Millie Calloway est engagée comme femme de ménage résidente par Nina Winchester qui vit dans une luxueuse maison à Great Neck, Long island, avec sa fille Cece et son riche mari Andrew. Mais très vite Millie se rend compte de l'instabilité psychologique de sa patronne et apprend par la nourrice d'un couple de voisins qu'elle a été internée en psychiatrie pour avoir tenté de noyer sa fille et de se suicider par overdose.
La situation dégénère franchement lorsque Nna tente de piéger Millie pour la licencier après lui avoir demandé de réserver deux places pour un spectacle à Broadway et une chambre dans un palace tout en niant ensuite le lui avoir demandé. Andrew calme son épouse qui part en week-end avec sa fille. Le mari invite alors Millie au spectacle, après quoi ils dînent au restaurant et finissent la nuit ensemble.
Parce qu'elle lui a donnée un téléphone géolocalisable, Nina sait que Millie est sortie avec Andrew et qu'ils sont devenus amants en son absence. Le mari, n'y tenant plus, prend le parti de la femme de chambre et flanque son épouse à la porte. Millie et lui filent le parfait amour jusqu'à ce qu'un incident apparemment anodin rebatte les cartes...
L'adaptation du best-seller de Freida McFadden était évidemment attendue par les nombreux lecteurs de la romancière et le film de Paul Feig a obtenu un énorme succès. Pour ma part, je n'en attendais rien puisque je n'ai pas lu le livre mais j'étais quand même curieux du phénomène et comme Feig est un cinéaste habile, je voulais voir ce que ça donnait.
Le scénario écrit par Rebecca Sonnenshine est, paraît-il, très fidèle au bouquin. Récemment je lisais un article à propos du remake de Basic Instinct que prévoit de réaliser Emerald Fennell (Promising Young Woman), qui semble être un signal assez fort pour que le journaliste pensait que cela annonçait le retour du thriller sexy.
Dans les années 80-90, c'était quasiment un genre à part entière avec des longs métrages comme La Fièvre au corps, Liaison Fatale, Harcèlement. En vérité c'était une manière plus directe d'aborder la sexualité dans des intrigues apparentées au polar ou à l'étude de moeurs. Puis ce type de films a disparu, comme engloutis dans une vague de puritanisme et le mouvement #Metoo.
The Housemaid n'est au fond rien d'autre qu'une tentative de rejouer avec ces cartes. L'héroïne sort de prison dans le cadre d'une libération conditionnelle et doit donc trouver un travail et un logement. Elle obtient les deux en devenant l'employée des Winchester, un couple de bourgeois dont la façade de la maison se fissure autant que leurs relations conjugales.
Partant de là, le récit connaît un premier acte qui voit la maîtresse de maison dévoiler ses névroses profondes, enchaînant les crises de parano et les coups fourrés contre son employée. Quand des on-dit parviennent à Millie comme quoi elle aurait tenté de tuer sa fille puis de se suicider, le spectateur comme la jeune femme croit savoir tout ce qu'il a à savoir.
Evidemment c'est un leurre et l'histoire qui suit est assez astucieuse pour nous surprendre efficacement. Le film connaît d'ailleurs une sorte d'entracte assez étonnant où l'intrigue se met sur pause pour exposer le passé de Nina Winchester et nous révéler le twist complet de l'intrigue pendant au moins dix bonnes minutes.
Il fallait oser interrompre ainsi le déroulement de l'action puis en reprendre le cours sans risquer de casser le rythme du film. Comme celui-ci est tout de même assez long (131'), on saluera le savoir-faire de Feig qui réussit cet exploit de rattraper le spectateur après lui avoir imposé ce détour. Et ce n'est pas la seule réussite de La Femme de Ménage.
Car cette dernière apparaît pendant les deux tiers du film comme un personnage assez passif, pour ne pas dire éteint. Elle subit en silence et songe plutôt à quitter ce foyer toxique avec cette patronne qui ne cesse de lui jeter des peaux de banane pour la faire chuter. comme quand, tout à trac, elle révèle à son mari le passé criminel de Millie (qui a tué un jeune homme tentant de violer une étudiante).
Je ne vais pas spoiler le retournement de situation mais alors commence presque un autre film où l'héroïne change radicalement de statut et d'attitude. C'est presque par ricochet puisque ce changement intervient après qu'on ait pris connaissance du passé et de la machination ourdie par Nina Winchester. Une manigance sophistiquée et acrobatique.
On saisit alors pourquoi, en dépit de tout, Millie a obtenu le poste et pourquoi Nina n'a pas hésité à la sacrifier, sachant qu'elle survivrait. In fine, si les deux femmes se quittent sans rancune, malgré tout ce que l'une a infligé à l'autre, c'est en vertu d'un partage explicite de ce qu'elles ont traversé à des moments différents mais avec la même intense cruauté.
C'est aussi pour cela qu'il est vain et idiot de juger le film en estimant qu'il aurait pu être plus ceci ou moins cela. D'abord parce qu'on n'a pas à juger un film pour ce qu'il n'est pas là et qu'on aurait aimé qu'il soit. Ensuite parce que les qualités de La Femme de Chambre, comme ses défauts d'ailleurs, lui appartiennent et doivent être critiqués pour ce qu'ils sont.
Paul Feig aime et sait diriger les actrices, comme il l'a montré dans la version féminine de Ghostbusters ou L'ombre d'Emily. Il le prouve encore une fois avec Sydney Sweeney et Amanda Seyfried. La première compose très intelligemment Millie en n'hésitant pas sous jouer pour mieux surprendre l'audience à la fin. La seconde surjoue au contraire pour elle aussi révéler la vraie nature de son personnage dans la dernière ligne droite.
Sweeney démontre en tout cas un flair redoutable car, prise dans un tempête médiatique (après une campagne de pub pour des jeans et sous le feu de haters qui, découvrant qu'elle était inscrite comme électrice républicaine, en ont fait une supportrice de Trump), elle s'est investie comme productrice dans ce projet. Et elle prouve aussi qu'elle est loin de ne miser que sur ses charmes pour convaincre en tant qu'actrice. Seyfried a d'ailleurs été d'un soutien exemplaire envers sa partenaire.
Entre ces deux actrices très complémentaires, Brandon Sklenar, vu dans l'épatant Drop, a d'abord un peu de mal à exister, mais il campe un mari plus complexe qu'il n'y parait.
La Femme de Ménage est donc plus qu'une banale transposition sur grand écran d'un roman à succès. Il ne mérite aucun mépris, mais au contraire toute la considération due à un divertissement efficace et bien fait.











































