mercredi 15 juillet 2026

CATWOMAN #89 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Catwoman est confrontée par Black Mask à un terrible dilemme : sauver Slam Bradley qui est ligoté avec une grenade dégoupillée dans les mains ? Ou empêcher un attentat à la bombe dans la gare de Burnley ? Elle le sait : quelque soit son choix, il y aura la mort au bout...


Le pénultième épisode de cet arc est encore une fois remarquable et prouve que Torunn Gronbekk sait écrire de bonnes histoires si tant est qu'on la laisse faire et qu'elle pratique son art sur un personnage qui l'inspire, contrairement à ce qu'elle a souvent dû accomplir chez Marvel. Il est juste dommage que DC ne lui attribue pas un bon dessinateur définitivement comme Davide Gianfelice.


L'artiste italien quittera en effet la série après le prochain numéro et c'est bien dommage car il a signé une prestation de haut vol. Je suis certain que s'il était resté, Catwoman en aurait profité. Pour ma part, j'ai décidé de ne pas poursuivre après lui parce que Danilo Beyruth a un style qui me comble moins. A moins que la série connaisse des changements en vue du #100, désormais proche.


Pour en revenir à ce numéro-ci, Gronbekk multiplie les points de vue en vue du grand final : Catwoman doit rallier un point précis en étant coursée par des sbires de Black Mask, Holly Robinson découvre où est Maggie Kyle et ce que lui a réservé Black Mask, Slam Bradley a les mains crispées autour d'une grenade dégoupillée, Katarina Belov savoure sa vengeance...


Faire tenir tout ça en une vingtaine de pages n'est pas une mince affaire et Gronbekk s'en sort haut la main avec une narration très nerveuse et toujours limpide. L'astuce consistant à ponctuer l'épisode avec la course de Catwoman est très efficace et haletante, même si on sait qu'elle se débarrassera sans problèmes des complices de Black Mask.

La dernière page et même la dernière image produit un cliffhanger réellement inattendu et qui donne envie d'être déjà le mois prochain. On comprend au passage comment Black Mask a pu mobiliser autant de personnel pour accomplir son plan machiavélique et Gronbekk en profite même pour remettre une pièce dans la machine sur les liens entre Selina Kyle et Carmine Falcone (l'occasion de réviser sa continuité, ce que la scénariste a fait auparavant dans son run).

Gianfelice livre de superbes planches qui, elles aussi, permettent de savourer le crescendo dramatique de toutes les facettes de l'histoire. Les pièces de l'échiquier sont en mouvement et se répondent, créant un sentiment d'inéluctabilité très prenant. L'artiste italien ne lésine pas sur les décors, notamment pour montrer la course de Catwoman alors que bien des dessinateurs auraient été moins consciencieux sur ce point.

On peut ainsi apprécier la distance parcourue, la diversité architecturale des quartiers traversés, le mobilier urbain. Quelque part, c'est dommage parce que je suis convaincu que la plupart des lecteurs n'y prêteront pas assez d'attention dans la mesure où ce genre de séquences souligne les déplacements, la vitesse. Mais Gianfelice abat un travail exemplaire.

Je ne serai revenu à Catwoman que pour un arc mais ça valait le coup. Torunn Gronbekk et Davide Gianfelice ont rendu, à leur manière, un parfait hommage à une histoire désormais devenue classique de la féline fatale de Gotham contre son pire ennemi, Black Mask, plus d'un quart de siècle après Ed Brubaker et Cameron Stewart. Ce n'était pas gagné, mais le résultat est probant.

LOBO #5 (Skottie Young / Jorge Corona)


Même si ça lui fait mal de l'admettre, Kzzt, le patron de Omni Omega+ Entertainment Corp., constate que Lobo est resté plus populaire que jamais depuis qu'il a cassé son contrat. Il faut le convaincre de revenir travailler pour eux et quoi de mieux que lui envoyer quelques mercenaires pour le ramener au bercail ?


Désormais, chaque mois, j'attends avec gourmandise le nouveau numéro de Lobo. Parce que je me demande quelle grosse déconnade va inventer Skottie Young. Il faut dire tout simplement que cette série est affreusement drôle, c'est potache et irrésistible mais fait avec un talent incomparable, et, ma foi, il n'y a pas tant d'occasion de se fendre la poire en ce moment. En plus, y fait chaud !


Et je vais aller plus loin : si la gamme Absolute a achevé de me fatiguer (à part Absolute Wonder Woman, merci Kelly Thompson & Hayden Sherman), hé bien, Lobo, pour moi, c'est le vrai titre Absolute qui ne dit pas son nom. Absolument dingo, rigolo, indispensable. Skottie Young y va à fond, poussant tous potards dans le rouge, mais pour nous faire rire. Et ça, les séries Absolute l'ont complètement oublié !


Ce cinquième épisode est comme il se doit loufoque à souhait avec l'idée tordue de service - convaincre Lobo de se remettre au service de la Omni Omega+ Entertainment Corp. dont il a claqué la porte furibard en lui envoyant des mercenaires qui trahiraient leur employeur. Le pire ? C'est que ce plan foireux va fonctionner (spoiler !).
 

Scott Snyder est sympa, mais à côté de Skottie Young, c'est juste un brave garçon. Young, lui, n'a pas peur d'écrire une scène où une certaine Lip Bomb (quel nom !) réussit à persuader Lobo qu'elle veut une partie de jambes en l'air avec lui pour mieux le buter avec d'énormes flingues (dont on se demande où elle les a cachés...). Et ce avant que...

... Lobo lui retourne la politesse en se débraguettant et la pulvérisant avec un rayon thermique sortant de son entrejambe ! Oui, vous avez bien lu, cette scène a trouvé sa place dans un comic book édité par DC et accessible à tous les acheteurs potentiels. Si vous n'éclatez pas de rire en la voyant, non seulement parce que le gag est énorme, mais parce que le culot de Young l'est encore plus, alors je ne peux plus rien pour vous !

Les trois mercenaires qui vont chatouiller Lobo sont des adversaires qui valent leur pensant de cacahuètes, et plus c'est improbable, mieux c'est. Mais le dénouement annonce un prochain qui risque de faire monter les enjeux d'un cran supplémentaire - et où il me semble que Young adresse un clin d'oeil à sa propre série I Hate Fairyland...

Et puis ce qui est bonnard avec Lobo, c'est que Young est accompagné par un partenaire prêt à rendre coup pour coup, qui le suit où qu'il aille, qui n'a lui non plus de rien. Jorge Corona se dépasse à chaque fois et cet épisode ne déroge pas à la règle. Les trognes des personnages sont impayables, et le diable est dans les détails (ayez toujours un oeil sur le chien sans nom de Lobo !).

Corona est un punk : chacune de ses planches possède une énergie chaotique qui emporte tout sur son passage. Il faut un peu de temps pour s'y faire, et certainement que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais, si vous voulez de la BD Red Bull, alors, vous êtes à la bonne adresse : Corona est un artiste survolté qui était fait pour dessiner Lobo.

Que dire de plus ? Vivement le mois prochain ! On n'en a jamais assez !

mardi 14 juillet 2026

DTF ST. LOUIS (Steven Conrad, 2026)


Twyla, Missouri. 2018. Floyd Smernitch est interprète en langue des signes à la télévision aux côtés de Clark Forrest, le présentateur météo de la chaîne locale. Marié à Carol, il vit avec le fils ce celle-ci, Richard, un ado en difficulté scolaire. Lors d'un barbecue organisée chez les Smernitch, Clark parle à Floyd d'une application, DTF St. Louis, qui met en relations des personnes désirant avoir des relations sexuelles discrètes hors mariage. Quelque semaines plus tard, le corps sans vie de Floyd est retrouvé dans les vestiaires d'une piscine désaffectée. 
 

L'enquête est confiée aux inspecteurs Homer Donoghue et Jodie Plumb qui, en visionnant les vidéos des caméras de surveillance alentour, remarquent la présence d'un individu sur un vélo couché. Clark en possède un et il est arrêté en plein direct puis conduit au poste pour y être inculpé de meurtre, méfait pour lequel il encourt la peine de mort. Son téléphone portable est analysé et révèle qu'il entretenait une liaison avec Carol. Le rapport toxicologique indique que Floyd a été empoisonné. Clark, effrayé, commence à parler à contrecoeur.


Plumb découvre que Floyd, plus jeune, a posé pour des photos pornos dans un magazine gay et Donoghue, en apprenant par Clark l'histoire au sujet de l'application DTF St. Louis, en conclut que Smernitch voulait rencontrer des hommes. Mais Carol n'y croit pas. Son mari avait pourtant rendez-vous avec un certain "Tiger Tiger" à la piscine et, avant cela, il avait rencontré un autre homme, "Modern Love", qui est à son tour entendu par les deux inspecteurs...


La première fois où j'ai lu quelque chose sur DTF St. Louis, j'ai cru à une sorte de dramedy dans une banlieue américaine, qui pourrait être traitée à la façon d'un film des frères Coen. J'étais très loin du compte car la série créée par Steven Conrad est beaucoup plus tortueuse et pathétique à la fois.


L'intrigue s'étend sur 7 épisodes qui prennent leur temps (50' chacun), avec un rythme lent, parfois pesant, qui met la patience du téléspectateur à l'épreuve. Après avoir visionné les deux premiers épisodes, j'ai d'ailleurs fait une pause, le temps de regarder le film Backrooms. Puis j'y suis revenu car j'avais quand même envie de connaître le fin mot de cette histoire.


Si DTF St. Louis prend donc son temps, c'est d'abord et surtout pour bien caractériser ses protagonistes, d'un côté le couple Smernitch et de l'autre Clark Forrest, puis enfin le duo de detectives, ce dernier fonctionnant selon le modèle connu du tandem mal assorti mais qui se révèle complémentaire. Une fois qu'on a rencontré ces individus, il est temps de dénouer, patiemment, l'affaire qui les lie.


C'est tout sauf un hasard si le "héros" de la série est un interprète de la langue des signes. Cette manière de communiquer utilise des raccourcis : par exemple, au lieu de désigner une personne par son prénom, elle a recours à une façon de l'identifier plus spécifique. Clark qui est donc présentateur météo et qui apparaît sur les affiches tenant un soleil dans le creux d'une main devient "sunshine" (soleil) en langue des signes.


Et l'appeler ainsi, c'est pour Floyd une façon de le relier à sa profession, à son image publicitaire, mais aussi un témoignage de l'affection qu'il lui porte. A la fin de l'histoire, Floyd adresse un signe à son beau-fils Richard qui ne le comprend pas et le décrit comme le signe que font les rockers (le majeur et l'annulaire repliés, le pouce, l'index et l'auriculaire levés). Or, en langue des signes, cela signifie "je t'aime".

Ces interprétations (et les malentendus qu'elles peuvent engendrer) sont au coeur de l'histoire. Clark convainc Floyd de s'inscrire avec lui sur une application de rencontres pour avoir des relations sexuelles parce que les deux hommes n'en ont plus avec leurs épouses. Ce sont des quinquagénaires qui sont paumés et cherchent à renouer avec le frisson.

Floyd hésite puis suit Clark. Il ignore cependant que Clark ne s'est jamais inscrit et qu'il a une liaison avec sa femme, Carol. Celle-ci est une femme ambiguë : elle séduit Clark dès leur première rencontre et quand ils se retrouvent dans une chambre d'hôtel, elle lui explique vouloir simplement exaucer ses fantasmes à lui et prendre du plaisir avec lui.

Floyd, lui, a un premier rendez-vous avec un dénommé "Modern Love" dont il découvre en le rencontrant qu'il s'agit d'un homme. Ils ont une conversation aimable et Floyd accepte même, pour ne pas décevoir son date, qu'il l'embrasse sur la bouche et le pelote gentiment. Chacun sait que c'était sans avenir, mais l'attention de Floyd dit tout de lui.

C'est un mec adorable, en surpoids, avec une déformation du pénis qui le complexe, et qui cherche à faire plaisir parce que c'est sa façon à lui d'être heureux. Même quand il apprendra que Carol couche avec Clark, il ne leur en voudra pas. Mais leur proposera un marché très étrange où, là encore, il veut que leur bonheur perdure en trouvant le sien.

Sa bonté s'illustre aussi avec son beau-fils qui se montre au début de la série très distant avec lui. Mais Floyd veut que Richard se sente bien, ou plutôt se sente mieux car il n'est pas heureux dans son école. Il se renseigne sur un établissement privé hors de prix et trouve un stratagème pour qu'il y entre. Et au lieu de continuer à l'envoyer chez un psi pour zéro résultat, il réussit à ce qu'il se confie à lui et à devenir son ami.

Sachant tout cela, on se demande donc pourquoi un type si adorable est mort, qui a pu le tuer. L'attitude de Clark, pendant une bonne partie des interrogatoires auxquels les inspecteurs le soumettent, en font un coupable idéal : il a un mobile (il couchait avec la femme de la victime), il roule sur un vélo couché (comme celui filmé par la vidéo surveillance proche du lieu du crime).

Carol aussi devient suspecte : elle prend les enquêteurs de haut, ne semble pas accablée par le chagrin, est bénéficiaire unique de l'assurance-vie de Floyd (qui s'élève à un million de dollars) même si elle jure avoir ignoré qu'il en avait souscrit une. Et elle aussi possède un vélo couché. Elle reconnaît aussi que Floyd a posé dans des magazines gays.

Steven Conrad produit un show très déconcertant. Visuellement déjà : autant les décors de la banlieue pavillonnaire de Twyla sont réalistes, autant ceux du commissariat, avec ses cellules, ses salles d'interrogatoire, ne le sont pas. Les moyens mis à disposition de Plumb et Donoghue sont luxueux. Et quand ils questionnent les suspects, cela se déroulent dans des pièces qui semblent appartenir à un film fantastique.

On ne sait absolument jamais sur quel pied danser en regardant DTF St. Louis. Ce titre d'ailleurs est bizarre. DTF ? L'abréviation de "Down To Fuck" ! D'autres formules abrégées ponctuent les dialogues, comme des codes imaginés pour brouiller les pistes, entretenir la confusion. Là encore, le langage est dissimulateur, trompeur, sujet aux malentendus.

Même le côté policier de la série est un faux-ami. Sans rien spoiler, on aboutit à une conclusion désarmante, très triste, sans vrai coupable, et où la victime a surtout été son propre bourreau. Tout a commencé par un petit jeu sans conséquences apparentes, pour se terminer par un drame poignant, pathétique.

Pedro Pascal devait tenir le rôle de Clark avant qu'il ne se retire du projet pour des raisons d'agenda. C'est Jason Bateman, le héros d'Ozark, qui l'a remplacé et on ne peut imaginer mieux. Il interprète le personnage sans sournoiserie, avec beaucoup de subtilité. Linda Cardellini retrouve un rôle très fort avec Carol, souvent antipathique mais aussi profondément paumée.

Dans des seconds rôles, Richard Jenkins en vieux flic faussement blasé est magistral, aux côtés de la magnifique Joy Sunday. Arian Ruf incarne Richard avec une sobriété très intense. Peter Sarsgaard est superbe dans le rôle d'un homo touché au coeur par Floyd.

Et enfin Floyd... Dire que David Harbour est extraordinaire est encore en dessous de la vérité. Il confère à ce personnage une humanité bouleversante, et on comprend pourquoi ni sa femme ni Clark ni Richard ne peuvent lui résister. Le rôle est super casse-gueule mais Harbour l'assume avec une générosité et une sincérité vraiment renversantes.

C'est une drôle de série triste. Mais dont la fin vous serre la gorge parce qu'elle vous a fait rencontrer un homme terriblement attachant.

dimanche 12 juillet 2026

BACKROOMS (Kane Parsons, 2026)


Clark est un architecte raté qui gère un magasin de meubles où il dort la nuit depuis que sa femme l'a fichu à la porte à cause de son alcoolisme. Son affaire connaît des difficultés financières et il suit une thérapie auprès du Dr. Mary Kline. Elle-même a subi un traumatisme avec l'internement de sa mère agoraphobe et la destruction de la maison où elles habitaient - et dont elle a conservé un morceau.


Une nuit, le poste de télé de Clark fonctionne de manière erratique et l'éclairage du magasin connaît des chutes de tension. En vérifiant le tableau électrique, il aperçoit sur un mur du sous-sol une fente lumineuse. En s'en approchant, il passe à travers la cloison et atterrit dans un espace tridimensionnel labyrinthique au murs jaunâtres et à l'ameublement chaotique. Il l'explore, manque de s'y perdre et en sort en courant après avoir été poursuivi par une entité invisible.


Lors de sa séance avec Mary, Clark lui fait part de sa découverte et elle la reçoit avec scepticisme. Pour lui prouver qu'il ne raconte pas n'importe quoi, il entraîne ses deux employés, Kat et Billy, dans le lieu qu'il a trouvé. Mais l'expédition se passe mal : Bobby disparaît, Kat et Clark sont séparés et leur caméra est dérobée... Quelque temps plus tard, Mary reçoit un étrange message de Clark sur son répondeur mentionnant une fenêtre qu'il a ouverte et disant qu'il ne reviendra pas...


Après vous avoir parlés de Obsession, j'ai voulu voir Backrooms, l'autre phénomène cinéma en provenance de Hollywood sorti récemment. C'est, après le film de Curry Barker, le deuxième long métrage le plus lucratif de 2026 du fait de son faible budget et de son énorme succès en salles. Et comme son confrère, Kane Parsons s'est fait la main avec des vidéos postées sur YouTube.
 

Backrooms était d'ailleurs à l'origine une série de courts métrages que Parsons aurait l'intention de continuer, comme une préparation au film qui lui-même serait une partie du projet total. Le scénario écrit par Will Soodik a en tout cas séduit le studio A24 qui a financé le long métrage. Et on peut dire que le résultat final est impressionnant.


Au petit jeu des comparaisons, j'irai même jusqu'à dire que Backrooms surpasse nettement Obession dans la mesure où il ne peut s'inscrire dans un genre en particulier. Backrooms est quelque chose d'indéfinissable mais auquel on a envie de revenir. C'est d'ailleurs le concept même de l'intrigue. Clark le dit lui-même : décrire cet endroit, c'est comme décrire un chien et le dessiner sans qu'il soit reconnu de celui à qui on s'adresse.


Clark est un raté qui n'assume pas ses échecs - pour lui, ce sont toujours les autres, les responsables : son magasin ne marche pas ? La faute aux clients. Son mariage a coulé ? La faute à sa femme. Il est déjà enfermé dans son propre refus de la réalité et son magasin a tout d'une prison : il y vit littéralement, travaillant le jour, y dormant la nuit, ne fréquentant que ses deux employés.

Quand il découvre les "backrooms", cette espèce d'arrière-boutique souterraine invraisemblable, il croit avoir trouvé un nouvel espace où s'accomplir, où tout recommencer, en démarrant par son exploration. Mais en vérité, ce labyrinthe dément est une nouvelle cage dans laquelle il s'enferme, s'isole du monde. Sauf qu'ici plus personne ne le juge.

A l'exception de Mary, la psychanalyste à qui il se confie et qui écoute son récit avec perplexité. Il n'en faut pas davantage à Clark pour qu'il se vexe et quitte le cabinet de sa thérapeute en lui promettant de revenir avec des preuves. Mais il ne va que reproduire les mêmes erreurs, entraînant dans sa quête ses deux employés puis Mary elle-même.

Clark est un être déraisonnable quand Mary incarne la raison. Lorsqu'à son tour elle pénètre dans les backrooms, elle porte un regard aussi sidéré sur l'endroit que Clark la première fois mais elle est moins fascinée que méfiante. Pas assez cependant pour voir venir la prochaine manoeuvre de Clark, mais suffisamment pour ne pas vouloir rester prisonnière.

Bien entendu, Kane Parsons a dû beaucoup regarder les films de David Lynch (la chambre rouge de Twin Peaks est ici remplacée par les pièces aux murs jaunâtres) et il a dû voir et revoir Cube de Vincenzo Natali (pour l'idée d'un lieu clos et infini). Mais il a aussi digéré ces influences pour réaliser une oeuvre très originale, étrange, addictive, qu'on visionne en se disant souvent "WTF ?".

C'est aussi en cela que Backrooms est une réussite : l'auteur résiste à l'envie de trop expliquer de quoi il s'agit (même si à la fin il donne quelque clés) et il ne se contente pas d'exploiter une idée juste pour faire sursauter le spectateur d'effroi. Le film joue intelligemment, et comme rarement de nos jours, la carte de la suggestion, du mystère, de la tension plutôt que de l'horreur (même s'il est classé, à mon avis à tort, comme un film d'horreur).

Il y a des éléments grotesques, d'autres flippants, hypnotiques, perturbants dans Backrooms, mais son plus achèvement réside dans sa sobriété. Jamais le spectateur ne sait où on l'emmène, ce qui va se passer. Parfois il ne se passe d'ailleurs rien, mais en même temps c'est cette absence d'événements qui participe à l'angoisse. C'est très malin, sans être roublard (ou juste un peu).

J'ai supposé que Parsons avait potassé Lynch et Natali, mais si ça se trouve, je me trompe et peut-être que ce garçon est juste habité par des visions, ce qui expliquerait son attachement à cet univers et sa volonté de continuer à l'exploiter dans sa forme initiale. Alors que Curry Barker est déjà en train de préparer l'après-Obession (un remake de Massacre à la tronçonneuse), Parsons se montre beaucoup plus discret, voire prudent.

Grâce à A24, il a, en outre, eu accès à des conditions de tournage plus confortables et un casting plus relevé. Démarrer en dirigeant rien moins que Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve n'est pas donné à tout le monde : on parle là de deux comédiens impressionnants, nommé pour l'un à l'Oscar du meilleur rôle (pour 12 Years a Slave) et récompensée pour l'autre d'un Prix d'interprétation à cannes (pour Julie en 12 chapitres). 

Le point commun à Ejiofor et Reinsve, c'est de ne jamais surjouer l'effroi comme c'est de mise dans les films d'horreur justement. Ils sont dans une retenue qui concourt à faire du film un récit plus intense et intériorisé, et donc plus efficace dans les moments les plus crispants. C'est vraiment une riche idée de les avoir réunis.

Backrooms est donc un film remarquable et très prometteur pour son réalisateur. Et parmi tous ceux qui l'ont déjà vu, nombreux seront ceux qui apprécieront de le revoir, avec l'espoir d'en découvrir de nouvelles dimensions, de nouveaux secrets.

samedi 11 juillet 2026

LE DELICIEUX PROFESSEUR V. (Julia May Jonas, 2026)


La Narratrice s'adresse à nous pour nous expliquer qu'à la cinquantaine, elle déplore de ne plus exercer le même attrait sur les hommes. Elle enseigne la littérature dans une université de province et souffre d'un manque d'inspiration pour écrire son second roman, des années après la publication du premier qui avait reçu un excellent accueil critique et public. Par ailleurs, son mari, John, également professeur, est accusé par plusieurs élèves d'avoir eu des relations sexuelles avec elles et doit faire face prochainement à une audience pour statuer sur son sort.


Mais la situation de la Narratrice connaît un bouleversement imprévu lorsqu'elle fait la connaissance de Vladimir, un jeune et séduisant écrivain qui vient enseigner dans son établissement. Elle fait la connaissance de Cynthia, l'épouse de ce dernier, également recrutée comme professeur assistante. En dépit des efforts de la Narratrice pour sympathiser avec elle, Cynthia semble l'éviter alors que Vladimir se montre plus aimable. La Narratrice fantasme alors sur lui, s'imaginant vivre une passion charnelle sans oser lui avouer son trouble.


Cela lui redonne goût à l'écriture et elle se met à griffonner fiévreusement une histoire basée sur son désir d'être possédée par Vladimir. Ce dernier échange avec elle sur leurs premiers romans respectifs tout en confessant les difficultés qu'il rencontre dans son couple depuis la naissance de leur fille âgée de trois ans. Alors que l'audience de John approche et que les plaintes contre lui se multiplient, la Narratrice est à son tour accusée par ses élèves et ses collègues de ne pas se désolidariser de son mari...


Vladimir (en vo) est une mini-série, apparemment complète, en huit épisodes disponible sur Netflix. J'étais passé à côté lors de sa mise en ligne et je suis tombé dessus un peu par hasard, sans rien savoir de son intrigue mais intéressé par le premier rôle interprété par Rachel Weisz, comédienne hélas ! trop rare et désormais plus souvent citée comme étant la femme de Daniel "James Bond" Craig.
 

Il fut un temps où Weisz était l'actrice anglaise prometteuse à qui beaucoup prédisait un avenir radieux, puis elle fut éclipsée par Kate Winslet, auréolée, elle, du triomphe de Titanic. Elle brilla pourtant dans Pour un garçon (aux côtés de Hugh Grant), The Fountain (de Darren Aronofsky, son compagnon alors), My Blueberry Night (de Wong Kar-Wai) et chez Yorgos Lanthimos (The Lobster et The Favourite).


Julia May Jonas a adapté son propre roman mais, à ce que j'ai appris, elle en a tiré vraiment autre chose, en se concentrant sur le personnage joué par Weisz, une femme de 50 ans qui voit sa vie lui échapper au moment même où son mari est impliqué dans un scandale sexuel et où elle s'enflamme pour un jeune professeur dans l'université où elle exerce.


Dit comme ça, la série paraît ressembler à une espèce de fable vaguement érotique entre un bellâtre et une femme mûre. Mais Le Délicieux Professeur V. (en vf - quel titre de m...) est une toute autre affaire grâce à sa narration particulière où l'héroïne brise le quatrième mur, s'adressant directement à nous pour relater les faits.


Ce procédé donne un ton à la fois très drôle et très ambigu à toute la série parce que, effectivement, c'est raconté avec humour, celui d'un personnage qui veut maîtriser une histoire incontrôlable, et parce que le téléspectateur se demande vite si ce qu'elle nous confie est la vérité ou une version délirante de la réalité.
 

A cet égard, le final de la série, dont je ne dirai rien, est emblématique : on y voit la Narratrice contemplant un chalet en feu et nous rassurer en certifiant qu'elle a appelé les Secours et que tout s'est bien terminé. Sauf qu'elle le dit avec un détachement suspect, haussant les sourcils, souriant étrangement, ce qui nous fait douter que tout s'est vraiment bien terminé...

Avant cela, il faut un peu s'armer de patience. La série peine un peu à décoller et le recours à la représentation des fantasmes puis au retour à la réalité est un brin répétitif. C'est marrant puis un un tantinet lassant. On se dit, inquiet, que si ça continue encore comme ça jusqu'à la fin, on ne va pas tenir. Mais heureusement, ce n'est pas le cas.

Je me plains souvent des subplots dans les séries car la plupart du temps je trouve qu'ils ne font que charger inutilement la barque au lieu de se concentrer sur l'intrigue principale. Mais là, on a droit à des trames secondaires qui viennent vraiment alimenter le coeur du récit, comme par exemple les accusations qui vont toucher et la Narratrice et son mari.

On apprend très vite que les deux ont scellé un pacte au début de leur mariage pour former une union libre : chacun peut coucher avec un ou plusieurs autres tant que cela ne ruine pas leur relation et n'aboutisse au divorce. John en a largement plus profité qu'elle, mais elle ne s'est pas privée non plus d'avoir des amants (souvent les professeurs dont elle était l'élève  et on peut supposer que c'est ainsi qu'elle a épousé John, qui est plus âgé qu'elle).

Toutefois, John a jeté son dévolu sur de jeunes femmes qui contestent des relations consenties au prétexte qu'il leur aurait promis de bonnes notes ou des lettres de recommandations. L'une d'elles fait d'ailleurs la liaison, si je puis dire, entre John et la Narratrice puisque la Narratrice a provoqué son redoublement, et donc la perte de sa bourse universitaire, et donc l'arrêt de ses études. Cette élève paraît vouloir se venger autant de John que de la Narratrice, même si la Narratrice se défend de l'avoir privée de ses études pour des motifs personnels.

En surchauffe à cause du désir secret qu'elle éprouve pour Vladimir, la Narratrice se trahit en consacrant de plus en plus de cours à l'érotisme dans la littérature. Ses étudiants remarquent, embarrassés, cette lubie et s'en plaignent à la direction avant de lui reprocher de ne pas avoir condamné les agissements de son mari (en le quittant par exemple).

Alors qu'on menace de la suspendre ou de la forcer à démissionner, la Narratrice tente un coup de poker en transformant son cours en forum où ses élèves peuvent l'interroger sur tous les sujets qui fâchent - une manière de riposter audacieuse, contre la prise de pouvoir par les étudiants, et plus généralement contre le wokisme grandissant de la génération Z.

Ce moment clé donne une perspective épatante à la série dans la mesure où l'axe de défense de la Narratrice est que les choses se passaient différemment à l'époque où elle-même était étudiante puis a commencé à enseigner. Il ne s'agit pas de justifier des comportements effectivement délicats, juste de présenter l'évolution des moeurs quand celles-ci ne progressent pas forcément de la manière la plus pertinente.

Vous l'aurez compris : la série a beau mettre en avant, dans ses titres, Vladimir, il n'en est pas le héros, mais en quelque sorte le catalyseur. Il réveille chez la Narratrice des sentiments, des sensations enfouies, et révèle la complexité de sa position en tant que femme, épouse, enseignante, auteur, mère de famille (sa fille est une avocate lesbienne qu'elle a du mal à laisser partir du foyer familial et qu'elle rechigne à mêler aux déboires de son couple).

Au fond, quand on a terminé de visionner les huit épisodes, on peut même se demander si Vladimir (et par conséquent Cynthia, personnage fuyant et dont on découvre tardivement pourquoi) a réellement existé où s'il s'agit d'une illusion magique dans la mesure où elle lève le voile sur ce qui va ranimer la Narratrice. Qu'importe ! qu'il soit réel ou pas, il résout bien des questions chez une femme qui n'avait plus de réponses.

La réalisation a été entièrement assurée par des femmes, moins en vérité pour faire de la série une production féministe que pour coller au sujet, et c'est là aussi brillant dans la mesure où elles n'ont pas cherché à atténuer quoi que ce soit ou à la teinter d'une orientation précise. Tout est constamment équivoque, pas forcément sympathique, souvent dérangeant, stimulant en un mot.

Et le casting est au diapason. John Slattery, l'iconique Roger Sterling de Mad Men, incarne le mari infidèle mais amoureux avec un mélange de désinvolture et de raffinement irrésistible. Leo Woodall, vu dans la saison 2 de The White Lotus, donne corps à Vladimir avec beaucoup d'autodérision. Jessica Henwick aurait mérité un peu plus de place, mais elle est comme d'habitude parfaite.

Et surtout Rachel Weisz est extraordinaire. A 56 ans, elle n'a jamais paru aussi radieuse, voluptueuse, malicieuse. Elle donne du piquant à son personnage et en même temps une sorte de tension - on la sent prête à rompre à tout moment, à se perdre dans un chaos innommable, puis elle se ressaisit et emporte tout sur son passage. Splendide !

Avec un format court (30' par épisode), on binge watche cette série imprévisible et inattendue mais surtout brillante, sensuelle et spirituelle.

STAR-CROSSED #1 (of 5) (Mark Millar / Corrado Mastantuono)


Thena Kole et Cody Blue ont dérobé une énorme somme d'argent à la femme la plus riche de l'univers. Elle s'apprête à remettre ça lors d'une soirée sur la planète Moor lorsque d'autres braqueurs surgissent - en réalité des chasseurs de primes venus pour les appréhender...


Cette mini-série s'est faite désirer puisqu'elle était annoncée depuis... 2019 ! A l'époque Mark Millar venait de publier, chez Image Comics, deux autres mini, d'un côté Space Bandits (co-créée et dessinée par Matteo Scalera) ; de l'autre Sharkey the Bounty Hunter (co-créée et dessinée par Simone Bianchi), et le scénariste avait programmé un crossover entre ces deux titres dans la foulée.


Star-Crossed arrive donc, enfin, sept ans plus tard, et cette fois chez Dark Horse, qui publie tout le catalogue de Millar. Première question : faut-il avoir nécessairement lu Space Bandits et Sharkey the Bounty Hunter avant de se lancer dans cette nouvelle mini-série ? Réponse : non. Tout est dit dans cet épisode qui représente les personnages principaux en les plongeant dans le feu de l'action.
  

Thena Kole et Cody Blue sont deux voleuses : la première a été trahie par son gang dont elle s'est vengée avec la complicité de la seconde, également bafouée par son partenaire. Depuis elles ne sont pas quittées et continuent de dépouiller de riches cibles. Jusqu'à s'être attaquée à la Mère-de-tout, la femme la plus riche de l'univers, qui décide de recruter les plus redoutables chasseurs de primes pour les capturer.


Et, ce n'est pas un spoiler puisque c'est évident, Sharkey et son assistant, Extra-Billy, vont se lancer à la recherche des deux filles. Mark Millar a raison de procéder comme il le fait, sans s'embarrasser de longues scènes d'exposition : son récit est clair, son intrigue simple, place aux péripéties et aux rebondissements sans tarder.

Que vous ayez donc lu ou non les deux séries auxquelles Star-Crossed fait référence (sans que cela vous dispense de le faire ensuite, surtout Space Bandits qui est très fun), vous serez diverti sans problème. Millar a renoncé à toute subtilité depuis longtemps et ce n'est pas grave : il veut s'amuser et vous entraîner dans son sillage.

Et force est de constater que si le bonhomme ne fait plus guère d'efforts pour être original, au moins peut-on lui reconnaître une redoutable efficacité. En 25 pages, il nous gratifie d'un épisode dense et généreux, avec des personnages très cool, colorés, de l'action à gogo, et un cliffhanger facile mais accrocheur.

Après avoir réussi à recruter les plus grands dessinateurs chez Marvel et DC ces dernières années (allant même jusqu'à convaincre Travis Charest d'illustrer un chapitre de The Ambassadors !), le scénariste doit à présent se tourner vers des artistes peut-être moins connus des fans de comics américains mais pas moins talentueux.

Je me rappelle, pour l'anecdote, lui avoir une fois soumis l'idée qu'il devrait proposer à Corrado Mastantuono de travailler avec lui. Cet immense dessinateur italien, qui a brillé sur Tex ou Nick Raider mais aussi Elias le maudit, gagne à être célébré comme il se doit. Et quelle ne fut pas ma joie quand j'ai appris qu'il allait s'occuper des pages intérieures de Star-Crossed !

Mastantuono est un génie : sa narration est limpide et alerte, ses personnages expressifs et charismatiques, et son expérience des fumetti lui permet de s'approprier n'importe quel genre de récits. Ici, il s'empare des créations de Millar, Scalera et Bianchi comme si elles étaient siennes depuis longtemps.

Les décors sont fouillés, le flux de lecture est d'une fluidité incomparable, il est littéralement impossible de résister à la qualité de ces planches, qu'il a en outre colorisées avec Niso Mastantuono, son fils (cela fait penser au duo Sean et Jacob Phillips).

Pour ne rien gâcher (en espérant que cela préfigure une nouvelle collaboration avec Millar), c'est rien moins que Stuart Immonen qui est le cover artist du projet !

Alors vous savez ce qu'il vous reste à faire ? Lisez Star-Crossed !

BLACK CAT #12 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Le Punisher retient prisonnière Black Cat depuis quatre jours en espérant qu'elle finira par s'excuser d'avoir tué son chien. Mais elle y est d'autant moins disposée qu'elle tient maintenant à se venger de son geôlier pour l'avoir retenu captive...


Le deuxième partie de cette histoire (qui se conclura le mois prochain avant que la série ne soit impactée par l'event Queen in Black) est aussi drôle que mouvementée. Black Cat a malencontreusement tué le chien du Punisher alors qu'elle fuyait des malfrats qu'elle avait dépouillés. Frank Castle a d'abord voulu venger son chien avant de réclamer des excuses à Felicia Hardy.


Quand cet épisode démarre, Black Cat est détenue dans une cellule improvisée depuis quatre jours (et autant de nuits) et il n'est pas question pour elle de s'excuser. Au contraire, elle est résolue à infliger une correction au Punisher pour l'avoir enfermée. Pour cela, elle doit d'abord s'évader, ce qui ne sera pas aisé... Car le Punisher semble immunisé contre la malchance qu'elle attire pourtant d'habitude contre ses adversaires.


G. Willow Wilson s'amuse beaucoup et son enthousiasme est communicatif. Elle s'interroge surtout sur la réalité du pouvoir de Black Cat : peut-elle porter malheur à ceux qui la contrarient ? Ou bien ses talents de voleuse et d'acrobate suffisent-ils pour les dominer ? Face à un homme aussi pragmatique que Frank Castle, en tout cas, sa chance semble tourner.
 

Mais la logique de Castle est aussi battue en brèche : lui aussi a une vision binaire du monde qui l'entoure. Tout individu qui contrevient à ses devoirs ou à la loi mérite une leçon (fatale dans le second cas). Il ne veut pas tuer Black Cat mais qu'elle s'excuse, sincèrement, d'avoir tué son animal de compagnie, qui représentait la partie la plus compassionnelle de son caractère.

Entre la captive et son geôlier, c'est donc une inévitable escalade. Et Black Cat ne fait rien pour en rester là, y compris quand elle échappe au Punisher, prêt, lui, à laisser tomber. L'aventure devient une pure comédie où chacun ne sait plus s'arrêter avant que l'affaire ne devienne incontrôlable. Et le cliffhanger de l'épisode montre, de manière délirante, à quel point l'affrontement prend une envergure ahurissante.

C'est donc un régal à lire, d'autant plus parce que c'est Andrés Genolet qui assure les dessins et que son trait très expressif sied à merveille au récit. Sans avoir à appuyer son découpage pour souligner les excentricités du script, l'artiste nous fait partager les émotions de deux personnages coincés dans leurs choix jusqu'au moment où ils ne maîtrisent plus rien du tout.

En ce sens, je crois que Genolet est plus doué que Melnikov, l'autre dessinateur de la série, qui ne possède pas la même subtilité pour animer les personnages. Melnikov est doué quand ça bouge et que l'action domine. Genolet l'est aussi, mais en plus il a cette capacité à représenter les réactions par des mimiques plus variées et irrésistibles.

Black Cat continue donc d'être un divertissement savoureux et atypique dans la production super héroïque majoritairement sérieuse. Pourvu que ça dure encore longtemps !