SHE-HULK, VOL. 5 : ALL-IN
(Sensational She-Hulk #6-10)
Suspendue pour 15 jours par Mallory Book après la bagarre à laquelle elle a participé aux côtés de Hulk puis dans la boîte de nuit avec Hellcat et Captain Marvel, She-Hulk héberge Karkas et Ransak, les deux Déviants qu'elle représente, chez elle. Pour la détendre, le Valet de Coeur lui propose d'aller dans une station spatiale pour la semaine. Mais sur place, Jen fait la connaissance d'une nonne guerrière extraterrestre, Ganymède, qui a bien connu Jack...
Abattue par ce qu'elle vient d'apprendre au sujet de Jack et Ganymède, She-Hulk est encore loin de se douter que la nonne guerrière vient d'être recrutée par Drapug pour commander sa horde et se venger d'elle car elle a fait échouer son projet de rayer Manhattan de la carte. Heureusement Jack fait entendre raison à son ancienne compagne...
De retour sur Terre, Jen est invitée dans le nouveau Q.G. des Avengers que Captain Marvel aimerait la voir réintégrer. Mais sa place est-elle encore là ?
C'est donc le dernier tome du run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk. On quitte le titre à la fois le coeur lourd et léger - lourd parce que qu'est-ce que c'était bien, et léger parce que... Hé bien... C'était vraiment bien. La conclusion est superbe, et on aimerait que Marvel produise davantage de séries comme celle-ci. Même si l'annulation de cette dernière n'est pas que de leur faute...
Car il ne faut pas exonérer les consommateurs de leur responsabilité. En effet il est de bon ton de se plaindre qu'un éditeur annule une série de qualité. Sauf qu'il ne le fait pas gratuitement. Pour qu'une série dure, il faut encore qu'elle soit achetée, que les lecteurs soient là, au rendez-vous. Et les lecteurs, c'est vous, c'est moi. C'est nous qui décidons de la survie d'une série.
Il semble que les fans des comics Marvel n'apprécient pas tellement les séries comme She-Hulk en vérité. Bien entendu, parfois, il y a des surprises qui réussissent à s'imposer : je pense à l'exemple de Hawkeye par Matt Fraction et David Aja - même ces deux-là n'y croyaient guère. Et puis il y a une fan base assez conséquente et fidèle pour que ça perdure au-delà des six premiers épisodes.
Mais c'est l'exception à la règle. Citez-moi en ce moment une série atypique dans le catalogue Marvel qui pourrait durer comme a duré Hawkeye. Le fan a besoin d'être rassuré pour dépenser son argent et ce n'est pas un reproche. Surtout quand l'éditeur donne dix épisodes à une série pour savoir s'il va continuer à la publier. Dix épisodes pour fidéliser un public suffisant.
A moins de coller à une série un scénariste et un artiste qui répondront aux attentes du fan en plus de lui raconter une histoire accrocheuse, c'est malheureusement impossible de compter sur la survie de cette série. On se réfugie sur des valeurs sures, solides, comme Spider-Man, Avengers, X-Men, qui sont toujours assurées de passer ce cap des dix épisodes.
Les torts sont donc partagés entre un éditeur qui mettent une pression intenable sur les équipes artistiques des séries à risque et les fans qui préfèrent garder leur argent pour quelque chose qui ne s'arrêtera pas au bout de dix mois.
Là où c'est dommage, c'est que ces mêmes lecteurs risquent de passer à côté de pépites et d'en priver les fans. Avec She-Hulk, Rainbow Rowell a pris le parti d'écrire une série qui sortait de l'ordinaire, sans grand combat, sans grand spectacle. Les arcs narratifs ne promettaient pas la fin du monde évitée in extremis.
Non, ce qu'on lisait ici, c'était la romance contrariée d'une femme avec un homme, la difficulté pour elle de jongler entre sa vie d'héroïne, d'avocate et d'amoureuse. C'était le portrait attachant, drôle, imprévisible de la cousine de Hulk avec le Valet de Coeur, lui-même un super-héros de troisième rang, qui ne faisaient plus partie des Avengers.
Ce n'était donc pas Wolverine, Spider-Man, ni même Iron Man ou Captain America. Et s'il faut en venir à des séries avec des héroïnes, bon courage pour en trouver une. Captain Marvel, depuis la fin du run de Kelly Thompson, n'a plus de titre mensuel. Venom a certes Mary Jane Watson comme nouvel hôte, mais on ne lit pas Venom pour MJ Watson. Scarlet Witch survit à coup de mini séries de 10 n°.
Il n'y a pas/plus chez Marvel l'équivalent de Wonder Woman chez DC par exemple, parce qu'aucun auteur du calibre de Tom King dans la "maison des idées" ne veut s'investir dans une série portée par une héroïne, et pas un editor ne pousse pour cela. Pendant ce temps, chez DC, Zatanna va avoir une série régulière à partir du mois prochain, Batgirl continue, Absolute Wonder Woman s'est imposée, Batwoman revient aussi en Avril...
Marvel ne veut tout simplement pas s'aligner. Voyez ce qui s'est passé avec Black Cat pour qui l'éditeur a rappelé G. Willow Wilson en espérant qu'elle réédite son exploit de Poison Ivy... Marvel n'y croit pas et les lecteurs des comics Marvel n'en veulent pas. She-Hulk a en quelque sorte préfiguré le funeste sort infligé à Black Cat.
C'est d'autant plus déplorable que She-Hulk a bénéficié tout du long de remarquables artistes et Andrés Genolet a été le dernier et le plus constant, mais pas le moins bon - c'était même le meilleur. Et ça n'a pas suffi là non plus. Peut-être que si Jennifer Walters avait eu une romance avec Wolverine, ça aurait accroché... Mais j'ironise.
Je ne veux pas rédiger cette critique en bougonnant, même si le constat est implacable et terriblement décevant. J'espère vous avoir convaincu de lire She-Hulk par Rainbow Rowell : la totalité de son run existe en omnibus en vo, pour un prix très raisonnable, et les trois premiers tomes sont dispos en vf. C'est une série feel good dans un époque qui est tout sauf feel good. Vous commencerez peut-être votre lecteur perplexe, mais à la fin, vous remercierez les auteurs pour ce délicieux moment.









































