samedi 7 mars 2026

THE AVENGERS, VOLUME 6 : THE GRAIL (Jed MacKay / Javier Pina, Farid Karami, Sergio Davila)


THE AVENGERS, VOL. 6 : THE GRAIL
(The Avengers #31-36)


Kang s'ennuyait et pour se remotiver dans ses conquêtes a cherché dans les temporalités alternatives un double de lui-même capable de le challenger. Ainsi a-t-il créé Myrdinn, qui allait lui permettre également d'abuser les Avengers en les poussant à partir en quête du Graal, l'artefact permettant de créer un nouvel univers en détruisant l'univers actuel. Et pour tester les Avengers, il a créé la Cour du Crépuscule sur le modèle des Chevaliers de la Table Ronde. Mais ceux-ci ont failli et il les a remis au Grand Maître qui les a banni à la fin des temps.
 

Aujourd'hui, Kang s'est démasqué et les Avengers, dans le Battleworld en ruines, assistent à son triomphe car il détient le Graal. Pour les écarter de son chemin, il les confronte à une armée de zombies. Cependant, la Cour du Crépuscule retrouve la Cité Impossible, leur Camelot et elle les conduit sur le Battleworld pour aider les Avengers à vaincre Kang/Myrdinn. 


Pour remonter l'espace-temps, la Cour du Crépuscule et Camelot utilisent des pierres de l'infinité trouvées à la fin des temps. Arrivée sur le Battleworld, la Cour se charge des zombies pour permettre aux Avengers d'affronter Kang. Mais contre toute attente, les héros n'attaquent pas le conquérant : ils lui récapitulent leurs victoires au cours des derniers mois pour prouver que leur adversaire n'est pas digne de posséder le Graal et donc de finaliser son plan de créer un nouvel univers au détriment de l'actuel...


Ainsi, avec ces six épisodes, s'achève le run de Jed MacKay comme scénariste de The Avengers, après 36 numéros et 3 ans à son poste. L'Histoire jugera de ce qu'il en restera, même si les fans ont déjà estimé que c'était globalement un ratage, ou en tout cas un passage insuffisant pour entrer dans les annales du titre.


Pour ma part, je trouve que c'est sévère. J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer les circonstances dans lesquelles Jed MacKay a dû travailler. Marvel aligne de plus en plus ses comics sur son MCU et le scénariste s'était donc engagé en sachant qu'il devait absolument utiliser Kang comme le grand méchant de ses histoires puisque c'était le plan pour les films prévus.


Mais le plan ne s'est pas déroulé comme prévu : l'acteur choisi pour incarner Kang (Jonathan Majors) a été pris dans une grave affaire judiciaire, condamné, et licencié par Marvel. Après avoir songé à le remplacer, le studio a préféré modifier son agenda et changer d'adversaire, au profit de Dr. Fatalis dans le futur diptyque Avengers : Doomsday/Secret Wars (qui sera joué par Robert Downey Jr.).

MacKay aurait pu, sans doute, faire la même chose, mais il a préféré mener sa saga à son terme, sans rien changer de son casting. D'ailleurs, à l'exception de Thor qui a quitté les Avengers en cours de route (pour répondre à ce que Al Ewing avait écrit dans la série The Immortal Thor), MacKay n'a pas non plus modifier la composition du groupe, conservant les mêmes héros depuis le n°1.

Ensuite, le scénariste a voulu inscrire son récit dans une suite d'événements ponctuels : une manière assez habile de justifier les events Marvel comme une succession de tribulations inévitables, écrites à l'avance. Le procédé a pourtant moins convaincu dans la mesure où MacKay n'est pas Bendis, Hickman ou un des anciens architectes Marvel, qui pouvaient réellement prétendre tracer l'enchaînement des sagas de l'éditeur.

Mais c'était bien tenté et il reste que Marvel semble avoir choisi d'organiser ses events comme une série en soi, chacun faisant office de rampe de lancement au suivant (au moins jusqu'au prochain, Armageddon, dont on nous assure qu'il rebattra les cartes comme Avengers : Disassembled en son temps).

Si je refuse de saquer le run de MacKay, c'est pour la bonne raison, me semble-t-il, qu'il a, plus que Jason Aaron ou Jonathan Hickman avant lui, écrit avec des contraintes considérables, l'interventionnisme de l'équipe éditoriale à son maximum (là où Aaron, Hickman, et bien entendu Bendis, avaient, eux, les mains bien plus libres).

Parvenir à raconter quelque chose de cohérent et de solide dans ces conditions est à mettre au crédit de MacKay, quand bien même il n'a peut-être pas satisfait à ce que beaucoup attendent d'une série Avengers, surtout après les runs épiques de Aaron et Hickman avant lui. Il a fait ce qu'on lui a commandé, avec professionnalisme, et en même temps il n'a pas dévié de sa propre feuille de route.

La conclusion est-elle satisfaisante ? La motivation de Kang peut sembler assez grotesque (un conquérant qui s'ennuie et se trouve un double à même de le remotiver) et on sent que le récit peine à trouver une conclusion digne de ce nom. La résolution, que je ne spoilerai pas, est habile à défaut d'être géniale. 

Lorsqu'on termine un run, il faut surtout ranger dignement les jouets dans leur caisse, de manière à ce que l'auteur suivant puisse les retrouver facilement. De ce point de vue, MacKay est irréprochable et son dernier épisode est exemplaire. Je trouve même intelligent la façon dont il envisage qu'une équipe d'Avengers se dissout, une fois sa grande mission achevée, pour faire place à une nouvelle et en votant pour son prochain chef.

Là encore, on peut chipoter et il est vrai qu'avoir placé Captain Marvel dans le rôle de leader des Avengers n'a pas fonctionné. MacKay a souvent écrit en continuant à faire de Black Panther le vrai stratège du groupe et Iron Man celui qui met en oeuvre les idées du chef. Carol Danvers s'appuie trop sur eux et donne souvent l'impression de ne trancher qu'après que les hommes aient parlé. Dommage.

Il y a aussi, pour moi, un vrai problème Sam Wilson : en avoir fait un Captain America bis ne fait qu'embrouiller les choses, je n'aime pas quand deux personnages portent le même nom/titre. Sam Wilson a suppléé Steve Rogers à un moment mais quand celui-ci a recouvert ses moyens, comme Bucky Barnes, Wilson aurait dû abandonner le bouclier. Sam Wilson est le Faucon, que Marvel l'exploite comme tel au lieu de chercher à lui faire jouer un rôle qui ne sera jamais le sien.

Dans la back-up du #34, Brian Michael Bendis mettait en scène les Avengers classiques : Steve Rogers, Tony Stark, Thor Odinson (puis Hulk, la Guêpe, Ant-Man, Hawkeye, Black Widow, etc). Je crois que la trinité Rogers-Stark-Thor tient à coeur aux fans, comme Superman-Batman-Wonder Woman pour la Justice League. Si on ne joue pas avec eux, alors autant jouer avec d'autres personnages (comme le même Bendis le fit en faisant de Luke Cage le leader des New Avengers).

Visuellement, ce dernier arc est très bon : Javier Pina réalise les planches des n°31 et 33, en imitant le style de Pepe Larraz, avec un encrage épais mais texturé comme du carbone, et c'est excellent. Il s'acquitte de sa tâche avec toujours la même application et je trouve qu'il mériterait depuis longtemps d'être considéré comme davantage qu'un fill-in artist.

Sergio Davila s'occupe du n°35, et c'est vraiment l'épisode le plus décevant du lot. La différence de niveau est affligeante, c'est un vrai faux pas.

Enfin Farid Karami est là pour les épisodes 32, 34 et 36, et justement là on voit à quel point il domine son sujet et écrase la concurrence. Son brio technique, la qualité des pages, leur niveau de détail, leur découpage énergique, tout concourt à régaler le lecteur. Ce garçon, si Marvel ne fait pas de conneries avec lui, est promis à un grand avenir.

Quel avenir pour la série ? Il semble bien que Marvel fasse le pari, culotté, de ne pas la relancer avant plusieurs mois, certainement seulement après l'event Armageddon. Celui-débute le 6 Juin prochain et comptera cinq épisodes. A quel rythme ? Si c'est mensuel, ça nous entraîne jusqu'en Novembre, donc une éclipse de 8 (!) mois pour Avengers.

Qui écrira alors la série après MacKay ? Beaucoup pensent qu'en toute logique cela reviendra à Chip Zdarsky, puisqu'il écrit Armageddon, qu'il vient de prolonger son contrat avec Marvel de deux ans (même si ce n'est pas un contrat d'exclusivité, mais il l'a dit lui-même, l'éditeur compte sur lui pour construire la suite dans les deux prochaines années).

Cela ne me dérangerait pas, quand bien même Zdarsky n'a jamais écrit de team book, surtout comme Avengers. A moins qu'il n'ait déjà négocié avec le staff éditorial pour qu'on lui laisse écrire ce qu'il souhaite. 

J'aimerai quand même plus que Bendis reprenne les commandes, mais en a-t-il envie ? Il semble avoir toujours des projets en creator-owned chez Dark Horse, et en ce qui concerne son retour chez Marvel, il se borne pour l'instant à des "projets spéciaux". Et puis il reste celui qui a écrit le plus d'épisodes de la série, alors serait-il motivé pour la relancer ?

On verra. Et, en attendant, que rien ne vous empêche de lire le run de Jed MacKay et, pourquoi pas, de l'évaluer, la tête froide...   
*

Ci-dessous : les couvertures connectées des épisodes 33 à 36
par Russell Dauterman, représentant TOUS les Avengers !


vendredi 6 mars 2026

THE AVENGERS, VOLUME 5 : MASTERS OF EVIL (Jed MacKay / Valerio Schiti, Andrea Broccardo, Farid Karami)


THE AVENGERS; VOL. 5 : MASTERS OF EVIL
(The Avengers #25-30)


- #25-28 : MASTERS OF EVIL (Jed MacKay / Valerio Schiti : #25, Andrea Broccardo : #26-28, Farid Karami : #27) - Dr. Fatalis est devenu empereur grâce aux pouvoirs qu'il a dérobés au Dr. Strange. Les Avengers sont en première ligne pour l'affronter. Mais le Penseur Fou refuse d'être au service du nouveau maître du monde et veut établir un baston indépendant. Pour cela, il a rassemblé Oubliette Midas, Mr. Hyde, MadCap et Dreadknight.
 

Pour établir sa propre nation, le Penseur Fou décide d'occuper la Cité Impossible, l'actuel repaire des Avengers, et une fois dans la place, de se servir du Cartel des Cendres comme arme de dissuasion si Fatalis venait à s'en prendre à son équipe. Mais ce qu'il ignore, c'est que Captain America (Sam Wilson), blessé durant un combat, a été renvoyé dans la Cité Impossible pour y recevoir des soins - et quand il découvre la présence des Maîtres du Mal, il entend les neutraliser...


Bigre ! Je me rends compte que la dernière fois que j'ai rédigé la critique d'un volume de The Avengers par Jed MacKay remonte à presque un an (si je ne compte pas l'article spécial que j'avais écrit à l'occasion du n°34 de la série avec la back-up écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Mark Bagley). Il fallait donc que je m'y remette...


... D'autant plus que le n°36 vient de sortir et marque la fin du run de Jed MacKay. Le scénariste conclut donc son passage après trois ans de bons et loyaux services et on peut lui reconnaître du mérite car il a eu les mains liées dès le départ par l'équipe éditoriale de Marvel quand au choix de la saga qu'il devait animer, avec Kang comme méchant.

Car Kang devait, à l'époque, encore être le grand antagoniste des Avengers au cinéma. Mais ça, c'était avant l'affaire Jonathan Majors (accusé et condamné pour des faits de harcèlement et agressions sexuelles, qui lui ont valu d'être renvoyé des studios Marvel et blacklisté à Hollywood). Malgré tout, MacKay a quand même poursuivi l'intrigue qu'il avait mise en place.

Ce cinquième tome est donc l'avant-dernier et il rassemble les épisodes 25 à 30. La série est directement impactée par l'event One World Under Doom et l'album est divisé en deux parties : un premier arc qui donne son titre au recueil et qui se déroule durant la période de l'event et un second qui reprend le fil de l'histoire en cours depuis le début du run de MacKay.

On notera tout d'abord la confusion que peut entretenir le titre de ce premier arc puisque, dans One World Under Doom, les Avengers s'allient à un moment à d'autres Maîtres du mal (le Baron Mordo, la Goblin Queen, Dr. Octopus, Arcade, MODOK et Mysterio). En même temps, le nom de Maîtres du mal renvoient de façon plus globale aux ennemis des Avengers (un peu comme le Crime Syndicate pour la Justice League).

MacKay réussit ce qu'il fait de mieux : ce n'est pas vraiment un extraordinaire scénariste de team books, mais plutôt un auteur à son avantage quand il se concentre sur un personnage principal (comme Black cat, Moon Knight). Cette fois, il met face à cette bande de vilains Sam Wilson/Captain America, seul contre tous, dans la Cité Impossible.

Black Panther le rejoint dans son combat sur les deux derniers épisodes avant le retour des Avengers. L'affrontement est mené très efficacement et permet, pour une fois, de montrer ce que vaut vraiment Sam Wilson dans son rôle de "Captain Falcon", d'autant qu'il doute, au début, de son utilité au sein de l'équipe, n'ayant ni grand pouvoir ni vrai rôle dans cette formation.

Lorsqu'il est aux côtés de Black Panther, il forme un duo épatant, d'autant qu'à aucun moment le scénariste ne joue la carte des deux hommes noirs unis contre une bande de malfrats - ça fait du bien de lire du comics qui ne se prend pas les pieds dans du wokisme de bas étage (oui, je pense à toi, Gail Simone).

Visuellement, l'arc est aussi de bonne tenue : Valerio Schiti signe le #25, son dernier, sans forcer son talent mais c'est toujours un plaisir. Puis il est remplacé par Andrea Broccardo, dont le style est moins affirmé et manque un peu d'adresse dans les compositions mais qui ne démérite cependant pas. Farid Karami intervient très brièvement sur le #27 pour montrer T'challa avant qu'il ne revienne dans la Cité Impossible.

Tout ça est classique, la fin est un peu rapidement expédié, il est sensible que MacKay s'acquitte de cet exercice du tie-in sans enthousiasme, mais ça se lit bien malgré tout. 


- #29-30 : THE MISSING MOMENT + INTO THE RUPTURE (Jed MacKay / Farid Karami) - Vision a décrypté le Codex de Kang (dérobé durant leur aventure dans l'espace - voir le volume précédent) et a découvert ce que signifiait le fameux "Instant Manquant" après lequel le conquérant temporel et son rival Myrdinn courent depuis le début. Mais les Avengers doivent consulter Reed Richards avant d'aller plus loin car le leader des Fantastic Four est directement impliqué...


Jed MacKay reprend donc le fil de son histoire là où l'avait laissé, c'est-à-dire après le casse dans le casino spatial (histoire très divertissante du volume 4). Les Avengers avaient réussi à récupérer le Codex de Kang au nez et à la barbe de Myrdinn et du Grand Maître avec l'aide inopinée de Black Cat. Ce Codex devait leur apprendre ce qu'était ce mystérieux Instant Manquant qui intrigue tout le monde depuis le début et pour lequel Kang avait réclamé leur aide.

Le scénariste a donc beaucoup attendu avant d'en arriver là et on peut sans doute trouver qu'il a trop attendu. Mais avec les épisodes tie-in à Blood Hunt (event qu'il a écrit et donc dont il est responsable) puis ceux de One World Under Doom (qu'il n'a pas écrit mais sur lequel il a dû se caler), c'est autant de délais avec lesquels il a jonglés.

Souvenez-vous : quand le run de MacKay débute, les Avengers découvrent Kang agonisant et suppliant qu'il l'aide à retrouver l'Instant Manquant. S'ils ne le font pas, alors des événements dramatiques surviendront, menaçant non seulement leur équipe, mais la Terre et l'univers (et au-delà). Blood Hunt fut l'un de ces Tribulations Events - ce qui est une façon pour le scénariste de dire : "hé, mon event n'était pas si débile" (même s'il l'était quand même...).

Vision décode donc tout ça et prévient ses coéquipiers qu'il leur faut en parler à Reed Richards. Pourquoi ? Hé bien, c'est là que MacKay fait quand même fort car il ne se contente pas d'expliquer cet élément constitutif de son run - non, il va plus loin et le relie à Secret Wars de 2015 écrit par Jonathan Hickman.

Là aussi, un rappel est nécessaire : à l'issue de Secret Wars, les Fantastic Four disparaissait (à l'exception de Ben Grimm et Johnny Storm). C'était en vérité moins un geste créatif provocant qu'une conséquence des caprices de Ike Permulter, à l'époque encore un des cadres dirigeants de Marvel qui, vexé de ne pas pouvoir récupérer les droits pour le cinéma des FF, avait ordonné qu'on cesse de publier leur série (les X-Men faillirent connaître le même sort pour la même raison et il en résulta une mise en avant des Inhumains, mais qui ne conquit pas les lecteurs).

Puis Disney s'offrit la 20th Century Fox et avec les droits des FF et des X-Men (mais Permulter n'avait alors plus de responsabilités au sein de Marvel). Pour en revenir alors au volet purement artistique et narratif, Dan Slott récupéra la série Fantastic Four (pour un run que tout le monde préfère oublier) avant que Ryan North n'en hérite.

Ce qu'on apprit néanmoins, c'est que Reed Richards, sa femme Sue et leurs enfants Valeria et Franklin, n'avaient pas perdu leur temps durant leur absence puisque l'univers post-Secret Wars 2015, hé bien, c'était leur oeuvre. Ils l'avaient refaçonné, ce qui en faisaient des architectes divins en somme. Mais quel rapport avec l'Instant Manquant ?

A proprement parler, il ne s'agit pas vraiment d'un "instant", mais plutôt d'un morceau, d'une faille, laissée consciemment par Reed Richards, comme une trace pour se rappeler que, même s'il a joué à Dieu, il a voulu laisser un fragment inachevé, un morceau manquant. On apprend aussi (en tout j'ai appris) que c'était le 8ème cosmos créé dans la grande temporalité Marvel.

Alors que se passera-t-il si on retrouve cet "instant" manquant ? Tout simplement (si je puis dire), c'est la possibilité pour celui qui le trouvera de créer un nouveau cosmos, le 9ème, entièrement de sa conception. Et comme Myrdinn n'a pas l'air d'être un individu plus fiable que Kang, il convient de le devancer dans cette quête.

Et le mot "quête" est à dessein puisque trouver l'instant manquant, c'est littéralement partir en quête du Graal - le vrai nom de ce qui peut recréer le cosmos. MacKay prouve qu'il a de la suite dans les idées à défaut d'avoir toujours des idées et une narration brillantes) puisqu'il a plusieurs fois pioché dans le vocabulaire des légendes arthuriennes, avec la Cour du Crépuscule, la Cité Impossible/Camelot, Myrdinn (un barde), et maintenant l'instant manquant/le Graal.

Soyons clair : je ne cherche pas à dire que ce run vaut finalement mieux que ce qu'on pouvait en lire jusqu'alors, juste qu'il déploie une intrigue qui tient quand même debout, qui ne s'égare pas trop. Si MacKay avait eu comme Jason Aaron avant lui la liberté de raconter tout ça sans être parasité par des events, ça aurait gagné en dynamisme, en lisibilité.

En même temps, MacKay a su se différencier de Aaron qui partait dans un délire multiversel, parfois réjouissant, parfois exténuant, et il a dû composer avec un vilain imposé par l'éditorial, et il s'en sort quand même bien. Kang, les tribulations temporelles, c'est toujours compliqué de toute façon - à part Avengers Forever (de Busiek, Stern et Pacheco), peu d'auteurs ont réussi à en tirer quelque chose d'à la fois épique et resserré. Maintenant, on va voir comment MacKay conclura tout ça...

Sur ces deux épisodes, il retrouve en tout cas le formidable Farid Karami, qui aura été la grande révélation de ce run. J'espère vraiment que Marvel a pris conscience de l'immense talent de ce mec, sorti un peu de nulle part, et qui aura produit des épisodes d'une qualité redoutable. Certes son style très détaillé ne lui permet pas d'enchaîner beaucoup d'épisodes d'affilée, mais quand il est aux commandes, c'est vraiment un régal.

L'album s'achève sur la révélation de l'identité de Myrdinn - et donc je serai certainement obligé de la spoiler dans la critique du volume 6 (qui arrive très vite). Souhaitons à ce run, mal aimé, écrit avec application et honnêteté par Jed MacKay, de bien se finir. D'autant que Marvel a choisi de ne pas relancer Avengers dans la foulée (il faudra certainement patienter jusqu'à la fin de l'event Armageddon pour connaître la nouvelle équipe créative et les personnages qui incarneront cette nouvelle version).

THE NICE HOUSE BY THE SEA #8 (of 12) (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Les habitants de la maison de la plage ont commencé à agresser ceux de la maison du lac. Témoins de tout cela, Norah Jacobs se trouve avec Max qui lui permet d'influer sur les événements - ce qu'elle fait en immobilisant les habitants de la maison de la plage...


Si je n'ai jamais rien eu contre ce qu'écrivait James Tynion IV, je sais en revanche qu'il y a finalement peu de choses dans son oeuvre à quoi je suis attaché. C'est certainement quand il produisait des comics purement super héroïques que je le préférais, à l'époque de Detective Comics puis de Justice League Dark


En cela je le rapprocherai de Rick Remender, un auteur que j'appréciai particulièrement quand il était chez Marvel, qu'il a quitté avec fracas pour ne plus produire que des oeuvres en creator owned. Ce n'est pas un reproche : tout scénariste, je pense, rêve de prendre son indépendance, d'être le propriétaire de ses créations, d'être reconnu pour ses oeuvres personnelles.
 

Le cas de Tynion IV est plus ambigu : il garde un pied dans le mainstream d'une grosse compagnie (DC) qui prend soin de lui offrir des conditions de travail privilégiées car il écrit une série rencontrant un énorme succès (The Nice House...), mais la réalité, c'est qu'il est désormais bien plus actif pour son propre label, "Tiny Onion", avec des BD qui se vendent encore mieux.


Comme il est très productif, on peut avoir le sentiment qu'il est partout, quelle que soit la direction dans laquelle on regarde. Il signe des titres en quantité astronomiques, lance des projets par paquets, le cinéma et la télé veulent les adapter. Il fait partie de ces noms à présent très courtisés, salués par la critique, le public, le milieu. Il est sur le toit du monde.

Quand un scénariste atteint cette position se pose inévitablement la question de savoir si tout ce qu'il sort se vaut, si la qualité est toujours au rendez-vous. Ou s'il se disperse, si le buzz autour de lui n'est pas un peu exagéré. Avec Tynion, l'interrogation est à mon avis d'autant plus légitime qu'il écrit principalement dans un genre : l'horreur.

Something is killing the Children et ses spin-off, Exquisite Corpses, The Department of Truth, The Deviant, La vie de Christopher Chaos, Worltr33, en passant par les adaptations des Universal Monsters, tout cela relève de près ou de loin à l'épouvante, au récit horrifique, avec son cortège de personnages, de situations monstrueux.

The Nice House on the Lake et By the Sea s'inscrivent aussi dans cette veine et avec ce 8ème épisode, on atteint le coeur de cette inspiration avec une tuerie organisée, des mutilations physiques, une ambiance sinistre et surnaturelle à la fois. Est-ce un souci ? Il m'apparaît que oui tant j'ai l'impression que Tynion commence sérieusement à radoter, répétant à l'envi le même motif.

C'est d'abord celui des histoires basées sur des groupes de personnages. Ensuite, du conflit organisé entre les membres de ces groupes. Enfin, de la façon brutale de régler ce conflit. Toute la palette y passe, du body horror à l'atmosphère lugubre, de l'action cantonnée à un espace restreint jusqu'aux armes en passant par la figure du/des manipulateur/s.

Après le registre de l'horreur, ce qui plait à Tynion, c'est la conspiration : dans la série des The Nice House..., des extraterrestres rassemblent des humains dans ce qui ressemblent à une sorte de show de real tv sadique (en l'occurrence, la fin du monde et comment dépasser la sidération qu'elle engendre). Walter a choisi des humains avec qui il était devenu ami. Max, des champions dans leur domaine.

Tout ce qui était prévisible se produit donc et les élus de Max veulent donc éliminer les agneaux de Walter. Ce dernier, présumé mort pour ses amis, a pris la forme d'un chien observant le carnage. Max, lui, regarde avec détachement ce qui se passe. Le lecteur, lui, se demande où veut en venir le scénariste, qui veut être à la fois Walter le compatissant et Max l'indifférent.

C'est un peu (beaucoup) où, pour moi, le bat blesse : Tynion joue aux marionnettes avec ses personnages et semble plus Max que Walter. Seul semble l'amuser le jeu de massacre, casser ses propres jouets. Conséquemment, le lecteur aussi finit par s'en ficher aussi : au fond, cela fait longtemps, je m'en rends compte, que tous ces gens ne sont plus attachants. Les victimes manquent cruellement de chair et leurs bourreaux sont d'imbuvables individus affichant un gros complexe de supériorité.

Il subsiste un malaise et si c'est ce que veut faire ressentir ces BD, alors, là, c'est réussi. Mais je doute que Tynion s'intéresse à la question morale : il reste un entertainer usant de grosses ficelles, ce qui semble beaucoup plaire et suffire à ses fans. Son récit en forme d'expérience sur les forts et les faibles à la fin du monde a fini de m'étonner.

A ce stade, je me fiche de qui va gagner, si un camp va gagner, et pourquoi, quelle suite (puisque Tynion a évoqué une troisième série pour boucler l'affaire). Je sais surtout que je ne prends plus de plaisir à lire ça, je n'attends plus les épisodes avec impatience. C'est formidablement dessiné et colorisé, indubitablement, mais c'est aussi écoeurant de cynisme. James Tynion IV a trouvé la formule gagnante : tant mieux pour lui. Mais elle m'a perdu en route.

JSA #17 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


Green Lantern affronte Ultra Humanite qui a pris le corps de son ami Walter Baze et reçoit le renfort inattendu de Hawkman et Hawkgirl. Pourtant leur adversaire réussit à les semer. Pendant ce temps, dans les locaux de StarCo, Wonder Woman, Atom, Flash, Johnny Thunder, Hourman, Sandman et Will Everett se retrouvent...


Après avoir lu ce 17ème épisode de JSA, il y a une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. Commençons par la bonne : il ne reste plus qu'un épisode jusqu'à la fin de cet arc, ce sera terminé le mois prochain. Maintenant, la mauvaise : ce 17ème épisode n'est pas meilleur que les précédents sur cet arc narratif qui sera une purge à lire jusqu'au bout.
 

Je ne vais pas en faire des caisses mais, franchement, c'est mauvais. Jeff Lemire est méconnaissable. Certes, il a toujours été un partisan de la narration décompressée, mais là, c'est proprement intenable. C'est long, c'est lent, ça n'avance pas, c'est mou surtout. La JSA se forme enfin, mais le lecteur s'est déjà lassé, j'ai trop attendu et l'excitation est retombée.


L'enchaînement des scènes est tellement laborieux qu'on se demande si Lemire n'a pas écrit ça en étant lui-même à moitié assoupi - ne riez pas, c'est plausible : il écrit tellement de trucs à la fois qu'il a pu se mettre à rédiger ce script assommé de fatigue et en mode pilotage automatique, alignant les moments avec une telle absence d'inspiration et d'énergie que ça transpire sur la page.


Mais le pire, c'est qu'en plus d'être mal écrit, c'est aussi mal dessiné. On peut notifier que Gavin Guidry a livré ces pages en même temps qu'il travaillait sur Flash, dont il devient le nouvel artiste régulier, mais ce surplus de labeur ne fait que souligner qu'il est incapable de soutenir deux titres mensuels en même temps. Et de toute façon, très peu le peuvent.

Par ailleurs, quand on se disperse de la sorte, le résultat ne peut guère être fameux et, pour gagner du temps, on sacrifie allègrement des éléments graphiques. Ici, la pauvreté des décors (quand il y en a !) est tellement criante qu'on a le sentiment que les personnages se meuvent dans des espaces nus, sans relief, sans détails.

Comme Guidry est un artiste encore en pleine progression, il ne dispose des outils de professionnels plus aguerris qui lui permettraient de cacher la misère de ses dessins, comme par exemple en jouant sur les ombres ou en composant des plans qui tricheraient avec la composition de l'image de sorte que le lecteur ait quand même l'impression qu'elle ne soit pas si bâclée.

Non, tout est désespérément plat, sans vie. L'absence de tonus dans la narration écrite se double d'une absence de tonus dans la narration graphique et, pour parler vrai et cru, on s'emmerde ferme. C'est raté à un point qui fait de la peine, à la fois pour les auteurs, l'éditeur, mais surtout pour le lecteur. Être indulgent dans ces circonstances n'est pas rendre service, ce serait juste fermer les yeux sur un manque flagrant de soin apporté au produit.

Quel gâchis.

jeudi 5 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #23 : DEATH SPIRAL #2 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness)

(Concernant l'identité de l'hôte de Venom...)


Alors qu'il se trouve chez sa tante May auprès de qui il tente de justifier son étrange comportement récent, Peter Parker aperçoit dehors Venom en train de se battre avec Lady Octopus. Spider-Man se joint à la bagarre ainsi que le Shocker. les deux super vilains battent en retraite et Venom révèle qui est son nouvel hôte à Spider-Man...


Je ne peux plus dissimuler le secret de Venom et donc j'ai tenu à prévenir d'entrée ceux qui souhaiteraient le découvrir par eux-mêmes. Mais ça devenait compliqué de ne pas spoiler et dans le cas précis de cet épisode, la révélation est au centre du récit. Il n'y a pas que ça, certes, mais c'est quand même le fait le plus frappant.
 

C'est à Joe Kelly, le scénariste de Amazing Spider-Man, que revient donc l'insigne honneur d'écrire la scène où Peter Parker découvre que Mary Jane Watson est désormais liée à Venom. Al Ewing a prévu d'y revenir, une fois le crossover Death Spiral terminé. On appréciera surtout que Kelly reste dans le ton de Ewing pour ce moment crucial.


C'est-à-dire que Kelly n'en fait pas un plat : s'il n'élude pas le choc que ressent Peter en l'apprenant, il explique sagement les circonstances durant lesquelles MJ a vu son sort scellé à celui du symbiote, un rappel de All-New Venom #6. Tout s'est joué quand Mary Jane agissait sous le masque de super héroïne de Jackpot...


Paul Rabin lui avait confectionné un appareil mêlant magie et technologie et lui permettant d'acquérir des pouvoirs aléatoirement, comme une combinaison de bandit manchot. Je sais ce que vous vous dîtes parce que je me le suis dit aussi : c'était vraiment une idée de merde, et vous pouvez saluer Zeb Wells pour l'avoir eue.

Toutefois est-il que l'appareil a fini par déconner et mettre en danger de mort MJ. Elle a été sauvée par Venom qui venait de fuir Eddie et Dylan Brock, et désormais le symbiote et son nouvel hôte sont liés au point que s'il leur venait à l'idée de se séparer, tous deux en mourraient ! Désolé donc pour ceux que cela hérisse de voir MJ attachée à Venom, mais il semble que ce soit parti pour durer (au moins jusqu'à ce que quelqu'un trouve un moyen de remédier à ce gros problème).

Evidemment, avant même de devenir l'hôte de Venom, faire de MJ Watson une super héroïne pouvait déjà irriter. Mais disons que je préfère voir le verre à moitié plein : comme Marvel refuse qu'elle et Peter soient en couple, personnellement la voir en train de jouer les super héroïnes me semble quand plus mélioratif que la réduire à un rôle de potiche, qui plus en couple avec Paul Rabin.

Et mieux encore, j'estime qu'en faire l'alter ego de Venom est nettement préférable à en faire Jackpot, qui du costume affreux aux pouvoirs grotesques était une catastrophe totale. Al Ewing a réussi à me vendre le concept et j'aime bien la manière dont il construit ce duo détonant, comment cela transforme Venom (sa personnalité, ses capacités), etc.

Pour ce qui est de Death Spiral proprement dit, disons que Joe Kelly joue la montre et ne fait pas beaucoup avancer le dossier. On a quand même un vilain iconique qui se fait trucider par Torment, et c'est pas rien. Mais bon, l'épisode est surtout construit autour de la révélation concernant Venom et MJ, c'est un gros morceau qu'il fallait aborder et maintenant c'est fait.

La bonne nouvelle tient au dessin : Pepe Larraz et John Romita Jr. ne participeront pas à Death Spiral et Marvel a donc eu la très bonne idée de rappeler Ed McGuinness. C'est un artiste qui a de l'expérience et même s'il a un peu trop souvent collaboré avec Jeph Loeb à mon goût, il est parfait pour Spider-Man. Son trait rond, souple, très dynamique, proche du cartoon, c'est ce que j'apprécie sur du Spidey.

McGuinness est un dessinateur généreux et son style est irrésistible : on a droit à des splash pages explosives, des personnages expressifs, et sa façon d'animer ce Venom nouvelle formule le rend encore plus savoureux. Il se dégage de ces planches une bonne humeur contagieuse, à peine modérée par la scène avec Eddie Brock et Carnage ou celle avec Torment au contenu évidemment plus sérieux.

McGuinness est de plus encré par l'excellent Mark Farmer, ancien partenaire d'Alan Davis (je n'ai pas compris pourquoi ils ne travaillent plus ensemble alors qu'ils se complétaient parfaitement). Franchement, c'est un régal. Marvel, oubliez John Romita Jr., laissez-le faire ses trucs avec Millar et installez McGuinness comme second artiste sur Amazing Spider-Man en alternance avec Larraz : si vous faîtes ça, je pourrais même être tenté de relire du Spidey !

Rendez-vous la semaine prochaine pour la 3ème partie de Death Spiral dans Venom #255...

AMAZING SPIDER-MAN/VENOM : DEATH SPIRAL #1 (of 9) (Al Ewing, Joe Kelly, Charles Soule / Jesus Saiz)


Une série de morts étranges déciment des membres de la famille d'Eddie Brock. Celui-ci l'ignore car il a fort à faire avec le symbiote Carnage dont il est devenu l'hôte et dont il calme les pulsions destructrices en traquant des criminels. Lorsque Eddie rend visite à son fils Dylan chez Paul Rabin, ce dernier avertit Mary Jane Watson qui en a la garde. Quant à Peter Parker, il reçoit un inquiétant coup de fil de Brock au cours duquel Carnage lui apprend qu'il sait qu'il est Spider-Man...


Comme j'ai décidé de suivre la série Venom, je ne pouvais risquer de passer à côté d'informations potentiellement importantes contenues dans ce crossover avec la série Amazing Spider-Man. Death Spiral est une saga en neuf parties mais qui ne durera que deux mois et dont le premier volet est co-écrit par Joe Kelly (scénariste de Spider-Man), Al Ewing (scénariste de Venom) et Charles Soule (scénariste de Carnage).


Cependant, même si Soule est impliqué, ce sont bien Joe Kelly et Al Ewing qui sont à la manoeuvre. Marvel a déjà, en partie, spoilé cette histoire en laissant deviner qu'il y a aurait une victime importante - mais bon, les morts ne le restent jamais longtemps dans les comics... Surtout, cette saga introduit un vilain, Torment, et va révéler à Peter Parker qui est le nouvel hôte de Venom.


Pour contextualiser un peu plus, il faut savoir que Peter a passé les derniers mois dans l'espace après avoir été vaincu par Hellgate. Pendant son absence, Ben Reilly, son clone, a joué son rôle en tant que Peter Parker tandis que Norman Osborn s'est fait passer pour Spider-Man. Problème : ni l'un ni l'autre n'ont fait grand cas de la situation familiale, amicale et professionnelle de Peter.


Ben Reilly a ignoré tante May et s'est comporté bizarrement au boulot, tandis que Osborn a vite éveillé les soupçons en jouant au tisseur. Peter constate donc, à son retour, les dégâts et doit essayer de recoller les morceaux. Pourtant il n'est pas au bout de ses peines car Carnage a appris qu'il était Spider-Man et que ce symbiote psychopathe pourrait en profiter pour le répéter.

Dans le jeu de chaises musicales auquel s'est prêté Marvel avec le changement d'hôte de Venom à l'issue de l'event Venom War, il a été décidé que Eddie Brock deviendrait l'hôte de Carnage. Brock tente de raisonner le symbiote en acceptant de traquer avec lui des criminels méritant de mourir, mais cette tâche l'afflige et il cherche à localiser Venom dans l'espoir de renouer avec lui.

C'est ainsi qu'il revoit son fils, Dylan, qui lui révèle qui est désormais attaché à Venom. Ce qui va décider Carnage à piéger tout ce beau monde : Venom, son hôte, Spider-Man, et Eddie Brock. Pour cela il se met en relation avec un tueur en série, Torment, qui assassine ses victimes en ciblant leur arbre généalogique - il décime ainsi la lignée Brock...

Tout ça est assez accrocheur mais très lugubre, et les illustrations de Jesus Saiz enfoncent le clou, avec une ambiance des plus sombres. La colorisation de Matt Hollingsworth souligne ce parti-pris (à moins que ce ne soit un problème d'impression ?). En tout cas, on a le sentiment permanent de lire une BD sous exposée au niveau des lumières.

En convoquant cette collection de personnages antagonistes, ce crossover m'a fait penser à ce qui s'était produit à une époque avec Hulk après que Jeph Loeb ait transformé tout ce qui passait de près ou de loin à côté de Bruce Banner en créature soumises au mutations des rayons gamma : Betty Ross, Jen Walters, Rick Jones, Thaddeus Ross...

Finalement, quand la série Hulk avait été confiée à Gerry Duggan, Marvel, conscient qu'il y avait désormais trop de Hulks dans la nature, avait demandé à ce qu'un grand ménage soit fait - et Duggan avait accompli un vrai tour de force en quelques mois. Est-ce qu'aujourd'hui on n'assisterait pas à la même procédure avec les symbiotes - ou du moins leurs hôtes ?

A voir. Et à à suivre dans Amazing Spider-Man #23, sorti hier, dont je vous parle très vite...

mercredi 4 mars 2026

DC K.O. #5 (of 5) (Scott Snyder, Joshua Williamson / Javi Fernandez, Xermanico, Wes Craig)


Alors que Lex Luthor pensait avoir gagné la couronne de Roi Oméga, Doomsday/Time Trapper, instruit de son rôle vis-à-vis de l'issue du tournoi, permet à Superman d'affronter Darkseid en lui injectant toute son énergie Alpha. Désormais, les deux adversaires vont se battre non seulement pour le salut de la Terre, mais aussi celui du Multivers...


Wow ! Ce dernier chapitre de DC K.O. est tout de même assez costaud et ébouriffant. Comme les crédits de l'épisode l'indiquent, et même si c'est incontestablement l'oeuvre du chef d'orchestre Scott Snyder, il n'a pas été seul à opérer sur cette conclusion puisque Joshua Williamson est aussi de la partie - légitimement puisqu'il est question de Superman et un peu de la Légion des Super Héros (dont il va écrire la nouvelle série).


On peut dire que ce dernier numéro est lui-même construit comme une mini série en soi, d'abord avec une ouverture, un morceau principal, et un final. Le tout est très grandiloquent, over the top, bigger than life, choisissez ce qui vous excite le plus, en tout cas ça dépote, c'est épique, ça envoie du bois, ça dynamite, ça ventile.


On a donc bien droit, malgré ce que voulait nous faire croire le précédent épisode, à une confrontation entre Superman et Darkseid, et ça castagne sévère. Mais peut-être pas de la manière la plus convenue : en effet, il ne s'agit pas de savoir qui est le plus fort, qui a la plus grosse (couronne !), et qui finira au tapis. L'enjeu et l'issue sont ailleurs, comme déplacés.


Investi d'une puissance telle qu'il peut effectivement rivaliser avec Darkseid, Superman doit disputer un combat qui se joue sur plusieurs niveaux, et cela fait penser aux jeux vidéo, avec des paliers de difficulté, des étapes à franchir. C'est cela qui donne le sentiment que l'épisode est pensé, conçu comme une mini série dans la mini série, avec une abondance de péripéties et de rebondissements.


Alors, oui, sans doute que le sort du combat en frustrera certains, qui auraient aimé une résolution plus franche au lieu d'une série de teasers sur les prochaines productions DC et une (inévitable) future Crisis. Mais à quand cette dernière aura-t-elle lieu ? Snyder et Williamson ont promis que les events DC seraient désormais actés seulement quand une excellente occasion le permettra.

Autrement dit : pas aussi régulièrement que chez Marvel ? Je pense quand même qu'il faut rester lucide et admettre que DC ne fera pas l'impasse sur au moins un event par an, soit une histoire cantonnée à un personnage phare, ou une équipe, soit quelque chose de plus global. 

Dans la mesure où DC semble surtout produire des events assez brefs (4-5 épisodes comme Beast World, Knights Terror, Absolute Power, DC K.O.), ça reste digeste. Mais dans le cas d'une nouvelle Crisis, cela semble inévitable qu'on aura droit à une saga plus longue avec des tie-in en nombre, quelque chose de plus proche de ce qu'a fait Marvel récemment avec One World Under Doom.

Ce qui est encore plus avéré, mais qui était prévu, c'est que le dénouement de DC K.O. impacte fortement Superman. Comme Wonder Woman après Death Metal, le personnage semble parti pour ne plus être présent, au moins physiquement, pour quelques mois. Cependant, léger spoil, il n'est pas mort. Et cela ouvre la voie au prochain arc narratif de Joshua Williamson pour la série de l'homme d'acier.

Le plus étonnant et quelque part le plus décevant avec DC K.O., c'est bien la manière dont Snyder, très en amont, a prévenu tout le monde que Superman serait touché et Williamson lui a emboîté le pas en nous faisant comprendre avec le retour au premier plan de Superboy Prime que non seulement celui-ci aurait droit à une rédemption mais, mieux encore, à son nom en haut de l'affiche.

Dans cet épisode, Snyder brasse large et on reconnaît là sa touche, celle d'un scénariste qui déborde, qui en veut toujours plus - comme hier avec le concept d'Omnivers (une multitude de multivers) et aujourd'hui avec une référence à... Doomsday Clock, la "suite" (lol) de Watchmen par Geoff Johns et Gary Frank, et qui place Superman dans une position christique (décidément, c'est une manie chez les Snyder - Zack Snyder voyait le personnage ainsi dans ses films).

Toutefois Snyder ne va pas jusqu'à reconvoquer Dr. Manhattan (ouf !), mais lui substitue quasiment Superman en disant, comme Johns, que le kryptonien représente une force cosmique face à laquelle le multivers réagit... Bon, je trouve ça vraiment too much, ce n'est pas ce que je préfère, et Snyder, là, en fait trop à mon avis. Espérons que Williamson ne cherche pas à surenchérir le moment venu.

Visuellement, l'épisode est magnifique : l'ouverture par Xermanico subjugue par son élégance et son ampleur, le ton est donné. Puis Javi Fernandez reprend les commandes et il donne tout ce qu'il a dans le moteur : l'affrontement final est sublimé par un découpage à la fois explosif et inventif, c'est du grand spectacle. Enfin Wes Craig, qui avait été là pour le lancement de DC All-In, revient pour conclure ce grand show.

Et maintenant ? DC Next Level ! Des séries ont déjà été annoncées et commencent dès le mois prochain : Batwoman (Greg Rucka + Dani), Lobo (Skottie Young + Jorge Corona), Deathstroke : the terminator (Tony Fleecs + Carmine di Giandomenico), The Deadman (W. Maxwell Prince + Martin Morazzo), The Fury of Firestorm (Jeff Lemire + Rafa de Latorre), Zatanna (Jamal Campbell), The Demon, Jonah Hex, La Légion des Super Héros, Shadow of the Bat...

DC voit grand, ose - tout ne rencontrera certainement pas le succès, mais on peut créditer l'éditeur d'une volonté claire de proposer des comics pour tous, avec des équipes créatives souvent surprenantes, alléchantes. Sans oublier les fondamentaux, les essentiels, les incontournables... De quoi donner des regrets à ceux qui ne lisent que la vf tant Urban Comics a réduit la voilure de ses traductions.

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La couverture "undressed" de DC K.O. #5 par Javi Fernandez :