Lui s'appelle Dan Burton : il réalise des pubs insipides depuis son dernier et unique film sorti huit ans plus tôt et visite son père, Michael, à la maison de retraite pour l'avertir qu'il part en week-end faire de la randonnée avec sa femme. Elle s'appelle Lisa : c'est la femme de Dan, actrice sans grand talent, infidèle, et qui raconte à sa meilleure amie qu'elle part en week-end avec son mari pour une partie de chasse.
Sans le savoir, Dan et Lisa ont le même projet : assassiner l'autre. Lui pour se venger d'être cocu, elle pour lui faire payer de ne jamais lui avoir offert de rôle. Une fois sur place, dans la maison près du lac de Michael, Dan tente de chloroformer Lisa qui le surprend en le tasant. Lorsqu'il revient à lui, ils s'avouent tout mais Dan a un complice en la personne de Henry, son copain, un repris de justice, qui assomme alors Lisa.
Quand elle se réveille, elle comprend que Dan a roulé Henry en lui promettant 50 000 $ sur leur police d'assurance alors que celle-ci s'élève au total à un million. Henry se retourne contre Dan qui tente de le désarmer pendant que Lisa se libère de ses liens. Un coup de feu part. Henry meurt, touché en pleine poitrine. Lisa s'enfuit à l'étage, poursuivie par Dan. Ils se battent dans la chambre dont le plafond cède sous le poids de trois intrus cachés dans le grenier...
Si vous lisez mes critiques de films, vous devez maintenant savoir que je suis un fan de Samara Weaving, la reine incontestée de la série B US, une actrice géniale même quand le long métrage dans lequel elle joue ne l'est pas, mais dont la seule présence suffit à me rendre curieux. Et si j'ai été très déçu de la suite de Wedding Nightmare, là, on reprend les bonnes habitudes avec ce Over your dead body.
Il s'agit en vérité d'un remake de The Trip (2021) de Tommy Wilorka (que je n'ai pas vu). Les scénaristes Nick Kocher et Brian McElhany en ont tiré une comédie grinçante sur l'usure du couple, dont le pitch peut au départ (lointainement) faire penser à La Guerre des Rose (Danny de Vito, 1989), mais qui part vite dans une autre direction.
Le début du film est particulièrement savoureux puisque Dan et Lisa partent en week-end dans une maison de campagne au bord d'un lac. Il semblent un peu tendus et le spectateur remarque, intrigué, qu'ils ne donnent pas la même version de leur escapade à leurs proches (lui raconte qu'ils vont randonner, elle faire de la chasse).
Sur place, Dan est aux petits oignons et prépare le plat préféré de Lisa qui répète le texte de la pièce de théâtre qu'elle va jouer. Le dîner, toutefois, se passe moyennement : elle affirme préférer le ceviche à un steak. Tout ça commence à sentir le roussi. Une fois au lit, chacun tourne le dos à l'autre, les écouteurs aux oreilles en train d'écouter un audio book pour s'endormir.
Le lendemain, la tension n'est pas retombée. Pire : Dan descend au sous-sol de la maison et déballe le contenu d'un sac, avec une scie, du ruban adhésif, et un flacon de chloroforme... On va apprendre que les deux époux veulent s'entretuer. Elle l'a trompé, il l'a déçue. Mais évidemment rien ne va se passer comme prévu, surtout quand le complice de Dan s'aperçoit qu'il a été floué par ce dernier.
Et ce n'est que le début des ennuis car, on va le découvrir, il y avait déjà du monde dans la maison avant l'arrivée du couple... Quoi de mieux pour ressouder un mari et sa femme qu'un trio de tueurs en cavale ? Obligés de s'entraider, Lisa et Dan vont prendre très cher. mais réussiront-ils à s'en sortir ? Et si oui, en un seul morceau ? Pas sûr...
Jorma Taccone a dû grandir en regardant les premiers films de Peter Jackson et Sam Raimi car sa manière de réaliser fait beaucoup penser à ces deux maîtres. Ici, il faut jongler avec des éléments de comédie et d'horreur, sans tomber dans la farce ni dans le bain de sang. On remarque tout de même que Taccone préfère quand l'hémoglobine gicle avec des mutilations grotesques.
Le réalisme n'est donc pas de mise. Le film est très réussi quand il se moque ouvertement du couple face à des adversaires plus coriaces et violents. Tout comme quand au début le discours amoureux dissimule des vacheries prononcées dans un soupir ou avec le sourire. Car Over your dead body est très drôle, méchant, acide.
La narration fait de fréquents retours en arrière pour montrer comment Dan a convaincu Henry de l'aider, comment Lisa a insisté auprès d'une amie pour évoquer une partie de chasse dangereuse, comment les criminels se sont cachés dans la maison avant l'arrivée du couple, comment Michael finit par apprendre qu'il s'y passe quelque chose de louche...
Selon la loi de Murphy (tout ce qui peut mal tourner finira par mal tourner), ces flashbacks montrent une accumulation d'éléments inflammables qui vont effectivement transformer la situation initiale en quelque chose de compliqué, létal, catastrophique. En fin de compte, et c'est peut-être le plus drôle, le projet des époux de se zigouiller n'était pas le plus terrible.
Mené sur un rythme très vif, avec des dialogues piquants, le film profite aussi d'un casting parfait. Timothy Olyphant compose un cinglé vraiment flippant, qui vole la vedette à Juliette Lewis et Keith Jardine. Paul Guylfoyle est très marrant en papa qui souhaite une bonne guerre à son fils.
Même s'ils n'ont peut-être pas suffisamment d'alchimie à l'écran, Jason Segel (révélé dans How I met your mother) et Samara Weaving se donnent à fond. Lui campe un raté agaçant et aigri qui s'en prend vraiment plein la poire. Elle est géniale en garce infidèle et calculatrice qu'absolument rien n'arrête. Quand ces deux désespérés s'unissent, on a mal pour eux, mais aussi pour ceux qui se les coltinent.
C'est bête et méchant, oui, mais bon sang, qu'est-ce que c'est bon ! On souhaite à Samara Weaving d'être heureuse en mariage avec Jimmy Warden (d'ailleurs ils viennent d'avoir leur premier enfant)...