mercredi 22 juillet 2026

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #6 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)


Ses amis prisonniers du Manoir Vorace, Moon Knight suit le conseil de Clea Strange et recrute des alliés prêts à affronter à ses côtés des forces surnaturelles maléfiques : Blade le chasseur de vampires, Daredevil et Ghost Rider( Robbie Reyes) - les nouveaux Midnight Sons !


Après vous avoir parlé il 




SUPERMAN #40 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Superboy Prime a permis, malgré lui, à Manchester Black de se réincarner. Désormais tout puissant, le sorcier entend remodeler la réalité selon ses désirs. Mais Prime déplace le combat dans un endroit où il se sent plus fort : le comics shop où il travaille dans le civil...


Avec ce 40ème épisode se conclut l'arc Prime qui a vu Superboy Prime devenir la vedette de la série Superman. A partir du mois prochain débute en effet le crossover Kingdom of Zod qui, si j'ai bien compris, se déploiera dans Supergirl (#16-17), Action Comics (#1001-1002), Superman Unlimited (#16-17), Superman (#41-42) et Kingdom of Zod Special #1.


Je pense que je vais zapper ce crossover parce que je n'ai aucune envie de suivre une histoire en devant acheter autant de séries que je ne lis pas et donc je reviendrai à Superman en Octobre prochain quand ce sera terminé. J'espère que d'ici-là il ne se sera rien passé de décisif et que j'arriverai à tout comprendre en ayant fait l'impasse sur ce récit qui devrait cependant voir le retour de Superman dans son propre titre.
 

J'aimerai aussi que DC n'abandonne pas le personnage de Superboy Prime car Joshua Williamson a réussi à me le rendre sympathique et ce n'était pas gagné. En même temps le scénariste va être très occupé dans les prochains moins (avec la relance de Legion of Super Heroes dès Septembre) et je doute qu'il ait le temps de s'occuper d'une série supplémentaire.


Que va-t-il advenir de Superboy Prime ? Il est bien possible que son sort soit réglé durant Kingdom of Zod, mais il serait dommage de supprimer ce personnage de cette manière. Parce que, et pour en revenir à Superman #40, il a inspiré Williamson pour un arc de haut vol dont le dénouement est à la hauteur de tout ce qui a précédé.

On assiste donc à l'affrontement final entre Prime et Manchester Black dont la réincarnation a fait de lui un sorcier si puissant qu'il peut réécrire la réalité. Le commentaire méta est toujours aussi marqué dans cet épisode qui s'amuse avec la continuité d'une manière suprêmement intelligente et ludique. Un peu comme du Deadpool qui serait autre chose que de la blague.

Prime étant un héros conscient d'évoluer dans un univers de fiction et connaissant par coeur l'histoire de tous les super héros, on a droit à un script qui, loin de se contenter d'ironiser sur la situation, discoure sur le pouvoir de l'imagination, la foi dans la fiction, les leçons que donnent les histoires au lecteur et ce qu'elles peuvent enseigner à un tel personnage.

La résolution du conflit qui oppose Prime à Black est ainsi une issue qui n'a rien d'une victoire facile pour Prime. Ce dernier n'a toujours pas gagné la confiance de la Justice League, car sa stratégie pour se battre (et la façon dont Black l'a dominé) expose les secrets des super héros à un individu trop dangereux.

Mais, en même temps, elle montre que Prime est capable de régler un problème épineux avec malice et que ses vrais amis sont là pour lui. Sans oublier que Williamson lui a créé une romance avec Witchfire qui est, elle aussi, un personnage en quête de respectabilité et donc le comprend mieux que n'importe qui.

Dan Mora illustre cet épisode (avant de passer la main à Eddy Barrows) avec son énergie coutumière. Son dessin répond très efficacement aux astuces de Williamson dans les moyens utilisés par le héros pour résister à son adversaire. Il y a quelque chose de puissamment plaisant à voir un super héros défendre les comics, refuser qu'on les considère comme morts, s'en servir comme de vraies armes.

Et puis Mora, je le répète, est vraiment tellement meilleur quand il canalise son trait si dynamique sur un seul personnage principal au lieu de se disperser sur un team book. Evidemment on ne le refera pas, ce gars a besoin de se dépenser et personne n'a vraiment cru qu'il se contenterait de dessiner un seul mensuel comme il le jurait à la fin 2025. Mais au moins, sur Superman, il garde tout son tonus.

Rendez-vous donc dans deux mois pour la suite de cette série et de ses critiques dans ce blog.

mardi 21 juillet 2026

ASH (Flying Lotus, 2025)


Riya Ortiz se réveille dans une base scientifique sur une planète lointaine, sans aucun souvenir de la façon dont elle est arrivée là. En explorant le bâtiment, elle est en proie à des visions cauchemardesques avant de découvrir plusieurs cadavres. Un astronaute nommé Brion Argyle arrive sur place en lui expliquant avoir reçu un appel de détresse dans la station orbitale où il surveille les travaux de cette base.


Il identifie les morts - le commandant Adhi (qui était l'amant de Riya) et l'officier Davis - , tous membres d'une expédition pour découvrir de nouvelles planètes habitables. Celle sur laquelle ils sont a été baptisée K.O.-442 (ou "Ash") et représente le dernier espoir de la Terre. Riya échouent à retrouver Clarke qu'ils soupçonnent d'être l'auteur des meurtres, sans pourtant comprendre pourquoi elle a laissé Riya vivante.


Toujours assaillie par des visions, Riya se demande si ce n'est pas elle qui aurait assassiné ses amis. Mais une tempête se lève et une brêche est signalée dans la structure du bâtiment. Riya se glisse dans d'étroits conduits pour la colmater et découvre des signes indiquant qu'une personne s'est introduit dans la base. Elle pense que Clarke est toujours en vie mais a pu être infectée par un parasite inconnu, provoquant une crise psychotique...


Un réflexe que j'ai est de chercher des films avec un acteur que j'ai bien aimé récemment, en l'occurrence ici Eiza Gonzalez dont j'ai beaucoup appréciée la prestation dans In The Grey (et dont la beauté subjugue la caméra à chaque fois). Je suis ainsi tombé sur Prime Vidéo sur Ash, un film de science-fiction sorti l'an dernier mais pas en France où il a directement atterri sur la plateforme de streaming.
 

Tourné pour un budget qu'on devine très réduit, il s'agit d'une de ces productions inspirées par Alien de Ridley Scott, mais écrit à la façon d'un thriller psychologique, un whodunnit. Sans perdre son temps, le scénario de Jonni Remmler met en situation Riya, une astronaute et scientifique, qui découvre que tous ses co-équipiers sont morts assassinés.


Elle est rejointe par un autre astronaute, Brion, qui travaille lui dans une station orbitale et qui a reçu un message de détresse en provenance de cette base sur une planète lointaine. En s'apercevant qu'il manque un membre de l'équipe, ils imaginent qu'ils tiennent leur coupable et que celui-ci a quitté le bâtiment mais risque d'y revenir pour terminer le travail. A moins que...


... Ce soit Riya qui ait commis ce massacre, comme le lui suggèrent des visions persistantes - et dont elle se garde bien de détailler le contenu à Brion. Le procédé est finalement original par rapport au modèle illustre du film et, s'il y a bien in fine une drôle de bestiole qui rode aux alentours et qu'on n'évite pas quelques clichés sur la fin, l'ensemble est captivant.

Derrière le pseudonyme de Flying Lotus se cache le D.J. Steven Ellison (qui a d'ailleurs aussi composé la bande son de Ash) et dont c'est le premier vrai long métrage. Sa réalisation fait la part belle à une ambiance claustrophobe puisque l'essentiel de l'action se déroule entre les murs de cette base. Le décor est intelligemment exploité avec ses couloirs, ses chambres et ses conduits étroits.

La photo de Richard Bluk est saturée, ce qui renforce l'étrangeté du récit : on baigne dans des tons de bleus et de rose, limite psychédélique. Mais cela participe aux qualités du film : on ne peut se fier à l'héroïne dans la mesure où elle-même est une suspecte possible et les éclairages criards renforcent ce sentiment d'une histoire qui pourrait très bien n'être qu'un cauchemar.

Avec une durée ramassée (95'), Ash est découpé non pas en trois mais en deux actes : le premier se déploie sur un rythme assez lent, à dessein pour endormir le spectateur, avant que l'intrigue n'accélère et que les rebondissements se multiplient. Dans sa seconde partie, les références à Alien, avec une héroïne qui fait alors penser à Ellen Ripley, sont plus flagrantes.

Il n'empêche, le film dégage un vrai charme, possède une réelle efficacité. On sursaute, on détourne le regard, on ne sait plus quoi croire. C'est malin, roublard même, mais prenant. En somme, on a là une authentique série B, avec peu de moyens, beaucoup de débrouille, un casting investi, une esthétique soignée, et quelque moments très intenses.

Mais ce qui forment ces atouts signalent aussi ses limites et il est évident que le script de Remmler échoue à s'affranchir des codes du genre, préférant s'appuyer sur l'esthétique très marquée de Flying Lotus et sur les performances habitées de ses comédiens. C'est déjà pas mal, mais ça aurait sans doute pu (dû ?) être mieux encore.

Eiza Gonzalez occupe l'écran une bonne partie du temps toute seule et prouve qu'elle est définitivement plus qu'une superbe plante : elle incarne cette astronaute qui ne sait où elle en est, à qui se fier (en premier lieu à elle-même) avec beaucoup de présence. Jamais elle ne surjoue sa partition, ce qui rend son interprétation aussi convaincante.

Face à elle, elle a l'excellent Aaron Paul qui est bien connu lui aussi pour jouer avec beaucoup d'énergie et de sobriété à la fois. Cette tension entre eux deux fait tout le sel du film et c'est épatant comme leur duo fonctionne. Il est ambigu à souhait et fait du même coup ressortir son ambivalence à elle. Plus que méritoire quand on sait qu'à l'origine leurs personnages étaient prévus pour Tessa Thompson et Joseph Gordon-Levitt.

Bref, un petit film de SF très accrocheur à défaut d'être singulier.

lundi 20 juillet 2026

DANGEROUS ANIMALS (Sean Byrne, 2025)


Tucker propose à des couples de vacanciers de plonger avec des requins, protégés à l'intérieur d'une cage. C'est ainsi que Greg et Heather tentent l'expérience après que leurs amis ont préféré aller se détendre dans un parc d'attractions. Mais, une fois remontés à la surface, Tucker tue Greg et enlève Heather pour qui il a d'autres projets. Sur la Gold Coast australienne, Zéphyr s'adonne à sa passion pour le surf lorsqu'elle accepte, à contrecoeur, d'aider Moses à recharger la batterie de sa voiture.


Ils finissent la nuit ensemble dans le van de la jeune femme garé devant la maison du jeune homme. Mais quand, au matin, il prépare le petit-déjeuner chez lui, elle préfère en rester là et rejoindre un spot dont il lui a parlée. Le soir venu, elle gare son véhicule sur un parking proche de la plage et se fait kidnapper par Tucker. Lorsqu'elle revient à elle, elle est menottée à un lit dans la soute du bateau avec Heather.


Tucker endort Heather et ligote Zéphyr à une chaise sur le pont, puis il plonge la première dans l'eau infestée de requins blancs et filme le carnage qui s'ensuit puis la réaction de son autre captive. Au matin, Moses se rend sur le spot pour y retrouver Zéphyr mais constate que son van a été abandonné avec son portable à l'intérieur. Il avertit la police après avoir découvert sa planche de surf sur la plage...


Les distributeurs aiment souvent appâter le chaland avec des accroches souvent absurdes, vantant les qualités uniques d'un film ou opérant des jonctions entre deux classiques pour définir ce qu'ils veulent vendre. On peut donc presque s'étonner que, pour Dangerous Animals, on n'ait pas eu droit à une formule du genre : "Les Dents de la mer x Le Silence des agneaux".


Car c'est littéralement ce qu'est le film réalisé par Sean Byrne et écrit par Nick Lepard. On est donc clairement dans de la série B, voire C. Le parfait petit plaisir coupable à consommer au coeur de l'été quand on ne veut pas trop se creuser la tête et sursauter devant les supplices que fait endurer un serial killer bien tapé à ses pauvres victimes.


Bien entendu, on peut à ce moment ressortir la phrase fameuse de Hitchcock comme quoi "meilleur est le méchant, meilleur est le film". Mais on sait tous que ça ne suffit pas à faire un bon film. Tucker est toutefois un méchant très satisfaisant, même si je déplore qu'il ne le soit pas plus en définitive. Dans sa catégorie, c'est plutôt un éjaculateur précoce parce qu'il ne fait pas durer le plaisir.


Par ailleurs le scénario échoue à le faire progresser ou même à suggérer à quel point il est un sale type. Dès le prologue, on sait à qui on a affaire et plus rien n'est ajouté ensuite. C'est dommage parce qu'il y avait du potentiel mais en l'état, c'est insuffisant. Alors que reste-t-il à Dangerous Animals pour qu'on ne le regarde pas en baillant ? 

Hé bien, quand le méchant ne suffit pas, il faut au moins lui opposer un adversaire qui lui donne du fil à retordre. Ici, il s'agit d'une jeune et belle surfeuse qui se fait appeler Zéphyr et qui ne cache pas non plus son jeu très longtemps (une habitude dans cette histoire) puisqu'elle confie facilement son passé d'enfant placé en famille d'accueil qui en a bavé.

Mais ces épreuves ont forgé son caractère de battante forcément et surtout de solitaire qui ne veut s'attacher à rien ni personne, pas même le bellâtre agent immobilier à qui elle permet de recharger sa batterie (et de partager sa couche). Pourtant, lui est mordu (ce qui est opportun pour une intrigue avec des requins à la denture acérée) et va voler au secours de la belle.

Bon, je sais, j'ai l'air de me moquer. Mais Dangerous Animals n'est pas mauvais, il est juste convenu, prévisible. C'est tellement absurde qu'il faut être très indulgent pour estimer qu'il vaut un de ces deux films. On peut s'étonner qu'il n'ait pas échoué directement sur un plateforme de streaming au lieu d'avoir droit à une sortie en salles (quand d'autres longs métrages bien meilleurs n'ont pas cette chance - cf. In The Grey).

Ce qui est frustrant, c'est qu'on sent que tout ça aurait pu être bien plus sadique et clair : Tucker prend du plaisir à voir des filles se faire bouffer par des requins, mais toute la dimension sexuelle de sa perversion est à peine évoquée dans une scène où on le voit danser en slip et en peignoir et qui s'avère plutôt ridicule.

Quant à sa captive, elle réussit tellement de fois à lui glisser entre les doigts (même s'il la rattrape de justesse) qu'on peut légitimement douter de sa capacité à avoir retenu prisonnières tellement de filles avant elle. Mais au moins le film nous épargne-t-il une fin avec des twists interminables, même si, là encore, le réalisateur et son scénariste auraient pu laisser le spectateur dans une expectative plus retorse.

Non, la vraie, sinon la seule, qualité du film, c'est de ne jamais s'éparpiller. Pratiquement tout tient en un duel entre Tucker et Zéphyr, entre ce taré qui conçoit ses crimes comme des sacrifices à faire aux requins qu'il considère comme des dieux et cette sirène combative qui en sait plus que lui sur ces animaux et surtout compense son désavantage physique par une pugnacité absolue.

Hassie Harrison (qui reprendra le rôle de Pamela Anderson dans le remake de Baywatch) n'est pas une actrice avec une palette de jeu immense, mais elle est crédible dans ce rôle d'otage récalcitrante. Jai Courtney (qui fut Captain Boomerang dans Suicide Squad version David Ayer) est parfaitement brutal dans la peau de ce tueur obsessionnel et sexuellement impuissant.

Vite vu, vite oublié, malgré un potentiel évident. Dans un registre équivalent, je recommande plutôt Instinct de Survie de Jaime Collet-Serra avec Blake Lively (2016), qui se paie le luxe de se passer de serial killer et mise tout sur la jolie fille dans une situation désespérée.

dimanche 19 juillet 2026

IN THE GREY (Guy Ritchie, 2026)


Rachel Wild est une redoutable avocate spécialisée dans le recouvrement de dettes pour des clients riches et puissants. Pour découvrir où ses cibles cachent leurs biens et les pousser à rembourser, elle s'appuie sur deux hommes, Sid et Bronco, à qui elle a autrefois évité la peine de mort dans des geôles étrangères. Ceux-ci ont à leurs ordres une équipe de mercenaires dont chaque membre a un talent particulier (maniement d'explosifs, conduite de véhicules, connaissances en piratage informatique, etc.).


Lorsque le mentor de Rachel, Braxton, est envoyé sur une île privée afin d'organiser le paiement de la dette d'un milliard de dollars du caïd Manny Salazar pour le compte de Spencer-Goldstein et qu'il est assassiné, elle négocie avec Bobby Sheen, une des cadres du cabinet, pour récupérer elle-même la somme contre une commission de 20%. Elle envoie Sid et Bronco planifier une série de sabotages contre les intérêts de Salazar. Ce dernier fait alors face à d'importantes pertes financières.


Une réunion est organisée sur l'île mais Salazar n'accepte de rembourser que 400 millions. Face au refus de Rachel, il tente alors de la tuer mais Sid, Bronco et leurs hommes veillent à ce qu'il n'arrive rien à leur "maman" qui prépare déjà de nouveaux assauts contre le caïd...


Si In The Grey est sorti cette année (et ne sera visible en France que sur Prime Vidéo à partir du 31 Juillet), le film est en réalité terminé depuis deux ans. Le studio qui l'a financé, Lionsgate, n'a cessé entre temps de différer sa sortie avant de le céder à une autre maison de production. Résultat : il s'est ramassé en salles aux Etats-Unis.
 

C'est bien dommage d'avoir ainsi saboté ce divertissement de qualité, écrit et réalisé par un des cinéastes les plus doués pour ce type de longs métrages. Guy Ritchie est, comme Steven Soderbergh, un des derniers vrais artisans qui met tout son coeur et son talent à proposer d'authentiques films de genre "à l'ancienne" qui auraient des chances de trouver leur public si des gens compétents les accompagnaient intelligemment jusqu'aux salles.


De compétence, il en est question dans In The Grey où les trois héros sont des spécialistes redoutables dans chacun de leur domaine. Rachel est un juriste qui s'emploie avec efficacité à faire payer leurs dettes à de riches malhonnêtes. Sid et Bronco l'assistent pour forcer la main aux mauvais payeurs récalcitrants.


L'intrigue du film repose sur un vocabulaire qui est technique mais seulement pour donner le change. Les mécanismes grâce auxquels des caïds s'enrichissent sur le dos de sociétés de crédit et grâce auxquels Rachel, Sid et Bronco leur tordent le bras pour qu'ils remboursent n'a rien de compliqué quand Guy Ritchie les expose.

Tout est expliqué comme le menu d'un jeu vidéo, avec des textes qui s'affichent à l'écran simultanément à l'action. On pourrait penser que le procédé est redondant, mais pas du tout : cela permet de glisser des infos qu'on n'a en vérité pas le temps de lire mais qui donnent du crédit à ce que les personnages racontent sans avoir à dire d'abord et montrer ensuite.

Ritchie a très bien intégré le fait que le spectateur aujourd'hui est habitué à jongler avec une multitude de flux, visuels et narratifs, grâce aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo. L'oeil de ce lui qui regarde sait très bien ce sur quoi il faut se concentrer pendant que l'oreille enregistre le reste. C'est aussi pour cela que le film ne dure que 95' - un modèle de concision dans un monde où on se demande pourquoi les monteurs ne coupent pas davantage de scènes inutiles.

Le scénario est clairement découpé en trois actes : la mort de Braxton, la mission de Rachel, celle de Sid et Bronco. Ritchie déroule son récit avec un science du rythme implacable, et les péripéties du dernier acte forment un défilé de scènes spectaculaires, explosives et malicieuses absolument irrésistibles. C'est aussi pour cela que, malgré son style moderne, il est un cinéaste profondément classique.

Comme Howard Hawks, il se met entièrement au service de l'histoire et des personnages, exaltant le plaisir qu'on a à suivre l'une et les autres, soignant ses acteurs qui, eux-mêmes, ne cherchent pas à voler la vedette au script. D'autant que, et c'est l'originalité subtile de In The Grey, le film développe un motif inattendu : celui de la maternité.

Sid et Bronco appellent Rachel "maman", bien qu'elle soit plus jeune qu'eux. On pense d'abord à un surnom affectueux envers celle qui les a sauvés de la peine de mort dans un bagne de quelque contrée hostile. Puis on comprend que ce lien est plus profond que cela : elle est leur mère et eux les garçons qui l'admirent, lui obéissent, la protègent.

Il n'y a aucune ambiguïté sexuelle dans ce trio, pas l'ombre d'une romance. Ou alors elle est déplacée sur deux personnages tout aussi surprenants. En effet Sid et Bronco se parlent entre eux comme des amants (Bronco adressant même un "je t'aime" à Sid). On peut soupçonner Ritchie de s'amuser sur cette homosexualité puisqu'il a pris un des comédiens de Brockeback Mountain pour donner la réplique à celui qui fut le Man of Steel. Mais il entretient le doute.

Si l'affiche met en avant les deux acteurs masculins, il ne faut pas s'y fier : le vrai premier rôle du film, c'est bien Eiza Gonzalez qui l'incarne. Après The Ministry of Ungentlemanly Warfare où elle était déjà à couper le souffle, elle est une nouvelle fois formidable ici, et la costumière Loulou Bontemps l'a gâtée avec une garde-robe magnifique.

Henry Cavill, un habitué du réalisateur (depuis The Man from U.N.C.L.E.), est une nouvelle fois excellent et fait avec Jake Gyllenhaal (déjà là dans The Covenant) une paire qui n'est pas sans rappeler Roger Moore et Tony Curtis dans Amicalement vôtre, alliance du flegme et de la dérision, en plus musclé.

Si je n'étais pas un peu fatigué des films de super héros, j'aurai rêvé qu'à Ritchie en soit confié un, mais le britannique est trop stylé pour ça et j'ai davantage hâte de découvrir ses prochains opus originaux, en souhaitant qu'ils soient mieux traités pour leur diffusion que In The Grey.

mercredi 15 juillet 2026

CATWOMAN #89 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Catwoman est confrontée par Black Mask à un terrible dilemme : sauver Slam Bradley qui est ligoté avec une grenade dégoupillée dans les mains ? Ou empêcher un attentat à la bombe dans la gare de Burnley ? Elle le sait : quelque soit son choix, il y aura la mort au bout...


Le pénultième épisode de cet arc est encore une fois remarquable et prouve que Torunn Gronbekk sait écrire de bonnes histoires si tant est qu'on la laisse faire et qu'elle pratique son art sur un personnage qui l'inspire, contrairement à ce qu'elle a souvent dû accomplir chez Marvel. Il est juste dommage que DC ne lui attribue pas un bon dessinateur définitivement comme Davide Gianfelice.


L'artiste italien quittera en effet la série après le prochain numéro et c'est bien dommage car il a signé une prestation de haut vol. Je suis certain que s'il était resté, Catwoman en aurait profité. Pour ma part, j'ai décidé de ne pas poursuivre après lui parce que Danilo Beyruth a un style qui me comble moins. A moins que la série connaisse des changements en vue du #100, désormais proche.


Pour en revenir à ce numéro-ci, Gronbekk multiplie les points de vue en vue du grand final : Catwoman doit rallier un point précis en étant coursée par des sbires de Black Mask, Holly Robinson découvre où est Maggie Kyle et ce que lui a réservé Black Mask, Slam Bradley a les mains crispées autour d'une grenade dégoupillée, Katarina Belov savoure sa vengeance...


Faire tenir tout ça en une vingtaine de pages n'est pas une mince affaire et Gronbekk s'en sort haut la main avec une narration très nerveuse et toujours limpide. L'astuce consistant à ponctuer l'épisode avec la course de Catwoman est très efficace et haletante, même si on sait qu'elle se débarrassera sans problèmes des complices de Black Mask.

La dernière page et même la dernière image produit un cliffhanger réellement inattendu et qui donne envie d'être déjà le mois prochain. On comprend au passage comment Black Mask a pu mobiliser autant de personnel pour accomplir son plan machiavélique et Gronbekk en profite même pour remettre une pièce dans la machine sur les liens entre Selina Kyle et Carmine Falcone (l'occasion de réviser sa continuité, ce que la scénariste a fait auparavant dans son run).

Gianfelice livre de superbes planches qui, elles aussi, permettent de savourer le crescendo dramatique de toutes les facettes de l'histoire. Les pièces de l'échiquier sont en mouvement et se répondent, créant un sentiment d'inéluctabilité très prenant. L'artiste italien ne lésine pas sur les décors, notamment pour montrer la course de Catwoman alors que bien des dessinateurs auraient été moins consciencieux sur ce point.

On peut ainsi apprécier la distance parcourue, la diversité architecturale des quartiers traversés, le mobilier urbain. Quelque part, c'est dommage parce que je suis convaincu que la plupart des lecteurs n'y prêteront pas assez d'attention dans la mesure où ce genre de séquences souligne les déplacements, la vitesse. Mais Gianfelice abat un travail exemplaire.

Je ne serai revenu à Catwoman que pour un arc mais ça valait le coup. Torunn Gronbekk et Davide Gianfelice ont rendu, à leur manière, un parfait hommage à une histoire désormais devenue classique de la féline fatale de Gotham contre son pire ennemi, Black Mask, plus d'un quart de siècle après Ed Brubaker et Cameron Stewart. Ce n'était pas gagné, mais le résultat est probant.

LOBO #5 (Skottie Young / Jorge Corona)


Même si ça lui fait mal de l'admettre, Kzzt, le patron de Omni Omega+ Entertainment Corp., constate que Lobo est resté plus populaire que jamais depuis qu'il a cassé son contrat. Il faut le convaincre de revenir travailler pour eux et quoi de mieux que lui envoyer quelques mercenaires pour le ramener au bercail ?


Désormais, chaque mois, j'attends avec gourmandise le nouveau numéro de Lobo. Parce que je me demande quelle grosse déconnade va inventer Skottie Young. Il faut dire tout simplement que cette série est affreusement drôle, c'est potache et irrésistible mais fait avec un talent incomparable, et, ma foi, il n'y a pas tant d'occasion de se fendre la poire en ce moment. En plus, y fait chaud !


Et je vais aller plus loin : si la gamme Absolute a achevé de me fatiguer (à part Absolute Wonder Woman, merci Kelly Thompson & Hayden Sherman), hé bien, Lobo, pour moi, c'est le vrai titre Absolute qui ne dit pas son nom. Absolument dingo, rigolo, indispensable. Skottie Young y va à fond, poussant tous potards dans le rouge, mais pour nous faire rire. Et ça, les séries Absolute l'ont complètement oublié !


Ce cinquième épisode est comme il se doit loufoque à souhait avec l'idée tordue de service - convaincre Lobo de se remettre au service de la Omni Omega+ Entertainment Corp. dont il a claqué la porte furibard en lui envoyant des mercenaires qui trahiraient leur employeur. Le pire ? C'est que ce plan foireux va fonctionner (spoiler !).
 

Scott Snyder est sympa, mais à côté de Skottie Young, c'est juste un brave garçon. Young, lui, n'a pas peur d'écrire une scène où une certaine Lip Bomb (quel nom !) réussit à persuader Lobo qu'elle veut une partie de jambes en l'air avec lui pour mieux le buter avec d'énormes flingues (dont on se demande où elle les a cachés...). Et ce avant que...

... Lobo lui retourne la politesse en se débraguettant et la pulvérisant avec un rayon thermique sortant de son entrejambe ! Oui, vous avez bien lu, cette scène a trouvé sa place dans un comic book édité par DC et accessible à tous les acheteurs potentiels. Si vous n'éclatez pas de rire en la voyant, non seulement parce que le gag est énorme, mais parce que le culot de Young l'est encore plus, alors je ne peux plus rien pour vous !

Les trois mercenaires qui vont chatouiller Lobo sont des adversaires qui valent leur pensant de cacahuètes, et plus c'est improbable, mieux c'est. Mais le dénouement annonce un prochain qui risque de faire monter les enjeux d'un cran supplémentaire - et où il me semble que Young adresse un clin d'oeil à sa propre série I Hate Fairyland...

Et puis ce qui est bonnard avec Lobo, c'est que Young est accompagné par un partenaire prêt à rendre coup pour coup, qui le suit où qu'il aille, qui n'a lui non plus de rien. Jorge Corona se dépasse à chaque fois et cet épisode ne déroge pas à la règle. Les trognes des personnages sont impayables, et le diable est dans les détails (ayez toujours un oeil sur le chien sans nom de Lobo !).

Corona est un punk : chacune de ses planches possède une énergie chaotique qui emporte tout sur son passage. Il faut un peu de temps pour s'y faire, et certainement que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais, si vous voulez de la BD Red Bull, alors, vous êtes à la bonne adresse : Corona est un artiste survolté qui était fait pour dessiner Lobo.

Que dire de plus ? Vivement le mois prochain ! On n'en a jamais assez !