mercredi 19 août 2026

FEAR STREET : PROM QUEEN (Matt Palmer, 2025)


1988. Les élèves de la classe de terminale du lycée de Shadyside prépare le bal de fin d'année scolaire avec ceux de la ville voisine et huppée de Sunnyvale. Lori Granger a décidé de s'inscrire pour le concours de la reine du bal et fait face à Tiffany Falconer et sa bande composée de Melissa Mckendrick, Debbie Winters et Linda Harper, résolues à l'humilier. En effet, la mère de Lori a été accusée d'avoir tué son mari et la rumeur continue de courir alors qu'elle a été blanchie.


Le principal Breckenridge est déterminé à ce que la fête se déroule au mieux. Mais la veille au soir, une autre postulante au titre de reine du bal, Christy Renault, est sauvagement assassinée par un maniaque vêtu d'un imperméable rouge et le visage caché par un masque. Megan Rogers, la meilleure amie de Lori qu'elle aime en secret, l'accompagne au bal. Les élèves se mettent à danser mais Linda Harper et son petit copain Bobby s'isolent dans une salle de classe où ils sont assassinés sans que personne ne le remarque.


Puis c'est au tour de Debbie Winters et son petit ami Judd, descendus au sous-sol pour s'embrasser à l'abri des regards, d'être sauvagement occis par le même tueur, dans l'indifférence générale, leurs cris ayant été étouffés par la musique. Melissa s'excuse auprès de Lori pour la manière dont Tiffany se comporte à son égard, juste avant que les deux rivales attirent tous les regards sur elles en dansant - Lori séduisant tout l'assistance...
 

Cinq and après le dernier volet de la trilogie Fear Street réalisée par Leigh Janiak, Netflix n'a pas résisté à retourner à Shadyside pour ajouter un quatrième épisode à cette série de longs métrages. Mais cette fois-ci, la réalisatrice n'a pas voulu rempiler, estimant que son oeuvre était complète, et elle a cédé sa place à Matt Palmer.


Prom Queen est adapté du tome 15 de la série de romans de R.L. Stine, donc ce n'est pas une suite complètement gratuite non plus. Toutefois, dans le corpus produit à l'origine par Netflix, ce nouveau chapitre intervient si tardivement après les autres qu'il ressemble à un appendice surnuméraire et superflu.


Bien entendu le script, signé Matt Palmer et Donald McCleary, fait référence au décors principaux de Shadyside et de Sunnyvale, pointent une fois de plus les différences sociales entre les deux communes voisines, et investit l'époque des années 80 qui s'intercale donc entre Fear Street partie 1 : 1994 et partie 2 : 1978.


Mais ces notations semblent forcées, comme s'il suffisait de les mentionner pour justifier que cet épisode existe légitimement. C'était la force du projet initial que de composer une seule et même intrigue en trois parties, se tenant toutes les unes aux autres et résolvant un mystère ancestrale. Ici, rien de ce qui est raconté n'ajoute quoi que ce soit à l'histoire des trois premiers films.

D'ailleurs il n'est pas fait mention des personnages avec qui nous avons sympathisés auparavant, comme Deena et Josh Johnson ou Cindy Berman. Ici, l'héroïne est une certaine Lori Granger dont la mère a été accusée et blanchie pour le meurtre de son mari. Depuis sa fille souffre de cette mauvaise image au sein de son lycée, ce qui lui vaut d'être harcelée par une bande de chipies menée par Tiffany Falconer.

Tout se noue donc autour du bal de promo d'une classe de terminale au cours duquel on élira la reine de la soirée. Lori concourt contre Tiffany et reçoit le soutien du petit ami de celle-ci mais aussi de Megan Rogers. Sans avoir besoin de le surligner, on voit se mettre en place un triangle amoureux car Megan, c'est évident, éprouve des sentiments amoureux pour Lori qu'elle protège de Falconer et ses alliées.

Bien entendu, un tueur rode et c'est là que le film est à la fois le plus divertissant et aussi le plus limité. Les trois premiers Fear Street en remontant le temps s'amusaient à reproduire les codes des slasher movies des époques en question. Prom Queen se contente d'être un slasher movie comme tant d'autres, sans cette distanciation, avec son serial killer qui manie la hache vêtu d'un ciré rouge et d'un masque.

Le scénario s'articule alors comme un whodunnit et le spectateur comme les héroïnes doivent trouver qui se cache derrière la masque de l'assassin. La réponse est assez habile, surtout qu'en vérité il n'y a pas qu'un cinglé qui se balade ainsi costumé et armé... Dommage que tout ceci soit si mécanique, dénué d'invention.

Si on sourit, c'est grâce au sadisme des auteurs pour massacrer ces pauvres prétendantes au titre de reine du bal : entre des cisailles pour massicoter, la hache, et d'autres instruments contondants, c'est à qui mourra dans les pires souffrances. C'est très basique, modérément effrayant, mais on n'a pas le temps de s'ennuyer compte tenu du format raisonnable (90').

Et puis, fidèle à sa recette, ce Fear Street met en avant de jeunes comédiennes talentueuses, parfaitement choisies pour leur rôle : India Fowler est l'archétype de la fausse ingénue, Suzanna Son joue la lesbienne androgyne sans forcer, Fina Strazza est impeccable en peste tyrannique, Ella Rubin est celle qui montre le plus d'empathie pour Lori et donc la plus sympathique des garces.

A leurs côtés, on reconnaîtra Lili Taylor en directrice adjointe pète-sec et surtout Katherine Waterston qui s'est visiblement amusée comme une folle à se créer un look très 80's, avec un brushing invraisemblable et des tenues bien criardes.

Netflix va-t-elle encore exploiter le filon avec un cinquième opus ? Si oui, il serait bon que la plateforme de streaming renoue avec la qualité de sa première trilogie au risque de gâcher les bons romans de R.L. Stine.

mardi 18 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 3 : 1666 (Leigh Janiak, 2021)


1666. Sarah Fier, son père George et son frère cadet Henry vivent à Union, la colonie unique qui deviendra Sunnyvale et Shadyside. Dans la forêt voisine habitent la veuve Marie chez qui Sarah trouve un grimoire et Solomon Goode qui cultive sa propre parcelle de terrain. Le soir venu, le village festoie mais Sarah et ses amis, Hannah, Abigail, Lizzie et Isaac se tiennent en retrait. Sarah et Hannah s'isolent pour s'embrasser et s'enlacer.


Le lendemain, des phénomènes inquiétants bouleversent cette communauté : l''eau du puits est imbuvable, les animaux deviennent fous, les fruits et légumes pourrissent. Il ne faut pas longtemps pour qu'on parle de sorcellerie et les soupçons se dirigent vers Sarah et Hannah dont les étreintes ont été aperçues par un des villageois. Hannah est capturée mais Sarah se réfugie chez Solomon chez qui elle fait une découverte choquante...
 

1994. Deena Johnson a découvert la vérité sur la malédiction qui frappe Shadyside depuis des siècles et la responsable n'est pas Sarah Fier. Pour sauver l'âme possédée de Samantha et la ville, elle convainc Cindy Berman et Josh de tendre un piège au véritable coupable de tous ces maux en l'attirant au Shadyside Mall...


La trilogie Fear Street s'achève donc avec ce volet situé en 1666 mais aussi à la seconde partie du chapitre situé en 1994. En fait, vous l'aurez compris, il y a deux films en un, chacun d'une durée équivalente (55'), et ce final est magistralement orchestré par Leigh Janiak et ses deux co-scénaristes Phil Graziadei et Kate Trefry qui ont adapté le roman de R. L. Stine.


A la fin du précédent film, 1978, l'esprit de Deena Johnson remontait le temps jusqu'au XVIIème siècle et c'est donc dans le corps de Sarah Fier qu'elle découvre les origines de Union, village qui sera plus tard scindé en deux communes, Sunnyvale et Shadyside. Y vivent des pélerins mais aussi une veuve versée dans la magie et un ermite, ami de Sarah.
 

On sait alors que Sarah Fier, dont le nom a hanté les récits de cette trilogie, n'était pas la sorcière ayant jeté un sort comme on le pensait. Sans rien spoiler, le véritable coupable de cette malédiction est un citoyen au-dessus de tout soupçon depuis le début, qui a vendu le village au diable en échange de la prospérité pour lui et les siens.
  

Depuis chaque premier né de sa famille a répété le même rituel satanique afin de préserver cet état de fait, condamnant Shadyside à la misère et Sunnyvale à l'ascension sociale. On découvre dans quelles horribles circonstances une innocente a été sacrifiée au nom de superstitions d'un autre temps et le film montre de manière expéditive mais efficace comment une microsociété devient folle quand quelques-uns désignent un bouc émissaire facile.

Dans cette partie 1666, la chasse à la sorcière dénonce le fascisme et la misogynie, la théocratie et le radicalisme religieux. Tout va très vite et cela souligne à quel point la brutalité d'un tel procès traverse les âges. A sa manière, sans doute simpliste, Fear Street se fait l'écho de ce qui se passe encore aujourd'hui dans certaines parties du monde où l'intégrisme remplace tout autre forme de régime et où les femmes sont les premières victimes.

Puis, donc, à mi-chemin, nous revenons au présent, ou du moins en 1994, la temporalité du premier opus. Et Leigh Janiak ne décélère pas : la forme est plus classique mais pas moins jubilatoire. On sait que le sang de Deena est un appât redoutable et l'usage qui en est fait est très ingénieux, tirant certaines scènes vers la comédie noire.

Toutefois la réalisatrice n'oublie pas qu'elle dirige une histoire d'épouvante et elle s'emploie à nous faire sursauter plus d'une fois, revisitant les décors qu'elle nous avait présentés précédemment, comme l'arbre auquel fut pendue Sarah Fier et qui trône désormais au centre du Shadyside Mall, la grotte qui se trouvait sous le camp Nightwing en 1978 et qui est maintenant sous cette grande surface, le grimoire de la veuve Marie, etc.

Les tueurs possédés croyait-on par Sarah Fier refont un dernier tour de piste et, là encore, le scénario trouve un moyen épatant de les neutraliser tout en conservant leur pouvoir terrorisant. Jusqu'au bout on tremble pour Deena, Samantha, Cindy, Josh. Leur adversaire est coriace, prêt à défendre ce qu'il a si chèrement acquis et prolongé. C'est un régal, une conclusion en beauté après un excellent premier épisode, et un deuxième un peu en deçà.

Les acteurs du triptyque reviennent incarner les ancêtres de leurs personnages : Sadie Sink, Emily Rudd, Julia Rehwald, Simon Hechinger, Benjamin Flores Jr., Olivia Scott Welch, Kiana Madeira, avant que les trois derniers n'affrontent aux côtés de Gillian Jacobs leur ennemi commun. Cette série de films a rassemblé une vraie troupe de jeunes comédiens très prometteurs.

Est-ce vraiment la fin ? Pas vraiment. Netflix n'a pas résisté à produire un quatrième long métrage, sous-titré Prom Queen, mais sans Leigh Janiak aux commandes, et pour un résultat vraiment très inférieur à la trilogie (même si, encore une fois, on y trouve de jeunes interprètes, surtout féminines, impeccables, comme India Fowler ou Ella Rubin). Si ça me prend, je vous en parlerai... Mais on peut se contenter des trois premiers Fear Street.

lundi 17 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 2 : 1978 (Leigh Janiak, 2021)


Deena et Josh Johnson se rendent chez Cindy Berman, survivante du massacre au camp Nightwing en 1978, pour leur demander de les aider avec Samantha, possédée par la sorcière Sarah Fier.  Elle leur raconte son expérience traumatisante au cours de laquelle sa soeur Ziggy et elle ont assistée 16 ans plus tôt dans cette colonie de vacances sur le terrain de laquelle a depuis été construit le Shadyside Mall.


Tout opposait Cindy et Ziggy : la première rêvait d'appartenir à la bonne société de Sunnyvale et fréquentait Tommy qui était prêt à attendre qu'elle décide quand elle perdrait sa virginité avec lui ; la seconde ne croyait déjà plus à la possibilité de s'extraire de leur milieu social et était harcelée par les riches enfants de Sunnyvale qui la traitait de sorcière et l'accusait de voler leur argent de poche. Pourtant Ziggy avait un allié en la personne du jeune Nick Goode.
 

Le soir venu, Alice, l'amie de soeurs Berman, et son petit copain Arnie décidaient de fausser compagnie aux autres campeurs pour trouver la tombe de Sarah Fier. Juste avant cela, l'infirmière du camp, Mrs. Lane, avait agressé Tommy et Cindy en voulant les tuer pour rompre la malédiction de la sorcière. Blessé à la tête, Tommy qui suivait Alice et Arnie avec Cindy devenait de plus en plus bizarre...


Ce deuxième volet du triptyque Fear Street adapté des romans de R. L. Stine par Leigh Janiak et son co-scénariste Zak Olkiewicz remonte donc le temps 16 ans avant les événements relatés dans le premier film situé en 1994. Il revient sur le massacre du camp Nightwing auquel à survécu Cindy Berman à qui Deena et Josh Johnson rendaient visite à la fin du premier long métrage pour qu'elle les aide à sauver Samantha.


Ce qui est étonnant avec ce deuxième chapitre, c'est à quel point il est à la fois convenu, référencé (Vendredi 13) et malgré tout entraînant. Janiak fait tout pour que le spectateur se sente en territoire connu mais s'emploie à brouiller les pistes, pour arriver, lors du dénouement, à un double twist concernant Cindy Berman mais aussi Deena Johnson.


Ce qui est familier et même revu, c'est à quel point Fear Street : 1978 reprend les codes du slasher movie. Cette fois, on a droit à un tueur complètement fou qui trucide une quantité impressionnante de victimes avec une hache. L'effet est d'autant plus choquant que ses cibles sont des enfants ou des adolescents et qu'il agit avec une précision et une brutalité absolues.


Le premier film détournait ces codes-là en resserrant l'intrigue autour des cinq protagonistes alors qu'ici tout est mis en place pour un véritable carnage dans ce camp de vacances où les enfants de Shadyside et Sunnyvale pensent passer un bon moment loin de leurs parents, et des adultes en général. On se demande même un peu comment cette intrigue va se lier à celle de la sorcière Sarah Fier.

Le récit met un certain temps à démarrer comme si Janiak ne savait pas trop comment s'y prendre pour à la fois exposer les personnages principaux, le cadre de l'action et le début des tueries. Il faut le dire : c'est laborieux. D'autant qu'il n'y avait pas besoin de s'attarder autant sur les différends entre les deux soeurs Berman, la haine entre les gosses de riches et les plus pauvres, le gouffre social entre leurs deux villes.

Mais une fois que c'est parti, la film prend son envol et l'histoire ne vous lâche plus. On a une grotte dans laquelle Cindy et Alice tournent en rond avant de comprendre comment atteindre à nouveau le coeur du campement, les recherches affolées des moniteurs et de Ziggy pour mettre à l'abri les enfants restés dehors, les meurtres sauvages du tueur...

Le souci, c'est que l'ensemble, s'il demeure efficace, est nettement plus classique. Le spectateur attend surtout de savoir ce que les souvenirs de Cindy vont apporter à cette affaire de malédiction ancestrale et si/et comment cela pourra aider Deena et Josh vis-à-vis de Samantha. En fin de compte, Fear Street : 1978 souffre du mal récurrent des deuxièmes épisodes : il est moins bon que le premier et se justifie surtout comme passage transitoire vers le troisième.

Malgré tout, s'il y a un bon point incontestable à retenir ici, c'est la qualité de l'interprétation que, pour ma part, j'ai trouvée supérieure au premier volet. Les deux soeurs jouées par Emily Rudd (vue depuis dans l'adaptation du manga One Piece sur Netflix) et Sadie Sink (révélée par Stranger Things, actuellement visible dans Spider-Man : Brand New Day, et en 2028 dans X-Men) sont excellentes.

Sink hérite du rôle le plus "payant" avec son personnage de frangine rebelle et énergique, alors que Rudd a davantage tendance à jouer en réaction. Le tueur incarné par McCabe Slye manque de charisme. Contrairement à Ryan Simpkins qui campe de façon touchante Alice, cette jeune junkie. Le futur shérif Nick Goode (vu dans 1994) est ici incarné par Ted Sutherland.

On retrouve au début et à la fin Kiana Madeira et Benjamin Flores Jr. ainsi que Gillian Jacobs. Le prochain chapitre, 1666, verra tout ce beau monde réuni dans le passé lointain, à l'origine de la malédiction. On en reparle, sauf imprévu, demain...

dimanche 16 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 1 : 1994 (Leigh Janiak, 2021)


Heather, employée d'une librairie au Shadyside Mall, ferme boutique lorsqu'elle est tuée sauvagement par son ami Ryan Torres, déguisé à la manière du tueur Skull Face, avant que lui-même ne soit abattu par le shérif Nick Goode. Les médias couvrent l'affaire en soulignant la misère de Shadyside, surnommé "Shittyside", et la prospérité de sa voisine, Sunnyvale. Les ados du coin croient qu'une malédiction plane sur l'endroit depuis la mort de Sarah Fier, condamnée pour sorcellerie en 1666.


Deena Johnson n'y croit pas : elle est trop en colère pour ça depuis sa rupture avec Samantha, partie vivre à Sunnyvale avec sa mère divorcée. Son frère, Josh, se passionne lui pour la mythologie de ShadySide, et ses amis, Kate et Simon, vendent de la drogue en espérant économiser assez d'argent pour partir vivre ailleurs. Lors de la veillée en mémoire de Sarah, une bagarre éclate entre les élèves des deux villes et Peter, le petit ami de Samantha, poursuit ensuite le bus scolaire de Shadyside.


En lui jetant une glacière, Deena fait sortir de route la voiture de Peter. Sonnée, Samantha s'en extrait, avec le nez qui saigne. Elle l'ignore encore mais cela va déclencher une nuit de terreur pour elle, Deena, Josh, Kate et Simon. Et si finalement cette histoire de malédiction était vraie ?


Fear Street est à l'origine une série de romans écrite par R.L. Stine, le "Stephen King des enfants" comme il se surnomme lui-même. Le projet de l'adapter remonte à 1997 mais ce n'est qu'en 2018 que cela se concrétise grâce à Netflix et la réalisatrice Leigh Janiak. La plateforme de streaming a l'idée imparable de sortir les trois films à une semaine d'intervalle chacun. 


Mais surtout le coup de génie, c'est d'avoir surfé sur la vague des séries d'horreur/fantastique dont le succès était grandissant - cf. Stranger Things. Comme pour le feuilleton des frères Duffer, la production s'appuie sur un récit efficace et un casting d'acteurs en devenir, tout en établissant une mythologie que les trois films explorent à rebours (après 1994, on ira en 1978 puis en 1666).


Au début, on est en terrain familier, tous les quotas sont respectés : la romance lesbienne, le geek afro-américain, la sorcière, les tueurs aux identités et aux looks très marqués, des références cinéma à gogo (Shining, Poltergeist, Les Dents de la Mer), le shérif qui doute puis croit les ados... C'est presque too much.


Mais ce qui fait la différence, c'est le soin avec lequel Janiak traite ses héros : elle a à coeur avec son co-scénariste Phil Graziadei de dépasser les clichés, le cahier des charges. Elle les dote de caractères forts, leur consacre un arc narratif chacun. Idem pour le décor entre la luxueuse Sunnyvale et la décrépie Shadyside.

Même dans le cas de seconds rôles comme Kate et Simon, les petits dealers, leur comportement coupable trouve une justification acceptable dans la mesure où, derrière le cynisme de leur commerce, il y a une volonté de s'extraire d'un endroit qui n'a rien à leur offrir de bon. La relation saphique entre Deena et Samantha est elle aussi abordée sans lourdeur, de manière pudique, sensible, sans romantisme excessif.

Et puis enfin et surtout le film ne manque pas d'humour : s'il exploite le genre avec application, il se permet des touches d'ironie bienvenues comme quand, dans son dernier acte, comprenant qu'il faut un sacrifice pour en finir avec la malédiction, on nous répète qu'il faut que quelqu'un meurt mais qu'on le ramènera à la vie ensuite, comme s'il s'agissait là d'une opération banale.

Pour une histoire horrifique, Fear Street : 1994 a aussi le bon goût de ne pas abuser des massacres. On n'assiste pas une succession de morts affreuses, complaisamment filmée pour satisfaire le fan du genre. Certes, il y a quelques décès sanguinolents, mais circonscris et qui touche uniquement des personnages auxquels on a eu le temps de s'attacher (ou dont on n'avait rien à faire).

C'est sans prétention mais très bien fichu et on a envie de découvrir ce qui s'est passé au camp Nightwing en 1978 et lors du procès en sorcellerie de Sarah Fier en 1666. C'est aussi grâce aux acteurs, des inconnus mais qui jouent parfaitement, sans en faire des caisses : au premier rang desquels on trouve Kiana Madeira (Deena) et Olivia Scott Welch (Samantha).

Maya Hawke, justement en provenance de Stranger Things, est celle par qui tout commence. Et Gillian Jacobs (Community) apparaît dans une scène post-générique de fin pour donner un avant-goût du prochain chapitre (où son rôle sera joué, plus jeune, par Sadie Sink, encore une des actrices de Stranger Things).

Ne vous étonnez donc pas si demain et après-demain, sauf imprévu, je consacre mes deux critiques suivants à la suite et fin de cette trilogie.

samedi 15 août 2026

TO ME, MY X-MEN !

 

Je n'ai pas l'habitude de parler de l'actualité ciné en dehors de critiques sur des films récents, mais ce week-end se déroule la D23 Convention à Anaheim et Marvel studios par la voix de son président Kevin Feige a fait quelques annonces. Dont une que j'attendais avec impatience, échauffé depuis le début de la semaine par les rumeurs à son sujet : le casting du film X-Men qui sortira en 2028, réalisé par Jake Schreier (Thunderbolts*/New Avengers).

Détaillons un peu ça, tout se gardant de dresser des conclusions car visiblement tous les acteurs pressentis pour d'autres rôles sont encore en négociations :


Ci-dessus, le casting présent à Anaheim et leurs rôles.


Maya Boyd sera Tornade.
Cette jeune comédienne de 24 ans décroche là son premier rôle au cinéma ! Elle incarnera donc Ororo Munroe, rôle pour lequel était donnée gagnante Jayme Lawson (qui, je l'avoue, avait aussi mon vote). A elle seule Boyd résume un peu le casting, composé de nouvelles têtes après une période où Marvel semblait plutôt miser sur des noms connus. Or, le studio n'est jamais aussi bon que quand il révèle des acteurs (Chris Hemsworth, Tom Holland...).



Sadie Sink sera Jean Grey.
Comme Boyd, Sink a 24 ans et elle a connu la célébrité grâce à son rôle dans Stranger Things. Actuellement elle est à l'affiche de Spider-Man : Brand New Day (que je n'ai pas encore vu), énorme carton où (spoiler) Jean fait donc sa première apparition dans le MCU.



Christopher Abbott sera Charles Xavier.
Je l'ai vu dans plusieurs films (Martha Marcy May Marlene ; A Most Violent Year ; Sanctuary ; Pauvres Créatures) et il est à chaque fois excellent. Le mari d'Aubrey Plazza, âgé de 30 ans, sera donc le mentor des mutants et il faut faire un petit effort pour l'imaginer chauve en fauteuil roulant.



Samara Weaving sera Emma Frost.
Une de mes actrices préférées aura donc la charge de jouer la Reine Blanche du Club des Damnés. Peut-on rêver meilleur choix ? Weaving, 34 ans, a tout ce qu'il faut pour ce rôle : le charisme, la beauté, le sens du jeu. La ressemblance avec le personnage est juste parfaite. 



Kit Connor sera Cyclope.
Depuis 2022, il est la vedette de la série Heartstopper sur Netflix et, à 22 ans, il sera le leader des X-Men. Je reconnais que je n'avais pas pensé à lui (tout le monde donnait Drew Starkey gagnant), mais pourquoi pas ? En tout cas, entre Sadie Sink/Jean Grey et Samara Weaving/Emma Frost, il va devoir gérer, le garçon !



Inde Navarrette sera Malicia.
A 25 ans, la révélation tonitruante de Obsession ne perd pas de temps et le prouve comme en témoigne son lobbying pour obtenir un rôle dans le film X-Men (même si elle semblait convoiter celui de Mystique). Alors que tout le monde réclamait Cailee Spaeny (que j'espère voir en Kitty Pryde), elle sera Rogue, après Anna Paquin. Well done, chère !



Et enfin, Adam Driver sera Mr. Sinistre !
Kevin Feige lui courait après depuis longtemps mais le comédien de 42 ans ne souhaitait visiblement plus s'engager dans une franchise dont le contrat l'obligerait à tenir le même rôle dans plusieurs films après Star Wars. Il deviendra donc le généticien fou Nathaniel Essex (Milbury), obsédé par Cyclope et Jean Grey, et inutile de dire qu'il va faire des étincelles.

Vous aurez remarqué qu'il manque des mutants iconiques, à commencer par Wolverine, mais je pense aussi à Diablo, Colossus, Gambit, Magneto et bien entendu Kitty Pryde. J'ignore s'ils sont au programme mais je pense que beaucoup de fans les attendent. J'adorerai que Dafne Keen soit Wolverine (ça éviterait la comparaison avec Hugh Jackman tout en adressant un clin d'oeil à Logand). Et, comme je l'ai dit plus haut, Cailee Spaeny en Kitty Pryde, ce serait le rêve (même si la rumeur parle de Julia Butters pour ce rôle).

Jake Schreier, le réalisateur, s'était bien débrouillé sur Thunderbolts*/New Avengers avec un groupe de personnages iconoclastes, et l'avantage avec les mutants, c'est que l'origine des pouvoirs est vite expliquée, donc pas besoin d'une grosse intro. Avec Mr. Sinister comme méchant en plus, c'est d'autant plus simple.

Le tournage débutera l'an prochain pour une sortie le 5 Mai 2028, et l'histoire se déroulera dans la continuité modifiée post-Avengers : Secret Wars. Cela faisait un bail que je n'avais pas été aussi hypé par une production Marvel studios. Et vous ? Des avis sur ce casting, le film ? Des envies ? Des fantasmes ?

*
Portraits des personnages par Uzuri Art,
sauf frontispice par Pepe Larraz et Mr. Sinistre par Rod Reis.

vendredi 14 août 2026

VENOM #260 (Al Ewing / Carlos Gomez) - Tie-in à Queen in Black


Attention ! Cet épisode et sa critique contiennent
des spoilers au sujet de Queen In Black #2. 


Piégé en affrontant Marvel Boy, Dylan Brock est prisonnier à l'intérieur de l'Intelligence Suprême Kree, qui veut accéder à son ADN pour renforcer l'esprit de ruche des symbiotes. Mais Dylan résiste et réussit à entrer en contact avec le roi des symbiotes, Meridius, qui lui apparaît sous les traits de son père, Eddie...


Les épisodes rattachés à un event sont rarement passionnants car le scénariste se contente souvent de montrer des actions sous un nouvel angle. Le début de Venom #260 (l'antépénultième épisode de la série dans son volume actuel) démarre d'ailleurs ainsi en montrant Dylan Brock prisonnier de l'Intelligence Suprême Kree, possédée par un symbiote, après avoir affronté Marvel Boy dans Queen in Black #2.


Mais Ewing nous entraîne dans un récit introspectif inattendu, entièrement centré sur Dylan Brock. Je n'aime pas beaucoup ce personnage et ses jérémiades, aussi ce n'était pas gagné. Sauf que Ewing est quand même un sacré auteur qui réussit souvent l'impossible, comme rendre attachant ce gamin et surprenant le cours de cet event en allant creuser dans le passé et en teasant l'avenir.


Cela dit, n'ayez pas trop peur d'être perdu si vous n'avez pas lu tout le run de Ewing sur Venom : il y a des choses qui vont vous échapper (comme moi) mais l'essentiel reste accessible. Les renvois en bas de page indiquent que le scénariste s'appuie sur Venom #31/#33 dans lequel Dylan Brock fut tué par Toxin mais fut sauvé grâce à l'ADN qu'il partage avec Venom.


Il eut alors quelques visions confuses qui sont éclaircies à présent lorsqu'à lui se manifeste le roi des symbiotes, Meridius, qui lui apparaît, dans une imagerie très freudienne, sous les traits de son père, Eddie Brock. Et à la fin de cet épisode, on comprend pourquoi dans Queen in Black #2 Hela tenait tant à capturer le garçon.

Pour saisir le noeud de l'intrigue, les symbiotes sont animés par un esprit de ruche et donc ceux qu'ils possèdent agissent de concert pour plus d'efficacité. C'est pour cela que Hela a utilisé les symbiotes pour posséder plusieurs races aliens et en faire son armée : leurs différences sont annulées par l'esprit de ruche des symbiotes.

Mais pour que cela fonctionne parfaitement, il faut quelqu'un qui partage son ADN avec Venom et ce fut le cas de Dylan Brock. En capturant Dylan, elle aurait à sa disposition un atout fondamental. Sauf que Dylan résiste à l'emprise de l'Intelligence Suprême Kree (ce garçon a du caractère...) et accède à Meridius.

Ewing établit dans leur dialogue un groupe de réponses aux questions que se pose le garçon depuis que Toxin a failli le tuer et un ensemble de visions sur le futur. Ce dernier n'est pas reluisant et Marvel comme Ewing révèle, sans surprise, que Eddie Brock va redevenir l'hôte de Venom au terme de l'event (que deviendra MJ alors ? Son sort est déjà réglé puisqu'elle aura sa propre série, mais sans symbiote).

En gros, on peut dire que ce que Meridius apprend à Dylan, c'est que Eddie Brock est l'hôte privilégié de Venom mais qu'il fait des choix désastreux et que son fils sera son garde-fou, et par conséquent le sauveur de l'humanité si les choses tournent vraiment mal. Ce qu'on peut se demander, c'est ce qu'il restera de tout ça une fois que Al Ewing aura quitté la série Venom,remplacé par Charles Soule.

Soule conservera-t-il ce plan sur le long terme ? Ou Marvel imposera-t-il ce plan de toute façon ? L'option 2 est la plus vraisemblable. Ce qui est certain, c'est que l'éditeur annonce, sans le dire tout en le suggérant fortement, que dans quelques mois, en 2027, il y aura un nouvel event lié au symbiote. Quelle surprise...

Ewing en tout cas donne une dimension mythologique à Venom et à Dylan Brock et à la relation d'Eddie avec son fils. Ce qui est le plus étonnant, c'est à quel point cela fonctionne presque sans Queen in Black : même en ne l'intégrant pas à un event, ça aurait pu fournir un épilogue au run de Ewing, laissant la porte ouverte à son remplaçant, un peu comme ce qui se faisait avec Daredevil il y a quelques années (quand Bendis passait le flambeau à Brubaker qui le passait à Diggle qui le passait à Waid, etc.).

Carlos Gomez dessine cela avec beaucoup d'intensité. Mais qu'on m'excuse si je me demande davantage où sera cet excellent dessinateur après Venom #262 (fin Septembre) car c'est avec cette série qu'il a vraiment prouvé ce qu'il valait, très régulier, ponctuel et efficace. J'espère vivement que Marvel saura l'employer à sa juste valeur.

La suite dans Queen in Black #3 mercredi prochain...

jeudi 13 août 2026

THE FURY OF FIRESTORM #6 (of 8) (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Pittsburgh. Enfermé dans un édifice de cristal rouge, Firestorm s'est isolé et Firehawk et le professeur Stein s'interrogent sur sa prochaine action? Firehawk pénètre dans l'édifice et tente de raisonner Firestorm car elle est convaincue que Ronnie Raymond peut encore maîtriser la Matrice de la créature...


Voyez cette double page ci-dessus : il s'agit d'un flashback sur les années "satellite" de la Justice League quand Firestorm a intégré l'équipe. Ronnie Raymond est intimidé tandis que Martin Stein est sûr de lui. Le Limier Martien demande au petit nouveau de ne pas s'asseoir à côté de lui à cause de sa tête en feu (et le martien craint le feu). Puis Hawkman remarque que Firestorm semble parfois parler tout seul (en fait il parle à Stein).
 

Cette scène résume l'épisode de ce mois-ci, l'antépénultième de cette mini série. Jeff Lemire souligne que, contrairement à ce qu'on croit tous à propos de Firestorm, il n'y a pas que deux personnes en lui (Raymond et Stein) mais bien trois (avec la Matrice, l'homme nucléaire proprement dit). Et c'est pour avoir trop longtemps sous-estimé cette troisième partie que le drame actuel a été provoqué.


De nos jours, la Matrice domine Firestorm au point d'avoir supplanté Ronnie Raymond. Le Pr. Stein semble l'avoir compris et l'explique à Firehawk qui s'emploie dans un premier temps à raisonner la Matrice pour ramener au premier plan Ronnie. Elle y parvient... presque. Mais tout est là, dans cette créature où il n'y a pas assez de place pour trois, ni même pour deux.


Si, dans le passé, le Limier Martien avait sondé télépathiquement Firestorm au lieu de craindre sa tête enflammée, peut-être aurait-il détecté ses personnalités multiples et en conflit. Mais c'est trop tard et la question qui se pose est : y a-t-il encore quelque chose à sauver de Firestorm ? Peut-on sauver l'égal d'un dieu de lui-même ?

Jeff Lemire joue un peu la montre, son intrigue avance à petits pas en attendant son dénouement dans deux mois. Mais ça ne signifie pas que l'épisode est creux ou qu'il ne raconte rien. Le scénariste appréhende son héros comme une entité complexe que Stein est persuadé de pouvoir "réparer" parce qu'il se considère comme son "père" (c'est d'ailleurs ainsi que l'appelle Firestorm).

De son côté, Firehawk semble moins préoccupée par Firestorm que par ce qui reste de Ronnie Raymond. Lorraine et Stein ont en fait des sentiments opposés : elle veut sauver celui qu'elle a aimé et qu'elle craint qu'il ait été consumé par la Matrice, il veut sauver l'homme nucléaire pour qui il n'a pas hésité à sacrifié un jeune homme en le manipulant.

Cela vient en tout cas confirmer que The Fury of Firestorm exploite un sujet similaire à celui de la mini Jenny Sparks de Tom King et Jeff Spokes en le faisant d'une manière plus habile et moins verbeuse tout en restant trouble et troublante. A mon avis, il y avait matière à produire encore des épisodes, ou un arc ou plusieurs autres arcs narratifs, mais Lemire en restera là pour se consacrer à ses propres projets (et DC n'a pas l'air de vouloir lui trouver un successeur, malgré le succès du projet).

Rafael de Latorre est une nouvelle fois impeccable au dessin : la manière dont il traite les flashbacks et dont Marcelo Maiolo les colorise différemment donne un cachet certain à la série. Mais de Latorre réussit surtout à traduire visuellement l'intensité et l'ambivalence de chaque scène, magnifiant intelligemment, sans surenchère, le script de Lemire.

Ce Next Level de DC a décidément réservé de bien belles surprises, auxquelles les lecteurs ont su être sensibles. Comme quoi, laisser faire les auteurs et artistes, ça marche (n'est-ce pas Marvel...).