X-FORCE, VOL. 1 : FRACTURES
(X-Force #1-5)
Traumatisé par la chute de Krakoa qu'il n'a su prévoir, Forge a mis au point un appareil capable de détecter des fractures partout dans le monde. Il assemble une équipe - Sage, Captain Britain (Betsy Braddock), Askani (Rachel Summers) et Tank - pour intervenir avant que ces crises ne s'aggravent. Durant leur première mission, Deadpool leur prête main-forte et il sauve la mutante Surge au Japon.
X-Force pénètre dans le Wakanda pour une nouvelle opération mais le royaume africain ne tolère pas cette intrusion. Un sorcier, Nketi, tient les forces de l'ordre sous son contrôle et possède Askani et Captain Britain, forçant Forge et Sage à battre en retraite pour trouver une solution...
La mission suivante entraîne X-Force au Cambodge où Nuklo, un mutant colossal mais avec un esprit d'enfant, dévaste tout sur son passage. Surge préfère venir en aide aux civils que le traquer. Par ailleurs, des tensions voient le jour entre Askani et Captain Britain d'une part et Forge et Sage d'autre part sur la manière de régler ces crises...
A la poursuite de Nuklo dans la jungle, X-Force perd sa trace. Forge le localise en Floride, dans les Everglades et, pour y arriver rapidement, l'équipe emprunte un portail dimensionnel qui les oblige à traverser brièvement l'Outremonde. Problème : quand ils pensent avoir retrouvé Nuklo, ils constatent qu'ils se sont égarés sur une Terre parallèle...
Bon, finalement, j'ai relu ce premier arc de X-Force version "From The Ashes - A New Beginning" et j'ai enchaîné avec le second pour vous en faire une critique. La série, comme X-Factor et NYX, a été annulée au bout de dix épisodes. Encore une fois, c'était la limite fixée par l'editor Tom Brevoort pour juger de la viabilité commerciale d'un titre.
Même si X-Force est une sorte de marque à la longévité remarquable (ce run s'achève d'ailleurs en arrivant au #300), cela n'a pas suffi à convaincre les fans. On peut constater que Brevoort n'a finalement pas connu beaucoup de succès depuis son arrivée à la tête de la franchise X puisque seuls Uncanny X-Men et X-Men continuent à être publiés.
Tout autre editor avec un si maigre bilan aurait été remplacé, Marvel constatant que sa stratégie ne fonctionne pas. Alors pourquoi tant de mansuétude ? Brevoort semble jouir d'une quasi impunité étonnante. Parce qu'il a connu des succès retentissants quand il supervisait les titres Avengers. Et qu'il est un cadre vétéran dans la maison.
Mais les chiffres sont là : depuis sa prise fonction à la tête des séries mutantes, il a davantage initié de ratés que de réussites. Brevoort est un homme qui considère le marché comme un espace à coloniser, il faut littéralement l'inonder de mensuels pour démontrer sa force et qu'importe si, dans le lot, il y a peu de profits et beaucoup de pertes. Visiblement, Marvel se satisfait d'avoir deux titres sur sept qui marchent.
On peut reconnaître à Brevoort d'essayer des choses et cette version de X-Force en est la preuve. D'habitude, le titre met en avant des mutants effectuant des missions clandestines en n'hésitant pas à recourir à la force létale pour parvenir à leurs objectifs. D'ailleurs les chefs de l'équipe ont souvent été Wolverine ou Cable (parfois en même temps).
Mais cette fois-ci, c'est différent : le leader de cette X-Force est Forge, le mutant indien, un technopathe et un mystique, un futuriste aussi comme Iron Man, et un stratège comme Batman, quelqu'un qui aime avoir plusieurs coups d'avance sur l'adversaire. Durant l'ère Krakoa, il était la boîte à outils de la nation X et il a même fait partie de la seconde équipe de X-Men élue lors du Hellfire Gala.
Le postulat de cette série se base justement sur la proactivité de Forge : il a conçu un appareil qui lui permet de détecter des crises potentielles et il assemble une équipe pour intervenir avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il s'entoure donc logiquement de Sage (dont le pouvoir en fait une super calculatrice), de Captain Britain et Askani (deux télépathes) et de Tank (on ignore qui il est mais il incarne les muscles de l'équipe).
Ainsi composée, cette formation semble parée pour réparer le monde de fractures sur le point de se déclarer. Dans le premier épisode, Geoffrey Thorne ajoute Deadpool mais il ne le conserve pas : on peut penser qu'il s'agissait davantage d'un moyen d'attirer la curiosité des lecteurs que d'une réelle volonté de l'inclure à long terme. Numériquement, il est remplacé par la jeune mutante Surge et ses pouvoirs électromagnétiques.
Thorne construit sa série d'abord sous la forme d'épisodes done-in-one, un peu comme Mark Russell avec X-Factor. Mais il délaisse ce format rapidement pour, dès le troisième épisode, élaborer un arc en trois parties où X-Force poursuit le mutant Nuklo, fils de deux super héros de la seconde guerre mondiale (Whizzer et Miss America).
Ce que le lecteur remarque aussi vite, c'est à quel point ce que met en place Thorne ne tient pas. X-Force arrive toujours quand la crise s'est déclenchée et donc le dispositif de Forge mais aussi le principe même de la série sont en défaut. C'est embêtant. Mais si les menaces auxquelles doit faire face l'équipe fournissent assez de tensions pour passionner le lecteur, ça peut encore passer.
Hélas ! comme dans les autres séries X, les adversaires de X-Force peinent à faire vibrer : un sorcier wakandais, Nuklo, des Avengers d'une Terre parallèle - bof ! Ce n'est ni mieux ni pire qu'ailleurs, mais ça en dit long sur la franchise telle que Brevoort et ses scénaristes la conduisent : une incapacité chronique à créer des antagonistes valables, à générer des intrigues palpitantes, et donc à mettre en valeur les équipes.
Mark Russell avec X-Factor avait pris le parti d'en rire et d'animer ses personnages dans des histoires volontairement crétines. Mais au fond, qu'on le prenne à la rigolade ou plus sérieusement, c'est du pareil au même : aucune des équipes de mutants n'a droit à des ennemis dignes du rang de la franchise. On est vraiment très loin d'Orchis durant l'ère Krakoa.
Thorne insiste donc, comme conscient de la faiblesse de ces oppositions, sur la caractérisation et la dynamique du groupe. Il s'en sort mieux sur ce plan avec deux parties : d'un côté les planificateurs que sont Forge et Sage et de l'autre les garde-fous que veulent être Askani et Captain Britain, avec entre les deux Surge et Tank.
Rachel Summers et Betsy Braddock, en couple depuis Krakoa (une idée passablement agaçante puisque, pendant des années, on n'a vu Rachel s'intéresser particulièrement à des filles, elle a longtemps été amoureuse de Diablo, et Betsy n'affichait elle non plus aucun penchant homosexuel), se méfient des méthodes de Forge, surtout quand il préfère chasser Nuklo que d'aider des civils cambodgiens en détresse.
Le cinquième épisode, qui conclut ce premier tome, se charge d'ailleurs d'accabler Forge : il voit la Tornade de la Terre 9105 mourir et cela le renvoie à sa relation avec la Ororo qu'il connait, mais surtout un des membres de l'équipe se sacrifie pour les autres, entraînant le départ de Sage. Décidément, le visionnaire Forge ne voit pas venir grand-chose et est écrasé par ses échecs.
Visuellement, cependant, la série gagne à être lue car elle bénéficie du talent de Marcus To. Celui-ci est un artiste expérimenté, qui a particulièrement brillé durant l'ère Krakoa en dessinant la quasi-totalité des 26 épisodes d'Excalibur. Quand il est engagé sur X-Force, il travaille en même temps sur Time Waits, écrit par Chip Zdarsky et David Brothers pour DSTLRY.
To est un choix surprenant pour X-Force où on aurait vu un artiste avec un style plus punchy (comme Stephen Segovia, qui signe les couvertures). Mais j'aime beaucoup ce qu'il fait en général et il ne déçoit pas ici non plus. Son storytelling est propre, efficace, et contribue pour l'essentiel à la réussite du titre, malgré ses nombreux autres défauts.
Restez branchés, la critique du volume 2 arrive vite !











































