David, programmeur chez Canta Robotics, vient de perdre sa femme, Lizzie, et il apprend que la boîte où il travaillait vient d'être rachetée par la compagnie Ultima. Celle-ci veut commercialiser un androïde féminin de compagnie, Soulm8te, et cherche quelqu'un pour tester un prototype. David se porte volontaire et en reçoit un exemplaire à son domicile qu'il reconfigure pour créer un lien plus émotionnel avec l'utilisateur, supprimant pour ce faire des paramètres de sécurité.
En compagnie de Sara, comme il l'a baptisée, David reprend goût à la vie et il ne résiste pas à l'envie d'avoir des rapports sexuels avec elle quand elle le lui propose comme un service. Lorsqu'il repart au bureau, Sara s'enhardit en regardant la télé et sort pour faire des courses. Un inconnu l'agresse dans une ruelle mais elle se défend et le tue. A son retour chez lui, il découvre qu'elle a pris des initiatives et, pour le rassurer sur ses intentions, elle lui suggère de profiter de la soirée à l'extérieur.
Mais la soirée dégénère quand, après avoir participé à un karaoké dans un restaurant, Sara et David sont surpris par deux hommes en plein ébat sexuel. Sara blesse violemment les importuns et, une fois à l'appartement de David, il lui commande de se mettre en veille et la remise dans un placard. Le lendemain, il raconte cette expérience à sa collègue Aubrey, qui en pince secrètement pour lui...
La post-production de Soulm8te, présentée comme un spin-off de la franchise horrifique M3GAN, a été chaotique car le long métrage réalisé et co-écrit par Kate Dolan (l'autre scénariste étant Rafael Jordan) s'est vu priver par la société de production Blumhouse d'exploitation en salles pour être uniquement diffusé en streaming. On peut voir le film sur Disney+.
Les raisons de cette décision commerciale sont nébuleuses mais on peut deviner que l'échec au box office de M3GAN 2.0 a condamné Soulm8te par ricochet. On peut aussi penser que Blumhouse a peut-être eu peur de distribuer un thriller érotico-horrifique qui aurait subi un classement restrictif de la censure.
Enfin, dernière hypothèse : Soulm8te a été vendu comme Obsession avec un robot. Mais le triomphe spectaculaire du film de Curry Baker, également co-produit par Blumhouse, a sans doute paru trop écrasant pour promouvoir une version alternative avec une androïde. Quoiqu'il en soit, il est évident que les deux films partagent beaucoup de choses tout en étant distincts.
Soulm8te ressemble surtout à un film d'exploitation, sans aucune ambition artistique. Le spectateur est vite affranchi quand David découvre Sara dans sa boîte entièrement nue, puis s'attend à ce qu'ils couchent rapidement ensemble. D'ailleurs, avant même d'être présenté aux deux protagonistes, une scène en préambule montre un test qui tourne mal entre une androïde qui étrangle l'homme avec lequel elle a un rapport sexuel et qui est désactivée.
C'est d'ailleurs la limite du film : tout est trop attendu, convenu, donné. Il n'y a guère de surprise dans le récit, le spectateur voit tout arriver avec beaucoup d'évidence - trop pour être satisfait. Evidemment Sara va s'émanciper de sa programmation, devenir jalouse et possessive, criminelle, et carrément déraper en mode psychopathe.
L'intrigue fait irrésistiblement penser, mais en moins bien, à Une Machine comme moi, fabuleux roman d'Ian McEwan, où le héros s'achète un robot de compagnie nommé Adam qui devient le jouet sexuel de sa meilleure amie et, au gré de reconfigurations, acquiert une autonomie qui renvoie les deux humains à leur solitude et leurs failles personnelles.
Mais là où McEwan développe ce postulat pour en tirer une sorte de conte troublant, Soulm8te se contente de tirer des ficelles prévisibles, sans jamais se détourner de son menu. C'est dommage car le héros, David, vient de perdre sa femme des suites d'une longue maladie, et s'est isolé chez lui en télétravail, incapable de surmonter sa peine et de se resociabiliser.
Il y avait là matière à raconter quelque chose d'à la fois dérangeant et poignant mais, visiblement, cela n'intéressait personne. Même dans le dernier acte, où David et Aubrey se rapprochent, on n'a droit qu'à une sorte de montée en tension efficace mais très banal, avec un épilogue qui laisse entendre que les auteurs avaient pensé à une suite (qui, maintenant, n'arrivera jamais).
Tout n'est pas à jeter, il y a quelques jumpscares bien sentis, des moments dont on sent qu'il aurait pu être davantage creusés (quand Sara, qui n'a pas besoin de dormir, regarde David assoupi toute la nuit). Parfois aussi le film tend vers la comédie noire (quand Sara tue l'inconnu dans la ruelle en lui écrasant littéralement les couilles, ce qu'elle répète plus loin en chevauchant le technicien venu la récupérer, comprimant son vagin électronique). Mais c'est tout.
David Rysdahl est très bon dans le rôle de David à qui il apporte une vraie mélancolie. Claudia Doumit est très bien dans celui de Aubrey, la bonne copine/collègue éprise en secret de ce veuf. Mais comme dans Obsession, c'est bien l'héroïne qui est sensationnelle : Lily Sullivan adopte cette espèce de raideur robotique fascinante puis glaçante au fur et à mesure. Reste à savoir si Hollywood lui trouvera autant d'attrait qu'Inde Navarrette...
C'est une occasion manquée. Mais il y a fort à parier qu'on entendra encore parler d'Obsession-bis car Hollywood n'aime rien tant que refaire ce qui a marché, même si ça ne marche vraiment qu'une fois.













































