dimanche 22 février 2026

X-FORCE, VOLUME 1 : FRACTURES (Geoffrey Thorne / Marcus To)

 

X-FORCE, VOL. 1 : FRACTURES
(X-Force #1-5)


Traumatisé par la chute de Krakoa qu'il n'a su prévoir, Forge a mis au point un appareil capable de détecter des fractures partout dans le monde. Il assemble une équipe - Sage, Captain Britain (Betsy Braddock), Askani (Rachel Summers) et Tank - pour intervenir avant que ces crises ne s'aggravent. Durant leur première mission, Deadpool leur prête main-forte et il sauve la mutante Surge au Japon.


X-Force pénètre dans le Wakanda pour une nouvelle opération mais le royaume africain ne tolère pas cette intrusion. Un sorcier, Nketi, tient les forces de l'ordre sous son contrôle et possède Askani et Captain Britain, forçant Forge et Sage à battre en retraite pour trouver une solution...


La mission suivante entraîne X-Force au Cambodge où Nuklo, un mutant colossal mais avec un esprit d'enfant, dévaste tout sur son passage. Surge préfère venir en aide aux civils que le traquer. Par ailleurs, des tensions voient le jour entre Askani et Captain Britain d'une part et Forge et Sage d'autre part sur la manière de régler ces crises...


A la poursuite de Nuklo dans la jungle, X-Force perd sa trace. Forge le localise en Floride, dans les Everglades et, pour y  arriver rapidement, l'équipe emprunte un portail dimensionnel qui les oblige à traverser brièvement l'Outremonde. Problème : quand ils pensent avoir retrouvé Nuklo, ils constatent qu'ils se sont égarés sur une Terre parallèle...


Bon, finalement, j'ai relu ce premier arc de X-Force version "From The Ashes - A New Beginning" et j'ai enchaîné avec le second pour vous en faire une critique. La série, comme X-Factor et NYX, a été annulée au bout de dix épisodes. Encore une fois, c'était la limite fixée par l'editor Tom Brevoort pour juger de la viabilité commerciale d'un titre.

Même si X-Force est une sorte de marque à la longévité remarquable (ce run s'achève d'ailleurs en arrivant au #300), cela n'a pas suffi à convaincre les fans. On peut constater que Brevoort n'a finalement pas connu beaucoup de succès depuis son arrivée à la tête de la franchise X puisque seuls Uncanny X-Men et X-Men continuent à être publiés.

Tout autre editor avec un si maigre bilan aurait été remplacé, Marvel constatant que sa stratégie ne fonctionne pas. Alors pourquoi tant de mansuétude ? Brevoort semble jouir d'une quasi impunité étonnante. Parce qu'il a connu des succès retentissants quand il supervisait les titres Avengers. Et qu'il est un cadre vétéran dans la maison. 

Mais les chiffres sont là : depuis sa prise fonction à la tête des séries mutantes, il a davantage initié de ratés que de réussites. Brevoort est un homme qui considère le marché comme un espace à coloniser, il faut littéralement l'inonder de mensuels pour démontrer sa force et qu'importe si, dans le lot, il y a peu de profits et beaucoup de pertes. Visiblement, Marvel se satisfait d'avoir deux titres sur sept qui marchent.

On peut reconnaître à Brevoort d'essayer des choses et cette version de X-Force en est la preuve. D'habitude, le titre met en avant des mutants effectuant des missions clandestines en n'hésitant pas à recourir à la force létale pour parvenir à leurs objectifs. D'ailleurs les chefs de l'équipe ont souvent été Wolverine ou Cable (parfois en même temps).

Mais cette fois-ci, c'est différent : le leader de cette X-Force est Forge, le mutant indien, un technopathe et un mystique, un futuriste aussi comme Iron Man, et un stratège comme Batman, quelqu'un qui aime avoir plusieurs coups d'avance sur l'adversaire. Durant l'ère Krakoa, il était la boîte à outils de la nation X et il a même fait partie de la seconde équipe de X-Men élue lors du Hellfire Gala.

Le postulat de cette série se base justement sur la proactivité de Forge : il a conçu un appareil qui lui permet de détecter des crises potentielles et il assemble une équipe pour intervenir avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il s'entoure donc logiquement de Sage (dont le pouvoir en fait une super calculatrice), de Captain Britain et Askani (deux télépathes) et de Tank (on ignore qui il est mais il incarne les muscles de l'équipe).

Ainsi composée, cette formation semble parée pour réparer le monde de fractures sur le point de se déclarer. Dans le premier épisode, Geoffrey Thorne ajoute Deadpool mais il ne le conserve pas : on peut penser qu'il s'agissait davantage d'un moyen d'attirer la curiosité des lecteurs que d'une réelle volonté de l'inclure à long terme. Numériquement, il est remplacé par la jeune mutante Surge et ses pouvoirs électromagnétiques.

Thorne construit sa série d'abord sous la forme d'épisodes done-in-one, un peu comme Mark Russell avec X-Factor. Mais il délaisse ce format rapidement pour, dès le troisième épisode, élaborer un arc en trois parties où X-Force poursuit le mutant Nuklo, fils de deux super héros de la seconde guerre mondiale (Whizzer et Miss America).

Ce que le lecteur remarque aussi vite, c'est à quel point ce que met en place Thorne ne tient pas. X-Force arrive toujours quand la crise s'est déclenchée et donc le dispositif de Forge mais aussi le principe même de la série sont en défaut. C'est embêtant. Mais si les menaces auxquelles doit faire face l'équipe fournissent assez de tensions pour passionner le lecteur, ça peut encore passer.

Hélas ! comme dans les autres séries X, les adversaires de X-Force peinent à faire vibrer : un sorcier wakandais, Nuklo, des Avengers d'une Terre parallèle - bof ! Ce n'est ni mieux ni pire qu'ailleurs, mais ça en dit long sur la franchise telle que Brevoort et ses scénaristes la conduisent : une incapacité chronique à créer des antagonistes valables, à générer des intrigues palpitantes, et donc à mettre en valeur les équipes.

Mark Russell avec X-Factor avait pris le parti d'en rire et d'animer ses personnages dans des histoires volontairement crétines. Mais au fond, qu'on le prenne à la rigolade ou plus sérieusement, c'est du pareil au même : aucune des équipes de mutants n'a droit à des ennemis dignes du rang de la franchise. On est vraiment très loin d'Orchis durant l'ère Krakoa.

Thorne insiste donc, comme conscient de la faiblesse de ces oppositions, sur la caractérisation et la dynamique du groupe. Il s'en sort mieux sur ce plan avec deux parties : d'un côté les planificateurs que sont Forge et Sage et de l'autre les garde-fous que veulent être Askani et Captain Britain, avec entre les deux Surge et Tank. 

Rachel Summers et Betsy Braddock, en couple depuis Krakoa (une idée passablement agaçante puisque, pendant des années, on n'a vu Rachel s'intéresser particulièrement à des filles, elle a longtemps été amoureuse de Diablo, et Betsy n'affichait elle non plus aucun penchant homosexuel), se méfient des méthodes de Forge, surtout quand il préfère chasser Nuklo que d'aider des civils cambodgiens en détresse.

Le cinquième épisode, qui conclut ce premier tome, se charge d'ailleurs d'accabler Forge : il voit la Tornade de la Terre 9105 mourir et cela le renvoie à sa relation avec la Ororo qu'il connait, mais surtout un des membres de l'équipe se sacrifie pour les autres, entraînant le départ de Sage. Décidément, le visionnaire Forge ne voit pas venir grand-chose et est écrasé par ses échecs.

Visuellement, cependant, la série gagne à être lue car elle bénéficie du talent de Marcus To. Celui-ci est un artiste expérimenté, qui a particulièrement brillé durant l'ère Krakoa en dessinant la quasi-totalité des 26 épisodes d'Excalibur. Quand il est engagé sur X-Force, il travaille en même temps sur Time Waits, écrit par Chip Zdarsky et David Brothers pour DSTLRY.

To est un choix surprenant pour X-Force où on aurait vu un artiste avec un style plus punchy (comme Stephen Segovia, qui signe les couvertures). Mais j'aime beaucoup ce qu'il fait en général et il ne déçoit pas ici non plus. Son storytelling est propre, efficace, et contribue pour l'essentiel à la réussite du titre, malgré ses nombreux autres défauts. 

Restez branchés, la critique du volume 2 arrive vite ! 

samedi 21 février 2026

X-MANHUNT (Gail Simone, Collin Kelly & Jackson Lanzing, Murewa Ayodele, Jed MacKay, Mark Russell, Eve L. Ewing, Geoffrey Thorne / Javier Garron, Francesco Mortarino, Luciano Vecchio, Netho Diaz, Bob Quinn, Carmen Carnero, Marrcus To, Gleb Melnikov, Federica Mancin, Enid Balam)

 

X-MANHUNT
(Uncanny X-Men #11 + NYX #9 + Storm #6 + X-Men #13
+ X-Factor #8 + Exceptional X-Men #7 + X-Force #9
+ X-Manhunt : Omega #1)


L'impératrice Xandra Xavier Neramani est capturée par des rebelles Shi'ar qui ne reconnaissent son autorité parce qu'elle est à moitié humaine. Depuis sa cellule de la prison du manoir Graymalkin, Charles Xavier entend télépathiquement son appel au secours et obtient l'aide de Sarah Gaunt pour s'échapper, après avoir affronté l'équipe de Malicia appelée en renfort par le Dr. Ellis...


Charles Xavier rejoint New York où il demande l'aide du groupe mené par Ms. Marvel. Il leur explique devoir aller en Latvérie car le Dr. Fatalis possède la dernière graine de Krakoa. Ms. Marvel et Anole acceptent de l'accompagner et pendant qu'ils récupèrent la graine, Xavier, lui, remet la main sur un casque Cérébro...


Charles Xavier gagne Atlanta où il trouve refuge auprès de Tornade. Celle-ci affronte les X-Men de Cyclope et provoque le crash de leur quinjet sur l'île d'Utopia. Ce dernier profite de la confusion qui s'ensuit pour s'enfuir et prend psychiquement le contrôle du Fauve sur le point de détruire un moteur que Tornade alimente et dont il a besoin pour la suite de sa cavale...


Tornade occupée à ralentir le Fléau, Magik et Psylocke, Xavier doit faire face à Quentin Quire dans un duel psi. L'élève prend l'ascendant sur le maître et le Fauve, libéré de l'emprise du professeur, lui injecte un sédatif. Tornade rend les armes et les X-Men embarquent Xavier lorsque d'autres mutants le réclament...


Ces mutants, ce sont les membres de X-Factor, aux ordres de l'armée américaine. Tandis qu'ils affrontent à leur tour les X-Men, Xavier sans surveillance est enlevé par Frenzy, alerté par le professeur sur sa situation, et Havok, venu prêter main forte. Cyclope les rattrape et leur barre la route. Xavier lui révèle alors ce qu'il a caché sur Utopia : un oeuf de résurrection krakoan...


Pendant ce temps, à Chicago, Bobby Drake/Iceberg prévient Kitty Pryde et Emma Frost que le professeur X est en cavale. Ils expliquent qui il est à leurs jeunes élèves, partagés en ses bonnes et mauvaises actions passées mais se sentant peu concernés. Pourtant Emma se charge de leur rappeler que, avec la chute de Krakoa, les mutants sont à nouveau sans refuge sûr...


Krestel, un téléporteur, assomme Cyclope à Utopia et exfiltre Xavier et l'oeuf krakoan. L'opération a été organisée grâce à Sage, que le professeur a prévenu télépathiquement de sa position. Il fait éclore l'oeuf dont sort Lilandra Neramani à qui il rend sa conscience grâce au casque Cérébro. Sage met à la disposition du couple un vaisseau pour quitter la Terre alimenté par un des moteurs trouvés chez Tornade...


Le professeur X et Lilandra réussiront-t-ils à partir sans être rattrapés par ceux qui les traquent ?

J'ai hésité avant de me lancer dans la lecture de ce crossover et puis je me suis dit : "allez, c'est parti !". Même s'il n'est pas exempt de défauts et a mobilisé toutes les séries publiées alors (même si à l'exception de Uncanny X-Men et X-Men, elles allaient toutes être annulées peu de temps après), il possède d'indéniables qualités.

La première et essentielle, c'est de boucler (au moins pour un bon moment) le dossier Charles Xavier. Le fondateur des X-Men a toujours été un caillou dans la chaussure de nombreux auteurs et editors. Si certains le considéraient comme la clé de voute de la mythologie mutante, d'autres n'ont eu de cesse de l'en éloigner, voire carrément de l'éliminer. Dans la plupart des cas, d'en faire le contraire de qu'il devait incarner.

Pour bien comprendre le problème que pose le personnage, il faut en vérité remonter à avant la naissance des X-Men. Les X-Men comme personnages et comme série ont été largement inspirés à Stan Lee par la Doom Patrol d'Arnold Drake (qui écrira d'ailleurs quelques épisodes de X-Men ensuite) publiée par DC.

On y trouvait déjà la même configuration : un mentor paralytique en fauteuil roulant et une bande de freaks (Robotman, Negative Man, Elastigirl) qu'il prenait sous son aile et formait à être des super héros. Charles Xavier a remplacé Niles Caulder et Scott Summers, Hank McCoy, Warren Worthington, Bobby Drake et Jean Grey ses recrues.

Mais Caulder était un Chef (c'était d'ailleurs ainsi qu'il était surnommé) autoritaire et cela alimentait des relations difficiles avec sa patrouille. Comme Xavier qui deviendra vite un professeur passablement pénible pour ses élèves, au comportement plus que limite (comme son attirance pour la jeune Jean Grey).

Cela ne cessera jamais. Des scénaristes exploiteront cette figure mi-paternelle, mi-tyrannique pour nourrir des intrigues. D'autres préféreront se passer du professeur X, favorisant les X-Men (et les divers autres groupes de mutants) dans une configuration plus traditionnellement super héroïque (mais en conservant le côté freaks, marginaux, etc.).

Dans le pire des cas, Xavier deviendra même un méchant affrontant ses anciens élèves, jusqu'au paroxysme que représenta la saga Onslaught. Mais parfois le professeur X sera celui que ses disciples rappelleront en espérant qu'il les tire d'un mauvais pas. Au péril de sa vie. Mais Xavier a ressuscité bien avant le protocole des Cinq de Krakoa (d'ailleurs qui n'est pas mort et n'a pas ressuscité chez Marvel ?).

Avec l'ère Krakoa, Jonathan Hickman puis Kieron Gillen et Gerry Duggan ont rédigé une sorte de synthèse du personnage : fondateur de la nation X (aux côtés de Magneto et Moira MacTaggert) mais aussi son fossoyeur (même si, là, il avait une excuse car Orchis l'a obligé à sacrifier cette utopie). Puis quand Krakoa a chuté, Xavier a été arrêté, livré et incarcéré dans son ancien manoir de Graymalkin.

Dès lors, il était inévitable que certains mutants allaient vouloir organiser son évasion quand d'autres préféreraient qu'il y croupisse pour payer ses fautes. C'est le schisme qui oppose la bande de Malicia à celle de Cyclope. Gail Simone, la scénariste de Uncanny X-Men, l'équipe la plus proche géographiquement de Graymalkin, est celle qui a préparé le terrain pour X-Manhunt.

Dans sa série, elle révélait que les mutants télépathes développaient une tumeur cérébrale à cause de leur pouvoir (c'est ce qui a emporté le jeune Harvey dans Uncanny X-Men #1) et qui touchait aussi Xavier. Mais les différents X-Men et même le professeur l'ignoraient. Cette idée est ce qui allait justifier les errements, plus ou moins récents, du personnage contre les siens.

Ensuite il fallait justifier qu'il veuille s'échapper puisqu'à l'issue du premier crossover initié par l'editor Tom Brevoort (Raid on Graymalkin), Xavier lui-même assurait à Malicia vouloir rester enfermé, conscient qu'il avait mal agi et qu'il n'était plus le digne guide des mutants. Gail Simone toujours a eu la charge d'expliquer pourquoi il devrait quand même sortir de Graymalkin.

Comme je l'ai déjà dévoilé dans mes critiques d'Uncanny X-Men, l'épisode 11, qui ouvre X-Manhunt, révèle une insurrection parmi les Shi'ar et Xandra, la fille de Xavier et feu sa mère Lilandra Neramani, est donc capturée par ces rebelles qui ne reconnaissent pas l'autorité de leur impératrice à cause de sa nature à moitié humaine. Télépathe comme son père, elle lui envoie un S.O.S. qu'il capte depuis sa cellule.

Xavier réussit à s'enfuir de Graymalkin malgré l'intervention de Malicia et son équipe et X-Manhunt raconte donc sa folle cavale. Avant d'être activement poursuivi, Xavier doit accomplir un parcours d'obstacles au cours duquel il collecte des éléments cruciaux pour réussir son évasion : un casque Cérébro (amplifiant ses pouvoirs mais pas que), un oeuf krakoan (produit par le mutant Egg et caché sur l'île d'Utopia), un moteur pour un vaisseau spatial...

La construction de l'intrigue ne se résume donc pas à une course-poursuite. Même si on n'éprouve aucune sympathie pour Xavier, on est curieux de ce qu'il rassemble et on savoure plus ou moins ses retrouvailles avec différents mutants. Certains sont prêts à l'aider sans condition, d'autres avec des réserves, d'autres veulent le capturer (et parfois pour des autorités différentes)...

En traversant sept séries, l'histoire permet d'explorer une multitude de points de vue. C'est la vertu du procédé, qui rend Xavier plus ambigu donc plus intéressant, à travers le regard de ceux qu'ils croisent. C'est aussi le vice de cette construction car évidemment tout ne se vaut pas qualitativement. Parfois, on a l'impression qu'une série est impliquée un peu artificiellement et ses personnages avec.

C'est flagrant dans le cas de NYX (dont c'était le 9ème et pénultième numéro). Tornade est mise en avant dans son propre titre (Storm) mais sa bataille contre les X-Men déborde sur la série éponyme (c'est un peu long). 

Mais là où Brevoort en a fait trop, c'est avec Exceptional X-Men où une seule scène évoque X-Manhunt, sans qu'aucun des protagonistes ne se mêle de la suite (même si Emma apparaît dans le dernier chapitre, très brièvement). Quant à X-Force, Geoffrey Thorne, le scénariste, jongle avec l'intrigue qu'il développait alors et des scènes avec Sage qui aide Xavier.

Mais dans l'ensemble, les sept auteurs se passent le relais avec fluidité, personne ne cherche à casser le rythme ou à souligner sa différence (même si à ce jeu on sent bien que Mark Russell, avec X-Factor, n'est pas du tout motivé). 

Le final, avec un épisode plus long, est bancal. D'abord, on a droit à une grosse partie très spectaculaire mais aussi parfois grotesque où d'un côté les X-Men de Cyclope cherchent à tout prix à empêcher Xavier et Lilandra à quitter la Terre... Alors que Lilandra opère Xavier de sa tumeur en même temps ! C'est de la chirurgie très acrobatique !

Mais contre toute attente, je dois dire, le final est intelligemment écrit. Xavier ne se défile plus, et malgré une crise (impressionnante car vraiment poignante) de Cyclope, la situation redevient apaisée. On sent qu'une page se tourne et on croit vraiment au fait qu'on ne reverra pas avant un bon moment le professeur (je n'ose dire qu'on ne le reverra jamais car ça me paraît très improbable).

Visuellement, on est gâté : Brevoort a bien des défauts, mais pas celui de confier les séries qu'il publie à de mauvais dessinateurs. De Javier Garron (Uncanny X-Men) à Marcus To (X-Force) en passant par Francesco Mortarino (NYX), Luciano Vecchio (Storm), Netho Diaz (X-Men) (les trois plus faibles du lot), Bob Quinn (X-Factor), Carmen Carnero (Exceptional X-Men) et la triplette Federica Mancin, Gleb Melnikov-Enid Balam (pour la conclusion), c'est joliment illustré globalement.

Pour savoir ce qu'il est advenu de Charles Xavier, Lilandra et Xandra, c'est dans Imperial, l'event cosmique piloté par Jonathan Hickman, et ses tie-in, qu'il faut chercher.

jeudi 19 février 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #1 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Teri O'Barnes, la femme qui l'avait livré au programme Arme X, retrouve Logan et lui explique avoir abandonné ses missions, mais elle a besoin de lui pour retrouver un jeune homme, Tyler Torrens, capturé par une société privée, développant un nouveau programme, Primewarrior...


Parfois les comics vous réservent de très bonnes surprises, d'autant plus qu'elles sont inattendues. Je n'avais pas spécialement prévu de lire cette mini-série en quatre épisodes qui, elle aussi, prépare l'event Armageddon mais on me l'a chaudement conseillée et je ne le regrette pas. Oserai-je dire que c'est ce que j'ai lu de mieux cette semaine parmi les nouvelles sorties ?


En tout cas, ce premier épisode me conforte dans l'idée que Chip Zdarsky est : 1/ un excellent scénariste (mais ça, c'était quasiment acquis) et 2/ qu'il est en train de ficeler une intrigue très alléchante en vue de l'event qu'il conduira (Armageddon, on l'a appris aujourd'hui, débutera en Juin et comptera 5 chapitres, dessinés par le duo Delio Diaz-Frank Alpizar. On nous promet que les conséquences seront aussi importantes que Avengers : disassembled en 2004, ayant abouti à New Avengers de Bendis).


Surtout Wolverine : Weapons of Armageddon semble confirmer que tout cela mène à une histoire impliquant les super soldats. Ceux d'hier (comme Captain America et Wolverine en première ligne) mais aussi ceux de demain comme il en est question dans ce premier épisode - qui, je préfère le préciser, ne peut s'apprécier et se comprendre que si on a lu le premier arc de Captain America par Zdarsky !


Cette introduction est classique : Logan est sollicité par la femme qui, autrefois, l'a piégé pour le compte de l'Arme X (durant laquelle on lui a injecté de l'adamantium dans tout le corps - il avait déjà son facteur régénérateur et ses griffes avant). Elle a abandonné son job de traqueuse, ou plutôt elle le reprend pour la bonne cause car un jeune homme a été enlevé pour subir des expériences.

On comprend rapidement que les expériences en question sont destinées à en faire un super soldat et qu'il est un mutant. Cela résonne suffisamment chez Logan pour qu'il accepte de l'aider. On découvre l'existence d'une société privée derrière cette affaire (alors que Wolverine comme Captain America ont été transformés par des opérations gouvernementales). Et à la fin de l'épisode, on retrouve un individu apparu dans Captain America #1-5 de Zdarsky et Schiti...

Sans avoir jamais été un gros lecteur des aventures de Wolverine en solo, j'avais énormément apprécié la découverte de sa première série par Chris Claremont puis Peter David et John Buscema, puis ensuite par John Byrne, et surtout le run extraordinaire de Larry Hama avec Marc Silvestri et Adam Kubert. Plus récemment (même si ça commence gentiment à dater), il y a eu celui de Jason Aaron avec, entre autres, Ron Garney qui m'avait emballé.

Et c'est pour cela que j'ai adoré ce premier épisode parce qu'il m'a rappelé ces périodes-là, avec un Logan complètement déboussolé, qui fonce dans le tas franchement, qui est renvoyé à ses traumatismes. C'est le Wolverine que je préfère, considérant que lorsqu'il a retrouvé la mémoire (à l'issue de House of X), ce fut une erreur. Et puis surtout je préfère Wolverine quand il est vraiment seul, c'est sa vraie nature. Quand il est avec une équipe de X-Men, il faudrait insister là-dessus, et ce n'est pas toujours le cas.

Que Nuke apparaisse (sur la couverture et brièvement, mais il va prendre plus de place très vite, dans cet épisode), c'est cool aussi. Pas tant parce que c'est un antagoniste remarquable (il est même un peu ridicule avec son drapeau sur la tronche), mais parce que ça me rappelle Daredevil : Born Again de Miller et Mazzucchelli - et c'était le bon temps.

Zdarsky réussit donc à écrire Wolverine avec un brio épatant, comme s'il avait le personnage en main depuis des lustres. Il me le redonne tel que je l'apprécie, avec une histoire aux petits oignons. Mine de rien, ça fait vraiment envie de lire Armageddon et tout ce que j'espère à présent, croisons les doigts, c'est que personne ne va parasiter les plans de Zdarsky, que ça ne va pas être sagouiné par un editor à la con.

Cerise sur le gâteau : c'est remarquablement dessiné. Luca Maresca est un artiste très solide et qui mérite vraiment d'être promu - quoi de mieux que de dessiner du Wolverine pour ça ? Son style m'évoque celui de Garney justement, avec un encrage un peu épais, mais la même nervosité et la même précision dans le trait, le découpage. C'est un régal de lire du Wolverine comme ça encore une fois, avec le bon scénariste et le bon dessinateur.

C'est juste parfait pour moi : cette mini-série démarre fort, elle donne envie de lire la suite, et comme Captain America, elle donne envie de lire Armageddon, ce qui était très loin d'être gagné !

CAPTAIN AMERICA #7 (Chip Zdarsky / Delo Diaz & Frank Alpizar)


Nick Fury Jr., Captain America et leur petite bande du SHIELD s'apprêtent à franchir la frontière avec la Latvérie lorsque Red Hulk leur barre la route. Fury Jr. réussit à l'écarter puis le groupe se sépare. Captain America entre dans Doomstadt juste avant que n'y éclate une fusillade entre deux factions rivales pour le pouvoir...


Cet épisode démarre pied au plancher avec une confrontation directe et tendue entre Red Hulk (le général Ross) et la petite équipe du SHIELD (menée par Nick Fury Jr. et Captain America). Chip Zdarsky, pourtant, l'expédie rapidement : l'essentiel se joue ailleurs, en Latvérie où trois groupuscules se disputent le trône laissé vacant par la disparition du Dr. Fatalis.


Dans l'épisode précédent, Fury Jr. les avait présentés à Captain America (et au lecteur) : un certain Salvation représentait le parti True Latveria (et passait pour le successeur affiché de Fatalis, avec des méthodes similaires au tyran), Mara et Melor Sandu (une soeur et son frère) du parti Latveria Liberators, et enfin une certaine Alina incarnant le camp Homeland Party.


Dans la capitale Doomstadt, c'est la guerre civile : Alina prononce un discours devant des civils lorsqu'éclatent des coups de feu tirés par un sniper, vite neutralisé par un des hommes de Fury Jr. (un nommé Castlemore, très habile au couteau). La foule se disperse, il y a des blessés, Alina s'éclipse... Et Captain America fait connaissance avec Salvation...


Celui-ci se démasque et on découvre qu'il s'agit de Marcus Wolf, le résistant rencontré des années plus tôt par Captain America, lors de sa première mission en Latvérie. Si tirer sur son peuple ne plait guère à Steve Rogers, il apprécie que Wolf lui laisse inspecter le château de Fatalis pour voir s'il n'y a pas caché ses armes de destruction massive.

Les dialogues de Zdarsky sont épatants : il nous fait sentir à quel point Wolf a changé et comment, sous son attitude hospitalière avec Captain America, son discours est menaçant (d'accord pour l'inspection du château, mais si des américains pensent contrôler la Latvérie, alors ce sera la guerre). Le scénariste poursuit son exploration de l'état de lieux dans les pages qui suivent.

Tandis que Fury Jr. pense avoir localisé une probable cache d'armes et rappellent donc ses agents et Captain America, ce dernier préfère les rejoindre plus tard. Steve Rogers sympathise avec une (charmante) latvérienne et dîne avec elle et son fils. Leur conversation lui permet de mesurer les forces en présence. Le tableau n'est guère rassurant.

Salvation veut s'imposer autoritairement (même si Marcus Wolf assure que c'est pour mieux préparer des élections démocratiques). Les jumeaux Sandu ne paraissent pas plus fiables, même si eux avancent à visage découvert. Et Alina est vouée à devenir une martyre, prise entre deux feux. Pour la latvérienne, au fond, même si Fatalis était un tyran, au moins tenait-il le pays et le défendait-il avant lui-même.

Zdarsky réserve une surprise de taille à la toute fin de l'épisode en révélant qui est vraiment Alina. On voit que le scénariste est attachée à ne pas écrire ses personnages comme des caricatures et met en scène une guerre de pouvoir complexe, ambiguë, aussi bien pour Captain America que pour le lecteur. Ce n'est pas si fréquent dans un comic book mainstream.

Au dessin, le tandem Delo Diaz-Frank Alpizar confirme tout le bien qu'on pouvait penser de lui après le précédent épisode. La séquence de la fusillade est bien découpée, ce qui témoigne d'un talent certain car si une telle action est mal mise en scène, cela se remarque tout de suite et souligne les défaillances de la narration graphique.

Je pense que là où ils doivent encore travailler, c'est sur l'expressivité des personnages, aussi bien le langage corporel que les expressions faciales. C'est encore un peu limité, un peu raide. Mais Diaz et Alpizar ont un trait très agréable, on sent qu'ils ont l'habitude l'un de l'autre, et surtout qu'ils font de leur mieux. C'est cette application qui fait plaisir.

La série entre vraiment dans le dur et c'est accrocheur et prometteur pour la suite.

CAPTAIN AMERICA #6 (Chip Zdarsky / Delo Diaz & Frank Alpizar)


La disparition du Dr. Fatalis a plongé la Latvérie dans le chaos et plusieurs factions rivales se disputent sa gouvernance. Captain America est informé par Tony Stark et Sam Wilson que s'y trouveraient des armes de destruction massive. Mais les Avengers ne sont pas autorisés à y aller. Nick Fury Jr. et quelques volontaires comptent le faire à leur place...


Tout d'abord, je vais arrêter de dire que j'arrête une série, comme je l'ai fait pour Captain America, parce que, évidemment, quant je me rends compte de mon erreur, je passe pour un imbécile. Quand on lit une série, on en parle, et quand on arrête de la lire, on n'en parle plus, mais on n'annonce pas théâtralement qu'on arrête de la lire. Ceux qui lisent les critiques se fichent de savoir si et pourquoi vous arrêtez de lire quelque chose : ils le constatent.


C'est vrai néanmoins que je pensais arrêter Captain America. Pas parce que c'était mauvais, mais parce que j'étais déçu que Valerio Schiti fasse un break et ne revienne qu'au #10, remplacé par des artistes que je ne connaissais pas ou n'appréciais guère. Moi qui réclame l'indulgence des fans quand un dessinateur a envie de souffler, je n'ai guère été indulgent avec Schiti sur ce coup-là, et incidemment avec Captain America.


Il y avait aussi le fait que Chip Zdarsky avait très tôt annoncé que son run sur Captain America allait préparer le terrain pour l'event estival de Marvel, Armageddon, et ça, ça m'ennuyait encore plus parce que la perspective d'un event me rend toujours méfiant, en particulier chez Marvel. Et puis un faisceau d'indices m'a laissé entrevoir que Zdarsky allait peut-être faire quelque chose qui valait le coup.


Par exemple, j'avais bien aimé Devil's Reign, son event quand il écrivait Daredevil, et ensuite, cette fois, tout indique qu'on a enfin un scénariste qui va développer une intrigue autour d'un véritable serpent de mer chez Marvel, à savoir tous ces super soldats inspirés par Steve Rogers/Captain America, l'Arme X (Wolverine...), la Chambre Rouge (Black Widow) et compagnie.

Je me rappelle d'un article dans la défunte revue "Comic Box" à l'époque de New Avengers de Bendis qui soulignait le fait que la majorité des membres de l'équipe étaient issus d'expériences dérivées de celle du super soldat : Luke Cage, Spider-Woman, Sentry, Wolverine (et même, indirectement, Iron Man). Pourtant Bendis n'en a rien fait.

D'autres cobayes existent dans l'univers Marvel : Fantomex, Man-Thing, Isaiah Bradley, Nuke... Et peut-être seront-ils de la partie dans Armageddon - même si je pense que Zdarsky et Marvel veulent continuer à exploiter le vide laissé par la disparition du Dr. Fatalis depuis One World Under Doom. On verra en tout cas le moment venu.

Ce qui est avéré, c'est qu'à partir de ce 6ème épisode de Captain America, Zdarsky enclenche un compte à rebours comme l'indique la couverture (5 mois avant Armgeddon et ce numéro date de Janvier). Le scénariste sort aussi cette semaine le premier chapitre de la mini Wolverine : Weapons of Armageddon (dont je vous parlerai), avec le même procédé.

Après un premier arc se déroulant dans le passé, au début des années 2000, désormais la série se passe de nos jours et, dans la chronologie Marvel, après l'event One World Under Doom donc (actuellement disponible en vf, dans la revue "Marvel World"). Je sens que, pour être à jour, je vais devoir lire cet event que j'ai zappé (et qui est, paraît-il, très bien).

Fatalis a disparu, il semble être mort (mais je ne vous spoile pas comment - je me suis fait spoiler, donc je me garderai bien de faire la même chose). La Latvérie est en plein chaos, il n'y a plus personne aux commandes - ou plutôt il y en a trop qui voudrait prendre la place laissée vacante. C'est ainsi que débute ce deuxième arc de Captain America.

Nick Fury Jr., grâce à l'entremise de Tony Stark et Sam Wilson, renseigne Steve Rogers sur la situation et le risque que se trouvent en Latvérie des armes de destruction massive, ce qui semble plus que probable. Fury Jr. a assemblé un petit groupe d'agents et souhaite que Captain America les accompagne sur place.

Mais le général "Thunderbolt" Ross, lui aussi, contacte avec Rogers pour qu'il torpille la mission d'inspection de Fury Jr.. Steve choisit de suivre ce dernier plutôt que lé général. Mais celui-ci a été détenu, avec d'autres officiers, par Fatalis durant des mois et considère la Latvérie comme un Etat ennemi, même en l'absence de son dirigeant. Pour Ross, peu importe s'il y a ou non des armes en Latvérie, il faut prendre le contrôle du pays.

Zdarsky mène son affaire magistralement. Tous ces barbouzes qui lorgnent sur la Latvérie, tous les prétendants au trône, les doutes qui assaillent Captain America, le fait que les héros à pouvoir ne sont pas les bienvenus là-bas, la bande de Fury Jr., le ressentiment de Ross, tout est là pour aboutir à un cocktail explosif et le cliffhanger de l'épisode le prouve.

Même disparu, Fatalis est encore bien là : c'est ce qui fait la grandeur d'un vilain de qualité. Quand il est bien écrit et utilisé, c'est peut-être le meilleur antagoniste qui soit (et c'est bien pour cela qu'il a vite relégué Kang aux oubliettes même dans le MCU). Fatalis n'est pas un méchant classique, quand il a eu la possibilité d'étendre son règne, il a souvent surtout voulu prouver qu'il voulait faire de la Terre un monde meilleur.

Son problème, c'est qu'il a voulu imposer cela et si l'intention est louable, la méthode la condamne - et lui avec. Face à Captain America, Zdarsky a montré un Fatalis admiratif mais aussi confronté à son opposé, un démocrate forcené qui défend d'abord la liberté des peuples à choisir leurs chefs. Evidemment, entre Fury l'espion et Ross le militaire, la position de Rogers n'est pas plus simple et il entend bien veiller à ce que ça dérape pas davantage.

Schiti en pause (même s'il continue de signer les couvertures de chaque épisode), Marvel a confié à deux inconnus les dessins : Delo Diaz et Frank Alpizar travaillent ensemble sans qu'on sache bien qui fait quoi (dessin pour l'un, encrage pour l'autre ? Personnages pour l'un, décors pour l'autre ? Ou bien un partenariat total sans répartition précise des tâches ?).

Le résultat fait penser à plusieurs artistes : un peu de Jim Cheung (époque Crossgen), un peu de Travis Charest (à des tout débuts). Ce n'est en tout cas pas mal du tout. Parfois c'est maladroit, surtout quand on compare avec le trait plus énergique et l'expérience en matière de découpage de Schiti, mais on aurait pu plus mal tomber c'est sûr. Il y a du potentiel.

Dommage que Diaz et Alpizar ne restent que jusqu'au #8 et que le #9 sera, lui, dessiné par le médiocre Jan Balzadua (un de ces gribouilleurs médiocres que Marvel trouve toujours à caser quelque part). Schiti sera de retour au #10, en Mai, juste avant Armageddon (donc ma théorie selon laquelle ce serait lui qui dessinerait l'event tombe à l'eau).

Bref, j'ai bien fait de ne pas vraiment lâcher l'affaire. Et j'enchaîne donc avec le n°7, qui vient de sortir, ce Mercredi.

mercredi 18 février 2026

ULTIMATE SPIDER-MAN #24 (Jonathan Hickman / Marco Checchetto, David Messina)


C'est l'heure de vérité pour Spider-Man contre le Caïd... Et la fin des aventures pour le tisseur de l'univers Ultimate.


Moi qui n'aime pas rédiger la critique du dernier numéro d'une série, Marvel et Jonathan Hickman me facilitent la tâche pour une fois puisque c'est non seulement la conclusion d'Ultimate Spider-Man mais aussi, en ce qui me concerne, le terminus de l'expérience Ultimate initiée en 2024 par Hickman et Marvel.


Malgré de bonnes ventes, l'éditeur a décidé, contre toute attente, d'arrêter ce revival de l'univers Ultimate, bien qu'il n'avait aucun rapport avec celui lancé au début des années 2000 par Brian Michael Bendis et Mark Millar. On s'en souvient, c'était Donny Cates qui devait animer cette relance avant qu'un grave accident l'en empêche et que Marvel demande à Hickman de s'en occuper.


L'ex grand architecte de Marvel, désormais cantonné à un rôle plutôt nébuleux de concept maker pour l'éditeur, n'a rien conservé des idées de Cates - y a-t-il eu seulement accès d'ailleurs ? Il a développé Ultimate Invasion, la mini-série qui a amorcé la machine, puis s'est, tout aussi étonnamment, contenté d'écrire Ultimate Spider-Man, là où on pouvait imaginer qu'il se consacrerait à une série plus centrale.
 

De fait, Ultimate Spider-Man est toujours restée à la marge des grands événements qui agitaient ce nouvel Ultimate universe, et c'est Deniz Camp avec la série Ultimates qui a été le chef d'orchestre, avec une équipe d'Avengers aux prises avec les maîtres de ce monde parallèle, pendant que le Créateur était emprisonné dans sa cité.

Cela résume en vérité bien ce que Hickman fait depuis son départ de la franchise X-Men : il ne s'engage plus dans de gros projets à long terme pour Marvel, favorisant les coups d'éclat, plus ou moins aboutis d'ailleurs, comme s'il ne se remettait pas de ce que Jordan White avait fait de l'univers mutant en ne respectant pas son plan initial.

L'énergie de bâtisseur de Hickman est plutôt dédiée à présent à son projet sur Substack (3Wolrds.3Moons), autour duquel il a attiré de nombreux auteurs et artistes. Mais pour lire cela, il faut accepter de payer un abonnement et les quelques éditions reliées disponibles en format physique ne se trouvent que via cette newsletter, à des prix peu abordables.

Cela dit, 24 épisodes d'Ultimate Spider-Man, ce n'est pas rien non plus. Mais qu'en restera-t-il ? Deniz Camp doit encore boucler toute l'opération avec la mini Ultimate Endgame (qui connaît de gros retards). Mais en fait qui s'en soucie encore ? Marvel en abrégeant l'expérience donne l'impression de se débarrasser d'un projet qui aurait pu (dû ?) durer davantage.

Et donc la postérité de ce revival Ultimate laisse à désirer. C'est, toutes proportions gardées, comme si DC choisissait d'interrompre la ligne Absolute aujourd'hui, alors que le succès est énorme. Mais c'est aussi là que le bât blesse car Ultimate, si cela n'a pas démérité au niveau commercial, est resté très loin derrière les scores phénoménaux d'Absolute.

Même si sur ce que j'ai d'Absolute ne me ravit pas complètement (hormis le sans-faute de Martian Manhunter), il faut concéder à DC d'avoir osé plus franchement, plus radicalement que Marvel. DC a laissé ses auteurs et artistes complètement réinventer ses héros (et méchants) iconiques, là où Marvel n'a laissé ses équipes créatives qu'opérer de menus changements cosmétiques la plupart du temps.

Le cas d'Ultimate Spider-Man est symptomatique à cet égard : Peter Parker est adulte, barbu, marié, père de deux enfants, ami avec le Bouffon Vert. Gwen Stacy était Mysterio (en partie). Et puis... Hé bien, c'est un peu tout. Pas de changement de costume, pas d'origine réellement revisitée, pas de vilains augmentés, pas d'intrigues échevelées. C'est plutôt tiède là où Absolute est chaud bouillant.

Alors, oui, c'était agréable à lire dans l'ensemble, en tout cas Ultimate Spider-Man. Bien qu'avec de gros passages à vide, du ventre mou, des arcs narratifs pour certains personnages inaboutis ou des transformations surgies de nulle part (Otto Octavius/Superior Spider-Man par exemple), et pas mal d'occasions ratées (l'Homme Sable, L'Homme-Taupe, Black Cat/Felicia Hardy).

C'est comme si la série avançait toujours avec le frein à main, au ralenti, avec la peur de choquer  - moins le lecteur que l'éditeur d'ailleurs puisque, dans l'univers classique, on se refuse toujours à réconcilier Peter Parker et MJ Watson, sans parler de les marier. Donc, non, ce n'est pas exactement la même chose, mais ce n'est pas assez différent en somme.

Le sentiment qui domine et qui perdurera tant qu'on s'en souviendra, c'est quand même "tout ça pour ça". Quel impact ? Je n'ai pas lu Ultimates, Ultimate Black Panther, Ultimate X-Men, Ultimate Wolverine, et je n'ai aucune envie de lire Ultimate Endgame. J'ignore si Marvel a vraiment l'intention de matérialiser des conséquences pour cet univers qui se ressentiraient dans l'univers de la Terre-616 (même si, pour le futur event Armageddon, il semblerait que Miles Morales soit un élément de liaison).

Ce qui est certain, c'est qu'on n'aura pas droit à quelque chose d'équivalent à Secret Wars d'Hickman qui signa la fin du premier Ultimate et acta, notamment, l'arrivée sur la Terre-616 de Miles Morales. Marvel est déjà passé à autre chose et les retards d'Ultimate Endgame amenuisent la puissance de cette fin.

Sans rien dévoiler du finish d'Ultimate Spider-Man, c'est au diapason de ce sentiment d'inachevé. Hickman échoue assez tristement à terminer sa série d'une façon qui aurait rendu le lecteur nostalgique. C'est devenu la norme pour le scénariste qui, en s'investissant de moins en moins, semble avoir abandonné toute ambition de clore ses projets de manière plus intense. (C'était un peu moins le cas pour Imperial toutefois, qui laissait à de futurs auteurs un vaste terrain de jeu et des cartes rebattues.)

Ce que fait encore Hickman chez Marvel reste un mystère pour moi : il a fait le tour des grandes séries (Fantastic Four, Avengers, X-Men, Wolverine : Revenge, ce Spider-Man alternatif) et des univers délaissés (Imperial avec la partie cosmique). Il a ce rôle de lanceur de concepts, très vague et certainement très rémunérateur. Mais c'est assez frustrant quand on sait de quoi il est capable.

Si DC lui tendait la main, je suis sûr que ça l'intéresserait (il a plusieurs fois exprimé son rêve d'écrire La Légion des Super Héros), et c'est certain qu'il rebondirait, motivé par le challenge, le fait de jouer avec de nouveaux personnages. Mais DC a assez d'auteurs actuellement, et Hickman ne bouge pas pour offrir ses services. Etrange léthargie d'un scénariste qui a fait sa réputation sur son talent d'architecte et qui aujourd'hui ne dessine plus rien de substantiel ni de personnel.

Visuellement, Ultimate Spider-Man aura bénéficié d'un Marco Checchetto, certes moins régulier, mais très efficace quand il était présent. Ce dernier épisode en témoigne une nouvelle fois. Il produit de superbes planches, où l'action est omniprésente. Il paraît qu'il a des problèmes de santé actuellement et j'espère que ce n'est pas trop sérieux, qu'on le reverra vite et en forme.

David Messina a joué les doublures avec application. C'est évidemment moins bon, moins complet que Checchetto, mais il a profité de l'exposition d'un tel titre et nul doute qu'il peut envisager l'avenir sereinement.

Voilà ce que je pouvais dire : c'était bien, ça aurait pu être mieux, tellement mieux. Mais entre un scénariste qui ne fait plus autant d'effort, un éditeur qui coupe tout le monde dans son élan, et surtout une refonte qui a manqué d'audace (en comparaison avec l'univers Absolute chez la concurrence), l'aventure se termine petitement. Peut-être qu'un jour Donny Cates aura la possibilité de proposer ce qu'il avait en tête et que lui et Marvel oseront vraiment...

mardi 17 février 2026

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 2 : THE DEEP END (Eve L. Ewing / Carmen Carnero, Federica Mancin)

 

EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 2 : THE DEEP END
(Exceptional X-Men #6-13)


Trista, Thao et Alex éprouvent certes de la gratitude envers Kitty, Emma et Bobby pour leur entraînement mais ils aspirent à rester indépendants et, pour cela, ils cherchent du travail. Priti, la co-loc' de Kitty, leur propose un stage dans son entreprise et ils font la connaissance d'un client, Sheldon Xenos qui a créé une application, Verate, destinée aux mutants et à leur bien-être. Mais Trista et Thao désapprouvent vite la collecte de données privées qu'il exige des utilisateurs.


En revanche Alex, dont les pouvoirs modifient l'apparence et qui s'est toujours senti mal dans sa peau à cause de cela, fait confiance à Xenos qui l'invite à visiter les locaux de sa société et même son laboratoire; C'est alors que le jeune mutant découvre que l'homme d'affaires n'est autre que Mister Sinister et qu'il compte exploiter ses pouvoirs pour manipuler ses semblables...


Ce second tome se compose de deux arcs : le premier court sur les épisodes 6 à 10 et le suivant sur les épisodes 11 à 13, avec la conclusion de la série. Ce qui est troublant, c'est à quel point on a le sentiment que Tom Brevoort était dans le dos d'Eve L. Ewing pour la pousser à écrire la série dans une direction différente, avec le retour à des éléments familiers pour les fans.


Ce n'est pas un spoiler puisque la couverture le montre mais donc Mister Sinister est de retour et incarne le méchant de l'histoire. Ce personnage qui fit partie du conseil secret de Krakoa, davantage pour que ses fondateurs (Charles Xavier et Magneto) la gardent à l'oeil (et aussi parce qu'ils lui avaient confié les échantillons des ADN de tous les habitants de l'île afin de pouvoir les ressusciter/cloner), y avait gagné en grade.


Toutefois, une fois Jonathan Hickman parti de la franchise X, Sinister, qui était le chef de l'équipe des Hellions (l'équivalent de la Suicide Squad sur Krakoa), a été amplement récupéré et exploité par Kieron Gillen, dont c'était déjà le vilain préféré lors de son run sur Uncanny X-Men (en 2011-2012). Il en fait un personnage envahissant et franchement pénible qu'on n'était pas pressé de revoir si tôt.

Bref, je ne peux m'empêcher de penser que Brevoort a dû insister pour que Eve L. Ewing non seulement donne à Exceptional X-Men un vilain mais reprenne Mr. Sinister. La scénariste ne s'en sort pas mal cependant, incorporant Nathaniel Essex de manière habile, et lorsque Kitty devine qui est Sheldon Xenos (dont les initiales se prononcent Essex), c'est amusant.

La scénariste mise encore sur l'aspect character's driven, prenant soin de donner de la chair à ses jeunes mutants et à enrichir leur relation avec leurs trois mentors. On peut juste regretter que des trois X-Men, Bobby Drake soit celui auquel elle accorde le moins d'importance, comme si elle ne savait plus trop quoi en faire, une fois les raisons de sa présence à Chicago dévoilées (dans le tome 1).

Ce qui est certain, c'est que, en vérité, Ewing réussit volontiers à se passer des pouvoirs des mentors. Certes Iceberg, Kitty et Emma en font usage à un moment, mais souvent cela se retourne contre eux, contre leur envie de former leurs élèves, et même lors de la confrontation contre Sinister, qui met Emma en fâcheuse posture.

Les pouvoirs de Axo (Alex), Melee (Thao) et Bronze (Trista) sont d'une originalité inégale et, comme pour les Outliers créés par Gail Simone dans Uncanny X-Men, on pense parfois qu'il aurait mieux valu s'occuper de personnages déjà existants et négligés dans le riche vivier des (jeunes) mutants plutôt que d'en inventer de nouveaux voués aux oubliettes.

Mais Ewing nous les rend plus attachants, sympathiques et profonds que les quatre protégés des Uncanny X-Men, d'abord parce qu'elle ne cherche pas à les réduire à des caricatures ni à se conformer à un agenda woke exaspérant. La façon dont Axo est employé dans cet arc est à cet égard exemplaire, passant de victime facile à joker inattendu.

Ces épisodes sont illustrés par Carmen Carnero qui est en grande forme. Sa narration graphique est un modèle de lisibilité et de fluidité. Elle sait, en une case, camper un personnage charismatique et animer un groupe avec la même facilité. Son réalisme plutôt académique n'est jamais figé grâce à un trait très souple, proche de l'esquisse (d'ailleurs son "encrage" est invisible).

Tout juste reçoit-elle le soutien de sa remplaçante Federica Mancin sur le #10, mais les transitions sont habiles (Mancin s'occupe des pages dans le subconscient de Sinister, Carnero des pages dans notre dimension). Et Nolan Woodard est toujours impeccable aux couleurs.
  

Alors qu'ils se baladent dans un parc, Alex, Trista et Thao remarquent une curieuse petite sphère lumineuse dont sort soudain Tank, un mutant agressif. Ils le maîtrisent avec le renfort d'Ironheart qui analyse ensuite la sphère et découvre qu'il s'agit d'un portail spatio-temporel non pas créé mais utilisé par Tank. Les trois jeunes mutants s'éloignent mais peu après Kitty, passant dans le coin, disparaît dans ce portail...
 

Idéalement, tant qu'à être annulée, la série aurait dû s'arrêter au dixième épisode, puisque c'était le seuil fixé par Brevoort pour poursuivre ou arrêter un titre à son arrivée sur la franchise X. Qu'est-ce qui a motivé l'editor pour accorder une rallonge à Eve L. Ewing ? Et qu'est-ce qui a pris à la scénariste pour pondre trois épisodes aussi lamentables ?
 

Car, oui, la fin de Exceptional X-Men est d'une nullité étonnante. Cette intrigue à base de portail spatio-temporel et de voyage dans le passé n'est faite ni à faire. Il n'y a rien à sauver dans ce récit qui gâche tout ce qui a été accompli auparavant. Rien ne peut expliquer ce qui est passé par la tête de la scénariste ni pourquoi Brevoort a quand même accepté que ces épisodes soient finalisés.

Federica Mancin, désormais dessinatrice à part entière du titre, réalise des planches très inégales, parfois tout juste correctes, parfois plus solides, mais la comparaison avec Carnero est clairement en sa défaveur. C'est un peu le problème de Marvel qui recrute beaucoup de dessinateurs encore en formation et qui manquent cruellement de technique mais qui, ainsi exposés, ont peu de chance de séduire les fans.

Bref, mieux vaut ignorer cette conclusion. Exceptional X-Men se termine vraiment au #10. Tout ce qui vient après n'existe pas.