1666. Sarah Fier, son père George et son frère cadet Henry vivent à Union, la colonie unique qui deviendra Sunnyvale et Shadyside. Dans la forêt voisine habitent la veuve Marie chez qui Sarah trouve un grimoire et Solomon Goode qui cultive sa propre parcelle de terrain. Le soir venu, le village festoie mais Sarah et ses amis, Hannah, Abigail, Lizzie et Isaac se tiennent en retrait. Sarah et Hannah s'isolent pour s'embrasser et s'enlacer.
Le lendemain, des phénomènes inquiétants bouleversent cette communauté : l''eau du puits est imbuvable, les animaux deviennent fous, les fruits et légumes pourrissent. Il ne faut pas longtemps pour qu'on parle de sorcellerie et les soupçons se dirigent vers Sarah et Hannah dont les étreintes ont été aperçues par un des villageois. Hannah est capturée mais Sarah se réfugie chez Solomon chez qui elle fait une découverte choquante...
1994. Deena Johnson a découvert la vérité sur la malédiction qui frappe Shadyside depuis des siècles et la responsable n'est pas Sarah Fier. Pour sauver l'âme possédée de Samantha et la ville, elle convainc Cindy Berman et Josh de tendre un piège au véritable coupable de tous ces maux en l'attirant au Shadyside Mall...
La trilogie Fear Street s'achève donc avec ce volet situé en 1666 mais aussi à la seconde partie du chapitre situé en 1994. En fait, vous l'aurez compris, il y a deux films en un, chacun d'une durée équivalente (55'), et ce final est magistralement orchestré par Leigh Janiak et ses deux co-scénaristes Phil Graziadei et Kate Trefry qui ont adapté le roman de R. L. Stine.
A la fin du précédent film, 1978, l'esprit de Deena Johnson remontait le temps jusqu'au XVIIème siècle et c'est donc dans le corps de Sarah Fier qu'elle découvre les origines de Union, village qui sera plus tard scindé en deux communes, Sunnyvale et Shadyside. Y vivent des pélerins mais aussi une veuve versée dans la magie et un ermite, ami de Sarah.
On sait alors que Sarah Fier, dont le nom a hanté les récits de cette trilogie, n'était pas la sorcière ayant jeté un sort comme on le pensait. Sans rien spoiler, le véritable coupable de cette malédiction est un citoyen au-dessus de tout soupçon depuis le début, qui a vendu le village au diable en échange de la prospérité pour lui et les siens.
Depuis chaque premier né de sa famille a répété le même rituel satanique afin de préserver cet état de fait, condamnant Shadyside à la misère et Sunnyvale à l'ascension sociale. On découvre dans quelles horribles circonstances une innocente a été sacrifiée au nom de superstitions d'un autre temps et le film montre de manière expéditive mais efficace comment une microsociété devient folle quand quelques-uns désignent un bouc émissaire facile.
Dans cette partie 1666, la chasse à la sorcière dénonce le fascisme et la misogynie, la théocratie et le radicalisme religieux. Tout va très vite et cela souligne à quel point la brutalité d'un tel procès traverse les âges. A sa manière, sans doute simpliste, Fear Street se fait l'écho de ce qui se passe encore aujourd'hui dans certaines parties du monde où l'intégrisme remplace tout autre forme de régime et où les femmes sont les premières victimes.
Puis, donc, à mi-chemin, nous revenons au présent, ou du moins en 1994, la temporalité du premier opus. Et Leigh Janiak ne décélère pas : la forme est plus classique mais pas moins jubilatoire. On sait que le sang de Deena est un appât redoutable et l'usage qui en est fait est très ingénieux, tirant certaines scènes vers la comédie noire.
Toutefois la réalisatrice n'oublie pas qu'elle dirige une histoire d'épouvante et elle s'emploie à nous faire sursauter plus d'une fois, revisitant les décors qu'elle nous avait présentés précédemment, comme l'arbre auquel fut pendue Sarah Fier et qui trône désormais au centre du Shadyside Mall, la grotte qui se trouvait sous le camp Nightwing en 1978 et qui est maintenant sous cette grande surface, le grimoire de la veuve Marie, etc.
Les tueurs possédés croyait-on par Sarah Fier refont un dernier tour de piste et, là encore, le scénario trouve un moyen épatant de les neutraliser tout en conservant leur pouvoir terrorisant. Jusqu'au bout on tremble pour Deena, Samantha, Cindy, Josh. Leur adversaire est coriace, prêt à défendre ce qu'il a si chèrement acquis et prolongé. C'est un régal, une conclusion en beauté après un excellent premier épisode, et un deuxième un peu en deçà.
Les acteurs du triptyque reviennent incarner les ancêtres de leurs personnages : Sadie Sink, Emily Rudd, Julia Rehwald, Simon Hechinger, Benjamin Flores Jr., Olivia Scott Welch, Kiana Madeira, avant que les trois derniers n'affrontent aux côtés de Gillian Jacobs leur ennemi commun. Cette série de films a rassemblé une vraie troupe de jeunes comédiens très prometteurs.
Est-ce vraiment la fin ? Pas vraiment. Netflix n'a pas résisté à produire un quatrième long métrage, sous-titré Prom Queen, mais sans Leigh Janiak aux commandes, et pour un résultat vraiment très inférieur à la trilogie (même si, encore une fois, on y trouve de jeunes interprètes, surtout féminines, impeccables, comme India Fowler ou Ella Rubin). Si ça me prend, je vous en parlerai... Mais on peut se contenter des trois premiers Fear Street.

































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