samedi 8 août 2026

QUEEN IN BLACK #2 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Paco Medina)

 

Hela expose son plan pour conquérir la Terre avec son armée de symbiotes possédant des races extraterrestres connues pour leurs capacités guerrières. Cable et Iron Man débattent de la meilleure stratégie pour s'en tirer et le mutant est adepte de la méthode la plus expéditive. Dylan Brock n'obéit pas aux consignes de ses partenaires et cela va lui coûter cher contre Marvel Boy... 


Observez cette double page ci-dessus : elle apparaît lors de la scène d'ouverture de cet épisode et montre Wolverine fondre sur symbiote mais la réalité est altérée et le griffu passe par plusieurs états (homme des cavernes, personnage de cartoon, monstre...). Pour venir à bout de la créature, il faudra qu'il soit électrocuté par Tornade car le symbiote n'y résistera pas mais Logan, si.


Nous sommes d'accord pour dire que c'est une scène de combat idiote, flirtant avec la parodie. Mais c'est assez drôle et c'est ce qu'aurait pu (dû ?) être Queen in Black si Al Ewing avait osé (ou s'il n'avait pas un editor qui le supervise et l'empêche de trop déconner). Un event marrant, voilà qui aurait changé, qui aurait été audacieux...


Mais, bien entendu, ce n'est pas le cas. Passée cette entrée en matière, la routine reprend ses droits et on a droit à de l'action beaucoup plus sérieuse, pompeuse même, avec un maximum de dégâts matériels, de choix stratégiques absurdes, de personnages qui font n'importe quoi et qui, logiquement, en paient le prix tout en compromettant les chances de leurs amis dans ce conflit.


Cette bêtise a au moins un avantage : elle rend la menace incarnée par Hela, désormais reine des symbiotes, vraiment dangereuse et consistante. Une autre scène la voit exposer son plan comme un méchant sorti d'un James Bond - un plan par ailleurs très banal, consistant à prendre le contrôle de la Terre et puis de Midgard, tout en veillant à avoir un atout dans la manche qui éliminera Knull.

Knull brille, si j'ose dire, par son absence. Il n'apparaît pas une seule fois dans ce numéro d'un event où il est quand même l'autre méchant de l'histoire. Al Ewing traite vraiment tout ça avec désinvolture, comme si quelqu'un lui soufflait à l'oreille les figures imposées par l'exercice. C'est triste mais, hé, c'est Marvel et l'éditeur a de toute façon déjà substantiellement spoilé les conséquences de cette histoire.

La scène avec Hela est la plus dialogué de l'épisode avec celle où Iron Man (dans une armure Knullbuster) discute stratégie avec Cable. Il est fait mention des tie-in (pour ceux qui ont vraiment du blé à claquer et du temps à perdre) et d'un plan B expéditif qui aura des chances d'être exploité (sinon, pourquoi le mentionner ?).

Le reste, c'est de la baston avec des super héros qui semblent faire un concours pour être élu celui qui prendra la plus mauvaise décision. A ce jeu, Dylan Brock alias Toxin alias Captain Spider (sic) n'a pas de mal à se distinguer et prouve à quel point il est une tête à claques méritant de périr dans des conditions atroces. Je sais, c'est méchant, mais franchement, il est insupportable.

Le piège tendu aux héros et donc à Dylan est tellement prévisible qu'il est ahurissant que seul le lecteur le voit venir. Si Queen in Black avait été traité comme une comédie, cela aurait été le prétexte à une bonne blague. Hélas ! ni Al Ewing ni Marvel n'ont franchi cette limite. Parfois, plus c'est con, plus c'est bon. Ici, c'est simplement con.

Iban Coello a encore une fois manqué une occasion de faire correctement ses devoirs puisqu'il est secondé par Paco Medina. A ce stade, c'est juste du foutage de gueule, et c'est même assez insultant pour Medina (qui sera aussi là pour le #3). Coello et Medina ayant des styles pas trop différents, le résultat ne jure pas, mais enfin, ce n'est pas sérieux.

Quand ça se bastonne donc, on a droit à des planches toniques, c'est déjà ça. Mais Marvel doit régler ce problème de dessinateur pour ses events : soit l'éditeur est honnête avec ses lecteurs et annonce dès le début qu'il y a deux artistes, soit il fait bosser l'artiste cité dans les sollicitations avec assez d'avance pour qu'il réalise tous les épisodes.

Allez, rendez-vous dans quinze jours pour l'antépénultième chapitre de cette formidable saga (je plaisante !)...

CHACHU #1 (of 5) (Iman Vellani / Marianna Ignazzi)


1979, Californie. Leila, une jeune pakistano-canadienne, retrouve son oncle (son "chachu") qui a refait sa vie avec une starlette, Cleo Chandler. Celle-ci part de chez lui un matin et le soir-même, Cyril, son manager, vient chez Chachu pour savoir où elle est passée...


A 24 ans, Iman Vellani démarre donc une carrière de scénariste de comics. Mais est-ce si étonnant ? Contrairement à beaucoup d'actrices qui associent leur nom à des bandes dessinées pour s'attirer les bonnes grâces des geeks, Vellani a prouvé, en tournant dans la série Ms. Marvel puis dans le film The Marvels, qu'elle était une authentique fan et une fine connaisseuse du média.


Ce n'est d'ailleurs pas dans le giron de Marvel que Vellani fait ses débuts mais chez Image (Marvel n'ayant plus fait appel à ses services après n'avoir pas renouvelé Ms. Marvel pour une saison 2, et le studio ayant décidé d'arrêter les frais sur les séries du MCU sur Disney+). C'est donc une création originale, dont elle a les droits avec sa dessinatrice.


Chachu (l'oncle en hindi) suit donc Leila, une jeune femme de 19 ans, d'origine pakistanaise résidant au Canada, qui retrouve son tonton en Californie. Dans sa famille, chacun a son avis sur la raison pour laquelle cet ancien détective privé a préféré migrer sur la Côte Ouest mais Leila semble moins intéressé par le pourquoi que par le comment devenir à son tour une investigatrice.


Elle va vite trouver le moyen de faire ses preuves puisque Cleo Chandler, la starlette à laquelle s'est uni son oncle, disparaît sans dire où elle va et que son manager la cherche partout et soupçonne Chachu de la couvrir. Cleo a rejoint Las Vegas où elle croise la route de l'acteur Neil Newman qui intervient après qu'elle se soit faite dépouiller de sa bague de mariage et de sa voiture.

Ce qui frappe dans ce premier épisode (sur les cinq que comptera cette mini), c'est l'énergie qu'on trouvait déjà chez Vellani lorsqu'elle se prêtait au jeu des interviews en tant qu'actrice : la narration est vive, pleine d'esprit. C'est parfois un peu bavard avec la voix off, comme si la jeune scénariste brûlait de montrer de quoi elle est capable, mais éminemment sympathique.

En situant son récit à la fin des années 70 (soit bien avant qu'elle ne soit née), on devine aussi que Vellani rend un hommage à un genre de fictions qu'elle doit adorer, le néo-noir et le road movie, avec la disparition de Cleo et le départ pour Las Vegas de Leila et son oncle. On n'éprouve aucune difficulté à être accroché par cet épisode et son intrigue.

Au dessin, Marianna Ignazzi a enfin l'occasion de prouver qu'elle vaut mieux que ses prestations ratées chez DC (notamment sur Catwoman). Là, on sent qu'elle a disposé de plus de temps, signant d'ailleurs aussi al couverture, et son style assume l'influence de Chris Samnee. C'est donc très élégant, très expressif, avec même quelques belles inventions graphiques.

Et puis, pour ne rien gâcher, Chachu profite de la colorisation experte de Jordie Bellaire. Tout de suite, l'affaire a un cachet indéniable, avec de belles ambiances nuancées, respectant le trait de Ignazzi et soulignant les ambitions de Vellani.

Les lecteurs ont été au rendez-vous puisque ce n° est déjà sold-out et en route pour un deuxième tirage. De bon augure pour Iman Vellani qui peut envisager une reconversion dans l'écriture (même si j'aimerai bien la revoir jouer, Ms. Marvel ou autre chose, pour son style si pétillant).

vendredi 7 août 2026

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #7 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)


Dans la voiture de Ghost Rider, les Midnight Sons déboulent dans le Manoir Vorace pour libérer les amis de Moon Knight. Leur arrivée attire évidemment l'attention du dragon Ginnar qui désormais ne fait qu'un avec le bâtiment. Mais les partenaires de Moon Knight ignorent en réalité pourquoi ils ont été choisis pour cette mission spécifique...


C'est devenu assez rare pour être noté mais cette semaine, je n'ai acheté aucun comic book DC. Non pas que je boude l'éditeur, mais je dois dire que Marvel propose des mensuels soient affreusement mauvais, soient terriblement bons. Et Marc Spector : Moon Knight fait évidemment partie de la seconde catégorie. Et si c'était même la meilleure série mensuelle actuelle chez Marvel ?
 

Je ne saurai l'affirmer (pour ça, il faudrait que je lise tout ce que sort l'éditeur) mais il faut avouer que c'est un titre qui sort vraiment du lot, tous éditeurs confondus. Quand je lis un épisode de cette série, je remonte le temps, quand Marvel sortait des choses insensées comme Hawkeye par Fraction/Aja, Daredevil par Waid/Samnee, Mighty Thor par Aaron/Dauterman, ou X-Men par Hickman and Co.


C'est-à-dire qu'on se trouve à suivre quelque chose qui semble échapper aux codes même d'un mensuel Marvel, quasiment un produit de contrebande. C'est fort comme un alcool, original comme peut l'être un morceau de musique. C'est... Autre chose. C'est surtout le fruit des efforts d'un scénariste habité et d'un artiste déchaîné qui s'émulent l'un l'autre.


Voyez cet épisode 7 : qu'y lit-on ? Une bande de super héros pénétrent en force dans une maison hantée et combattent un dragon. C'est spectaculaire, mais est-ce si original ? Oui si l'on considère que les héros en question sont Moon Knight, Daredevil, Blade plus Ghost Rider et Clea Strange et que le dragon fait corps avec la maison, donc qu'il est en bois et crache des clous !

L'affrontement défie l'entendement et bien sûr sans Devamya Pramanik pour le dessiner, ça n'aurait pas la même puissance visuelle, la même intensité dramatique. Les planches de cet artiste sont toujours phénoménales, je dis chaque à chaque fois, mais c'est la vérité. Vous ne verrez aucun comic book dessiné de cette manière.

A part Hayden Sherman, c'est le seul dessinateur actuel à découper les scènes avec une telle inventivité et une telle régularité dans la virtuosité. Les cases prennent les formes les plus inattendus et les plus graphiques, chaque trait est pensé pour être le plus précis et affuté possible, chaque attitude de chaque personnage est conçue pour le représenter de la manière la plus élégante et la plus percutante.

Il y a en particulier un moment où Moon Knight laisse Daredevil chevaucher le dragon pour le neutraliser qui est si merveilleusement mise en scène qu'on ne peut être que saisi par la beauté du dessin, la grâce des mouvements décrits, et le résultat général est sidérant, proche de la gravure. Ajoutez-y les couleurs, splendides, de Rachelle Rosenberg et vous serez K.O. debout.

Mais il ne faut pas oublier Jed MacKay qui a fait de Moon Knight ce que Fraction avait fait avec Hawkeye : il est maintenant impossible de voir le personnage comme un simple double de Batman ou comme ce justicier souffrant de dédoublement de la personnalité. Il en a fait un héros charismatique, complexe, fascinant.

A la tête des Midnight Sons, il en fait aussi un individu suprêmement ambivalent puisqu'on découvre à la fin de l'épisode pourquoi il a caché à ses alliés la raison pour laquelle il les avait choisis eux et pas d'autres, pourquoi pas d'autres héros plus puissants, plus experts en arts occultes. Voilà un twist imprévisible et particulièrement retors, imaginé par un auteur qui s'éclate et qui maîtrise son histoire.

Pour toutes ces raisons (un artiste irréellement bon, un scénariste qui se lâche tout en étant maître à bord), Marc Spector : Moon Knight est encore une fois, ce mois-ci, impressionnant. Et, parti comme c'est, ce n'est pas prés de s'arrêter.

RED ROOTS #4 (Lorenzo de Felici)


Dante, revenu du champ de bataille, et Kate font la connaissance d'une autre humaine, Itsari, qui leur fait faire le tour du Barrage, la cité où ils se trouvent. Elle leur explique que ses habitants ont été décimés par les Muets mais que les Racines Rouges peuvent ramener les morts à vie. Depuis c'est la guerre entre les deux clans pour conserver ce territoire...


Red Roots serait-elle finalement une mini série ? En tout cas, il n'y a pas de nouvel épisode annoncé après le cinquième qui paraîtra le mois prochain (en même temps que le TPB). Si tel est le cas, on comprend parfaitement pourquoi Lorenzo de Felici profite de ce numéro pour, enfin, éclairer notre lanterne sur l'étrange décor de sa série, son passé et son présent.
 

Jusqu'alors on ne savait pas trop où on était et pourquoi, sinon qu'une guerre sans fin opposait les habitants d'une cité à une meute de guerriers sanguinaires au fond d'un puits, comme on l'a vu dans le précédent épisode. Mais cette fois, Kate et Dante rencontrent quelqu'un en mesure de les renseigner et justifier, au moins en partie, leur présence.


La cité en question s'appelle le Barrage et ce nom ne doit rien au hasard puisqu'il signifie littéralement le dernier rempart contre la meute qu'on a vue à l'oeuvre le mois dernier. Cette meute est formée par les Muets, des guerriers silencieux qui ont autrefois décimé tous les habitants de la ville, mais l'endroit est aussi là où est la Mère des Racines, une espèce d'arbre rouge aux pouvoirs incroyables.


Les Racines Rouges du titre choisissent ceux qu'elles veulent entraîner ici, dans ce monde, pour participer au combat contre les Muets. La formation militaire de Dante en fait donc une recrue évidente, mais quid de Kate, l'institutrice, professeur de biologie ? Même le géant Grit aimerait bien savoir pourquoi elle a été choisie...

Lorenzo de Felici fournit de nombreuses explications et le lecteur l'en remercie, qui peut à présent mieux apprécier l'univers qu'il a mis en place. Et cet univers a du potentiel comme son intrigue, ce qui rendrait le projet frustrant s'il était limité à une mini série. Toutefois c'était aussi ce que je pensais lorsque j'avais lu Kroma du même auteur et déjà il avait su conclure en beauté un récit qui aurait plus être développé sur le long cours.

Scénariste très original, aux inspirations très différentes de celles de Robert Kirkman avec lequel il a collaboré sur Oblivion Song et Void Rivals (et récemment sur un one-shot Rom, dont Kirkman a récupéré les droits pour l'intégrer à son Energon Universe), de Felici sait établir un cadre et des personnages captivants, à la croisée de plusieurs genres (fantasy, thriller, récit de guerre...).

Comme artiste, cet épisode prouve que de Felici n'a rien perdu de son talent. Parfois, c'est évident, il sacrifie des plans, mais il compense largement un petit manque d'effort sur d'autres, plus nombreuses, planches, avec notamment la représentation du Barrage ou de la Mère des Racines (magnifique double page).

Peut-être que le défaut de finitions à certains endroits est aussi dû au fait que de Felici assure lui-même (comme pour Kroma) la colorisation. Red Roots est l'oeuvre totale (exceptée pour le lettrage, confié à Rus Wooton) d'un seul homme, avec une vision claire, précise, de ce qu'il veut produire et proposer au lecteur.

Le résultat me plait énormément et, même si c'est sûrement la fin, j'ai hâte d'avoir le prochain numéro en mains pour connaître la suite de Red Roots (qui devrait être traduit, en toute logique, comme Kroma, par Delcourt, dans les prochains mois, voire début 2027).

jeudi 6 août 2026

IRON MAN #8 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Tony Stark confie à Rhodey ses élèves et se rend au siège de Stark Industries pour une réunion avec Pepper Potts puis un dîner avec Luna Lucia qui lui présente son fils, Hugo. C'est alors que surgit Whiplash...


Avec ce huitième épisode débute donc le deuxième arc narratif de la série Iron Man relancée par Joshua Williamson. Si le scénariste, très inspiré sur Superman, n'avait pas fait d'étincelles sur ses cinq premiers numéros, il est désormais évident qu'il est aux commandes du titre pour un moment (au moins jusqu'au n° Legacy 700 en Avril 2026) et qu'il a un plan sur le long terme.


A la fin du premier arc, Tony Stark a vu un jeune savant qu'il avait récompensé mourir lors de son combat contre Madame Masque et le Fixer. Ce qu'il ignore, c'est que Adam Ware, ce scientifique, n'est pas mort mais qu'il est devenu une sorte de cyborg désireux de se venger et l'allié de Madame Masque qui, elle, veut prendre le contrôle de l'A.I.M..


Ce rappel des faits est essentiel à l'heure d'entamer une nouvelle histoire puisque, pour accomplir son plan de conquête, Madame Masque et Ware doivent occuper Iron Man afin qu'il cesse de les contrarier. C'est ainsi qu'entre en scène Whiplash alias Anton Venko qui doit jouer le rôle de leurre vis-à-vis d'Iron Man. A moins qu'il ait accepté le contrat pour satisfaire un désir de vengeance plus radical...


Williamson ne s'arrête pas en si bon chemin puisque, dans cet épisode, on revoit Citizen V et le scénariste entretient le mystère depuis le début sur l'identité de celui qui se cache derrière le masque de ce personnage. Toutefois, lors d'un bref échange entre V et Pepper Potts, on apprend que celle-ci ne tient pas à ce que Tony Stark la voit en sa compagnie...

Cela signifie non seulement que Pepper sait qui est V mais qu'ils se connaissent étroitement et ont des objectifs communs. Lesquels ? Cela reste à définir, mais voilà une pièce dans la machine qui donne envie d'en savoir plus. Le procédé est simple mais efficace. Tout comme le cliffhanger de l'épisode qui voit Whiplash accompagné d'un complice...

Après le Fantôme dans l'épisode 6, Madame Masque depuis le début de la relance de la série, Williamson semble parti pour utiliser des ennemis classiques d'Iron Man en ménageant des twists accrocheurs. Et j'avoue que ça me fait plaisir car on a affaire à de vrais méchants, qui ne s'excusent pas d'en être, et qui sont familiers tout en étant surprenants.

Carmen Carnero fait elle aussi son grand retour sur la série et c'est assez important pour que ce soit indiqué sur la couverture ! Ce n'est pas si fréquent qu'un éditeur (que ce soit Marvel ou DC) mette autant en avant un artiste, d'autant plus que Carnero, sans lui faire offense, ce n'est tout de même pas Dan Mora ou Pepe Larraz. Mais visiblement on compte sur elle pour fidéliser le lecteur.

Ce n'est que justice car, après avoir dû faire un break suite à une blessure à la main, elle revient en pleine possession de ses moyens, avec cet épisode bourré d'action, où son sens du découpage fait merveille. Pour que mon bonheur soit complet, il faudrait juste qu'elle améliore le design de l'armure d'Iron Man que je trouve un peu faiblard.

Bien entendu, le fidèle Nolan Woodard est là aux couleurs et accompagne toujours aussi parfaitement le trait de Carnero, mais aussi le look général de la série, lumineux, voire solaire. Et ça aussi, ça fait du bien.

Bref, c'est bien (re)parti !

IRON MAN #6 - 7 (Joshua Williamson / Juann Cabal, Von Randall)

 


Tony Stark déplore des cambriolages récents dans des unités de stockage de matériel. Des indices sur place orientent ses recherches en direction de Norman osborn qu'il accuse d'avoir volé l'armure d'Iron Patriot.

Mais le ton monte vite entre les deux hommes car Tony ne croit pas à la sincérité d'Osborn quand il clame son innocence. Spider-Man, qui passait par là, tente de calmer les antagonistes...


James "Rhodey" Rhodes va rendre visite à Tony Stark à l'école qu'il a ouvert pour les jeunes scientifiques afin de savoir ce qu'ils y font. Une expérience ratée plus tard, Rhodey écoute Tony lui faire une proposition susceptible de la rassurer.


Cependant, Madame Masque compte avec son nouvel allié toujours prendre le contrôle de l'A.I.M. et, pour cela, elle doit s'assurer que Iron Man soit occupé ailleurs...

En Mai dernier, je décidai d'arrêter de suivre Iron Man car j'avais trouvé le premier arc de la série relancée par Joshua Williamson décevant et aussi parce que Carmen Carnero, blessée, ne pouvait plus en assurer régulièrement les dessins. Mais il semble que l'artiste espagnole ait recouvré ses moyens et avec le début d'un nouvel arc à partir du #8 (qui vient de sortir), je me suis ravisé.

Je vous parlerai très vite de ce huitième épisode mais avant j'ai dû récupérer les sixième et septième, histoire d'être sûr de ne rien louper. En fait, il s'agit de deux numéros done-in-one et on jurerait que Williamson ne les a écrits qu'en attendant que Carnero ne soit de nouveau opérationnelle. Entre temps aussi, on a appris que le scénariste ne comptait pas s'arrêter de sitôt sur Iron Man.

En effet, d'ici à la fin de l'année, pour atteindre le #700 (Legacy), Iron Man passera au rythme bimensuel (deux épisodes par mois) à partir de Décembre 2026. Avec Iron Man #12 démarrera un arc intitulé Iron Man Incarcerated avec Carnero au dessin, et à partir du #13 une intrigue parallèle avec War Machine intitulée War Machines (avec un "s") sera lui illustré par Gleb Melnikov (qui quitte donc Black Cat).

Tout ça se passera en outre après l'event Armageddon qui devrait impacter le personnage d'Iron Man (absent de la line-up des Avengers de Chip Zdarsky). Tout ça est en tout cas intrigant et excitant. Je veux croire que Williamson a un plan prometteur et que Marvel lui accorde sa confiance.

Mais revenons à ces deux numéros de Juin et Juillet. Le premier oppose Iron Man à Norman Osborn soupçonné d'avoir volé l'armure Iron Patriot, celle-là même dont il était équipé quand il dirigeait les Dark Avengers. Spider-Man va tenter de jouer les arbitres entre les deux hommes avant que le véritable responsable de cette zizanie ne se dévoile.

Williamson est excellent dans cet exercice où sa narration multiplie les points de vue avant que tous convergent et que les protagonistes d'unissent pour résoudre cet imbroglio. C'est un scénariste qui fait ses devoirs en n'hésitant pas à ressortir de vieux dossiers (l'époque Dark Reign) et à motiver intelligemment les actions des uns et des autres. En outre, il écrit merveilleusement bien Spider-Man (il suffit de lire cet épisode et le comparer au run actuel de Joe Kelly pour en être assuré).

C'est Juann Cabal qui se charge des dessins : l'espagnol est aujourd'hui réduit à jouer les doublures de luxe chez Marvel, entre ses fill-in sur The Mortal Thor et ce numéro d'Iron Man, mais plus pour longtemps puisqu'il va changer de crémerie pour illustrer Teenage Mutants Ninjas Turtles chez IDW. C'est bien dommage que Marvel laisse encore filer un tel talent.

On le regrette d'autant plus que l'épisode suivant est, lui, mis en image par Von Randall et on se demande où l'éditeur a été trouver ce tâcheron dont les planches sont d'une laideur sans nom et d'une qualité technique au-delà du médiocre. Franchement, ça a été pénible à lire...

Dans ce #7, Williamson réintroduit War Machine dans la série. James Rhodes paie une visite à Tony et à son école de petits savants pour se rendre compte qu'ils inventent des armes pour sa future armure. Ce qui confirmerait bel et bien les préoccupations de certains personnages imminents invités à surveiller Stark et donc Iron Man. A moins que ces derniers n'invitent Rhodey à servir de garde-fou...

C'est habile. Surtout, la fin de l'épisode sert de rampe de lancement au nouvel arc narratif avec le plan de Madame Masque pour veiller à ce que Iron Man soit occupé pendant qu'elle prend le contrôle de l'A.I.M. avec l'aide de son nouveau partenaire. Si Williamson n'est pas aussi en verve que sur Superman, au moins prouve-t-il qu'il applique son plan avec méthode et qu'il voit loin.

Il est encore trop tôt pour se prononcer sur une vraie amélioration de la série par rapport à ses cinq premiers épisodes, mais en tout cas j'ai pris un vrai plaisir à reprendre la lecture et je suis dans de bonnes dispositions pour la suite.

mercredi 5 août 2026

MEURTRE MODE D'EMPLOI (Saison 1) (Poppy Cogan, 2024)


Pippa "Pip" Fitz-Amobi est une lycéenne de terminale qui, pour son mémoire de fin d'année, décide de rouvrir l'enquête sur la disparition, cinq ans auparavant, en 2019, d'Andie Bell. Elève populaire, elle était amoureuse de Salil Singh qui fut accusé de l'avoir tué avant de mettre fin à ses jours. Mais Pip est convaincu de son innocence et elle tente d'obtenir l'aide de Ravi, le frère aîné de Salil, pour son enquête, mais il refuse. Elle interroge alors les amis de Sal, à commencer par Naomi Ward, qui est aussi la soeur aînée de sa meilleure amie, Cara, puis Max Hastings, dont les témoignages diffèrent sur la nuit du drame et l'alibi du suspect.


Ravi change d'avis et soutient Pip dans ses recherches lorsqu'elle interroge ensuite les amies de la disparue, Emma Hutton et Nat da Silva, dont le frère aîné, Dan, est policier et a assisté à l'interrogatoire de Sal. Après cela, Pip profite d'un week-end à la montagne où elle campe avec ses amis, Cara, Laura, Zach et Connor. Dans ses affaires, elle trouve un mot menaçant lui conseillant d'arrêter de fouiner. De son côté, Ravi découvre que Andie et Nat s'étaient disputées peu avant sa disparition au sujet de photos nues de Nat. Mais celle-ci explique que Max était impliqué dans cette histoire.


Surtout Nat révèle à Pip et Ravi que Andie cherchait fuir son père, un homme autoritaire qui désapprouvait sa relation avec Sal, et, pour gagner l'argent nécessaire à son projet, elle s'était mise à vendre de la drogue pour un dealer et Max était un de ses clients. Pour rencontrer ce dealer, Pip, Cara et Laura se rendent à une fête clandestine où il a ses habitudes...


A Good Girl's Guide to Murder (en vo) est l'adaptation d'une série de romans et de nouvelles écrite par Holly Jackson. Le public visé est celui, très convoité par les producteurs-diffuseurs, des young adults, plus tout à fait des adolescents mais pas encore des adultes. Netflix a donc mis la main à la poche pour porter à l'écran ces histoires en partenariat avec la BBC.


Toutefois, pas besoin d'être dans la tranche d'âge ciblée pour apprécier Meurtre mode d'emploi (en vf) et c'est grâce à cela que la série a été renouvelée une première fois en 2026 puis une seconde fois pour 2027 (ce sera la dernière saison puisque le matériel original sera épuisé). En vérité, si vous aimez les detective stories et que vous avez lui Le Club des Cinq dans votre jeunesse, vous allez adorer.


Pip est une jeune fille de 17 ans qui s'apprête à aller en faculté. Elle doit rendre un mémoire mais, contrairement à l'avis de son prof d'anglais et de ses parents, elle ne choisit pas le féminisme dans la littérature gothique mais de rouvrir l'enquête sur la disparition d'une élève cinq ans plus tôt dont le petit ami s'est suicidé après avoir été accusé de l'avoir tuée.


On suit donc cette héroïne dans ses investigations, flanquée du frère aîné du suspect qui, lui, reste remonté contre les autorités locales car il pense qu'on a accablé son frère car il était indien, un "basané amoureux d'une jolie blonde". Pip est débrouillarde mais pas infaillible : elle se met en danger et elle a peur, elle est têtue mais doute aussi. Surtout elle évolue dans un milieu de gens plus âgés qu'elle.

Et qui n'hésitent pas à la prendre de haut, à couper court à ses interrogatoires, à l'intimider. A un moment clé, alors que la soeur cadette d'Andie, Becca, la confronte sur ses motivations réelles, Pip admet qu'elle ne fait peut-être ça que par soif de reconnaissance plus que par désir de connaître la vérité. Plus tard, alors que l'affaire semble close, c'est Ravi qui la somme d'en rester là alors que des mystères restent irrésolues.

Plus que pour son intrigue, touffue et (comme dans His & Hers) avec un dénouement en deux temps, c'est plutôt pour ses personnages, leur caractérisation et les décors dans lesquels ils évoluent que la série accroche vraiment le spectateur. Et c'est pour cela que j'évoquai Le Club des Cinq avec ces ados qui jouent les fins limiers (d'ailleurs, comme eux, Pip a un chien).

Je n'ai pas lu les romans de Holly Jackson mais j'ai appris que l'histoire de cette saison 1 avait été épurée pour rentrer dans les six épisodes qui la composent. Je crois que dans les livres, Pip travaille de manière plus autonome et solitaire alors qu'ici elle reçoit l'aide de Ravi mais aussi de ses amies Cara et Laura, ou encore de Jesse, l'employée de la casse travaillant pour le père d'Andie.

Cette participation permet de rendre les recherches de Pip plus crédibles car on ne saurait être assez crédule pour croire qu'une jeune fille arrive à ces résultats simplement avec un mur en guise de paperboard, un téléphone portable et un ordinateur. On la voit manquer de méthode, tâtonner, omettre la chronologie la plus élémentaire, puis se perfectionner progressivement en s'attachant à des détails, parfois cruciaux.

L'affaire s'avère tortueuse et les péripéties de l'enquête aboutissent à des rebondissements efficaces. Parfois on se dit aussi que tout ça aurait gagné à être moins complexe (notamment avec le subplot concernant le chantage exercé sur Naomi, Max et Jake, les amis de Sal), et il est vrai aussi que la fin, avec ses deux coupables, comme dans His & Hers, en montre un qui aurait suffi et l'autre un peu tiré par les cheveux.

Néanmoins, le cadre de l'action (une bourgade anglaise au-delà de tout soupçon), la collision entre la fin de l'adolescence (avec son innocence) et l'âge adulte (avec ses turpitudes), et surtout l'attachement qu'on a pour Pip font le job. C'est divertissant, très addictif, même si totalement dans le moule esthétique Netflix (avec une réalisation sans éclat).

Le casting est peuplé d'inconnus dans la mesure où c'est en majorité de jeunes acteurs, mais ils sont tous excellents, à l'image de Asha Banks (Cara), Zain Iqbal (Ravi), Yali Topol Margalith (déjà formidable dans Alice et Steve) ou Harry Ashton (Max Hastings, amené à revenir dans un rôle prépondérant dans la saison 2).

Mais c'est évidemment Emma Myers qui aimante les regards : révélée dans la série Mercredi, déjà sur Netflix, où elle volait la vedette à Jenna Ortega (que je trouve surestimée, un peu comme Millie Bobby Brown dans Stranger Things), cette comédienne pétille. Elle fait de son personnage de détective en herbe une héroïne épatante, qu'on a envie de retrouver.

Sans prétention. Mais pas sans qualités.