vendredi 15 mai 2026

THE FURY OF FIRESTORM #2 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Ronnie Raymond a perdu sa mère alors qu'il était encore enfant et son père le négligeait. Adolescent, il intègre l'équipe de football mais n'est pas assez fort pour s'imposer comme titulaire. Pour impressionner la fille qu'il aime au lycée, il devient l'assistant du professeur Martin Stein jusqu'à ce que l'explosion d'une bombe ne les fasse fusionner en Firestorm...


Jeff Lemire a voulu faire de The Fury of Firestorm une série accessible à tous. Le personnage étant relativement peu connu, l'intention est appréciable. Mais elle n'est pas gratuite dans la mesure où, le mois dernier, le scénariste présentait Firestorm sous un nouveau jour, nettement plus menaçant, dépourvu de l'humanité des deux individus qui le composaient.
 

Que s'est-il donc passé pour en arriver là ? Lemire livre donc un épisode quasiment composé d'un long flashback pour suggérer quelques réponses. Ainsi revit-on le passé de Ronnie Raymond, jeune homme orphelin de mère très jeune, footballeur raté, assistant incompétent de Martin Stein qui le prend malgré tout son aile, jusqu'à l'accident qui allait bouleverser leur existence.


Lemire dévoile qu'aujourd'hui la créature connue sous le nom de Firestorm ne semble plus investie par Ronnie Raymond, qu'il semble avoir désintégré. Quant à Martin Stein, s'il apparaît comme le dernier recours pour stopper Firestorm, nul ne sait s'il est encore vivant, et s'il l'est, où il se trouve. Ce qui est certain en revanche, c'est que ni l'un ni l'autre ne sont plus aux commandes.


Lemire joue avec les nerfs du lecteur de manière très efficace et intense. Firestorm se définit désormais comme la Furie, il est en colère, et sa puissance est effrayante. Peut-il même être encore maîtrisé, ramené à la raison ? Qu'est-ce qui provoque cette furie ? Comme l'indique le titre sur la couverture, on assiste à l'anatomie de l'homme nucléaire, sauf qu'elle ne nous a pas révélé comment le calmer.

C'est cette inconnue qui rend le récit captivant et flippant. Avec des éléments connus des fans et désormais accessibles aux nouveaux lecteurs, le pire est qu'on ignore toujours ce qui a provoqué l'ire de Firestorm et comment en venir à bout - si on peut en venir à bout. Car Firestorm, comme on l'a vu dans le premier épisode, est une créature surpuissante, capable de manipuler le feu nucléaire, la cohésion atomique.

Là où Tom King dans Jenny Sparks dressait le portrait d'un Captain Atom, équivalent en puissance à Firestorm, prétendant être Dieu et réclamant d'être vénéré comme tel, les motivations de Firestorm sont et restent nébuleuses. Il paraît beaucoup plus offensif, agressif, vindicatif. Mais pourquoi ? Ne pas savoir, Jeff Lemire en use à dessein, c'est nourrir la crainte.

Visuellement, il faut aussi dire que la série est une réussite car Rafael de Latorre réussit une belle performance : pour certaines séquences, il modifie son encrage et avec le coloriste Marcelo Maiolo, utilise des trames qui donnent l'apparence des vieux comics, avec des couleurs délavées, passées.

Puis l'artiste passe à un trait plus fin, le coloriage redevient normal, et cette transition donne l'impression que l'histoire se déroule sur deux niveaux, avec une BD dans la BD, et avec le récit direct. C'est un procédé qu'affectionne Lemire, qui l'a exploité dans sa saga Black Hammer, et que de Latorre traduit magnifiquement, de manière encore plus séduisante pour les lecteurs.

Hier, en parlant d'Absolute Martian Manhunter, je pointai du doigt que le pire ennemi de cette gamme Absolute était une tendance prononcée à l'exagération, à l'outrance, à la saturation. Ici, en revanche, tout est subtilement dosé, mais loin d'aseptiser le résultat, cela le rend bien plus troublant et puissant. C'est une sorte d'éloge de la mesure.

Firestorm est à peine moins connu que le limier martien, mais Jeff Lemire et Rafael de Latorre réussissent en deux épisodes à le rendre plus incarné et son histoire plus percutante, sans avoir besoin de pousser tous les curseurs dans le rouge. Sachant que Lemire est aussi l'auteur d'Absolute Flash, on en déduira que le scénariste canadien réussit à se partager entre deux tonalités de façon virtuose. Et c'est comme un commentaire, une métaphore de son héros nucléaire.

Et si on tenait là la vraie grande série du DC Next Level ?

jeudi 14 mai 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #11 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


John Jones a compris que son fils Tyler était possédé par l'équation d'anti-vie et que sa femme Bridget était en danger, seule avec lui. Il part donc la retrouver mais des membres de l'Agence les attaquent, lui et le Martien tandis que Désespoir-le-zéro l'accable avec les moments les plus sombres de son passé...


Dans un monde idéal, une mini-série comme Absolute Martian Manhunter aurait été réalisée suffisamment d'avance pour ne jamais connaître d'interruption dans sa publication et alors le plaisir de lecture aurait été incomparable. Toutes les qualités du projet de Deniz Camp auraient été imparables et sans doute n'aurai-je aucun doute sur son statut de chef d'oeuvre.


Mais voilà, ça ne passe pas comme ça, et même si l'édition de la série est remarquable, DC acceptant de laisser à Javier Rodriguez le temps de compléter ses épisodes en mettant la production en stand-by (là où d'autres éditeurs auraient engagé un fill-in artist pour ne pas faire attendre le lecteur), hé bien, Absolute Martian Manhunter doit maintenant composer avec cette reprise.


Et, pour ma part en tout cas, le plaisir n'a plus jamais été le même. Cela reste une mini-série extraordinaire à bien des égards, mais cette cassure dans la parution m'a rendu le retour à la lecture plus difficile que je ne le pensais. Je n'arrive plus à profiter de cette histoire autant que dans sa première moitié tout simplement.


Je ne veux pas faire l'effort non plus car je crois qu'une bonne BD se lit justement sans avoir à faire d'effort. On peut évidemment lire une BD complexe et s'interroger en la lisant sur tel point, c'est le jeu, et c'est un jeu plaisant, excitant, motivant. Mais il est nécessaire d'avoir une fluidité dans sa lecture, de ne pas sentir qu'on doit s'arrêter à un moment pour saisir tel détail puis, une fois compris, reprendre où on en était.

Il n'y a rien de spécialement compliqué à comprendre dans Absolute Martian Manhunter, mais l'ambiance y est tellement intense que, en coupant la parution en deux temps, s'y remettre exige un effort. Il faut s'immerger à nouveau dans ce climat oppressant, délirant, et ce n'est pas si facile. La fluidité s'est perdue.

Il sera intéressant de relire l'intégralité des 12 épisodes une fois qu'ils seront sortis, de les relire d'une traite, et je suis convaincu alors que j'apprécierai des éléments que je n'arrive plus à savourer depuis quelques mois. Mais c'est un peu le mal moderne des comics dont la structure narrative est conçue pour se savourer en recueil alors que l'épisode mensuel devrait se suffire à lui-même, que le plaisir du feuilleton mensuel devrait dominer.

Dans cet épisode, par exemple, le focus se porte sur la lutte interne qui se joue entre John Jones, le Martien et Désespoir-le-zéro. Ce dernier signifie des choses importantes à John : il suggère que l'accident dont il a été victime et depuis lequel il cohabite avec le Martien n'était pas un accident, que le Martien a toujours été là et que lui-même, Désespoir-le-zéro, attendait d'accéder à la psyché de John.

Mais la manière dont Deniz Camp met cela en scène me paraît lourde, laborieuse, comme une révélation trop tardive, trop explicative. Si ce que dit Désespoir-le-zéro est vrai, alors ça remet tout en cause et le surnaturel envahit la série quand, auparavant, il s'y était invité pour rendre l'ensemble de l'aventure de John plus troublante.

En revanche, si c'est faux, c'est une manoeuvre pour briser John et cela semble d'ailleurs marcher, mais à un épisode de la fin, alors que d'autres menaces sont déjà à l'oeuvre, fallait-il démolir psychologiquement John qui aura fort à faire dans le dernier épisode pour sauver son fils ? En tout cas, c'est un point de plus dans l'assombrissement de l'histoire.

Comme auteur et lecteur, je me méfie toujours de ces coups de théâtre à un numéro du terme, surtout quand la barque est déjà bien chargée. Peut-être que Camp s'en sortira brillamment et qu'on aura droit à un final exceptionnel, mais j'ai plutôt l'impression actuellement que la série a connu six premiers chapitres hors du commun et que depuis... Hé bien, c'est moins ça, c'est plus difficile.

Javier Rodriguez continue de livrer des planches formidables, très inventives, très colorées aussi - on est carrément dans le psychédélisme, les épisodes ressemblent à une BD underground des 70's. Mais ce traitement visuel a son revers : on peut trouver, légitimement à mon sens, que ça vire parfois à la surenchère et que la narration n'en profite pas.

Par exemple, là aussi, le rôle et le lien avec l'intrigue générale de cette mystérieuse Agence et de ses membres est franchement opaque. Tout d'abord, je les ai associés au Martien Blanc, puis à l'équation d'anti-vie (donc Darkseid). Mais maintenant, je ne sais plus trop. Et le fait est que Rodriguez ne fait rien pour éclaircir l'avis du lecteur. Il suit le script, mais le script est opaque là-dessus.

J'ai conscience que, cette semaine particulièrement, par un hasard fâcheux du calendrier des sorties, rien n'a l'air de me plaire. Ce n'est certainement pas agréable de lire des critiques un peu bougonnes. Mais ces déceptions sont variées : il y a des séries qu'on trouve ratées parce qu'elles manquent leur cible, d'autres parce qu'elles manquent d'audace, d'autres parce qu'elles en ont trop.

Peut-être qu'au fond ce que j'apprécie le plus, c'est actuellement un peu d'humilité. Ce qui ne signifie pas un manque d'ambition ou d'originalité (et justement demain je vous parlerai d'un titre qui m'a comblé). Mais c'est vrai que, aussi incongru que ça puisse paraître, j'ai pris plus de plaisir à lire et à parler de Black Cat que de Captain America, Iron Man ou Absolute Martian Manhunter

Et dans le cas précis d'Absolute Martian Manhunter, au fond, ce qui est peut-être le plus remarquable, c'est qu'alors qu'au début je pensais tenir le titre Absolute le plus subtil, je me rends compte qu'il tombe dans le même piège que le reste de la collection, avec un trop-plein, comme une version boursouflée plus que très différente.

IRON MAN #5 (Joshua Williamson / Carmen Carnero, Jan Bazaldua)


Face au Fixer dans une armure améliorée de la sienne, Tony Stark doit d'abord évacuer de l'héliporteur de l'A.I.M. les jeunes scientifiques kidnappés par Madame Masque. Celle-ci confronte son ancien amant en l'éjectant du vaisseau qui se crashe. Tony est accusé d'avoir provoqué l'accident...

    
Je fondais de grands espoirs sur cette reprise d'Iron Man par Joshua Williamson et Carmen Carnero, un des scénaristes les plus en forme du moment chez DC et une artiste que j'adore. Mais il faut bien que j'admette qu'après cinq numéros, et un arc narratif entier, le résultat ne m'a pas convaincu. Pas assez en tout cas pour que je poursuive l'aventure.


Je crois que ce qui n'a pas marché à mes yeux, c'est que jamais je n'ai trouvé Williamson au niveau de ce qu'il écrit chez DC. Ce n'est pas l'auteur si inspiré de Superman qui ose et réussit à embarquer le lecteur avec une énergie contagieuse. Nul doute qu'il aime le personnage d'Iron Man, mais le souci, c'est que l'histoire qu'il raconte n'est pas parvenue  à m'accrocher.


Ce cinquième numéro est à l'image des précédents : l'intensité que le scénariste espère convoquer fait défaut et rien ne vient franchement renouveler les fondamentaux d'Iron Man. Williamson utilise des adversaires vus et revus (Mme Masque, le Fixer, l'AIM), mais cantonne les seconds rôles à de la figuration (Pepper Potts, Melinda May). 


Bien entendu Tony Stark est traité de la façon la plus convenue possible : un type très riche et fanfaron, qui cache ses tourments tout en ayant réponse à tout. Le postulat de Williamson était pourtant prometteur avec l'intention de Mme Masque de trouver non pas un nouvel Iron Man mais un nouveau Tony Stark.

Et dans cet épisode, on comprend fort bien ce qui distingue Stark de quelqu'un qui prétendrait être lui : dès son origine, il n'a pas été seul pour concevoir Iron Man et l'homme avec qui il l'a créé a sacrifié sa vie pour cela. Par la suite, il a côtoyé d'autres génies au contact desquels il s'est amélioré. Mais Williamson fait l'impasse sur le côté obscur de Stark.

Le Stark de Civil War par exemple qui a fracturé la communauté super héroïque, qui a manipulé Spider-Man, et même avant les nombreuses occasions où il a agi seul en se moquant de l'éthique la plus élémentaire, où il a lavé le cerveau de milliers de gens pour préserver son identité secrète, où il a banni Hulk de la Terre (avec les Illuminati), etc. 

Au fond Stark est un héros comme Emma Frost (avec qui, durant l'ère de Krakoa, il s'est marié pour un temps) : il n'est jamais plus intéressant que quand celui qui l'écrit conserve son ambiguïté, voire sa part sombre. Stark est un vilain en puissance qui affronte ses démons pour ne pas sombrer justement et prouver qu'Iron Man est bien un héros.

Mais cela Williamson ne l'a pas du tout abordé, ou alors trop maladroitement. Et la fin de ce numéro utilise même une vieille ficelle pour lui créer un nouvel ennemi qu'on a vu arriver à des km... Tout en en faisant une sorte de professeur pour la nouvelle génération (ce qui rappelle la Future Fondation de Reed Richards dans le run de Hickman sur Fantastic Four). Et qui pousse à s'interroger sur la valeur d'un tel enseignant.

Carmen Carnero dessine 14 pages d'affilée de cet épisode et le résultat est très bon, mais, s'étant récemment blessée à la main, elle ne peut plus dessiner tranquillement et elle ne reviendra qu'au #8. C'est pour cela qu'encore une fois elle est suppléée par Jan Bazaldua, qui conclut l'épisode toujours aussi médiocrement. C'est vraiment dommage.

Mais, si vous voulez mon avis, hé bien, je trouve qu'Iron Man n'est pas le personnage qui permet à Carnero d'exprimer au mieux son fantastique talent. Son style classique et élégant convient bien mieux à des personnages dont le visage n'est pas caché par un casque, et c'est pour cela que son travail était infiniment mieux valorisé dans Captain America : Sentinel of Liberty ou Exceptional X-Men.

Sur ces cinq épisodes donc, c'est moins mauvais que sur les 11 de Captain America (de Zdarsky et compagnie), mais bon, au final, le bilan est le même : j'ai été trop déçu pour persévérer.

CAPTAIN AMERICA #11 (Chip Zdarsky / Valerio Schiti)


Captain America découvre que la véritable arme secrète du Dr. Fatalis est son clone enfant, confié à une femme qui veut l'élever pour qu'il ne devienne pas un tyran. Au même moment le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross et ses hommes sont parachutés sur Doomstadt et Red Hulk a bien l'intention de faire payer à cet enfant les tortures que Fatalis adulte lui a fait subir...


Ce sera donc ma dernière critique du Captain America de Chip Zdarsky puisque j'ai décidé d'arrêter les frais. Je n'ai toujours pas décidé si j'allais lire Armageddon, l'event que le scénariste a préparé via cette série et qui démarre le mois prochain. J'hésite encore, même si j'avoue que c'est tentant vu la promesse faite d'un changement de taille à l'issue de cette saga (en même temps, c'est une promesse faite à chaque event).


J'arrête donc Captain America mais sur une plutôt bonne note car l'épisode n'est pas trop mauvais. Il y a beaucoup d'action et Zdarsky aboutit à un climax très intense qu'il a su bien mettre en place avec d'un côté cette traque d'armes de destruction massive en Latvérie et le projet du Red Hulk (le général Ross) qui veut s'emparer du pays pour se venger des tortures qu'il y a subies.


Malheureusement, c'est un peu tout. C'est déjà pas mal, me direz-vous, et vous n'aurez pas tort. Mais ç'a pas pris pour moi. Je vais me répéter, mais Zdarsky s'est trop servi de la série comme d'une rampe de lancement pour Armageddon, d'où ce sentiment qu'il n'a pas grand-chose à raconter avec Captain America lui-même.


C'est une stratégie narrative et éditoriale que je peux comprendre, qui consiste à tout lier, mais je préfère quand on le voit moins venir qu'ici. Idéalement, un event doit surgir des pages d'une série sans que le lecteur ne le devine trop longtemps à l'avance, comme un subplot qui finit par prendre toute la lumière. Ici, c'est le contraire : depuis plus 11 épisodes, tout n'est là que pour annoncer l'event.

Cela aboutit à ce que Captain America n'est qu'un acteur parmi d'autres dans sa propre série. A vrai dire, la star du show, c'est bien le général Ross/Red Hulk dont l'apparition s'impose comme le pic d'une intrigue déroulée sur presque un an. Et c'est étrange de lire une série où le héros est à la fois le vilain mais où le personnage-titre est relégué quasiment au second plan.

De fait, Captain America est bien trop témoin, passif, des événements. Surtout, et c'est notable dans cet épisode, il est impuissant, dépassé par ce qu'il doit affronter, empêcher, protéger. La volonté de fer de Steve Rogers est insuffisante. Cela rappelle la situation de Daredevil au début du run de Zdarsky, empêtré dans une affaire de meurtre et qui décide, un temps, de cesser ses activités de justicier.

La toute dernière page entraîne Rogers dans une direction fantastique qui pourrait être intéressante et qui peut, éventuellement, bouleverser profondément le personnage. Mais c'est aussi un rebondissement tardif et improbable, qui ne suffit pas à me retenir. Tout cela laisse un sentiment de frustration, d'incompréhension face à ce que Zdarsky a voulu raconter.

De manière générale, le bilan concernant les séries sur la "trinité" Marvel (Captain America - Iron Man - Thor) n'a rien d'engageant. Iron Man, j'en parlerai vite, achève son premier arc sous la direction de Joshua Williamson sans éclat. Peut-être vais-je finir par jeter un oeil sur The Mortal Thor d'Al Ewing, dont on dit grand bien, pour vérifier si c'est mieux.

Valerio Schiti semble avoir signé son dernier épisode (puisqu'il ne figure plus dans les sollicitations des prochains mois comme artiste de la série, même s'il demeure le cover artist). Jamais l'artiste italien n'a paru inspiré, comme si les scripts de Zdarsky ne le motivaient pas. Sa prestation s'achève donc comme elle a commencé, en demi-teinte.

Il réalise des planches très en deçà de ce qu'on a l'habitude de la voir faire. Les modifications qu'il a apportées à son trait, notamment dans l'encrage, ne me paraissent pas des plus concluantes. Les finitions sont décevantes. Surtout il ne paraît pas à l'aise avec le personnage de Captain America, dont il a mal redesigné le costume, et les seconds rôles sont tout aussi mal fichus, sans charisme. Son Red Hulk est néanmoins assez flippant.

J'espère qu'il va se ressaisir et rebondir ailleurs (j'espérai qu'il serait du projet Midnight avec Jonatahn Hickman, mais non). Schiti en a encore sous le capot, simplement là, ça n'a pas fonctionné. Et ce qu'il a produit n'a rien pu sauver.

Dommage. Mais comme quoi, ça peut arriver que, même avec une équipe aussi prometteuse, ça ne marche pas.

mercredi 13 mai 2026

BLACK CAT #10 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat et Venom surprennent J. Jonah Jameson dans la chambre forte de la zone négative et découvrent qu'il y possède une pièce entière contenant des dossiers compromettant sur des super-héros et leur entourage. Pourtant il jure ne pas être le maître-chanteur qui s'en est pris à Mary Jane Watson...
 

Avec cet épisode se conclut l'arc qui a vu Black Cat faire équipe avec Venom, pour aider le nouvel hôte du symbiote, c'est-à-dire Mary Jane Watson. Le dénouement pourra décevoir dans la mesure où la scénariste G. Willow Wilson révèle ce que MJ redoutait qu'on apprenne sur son passé, mais pourra aussi combler ceux qui apprécient la série pour sa légèreté. 


En fait, Black Cat, c'est cela : une série qui refuse obstinément de se prendre au sérieux, qui refuse le drama. Alors, oui, les comics super héroïques se nourrissent de dramas et y tourner le dos, c'est une sorte d'affront, de blasphème. Mais c'est aussi une bouffée d'air frais car cela prouve qu'on peut encore s'amuser des clichés attachés au genre.


C'est en tout cas la raison pour laquelle j'apprécie tant cette série : je ne croyais pas que Marvel soit encore capable de produire ce genre de titres. Marvel, c'est devenu très compliqué depuis quelques années et ça le restera encore tant que C.B. Cebulski restera l'editor-in-chief (ça fera dix ans l'an prochain).


On peut se demander comment celui qui s'est taillé une réputation de dénicheur de talents a pu devenir un patron aussi médiocre, renonçant à toute ambition artistique pour Marvel, et cela donne envie de réévaluer son prédécesseur Axel Alonso. Mais Black Cat montre qu'il laisse une série atypique avoir sa chance, en la confiant à des auteurs qui veulent vraiment faire quelque chose du personnage (en tout cas autre chose qu'un second rôle dans Amazing Spider-Man).

Jed MacKay avait écrit Black Cat comme une série d'aventures mettant l'accent sur le rôle de voleuse de Felicia Hardy. G. Willow Wilson lui a préféré une autre voie en interrogeant ce qui fait l'ambiguïté du personnage, à savoir si elle est une vilaine ou une anti-héroïne. Elle développe cette réflexion sans se prendre au sérieux, en soulignant la difficulté à convaincre qu'on peut changer.

Cet arc avec Venom synthétise le propos de Wilson puisque Black Cat a la possibilité d'aider concrètement une personne qui a toujours douté d'elle, dont elle a toujours été la rivale sentimentale. Est-ce à dire que Black Cat est désormais une héroïne, que tout le monde est persuadé de sa reconversion. Loin s'en faut.

Mais en tout cas, alors que la série a survécu au cap des dix épisodes (limite avant l'annulation), on peut à présent espérer que Marvel laisse Wilson aller encore plus loin. Ce ne sera jamais un best-seller, mais si ça pouvait convaincre l'éditeur qu'il y a encore une place chez lui pour une petite série avec une communauté de fans fidèles, ce serait déjà une grande victoire.

Gleb Melnikov a su saisir la balle au bond et prouver lui aussi qu'il méritait qu'on lui confie un titre mensuel. Pour une fois, on a là un transfuge de DC à qui Marvel accorde sa confiance. Il dessine cette série dans un registre cartoony qui correspond bien à l'humeur des scripts de Wilson, qui fait tout le charme et le sel de ce projet.

Rendez-vous maintenant dans un mois pour une nouvelle aventure - et pour de nombreux autres épisodes !

lundi 11 mai 2026

POISON IVY, VOLUME 7 : AMUSE-BOUCHE (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Davide Gianfelice, Mark Buckingham)


POISON IVY, VOL. 7 :  AMUSE-BOUCHE
(Poison Ivy #38-41 + Annual 2025)


- POISON IVY #38-41 (G. Willow Wilson / Marcio Takara : 38-39, Davide Gianfelice : 40-41) - Trahie par Janet, Poison Ivy la traîne dans les bois sans savoir si elle va la tuer ou non. Elle veut d'abord confronter Bog Venus et ce dernier lui commande de cesser d'aider Xylon, son rival. Ivy conclut un marché...


... Après quoi, à nouveau à l'abri des regards dans la ville fantôme de Marshview, Ivy entreprend de guérir Janet du mal qui la ronge. Cependant, Mr. Undine entraîne les membres de l'Ordre des Chevaliers Verts jusqu'à Marshview pour échapper aux forces de l'ordre de Seattle. Poison Ivy arrive en même temps pour inviter Ivy a regagner Gotham...


Là-bas, Ivy ne tarde pas à attirer l'attention de Vandal Savage, le commissaire du G.C.P.D., qui la malmène pour qu'elle lui obéisse. Jetée en prison, Ivy change de tactique : elle décide de briguer le poste de maire de Gotham !


Ce septième tome de la série ne paraîtra en vo qu'en Juillet prochain (et Dieu sait quand en vf) mais je vous fais part de ma critique sur les cinq nouveaux épisodes qu'il contient et l'Annual 2025 qui complète son sommaire. Dis ainsi, le programme peut sembler maigre mais l'Annual fait une quarantaine de pages, l'équivalent d'un numéro double.

G. Willow Wilson conclut d'abord ce qu'elle avait laissé en suspens dans le tome précédent avec les épisodes 38-39. Janet Mitchell a trahi Poison Ivy en s'alliant à Bog Venus, une entité primordiale appartenant au Parlement des Arbres qui ne supporte pas que Pamela Isley collabore avec Xylon le Gris, une entité rivale et mortifère.

Pour faire plier Ivy, Bog Venus a dévoilé la ville fantôme de Marshview aux yeux des autorités de Gotham et la police a effectué un raid qui a forcé Pamela à fuir pour rejoindre Seattle, via un passage interdimensionnel, où est basé l'Ordre des Chevaliers Verts qui en fait son égérie, au grand dam de Bella Garten.

Refusant d'abord cette place de leader, Ivy s'est ravisée en comprenant qu'elle tenait là une armée prête à lui obéir et à accomplir ses actions écoterroristes. Elle a détrôné Bella en la privant de ses pouvoirs et découvert au même moment que Janet l'avait donc trahie. Prête à la tuer, elle veut aussi négocier avec Bog Venus pour qu'il restaure la protection de Marshview.

Sans rien dévoiler de ce que cette explication donne, on peut dire que Ivy tranche dans le vif et s'attire l'ire d'un puissant ennemi. Mais dans le même mouvement, elle comprend, en même que Janet, que celle-ci a été dupée et n'a jamais voulu la blesser sciemment. Même si elle lui explique que tous ceux qui tentent de l'aimer finissent par en souffrir.

L'autre conséquence de tout cela, c'est que Ivy pardonne donc à Janet et la guérit. Mais cette guérison est surtout une transformation qui devrait avoir des prolongements sur la durée pour le personnage de Janet. G. Willow Wilson a réussi à faire de cette jeune femme un peu godiche un second rôle essentiel dans la série, un peu au détriment de la romance historique entre Ivy et Harley Quinn.

Toutefois Harley n'est jamais bien loin et peu jalouse. C'est sans doute la seule à échapper au sort funeste de ceux qui veulent être aimés de Ivy. Wilson écrit Ivy d'une manière fascinante, comme une créature qui a accédé à un stade de son évolution où elle peut à tout moment se détacher de son humanité, ce qui fait qu'elle repousse constamment ceux qui s'attachent à elles.

Et en même temps elle reste profondément humaine et faillible, liée à sa condition première de femme, d'humaine, tiraillée entre une idéologie écoterroriste et une ambition de changer le monde, de préserver la nature en cherchant le compromis, à dépasser son statut de vilaine. Cette Ivy-là est encore dépendante de ses désirs, de son coeur, qui la font chavirer tantôt dans les bras de Harley, tantôt dans ceux de Janet.

En termes de caractérisation, c'est le portrait d'un personnage très fouillé, tourmenté, dense, complexe, et passionnant. Le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser, comment l'appréhender, ce qui montre que la scénariste est parvenue à dépasser les clichés. Et ce n'est pas fini comme le prouve les deux autres épisodes suivants.

En effet, Ivy revient à Gotham en sachant qu'elle remet les pieds en territoire hostile, entre l'ombre de Batman et celle, désormais, de Vandal Savage, devenu le commissaire principal du GCPD (un reliquat du run de Chip Zdarsky sur la série Batman, heureusement encore exploité). Batman, à vrai dire, n'est plus en position favorable, il est même devenu, comme on l'a vu dans les premiers épisodes du run de Matt Fraction l'homme à abattre, l'ennemi public n°1.

Ivy va donc devoir composer avec Vandal Savage et elle ne gagne pas au change. Savage est brutal, tyrannique. Il veut contrôler Gotham et a, sous ses ordres, Marie Henley, une informaticienne surdouée qui a mis au point un système de surveillance et de prédiction criminelle basé sur l'intelligence artificielle. 

Mais cette machinerie consomme énormément d'énergie et d'eau. Ivy, pour espérer négocier avec Savage, doit collaborer afin que la climatisation de ce système soit efficace. Bien entendu, après avoir fait mine d'accepter ce deal, poussée dans ses retranchements, elle n'y tient plus, se rebelle (très violemment) et atterrit dans une cellule, en attente d'être transféré dans la prison Supermax pour métahumains.

C'est alors qu'elle a l'idée d'une riposte plus ciblée et stratégique : être élue maire de Gotham ! Alors, oui, je spoile, mais ce n'est pas si grave parce que ce qui compte dans ce rebondissement, c'est qu'il ouvre une nouvelle ère pour la série et son héroïne. Mais pas que ! Puisque, vous l'aurez compris, le succès du projet de Ivy va impacter la série Batman (qui s'est chargée de divulgâcher l'issue du vote).

Wilson place donc Poison Ivy dans une situation inédite pour elle, sans nul doute la position la plus importante que le personnage ait connue. Ce n'est pas loin de la période où Lex Luthor fut Président des Etats-Unis. Et évidemment, on se doute bien que la cohabitation Ivy-Savage ne sera pas un long fleuve tranquille (même si Fraction a déjà posé que les deux s'entendraient pour stopper Batman).

Les dessins sont assurés par Marcio Takara dans un premier temps et si on sent une légère fatigue de sa part, il produit encore de fort belles planches. J'aime toujours autant la façon dont il représente Poison Ivy, exactement à mi-chemin entre la déesse de la nature et la femme fatale. De manière générale, Takara brille avec les personnages féminins qu'il réussit à croquer avec ce mélange de puissance, de sensualité, de monstruosité aussi, et d'élégance.

Puis Davide Gianfelice le remplace sur la fin et on devine que sa prestation, brève mais très convaincante, lui a permis de décrocher la place de dessinateur régulier sur Catwoman depuis peu. L'italien a un trait plus nerveux que Takara, mais qui convient parfaitement pour illustrer le face-à-face très tendu entre Ivy et Vandal Savage.

On assiste donc à un vrai tournant pour la série, alors qu'elle franchit le cap des 40 épisodes et qu'elle peut voir encore loin avec une scénariste toujours aussi bien inspirée et entourée.

*

- POISON IVY ANNUAL 2025 (G. Willow Wilson / Mark Buckingham) - Ivy trouve Tuuru, l'arbre de la connaissance qui accepte de partager son savoir. En croquant dans une pomme, elle est propulsée dans un passé médiéval où elle incarne la Dame du Lac et fait face à un jeune roi, à son épouse et à leur machiavélique conseiller...


Cet Annual 2025 est comme souvent l'occasion de faire un pas de côté. Le récit ne cite pas les intrigues en cours mais se déguste comme une fable. Et ça ne peut pas être un hasard que ce soit justement le dessinateur de Fables qui se soit occupé de dessiner ce numéro spécial : Mark Buckingham (qui s'encre aussi pour l'occasion, avec aux couleurs son fidèle partenaire Lee Loughridge).

G. Willow Wilson s'amuse à déplacer Poison Ivy dans le cadre des légendes arthuriennes puisqu'elle fait de Pamela Isley la Dame du Lac. Le roi qu'elle rencontre est peut-être Arthur, en tout cas l'histoire traite du pouvoir qui corrompt et des conseillers ambitieux qui distinguent bien ce qu'est gouverner et et régner.

La métaphore n'est cependant pas si déconnectée des épisodes qui composent ce volume puisque, dans le présent, Vandal Savage veut régner sur Gotham tandis que Poison Ivy veut gouverner la ville. Bien que parfois alourdie par un discours moralisateur (sur la prédation humaine), l'histoire ici contée ne manque pas de charme et révèle même, dans son dénouement, une surprise sur qui a vraiment trahi.

La prestation de Buckingham est comme d'habitude magistrale. Les décors sont extraordinaires (comme vous pouvez le constater sur la double page ci-dessus) et la narration est d'une fluidité exemplaire. Buckingham est un héritier de Kirby : ses planches comptent peu de cases et chaque plan va à l'essentiel, mais il est moins rugueux, moins direct et punchy que le King of comics.

Après la fin disons compliquée qu'a connu Fables, c'est un plaisir en tout cas de relire des pages de Buckingham, qui, depuis, a renoué avec Marvel pour des projets moins excitants hélas...

dimanche 10 mai 2026

BLOODY MILKSHAKE (Navot Papushado, 2021)


Sam, 12 ans, est abandonnée par sa mère, Scarlet, quand celle-ci doit fuir après avoir tué les hommes qui ont éliminé son mari. Confiée à Nathan, responsable des ressources humaines de la Firme, Sam devient à son tour une tueuse à gages. 15 ans après, elle se voit confier la mission de retrouver et liquider un homme qui a volé de l'argent à la Firme.


Sam se rend à la Bibliothèque où trois amies de sa mère - Anna May, Madeleine et Florence - lui fournissent des armes. Elle localise rapidement sa cible et lui tire dans l'abdomen par accident lorsqu'il se jette sur son téléphone pour répondre à un appel. Elle comprend alors qu'il a dérobé cet argent pour payer la rançon exigée par les ravisseurs de sa fille Emily.
 

Dans le même temps, Nathan apprend que Sam a tué par erreur, sur un précédent contrat, le fils de Jim McAlister, chef d'une organisation rivale de la Firme. Pour éviter une guerre, il livre sa protégée aux sbires de ce dernier...


Gunpowder Milkshake est une production Netflix qui surfe allègrement sur la vague du succès de la saga John Wick mais en remplaçant les hommes par des femmes. Dit comme ça, j'ai bien conscience que ça ressemble à un produit bas de gamme, et pourtant le résultat ne manque pas de charme, même s'il a du mal à égaler son modèle.


En vérité, Bloody Milkshake (en "vf") n'est pas tant un film de gunfight qu'un conte de fée tordu, une sorte d'hybride étonnant, avec une esthétique acidulée et un propos décalé. C'est une manière de distinguer l'histoire écrite par Navot Papushado et Ehnid Lavski du tout-venant des action movies où on finit par espérer que le héros increvable se fasse buter par surprise.


Si je dis que c'est un conte de fée, c'est parce que la première scène nous l'indique clairement : une jeune fille abandonnée par sa mère et confiée à un homme qui ne saura l'empêcher d'embrasser la même carrière que sa mère, trois marraines comme autant de fées penchées sur le berceau de l'enfant, et à l'âge adulte, une reproduction des relations compliquées entre la femme et une autre enfant.


Sans oublier une espèce de grand méchant loup qui envoie ses sbires capturer l'héroïne pour l'éliminer. Les décors disent la même chose : il y a ce diner aux éclairages vifs, une bibliothèque qui cache des départements dignes de fables, une machine à laver par laquelle on se glisse comme dans le terrier d'un lapin...

Tout est fait, souligné même, pour nous montrer à quel point cela est fantaisiste. L'héroïne paraît insensible à la douleur, comme si, à l'instar d'Achille, elle avait été baignée dans une eau la rendant invulnérable. Lorsque sa mère resurgit, c'est au moment le plus critique et leur réconciliation se fera dans le feu.

Les trois "marraines"/bonnes fées tiennent une bibliothèque dont les livres contiennent des armes comme autant de grimoires recelant des sortilèges pour se protéger des méchants. Et la petite Emily que Sam prend sous son aile (après avoir accidentellement tué le père) est une orpheline qui prétend vite être l'assistante de celle qui l'a privé de géniteur.

Il y a bien quelques flambées de violence graphique, du sang, mais tout compte fait, assez peu. Cette violence est stylisée et le réalisateur veille presque à ne pas trop la montrer, ou alors en en rigolant, comme une punition infligée par l'héroïne et ses complices aux méchants. D'ailleurs il arrive à plusieurs reprises que tout cela soit traité de façon presque comique.

Par exemple, Sam est dans une clinique privée qui ne reçoit que des blessés liés au crime organisé. Dans une chambre se trouve trois hommes de main à qui elle a précédemment infligés une raclée à coups de boules de bowling et qui sous l'effet d'un masque à oxygène ricanent bêtement en ignorant la douleur. Le médecin accepte de les aider pour qu'ils ne le tuent pas.

Il va alors injecter un puissant paralysant à Sam qui ne peut plus se servir de ses mains et ses bras. Elle demande à Emily de lui scotcher un scalpel à une main et un flingue dans l'autre. Ainsi règle-t-elle leurs comptes aux trois hommes de main en balançant ses bras endormis, tranchant la gorge de l'un, tirant sur l'autre, écrasant la tête du troisième.

Cette séquence illustre comment Papushado manie la violence, en en riant et en nous faisant sourire. Plus tard on assiste à une fusillade spectaculaire où la mère et la fille réussissent quasiment toutes seules à éliminer une horde d'hommes armés avec des couteaux et des matraques tandis que les bibliothécaires font de même avec un marteau, une chaîne et un tomahawk. Complètement irréaliste mais très rigolo.

Cela fait de Bloody Milkshake un divertissement très enlevé où les femmes s'affirment par la lutte physique, usant de plus de vice que de brutalité, et formant une sororité infernale face à des hommes condescendants mais aveuglés par leur leur sentiment de toute-puissance. C'est assez réjouissant parce que le discours est supplanté par l'action.

Et puis aussi parce que les actrices sont épatantes, même si, en définitive, elles n'ont pas grand-chose à jouer que des archétypes. Karen Gillan joue très bien la fille fâchée. Lena Headey est impeccable en maman qui veut rattraper le temps perdu. Le trio Michelle Yeoh-Angela Bassett-Carla Gugino est savoureux. Paul Giamatti et Ralph Ineson sont des crapules pathétiques.

La bande originale du film cite les partitions du western spaghetti et les tubes FM, sans grande originalité, mais ça passe.

C'est un drôle de film, qui manque peut-être un peu de folie, mais qui aurait très bien pu inaugurer une franchise (une suite était dans les tuyaux, mais j'ai l'impression que l'idée a été enterrée).