vendredi 24 avril 2026

CAPTAIN AMERICA #9 (Chip Zdarsky / Ton Lima)


La découverte d'un charnier par Captain America motive ce dernier à prendre fait et cause pour Alina Von Doom et ses alliés, Melor et Mara Sandu, contre Marcus Wolf/Salvation, auteur de ces massacres. Nick Fury Jr. l'apprend mais continue à rechercher les armes de Fatalis tandis que le général Ross s'apprête à atterrir en Latvérie avec ses propres hommes...
 

Faisons un point rapide sur la série avant d'en venir au contenu de cet épisode : le prochain numéro ne se fera pas attendre puisqu'il sort la semaine prochaine et le suivant, qui conclura cet arc sera disponible le 13 Mai. Bonne nouvelle : ils seront dessinés par Valerio Schiti. Mais mauvaise nouvelle : il semble bien qu'ensuite l'artiste ne reviendra pas.


Ce calendrier correspond à l'imminence de l'event Armageddon dont Captain America (avec Wolverine : Weapons of Armageddon) est la rampe de lancement. Toutefois l'excitation est de mon côté bien retombée parce que, même si Wolverine : Weapons of Armageddon est très sympa, Captain America m'a beaucoup déçu et que l'intrigue de l'event, dévoilée par Marvel, ne correspond pas à ce que j'espérai.


Pour être clair, je ne pense pas aller plus loin une fois cet arc de Captain America terminé (au #11). J'ignore même désormais si je lirai Armageddon finalement. Cet épisode est à peine moins mauvais que le précédent, mais Chip Zdarsky m'a perdu. C'est une grosse déconvenue de la part d'un auteur que j'aime bien mais qui ne m'a pas convaincu sur cette série.


En fait, si je devais comparer, ce run me fait penser à ce que fait Mark Waid sur Justice League Unlimited. J'ai l'impression de lire une série qui n'existe que pour accompagner un event. Alors ce n'est pas entièrement la faute de Zdarsky : Marvel enchaîne les events à une telle vitesse qu'on n'a plus le temps de souffler (et cet été sera encore pire que d'habitude puisque Armageddon sera en concurrence avec Queen in Black et DNX).

Zdarsky est revenu chez Marvel qui l'a promu comme un de leurs architectes pour, au moins, les deux prochaines années. Et il n'a pas perdu de temps puisqu'en relançant Captain America, il a organisé ce qui allait conduire à Armageddon sur la lancée de One World Under Doom, lui-même héritier de Blood Hunt.

Avec une telle configuration, on lit ce qui se passe dans Captain America non pas avec l'intérêt qu'on porte habituellement à une série qui doit relancer les aventures d'un héros, mais comme une partie d'un programme plus vaste. Et ce qui s'y raconte n'a rien de follement passionnant. Ni de très compréhensible si vous n'êtes pas à jour dans l'ordre des events Marvel.

Bon, moi, ça va, mais j'imagine le lecteur qui aura voulu reprendre Captain America parce qu'il aime Zdarsky et/ou Schiti. Ben, je lui souhaite bon courage. Et c'est quand même un gros problème parce qu'il me semble, que quand un nouveau scénariste arrive, il est plus sage pour lui et l'éditeur qu'il raconte quelque chose d'accessible, avant d'impliquer son héros dans une saga plus globale pour l'univers de l'éditeur.

Les luttes de pouvoir en Latvérie manquent singulièrement d'intérêt, d'intensité, de surprise. Prenez Salvation : comment/pourquoi Marcus Wolf est devenu un tel enfoiré ? Ce n'est pas du tout expliqué. Son look fait vraiment Fatalis du pauvre. Et la caractérisation de Captain America laisse à désirer. Qaunt aux nouveaux Howling Commandos, ils manquent singulièrement de charisme, d'épaisseur.

A le lecture du run de Zdarsky, je me dis surtout que Marvel a fait une erreur terrible en abrégeant celui de Collin Kelly et Jackson Lanzing (avec Carmen Carnero au dessin). Certes, les ventes n'étaient pas flamboyantes, mais ces auteurs-là avaient développé une intrigue aussi, sinon plus ambitieuse, et surtout plus solide, avec un supporting cast bien meilleur. Vous voulez lire du bon Captain America récent ? Achetez le run de Kelly et Lanzing (et Carnero) !

Ton Lima est au dessin et il fait du bon boulot, comme c'était le cas sur New Avengers récemment. En tout cas, mieux vaut vous habituer à lui si vous décidez de continuer car il semble bien qu'il s'installe sur le titre après le #11. Ce n'est pas un mauvais choix, voilà un jeune artiste prometteur qui est un bon narrateur. J'espère qu'on retrouvera Schiti sur un meilleur projet.

Ce n'est pas nul, mais ça ne me plait pas. Et donc ça compromet ce qui suit. Mais ce n'est pas grave. Parfois on mise gros sur un cheval qui ne donne pas satisfaction. J'attendais beaucoup (trop ?) de cette relance et ça n'a pas pris.

SUPERMAN #37 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Détesté par une partie de la Justice League, rappelé à l'ordre par son patron dans le comics shop où il a trouvé un job, Superboy Prime aimerait qu'on lui accorde une nouvelle chance mais, comme il le confie à Pa et Ma Kent, il ne sait pas comment faire. Il s'en remet à Damian Wayne qui a connu la même expérience...
 

Parfois il arrive que le scénariste d'une série ose quelque chose de si culotté qu'on pense qu'il va lamentablement se casser la figure, que les fans de la série qu'il écrit vont râler. Et puis parfois il arrive que cette prise de risque déjoue les attentes et fonctionne, gagnant l'adhésion des lecteurs et relançant l'intérêt de la série.


Je me souviens ainsi de Jason Aaron quand il fit de Jane Foster la puissante Thor : certains avaient cru alors que le fils d'Odin avait changé de sexe... Et puis, moi qui n'avais pas prêté attention au début du run de l'auteur sur ce titre, j'ai embarqué à ce moment-là et j'ai adoré, comme d'autres, au point que quand ça s'est terminé, j'ai regretté que ce soit déjà la fin.


Alors je ne dis pas que le jour où Superman reviendra animer sa propre série, je le déplorerai, mais ce qui est sûr, c'est que je regretterai quand même la période où Superboy Prime en était la vedette, car véritablement c'est l'excellente surprise du moment et le pari risqué mais gagnant de Joshua Williamson. Mais on peut aussi l'interpréter autrement...


Car, en vérité, c'est précisément ce que raconte l'arc narratif en cours. Comment un super héros que personne ou presque n'apprécie peut espérer gagner les coeurs ? Dans cet épisode, Superboy Prime vient de passer une mauvaise semaine et rend visite aux Kent dans leur ferme de Smallville pour se confier à eux.

En même temps qu'il leur parle, une partie de la Justice League stationne au-dessus de la ferme des Kent, prête à intervenir à tout moment, certaine, comme Power Girl, que Prime va commettre un impair et justifier la méfiance qu'elle éprouve à son égard. Et, au milieu du récit de Prime, on découvre qu'il a eu vision sinistre du futur dans laquelle il massacre la Justice League...

Cela ne vous rappelle rien ? C'est également ce qui arrive dans Green Lantern actuellement avec Hal Jordan qui, au contact du Livre d'Oa, voit un avenir sombre se dessiner. Sauf que Williamson sème le doute plus habilement car Superboy Prime a effectivement un passé criminel, une santé mentale instable et qu'il a sympathisé avec une belle cliente dont il ferait bien de se méfier...

L'idée géniale de l'épisode, c'est la rencontre entre Prime et Damian Wayne qui, comme lui, a été accueilli froidement par la communauté super héroïque à ses débuts - et pour cause : s'il est le fils de Batman, il est aussi celui de Talia Al Ghul et il fut formé par la Ligue des Assassins ! Prime lui demande comment il a réussi à se faire accepter et apprécier.

L'ambivalence du personnage est parfaitement exploitée par le scénariste et cela revitalise la série. Cela ne signifie pas que Superman est moins intéressant, mais avoir placé Prime comme son remplaçant provisoire fournit un tas de situations très intéressantes narrativement. Et le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser car effectivement, comme les autres super héros, on ignore si Prime en vaut la peine.

Cette malice est bien mise en valeur par le dessin de Dan Mora qui change subtilement de style, comme pour souligner l'étrangeté du dispositif. Prime, sous son crayon, emprunte à l'énergie du manga sans se départir de sa nature purement comics. La façon dont Mora le représente tranche avec le reste de la distribution, plus classiquement réaliste, et c'est raccord avec le propos.

La dernière page de l'épisode annonce un développement excitant dans la mesure où il s'agit d'une menace réelle pour Prime. A moins que Williamson ne nous réserve encore une surprise... Mais c'est pour ça qu'on prend tant de plaisir à lire son run.

DETECTIVE COMICS #1108 (Tom Taylor / Pete Woods, Bruno Abdias)


Autrefois. Alors qu'ils appréhendent une bande de voleurs, Batman, Black Canary et Green Arrow reçoivent le renfort d'un jeune héros masqué qui se présente à eux sous le nom de Prion... Aujourd'hui. Oracle avertit Batman qu'un nouveau témoin contre Richard Kelp escorté par la police est en danger...


Comme tous les lecteurs de comics, je n'aime pas beaucoup quand un épisode est mal produit, mal édité. Comment cela se traduit-il ? Par exemple quand le dessinateur a besoin d'aide et que la présence de deux artistes aboutit à un résultat juste moyen. C'est le boulot d'un editor de s'assurer que le dessinateur attitré aura ou non le temps de livrer sa vingtaine de pages, et si ce n'est pas le cas, à mon avis, mieux vaut que son remplaçant réalise l'épisode entier.


C'est ce qui se produit ici puisque Pete Woods ne signe que le début et la fin du numéro, alors que le centre est produit par Bruno Abdias, un inconnu non dénué de talent mais encore un peu vert à mon goût et dont le style tranche avec celui de son confrère. Le résultat donne l'impression qu'on lit quelque chose de mal raccommodé et ce n'est donc pas très agréable.
  

Ensuite, il faut parler de ce qui devient pour moi quand même très problématique dans le run de Tom Taylor sur Detective Comics. A chaque nouvel arc, c'est la même chose : le début n'est franchement pas terrible parce qu'il est très répétitif. Ensuite ça s'arrange plus ou moins, mais c'est le dispositif qui se répète qui créé le problème.
 

Ce dispositif, c'est que Taylor a depuis son arrivée sur la série décidé de jouer la carte de la retcon. On peut apprécier cela de deux manières différentes : soit il s'agit de modifications profondes dans l'historique du héros (par exemple une révélation sur ses origines), soit il s'agit de l'introduction d'un élément nouveau mais plus mineur en importance.

Après avoir donc imaginé que Thomas Wayne avait soigné Joe Chill et caché la compagne de ce dernier, après avoir raconté que le Lion avait été le bénéficiaire d'une bourse donnée par Bruce Wayne mais que Batman avait arrêté son père, une nouvelle fois Taylor s'amuse à glisser un élément inconnu dans le passé de son héros et de ses comparses.

Ici, il s'agit d'un jeune héros masqué, Prion, rencontré lors de l'arrestation d'une bande de voleurs et dont on devine qu'il a ensuite reçu les enseignements de Batman, Black Canary et Green Arrow avant de connaître un destin funeste (puisqu'on a vu les trois justiciers se recueillir sur sa tombe dans l'épisode précédent et sur la couverture de ce n°).

Alors, oui, pourquoi pas ? Au fond, ça ne change pas grand-chose, qu'il s'agisse de Thomas Wayne et Joe Chill, du Lion ou de ce Prion. Ce sont de petites retcons qui ne mangent pas de pain. Mais le systématisme du procédé devient lassant. Si encore Taylor ne faisait pas ça à chaque fois... Mais on a l'impression qu'il a choisi à chaque arc de partir sur cette idée.

Cette manière de louvoyer n'a rien de spécialement créatif. Il peut encore en inventer des paquets de personnages inconnus, inédits, pour justifier des intrigues au présent pour Batman. Mais c'est tout de même très artificiels. Et le pire, c'est que Taylor est coutumier du fait : déjà dans Nightwing, dès son premier arc, il introduisait une demi soeur cachée à Dick Grayson.

Cependant il avait ensuite construit la série sur des ressorts plus imaginatifs et entraînants et finalement l'addition de Melinda Zucco n'était pas qu'une béquille narrative. En revanche sur Detective Comics, on ne voit pas ce que ça ajoute à la mythologie déjà tellement riche de Batman. Et surtout on n'a plus le sentiment que Taylor cherche à construire une saga sur le long terme mais plutôt qu'il enchaîne les arcs mécaniquement.

Je vais quand même achever cet arc (qui prend fin en Juillet). Mais là, vraiment, si après il continue avec ce procédé, j'arrête parce que ça me gonfle.

AMAZING SPIDER-MAN #27 : DEATH SPIRAL #9 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness, Carlos Gomez, Francesco Manna)


Lié à Carnage, Spider-Man affronte Torment mais Eddie Brock s'invite dans cette bagarre pour dérober au tueur le bracelet du Shocker et libère le tisseur de l'emprise du symbiote. Venom surgit alors pour s'occuper de Torment qui en a profité pour rattraper May Parker et Anna Watson...


Le crossover Death Spiral s'achève avec ce numéro d'Amazing Spider-Man et après 9 semaines de parution. Joe Kelly conclut l'intrigue  avec beaucoup d'énergie. L'action domine les débats mais réussit à faire de la place pour quelques scènes qui seront sans doute explorées plus tard dans ce titre et celui de Venom.


Difficile d'en dire plus sans spoiler, même si on peut affirmer sans se tromper qu'on ne risque pas de revoir Torment (quoique, dans les comics, sait-on jamais...). Je le regrette presque parce que ça fait de lui un vilain créé juste pour cette histoire alors qu'il avait du potentiel et que sa lubie des spirales et des meurtres généalogiques aurait pu être réutilisée.


Les lecteurs de Spider-Man auront l'occasion d'analyser les conséquences de ce crossover dans le futur puisqu'on a pu remarquer dans un épisode précédent qu'une des cibles de Torment avait deviné son probable lien familial avec Spider-Man. Toutefois, c'est bien pour Venom et Mary Jane Watson que Death Spiral aura le plus de retombées.

Sans rien déflorer, le symbiote et son nouvel hôte commettent un acte radical que j'imagine mal Al Ewing ne pas prendre en compte. Reste à savoir quand. Avec l'event estival Queen in Black, je pense que le scénariste va temporiser avant d'en reparler. Je serai en tout cas surpris et déçu qu'il le passe sous silence.

Désolé de tourner autour du pot comme ça, mais je ne veux pas spoiler. Est-ce qu'au final Death Spiral aura été un bon crossover ? J'ai envie de dire que oui quand même. Même si 9 épisodes pour ça, c'est définitivement trop long, je ne me suis pas ennuyé en le lisant et la parution hebdomadaire a beaucoup joué à ce niveau.

Ensuite, même si, évidemment, c'était inégal d'un auteur à l'autre, Joe Kelly, Charles Soule et Al Ewing ont su se passer le relais efficacement et aussi bien Spider-Man, Carnage que Venom ont eu de quoi briller. Il y a eu de l'action, des rebondissements, et un adversaire coriace, suffisamment pour tenir tête aux trois personnages principaux. Quant au mort de l'histoire, je crois pouvoir assurer que personne ne le regrettera...

Visuellement, ce dernier épisode montre en revanche que le rythme de publication aura été limite pour les artistes. Ed McGuinness n'aura au final dessiné qu'un épisode complet, sinon il a aura eu besoin d'aide. Cette fois encore, il est secondé par Francesco Manna et également par Carlos Gomez. Miraculeusement, malgré des différences de style prononcées, l'ensemble se tient correctement.

Après ça, Amazing Spider-Man peut se diriger tranquillement vers son millième épisode. Et, pour ma part, je serai heureux de relire Venom dès le mois prochain.

jeudi 23 avril 2026

SPIDER-MAN / SUPERMAN (Brad Meltzer + Pepe Larraz ; Dan Slott + Marcos Martin ; Joe Kelly + Humberto Ramos ; Geoff Johns + Gary Frank ; Louise Simonson + Todd Nauck ; Stephanie Phillips + Phil Noto ; Brian Michael Bendis + Sara Pichelli ; Jason Aaron + Russell Dauterman ; Jeph Loeb + Jim Cheung)


- SPIDER-MAN / SUPERMAN (Brad Meltzer / Pepe Larraz) - Spider-Man et Superman doivent affronter Lex Luthor et le Bouffon Vert alliés à Venom...


Après DC et Superman/Spider-Man, c'est au tour de Marvel de jouer avec ce Spider-Man/Superman, 50 ans après la première rencontre événement entre les deux héros emblématiques des deux éditeurs. Et il faut admettre que Marvel a mis le paquet, à commencer par l'histoire inaugurale écrite par Brad Meltzer et dessinée par Pepe Larraz.


On pourra ironiser sur le fait que ce récit (comme d'autres d'ailleurs dans ce numéro) soit écrit par un auteur qui n'est lié à Marvel, mais le résultat claque. Meltzer rêvait de rédiger ce script et ça se sent : il y met du coeur. L'action domine dans une première partie, puis dans la seconde place aux sentiments, sans mièvrerie, avec beaucoup d'émotions. 


Larraz a sauté sur l'occasion lui aussi et son Superman ne manque pas de classe. Quand il doit faire parler son (immense talent) sur des moments plus intimistes, c'est tout aussi magnifique. Au jeu des comparaisons, ce Spider-Man/Superman surclasse largement le Superman/Spider-Man de Waid et Jimenez.

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- METROPOLIS MARVELS (Dan Slott / Marcos Martin) - Années 1930. Spider-Noir tente d'éliminer Lex Luthor mais Superman s'interpose pour livrer ce dernier à la justice...


Dan Slott + Marcos Martin, c'est évidemment un gage de qualité et les deux partenaires ne déçoivent pas. Ils n'ont que quatre pages pour s'exprimer mais c'est magique. L'ambiance rétro, le rythme alerte, la morale ad hoc, tout fonctionne à la perfection. Marvel frappe très fort en alignant un casting all-star assez impressionnant.

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- SWEETHEARTS (Joe Kelly / Humberto Ramos) - Lana Lang fait la connaissance de Gwen Stacy à l'université et elles échangent sur les hommes de leur vie, dont les qualités rattrapent les défauts de la gente masculine...
 

L'autre caractéristique de cette anthologie est qu'elle ne se concentre pas uniquement sur Spider-Man et Superman : ici, par exemple, Joe Kelly donne la part belle à deux des filles qui ont compté pour les deux héros et leur dialogue est très bien senti. Humberto Ramos, dans un registre plus sobre qu'à son habitude, illustre ça très joliment.

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- IDENTITY WAR (Geoff Johns / Gary Frank) - Après que des super-héros et des super-vilains se soient affrontés, les super-héros en viennent aux mains. Que se passe-t-il ? 


Geoff Johns et Gary Frank ont trouvé le temps, en dehors de leurs séries Geiger et Junkyard Joe (chez Image Comics), de participer à la fête. Le scénario est malin et gentiment moqueur sur les fréquentes guerres civiles chères à Marvel. Et même si je ne suis pas le plus grand fan de Frank, les dessins sont tout sauf expédiés, avec une distribution très fournie.

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- GHOSTING (Louise Simonson / Todd Nauck) - Steel se bat contre le Super-Bouffon qui fait régner la terreur en ville...


Avec tout le respect dû à Louise Simonson, qui fut une immense editor et scénariste, c'est le segment le plus faible du lot. Et ce ne sont pas les dessins de Todd Nauck, que je n'ai jamais apprécié, qui rattrapent l'affaire. A zapper.

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- REMARKABLE (Stephanie Phillips / Phil Noto) - Supergirl pensait rencontrer Spider-Man. Elle devra faire avec Spider-Gwen qui va l'aider efficacement contre Livewire...
 

Stephanie Phillips livre une histoire courte très malicieuse sur les héros qui doivent composer avec un prédécesseur plus connu. C'est très amusant et Phil Noto met ça en images avec son élégance coutumière. Un nouveau sans faute.

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- THE ONE THING... (Brian Michael Bendis / Sara Pichelli) - malmené par le duo Dormammu-Brainiac, Superman reçoit l'aide de Miles Morales...


C'est, pour moi, la cerise sur le gâteau : Brian Michael Bendis et Sara Pichelli réunis pour ce segment mettant en scène leur création (Miles Morales) et permettant au scénariste d'écrire à nouveau Superman (dont DC l'avait fort peu élégamment écarté). Le résultat est excellent et on espère vraiment qu'on aura l'occasion de revoir ce tandem briller ensemble bientôt sur un format plus conséquent.

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- THE WONDROUS AND THE WORTHY (Jason Aaron / Russell Dauterman) - La puissante Thor se débat contre des ParaVenoms de Darkseid lorsqu'elle reçoit le renfort de Wonder Woman...


Marvel a convaincu Jason Aaron de revenir écrire Jane Foster et Russell Dauterman de signer quelques planches. Que dire ? C'est une divine surprise, impeccablement écrit (qu'est-ce que j'aimerai revoir Jane Foster en Thor) et somptueusement dessiné (qu'est-ce que j'aimerai revoir Dauterman sur une série, même une mini). Que dire ? Merci !

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- ONE DAY (Jeph Loeb / Jim Cheung) - Superman réconforte Spider-Man qui se remémore la mort de Gwen Stacy en culpabilisant...


Bon, c'est sûr que deux pages pour aborder ça, c'est trop peu. Mais bon, à défaut d'être fan de Jeph Loeb, deux pages de Jim Cheung, ça ne se refuse pas (et lui et Loeb auront l'occasion d'en donner davantage bientôt avec la mini Batman/Wonder Woman : Truth).

Bilan : je dois dire que Marvel a fait très fort. La qualité de ce crossover dépasse toutes les attentes, et surclasse celui de DC. Comme quoi, quand Marvel veut bien... Même si, pour cela, l'éditeur s'est beaucoup appuyé sur des talents externes ou des revenants. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir. C'est un vrai régal tout du long.

mercredi 22 avril 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 6 : WITH THIS RING (Jeremy Adams / V. Ken Marion, Carmine di Giandomenico, Montos)


GREEN LANTERN, VOL. 6 : WITH THIS RING
(Green Lantern #28-33)


Après avoir vaincu Starbreaker et son armée, les Green Lanterns fouillent les décombres de son château pour y récupérer le Livre d'Oa. Guy Gardner le montre à Hal Jordan dont le nom figure à l'intérieur. Mais en s'approchant de l'ouvrage, Hal est assailli par de sinistres visions du futur. Il les tait pourtant à ses compagnons et à Star Sapphire qu'il retrouve à la Tour de Guet de la Justice League même si elle devine son malaise.


Hal Jordan décide de parler à son ami Green Arrow qu'il aide lors d'une mission. Puis il se rend à Gotham pour être examiné par Batman qui lui conseille de ne pas refouler ce qu'il a ressenti. Il gagne ensuite à Central City pour le protéger car il est la cible d'un mafieux contre qui il doit témoigner lors d'un procès. 


Finalement, Hal décide de tout dire de ce qu'il a vu à Carol à qui il donne rendez-vous pour une soirée romantique à Paris...


Tout d'abord, je dois préciser que le recueil contenant ces épisodes ne sortira en vo qu'en Juillet prochain. Comme j'ai pu les lire en floppies, j'ai voulu en parler tout de suite, tant que je m'en rappelle, pour ne pas avoir à m'y replonger le moment venu. Ce volume se situe donc chronologiquement après le crossover The Starbreaker Supremacy.


La victoire remportée contre le vampire galactique va donner à Jeremy Adams l'occasion de relancer la série pour un tour avec la récupération par le Green Lantern Corps du Livre d'Oa, une sorte de grimoire recelant tous les secrets des Gardiens depuis la nuit des temps. Et dans l'ouvrage figure le nom de Hal Jordan. Comment est-ce possible ?


On n'aura pas la réponse avant un moment mais le scénariste initie le point de départ d'une intrigue qui va bouleverser le coeur même de la série puisqu'à la fin du #32, Hal Jordan confie la protection de la Terre à Kyle Rayner en lui expliquant qu'il doit s'absenter pour une durée indéterminée afin d'enquêter sur la vision du futur qu'il a eue au contact du Livre d'Oa.

Concrètement, ça signifie ni plus ni moins que la série Green Lantern n'aura plus Hal Jordan en vedette mais Kyle Rayner. On continuera à suivre Hal Jordan, mais il ne sera plus au centre des épisodes à venir, occupé à enquêter de son côté pendant que Kyle jouera les héros à Coast City. Or, historiquement, Kyle Rayner a été créé justement comme le remplaçant de Hal Jordan.

Rayner est plus jeune mais, potentiellement, c'est le plus puissant des Green Lantern - il peut devenir le White Lantern. Les relations entre Hal et Kyle ont souvent été assimilées à celle du héros et de son sidekick même si on ne peut pas dire qu'ils aient été partenaires comme, par exemple, Captain America et Bucky Barnes.

Avant cela, ce volume s'affiche clairement comme une transition. On n'a pas d'intrigue véritable, comme si Jeremy Adams reprenait son souffle après The Starbreaker Supremacy. Hal a donc eu un aperçu du futur, terrifiant, et il passe les épisodes à chercher une sorte de réconfort moral auprès d'autres héros. Ainsi a-t-on droit à des team-up avec Green Arrow, Batman, Barry Allen.

Il faut l'avouer et le dire clairement : ce n'est guère passionnant. Adams tourne autour du pot : tout le monde sent que Hal a un gros problème et cherche à lui tirer les vers du nez, mais Jordan ne parle pas du fond des choses. Batman, à ce petit jeu, se montre évidemment le plus cassant mais aussi le plus clair : s'il ne veut pas se confier, alors qu'il règle ses soucis tout seul.

C'est dommage que Adams n'ait pas saisi cette occasion pour confronter Hal Jordan à son côté vantard et que ses amis ne le poussent pas dans ses retranchements, surtout compte tenu des visions lugubres qu'il eues. Le pompon est atteint avec l'épisode 32 où Hal veut demander sa main à Carol Ferris à Paris et où elle lui répond qu'il doit d'abord résoudre le mystère de ce qu'il a vu avant de s'engager dans le mariage.

C'est un peu la faiblesse de Adams comme auteur : la plupart du temps, ses dialogues ne sont là que pour expliquer la situation, ses tenants et aboutissants, et il esquive la part psychologique au profit d'une caractérisation assez légère. C'est un scénariste doué pour faire monter la mayonnaise de ses intrigues, beaucoup moins pour traduire les pensées et émotions de ses personnages - et de son héros en particulier.

Peut-être se montrera-t-il plus inspiré avec Kyle Rayner qu'il a associé à Odyssey, une voleuse de l'espace, avec qui il a fait équipe lors de précédents épisodes aux côtés de Superboy (Connor Kent), juste avant le crossover. Là, tout est à faire, il n'y a pas de relation aussi établie qu'entre Hal et Carol Ferris par exemple, et Kyle n'a pas d'amis comme Green Arrow ou Barry Allen (même s'il est pote avec Superboy et Wally West).

Enfin, le tome se conclut avec l'épisode 33 qui est aussi le 600ème épisode tous volumes confondus. Malheureusement, c'est une déception. Au lieu de fêter ça en grande pompe, on a droit à une enfilade de flashbacks pas terribles plus une back-up story par Ron Marz et Darryl Banks, les créateurs de Kyle Rayner. 

Le coeur du numéro voit Kyle et Odyssey chercher des fugitifs échappés des prisons d'Oa à Los Angeles et affronter un producteur de cinéma qui a viré son personnel pour le remplacer par une I.A.. C'est pas fameux, même si c'est sorti au moment même où Disney a licencié tous les artistes qui ont participé à la production design du MCU...

Visuellement, ce sont les montagnes russes : on démarre avec du V. Ken Marion et c'est toujours aussi moche. Franchement, qu'un dessinateur aussi mauvais ait du boulot, et sur une série pareille, ça me dépasse. Puis Carmine di Giandomenico lui succède sur les deux épisodes suivants pour un résultat nettement supérieur mais sans être renversant.

Montos officie sur les deux n° suivants : c'est pas mal. Ce n'est pas pas came, mais ça se lit. Enfin Xermanico revient pour quelques pages du n°33/600 mais on sent bien que c'est juste pour l'occasion (il sera absent pour les trois prochains mois et remplacé par Ig Guara). V. Ken Marion et Dan Jurgens se chargent des flashbacks de ce dernier épisode - no comment (mais vous savez combien j'adore ces deux "artistes"...).

Vous l'aurez compris, ce n'est pas la folie. Six épisodes pour dire si peu, c'est quand même très décompressé et creux. Il faut vraiment espérer que Jeremy Adams se sorte les doigts dans les prochains mois et souhaiter que le retour de Xermanico au mois de Juillet signifie qu'il va à nouveau enchaîner les épisodes.

dimanche 19 avril 2026

GREEN LANTERN / GREEN LANTERN CORPS : THE STARBREAKER SUPREMACY (Jeremy Adams, Morgan Hampton / Xermanico, Fernando Pasarin, V. Ken Marion)


GREEN LANTERN / GREEN LANTERN CORPS : THE STARBREAKER SUPREMACY
(Green Lantern #25-27 + Green Lantern Corps #7-9)


Pour recharger la batteri centrale sur Oa, Hal Jordan, Carol Ferris, Guy Gardner et Kilowog se rendent sur Gemworld afin que la princesse Amethyst leur donne deux cristaux amplificateurs. Mais Starbreaker et son armée surgissent avec Sorrow (Nathan Broome) et leur en dérobent un. Starbreaker réussit ainsi à allumer sa lanterne grise le premier et supprime les émotions dans tout l'univers.


Tandis que Starbreaker et ses troupes ravagent des planètes dont les habitants privés d'émotion sont incapables de réagir, sur Oa seuls Aya et Jadestone, deux androïdes immunisés contre ce mal, tentent de trouver un moyen de renverser la situation. Avec l'anneau de John Stewart, ils convainquent un groupe de Lanterns de gagner le Mur Source où sont retenues les émotions primordiales.
 

Mais ces entités tentent de manipuler les Lanterns pour s'échapper. Hal Jordan le devine et passe un marché avec elles : elles seront libres si elles aident Oa à vaincre Starbreaker et son armée. Cela suffira-t-il ? Et les Entités respecteront-t-elles ce deal ?


Sortie dans la foulée du tome 5 de Green Lantern, The Starbreaker Supremacy est un crossover en six parties des séries Green Lantern et Green Lantern Corps. L'intrigue conçue par Jeremy Adams et co-écrite avec Morgan Hampton mobilise donc énormément de personnages, à tel point que par son casting et son envergure dramatique DC aurait pu décider d'en faire un event.


C'est presque (presque !) un regret d'ailleurs car, dès la fin du premier chapitre, on découvre que l'extinction des émotions ne touche pas que les Lanterns mais bien tout l'univers, Terre comprise et donc les héros et vilains qui s'y trouvent. A cet égard, il y avait là matière à une saga globale, tout aussi, sinon plus, légitime que certains events récents (cf. Knights Terror, voire Absolute Power).


Mais bon, on ne va pas non plus reprocher à DC et Jeremy Adams d'avoir contenu cette histoire à deux séries car le résultat reste épique, dense, et convaincant. D'une certaine manière, cela rappelle l'époque où Geoff Johns et Peter J. Tomasi s'occupaient des titres Green Lantern et Green Lantern Corps avec un premier crossover (Sinestro Corps War) qui allait préparer le terrain pour l'event Blackest Night.

L'autre grand mérite de ce crossover, c'est la simplicité de son argument : Starbreaker réussit donc à priver l'univers d'émotions et à libérer du même coup les Sun-Eaters, une armée capable de ravager des planètes pour les dominer sans que la population n'oppose de résistance (puisqu'elle est amorphe). Sans héros pour les contrarier, quel espoir ?

A partir de là, le récit déploie ses ailes sur un rythme soutenu. On pourra déplorer qu'en cours de route Adams ait cru bon d'inclure le retour d'un autre vilain qui fera des siennes dans un futur proche : ça alourdit le propos inutilement et ça aurait pu attendre. Un autre point m'a un peu chiffonné concernant le rôle de John Stewart, donc on aurait pu penser que Adams et Hampton allait lui donner plus d'impact (alors que c'est traité un peu par-dessus la jambe).

Je suis aussi dans l'expectative de ce que Adams compte faire de Dan Garrett/Blue Beetle I qu'il a ressorti dans le tome 5 et dont on pouvait espérer qu'il soit plus présent ici, or il n'en est rien. D'ailleurs c'est la même chose pour Connor Kent/Superboy et Odyssey, trop en retrait alors qu'ils auraient été des renforts non négligeables dans cette bataille.

Ces réserves écartées, on passe un très bon moment et le crossover se savoure comme une réunion au sommet entre les deux séries avec un vrai bon adversaire au menu. Les scénaristes donnent à leurs personnages l'occasion de briller, ce n'est pas seulement Hal Jordan et les autres Lanterns mais bien un collectif qui est sollicité.

Visuellement, on est tout aussi gâté : Xermanico dessine les épisodes 7 et 9 de Green Lantern et livre des planches absolument splendides, rehaussées par les couleurs luxuriantes de Romulo Fajardo. Il est toutefois, hélas ! remplacé par l'abominable V. Ken Marion sur le #8, mais je pense que c'était inévitable puisqu'il a participé à DC K.O. et qu'il devait se réserver du temps pour le #600 (Legacy). Toutefois, la série aurait bien besoin d'un bon dessinateur pour suppléer Xermanico parce que Marion, c'est juste pas possible.

Fernando Pasarin, lui, est aux commandes des épisodes de Green Lantern Corps et sa prestation est tout bonnement impressionnante. On a droit à des splash et des doubles pages de folie avec une multitude ahurissante de personnages, des décors super chiadés. C'est du très haut niveau, comparable à du George Pérez des grands jours.

Hormis donc quelques bémols mineurs, ce crossover est excellent et confirme la bonne santé des deux séries. On n'est vraiment pas grugé et c'est quand même assez rare pour être dit. Quel dommage qu'Urban Comics n'ait pas publié ces titres en vf (ou si mal quand ça a été le cas) !