mercredi 25 février 2026

DETECTIVE COMICS #1106 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Le Lion a mis ses menaces à exécution en privant de peur tous les habitants de Gotham. Pour l'affronter en restant lucide, Batman s'injecte la toxine de l'Epouvantail puis part récupérer Robin alors que Mister Terrific pulvérise la même toxine sur toute la ville...


Avec cet épisode se termine cet arc narratif et le moins qu'on puisse dire est que Tom Taylor a réussi son coup. Ce n'était pas, à mes yeux, gagné car le début de cette histoire m'avait laissé perplexe. Mais le scénariste a su monter en puissance, créant un vilain redoutable, adressant un clin d'oeil à Watchmen avec le plan de cet adversaire, et conclure en beauté.


Bien entendu, je ne veux rien spoiler mais Taylor a su inventer une menace peu commune contre Batman et aussi contre Gotham toute entière. Le Lion en ôtant la peur chez les autres pense les libérer, les désinhiber, mais aussi rendre fou Batman qui a fait justement de la peur qu'il inspire à ses ennemis sa principale arme.


En renversant cet état de fait, le Lion devient un opposant plus coriace que prévu, obligeant Batman à s'enfermer dans une armure après avoir été exposé au virus créé par son adversaire afin de ne pas perdre complètement les pédales. Puis l'intrigue a vraiment pris une autre dimension quand le Lion a pris pour cible toute la ville de Gotham.


Contrairement à la majorité des vilains, son objectif n'était pas de défier Batman en blessant ou tuant des innocents mais en faisant en sorte qu'ils ne craignent plus le héros. Bien entendu, la méthode présentait des risques énormes car quand on ne redoute plus rien ni personne, on risque de commettre l'irréparable.

C'est ce qu'on observe dans les premières pages de cet excellent épisode où une jeune femme accepte la proposition de mariage de son compagnon, un autre démissionner de son boulot, une autre femme quitter son mari, un jeune homme avouer qui il est à ses parents... Puis ensuite viennent des images plus inquiétantes comme celle de deux gamins qui grimpent sur le toit d'un train en marche...

Taylor livre donc une réflexion sur la peur mais aussi la liberté. Lorsqu'on est libre de tout dire, tout faire, est-on en sécurité ? Se soulage-t-on d'un poids ? Ou courons-nous un danger mortel ? S'aliène-t-on ceux qui nous sont proches et nous aime ? La peur est certes un frein mais elle nous rend lucides, elle nous empêche de commettre l'irréparable, elle nous protège.

C'est dans cette intervalle entre le désir de s'affranchir de la peur et celui de jouir sans entraves que se situe le dilemme de tout un chacun : le courage peut littéralement ou métaphoriquement, symboliquement nous tuer. C'est cela le sens du titre de cette histoire. La solution qu'emploie Batman (avec l'aide de Mr. Terrific) pour rétablir l'ordre est tout aussi équivoque.

Pulvériser une toxine de la peur sur la population permet d'éviter à des policiers de tirer à vue sur des civils aussi désinhibés qu'eux. Quant aux conséquences... Batman est sûr que Gotham est résiliente, elle en a vu d'autres et se relèvera de ce remède de cheval. Je regrette presque que Tom Taylor ne développe pas cette idée qui fournissait largement de quoi écrire une vraie saga.

Reverra-t-on le Lion ? Vous m'auriez posé la question il y a quelques mois et j'aurai été sûr que non. Mais il est bien possible que je me serai trompé et que, peut-être, Taylor ait trouvé là l'équivalent pour son Batman de Heartless pour Nightwing quand on lit la toute dernière scène. En tout cas, je suis désormais convaincu du potentiel de ce méchant peu ordinaire.

Mikel Janin dessine, encre et colorise entièrement cet épisode et il rend une copie également magistrale. Ses planches sont impeccablement découpées et chaque plan est superbement composé. On a droit à des plans très généreux, spectaculaires, avec une bagarre brève mais intense entre Batman et le Lion. Janin répond présent et de la meilleure des manières.

Les deux prochains numéros, qui verront Batman faire équipe avec le couple Green Arrow-Black Canary, seront dessinés par Pete Woods avant le retour de Janin dans trois mois, le temps pour lui de souffler - et c'est mérité.

En tout cas, Detective Comics maintient un niveau qualitatif élevé, prouvant que Tom Taylor a les épaules pour écrire Batman dans son titre historique, et DC lui accorde sa confiance en lui attribuant des artistes à la hauteur de ses ambitions.

mardi 24 février 2026

WILL OF DOOM #1 (of 1) (Chip Zdarsky / Cafu)



Le Dr. Fatalis a sacrifié sa vie pour sauver celle de sa filleule, Valeria Richards, qu'il avait accidentellement tué en affrontant les super héros. Foggy Nelson et Cole North viennent informer les Fantastic Four et la jeune fille qu'elle a hérité de la colossale fortune de son parrain... Cependant que le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross est rapatrié aux Etats-Unis après avoir croupi des mois durant dans les geôles de Fatalis...


Will of Doom, soit les dernières volontés de Fatalis, est une one-shot qui se présente à la fois comme la conclusion de l'event One World Under Doom et la rampe de lancement pour l'event Armageddon qui débutera au mois de Juin prochain. Je vais donc spoiler ce qui survient à la fin de OWUD pour en parler et je préviens tout le monde en début d'articles avec un panneau.


Dans le 9ème et dernier numéro de One World Under Doom, le Dr. Fatalis sacrifie sa vie pour sauver celle de sa filleule Valeria Richards. Elle avait déjà tenté dans le #8 de le raisonner en lui demandant d'abandonner ses projets impériaux mais il se battait déjà contre une horde de super héros venus le détrôner après avoir appris comment il avait augmenté ses pouvoirs magiques.


Ayant (temporairement) privé les mutants de leurs pouvoirs, il s'était ensuite servi de son armure pour produire des échardes projetées contre ses adversaires pour les neutraliser, et l'une d'elles avait atteint mortellement Valeria. Dévasté, Fatalis avait imploré les Vishanti de la ressusciter, en vain. Il s'était alors adressé au Tribunal Vivant qui lui rappelait qu'un tel souhait avait un coût.


Puis, enfin, Fatalis, à l'agonie, visitait une ultime fois Reed Richards pour lui laisser son masque à l'intérieur duquel étaient gravées ses dernières volontés. On apprend ici qu'il lègue sa fortune à Valeria qui peut en disposer à sa guise. En parallèle, l'armée américaine rapatrie le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross qui a passé les derniers mois dans les geôles latvériennes et plante un drapeau des Etats-Unis sur place.

Ce n'est pas, comme on aurait pu s'y attendre, Ryan North qui écrit cet épilogue mais Chip Zdarsky. Cependant on peut facilement imaginer que ce dernier a consulté son collègue, tout en assumant qu'il était le prochain auteur du futur event Marvel, Armageddon. De fait Zdarsky conclut la saga de North et en profite pour lancer la sienne.

Dans les deux cas, c'est très bien écrit. Valeria rechigne à toucher la fortune de son parrain, moins parce qu'il s'est mal comporté et que ce pactole peut être de l'argent sale, que parce que Fatalis lui manque. Entre les deux s'est toujours nouée une relation pleine d'amour et de respect : Valeria appréciait son parrain et Fatalis admirait sa filleule.

Elle change d'avis toutefois et se rend à Doomstadt incognito avec sa mère et son oncle, Johnny Storm. Des Fatalibots reconstruisent déjà le Doom castle, point de départ d'un jeu de piste qui doit mener la jeune fille en un point précis : la Doom island, havre de paix de son parrain, seule propriété dont elle ne se séparera pas - et dont elle fera la base d'un projet secret (y compris pour sa famille) très intrigant...

Cela concerne donc la partie post One World Under Doom. Pour la partie pré Armageddon, Zdarsky récupère le général Ross qui fut détenu par Fatalis (avec d'autres prisonniers particuliers) durant sa prise de pouvoir sur le monde. Ross ne trouve rien de mieux à faire, avant de quitter la Latvérie que d'y planter un drapeau américain, sa manière à lui de prévenir que son pays en prendra le contrôle.

On retrouve alors dans le script de Zdarsky ce qu'il développe depuis peu dans Captain America, à savoir des suspicions sur des stocks d'armes de destruction massive en Latvérie et la volonté des Etats-Unis de mettre le main dessus. Ce sera au coeur d'Armageddon et du but que s'est fixé Ross, d'où surgira la crise à venir, mobilisant les héros contre Red Hulk, figure guère plus rassurante que Fatalis pour veiller sur un tel arsenal.

Au passage Zdarsky souligne à quel point le règne de Fatalis a jeté le trouble sur la communauté super héroïque quand le Secrétaire d'Etat reproche ouvertement à Reed Richards de ne pas avoir prévu que son ennemi allait commander comme il l'a fait. L'accusation peut sembler injuste mais elle renvoie à une question récurrente sur le rôle des super héros, incapables d'empêcher les super vilains de recommencer à délirer.

Le tout est illustré par Cafu : ce dernier a travaillé notamment sur Iron Man lors du run de Christopher Cantwell. Son style réaliste et précis se prête bien à cet état des lieux glaçant, même si on peut trouver que son trait manque quelque peu d'expressivité et de dynamisme. Toutefois, il serait injuste de déconsidérer le résultat, très abouti.

Ce one-shot démontre aussi que Marvel semble avoir adopté une sorte de modèle pour ses events désormais : ceux-ci en effet s'enchaînent très régulièrement, c'est entendu, mais surtout se suivent comme les épisodes d'une série à part entière. Les conséquences de l'un dictent les prémisses de l'autre et ainsi de suite. Faut-il s'attendre à ce que Armageddon dans sa conclusion indique ce que sera son successeur ?

En tout cas, Zdarsky et Marvel ont promis (mais les promesses n'engagent que ceux qui les font) qu'à l'issue des cinq épisodes d'Armageddon la situation des super héros dans l'univers Marvel serait aussi fortement ébranlée qu'à l'époque d'Avengers : Disassembled de Brian Michael Bendis, qui avait engendré la série New Avengers et toute une collection de récits (House of M, Civil War, Secret Invasion...).

lundi 23 février 2026

ONE WORLD UNDER DOOM (Ryan North / R.B. Silva)


ONE WORLD UNDER DOOM #1-9


Devenu le nouveau sorcier suprême, Dr. Fatalis s'autoproclame empereur du monde. Mais, devant l'assemblée des Nations Unies, il déclare laisser à leurs postes les dirigeants de chaque pays à condition que ceux-ci obéissent à ses préceptes. Contre toute attente, à part quelques territoires, il obtient ce qu'il réclame. La situation alerte évidemment les super héros au premier rang desquels les Avengers et les Fantastic Four qui sont convaincus que Fatalis contrôle mentalement les chefs d'Etats et que ses projets ne sont pas dignes de confiance.


Après avoir obtenu de l'Hydra qu'elles déminent toute la Terre et bâtissent des écoles, Fatalis élimine le Baron Zemo et son organisation est démantelée par les héros. Toutefois quand ces derniers veulent franchir la frontière de la Latvérie, un écran magique les en empêche. Les Fantastic Four tentent alors de pousser Fatalis au combat à l'O.NU. mais celui-ci refuse de les affronter - mieux : il guérit la Chose à qui il rend son apparence humaine !


Les Avengers continuent de ne pas croire aux bonnes actions de l'empereur et s'allient avec ses rivaux, les Maîtres du Mal (Arcade, Mysterio, Goblin Queen, M.O.D.O.K., le Baron Mordo, Dr. Octopus). Un groupe (Scarlet Witch, Mordo, Goblin Queen) va sonder les esprits des chefs d'Etat pour savoir s'ils sont contrôlés mentalement par Fatalis, un autre retourne à la frontière avec la Latvérie. Surprise : les dirigeants ont accepté de leur plein gré de soutenir Fatalis !
 

Mais, trop occupé à son règne, Fatalis a omis une menace : celle de Dormammu qui exile tous les héros dans une dimension de poche pour défier en combat singulier l'empereur. Le maître de la dimension obscure domine son adversaire qui envoie ses Fatalibots délivrer les super héros pour qu'ils viennent l'aider. Dormammu vaincu, les justiciers s'interrogent : et si Fatalis était une bonne chose pour la Terre ? Avant qu'une autre question n'apparaisse : comment Fatalis a-t-il pu rendre sa magie si puissante ?


Je le dis assez souvent ici : j'ai trop souvent été déçu par les events (Marvel comme DC) pour m'en méfier quand l'un paraît, même s'il reçoit un accueil critique favorable. La fréquence avec la laquelle Marvel en particulier en publie a fini par avoir raison de mon envie de les lire, au moins au moment où ils sortent.


Parfois, néanmoins, j'avoue que je rattrape le coup avec quelques mois, voire années, de retard, pour vérifier si j'ai loupé quelque chose de valable. Mais je dois dire aussi que, jusqu'à présent, je n'ai jamais regretté ma décision. Certes, il y a quelques events corrects (je pense à A.X.E. : Judgment Day), mais ce n'est pas suffisant pour que je revienne sur mon choix. 
 

Je pense quand même le laisser prendre au jeu de Armageddon cet été car Chip Zdarsky promet quelque chose qui m'excite assez, mais j'espère vraiment qu'il aura les coudées franches car je sais que les editors de Marvel sont très interventionnistes et tiennent souvent la main des scénaristes au moment de rendre leur copie - ce qui me rend optimiste, c'est que Zdarsky a récemment expliqué avoir terminé tous ses scripts à paraître pour l'année à venir (!)), donc celui d'Armageddon aussi.


Si j'ai lu One World Under Doom ce week-end, c'est aussi parce que : 1/ j'avais lu Blood Hunt au terme duquel le Dr. Fatalis devenait le nouveau sorcier suprême (en abusant le Dr. Strange) et il était donc clair que l'event suivant allait explorer cette situation, et 2/ je sais que Armageddon va également être en partie basé sur les conséquences de One World Under Doom.
 

Je ne spoilerai pas la fin puisque je ne crois pas qu'elle soit encore publiée en vf (c'est en cours dans la revue "Marvel World", qui ce mois-ci contient l'épisode 5). Par contre, sûrement demain, j'écrirai une critique de Will of Doom, le one-shot écrit par Chip Zdarsky qui conclut vraiment l'event et annonce Armageddon, et là, forcément, je serai obligé d'en dévoiler davantage (donc à vous de voir si vous voudrez lire cet article).

Ryan North est donc le scénariste de One World Under Doom : il est logique que ce soit le cas puisqu'il est également le scénariste de la série Fantastic Four depuis Septembre 2023. Son travail sur le titre est quasi unanimement salué (même si, moi, je n'ai pas accroché). Mais dans la mesure où les FF sont en bonne place dans cet event et que Fatalis est la némésis des FF, North est légitime à signer cette saga.

En 1987, David Michelinie avait déjà abordé la question de savoir comment se comporterait le personnage dans un récit complet paru en France (chez Lug) sous le titre Fatalis Imperator. Il s'alliait avec l'Homme Pourpre et Namor pour asseoir son règne et asservir les super héros à l'exception de Wonder Man, placé dans un caisson par Iron Man (pour analyser les pouvoirs de Simon Williams) avant les faits. 

Wonder Man devenant le grain de sable dans les rouages de la machine ramenait ses amis à la raison et Fatalis était vaincu. Avec neuf épisodes, Ryan North a davantage d'espace pour creuser la question et il s'en sort assez remarquablement, parvenant tout du long à rendre le règne de Fatalis plus ambigu que jamais et poussant les super héros dans leurs retranchements, à la fois physiques et moraux.

Le récit trouve une sorte de bascule passionnante lorsqu'après une bataille homérique contre Dormammu, Thor, protecteur de Midgard (la Terre) et Père-de-tout (à la suite de son père Odin), s'interroge sur le fait que Fatalis pourrait être en fin de compte une bonne chose pour le monde. Mais dans le même temps Maria Hill, chef du S.H.I.E.L.D, appelle à un sursaut de conscience.

La maîtresse-espionne est sûre que Fatalis cache quelque chose et cela concerne sa magie. Certes il est le sorcier suprême, ce qui fait de lui un être très puissant, mais il a montré que sa force dépassait celle de son prédécesseur, Dr. Strange. Comment est-ce possible ? Ryan North fait rebondir son intrigue à partir de cette double interrogation (Fatalis est-il la solution ? Quel est le secret de sa puissance magique ?).

On assiste alors au deuxième acte de l'event avec une séquence totalement inattendue et audacieuse qui voit débattre Reed Richards et Victor von Fatalis, le premier tentant de convaincre le public que l'empereur ment sur ses intentions. Et, là, North se pose, et nous oblige à se poser, chose rare dans une saga de ce genre. Pendant un épisode, on assiste à un échange d'arguments et pas à une baston.

Evidemment, c'est aussi une ruse de la part de Mr. Fantastic pour occuper Fatalis pendant qu'une équipe réduite réussit (un peu facilement) à enfin rentrer en Latvérie et découvrir ce que l'empereur dissimule à tous. La suite est plus convenue, mais dans sa toute dernière ligne droite, ménage encore quelques rebondissements épatants, jusqu'à la conclusion.

Et cette conclusion, sans rien "divulgâcher", est l'autre bonne surprise de l'event. North réussit à achever son affaire sur une note tout aussi ambigüe qu'elle avait démarrée. On saisit alors parfaitement pourquoi il faut lire One World Under Doom avant Armageddon pour deviner sur quelles bases Zdarsky et Marvel comptent bâtir leur prochaine saga (même si Captain America et Wolverine : Weapons of Armageddon restent essentielles).

Est-ce que tout est parfait toutefois ? Non, bien entendu. L'acharnement des Avengers à démolir Fatalis et leurs échecs répétés, leur alliance avec les Maîtres du Mal, la mission d'infiltration en Latvérie, tout cela est moins abouti. Comme dans Avengers vs X-Men, les Avengers apparaissent comme une équipe qui refuse toute autre autorité que la leur, quitte à aggraver la situation. 

Comme Fatalis l'explique lors du débat avec Reed Richards, les héros autoproclamés ne sont pas meilleurs que lui en vérité, certainement pas plus légitimes, ils se pensent au-dessus des lois, agissent sans jamais répondre de leurs actes, infligent des dommages qu'ils ignorent ou bien sont en mesure de sauver de façon très concrète, matérielle, le monde sans rien en faire.

Les génies de Richards, Stark, Pym, T'Challa, de certains mutants pourraient mettre fin aux guerres, à la famine, aux crises énergétiques, et pourtant soit les héros exploitent leurs inventions juste pour eux-mêmes et les leurs semblables, soit les gaspillent pour autre chose. Ils protègent la Terre, mais ne sauvent pas les terriens de leurs maux ordinaires.

L'alliance avec les Maîtres du mal apparaît, au final, comme une péripétie sans grande valeur et d'ailleurs certains de ces vilains sont surprenants pour espérer terrasser Fatalis (je pense à Arcade ou Mysterio). Enfin, alors que personne n'a réussi à franchir le bouclier magique autour de la Latvérie, Maria Hill trouve comme par miracle le moyen d'y parvenir et permet, providentiellement, à la Sue Richards, Scarlet Witch et Black Widow de dévoiler le secret de Fatalis.

Ces faiblesses sont compensées par des moments épiques, comme le duel Fatalis-Dormammu et surtout le dernier épisode, à la fois poignant et malin. Sans doute que 9 épisodes, c'est un peu trop, à mon avis un ou deux de moins auraient suffi (d'ailleurs la tendance maintenant est à des events moins longs, comme DC K.O. ou Armageddon, avec cinq chapitres max.).

Visuellement, R.B. Silva est à un niveau insoupçonné. Cet artiste, qui a longtemps copié Immonen, et qui a acquis la reconnaissance en signant les épisodes de Powers of X, a enchaîné les 9 épisodes sans faillir (même s'il a bénéficié d'un break d'un mois entre le #5 et le #6). On sait à quel point l'exercice est exigeant, avec une foule de personnages à animer, des décors variés, la représentation des pouvoirs divers.

Avec l'aide du coloriste David Curiel, Silva tient remarquablement bien le coup. Certes, il zappe les décors quand il ne peut pas faire autrement pour assurer les délais (et aussi parce que, dans les scènes de bataille les plus spectaculaires, on peut les sacrifier sans que ce soit scandaleux). Mais, autrement, il ne s'économise pas, avec des éléments très détaillés (comme les armures de Iron Man et Fatalis, le combat contre Dormammu, la révélation de ce que cache le Doom Castle, etc).

C'est assurément, au point de vue graphique, un des events les plus aboutis, les plus soignés, que j'ai lus depuis belle lurette (Fear Itself ?), au moins chez Marvel. Et Silva donne le sentiment qu'il a atteint une vraie maturité. Il faudra observer sur quoi il rebondira et s'il s'agit d'une série régulière, s'il saura faire preuve de la même constance.

Tout cela est quand même très positif, il faut le reconnaître. Ryan North a conduit son récit avec une grande maîtrise et une belle intelligence, on ne sent pas la main d'un editor sur ce qu'il a produit et c'est énorme en soi. RB Silva impressionne. C'est la suite, bien plus ambitieuse et réussie, de Blood Hunt, et une rampe de lancement prometteuse pour Armageddon. One World Under Doom sera difficile à challenger, mais mieux vaut ça qu'un énième event vite lu et vite oublié.

dimanche 22 février 2026

X-FORCE, VOLUME 2 : THE SOLUTION (Geoffrey Thorne / Jim Towe, Marcus To)


X-FORCE, VOL. 2 : THE SOLUTION
(X-Force #6-10)


Suite à la mort d'un des membres d'X-Force, Sage a décidé de quitter l'équipe. Forge culpabilise et tente de comprendre où il a failli lorsqu'il est rappelé par Sage qui a découvert qu'une scientifique du nom de Corazon Estrada était présente à chaque fois juste avant qu'une des crises qu'ils ont affronté se manifestait. Or, elle serait morte depuis cinq ans !


Mais c'est un subterfuge de sa part : désormais sous l'alias et le déguisement de La Diabla, elle attaque X-Force, d'abord en s'en prenant à Askani qui, parce qu'elle maîtrise mal ses pouvoirs, compte sur Captain Britain pour la canaliser. Forge aide Betsy Braddock à sauver Rachel Summers mais le Blackbird à bord duquel ils se trouvent entre en collision avec... Colossus !


Celui-ci est sous l'emprise de La Diabla qui a visiblement un vieux contentieux avec Forge et veut éliminer ses partenaires. Sage tente de localiser l'équipe tout devant aider Charles Xavier en cavale...


Ce second tome change de construction par rapport au premier : fini les épisodes done-in-one (qui n'ont été que les deux premiers en fin de compte), cette fois Geoffrey Thorne, certainement alerté par les ventes peu élevées de la série, opte pour un story arc complet en cinq chapitres. Ce qui ne sauvera pas le titre, annulé au n°10 (qui correspond, voyez-vous ça, avec le 300ème épisode de la série, tous volumes confondus).


Et il faut bien admettre que le résultat est quand même meilleur. D'abord Thorne créé une méchante qui donne vraiment du fil à retordre à une équipe par ailleurs mal en point après la mort d'un de ses membres (je ne spoilerai pas son identité, dès fois que ça intriguerait quelques curieux). Son look, ses origines, son objectif sont suffisamment efficaces pour qu'on adhère.

En outre, le scénario est mené sur un rythme bien plus soutenu : on ne s'ennuie pas une seconde à la lecture de ces cinq épisodes et quand on arrive au dernier, les rebondissements s'emballent, il y a de vrais twists narratifs, un autre méchant surgit, le final est spectaculaire et Thorne parvient à emballer ça proprement, sans que ça paraisse hâtif. 

Je salue l'exploit d'autant plus qu'en chemin il consacre pratiquement un épisode entier (le #7) au couple Betsy-Rachel en convoquant les Askani. Dit comme ça, ça peut faire peur car c'est un pan de l'histoire de Rachel qui a toujours été particulièrement indigeste à mes yeux, mais là, miracle, ça passe crème, surtout parce que ça sert surtout à établir où en est le personnage et ses pouvoirs.

Rachel n'est pas seulement devenue la compagne amoureuse de Betsy, elle dépend d'elle pour canaliser sa force, mais tout dépend de leur relation fusionnelle, des propres capacités de Betsy. Rachel est une sorte de Hulk dans cette version d'X-Force, la plus puissante de l'équipe mais aussi la plus dangereuse, celle qui maîtrise le moins bien ce qu'elle est.

En revanche je suis plus perplexe quant à la séparation de Sage avec l'équipe. Je pense que Thorne avait prévu une rupture plus longue mais qu'il a dû modifier ses plans quand il a su que la série était en sursis. Du coup, on voit Sage rappeler Forge, l'aider, très rapidement après qu'elle lui ait claqué la porte au nez. Plus généralement, les conflits internes de l'équipe ont été gommés à cause de l'épée de Damoclès qui pendait au-dessus d'elle.

C'est dommage car je crois que si Thorne avait eu plus de temps (et donc si les lecteurs n'avaient pas été si déçus par le premier arc), il aurait plus creuser quelque chose d'intéressant, sans doute moins intense que Rick Remender avec Uncanny X-Force, mais disons avec la même ambition (c'est-à-dire en réfléchissant sur les conséquences des actes de ses héros, la fragilité d'un tel groupe, etc.).

Toutefois est-il que le scénariste se rattrape brillamment et la conclusion qu'il offre est très satisfaisante : on comprend ce qui provoquait les "fractures", pourquoi elles étaient provoquées, le mobile du cerveau de ces crises est loin d'être idiot (même si la méthode est évidemment très discutable). X-Force est vraiment en difficulté tout du long face à des adversaires très coriaces.

Et, accessoirement, on apprend qui est Tank, le plus mystérieux des membres de l'équipe. Là, par contre, c'est moins convaincant : on ne saisit pas trop pourquoi il s'est caché ainsi, si c'était la volonté de Forge ou la sienne - en vérité, cette dissimulation me semble complètement inutile, mais bien malin qui a deviné qui c'était avant le 10ème épisode.

Au dessin, Jim Towe remplace Marcus To le temps de deux numéros (les 6 et 7), sans doute parce que ce dernier était donc occupé avec Time Waits (la mini de Chip Zdarsky et David Brothers publiée par DSTLRY). On peut quand même féliciter Marvel d'avoir choisir Towe comme fill-in artist car son style ressemble beaucoup à celui de To et donc la cohérence graphique est assurée.

Marcus To revient à partir du n°8 jusqu'au 10 et il enchaîne en grande forme. Son design pour La Diabla est, je trouve, très bon, les scènes d'action sont toniques, son découpage est toujours irréprochable en termes de lisibilité, de fluidité. C'est un dessinateur que j'aime beaucoup, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite alors qu'il est très régulier dans l'effort, qu'il s'adapte à tous les genres.

C'est donc une conclusion qui nourrit quelque regret parce que la série s'achève bien mieux qu'elle n'avait démarré. Depuis Tom Brevoort a relancé le titre sous l'appellation Unglorious X-Force en accordant sa confiance à un vieux routier, Tim Seeley, mais j'ai zappé le premier épisode et n'ai pas envie de rattraper le train en marche.  

X-FORCE, VOLUME 1 : FRACTURES (Geoffrey Thorne / Marcus To)

 

X-FORCE, VOL. 1 : FRACTURES
(X-Force #1-5)


Traumatisé par la chute de Krakoa qu'il n'a su prévoir, Forge a mis au point un appareil capable de détecter des fractures partout dans le monde. Il assemble une équipe - Sage, Captain Britain (Betsy Braddock), Askani (Rachel Summers) et Tank - pour intervenir avant que ces crises ne s'aggravent. Durant leur première mission, Deadpool leur prête main-forte et il sauve la mutante Surge au Japon.


X-Force pénètre dans le Wakanda pour une nouvelle opération mais le royaume africain ne tolère pas cette intrusion. Un sorcier, Nketi, tient les forces de l'ordre sous son contrôle et possède Askani et Captain Britain, forçant Forge et Sage à battre en retraite pour trouver une solution...


La mission suivante entraîne X-Force au Cambodge où Nuklo, un mutant colossal mais avec un esprit d'enfant, dévaste tout sur son passage. Surge préfère venir en aide aux civils que le traquer. Par ailleurs, des tensions voient le jour entre Askani et Captain Britain d'une part et Forge et Sage d'autre part sur la manière de régler ces crises...


A la poursuite de Nuklo dans la jungle, X-Force perd sa trace. Forge le localise en Floride, dans les Everglades et, pour y  arriver rapidement, l'équipe emprunte un portail dimensionnel qui les oblige à traverser brièvement l'Outremonde. Problème : quand ils pensent avoir retrouvé Nuklo, ils constatent qu'ils se sont égarés sur une Terre parallèle...


Bon, finalement, j'ai relu ce premier arc de X-Force version "From The Ashes - A New Beginning" et j'ai enchaîné avec le second pour vous en faire une critique. La série, comme X-Factor et NYX, a été annulée au bout de dix épisodes. Encore une fois, c'était la limite fixée par l'editor Tom Brevoort pour juger de la viabilité commerciale d'un titre.

Même si X-Force est une sorte de marque à la longévité remarquable (ce run s'achève d'ailleurs en arrivant au #300), cela n'a pas suffi à convaincre les fans. On peut constater que Brevoort n'a finalement pas connu beaucoup de succès depuis son arrivée à la tête de la franchise X puisque seuls Uncanny X-Men et X-Men continuent à être publiés.

Tout autre editor avec un si maigre bilan aurait été remplacé, Marvel constatant que sa stratégie ne fonctionne pas. Alors pourquoi tant de mansuétude ? Brevoort semble jouir d'une quasi impunité étonnante. Parce qu'il a connu des succès retentissants quand il supervisait les titres Avengers. Et qu'il est un cadre vétéran dans la maison. 

Mais les chiffres sont là : depuis sa prise fonction à la tête des séries mutantes, il a davantage initié de ratés que de réussites. Brevoort est un homme qui considère le marché comme un espace à coloniser, il faut littéralement l'inonder de mensuels pour démontrer sa force et qu'importe si, dans le lot, il y a peu de profits et beaucoup de pertes. Visiblement, Marvel se satisfait d'avoir deux titres sur sept qui marchent.

On peut reconnaître à Brevoort d'essayer des choses et cette version de X-Force en est la preuve. D'habitude, le titre met en avant des mutants effectuant des missions clandestines en n'hésitant pas à recourir à la force létale pour parvenir à leurs objectifs. D'ailleurs les chefs de l'équipe ont souvent été Wolverine ou Cable (parfois en même temps).

Mais cette fois-ci, c'est différent : le leader de cette X-Force est Forge, le mutant indien, un technopathe et un mystique, un futuriste aussi comme Iron Man, et un stratège comme Batman, quelqu'un qui aime avoir plusieurs coups d'avance sur l'adversaire. Durant l'ère Krakoa, il était la boîte à outils de la nation X et il a même fait partie de la seconde équipe de X-Men élue lors du Hellfire Gala.

Le postulat de cette série se base justement sur la proactivité de Forge : il a conçu un appareil qui lui permet de détecter des crises potentielles et il assemble une équipe pour intervenir avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il s'entoure donc logiquement de Sage (dont le pouvoir en fait une super calculatrice), de Captain Britain et Askani (deux télépathes) et de Tank (on ignore qui il est mais il incarne les muscles de l'équipe).

Ainsi composée, cette formation semble parée pour réparer le monde de fractures sur le point de se déclarer. Dans le premier épisode, Geoffrey Thorne ajoute Deadpool mais il ne le conserve pas : on peut penser qu'il s'agissait davantage d'un moyen d'attirer la curiosité des lecteurs que d'une réelle volonté de l'inclure à long terme. Numériquement, il est remplacé par la jeune mutante Surge et ses pouvoirs électromagnétiques.

Thorne construit sa série d'abord sous la forme d'épisodes done-in-one, un peu comme Mark Russell avec X-Factor. Mais il délaisse ce format rapidement pour, dès le troisième épisode, élaborer un arc en trois parties où X-Force poursuit le mutant Nuklo, fils de deux super héros de la seconde guerre mondiale (Whizzer et Miss America).

Ce que le lecteur remarque aussi vite, c'est à quel point ce que met en place Thorne ne tient pas. X-Force arrive toujours quand la crise s'est déclenchée et donc le dispositif de Forge mais aussi le principe même de la série sont en défaut. C'est embêtant. Mais si les menaces auxquelles doit faire face l'équipe fournissent assez de tensions pour passionner le lecteur, ça peut encore passer.

Hélas ! comme dans les autres séries X, les adversaires de X-Force peinent à faire vibrer : un sorcier wakandais, Nuklo, des Avengers d'une Terre parallèle - bof ! Ce n'est ni mieux ni pire qu'ailleurs, mais ça en dit long sur la franchise telle que Brevoort et ses scénaristes la conduisent : une incapacité chronique à créer des antagonistes valables, à générer des intrigues palpitantes, et donc à mettre en valeur les équipes.

Mark Russell avec X-Factor avait pris le parti d'en rire et d'animer ses personnages dans des histoires volontairement crétines. Mais au fond, qu'on le prenne à la rigolade ou plus sérieusement, c'est du pareil au même : aucune des équipes de mutants n'a droit à des ennemis dignes du rang de la franchise. On est vraiment très loin d'Orchis durant l'ère Krakoa.

Thorne insiste donc, comme conscient de la faiblesse de ces oppositions, sur la caractérisation et la dynamique du groupe. Il s'en sort mieux sur ce plan avec deux parties : d'un côté les planificateurs que sont Forge et Sage et de l'autre les garde-fous que veulent être Askani et Captain Britain, avec entre les deux Surge et Tank. 

Rachel Summers et Betsy Braddock, en couple depuis Krakoa (une idée passablement agaçante puisque, pendant des années, on n'a vu Rachel s'intéresser particulièrement à des filles, elle a longtemps été amoureuse de Diablo, et Betsy n'affichait elle non plus aucun penchant homosexuel), se méfient des méthodes de Forge, surtout quand il préfère chasser Nuklo que d'aider des civils cambodgiens en détresse.

Le cinquième épisode, qui conclut ce premier tome, se charge d'ailleurs d'accabler Forge : il voit la Tornade de la Terre 9105 mourir et cela le renvoie à sa relation avec la Ororo qu'il connait, mais surtout un des membres de l'équipe se sacrifie pour les autres, entraînant le départ de Sage. Décidément, le visionnaire Forge ne voit pas venir grand-chose et est écrasé par ses échecs.

Visuellement, cependant, la série gagne à être lue car elle bénéficie du talent de Marcus To. Celui-ci est un artiste expérimenté, qui a particulièrement brillé durant l'ère Krakoa en dessinant la quasi-totalité des 26 épisodes d'Excalibur. Quand il est engagé sur X-Force, il travaille en même temps sur Time Waits, écrit par Chip Zdarsky et David Brothers pour DSTLRY.

To est un choix surprenant pour X-Force où on aurait vu un artiste avec un style plus punchy (comme Stephen Segovia, qui signe les couvertures). Mais j'aime beaucoup ce qu'il fait en général et il ne déçoit pas ici non plus. Son storytelling est propre, efficace, et contribue pour l'essentiel à la réussite du titre, malgré ses nombreux autres défauts. 

Restez branchés, la critique du volume 2 arrive vite ! 

samedi 21 février 2026

X-MANHUNT (Gail Simone, Collin Kelly & Jackson Lanzing, Murewa Ayodele, Jed MacKay, Mark Russell, Eve L. Ewing, Geoffrey Thorne / Javier Garron, Francesco Mortarino, Luciano Vecchio, Netho Diaz, Bob Quinn, Carmen Carnero, Marrcus To, Gleb Melnikov, Federica Mancin, Enid Balam)

 

X-MANHUNT
(Uncanny X-Men #11 + NYX #9 + Storm #6 + X-Men #13
+ X-Factor #8 + Exceptional X-Men #7 + X-Force #9
+ X-Manhunt : Omega #1)


L'impératrice Xandra Xavier Neramani est capturée par des rebelles Shi'ar qui ne reconnaissent son autorité parce qu'elle est à moitié humaine. Depuis sa cellule de la prison du manoir Graymalkin, Charles Xavier entend télépathiquement son appel au secours et obtient l'aide de Sarah Gaunt pour s'échapper, après avoir affronté l'équipe de Malicia appelée en renfort par le Dr. Ellis...


Charles Xavier rejoint New York où il demande l'aide du groupe mené par Ms. Marvel. Il leur explique devoir aller en Latvérie car le Dr. Fatalis possède la dernière graine de Krakoa. Ms. Marvel et Anole acceptent de l'accompagner et pendant qu'ils récupèrent la graine, Xavier, lui, remet la main sur un casque Cérébro...


Charles Xavier gagne Atlanta où il trouve refuge auprès de Tornade. Celle-ci affronte les X-Men de Cyclope et provoque le crash de leur quinjet sur l'île d'Utopia. Ce dernier profite de la confusion qui s'ensuit pour s'enfuir et prend psychiquement le contrôle du Fauve sur le point de détruire un moteur que Tornade alimente et dont il a besoin pour la suite de sa cavale...


Tornade occupée à ralentir le Fléau, Magik et Psylocke, Xavier doit faire face à Quentin Quire dans un duel psi. L'élève prend l'ascendant sur le maître et le Fauve, libéré de l'emprise du professeur, lui injecte un sédatif. Tornade rend les armes et les X-Men embarquent Xavier lorsque d'autres mutants le réclament...


Ces mutants, ce sont les membres de X-Factor, aux ordres de l'armée américaine. Tandis qu'ils affrontent à leur tour les X-Men, Xavier sans surveillance est enlevé par Frenzy, alerté par le professeur sur sa situation, et Havok, venu prêter main forte. Cyclope les rattrape et leur barre la route. Xavier lui révèle alors ce qu'il a caché sur Utopia : un oeuf de résurrection krakoan...


Pendant ce temps, à Chicago, Bobby Drake/Iceberg prévient Kitty Pryde et Emma Frost que le professeur X est en cavale. Ils expliquent qui il est à leurs jeunes élèves, partagés en ses bonnes et mauvaises actions passées mais se sentant peu concernés. Pourtant Emma se charge de leur rappeler que, avec la chute de Krakoa, les mutants sont à nouveau sans refuge sûr...


Krestel, un téléporteur, assomme Cyclope à Utopia et exfiltre Xavier et l'oeuf krakoan. L'opération a été organisée grâce à Sage, que le professeur a prévenu télépathiquement de sa position. Il fait éclore l'oeuf dont sort Lilandra Neramani à qui il rend sa conscience grâce au casque Cérébro. Sage met à la disposition du couple un vaisseau pour quitter la Terre alimenté par un des moteurs trouvés chez Tornade...


Le professeur X et Lilandra réussiront-t-ils à partir sans être rattrapés par ceux qui les traquent ?

J'ai hésité avant de me lancer dans la lecture de ce crossover et puis je me suis dit : "allez, c'est parti !". Même s'il n'est pas exempt de défauts et a mobilisé toutes les séries publiées alors (même si à l'exception de Uncanny X-Men et X-Men, elles allaient toutes être annulées peu de temps après), il possède d'indéniables qualités.

La première et essentielle, c'est de boucler (au moins pour un bon moment) le dossier Charles Xavier. Le fondateur des X-Men a toujours été un caillou dans la chaussure de nombreux auteurs et editors. Si certains le considéraient comme la clé de voute de la mythologie mutante, d'autres n'ont eu de cesse de l'en éloigner, voire carrément de l'éliminer. Dans la plupart des cas, d'en faire le contraire de qu'il devait incarner.

Pour bien comprendre le problème que pose le personnage, il faut en vérité remonter à avant la naissance des X-Men. Les X-Men comme personnages et comme série ont été largement inspirés à Stan Lee par la Doom Patrol d'Arnold Drake (qui écrira d'ailleurs quelques épisodes de X-Men ensuite) publiée par DC.

On y trouvait déjà la même configuration : un mentor paralytique en fauteuil roulant et une bande de freaks (Robotman, Negative Man, Elastigirl) qu'il prenait sous son aile et formait à être des super héros. Charles Xavier a remplacé Niles Caulder et Scott Summers, Hank McCoy, Warren Worthington, Bobby Drake et Jean Grey ses recrues.

Mais Caulder était un Chef (c'était d'ailleurs ainsi qu'il était surnommé) autoritaire et cela alimentait des relations difficiles avec sa patrouille. Comme Xavier qui deviendra vite un professeur passablement pénible pour ses élèves, au comportement plus que limite (comme son attirance pour la jeune Jean Grey).

Cela ne cessera jamais. Des scénaristes exploiteront cette figure mi-paternelle, mi-tyrannique pour nourrir des intrigues. D'autres préféreront se passer du professeur X, favorisant les X-Men (et les divers autres groupes de mutants) dans une configuration plus traditionnellement super héroïque (mais en conservant le côté freaks, marginaux, etc.).

Dans le pire des cas, Xavier deviendra même un méchant affrontant ses anciens élèves, jusqu'au paroxysme que représenta la saga Onslaught. Mais parfois le professeur X sera celui que ses disciples rappelleront en espérant qu'il les tire d'un mauvais pas. Au péril de sa vie. Mais Xavier a ressuscité bien avant le protocole des Cinq de Krakoa (d'ailleurs qui n'est pas mort et n'a pas ressuscité chez Marvel ?).

Avec l'ère Krakoa, Jonathan Hickman puis Kieron Gillen et Gerry Duggan ont rédigé une sorte de synthèse du personnage : fondateur de la nation X (aux côtés de Magneto et Moira MacTaggert) mais aussi son fossoyeur (même si, là, il avait une excuse car Orchis l'a obligé à sacrifier cette utopie). Puis quand Krakoa a chuté, Xavier a été arrêté, livré et incarcéré dans son ancien manoir de Graymalkin.

Dès lors, il était inévitable que certains mutants allaient vouloir organiser son évasion quand d'autres préféreraient qu'il y croupisse pour payer ses fautes. C'est le schisme qui oppose la bande de Malicia à celle de Cyclope. Gail Simone, la scénariste de Uncanny X-Men, l'équipe la plus proche géographiquement de Graymalkin, est celle qui a préparé le terrain pour X-Manhunt.

Dans sa série, elle révélait que les mutants télépathes développaient une tumeur cérébrale à cause de leur pouvoir (c'est ce qui a emporté le jeune Harvey dans Uncanny X-Men #1) et qui touchait aussi Xavier. Mais les différents X-Men et même le professeur l'ignoraient. Cette idée est ce qui allait justifier les errements, plus ou moins récents, du personnage contre les siens.

Ensuite il fallait justifier qu'il veuille s'échapper puisqu'à l'issue du premier crossover initié par l'editor Tom Brevoort (Raid on Graymalkin), Xavier lui-même assurait à Malicia vouloir rester enfermé, conscient qu'il avait mal agi et qu'il n'était plus le digne guide des mutants. Gail Simone toujours a eu la charge d'expliquer pourquoi il devrait quand même sortir de Graymalkin.

Comme je l'ai déjà dévoilé dans mes critiques d'Uncanny X-Men, l'épisode 11, qui ouvre X-Manhunt, révèle une insurrection parmi les Shi'ar et Xandra, la fille de Xavier et feu sa mère Lilandra Neramani, est donc capturée par ces rebelles qui ne reconnaissent pas l'autorité de leur impératrice à cause de sa nature à moitié humaine. Télépathe comme son père, elle lui envoie un S.O.S. qu'il capte depuis sa cellule.

Xavier réussit à s'enfuir de Graymalkin malgré l'intervention de Malicia et son équipe et X-Manhunt raconte donc sa folle cavale. Avant d'être activement poursuivi, Xavier doit accomplir un parcours d'obstacles au cours duquel il collecte des éléments cruciaux pour réussir son évasion : un casque Cérébro (amplifiant ses pouvoirs mais pas que), un oeuf krakoan (produit par le mutant Egg et caché sur l'île d'Utopia), un moteur pour un vaisseau spatial...

La construction de l'intrigue ne se résume donc pas à une course-poursuite. Même si on n'éprouve aucune sympathie pour Xavier, on est curieux de ce qu'il rassemble et on savoure plus ou moins ses retrouvailles avec différents mutants. Certains sont prêts à l'aider sans condition, d'autres avec des réserves, d'autres veulent le capturer (et parfois pour des autorités différentes)...

En traversant sept séries, l'histoire permet d'explorer une multitude de points de vue. C'est la vertu du procédé, qui rend Xavier plus ambigu donc plus intéressant, à travers le regard de ceux qu'ils croisent. C'est aussi le vice de cette construction car évidemment tout ne se vaut pas qualitativement. Parfois, on a l'impression qu'une série est impliquée un peu artificiellement et ses personnages avec.

C'est flagrant dans le cas de NYX (dont c'était le 9ème et pénultième numéro). Tornade est mise en avant dans son propre titre (Storm) mais sa bataille contre les X-Men déborde sur la série éponyme (c'est un peu long). 

Mais là où Brevoort en a fait trop, c'est avec Exceptional X-Men où une seule scène évoque X-Manhunt, sans qu'aucun des protagonistes ne se mêle de la suite (même si Emma apparaît dans le dernier chapitre, très brièvement). Quant à X-Force, Geoffrey Thorne, le scénariste, jongle avec l'intrigue qu'il développait alors et des scènes avec Sage qui aide Xavier.

Mais dans l'ensemble, les sept auteurs se passent le relais avec fluidité, personne ne cherche à casser le rythme ou à souligner sa différence (même si à ce jeu on sent bien que Mark Russell, avec X-Factor, n'est pas du tout motivé). 

Le final, avec un épisode plus long, est bancal. D'abord, on a droit à une grosse partie très spectaculaire mais aussi parfois grotesque où d'un côté les X-Men de Cyclope cherchent à tout prix à empêcher Xavier et Lilandra à quitter la Terre... Alors que Lilandra opère Xavier de sa tumeur en même temps ! C'est de la chirurgie très acrobatique !

Mais contre toute attente, je dois dire, le final est intelligemment écrit. Xavier ne se défile plus, et malgré une crise (impressionnante car vraiment poignante) de Cyclope, la situation redevient apaisée. On sent qu'une page se tourne et on croit vraiment au fait qu'on ne reverra pas avant un bon moment le professeur (je n'ose dire qu'on ne le reverra jamais car ça me paraît très improbable).

Visuellement, on est gâté : Brevoort a bien des défauts, mais pas celui de confier les séries qu'il publie à de mauvais dessinateurs. De Javier Garron (Uncanny X-Men) à Marcus To (X-Force) en passant par Francesco Mortarino (NYX), Luciano Vecchio (Storm), Netho Diaz (X-Men) (les trois plus faibles du lot), Bob Quinn (X-Factor), Carmen Carnero (Exceptional X-Men) et la triplette Federica Mancin, Gleb Melnikov-Enid Balam (pour la conclusion), c'est joliment illustré globalement.

Pour savoir ce qu'il est advenu de Charles Xavier, Lilandra et Xandra, c'est dans Imperial, l'event cosmique piloté par Jonathan Hickman, et ses tie-in, qu'il faut chercher.

jeudi 19 février 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #1 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Teri O'Barnes, la femme qui l'avait livré au programme Arme X, retrouve Logan et lui explique avoir abandonné ses missions, mais elle a besoin de lui pour retrouver un jeune homme, Tyler Torrens, capturé par une société privée, développant un nouveau programme, Primewarrior...


Parfois les comics vous réservent de très bonnes surprises, d'autant plus qu'elles sont inattendues. Je n'avais pas spécialement prévu de lire cette mini-série en quatre épisodes qui, elle aussi, prépare l'event Armageddon mais on me l'a chaudement conseillée et je ne le regrette pas. Oserai-je dire que c'est ce que j'ai lu de mieux cette semaine parmi les nouvelles sorties ?


En tout cas, ce premier épisode me conforte dans l'idée que Chip Zdarsky est : 1/ un excellent scénariste (mais ça, c'était quasiment acquis) et 2/ qu'il est en train de ficeler une intrigue très alléchante en vue de l'event qu'il conduira (Armageddon, on l'a appris aujourd'hui, débutera en Juin et comptera 5 chapitres, dessinés par le duo Delio Diaz-Frank Alpizar. On nous promet que les conséquences seront aussi importantes que Avengers : disassembled en 2004, ayant abouti à New Avengers de Bendis).


Surtout Wolverine : Weapons of Armageddon semble confirmer que tout cela mène à une histoire impliquant les super soldats. Ceux d'hier (comme Captain America et Wolverine en première ligne) mais aussi ceux de demain comme il en est question dans ce premier épisode - qui, je préfère le préciser, ne peut s'apprécier et se comprendre que si on a lu le premier arc de Captain America par Zdarsky !


Cette introduction est classique : Logan est sollicité par la femme qui, autrefois, l'a piégé pour le compte de l'Arme X (durant laquelle on lui a injecté de l'adamantium dans tout le corps - il avait déjà son facteur régénérateur et ses griffes avant). Elle a abandonné son job de traqueuse, ou plutôt elle le reprend pour la bonne cause car un jeune homme a été enlevé pour subir des expériences.

On comprend rapidement que les expériences en question sont destinées à en faire un super soldat et qu'il est un mutant. Cela résonne suffisamment chez Logan pour qu'il accepte de l'aider. On découvre l'existence d'une société privée derrière cette affaire (alors que Wolverine comme Captain America ont été transformés par des opérations gouvernementales). Et à la fin de l'épisode, on retrouve un individu apparu dans Captain America #1-5 de Zdarsky et Schiti...

Sans avoir jamais été un gros lecteur des aventures de Wolverine en solo, j'avais énormément apprécié la découverte de sa première série par Chris Claremont puis Peter David et John Buscema, puis ensuite par John Byrne, et surtout le run extraordinaire de Larry Hama avec Marc Silvestri et Adam Kubert. Plus récemment (même si ça commence gentiment à dater), il y a eu celui de Jason Aaron avec, entre autres, Ron Garney qui m'avait emballé.

Et c'est pour cela que j'ai adoré ce premier épisode parce qu'il m'a rappelé ces périodes-là, avec un Logan complètement déboussolé, qui fonce dans le tas franchement, qui est renvoyé à ses traumatismes. C'est le Wolverine que je préfère, considérant que lorsqu'il a retrouvé la mémoire (à l'issue de House of X), ce fut une erreur. Et puis surtout je préfère Wolverine quand il est vraiment seul, c'est sa vraie nature. Quand il est avec une équipe de X-Men, il faudrait insister là-dessus, et ce n'est pas toujours le cas.

Que Nuke apparaisse (sur la couverture et brièvement, mais il va prendre plus de place très vite, dans cet épisode), c'est cool aussi. Pas tant parce que c'est un antagoniste remarquable (il est même un peu ridicule avec son drapeau sur la tronche), mais parce que ça me rappelle Daredevil : Born Again de Miller et Mazzucchelli - et c'était le bon temps.

Zdarsky réussit donc à écrire Wolverine avec un brio épatant, comme s'il avait le personnage en main depuis des lustres. Il me le redonne tel que je l'apprécie, avec une histoire aux petits oignons. Mine de rien, ça fait vraiment envie de lire Armageddon et tout ce que j'espère à présent, croisons les doigts, c'est que personne ne va parasiter les plans de Zdarsky, que ça ne va pas être sagouiné par un editor à la con.

Cerise sur le gâteau : c'est remarquablement dessiné. Luca Maresca est un artiste très solide et qui mérite vraiment d'être promu - quoi de mieux que de dessiner du Wolverine pour ça ? Son style m'évoque celui de Garney justement, avec un encrage un peu épais, mais la même nervosité et la même précision dans le trait, le découpage. C'est un régal de lire du Wolverine comme ça encore une fois, avec le bon scénariste et le bon dessinateur.

C'est juste parfait pour moi : cette mini-série démarre fort, elle donne envie de lire la suite, et comme Captain America, elle donne envie de lire Armageddon, ce qui était très loin d'être gagné !