Alors que Sharkey et son acolyte Extra-Billy s'apprêtent à capturer Thena Cole et Cody Blue, un commando arrête les deux chasseurs de primes. Mais les deux jeunes femmes ne sont pas au bout de leur peine puisqu'elles sont ensuite trahies par leur majordome qui compte empocher la récompense promise...
Bon, on ne va pas se cacher derrière notre petit doigt : Star-Crossed ne restera pas dans les annales, ni même dans les meilleures oeuvres de Mark Millar. Le scénariste écossais ne fait même pas semblant de forcer son talent, il paraît s'en moquer éperdument. Est-ce si étonnant ? Non, pas vraiment. D'abord parce que ce crossover s'est fait visiblement trop attendre...
... Et ensuite, et surtout, parce que Millar s'apprête à reprendre son indépendance après avoir vendu son Millarworld à Netflix. Il a déjà commencé à produire ses nouveaux projets en dehors du géant du streaming (avec Psychic Sam, co-créé avec John Romita Jr. et financé sur la plateforme Ulule). Bref, il a clairement la tête ailleurs et ça se voit.
Ce troisième épisode de Star-Crossed, dont le rythme de parution est désormais bimestriel, ce qui ajoute au détachement de la lecture, est en fait une seule longue séquence en quasi huis clos mise en scène de manière très théâtrale, voire boulevardière. Des chasseurs de primes se font doubler par d'autres chasseurs de primes qui se font avoir par leurs cibles : c'est presque parodique.
Si on le lit comme ça, donc en prenant conscience du je-m'en-foutisme total de Millar, c'est tout de même assez rigolo. A l'image du look improbablement 80's des deux héroïnes ou de celui de Sharkey, dont l'aspect s'inspire du regretté Lemmy Kilmister, leader de Mötorhead, rien ici n'est sérieux. Rien ici ne doit être pris au sérieux.
C'est tellement curieux que Millar abandonne se tics, comme son goût pour les scènes gratuitement violentes (hormis le cannibalisme de la Reine de Tout, mais c'est plutôt traité hors champ). On assiste à des affrontements un peu mous, mais sans effusions. Tout ça est déconcertant, et on peut dire que Millar semble prendre volontairement le contrepied à ce qu'on attend de lui.
Heureusement, on peut se régaler des dessins, superbes, du maestro Corrado Mastantuono, qui colorise lui-même ses planches avec son fils Niso. L'italien doit certainement prendre tout cela avec beaucoup de distance et estimer que son scénariste est un drôle d'olibrius, mais il en a vu d'autres. Millar a toujours su s'entourer de grands artistes, au point que c'est parfois eux qui lui ont sauvé la mise. C'est encore le cas ici.
Pendant ce temps, Millar promet encore que Netflix va adapter Nemesis, The Magic Order et d'autres propriétés qu'il leur a cédés. Autant d'arlésiennes pour un auteur qui prépare certainement son prochain mouvement en bande dessinée - là où on l'attend avec plus d'intérêt... S'il retrouve son inspiration et sa grinta.



































