de la première présidente mutante des Etats-Unis, Kamala Khan. Mais il arrive trop tard. Aussi revient-il de nos jours avec le projet d'assembler une nouvelle formation d'X-Force : ses recrues ne doivent rien au hasard puisqu'il trouve leur nom inscrit sur son bras bionique avec la mention "un de nous". Autrement dit, parmi eux se trouverait l'assassin futur de Kamala Khan.


Se joint à lui Archangel (Warren Worthington III), Akihiro (Hellverine), et Boom Boom (Tabitha Smith). Ensemble ils abordent Ms. Marvel (Kamal Khan) afin qu'elle soit sous leur protection. Pour identifier lequel est le futur assassin, Cable choisit des missions qui ont valeur de test et qui lui permettent d'apprécier qui pourrait en vouloir à Kamala. Et comme cette tâche le tracasse, il a demandé auparavant à Domino de le surveiller lui-même car il se considère comme un suspect potentiel.


Pourtant Cable doit se rendre à l'évidence : aucun des membres de X-Force n'a le profil d'un assassin. Il soupçonne alors Kali Sez, une influenceuse qui alimente la haine entre humains et mutants et estime qu'une présidente mutante serait une traîtresse à la communauté dont elle est issue. Domino, de son côté, comprend que quelque chose cloche dans les actions de Cable et décide de le neutraliser avant que la situation ne dérape franchement...


Le dixième et dernier épisode de cette série est également sorti mercredi dernier et j'ai lu l'intégralité de cette histoire sur Marvel Unlimited. Le recueil sortira en Janvier prochain et sa suite, en cinq parties, débutera juste avant en Décembre sous le titre Fugitive X-Force. Ce qui m'a attiré là-dedans, c'est que le projet de Tim Seeley collait davantage à l'idée qu'on se fait de cette équipe que sa précédente itération (par Geoffrey Thorne et Marcus To, même si ce n'était pas dénué d'intérêt).


X-Force, c'est l'équipe black ops des mutants, un groupe pro-actif qui se charge de régler les problèmes avant qu'ils ne deviennent insoluble, et sans faire de quartier. Rick Remender en a tiré ce qui est sans doute la meilleure version, examinant aussi bien les méthodes expéditives que leurs conséquences sur chacun des membres.


Tim Seeley revient, lui, davantage aux bases de X-Force en remettant Cable, le fils de Scott Summers et Jean Grey, élevé dans le futur pour éliminer Apocalypse, au coeur du dispositif. L'enjeu, c'est d'éviter l'assassinat de Kamala Khan qui, dans l'avenir, serait la première présidente mutante des Etats-Unis. Manque de chance : Nathan Summers arrive trop pour l'empêcher et doit remonter le temps.
 

Lorsqu'il revient de nos jours, il découvre sur son bras gauche métallique une inscription avec trois noms et une formule énigmatique "l'un d'entre nous". Il en déduit que ces trois noms (plus le sien) sont ceux des principaux suspects dans l'assassinat. Et il décide de recruter ces assassins potentiels afin d'identifier lequel est le vrai coupable.


Seeley se montre malin en alignant les épisodes comme autant de tests pour les recrues de Cable. Il ne fait pas preuve d'une grande subtilité mais il connait et sait présenter les personnages de manière rapide. Le cas le plus flagrant est celui de Akihiro, le fils de Wolverine, qui a été tué par Dents-de-sabre puis ressuscité par le démon Bagra-Ghul et qui se fait désormais appeler Hellverine (je sais, c'est un nom grotesque).


Ce procédé caractérise efficacement chacun et explique pourquoi les uns et les autres acceptent de suivre Cable, souvent à contrecoeur (Archangel parce qu'il hait comme Cable Apocalypse, Hellverine pour se prouver qu'il vaut son père, Boom Boom parce qu'elle voit Cable comme une figure paternelle et qu'elle a toujours été membre de la X-Force).


Le fait d'incorporer Ms. Marvel peut faire grincer des dents mais Seeley est encore une fois assez habile : non seulement elle est au centre de l'intrigue, mais surtout elle figure ici comme le compas moral de l'équipe, refusant d'appliquer les méthodes de ses acolytes et les empêchant souvent de tuer pour aller plus vite au résultat escompté. Le personnage n'est donc pas dégradé.

Une fois le suspects blanchis et Cable avouant pourquoi il les a choisis, la question de l'identité de l'assassin reste entière. On entre alors dans la seconde partie de cette mini série où le scénario doit rebondir. C'est là que le personnage de Domino prend toute son importance puisqu'on a appris que Cable lui avait demandé au préalable de le surveiller. Pourquoi ?

Parce que Cable sentait que, dans le futur, quelque chose en lui avait été corrompu et qu'à ce titre il était lui aussi un suspect potentiel pour assassiner Kamala Khan. Seeley est un scénariste aguerri et à défaut d'être un conteur original ou génial, il sait comment articuler une intrigue et la développer pour un format donné (ici dix épisodes).

Ainsi, ce savoir-faire est démontré par la pirouette finale de l'intrigue qui remet en quelque sorte les compteurs à zéro tout en installant X-Force dans une position très critique, qui justifie le titre de la prochaine mini série (Fugitive X-Force). Au passage, et il faut applaudir l'exploit, Seeley ne se prend jamais les pieds dans le tapis de la continuité alors que c'est le piège quasi inévitable d'une histoire fondée sur le voyage temporel et l'altération des événements.

Inglorious X-Force (le titre est un hommage évident à Inglorious Basterds de Tarantino) profite aussi de dessins de très bonne facture. En premier lieu de Michael Santa Maria, un philippin qui ne devrait pas avoir de mal à retrouver du taf. Même s'il manque encore de constance et de régularité, il signe quand même 7 épisodes sur 10, et son trait détaillé, réaliste, ne manque pas de puissance.

Il est remplacé sur le #4 par le médiocre Philip Tan, puis reçoit le renfort de Roi Mercado sur le #5, avant de céder à nouveau sa place sur le #8 à l'excellent Luca Maresca. A l'exception donc de Tan, la qualité est maintenue et la charte graphique respecté. C'est une série d'action assumée et bien exécutée, avec des personnages très bien campés visuellement.

C'est Athila Fabio, lauréat d'un concours de jeunes talents, qui officiera sur Fugitive X-Force. Je verrai ce que ça vaut et, si ça me plait, je ne manquerai pas d'en parler une fois les cinq épisodes publiés.

dimanche 25 octobre 2026

ZATANNA, VOLUME 1 : THE GREATEST TOUR (Jamal Campbell / Jamal Campbell, Edwin Galmon)


ZATANNA, VOL. 1 : THE GREATEST TOUR
(Zatanna #1-6)


Zatanna décide d'assumer le rôle de Prime Magus afin de veiller sur les différents royaumes où la magie opère. Sa première mission consiste à délivrer une jeune elfe de l'emprise de l'esprit de la peste qui a par ailleurs fait plusieurs victimes humaines. Le D.E.O. (Department of Extranormal Operations) par la voix de l'agent Di Manes est également impliqué dans ces affaires occultes, ce qui ne plait guère à Zatanna.


Une fois l'esprit de la peste en boîte, Zatanna se rend à Memphis, Tennessee, pour y consulter Papa Midnite et surtout Elodie Arnette qui lui raconte l'histoire de Clara Dubois, une chanteuse lyrique du XVIIIème siècle en France, qui fut la muse de Aéde. A la mort de Clara, cette entité a muté en esprit de la peste. Di Manes convoque une chorale pour attirer Aéde, sabotant un sort lancé par Zatanna.


Désormais en conflit avec le DEO, Zatanna sollicite les conseils de Zehuto, le précédent Prime Magus, qui l'éclaire sur la véritable nature de cette charge et ceux qui l'ont endossée. Après cela, Zatanna entreprend un voyage dans la cité secrète des Homo Magi dont était originaire sa mère, Sindella...


J'avais commencé à lire la série Zatanna mensuellement avant d'arrêter à la fin du deuxième épisode. A cette époque, j'avais trop de lectures à suivre et je n'arrivais pas à apprécier ce que Jamal Campbell proposait, alors que j'avais plutôt aimé ce qu'il avait fait sur la première mini-série écrite et dessinée par ses soins en 2025.


Puisque le recueil des six premiers épisodes sortira en Janvier prochain, j'ai donc profité de cette échéance pour lire les floppies que j'avais gardés au chaud, en espérant que cette fois j'allais être mieux disposé. Et ce fut le cas. Mais surtout ça m'a révélé une chose que je devinais à propos des séries DC Next Level et qui se confirme ici.


DC Next Level, c'est devenu le coin des séries avec pour personnage principal un héros ou un groupe de héros qui ne font pas partie des vedettes de l'éditeur, des personnages appréciés de fans mais moins populaires, et que DC cherche à remettre en avant en s'appuyant sur des propositions fortes de la part d'auteurs et d'artistes aux styles radicaux. Quelque chose de très Vertigo en vérité.

C'est le cas pour The Fury of Firestorm, Doom Patrol, The Demon, Jonah Hex and the shadow of death, Lobo, Legion of Super Heroes, (et d'autres que je ne lis pas). Parmi tous ces titres, certains sont plus classiques dans leur traitement, mais la majorité s'inscrivent dans des expériences narratives et graphiques.

Autrement dit, il faut être prêt à s'engager dans des lectures non conventionnelles. C'est aussi l'opportunité de s'attacher à des héros qui ne sont pas intouchables, donc dont les aventures génèrent un vrai suspense. Et c'est aussi l'occasion pour les équipes créatives et éditoriales de prouver leur vrai attachement à ces héros, souvent négligés.

En ce sens, Jamal Campbell est certainement un des auteurs qui a le plus à coeur de redonner à Zatanna un rôle majeur. Sa première mini-série était comme un galop d'essai qui, en prime, passait après le très réussi Zatanna : Bring down the house de Mariko Tamaki et Javier Rodriguez. Là, en ayant gagné le droit de signer une série illimitée, il doit confirmer.

C'est ce qui transpire de ces six premiers épisodes : Campbell aime vraiment Zatanna et veut la mettre en valeur. Pour cela, il lui fait endosser le rôle de Prime Magus, une sorte d'équivalent du sorcier suprême chez Marvel (c'est d'ailleurs amusant que Scarlet Witch, une autre femme, ait eu ce titre pratiquement en même temps).

Pour prouver qu'elle en est digne, Campbell orchestre d'abord un premier arc en trois parties qui tourne autour d'un esprit devenu fou après la mort d'une cantatrice et que Zatanna va s'employer d'abord à contenir avant de trouver un moyen de lui rendre la raison. Pour corser le tout, elle voit son entreprise parasitée par la branche spécialisée dans les affaires occultes du DEO et de l'agent Di Manes.

Campbell se fait plaisir visuellement avec une débauche de couleurs qu'il assume en plus de l'écriture et du dessin. Grâce à l'infographie, ses possibilités sont infinies et parfois il faut bien avouer que cela ne rend pas la lecture très fluide. Le regard du lecteur se perd dans cette orgie chromatique, au point de perdre le sens du récit.

Malgré tout, l'intrigue est très rythmée et haletante, avec l'apport de personnages secondaires comme Papa Midnite et Elodie Arnette. La résolution de ce plot est très réussie et émouvante. C'est alors que Campbell a la sage idée de faire une pause et de passer la main pour les dessins à Edwin Galmon pour le quatrième épisode.

Toutefois il ne faut pas mésestimer l'importance de cet interlude qui permet au lecteur de mieux apprécier ce qu'est le Prime Magus, qui a tenu ce rôle auparavant, comment il revient à qui. C'est une sorte d'étape explicative nécessaire, et Galmon se montre particulièrement inspiré visuellement, plus sage dans son découpage, mais avec un style voisin de celui de Campbell.

Puis Campbell reprend le contrôle total de sa série pour les deux derniers épisodes. Enfin pas tout à fait total puisque Andrew Dallhouse va devenir le coloriste de la série à partir de là, et son arrivée va faire un bien fou à tout le monde. Campbell lui aussi va se calmer dans sa narration graphique et surtout en déléguant la colorisation, les épisodes vont sensiblement gagner en lisibilité.

L'aventure qui conduit Zatanna dans la cité cachée des Homo Magi est à peine plus calme que la première avec l'esprit de la peste, mais il est surtout plus digeste, avec l'introduction de nouveaux personnages, un renvoi au passé de la mère de Zatanna, une sous-intrigue politique (qui, à mon avis, n'en restera pas là) et même, à la toute fin, un teaser pour la suite.

C'est véritablement là que Campbell donne sa pleine mesure : en allégeant sa charge de travail, en construisant plus méthodiquement son récit, en dessinant de façon moins débridée, il produit des épisodes mieux charpentés, sans sacrifier ses propres folies. Il est indéniablement dans son élément avec cette série sur une magicienne.

La caractérisation de Zatanna est subtile et ludique à la fois : chaque épisode s'ouvre avec l'héroïne qui brise le quatrième mur et confie à demi-mots quelques astuces sur son job, car si elle est Prime Magus, elle est aussi une showgirl, qui se produit sur scène et qui envisage ses actions comme des numéros. Son intervention dans la cité cachée tient d'ailleurs à sa force de conviction pour rallier à elle ses habitants dont les émotions les plus négatives alimentent un monstre.

Le seul bémol sur cette deuxième partie, c'est la disparition du DEO et de l'agent Di Manes, mais, en même temps, ils n'y auraient pas eu leur place et sans doute que Campbell les ressortira ponctuellement pour contrarier Zatanna dans un champ d'action moins secret qu'une cité cachée de mages et de dragons.

Ce que je retiens surtout et enfin, c'est qu'il me semble avoir vraiment compris le projet et le traitement de Jamal Campbell. Maintenant je suis prêt à relire Zatanna mensuellement. Et il est bien possible que ce cas de figure se répète pour d'autres séries DC Next Level, d'un abord compliqué puis plus abordable une fois qu'on s'est fait à leur style d'écriture.

samedi 24 octobre 2026

ABSOLUTE WONDER WOMAN, TOME 3 : LA SAISON DES SORCIERES (Kelly Thompson / Hayden Sherman, Mattia de Iulis)


ABSOLUTE WONDER WOMAN, TOME 3 : LA SAISON DES SORCIERES
(Absolute Wonder Woman #15-20 + Annual 2026)


- #15 : THE MARK OF HECATE (Kelly Thompson / Hayden Sherman) - Diana se rend à Gotham pour enquêter sur une série de meurtres liée à des pratiques occultes. Batman lui sert de guide et de renfort pour ce qui s'avère être un piège tendu par Veronica Cale, dont l'ambition est de traquer et capturer/éliminer les justiciers masqués...

Ce nouveau tome d'Absolute Wonder Woman (une des très rares séries que je continue de suivre en vf - en même temps j'ai commencé ainsi, je poursuis donc ainsi) offre encore un programme copieux (merci, Urban Comics). Et Kelly Thompson ouvre les festivités avec un crossover entre Wonder Woman et Batman, qui répond à celui lu dans Absolute Batman #16, même s'il s'agit d'une histoire différente.

L'intrigue est simple mais rondement menée, avec la création d'un golem par une secte mystique. Toutefois Thompson sait se montrer originale dans la mesure où ce n'est que la partie visible de l'iceberg. En effet, tout cela est surtout une machination ourdie par Veronica Cale depuis la Zone 41 afin de piéger et tuer les deux justiciers.

Thompson fait donc plus que suggérer qu'il existe un plan pour éradiquer les super héros de l'univers Absolute. Elle mentionne aussi Superman (mais pas le Limier Martien, ni Flash ni Green Lantern). Toutefois, on sait depuis peu que DC publiera le premier event Absolute (en 5 n°) en Avril 2027 et qu'il sera écrit par Jason Aaron et dessiné par Juan Ferreyra sous le titre Absolute Justice (sans impacter les séries).

Ai-je besoin de rajouter que c'est incroyablement mis en image par le prodigieux Hayden Sherman ? Et encore, vous n'avez rien vu ! Cet artiste est stupéfiant : son découpage est constamment fluide et pourtant ses cases de toutes les formes n'entament jamais le flux de lecture. C'est très original et en même temps tout à fait accessible.


- #16-20 : THE SEASON OF THE WITCH (Kelly Thompson / Hayden Sherman) - Diana inaugure la nouvelle aile du musée d'Histoire naturelle de Gateway City dont Barbara Minerva a la charge. Steve Trevor est également présent après avoir du répondre aux questions d'une commission sénatoriale sur les actions de Wonder Woman et le soutien que doit ou non lui apporter le gouvernement américain.


Mais c'est alors que débarque la Suicide Squad menée par Zatanna. Diana évacue les civils avec l'aide de Steve Trevor avant d'affronter cette équipe envoyée par Veronica Cale et qui compte dans ses rangs le Dr. Poison, Cheetah et Giganta. Toutefois l'amazone découvre rapidement que Zatanna joue un double jeu...


C'est donc un arc narratif en cinq parties qui compose le plat de résistance de ce tome. Et quel arc ! Je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est celui qu'on attendait depuis le début de la série : on découvre la version Absolute de la Suicide Squad avec à sa tête Zatanna. Et la bataille qui s'ensuit est aussi spectaculaire et intense qu'espérée.


Il fallait bien ça pour mettre en difficulté Diana et Thompson réussit parfaitement doser les péripéties et rebondissements pour que cette baston d'anthologie tienne toutes ses promesses. Zatanna et ses acolytes sont en effet contrôlés à distance par Veronica Cale mais la magicienne est vite libérée de cette emprise par l'amazone qui utilise aussi ses talents de sorcière (elle a été éduquée par Circé).


En revanche Giganta se pose là comme adversaire de taille et de poids. Et son duel avec Wonder Woman est cataclysmique. Gateway City est ravagée et je pense que cela aura des conséquences pour la suite, surtout qu'au début de l'épisode 16 on voit Steve Trevor répondre aux questions d'une commission sénatoriale visiblement soucieuse de la présence de l'amazone.

Hayden Sherman s'éclate visiblement à mettre en scène ces affrontements titanesques et nous régale avec des doubles pages affolantes. Comme toujours il varie les formes et les tailles de ses cases sans jamais perdre en lisibilité, tout est formidablement puissant et fluide. Ce mec est vraiment impressionnant et si on parle beaucoup de Dan Mora et son hyperactivité, Sherman me paraît encore supérieur en qualité et surtout en inventivité.

Le final de cet arc est extrêmement frustrant, mais dans le bon sens du terme puisqu'il s'agit d'un cliffhanger - ça va être très long d'attendre le prochain tome chez Urban, mais on aura droit avec celui-ci au #25 pour lequel l'équipe créative a mis les bouchées doubles (comme pour tous les titres Absolute), afin de fêter dignement ce cap symbolique.

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- ANNUAL 2026 : CURSING AND CURSED (Kelly Thompson / Mattia de Iulis) - Pour avoir invoqué le pouvoir de la Méduse, Diana sait que cette créature a subi le châtiment des dieux d'une manière particulièrement cruelle. Elle veut l'en libérer, ce qui va être compliqué...


Dans Absolute Wonder Woman #5, Diana avait utilisé les pouvoirs de la méduse afin de se débarrasser de son adversaire, un kaiju monstrueux qui s'apprêtait à détruire Gateway City. C'est la déesse Artemis qui lui avait enseigné ce tour en lui offrant un de ses lassos. Mais cette expérience avait traumatisé l'héroïne qui avait ainsi appris le supplice auquel était soumis la méduse.

Kelly Thompson retrouve pour cet Annual l'artiste Mattia de Iulis dont le style photoréaliste donne une vraie majesté au récit, à défaut d'un rythme palpitant dans la narration graphique. Le résultat est souvent magnifique quoique très statique. Il ne faut pas être allergique à toutes ces images générées par infographie qui illustrent plus qu'elles n'améliorent l'histoire.

Mais bon, il serait ingrat de se plaindre : même si cet Annual est tout à fait inoffensif, il a le mérite de de poursuivre un des subplots de la série, avec tout l'aspect mythologique lié à Wonder Woman. C'est une ponctuation agréable et une conclusion esthétiquement épatante à un nouveau tome qui réjouira les fans de ce titre que, pour ma part, je trouve le plus réussi de la gamme Absolute. 

vendredi 23 octobre 2026

X-MEN : OUTBACK (Steve Orlando / Stephen Segovia, Roi Mercado)


X-MEN : OUTBACK
(X-Men : Outback #1-5)


Aux yeux du monde, les X-Men ont péri au terme de leur affrontement contre l'Adversaire quand Forge les a converti en énergie pure pour terrasser leur ennemi. Mais Roma, la fille de Merlin, les a ressuscités et leur a accordés une nouvelle vie. Ils se sont installés dans le repaire des Reavers dans l'outback australien. Mais tous ne voient pas cela comme une chance : Tornade doute de son leadership, Dazzler a dû renoncer à sa carrière sur scène, Colossus se demande s'il est encore vivant....
 

Rapidement toutefois l'équipe est testée : Dents-de-sabre les retrouve et veut tuer Wolverine, Godshredder mutilé par Logan dans le passé au Hellfire Club surgit, Yaga Dyara s'en prend à Colossus après avoir éliminé un de ses ancêtres... Madelyne Prior cherche aussi à prouver qu'elle a sa place sur le champ de bataille, Psylocke réconforte Piotr Rasputin, Malicia et Dazzler s'opposent tandis que Longshot tente de les calmer...


Cette semaine se terminait cette mini-série en cinq numéros écrite par Steve Orlando. A priori, pas de quoi retenir mon attention vu le pedigree de ce scénariste très moyen. Mais j'ai toujours eu un faible pour la période australienne des X-Men, quand Chris Claremont était en surchauffe et collaborait avec Marc Silvestri. Alors, j'ai tenté ce flashback.
 

Marvel confie habituellement ce genre de projets à ses auteurs vétérans pour les occuper : c'est ainsi que Claremont est aujourd'hui cantonné à écrire des histoires limitées s'intercalant dans les sagas qu'il signa il y a quarante ans. Il aurait d'ailleurs très pu se charger de ce X-Men : Outback, pour montrer qu'il en avait encore sous le pied. J'ai toujours trouvé dommage que Claremont n'ait jamais été promu editor de la franchise mutante, il aurait pu éduquer pas mal d'auteurs modernes moins doués que lui.


Steve Orlando délivre cinq épisodes assez anecdotiques, c'est la limite de l'exercice : il ne faut pas créer d'intrigues qui remettent en question ce qui a été fait. Donc on ressort ou on invente des menaces sans conséquences, comme Dents-de-sabre (alors qu'il venait d'être l'objet des expériences de Mr. Sinistre) ou Godshredder, un ancien garde du Club des Damnés transformé en cyborg, ou les Hommes de Lave.

Que reste-il à un scénariste une fois ce cadre posé ? En vérité, pas grand-chose, c'est vraiment du travail de commande, destiné au fans nostalgiques, un marché de niche. Orlando s'amuse à souligner quelques éléments que Claremont, emporté par sa fougue à l'époque, ne prit pas le temps de développer, comme l'attirance manifeste entre Colossus et Psylocke (qui n'a jamais été creusée depuis).

Havok commençait à en pincer pour Madelyne Prior : il ne se doutait pas que Inferno allait tout chambouler, mais le pauvre Alex Summers n'a jamais eu de chance avec les filles. Plus amusant : les relations très tendues, quasi hystériques, entre Malicia et Dazzler avec Longshot au milieu. Ou la complicité entre Wolverine et Tornade (qui était encore amoureuse de Forge).

Cette équipe des X-Men était une des formations les plus improbables et originales qu'aura inventée Claremont. Un mélange d'outsiders (Dazzler, Madelyne Prior, Havok, Longshot) et de valeurs sures (Wolverine, Tornade, Colossus, Malicia), très tonique, et qui appliquait une des recettes favorites de l'auteur : composer un groupe aux capacités prévues pour les menaces à venir, mais dont le lecteur pouvait douter qu'ils s'en sortiraient en cas de coup dur.

Orlando a pu compter sur un artiste solide, ce qui n'est pas toujours le cas pour ce type de mini-série : Stephen Segovia, bien qu'occupé par ailleurs avec King Spawn, trouve le temps de signer quatre des cinq épisodes. Son style très énergique fait merveille, et il ponctue chaque numéro d'une splash page digne d'un poster.

Roi Mercado l'assiste sur le #3 et le remplace sur le #4. La transition se fait sans heurt car il a un bon coup de crayon, assez proche de celui de Segovia. Par contre il hérite de l'histoire la plus faible (celle avec les Lava Men). Les couleurs sont dues à Alex Sinclair, qui soigne son ouvrage.

Bon, vous l'aurez compris, ça ne mange pas de pain. Mais ça rappelle une période très spéciale des X-Men. Est-ce qu'avec une telle équipe le titre fonctionnerait autant aujourd'hui ? 

jeudi 22 octobre 2026

DOOMQUEST #5 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Et l'esprit du Dr. Fatalis se trouva dans le corps de Susan Storm, la femme invisible ! Pour ne rien arranger, Galactus arrive pour la première fois sur Terre avec l'intention de la consommer. Comment Fatalis va-t-il tirer profit d'une telle situation ? Et sera-t-il démasqué par les Quatre Fantastiques ?
 

Il ne vous aura pas échappé qu'avec cet épisode on est juste à la moitié de cette mini-série Doomquest et il est évident que Ryan North a voulu marquer le coup avec une histoire délirante. Même si je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce qu'il tire cette cartouche aussi tôt car, à la fin de ce numéro, il est devient clair que Reed Richards comprend que Dr. Fatalis voyage dans le temps.


Comme cet épisode se situe chronologiquement au début de la carrière des Fantastic Four, et plus précisément lors des #48-50 de 1966 (qu'on a appelé la "Galactus trilogy"), l'équipe qu'on voit là n'est donc pas la même que celle du premier épisode, l'actuelle. Reed Richards devine donc que Fatalis vient du futur et remonte le temps, ce qui représente un danger.


Le scénariste Ryan North s'amuse visiblement beaucoup avec ces paradoxes temporels et leurs conséquences, en veillant à les rendre compréhensibles, ce qui est tout à son honneur car c'est un motif narratif complexe et qui souvent finit dans des impasses. Mais lui en saisit le potentiel et ne s'en tient pas à l'aspect gadget.


Outre que Galactus et le Surfeur d'Argent sont les attractions les plus spectaculaires de ce numéro, North veille à ne pas à ce qu'ils n'en soient pas l'unique intérêt. Bien sûr il est savoureux de voir Fatalis découvrir et maîtriser les pouvoirs de Susan Storm, si bien qu'il les utilise mieux qu'elle - en tout cas mieux qu'elle à cette époque.

Comme il est drôle de mesurer le malentendu entre Reed Richards et sa femme quand il la voit agir avec une telle efficacité : c'est une façon de rappeler que Stan Lee (mais pas que lui, tous les scénaristes des années 60 chez Marvel) considérait les héroïnes comme des faire-valoir. D'ailleurs, comment interpréter autrement le fait que la seule fille du groupe ait pour pouvoir d'être invisible ? Elle était réduite littéralement à celle qu'on ne voyait pas, qui s'effaçait au profit des trois garçons.

North ajoute du piquant à cela notamment quand, après avoir mis en échec à elle seule Galactus, Susan impressionne tellement Reed qu'il l'embrasse goulument. Or, si c'est bien la bouche de Sue, c'est quand même à Fatalis aussi qu'il roule une pelle ! Et c'est franchement irrésistible. Si l'épisode s'était arrêté là et que l'esprit de Fatalis était reparti à une autre époque, l'épisode aurait été un chef d'oeuvre.

Ne vous méprenez pas, la suite et fin est très réussie aussi, mais inévitablement un peu en deçà. En tout cas, il va falloir de la ressource à North pour rebondir, même si le cliffhanger est excitant et que le Reed de cette histoire doit maintenant trouver un moyen d'avertir sa version future de ce que fait Fatalis. Il y a encore largement de quoi alimenter cinq autres épisodes.

Francesco Mobili a de quoi faire et il le fait magistralement : j'attendais beaucoup de la manière dont il allait dessiner Galactus et le résultat ne manque pas d'envergure. L'épisode s'ouvre sur une page tirée de FF #48 puis Mobili pastiche le style de Kirby pour assurer la transition vers le début proprement dit de l'épisode de Doomquest avant de reprendre son trait à lui.

Les compositions sont particulièrement alertes et le réalisme académique de Mobili fait merveille pour ancrer l'intrigue sans sacrifier sa dimension plus opératique. Les couleurs de Frank d'Armata sont toujours aussi sublimes, avec au début de belles nuances de violet-rose et le respect du bleu clair des uniformes des FF de l'époque.

Pour l'heure, il va surtout falloir être un peu patient puisque la série va faire un bref break et revenir en Décembre. Dieu merci, Marvel a préféré cette solution plutôt que de faire appel à un fill-in pour Mobili. Doomquest mérite d'être entièrement dessiné par le même artiste avec lequel North forme un duo gagnant.

LOBO #8 (Skottie Young / Jorge Corona)


Celui veut tuer Lobo n'est autre que Francis Dalex, l'ex Mauve Lantern, que les Gardiens d'Oa ont fini par virer après le massacre de Czarnia. Pour éliminer celui qui a causé sa déchéance, Dalex a étudié et trouvé son unique point faible : la magie...


Bon, que dire de cet épisode ? Je vais être franc : je pense que j'arrive au bout de cette série avec cet arc narratif. C'est assez ironique dans la mesure où j'espérai qu'en développant une intrigue, la série me ravirait davantage, mais ce n'est pas le cas, c'est même le contraire. Je préférai avant, avec des numéros done-in-one.


Là, Skottie Young me perd : où est passé l'humour ? Il a laissé place à quelque chose de brouillon et visuellement très pénible à lire. Alors, certes, le dessin de Jorge Corona a quelque chose d'intrinsèquement moche et qui colle bien au personnage de Lobo, avec sa dégaine de métalleux déjanté, mais il n'empêche que, là, c'est... Compliqué.
 

J'ai volontairement mis pour illustrer cette critique des planches qui montrent bien le délire graphique auquel on a affaire et, bon, ça plaira certainement malgré tout à certains, mais en ce qui me concerne, j'ai eu du mal. Du mal à déchiffrer ce que je voyais. Et du mal, surtout, à ne pas considérer que Corona en rajoutait.


Evidemment, depuis le début de la série, je me demandai ce que ça aurait donné si Skottie Young avait écrit et dessiné Lobo. J'aime beaucoup le travail de Young comme cover artist et je me désole qu'il ne dessine pas davantage d'intérieurs. Je crois que s'il avait dessiné Lobo, ça aurait été un festival. Mais voilà, il a filé cette partie à Corona.

Et je ne vais pas me dédire, Corona a fait de l'excellent boulot au début. Ce côté crasseux était poilant, c'était aussi couillu de la part de DC de publier une série avec ce style visuel. Mais peut-être me suis-je lassé plus vite que prévu. Peut-être que ces derniers épisodes m'ont trop demandé. En tout cas, ça ne fonctionne plus autant.

Quant à l'histoire proprement dite, je doute qu'elle mérite autant de développement. Lobo se fait massacrer par ce Felix Dalex, qu'on avait vu dans l'épisode 3, se déroulant dans l'enfance de Lobo (et illustré par Nicoletta Baldari). Comme le titre de l'arc l'indique, Lobo va mourir (jusqu'à ce qu'il revienne). Voilà, voilà.

C'est sauvage, mais c'est à la limite du lisible et surtout c'est quand même très sommaire pour occuper trois épisodes (la fin est prévue le mois prochain et en Décembre, il y aura un épisode spécial Noël). Donc, oui, déception. Et découragement. Je vais quand même lire le #9 en Novembre et sans doute le 10 ensuite, mais en 2027, je vais certainement rayer Lobo de ma liste d'achat.

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #9 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)


La Milice de Minuit, composée de tous les new yorkais prisonniers du Manoir Vorace, s'emploient à démolir cet endroit. Mais Clea Strange comprend qu'il faut frapper au coeur de ce monstre et indique à Moon Knight le coeur de la bête. Il y retrouve Achilles Fairchild, également détenu et désireux de se venger...


Cet épisode conclut la saga des Midnight Sons et le grand spectacle est au rendez-vous. Jed MacKay a réussi à écrire un arc géant de neuf numéros palpitant et intense qui prouve encore une fois, si besoin était, qu'il a donné au personnage un souffle nouveau. Cette grande aventure contre une maison hantée m'aura comblé au-delà de toute attente.


Une fois ceci dit, il faut tout de même reconnaître que ce n'est pas l'épisode qui offre le plus de matière à critiquer. On assiste à un exercice de démolition jubilatoire mais très succinct entre la Milice de Minuit que forment tous les new yorkais prisonniers du Manoir Vorace, et c'est à peu près tout. Le scénariste et son dessinateur peuvent s'amuser à tout casser sans se soucier des conséquences.


Néanmoins, dans sa dernière partie, l'épisode offre au lecteur deux moments vraiment satisfaisants mais qu'on aurait aimé un peu plus développés. D'abord, on assiste aux retrouvailles entre Moon Knight et Achilles Fairchild, ce dealer asgardien qui était lui aussi prisonnier du manoir, et les deux adversaires d'hier s'entendent pour défoncer les fondations de l'édifice.
 

MacKay justifie cette alliance de manière simple : Fairchild a été battu sèchement par Moon Knight et préfère encore mourir en détruisant cette maison maudit que retrouver le chevalier de la lune sur sa route. De son côté Marc Spector accepte volontiers le renfort de Fairchild pour mettre fin aux agissements de ce manoir.

Et puis il y a la séparation des Midnight Sons : comme Spector a manipulé Daredevil, Blade et Ghost Rider pour libérer ses amis, il était prévisible qu'une fois l'affaire réglée, il devrait rendre des comptes. Daredevil est le plus virulent tandis que Ghost Rider et Blade préfèrent en rester là. Mais ça m'étonnerait que tous retravaillent de sitôt avec Moon Knight.

Du côté des dessins, Devamlya Pramanik montre des signes de fatigue légitimes après avoir signé des épisodes phénoménaux. S'il est encore capable de produire des découpages inventifs et de charger les scènes d'une énergie peu commune, on sent bien que les finitions sont moins soignées que d'habitude et qu'il roule un peu sur la réserve.

On ne peut vraiment pas lui en vouloir : tenir 9 mois d'affilée à ce niveau, c'est un exploit et le résultat est loin d'être déshonorant sur cette conclusion. Non, ce qui rend maussade, c'est que sur les deux prochains épisodes il sera remplacé par le médiocre Von Randall (qui avait déjà commis deux épisodes d'Iron Man durant l'indisponibilité de Carmen Carnero). Espérons que Pramanik récupère vite des forces et nous enchante à nouveau, aux côtés de la coloriste Rachelle Rosenberg.

Malgré quelques réserves donc, Marc Spector : Moon Knight reste assurément une des toutes meilleures séries Marvel actuelles et cet arc qui s'achève l'aura confirmé avec brio.