samedi 31 octobre 2026

THE MORTAL THOR, VOLUME 3 : WORLDWYRM (Al Ewing, Kieron Gillen, Chris Condon / Jesus Saiz, Juann Cabal, Pasqual Ferry, Declan Shalvey, Jesse Lonergan)


THE MORTAL THOR, VOLUME 3 : WORLDWYRM
(The Mortal Thor #11-13 + Thor #800)


Sigurd Jarlson confronte Dario Agger, le Minotaure, dans son bureau. Ce dernier est prêt à lui donner une forte somme pour ne plus entendre parler de lui pendant un an, mais Sigurd refuse et engage le combat. Au terme de celui-ci, Blake le serpent entre à son tour dans le bureau de Agger et révèle comment il s'est échappé de la prison où Odin puis Thor l'avait laissé croupir en dévorant les entrailles de Jormungandr.


Cependant, sur Asgard, Magni Thorson est couronné roi. Toutefois, le décès récent de son ami BlackJack O'Hare le laisse inconsolable. Son règne s'étend durant des années, des siècles, des millénaires, isolé dans la salle du trône, confronté à des guerres entre les royaumes auxquelles il ne participe pas. La Mort vient le chercher. Il accède au Valhalla tandis que Amora, sa mère, l'Enchanteresse, lui succède comme Mère-de-tout.


Enfin, de haute lutte, Sigurd échappe à Blake le serpent pour retrouver Odin et Loki. Mais pour se montrer digne, une ultime épreuve l'attend...


Ce troisième tome de The Mortal Thor est aussi el dernier puisque le quatorzième épisode de la série correspond au 800ème épisode de Thor dont la série revient avec sa numérotation initiale. Si le nouvel editor-in-chief de Marvel, Stephen Wacker a annoncé qu'il aimait les "gros chiffres" et voulait renoncer aux relances trop fréquentes, cette initiative précède sa récente prise de fonction.

Néanmoins c'est un signal puissant adressé aux fans qui en avaient assez des relaunches et des séries régulières interrompues au bout de dix épisodes, politique instituée par C.B. Cebulski et Tom Brevoort, et qui n'encourageait pas les lecteurs à investir leur argent dans des mensuels. Marvel est désormais régulièrement surclassé dans les ventes par DC (grâce surtout aux titres Absolute), il lui faut réagir et changer.

Wacker a insisté entre autres sur le fait d'impliquer les auteurs, les artistes et les assistants editors dans le processus de fabrication et de publication, mais aussi a exprimé sa volonté que les séries soient désormais plus accessibles aux nouveaux lecteurs, et, en accord avec Tom Feige, qu'elles ne collent plus mais inspirent très en amont les films du MCU.

The Immortal Thor et The Mortal Thor de Al Ewing a sans doute été une des séries qui a pris le plus ses distance avec le personnage tel qu'on le connaît sur grand écran. Le scénariste a, comme lors de son run sur The Immortal Hulk, conçu son run avec un plan ambitieux sur plusieurs années et niveaux de lecture, déconstruisant le mythe pour mieux le refaçonner.

Si, pour ma part, j'ai vite décroché de The Immortal Thor (notamment à cause du départ de Martin Coccolo, le dessinateur), en revanche The Mortal Thor m'a passionné par le pari audacieux que Ewing faisait, s'appuyant sur l'intelligence du lecteur pour accepter de bouleverser tout ce qu'on croyait acquis avec le personnage principal.

Si la conclusion de la série reste ambiguë sur la véritable identité de Sigurd Jarlson (véritable réincarnation mortelle de Thor ? Ou personnification d'un authentique nouveau personnage appelé à remplacer Odinson ?), la reprise de la série Thor (adjectiveless) adresse un clin d'oeil malicieux au titre Journey into Mystery pour annoncer la suite de son périple.

En tout cas, Ewing semble avoir obtenu des gages pour faire ce qu'il voulait, n'hésitant pas à tuer deux ennemis redoutables de manière spectaculaire. Je reste certain que Kristin Seok est plus que la simple petite amie de Sigurd Jarlson - peut-être est-elle une version dormante de Lady Sif ? Tout ça est jubilatoire et énigmatique à souhait.

Jesus Saiz signe les dessins des épisodes 11 et 12 et le résultat est très inégal. Si son style très infographique passe bien sur le #12, en revanche le rendu du serpent Jormungandr est affreux, on le croirait produit par une intelligence artificielle.

Juann Cabal, lui, n'a rien à se reprocher dans l'épisode 13, qui est absolument magnifique avec une narration à la Hickman, et où l'artiste espagnol accomplit des prouesses pour retracer l'ascension et le déclin de Magni Thorson, sacrifié par sa propre mère.

Enfin, Pasqual Ferry revient pour l'épisode 14, en forme de cauchemar dystopique où Sigurd Jarlson est littéralement prisonnier du serpent Jormungandr et d'une réalité alternative digne d'Orwell. C'est toujours brut, avec un trait à peine encré. Ferry va continuer son séjour sur la série, certainement en alternance avec Cabal (même si je ne cache pas que je préférerai que Cabal soit l'artiste titulaire).

Pour le ce #14/800, deux back up stories sont aussi au programme : 

- WORTHY (Kieron Gillen / Declan Shalvey) - Mjolnir, le marteau de Thor, et d'autres héros qui l'ont brandi quand le dieu du tonnerre n'était plus là pour ça, explique comment être digne de lui.


Kieron Gillen a accepté de revenir écrire un segment de Thor à la condition que Declan Shalvey le mette en images. Le résultat est curieux puisqu'il est raconté du point de vue de... Mjolnir ! Il interroge la notion de mérite pour brandir le marteau et n'oublie rien ni personne (comme le montre la planche ci-dessus). Un peu anecdotique cependant.

*

- DEICIDE (Chris Condon / Jesse Lonergan) - Le chasseur de primes spatial Monark Starstalker rattrape et interroge le témoin du meurtre de Loki pour connaître l'identité de l'assassin du dieu d'Asgard.

Chris Condon a droit à un peu plus de pages pour le second segment qui paraît conçu pour connaître une suite et qui présente la particularité de ramener un personnage complètement oublié, celui de Monark Starstalker, créé par Howard Chaykin. Ce chasseur de primes cherche à savoir qui a tué Loki, devenu dieu du tonnerre.

Jesse Lonergan illustre ce morceau avec inventivité, et cela suffit pour ce que Condon initie donne envie d'être complété. Même si, dois-je le préciser, Monark Starstalker évolue dans une univers parallèle à celui de la Terre 616 (l'univers classique Marvel). Mais si Ewing décide de s'en servir, nul doute qu'il trouvera le bon moyen pour cela.

vendredi 30 octobre 2026

CAPTAIN AMERICA, VOLUME 3 : HELL'S ANGELS (Chip Zdarsky / Valerio Schiti, Ton Lima)



CAPTAIN AMERICA, VOLUME 3 : HELL'S ANGELS
(Captain America #12-16)


Suite à l'arrivée en Latvérie de Red Hulk pour tuer le clone enfant de Dr. Fatalis, Captain America s'est interposé et a subi le courroux du titan rouge. Il est rapatrié aux Etats-Unis et hospitalisé entre la vie et la mort. Pire : les traitements que lui prodiguent les médecins sont inefficaces à cause du sérum du super soldat dans le sang de Steve Rogers. Ses proches se relaient à son chevet : Tony Stark, Sharon Carter, Spider-Man, Sam Wilson, Nick Fury Jr.. En Latvérie se joue l'armageddon...


Si Captain America ne revient pas à lui, c'est aussi parce que son âme est descendue en enfer. Et là, il n'en croit pas ses yeux : il y trouve Dr. Fatalis ! Contre toute attente, les deux hommes vont s'allier pour détrôner Méphisto qui a scellé une alliance avec Crâne Rouge...
 

Ayant arrêté de suivre la série Captain America il y a six mois parce que ce qu'écrivait Chip Zdarsky ne me plaisait guère, je n'avais donc pas prévu d'y revenir. Entre temps, je me suis abonné à Marvel Unlimited et j'ai surtout lu l'event, également écrit par Zdarsky, Avengers : Armageddon . Et mercredi prochain sort le premier numéro de Avengers, encore écrit par Zdarsky.


Il y a quelques jours je tombe sur un article de Bleeding Cool qui résume un peu tout ce qui s'est passé dans et autour de l'event, et il devient clair que zapper le dernier arc en date de Captain America risque de rendre le nouveau lancement d'Avengers un peu plus délicat à saisir. J'ai donc lu ce qui composera le sommaire du volume 3 de la série, Hell's Angels, disponible en vo en Mars prochain.


Cela dit, je n'adhère toujours pas au traitement du héros par son scénariste actuel. Sans être un fan de la première heure ou même un fin connaisseur de Steve Rogers, ce n'est pas de cette manière que j'aime le voir écrit. Je pense toujours que Marvel a fait une erreur en abrégeant le run de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero.

Mais pourquoi faut-il quand même lire ces épisodes 12 à 16 ? J'ai indiqué dès l'entrée de cette critique que j'allais spoiler, donc si vous choisissez de lire ce qui suit, vous êtes prévenus.

On avait laissé Captain America en piteux état à la fin de l'épisode 11, durant sa mission avec les howling commandos de Nick Fury Jr. qui venaient récupérer les armes de destruction massive de Dr. Fatalis. Fury Jr. et Rogers découvraient que Fatalis avait conçu un clone enfant de lui-même au moment où Thaddeus Ross/Red Hulk envahissait la Latvérie pour le tuer et prendre le contrôle du pays.

Dans Avengers : Armageddon, on a découvert comment tout cela avait tourné, avec la défaite rapide de Red Hulk puis sa récupération par les russes et la dévastation d'un village par le titan rouge transformé en bombe humaine. A la toute fin de l'event, alors que les Nations Unies vilipendaient les super héros, les Avengers se séparaient.

Les deux grands absents de l'histoire furent indéniablement Thor, mais plus personne ne se souvient de son existence (comme on le sait en lisant The Mortal Thor ), et Captain America, dans le coma après avoir été sèchement battu par Red Hulk. L'arc Hell's Angels nous dévoile ce qui est arrivé à Steve Rogers durant l'event.

Zdarsky l'a envoyé en enfer. Déjà, on peut tiquer sur ce point : comment un super héros aussi pur que Captain America a pu arriver dans le royaume des damnés ? ça ne colle tout simplement pas, sinon pour satisfaire le caprice d'un scénariste qui prépare son coup d'après. Voilà donc Steve Rogers, à qui le paradis, s'il existe, est promis, en enfer.

Et il y retrouve qui ? Fatalis ! ça tombe rudement bien vu qu'on ignorait où il était passé depuis la fin de One World Under Doom. C'est nettement moins étonnant de le voir là, vu son passif, mais c'est tout de même très pratique aussi. Rogers tombe en enfer et qui trouve-t-il dès son arrivée ? Fatalis. Le monde et le purgatoire sont petits.

Après avoir échangé quelques torgnoles d'usage, les deux vont sceller une alliance car ils décident de renverser Méphisto pour placer sur son trône une certaine Veratok, qui, bien qu'elle aussi dans les limbes, prévoit de rendre l'endroit un peu plus accueillant et démocratique. Bien entendu le lecteur sait déjà que Fatalis n'en restera pas là. Mais il s'étonne aussi de la naïveté de Rogers qui y croit.

Méphisto sait évidemment ce qui se prépare : une des rares bonnes idées de Zdarsky sera de dévoiler vers la fin que le diable n'est pas seulement le patron de l'enfer, il est l'enfer, il est partout dans ce pandémonium. Malgré cette omniprésence et cette puissance considérable, il a quand même visiblement besoin de déléguer et demande donc à Crâne Rouge de s'occuper de Rogers et à Valeria Von Franzen de se charger de Fatalis. 

Je vous la fais courte : après quelques péripéties pénibles car profondément ennuyeuses, Captain America, Dr. Fatalis et Veratok lancent leur assaut contre Méphisto qui, soudain, n'a plus besoin de personne pour mater ces trois révolutionnaires - vous remarquerez à quel point l'écriture est inconstante : tantôt Méphisto a besoin de lieutenants pour lui mâcher le travail, tantôt il maîtrise ses adversaires sans problème tout seul.

Grâce à la ruse de Fatalis, comme prévu, Méphisto est tout de même défait. Et surtout Veratok n'hérite pas, comme prévu, du trône. Fatalis devient le nouveau maître de l'enfer - ça devrait le consoler d'avoir foiré son coup d'état mondial dans One World Under Doom. Et aussi sec, il envoie Valeria dans un coin plus chaleureux (pour s'excuser des crasses qu'il lui a faites subir). Et il renvoie Rogers aussi.

Tout ça n'est quand même pas bien écrit du tout. Mais il faut reconnaître à Zdarsky qu'il retombe sur ses pattes avec assez d'adresse. Si on l'excuse (ce qui demande quand même de l'indulgence) pour ses grosses ficelles, on notera surtout qu'il donne au dénouement de cette histoire deux points cruciaux pour la suite.

Le premier, c'est que Fatalis déclare nuls et non avenus tous les contrats signés avec Méphisto. Concrètement : Crâne Rouge aussi a été renvoyé de l'enfer et, logiquement, il devrait refaire parler de lui dans les prochains mois. Ou encore, et c'était teasé à la fin de Avengers : Armageddon, cela va probablement conduire à l'annulation de One More Day, cette histoire si décriée de Spider-Man où, pour sauver tante May, il a sacrifié son mariage avec Mary Jane Watson.

Le second point, qui va directement impacter Avengers et son relaunch, c'est que Fatalis, en faisant cela, a, certainement sans le mesurer pleinement, bouleversé la relation enfer-Terre. On voit, comme dans les dernières planches de Captain America #16, de drôles d'anges ou démons dans le ciel de New York - et dans la preview de Avengers #1, Luke Cage, Daredevil, Spider-Man, Wolverine, Captain Marvel et Miracleman combattent ces créatures.

Soudain, on comprend que l'armageddon désignait peut-être moins les événements de la saga que ses conséquences. Les super héros sont désormais blacklistés par les Nations Unies, les Avengers sont dissous, ses membres historiques dispersés ou condamnés, et l'enfer est peut-être littéralement en train de se répandre sur Terre.

Captain America ne fera pas partie des Avengers de Zdarsky, Thor est loin d'être de retour, Iron Man va aller en prison. Une équipe avec Luke Cage, Wolverine, Spider-Man, Captain Marvel, Daredevil a déjà existé - souvenez-vous (c'était en 2012) :


Vous remplacez la Chose par Miracleman et vous avez la couverture de Avengers #1 de mercredi prochain :


Zdarsky n'a pas caché que Bendis était une de ses inspirations, maintenant qu'il faisait partie des architectes de Marvel. A lui de jouer - et de (me) prouver qu'il a l'étoffe de son prédécesseur.

jeudi 29 octobre 2026

ZATANNA #7 (Jamal Campbell / Yasmine Putri)


Polnattbyen, Arctique. Un cargo transportant des containers s'échoue sur le port de ce village. A l'intérieur, le shérif trouve Zatanna au milieu des cadavres de l'équipage. Ils ont tous été tués par des vampires. Ces créatures habitaient autrefois là avant d'être chassés par Eberhardt Van Elsing, dont la petite-fille, Eva, fait partie de la police locale désormais. Zatanna mène l'enquête avec elle...


Dans la première mini série Zatanna qu'il a écrite et dessinée, publiée en 2025, Jamal Campbell opposait la maîtresse de la magie à Lady White, une vampire qui avait possédé son assistant Adam Aesford. Il était prévisible que Campbell renoue avec ce personnage que Zatanna avait laissé libre à condition qu'elle ne fasse plus parler d'elle. Et c'est ce que confirme ce nouvel arc narratif.

Mais Lady White elle-même était sous la coupe d'un sorcier, Brother Night, ce qui rendait sa situation plus complexe que celle d'une ennemie désignée. Campbell adopte le même procédé ici, semble-t-il, quand Zatanna est invitée par Lady White à la trouver et qu'elle se trouve dans un village de l'arctique qui fut autrefois le domaine de vampires.


Un flashback, au début de l'épisode, nous instruit sur le patriarche de ce village, le père de Lady White, et sur Eberhardt Van Elsing, descendante de Abraham Van Elsing (qui traqua Dracula dans le roman de Bram Stoker), et dont l'héritière, Eva Van Elsing, fait désormais partie de la police de ce patelin. Eberhardt chassa les vampires et Father White conclut avec elle un marché pour ne plus persécuter les humains du coin.


On a là des bases denses pour un récit qui démarre fort et qui se conclura le mois prochain. Comme je l'ai dit dans ma critique du premier tome de ce relaunch, l'écriture de Campbell exige du lecteur d'être impliqué et attentif. Il faut, en l'occurrence, avoir lu la première mini série et intégrer plusieurs personnages inédits. 

Ce n'est pas un gros effort et surtout on est bien récompensé de l'avoir fait car Campbell signe indéniablement la meilleure série sur Zatanna. Il aime la magicienne, veut la mettre en valeur, imagine des intrigues originales et bien rythmées, et pour ne rien gâcher, superbement mises en images. Il cède sa place de dessinateur pour ces deux épisodes à un nouvel invité.

Et je suis particulièrement ravi de retrouver Yasmine Putri. Elle est également à l'honneur cette semaine pour la back-up story de Darkseid vs. The World, mais évidemment elle a bien plus d'espace ici pour s'exprimer. Et Putri est une merveilleuse artiste qui mérite une nouvelle chance après ses débuts un peu délicats sur Dark Knights of Steel , une mini Elseworlds écrite par Tom Taylor.

Il ne faut pas oublier que Putri s'est faite connaître pour ses superbes couvertures (entre autres sur Nightwing au tout début de l'ère DC Rebirth). Mais elle a prouvé qu'elle était une narratrice graphique très douée, même si elle avait besoin de temps pour livrer ses pages. Son talent éclate ici où elle doit composer avec un univers déjà établi, moins de personnages, mais avec un réel souci esthétique.

En tout cas Campbell sait déléguer sa série à des guests de talent, après Edwin Galmon et maintenant Yasmine Putri. Zatanna est d'ores et déjà un des mes titres DC Next Level favoris, au moins à égalité avec The Fury of Firestorm. Il en reste plus à Urban Comics qu'à proposer une vf de la première mini et d'enchaîner avec ce run pour que les lecteurs français puissent en profiter.

SUPERMAN #43 (Joshua Williamson / Xermanico)


Cat Grant accompagne Marilyn Moonlight dans un cimetière où elles découvrent que les statues sont des individus pétrifiés vivants... Superman est revenu sur Terre et à Metropolis. Lois Lane aimerait bien que Clark lève le pied après sa longue absence mais quand il apprend que Cat ne donne plus de signe de vie depuis plusieurs jours, il part mener l'enquête...


Le crossover Kingdom of Zod enfin achevé, je retrouve avec grand plaisir la série Superman. Et Joshua Williamson démarre un nouvel arc narratif, Night Shift, ce mois-ci, avec un nouveau dessinateur. Et pas des moindres puisqu'il s'agit du formidable Xermanico, qui semble bien avoir fait ses adieux à Green Lantern.
 

Comme il en a l'habitude, Williamson ne perd pas de temps pour installer son intrigue où il est question justement des conséquences du retour de Superman que tout Metropolis considérait comme mort à la fin de l'event DC K.O. (même si les habitants de la ville ignoraient les circonstances de cette bataille contre Darkseid).


Pourtant, Superman n'est pas immédiatement confronté au méchant de l'histoire (qui reste à définir). Non, cette fois, tout débute par des investigations menées par Cat Grant et Marilyn Moonlight lorsqu'elles sont sur la piste d'un culte lugubre autour de Nekron. Et qui dit Nekron, dit Black Lanterns. Et qui dit Black Lanterns pense évidemment à Blackest Night, le célèbre event de 2009-2010.


Marilyn perd la trace de Cat et comprend qu'elle va avoir besoin de renfort. Est-ce que Superman sera en mesure de l'aider ? Cela semble compromis quand on voit ce qui lui arrive à la fin de cet épisode où la lumière solaire qui lui est si précieuse a désormais d'inquiétants effets sur lui... 

Williamson m'avait régalé avec son récit sur Superboy Prime qui remplaçait Superman après DC K.O., au point que j'aurai bien aimé que cela dure un peu plus longtemps. N'allait-on pas perdre au change avec le retour de Clark Kent ? La réponse est non : le scénariste nous embarque dans une aventure mystérieuse et palpitante, surprenante, toujours aussi maîtrisée.

Et donc en compagnie de Xermanico. L'artiste n'a pas besoin de temps d'acclimatation pour avoir la main sur le personnage et son entourage, c'est comme s'il dessinait la série depuis un moment. Ses planches sont superbes, dynamiques, avec une ambiance superbe, intense, que vient magnifier la colorisation d'Alejandro Sanchez.

Le seul truc qui me fait un peu tiquer, c'est que je sais que Xermanico n'est pas le genre à enchaîner les arcs, ce n'est pas Dan Mora ou Hayden Sherman, et donc je sais qu'une fois l'histoire Night Shift terminée, il sera remplacé sur la prochaine. J'espère que DC a déjà un suppléant de qualité de prêt (Eddy Barrows ? Ce serait parfait).

En tout cas, retour gagnant. J'ai zappé Kingdom of Zod parce que je n'avais pas envie de suivre toutes les séries concernées. Et je suis plus que satisfait de renouer avec le man of steel, que Williamson anime toujours à la perfection depuis plus de 40 épisodes - et pour longtemps encore, comme il l'a déclaré récemment.

DARKSEID VS. THE WORLD #1 (of 1) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Sanford Greene, Yasmine Putri)


- DARKSEID VS. THE WORLD (Scott Snyder / Sanford Greene) - Darkseid a accédé au trône d'Apokolips en tuant son propre frère, puis  s'est marié avec une scientifique pour trouver la force oméga capable de soumettre les esprits. Ennemi des héros de la Terre, il affronta à plusieurs reprises Superman, son opposé, incarnation de l'énergie alpha, puis maquilla sa mort pour renaître et créer un nouvel univers à son image. Avant d'entamer une guerre à travers le multivers...


On s'en doutait bien un peu, mais c'est confirmé ici : Darkseid n'est pas mort sous les coups de Superman au terme de DC K.O.. L'ancien roi d'Apokolips a agi dans l'ombre et conquis les multivers (ou du moins la majeure partie) avec pour objectif de capturer tous les variants de Superman dans les terres parallèles.


En revenant sur sa longue et sinistre histoire, Scott Snyder rappelle que Darkseid a été depuis toujours obsédé par une quête, celle de l'énergie oméga qui permet de contrôler les esprits. Son ascension politique a été accomplie dans la violence, tuant son propre frère, puis sa mère (qui avait empoisonné son épouse), affrontant les héros de New Genesis puis de la Terre.
 

Ces batailles lui ont appris que l'obstacle sur sa route était Superman, moins son ennemi que son opposé. Si lui, Darkseid, était l'oméga, alors Superman était l'incarnation de l'alpha. Et cela l'a conduit à cette conclusion : il n'est pas le vilain de cette histoire car Superman ne peut sauver tout le monde, ce monde dans lequel il a été recueilli et où la mort gagne, quoiqu'il fasse.

Pour prouver cela, Darkseid a une première fois, récemment, maquillé sa mort en accumulant au préalable assez de puissance pour créer. sa création est un monde selon son design, l'univers Absolute. Il l'a peuplé de héros qui se sont construits sur l'opposé des champions de notre monde, avec un Batman sans richesse, une Wonder Woman ayant grandi en enfer, et un Superman persécuté dès son arrivée.

Malgré la noirceur de cet univers, personne ne perd ce qui lui est cher - en tout cas selon la philosophie de Darkseid. Les héros y sont éprouvés durement, mais justement cela les rend plus forts, plus implacables. S'ils veulent vivre, il leur faut d'abord survivre. Et s'ils y parviennent, c'est qu'ils sont dignes d'exister.

En collectionnant les Supermen de toutes les Terres, Darkseid élimine les avatars de l'énergie alpha et renforce sa domination sur le multivers. Cette oeuvre achevée, il n'en restera plus qu'un à vaincre, le Superman de notre Terre. Et ceci fait, Darkseid sera le maître de tout, ayant accompli sa destinée.

Scott Snyder n'a pas que des qualités dans son écriture, mais il en possède une, indéniable, celle de savoir mettre en scène des personnages bigger than life, de concevoir des intrigues opératiques, too much, de préparer des sagas définitives par leur démesure. C'est ainsi que depuis qu'il est revenu chez DC pour en être l'architecte, il a mis en place cette saga de Darkseid.

Il y a fort à parier, en lisant Darkseid vs. The World, que l'éditeur et le scénariste mettent en place un futur event qui sera après Dark Crisis et DC K.O. le troisième volet d'une trilogie autour de l'ancien maître d'Apokolips. Va-t-on assister au prévisible affrontement de l'univers DC classique contre celui dit Absolute ? Ou bien, comme je l'espère, au round final entre Darkseid et Superman ?

Sanford Greene, avec son trait épais et charbonneux, est l'artiste idéal pour dessiner ce chapitre intermédiaire qui traduit à la perfection la brutalité et en même temps la patience de Darkseid pour achever ce qui est en quelque sorte son chef d'oeuvre. Les pleines pages et les doubles pages s'enchaînent, puissantes, intenses. Impressionnant.

Mais ce n'est pas tout...

*

- HARBINGER (Joshua Williamson / Yasmine Putri) -  Darkseid ressuscite Pandora pour en faire son héraut à travers le multivers, lui confiant la mission d'identifier les individus les plus menaçants pour son propre projet. Mais Pandora décide d'employer cette quête afin de préparer les héros à l'assaut final de Darkseid...


Pandora avait un élément majeur de la période DC New 52, même si au final Geoff Johns, qui était le chef d'orchestre de l'éditeur à cette époque, avait échoué à en faire quelqu'un d'aussi abouti que prévu. A l'image de ce reboot qui, en voulant faire table rase du passé radicalement, avait séduit puis frustré beaucoup de lecteurs.


Que Joshua Williamson (et donc Scott Snyder) la ressortent du chapeau peut étonner. Mais les deux auteurs ont démontré leur capacité à transformer le plomb en or et donc on peut raisonnablement espérer que cette fois Pandora sera mieux exploitée et surtout mieux admise, mieux comprise par les lecteurs.

Ce que Williamson met en place, avec son efficacité habituelle, c'est le double rôle qu'il donne au personnage, ressuscité par Darkseid mais qui refuse de lui être soumise et lui révèle quelque chose d'assez surprenant pour le laisser sans voix (cette révélation nous est cachée, ce qui est habile car cela va faire phosphorer les fans). Et surtout Pandora a son propre agenda, qui est, non pas de servir sur un plateau, les individus susceptibles de contrarier le plan de Darkseid mais de prévenir ceux qui peuvent le stopper.

Yasmine Putri, doublement à l'honneur cette semaine (puisqu'elle dessine aussi Zatanna #7), illustre cette back-up story de son trait si élégant et trop rare. Elle pourrait très bien être celle qui dessinera le futur event si elle a la confiance des auteurs et du temps pour avancer ses planches. En tout cas, j'aimerai beaucoup.

A suivre donc...

mardi 27 octobre 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 2 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 2
(The Nice House by The Sea #7-12)


Les habitants de la maison près de la mer attaquent sauvagement ceux de la maison près du lac. Norah Jacobs est à l'extérieur. Reginald Madison et Ryan Cane trouvent Oliver Landon Clay enfermé par ses compagnons et il les prévient de ce qui va se passer. Hector Aguilar prend le contrôle de la salle des machines régulant l'environnement de la maison du lac pour précipiter la défaite de ses occupants. Max apparaît alors devant Norah pour lui faire une offre des plus ambivalentes.


Max s'interroge sur la pertinence de sa sélection. A-t-elle bien choisi ses sujets d'études par rapport à ceux de Walter ? Doit-elle laisser s'accomplir un massacre ? Ou bien arrêter les habitants de la maison de la plage ? Elle demande à Norah de décider à sa place et celle-ci fige les agresseurs. Mais Hector Aguilar a déclenché quelque chose de plus terrible en amorçant la collision des deux univers de poche pour déterminer qui survivra (s'il y a des survivants).


Oliver croise le chien de la maison du lac et comprend qu'il s'agit de Walter puisqu'il était entendu que les extraterrestres fourniraient aux habitants tout ce qu'ils souhaitent sauf des créatures vivantes. Démasqué, Walter va-t-il intervenir malgré tout pour éviter l'annihilation programmée des deux camps ? Ou est-ce une nouvelle expérience tordue ?


Il aura donc fallu près de deux ans et demi pour que James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno viennent à bout de ce deuxième cycle. Sachant qu'ils comptent compléter leur projet sous la forme d'une trilogie, à quand les lecteurs pourront-ils espérer connaître le dénouement de cette saga ? Une chose est sûre : la prochaine mini série, je ne la lirai qu'une fois terminée.


D'autant que le premier acte de ce cycle 2 m'a beaucoup déçu. Est-ce mieux dans ces six nouveaux épisodes ? Indéniablement. Mais le contraire aurait été alarmant : j'ai beau ne plus considérer Tynion IV comme un grand scénariste, je lui reconnais un vrai savoir-faire pour raconter ce qu'il a en tête, malgré des obsessions qui tournent en rond, avec ce goût pour l'horreur et les histoires de groupe.
 

Mais ce n'est pas spécifique à lui : de manière générale, je trouve que l'horreur a envahi les comics (il suffit de voir ce que publie, par exemple, Image Comics, c'est assommant). Le statut de The Nice House... est à cet égard spécial : c'est une série DC, passé par le Black Label, désormais sous pavillon Vertigo, mais qui fait surtout penser à du Image.

Ce volume 2 reprend là où s'arrêtait le volume 1 de The Nice House by the Sea : les occupants de la maison de la plage partent tuer ceux de la maison du lac en qui ils voient des rivaux mais aussi des inférieurs (moins riches, moins beaux, moins malins). C'est totalement gratuit, mais pourquoi pas ? Il faut du drame pour faire avancer une intrigue, alors va pour ce drame-là.

Evidemment tout ne va pas se passer comme prévu. Plutôt qu'un banal bain de sang, Tynion IV a l'habileté de proposer une espèce de déviation un peu philosophique. Walter et Max, deux aliens qui ont rassemblé chacun dans une maison une dizaine d'humains après la fin du monde pour les étudier, ont procédé différemment pour composer leur groupe.

Walter a privilégié des individus avec qui il a tissé des liens amicaux, voire amoureux. Max, en revanche, a choisi des élites, les meilleurs dans leur domaine. Toutefois l'épreuve a soudé l'équipe de Walter tandis que celle de Max a sombré dans un hédonisme arrogant. IL a fallu qu'ils découvrent qu'ils n'étaient pas les seuls survivants pour se sentir sinon menacés, en tout cas piqués au vif.

Ces épisodes culminent donc, non pas avec un affrontement sauvage entre les deux clans, mais dans un échange sur le thème de la sélection. Et il se corse quand un des habitants de la maison de la plage (camp Max donc) entreprend de régler la question en provoquant la collision entre les deux mondes pour savoir qui sont vraiment les plus forts - s'il en reste !

Max est au coeur du récit : elle est dépeinte comme une femme irritable, qui ne supporte pas qu'on remette en cause ses principes, prête à agir violemment, là où Walter représente une figure certes flippante mais protectrice. Au fond, ce qui distingue les deux aliens, c'est leur conception de la race humaine : pour Max, elle ne vaut rien, c'est un terrain de jeu, d'expérience scientifique. Pour Walter, plus sentimental, il s'agit de gens auxquels il s'est attachés.

Mais, fondamentalement, ni l'un ni l'autre n'a réussi sa mission, et ils savent qu'ils devront en répondre à leurs chefs. Quand ? Même eux l'ignorent - et d'un point de vue scénaristique, c'est pratique car ça donne à l'auteur le prétexte pour un troisième et dernier cycle. Mais entre trop de sentiments et pas du tout, Max comme Walter n'ont pas été de bons sélectionneurs.

Ce qui fait défaut à cette deuxième mini série, c'est, comme je l'ai dit dans la critique du volume 1 (#1-6), le trop grand nombre de personnages. Vingt, c'est trop, et pour vingt pages par épisodes et 12 épisodes pour un cycle, il n'y a simplement pas assez de temps et d'espace pour tous bien les traiter, les caractériser, faire en sorte qu'ils alimentent une intrigue correctement.

Je crois que la série aurait gagné à ce que les occupants de la maison de la plage soient moins nombreux, ça aurait même été plus logique vis-à-vis de la politique pratiquée par Max, qui ne voulait que des champions. Et ça aurait évité à Tynion IV de s'éparpiller. Mais visiblement il ne compte pas s'arrêter en si mauvais chemin puisqu'il fait dire à Walter qu'il y a des centaines d'autres survivants ailleurs !

Visuellement, la série reste impressionnante, même si, encore une fois, j'aimerai que Martinez Bueno et la coloriste Jordie Bellaire se calment un peu avec les effets infographiques, les couleurs saturées. Il y a des scènes à la limite du compréhensible et parfois même des pages entières où ce n'est que gerbes de couleurs criardes. Des artistes de ce niveau n'ont pas besoin de ces artifices pour raconter graphiquement une histoire.

Je me demande ce que réservera la troisième partie. Une maison dans la montagne ? Des centaines de personnages réduits à de la figuration ? Une réflexion sur une société à qui une nouvelle chance de vivre en bonne intelligence est donnée ? En tout cas, il faudra être très patient, et je suis résolu à l'être pour ne plus tomber dans le piège de lire ça mensuellement.

THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 1 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


THE NICE HOUSE BY THE SEA, VOLUME 1
(The Nice House by the Sea #1-6)


Comme dans la maison près du lac, cette demeure abrite dix individus : Oliver Landon Clay (acteur, 33 ans), Henry Allen (historien, 74 ans), Robert Washington (mathématicien, 41 ans), Cherri Campbell (chanteuse, 34 ans), Soko Tanaka (artiste, 58 ans), Victor Pace (écrivain, 82 ans), Hector Aguilar (chirurgien, 62 ans), Margaret Collins (sénatrice, 56 ans), Frederick Beaumont (pasteur, 48 ans) et Quinn Thomas (généticienne, 56 ans).


Ils ont été réunis par Max, une extraterrestre comme Walter, dont il connaisse la nature. Mais elle ne les a pas choisis par amitié : ils forment une sorte d'élite. Un soir d'orage, Oliver voit débarquer Ryan Cane, Reginald Madison et Norah Jacobs en provenance de la maison du lac. Il cache leur visite aux autres qui lui apprennent que Walter a été tué. Si Max vient à le découvrir, ce sera terrible. 


Victor Pace a observé cette rencontre et la rapporte aux autres habitants de la maison de la plage qui considèrent ces autres survivants comme des rivaux et décident de les éliminer. Mais Max contacte Norah et lu offre la possibilité d'éviter ce bain de sang si elle l'aide dans son projet secret...


On reprend tout à zéro. En effet, j'avais ici rédigé les critiques des 9 premiers épisodes de The Nice House by the Sea avant d'effacer ces articles. Cette deuxième mini-série, qui fait suite à The Nice House on the Lake (qu'il faut impérativement avoir lue avant), avait connu des retards extravagants qui eurent raison de ma patience et de mon indulgence pour une histoire que j'avais de plus en plus de mal à apprécier.


La décision d'effacer mes neuf critiques de The Nice House by the Sea signifiait que, une fois seulement que cette nouvelle série serait achevée, j'y reviendrai pour la lire d'une traite à tête reposée, ce qui fut fait depuis Mercredi dernier, date de parution du 12ème et dernier épisode. Idéalement d'ailleurs, c'est ainsi qu'il faudrait lire et critiquer beaucoup de séries.


Le problème avec les séries The Nice House..., c'est le décalage entre l'hyper productivité de son scénariste, James Tynion IV, et évidemment la lenteur relative de son artiste, Alvara Martinez Bueno. Ce dernier dessine et s'encre, en étroite collaboration avec la coloriste Jordie Bellaire, pour des planches au graphisme exigeant, donc qui prennent du temps à être réalisées.

Ajoutez à cela que le succès énorme rencontré par ces séries a entraîné Martinez Bueno (et Tynion IV) dans des tournées de dédicaces aux quatre coins du monde, ayant pour effet de retarder la sortie des épisodes de The Nice House by the Sea. La production de The Nice House on the Lake avait connu un break de 6 mois, le temps pour l'artiste de se reposer puis d'avancer dans son travail. Mais pas cette fois.

Cette fois, pratiquement dès le départ, Martinez Bueno a été à la bourre et les lecteurs ont vu les mois passer sans qu'aucun épisode ne soit disponible. Arrivée au 6ème chapitre, la série s'est carrément stoppée pour une tournée de promotion et quand elle a repris, le rythme a été aussi chaotique. C'était proprement impossible de lire cette série sans être frustré et donc en reconnaissant ses qualités. 

Ne vaudrait-il pas mieux, dans un cas comme celui-ci, que les auteurs commencent à sortir des épisodes quand ils disposent de suffisamment de matériel pour ne pas faire subir de tels délais aux lecteurs ? Voire publier l'ensemble sous forme de graphic novels, à l'image de ce qu'ont fini par faire Ed Brubaker et Sean Phillips ?

Pour ce qui est du contenu, The Nice House by the Sea entretient d'abord l'illusion d'être une toute nouvelle série mais qui partage le postulat de départ de The Nice House on the Lake, à savoir une maison luxueuse abritant une dizaine d'individus sélectionnée par un extraterrestre avant la fin du monde pour une étude de la race humaine.

Et puis, à la fin du premier épisode, Tynion IV relie les deux séries quand trois habitants de la maison du lac débarquent dans celle de la plage. Il devient alors prévisible que les deux clans vont s'affronter (sinon il n'y aurait pas d'intrigue), et cela se confirme quand on découvre que Max, l'hôte de la maison de la plage, n'a pas choisi sa bande sur les mêmes critères que Walter avec la maison du lac.

Tynion IV échoue totalement à nous rendre ses nouveaux personnages aussi attachants et même aussi intéressants que ceux de la première mini. On arrive quand même à un point critique où l'histoire compte une vingtaine de protagonistes dans des épisodes de 25 pages pour douze numéros. Forcément, il n'y aura pas de la place pour caractériser soigneusement tout ce monde.

Or Tynion IV n'est pas Jonathan Hickman : quand ce dernier anime des hordes d'individus en privilégiant l'intrigue, son confrère veut à la fois concevoir une histoire dense et profonde en veillant à ce que ses héros soient tous identifiables. Ce n'était déjà pas le cas dans The Nice House on the Lake, ça ne peut pas l'être avec The Nice House by the Sea et toute sa population.

Comme je l'ai dit plus haut, le résultat est prévisible : c'est une bande de champions de la race humaine contre une bande de potes. On voit arriver à des kilomètres la confrontation et Tynion IV ne fait rien pour nous surprendre. Le commentaire social sur des riches imbus d'eux-mêmes mais effrayés par des voisins inoffensifs et des copains déjà bien éprouvés par leur aventure est grossier.

Alors le scénariste tente de choquer le lecteur avec du body horror (les tortures infligées à Oliver). Il réussit mieux à instiller un climat angoissant en montrant de quoi sont capables ceux de la maison de la plage qui maîtrise la technologie extraterrestre que Max a mis à leur disposition et qui s'approche du transhumanisme, avec de la chirurgie reconstructive avancée. Si vous êtes sensible à ces thèmes, ça marche.

Reste que ces six premiers épisodes sont décevants. Pas visuellement, car Martinez Bueno et Bellaire sont toujours aussi impressionnants (même si l'usage de l'infographie peut fatiguer). Le second acte relèvera-t-il le niveau ? Ou bien le projet global (qui est une trilogie) est-il déjà condamné ?