vendredi 27 février 2026

ABSOLUTE WONDER WOMAN, TOME 2 : LE LABYRINTHE (Kelly Thompson / Mattia de Iulis, Hayden Sherman, Matias Bergara)


ABSOLUTE WONDER WOMAN, T. 1 : LE LABYRINTHE
(Absolute Wonder Woman #6-14)


- #6-7 : THE LADY OR THE TIGER (Kelly Thompson / Mattia de Iulis) - Aujourd'hui : Wonder Woman se rend en enfer pour qu'il libère Circé. Intrigué par ses armes, Hadès lui demande comment elle a pu les rendre si puissantes. Puis il la met au défi de battre son champion dans son arène et Perséphone assiste au combat...
 

C'est un copieux deuxième tome que publie Urban Comics puisqu'il compte pas moins de neuf épisodes. Sachant qu'en vo, le premier recueil comportait les 7 premiers épisodes contre cinq pour l'édition vf, il fallait bien rattraper le retard. Kelly Thompson ouvre donc le bal avec un diptyque où elle retrouve l'artiste Mattia de Iulis avec lequel elle avait collaboré sur un projet en creator-owned (The Cull) et sur sa reprise de Jessica Jones chez Marvel.

Le résultat est en demi-teinte : l'histoire est composée comme une fable qui donne son titre à cet arc et qu'on peut résumer par le choix que doit faire un combattant dans une arène entre le femme qu'il aime (mais qui est la rivale d'une reine) et l'affrontement avec un tigre. Wonder Woman, elle, doit faire face à Hadès, le maître des enfers, agacé par l'insolence de l'amazone.

Mais Diana peut compter sur un joker auquel Hadès ne s'attend pas... Kelly Thompson développe cette brève intrigue avec malice mais le dénouement laisse sur le lecteur sur sa faim. On a trop le sentiment que tout ça a surtout été écrit pour remplir avant le plat de résistance. Et puis il faut aimer le style photoréaliste de Mattia de Iulis au dessin. C'est parfois très beau, mais narrativement c'est trop statique.


- #8-12 : AS MY MOTHERS MADE ME (Kelly Thompson / Hayden Sherman) - Wonder Woman cherche où sont les amazones et est aidée par Etta et Gia Candy, Steve Trevor et surtout Barbara Minerva. Mais une alerte l'oblige à se rendre à Gateway City où le Dr. Poison l'attire dans un piège après lui avoir dit d'où il venait.


Détenu dans un complexe de la zone 41, il explique à Diana que s'y trouve un labyrinthe souterrain où sont retenus captifs d'autres individus comme elle, et notamment une amazone. Elle se rend sur place et croise la route de Ferdinand, un minotaure protégeant une sirène, Petra, convoitée par Dame Cléa. Ferdinand confie Petra à Diana et couvre leur fuite.


Après avoir transféré Petra à l'abri, Wonder Woman part recherche Ferdinand mais Dame Cléa utilsie un puissant hallucinogène pour pousser l'amazone dans un puits. Elle y est repêchée par Io, une autre amazone qui cherche avec d'autres détenus à s'évader depuis des décennies. Diana met au point un plan pour les libérer mais aussi raisonner Cléa.


L'histoire principale de ce deuxième tome d'Absolute Wonder Woman entraîne l'héroïne dans une zone qui fait explicitement référence à la légende de la zone 51, cette base militaire située dans les environs de Roswell au Nouveau-Mexique et dont on a dit qu'elle abritait des vaisseaux et des créatures extraterrestres.

Sur ce terreau fertile, Kelly Thompson brode une intrigue qui reprend allègrement la figure de Thésée dans le labyrinthe de Dédale où il s'aventure pour sauver les victimes promises au Minotaure dans la mythologie grecque. Sauf que la scénariste s'amuse à détourner les clichés : ici, le minotaure qui répond au nom de Ferdinand n'est pas un méchant mais un des malheureux captifs de l'endroit.


Diana, qui cherche d'autres amazones, va en rencontrer une et affronter une atlante, Cléa. On ne s'ennuie pas en lisant ces péripéties que Hayden Sherman, de retour au dessin, se charge de mettre en images avec sa virtuosité habituelle, composant des planches folles, avec des cases de toutes formes et une tonicité jamais prise en défaut.

Ce qui surtout fait la réussite de l'entreprise, c'est ce que Thompson sème tout au long de ces épisodes. La zone 41, la labyrinthe, tout ça n'est que le sommet de l'iceberg et toute la série développe une mythologie propre amenée à être exploitée sur le long terme, avec de nouveaux futurs adversaires prompts à mettre Diana en difficulté.

La fin de cet arc, sans rien spoiler, nous projette encore plus loin et prouve que la scénariste a un plan précis pour la série. Thompson ne commet plus les erreurs qui ont souvent plombé ses productions, comme par exemple cette manie d'écrire une héroïne puis de transformer le titre en team book qui ne disait pas son nom (ici, les seconds rôles le restent, Wonder Woman est vraiment au premier plan).

Loin de la surenchère de Scott Snyder avec Absolute Batman et du manque d'inspiration de Jason Aaron avec Absolute Superman, Thompson réussit la meilleure série de la gamme - je ne mets pas au même niveau Absolute Martian Manhunter dont l'originalité dépasse de loin tout le reste, et j'ai zappé Absolute Flash et Green Lantern, que la majorité des avis rangent franchement en dessous.
 

- #13-14 : THE PRICE (Kelly Thompson / Matias Bergara) - Reprenant ses recherches sur Themyscera avec Barbara Minerva, Wonder Woman doit affronter un nouvel adversaire qui s'avère être son double maléfique. Pour s'en débarrasser, elle implore la déesse Gaïa... Mais rencontre une autre future ennemie en provenance elle aussi de la zone 41...


Enfin, l'album se termine à nouveau avec un diptyque, mais s'il est plus abouti que le premier concernant le scénario, il divisera par son aspect visuel. En effet il a été fait appel à Matias Bergara pour permettre à Sherman de souffler et... Comment dire?... Je n'ai pas senti son suppléant très soigneux dans sa contribution.

Bergara est pourtant un artiste au style recommandable, ses collaborations avec Si Spurrier (Coda et Saison de Sang) sont de vrais poèmes narratifs et esthétiques, mais là, clairement, je ne le trouve pas à sa place. Il a du mal à s'intégrer aux codes super héroïques, son trait très nerveux semble brouillon, on ne retrouve pas du tout ses qualités habituelles.

Thompson, elle, réfléchit à un thème éculé : le prix à payer pour avoir utiliser la magie dans le monde réel. Cela aboutit à une étrange confrontation parfois naïve, parfois troublante, mais qui vaut surtout comme teaser pour la future ennemie de Wonder Woman, également magicienne, ici complètement réinterprétée.

L'un dans l'autre donc, avec un sommaire aussi fourni, l'ensemble est par définition très inégale. Pourtant Absolute Wonder Woman est une lecture facile et agréable, une revisite du personnage très habile, nuancée, avec un background déjà très riche et accrocheur. Lorsque Hayden Sherman est de la partie, c'est en plus visuellement éblouissant.

jeudi 26 février 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #9 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


John Jones est sans nouvelles du martien depuis une semaine - ce dernier est aux mains de l'Agence, qui procède à sa vivisection. A sa place, l'agent du FBI est accompagné par une nouvelle entité extraterrestre, Désespoir-le-zéro, qui lui donne accès aux pensées les plus déprimantes. C'est dans cet état qu'il se rend chez une psychiatre auprès de laquelle Bridget, sa femme, espère ressouder leur couple...


Le break opéré par la série l'a révélée sous un jour un peu différent de ses six premiers épisodes : jusqu'à ce stade, on évoluait dans un récit très étrange mais qui culminait avec la fin d'un acte 1 spectaculaire, et malgré la bizarrerie de l'ensemble, on suivait les aventures de John Jones et du martien assez facilement, à la manière d'un buddy comic book, parfois drôle, parfois flippant.
 

Mais depuis le retour de la série et le n°7 donc, Deniz Camp a plongé son héros et son histoire dans quelque chose de beaucoup plus noir, oppressant, inquiétant. L'humour a disparu. J'ai comme l'impression qu'il a écrit (ou réécrit ?) à la lumière (noire) de l'actualité aux Etats-Unis pour transformer Absolute Martian Manhunter en une fiction plus politique, paranoïaque.


Et le scénariste a enfoncé le clou le mois dernier en séparant complètement John Jones et le martien. Ce dernier a été capturé par la mystérieuse Agence qui procède maintenant à sa vivisection tandis que l'agent du F.B.I. a un nouveau compagnon, Désespoir-le-zéro (Despair-the-zero en vo), qui lui permet de ressentir uniquement les émotions les plus négatives.


Pire : Désespoir-le-zéro avoue à John qu'il est également là pour le détruire, moralement, psychologiquement, physiquement. John résiste mais il est submergé par les situations qu'il affronte, enquêtant sur les traces qu'aurait pu laisser le martien dans les rêves des gens - sans succès. Et bientôt, effectivement, le pessimisme l'envahit, l'écrase, le fait réagir violemment.

Car si le martien se fait disséquer, c'est aussi le cas de John qui se rend à une consultation chez un psychiatre avec Bridget qui espère en vérité moins sauver son couple que forcer son mari à reconnaître qu'il devient fou et même dangereux. La réaction de ce dernier confirme d'ailleurs cela : il comprend qu'on l'a piégé, se met en colère, voit la possession dont Tyler, son fils, est l'objet, et hallucine (ou pas) en résistant à des infirmiers qui veulent l'embarquer.

Question intensité, c'est un épisode extrêmement impressionnant, qui communique un malaise puissant, et confirme surtout le génie de Deniz Camp. Ce dernier a expliqué que DC aurait volontiers aimé qu'il prolonge la série au-delà des douze épisodes, mais en même temps l'éditeur leur ont fait une offre, à lui et à Javier Rodriguez, "impossible à refuser" - diable ! voilà qui est bigrement alléchant !

Cela signifie surtout que le duo Camp-Rodriguez, qui ressemble à une véritable entité bicéphale, chacun challengeant l'autre, va continuer à travailler ensemble et, même si, moi aussi, je n'aurai pas dit non à un rab de martien, je suis quand même très content qu'ils aient gardé le contrôle de leur projet, et rebondissent sur autre chose qui ne manquera pas d'être passionnant.

Javier Rodriguez, il faut le rappeler, quand il a quitté l'Espagne pour exercer aux Etats-Unis sur le conseil de son ami Marcos Martin, a redémarré en bas de l'échelle. Déjà dessinateur, il est devenu coloriste (notamment sur Daredevil époque Mark Waid), puis progressivement, Marvel l'a laissé reprendre la planche (toujours sur DD, puis Spider-Woman notamment).

Là où il a prouvé qu'il n'était pas un bleu, c'est avec L'histoire de l'Univers Marvel, écrit par Waid : une lecture assez chiante mais transcendée par des pages complétement dingues. Al Ewing a remarqué la virtuosité de l'espagnol et avec lui a composé les deux volumes de ses Defenders, où le doute n'était plus permis pour estimer l'inventivité ébouriffante de son graphisme. 

Il y eut aussi Doctor Strange et les Sorciers Suprêmes (qui vient de ressortir en un seul volume chez Panini) mais là, les limites éditoriales de Marvel ont empêché Rodriguez de tout faire et Nathan Stockman l'a supplée pour compléter cette mini, directement inspiré du run de Jason Aaron sur Dr. Strange.

DC est, à cet égard (mais pas seulement) autrement plus intelligent : en accordant quelques mois de suspension à la série, Rodriguez a pu avancer tranquillement dans son travail et il signera donc les 12 épisodes d'Absolute Martian Manhunter - Deniz Camp refusait d'ailleurs tout fill-in : c'était avec Rodriguez ou rien.

Et quand on voit encore une fois ce que ce dessinateur sort, c'est juste insensé : chaque nouvel épisode est aussi ahurissant que le précédent, c'est tellement atypique, brillant, novateur, ludique, angoissant - et Rodriguez fait tout : dessin, encrage, couleurs, une partie du lettrage ! Impressionnant, magistral, merci de nous donner ça à lire !

C'est encore et toujours la meilleure série Absolute - et sans doute la meilleure série tout court dans les bacs actuellement.

SUPERMAN #35 (Joshua Williamson / Eddy Barrows)


Tandis que Superboy Prime affronte la légion maudite, Lois Lane confronte Saturn Girl à ses souvenirs et la force à battre en retraite, même si cela signifie pour elle et ses compagnons qu'ils devront composer avec la colère de Darkseid. Doomsday/Time Trapper apprend enfin la vérité sur le rôle qu'il doit jouer face à l'ancien maître d'Apokolips...


Ce n'est pas sans un certain soulagement que j'ai lu cet épisode, le dernier à devoir être attaché à DC K.O.. J'avoue que j'étais lassé de suivre Superman constamment impacté par ce qui se passait dans l'event. Le mois prochain, la série va pouvoir passer à autre chose en traitant des conséquences de la saga centrale et en entamant un crossover avec les autres titres liés à Superman : Reign of Supermen.


J'espère juste que ce sera lisible sans devoir être obligé de lire Supergirl, Action Comics, Superman Unlimited, puisque je n'achète aucun de ces mensuels. Dans le cas contraire, je vais devoir décider si je fais un break avec la série de Joshua Williamson (et ça m'embêterait) ou si je tente quand même le coup sans avoir toutes les données en tête.


Il me semble quand même - ou plutôt non, il est évident que depuis DC K.O., Superman avance au ralenti. Williamson s'est mis au diapason de ce que Snyder a mis en place, tous les épisodes ont donc été des tie-in, la narration s'est considérablement décompressée au point que, parfois, il est était perceptible que le scénariste cherchait un peu avec quoi il allait remplir ses chapitres.


Forcément, ça me rend un peu nostalgique des débuts de son run où ça filait à toute vitesse, avec des arcs courts, un récit qui ne dépendait d'aucun event, et où Williamson avait mis en place des éléments balayés ensuite à cause de la vision de Snyder (comme la collaboration Superman-Luthor ou Superwoman).

Je pense que, malgré ça, Williamson aurait fini par revenir à l'antagonisme entre Superman et Luthor et que Superwoman n'était pas destinée à durer, mais tout de même, subsiste ce sentiment qu'il a abandonné ses plans pour correspondre à ceux de Snyder, moins subtils. 

Cependant, il apparaît tout aussi clairement que Superman va être très impacté par DC K.O., comme le fut Wonder Woman après Death Metal. Et Williamson joue non seulement le jeu, mais va certainement en tirer des développements très intéressants, comme on peut déjà le deviner à la fin de ce 35ème épisode.

Enfin, et par ailleurs, on sait que Williamson va écrire la relance de La Légion des Super Héros dans quelques mois, une des annonces faites au ComicsPRO pour le DC Next Level (qui a confirmé de nouvelles séries Batwoman, Lobo, Deathstroke the terminator, Barbara Gordon : Breakout, The Deadman, en attendant The Demon, Teen Titans, Shadow of the Bat, Doom Patrol). Et ce sera sûrement l'occasion de réhabiliter ces personnages après leur corruption par Darkseid (qui se fissure dans cet épisode).

Eddy Barrows signe le dessin avec son talent coutumier. Aidé de deux encreurs, il livre des planches fantastiques, aussi bien quand il s'agit d'action spectaculaire que de moments plus introspectifs (magnifique double page avec Lois et Saturn Girl - voir ci-dessus). Clairement, avec un artiste de ce calibre comme fill-in, on ne saurait être déçu.

Vous l'aurez compris : je n'ai pas grand-chose à dire, en bien ou en mal, à propos de ce numéro. Je suis surtout content que la série en termine avec DC K.O. (que j'apprécie) et je croise les doigts pour que la suite puisse se lire aussi passionnément qu'auparavant.

mercredi 25 février 2026

IRON MAN #2 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Ennemis mais aussi amants, Tony Stark et Whitney Frost ont connu une relation tumultueuse à travers les années, même si Tony a confié à Whitney son pire cauchemar : qu'un génie comme lui devienne un super vilain. Aujourd'hui, elle se sert de cela pour l'éliminer. Lui, grâce aux adresses de Captain America, visite les bases de l'A.I.M. pour retrouver les jeunes savants kidnappés par cette organisation.
 

Je vais d'abord vous faire la critique de cet épisode et, à la fin de cet article, je vais revenir sur un point concernant la série qui vient d'être relancée, à propos de laquelle j'ai appris quelque chose qui demande à être confirmé mais qui, si c'est vrai, risque de pas convaincre grand-monde d'investir dans sa lecture. Mais donc, d'abord, la critique.


Joshua Williamson fait un excellent boulot : j'aime beaucoup la manière décomplexée avec laquelle il s'approprie les personnages dont on lui confie la charge, que ce soit Superman ou Iron Man actuellement. Ce n'est pas de la désinvolture, mais plutôt une manière d'aborder une série de telle sorte que le lecteur la redécouvre sans problème.


C'est particulièrement remarquable dans la mesure où, si son approche a quelque chose d'instantanément rafraîchissant, elle n'occulte en rien l'historique du personnage principal. Par exemple, ici, dès la première scène, un flashback, Williamson revient sur la romance tourmentée entre Iron Man et Madame Masque, un "je t'aime moi non plus" qui dure depuis leur premier affrontement.


Dans un moment d'intimité partagé, Stark confiera sa plus grande peur : il s'est reconstruit entièrement et a choisi de servir le Bien, mais si quelqu'un vivait la même expérience fondatrice et devenait mauvais, cela représenterait une menace terrible et il ne peut que s'y préparer. Il y a là une forme de fatalisme derrière l'insouciance du playboy en armure.

Williamson a démarré sa relance en imaginant justement que Whitney Frost avec la complice de l'A.I.M. allait justement créer non pas un nouvel Iron Man mais un nouveau Tony Stark pour éprouver la théorie de son ex-amant. Un plan diabolique donc, pour lequel elle a kidnappé de jeunes savants, des Stark en puissance, dont elle confie la garde au Fixer.

Iron Man, lui, demande à Captain America de lui fournir les adresses des bases de l'A.I.M. qu'il connait pour tenter de sauver ces jeunes savants et neutraliser Madame Masque. Mais il ignore toujours ce qu'elle manigance en faisant cela. Sa manoeuvre, en détruisant ces bases, c'est de pousser l'A.I.M. et Mme Masque à l'affronter. Cela le conduit jusqu'à Madripoor où s'est installé M.OD.O.K., qui a rompu avec l'A.I.M..

La narration est énergique, la caractérisation pleine de pep's. Williamson a le chic pour, en une scène, dire beaucoup avec peu : par exemple, lors de la rencontre entre Iron Man et Captain America, ils se battent contre Dreadknight et Tony reçoit un appel privé émanant de Luna Lucia, la cuisinière sexy qu'il a croisé lors de la remise de prix dans le premier épisode, tout en continuant à se battre.

Quand la bataille est terminée et qu'il accède à la requête d'Iron Man (sur les adresses des bases de l'A.I.M.), Captain America sait (comme le lecteur) que Stark dissimule quelque chose derrière cette attitude. Une fois son partenaire envolé, Rogers communique avec quelqu'un pour confirmer qu'ils doivent continuer à surveiller Iron Man. C'est vraiment bien tourné, et rapidement avec ça.

Williamson sait aussi montrer que Stark sait se battre sans armure, ou encore nous amuse quand on découvre MODOK (voir la double page ci-dessus). Quant au cliffhanger de l'épisode, il est vraiment efficace et imprévisible.

Pour ne rien gâcher, Carmen Carnero, dessinatrice magnifique, nous gratifie de planches toniques, toujours impeccablement composées, avec un flux de lecture d'une fluidité exemplaire. Avec une artiste pareille, le lecteur est à la fête : elle sait tout faire, elle le fait bien, elle est au service du script et elle le valorise avec un talent exceptionnel.

En deux épisodes, les auteurs nous embarquent, nous régalent. Quel plaisir de relire Iron Man de cette manière !

Ce que je vais dire maintenant ne modère en rien mon enthousiasme, mais douche un peu mes espoirs. J'ai lu que que le recueil des épisodes de la série sortirait à la fin de l'année et compterait 10 épisodes. C'est très bien, pour une fois que Marvel est généreux, on serait ingrat de se plaindre. Mais comme on dit, il y a un loup...

Récemment, par exemple pour All-New Venom, Marvel a procédé de la même façon : un recueil de dix épisodes. Puis Al Ewing et Carlos Gomez ont enchaîné en reprenant le titre Venom (adjectiveless) avec sa numérotation "legacy", au #250. Bon, rien de choquant : on comprend que All-New Venom était un moyen d'atteindre l'épisode 249 et de rebondir sur Venom 250.

Le souci avec cette méthode, c'est que le lecteur de base peut avoir l'impression que la manoeuvre est quand même très artificielle : pourquoi ne pas avoir intégré les 10 épisodes de All-New Venom à la série existante ? On serait arrivés au #250 de la même façon. C'est juste un tour de passe-passe pour mettre en exergue l'histoire au sujet du nouveau hôte du symbiote.

Dans le cas d'Iron Man cependant, l'affaire est plus délicate. Avec l'event Armageddon, où Iron Man figure en bonne place, les dix premiers épisodes du run de Williamson ne seront pas loin de coïncider avec la fin de l'event. Et certains estiment déjà qu'après l'event Iron Man sera relaunché. Après seulement donc dix épisodes !

On sait que Marvel est habitué aux relaunchs, quand une série survit à dix épisodes, voire douze (donc une année entière de parution), l'éditeur résiste difficilement à un redémarrage au #1, pour attirer de nouveaux lecteurs. C'est une stratégie qui me paraît complètement dépassée (il suffit de voir ce que fait DC, qui a renoncé à ces relaunchs sans perdre de lecteurs - les lecteurs ne partent que quand la série devient mauvaise).

Mais surtout comment Marvel peut-il penser que le lecteur aura envie de s'investir dans une série si plane sur celle-ci la menace d'une annulation au bout de 10 #, ou même un énième redémarrage, sans certitude que l'équipe créative ne change pas ? 

Williamson a prouvé, chez DC, qu'il aimait développer des séries (cf. Flash, Superman), donc je pense qu'il a plus d'une histoire à raconter avec Iron Man. Cependant il ne jouit pas de la même importance chez Marvel que chez DC. Je doute que Williamson ait son mot à dire sur le sort d'Iron Man post Armageddon, et, si le futur statu quo contrarie ses plans, je ne le vois pas rester sur le titre.

J'espère me tromper. Je crois que Williamson est l'homme qui peut écrire Iron Man longtemps et bien, que Marvel a tout à gagner avec lui, et comme DC lui a accordé d'aller travailler aussi chez le concurrent, ça devrait bien se passer. Mais Marvel est un éditeur tellement imprévisible, avec des editors tellement interventionnistes, des lubies horripilantes... Ce n'est pas forcément rassurant.

DETECTIVE COMICS #1106 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Le Lion a mis ses menaces à exécution en privant de peur tous les habitants de Gotham. Pour l'affronter en restant lucide, Batman s'injecte la toxine de l'Epouvantail puis part récupérer Robin alors que Mister Terrific pulvérise la même toxine sur toute la ville...


Avec cet épisode se termine cet arc narratif et le moins qu'on puisse dire est que Tom Taylor a réussi son coup. Ce n'était pas, à mes yeux, gagné car le début de cette histoire m'avait laissé perplexe. Mais le scénariste a su monter en puissance, créant un vilain redoutable, adressant un clin d'oeil à Watchmen avec le plan de cet adversaire, et conclure en beauté.


Bien entendu, je ne veux rien spoiler mais Taylor a su inventer une menace peu commune contre Batman et aussi contre Gotham toute entière. Le Lion en ôtant la peur chez les autres pense les libérer, les désinhiber, mais aussi rendre fou Batman qui a fait justement de la peur qu'il inspire à ses ennemis sa principale arme.


En renversant cet état de fait, le Lion devient un opposant plus coriace que prévu, obligeant Batman à s'enfermer dans une armure après avoir été exposé au virus créé par son adversaire afin de ne pas perdre complètement les pédales. Puis l'intrigue a vraiment pris une autre dimension quand le Lion a pris pour cible toute la ville de Gotham.


Contrairement à la majorité des vilains, son objectif n'était pas de défier Batman en blessant ou tuant des innocents mais en faisant en sorte qu'ils ne craignent plus le héros. Bien entendu, la méthode présentait des risques énormes car quand on ne redoute plus rien ni personne, on risque de commettre l'irréparable.

C'est ce qu'on observe dans les premières pages de cet excellent épisode où une jeune femme accepte la proposition de mariage de son compagnon, un autre démissionner de son boulot, une autre femme quitter son mari, un jeune homme avouer qui il est à ses parents... Puis ensuite viennent des images plus inquiétantes comme celle de deux gamins qui grimpent sur le toit d'un train en marche...

Taylor livre donc une réflexion sur la peur mais aussi la liberté. Lorsqu'on est libre de tout dire, tout faire, est-on en sécurité ? Se soulage-t-on d'un poids ? Ou courons-nous un danger mortel ? S'aliène-t-on ceux qui nous sont proches et nous aime ? La peur est certes un frein mais elle nous rend lucides, elle nous empêche de commettre l'irréparable, elle nous protège.

C'est dans cette intervalle entre le désir de s'affranchir de la peur et celui de jouir sans entraves que se situe le dilemme de tout un chacun : le courage peut littéralement ou métaphoriquement, symboliquement nous tuer. C'est cela le sens du titre de cette histoire. La solution qu'emploie Batman (avec l'aide de Mr. Terrific) pour rétablir l'ordre est tout aussi équivoque.

Pulvériser une toxine de la peur sur la population permet d'éviter à des policiers de tirer à vue sur des civils aussi désinhibés qu'eux. Quant aux conséquences... Batman est sûr que Gotham est résiliente, elle en a vu d'autres et se relèvera de ce remède de cheval. Je regrette presque que Tom Taylor ne développe pas cette idée qui fournissait largement de quoi écrire une vraie saga.

Reverra-t-on le Lion ? Vous m'auriez posé la question il y a quelques mois et j'aurai été sûr que non. Mais il est bien possible que je me serai trompé et que, peut-être, Taylor ait trouvé là l'équivalent pour son Batman de Heartless pour Nightwing quand on lit la toute dernière scène. En tout cas, je suis désormais convaincu du potentiel de ce méchant peu ordinaire.

Mikel Janin dessine, encre et colorise entièrement cet épisode et il rend une copie également magistrale. Ses planches sont impeccablement découpées et chaque plan est superbement composé. On a droit à des plans très généreux, spectaculaires, avec une bagarre brève mais intense entre Batman et le Lion. Janin répond présent et de la meilleure des manières.

Les deux prochains numéros, qui verront Batman faire équipe avec le couple Green Arrow-Black Canary, seront dessinés par Pete Woods avant le retour de Janin dans trois mois, le temps pour lui de souffler - et c'est mérité.

En tout cas, Detective Comics maintient un niveau qualitatif élevé, prouvant que Tom Taylor a les épaules pour écrire Batman dans son titre historique, et DC lui accorde sa confiance en lui attribuant des artistes à la hauteur de ses ambitions.

mardi 24 février 2026

WILL OF DOOM #1 (of 1) (Chip Zdarsky / Cafu)



Le Dr. Fatalis a sacrifié sa vie pour sauver celle de sa filleule, Valeria Richards, qu'il avait accidentellement tué en affrontant les super héros. Foggy Nelson et Cole North viennent informer les Fantastic Four et la jeune fille qu'elle a hérité de la colossale fortune de son parrain... Cependant que le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross est rapatrié aux Etats-Unis après avoir croupi des mois durant dans les geôles de Fatalis...


Will of Doom, soit les dernières volontés de Fatalis, est une one-shot qui se présente à la fois comme la conclusion de l'event One World Under Doom et la rampe de lancement pour l'event Armageddon qui débutera au mois de Juin prochain. Je vais donc spoiler ce qui survient à la fin de OWUD pour en parler et je préviens tout le monde en début d'articles avec un panneau.


Dans le 9ème et dernier numéro de One World Under Doom, le Dr. Fatalis sacrifie sa vie pour sauver celle de sa filleule Valeria Richards. Elle avait déjà tenté dans le #8 de le raisonner en lui demandant d'abandonner ses projets impériaux mais il se battait déjà contre une horde de super héros venus le détrôner après avoir appris comment il avait augmenté ses pouvoirs magiques.


Ayant (temporairement) privé les mutants de leurs pouvoirs, il s'était ensuite servi de son armure pour produire des échardes projetées contre ses adversaires pour les neutraliser, et l'une d'elles avait atteint mortellement Valeria. Dévasté, Fatalis avait imploré les Vishanti de la ressusciter, en vain. Il s'était alors adressé au Tribunal Vivant qui lui rappelait qu'un tel souhait avait un coût.


Puis, enfin, Fatalis, à l'agonie, visitait une ultime fois Reed Richards pour lui laisser son masque à l'intérieur duquel étaient gravées ses dernières volontés. On apprend ici qu'il lègue sa fortune à Valeria qui peut en disposer à sa guise. En parallèle, l'armée américaine rapatrie le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross qui a passé les derniers mois dans les geôles latvériennes et plante un drapeau des Etats-Unis sur place.

Ce n'est pas, comme on aurait pu s'y attendre, Ryan North qui écrit cet épilogue mais Chip Zdarsky. Cependant on peut facilement imaginer que ce dernier a consulté son collègue, tout en assumant qu'il était le prochain auteur du futur event Marvel, Armageddon. De fait Zdarsky conclut la saga de North et en profite pour lancer la sienne.

Dans les deux cas, c'est très bien écrit. Valeria rechigne à toucher la fortune de son parrain, moins parce qu'il s'est mal comporté et que ce pactole peut être de l'argent sale, que parce que Fatalis lui manque. Entre les deux s'est toujours nouée une relation pleine d'amour et de respect : Valeria appréciait son parrain et Fatalis admirait sa filleule.

Elle change d'avis toutefois et se rend à Doomstadt incognito avec sa mère et son oncle, Johnny Storm. Des Fatalibots reconstruisent déjà le Doom castle, point de départ d'un jeu de piste qui doit mener la jeune fille en un point précis : la Doom island, havre de paix de son parrain, seule propriété dont elle ne se séparera pas - et dont elle fera la base d'un projet secret (y compris pour sa famille) très intrigant...

Cela concerne donc la partie post One World Under Doom. Pour la partie pré Armageddon, Zdarsky récupère le général Ross qui fut détenu par Fatalis (avec d'autres prisonniers particuliers) durant sa prise de pouvoir sur le monde. Ross ne trouve rien de mieux à faire, avant de quitter la Latvérie que d'y planter un drapeau américain, sa manière à lui de prévenir que son pays en prendra le contrôle.

On retrouve alors dans le script de Zdarsky ce qu'il développe depuis peu dans Captain America, à savoir des suspicions sur des stocks d'armes de destruction massive en Latvérie et la volonté des Etats-Unis de mettre le main dessus. Ce sera au coeur d'Armageddon et du but que s'est fixé Ross, d'où surgira la crise à venir, mobilisant les héros contre Red Hulk, figure guère plus rassurante que Fatalis pour veiller sur un tel arsenal.

Au passage Zdarsky souligne à quel point le règne de Fatalis a jeté le trouble sur la communauté super héroïque quand le Secrétaire d'Etat reproche ouvertement à Reed Richards de ne pas avoir prévu que son ennemi allait commander comme il l'a fait. L'accusation peut sembler injuste mais elle renvoie à une question récurrente sur le rôle des super héros, incapables d'empêcher les super vilains de recommencer à délirer.

Le tout est illustré par Cafu : ce dernier a travaillé notamment sur Iron Man lors du run de Christopher Cantwell. Son style réaliste et précis se prête bien à cet état des lieux glaçant, même si on peut trouver que son trait manque quelque peu d'expressivité et de dynamisme. Toutefois, il serait injuste de déconsidérer le résultat, très abouti.

Ce one-shot démontre aussi que Marvel semble avoir adopté une sorte de modèle pour ses events désormais : ceux-ci en effet s'enchaînent très régulièrement, c'est entendu, mais surtout se suivent comme les épisodes d'une série à part entière. Les conséquences de l'un dictent les prémisses de l'autre et ainsi de suite. Faut-il s'attendre à ce que Armageddon dans sa conclusion indique ce que sera son successeur ?

En tout cas, Zdarsky et Marvel ont promis (mais les promesses n'engagent que ceux qui les font) qu'à l'issue des cinq épisodes d'Armageddon la situation des super héros dans l'univers Marvel serait aussi fortement ébranlée qu'à l'époque d'Avengers : Disassembled de Brian Michael Bendis, qui avait engendré la série New Avengers et toute une collection de récits (House of M, Civil War, Secret Invasion...).

lundi 23 février 2026

ONE WORLD UNDER DOOM (Ryan North / R.B. Silva)


ONE WORLD UNDER DOOM #1-9


Devenu le nouveau sorcier suprême, Dr. Fatalis s'autoproclame empereur du monde. Mais, devant l'assemblée des Nations Unies, il déclare laisser à leurs postes les dirigeants de chaque pays à condition que ceux-ci obéissent à ses préceptes. Contre toute attente, à part quelques territoires, il obtient ce qu'il réclame. La situation alerte évidemment les super héros au premier rang desquels les Avengers et les Fantastic Four qui sont convaincus que Fatalis contrôle mentalement les chefs d'Etats et que ses projets ne sont pas dignes de confiance.


Après avoir obtenu de l'Hydra qu'elles déminent toute la Terre et bâtissent des écoles, Fatalis élimine le Baron Zemo et son organisation est démantelée par les héros. Toutefois quand ces derniers veulent franchir la frontière de la Latvérie, un écran magique les en empêche. Les Fantastic Four tentent alors de pousser Fatalis au combat à l'O.NU. mais celui-ci refuse de les affronter - mieux : il guérit la Chose à qui il rend son apparence humaine !


Les Avengers continuent de ne pas croire aux bonnes actions de l'empereur et s'allient avec ses rivaux, les Maîtres du Mal (Arcade, Mysterio, Goblin Queen, M.O.D.O.K., le Baron Mordo, Dr. Octopus). Un groupe (Scarlet Witch, Mordo, Goblin Queen) va sonder les esprits des chefs d'Etat pour savoir s'ils sont contrôlés mentalement par Fatalis, un autre retourne à la frontière avec la Latvérie. Surprise : les dirigeants ont accepté de leur plein gré de soutenir Fatalis !
 

Mais, trop occupé à son règne, Fatalis a omis une menace : celle de Dormammu qui exile tous les héros dans une dimension de poche pour défier en combat singulier l'empereur. Le maître de la dimension obscure domine son adversaire qui envoie ses Fatalibots délivrer les super héros pour qu'ils viennent l'aider. Dormammu vaincu, les justiciers s'interrogent : et si Fatalis était une bonne chose pour la Terre ? Avant qu'une autre question n'apparaisse : comment Fatalis a-t-il pu rendre sa magie si puissante ?


Je le dis assez souvent ici : j'ai trop souvent été déçu par les events (Marvel comme DC) pour m'en méfier quand l'un paraît, même s'il reçoit un accueil critique favorable. La fréquence avec la laquelle Marvel en particulier en publie a fini par avoir raison de mon envie de les lire, au moins au moment où ils sortent.


Parfois, néanmoins, j'avoue que je rattrape le coup avec quelques mois, voire années, de retard, pour vérifier si j'ai loupé quelque chose de valable. Mais je dois dire aussi que, jusqu'à présent, je n'ai jamais regretté ma décision. Certes, il y a quelques events corrects (je pense à A.X.E. : Judgment Day), mais ce n'est pas suffisant pour que je revienne sur mon choix. 
 

Je pense quand même le laisser prendre au jeu de Armageddon cet été car Chip Zdarsky promet quelque chose qui m'excite assez, mais j'espère vraiment qu'il aura les coudées franches car je sais que les editors de Marvel sont très interventionnistes et tiennent souvent la main des scénaristes au moment de rendre leur copie - ce qui me rend optimiste, c'est que Zdarsky a récemment expliqué avoir terminé tous ses scripts à paraître pour l'année à venir (!)), donc celui d'Armageddon aussi.


Si j'ai lu One World Under Doom ce week-end, c'est aussi parce que : 1/ j'avais lu Blood Hunt au terme duquel le Dr. Fatalis devenait le nouveau sorcier suprême (en abusant le Dr. Strange) et il était donc clair que l'event suivant allait explorer cette situation, et 2/ je sais que Armageddon va également être en partie basé sur les conséquences de One World Under Doom.
 

Je ne spoilerai pas la fin puisque je ne crois pas qu'elle soit encore publiée en vf (c'est en cours dans la revue "Marvel World", qui ce mois-ci contient l'épisode 5). Par contre, sûrement demain, j'écrirai une critique de Will of Doom, le one-shot écrit par Chip Zdarsky qui conclut vraiment l'event et annonce Armageddon, et là, forcément, je serai obligé d'en dévoiler davantage (donc à vous de voir si vous voudrez lire cet article).

Ryan North est donc le scénariste de One World Under Doom : il est logique que ce soit le cas puisqu'il est également le scénariste de la série Fantastic Four depuis Septembre 2023. Son travail sur le titre est quasi unanimement salué (même si, moi, je n'ai pas accroché). Mais dans la mesure où les FF sont en bonne place dans cet event et que Fatalis est la némésis des FF, North est légitime à signer cette saga.

En 1987, David Michelinie avait déjà abordé la question de savoir comment se comporterait le personnage dans un récit complet paru en France (chez Lug) sous le titre Fatalis Imperator. Il s'alliait avec l'Homme Pourpre et Namor pour asseoir son règne et asservir les super héros à l'exception de Wonder Man, placé dans un caisson par Iron Man (pour analyser les pouvoirs de Simon Williams) avant les faits. 

Wonder Man devenant le grain de sable dans les rouages de la machine ramenait ses amis à la raison et Fatalis était vaincu. Avec neuf épisodes, Ryan North a davantage d'espace pour creuser la question et il s'en sort assez remarquablement, parvenant tout du long à rendre le règne de Fatalis plus ambigu que jamais et poussant les super héros dans leurs retranchements, à la fois physiques et moraux.

Le récit trouve une sorte de bascule passionnante lorsqu'après une bataille homérique contre Dormammu, Thor, protecteur de Midgard (la Terre) et Père-de-tout (à la suite de son père Odin), s'interroge sur le fait que Fatalis pourrait être en fin de compte une bonne chose pour le monde. Mais dans le même temps Maria Hill, chef du S.H.I.E.L.D, appelle à un sursaut de conscience.

La maîtresse-espionne est sûre que Fatalis cache quelque chose et cela concerne sa magie. Certes il est le sorcier suprême, ce qui fait de lui un être très puissant, mais il a montré que sa force dépassait celle de son prédécesseur, Dr. Strange. Comment est-ce possible ? Ryan North fait rebondir son intrigue à partir de cette double interrogation (Fatalis est-il la solution ? Quel est le secret de sa puissance magique ?).

On assiste alors au deuxième acte de l'event avec une séquence totalement inattendue et audacieuse qui voit débattre Reed Richards et Victor von Fatalis, le premier tentant de convaincre le public que l'empereur ment sur ses intentions. Et, là, North se pose, et nous oblige à se poser, chose rare dans une saga de ce genre. Pendant un épisode, on assiste à un échange d'arguments et pas à une baston.

Evidemment, c'est aussi une ruse de la part de Mr. Fantastic pour occuper Fatalis pendant qu'une équipe réduite réussit (un peu facilement) à enfin rentrer en Latvérie et découvrir ce que l'empereur dissimule à tous. La suite est plus convenue, mais dans sa toute dernière ligne droite, ménage encore quelques rebondissements épatants, jusqu'à la conclusion.

Et cette conclusion, sans rien "divulgâcher", est l'autre bonne surprise de l'event. North réussit à achever son affaire sur une note tout aussi ambigüe qu'elle avait démarrée. On saisit alors parfaitement pourquoi il faut lire One World Under Doom avant Armageddon pour deviner sur quelles bases Zdarsky et Marvel comptent bâtir leur prochaine saga (même si Captain America et Wolverine : Weapons of Armageddon restent essentielles).

Est-ce que tout est parfait toutefois ? Non, bien entendu. L'acharnement des Avengers à démolir Fatalis et leurs échecs répétés, leur alliance avec les Maîtres du Mal, la mission d'infiltration en Latvérie, tout cela est moins abouti. Comme dans Avengers vs X-Men, les Avengers apparaissent comme une équipe qui refuse toute autre autorité que la leur, quitte à aggraver la situation. 

Comme Fatalis l'explique lors du débat avec Reed Richards, les héros autoproclamés ne sont pas meilleurs que lui en vérité, certainement pas plus légitimes, ils se pensent au-dessus des lois, agissent sans jamais répondre de leurs actes, infligent des dommages qu'ils ignorent ou bien sont en mesure de sauver de façon très concrète, matérielle, le monde sans rien en faire.

Les génies de Richards, Stark, Pym, T'Challa, de certains mutants pourraient mettre fin aux guerres, à la famine, aux crises énergétiques, et pourtant soit les héros exploitent leurs inventions juste pour eux-mêmes et les leurs semblables, soit les gaspillent pour autre chose. Ils protègent la Terre, mais ne sauvent pas les terriens de leurs maux ordinaires.

L'alliance avec les Maîtres du mal apparaît, au final, comme une péripétie sans grande valeur et d'ailleurs certains de ces vilains sont surprenants pour espérer terrasser Fatalis (je pense à Arcade ou Mysterio). Enfin, alors que personne n'a réussi à franchir le bouclier magique autour de la Latvérie, Maria Hill trouve comme par miracle le moyen d'y parvenir et permet, providentiellement, à la Sue Richards, Scarlet Witch et Black Widow de dévoiler le secret de Fatalis.

Ces faiblesses sont compensées par des moments épiques, comme le duel Fatalis-Dormammu et surtout le dernier épisode, à la fois poignant et malin. Sans doute que 9 épisodes, c'est un peu trop, à mon avis un ou deux de moins auraient suffi (d'ailleurs la tendance maintenant est à des events moins longs, comme DC K.O. ou Armageddon, avec cinq chapitres max.).

Visuellement, R.B. Silva est à un niveau insoupçonné. Cet artiste, qui a longtemps copié Immonen, et qui a acquis la reconnaissance en signant les épisodes de Powers of X, a enchaîné les 9 épisodes sans faillir (même s'il a bénéficié d'un break d'un mois entre le #5 et le #6). On sait à quel point l'exercice est exigeant, avec une foule de personnages à animer, des décors variés, la représentation des pouvoirs divers.

Avec l'aide du coloriste David Curiel, Silva tient remarquablement bien le coup. Certes, il zappe les décors quand il ne peut pas faire autrement pour assurer les délais (et aussi parce que, dans les scènes de bataille les plus spectaculaires, on peut les sacrifier sans que ce soit scandaleux). Mais, autrement, il ne s'économise pas, avec des éléments très détaillés (comme les armures de Iron Man et Fatalis, le combat contre Dormammu, la révélation de ce que cache le Doom Castle, etc).

C'est assurément, au point de vue graphique, un des events les plus aboutis, les plus soignés, que j'ai lus depuis belle lurette (Fear Itself ?), au moins chez Marvel. Et Silva donne le sentiment qu'il a atteint une vraie maturité. Il faudra observer sur quoi il rebondira et s'il s'agit d'une série régulière, s'il saura faire preuve de la même constance.

Tout cela est quand même très positif, il faut le reconnaître. Ryan North a conduit son récit avec une grande maîtrise et une belle intelligence, on ne sent pas la main d'un editor sur ce qu'il a produit et c'est énorme en soi. RB Silva impressionne. C'est la suite, bien plus ambitieuse et réussie, de Blood Hunt, et une rampe de lancement prometteuse pour Armageddon. One World Under Doom sera difficile à challenger, mais mieux vaut ça qu'un énième event vite lu et vite oublié.