vendredi 29 mai 2026

SUPERMAN #38 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Witchfire, la jolie fille remarquée par Superboy Prime dans le comics shop où il travaille, lui tend un piège en espérant le sacrifier pour repousser un démon. Lorsqu'elle se rend compte de son erreur, elle accepte l'aide de Prime contre Lady Blaze et Lord Satanus...


Vous savez quoi ? Je l'aime vraiment bien, ce Superboy Prime. C'est pourtant un jeune qui a du sang sur les mains, mais grâce à lui, la série Superman profite d'un extraordinaire vent de fraîcheur, au point que je ne suis plus pressé de revoir Clark Kent. Bon, entendons-nous bien, il reviendra et ce sera cool, mais j'espère que DC et Joshua Williamson n'oublieront pas Prime ensuite.


Comme la couverture l'indique, il y a de la romance dans l'air entre Superboy Prime et Witchfire, dont le résumé des origines montrent qu'ils ont des points communs assez amusants et dramatiques à la fois. Et la nuit qu'ils vont passer ensemble va être mouvementée à souhait avant de s'achever sur un fameux coup de théâtre qui voit revenir un adversaire bien connu de Superman...


Ce qui est passionnant, outre la qualité du divertissement, c'est d'examiner les écritures des scénaristes : cette semaine, on a affaire à trois auteurs chez DC qui ont tous un style particulier. Tom Taylor dans Detective Comics s'appuie sur le passé pour rajouter des éléments au passé de Batman. Jamal Campbell dans Zatanna invite le lecteur à une expérience immersive.


Joshua Williamson reste cependant celui qui concilie le mieux le classicisme affiché de Taylor et les audaces narratives de Campbell dans Superman. C'est surtout celui qui, aux commandes d'une série, ose le plus tout en s'amusant et en nous distrayant. On se demande bien pourquoi il a été si réservé chez Marvel avec Iron Man...

Les clins d'oeil fusent dans la série depuis que Superboy Prime en est la vedette puisque, se sachant un personnage de BD, ses interactions avec les autres personnages ont toujours un côté bizarre, cocasse. Il est par exemple conscient qu'il traverse actuellement un redemption arc, une histoire qui doit raconter sa rédemption, comment il se rachète de ce qu'il a commis autrefois.

Evidemment, Witchfire ne comprend pas ce qu'il entend par là sauf quand elle lui raconte qu'elle aussi a connu un parcours compliqué, entre le Bien et le Mal, la vie et la mort et le retour à la vie. Le plus ironique, c'est qu'elle se conduit comme un guide auprès de Superboy Prime alors qu'il est immunisé contre la magie (contrairement au "vrai" Superman dont c'est une des faiblesses).

L'affrontement contre Lady Blaze et Lord Satanus n'est qu'un prétexte, car c'est ce qui se passe avant et juste après qui importe. Avant c'est donc la prise de conscience que le fameux CK qu'elle a repéré dans le comics shop qu'elle fréquente et qu'elle pensait sacrifier pour repousser les démons est un super héros;

Après, c'est l'attirance qu'elle éprouve pour ce garçon étrange mais qui lui a prêtée main forte et qui est, ma foi, si curieusement séduisant. Alors qu'ils vont s'embrasser (et qu'au début de l'épisode Prime ne pensait pas judicieux de développer une vie sociale, accaparé qu'il est par sa double vie de libraire-super héros), une surprise attend Prime...

Oui, c'est vraiment charmant et captivant, très inventif sur le fond comme sur la forme, comme en témoignent les planches de Dan Mora, dont le talent est ici sollicité plus intensément que quand il collabore avec Mark Waid (puisque le garçon n'a pas tenu sa promesse de ne dessiner qu'une série en 2026, il continue à travailler sur Justice League Unlimited et signe des tonnes de couvertures).

Mora s'amuse lui aussi énormément sur ces épisodes qu'il s'emploie à dessiner avec la folie nécessaire mais aussi plus de discipline. Williamson, on le sent, canalise mieux l'énergie de l'artiste avec sûrement des scripts plus précis. Et puis sa Witchfire est tout simplement canon - et son couple avec Prime est un régal.

Jubilatoire.

jeudi 28 mai 2026

ZATANNA #2 (Jamal Campbell)


Lors de sa précédente mission, Zatanna a capturé un esprit malfaisant qu'elle a enfermé dans une boîte. Elle s'adresse à Elodie Arnette et Papa Midnite pour en savoir plus à son sujet et comment traiter sa libération - si elle est possible. Cependant, l'agent Di Manes du DEO a d'autres plans à ce sujet...


Lorsque je j'avais lu la première mini série Zatanna de Jamal Campbell l'an dernier, j'avais été quelque peu dérouté par sa narration et j'avais pensé qu'il s'agissait d'erreurs de débutant puisque, s'il est un artiste désormais établi, Campbell écrivait pour la première fois (même si, et je suis le premier à en convenir, le dessin dans la BD est aussi une écriture à part entière).


Je craignais donc qu'il persiste dans cette direction. Et d'une certaine manière, c'est le cas. Mais désormais je l'envisage autrement que comme une erreur de débutant. En vérité, il ne s'agit pas d'une erreur, mais bien d'une manière d'écrire qui est très originale, dans la mesure où Campbell ne considère pas le lecteur comme un individu passif mais bien comme un spectateur qu'il faut solliciter, stimuler.


Maintenant qu'il écrit Zatanna sur le long terme (et le succès commercial du premier épisode va lui permettre d'envisager le futur avec sérénité), évidemment, ses ambitions narratives ont évolué. Ce qui était une expérimentation dans une mini série peut devenir un véritable style d'écriture dans une série illimitée.
  

C'est ce qu'on peut sentir après la lecture de ce deuxième épisode qui prolonge ce qui a été lu dans le premier puisque Zatanna tente de comprendre quelle est la nature de l'esprit qu'elle a capturé et comment l'apprécier puisqu'elle ne peut se résoudre à le laisser enfermé dans une boîte. Pour cela elle a besoin de conseils extérieurs et s'adresse à deux experts.

Le premier est un personnage familier, Papa Midnite, qu'on a vu dans Justice League Dark de James Tynion IV, c'est un maître vaudou assez ambivalent, qui s'allie selon les circonstances à des individus plus ou moins fréquentables. L'autre est Elodie Arnette, une création originale de Campbell, ancienne chanteuse de jazz des années 20, qui continue à se produire dans le plan astral.

Campbell met en parallèle les recherches de Zatanna et les manoeuvres de l'agent Di Manes, vu dans le premier épisode, qui travaille pour la branche des affaires occultes au sein du DEO (Department of Extranormal Operations), sous les ordres du directeur Bones (dont on voit qu'il tolère à peine les agissements de son agent).

L'esprit qu'a capturé Zatanna s'appelle Aède et c'est une référence à l'antiquité grecque puisque cela désignait un poète déclamant des vers en s'accompagnant d'une lyre. Il est ici lié à une cantatrice française du XVIIIème siècle, Claire Dubois (elle aussi créée par Campbell), dont le chant a prolongé l'existence avant qu'elle ne meure.

Ce décès a rendu fou Aède et depuis il s'en prend aux musiciens. C'est pour cela que l'expertise d'Elodie Arnette est précieuse et qu'on peut deviner ce que l'agent Di Manes ferait d'un tel esprit. C'est aussi ce qui fait la singularité du propos de Campbell, qui saute sur l'occasion pour parler, vraiment, de musique dans un comic book super héroïque (d'ailleurs l'épisode s'intitule Arias & Blues)

Campbell n'est pas comme beaucoup de dessinateurs qui se mettent à écrire quelqu'un qui cherche à séparer son art de son écriture. Chez lui, tout est lié, et même la forme et le fond s'entremêlent. Tout passe par les images, y compris les mots. Toutes les scènes en attestent dans cet épisode, qui démarre par Zatanna qui s'adresse directement à nous, lecteurs, en brisant le 4ème mur.

Plus loin, lors qu'Elodie Arnette retrace l'histoire d'Aède et de Claire Dubois, les paroles de son récit font apparaître un cour d'eau et tandis que Papa Midnite et Zatanna luttent contre le courant, Elodie au contraire ne fait qu'un avec lui. C'est magnifique. Mais ce n'est pas tout car la scène finale va encore plus loin dans l'esthétique.

Lorsque Di Manes et son équipe se préparent à intervenir en même temps que Zatanna avec Papa Midnite et Elodie préparent un sort pour libérer et apaiser Aède, une double page extraordinaire vient pulvériser la narration et la magie des uns et des autres se percutent au point de censurer les paroles. C'est là tout le sens de l'écriture narrative et graphique de Campbell.

Comme je le disais plus haut, il ne produit pas une BD pour un lecteur passif - il le sollicite, le prend à parti. Le lecteur devient à la fois le spectateur d'un show de magie (ce qui est logique pour une série sur une magicienne dont la moitié de l'activité consiste à se produire sur scène) et le témoin des effets de cette magie.

Les couleurs vives, le découpage foisonnant, l'imagerie éclatante participent ici pleinement à l'expérience de la lecture. Campbell ne mâche pas le travail au lecteur, il l'invite à déchiffrer l'intrigue, les plans qui l'illustrent, à se noyer dedans pour mieux revenir à la surface après l'avoir comprise, déchiffrée.

L'infographie est ici exploitée pour donner une pleine puissance aux effets visuels et narratifs. L'histoire reste au demeurant assez simple, très accessible, mais la forme la transcende et en fait un vrai show. Campbell affiche des ambitions étonnantes - et énergivores pour lui : on sait qu'il laissera Edwin Galmon dessiner l'épisode 4, le temps de souffler (et c'est un choix judicieux puisque Galmon aussi utilise beaucoup l'infographie).

En tout cas, c'est assez réjouissant à lire et de savoir que les lecteurs répondent présents pour une série avec une héroïne et avec un pari graphique aussi marqué.

DETECTIVE COMICS #1109 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Poussé dans le vide du haut d'un immeuble par la fillette rencontrée au cimetière devant la tombe de Prion, Oliver Queen survit et trouve Batman avec lequel il remonte à l'étage. La fillette se jette à son tour dans le vide en actionnant un parachute. Batman se lance à sa poursuite...
 

Si ce n'était le twist à la dernière page, cet épisode serait très frustrant d'un point de vue narratif. Tom Taylor, une fois passé le prologue avec un flashback sur Prion, ce jeune justicier que Green Arrow, Black Canary, Batman et Wildcat prennent comme élève, reprend le motif du plan séquence avec une seule action développée sur une quinzaine de pages.


Le scénariste ne s'embarrasse pas de vraisemblance avec cette fillette qui mène la vie dure à rien moins que Batman puis Green Arrow. Mikel Janin doit rendre tout cela efficace et spectaculaire et il ne faillit pas sa tâche. Cet épisode est le sien à double titre : d'une part parce qu'il revient sur la série après le bref intermède assuré par Pete Woods et Bruno Abdias...


... Et d'autre part parce qu'il fait parler la poudre en découpant superbement cet affrontement peu crédible entre deux membres expérimentés de la Justice League et une fillette qui réussit l'exploit de leur tenir tête. C'est assez drôle si on veut bien oublier toute crédibilité mais Taylor nous a habitués à ce genre de numéro.


Le scénariste abuse de deux choses : d'une part, encore une fois, cet arc lui permet de modifier rétroactivement le passé, sans trop de conséquences sur le présent puisque sa retcon concerne un personnage inconnu (et créé par lui) et qui restera inutilisé. D'autre part, parce que son écriture est cousue de fil blanc bien épais.

En effet, sans trop en dire, lorsque Batman tente d'appréhender la fillette, il découvre que sa technique de combat lui rappelle celle de son propre fils Damian, avec cette même assurance, cette même agressivité, mais surtout elle lui rappelle celle d'un autre personnage qu'il a côtoyé jadis. Donc on sait à peu près certainement de qui descend cette jeune fille.

Mikel Janin chorégraphie l'action avec beaucoup de maîtrise, veillant à ce chaque geste soit clairement montré, chaque impact de coup bien visible, chaque enchaînement fluide. C'est un vrai bonheur quand on lit un comic book de super héros d'avoir sous les yeux une scène aussi bien montée, avec des compositions équilibrées, des valeurs de plan irréprochables.

On pourrait donc facilement s'ennuyer, malgré le savoir-faire indéniable des auteurs, sauf quand arrive l'ultime page qui révèle le comportement pour le moins surprenant d'un personnage. C'est cela, et presque uniquement cela qui donne envie de lire la suite parce que, là, Taylor nous intrigue, nous déroute, nous désoriente, assez magistralement.

Ne reste plus qu'à espérer que ce retournement de situation débouche sur de nouveaux épisodes à la hauteur, sachant qu'on n'en est qu'à la moitié de cet arc.

mercredi 27 mai 2026

RED ROOTS #2 (Lorenzo de Felici)


Sand gît sur une plage où s'approchent deux molosses pour le dévorer. Il revient à lui difficilement et tente de les repousser lorsqu'un colosse à la peau mauve tranche la tête d'une des bestioles avec sa hache. Il transporte Sand avec Kate jusqu'à une cité voisine et le présente à un guérisseur...


Après un premier numéro à la pagination généreuse, ce deuxième épisode de la nouvelle création originale de Lorenzo de Felici confirme tout le bien qu'on peut en penser. L'artiste qui est aussi scénariste ici propose un récit étrange, imprévisible, violent qui maintient le lecteur dans un état d'alerte permanent.


Le mois dernier donc, nous faisions connaissance avec, d'un côté, Sand, un tueur qui vengeait sa partenaire en décimant tout le gang d'un trafiquant de drogue ; et, de l'autre, Kate, une institutrice qui découvrait chez elle des têtes décapitées qui se mettaient à lui parler. Puis, à la fin de l'épisode, Sand était tué et disparaît mystérieusement, enveloppé par des racines rouges (des Red Roots donc).


De son côté Kate voyait surgir dans sa chambre un colosse à la peau mauve armé d'une énorme hache. Les deux personnages sont réunis au début de ce nouveau chapitre et ils ont été téléportés dans un autre monde, peuplé de créatures étranges et inquiétantes, au coeur d'une cité sur le point d'être assaillie. On se demande vraiment où on a mis les pieds.
 

Et en vérité c'est ce qui (me) séduit autant dans Red Roots : alors que tant de BD évoluent en territoire familier, au gré des genres explorés par le média, Lorenzo de Felici nous donne à lire quelque chose de totalement inattendu, devant lequel on ne sait absolument pas à quoi s'attendre. Et c'est d'autant plus habile que ce sentiment, c'est aussi celui qu'éprouvent les deux héros.

Pourquoi une institutrice et un tueur se retrouvent-ils dans un monde étranger ? Pourquoi Grit, ce colosse qui les a liés par une corde pour ne pas qu'ils lui échappent, les a réunis ? Il est évident que dans ce cadre les humains sont considérés comme des inférieurs, sans doute des marchandises, à moins que leurs compétences soient utiles en vue d'un conflit qui est imminent.

De Felici se garde d'en dire trop. Contrairement à Kroma, son précédent projet solo, Red Roots n'a pas de durée arrêtée, ce n'est pas une mini-série déclarée, et donc il faut savoir en garder sous le pied pour maintenir la curiosité du lecteur. Mais il ne faut pas non plus tirer sur la corde et décompresser trop l'histoire pour conserver l'intérêt du même lecteur.

C'est donc un équilibre à trouver, mais sur la base de ce que de Felici pose, montre, raconte, il y a de quoi être happé. Les éléments dont on dispose pour l'instant sont suffisamment accrocheurs pour qu'on ait envie de lire la suite et c'est bien l'oeuvre d'un narrateur à la fois exigeant et précis qu'on lit, pas celle d'un artiste qui s'improviserait scénariste pour combler un manque.

Ce qui est appréciable aussi, c'est que, en dépit de sa longue collaboration avec Robert Kirkman (sur Oblivion Song et Void Rivals), de Felici ne copie pas son ancien scénariste. Il a son propre monde, et il le déploie à son rythme, avec son esthétique et sa bizarrerie. Il est d'ailleurs difficile de classer le genre de Red Roots.

Et puis visuellement, j'adore. Certes, depuis Void Rivals, de Felici semble avoir simplifier son trait pour quelque chose de plus brut, plus direct, plus nerveux. Mais ça ne manque pas de puissance et ça convient bien à l'histoire en développement. Il est ainsi très fort pour planter un décor rapidement et graphiquement marquant.

L'arrivée dans la cité, la course-poursuite qui s'y engage une fois Sand passé dans les mains du guérisseur, et le dernier plan qui dévoile une ville fortifiée, sont remarquablement campés. Il y a une fluidité dans le découpage irrésistible et on renoue avec l'intensité qui était déjà à l'oeuvre dans Kroma, avec le même motif du corps étranger dans un cadre à la fois grandiose, épique et détaillé.

Je ne lis plus trop de comics indés (parce que je trouve qu'ils sont trop tournés vers l'horreur), mais Red Roots était un projet que j'attendais avec gourmandise et je ne suis pas déçu : Lorenzo de Felici est en train de s'imposer comme un talent complet et passionnant.

mardi 26 mai 2026

L'ULTIME HERITIER (John Patton Ford, 2026)


Condamné à mort pour meurtre, Becket Redfellow attend son exécution en compagnie d'un prêtre auquel il accepte de raconter comment il en est arrivé là. Sa mère, Mary, a été bannie de sa riche famille alors qu'elle était enceinte d'un inconnu. Enfant, il devient ami avec Julia Steinway, mais sa mère meurt peu après, en lui faisant promettre de recevoir sa part d'héritage et de vivre la vie qu'il mérite. Devenu adulte pourtant, Becket est simple vendeur de costumes dans une boutique de New York.


Julia refait surface dans son existence et il lui ment sur sa condition. Il décide alors de tenir la promesse faite à sa mère, mais en éliminant tous les héritiers Redfellow, à commencer par son cousin Taylor. Il rencontre Warren, le père de ce dernier aux funérailles, qui, pour s'excuser du traitement infligé à Mary, le prend sous son aile en l'embauchant dans sa banque. Becket cible ensuite son autre cousin, Noah.
 

Il devient l'amant de la copine de ce dernier, Ruth, en même temps que le FBI l'aborde au sujet des morts suspectes chez les Redfellow. Becket prétend n'avoir jamais su qu'il était le dernier héritier. Julia, jalouse de sa relation avec Ruth, lui demande de l'argent pour Lyle, son mari fauché, mais il refuse. Alors qu'il est promu et heureux, Becket se demande s'il doit continuer de se venger...


Le script de John Patton Ford, initialement intitulé Rothschild, figurait sur la black list des scénarios depuis 2014 sans toutefois trouver de financement. C'est finalement grâce à Glen Powell, co-producteur et acteur ici, qu'il a pu se concrétiser. Toutefois il convient de préciser qu'il s'agit d'un remake non déclaré de Noblesse oblige de Rober Hamer (1949), lui-même inspiré d'un roman de 1907.


Le tour de force du film de 49 tenait à la performance incroyable d'Alec McGuiness qui incarnait huit personnages différents. L'action du long métrage de Ford resitue l'intrigue dans le New York contemporain, et avec plusieurs acteurs différents. C'est néanmoins comme son prédécesseur une comédie criminelle noire.


Maîtriser un genre est déjà difficile mais plusieurs relève du défi. Et il est évident que John Patton Ford, s'il a de bonnes intentions, n'a pas le niveau pour tenir cette promesse, ce qui fait qu'on se demande ce qui a fait croire à tant de monde que son script était si excellent. Non pas qu'il ne le soit pas, mais en tout cas sa réalisation ne lui rend alors pas justice.


La raison est simple pour expliquer ce qui ne fonctionne pas. Lorsqu'on raconte l'histoire d'un meurtrier qui échappe aux autorités en tuant assez intelligemment ses victimes pour cela, il faut a minima ne pas traiter les meurtres par-dessus la jambe et bien montrer comment le meurtrier peut ne pas être pris. Ce qui suppose donc d'avoir un personnage sinon intelligent, en tout cas ingénieux.

Le souci ici, c'est que Becket Redfellow a juste une chance trop incroyable pour qu'on la tolère pendant les 1h. 45 que dure How to make a Killing (en vo). Ford le filme en train de zigouiller sa famille sans être jamais confondu alors qu'il improvise la plupart du temps ou bénéficie de concours de circonstances invraisemblables.

Son premier meurtre est un coup de pot qui passe encore. Mais ensuite c'est vraiment trop improbable. Jamais de témoin, jamais de bavure. Les deux agents du FBI qui le soupçonnent sont franchement désinvoltes en l'interrogeant. Quand il se met à élaborer des stratagèmes pour tuer efficacement, rapidement et sans laisser de trace, il acquiert des connaissances pour occire son prochain avec une rapidité confondante.

Mais ce n'est pas tout. Mettons qu'il a de la chance. Il faut aussi donner aux victimes une certaine consistance, au moins pour que le spectateur approuve leur exécution. Le film nous fait défiler une galerie de crétins suffisants qu'il est donc facile de haïr. Et du même coup empêche tout cas de conscience, ôte tout relief à l'histoire.

A part l'oncle Warren, pas un des Redfellow ne mérite une quelconque grâce. De toute manière, ils sont aussitôt liquidés sans qu'on ait eu le temps de les connaître. Après deux meurtres, on pourrait croire que les suivants sur la liste ont compris qu'un tueur décime la famille et donc prennent des mesures pour se protéger ou riposter. Mais non.

Ils sont tous tellement bêtes et suffisants qu'ils semblent attendre sagement leur tour. Il aurait été pourtant intéressant que Becket se trouve face à un de ses cousin, oncle, tante, qui lui donne du fil à retordre, moralement ou physiquement. Le film s'en dispense, et du coup, on se fiche du nombre de personnes à buter - on en perd même le compte.

Sur l'intrigue principale viennent se greffer deux subplots : le premier concerne la romance entre Becket  et Ruth, qui est la copine d'un des cousins de Becket. Cela donne une touche un peu plus subtile à l'ensemble, dans la mesure où Becket, amoureux, songe un instant à arrêter de trucider les siens pour profiter d'une vie de couple compensant sa vengeance.

Le second concerne Julia, l'amour de jeunesse de Becket, qui réserve une surprise de taille dans la dernière partie de l'histoire. Toutefois, ces deux subplots ralentissent le rythme du récit et je me suis dit qu'il aurait été plus vicieux que l'une de ces femmes soient une des cibles directes de Becket pour tester sa volonté à accomplir sa vengeance plutôt que pour compléter l'intrigue principale.

Sans rien dévoiler de la fin, elle est quand même rigolote, Becket passant de chasseur à chassé. Mais cette méchanceté fait trop cruellement défaut au film dans sa globalité. Ford est passé un peu à côté de son sujet, ou plus exactement du ton de son sujet, la fameuse comédie noire, grinçante, so british, qui faisait le sel de Noblesse oblige.

Côté casting, il y a du beau monde : Topher Grace en évangéliste corrompu, Bill Camp en tonton rongé par le remords, Jessica Henwick parfaite en copine dubitative ou Margaret Qualley vénéneuse à souhait en amie d'enfance, sans oublier le grand Ed Harris à la fin, déchaîné et flippant.

Quant à Glen Powell... Ah, c'est compliqué pour lui décidément ! Hollywood pensait tenir sa future next big thing mais après l'échec de Running Man, il endure une nouvelle déconvenue cuisante. En fait, je crois que Powell est plutôt un acteur comparable à Samara Weaving, qui brillerait dans des séries B qui s'assument au lieu de prétendre à des productions plus prestigieuses pour lesquelles il n'a ni les épaules ni une fan base assez massive.

Il n'est pas donc pas mauvais, mais son interprétation manque de relief, de nuance. Jamais on ne sent chez lui cette envie viscérale de faire payer à sa famille ce qu'a subi sa mère et par ricochet lui-même. Alors qu'il était épatant dans Tout sauf toi et Hit Man, grâce respectivement à une excellente partenaire et un excellent réalisateur, ici il traverse le film, transparent.

C'est rageant de voir un film avec un tel potentiel gâché ainsi. Mais quand ça ne veut pas...

lundi 25 mai 2026

NOUVELLE VAGUE (Richard Kinklater, 2025)


1959. François Truffaut, Suzanne Schiffman, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard assistent à la première de La Passe du Diable, produit par Georges de Beauregard. Lors de la fête donnée ensuite, Godard critique sévèrement le film et exprime son désir de passer à son tour derrière la caméra, comme ses collègues. Il descend à Cannes où est projeté Les 400 Coups de Truffaut dont le succès retentissant va ouvrir la porte à plein de cinéastes en herbe.


Godard accepte, pour avoir un financement de Beauregard, de tourner un long métrage basé sur une idée de Truffaut inspirée par un fait divers. Comme il le lui avait promis après un court métrage, il engage Jean-Paul Belmondo, revenu de son service militaire en Algérie, pour le premier rôle. A la rédaction des "Cahiers du Cinéma", il rencontre  Roberto Rossellini dont il reçoit quelques conseils comme, ensuite, Jean-Pierre Melville.


Grâce à François Moreuil, il convainc Jean Seberg, à Paris pour promouvoir Bonjour Tristesse d'Otto Preminger avec qui elle a eu des rapports exécrables, de jouer la petite amie de Belmondo. Puis il recrute Raoul Coutard, venu du documentaire, pour apporter à son film un style réaliste, pris sur le vif. Le tournage peut commencer...
 

Après Le Redoutable de Michel Hazanavicius (2017), Nouvelle Vague s'intéresse à nouveau à Jean-Luc Godard, mais cette fois Richard Linklater se concentre sur la genèse et la réalisation d'A bout de souffle, son premier long métrage. Il porte à l'écran le scénario de Holly Gent et Vince Palmo, adapté en français par Laetitia Masson et Michèle Halberstadt.


Linklater est un cinéaste très versatile, capable d'enchaîner une comédie policière irrésistible (Hit Man) avec donc cet hommage à un confrère. On ne peut imaginer deux projets et deux résultats plus différents, même s'ils sont également réussis. Il s'agit là d'une vraie lettre d'amour adressée à Godard et à la révolution artistique que fut la Nouvelle Vague.


En 1959, Godard est le dernier des "jeunes turcs" des "Cahiers du Cinéma" à ne pas avoir franchi le cap pour devenir cinéaste. Rohmer, Chabrol, Rivette, Truffaut l'ont devancé et le dernier présente à Cannes Les 400 Coups qui sera un succès retentissant. Linklater rappelle d'ailleurs que c'est sur une idée originale de Truffaut que sera construit A bout de souffle.


Godard apparaît comme un sphinx farceur : il veut renverser la table, briser les codes, mais en même temps il est présenté comme un trublion qui cite abondamment d'autres auteurs avec un sourire en coin. Impossible de savoir s'il se prend vraiment au sérieux ou s'il aime faire tourner les autres en bourrique. Mais il a une autre idée de lui-même, certain de ses parti-pris et de son génie.

C'est tout à l'honneur de Linklater de ne pas statufier Godard : il l'admire, c'est certain, mais il ne verse pas dans l'hagiographie. On le voit prendre conseil auprès de Rossellini et Melville, qui avaient précédé les audaces esthétiques et narratives de la Nouvelle Vague, et démolir un film produit par Beauregard avant d'accepter de tourner le projet que ce dernier l'incite à réaliser pour avoir de l'argent.

Ce jeune homme, volontiers pédant, est donc encore un élève et un flagorneur, même s'il prétend ne vouloir en faire qu'à sa tête. Il est aussi moins sûr de lui qu'il n'y paraît quand il s'adresse à Truffaut ou Chabrol dont il semble considérer les réussites et la maturité avec une pointe de timidité. Il est à la fois pressé de faire ses preuves, de montrer qu'il est le meilleur de la bande, tout en doutant avant le début des prises de vue.

Dans sa première partie, le film de Linklater paraît presque se contenter de situations anecdotiques et de name-dropping, souvent pour pas grand-chose : toute la clique des "Cahiers du Cinéma" apparaît, avec les acteurs qui en incarnent les membres, posant face caméra avec leurs noms écrits en bas de l'image. Le spectateur contemporain ignorera certainement de qui il s'agit pour les 3/4 d'entre eux.

Mais on est cependant bluffé, si on connaît leurs têtes, de voir la ressemblance entre les acteurs et ceux qu'ils incarnent. Linklater pousse le jeu tellement loin qu'il filme son histoire de la même manière que Godard filme A bout de souffle, en noir et blanc, au format 1:37, avec une pellicule artificiellement usée, où on repère même les points de colle du montage lors des changements de bobine.

Cette fétichisation perdure dans la deuxième partie où on assiste au tournage du film A bout de souffle. Linklater montre les conditions dans lesquelles Godard met en scène, souvent une ou deux prises seulement par jour (jusqu'à ce que Beauregard le rappelle à l'ordre), en lumière naturelle, sans son (le film sera doublé), en improvisant beaucoup.

C'est à la fois très drôle, cocasse, et insensé, absurde. Là encore l'ambivalence de Godard domine : fait-il cela en connaissance de cause, parce qu'il a la conviction que c'est ainsi qu'il obtiendra le résultat voulu ? Ou avance-t-il au hasard, exaspérant son producteur, sa star féminine, laissant son équipe technique perplexe ?

On n'aura pas de réponse à ces questions, et c'est tant mieux. Linklater sait qu'ainsi il préserve la magie de l'oeuvre originale tout en pouvant la narrer librement, sans déférence excessive. Le fait est qu'A bout de souffle a bel et bien complètement rebattu les cartes du cinéma (pas seulement français) et qu'il reste (avec Citizen Kane) le meilleur premier film de tous les temps (et peut-être même le meilleur film de Godard tout court).

Il aura aussi mystifié les oiseaux de mauvais augures qui prédisaient à Belmondo la fin de sa jeune carrière, ou la ruine de Godard. Jean Seberg restera pour l'éternité la fiancée tragique de Michel Poicard. Et, par une de ces pirouettes de l'Histoire, A bout de souffle sera célébré comme l'acte fondateur de la Nouvelle Vague alors même qu'il fut donc le dernier des films réalisés par ceux qui ont formalisé ce mouvement.

Grand directeur d'acteurs, Linklater a réuni une troupe de jeunes acteurs formidables, à commencer par Guillaume Marbeck qui campe un Godard plus vrai que nature, accent suisse traînant, caché derrière ses lunettes noires. Aubry Dullin est extraordinaire en jeune Belmondo. Zoey Deutch ressuscite Jean Seberg (à qui elle ressemble bien plus que Kristen Stewart). Mais tout le casting est parfait.

Bien entendu, aujourd'hui, tout le monde se fout de Godard, dont la carrière a emprunté dès la fin des 60's des chemins de traverse souvent nébuleux, et les cinéastes phares de l'époque ont fini par devenir l'establishment qu'ils haïssaient tant. Comme Le Redoutable d'Hazanavicius, Nouvelle Vague a fait un four en salles. Dommage. Mais ça n'empêchera sûrement pas A bout de souffle d'être redécouvert indéfiniment - cela seul compte.

dimanche 24 mai 2026

WEDDING NIGHTMARE 2 (Matt Betinelli-Olpin & Tyler Gillett, 2026)


Après avoir survécu à la partie de cache-cache assassine de la famille Le Domas, Grace MacCaulley est transportée à l'hôpital. A son réveil, un inspecteur de police lui signifie qu'elle est la suspecte n°1 dans le meurtre de la famille. Puis sa soeur cadette, Faith, à qui elle n'a plus parlée depuis son départ à l'université, débarque et l'écoute raconter ce qui lui arrivée.


Pendant ce temps Chester Danforth convoque les membres du Haut Conseil pour éliminer la mariée qui a survécu. Les enfants de Chester, Ursula et Titus, le tuent selon sa volonté pour prétendre à la direction du Haut Conseil. Wilkinson, un des membres, décide de tuer seul Grace mais il échoue. L'Avocat du Haut Conseil, capturent Grace et Faith et, une fois revenues à elles, leur explique qu'elles vont être les proies d'une chasse dans le manoir Danforth. Si elles sont encore vivantes à l'aube, elles seront relâchées.


Contraintes de s'allier car elles sont menottées l'une à l'autre, Grace et Faith parviendront-elles à passer la nuit ?


En 2019, le duo de réalisateurs Matt Betinelli-Olpin - Tyler Gillett livraient Ready or Not ("traduit" en vf par Wedding Nightmare...), une série B très efficace sur l'histoire d'une jeune femme épousant un fils de bonne famille qui, lors du repas de noces, acceptait de participer à un jeu de cache-cache en découvrant qu'elle devenait ainsi la proie d'une bande de détraqués satanistes.


Le résultat était jubilatoire et obtint d'ailleurs un joli succès en salles, confirmant Samara Weaving comme vedette de ce genre de productions improbables, après The Babysitter. Les cinéastes étaient attendus pour une suite mais ils ont pris leur temps, leur star étant accaparée ailleurs. Et donc, sept ans après, voici venir Ready or Not 2 : Here I Come (Wedding Nightmare 2).


Un peu comme John Wick, les producteurs ont dû penser qu'il y avait dans le premier film matière à développer une franchise. Mais, c'est bien connu, il ne faut pas abuser des bonnes choses, et comme pour John Wick, ce conseil n'a pas été suivi. C'est fort dommage, et cela vient souligner à quel point Samara Weaving n'a pas de chance quand il s'agit de reprendre un de ses rôles (même si c'est ici moins grave que pour The Babysitter 2).


Qu'imaginer pour relancer Wedding Nightmare ? Ils n'allaient quand même pas écrire une intrigue où Grace MacCaulley épouserait un nouveau bourgeois barjo. Alors les scénaristes, Guy Busick et R. Christopher Murphy, ont sorti de leur chapeau la soeur de l'héroïne et un Haut Conseil sataniste qui, fort perturbé d'avoir perdu une des familles qui le composait, décide de tenter à son tour d'occire la mariée.

Le souci, c'est que ces deux éléments ne fonctionnent jamais. Faith, la frangine, est censée n'avoir pas vu son aînée depuis des lustres et être fâchée avec elle, mais jamais on ne ressent une véritable animosité entre elles. Leurs disputes sont artificielles, sans intensité, sans tension, et surtout on se demande pourquoi ce Haut Conseil prend la peine d'enlever Faith.

En effet, cela ne sert à rien : kidnapper Samantha leur suffit, Faith ne peut/ne veut pas la retrouver. Ce Haut Conseil se complique inutilement la vie en enlevant deux soeurs au lieu d'une. C'est vraiment l'argument qui ne tient jamais la route, ne résiste pas à l'examen critique de la situation. Et puis le traitement de Faith laisse vraiment à désirer.

Dans une scène où elle décide de tenter de s'échapper seule, Faith est rattrapée par Titus Danforth. Ce dernier est le vrai méchant, ou du moins le plus réellement effrayant du lot, d'abord présenté comme un frère soumis à sa soeur et qui s'affranchit en devenant de plus en plus violent. Cette violence débridée va se déchaîner contre Faith.

Il la roue de coups pour purger sa frustration d'avoir été dominé par des femmes (sa soeur Ursula et Grace). Mais la séquence devient malaisante car elle s'éternise. Les coups de poing succèdent aux gifles, puis ce sont des coups de pied. Le type s'acharne et le spectacle de cette brutalité devient dérangeant, complaisant, comme si les réalisateurs partageaient la joie du personnage à se défouler contre une jeune femme.

Ensuite il y a le Haut Conseil lui-même qui pose problème. Ce qui faisait le sel de Ready or Not 1, c'était que les assaillants de Grace faisaient partie d'une seule famille. Ici, on a affaire à des paires, des trios, composés de pères, de mères, d'enfants, d'épouses, de frères. N'en jetez plus ! Il y a tout simplement trop de personnages.

Et inévitablement leur caractérisation se limite à des clichés. Le latino est sanguin, l'indien est mystique, l'asiatique est fourbe. On trouve même l'ex petite amie du fils Le Domas qui croise donc opportunément la route de Grace, dont de la femme qui lui a volé son amant avant de le liquider, et évidemment cette ex est une hystérique totale.

Malgré leur nombre et leur arsenal, tous sont de vrais manches. Le latino se sert d'un fusil à lunettes avec lequel il est incapable de toucher quoi que ce soit. Les enfants Danforth se servent d'un vieux pistolet et d'une pioche (!). L'asiatique a of course un sabre. L'ex dégaine un bazooka... C'est du WTF complet mais même pas drôle.

En vérité le film affiche tous les défauts d'une mauvaise suite, en surenchérissant : plus de personnages, plus d'armes incongrues, plus de clichés, plus d'explosions sanguinolentes... Mais moins de nervosité, de comédie... La mayonnaise ne prend jamais. C'est long, bavard, pas drôle, pas méchant. C'est terriblement mauvais.

Que peut-on sauver de ce naufrage ? Kathryn Newton ? Même pas : elle ne réussit jamais à convaincre qu'elle peut être la soeur rancunière de Samara Weaving. Cette dernière est impeccable mais elle se gâche dans cette affaire indigne de son talent et de son charisme. Sarah Michelle Gellar aussi. Elijah Wood idem. Shawn Hatosy est flippant mais bon... Ah, et il y a David Cronenberg dans le rôle du père Danforth : une vraie curiosité.

Oui, décidément, Samara Weaving ne devrait plus signer pour jouer dans les suites de ses succès. A ce stade, ça tient de la malédiction.