samedi 5 septembre 2026

LEGION OF SUPER HEROES #1 (Joshua Williamson / Hayden Sherman)


A Superlopolis, capitale de la Terre au XXXIème siècle, Brainiac 5 et Matter-Eater Lad enquêtent sur la mort de R.J. Brande, un riche homme d'affaires, que les autorités cherchent à vite classer. Sur la planète Winath, le jeune et intrépide Lighting Lad enfreint, comme Cosmic Boy sur Braal, l'interdiction des activités super héroïques. Sur Titan, lune de Jupiter, la princesse Saturn Girl est assaillie par d'étranges visions mentales...
 

C'est LA grosse sortie de cette semaine, une autre série estampillée DC Next Level, mais dont l'équipe créative est composée de deux des stars de la maison d'édition : le scénariste de Superman, Joshua Williamson, et le dessinateur de Absolute Wonder Woman, Hayden Sherman. A eux deux la charge de ranimer un titre culte : Legion of Super Heroes.


Alors, d'entrée, je l'avoue, je n'ai jamais vraiment suivi cette série dans ces diverses itérations. Je me souviens de quelques épisodes écrits par Keith Giffen et dessinés par Steve Lightle dans une revue Arédit qui s'appelait Les Vengeurs, et du bref run de Brian Michael Bendis et Ryan Sook au début des années 2020. Mais ce doit être tout.


En vérité, cette série m'a toujours semblé l'archétype de la série qui s'adresse aux super fans de DC, et come beaucoup, moi, j'ai grandi avec Marvel via Lug, Semic et Panini, donc très loin de cette Légion des Super Héros. Et d'ailleurs quand j'ai lu les épisodes de Bendis et Sook, j'ai très vite ramé, car avec tous ces personnages, j'étais perdu.


Aussi quand Joshua Williamson a commencé à évoquer son projet de relancer le titre avec l'ambition de s'adresser d'abord à des lecteurs qui n'étaient pas familiers avec lui tout en restant attentif aux fans de plus longue date, et aussi parce que j'apprécie son travail sur Superman, je me suis dit que cette fois serait peut-être la bonne. Lorsque Hayden Sherman a été annoncé comme dessinateur, c'était un jeton de plus dans la machine.

Ce premier épisode est très généreux, avec plus de quarante pages, et effectivement une volonté affirmée et confirmée de rendre la série abordable. Williamson commence avec un nombre réduit de légionnaires - d'ailleurs il n'y a tout simplement pas encore de légion à proprement parler. les cinq protagonistes sont dispersés aux quatre coins de l'univers et ne se connaissent même pas.

Le fil rouge de l'épisode est le meurtre d'un affairiste influent sur lequel enquêtent Brainiac 5, un puissant télépathe, et Matter-Eater Lad, un gosse qui bouffe n'importe quoi. Il faut à présent préciser deux choses : l'action se déroule dans mille ans et les Planètes Unies (l'équivalent cosmique des Nations Unies) a prohibé les activités des créatures augmentées (les individus dotés de super pouvoirs).

Les investigations de Brainiac 5 et Matter-Eater Lad sont donc clandestines, mais le premier avance d'un pas assuré et le deuxième le suit avec insouciance. Ils vont découvrir que Brande, la victime, avait un projet concernant les créatures augmentées que redoutaient visiblement les Planètes Unies de longue date.

Et puis, pendant ce temps, sur trois autres mondes, on fait connaissance avec d'autres futurs légionnaires, tous jeunes, tous bravant l'interdit, tous risquant de compromettre leur famille. Il y a Lightning Lad que sa soeur gronde et qui idéalise son frère ainé. Il y a Cosmic Boy qui défie l'autorité de ses professeurs et de ses parents. Et il y a Saturn Girl, qui apprend encore à maîtriser ses pouvoirs.

Williamson choisit donc de souligner la jeunesse de ses héros pour mieux établir le contraste entre leur amateurisme et la rigueur que suggère une légion de super héros. Le scénariste a d'excellents idées pour les introduire : Lightning Lad est inconscient, Cosmic Boy insolent, Saturn Girl fragile. A propos de cette dernière, il la fait vivre sur Titan, dont les habitants, tous télépathes, ne parlent plus, communiquant exclusivement par la pensée - superbe !

Le fin mot sur la mort de Brande et l'identité de son assassin est dévoilé dès la fin de l'épisode. C'est surprenant, mais j'y vois la volonté de l'auteur de ne pas se lancer dans un whodunnit convenu mais plutôt dans ce qui permettra la fondation de la légion, le rassemblement des personnages présentés cette fois, en en attendant d'autres (et dieu sait qu'il y a beaucoup de légionnaires !).

Williamson écrit très justement ces jeunes héros, sans sombrer dans la facilité. En même temps, il est clair qu'il veut une bande dessinée tonique, où l'intrigue compte autant que ceux qui l'habitent, et c'est le vrai gros bon point du projet : n'importe qui (et j'en suis l'exemple) peut commencer cette série par cette version, très accessible, alerte, sympathique.

Enfin, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, la série bénéficie de dessins extraordinaires -et je pèse mes mots. J'avais déjà adoré ce que Hayden Sherman produisait sur Absolute Wonder Woman (qu'il n'abandonne pas) mais ce qu'il réalise ici est encore plus éblouissant. J'ai envie de dire, même si c'est un peu futile, que Sherman, c'est comme JH Williams III sans les délais.

Qui, aujourd'hui, peut signer de telles planches, aussi inventives dans le découpage, élégante dans le trait (sous influence Moebius), avec une telle régularité ? Personne ! Sherman est un prodige, qui s'est complètement réinventé en explosant chez DC (il suffit de comparer ce qu'il fait maintenant avec ce qu'il faisait avant, en indé).

Ses cases aux formes les plus diverses ne sont pas une fantaisie de dessinateur surdoué, mais une forme de narration dense et fluide à la fois, qui a l'immense mérite d'obliger le lecteur à s'y attarder pour en admirer la virtuosité et l'intelligence. C'est un régal parce que ça stimule le regard et ça augmente la lecture - c'est de la BD augmentée !

On parle beaucoup, et à raison, de Dan Mora, l'inépuisable, mais Sherman est à mon avis le vrai grand génie actuel parmi les dessinateurs de DC, comme peut l'être Devamlya Pramanik (Moon Knight) chez Marvel. Il y a chez eux une joie à dessiner, une joie contagieuse, en plus d'un talent impressionnant, d'une technique ébouriffante.

Ajoutez-y les couleurs pétantes de Tamra Bonvillain et c'est la félicité ! Sans oublier ce magnifique lettrage de Hassan Ostmane-Elhaou ! C'est un comic book admirablement confectionné - et c'est pour ça que ça doit (que ça va !) cartonner.

Vous l'aurez compris, j'ai adoré. Si Urban ne traduit pas ça l'an prochain, alors jamais les lecteurs de vf ne sauront à quel bonheur ils auraient eu droit.

ARCHIE #1 (Ben H. Winters / Fabio Moon)


- Rude Awakening ! - Archie Andrews se réveille en retard ce matin-là et doit se presser pour aller au lycée. Mais pourquoi a-t-il cette étrange impression d'être dans une boucle temporelle ?


Un petit amuse-bouche de 6 pages qui joue sur l'idée d'une boucle temporelle, à la manière du film Un Jour sans fin. Très vif, trop bref - car cela avait du potentiel, mais peut-être Ben H. Winters développera-t-il cela plus tard... Le tout servi chaud par le dessin plein de pep's de Fabio Moon qui semble beaucoup s'amuser à mixer la charte graphique reconnaissable entre mille des comics Archie et son propre style.


- Yes, We Cannes ! - Les élèves de la classe d'Archie au lycée de Riverdale reçoivent comme devoir de réaliser chacun un court métrage pour le festival du film de la ville. Archie ne manque pas d'idées mais de temps car tous ses camarades le veulent dans le rôle principal de leur projet. Réussira-t-il à tourner le sien ?
 

Le plat de résistance de ce n° 1. Mais avant cela, revenons un peu sur cette relance d'Archie. Véritable institution aux Etats-Unis, Archie est moins connu par chez nous, sinon grâce au succès de la série Riverdale disponible sur Netflix qui en adaptait les personnages et l'univers dans une veine teen drama. Aujourd'hui, l'éditeur Archie Comics est en proie à une crise sévère, au bord de la faillite.
 

Dans ce contexte, les séries ont été confiées à Oni Press pour en livrer de nouvelles itérations, plus susceptibles de plaire au public actuel, en attirant des auteurs et des artistes qu'on n'imaginait pas travailler dessus (après Archie, on a ainsi droit à un relaunch de Sabrina the teenage witch par Corinna Bechko et Kano et à celui de Archie in Hell par Patrick Horvath et Tyler Crook).

Ben H. Winters vient de la littérature policière où il a reçu plusieurs prix et Fabio Moon est le frère jumeau de Gabriel Ba avec qui il a signé Daytripper. Ces deux noms, avec leur curriculum vitae, sont inattendus pour s'occuper d'Archie, mais c'est l'effet recherché. Et les deux paraissent avoir voulu respecter la franchise tout en y apportant ce qui fait leur personnalité.

Ainsi, après le premier court récit qui ouvre ce n°1, Winters enchaîne sur une histoire plus consistante mais toujours aussi alerte où Archie est accaparé par ses amis pour tourner dans leur court métrage sans avoir le temps de réaliser le sien. Cette mécanique est typique des canons du titre.

Les gags fusent, légers, désuets même, dans un décor évoquant une Amérique des 50's idéalisée, avec son lycée, deux belles filles amoureuses du héros mais aux caractères opposés (la blonde ingénue Betty Cooper et la brune piquante Veronica Lodge), le meilleur copain toujours là en soutien (Jughead Jones), et quelques autres (Dilton, Reggie...).

J'aurai aimé un peu plus d'audace, à l'image de l'histoire qui ouvre le numéro et dont je pensais qu'elle constituait l'intrigue principal. Mais en même temps tout cela a un charme indéniable. Il faudra vérifier si cela tient sur la durée ou si cette équipe créative si prometteuse sur le papier ne fait que rester dans les clous.

Mais, comme le dessin de Moon, Archie profite plutôt bien de cet air frais. Mark Waid, il y a une dizaine d'années, avait tenté quelque chose de plus disruptif, avec le concours de dessinatrices très douées (Fiona Staples, Annie Wu, Veronica Fish). Là, c'est plus classique, voire plus frileux, mais c'est aussi parce que Oni Press doit tout reprendre pour conquérir à nouveau des lecteurs.


- Jughead's Journal, part 1. - Jughead Jones s'arrête dans la soirée au diner de Terry Tate pour manger quelque chose mais ce dernier lui annonce qu'il songe à fermer son commerce pour déménager près de sa fille...

Ce dernier segment, de 5 pages, est aussi un excellente surprise, avec son ton très mélancolique, qui voit Jughead Jones, le meilleur ami d'Archie, s'inquiéter de la possible fermeture du diner où il aime se restaurer parce que son propriétaire songe à se rapprocher géographiquement de sa fille. Winters fait parler la corde sensible, mais sans aucune mièvrerie.

Et l'on se dit qu'entre l'hommage à Un Jour sans fin et cette partie, c'est de ces côtés-là que le scénariste devrait aller pour régénérer Archie, lui donner un véritable nouvel élan, plus intimiste et aussi plus aventureux. Sans compter que ces ambiances conviennent idéalement à Fabio Moon, son trait à la fois minimaliste et si expressif.

J'ai plutôt envie de retenir les bonnes intentions visibles pour cette relance. D'autant que, pour ne rien gâcher, c'est rien moins que Stuart Immonen qui signera les couvertures de la série (c'est trop peu, mais toujours mieux que rien).

DOOM PATROL #1 (Darcy Van Porlgeest / Niko Henrichon)


Le Chef Niles Caulder, hanté par un cauchemar récurrent, accepte de venir en aide à une jeune femme prénommée Evelyn, même si cela risque de tuer la Doom Patrol. Les membres de l'équipe - Elasti-Girl, Robotman et Negative Man - louent leurs services et doivent retrouver le chat d'une vieille dame, convaincue qu'il a été enlevé par des extraterrestres...


Dix ans après Gerald Way et Nick Derington et trois après Dennis Culver et Chris Burnham, Doom Patrol revient dans le cadre de DC Next Level, l'initiative de l'éditeur pour relancer des séries dont le public forme une niche peu fournie mais fidèle. Mais cette fois-ci, DC a décidé d'y croire en lançant une série régulière.


Depuis sa création par Arnold Drake et Bruno Premiani en 1964, la Doom Patrol est comparée aux X-Men de Marvel : il s'agit de freaks dans le milieu des super héros, avec un mentor en chaise roulante, et leur premier scénariste travailla aussi sur les mutants de la concurrence. Mais comparaison n'est pas raison et la Doom Patrol est en vérité bien différente des X-Men.


Revivifiée par Grant Morrison en 1987, la série est devenue l'archétype de la bizarrerie avec des histoires surréalistes et des héros atypiques, des créatures brisées par le destin : un coureur automobile dont seul le cerveau a pu être sauvé dans la carcasse d'un robot, un pilote de l'US Air Force qui est l'hôte d'un alien et une actrice intoxiquée par des vapeurs en pleine jungle aux membres extensibles.


C'est à ce drôle de groupe que Darcy Van Poelgeest, scénariste et cinéaste devenu auteur de comics, doit donner un nouvel élan. Et il semble avoir parfaitement cerné ces personnages qu'il place, sans tarder, dans des situations loufoques, extravagantes, avec un don certain pour accrocher l'intérêt du lecteur en quête de sensations inédites.

Larry Trainor, Rita Farr et Cliff Steele louent leurs services, à la manière des Heroes for Hire de Marvel, mais pour des missions peu gratifiantes comme retrouver le chaton d'une vieille dame timbrée qui croit son animal enlevé par des aliens. Problème : le minou est mort. Alors, pour ne pas briser le coeur de leur cliente (et qu'elle les paye), ils s'arrêtent à une animalerie pour en acheter un qui lui ressemble.

Je vous laisse découvrir si la mémé avait raison ou si elle est complètement givrée, mais il se dégage des pages, somptueusement dessinées par le génial et trop rare Niko Henrichon (canadien comme Van Poelgeest), une mélancolie assez poignante sous la comédie loufoque et les scènes absurdes de ce premier épisode.

Si vous aimez lire des comics qui ne ressemblent à rien de ce qui se fait habituellement, alors Doom Patrol est pour vous - ça l'a toujours été, mais cette itération autant que ses prédécesseurs. Le scénario glisse un subplot en relation avec le "chef" Niles Caulder qui cauchemarde au sujet d'une jeune femme qui le tue mais qu'il accepte d'aider... Même si cela risque de coûter la vie à la Doom Patrol.

Si j'ai apprécié les planches de Henrichon, nul doute que ce ne sera pas le cas de tous : l'artiste a souvent changé de style depuis le succès de Pride of Baghdad et désormais il privilégie un trait généreux en hachures, en assumant aussi la colorisation. Ce n'est donc pas forcément très beau, très joli, mais c'est juste, c'est approprié pour traduire visuellement la folie d'une telle bande dessinée, avec ses protagonistes cabossés.

Surtout, cette Doom Patrol entre parfaitement dans le "cahier des charges" du DC Next Level, qui ambitionne d'être à la croisée des mondes, entre comics indés et mainstream, projetant la lumière sur des héros moins populaires de l'éditeur. Et qu'un major comme DC ose cela est un miracle toujours aussi épatant.

VENOM #261 (Al Ewing / Carlos Gomez) - Tie-in à Queen in Black


Au Baxter building. Reed Richards pense que les soldats d'Hela étant liés à des symbiotes comme Venom à Mary Jane Watson, il faudrait réussir à séparer ces derniers pour neutraliser l'armée de la déesse asgardienne. Seul problème : Venom a déjà été séparé de Peter Parker par Reed dans le passé et n'en a pas gardé un bon souvenir...


C'est le pénultième épisode de Venom par Al Ewing  et le scénariste revient aux débuts des aventures du symbiote dans l'univers Marvel, quand Mr. Fantastic découvrit qu'il s'agissait d'une entité extraterrestre ramenée des Guerres Secrètes du Beyonder et non d'un simple costume noir et adaptable pour Spider-Man.


Dans le contexte actuelle, évidemment, rien de tout cela n'est nouveau, mais Ewing relie habilement cette histoire à la guerre déclenchée par Hela pour conquérir la Terre avec une armée de symbiotes collés à tout un tas de soldats extraterrestres (kree, skrulls, etc.). Reed Richards pense donc que s'il trouve le moyen de séparer Venom de Mary Jane, il saura comment libérer les soldats d'Hela de leurs symbiotes.


Tout aussi prévisible est le fait que l'expérience va mal tourner, d'abord parce que Venom en veut encore à Richards de l'avoir séparé de Peter Parker et il ne veut pas davantage aujourd'hui être détaché de Mary Jane Watson avec laquelle le lien est encore plus délicat (leur survie mutuelle en dépend). Et puis Richards a beau être un génie scientifique, il l'est à la manière des génies des comics...


C'est-à-dire qu'il expérimente in vivo avant de procéder (faute de temps) à des essais préliminaires. Donc la catastrophe est inévitable et elle atteint à la fin de l'épisode des proportions dantesques... Infiniment plus inspiré sur la série Venom que sur Queen in Black, Ewing parvient ici à instiller un suspense absent de la saga en cours avec Hela.

Bien entendu, il y a surtout dans ces pages l'obligation pour Ewing de commencer à ranger les jouets dans leur coffre avant de passer le relais à Charles Soule sur le titre. On sait donc que Mary Jane ne restera pas l'hôte de Venom. Cela se joue entre Dylan et son père Eddie Brock et comme Marvel adore s'auto-spoiler, on sait tous que Eddie va récupérer le symbiote.

Le tout est de savoir quelle sera leur relation après avoir été séparé depuis un petit moment. Va-t-on assister au retour d'un Venom plus agressif ? Ou sa personnalité restera-t-elle affectée par sa "liaison" avec MJ ? A Charles Soule de jouer bientôt avec cela - et je dois avouer que la preview du futur Venom #1 (car bien entendu la série repart au #1) n'a pas l'air si mal...

Carlos Gomez aura brillé sur le titre en étant très régulier - et d'ailleurs il n'en a pas complètement fini avec Venom puisqu'une fois le run d'Ewing terminé, il enchaînera avec une mini série Venom P.O.V. en cinq parties, écrite par Ryan Stegman, à partir de Décembre. Cette fois encore, sa prestation est impeccable, rien à redire. J'espère juste que Marvel lui permettra de s'exprimer sur d'autres personnages intéressants, à la mesure de son talent et sa ponctualité.

Rendez-vous le 30 Septembre pour la conclusion de Queen in Black et Venom #262.

vendredi 4 septembre 2026

FURIOUS (Saison 1) (Elizabeth Meriwether, 2026)


Ancienne inspectrice à la brigade criminelle, Alice Black a démissionné après avoir dénoncé la violence de son compagnon Marshall Connelly, également flic, soutenu par ses collègues. Elle est désormais agent du FBI et c'est en cette qualité qu'un de ses amis, Danny Kelly, lui demande de le rejoindre sur une scène de crime. La victime est Caleb Easton, fils du milliardaire Jay Easton, dont on a voulu maquiller le meurtre par un suicide par overdose. L'affaire est délicate à plus d'un titre et le FBI et la police décident de travailler conjointement dessus.


L'assassin de Caleb Easton est Catherine Grace, une ancienne prostituée qui a fait partie d'un trafic d'êtres humains avec sa meilleure amie Isabel Luna, morte dans des circonstances mystérieuses, et dont le dossier a été classé rapidement. Nora Washington, la supérieure de Alice, a enquêté à son sujet, à l'époque sous les ordres de l'agent spécial Ed George. La modus operandi du meurtre de Caleb Easton rappelle à Alice la mort d'Adrian Murado, un dealer et proxénète, sur lequel elle avait investigué un an auparavant et elle est certaine qu'il s'agit du même tueur.


Tandis que Catherine met du temps à être identifiée et continue à cibler des hommes riches, tous en relation avec la famille Easton, Alice doit collaborer avec Marshall mais peut compter sur le soutien de Danny. Nora, elle, soupçonne Ed George, qui a été promu à sa place, de couvrir les responsables dans cette affaire tortueuse...


J'ai pris l'habitude de binge-watcher des séries par impatience - comment faisait-on autrefois avec des saisons à vingt épisodes, à raison d'un ou deux diffusés chaque semaine ? Toutefois, il arrive qu'on tombe sur un show assez exigeant et à la tonalité plus lourde pour qu'on prenne son temps. C'est le cas de Furious, un polar disponible sur Hulu et donc Disney+.


Elizabeth Meriwether s'est librement inspiré d'un roman de Ronald Bass qui avait déjà été adapté au cinéma en 1987 par Bob Rafelson sous le titre La Veuve Noire, avec Theresa Russell et Debra Winger. Mais elle en a tiré quelque chose d'infiniment plus riche, complexe, éprouvant et magistral. Suffisamment pour que le souvenir du long métrage s'efface complètement.


Une autre histoire à laquelle on pense d'abord en suivant Furious est Killing Eve, la série écrite par Phoebe Waller-Bridge, avec son duo flic-tueuse. Mais là encore, la comparaison est vite supplantée par la réussite de Furious où la dimension saphique entre les deux héroïnes est supprimée et l'humour absent.


Avec des références pareilles, qu'est-ce qui fait de Furious un tel succès (au point qu'une saison 2 vient d'être annoncée) ? Bien entendu, il y a la qualité de l'écriture : des personnages fouillés, des situations traitées en profondeur, une intrigue très dense, très rythmée, très sombre. Et puis une réalisation au cordeau, nerveuse, fébrile, tendue, haletante.


Moi qui râle souvent sur le nombre d'épisodes des séries actuelles, là, les huit qui composent cette saison 1 sont un chiffre idéal, parfait. Rien n'est en trop, tout est à l'os. Mais, et c'est précisément pourquoi il ne faut pas binge-watcher cette série, ils réclament de l'attention et surtout de l'estomac. Car ce qui s'y passe est dur, perturbant. Par pitié, prenez votre temps pour regarder Furious !


Le vrai coeur de la série n'est pas tant finalement l'intrigue policière, le jeu du chat et de la souris entre Alice Black et Catherine Grace, ou même l'apport de seconds rôles formidables (l'ex-petit copain violent, le collègue solidaire, le supérieur suspect, la supérieure excentrique, les victimes qui s'accumulent). Non, c'est autre chose.

Nous vivons une époque où les abus sexistes et sexuels sur les femmes sont à un tournant. Parfois pour le pire, quand cela aboutit à la cancel culture - et c'est rapide : il suffit de jeter un nom en pâture et la présomption d'innocence n'existe plus. Même si l'accusé est finalement reconnu innocent, le mal est irréparable.

Parfois pour le meilleur, quand cela amène à révéler des comportements inacceptables, intolérables, quelquefois un système entier, par des gens dans le déni le plus absolu de leurs agissements, face à des victimes traumatisées, longtemps ostracisées. Avec une justice lente, parce que ce genre d'affaires ne se résout pas rapidement et que la réparation ne sera que partielle.

Furious raconte cela : Alice, à la fin de la série, est face à Catherine et celle-ci sait que l'agent du FBI a un secret. En vérité, comme elle, elle en a plusieurs. Je ne vais rien spoiler, sinon celui qui est dévoilé le plus tôt : Alice a été victime de violences domestiques, à plusieurs reprises - enceinte à 14 ans, elle a été mise à la porte par ses parents ; puis ensuite en couple avec un flic alcoolique.

Aujourd'hui, on la voit donner rendez-vous à des inconnus trouvés sur une appli de rencontres pour qu'il la brutalise. Puis elle les fiche dehors et se masturbe sans arriver à y trouver le même plaisir. Elle s'est enfermée dans un cercle vicieux où être maltraitée la rend phobique (elle ne peut plus aller sous la douche dont son compagnon la tirait pour la frapper) et la stimule sexuellement.

Catherine, elle aussi, est prisonnière de ses démons. Elle tue les hommes qui, croit-elle se rappeler, l'ont violée, prostituée, en les droguant, les affamant, les achevant. Elle tue pour se venger, mais aussi pour venger sa meilleure amie/amante, pour sauver la fille de celle-ci qui est à la merci d'un proxénète. Elle tue pour essayer de se souvenir, sans certitude, et donc en désespoir de cause.

La violence à laquelle Alice et Catherine ont été soumises les a forgées. Et détruites. Elles refusent d'être des victimes et pourtant en présentent les symptômes, parfois étrangement similaires - Alice a les mains tremblantes, Catherine ne sent plus le bout de ses doigts, Alice continue de se faire du mal, Catherine en fait comme on lui en fait.

C'est finalement moins un jeu du chat et de la souris (comme c'était le cas dans Killing Eve) qu'un effet miroir, une chambre d'écho. D'ailleurs la série, au moins jusqu'à la rencontre entre Alice et Catherine, montre autant l'une que l'autre, donne autant de temps de présence à l'écran à la flic qu'à la tueuse, comme une volonté affirmée, assumée, radicale, de ne rien cacher.

Cette narration étonne et séduit tout autant qu'elle trouble et dérange : on n'est pas habitué à suivre une meurtrière dans son quotidien. Catherine n'est pas vraiment une tueuse en série. Et Alice n'est pas vraiment une flic. Toutes deux cherchent à (se) punir, à faire justice, en étant entravées - l'une par sa hiérarchie, l'autre par la présence de la police qui se resserre autour d'elle.

Il n'est pas exagéré d'estimer qu'elles sont toutes deux engagées dans une forme de mission suicide : Alice enfreint les règles, s'attire les foudres de ses collègues, de ses supérieurs, elle se voit même retirer l'affaire ; et Catherine prend des risques insensés pour atteindre les hommes qu'elle vise, improvisant souvent, osant toujours, jusqu'à se brûler - et brûler d'autres personnes, innocentes, au passage.

Dire qu'Emmy Rossum (qu'on n'avait plus vue aussi bien servie depuis des lustres) et Lola Petticrew (une révélation ahurissante) sont phénoménales relève de l'euphémisme. Toutes deux portent la série à des sommets rarement atteints. C'est aussi ce qui rend Furious tellement addictif et intense : l'interprétation de ces deux actrices est habitée, incarnée.

Dans des seconds rôles, on trouve l'excellent Scoot McNairy, dont chaque scène avec Rossum a une tendresse, une chaleur, vibrantes. Quincy Tyler Bernstine est également formidable en supérieur direct d'Alice, agent vétéran alcoolique et pugnace, pleine d'humanité. Campbell Scott et Hope Davis jouent deux ordures incroyables avec subtilité.

Vraisemblablement, la saison 2 verra Alice Black traquer un nouveau tueur, à l'image d'une autre épatante série (The Sinner, avec Bill Pullman, hélas ! annulée). Mais si le résultat est aussi puissant que ces huit épisodes-là, Furious deviendra un classique.

vendredi 28 août 2026

STAR-CROSSED #2 (of 5) (Mark Millar / Corrado Mastantuono)


Sharkey le chasseur de primes et son assistant, Extra Billy, se rendent chez le père du premier et découvrent que le soleil artificiel qui lui fournissait de l'énergie a été éteint par la compagnie qui le détient. Sharkey pense que la récompense offerte pour la capture de Thena Cole et Cody Blue permettraient de corriger ça. Mais les deux filles font face à une situation déjà dramatique...


Même les fans les plus indulgents de Mark Millar reconnaissent qu'il n'a plus la même inventivité que jadis et les comics du Millarworld fonctionnent selon des formules éprouvées. Cela fait partie du plaisir qu'on a à les lire parce que ça les rend confortables. Mais c'est aussi une limite à ce plaisir de lecture car ils sont prévisibles.


Et pourtant avec ce deuxième épisode de Star-Crossed, qui est, pour mémoire, un crossover entre les séries Space Bandits et Sharkey Bounty Hunter, Millar réussit à nouveau à surprendre. Les deux tiers de l'épisode sont pourtant assez classiques avec la visite de Sharkey à son père et l'apparition de deux nouveaux mercenaires lancés aux trousses de Thena Cole et Cody Blue.


Mais le dernier tiers réserve un twist inattendu, imprévisible, où Millar ose se frotter à un genre tout à fait inhabituel pour lui : le mélodrame. Et c'est vraiment ça, un mélodrame en bonne et due forme, avec des larmes, la forte probabilité d'une unhappy end. C'est tellement étonnant qu'on se demande ce que ça cache. Et la réponse est peut-être à chercher du côté de Millar lui-même...


Vous l'ignorez peut-être mais Millar souffre depuis de longues années de la maladie de Crohn. Cela l'a même conduit plusieurs fois à être hospitalisé et l'a éloigné de l'écriture à une époque. Il n'y a pas surmortalité flagrante mais c'est quand même une saleté qui peut être douloureuse et invalidante. Or Millar a pour ainsi dire toujours refusé d'explorer cela dans ses fictions.

La mort chez Millar est quelque chose dont on rigole, dont on ricane. Le scénariste adore mettre en scène des décès brutaux, il n'hésite pas à trancher dans le vif et à sacrifier des personnages. Mais justement cette distanciation empêche d'appréhender cela autrement que comme une sorte de farce. Sauf, peut-être, cette fois-ci.

Déjà dans The Magic Order, le dernier volume s'intitulait La mort de Cordelia Moonstone, mais le scénariste avait habilement contourné le sujet car tout cela se passait dans un monde de magiciens et son héroïne était une escapologiste. Avec Star-Crossed, ce n'est pas pareil : Thena Cole et Cody Blue n'ont pas de super pouvoirs, pas plus que Sharkey et Extra Billy. Ils peuvent mourir.

Je ne vais pas spoiler ce qui arrive à qui et comment ça impacte le récit (on verra combien d'épisodes je peux dissimuler cet élément narratif), mais en tout cas, ça donne à la série une dimension dramatique certaine, loin de ce qu'on pouvait penser au départ. Et forcément les personnages principaux sont bouleversés par cela.

Corrado Mastantuono livre une nouvelle fois de superbes planches. Avais-je précisé le mois dernier qu'il effectuait en partie la colorisation également ? En tout cas, il s'approprie ce récit, ses personnages, son univers avec une aisance remarquable. Et c'est cela aussi qu'il rend ce retournement de situation si efficace : lui non plus, on ne l'attendait pas sur ce genre de scène.

En outre, Mastantuono fait parler sa technique impeccable : comme tous les dessinateurs italiens rompus aux fumetti, il sait tout dessiner - décors, véhicules, monstres, aliens, personnages humanoïdes. C'est incroyablement satisfaisant de lire des pages aussi bien croquées, où l'artiste ne donne jamais l'impression de forcer tout en donnant le meilleur de lui-même.

Encore une fois, aussi, quel plaisir de voir une couverture de Stuart Immonen (il signe aussi celles du relaunch à venir d'Archie chez Oni Press dont le n°1 sort la semaine prochaine). Des couvertures, c'est tout ce qu'on a à se mettre sous la dent mais si c'est l'occasion pour Immonen de se refaire la main en attendant davantage, je prends !

Un épisode donc très surprenant, qui relance totalement la partie. Une mauvaise nouvelle quand même ? Il va falloir attendre le mois d'Octobre pour le n°3...

jeudi 27 août 2026

HAMMERFIST #1 (Rick Remender / Steve Epting)


Mike Denton est un mercenaire : il tue un mari violent ce soir-là et va se faire payer par la femme qui n'a que 60 $ à lui donner mais est prête à payer en nature s'il souhaite un supplément - ce qu'il refuse. Après avoir passé la nuit dans sa voiture, il est réveillé par William et sa femme Cindy qui lui propose une affaire juteuse - un peu trop à son goût...


Comme Geoff Johns (avec Ghost Machine), Rick Remender possède chez Image Comics son imprint, Giant Generator, et depuis 3 ans, il fait feu de tous bois, recrutant des artistes de premier rang pour des projets qu'il écrit le plus souvent seul. Hammerfist est sa nouvelle production et la présente comme une série hommage aux séries B d'action des 70's matinée de fantastique.


Ce premier épisode, à la pagination conséquente (plus de 40 pages), nous présente Mike Denton, un mercenaire qui exécute des contrats de toutes sortes, comme assassiner un mari violent. Il a une fille, Kaylee, avec qui il n'entretient pas de bons rapports, et pour oublier tout ça, il fume dans sa bagnole où il finit par s'endormir jusqu'à ce qu'un couple de malfrats lui offre un job très bien payé.


Remender pose les bases d'un polar bien noir avec un anti héros brisé comme il les affectionne. Mais dans sa dernière ligne droite, ce n°1 prend une direction inattendue : le braquage auquel participe Mike ne cible pas de l'argent mais un gant étrange, qui fait un penser à la main droite de Hellboy, et qui tire sa puissance de l'amour qu'on porte à quelqu'un.


Cet accessoire est supposé empêcher l'avènement d'une terrible menace et, comme prévu, les choses dérapent méchamment, au point que Mike hérite du gant et va devoir sauver le monde ! Ce postulat est étonnant et ambitionne d'être celui d'un récit de rédemption, celui d'un type qui n'a rien d'un gentil mais qui va devoir le prouver. L'occasion, peut-être, aussi de se rabibocher avec sa fille - et l'humanité...

Bon, je vais être tout à fait honnête : autant j'ai beaucoup aimé Remender quand il bossait chez Marvel (dont il est parti avec fracas en 2015, estimant que ce qu'il proposait n'était pas bien publié, quand ce n'était pas refusé), autant ses comics en creator-owned m'ont souvent laissé sur le bas-côté avec leur pessimisme absolu, malgré des dessinateurs extraordinaires.

Récemment, j'avais hésité à me lancer dans Escape (une série de guerre avec des héros anthropomorphiques, illustrée par Daniel Acuna) et The Seasons (avec Paul Azaceta). Mais je n'ai pas craqué parce que j'avais déjà beaucoup de choses à lire par ailleurs. Et puis, à la faveur d'un allégement de ma pile à lire, j'ai craqué pour Hammerfist.

La raison en est simple : Steve Epting. C'est un artiste que j'adore mais qui est bien trop rare et j'avais très envie de le suivre à nouveau sur une ongoing (Velvet avec Brubaker ou Sara et Partisan avec Garth Ennis étaient des minis, tout comme Telepaths avec J.M. Straczynski). Je pensais aussi qu'avec Remender, ça pouvait donner quelque chose de détonant.

Et c'est bien le cas : je ne veux pas trop m'avancer mais Hammerfist m'a l'air d'être une série avec la même approche que Low (avec Greg Tocchini), une histoire dure, âpre, mouvementée, mais avec une envie de lumière, de positivité. Et puis j'aime bien ce côté un peu grindhouse, avec ce mercenaire et son gant magique face à une menace mystique.

On peut dire ce qu'on veut de Remender, mais il ne s'endort pas sur ses lauriers et sa productivité laisse songeur. Son association avec Epting fait effectivement des étincelles : dès les premières pages, avec la colorisation magnifique de Matt Hollingsworth, on a droit à un style sombre et classico-réaliste de la meilleure facture, c'est sublime.

Les ambiances sont intenses, les personnages puissamment incarnés, l'intrigue est accrocheuse et palpitante. On se demande dans quel sens ça va aller et c'est réjouissant de lire quelque chose d'aussi imprévisible et qualitatif. Remender, on le sent, a quand même gardé une nostalgie de son temps chez Marvel, des super héros, mais il l'adapte à son univers, ses lubies.

Et Epting le traduit en images avec son génie imparable. C'est devenu un vétéran comme ceux avec qui il travaillait à ses débuts (l'encreur Tom Palmer notamment), son dessin a gardé cette élégance mais en se frottant aux aspects les plus râpeux de ce qu'écrit Remender, il sort de sa zone de confort (la série noire, l'espionnage, le récit de guerre) et, franchement, c'est jouissif.

Je l'avoue, la routine super héroïque met à l'épreuve le critique, parfois j'en ai un peu marre, rester motivé pour écrire devient plus délicat. Dans ces cas-là, se tourner vers la production indé, avec des équipes artistiques de ce niveau, c'est se retaper, se refaire la cerise. Et on se dit alors que le meilleur des mondes, c'est d'alterner pour ne pas se lasser. Hammerfist me l'a rappelé.