lundi 27 avril 2026

MIKE & NICK & NICK & ALICE (BenDavid Grabinski, 2026)


Sosa, un des chefs de la mafia, organise une fête car son fils adoptif, Jimmy Boy, vient de sortir de prison. Il a appris par un de ses hommes de main, Nick, que Mike, un tueur à gages à son service, a dénoncé Jimmy Boy à la police et il veut se débarrasser de ce "rat". Nick le souhaite aussi depuis qu'il sait que Mike couche avec Alice, sa femme.


Pourtant Nick demande un service à Mike et celui-ci accepte de le lui rendre, même si les instructions qu'on lui donne sont étranges : il doit chloroformer un type qui est dans la maison de Nick. Et sa surprise est totale quand il découvre que l'homme en question est... Nick lui-même ! Une fois maîtrisé pourtant, Nick resurgit et lui explique venir du futur pour empêcher une catastrophe de se produire.


Le Nick du futur a regretté d'avoir balancé Mike à Sosa alors qu'il n'est pour rien dans l'arrestation de Jimmy Boy. Il ne lui en veut pas non plus pour sa liaison avec Alice. Ensemble, avec le Nick du présent, il veut tout faire pour que Mike ne soit pas exécuté par le Baron, un assassin cannibale engagé par Sosa. Mais peut-on faire confiance à Nick ?


Mike & Nick & Nick & Alice est disponible sur la plateforme Hulu, accessible via Disney +. Si je commence cette critique en mentionnant cela, c'est parce qu'en soi c'est la première des bizarreries de cette comédie d'action et de science-fiction car on reproche souvent (et à raison) le fait que les productions des plateformes de streaming soient formatées et celle-ci le contredit.
 

BenDavid Grabinski, qui a écrit et réalisé ce film, propose un long métrage tellement iconoclaste qu'on le remarque immédiatement par son pitch au milieu d'autres films conçus pour une plateforme. C'est drôle, mouvementé et tordu à souhait, et c'est réussi dans les trois registres. Jamais une partie ne prend le pas sur l'autre, dans un miraculeux équilibre.


Pourtant les histoires de voyage dans le temps sont casse-gueule, alors imaginez si vous les mixez avec des ingrédients de polar et de comédie. De ce point de vue, le résultat fait penser à ces hybrides qu'on voyait dans les années 80 quand Hollywood devait se réinventer après le règne du New Hollywood et ses figures comme Scorsese, Coppola, Cimino, De Palma.


C'était l'époque où Spielberg revitalisait le cinéma d'aventures rétro avec Indiana Jones, Zemeckis s'amusait avec Retour vers le futur, Joe Dante avec le cinéma d'horreur Z (Gremlins). Et c'est cette humeur-là que saisit Mike & Nick... : un objet qui ne se prend pas au sérieux mais explore plusieurs genres dans une même histoire avec sérieux.

Au fond, ce que nous raconte le film, c'est moins une variation sur des gangsters qui cherchent à régler leurs comptes sur fond de triangle amoureux qu'une exploration du thème de la culpabilité. Nick est un homme qui saisit l'opportunité de remonter le temps pour éviter un geste qu'il regrette et qui a conduit à la mort de son ami et à la maternité solitaire de sa femme (enceinte de Mike).

Tandis que Sosa est un mafieux qui ne veut que se venger, Nick veut réparer l'injustice qu'il a commise et infligée. En jouant avec la figure du double, le cinéaste souligne plus subtilement qu'on pourrait le croire les différences de réaction : le Nick du futur est plus posé, le Nick du présent est encore dans le ressentiment.

Mais ça fonctionne aussi quand l'histoire prend le parti d'en rire (et de nous faire rire) : Mike n'est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir (il ne comprend jamais rien tout du long) alors qu'Alice pige instantanément que le Nick qui a capturé son double du présent vient donc du futur. Loin d'être un simple objet de querelle entre les deux hommes, elle est celle qui raisonne le plus simplement et logiquement.

Grabinski se montre particulièrement inspiré pour rendre l'intrigue la plus claire possible sans s'embourber dans des explications pseudo-scientifiques. Il l'est tout autant quand il faut passer à l'action comme en témoigne la fusillade finale, digne d'un épisode de John Wick, avec une touche d'absurde absente de cette franchise.

Le casting est épatant : James Marsden est très drôle en assassin ciblé et dépassé tandis que Eiza Gonzalez, toujours d'une beauté renversante, prouve qu'elle est une comédienne remarquable dans la distanciation nécessaire à cet exercice. Quant à Vince Vaughn, dans un double rôle, il réussit à composer un personnage nuancé avec une présence à la fois sobre et imposante.

Il est évidemment regrettable que ce film soit condamné à se noyer dans une masse de productions sans saveur à cause des algorithmes. Mais si vous êtes abonné à Disney +, donnez-lui sa chance, vous ne le regretterez pas.

dimanche 26 avril 2026

T'AS PAS CHANGE (Jérôme Commandeur, 2025)


La mort de Daniel, un de leurs camarades de lycée réunit trois amis - Jordy, Maxime et Hervé - à ses funérailles auxquelles assiste Anne, une fille qu'ils ont connue. Les trois hommes décident alors, pour rendre hommage au défunt, d'organiser une fête dans le lycée qu'ils ont fréquenté en invitant, via une vidéo sur les réseaux sociaux, tous les élèves de leur classe.


Alors qu'ils approchent la cinquantaine, tous n'ont pas connu le futur glorieux dont ils rêvaient : Maxime est désormais avocat mais sa femme qui l'est également connaît plus de réussite et il a du mal à communiquer avec son fils adolescent. Hervé a eu un succès en tant que chanteur avant que sa carrière ne dégringole complètement et maintenant il vit à nouveau chez ses parents. Quant à Jordy, il cohabite avec sa belle-mère, sa femme et l'amant de celle-ci et songe carrément à mettre fin à ses jours.


Anne n'est pas beaucoup mieux lotie : chirurgienne, elle vit séparée de son mari qui lui a préférée une infirmière plus jeune et elle refuse, pour les ennuyer, de signer les papiers du divorce. Mais le projet des amis va se heurter à un obstacle : Marion, qu'ils snobaient dans leur jeunesse, veut, pour se venger, elle aussi, organiser une grande réunion des anciens élèves...


T'as pas changé est le troisième film réalisé par Jérôme Commandeur, mais le deuxième pour lequel il est seul derrière la caméra. Comme pour son précédent opus, l'excellent Irréductible, il s'agit d'un remake, mais cette fois d'un long métrage danois mis en scène par Mikkel Serup. L'adaptation a été écrite par Commandeur et Kevin Knepper.


Commandeur est un des humoristes les plus drôles qu'on ait, mais cette fois il a teinté sa comédie d'une note plus mélancolique en brossant le portrait de cinq (quasi) quinquagénaires qui, après la mort d'un de leurs amis d'enfance, décident de réunir tous les élèves de leur classe. Alors qu'ils s'imaginaient vieillir triomphalement, ils sont tous devenus des ratés.


Et surtout ils vont se rendre compte qu'ils étaient, plus jeunes, de petits cons, méprisant les uns, humiliant les autres, embêtant tout le monde. Autant dire que leur projet a du plomb dans l'aile et qu'une des filles qu'ils ont harcelée s'en souvient assez douloureusement pour les contrarier en organisant elle aussi une fête commémorative.


D'une certaine manière, T'as pas changé est à l'image de ces trois (quatre) losers : on voudrait l'aimer davantage, mais quelque chose coince, tout ne fonctionne pas aussi bien que ça devrait et au final, le film laisse sur sa faim, le spectateur qui n'a pas ri autant que prévu ni n'a été aussi ému qu'espéré. La dramedy ou comédie dramatique est un genre délicat 

Au fond il y a deux histoires qui se disputent dans le film : d'un côté, celle des trois amis dont on observe la déchéance pathétique, entre l'avocat jaloux de la réussite de sa femme, le chanteur ringard et le cocu dépressif ; et de l'autre, celle de Anne et Jordy, que leurs déboires sentimentaux vont rapprocher. 

Mais ces deux films en un ont du mal à coexister. Commandeur veut le beurre et l'argent du beurre, faire rire (comme il sait si bien le faire) et émouvoir (où il a plus de mal). Et le plus surprenant, c'est qu'ici il réussit à nous émouvoir mais moins à nous faire rire. C'est le monde à l'envers. Et c'est le problème du film qui, en refusant de choisir ce qu'il veut privilégier, piétine.

Commandeur a de la peine à développer le trio initial : une fois leurs situations actuelles posées, ça ne bouge plus vraiment, et les vannes tournent en rond jusqu'à épuisement. C'est étonnant parce qu'avec sa puissance comique, on attendait qu'il soit plus inspiré, mais sans doute a-t-on déjà trop vu ce type de personnages englués dans leurs échecs et éprouve-t-on plus de difficulté à encore en rire.

C'est quand il dessine, assez subtilement, le rapprochement entre Anne et Jordy (qu'il interprète), sur un mode plus tendre, que Commandeur tient vraiment son sujet. Peut-être que cela aurait suffi à l'histoire : raconter comment un garçon et une fille, qui se sont loupés bêtement à l'adolescence, se retrouvent adultes, au bord du gouffre, mais découvrant qu'ils peuvent se relever ensemble.

Le groupe entier n'arrive jamais à carburer pleinement. Hervé est le plus évidemment comique du lot, mais il éclipse les autres avec son numéro de chanteur ringard. Maxime existe avec difficulté (il ne serait pas là que le tout serait déjà plus compact) et Jordy est complètement éteint. Anne est la seule à connaître une vraie progression avec un arc narratif complet et aussi marrant que touchant.

C'est donc très inégal, comme si Jérôme Commandeur et Kevin Knepper n'avaient pas su trouver le bon dosage. Je ne peux pas dire que c'est mauvais, mais c'est un peu trop long (un bon 1/4 d'heure de trop et ça, ça ne pardonne pas dans une comédie) et trop maladroit. Soit le film n'est pas assez drôle, soit il résiste à aller dans l'émotion.

François Damiens a donc des difficultés à s'imposer, ce qui est un comble pour un comédien si charismatique. Jérôme Commandeur paraît hésiter constamment à occuper l'espace, et c'est tout aussi incroyable quand on connaît son abattage. Laurent Lafitte en revanche hérite d'un rôle en or qu'il porte brillamment. Et Vanessa Paradis est absolument divine et hilarante (sa scène d'ivresse est imparable).

T'as pas changé a malgré ses faiblesses connu un joli succès qui devrait permettre à son auteur de rebondir rapidement, en souhaitant qu'il assume de faire ce qu'il sait le mieux accomplir : provoquer le rire avec des personnages décalés plutôt que d'essayer de refreiner sa (bonne) nature.

samedi 25 avril 2026

UNE SEMAINE DE VACANCES (Bertrand Tavernier, 1980) - Hommage à Nathalie Baye


Lyon, Hiver 1980. Laurence Cuers est une jeune professeur de français qui est au bord du surmenage et de la dépression. Dépassée par ses obligations professionnelles et en proie au doute sur sa capacité à enseigner comme sur la pertinence de sa mission pédagogique, elle s'adresse à son ami, le docteur Sabouret, qui lui prescrit une semaine de vacances.


Pendant ces quelques jours, elle réfléchit à son avenir, à sa vie, à ses relations personnelles.  Elle arpente les rues de Lyon sans but et reçoit chez elle une de ses élèves qui pense ne pas être intelligente et que la timidité paralyse en classe. Laurence lui promet de l'aider et lui assure qu'on peut très bien réussir sans être la première en tout - ce qui prévaut, c'est le bonheur.


Sa meilleure amie et collègue, Anne, tente de la convaincre de ne pas lâcher l'enseignement tandis qu'elle apprend à connaître le père d'un de ses élèves les plus dissipés, M. Macheron, désemparé depuis que sa femme est morte et craignant que son fils devienne comme lui en son temps un cancre. Quant au compagnon de Laurence, Jean, il aimerait qu'elle se ressaisisse pour fonder une famille avec lui...
 

La mort de Nathalie Baye, le 17 Avril dernier, m'a rappelé à quel point je l'appréciai comme actrice. Je ne me rappelle pas d'une période de mon existence où un de ses films ne m'a pas accompagné, à commencer par ses débuts chez François Truffaut dans La Nuit Américaine et La Chambre Verte où elle s'imposa après avoir envisagé une carrière de danseuse.


Comme elle le confiait, la danse était une souffrance et le cinéma une révélation. Son talent et sa grâce, sa subtilité dans le jeu et son élégance en firent une des vedettes du 7ème Art hexagonal, même si à la fin des années 80, inexplicablement, elle connu une brève traversée du désert avant son retour en force devant la caméra de Nicole Garcia dans Un Week-end sur deux.


Pour lui rendre hommage, j'ai voulu revoir un des longs métrages dans lequel je la préfère, pas le plus connu de sa filmographie très riche, mais son premier premier rôle : Une Semaine de vacancesBertrand Tavernier n'avait pas pensé à elle en premier mais il se ravisa quand l'interprète qu'il voulait se désista pour se produire sur scène.


On mesure aujourd'hui à quel point cela ne tient qu'à un fil, mais pas au hasard cependant car Tavernier était un cinéaste sans oeillères, toujours à l'affût de nouveaux talents qu'il savait mettre en valeur en leur confiant des personnages qui leur convenaient parfaitement. Nathalie Baye est effectivement extraordinaire dans ce rôle tout en nuances d'une professeur en plein burn-out (même si le terme n'existait pas encore en 1980).

Il n'y a pas d'intrigue dans ce film, qui s'apparente plutôt à une chronique. L'action se concentre sur quelques jours et est ponctuée de flashbacks, très brefs, pour croquer le portrait de cette jeune femme en plein doute sur son métier, ses amours, sa vie. Tavernier s'est appuyé sur le livre de Claude Duneton mais il l'a adapté pour un personnage féminin.

Le scénario, co-écrit avec Colo Tavernier, a reçu le soutien d'une enseignante, Marie-Françoise Hans, qui a en quelque sorte servi de caution au film. Et la justesse des situations prouve à quel point le cinéaste a su profiter de cette collaboration pour ne jamais sombrer dans le film-dossier, l'autofiction. Par la suite, le réalisateur aura d'autres occasions de se pencher plus précisément sur des histoires plus sociales, quasi documentaires (comme avec L. 627).

Laurence s'apprête à être conduite au boulot par son compagnon, Jean, agent immobilier, lorsqu'à un stop, elle descend de sa Méhari et fuit en courant. Il se gare et la rattrape, tentant de comprendre ce qui lui arrive. Mais elle échoue à mettre des mots sur son désarroi, elle fuit la confrontation. La scène suivante se passe dans le cabinet d'un docteur ami qui lui prescrit une semaine de vacances.

En vérité, comme il le lui dit, les enfants d'aujourd'hui sont les héritiers de Mai-68, ils aspirent à la même liberté conquise par leurs parents mais sans objectif. Et Laurence les trouve ingrats, sans imagination. Sa motivation à leur apprendre quelque chose a disparu, elle est découragée et c'est tout son monde qui s'effondre ainsi. Toute sa vie tourne autour de l'école, de l'enseignement : qu'en reste-t-il si ceux à qui elle enseigne la désespèrent ?

Et pourtant quand elle trouve dans l'escalier de l'immeuble où elle habite une de ses élèves, également en plein doute, Laurence ne peut s'empêcher de la réconforter et de lui promettre son aide. Sa vocation, qui est tout autant celle d'une prof que d'une assistante sociale, la rattrape. Même si ces gamins l'accablent, on sent qu'elle les aime malgré tout.

Idem quand elle rencontre M. Macheron, un veuf dont le fils est un cancre et qui redoute qu'il ne fasse rien de sa vie. Elle sympathise avec cet homme auquel elle se confie et qui lui parle comme à un père de substitution. Le père de Laurence est lui un homme diminué par la maladie, vivant avec sa femme dans le Beaujolais, et qu'elle ne va pas voir souvent, ce que ne manque pas de lui rappeler son frère cadet.

Quand elle profite de son congé pour retourner chez ses parents, elle abrège son séjour car elle étouffe dans ce village dont on devine qu'elle a voulu s'en échapper. Elle cherche aussi à échapper à Jean et à son désir de fonder une famille et de déménager dans une maison comme celle qu'il vend. Elle doute d'être faîte pour être mère, elle qui materne ses élèves et qui est consumée par cela.

Laurence trouvera une lumière dans sa rencontre avec un ami de Macheron, Michel Descombes, dont le fils et la belle-fille sont en prison. Descombes était le héros de L'Horloger de Saint-Paul, le premier film de Tavernier en 1974, d'après un roman de Georges Simenon. Ce père brisé mais d'une dignité admirable lui redonne espoir et direction.

Une Semaine de Vacances doit beaucoup à l'esthétique de Pierre-William Glenn, le directeur de la photo, qui a su saisir l'atmosphère grisâtre de Lyon en Hiver comme un miroir au flou existentiel que traverse Laurence. Avec beaucoup de sensibilité (mais jamais de sensiblerie), Tavernier raconte cette jeune femme qui fait le point et renoue avec le plaisir de sa profession.

Nathalie Baye est donc magnifique dans ce rôle : son sourire est lumineux, sa fragilité donne envie de la serrer dans nos bras, rarement une actrice a su donner chair à un personnage avec autant de finesse et de classe. Gérard Lanvin est son parfait contrepoint dans le rôle de l'amant désemparé mais opiniâtre, promenant sa dégaine de Droopy dont il fera, jusqu'à la caricature, sa marque de fabrique.

Michel Galabru, à qui Tavernier avait donné son meilleur rôle dans Le Juge et l'Assassin, est formidable, tout comme Philippe Noiret. C'est vraiment aussi un instantané d'un certain cinéma, d'une époque, dont il ne reste plus guère de survivants (et c'est vertigineux).

Accompagné par une très belle musique de Pierre Papadiamandis (et des chansons d'Eddy Mitchell dont il fut le compositeur fétiche), Une Semaine de Vacances aurait bien mérité de figurer parmi les films diffusés en hommage à Nathalie Baye ces derniers jours.

vendredi 24 avril 2026

CAPTAIN AMERICA #9 (Chip Zdarsky / Ton Lima)


La découverte d'un charnier par Captain America motive ce dernier à prendre fait et cause pour Alina Von Doom et ses alliés, Melor et Mara Sandu, contre Marcus Wolf/Salvation, auteur de ces massacres. Nick Fury Jr. l'apprend mais continue à rechercher les armes de Fatalis tandis que le général Ross s'apprête à atterrir en Latvérie avec ses propres hommes...
 

Faisons un point rapide sur la série avant d'en venir au contenu de cet épisode : le prochain numéro ne se fera pas attendre puisqu'il sort la semaine prochaine et le suivant, qui conclura cet arc sera disponible le 13 Mai. Bonne nouvelle : ils seront dessinés par Valerio Schiti. Mais mauvaise nouvelle : il semble bien qu'ensuite l'artiste ne reviendra pas.


Ce calendrier correspond à l'imminence de l'event Armageddon dont Captain America (avec Wolverine : Weapons of Armageddon) est la rampe de lancement. Toutefois l'excitation est de mon côté bien retombée parce que, même si Wolverine : Weapons of Armageddon est très sympa, Captain America m'a beaucoup déçu et que l'intrigue de l'event, dévoilée par Marvel, ne correspond pas à ce que j'espérai.


Pour être clair, je ne pense pas aller plus loin une fois cet arc de Captain America terminé (au #11). J'ignore même désormais si je lirai Armageddon finalement. Cet épisode est à peine moins mauvais que le précédent, mais Chip Zdarsky m'a perdu. C'est une grosse déconvenue de la part d'un auteur que j'aime bien mais qui ne m'a pas convaincu sur cette série.


En fait, si je devais comparer, ce run me fait penser à ce que fait Mark Waid sur Justice League Unlimited. J'ai l'impression de lire une série qui n'existe que pour accompagner un event. Alors ce n'est pas entièrement la faute de Zdarsky : Marvel enchaîne les events à une telle vitesse qu'on n'a plus le temps de souffler (et cet été sera encore pire que d'habitude puisque Armageddon sera en concurrence avec Queen in Black et DNX).

Zdarsky est revenu chez Marvel qui l'a promu comme un de leurs architectes pour, au moins, les deux prochaines années. Et il n'a pas perdu de temps puisqu'en relançant Captain America, il a organisé ce qui allait conduire à Armageddon sur la lancée de One World Under Doom, lui-même héritier de Blood Hunt.

Avec une telle configuration, on lit ce qui se passe dans Captain America non pas avec l'intérêt qu'on porte habituellement à une série qui doit relancer les aventures d'un héros, mais comme une partie d'un programme plus vaste. Et ce qui s'y raconte n'a rien de follement passionnant. Ni de très compréhensible si vous n'êtes pas à jour dans l'ordre des events Marvel.

Bon, moi, ça va, mais j'imagine le lecteur qui aura voulu reprendre Captain America parce qu'il aime Zdarsky et/ou Schiti. Ben, je lui souhaite bon courage. Et c'est quand même un gros problème parce qu'il me semble, que quand un nouveau scénariste arrive, il est plus sage pour lui et l'éditeur qu'il raconte quelque chose d'accessible, avant d'impliquer son héros dans une saga plus globale pour l'univers de l'éditeur.

Les luttes de pouvoir en Latvérie manquent singulièrement d'intérêt, d'intensité, de surprise. Prenez Salvation : comment/pourquoi Marcus Wolf est devenu un tel enfoiré ? Ce n'est pas du tout expliqué. Son look fait vraiment Fatalis du pauvre. Et la caractérisation de Captain America laisse à désirer. Qaunt aux nouveaux Howling Commandos, ils manquent singulièrement de charisme, d'épaisseur.

A le lecture du run de Zdarsky, je me dis surtout que Marvel a fait une erreur terrible en abrégeant celui de Collin Kelly et Jackson Lanzing (avec Carmen Carnero au dessin). Certes, les ventes n'étaient pas flamboyantes, mais ces auteurs-là avaient développé une intrigue aussi, sinon plus ambitieuse, et surtout plus solide, avec un supporting cast bien meilleur. Vous voulez lire du bon Captain America récent ? Achetez le run de Kelly et Lanzing (et Carnero) !

Ton Lima est au dessin et il fait du bon boulot, comme c'était le cas sur New Avengers récemment. En tout cas, mieux vaut vous habituer à lui si vous décidez de continuer car il semble bien qu'il s'installe sur le titre après le #11. Ce n'est pas un mauvais choix, voilà un jeune artiste prometteur qui est un bon narrateur. J'espère qu'on retrouvera Schiti sur un meilleur projet.

Ce n'est pas nul, mais ça ne me plait pas. Et donc ça compromet ce qui suit. Mais ce n'est pas grave. Parfois on mise gros sur un cheval qui ne donne pas satisfaction. J'attendais beaucoup (trop ?) de cette relance et ça n'a pas pris.

SUPERMAN #37 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Détesté par une partie de la Justice League, rappelé à l'ordre par son patron dans le comics shop où il a trouvé un job, Superboy Prime aimerait qu'on lui accorde une nouvelle chance mais, comme il le confie à Pa et Ma Kent, il ne sait pas comment faire. Il s'en remet à Damian Wayne qui a connu la même expérience...
 

Parfois il arrive que le scénariste d'une série ose quelque chose de si culotté qu'on pense qu'il va lamentablement se casser la figure, que les fans de la série qu'il écrit vont râler. Et puis parfois il arrive que cette prise de risque déjoue les attentes et fonctionne, gagnant l'adhésion des lecteurs et relançant l'intérêt de la série.


Je me souviens ainsi de Jason Aaron quand il fit de Jane Foster la puissante Thor : certains avaient cru alors que le fils d'Odin avait changé de sexe... Et puis, moi qui n'avais pas prêté attention au début du run de l'auteur sur ce titre, j'ai embarqué à ce moment-là et j'ai adoré, comme d'autres, au point que quand ça s'est terminé, j'ai regretté que ce soit déjà la fin.


Alors je ne dis pas que le jour où Superman reviendra animer sa propre série, je le déplorerai, mais ce qui est sûr, c'est que je regretterai quand même la période où Superboy Prime en était la vedette, car véritablement c'est l'excellente surprise du moment et le pari risqué mais gagnant de Joshua Williamson. Mais on peut aussi l'interpréter autrement...


Car, en vérité, c'est précisément ce que raconte l'arc narratif en cours. Comment un super héros que personne ou presque n'apprécie peut espérer gagner les coeurs ? Dans cet épisode, Superboy Prime vient de passer une mauvaise semaine et rend visite aux Kent dans leur ferme de Smallville pour se confier à eux.

En même temps qu'il leur parle, une partie de la Justice League stationne au-dessus de la ferme des Kent, prête à intervenir à tout moment, certaine, comme Power Girl, que Prime va commettre un impair et justifier la méfiance qu'elle éprouve à son égard. Et, au milieu du récit de Prime, on découvre qu'il a eu vision sinistre du futur dans laquelle il massacre la Justice League...

Cela ne vous rappelle rien ? C'est également ce qui arrive dans Green Lantern actuellement avec Hal Jordan qui, au contact du Livre d'Oa, voit un avenir sombre se dessiner. Sauf que Williamson sème le doute plus habilement car Superboy Prime a effectivement un passé criminel, une santé mentale instable et qu'il a sympathisé avec une belle cliente dont il ferait bien de se méfier...

L'idée géniale de l'épisode, c'est la rencontre entre Prime et Damian Wayne qui, comme lui, a été accueilli froidement par la communauté super héroïque à ses débuts - et pour cause : s'il est le fils de Batman, il est aussi celui de Talia Al Ghul et il fut formé par la Ligue des Assassins ! Prime lui demande comment il a réussi à se faire accepter et apprécier.

L'ambivalence du personnage est parfaitement exploitée par le scénariste et cela revitalise la série. Cela ne signifie pas que Superman est moins intéressant, mais avoir placé Prime comme son remplaçant provisoire fournit un tas de situations très intéressantes narrativement. Et le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser car effectivement, comme les autres super héros, on ignore si Prime en vaut la peine.

Cette malice est bien mise en valeur par le dessin de Dan Mora qui change subtilement de style, comme pour souligner l'étrangeté du dispositif. Prime, sous son crayon, emprunte à l'énergie du manga sans se départir de sa nature purement comics. La façon dont Mora le représente tranche avec le reste de la distribution, plus classiquement réaliste, et c'est raccord avec le propos.

La dernière page de l'épisode annonce un développement excitant dans la mesure où il s'agit d'une menace réelle pour Prime. A moins que Williamson ne nous réserve encore une surprise... Mais c'est pour ça qu'on prend tant de plaisir à lire son run.

DETECTIVE COMICS #1108 (Tom Taylor / Pete Woods, Bruno Abdias)


Autrefois. Alors qu'ils appréhendent une bande de voleurs, Batman, Black Canary et Green Arrow reçoivent le renfort d'un jeune héros masqué qui se présente à eux sous le nom de Prion... Aujourd'hui. Oracle avertit Batman qu'un nouveau témoin contre Richard Kelp escorté par la police est en danger...


Comme tous les lecteurs de comics, je n'aime pas beaucoup quand un épisode est mal produit, mal édité. Comment cela se traduit-il ? Par exemple quand le dessinateur a besoin d'aide et que la présence de deux artistes aboutit à un résultat juste moyen. C'est le boulot d'un editor de s'assurer que le dessinateur attitré aura ou non le temps de livrer sa vingtaine de pages, et si ce n'est pas le cas, à mon avis, mieux vaut que son remplaçant réalise l'épisode entier.


C'est ce qui se produit ici puisque Pete Woods ne signe que le début et la fin du numéro, alors que le centre est produit par Bruno Abdias, un inconnu non dénué de talent mais encore un peu vert à mon goût et dont le style tranche avec celui de son confrère. Le résultat donne l'impression qu'on lit quelque chose de mal raccommodé et ce n'est donc pas très agréable.
  

Ensuite, il faut parler de ce qui devient pour moi quand même très problématique dans le run de Tom Taylor sur Detective Comics. A chaque nouvel arc, c'est la même chose : le début n'est franchement pas terrible parce qu'il est très répétitif. Ensuite ça s'arrange plus ou moins, mais c'est le dispositif qui se répète qui créé le problème.
 

Ce dispositif, c'est que Taylor a depuis son arrivée sur la série décidé de jouer la carte de la retcon. On peut apprécier cela de deux manières différentes : soit il s'agit de modifications profondes dans l'historique du héros (par exemple une révélation sur ses origines), soit il s'agit de l'introduction d'un élément nouveau mais plus mineur en importance.

Après avoir donc imaginé que Thomas Wayne avait soigné Joe Chill et caché la compagne de ce dernier, après avoir raconté que le Lion avait été le bénéficiaire d'une bourse donnée par Bruce Wayne mais que Batman avait arrêté son père, une nouvelle fois Taylor s'amuse à glisser un élément inconnu dans le passé de son héros et de ses comparses.

Ici, il s'agit d'un jeune héros masqué, Prion, rencontré lors de l'arrestation d'une bande de voleurs et dont on devine qu'il a ensuite reçu les enseignements de Batman, Black Canary et Green Arrow avant de connaître un destin funeste (puisqu'on a vu les trois justiciers se recueillir sur sa tombe dans l'épisode précédent et sur la couverture de ce n°).

Alors, oui, pourquoi pas ? Au fond, ça ne change pas grand-chose, qu'il s'agisse de Thomas Wayne et Joe Chill, du Lion ou de ce Prion. Ce sont de petites retcons qui ne mangent pas de pain. Mais le systématisme du procédé devient lassant. Si encore Taylor ne faisait pas ça à chaque fois... Mais on a l'impression qu'il a choisi à chaque arc de partir sur cette idée.

Cette manière de louvoyer n'a rien de spécialement créatif. Il peut encore en inventer des paquets de personnages inconnus, inédits, pour justifier des intrigues au présent pour Batman. Mais c'est tout de même très artificiels. Et le pire, c'est que Taylor est coutumier du fait : déjà dans Nightwing, dès son premier arc, il introduisait une demi soeur cachée à Dick Grayson.

Cependant il avait ensuite construit la série sur des ressorts plus imaginatifs et entraînants et finalement l'addition de Melinda Zucco n'était pas qu'une béquille narrative. En revanche sur Detective Comics, on ne voit pas ce que ça ajoute à la mythologie déjà tellement riche de Batman. Et surtout on n'a plus le sentiment que Taylor cherche à construire une saga sur le long terme mais plutôt qu'il enchaîne les arcs mécaniquement.

Je vais quand même achever cet arc (qui prend fin en Juillet). Mais là, vraiment, si après il continue avec ce procédé, j'arrête parce que ça me gonfle.

AMAZING SPIDER-MAN #27 : DEATH SPIRAL #9 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness, Carlos Gomez, Francesco Manna)


Lié à Carnage, Spider-Man affronte Torment mais Eddie Brock s'invite dans cette bagarre pour dérober au tueur le bracelet du Shocker et libère le tisseur de l'emprise du symbiote. Venom surgit alors pour s'occuper de Torment qui en a profité pour rattraper May Parker et Anna Watson...


Le crossover Death Spiral s'achève avec ce numéro d'Amazing Spider-Man et après 9 semaines de parution. Joe Kelly conclut l'intrigue  avec beaucoup d'énergie. L'action domine les débats mais réussit à faire de la place pour quelques scènes qui seront sans doute explorées plus tard dans ce titre et celui de Venom.


Difficile d'en dire plus sans spoiler, même si on peut affirmer sans se tromper qu'on ne risque pas de revoir Torment (quoique, dans les comics, sait-on jamais...). Je le regrette presque parce que ça fait de lui un vilain créé juste pour cette histoire alors qu'il avait du potentiel et que sa lubie des spirales et des meurtres généalogiques aurait pu être réutilisée.


Les lecteurs de Spider-Man auront l'occasion d'analyser les conséquences de ce crossover dans le futur puisqu'on a pu remarquer dans un épisode précédent qu'une des cibles de Torment avait deviné son probable lien familial avec Spider-Man. Toutefois, c'est bien pour Venom et Mary Jane Watson que Death Spiral aura le plus de retombées.

Sans rien déflorer, le symbiote et son nouvel hôte commettent un acte radical que j'imagine mal Al Ewing ne pas prendre en compte. Reste à savoir quand. Avec l'event estival Queen in Black, je pense que le scénariste va temporiser avant d'en reparler. Je serai en tout cas surpris et déçu qu'il le passe sous silence.

Désolé de tourner autour du pot comme ça, mais je ne veux pas spoiler. Est-ce qu'au final Death Spiral aura été un bon crossover ? J'ai envie de dire que oui quand même. Même si 9 épisodes pour ça, c'est définitivement trop long, je ne me suis pas ennuyé en le lisant et la parution hebdomadaire a beaucoup joué à ce niveau.

Ensuite, même si, évidemment, c'était inégal d'un auteur à l'autre, Joe Kelly, Charles Soule et Al Ewing ont su se passer le relais efficacement et aussi bien Spider-Man, Carnage que Venom ont eu de quoi briller. Il y a eu de l'action, des rebondissements, et un adversaire coriace, suffisamment pour tenir tête aux trois personnages principaux. Quant au mort de l'histoire, je crois pouvoir assurer que personne ne le regrettera...

Visuellement, ce dernier épisode montre en revanche que le rythme de publication aura été limite pour les artistes. Ed McGuinness n'aura au final dessiné qu'un épisode complet, sinon il a aura eu besoin d'aide. Cette fois encore, il est secondé par Francesco Manna et également par Carlos Gomez. Miraculeusement, malgré des différences de style prononcées, l'ensemble se tient correctement.

Après ça, Amazing Spider-Man peut se diriger tranquillement vers son millième épisode. Et, pour ma part, je serai heureux de relire Venom dès le mois prochain.