samedi 22 août 2026

LOBO #6 (Skottie Young / Riley Rossmo, Jorge Corona)


Lobo a été missionné par le président de l'Omni Omega+ Entertainment Corp. de rappeler à la fée des dents qu'elle doit de l'argent à la compagnie. Le mercenaire se pointe donc en enfer (après avoir obtenu un droit de passage dans les limbes) et s'acquitte de son job, non sans perdre quelques ratiches...


On reprend là où on s'était arrêté le mois dernier et voici le Main Man qui se pointe en enfer. D'abord il passe au bureau d'un certain Verek Dood (qui ressemble fort à Trump) puis croise John Constantine et vient réclamer de l'argent à la fée des dents car elle a bâti son business grâce au fric prêté par l'employer de Lobo.
 

Skottie Young semble presque s'autociter dans cet épisode qui fait penser à sa propre série I Hate Fairyland. La fée des dents chez les anglo-saxons est l'équivalent, chez nous, de la petite souris qui vient collecter les dents des enfants quand elle tombe. Mais la version qui en est ici donnée, mieux vaut ne pas la montrer aux chérubins, ils en feraient des cauchemars.


Elle n'est en effet pas commode et surtout on découvre ce qu'elle fait des fameuses dents - un modèle d'économie circulaire ! Young ne respecte décidément rien et situe l'action en enfer, peuplé évidemment de créatures abominables, comme ces gardiens ailés qui veillent à ce qu'on ne dérange pas la fée, surtout si on n'a pas rendez-vous. Mais est-ce que ça va arrêter Lobo ?


Bien sûr que non ! Et l'échange qui va suivre ne sera guère plus aimable. Mais, même en y perdant sa denture, Lobo a de la ressource - et du mordant ! C'est affreusement drôle, même si la construction de la série à coup d'épisodes done-in-one ou d'histoires en deux parties peut frustrer. Toutefois, dans les deux dernières pages, le scénariste suggère qu'un vilain a un plan pour s'en prendre efficacement au mercenaire...

Même si, donc, on peut émettre de légères réserves après six mois de publication, Lobo reste un véritable ovni dans le monde des comics mainstream actuels. Son mauvais esprit, sa brutalité bourrine, son humour trash, son héros à la fois abruti et coriace, son chien hilarant, tout ça forme un ensemble savoureux, qui vous redonne du pep's pour le reste du mois.

C'est vraiment chouette que DC ose ainsi, et ce n'est pas fini puisque dans les prochains mois on verra les retours du Démon (Etrigan, par James Harren), de Jonah Hex (par Michael Walsh)... Autant d'anti-héros qui défrisent mais séduisent parce que le lecteur sent que l'éditeur laisse carte blanche aux auteurs. Une telle confiance, à la fois dans le talent des artistes et l'intelligence du fan, ne peut que payer.

Pour cet épisode, la série reçoit un invité au dessin en la personne du génial Riley Rossmo : son goût pour les gueules, les décors bizarres, l'action est parfait pour Lobo. Il le représente avec d'énormes bottes, des jambes minces, et le haut du corps disproportionné, avec une chevelure encore plus ébouriffée que d'habitude. C'est différent de Jorge Corona, mais tout aussi abouti.

Corona n'est pas complètement absent puisqu'il dessine les deux dernières pages, une sorte de teaser pour ce qui va suivre et qui semble, si on se fie aux sollicitations de Novembre qui viennent de tomber, parti pour trouver sa culmination au #9. Cela vient à point pour prouver que Young a un vrai plan et ne va pas se contenter de déconner (même si ça suffirait à me combler).

Il faut vraiment espérer que Urban Comics traduise cette série parce que ce serait priver les fans français d'une pépite.

QUEEN IN BLACK #3 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Paco Medina)


Eddie Brock a fusionné avec le symbiote Sleeper et s'occupe des soldats Kree que Hela a asservis avec d'autres symbiotes pendant que VenoMJ et Spider-Man emmènent Dylan Brock au Baxter Building. Mr. Fantastic a en effet une idée pour régler le conflit...


Comme le précédent épisode, ce n° de Queen in Black s'ouvre avec une scène spectaculaire et très amusante où Fing Fang Foom possédé par un symbiote menace de faire tomber la Tour de Pise avant que Captain Marvel, Emma Frost, le Fauve et quelques géants (Black Goliath, Atlas, Giant Man) n'interviennent.


C'est pour ainsi dire ce qu'il y a de mieux dans cet épisode - et peut-être dans cet event. On sent que Al Ewing a envie de s'amuser en poussant tous les potards dans le rouge et oser le WTF complet. Mais on sent aussi que, dans son dos, un editor veille et le ramène sur les rails pour écrire une histoire plus conforme à ce que Marvel exige en termes de sagas événementielles.


Et, donc, on renoue par la suite avec des scènes beaucoup plus convenues, moins rigolotes, avec un tas de symbiotes moins délirants (quoique la dernière page...). Cela fait aussi ressortir les incohérences du récit et elles sont nombreuses. Par exemple, où est Knull, celui qu'on nous annonçait comme le futur challenger de Hela et qu'on n'a plus vu depuis le 1er épisode ?


On peut aussi se demander comment Eddie Brock s'est évadé de prison et a si vite retrouver le symbiote Sleeper pour fusionner avec lui. Cela évente du coup complètement ce qui restait de suspense quand à l'avenir du personnage, qui va bien entendu récupérer Venom à la fin de cette affaire. On se croirait revenu au temps où surgissaient des Hulk de partout avec Jeph Loeb...

Entre deux bastons (VenoMJ écartant des... Symbiotes, je vois que vous suivez, c'est bien), on a quand même droit à quelques dialogues comme quand Spider-Man tente de faire comprendre à Dylan Brock qu'il ne tolérera aucun meurtre (car, après tous, les symbiotes possèdent des hôtes innocents pour la plupart) - notion que MJ discute quelque peu (à moins que ce ne soit Venom qui ne parle à ce moment-là).

Mais là aussi, Ewing est obligé d'abréger et l'échange donne le sentiment d'une occasion manquée. C'est assez curieux parce que dans Venom #260, la semaine dernière, le scénariste s'attachait à rendre Dylan Brock un peu plus sympathique... Et dans Queen in Black #3, il en fait à nouveau un gamin insupportable. Ewing sait-il seulement quel visage il veut donner à Dylan ? Ou bien là encore a-t-on droit à un interférence éditoriale ?

Les dessins sont encore une fois signés Paco Medina (au début et à la fin), pour le meilleur, dans un style efficace et clair, et Iban Coello (pour le reste), dans un registre plus nerveux et parfois plus approximatif, avec une tendance marquée à l'exagération des expressions. Cela ne joue pas en faveur de l'event qui manque d'unité graphique.

Ce n'est pas très bon, reconnaissons-le. Et je regrette de m'être laissé entraîner là-dedans. J'aurai aimé que Ewing s'en sorte mieux, ou ait les mains plus libres. Mais le résultat est là et je ne le vois pas changer d'ici les deux prochains chapitres.

jeudi 20 août 2026

DAREDEVIL #5 (Stephanie Phillips / Lee Garbett)


Daredevil comprend en parlant avec l'inspecteur Forte que Omen va cibler un proche de Matt Murdock, faute de le tuer directement. Et comme Matt a demandé que Foggy Nelson le rejoigne à New York, Daredevil se précipite chez son ami en espérant arriver à temps...


C'est la fin de ce premier arc de Daredevil par Stephanie Phillips et Lee Garbett... Et c'et aussi là que j'en resterai. J'avais peu d'espoir que le scénario offre un dénouement convaincant et assez accrocheur pour poursuivre, mais je ne me doutais pas que ce serait aussi mauvais. Après le run nullissime de Saladin Ahmed, c'est un nouveau raté pour Daredevil.


Je ne vais pas vous spoiler au cas où, quand ça arrivera en vf, vous auriez quand même envie d'essayer mais je n'ai tout simplement adhéré. On découvre qui est Omen (et franchement, ça n'apporte rien), pourquoi il tue en ôtant les yeux de ses victimes (et c'est parfaitement grotesque) avant de comprendre qu'on n'en a pas fini avec lui (alors qu'il n'est plus très en forme à la fin de l'épisode).


Alors, tout d'abord, je n'ai rien contre les méchants créés de toutes pièces par une scénariste : c'est un effort louable de vouloir introduire un nouvel antagoniste au lieu de ressortir sans cesse le Caïd, le Tireur, le Hibou (même s'il a été présent, un tout petit peu, dans ces épisodes), etc. Mais encore faut-il imaginer un méchant qui n'ait pas à rougir de la comparaison.


Et bon, soyons honnêtes, Stephanie Phillips souffre du même défaut que Tom Taylor sur Detective Comics : ses personnages inédits sont sans saveur. Non seulement ils ne valent pas leurs illustres prédécesseurs mais leurs motivations sont nulles, leur charisme inexistant, et leur pérennité discutable. Si demain, Phillips devait être remplacé, Omen serait vite oublié par l'auteur qui lui succéderait.

Ensuite, et ça, c'est une considération plus générale, si Phillips est une scénariste qui peut être remarquable sur des projets en creator-owned (Grim, Red before Black), quand elle écrit du super héros, hé bien... Ce n'est pas bon. On a vraiment ce sentiment qu'il s'agit d'un travail de commande dont elle s'acquitte sans passion pour le genre, ses codes, son histoire.

Il peut arriver qu'on écrive du super héros sans avoir baigné dedans toute sa vie (c'était le cas de Bendis ou Brubaker, deux anciens scribes de Daredevil, qui se destinaient à écrire des séries noires) et lorsqu'ils s'y frottent, y infusent leurs obsessions, détournant les clichés pour entraîner les héros et leurs aventures hors des sentiers battus.

Mais, dans le cas de Phillips, c'est comme si elle n'avait rien à dire sur eux, ces types masqués, pourquoi ils mènent une double vie, comment ça les impacte. Pourtant elle en fait le coeur de son premier arc avec Omen qui voulait non pas éliminer Daredevil mais Matt Murdock. Sauf que, au bout du compte, on ne comprend absolument pas pourquoi il en voulait à Murdock (ou en tout cas, ce n'est pas évident).

L'inspecteur Forte est aussi insipide. Contrairement à Cole North, autre flic anti-justicier masqué créé par Chip Zdarsky, Forte manque singulièrement de consistance et, le pire, c'est qu'il le reconnait, vomissant après avoir vu son collègue être mutilé par Omen et racontant à Daredevil qu'il n'a finalement rien contre Murdock, échangeant avec son alter ego tout en maudissant le fait que les justiciers masqués font le travail des flics. On lève les yeux au ciel en lisant de tels dialogues...

Pour ne rien arranger, la série n'est pas gâtée visuellement : j'aime bien Lee Garbett tout en reconnaissant que ce n'est pas un dessinateur de premier rang. Toutefois, lui aussi, quand il s'investit dans des creator-owned, peut surprendre positivement. Mais passé un premier épisode qui pouvait faire penser au Romita Jr. sur le run de Ann Nocenti, la comparaison s'arrête là.

D'abord parce que Garbett, comme tant d'autres, s'encre lui-même et n'est pas doué pour ça. Romita Jr. avait Al Williamson et s'il est vrai qu'on ne trouve plus d'encreur de ce niveau, il faudrait quand même que certains artistes actuels se posent vraiment la question de savoir s'ils sont si compétents que ça pour complèter leur dessin.

Garbett est un de ceux qui démarre assez fort pour motiver le lecteur mais qui se décompose littéralement au fil des mois. Les décors passent à la trappe, le découpage devient paresseux, les expressions des personnages sont de plus en plus minimalistes. A la fin, on a l'impression que le bonhomme achève ses planches à la va-vite, à bout de souffle.

J'avais un peu envie de voir ce que Flaviano, le partenaire de Phillips sur Grim, ferait pour les épisodes suivants, mais bon, je vais m'en passer. Daredevil est, comme les X-Men, dans les mains de personnes qui ne le méritent pas. 

CATWOMAN #90 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a été recruté par Katarina Belov pour faire souffrir Catwoman et il s'y emploie avec un jeu macabre. Pendant ce temps, Holly Robinson découvre la femme qui se fait passer pour Maggie. Et la vraie Maggie décide d'affronter Black Mask pour ne plus avoir peur de lui...


Si je ne regrette pas d'avoir lu cet arc, en revanche j'aurai volontiers prolongé l'aventure si seulement DC avait maintenu au poste de dessinateur l'excellent Davide Gianfelice. Mais l'artiste italien signe là son ultime épisode qui est aussi la conclusion de cet arc où les soeurs Kyle ont eu une nouvelle fois affaire à l'horrible Black Mask.


Quand on a un tel méchant à sa disposition, il convient de bien finir l'histoire qu'il a contribué à animer et Torunn Gronbekk a imaginé un dénouement à la hauteur tout en bouclant les diverses arches narratives de tous les personnages engagés. On a droit à un nouveau chapitre mené tambour battant, où Catwoman et ses alliés vont jusqu'au bout avoir du mal à s'en sortir.


D'ailleurs Gronbekk négocie bien cet exercice en veillant à ne pas offrir une happy end parfaite - et pour cause sa série va être impactée par le crossover Bad Seeds dès le mois prochain et dont Poison Ivy est la protagoniste. Mais, tout de même, la scénariste veille à ce qu'un des adversaires de Catwoman ait son compte réglé pour de bon.


L'autre bon point, c'est que Gronbekk donne à Maggie Kyle un rôle comme elle en a rarement eu : cette fois, elle refuse de fuir pour se protéger ou suivre les ordres de Selina ou Slam Bradley et elle fait face crânement à Black Mask dans une scène remarquable. D'habitude la pauvre Maggie est cantonnée à son fauteuil roulant et ses traumas psychologiques et physiques...

D'une manière générale, cette conclusion montre que tout le casting est bien servi, personne n'est négligé et participe à la résolution de l'intrigue. Avant cela, le plan de Black Mask pour éprouver Catwoman réserve quelques scènes inspirées, où son sadisme est magistralement mis en scène. Quand il est écrit de la sorte, Roman Sionis n'a rien à envier au Joker et autres psychopathes de Gotham.

Davide Gianfelice aura fait un bien fou à une série qui a décidément bien du mal à garder un artiste longtemps. Pourquoi donc DC, qui est si fort sur ce plan, n'arrive-t-il pas à donner à Catwoman un dessinateur régulier et de talent ? C'est ce qui empêche ce titre d'avoir de meilleures ventes, alors que son héroïne est dans l'orbite de Batman depuis si longtemps.

L'italien découpe les scènes avec une telle vivacité, un tel punch que c'est irrésistible. La tension qui irrigue chaque page est palpable et prouve que Catwoman et Black Mask sont deux antagonistes aussi forts que Batman et le Joker. De plus le supporting cast est ici parfaitement animé par le trait nerveux de Gianfelice, qu'il s'agisse de Maggie, Slam ou Holly et même Carmine Falcone.

Oui, je serai bien resté plus longtemps, mais je préfère en rester là sachant que le successeur de Gianfelice ne me procurera pas la même satisfaction. Dommage pour Torunn Gronbekk et dommage pour Catwoman.

mercredi 19 août 2026

FEAR STREET : PROM QUEEN (Matt Palmer, 2025)


1988. Les élèves de la classe de terminale du lycée de Shadyside prépare le bal de fin d'année scolaire avec ceux de la ville voisine et huppée de Sunnyvale. Lori Granger a décidé de s'inscrire pour le concours de la reine du bal et fait face à Tiffany Falconer et sa bande composée de Melissa Mckendrick, Debbie Winters et Linda Harper, résolues à l'humilier. En effet, la mère de Lori a été accusée d'avoir tué son mari et la rumeur continue de courir alors qu'elle a été blanchie.


Le principal Breckenridge est déterminé à ce que la fête se déroule au mieux. Mais la veille au soir, une autre postulante au titre de reine du bal, Christy Renault, est sauvagement assassinée par un maniaque vêtu d'un imperméable rouge et le visage caché par un masque. Megan Rogers, la meilleure amie de Lori qu'elle aime en secret, l'accompagne au bal. Les élèves se mettent à danser mais Linda Harper et son petit copain Bobby s'isolent dans une salle de classe où ils sont assassinés sans que personne ne le remarque.


Puis c'est au tour de Debbie Winters et son petit ami Judd, descendus au sous-sol pour s'embrasser à l'abri des regards, d'être sauvagement occis par le même tueur, dans l'indifférence générale, leurs cris ayant été étouffés par la musique. Melissa s'excuse auprès de Lori pour la manière dont Tiffany se comporte à son égard, juste avant que les deux rivales attirent tous les regards sur elles en dansant - Lori séduisant tout l'assistance...
 

Cinq and après le dernier volet de la trilogie Fear Street réalisée par Leigh Janiak, Netflix n'a pas résisté à retourner à Shadyside pour ajouter un quatrième épisode à cette série de longs métrages. Mais cette fois-ci, la réalisatrice n'a pas voulu rempiler, estimant que son oeuvre était complète, et elle a cédé sa place à Matt Palmer.


Prom Queen est adapté du tome 15 de la série de romans de R.L. Stine, donc ce n'est pas une suite complètement gratuite non plus. Toutefois, dans le corpus produit à l'origine par Netflix, ce nouveau chapitre intervient si tardivement après les autres qu'il ressemble à un appendice surnuméraire et superflu.


Bien entendu le script, signé Matt Palmer et Donald McCleary, fait référence au décors principaux de Shadyside et de Sunnyvale, pointent une fois de plus les différences sociales entre les deux communes voisines, et investit l'époque des années 80 qui s'intercale donc entre Fear Street partie 1 : 1994 et partie 2 : 1978.


Mais ces notations semblent forcées, comme s'il suffisait de les mentionner pour justifier que cet épisode existe légitimement. C'était la force du projet initial que de composer une seule et même intrigue en trois parties, se tenant toutes les unes aux autres et résolvant un mystère ancestrale. Ici, rien de ce qui est raconté n'ajoute quoi que ce soit à l'histoire des trois premiers films.

D'ailleurs il n'est pas fait mention des personnages avec qui nous avons sympathisés auparavant, comme Deena et Josh Johnson ou Cindy Berman. Ici, l'héroïne est une certaine Lori Granger dont la mère a été accusée et blanchie pour le meurtre de son mari. Depuis sa fille souffre de cette mauvaise image au sein de son lycée, ce qui lui vaut d'être harcelée par une bande de chipies menée par Tiffany Falconer.

Tout se noue donc autour du bal de promo d'une classe de terminale au cours duquel on élira la reine de la soirée. Lori concourt contre Tiffany et reçoit le soutien du petit ami de celle-ci mais aussi de Megan Rogers. Sans avoir besoin de le surligner, on voit se mettre en place un triangle amoureux car Megan, c'est évident, éprouve des sentiments amoureux pour Lori qu'elle protège de Falconer et ses alliées.

Bien entendu, un tueur rode et c'est là que le film est à la fois le plus divertissant et aussi le plus limité. Les trois premiers Fear Street en remontant le temps s'amusaient à reproduire les codes des slasher movies des époques en question. Prom Queen se contente d'être un slasher movie comme tant d'autres, sans cette distanciation, avec son serial killer qui manie la hache vêtu d'un ciré rouge et d'un masque.

Le scénario s'articule alors comme un whodunnit et le spectateur comme les héroïnes doivent trouver qui se cache derrière la masque de l'assassin. La réponse est assez habile, surtout qu'en vérité il n'y a pas qu'un cinglé qui se balade ainsi costumé et armé... Dommage que tout ceci soit si mécanique, dénué d'invention.

Si on sourit, c'est grâce au sadisme des auteurs pour massacrer ces pauvres prétendantes au titre de reine du bal : entre des cisailles pour massicoter, la hache, et d'autres instruments contondants, c'est à qui mourra dans les pires souffrances. C'est très basique, modérément effrayant, mais on n'a pas le temps de s'ennuyer compte tenu du format raisonnable (90').

Et puis, fidèle à sa recette, ce Fear Street met en avant de jeunes comédiennes talentueuses, parfaitement choisies pour leur rôle : India Fowler est l'archétype de la fausse ingénue, Suzanna Son joue la lesbienne androgyne sans forcer, Fina Strazza est impeccable en peste tyrannique, Ella Rubin est celle qui montre le plus d'empathie pour Lori et donc la plus sympathique des garces.

A leurs côtés, on reconnaîtra Lili Taylor en directrice adjointe pète-sec et surtout Katherine Waterston qui s'est visiblement amusée comme une folle à se créer un look très 80's, avec un brushing invraisemblable et des tenues bien criardes.

Netflix va-t-elle encore exploiter le filon avec un cinquième opus ? Si oui, il serait bon que la plateforme de streaming renoue avec la qualité de sa première trilogie au risque de gâcher les bons romans de R.L. Stine.

mardi 18 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 3 : 1666 (Leigh Janiak, 2021)


1666. Sarah Fier, son père George et son frère cadet Henry vivent à Union, la colonie unique qui deviendra Sunnyvale et Shadyside. Dans la forêt voisine habitent la veuve Marie chez qui Sarah trouve un grimoire et Solomon Goode qui cultive sa propre parcelle de terrain. Le soir venu, le village festoie mais Sarah et ses amis, Hannah, Abigail, Lizzie et Isaac se tiennent en retrait. Sarah et Hannah s'isolent pour s'embrasser et s'enlacer.


Le lendemain, des phénomènes inquiétants bouleversent cette communauté : l''eau du puits est imbuvable, les animaux deviennent fous, les fruits et légumes pourrissent. Il ne faut pas longtemps pour qu'on parle de sorcellerie et les soupçons se dirigent vers Sarah et Hannah dont les étreintes ont été aperçues par un des villageois. Hannah est capturée mais Sarah se réfugie chez Solomon chez qui elle fait une découverte choquante...
 

1994. Deena Johnson a découvert la vérité sur la malédiction qui frappe Shadyside depuis des siècles et la responsable n'est pas Sarah Fier. Pour sauver l'âme possédée de Samantha et la ville, elle convainc Cindy Berman et Josh de tendre un piège au véritable coupable de tous ces maux en l'attirant au Shadyside Mall...


La trilogie Fear Street s'achève donc avec ce volet situé en 1666 mais aussi à la seconde partie du chapitre situé en 1994. En fait, vous l'aurez compris, il y a deux films en un, chacun d'une durée équivalente (55'), et ce final est magistralement orchestré par Leigh Janiak et ses deux co-scénaristes Phil Graziadei et Kate Trefry qui ont adapté le roman de R. L. Stine.


A la fin du précédent film, 1978, l'esprit de Deena Johnson remontait le temps jusqu'au XVIIème siècle et c'est donc dans le corps de Sarah Fier qu'elle découvre les origines de Union, village qui sera plus tard scindé en deux communes, Sunnyvale et Shadyside. Y vivent des pélerins mais aussi une veuve versée dans la magie et un ermite, ami de Sarah.
 

On sait alors que Sarah Fier, dont le nom a hanté les récits de cette trilogie, n'était pas la sorcière ayant jeté un sort comme on le pensait. Sans rien spoiler, le véritable coupable de cette malédiction est un citoyen au-dessus de tout soupçon depuis le début, qui a vendu le village au diable en échange de la prospérité pour lui et les siens.
  

Depuis chaque premier né de sa famille a répété le même rituel satanique afin de préserver cet état de fait, condamnant Shadyside à la misère et Sunnyvale à l'ascension sociale. On découvre dans quelles horribles circonstances une innocente a été sacrifiée au nom de superstitions d'un autre temps et le film montre de manière expéditive mais efficace comment une microsociété devient folle quand quelques-uns désignent un bouc émissaire facile.

Dans cette partie 1666, la chasse à la sorcière dénonce le fascisme et la misogynie, la théocratie et le radicalisme religieux. Tout va très vite et cela souligne à quel point la brutalité d'un tel procès traverse les âges. A sa manière, sans doute simpliste, Fear Street se fait l'écho de ce qui se passe encore aujourd'hui dans certaines parties du monde où l'intégrisme remplace tout autre forme de régime et où les femmes sont les premières victimes.

Puis, donc, à mi-chemin, nous revenons au présent, ou du moins en 1994, la temporalité du premier opus. Et Leigh Janiak ne décélère pas : la forme est plus classique mais pas moins jubilatoire. On sait que le sang de Deena est un appât redoutable et l'usage qui en est fait est très ingénieux, tirant certaines scènes vers la comédie noire.

Toutefois la réalisatrice n'oublie pas qu'elle dirige une histoire d'épouvante et elle s'emploie à nous faire sursauter plus d'une fois, revisitant les décors qu'elle nous avait présentés précédemment, comme l'arbre auquel fut pendue Sarah Fier et qui trône désormais au centre du Shadyside Mall, la grotte qui se trouvait sous le camp Nightwing en 1978 et qui est maintenant sous cette grande surface, le grimoire de la veuve Marie, etc.

Les tueurs possédés croyait-on par Sarah Fier refont un dernier tour de piste et, là encore, le scénario trouve un moyen épatant de les neutraliser tout en conservant leur pouvoir terrorisant. Jusqu'au bout on tremble pour Deena, Samantha, Cindy, Josh. Leur adversaire est coriace, prêt à défendre ce qu'il a si chèrement acquis et prolongé. C'est un régal, une conclusion en beauté après un excellent premier épisode, et un deuxième un peu en deçà.

Les acteurs du triptyque reviennent incarner les ancêtres de leurs personnages : Sadie Sink, Emily Rudd, Julia Rehwald, Simon Hechinger, Benjamin Flores Jr., Olivia Scott Welch, Kiana Madeira, avant que les trois derniers n'affrontent aux côtés de Gillian Jacobs leur ennemi commun. Cette série de films a rassemblé une vraie troupe de jeunes comédiens très prometteurs.

Est-ce vraiment la fin ? Pas vraiment. Netflix n'a pas résisté à produire un quatrième long métrage, sous-titré Prom Queen, mais sans Leigh Janiak aux commandes, et pour un résultat vraiment très inférieur à la trilogie (même si, encore une fois, on y trouve de jeunes interprètes, surtout féminines, impeccables, comme India Fowler ou Ella Rubin). Si ça me prend, je vous en parlerai... Mais on peut se contenter des trois premiers Fear Street.

lundi 17 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 2 : 1978 (Leigh Janiak, 2021)


Deena et Josh Johnson se rendent chez Cindy Berman, survivante du massacre au camp Nightwing en 1978, pour leur demander de les aider avec Samantha, possédée par la sorcière Sarah Fier.  Elle leur raconte son expérience traumatisante au cours de laquelle sa soeur Ziggy et elle ont assistée 16 ans plus tôt dans cette colonie de vacances sur le terrain de laquelle a depuis été construit le Shadyside Mall.


Tout opposait Cindy et Ziggy : la première rêvait d'appartenir à la bonne société de Sunnyvale et fréquentait Tommy qui était prêt à attendre qu'elle décide quand elle perdrait sa virginité avec lui ; la seconde ne croyait déjà plus à la possibilité de s'extraire de leur milieu social et était harcelée par les riches enfants de Sunnyvale qui la traitait de sorcière et l'accusait de voler leur argent de poche. Pourtant Ziggy avait un allié en la personne du jeune Nick Goode.
 

Le soir venu, Alice, l'amie de soeurs Berman, et son petit copain Arnie décidaient de fausser compagnie aux autres campeurs pour trouver la tombe de Sarah Fier. Juste avant cela, l'infirmière du camp, Mrs. Lane, avait agressé Tommy et Cindy en voulant les tuer pour rompre la malédiction de la sorcière. Blessé à la tête, Tommy qui suivait Alice et Arnie avec Cindy devenait de plus en plus bizarre...


Ce deuxième volet du triptyque Fear Street adapté des romans de R. L. Stine par Leigh Janiak et son co-scénariste Zak Olkiewicz remonte donc le temps 16 ans avant les événements relatés dans le premier film situé en 1994. Il revient sur le massacre du camp Nightwing auquel à survécu Cindy Berman à qui Deena et Josh Johnson rendaient visite à la fin du premier long métrage pour qu'elle les aide à sauver Samantha.


Ce qui est étonnant avec ce deuxième chapitre, c'est à quel point il est à la fois convenu, référencé (Vendredi 13) et malgré tout entraînant. Janiak fait tout pour que le spectateur se sente en territoire connu mais s'emploie à brouiller les pistes, pour arriver, lors du dénouement, à un double twist concernant Cindy Berman mais aussi Deena Johnson.


Ce qui est familier et même revu, c'est à quel point Fear Street : 1978 reprend les codes du slasher movie. Cette fois, on a droit à un tueur complètement fou qui trucide une quantité impressionnante de victimes avec une hache. L'effet est d'autant plus choquant que ses cibles sont des enfants ou des adolescents et qu'il agit avec une précision et une brutalité absolues.


Le premier film détournait ces codes-là en resserrant l'intrigue autour des cinq protagonistes alors qu'ici tout est mis en place pour un véritable carnage dans ce camp de vacances où les enfants de Shadyside et Sunnyvale pensent passer un bon moment loin de leurs parents, et des adultes en général. On se demande même un peu comment cette intrigue va se lier à celle de la sorcière Sarah Fier.

Le récit met un certain temps à démarrer comme si Janiak ne savait pas trop comment s'y prendre pour à la fois exposer les personnages principaux, le cadre de l'action et le début des tueries. Il faut le dire : c'est laborieux. D'autant qu'il n'y avait pas besoin de s'attarder autant sur les différends entre les deux soeurs Berman, la haine entre les gosses de riches et les plus pauvres, le gouffre social entre leurs deux villes.

Mais une fois que c'est parti, la film prend son envol et l'histoire ne vous lâche plus. On a une grotte dans laquelle Cindy et Alice tournent en rond avant de comprendre comment atteindre à nouveau le coeur du campement, les recherches affolées des moniteurs et de Ziggy pour mettre à l'abri les enfants restés dehors, les meurtres sauvages du tueur...

Le souci, c'est que l'ensemble, s'il demeure efficace, est nettement plus classique. Le spectateur attend surtout de savoir ce que les souvenirs de Cindy vont apporter à cette affaire de malédiction ancestrale et si/et comment cela pourra aider Deena et Josh vis-à-vis de Samantha. En fin de compte, Fear Street : 1978 souffre du mal récurrent des deuxièmes épisodes : il est moins bon que le premier et se justifie surtout comme passage transitoire vers le troisième.

Malgré tout, s'il y a un bon point incontestable à retenir ici, c'est la qualité de l'interprétation que, pour ma part, j'ai trouvée supérieure au premier volet. Les deux soeurs jouées par Emily Rudd (vue depuis dans l'adaptation du manga One Piece sur Netflix) et Sadie Sink (révélée par Stranger Things, actuellement visible dans Spider-Man : Brand New Day, et en 2028 dans X-Men) sont excellentes.

Sink hérite du rôle le plus "payant" avec son personnage de frangine rebelle et énergique, alors que Rudd a davantage tendance à jouer en réaction. Le tueur incarné par McCabe Slye manque de charisme. Contrairement à Ryan Simpkins qui campe de façon touchante Alice, cette jeune junkie. Le futur shérif Nick Goode (vu dans 1994) est ici incarné par Ted Sutherland.

On retrouve au début et à la fin Kiana Madeira et Benjamin Flores Jr. ainsi que Gillian Jacobs. Le prochain chapitre, 1666, verra tout ce beau monde réuni dans le passé lointain, à l'origine de la malédiction. On en reparle, sauf imprévu, demain...