vendredi 7 août 2026

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #7 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)


Dans la voiture de Ghost Rider, les Midnight Sons déboulent dans le Manoir Vorace pour libérer les amis de Moon Knight. Leur arrivée attire évidemment l'attention du dragon Ginnar qui désormais ne fait qu'un avec le bâtiment. Mais les partenaires de Moon Knight ignorent en réalité pourquoi ils ont été choisis pour cette mission spécifique...


C'est devenu assez rare pour être noté mais cette semaine, je n'ai acheté aucun comic book DC. Non pas que je boude l'éditeur, mais je dois dire que Marvel propose des mensuels soient affreusement mauvais, soient terriblement bons. Et Marc Spector : Moon Knight fait évidemment partie de la seconde catégorie. Et si c'était même la meilleure série mensuelle actuelle chez Marvel ?
 

Je ne saurai l'affirmer (pour ça, il faudrait que je lise tout ce que sort l'éditeur) mais il faut avouer que c'est un titre qui sort vraiment du lot, tous éditeurs confondus. Quand je lis un épisode de cette série, je remonte le temps, quand Marvel sortait des choses insensées comme Hawkeye par Fraction/Aja, Daredevil par Waid/Samnee, Mighty Thor par Aaron/Dauterman, ou X-Men par Hickman and Co.


C'est-à-dire qu'on se trouve à suivre quelque chose qui semble échapper aux codes même d'un mensuel Marvel, quasiment un produit de contrebande. C'est fort comme un alcool, original comme peut l'être un morceau de musique. C'est... Autre chose. C'est surtout le fruit des efforts d'un scénariste habité et d'un artiste déchaîné qui s'émulent l'un l'autre.


Voyez cet épisode 7 : qu'y lit-on ? Une bande de super héros pénétrent en force dans une maison hantée et combattent un dragon. C'est spectaculaire, mais est-ce si original ? Oui si l'on considère que les héros en question sont Moon Knight, Daredevil, Blade plus Ghost Rider et Clea Strange et que le dragon fait corps avec la maison, donc qu'il est en bois et crache des clous !

L'affrontement défie l'entendement et bien sûr sans Devamya Pramanik pour le dessiner, ça n'aurait pas la même puissance visuelle, la même intensité dramatique. Les planches de cet artiste sont toujours phénoménales, je dis chaque à chaque fois, mais c'est la vérité. Vous ne verrez aucun comic book dessiné de cette manière.

A part Hayden Sherman, c'est le seul dessinateur actuel à découper les scènes avec une telle inventivité et une telle régularité dans la virtuosité. Les cases prennent les formes les plus inattendus et les plus graphiques, chaque trait est pensé pour être le plus précis et affuté possible, chaque attitude de chaque personnage est conçue pour le représenter de la manière la plus élégante et la plus percutante.

Il y a en particulier un moment où Moon Knight laisse Daredevil chevaucher le dragon pour le neutraliser qui est si merveilleusement mise en scène qu'on ne peut être que saisi par la beauté du dessin, la grâce des mouvements décrits, et le résultat général est sidérant, proche de la gravure. Ajoutez-y les couleurs, splendides, de Rachelle Rosenberg et vous serez K.O. debout.

Mais il ne faut pas oublier Jed MacKay qui a fait de Moon Knight ce que Fraction avait fait avec Hawkeye : il est maintenant impossible de voir le personnage comme un simple double de Batman ou comme ce justicier souffrant de dédoublement de la personnalité. Il en a fait un héros charismatique, complexe, fascinant.

A la tête des Midnight Sons, il en fait aussi un individu suprêmement ambivalent puisqu'on découvre à la fin de l'épisode pourquoi il a caché à ses alliés la raison pour laquelle il les avait choisis eux et pas d'autres, pourquoi pas d'autres héros plus puissants, plus experts en arts occultes. Voilà un twist imprévisible et particulièrement retors, imaginé par un auteur qui s'éclate et qui maîtrise son histoire.

Pour toutes ces raisons (un artiste irréellement bon, un scénariste qui se lâche tout en étant maître à bord), Marc Spector : Moon Knight est encore une fois, ce mois-ci, impressionnant. Et, parti comme c'est, ce n'est pas prés de s'arrêter.

RED ROOTS #4 (Lorenzo de Felici)


Dante, revenu du champ de bataille, et Kate font la connaissance d'une autre humaine, Itsari, qui leur fait faire le tour du Barrage, la cité où ils se trouvent. Elle leur explique que ses habitants ont été décimés par les Muets mais que les Racines Rouges peuvent ramener les morts à vie. Depuis c'est la guerre entre les deux clans pour conserver ce territoire...


Red Roots serait-elle finalement une mini série ? En tout cas, il n'y a pas de nouvel épisode annoncé après le cinquième qui paraîtra le mois prochain (en même temps que le TPB). Si tel est le cas, on comprend parfaitement pourquoi Lorenzo de Felici profite de ce numéro pour, enfin, éclairer notre lanterne sur l'étrange décor de sa série, son passé et son présent.
 

Jusqu'alors on ne savait pas trop où on était et pourquoi, sinon qu'une guerre sans fin opposait les habitants d'une cité à une meute de guerriers sanguinaires au fond d'un puits, comme on l'a vu dans le précédent épisode. Mais cette fois, Kate et Dante rencontrent quelqu'un en mesure de les renseigner et justifier, au moins en partie, leur présence.


La cité en question s'appelle le Barrage et ce nom ne doit rien au hasard puisqu'il signifie littéralement le dernier rempart contre la meute qu'on a vue à l'oeuvre le mois dernier. Cette meute est formée par les Muets, des guerriers silencieux qui ont autrefois décimé tous les habitants de la ville, mais l'endroit est aussi là où est la Mère des Racines, une espèce d'arbre rouge aux pouvoirs incroyables.


Les Racines Rouges du titre choisissent ceux qu'elles veulent entraîner ici, dans ce monde, pour participer au combat contre les Muets. La formation militaire de Dante en fait donc une recrue évidente, mais quid de Kate, l'institutrice, professeur de biologie ? Même le géant Grit aimerait bien savoir pourquoi elle a été choisie...

Lorenzo de Felici fournit de nombreuses explications et le lecteur l'en remercie, qui peut à présent mieux apprécier l'univers qu'il a mis en place. Et cet univers a du potentiel comme son intrigue, ce qui rendrait le projet frustrant s'il était limité à une mini série. Toutefois c'était aussi ce que je pensais lorsque j'avais lu Kroma du même auteur et déjà il avait su conclure en beauté un récit qui aurait plus être développé sur le long cours.

Scénariste très original, aux inspirations très différentes de celles de Robert Kirkman avec lequel il a collaboré sur Oblivion Song et Void Rivals (et récemment sur un one-shot Rom, dont Kirkman a récupéré les droits pour l'intégrer à son Energon Universe), de Felici sait établir un cadre et des personnages captivants, à la croisée de plusieurs genres (fantasy, thriller, récit de guerre...).

Comme artiste, cet épisode prouve que de Felici n'a rien perdu de son talent. Parfois, c'est évident, il sacrifie des plans, mais il compense largement un petit manque d'effort sur d'autres, plus nombreuses, planches, avec notamment la représentation du Barrage ou de la Mère des Racines (magnifique double page).

Peut-être que le défaut de finitions à certains endroits est aussi dû au fait que de Felici assure lui-même (comme pour Kroma) la colorisation. Red Roots est l'oeuvre totale (exceptée pour le lettrage, confié à Rus Wooton) d'un seul homme, avec une vision claire, précise, de ce qu'il veut produire et proposer au lecteur.

Le résultat me plait énormément et, même si c'est sûrement la fin, j'ai hâte d'avoir le prochain numéro en mains pour connaître la suite de Red Roots (qui devrait être traduit, en toute logique, comme Kroma, par Delcourt, dans les prochains mois, voire début 2027).

jeudi 6 août 2026

IRON MAN #8 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Tony Stark confie à Rhodey ses élèves et se rend au siège de Stark Industries pour une réunion avec Pepper Potts puis un dîner avec Luna Lucia qui lui présente son fils, Hugo. C'est alors que surgit Whiplash...


Avec ce huitième épisode débute donc le deuxième arc narratif de la série Iron Man relancée par Joshua Williamson. Si le scénariste, très inspiré sur Superman, n'avait pas fait d'étincelles sur ses cinq premiers numéros, il est désormais évident qu'il est aux commandes du titre pour un moment (au moins jusqu'au n° Legacy 700 en Avril 2026) et qu'il a un plan sur le long terme.


A la fin du premier arc, Tony Stark a vu un jeune savant qu'il avait récompensé mourir lors de son combat contre Madame Masque et le Fixer. Ce qu'il ignore, c'est que Adam Ware, ce scientifique, n'est pas mort mais qu'il est devenu une sorte de cyborg désireux de se venger et l'allié de Madame Masque qui, elle, veut prendre le contrôle de l'A.I.M..


Ce rappel des faits est essentiel à l'heure d'entamer une nouvelle histoire puisque, pour accomplir son plan de conquête, Madame Masque et Ware doivent occuper Iron Man afin qu'il cesse de les contrarier. C'est ainsi qu'entre en scène Whiplash alias Anton Venko qui doit jouer le rôle de leurre vis-à-vis d'Iron Man. A moins qu'il ait accepté le contrat pour satisfaire un désir de vengeance plus radical...


Williamson ne s'arrête pas en si bon chemin puisque, dans cet épisode, on revoit Citizen V et le scénariste entretient le mystère depuis le début sur l'identité de celui qui se cache derrière le masque de ce personnage. Toutefois, lors d'un bref échange entre V et Pepper Potts, on apprend que celle-ci ne tient pas à ce que Tony Stark la voit en sa compagnie...

Cela signifie non seulement que Pepper sait qui est V mais qu'ils se connaissent étroitement et ont des objectifs communs. Lesquels ? Cela reste à définir, mais voilà une pièce dans la machine qui donne envie d'en savoir plus. Le procédé est simple mais efficace. Tout comme le cliffhanger de l'épisode qui voit Whiplash accompagné d'un complice...

Après le Fantôme dans l'épisode 6, Madame Masque depuis le début de la relance de la série, Williamson semble parti pour utiliser des ennemis classiques d'Iron Man en ménageant des twists accrocheurs. Et j'avoue que ça me fait plaisir car on a affaire à de vrais méchants, qui ne s'excusent pas d'en être, et qui sont familiers tout en étant surprenants.

Carmen Carnero fait elle aussi son grand retour sur la série et c'est assez important pour que ce soit indiqué sur la couverture ! Ce n'est pas si fréquent qu'un éditeur (que ce soit Marvel ou DC) mette autant en avant un artiste, d'autant plus que Carnero, sans lui faire offense, ce n'est tout de même pas Dan Mora ou Pepe Larraz. Mais visiblement on compte sur elle pour fidéliser le lecteur.

Ce n'est que justice car, après avoir dû faire un break suite à une blessure à la main, elle revient en pleine possession de ses moyens, avec cet épisode bourré d'action, où son sens du découpage fait merveille. Pour que mon bonheur soit complet, il faudrait juste qu'elle améliore le design de l'armure d'Iron Man que je trouve un peu faiblard.

Bien entendu, le fidèle Nolan Woodard est là aux couleurs et accompagne toujours aussi parfaitement le trait de Carnero, mais aussi le look général de la série, lumineux, voire solaire. Et ça aussi, ça fait du bien.

Bref, c'est bien (re)parti !

IRON MAN #6 - 7 (Joshua Williamson / Juann Cabal, Von Randall)

 


Tony Stark déplore des cambriolages récents dans des unités de stockage de matériel. Des indices sur place orientent ses recherches en direction de Norman osborn qu'il accuse d'avoir volé l'armure d'Iron Patriot.

Mais le ton monte vite entre les deux hommes car Tony ne croit pas à la sincérité d'Osborn quand il clame son innocence. Spider-Man, qui passait par là, tente de calmer les antagonistes...


James "Rhodey" Rhodes va rendre visite à Tony Stark à l'école qu'il a ouvert pour les jeunes scientifiques afin de savoir ce qu'ils y font. Une expérience ratée plus tard, Rhodey écoute Tony lui faire une proposition susceptible de la rassurer.


Cependant, Madame Masque compte avec son nouvel allié toujours prendre le contrôle de l'A.I.M. et, pour cela, elle doit s'assurer que Iron Man soit occupé ailleurs...

En Mai dernier, je décidai d'arrêter de suivre Iron Man car j'avais trouvé le premier arc de la série relancée par Joshua Williamson décevant et aussi parce que Carmen Carnero, blessée, ne pouvait plus en assurer régulièrement les dessins. Mais il semble que l'artiste espagnole ait recouvré ses moyens et avec le début d'un nouvel arc à partir du #8 (qui vient de sortir), je me suis ravisé.

Je vous parlerai très vite de ce huitième épisode mais avant j'ai dû récupérer les sixième et septième, histoire d'être sûr de ne rien louper. En fait, il s'agit de deux numéros done-in-one et on jurerait que Williamson ne les a écrits qu'en attendant que Carnero ne soit de nouveau opérationnelle. Entre temps aussi, on a appris que le scénariste ne comptait pas s'arrêter de sitôt sur Iron Man.

En effet, d'ici à la fin de l'année, pour atteindre le #700 (Legacy), Iron Man passera au rythme bimensuel (deux épisodes par mois) à partir de Décembre 2026. Avec Iron Man #12 démarrera un arc intitulé Iron Man Incarcerated avec Carnero au dessin, et à partir du #13 une intrigue parallèle avec War Machine intitulée War Machines (avec un "s") sera lui illustré par Gleb Melnikov (qui quitte donc Black Cat).

Tout ça se passera en outre après l'event Armageddon qui devrait impacter le personnage d'Iron Man (absent de la line-up des Avengers de Chip Zdarsky). Tout ça est en tout cas intrigant et excitant. Je veux croire que Williamson a un plan prometteur et que Marvel lui accorde sa confiance.

Mais revenons à ces deux numéros de Juin et Juillet. Le premier oppose Iron Man à Norman Osborn soupçonné d'avoir volé l'armure Iron Patriot, celle-là même dont il était équipé quand il dirigeait les Dark Avengers. Spider-Man va tenter de jouer les arbitres entre les deux hommes avant que le véritable responsable de cette zizanie ne se dévoile.

Williamson est excellent dans cet exercice où sa narration multiplie les points de vue avant que tous convergent et que les protagonistes d'unissent pour résoudre cet imbroglio. C'est un scénariste qui fait ses devoirs en n'hésitant pas à ressortir de vieux dossiers (l'époque Dark Reign) et à motiver intelligemment les actions des uns et des autres. En outre, il écrit merveilleusement bien Spider-Man (il suffit de lire cet épisode et le comparer au run actuel de Joe Kelly pour en être assuré).

C'est Juann Cabal qui se charge des dessins : l'espagnol est aujourd'hui réduit à jouer les doublures de luxe chez Marvel, entre ses fill-in sur The Mortal Thor et ce numéro d'Iron Man, mais plus pour longtemps puisqu'il va changer de crémerie pour illustrer Teenage Mutants Ninjas Turtles chez IDW. C'est bien dommage que Marvel laisse encore filer un tel talent.

On le regrette d'autant plus que l'épisode suivant est, lui, mis en image par Von Randall et on se demande où l'éditeur a été trouver ce tâcheron dont les planches sont d'une laideur sans nom et d'une qualité technique au-delà du médiocre. Franchement, ça a été pénible à lire...

Dans ce #7, Williamson réintroduit War Machine dans la série. James Rhodes paie une visite à Tony et à son école de petits savants pour se rendre compte qu'ils inventent des armes pour sa future armure. Ce qui confirmerait bel et bien les préoccupations de certains personnages imminents invités à surveiller Stark et donc Iron Man. A moins que ces derniers n'invitent Rhodey à servir de garde-fou...

C'est habile. Surtout, la fin de l'épisode sert de rampe de lancement au nouvel arc narratif avec le plan de Madame Masque pour veiller à ce que Iron Man soit occupé pendant qu'elle prend le contrôle de l'A.I.M. avec l'aide de son nouveau partenaire. Si Williamson n'est pas aussi en verve que sur Superman, au moins prouve-t-il qu'il applique son plan avec méthode et qu'il voit loin.

Il est encore trop tôt pour se prononcer sur une vraie amélioration de la série par rapport à ses cinq premiers épisodes, mais en tout cas j'ai pris un vrai plaisir à reprendre la lecture et je suis dans de bonnes dispositions pour la suite.

mercredi 5 août 2026

MEURTRE MODE D'EMPLOI (Saison 1) (Poppy Cogan, 2024)


Pippa "Pip" Fitz-Amobi est une lycéenne de terminale qui, pour son mémoire de fin d'année, décide de rouvrir l'enquête sur la disparition, cinq ans auparavant, en 2019, d'Andie Bell. Elève populaire, elle était amoureuse de Salil Singh qui fut accusé de l'avoir tué avant de mettre fin à ses jours. Mais Pip est convaincu de son innocence et elle tente d'obtenir l'aide de Ravi, le frère aîné de Salil, pour son enquête, mais il refuse. Elle interroge alors les amis de Sal, à commencer par Naomi Ward, qui est aussi la soeur aînée de sa meilleure amie, Cara, puis Max Hastings, dont les témoignages diffèrent sur la nuit du drame et l'alibi du suspect.


Ravi change d'avis et soutient Pip dans ses recherches lorsqu'elle interroge ensuite les amies de la disparue, Emma Hutton et Nat da Silva, dont le frère aîné, Dan, est policier et a assisté à l'interrogatoire de Sal. Après cela, Pip profite d'un week-end à la montagne où elle campe avec ses amis, Cara, Laura, Zach et Connor. Dans ses affaires, elle trouve un mot menaçant lui conseillant d'arrêter de fouiner. De son côté, Ravi découvre que Andie et Nat s'étaient disputées peu avant sa disparition au sujet de photos nues de Nat. Mais celle-ci explique que Max était impliqué dans cette histoire.


Surtout Nat révèle à Pip et Ravi que Andie cherchait fuir son père, un homme autoritaire qui désapprouvait sa relation avec Sal, et, pour gagner l'argent nécessaire à son projet, elle s'était mise à vendre de la drogue pour un dealer et Max était un de ses clients. Pour rencontrer ce dealer, Pip, Cara et Laura se rendent à une fête clandestine où il a ses habitudes...


A Good Girl's Guide to Murder (en vo) est l'adaptation d'une série de romans et de nouvelles écrite par Holly Jackson. Le public visé est celui, très convoité par les producteurs-diffuseurs, des young adults, plus tout à fait des adolescents mais pas encore des adultes. Netflix a donc mis la main à la poche pour porter à l'écran ces histoires en partenariat avec la BBC.


Toutefois, pas besoin d'être dans la tranche d'âge ciblée pour apprécier Meurtre mode d'emploi (en vf) et c'est grâce à cela que la série a été renouvelée une première fois en 2026 puis une seconde fois pour 2027 (ce sera la dernière saison puisque le matériel original sera épuisé). En vérité, si vous aimez les detective stories et que vous avez lui Le Club des Cinq dans votre jeunesse, vous allez adorer.


Pip est une jeune fille de 17 ans qui s'apprête à aller en faculté. Elle doit rendre un mémoire mais, contrairement à l'avis de son prof d'anglais et de ses parents, elle ne choisit pas le féminisme dans la littérature gothique mais de rouvrir l'enquête sur la disparition d'une élève cinq ans plus tôt dont le petit ami s'est suicidé après avoir été accusé de l'avoir tuée.


On suit donc cette héroïne dans ses investigations, flanquée du frère aîné du suspect qui, lui, reste remonté contre les autorités locales car il pense qu'on a accablé son frère car il était indien, un "basané amoureux d'une jolie blonde". Pip est débrouillarde mais pas infaillible : elle se met en danger et elle a peur, elle est têtue mais doute aussi. Surtout elle évolue dans un milieu de gens plus âgés qu'elle.

Et qui n'hésitent pas à la prendre de haut, à couper court à ses interrogatoires, à l'intimider. A un moment clé, alors que la soeur cadette d'Andie, Becca, la confronte sur ses motivations réelles, Pip admet qu'elle ne fait peut-être ça que par soif de reconnaissance plus que par désir de connaître la vérité. Plus tard, alors que l'affaire semble close, c'est Ravi qui la somme d'en rester là alors que des mystères restent irrésolues.

Plus que pour son intrigue, touffue et (comme dans His & Hers) avec un dénouement en deux temps, c'est plutôt pour ses personnages, leur caractérisation et les décors dans lesquels ils évoluent que la série accroche vraiment le spectateur. Et c'est pour cela que j'évoquai Le Club des Cinq avec ces ados qui jouent les fins limiers (d'ailleurs, comme eux, Pip a un chien).

Je n'ai pas lu les romans de Holly Jackson mais j'ai appris que l'histoire de cette saison 1 avait été épurée pour rentrer dans les six épisodes qui la composent. Je crois que dans les livres, Pip travaille de manière plus autonome et solitaire alors qu'ici elle reçoit l'aide de Ravi mais aussi de ses amies Cara et Laura, ou encore de Jesse, l'employée de la casse travaillant pour le père d'Andie.

Cette participation permet de rendre les recherches de Pip plus crédibles car on ne saurait être assez crédule pour croire qu'une jeune fille arrive à ces résultats simplement avec un mur en guise de paperboard, un téléphone portable et un ordinateur. On la voit manquer de méthode, tâtonner, omettre la chronologie la plus élémentaire, puis se perfectionner progressivement en s'attachant à des détails, parfois cruciaux.

L'affaire s'avère tortueuse et les péripéties de l'enquête aboutissent à des rebondissements efficaces. Parfois on se dit aussi que tout ça aurait gagné à être moins complexe (notamment avec le subplot concernant le chantage exercé sur Naomi, Max et Jake, les amis de Sal), et il est vrai aussi que la fin, avec ses deux coupables, comme dans His & Hers, en montre un qui aurait suffi et l'autre un peu tiré par les cheveux.

Néanmoins, le cadre de l'action (une bourgade anglaise au-delà de tout soupçon), la collision entre la fin de l'adolescence (avec son innocence) et l'âge adulte (avec ses turpitudes), et surtout l'attachement qu'on a pour Pip font le job. C'est divertissant, très addictif, même si totalement dans le moule esthétique Netflix (avec une réalisation sans éclat).

Le casting est peuplé d'inconnus dans la mesure où c'est en majorité de jeunes acteurs, mais ils sont tous excellents, à l'image de Asha Banks (Cara), Zain Iqbal (Ravi), Yali Topol Margalith (déjà formidable dans Alice et Steve) ou Harry Ashton (Max Hastings, amené à revenir dans un rôle prépondérant dans la saison 2).

Mais c'est évidemment Emma Myers qui aimante les regards : révélée dans la série Mercredi, déjà sur Netflix, où elle volait la vedette à Jenna Ortega (que je trouve surestimée, un peu comme Millie Bobby Brown dans Stranger Things), cette comédienne pétille. Elle fait de son personnage de détective en herbe une héroïne épatante, qu'on a envie de retrouver.

Sans prétention. Mais pas sans qualités.

dimanche 2 août 2026

L'HOMME QUI RETRECIT (Jan Kounen, 2025)


Alors qu'il nage en mer, Paul, constructeur de bateau, aperçoit dans le ciel les nuages qui se mettent à tournoyer. Rejoignant la plage, il lui semble que sa combinaison de plongée est un peu trop grande pour lui. A la maison, face à l'océan, l'attendent sa femme, Elise, et leur fille, Mia. Bien qu'un de ses clients tarde à payer les travaux entamés dans son atelier, il ne manifeste aucune contrariété en famille, père aimant et amant passionné.


Les jours passent. Alors qu'il s'habille pour aller travailler, il enfile une chemise, puis une autre et remarque qu'elles sont toutes trop larges pour lui. Préoccupé, il consulte son médecin et lorsqu'il passe sous la toise, il entend qu'il mesure 1, 76 m. alors qu'il fait 1,80 m. Le médecin lui répond qu'il se tasse comme beaucoup d'hommes de son âge. Mais la situation va empirer...


Ainsi, un autre matin, alors qu'il prend une douche, il n'arrive plus à atteindre le pommeau. Puis il met son peignoir et se présente devant Elise, à son tour forcée de constater qu'il a perdu de nouveaux centimètres. Cette fois, ils vont à l'hôpital où Paul subit une batterie de tests, ne révélant rien sinon qu'il rétrécit inexplicablement. Mais jusqu'à quel point ?


Depuis longtemps, Jean Dujardin rêvait de jouer dans un remake du film de Jack Arnold de 1956, adapté de la nouvelle de Richard Matheson. Peut-être ces noms ne vous diront rien et pourtant Jack Arnold est aussi le réalisateur de L'Etrange Créature du lac noir (1954) et Richard Matheson est un des plus grands écrivains de science-fiction américain en même temps que l'auteur du script de Duel, le premier long métrage de Steven Spielberg.
 

Il se trouve que Dujardin, il y a dix ans, tenait déjà la vedette (aux côtés de Virginie Efira,) de Un Homme à la Hauteur, dans lequel il jouait un type mesurant 1,36 m.. C'est assez troublant pour être relevé car d'aucuns pourraient y voir une forme d'obsession pour un acteur aussi populaire, aussi grand aussi, le seul comédien français à avoir obtenu l'Oscar du premier rôle (pour The Artist).


Cela lui vaut d'être aujourd'hui parfois considéré comme quelqu'un qui a pris la grosse tête parce qu'il peut choisir les projets qu'il veut - on peut monter un film sur son nom - , comme s'il était trop présent alors qu'il tourne en définitive seulement un à deux films par an. Ce rapport à l'image qu'il a et qu'il renvoie ou qu'on lui prête interroge forcément quand on voit L'Homme qui rétrécit.


Le principal défaut du film, selon moi, réside dans son usage de la voix off, qui tient ici plus du commentaire, souvent ampoulé, que du bonus narratif. J'ai parfois eu envie que le film se déroule silencieusement ou en tout cas en s'en tenant aux dialogues ou aux monologues, car cette voix off ne sert à rien et même elle gâche un peu l'histoire.

Car, en vérité, l'histoire justement, c'est celle d'un homme qui s'efface. Contrairement au roman original, il n'y a pas d'explication au rétrécissement du héros (dans le livre, il était exposé à un gaz toxique), et c'est aussi bien. Chacun peut ainsi interpréter ce qui arrive à Paul comme il l'entend. Ce qui paraît le plus évident, c'est qu'il s'agit d'un homme qui a oublié de profiter de sa vie et qui s'en trouve dépossédé de la manière la plus cruelle.

Et je ne serai pas étonné que ce soit cela qui ait trouvé un écho chez Dujardin : être acteur, être une star de cinéma comme lui, c'est être constamment exposé, observé, sous le feu des projecteurs ou des flashs des appareils photos (des photographes professionnels et des paparazzi). Alors évidemment jouer un homme voué à disparaître jusqu'à ne plus être visible, c'est à la fois certainement un fantasme et une peur.

Que reste-t-il alors de cet homme ? Jan Kounen avec son scénariste Chris Deslandes prennent soin de ne pas imposer de réponse toute faite à cette question. Dans la première partie du film, Paul est filmé souvent de loin comme pour, déjà, figurer sa disparition. Pourtant, lui, est quelqu'un qui apprécie les détails : on le remarque quand il veille à la bonne confection d'un bateau, ou qu'il s'adresse avec attention à sa fille ou qu'il fait l'amour à sa femme.

On le note encore plus quand il s'aperçoit que quelque chose cloche chez lui, dès le début, avec sa combinaison de plongée qui lui paraît bizarrement plus grande, ou ensuite ses chemises, quand il ne parvient plus à atteindre le pommeau de sa douche. Et évidemment quand il est mesuré par son médecin qui relativise les 4 cm. qu'il a perdus en lui expliquant qu'il se tasse...

Dans le deuxième acte du récit, la transformation devient plus spectaculaire, et convoque des effets sadiquement comiques - Paul assis dans un fauteuil. Son état empire et créé des tensions avec Elise, car sans travail, donc sans salaire, il ne peut plus assumer les charges financières d'une belle maison comme celle dans laquelle ils vivent. On ressent l'humiliation à rapetisser comme ça non seulement physiquement mais aussi matériellement puisqu'il est désormais incapable d'être un homme normal.

La transition vers le dernier acte est certes prévisible mais toujours aussi efficace avec le chat qui le course, auquel il échappe en se glissant sous la porte menant au sous-sol puis, esquivant un coup de patte, quand il tombe dans un carton. Alors nous sommes, comme Paul, saisis d'effroi car il devient inaudible, invisible. Elise le croit mort, peut-être dévoré par le chat (scène reprise quasiment à l'identique dans la récente série The Miniature Wife ).

On sent que Jan Kounen a disposé de gros moyens (le budget du film est quand même de 20 millions d'Euros) car dans ce dernier mouvement, il confronte son héros à des menaces, des dangers superbement mis en scène, avec beaucoup d'ingéniosité technique et des effets spéciaux réellement sidérants. Les échelles, les perspectives, les dimensions, tout ça fournit au cinéaste de quoi s'amuser. Et nous sidérer.

Pourtant, plutôt que d'opter pour un survival classique, convenu, Kounen préfère miser sur la poésie. Certes, il y a une araignée monstrueuse au sous-sol, une lutte acharnée pour ne pas mourir de faim, de soif, l'espoir chevillé au corps de Paul qui ne renonce jamais à être entendu, vu à nouveau. Mais dans la résignation qui gagne se trouve aussi une leçon d'humilité, de dignité.

Au fond, le film forme un cercle : au début, Paul nage et observe le ciel où il voit les nuages tourbillonner étrangement. Et, à la fin de son odyssée, il n'aspire plus qu'à une chose : revoir le ciel, sortir de sa prison souterraine, au péril de sa vie, pour respirer à nouveau l'air du dehors et contempler les étoiles. Petit ou grand, il sait qu'il est minuscule à l'échelle de l'univers, un grain de sable sur un caillou.

Jean Dujardin impressionne dans ce rôle où, vous l'avez deviné, on peut émettre bien des réflexions sur lui-même mais aussi sur nous-mêmes, de façon très immersive et subtile. La retenue du film est peut-être ce qui a désarçonné, déçu le public qui ne s'est pas déplacé, croyant peut-être que Dujardin allait tirer le sujet vers la comédie. Pourtant le même public a acclamé le même acteur dans l'éblouissant et très noir Les Rayons et les Ombres... 

Marie-Josée Croze avait déjà donné la réplique à Dujardin (dans Un Balcon sur la mer, de Nicole Garcia, 2010) et hérite ici d'une partition plus ingrate, mais qu'elle tient avec talent. La jeune Daphné Richard, qui joue la fille de Paul et Elise, est aussi formidable (la scène dans la maison de poupée est magnifique).

Ce n'était peut-être tout simplement pas le moment, mais je parie qu'avec le temps L'Homme qui rétrécit gagnera son statut de film culte - comme l'original. 

samedi 1 août 2026

SUPERMAN ANNUAL 2026 #1 (of 1) (Joshua Williamson / Eddy Barrows, Yasmine Putri)


- The Return of Superman (Joshua Williamson / Eddy Barrows) - Depuis sa victoire contre Darkseid, investi des pouvoirs du Roi Oméga et du Time Trapper, Superman explore le continuum espace-temps pour en réparer les dégâts causés par l'ancien maître d'Apokolips. Son périple l'amène à croiser Hourman qui le met en garde contre une puissant entité qui trafique le temps.


Superman se jette malgré tout dans l'oeil du cyclone et se retrouve à Metropolis au XXXI ème siècle. Là, il fait face à deux survivants de la Légion maudite de Darkseid, Saturn Girl et Lightning Lad, désormais libérés de son emprise mais sous la menace d'Infinite Man qui veut les effacer de l'Histoire...
 

Alors qu'en 2027 DC Comics et ses deux architectes en chef, Scott Snyder et Joshua Williamson, vont proposer un nouvel event cosmique (Absolute Crisis ?), cet Annual 2026 de Superman fait office de transition entre ce qui s'est passé depuis DC K.O. et ce qui s'annonce avec le retour de la Légion des Super Héros dans une nouvelle série mensuelle à partir de Septembre.


L'exercice auquel s'attelle Joshua Williamson est donc ingrat : il faut remettre de l'ordre tout en proposant un récit lisible pour tout le monde. Et comme le scénariste a promis que sa Légion des Super Héros serait reader's friendly (tout en contenant quelques allusions aux anciennes séries de l'équipe), tout commence ici.


Il faut reconnaître à Williamson un talent que n'a pas Snyder : celui d'être toujours soucieux du confort du lecteur. Il refuse de se laisser emporter par ses délires et préfère embarquer son public dans une histoire qui donne envie d'en lire plus, a fortiori juste avant le lancement d'une nouvelle série. Et c'est pour cela que cet Annual est une réussite.

Les voyages dans le temps, y compris jusqu'à la fin des temps, comme ici, sont toujours une gageure. Williamson pioche dans la série Action Comics de Mark Waid où Superboy rencontre Booster Gold, le Limier Martien et Mary Marvel en provenance de son futur et qui l'entraîne dans une odyssée où il aura un rôle décisif à jouer pour se sauver lui-même.

Entre temps, Superman affronte Infinite Man, croise Hourman (version Matthew Tyler), retrouve deux survivants de la Légion maudite anciennement aux ordres de Darkseid, et fait ce qu'il sait le mieux : sauver le monde, l'univers, quitte à se sacrifier. Il y a un vrai souffle dans ces pages, ce qui n'exclut pas quelques moments émouvants (comme quand Superman risque de tout oublier de son passé).

Eddy Barrows est chargé d'illustrer cette partie, soit 25 pages, où, surprise, il s'encre lui-même. Le résultat est évidemment spectaculaire et très concluant (même si, personnellement, je préfère quand même quand Eber Ferreira est là pour l'encrage). Il nous gratifie de doubles pages somptueuses, avec une puissance dans le trait et une générosité dans les détails qui ne peut que combler le fan.

Superman est donc de retour (ce n'est pas un spoiler, c'est dans le titre) et j'ai hâte de lire comment Williamson va exploiter cela.

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- Legion Found (Joshua Williamson / Yasmine Putri) - Grâce à Superman, la Légion des Super Héros renaît dans une nouvelle version. Mais déjà elle est en danger car Brainiac Un Million s'affaire à en capturer les membres pour leur trouver un nouvel inspirateur...
 

Les dix dernières pages de cet Annual sont donc consacrées à la Légion des Super Héros et à la menace de Brainiac 1, 000, 000, 000. Yasmine Putri nous fait le plaisir, trop rare, de dessiner ces planches, qui servent surtout de teaser pour l'avenir. Car Williamson voit loin : alors qu'il va relancer un mensuel sur cette équipe de super héros, il présente déjà la menace qui plane sur elle.

On n'en a pas fini avec Darkseid mais aussi avec Brainiac et la revenante Pandora, qu'on n'avait plus vue depuis la fin des New 52 quand Geoff Johns avait introduire cette oracle maudite pour tenter d'expliquer (déjà) comment cette nouvelle continuité se justifiait. C'est culotté de la part de Williamson, mais qui d'autre que lui pouvait s'aventurer dans cette direction ?

La suite, donc, en Septembre avec Legion of Super Heroes #1, dont les dessins seront assurés par rien moins que le génial Hayden Sherman (qui n'abandonne pas toutefois Absolute Wonder Woman !) - voir ci-dessous :