mercredi 30 septembre 2026

QUEEN IN BLACK #5 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Paco Medina) / VENOM #262 (Al Ewing / Carlos Gomez)



La Terre est entièrement "venomisée" suite à la tentative ratée de Mr. Fantastic de transférer Venom dans le corps de Dylan Brock pour détruire l'esprit de ruche des symbiotes aux ordres de Hela. La déesse asgardienne est tuée par Knull en duel et celui-ci fait donc face à notre planète et l'infiltre. Va-t-il prendre l'avantage, comme il l'espère ? Ou être dépassé par cette adversaire hors normes ? Et quid de VenoMJ ?


J'ai décidé de vous livrer une critique "deux en un" pour la fin du run de Al Ewing sur Venom et la conclusion de l'event Queen In Black. Si je me fie au conseil de l'ordre de lecture de plusieurs sites spécialisés, il faudrait donc lire Queen in Black #5 avant à Venom #262. Mais, en vérité, les deux épisodes sont organiquement liés et les illustrations de cette critique vont et viennent d'un titre à l'autre.


De manière assez habile, Al Ewing met en parallèle l'aspect grandiloquent du final de l'event avec le côté plus intimiste de la fin de Venom. D'un côté, Knull (qui se montre enfin, mais qui a été plus présent dans les tie-in) fait face à la Terre recouverte par le symbiote suite à la tentative ratée de Reed Richards de transférer Venom de Mary Jane Watson à Dylan Brock. 


Le spectacle de notre planète devenant une sorte de Mogo (un Green Lantern de la taille d'un globe céleste) noir est tellement ridicule visuellement qu'on ne peut qu'en ricaner. Mais c'est souvent dans ces moments un peu wtf que Queen in Black a été le plus plaisant, donc ça colle. Et puis Ewing exploite cette image de manière plutôt inventive.


Car si toute la planète est devenue l'hôte du symbiote, ça veut dire que tous ses habitants sont désormais aussi les hôtes de Venom. Pour Knull, c'est une faiblesse car les humains, juge-t-il, sont incapables de s'unir face à la menace qu'il incarne. Pour Mary Jane Watson, en revanche, c'est un atout car, même désunis, les humains ont peur de la même chose alors et cela les fait réagir bruyamment.


Or, Knull, comme ancien King in Black et comme tout symbiote, craint le bruit et le feu. Alors imaginez ce qu'il endure en entendant les cris d'effroi de huit milliards de terriens. Et par un effet boule de neige, Venom n'y résiste pas non plus. Donc la Terre se débarrasse de Knull et de Venom d'une pierre deux coups ! (Oui, je spoile, mais c'est pour la bonne cause.)

Et puis dans les pages de Venom, Ewing examine ce que la séparation entre le symbiote et Mary Jane implique. D'abord, elle savoure le fait d'être encore en vie puisque, jusque-là, elle survivait grâce au lien avec Venom. Mais l'expérience ratée de Reed Richards a eu au moins un effet bénéfique : la vie de MJ ne dépend plus du symbiote, elle a complètement récupéré. 

C'est un peu facile, mais Ewing n'avait pas le choix : il devait rendre MJ à la vie civile et Venom à un nouvel hôte (car, évidemment, la bestiole n'est pas morte). C'est la règle : quand on scénariste quitte le titre, il est remplacé et doit rendre la série dans l'état où il l'a trouvée pour que son successeur ne soit pas obligé de commencer son run par des explications sur la fin du précédent.

A ce titre, le plus énorme reste de lire comment, parmi huit milliards de prétendants, Venom choisit son nouvel hôte. Mais bon, c'était attendu et on n'est plus à une énormité près. Charles Soule pourra débuter dès le mois prochain son relaunch sans avoir à exposer la situation ni justifier l'identité du nouvel hôte de Venom.

Ewing souligne aussi que Venom va manquer à MJ, elle s'y était habituée et ce dernier épisode permet, avec assez d'ambivalence, de revenir sur la responsabilité de MJ dans la mort de Torment (le vilain du crossover Death Spiral). Dans ces scènes-là, le scénariste fait preuve d'une vraie finesse et achève son run avec goût.

Iban Coello et Paco Medina se partagent encore les pages de Queen in Black, sans démériter, sans briller non plus. Carlos Gomez est infiniment plus appliqué sur Venom (avec qui il renouera pour la mini-série en cinq parties Venom : P.O.V. à partir de Décembre, sur un scénario de Ryan Stegman), mais j'espère qu'ensuite Marvel saura le placer sur une série différente et assez exposée comme son talent le mérite.

Voilà, c'est fini. Une fin assez moyenne à cause d'un event mal fichu, publié en même temps qu'un autre (Armageddon). Pour Venom, en revanche, le bilan est plus flatteur et il faut souhaiter que Mary Jane Watson soit dans les petits papiers de Marvel si on veut continuer à la voir.

lundi 28 septembre 2026

X-MEN : AGE OF REVELATION - FINALE (Jed MacKay / Ryan Stegman, Netho Diaz)


Apocalypse, Charles Xavier et une armée d'arakki, d'un côté. Les X-Men, de l'autre. Et au milieu, Révélation, dont le plan final et véritable est dévoilé. Le futur peut-il encore être sauvé sans avoir modifié le passé des mutants ? Et si oui, à quel prix ?
 

Si j'ai tenu à livrer l'intégralité des critiques de Age of Revelation en une journée, c'est d'abord pour montrer à quel point le rythme même de cette histoire est élevé. Tout comme son enjeu. C'est assez sportif à rédiger et j'espère que la lecture n'aura pas été indigeste, mais, en vérité, tout est là : avec un épisode zéro, une ouverture, 3 n° de Amazing X-Men et ce final, c'est l'essentiel.


Panini Comics a choisi, bien sûr, de tout publier, en 7 revues, et c'est tout à fait louable, même si, au final, le lecteur aura à débourser une coquette somme pour pouvoir tout lire (comptez 16 Euros la revue softcover). Personnellement, j'ai pu apprécier quelques mini en format numérique (je recommande notamment Omega Kids et Rogue Storm), mais on peut s'en passer sans problème.


Je ne vais pas déflorer le dénouement de la saga, même si, donc, tout est désormais disponible en vf. Est-ce que la fin est à la hauteur ? je dirai que oui, et si vous me lisez régulièrement, vous savez que je ne suis pas un client facile en ce qui concerne les events et autres crossovers. Jed MacKay, qui n'avait pas particulièrement fait d'étincelles avec Blood Hunt, est ici plus convaincant et inspiré.

Je crois que cela est dû au fait qu'il a développé ce projet assez librement, on ne sent pas l'intervention d'un editor pour lui dicter la trajectoire de l'histoire, et chez Marvel, c'est assez rare pour être signalé. C'est sans doute aussi parce que ce type de saga dystopique autorise plus de liberté, l'auteur et l'éditeur peuvent ensuite choisir de tout ignorer, ou, au contraire, de profiter de la série-mère (X-Men) pour la rediriger.

Ce qui est certain, c'est que MacKay, même s'il n'est pas un world-builder comme Hickman, a quand même de la suite dans les idées et très clairement un plan d'ensemble pour les mutants. Il n'est pas le superviseur de la franchise comme le fut Hickman jusqu'à Reign of X, mais au moins pilote-t-il le vaisseau amiral X-Men avec une direction affirmée.

C'est le bon côté des choses par rapport à Krakoa où tous les auteurs devaient quand même être alignés - et on a vu la zizanie que ça a été quand, justement, Hickman a préféré partir, mécontent du fait que Marvel voulait prolonger l'aventure que lui avait conçu en trois actes. 

MacKay n'a à répondre qu'à lui-même et Tom Brevoort, sans avoir à tenir compte ce que raconte Gail Simone (ou d'autres scénaristes attachés à des titres X). Et comme les ventes sont bonnes, il jouit d'une liberté de mouvement appréciable grâce à laquelle il écrit X-Men en pouvant ponctuer sa série avec des events et des crossovers (le prochain, actuellement en cours de parution en vo, est DNX et implique les FF).

Pour en revenir à Age of Revelation, le seul bémol que j'émettrai concernant la fin est que, comme à chaque fois qu'il est question de voyages temporels et d'échange d'esprits, l'auteur a du mal à ne pas ajouter un petit twist que je juge superflu - même si je demande à voir comment il va l'exploiter dans les prochains épisodes de X-Men.

Visuellement, Ryan Stegman doit être aidé de l'increvable Netho Diaz pour terminer sa prestation. Le résultat est cependant toujours aussi tonique et réserve de très bons moments, spectaculaires et tendues, avec cette propension à l'énormité qui rend tout ça à la fois savoureux et bourrin. Mais au moins on ne s'ennuie pas et on est à fond dans le mélodrame et l'action.

Le prochain volume, le quatrième, de X-Men examinera les conséquences de cette saga et accueillera Tony Daniel au dessin, une autre raison de se réjouir à l'avance.

X-MEN : AGE OF REVELATION - AMAZING X-MEN #1-3 (Jed MacKay / Mahmud Asrar)



Wolverine à leurs trousses, les X-Men atteignent les ruines du manoir de Graymalkin que garde Deathdream, ancien protégé de Malicia. Le Fauve et Glob y trouvent un téléporteur qui leur permet d'échapper à Wolverine pour gagner, espérent-ils, Philadelphie. Mais ils se retrouvent à Providence, dans l'Etat de Rhode Island, le territoire gardé par Darkchild.


Révélation et ses sbires n'approchent de cette zone mais Darkchild la gouverne avec autant d'autorité que de sadisme, se repaissant de la souffrance des habitants et s'appuyant sur son gardien, le Fléau. Psylocke, qui a fait sécession, est également présente. Cyclope accepte le défi que lui lance Darkchild pour les envoyer à Philadelphie et le remporte.
 

Une fois dans le coeur du royaume de Révélation, les X-Men ont rendez-vous avec un agent de la résistance caché sous la ville, Wiz Kid. C'est, avec Forge, celui qui a permis aux esprits de Cyclope et du Fauve d'arriver à cette époque. Mais Apocalypse, accompagné de Charles Xavier et d'une armée d'arakki, arrivent aussi pour réclamer des comptes à Révélation qui ne reconnait plus leur autorité...


Cette mini-série en trois parties est le plat de résistance de cette saga. Et cela suffit malgré tout à Jed MacKay pour entraîner le lecteur dans une histoire palpitante, intense et brutale où tout va se jouer et s'expliquer. A commencer par la manière dont s'y sont pris les résistants pour attirer à cette époque Cyclope et le Fauve (ou du moins leurs esprits et leur sens tactique).


Le premier épisode est une leçon de storytelling : traqués par "l'ange de la mort", Wolverine, les X-Men n'en mènent pas large. Mais Révélation non plus à vrai dire parce que, d'une part, il ne s'attendait visiblement pas à ce que des dissidents, en infériorité numérique, soient aussi coriaces ; et, d'autre part, parce qu'il lui faut se concentrer pour maintenir son emprise sur Wolverine.


Et c'est une preuve supplémentaire du talent pour la caractérisation des personnages de MacKay : contrairement à Gail Simone qui n'exploite pas (ou si peu, et si mal) la personnalité si tourmentée de Logan, son confrère, lui, se sert de cela pour montrer que, dans ce contexte, il est une bête enragée difficile à tenir en laisse.


Ensuite, dans le deuxième chapitre, un rebondissement envoie ces "Amazing X-Men" au mauvais endroit et c'est alors l'occasion pour le scénariste de montrer que ce futur, troublé, réserve bien des surprises, sans avoir à se taper toutes les nombreuses (et pour la plupart très dispensables) autres mini séries de cet event. C'est ainsi qu'on trouve Darkchild maîtresse de Providence.
 
Darkchild, c'est la personnalité démoniaque de Ilyana Rasputin/Magik, et évidemment le fait qu'elle ait pris le dessus est logique dans une timeline où la survie du plus fort domine. MacKay écrit superbement Magik dans la série X-Men et encore mieux quand elle interagit avec le Fléau, son double en matière d'appréciation physique des combats. Rien d'étonnant alors que Cain Marko soit le garde du corps de Darkchild.

Le duel que se livre Cyclope et Darkchild pour que cette dernière téléporte les X-Men à Philadelphie déjoue les attentes. Ce n'est pas un combat physique mais un échange de vérités cruelles et c'est celui qui y résistera le mieux et surtout qui délivrera la plus percutante qui gagne. Le maître es-stratégie qu'est Scott Summers remporte cette partie logiquement - et même le Fauve reconnaît qu'il avait oublié à quel point son ami était bon à ce jeu.

Enfin, la dernière manche se déroule dans les entrailles de Philadelphie où l'on découvre l'identité de l'agent infiltré de la résistance. Wiz Kid est un choix malin et MacKay le campe comme un petit génie effronté. Mais évidemment c'est le cliffhanger final qui laisse la porte ouverte à un dénouement très prometteur.

Tout cela est donc jubilatoire, dense et haletant, mais la cerise sur le gâteau, c'est que Mahmud Asrar est là au dessin. Désormais occupé par ses projets personnels (Bug Wars avec Jason Aaron chez Image), l'artiste turc se et nous fait plaisir en trouvant le temps pour ces trois épisodes. Sa technique irréprochable associé au design général de cet univers forment un cocktail délectable.

J'ai adoré l'épisode avec Darkchild dont Asrar réussit à la perfection à traduire la cruauté et la sensualité, mais l'attaque de Wolverine auparavant est époustouflante et la confrontation avec les séraphins dans le dernier acte est également épatante. Quel régal quand on a un dessinateur pareil pour une histoire de ce calibre !

Allez, c'est l'heure de passer à la conclusion !

X-MEN : AGE OF REVELATION - OVERTURE (Jed MacKay / Ryan Stegman)


Forge a réussi à transférer les esprits de Cyclope et du Fauve dans leurs corps il y a dix ans et inversement. Ils découvrent la résistance à Révélation, dirigée par Magneto, en pleine possession de ses pouvoirs. Mais le groupe est localisé et doit fuir, avec un terrible chasseur aux trousses tandis que Bei la lune sanglante est elle aussi traquée par Psylocke après avoir découvert le plan de Révélation...


Les histoires de voyage dans le temps (passé ou futur) et de transfert d'esprits sont toujours un casse-tête à résumer et à critiquer parce qu'il faut faire comprendre qui est qui, quand et où, sans s'emmêler les pinceaux. C'est facile à lire si le scénariste reste clair, mais moins facile à retranscrire en article. Et c'est la première difficulté qu'on rencontre avec Age of Revelation - Overture.


Disons donc que les esprits de Cyclope et du Fauve du futur occupent maintenant les corps de Cyclope et du fauve du présent tandis que les esprits de Cyclope et du Fauve du présent sont dans les corps de Cyclope et du Fauve dans dix ans. Vous suivez ? Alors, je continue.


Cyclope et le Fauve découvrent donc ce qu'il est advenu dix ans dans le futur et qui a été exposé dans X-Men : Age of Revelation #0. Désigné comme l'héritier sur Terre d'Apocalypse (qui, lui, s'est exilé, dépité, sur Arakko/Mars), Doug Ramsey/Cypher a le pouvoir de faire plier la volonté d'autrui par sa seule parole. Il a ainsi pris la tête des X-Men.

Puis un virus a commencé à se répandre, transformant les humains (en tout cas les plus résistants à l'infection) en mutants. Grâce à son pouvoir, Révélation a pris le contrôle de Philadelphie, berceau de l'épidémie, pour en faire une ville refuge pour les mutants. A condition qu'ils lui obéissent aveuglément. Sinon ils les privent de la parole et les cantonnent à la périphérie de la ville.

Pour asseoir son autorité, Révélation compte sur deux factions : les choristes, qui augmentent la puissance de sa voix, et les séraphins, son bras armé. Il dispose également de celui qu'il appelle son "ange de la mort", nul autre que Wolverine. Ceux qui s'opposent à ce régime tyrannique, fondé sur un génocide, ont pris le maquis et comptent donc sur les Cyclope et Fauve du passé pour les aider à renverser Révélation.

Jed MacKay montre bien le déséquilibre des forces en soulignant l'immense pouvoir de Révélation, décrit comme l'archétype du bon garçon que l'exercice de sa fonction a corrompu jusqu'à devenir un despote impitoyable, menteur et violent. En parallèle, la résistance est juste un groupuscule qui se terre dans une forêt et qui paraît désespéré au point de devoir faire appel à deux X-Men du passé.

Pourquoi ? Parce que, dans la série X-Men, telle qu'on l'a laissée avant cet event, Révélation vient juste de rejoindre l'équipe de Cyclope qui a voté pour l'aider en considérant qu'il ne représentait pas une menace par rapport à l'organisation 3K. Il faut dire que Doug Ramsey/Cypher fut un New Mutant et une des bonnes âmes de Krakoa. Aucune raison donc de se méfier de lui.

Si on peut évidemment déplorer qu'un nouveau mutant aussi sympathique que Cypher se transforme en méchant, MacKay réussit à nous faire croire à sa dangerosité et son ascension est d'autant plus glaçante qu'elle partait d'un bon sentiment, mais était mue par des méthodes très discutables. Pour ma part, je regrette un peu cette métamorphose, mais, en même temps, à part Hickman, peu de scénaristes ont su écrire Cypher intelligemment. Alors, pourquoi ne pas l'imaginer en vilain ?

L'apparition de Wolverine en "ange de la mort" est très impressionnante, même si en soi l'idée n'a rien de nouvelle (un Wolverine manipulé pour tuer ses semblables, c'était l'argument de la saga Ennemi d'Etat, de Millar). MacKay taille dans le vif vite et fort, en éliminant quelques résistants emblématiques, qui renforce la précarité de leur situation - et font le sel de ce qui suivra.

Au dessin Ryan Stegman excelle à représenter ce futur désespérant mais avec une énergie sidérante. Comme d'habitude chez MacKay, tout va très vite et tout est dense - presque trop. Mais on ne va pas non plus s'en plaindre. Et Stegman restitue ce sentiment d'urgence, de fuite en avant, de désavantage, qui pimente le récit.

Le cliffhanger de cet épisode est lui aussi saisissant, sacrifiant un autre personnage de manière brutale, et suggérant que Révélation ne va pas se contenter d'être le maître de Philadelphie ni même des Etats-Unis... A suivre donc, dans les trois épisodes d'Amazing X-Men. Stay tuned !

X-MEN : AGE OF REVELATION #0 (Jed MacKay / Humberto Ramos)

Notez que tout ce qui va suivre est disponible en vf 
dans la revue du même nom (X-Men : Age of Revelation),
traduit par Panini Comics.


10 ans dans le futur. Shen Xorn marche à travers les territoires non conquis par Revelation pour rejoindre une poche de résistance. Il récapitule les événements qui on conduit à cette situation, depuis l'arrivée de Doug Ramsey, héritier d'Apocalypse, au sein des X-Men jusqu'à sa prise de contrôle de l'équipe et son appropriation de la ville de Philadelphie, coeur de son empire...


Comme le n°0 l'indique, cet épisode sert surtout à exposer les faits de cette saga, dont j'ai choisi de ne relater que l'essentiel. En effet Age of Revelation s'étend sur 15 mini séries de 3 épisodes chacune, mais une seule est nécessaire pour saisir l'intrigue centrale et il s'agit de Amazing X-Men, écrite par Jed MacKay. Tout le reste ne sert qu'à développer cet univers et ses subplots.


On y trouve des titres tels que Binary (par Stephanie Phillips et Gilda Belviso), Laura Kinney : Sabretooth (par Erica Schultz et Valentina Pinti), Longshots (par Gerry Duggan, Jonathan Hickman et Alan Robinson), Unbreakable X-Men (par Gail Simone et Lucas Werneck), Rogue Storm (par Murewa Ayodele et Roland Boschi), Iron Frost (par Cavan Scott et Ruarai Coleman)...


... Sinister's Six (par David Marquez et Rafael Loureiro), The Last Wolverine (par Saladin Ahmed et Edgar Salazar), Omega Kids (par Tony Fleecs et Andrés Genolet), Radioactive Spider-Man (par Joe Kelly et Kev Walker), Expatriate X-Men (par Eve Ewing et Francesco Mortarino), Cloak or Dagger (par Justina Ireland et Lorenzo Tammetta), UnDeadpool (par Tim Seeley et Carlos Magno, X-Vengers (par Jason Loo et Sergio Davila).

A mi chemin de la parution de tout cela, Jed MacKay glisse X-Men : Book of Revelation (avec Netho Diaz) mais l'histoire reste dispensable. En revanche, le scénariste et architecte conclut le tout avec X-Men : Age of Revelation Finale.

L'entreprise renvoie évidemment à des précédents. Ce n'est pas la première fois que Marvel imagine un futur cauchemardesque pour les mutants (et quelques autres héros) : il y eut Days of Future Past, L'Ere d'Apocalypse, ou plus récemment Age of X ou Age of X-Man. Par son ampleur plus que par sa brièveté éditoriale, Age of Revelation fait plutôt penser à L'Ere d'Apocalypse.

D'ailleurs l'ombre d'En Sabah Nur plane sur cette saga puisque le personnage principal est Révélation, son héritier, alias Doug Ramsey/Cypher, dont on a vu la nouvelle version dans les épisodes 19 et 22 de X-Men par Jed MacKay. On suit ici Shen Xorn qui retrace son ascension tyrannique, depuis qu'il a pris le contrôle des X-Men, puis a établi son empire à Philadelphie.

Un virus s'est abattu sur les Etats-Unis transformant les humains les plus résistants en mutants qui trouvent refuge à Philadelphie. Mais des voix dissidentes se sont élevées contre Révélation et Shen Xorn rejoint un groupe de résistants formé par Cyclope, le Fauve, Magneto, Glob, Animalia (Jennifer Starkey), Schwarzschild (un des six mutants adultes de Santo Marcos).

Leur objectif : renverser Révélation grâce à un plan risqué à base de transfert d'esprit de deux X-Men du passé. La référence à Days of Future Past avec une opération similaire impliquant alors Kitty Pryde venue du futur empêcher l'assassinat d'un sénateur par la Confrérie des Mauvais Mutants est tout sauf une coïncidence.



Au dessin on trouve Humberto Ramos qui livre de magnifiques planches entre deux épisodes de Fantastic Four (la série actuelle écrite par Ryan North). Il représente ce futur de manière inattendue en privilégiant des décors en pleine nature, loin d'un look steampunk par exemple. Cela offre un contraste intéressant avec le récit de Shen Xorn et les atrocités commises par Révélation, tout en renvoyant aux paysages végétaux de Krakoa.

C'est "juste" de l'exposition mais bien exécutée, avant l'épisode Overture dont je vous parlerai très vite. Stay tuned !

dimanche 27 septembre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 3 : THE HELLFIRE VIGIL (Jed MacKay / Netho Diaz, C.F. Villa)


X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 3 : THE HELLFIRE VIGIL
(X-Men #19-22 + X-Men : The Hellfire Vigil #1)


Apocalypse a quitté la Terre pour s'établir sur Arakko (Mars), mais pour que perdure son héritage sur notre monde, il a désigné son héritier au terme d'une compétition entre une douzaine de mutants. Cypher a gagné et ses pouvoirs ont connu une mise à niveau tandis qu'il se fait maintenant appeler Révélation. Avec son épouse arakki Bei la lune sanglante et son ami Warlock, il s'interroge sur la manière d'endosser ce nouveau rôle.


Cependant, à New York et Chicago, les mutants se rassemblent pour une veillée en souvenir de Krakoa. L'occasion pour certains de se retrouver, de se réconcilier, de se motiver... Mais la fête finit mal avec l'arrestation par les forces de O.N.E. de Dazzler et l'annonce médiatique de 3K de leur projet de remplacer toute l'humanité par la mutanité.
 

Cela ne fait pas les affaires de Cyclope à qui l'agent Lundqvist réclame des comptes, tandis que Magik embarque le Fléau, Kid Oméga et Jennifer Starkey pour en finir avec Trevor Fitzroy et ses Nouveaux Venus. Avant que les X-Men reçoivent la visite de Révélation qui veut se joindre à eux...


Le programme de ce troisième tome est nettement plus maigre que les deux précédents, et on peut le considérer comme un volume de transition. En effet, The Hellfire Vigil et d'abord et surtout un prologue à l'event Age of Revelation publié de Octobre à Décembre 2025 et dont Jed MacKay est l'architecte. Un projet ambitieux, qui démontre que le scénariste est le vrai pilote dans la cabine.


L'épisode 19, qui ouvre ce tome, tranche avec ce qu'on a lu, puisque les X-Men n'y apparaissent pas. Dans la mini série X-Men : Heir of Apocalypse, parue de Août à Septembre 2025, Steve Fox (scénario) et Netho Diaz (dessin) racontait comment En Sabah Nur désignait son héritier sur Terre alors qu'il avair décidé de s'exiler sur Arakko (Mars).
  
Surprise : c'est Doug Ramsey/Cypher qui gagne la compétition parmi une douzaine de prétendants (Archangel, Armageddon Girl, Cable, Emma Frost, Exodus, Forge, Gorgone, Mirage, Mr. Sinistre, Penance, Rictor, Laura Kinney). En plus d'adopter le nom de Révélation, l'ex-New Mutant voit ses pouvoirs sacrément dopés (il peut désormais pirater les esprits rien que par sa voix).

Mais Cypher, accompagné de son fidèle Warlock et de son épouse Bei la lune sanglante, se demande comment exercer sa fonction et décide de rejoindre les X-Men de Cyclope. C'est cette réunion à laquelle on assiste dans le dernier épisode (le #22) avec un cliffhanger qui ouvre directement la voie à Age of Revelation.

Entretemps, on sent que MacKay trépigne et il en profite pour expédier quelques dossiers. D'abord en participant au n° spécial X-Men : The Hellfire Vigil où, en compagnie d'autres auteurs, il montre les mutants se rassemblant pour se souvenir de Krakoa et affirmer que le rêve ne s'arrêtera pas avec la disparition de l'île qui fut leur refuge et leur Etat.

Ce gros épisode alterne le bon et le très mauvais, mais agit plutôt comme une tentative maladroite de faire le pont entre deux époques. Ce qui est louable, c'est d'orchestrer quelques retrouvailles que l'ère Krakoa n'avait pas eu le temps d'accomplir (comme avec Magik et Colossus). Mais en dehors de ça, c'est médiocre, souvent une bouillie de bons sentiments indigestes (le pompon étant décroché, ça ne surprendra personne, par les scènes écrites par Gail Simone).

Si Marvel via Tom Brevoort a tant voulu abréger l'ère Krakoa, qu'ils n'y reviennent plus, parce que, là, c'est déplaisant et hypocrite ("ho, nous aussi, nous aimions tant cette période, mais, tant pis, on a tué la poule aux oeufs d'or"). Le mal est fait, autant ne pas en rajouter. Malgré tout, MacKay se sert de ça pour avancer les pions de 3K d'une manière spectaculaire (l'organisation annonce qu'elle va remplacer les humains par des mutants).

Avec, actuellement, la parution du crossover X-Men/Fantastic Four : DNX, on constate surtout que MacKay dirige son affaire d'une main ferme et assurée, avec un plan précis, dont il paraît avoir la maîtrise totale.

Il en profite ensuite pour clore le dossier Trevor Fitzroy, brutalement, mais non sans soulever des questions sur la moralité de certains membres de l'équipe (comme le Fléau qui va tuer un ennemi ou Jennifer Starkey qui, ne comprenant pas que le Fauve la repousse après s'être rapproché d'elle, cède à ses instincts les plus sauvages). N'y aurait-il pas aussi, en germe, une concurrence en train de naître entre Magik et Cyclope concernant le leadership des X-Men ?

On apprend aussi dans le n°20 que l'agent Lundqvist de ONE a un nouveau supérieur hiérarchique et qu'il est mutant. Qui cela peut-il bien être ? MacKay se garde de le dire, mais, comme Cyclope, on est piqué au vif.

Au dessin, Ryan Stegman s'est retiré définitivement de la série (dont il avait du mal à suivre le rythme de parution). Netho Diaz devient donc l'artiste régulier, une belle promotion pour ce dessinateur débarqué là sans grands antécédents, et dont le style s'est rapidement affirmé pour contribuer à l'identité très punchy de la série. C.F. Villa vient le suppléer pour le #22.

L'épisode du Hellfire Vigil voit défiler tous les dessinateurs des différents titres X et il y a à boire  et à manger. Le meilleur reste Javier Garron (dont j'ai choisi l'extraordinaire double planche - voir ci-dessus, image 2), mais on a aussi du Sara Pichelli, Luciano Vecchio, Marcus To, Roi Mercado, Federica Mancin et Declan Shalvey. 

X-Men va donc faire une pause pour laisser place à Age of Revelation. Pour ma part, je vous épargnerai le détail des 52 numéros (!) de cet event pour me concentrer uniquement sur Amazing X-Men qu'écrit Mackay et qui suffit amplement à la compréhension de l'ensemble avec les épisodes #0, Overture et Finale de AoR. 

samedi 26 septembre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 2 : HOSTILE TAKEOVER (Jed MacKay / Ryan Stegman, Netho Diaz, Emilio Laison, C.F. Villa)


X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 2 : HOSTILE TAKEOVER
(X-Men #11-18)


Un vaisseau spatial vient de se crasher à la frontière entre l'Alaska et le Canada : à son bord, Corsair, le père de Cyclope, et à ses trousses une bande de mercenaires skrulls et badoons. La Divison Alpha intervient  en même temps que les X-Men, mais Cyclope, en attaquant ceux qui traquent son père, découvrent qui est celui qu'ils veulent réellement capturer.


Après avoir eu maille à partir avec les Uncanny X-Men, X-Force et X-Factor, alors que le Professeur X a quitté la Terre en compagnie de l'impératrice Shi'ar Lilandra, les X-Men rentrent à leur base pour apprendre que la jeune Piper Cobb a fugué. Temper qui avait cru que la jeune fille était une mutante prend l'affaire à coeur.


Les X-Men se trouvent alors pris entre trois feux : d'abord face à un énorme monstre, ensuite face aux six mutants adultes qu'ils avaient localisés à Santo Marcos, et enfin pour le Fauve face à Wire, un agent de la mystérieuse organisation 3K qui l'invite à se joindre à eux...


Ce tome 2 de X-Men par Jed MacKay est encore plus explosif que le premier, comme si le scénariste avait voulu convaincre ses lecteurs qu'il n'était pas là pour rien. Le volume est divisé en trois parties qui débordent d'action et confrontent les X-Men menés par Cyclope à des situations de plus en plus extravagantes, les plongeant dans un véritable accélérateur à particules.


Dans un premier temps, MacKay développe une intrigue sur deux épisodes qui se situent après le crossover X-Men/Uncanny X-Men : Raid on Graymalkin où l'équipe de Malicia tentait, contre l'avis de celle de Cyclope, de libérer le Professeur X du manoir de Graymalkin transformé en prison pour mutants, Cyclope estimant que Xavier devait payer pour sa trahison ayant causé la chute de Krakoa.


Le scénariste continue à exploiter la figure paternelle perdue avec Corsair, père biologique de Cyclope, pirate de l'espace, qui attire une bande de mercenaires. Sauf qu'ils n'en ont pas après lui mais bien après Cyclope dont ils veulent se servir pour capturer... Jean Grey/Phénix, dont les aventures se déroulent dans l'espace au sein de sa propre série.


Jean Grey n'apparaît pas mais en guest-star, on a droit à la Division Alpha (feat. Guardian, Puck, Marina, Harfang, Vindicator), devenue un groupe d'outlaws depuis leur aide portée aux mutants lors de la chute de Krakoa. MacKay avec Netho Diaz au dessin s'amusent comme des fous avec une baston homérique, des prises de bec incessantes entre père, fils et Magik (qui remonte au 1er arc de New Mutants époque Krakoa).

Diaz montre qu'il apprend vite au dessin avec des planches très énergiques et des personnages mieux campés. Il prouve surtout qu'il n'a rien à envier à Ryan Stegman quand il faut découper des scènes de bagarre dantesques et gérer des compositions avec une foule de personnages. Cette paire d'épisodes est très drôle en prime, notamment pour la complicité du tandem Magik-le Fléau.

Nous arrivons à l'épisode 13 qui correspond au chapitre 4 du crossover X-Men/Uncanny X-Men/X-Force/X-Factor/Exceptional X-Men/NYX/Storm : X-Manhunt. Cette histoire a permis de régler le problème Charles Xavier qu'une partie de ses anciens élèves désiraient voir purger une peine de prison pour avoir causé la chute de Krakoa tandis que d'autres ne supportaient pas d'abandonner leur mentor dans ces conditions.

Je trouve assez étrange que Marvel ait intégré cet épisode dans ce tome 2 car le lecteur ne peut l'apprécier sans avoir lu les autres séries concernées à ce moment. Passons.

Car, ensuite, MacKay va développer un arc narratif en quatre numéros. Pour cela, il revient sur le cas de la jeune Pipper Cobb, cette gamine de Merle, convaincue d'être une mutante et que Temper avait emmené à la Manufacture pour qu'elle subisse des examens devant confirmer cela. Sauf que le Fauve ne décela aucun gène X dans le sang de la gamine.

MacKay est malin mine de rien car il va utiliser ce récit pour évoquer la gémellité de Charles Xavier et Cassandra Nova (qui, on l'a appris, fait partie de l'organisation 3K - désolé pour ce spoiler, mais j'étais obligé de dévoiler ce secret pour que la suite de ma critique soit claire). En effet, la mère de Piper, une anti-mutante, attendait des jumelles avant que son gynécologue lui apprenne qu'elle n'aurait qu'une fille.

Piper a absorbé sa petite soeur qui, aujourd'hui, réussit à prendre vie et à s'incarner sous la forme d'un gigantesque Kaiju. Tout s'explique : la Sentinelle de la "nuit de fer" avait bien détecté une mutante, la jumelle de Piper, et l'organisation 3K aussi. Et justement la 3K a préparé une surprise aux X-Men pour les empêcher de mettre la main sur cette recrue de taille et de poids.

On assiste donc à une succession de péripéties toutes plus grandiloquentes les unes que les autres avec le monstre géant, une équipe de mutants adultes dressée par 3K, Magneto aux commandes d'une Sentinelle (dans un combat Mecha vs. Kaiju), une petite fille perdue, sa mère en détresse, Cyclope qui montre quel fin stratège il est, Kid Oméga à l'article de la mort... Et j'en passe.

Tout ça donne un peu le tournis, surtout que le scénario file à toute allure d'un endroit à l'autre, d'une zone de combat à une autre, d'un groupe de personnages à un autre. Mais c'est grisant parce que MacKay s'emploie à ce que tout reste limpide, que les événements ne se marchent pas sur les pieds. On assiste à l'exploitation des pouvoirs de Jennifer Starkey et au retour sur le terrain de Xorn aussi.

La cadence de publication commence à éreinter les artistes et Ryan Stegman a besoin du renfort de C.F. Villa sur l'épisode 15, tandis que Emilio Laiso, excellent, assure les dessins de l'épisode 18. Netho Diaz s'occupe, lui, du numéro 16. Malgré ce défilé, le style d'ensemble reste étonnamment homogène et surtout diablement efficace.

On pourrait penser qu'en privilégiant ainsi le grand spectacle, la baston, MacKay ne raconte finalement pas grand-chose de consistant. Sauf que c'est faux : il développe habilement le subplot avec la 3K, met en scène le Fauve qui préfère se consacrer à ses recherches plutôt qu'aux missions et est approché par la 3K, n'oublie pas les nouveaux mutants réfugiés dans la Manufacture.

Tout cela forme un terreau pour des histoires futures et nourrit donc un projet à long terme. D'ailleurs, la série se joue sur trois temps : à court terme, les batailles régulières des X-Men ; le moyen terme, les manigances de la 3K ; et le long terme, la collision inévitable entre X-Men et 3K. C'est plus ambitieux qu'on ne le croit, mais surtout bien bâti, bien construit -infiniment mieux que Uncanny X-Men.