mardi 26 mai 2026

L'ULTIME HERITIER (John Patton Ford, 2026)


Condamné à mort pour meurtre, Becket Redfellow attend son exécution en compagnie d'un prêtre auquel il accepte de raconter comment il en est arrivé là. Sa mère, Mary, a été bannie de sa riche famille alors qu'elle était enceinte d'un inconnu. Enfant, il devient ami avec Julia Steinway, mais sa mère meurt peu après, en lui faisant promettre de recevoir sa part d'héritage et de vivre la vie qu'il mérite. Devenu adulte pourtant, Becket est simple vendeur de costumes dans une boutique de New York.


Julia refait surface dans son existence et il lui ment sur sa condition. Il décide alors de tenir la promesse faite à sa mère, mais en éliminant tous les héritiers Redfellow, à commencer par son cousin Taylor. Il rencontre Warren, le père de ce dernier aux funérailles, qui, pour s'excuser du traitement infligé à Mary, le prend sous son aile en l'embauchant dans sa banque. Becket cible ensuite son autre cousin, Noah.
 

Il devient l'amant de la copine de ce dernier, Ruth, en même temps que le FBI l'aborde au sujet des morts suspectes chez les Redfellow. Becket prétend n'avoir jamais su qu'il était le dernier héritier. Julia, jalouse de sa relation avec Ruth, lui demande de l'argent pour Lyle, son mari fauché, mais il refuse. Alors qu'il est promu et heureux, Becket se demande s'il doit continuer de se venger...


Le script de John Patton Ford, initialement intitulé Rothschild, figurait sur la black list des scénarios depuis 2014 sans toutefois trouver de financement. C'est finalement grâce à Glen Powell, co-producteur et acteur ici, qu'il a pu se concrétiser. Toutefois il convient de préciser qu'il s'agit d'un remake non déclaré de Noblesse oblige de Rober Hamer (1949), lui-même inspiré d'un roman de 1907.


Le tour de force du film de 49 tenait à la performance incroyable d'Alec McGuiness qui incarnait huit personnages différents. L'action du long métrage de Ford resitue l'intrigue dans le New York contemporain, et avec plusieurs acteurs différents. C'est néanmoins comme son prédécesseur une comédie criminelle noire.


Maîtriser un genre est déjà difficile mais plusieurs relève du défi. Et il est évident que John Patton Ford, s'il a de bonnes intentions, n'a pas le niveau pour tenir cette promesse, ce qui fait qu'on se demande ce qui a fait croire à tant de monde que son script était si excellent. Non pas qu'il ne le soit pas, mais en tout cas sa réalisation ne lui rend alors pas justice.


La raison est simple pour expliquer ce qui ne fonctionne pas. Lorsqu'on raconte l'histoire d'un meurtrier qui échappe aux autorités en tuant assez intelligemment ses victimes pour cela, il faut a minima ne pas traiter les meurtres par-dessus la jambe et bien montrer comment le meurtrier peut ne pas être pris. Ce qui suppose donc d'avoir un personnage sinon intelligent, en tout cas ingénieux.

Le souci ici, c'est que Becket Redfellow a juste une chance trop incroyable pour qu'on la tolère pendant les 1h. 45 que dure How to make a Killing (en vo). Ford le filme en train de zigouiller sa famille sans être jamais confondu alors qu'il improvise la plupart du temps ou bénéficie de concours de circonstances invraisemblables.

Son premier meurtre est un coup de pot qui passe encore. Mais ensuite c'est vraiment trop improbable. Jamais de témoin, jamais de bavure. Les deux agents du FBI qui le soupçonnent sont franchement désinvoltes en l'interrogeant. Quand il se met à élaborer des stratagèmes pour tuer efficacement, rapidement et sans laisser de trace, il acquiert des connaissances pour occire son prochain avec une rapidité confondante.

Mais ce n'est pas tout. Mettons qu'il a de la chance. Il faut aussi donner aux victimes une certaine consistance, au moins pour que le spectateur approuve leur exécution. Le film nous fait défiler une galerie de crétins suffisants qu'il est donc facile de haïr. Et du même coup empêche tout cas de conscience, ôte tout relief à l'histoire.

A part l'oncle Warren, pas un des Redfellow ne mérite une quelconque grâce. De toute manière, ils sont aussitôt liquidés sans qu'on ait eu le temps de les connaître. Après deux meurtres, on pourrait croire que les suivants sur la liste ont compris qu'un tueur décime la famille et donc prennent des mesures pour se protéger ou riposter. Mais non.

Ils sont tous tellement bêtes et suffisants qu'ils semblent attendre sagement leur tour. Il aurait été pourtant intéressant que Becket se trouve face à un de ses cousin, oncle, tante, qui lui donne du fil à retordre, moralement ou physiquement. Le film s'en dispense, et du coup, on se fiche du nombre de personnes à buter - on en perd même le compte.

Sur l'intrigue principale viennent se greffer deux subplots : le premier concerne la romance entre Becket  et Ruth, qui est la copine d'un des cousins de Becket. Cela donne une touche un peu plus subtile à l'ensemble, dans la mesure où Becket, amoureux, songe un instant à arrêter de trucider les siens pour profiter d'une vie de couple compensant sa vengeance.

Le second concerne Julia, l'amour de jeunesse de Becket, qui réserve une surprise de taille dans la dernière partie de l'histoire. Toutefois, ces deux subplots ralentissent le rythme du récit et je me suis dit qu'il aurait été plus vicieux que l'une de ces femmes soient une des cibles directes de Becket pour tester sa volonté à accomplir sa vengeance plutôt que pour compléter l'intrigue principale.

Sans rien dévoiler de la fin, elle est quand même rigolote, Becket passant de chasseur à chassé. Mais cette méchanceté fait trop cruellement défaut au film dans sa globalité. Ford est passé un peu à côté de son sujet, ou plus exactement du ton de son sujet, la fameuse comédie noire, grinçante, so british, qui faisait le sel de Noblesse oblige.

Côté casting, il y a du beau monde : Topher Grace en évangéliste corrompu, Bill Camp en tonton rongé par le remords, Jessica Henwick parfaite en copine dubitative ou Margaret Qualley vénéneuse à souhait en amie d'enfance, sans oublier le grand Ed Harris à la fin, déchaîné et flippant.

Quant à Glen Powell... Ah, c'est compliqué pour lui décidément ! Hollywood pensait tenir sa future next big thing mais après l'échec de Running Man, il endure une nouvelle déconvenue cuisante. En fait, je crois que Powell est plutôt un acteur comparable à Samara Weaving, qui brillerait dans des séries B qui s'assument au lieu de prétendre à des productions plus prestigieuses pour lesquelles il n'a ni les épaules ni une fan base assez massive.

Il n'est pas donc pas mauvais, mais son interprétation manque de relief, de nuance. Jamais on ne sent chez lui cette envie viscérale de faire payer à sa famille ce qu'a subi sa mère et par ricochet lui-même. Alors qu'il était épatant dans Tout sauf toi et Hit Man, grâce respectivement à une excellente partenaire et un excellent réalisateur, ici il traverse le film, transparent.

C'est rageant de voir un film avec un tel potentiel gâché ainsi. Mais quand ça ne veut pas...

lundi 25 mai 2026

NOUVELLE VAGUE (Richard Kinklater, 2025)


1959. François Truffaut, Suzanne Schiffman, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard assistent à la première de La Passe du Diable, produit par Georges de Beauregard. Lors de la fête donnée ensuite, Godard critique sévèrement le film et exprime son désir de passer à son tour derrière la caméra, comme ses collègues. Il descend à Cannes où est projeté Les 400 Coups de Truffaut dont le succès retentissant va ouvrir la porte à plein de cinéastes en herbe.


Godard accepte, pour avoir un financement de Beauregard, de tourner un long métrage basé sur une idée de Truffaut inspirée par un fait divers. Comme il le lui avait promis après un court métrage, il engage Jean-Paul Belmondo, revenu de son service militaire en Algérie, pour le premier rôle. A la rédaction des "Cahiers du Cinéma", il rencontre  Roberto Rossellini dont il reçoit quelques conseils comme, ensuite, Jean-Pierre Melville.


Grâce à François Moreuil, il convainc Jean Seberg, à Paris pour promouvoir Bonjour Tristesse d'Otto Preminger avec qui elle a eu des rapports exécrables, de jouer la petite amie de Belmondo. Puis il recrute Raoul Coutard, venu du documentaire, pour apporter à son film un style réaliste, pris sur le vif. Le tournage peut commencer...
 

Après Le Redoutable de Michel Hazanavicius (2017), Nouvelle Vague s'intéresse à nouveau à Jean-Luc Godard, mais cette fois Richard Linklater se concentre sur la genèse et la réalisation d'A bout de souffle, son premier long métrage. Il porte à l'écran le scénario de Holly Gent et Vince Palmo, adapté en français par Laetitia Masson et Michèle Halberstadt.


Linklater est un cinéaste très versatile, capable d'enchaîner une comédie policière irrésistible (Hit Man) avec donc cet hommage à un confrère. On ne peut imaginer deux projets et deux résultats plus différents, même s'ils sont également réussis. Il s'agit là d'une vraie lettre d'amour adressée à Godard et à la révolution artistique que fut la Nouvelle Vague.


En 1959, Godard est le dernier des "jeunes turcs" des "Cahiers du Cinéma" à ne pas avoir franchi le cap pour devenir cinéaste. Rohmer, Chabrol, Rivette, Truffaut l'ont devancé et le dernier présente à Cannes Les 400 Coups qui sera un succès retentissant. Linklater rappelle d'ailleurs que c'est sur une idée originale de Truffaut que sera construit A bout de souffle.


Godard apparaît comme un sphinx farceur : il veut renverser la table, briser les codes, mais en même temps il est présenté comme un trublion qui cite abondamment d'autres auteurs avec un sourire en coin. Impossible de savoir s'il se prend vraiment au sérieux ou s'il aime faire tourner les autres en bourrique. Mais il a une autre idée de lui-même, certain de ses parti-pris et de son génie.

C'est tout à l'honneur de Linklater de ne pas statufier Godard : il l'admire, c'est certain, mais il ne verse pas dans l'hagiographie. On le voit prendre conseil auprès de Rossellini et Melville, qui avaient précédé les audaces esthétiques et narratives de la Nouvelle Vague, et démolir un film produit par Beauregard avant d'accepter de tourner le projet que ce dernier l'incite à réaliser pour avoir de l'argent.

Ce jeune homme, volontiers pédant, est donc encore un élève et un flagorneur, même s'il prétend ne vouloir en faire qu'à sa tête. Il est aussi moins sûr de lui qu'il n'y paraît quand il s'adresse à Truffaut ou Chabrol dont il semble considérer les réussites et la maturité avec une pointe de timidité. Il est à la fois pressé de faire ses preuves, de montrer qu'il est le meilleur de la bande, tout en doutant avant le début des prises de vue.

Dans sa première partie, le film de Linklater paraît presque se contenter de situations anecdotiques et de name-dropping, souvent pour pas grand-chose : toute la clique des "Cahiers du Cinéma" apparaît, avec les acteurs qui en incarnent les membres, posant face caméra avec leurs noms écrits en bas de l'image. Le spectateur contemporain ignorera certainement de qui il s'agit pour les 3/4 d'entre eux.

Mais on est cependant bluffé, si on connaît leurs têtes, de voir la ressemblance entre les acteurs et ceux qu'ils incarnent. Linklater pousse le jeu tellement loin qu'il filme son histoire de la même manière que Godard filme A bout de souffle, en noir et blanc, au format 1:37, avec une pellicule artificiellement usée, où on repère même les points de colle du montage lors des changements de bobine.

Cette fétichisation perdure dans la deuxième partie où on assiste au tournage du film A bout de souffle. Linklater montre les conditions dans lesquelles Godard met en scène, souvent une ou deux prises seulement par jour (jusqu'à ce que Beauregard le rappelle à l'ordre), en lumière naturelle, sans son (le film sera doublé), en improvisant beaucoup.

C'est à la fois très drôle, cocasse, et insensé, absurde. Là encore l'ambivalence de Godard domine : fait-il cela en connaissance de cause, parce qu'il a la conviction que c'est ainsi qu'il obtiendra le résultat voulu ? Ou avance-t-il au hasard, exaspérant son producteur, sa star féminine, laissant son équipe technique perplexe ?

On n'aura pas de réponse à ces questions, et c'est tant mieux. Linklater sait qu'ainsi il préserve la magie de l'oeuvre originale tout en pouvant la narrer librement, sans déférence excessive. Le fait est qu'A bout de souffle a bel et bien complètement rebattu les cartes du cinéma (pas seulement français) et qu'il reste (avec Citizen Kane) le meilleur premier film de tous les temps (et peut-être même le meilleur film de Godard tout court).

Il aura aussi mystifié les oiseaux de mauvais augures qui prédisaient à Belmondo la fin de sa jeune carrière, ou la ruine de Godard. Jean Seberg restera pour l'éternité la fiancée tragique de Michel Poicard. Et, par une de ces pirouettes de l'Histoire, A bout de souffle sera célébré comme l'acte fondateur de la Nouvelle Vague alors même qu'il fut donc le dernier des films réalisés par ceux qui ont formalisé ce mouvement.

Grand directeur d'acteurs, Linklater a réuni une troupe de jeunes acteurs formidables, à commencer par Guillaume Marbeck qui campe un Godard plus vrai que nature, accent suisse traînant, caché derrière ses lunettes noires. Aubry Dullin est extraordinaire en jeune Belmondo. Zoey Deutch ressuscite Jean Seberg (à qui elle ressemble bien plus que Kristen Stewart). Mais tout le casting est parfait.

Bien entendu, aujourd'hui, tout le monde se fout de Godard, dont la carrière a emprunté dès la fin des 60's des chemins de traverse souvent nébuleux, et les cinéastes phares de l'époque ont fini par devenir l'establishment qu'ils haïssaient tant. Comme Le Redoutable d'Hazanavicius, Nouvelle Vague a fait un four en salles. Dommage. Mais ça n'empêchera sûrement pas A bout de souffle d'être redécouvert indéfiniment - cela seul compte.

dimanche 24 mai 2026

WEDDING NIGHTMARE 2 (Matt Betinelli-Olpin & Tyler Gillett, 2026)


Après avoir survécu à la partie de cache-cache assassine de la famille Le Domas, Grace MacCaulley est transportée à l'hôpital. A son réveil, un inspecteur de police lui signifie qu'elle est la suspecte n°1 dans le meurtre de la famille. Puis sa soeur cadette, Faith, à qui elle n'a plus parlée depuis son départ à l'université, débarque et l'écoute raconter ce qui lui arrivée.


Pendant ce temps Chester Danforth convoque les membres du Haut Conseil pour éliminer la mariée qui a survécu. Les enfants de Chester, Ursula et Titus, le tuent selon sa volonté pour prétendre à la direction du Haut Conseil. Wilkinson, un des membres, décide de tuer seul Grace mais il échoue. L'Avocat du Haut Conseil, capturent Grace et Faith et, une fois revenues à elles, leur explique qu'elles vont être les proies d'une chasse dans le manoir Danforth. Si elles sont encore vivantes à l'aube, elles seront relâchées.


Contraintes de s'allier car elles sont menottées l'une à l'autre, Grace et Faith parviendront-elles à passer la nuit ?


En 2019, le duo de réalisateurs Matt Betinelli-Olpin - Tyler Gillett livraient Ready or Not ("traduit" en vf par Wedding Nightmare...), une série B très efficace sur l'histoire d'une jeune femme épousant un fils de bonne famille qui, lors du repas de noces, acceptait de participer à un jeu de cache-cache en découvrant qu'elle devenait ainsi la proie d'une bande de détraqués satanistes.


Le résultat était jubilatoire et obtint d'ailleurs un joli succès en salles, confirmant Samara Weaving comme vedette de ce genre de productions improbables, après The Babysitter. Les cinéastes étaient attendus pour une suite mais ils ont pris leur temps, leur star étant accaparée ailleurs. Et donc, sept ans après, voici venir Ready or Not 2 : Here I Come (Wedding Nightmare 2).


Un peu comme John Wick, les producteurs ont dû penser qu'il y avait dans le premier film matière à développer une franchise. Mais, c'est bien connu, il ne faut pas abuser des bonnes choses, et comme pour John Wick, ce conseil n'a pas été suivi. C'est fort dommage, et cela vient souligner à quel point Samara Weaving n'a pas de chance quand il s'agit de reprendre un de ses rôles (même si c'est ici moins grave que pour The Babysitter 2).


Qu'imaginer pour relancer Wedding Nightmare ? Ils n'allaient quand même pas écrire une intrigue où Grace MacCaulley épouserait un nouveau bourgeois barjo. Alors les scénaristes, Guy Busick et R. Christopher Murphy, ont sorti de leur chapeau la soeur de l'héroïne et un Haut Conseil sataniste qui, fort perturbé d'avoir perdu une des familles qui le composait, décide de tenter à son tour d'occire la mariée.

Le souci, c'est que ces deux éléments ne fonctionnent jamais. Faith, la frangine, est censée n'avoir pas vu son aînée depuis des lustres et être fâchée avec elle, mais jamais on ne ressent une véritable animosité entre elles. Leurs disputes sont artificielles, sans intensité, sans tension, et surtout on se demande pourquoi ce Haut Conseil prend la peine d'enlever Faith.

En effet, cela ne sert à rien : kidnapper Samantha leur suffit, Faith ne peut/ne veut pas la retrouver. Ce Haut Conseil se complique inutilement la vie en enlevant deux soeurs au lieu d'une. C'est vraiment l'argument qui ne tient jamais la route, ne résiste pas à l'examen critique de la situation. Et puis le traitement de Faith laisse vraiment à désirer.

Dans une scène où elle décide de tenter de s'échapper seule, Faith est rattrapée par Titus Danforth. Ce dernier est le vrai méchant, ou du moins le plus réellement effrayant du lot, d'abord présenté comme un frère soumis à sa soeur et qui s'affranchit en devenant de plus en plus violent. Cette violence débridée va se déchaîner contre Faith.

Il la roue de coups pour purger sa frustration d'avoir été dominé par des femmes (sa soeur Ursula et Grace). Mais la séquence devient malaisante car elle s'éternise. Les coups de poing succèdent aux gifles, puis ce sont des coups de pied. Le type s'acharne et le spectacle de cette brutalité devient dérangeant, complaisant, comme si les réalisateurs partageaient la joie du personnage à se défouler contre une jeune femme.

Ensuite il y a le Haut Conseil lui-même qui pose problème. Ce qui faisait le sel de Ready or Not 1, c'était que les assaillants de Grace faisaient partie d'une seule famille. Ici, on a affaire à des paires, des trios, composés de pères, de mères, d'enfants, d'épouses, de frères. N'en jetez plus ! Il y a tout simplement trop de personnages.

Et inévitablement leur caractérisation se limite à des clichés. Le latino est sanguin, l'indien est mystique, l'asiatique est fourbe. On trouve même l'ex petite amie du fils Le Domas qui croise donc opportunément la route de Grace, dont de la femme qui lui a volé son amant avant de le liquider, et évidemment cette ex est une hystérique totale.

Malgré leur nombre et leur arsenal, tous sont de vrais manches. Le latino se sert d'un fusil à lunettes avec lequel il est incapable de toucher quoi que ce soit. Les enfants Danforth se servent d'un vieux pistolet et d'une pioche (!). L'asiatique a of course un sabre. L'ex dégaine un bazooka... C'est du WTF complet mais même pas drôle.

En vérité le film affiche tous les défauts d'une mauvaise suite, en surenchérissant : plus de personnages, plus d'armes incongrues, plus de clichés, plus d'explosions sanguinolentes... Mais moins de nervosité, de comédie... La mayonnaise ne prend jamais. C'est long, bavard, pas drôle, pas méchant. C'est terriblement mauvais.

Que peut-on sauver de ce naufrage ? Kathryn Newton ? Même pas : elle ne réussit jamais à convaincre qu'elle peut être la soeur rancunière de Samara Weaving. Cette dernière est impeccable mais elle se gâche dans cette affaire indigne de son talent et de son charisme. Sarah Michelle Gellar aussi. Elijah Wood idem. Shawn Hatosy est flippant mais bon... Ah, et il y a David Cronenberg dans le rôle du père Danforth : une vraie curiosité.

Oui, décidément, Samara Weaving ne devrait plus signer pour jouer dans les suites de ses succès. A ce stade, ça tient de la malédiction.

samedi 23 mai 2026

THE DRAMA (Kristoffer Borgli, 2026)


Boston. Charlie Thompson aborde Emma Harwood dans un café alors qu'elle lit un livre qu'il prétend avoir également lu. Mais elle l'ignore. Il retourne à sa place puis revient vers elle pour s'excuser. Elle le remarque alors et lui explique être sourde de l'oreille droite, raison pour laquelle elle ne lui avait pas répondu la première fois. Elle propose de tout reprendre à zéro et de faire connaissance.


Deux ans après, Charlie et Emma s'apprêtent à se marier. Un soir, en rentrant chez eux, ils aperçoivent Pauline, la DJ conviée à leurs noces, en train de fumer de l'héroïne dans un parc. Ils le racontent à leurs témoins de mariage, Mike et son épouse Rachel, et la conversation dévie sur la pire chose que chacun a commise dans le passé. Mike avoue s'être servi de son ex comme bouclier devant un chien errant, Rachel avoir enfermé son petit voisin dans une armoire quand ils étaient enfants, Charlie avoir cyberharcelé une camarade au lycée...


Mais quand vient le tour d'Emma, ce qu'elle révèle sidère totalement la tablée... Les jours suivants, alors qu'ils continuent de préparer leur union, Charlie devient de plus en nerveux, se demandant s'il connaît vraiment bien Emma, qui tente de lui expliquer son histoire comme pour justifier son aveu...


Produit par le studio A24, The Drama est le troisième long métrage de Kristoffer Borgli qui détourne les codes de la romcom (comédie romantique) de manière jubilatoire. On peut dire que dès l'affiche le ton est donné avec ce couple jeune et séduisant qui irradie d'un bonheur insolent mais trop beau pour être vrai. Le spectateur se doute qu'il y a un loup.
 

Bien sûr je ne vais pas dévoiler le secret d'Emma qui remet complètement cause son mariage avec Charlie ainsi que ses relations avec Mike et Rachel. Mais finalement ce n'est pas tant l'énormité de ce aveu qui dérange que ses conséquences. La question au centre de l'intrigue, c'est : est-on coupable d'une chose qu'on a voulu faire mais qu'on n'a finalement pas faite ?


Tout dépend de la chose en question, me direz-vous. Et ce que révèle Emma est effectivement très perturbant. Mais le film choisit d'en rire plus souvent qu'on ne pouvait s'y attendre. En effet, The Drama est un film très drôle dans ce que le malaise qu'il créé provoque chez ses personnages. Et c'est pour cela qu'il est si réussi.


On peut, comme je l'ai lu, reprocher au dispositif du scénario, écrit par Borgli, d'être artificiel, de vouloir choquer un peur facilement pour susciter l'inconfort. Ce n'est pas faux, d'autant que d'autres films par le passé (je pense à Festen de Thomas Vinterberg) ont également exploité ce mécanisme qui consiste à révéler une horreur pour examiner les réactions d'une assemblée.

Mais là où Festen creusait uniquement le désarroi et ne prêtait vraiment pas à rire vu l'atrocité de ce qui était rendu public (un inceste), The Drama veut, avec à propos, dédramatiser. On explique que Emma a été victime de harcèlement scolaire, ce qui lui a inspiré un funeste projet. Et que ledit projet a été empêché, ironie du sort, par un événement simultané proche de son idée.

Donc Emma n'est en réalité coupable de rien, elle n'a rien commis d'irréparable, de répréhensible. Elle n'a fait que penser à un plan sinistre et s'est dégonflée. Elle est même ensuite devenue une militante ardente, sincère contre ce qu'elle voulait justement faire. Mais en dévoilant son secret, elle a semé un trouble aussi profond que si elle était passé à l'acte.

Au fond, elle paie pour quelque chose qu'elle n'a pas fait. Et la manière dont ses proches réagissent est souvent hilarante car l'un se fait des films macabres en imaginant que l'amour de sa vie est peut-être une psychopathe, une autre décide de ne plus être sa demoiselle d'honneur car elle assimile Emma à ceux qui ont fait du mal à sa cousine.

A ce stade, pourtant, le film en est à peine à sa moitié et ce qui est encore plus grinçant, c'est la façon dont la situation va déraper encore plus jusqu'à une cascade d'autres révélations, sans lien avec Emma (sans lien direct), mais impactant le mariage. Charlie, au summum de la détresse, craque et fond en sanglots dans les bras d'une collègue et l'embrasse.

Elle est prête à se donner à lui, autant pour le réconforter que mue par un désir visiblement réprimé, et alors qu'il va l'étreindre, il pleure à nouveau et se confond en excuses, implorant que cela reste entre eux. Voeu pieux puisque Misha, la collègue, soulagera sa conscience au pire moment devant Emma qui croyait qu'elle était au courant de son secret honteux.

La séquence du mariage et de son dîner atteint des pics dans la comédie noire, avec les discours qui s'enchaînent, tous plus maladroits et embarrassants les uns que les autres, jusqu'à un coup de tête motivé par un malentendu grotesque. Dans son épilogue, le film devient à la fois plus grave, touchant et finalement authentiquement romantique.

Ce grand huit est réalisé avec précision et surtout magistralement interprété. Le couple que forment Zendaya et Robert Pattinson a quelque chose de miraculeux et immédiat. Leur complicité est soulignée par leurs manières distinctes de jouer, lui dans le surrégime et elle dans la gêne crescendo. Lui est très marrant en futur époux dépassé, elle superbe (évidemment) et si expressive en jeune femme désemparée par ses propres aveux.

Alana Haim et Mamodou Athie jouent les témoins, et si lui est assez effacé, elle est extraordinaire lors du repas de noces pour une prise de parole fielleuse à souhait. Hailey Benton Gates, qui joue la collègue de Charlie, est également irrésistible, prise entre deux feux.

The Drama est une réussite savoureuse qui prouve que c'est finalement désormais en jouant des codes des films de genre qu'on peut les réinventer le plus habilement.

vendredi 22 mai 2026

LOBO #3 (Skottie Young / Jorge Corno, Nicoletta Baldari)


Désormais sans emploi, Lobo reçoit un appel du Dr. Bixwell de l'Union Intergalactique des chasseurs de primes. Avant de le recruter, il le soumet à un test psychologique. Lobo se replonge dans ses souvenirs d'enfance...


On peut légitimement concevoir une certaine déception à la lecture de ce troisième épisode dans la mesure où il n'inaugure pas un nouvel arc narratif et qu'il est à peine illustré par Jorge Corona. Si vite après seulement numéros, il est frustrant de voir l'équipe créative faire une espèce de pause alors que la série démarrait sur les chapeaux de roues.


Mais est-ce que ça signifie pour autant que c'est un mauvais épisode ? Non, je vous rassure tout de suite. Skottie Young a certes gagné du temps mais pour une raison bien simple : le mois prochain, lui et Corona vont mettre en scène un affrontement entre Lobo et Supergirl pile poil pour faire écho au film Supergirl de Craig Gillespie avec Milly Alcock et Jason Momoa.
 

Et si la manoeuvre est évidemment de surfer sur le succès très probable du long métrage, on peut tout de même compter sur le duo pour livrer un épisode qui va dépoter. Donc, en attendant, nous avons droit à ce chapitre qui explore un moment du passé de Lobo à l'occasion d'un examen psychologique qu'il doit passer pour intégrer l'Union Galactique des chasseurs de primes.


On sait que le czarnien a décimé toute sa planète mais avant cela, qu'en était-il ? On peut dire que les autorités se doutaient que Lobo enfant allait être, disons difficile à maîtriser. Comme cette fois où Mrs Tribb, sa maîtresse d'école, a conduit sa classe pour une visite au zoo et que Lobo a entrepris de libérer de leur aquarium des dauphins de l'espace...

La farce du garçon provoque une succession de catastrophes après qu'il soit passé devant un conseil de discipline qui tentait pourtant de raisonner l'enseignante. Il tombe alors sur un Mauve Lantern qui essaie, par la méthode douce qu'il incarne, de lui faire comprendre le sens des responsabilités mais commet surtout l'erreur de lui expliquer les pouvoirs de son anneau.

Hop ! aussi sec, Lobo lui tranche le doigt et récupère l'anneau... La suite, vous vous en doutez est un joyeux foutoir que même un Green Lantern ne saura stopper. Skottie Young applique à Lobo la recette de sa série à succès I Hate Fairyland dans laquelle il conte les mésaventures de Gertrud  dans un monde de contes de fée qui finit par l'insupporter tellement qu'elle devient folle et y commet un massacre.

Bien entendu, comme I Hate Fairyland est une production indé (publiée par Image), Young peut s'autoriser bien plus que sur une série DC, mais cet épisode est assez rigolo et sans doute que si la série était éditée sous le label Vertigo ou Black Label, le résultat aurait été plus corsé et plus hilarant, mais on devra s'en contenter.

Corona ne dessine donc que les scènes au présent dans l'appartement de Lobo où il passe en facetime son examen. Le reste, c'est-à-dire les pages 7 à 23, est signé par Nicoletta Baldari, dans un style acidulé qui convient très bien à la fausse naïveté enfantine de ce long flashback anarchique. La tête de canaille enragée de Lobo est irrésistible tout comme le personnage du Mauve Lantern.

Bon, ceci étant dit, maintenant, on a hâte de retrouver Lobo adulte et surtout de voir ce que vont nous mijoter Young et Corona le mois prochain pour ce duel face à Supergirl, qui promet énormément.

jeudi 21 mai 2026

VENOM #258 (Al Ewing / Carlos Gomez)


Après les obsèques de Paul Rabin, qui s'est sacrifié pour sauver Dylan Brock de Torment, Flash Thompson prend le garçon sous son aile et Mary Jane Watson et Peter Parker conviennent d'un rendez-vous pour faire le point sur leur relation, qui a sensiblement évolué depuis que la jeune femme est le nouvel hôte de Venom...


Bon, tout d'abord, avant de parler du contenu de l'épisode, il faut quand même que je vous parle de Carlos Gomez, et plus spécialement de la manière dont il dessine Mary Jane Watson. Celle qui fut créée visuellement par John Romita Sr. a donc eu de la chance à la "naissance", entendu que Romita Sr. était suprêmement doué pour croquer les (belles) femmes.
 

Mais je dois dire que Carlos Gomez gâte tous ceux qui ont déjà eu le béguin pour MJ. Non, mais regardez les planches qui accompagnent cet article ! En choisir deux a été très difficile tant cet épisode est un festival. Gomez est lui aussi un artiste très doué pour croquer les belles femmes, mais sa MJ est tout bonnement fabuleusement belle.


Et, il ne faut pas se le cacher, c'est une des raisons pour laquelle Venom est devenue une série agréable. Je lis beaucoup de choses négatives sur le fait que le symbiote a maintenant MJ pour hôte, mais souvent j'ai l'impression que ceux qui s'en plaignent ne lisent pas cette série, et croyez-moi, ce n'est pas si incongru que ça en a l'air.


Et après le crossover Death Spiral, MJ et Venom, leur relation, la manière dont elle est appréciée par Peter Parker ou Flash Thompson, ont pris une dimension très intéressante. Je ne veux pas spoiler, mais il s'est passé quelque chose de grave, de troublant, et tout est fait pour que le lecteur ne sache pas qui en est le véritable responsable - MJ ou Venom ou les deux qui se sont entendus.

Bref, moi, je défends cette série, particulièrement depuis que Venom et MJ sont liés. Je n'avais jamais vraiment suivi les aventures du symbiote, même si j'avais bien aimé la période où Flash Thompson avait endossé le rôle de l'Agent Venom (écrite par Rick Remender). Et là, je trouve que c'est une idée au moins aussi riche et originale.

Dans cet épisode, ne vous attendez pas à de l'action. Al Ewing fait le point après Death Spiral. C'était nécessaire, et de toute manière, ça va bientôt à nouveau castagner comme dirait Ben Grimm puisque l'event Queen in Black démarre en Juillet. Mais c'était important de marquer une pause entre Death Spiral et Queen in Black.

D'autant que Ewing ne se contente pas de ça : il revient, le bougre, sur le run, contesté, de Zeb Wells au cours duquel MJ était en couple avec Paul Rabin et qu'ils étaient prisonniers sur la Terre 23321 en ruines à cause du père de Paul (un super vilain nommé l'Emissaire). Paul a ensuite fait de MJ la super héroïne Jackpot grâce à un dispositif de son invention.

Il faut quand même une certaine dose d'audace pour dresser le bilan d'une des idées les plus grotesques qu'a endurée MJ. Mais Ewing a (parfois) le génie pour changer le plomb en or et il utilise donc ce qu'avait imaginé Wells pour alimenter un dialogue très fin, touchant entre MJ et Peter, sur leur relation, et leur avenir.

Séparés durant cette période, ils constatent qu'ils ne sont tout simplement plus les mêmes et qu'il n'est pas question de se remettre en couple. Ce serait déplacé alors que Paul Rabin vient tout juste de mourir et d'être inhumé après s'être sacrifié pour sauver Dylan Brock du tueur en série Torment. Et en vérité, ce n'est pas plus mal.

Parce que, entendons-nous bien, je n'ai rien contre le coupe Peter-MJ et je considère que Marvel abuse d'astuces débiles pour ne pas les remettre ensemble. Mais MJ a souvent été uniquement le love interest de Peter et finalement, maintenant, elle est plus que ça et n'a plus besoin de lui pour exister en tant que personnage.

Si MJ a besoin de Peter pour exister, alors c'est limite insultant pour justifier qu'elle figure dans une série. Evidemment, si Marvel avait pu expliquer ça sans recourir à un personnage dont tout le monde s'est fichu, voire que tout le monde a détesté, comme Paul Rabin, ça aurait été mieux. Mais bon, ce qui a été fait a été fait et il faut à présent en apprécier les conséquences.

Vu la médiocrité de la série Amazing Spider-Man depuis la fin du run de Dan Slott, je me dis que Peter Parker peut bien continuer à endurer des scénaristes mal inspirés et que MJ a de la chance d'avoir été récupérée par Al Ewing. Et celui-ci, en en faisant le nouvel hôte de Venom, lui a donnée une importance qui lui manquait.

Plutôt que d'en faire une héroïne sans avenir comme Jackpot, en faire la nouvelle Venom resitue MJ : elle ne dépend plus de sa relation avec Peter. Et c'est ce que cet épisode assume et impose. Plutôt que de persister à ne voir dans MJ que la moitié amoureuse de Peter, elle est à présent l'héroïne d'une série qui n'a plus besoin ni de Peter ni de Spider-Man.

Je trouve que c'est au moins aussi méritoire que lorsque Jason Aaron avait fait de Jane Foster la puissante Thor. Sauf que tout le monde savait que Odinson allait récupérer Mjolnir et la tête d'affiche de la série. Alors qu'avec Venom, on peut espérer que MJ reste dans l'hôte du symbiote plus longtemps. Et c'est largement aussi bien que Eddie Brick ou Flash Thompson.

L'épisode présente aussi le nouveau look de Venom et c'est justifié de manière assez maline. Bon, je regrette quand même un peu le Venom massif et le contraste avec le physique si avenant de MJ, qui créait un contraste intéressant. Mais Ewing et Gomez font passer la pilule intelligemment.

Lisez Venom, et après vous verrez que ce qui se passe actuellement est loin d'être aussi mauvais que ça peut en avoir l'air. Au contraire même, c'est sans doute une des meilleures séries Marvel actuelles.

CATWOMAN #87 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a enlevé Holly Robinsonqu'il a enfermée dans une cellule capitonnée avec une réserve d'une heure d'oxygène. Ou, si elle préfère en finir avant, une seringue et de la drogue. En parallèle, il envoie en ville une femme avec le visage de Selina Kyle qui alerte la police anonymement qu'une bombe se trouve à la gare de Burnley...


Même si Catwoman est très présente dans cet épisode, ce qui est logique puisqu'elle est l'héroïne, on termine sa lecture avec le sentiment que c'est bel et bien Black Mask qui est la vedette. La couverture ne ment donc pas sur le contenu - et on peut d'ailleurs être légitimement ébloui par la maestria de l'image peinte par Sebastian Fiumara.
 

On dit souvent, pour paraphraser Hitchcock, que "meilleur est le méchant, meilleure est l'histoire", et Black Mask est un excellent méchant. Torunn Gronbekk l'a bien compris et livre un script à la hauteur de ce génie du mal, dont le sadisme est proprement effrayant et le machiavélisme implacable. Il a plusieurs coups d'avance sur Catwoman qui est obligée de courir dans tous les sens.


Si ma scénariste est très bien inspirée, on aurait quand même souhaité savoir ce qu'il est était advenu de Slam Bradley qu'on a laissé dans une situation très compromise. Mais elle se rattrape ave deux scènes fulgurantes mettant en scène Maggie, la soeur de Selina, dont le handicap est parfaitement exploité et qui s'enferme dans une panic room pour échapper à des sbires de Roman Sionis.


Que ce soit un artiste italien comme Davide Gianfelice qui dessine désormais la série souligne encore davantage l'influence très giallo de cette histoire. Tout ici concourt à faire partager au lecteur une expérience limite, à la fois grotesque et éprouvante. C'est tout à fait épatant et cette ambiance d'épouvante sied bien à l'ensemble.

Gianfelice est très à son aise pour découper ce récit de la manière la plus vibrante possible, montrant avec expertise comment Black Mask entraîne Catwoman là où il le désire, la faisant souffrir mille maux, et les efforts désespérés qu'elle déploie pour tenter de rattraper son retard. Le rythme est très soutenu, le suspense élaboré.

Torunn Gronbekk a rarement été saluée pour son travail, notamment quand elle a dû remplacer au pied levé Donny Cates sur Thor, mais il se pourrait bien qu'elle redore son blason avec Catwoman où elle s'est installée depuis maintenant quelque temps et plus spécialement avec cet arc qui ose répondre à un classique de l'ère Brubaker avec aplomb et maîtrise.

Quant à Gianfelice, il montre lui aussi qu'il mérite sa place après une carrière en dents de scie et où ses talents de narrateur graphique prouvent qu'il a faim, digne représentant de cette "invasion" italienne dans les comics, riche de bien des talents dont il n'est pas le plus connu mais qui gagne à l'être incontestablement.