Lindy et Les Littlejohn suivent une thérapie de couple : elle a reçu le Prix Pulitzer pour son premier et unique roman à ce jour, publié il y a presque 20 ans, et est devenue une enseignante en littérature frustrée ; il travaille dans un laboratoire privé en rêvant de décrocher le Prix Nobel pour ses recherches sur la miniaturisation afin de remédier à la faim dans le monde. Autrefois, ils ont scellé un pacte : celui qui aurait réussi le premier professionnellement soutiendrait l'autre. Mais Lindy en a assez et a pris un amant, Richard, Physicien qui travaille avec Les.

Après une énième dispute, Les miniaturise accidentellement Lindy. Lorsqu'elle reprend connaissance, il l'a installée dans la maison de poupée offerte à leur fille quand elle avait dix ans, avec un mobilier lui aussi rétréci mais fonctionnel. Il lui promet de lui rendre sa taille normale dès qu'il saura comment, dans un ou deux jours maximum. Mais Lindy apprend par Richard que le délai sera en vérité bien plus long et le résultat incertain : Hilton Smith, qui finance les recherches de Les, lui a imposé un ultimatum de 30 jours sinon il lui coupe les vivres.

Lindy décide de se venger mais elle doit affronter un autre problème : pour lui faire plaisir, Richard a envoyé une nouvelle au "New Yorker". Sauf que le texte n'est pas d'elle mais d'une de ses étudiantes ! Lindy contacte son agent, Terry, pour empêcher la parution de cette nouvelle, mais c'est trop tard. Pour ne rien arranger, Lulu, la fille des Littlejohn, rentre à la maison sans prévenir, ignorant tout de la situation mais devinant rapidement que quelque chose de bizarre s'est produit...
Cette série, tout d'abord, sera disponible à partir du 9 Juillet prochain sur Canal +. Il s'agit à l'origine d'un roman écrit par Manuel Gonzales, adapté par Jennifer Ames et Steve Turney pour la plateforme de streaming Peacock et co-produite par le cinéaste Greg Mottola (auteur du cultissime Superbad).
L'argument n'est pas original : il renvoie à des classiques de la comédie comme Chérie, j'ai rétréci les gosses ou L'Homme qui rétrécit puisque l'un des protagonistes va miniaturiser l'autre de manière (plus ou moins) accidentelle, entraînant une succession de péripéties et de quiproquos. Mais le show se veut plus ambitieux, naviguant dans les eaux troubles de la dramedy (comédie dramatique).
Au fond, que raconte The Miniature Wife ? A première vue, c'est un couple en bout de course qui est au coeur d'un imbroglio scientifique et fantaisiste. Mais si l'on creuse un peu plus, et c'est ce que permet le format d'une série en dix épisodes, c'est une étude de moeurs sur l'ambition et comment celle-ci peut miner un mariage quand l'une des deux parties en a assez d'attendre que l'autre réussisse.
A partir du deuxième épisode jusqu'au neuvième (qui est un flashback complet de 40'), la série revient en arrière pour nous exposer le passé du couple formé par Lindy et Les. Ils se sont rencontrés lors d'une soirée déguisée où ils portaient le même accoutrement (tout sauf innocent puisqu'il était lui aussi grimé en femme) et ce fut le coup de foudre.
Vite parents d'une fille, Lulu, ils ont ensuite convenu d'un marché : le premier qui réussirait professionnellement soutiendrait inconditionnellement l'autre pour qu'il connaisse à son tour le succès. Lindy a été la première à en profiter quand elle a écrit son roman, a été publiée et consacrée par rien moins que le Prix Pulitzer.
Respectant leur contrat, elle a alors mis ses ambitions en pause le temps que Les soit reconnu comme le scientifique de génie qu'il était persuadé d'être. Mais tout n'a pas marché comme prévu : sa tentative d'imposer une tomate OGM a fait un flop. Pour subvenir aux besoins de la famille, Lindy est devenue enseignante, mais en vérité l'inspiration l'avait quittée.
Après vingt ans de mariage, elle n'en peut plus d'attendre que Les s'accomplisse - d'ailleurs, elle a pris un amant, qui est un collègue de son mari et avec lequel elle entretient (pour l'instant) une relation purement platonique. Leur fille a quitté le foyer pour se consacrer à des études scientifiques, moins par passion que pour plaire à son père - et elle rentre à l'improviste pour annoncer qu'elle lâche l'affaire.
Le récit est pimenté par des intrigues secondaires qui font écho au postulat : l'infidélité (non consommée) de Lindy, l'attirance (réciproque) de Les pour Vivienne (la chef scientifique du riche homme d'affaires qui le finance), l'accusation (fondée) de plagiat contre Lindy, les manoeuvres de son attachée de presse pour étouffer le scandale, etc.
Dix épisodes (ou plutôt 9 + 1, dans la mesure où l'épisode 9 est à part) ne sont pas de trop pour caser tout ça. Toutefois les seconds rôles ne sont pas trop nombreux, l'histoire reste lisible, le rythme est soutenu sans être ni trop rapide ni trop lent, et surtout, les thèmes abordés sont intelligemment et souvent malicieusement explorés.
Tous les personnages ici sont dévorés par leur ambition et c'est ce qui provoque des poussées de fièvre dans la narration. Au fond le pacte passé par Lindy et Les est un piège dans lequel ils se sont enfermés, à partir du moment où lui a plus de difficultés qu'elle à s'imposer dans son milieu professionnel. Elle estime à présent avoir rempli son devoir et mérité d'être soutenue à son tour pour renouer avec ses désirs.
Mais évidemment Les ne l'entend pas de cette oreille. Elle a eu le Pulitzer, lui veut le Nobel et tant qu'il ne l'a pas eu, il pense qu'il a la priorité. Il n'a pas compris qu'il a tout sacrifié pour cela : sa femme, sa fille, leur famille. Mais chacun a oublié aussi que le temps avait passé, qu'ils n'étaient plus les mêmes que lorsqu'ils ont signé cet accord et surtout qu'un mariage ne peut fonctionner ainsi.
Lindy et Les ont fondé leur union sur un partenariat, pas sur des sentiments. Ils ne se sont jamais vraiment préoccupés de la viabilité de leur couple, de la justesse d'une telle association. Ce qui pouvait fonctionner sur le plan professionnel ne pouvait marcher sur le plan intime, amoureux. Ils auraient dû pourtant se rendre compte de cette erreur quand leur fille a fui la maison.
La miniaturisation de Lindy par Les a valeur de symbole : pour se sentir grand, il a réduit sa femme. Mais Lindy avait fait de même, quoique de manière plus symbolique, quand, en écrivant son roman, elle s'était inspirée de sa famille, la croquant avec férocité (même si elle s'en défendait). Et son attitude n'est guère plus noble aujourd'hui...
Lorsqu'elle s'émeut d'abord que la nouvelle de son étudiante soit publiée sous son nom, on trouve son attitude responsable. Mais quand elle découvre les critiques dithyrambiques sur ce texte, elle les prend pour elle, oubliant qu'elle n'est pas l'auteur. Elle savoure le fait de n'avoir pas été oubliée mais surtout d'être toujours (re)connue (l'étudiante dont elle s'accapare le mérite se montre d'ailleurs aussi machiavélique, acceptant d'avoir été volée en échange d'un gros chèque et d'un contrat d'édition pour son prochain manuscrit).
Lorsque Lindy (et nous même) apprend que Les l'a miniaturisé délibérément, s'ouvre un nouveau chapitre dans la série, une sorte d'acte II : c'est la guerre. Et on bascule pour un moment dans la pure comédie, avec l'affrontement entre cette épouse de 15 cm et son savant fou de mari qui ne veut pas risquer que son geste soit découvert.
Les devient aussi mauvais que Lindy en apprenant la liaison de celle-ci avec Richard (qui n'a pas hésité, par amour, à se miniaturiser aussi). Dans son labo, l'attirance équivoque qui se créé entre Les et Vivienne pousse le premier à des extrémités meurtrières (vous ne verrez plus jamais un chat de la même manière...).
Au milieu de ce chaos, quand Lulu découvre l'état de sa mère et ce qu'a fait son père, l'acte III de la série débute et conduit jusqu'au dénouement. Lindy et Les se réconcilieront-ils ? Lindy retrouvera-t-elle sa taille normale ? A quel prix pour Les ? Et leur couple ? C'est là que le fameux pénultième épisode trouve toute son importance.
On remonte alors le temps jusqu'au mariage (ou plutôt à la répétition pour le mariage) de Les et Lindy. L'ambiance est électrique parce que, d'un côté, ils ne veulent pas de cérémonie, de clichés, mais de l'autre, ils souhaitent quand même quelque chose de mémorable. Le souci, c'est que ce qui deviendra mémorable, c'est le comportement de leurs proches.
Peut-être, alors, faut-il interpréter tout ce qui a suivi jusqu'à maintenant comme la conséquence de ce jour-là, des paroles dites, des actes qui se sont produits. Si Lindy n'avait pas cru bon d'ouvrir un certain paquet, si Les ne s'était pas bêtement vexé, si la mère de Lindy n'avait pas trop bu, si le père de Les avait plus cru en son fils... Mais, c'est bien connu, avec des "si", on mettrait Paris en bouteille.
Le show a bénéficié de moyens visiblement importants avec des effets spéciaux qui manquent certes un peu de finitions, mais qui ne pénalisent pas l'ensemble. Et surtout d'une excellente distribution, avec Elizabeth Banks, superbe, dans un rôle mine de rien très physique et nuancé, face à Matthew MacFadyen, déchaîné en mari et savant dépassé.
Ils sont excellemment entourés par Zoe Lister-Jones, merveilleuse en scientifique rigide que le désir fait vaciller ; Sofia Rosinsky, épatante en fille à papa rebelle ; Sian Gifford en attachée de presse en pleine tempête, ou O.T. Fagbente, en amant trop romantique. Ronny Chieng est très drôle aussi en magnat casse-couilles et Aasif Mandvi également en ami sur la brèche.
Cochez la date sur votre calendrier : à partir du 9, sur C+, vous vous régalerez avec cette "Epouse Miniature" !