samedi 26 septembre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 2 : HOSTILE TAKEOVER (Jed MacKay / Ryan Stegman, Netho Diaz, Emilio Laison, C.F. Villa)


X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 2 : HOSTILE TAKEOVER
(X-Men #11-18)


Un vaisseau spatial vient de se crasher à la frontière entre l'Alaska et le Canada : à son bord, Corsair, le père de Cyclope, et à ses trousses une bande de mercenaires skrulls et badoons. La Divison Alpha intervient  en même temps que les X-Men, mais Cyclope, en attaquant ceux qui traquent son père, découvrent qui est celui qu'ils veulent réellement capturer.


Après avoir eu maille à partir avec les Uncanny X-Men, X-Force et X-Factor, alors que le Professeur X a quitté la Terre en compagnie de l'impératrice Shi'ar Lilandra, les X-Men rentrent à leur base pour apprendre que la jeune Piper Cobb a fugué. Temper qui avait cru que la jeune fille était une mutante prend l'affaire à coeur.


Les X-Men se trouvent alors pris entre trois feux : d'abord face à un énorme monstre, ensuite face aux six mutants adultes qu'ils avaient localisés à Santo Marcos, et enfin pour le Fauve face à Wire, un agent de la mystérieuse organisation 3K qui l'invite à se joindre à eux...


Ce tome 2 de X-Men par Jed MacKay est encore plus explosif que le premier, comme si le scénariste avait voulu convaincre ses lecteurs qu'il n'était pas là pour rien. Le volume est divisé en trois parties qui débordent d'action et confrontent les X-Men menés par Cyclope à des situations de plus en plus extravagantes, les plongeant dans un véritable accélérateur à particules.


Dans un premier temps, MacKay développe une intrigue sur deux épisodes qui se situent après le crossover X-Men/Uncanny X-Men : Raid on Graymalkin où l'équipe de Malicia tentait, contre l'avis de celle de Cyclope, de libérer le Professeur X du manoir de Graymalkin transformé en prison pour mutants, Cyclope estimant que Xavier devait payer pour sa trahison ayant causé la chute de Krakoa.


Le scénariste continue à exploiter la figure paternelle perdue avec Corsair, père biologique de Cyclope, pirate de l'espace, qui attire une bande de mercenaires. Sauf qu'ils n'en ont pas après lui mais bien après Cyclope dont ils veulent se servir pour capturer... Jean Grey/Phénix, dont les aventures se déroulent dans l'espace au sein de sa propre série.


Jean Grey n'apparaît pas mais en guest-star, on a droit à la Division Alpha (feat. Guardian, Puck, Marina, Harfang, Vindicator), devenue un groupe d'outlaws depuis leur aide portée aux mutants lors de la chute de Krakoa. MacKay avec Netho Diaz au dessin s'amusent comme des fous avec une baston homérique, des prises de bec incessantes entre père, fils et Magik (qui remonte au 1er arc de New Mutants époque Krakoa).

Diaz montre qu'il apprend vite au dessin avec des planches très énergiques et des personnages mieux campés. Il prouve surtout qu'il n'a rien à envier à Ryan Stegman quand il faut découper des scènes de bagarre dantesques et gérer des compositions avec une foule de personnages. Cette paire d'épisodes est très drôle en prime, notamment pour la complicité du tandem Magik-le Fléau.

Nous arrivons à l'épisode 13 qui correspond au chapitre 4 du crossover X-Men/Uncanny X-Men/X-Force/X-Factor/Exceptional X-Men/NYX/Storm : X-Manhunt. Cette histoire a permis de régler le problème Charles Xavier qu'une partie de ses anciens élèves désiraient voir purger une peine de prison pour avoir causé la chute de Krakoa tandis que d'autres ne supportaient pas d'abandonner leur mentor dans ces conditions.

Je trouve assez étrange que Marvel ait intégré cet épisode dans ce tome 2 car le lecteur ne peut l'apprécier sans avoir lu les autres séries concernées à ce moment. Passons.

Car, ensuite, MacKay va développer un arc narratif en quatre numéros. Pour cela, il revient sur le cas de la jeune Pipper Cobb, cette gamine de Merle, convaincue d'être une mutante et que Temper avait emmené à la Manufacture pour qu'elle subisse des examens devant confirmer cela. Sauf que le Fauve ne décela aucun gène X dans le sang de la gamine.

MacKay est malin mine de rien car il va utiliser ce récit pour évoquer la gémellité de Charles Xavier et Cassandra Nova (qui, on l'a appris, fait partie de l'organisation 3K - désolé pour ce spoiler, mais j'étais obligé de dévoiler ce secret pour que la suite de ma critique soit claire). En effet, la mère de Piper, une anti-mutante, attendait des jumelles avant que son gynécologue lui apprenne qu'elle n'aurait qu'une fille.

Piper a absorbé sa petite soeur qui, aujourd'hui, réussit à prendre vie et à s'incarner sous la forme d'un gigantesque Kaiju. Tout s'explique : la Sentinelle de la "nuit de fer" avait bien détecté une mutante, la jumelle de Piper, et l'organisation 3K aussi. Et justement la 3K a préparé une surprise aux X-Men pour les empêcher de mettre la main sur cette recrue de taille et de poids.

On assiste donc à une succession de péripéties toutes plus grandiloquentes les unes que les autres avec le monstre géant, une équipe de mutants adultes dressée par 3K, Magneto aux commandes d'une Sentinelle (dans un combat Mecha vs. Kaiju), une petite fille perdue, sa mère en détresse, Cyclope qui montre quel fin stratège il est, Kid Oméga à l'article de la mort... Et j'en passe.

Tout ça donne un peu le tournis, surtout que le scénario file à toute allure d'un endroit à l'autre, d'une zone de combat à une autre, d'un groupe de personnages à un autre. Mais c'est grisant parce que MacKay s'emploie à ce que tout reste limpide, que les événements ne se marchent pas sur les pieds. On assiste à l'exploitation des pouvoirs de Jennifer Starkey et au retour sur le terrain de Xorn aussi.

La cadence de publication commence à éreinter les artistes et Ryan Stegman a besoin du renfort de C.F. Villa sur l'épisode 15, tandis que Emilio Laiso, excellent, assure les dessins de l'épisode 18. Netho Diaz s'occupe, lui, du numéro 16. Malgré ce défilé, le style d'ensemble reste étonnamment homogène et surtout diablement efficace.

On pourrait penser qu'en privilégiant ainsi le grand spectacle, la baston, MacKay ne raconte finalement pas grand-chose de consistant. Sauf que c'est faux : il développe habilement le subplot avec la 3K, met en scène le Fauve qui préfère se consacrer à ses recherches plutôt qu'aux missions et est approché par la 3K, n'oublie pas les nouveaux mutants réfugiés dans la Manufacture.

Tout cela forme un terreau pour des histoires futures et nourrit donc un projet à long terme. D'ailleurs, la série se joue sur trois temps : à court terme, les batailles régulières des X-Men ; le moyen terme, les manigances de la 3K ; et le long terme, la collision inévitable entre X-Men et 3K. C'est plus ambitieux qu'on ne le croit, mais surtout bien bâti, bien construit -infiniment mieux que Uncanny X-Men.

vendredi 25 septembre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 1 : HOMECOMING (Jed MacKay / Ryan Stegman, Netho Diaz)


X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 1 : HOMECOMING
(X-Men #1-7)


Merle, Alaska. Cyclope et son équipe (composée de Magneto, le Fauve, Magik, Kid Oméga, Temper, Psylocke, le Fléau pour les missions sur le terrain) ont établi leur base dans une ancienne manufacture de Sentinelles, mise à l'arrêt par les Avengers. Tandis que le Fauve accueille la shérif Robbins pour lui faire visiter les lieux, Cyclope intervient à Santo Marcos pour récupérer Wolverine qui y a localisé six jeunes mutants. Mais leurs pouvoirs se sont activés à l'âge adulte !
 

Le Fauve enquête sur cette anomalie pendant que ses amis interviennent à San Francisco où ils exfiltrent Ben Liu, un autre mutant adulte persuadé d'avoir été l'objet d'expériences par des aliens, et à Detroit où ils sauvent Jennifer Starkey, traquée par Trevor Fitzroy et sa bande pour un livestream. Cyclope doit aussi composer avec l'agent Lundqvist de l'Office National of Emergency (O.N.E.) qui se méfie de la présence des X-Men à Merle.


Kid Oméga et Psylocke découvrent qui a effectivement enlevé Ben Liu et par ricochet qui s'emploie à activer le gène X chez des humains. En parallèle, une jeune fille de Merle, Pipper Cobb, renvoie Cyclope et Magneto à "la nuit de fer", une intervention dramatique survenue quelques mois plus tôt et qui a privé Erik Lehnsherr de ses pouvoirs et de sa mobilité...


Comme aucune nouveauté n'était dans ma liste de lecture de cette semaine, je me suis plongé dans de la littérature mutante, d'abord en relisant X-Men de Jonathan Hickman (qu'est-ce que c'était cool), puis en me décidant à découvrir ce que valait vraiment X-Men de Jed MacKay. La déception ressentie à la lecture de Uncanny X-Men de Gail Simone m'a motivé en espérant que cette autre série soit meilleure.


Et puis je dois bien avouer Jed MacKay figure désormais parmi les scénaristes qui m'intriguent. Son run sur The Avengers, sans être génial et certainement écrit sous la supervision étroite d'un editor, n'était pas si mal, très cohérent en tout cas. Et ses derniers épisodes de Moon Knight avec les Midnight Sons ont prouvé qu'il savait écrire des team books.


Evidemment, X-Men comme The Avengers sont des sortes de tests pour n'importe quel scénariste, les fans attendent au tournant ceux qui s'y frottent, et ayant beaucoup aimé la période Krakoa (en tout cas, tant que Hickman avait la main), j'étais sceptique sur la suite. Uncanny X-Men a été pénible à lire à cause des idées woke de Gail Simone. Et les autres team books ont fait long feu.


MacKay allait-il faire mieux ? A ce jour, il a produit 37 épisodes (+ 3 épisodes de Amazing X-Men durant l'event Age of Revelation, qu'il a initié) et il va rester aux commandes encore en 2027. Comme Uncanny, X-Men est une série qui sort 18 épisodes en moyenne par an, comme l'exige l'editor Tom Brevoort depuis qu'il pilote la franchise mutante. Il faut avoir la santé quand on écrit ces titres.

Ce que j'ai regretté dans la transition de la période Krakoa à celle de From The Ashes, c'est le peu de cas que Brevoort a fait de cette transition justement. Les mutants vivaient sur une île, avaient bâti un Etat souverain, ont connu une ascension, un règne et une chute. Et puis, nouveau directeur éditorial, et tous les mutants sont éparpillés aux quatre vents, comme si leur vie en communauté avait été effacée. Et encore, c'est sans mentionner tous les mutants dont on ignore où ils sont passés depuis Krakoa...

La méthode est quand même cavalière. MacKay, de ce que j'ai lu (c'est-à-dire à peine un tiers de son run actuel), fait comme Gail Simone : il reste allusif sur cette transition. Mais il s'est donné une marge en situant le début de son histoire quelques mois après Krakoa et je pense qu'il va s'employer à raconter ce qui s'est passé dans l'intervalle - c'est déjà un peu le cas dans ce tome 1.

Donc : Cyclope a assemblé une équipe avec Magneto. Les deux avaient déjà fait alliance quand Brian Michael Bendis écrivait Uncanny X-Men, après la mort de Charles Xavier (cf. Avengers vs. X-Men), avant Krakoa. Il y a là une association qui ne sort pas de nulle part. On pourrait même dire que Cyclope a changé de "père" en restant avec Magneto aujourd'hui, condamnant la trahison de Xavier à la fin de Krakoa.

Autour d'eux on trouve le Fauve qui repart de zéro, après ses exactions durant Krakoa, et d'ailleurs il a à nouveau son look classique (et plus une tête de lion ou de singe). Magik et Psylocke sont là, tout comme Kid Oméga (Quentin Quire) et le Fléau (certes pas un mutant mais qui a intégré la communauté mutante). Et Temper, rescapée de l'éphémère génération Hope, et ex-condamnée sur Krakoa.

C'est une formation solide, costaude, variée, plus étendue que Uncanny X-Men de Simone (qui repose sur le quintet Malicia-Gambit-Wolverine-Diablo-Jubilé). Mais surtout MacKay a voulu manifestement un groupe avec une mission, classique certes (localiser/sauver de nouveaux mutants), et une situation traditionnelle (haïs et craints à la fois, mais refusant de baisser les bras, et tournant le dos à une cohabitation avec les humains).

L'intrigue de ce premier arc pointe sur l'émergence de nouveaux mutants dont le gène X se manifeste à l'âge adulte, alors que d'habitude les pouvoirs mutants apparaissent à la puberté. MacKay ne fait pas durer le suspense trop longtemps, même si ce premier tome compte quand même 7 épisodes : il est question d'une organisation secrète, 3K, qui créé artificiellement des mutants en combinant technologie et génétique. Et leur chef est une adversaire réputée et redoutable...

En dehors de ces circuits plutôt balisés et convenus, il faut l'admettre, mais qui délivrent leur quota d'action très efficacement, MacKay fait parler ses qualités en mettant en scène des caractères forts, parfois antagonistes mais complémentaires, et avec une touche d'humour bien dosée (comme quand Cyclope avoue qu'être accompagné de deux filles avec des épées - Magik et Psylocke - était un de ses fantasmes d'ado).

La série est divertissante grâce à cela : les taquineries entre Psylocke et Kid Oméga, la rage bourrine du Fléau, le manque de tempérance de Temper, la frustration de Magneto et du Fauve, le côté missionnaire de Cyclope. Et, contrairement à Gail Simone avec ses horripilants Outliers, les quelques mutants sauvés ici ne parasitent pas la série.

Avec au dessin Ryan Stegman (sur les épisodes 1 à 3 et 5) et Netho Diaz (sur les épisodes 4, 6 et 7), on a le sentiment de lire un comic book provenant des années 90 avec un style percutant, un trait très détaillé, un découpage tout sauf subtil. C'est parfois vilain, en tout cas à mon goût, mais c'est indéniablement percutant, et même rigolo.

Les personnages en action sont saisis dans des postures outrancières, des expressions caricaturales. Tout semble fait pour souligner ce côté vintage, y compris dans certains redesigns (comme celui du costume de Cyclope, assez affreux, ou celui de Temper, carrément moche). A contrario, Psylocke est rhabillée, comme pour coller au climat de l'Alaska (alors que Magik continue à se balader dans son costume de cuir noir sexy made in Chris Bachalo, mais elle doit être moins frileuse. C'est l'avantage d'avoir grandi dans les limbes).

Surtout Stegman et Diaz ont deux dessins qui se répondent bien, il n'y a pas de cassure en termes graphiques. Stegman est plus expérimenté, son style est plus affirmé, là où Diaz, c'est visible, se cherche davantage. Mais c'est une bonne idée de les faire alterner, le lecteur n'est pas choqué en passant de l'un à l'autre. Et, même si ce n'est pas mon style préféré, ça fonctionne très bien.

En fin de compte, c'est ce que j'ai préféré, et ce qui m'a donné envie de poursuivre : tout ça ne prétend rien réinventer, mais cette humilité fait que ça roule. MacKay s'inscrit dans la veine des auteurs X qui renouent avec l'inspiration feuilletonnesque de la série, alternant action pure et caractérisation. C'est moins original et inventif que Hickman ou Morrison, mais c'est nettement plus plaisant et abouti que Gail Simone.

vendredi 18 septembre 2026

X-MEN '97 (Saison 2) (Matthew Chauncey, 2026)


Trois groupes de X-Men sont dispersés dans le temps : en 1997, Bishop entreprend de rassembler l'équipe projetée en 3000 av. J.C. (comprenant Magneto, Charles Xavier, Malicia, Diablo, le Fauve) qui ont fait la connaissance de En Sabah Nur avant qu'il ne devienne Apocalypse et à qui ils veulent enseigner qu'il est possible de faire coexister humains et mutants ; Forge, lui, se rend en 3960 ap. J.C. pour rapatrier l'autre équipe (comprenant Cyclope, Jean Grey, Morph, Tornade) et où Nathan Summers va devenir Cable dont la mission sera de tuer Apocalypse.
  

Pendant ce temps, restés en 1997, Jubilé et Sunspot sont recrutés par Cable pour former X-Force aux côtés d'Archangel et Psylocke afin de traquer les Cavaliers d'Apocalypse. Le Dr. Valerie Cooper a, elle, à sa disposition X-Factor, composé de Havok, Polaris, Multiple Man, Strong Guy et Wolfsbane, dont la mission consiste à stopper les actions punitives d'X-Force. De son côté Wolverine a rassemblé Dents-de-sabre, Maverick, Lady Deathstrike et Garrison Kane pour retrouver la base de l'Arme X afin de la détruire - même si Logan espère aussi y trouver un moyen de régénérer son squelette métallique.
  

De retour en 1997, tous les X-Men établissent leur base sur l'île de Genosha au sein d'une organisation nommée X-Corp. Xavier et ses élèves n'ont pu empêcher Apocalypse de survenir et ce dernier veut ressusciter Gambit pour en faire son plus dangereux Cavalier : Mort...
 

Deux ans après sa saison 1, X-Men '97 est donc de retour, un laps de temps plutôt court quand on sait à quel point la production d'une série animée est longue à développer. Et ce, sans compter l'absence du showrunner Beau DeMayo, licencié entretemps. C'est Matthew Chauncey, scénariste, qui a dirigé l'écriture de ces neuf nouveaux épisodes.


Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la différence est sidérante. Là où je reprochais à la saison 1 d'aller trop vite en besogne, compressant des arcs entiers de comics en un épisode, et accumulant les intrigues sans laisser au spectateur le temps de les savourer ou même de s'attacher aux personnages et aux événements, on profite là à d'une narration bien plus digeste.
 

Cette fois, en effet, Apocalypse et sa menace parcourt l'ensemble des neuf épisodes, même si les auteurs s'autorisent quelques apartés, parfois surprenantes. Dans la première moitié de la saison, deux groupes de X-Men se trouvent à deux extrémités temporelles, l'une dans un lointain futur, l'autre dans un passé très reculé, mais toutes les deux avec un objectif similaire : stopper Apocalypse.


Tandis que Xavier et Magneto s'emploient à adoucir En Sabah Nur avant qu'il ne devienne un suprémaciste immortel, Cyclope et Jean Grey tentent de composer avec Mère Askani qui veut former Nathan Summers, leur fils, à devenir celui qui exterminera Apocalypse. Dans tous les cas, le spectateur sait que la tragédie est inéluctable, mais cela n'empêche pas un suspense intense de s'installer.


Lorsque tout ce beau monde se retrouve en 1997, il leur faut encore composer avec des forces imprévues : il y a la X-Force de Cable qui applique une justice expéditive, il y a X-Factor et ses mutants au service du gouvernement américain, et il y a les Acolytes avec à leur tête Exodus qui veulent punir Graydon Creed, l'ambitieux politicien anti-mutant en lice pour la présidentielle.
 

Tout cela est ponctué par deux épisodes curieux dans la mesure où ils ne s'intègrent à aucune des intrigues précitées : d'abord Wolverine qui veut détruire la base de l'Arme X et qui se trouve face à un essaim de Broods pour un mix assez improbable mais très référencé - sans doute trop pour celui qui n'aura lu ni les arcs de Claremont avec Paul Smith ou avec Marc Silvestri.


Et puis il y a cet autre épisode, encore plus étonnant, où les X-Men avec leur look du run de Grant Morrison et Frank Quitely (New X-Men) affrontent Danger, l'incarnation de la salle des dangers, une histoire tirée du run de Joss Whedon et John Cassaday (Astonishing X-Men). Pourquoi avoir lié ces deux époques au lieu d'exploiter ces deux runs pour plus tard dans la série ? 

Et puis il y a ce dernier acte, spectaculaire, qui tourne autour du retour de Gambit dans la peau de Mort, le cavalier ultime d'Apocalypse. La boucle est en quelque sorte bouclée et de quelle façon ! Il y a du rythme, de l'action (beaucoup) et du sentiment (enfin  !), avec le sacrifice d'un mutant amené de manière intelligente (même si je regrette que les scénaristes semblent ne pas vouloir le ramener).

Vous l'aurez compris, cette saison 2 est tellement meilleure que la 1 ! Hormis donc les deux épisodes un peu hors sujet que je viens d'évoquer, le fil rouge avec Apocalypse tient toutes ses promesses : on assiste à la naissance d'un vilain redoutable et emblématique, ainsi qu'à celle de son plus féroce adversaire, tout en intégrant une foule de personnages, le tout sans que cela soit indigeste. Un exploit.

La gestion des personnages est exemplaire et il y avait de quoi faire : qu'il s'agisse de camper la X-Force et sa mission punitive ou X-Factor avec son engagement auprès des autorités, c'est parfaitement construit. Bien entendu, tout le monde n'a pas le droit à un traitement égal et de ce point de vue X-Factor voit ses membres à peine esquissés en dehors de Polaris.

Idem pour les Acolytes où Exodus fait pâle figure mais ce détour permet de ramener Colossus dans le giron des X-Men au terme d'un procès superbement conçu avec Diablo dans le rôle de l'avocat de son demi-frère Graydon Creed. A bien des égards, les épisodes de cette saison sont une leçon de storytelling et de caractérisation.

J'ignore ce que donnera le film X-Men de Jake Schreier en 2028 mais le cinéaste pourra potasser la série animée pour s'inspirer de la dynamique d'une équipe qui ne relègue au second plan aucune de ses vedettes, y compris le Pr. X dont les comics n'ont pas toujours su quoi faire (hormis dans New X-Men ou House of X/Powers of X récemment).

L'animation m'a semblé plus mobile, avec des qualités de mise en scène plus probantes. Les designs d'Amelia Vidal et son équipe conservent ce côté rétro qui sied à l'époque de la série, sans abuser des codes visuels des comics des années 90. Toutefois, je me demande si Disney et Marvel Studios ne seraient pas avisés de faire évoluer le concept pour ne pas se cantonner à cet aspect vintage.

En effet, comme on le voit dans la dernière partie, les looks des X-Men sont ceux créés par Frank Quitely lors du run de Grant Morrison sur New X-Men à partir de 2001. On quitte donc le siècle dernier pour aborder le nouveau millénaire et je pense que X-Men '97 n'a dès lors plus rien de viable. Pourquoi pas, alors, entamer une troisième saison en l'intitulant "X-Men 2000" ou le retour du titre X-Men Evolution par exemple ?

Les scénaristes disposent avec les récits de Morrison puis de Whedon jusqu'à Bendis et Hickman d'un volume d'histoires conséquentes à qui les années 90 ne doivent plus rien. Continuer à aménager des storylines plus récentes en restant en 97 serait un non sens, une absurdité.

Mais, exceptées ces réserves, je n'ai que du bien à dire de X-Men '97 saison 2 : j'ai binge-watché ces épisodes avec un grand plaisir, sans jamais m'ennuyer ni pester après la narration trop compressée. J'aimerai juste une animation un peu plus dynamique et une évolution historique afin que la série grandisse et mûrisse comme elle en a le potentiel.

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #8 (Jed MacKay / Devamalya Pramanik)


Pour que Achilles Fairchild relâche ses amis, Moon Knight a trahi Daredevil, Ghost Rider et Blade en les lui livrant. Pourtant il se rend compte que le marché n'est pas respecté et il passe alors le relais à Clea Strange...


Cette série est sensationnelle et s'il ne fallait en lire qu'une chez Marvel, ce serait celle-ci : pas un numéro plus faible que l'autre - au contraire, chaque mois Jed MacKay se surpasse et hisse Marc Spector : Moon Knight au sommet. Jamais le chevalier de la lune n'avait sans doute été à pareille fête, en tout cas pas depuis des lustres.


Je situe même ce run au-dessus de celui de Jeff Lemire avec Greg Smallwood car sa qualité sur la longueur parle pour lui. MacKay a su s'emparer de celui qu'on a souvent, à tort, comparé au Batman de Marvel pour en faire un héros passionnant, aux aventures palpitantes. Et malgré les relaunchs incessants (celui-ci dépassera-t-il les 10 n° ?), il a su rebondir pour aller encore plus haut.
  

Les Midnight Sons ont donc été trahis par Moon Knight qui avait passé un marché avec Achilles Fairchild de lui livrer des héros ayant connu au moins une fois un cas de possession (comme lui avec le Manoir Vorace) contre la libération de ses amis. Mais l'asgardien en réclame davantage et c'est au tour de Clea Strange d'entrer en scène.


Jusqu'à présent la sorcière suprême de la dark dimension ne semblait là que pour faire le lien entre Moon Knight et ses alliés de circonstance, mais là, Jed MacKay lâche les chevaux et offre cet épisode à ce personnage qu'il avait un temps placé à la place de Stephen Strange dans le rôle de Doctor Strange. Et le scénariste prouve une fois de plus à quel point il est bon quand il s'agit d'écrire des héros de second rang.

Cette appellation n'a rien de péjoratif - c'est un constat : Marvel, en dehors de Daredevil, ne publie plus de séries avec Blade, Ghost Rider et Clea Strange. Ce sont tout au plus des seconds rôles comme dans cet arc narratifs. Et quand l'éditeur a annoncé sa ligne Midnight, les fans ont cru un temps, les naïfs, que des comics allient mettre à l'honneur ces personnages issus du registre horrifique.

Mais MacKay prouve en réalité que pour faire honneur à ces seconds couteaux il faut les intégrer à une histoire sur-mesure, et non fantasmer sur une ligne de comics qui n'aurait guère de chance d'avoir des ventes suffisantes pour survivre. Et, de ce côté-là, cette intrigue permet de donner la pleine mesure de Clea, Blade et Ghost Rider aux côtés de Moon Knight - jusqu'à ces dernières pages, démentielles !

Devmalya Pramanik contribue énormément à la forte impression que procure Marc Spector : Moon Knight. Ses planches sont spectaculaires, virtuoses, avec un découpage débordant d'imagination. Il n'y a guère que Hayden Sherman chez DC pour l'égaler, dans un style encore différent. Pramanik depuis 8 mois se surpasse à chaque épisode et cette fois-ci encore.

La représentation des forces occultes ne parait lui poser aucun problème graphique - elle le motive, l'inspire et le lecteur est emporté dans un récit complètement fou, où chaque scène est un tour de force visuel. Les couleurs de Rachelle Rosenberg attestent de l'importance que peut avoir une bonne association entre un artiste et une coloriste pour aboutir à à quelque chose d'unique, mettant en valeur chacun.

Mais où vont-ils s'arrêter ?

jeudi 17 septembre 2026

LOBO #7 (Skottie Young / Jorge Corona)


Lobo doit abréger sa participation à une table de jeu pour partir exécuter un contrat commandé par un freelance. Après avoir traversé un péage, il arrive sur une planète désolée qui lui rappelle quelque chose -et pour cause : c'est Czarnia, son monde natal. Mais qui a voulu l'envoyer là et pourquoi ?


Le mois dernier, je m'interrogeai sur la série Lobo de Skottie Young et son avenir avec la construction de ses histoires en une ou deux parties maximum. Non pas que ça me lassait ou que je doutai des capacités du scénariste, mais je me demandai si ce serait là son unique ambition. Certes, on se marrait bien, c'était déjanté, mais Young pouvait-il aller plus loin ?


La réponse n'aura pas tardé à venir puisqu'avec ce numéro 7 débute un véritable arc narratif intitulé The Last Death of Lobo, qui court au moins jusqu'à Novembre. Le titre annonce la couleur : quelqu'un en veut mortellement à Lobo - ce n'est pas original - sauf que cette fois le czarnien pourrait bien y passer. Et qui plus est sur sa planète natale.


Il faut rappeler que Lobo a exterminé son peuple mais aussi qu'il est doté d'un facteur régénérant (comme Wolverine auquel on l'a souvent comparé). Il est donc virtuellement increvable, même si, comme on le mentionne dans l'épisode, il a été en enfer et en est revenu. Si on nous promet sa mort, c'est qu'il va falloir compter avec un adversaire rudement coriace et expéditif.


Comme à son habitude, Young lance donc the Main Man sur un contrat pour lequel un agent freelance qu'il ne connait pas l'a engagé. Lobo remet les pieds sur Czarnia sans d'abord reconnaître où il est mais aussitôt après il est interpelé par un individu qui le menace et lui flanque une raclée mémorable, allant jusqu'à l'empaler !

C'est alors que Lobo semble reconnaître son ennemi en provenance de son enfance... Je ne vais rien spoiler mais Young renvoie à un épisode précédent de son run et surtout concrétise la menace qu'on devinait à la fin du chapitre précédent. Reste donc à savoir si tout ça est bien sérieux ou si ce sera qu'un prétexte à une nouvelle grosse déconnade (étant entendu donc que Lobo est intuable).

On est un peu entre deux chaises car l'épisode lui-même vaut essentiellement pour ses planches, encore une fois explosives, Jorge Corona confirmant sa grande forme avec l'affrontement final, où plusieurs splash pages s'enchaînent. Est-ce que ça fait une histoire ? Non. Mais ce n'est que le début de cette histoire, alors on va attendre avant de juger vraiment.

En tout cas il ne fait guère de doute qu'à partir de là la série s'engage dans un chemin plus audacieux, peut-être plus grave, assurément plus violent. Skottie Young a-t-il pensé que le mois prochain DC allait commencer la publication de The Demon de James Harren qui promet également beaucoup par son caractère jusqu'au-boutiste et qui pourrait donc le supplanter ? A suivre donc.

mercredi 16 septembre 2026

QUEEN IN BLACK #4 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Paco Medina)


Cable expose son plan B aux héros : en disposant plusieurs téléporteurs, il compte déplacer le combat entre Hela et Knull dans une réalité parallèle et ainsi sauver la Terre. Mais de son côté Mr. Fantastic travaille encore à une alternative qui consiste à utiliser le pouvoir contenu dans l'ADN de Dylan Brock pour briser l'esprit de ruches des symbiotes. Mais l'expérience prend un tour inattendu...
 

L'event touche à sa fin et sa conclusion ne se fera pas attendre puisqu'elle paraîtra la semaine prochaine. Al Ewing mène son affaire avec beaucoup de rythme comme pour tenter de faire oublier la bêtise de son intrigue où, je vous jure que c'est vrai, Knull n'est toujours pas apparu alors qu'il est censé être l'autre grand méchant avec Hela (ne vous fiez donc pas à la couverture).


On découvre le plan de Cable qui est effectivement très risqué et idiot (en gros : téléporter Knull et Hela pour qu'ils aillent se battre ailleurs). Vu les craintes émises par Iron Man, j'avais pensé à une manoeuvre bien plus dangereuse, mais Queen in Black aura au moins appris une chose au lecteur : ne pas trop y croire. Oui, on se console comme on peut...


La menace de Hela repose sur le schéma classique d'une armée d'envahisseurs que leur patronne envoie sur le champ de bataille en attendant que ce soit terminé. C'est assez comparable à la situation du lecteur qui, lui aussi, attend que ce soit fini pour passer à autre chose et oublier ce machin invraisemblable, indigne du talent de son auteur mais hélas ! tout à fait représentatif de la production globale de son éditeur. Et, oui, Armageddon est du même niveau (mais j'y reviendrai le mois prochain)...


Reed Richards se montre un savant incroyablement foireux à jouer à l'apprenti sorcier au Baxter building avec Venom, Mary Jane Watson et Dylan Brock. Mais au moins, piètre compensation, là, ça aboutit à un cliffhanger spectaculaire quoique tout aussi grotesque. Dire où ça va nous mener reste une énigme, même si on sait que tout finira par rentrer dans l'ordre avec un minimum de conséquences.

Le vrai souci, en vérité, c'est que, quel que soit l'event qu'on a privilégié, Queen in Black ou Armageddon, cela montre que Marvel n'y croit guère et ne fait rien pour le dissimuler. Ce sont des reliquats à publier de la gouvernance C.B. Cebulski. Les deux histoires sont réglées en cinq épisodes, annulant de facto toute ambition de développer quelque chose qui ne soit pas expédiée.

Pour Ewing, en tout cas, c'est une piteuse sortie après son run sur Venom. Le scénariste quitte le personnage et son univers en rangeant les jouets pour son successeur mais sans produire une conclusion qui reflète son talent. Il est clair qu'il a oeuvré avec un editor qui a guidé son récit et Ewing a toujours accepté ces contraintes, quelle que soit la série qu'il pilotait. Sauf que là, le résultat n'est vraiment pas fameux.

Pourquoi Ewing, avec sa connaissance encyclopédique des comics Marvel, la qualité qu'il peut donner à ses scripts, n'est-il jamais devenu un de ces architectes qu'aime tellement mettre en avant l'éditeur, à l'instar d'un Hickman ou d'un Zdarsky désormais ? Et que va-t-il faire après Venom ? Que peut-il encore apporter à Marvel - à moins que ce ne soit le contraire ? J'ai quand même l'impression que son tour est passé...

Les dessins sont encore une fois assurés par deux artistes : Paco Medina ouvre le bal et s'acquitte avec soin des pages qu'on lui désigne. C'est un dessinateur très capable, sans être jamais génial, régulier dans l'effort, mais qui n'a jamais eu de série où il aurait pu s'imposer comme un incontournable alors qu'il dépasse facilement d'autres stormbreakers dont Marvel vante un peu vite les mérites.

Et justement Iban Coello a, lui, été un de ces cartoonists mis en avant, or on voit qu'il est incapable de produire cinq épisodes tout seul. C'est correct mais sans folie, et ce n'est pas la première fois. Ne serait-il pas temps pour Marvel de valoriser des talents qui soient d'abord réguliers et techniquement compétents au lieu d'avoir un style percutant mais irrégulier ?

Allez, vite le prochain et dernier épisode, qu'on en finisse !

mardi 15 septembre 2026

LA FIN DE OAK STREET (David Robert Mitchell, 2026)


10 Juillet 1982. Denise Platt, romancière en herbe, vit avec son mari Greg et leurs deux enfants, Audrey et Brian, plus leur chien Starbuck dans Oak Street à Flowervale, Michigan. Leur couple est en crise : elle songe à divorcer tandis que lui cache qu'il a été renvoyé de son boulot et gagne sa vie en livrant des pizzas. Alors qu'il prépare des grillades, elle se rend chez sa voisine, Mme Huddleston, pour qu'elle lui donne son avis sur le premier jet de son manuscrit. Les enfants sentent que leurs parents se s'aiment plus.


Alors qu'à la radio on parle d'une augmentation de l'activité des éruptions solaires, la nuit venue, un orage éclate et une lumière aveuglante jaillit dans le quartier. Starbuck, affolé, s'enfuit alors que l'électricité est coupée. Le lendemain matin, Greg et Denise partent à la recherche de leur chien et découvrent que le quartier est encerclé par une végétation luxuriante mais surtout qu'il est littéralement séparé du reste de la ville. Pire : des dinosaures surgissent, chassant et tuant les habitants.


La famille Platt se barricade chez elle et Audrey, qui est fascinée par les travaux de Carl Sagan, émet l'hypothèse que Oak Street a été déplacée dans le temps via un trou de ver. Cela est-il irréversible ? Et si oui, combien de temps pourront-ils survivre dans cette situation ?


Cela faisait huit ans que David Robert Mitchell n'avait plus rien tourné. Comme il l'a raconté durant la tournée promotionnelle de The End of Oak Street, ce n'est pas faute de projets, mais de financement pour ceux-ci. Et puis, entre temps, il a perdu son père, à qui il dédie ce nouveau long métrage. Il a eu alors envie de rebondir avec un pur divertissement qui a convaincu J.J. Abrams.


Abrams est un grand fan de Spielberg à qui il a rendu hommage dans Super 8, mais lui aussi était en plein marasme créatif et l'envie de Mitchell lui a permis de se remettre sur les rails. A eux deux ils ont conçu un spectacle qui, ce n'est pas un hasard, se déroule en 1982 : Mitchell avait alors 8 ans et Abrams 16, une époque chargée de souvenirs et de fantasmes.


Quand on a été gamin ou ado durant cette période, c'est toute une mythologie cinématographique qu'on convoque, mais pas que : c'est aussi une synthèse d'espoir et de crainte qu'on nourrit et qu'on réinterprète une fois adulte. C'est ce que fait La Fin de Oak Street, avec ces parents en crise, le premier béguin sérieux qu'on a pour une jolie voisine, et la peur de l'inconnu.


Mitchell est un scénariste et réalisateur qui n'aime rien tant que montrer un bonheur de façade dissimulant des secrets. Ici, Denise, la mère de famille, se réfugie dans le bureau qu'elle s'est aménagée au sous-sol pour écrire un roman qui ressemble comme deux gouttes d'eau à sa vie de couple, tandis que Greg, son mari, n'arrive pas à lui avouer qu'il a été licencié et qu'il livre des pizzas non pas pour se faire un peu plus d'argent mais parce que c'est sa seule source de revenus.

Leurs deux enfants, une fille passionnée de sciences qui se prépare à aller en fac et un fils qui redoute d'être tabassé par le frère d'un camarade de classe dont il a accidentellement cassé un bras, sentent que quelque chose cloche entre leurs parents. Audrey refuse de croire qu'ils vont divorcer, Brian s'y prépare avec anxiété et trouve du réconfort auprès de son chien.

Et puis, sans explication logique (sinon celle émise par Audrey, inspirée par l'astronome Carl Sagan), voilà le quartier coupé du reste de la ville, sans électricité ni eau courante, et envahi par des dinosaures. Contrairement à Jurassic Park, les héros ici n'ont rien de scientifiques ou de soldats prêts à affronter de pareilles bestioles, ce sont des gens ordinaires que les événements vont éprouver.

On peut trouver la ficelle trop grosse - une catastrophe oblige une famille en crise à se ressouder pour survivre  - mais la qualité du scénario repose sur deux points : d'abord, même si les dinos sont bien présents à l'image, le film préfère suggérer leur présence afin de préserver leur dangerosité ; et ensuite, les personnages ne sont jamais sacrifiés face à l'ampleur du chaos.

Dans cette configuration, les Platt agissent et réagissent comme n'importe qui, c'est-à-dire n'importe comment et égoïstement. Ils se barricadent chez eux pour ignorer les horreurs subies par leurs voisins, mais ils ne réfléchissent pas plus loin que le jour d'après - ou, quand ils le font, c'est sans avoir de réponse (où trouveront-ils de quoi survivre - eau, nourriture ? Leur maison résistera-t-elle ?).

Quand leur fils part à la recherche du chien, suivi par sa soeur, les parents oublient toute prudence pour récupérer leur progéniture, s'exposant aux mêmes risques qu'eux. Le film met en évidence l'aspect dérisoire des moyens de défense des humains face à ces monstres féroces et immenses. Et Mitchell joue habilement avec les jump scare ou avec les apparitions partielles de ces créatures préhistoriques. La menace est permanente et souvent visible trop tard.

Heureusement le film nous épargne une vraie explication logique au phénomène et laisse donc au spectateur le soin d'interpréter ce qui s'est passé comme il le souhaite. On sent que le cinéaste a bien étudié la leçon de La Quatrième Dimension et, de ce point de vue, La Fin de Oak Street est un objet aussi agréable que Backrooms (même s'il est moins tordu).

La mise en scène est très efficace, elle comblera les amateurs de grand spectacle et aussi ceux qui aiment que la tension prenne le dessus sur le gore. Surtout elle met en relief les protagonistes, finement caractérisés, jamais réduits à de la chair à dinosaure. C'est une constante du cinéma de Mitchell, comme It Follows ou Under the Silver Lake.

Le casting est réduit, évitant à l'intrigue de s'éparpiller. Anne Hathaway continue sur son excellente lancée de 2026 avec encore une fois une proposition très différente, campant cette épouse et mère obligée de se dépasser. A ses côtés Ewan McGregor est comme d'habitude impeccable, très sobre dans la peau du mari et père aux prises avec ses limites. Tous deux fonctionnent superbement bien ensemble.

Maisy Stella et Christian Convery incarnent les enfants avec beaucoup de justesse, et complètent le quatuor principal de l'histoire.

Ajoutez-y une musique parfaite de Michael Giacchino, fidèle de Abrams depuis Lost, et savourez cette Fin de Oak Street, encensée par Stephen King lui-même, et qui aurait mérité que la Warner le distribue avec plus de soin.