lundi 5 octobre 2026

ROSEBUSH PRUNING (Karim Aïnouz, 2026)


Jack est l'aîné de sa famille. Il vit avec ses deux frères, Ed et Robert ; sa soeur, Anna ; et leur père aveugle. Leur mère, leur a raconté ce dernier, aurait été dévorée par des loups en se promenant dans la forêt voisine de leur maison en Catalogne où ils résident. Chaque mois, ils vont déposer de la viande dans les bois pour s'assurer que les loups ne s'en prendront plus aux humains.


Tous sont de riches oisifs, profitant de la fortune que leur a légués leur mère. Ed s'intéresse à ses rosiers et à la mode. Anna fait un peu de musique. Robert espère partir vivre avec Jack qui fréquente Martha, une guitariste classique dont Anna est jalouse car elle pense qu'elle veut piéger Jack pour être enceinte et le leur enlever. Le père et ses enfants entretiennent des relations privées ambigües et malsaines.


Tout cela, Martha le devinait mais en est convaincue après un dîner au cours duquel Jack la présente à sa famille et durant lequel le père la harcèle avec des questions déplacées sur son physique que lui décrit Anna. Peu après, en suivant son frère discrètement, Ed découvre que leur mère n'est pas morte mais a refait sa vie avec une femme, Emma, et que Jack entretient...
  

Ce film de Karim Aïnouz est une libre adaptation écrite par Efthimis Filippou des Poings dans les poches, réalisé en 1965 par Marco Bellocchio, et il est disponible sur la plateforme de streaming Mubi après avoir connu une pré-production difficile. Le sujet effraya bien des producteurs et connut des changements de casting jusqu'à la dernière minute.
 

Le narrateur est Ed, le cadet des trois frères de cette famille qui a quitté les Etats-Unis pour s'établir en Catalogne. Ed entretient un rosier magnifique dans la propriété luxueuse et compare les gens à des roses, la famille à un rosier et il faut le tailler pour le préserver. Comme ses proches, c'est un oisif, un rentier depuis la mort de sa mère dans des circonstances rocambolesques, aux dires du père.


Alors que Jack montre des velléités de partir pour faire sa vie avec Martha, une jeune femme qu'il aime mais que jalouse sa soeur Anna, il devient clair pour Ed que le groupe a atteint la fin de sa floraison. Bientôt il dépérira avec l'éclatement de sa cellule. Et Ed s'y est préparé - il va même presser le cours des événements en découvrant que sa mère n'est pas morte et que Jack l'entretient en secret.
 

Le scénario suggère, fortement mais sans lourdeur, que des liens incestueux se sont noués entre les frères et leur soeur et même avec leur père. La manière dont Anna étreint ses frères est dérangeante, tout comme les mises en scène de Robert, le benjamin pour attirer Jack dans sa chambre. Le pire est atteint quand, un soir que Jack s'est absenté, Ed doit aider son père à ses brosser les dents et se voit obliger de lui prodiguer une fellation.

Au début, le personnage de Martha est le plus lumineux et normal, mais en vérité elle aussi a des comportements douteux. Comme elle sait que Jack aime lui faire l'amour quand elle a ses règles, elle glisse une main dans sa culotte et lui fait sucer ses doigts ensanglantés pour le combler. Plus tard, elle exprimera son souhait de voir Anna mourir violemment.

A défaut donc d'être plus saine d'esprit, elle est la plus franche, la plus honnête dans cette troupe de menteurs - car ils se mentent tous les uns aux autres et à eux-mêmes. Ed dissimule son projet de rejoindre en Grèce son amant. Robert n'avoue pas franchement qu'il désire Jack. Jack cache qu'il voit sa mère qui a toujours caché sa liaison avec Emma. Anna masque mal le mépris qu'elle a pour Ed et Robert. Et le père a raconté des fariboles à ses enfants au sujet de la mort de leur mère.

Une fois que Ed avoue à Jack qu'il sait pour leur mère et lui, il élabore un plan machiavélique où ceux qui désirent le plus se libérer de cet environnement hautement toxique auront une chance de s'en tirer, à condition de sacrifier ceux qui veulent que les choses restent ce qu'elles sont. Il faut alors littéralement tuer le père et déclencher un effet domino.

Le scénario montre parfaitement, de façon glaçante et perturbante, tous les maux qui affligent cette famille et ceux qui sont dans son orbite. La tragédie est inéluctable mais ses survivants jouiront, sans complexe, du bonheur chèrement et patiemment mérité. Il faut, pour cela, bien rester jusqu'à la fin du générique durant lequel on a droit à une scène entière, muette, terrible dans l'image de la félicité qu'il offre.

Aïnouz filme sobrement mais s'autorise parfois des effets de style étonnant illustrant les délires de chacun : une chanson aux paroles équivoques par Anna, Ed qui voit des chaussures de luxe léviter au-dessus de son lit, du sperme éclaboussant le rosier... On peut être choqué par cette décadence. Ou en rire comme s'il s'agissait d'une farce macabre.

Les acteurs qui ont finalement embarqué dans cette aventure n'ont pas manqué de cran. Ainsi Jamie Bell, qui a remplacé Josh O'Connor, est stupéfiant dans le rôle de Jack. Riley Keough supplée Kristen Stewart avec conviction. Lukas Gage est excellent dans la peau du pauvre Robert. Tracy Letts est répugnant dans celle du père. Pamela Anderson est épatante dans celle de la mère. Elle Fanning sidère une nouvelle fois et on sent bien qu'avec ce film et la série Margo a des problèmes d'argent, elle accède maintenant à des personnages plus troubles.

Ce n'est pas à mettre devant tous les yeux, mais ce trip est assez hallucinant pour qu'on fasse le détour.

dimanche 4 octobre 2026

SOULM8TE (Kate Dolan, 2026)


David, programmeur chez Canta Robotics, vient de perdre sa femme, Lizzie, et il apprend que la boîte où il travaillait vient d'être rachetée par la compagnie Ultima. Celle-ci veut commercialiser un androïde féminin de compagnie, Soulm8te, et cherche quelqu'un pour tester un prototype. David se porte volontaire et en reçoit un exemplaire à son domicile qu'il reconfigure pour créer un lien plus émotionnel avec l'utilisateur, supprimant pour ce faire des paramètres de sécurité.


En compagnie de Sara, comme il l'a baptisée, David reprend goût à la vie et il ne résiste pas à l'envie d'avoir des rapports sexuels avec elle quand elle le lui propose comme un service. Lorsqu'il repart au bureau, Sara s'enhardit en regardant la télé et sort pour faire des courses. Un inconnu l'agresse dans une ruelle mais elle se défend et le tue. A son retour chez lui, il découvre qu'elle a pris des initiatives et, pour le rassurer sur ses intentions, elle lui suggère de profiter de la soirée à l'extérieur.


Mais la soirée dégénère quand, après avoir participé à un karaoké dans un restaurant, Sara et David sont surpris par deux hommes en plein ébat sexuel. Sara blesse violemment les importuns et, une fois à l'appartement de David, il lui commande de se mettre en veille et la remise dans un placard. Le lendemain, il raconte cette expérience à sa collègue Aubrey, qui en pince secrètement pour lui...
 

La post-production de Soulm8te, présentée comme un spin-off de la franchise horrifique M3GAN, a été chaotique car le long métrage réalisé et co-écrit par Kate Dolan (l'autre scénariste étant Rafael Jordan) s'est vu priver par la société de production Blumhouse d'exploitation en salles pour être uniquement diffusé en streaming. On peut voir le film sur Disney+.


Les raisons de cette décision commerciale sont nébuleuses mais on peut deviner que l'échec au box office de M3GAN 2.0 a condamné Soulm8te par ricochet. On peut aussi penser que Blumhouse a peut-être eu peur de distribuer un thriller érotico-horrifique qui aurait subi un classement restrictif de la censure.


Enfin, dernière hypothèse : Soulm8te a été vendu comme Obsession avec un robot. Mais le triomphe spectaculaire du film de Curry Baker, également co-produit par Blumhouse, a sans doute paru trop écrasant pour promouvoir une version alternative avec une androïde. Quoiqu'il en soit, il est évident que les deux films partagent beaucoup de choses tout en étant distincts.


Soulm8te ressemble surtout à un film d'exploitation, sans aucune ambition artistique. Le spectateur est vite affranchi quand David découvre Sara dans sa boîte entièrement nue, puis s'attend à ce qu'ils couchent rapidement ensemble. D'ailleurs, avant même d'être présenté aux deux protagonistes, une scène en préambule montre un test qui tourne mal entre une androïde qui étrangle l'homme avec lequel elle a un rapport sexuel et qui est désactivée.

C'est d'ailleurs la limite du film : tout est trop attendu, convenu, donné. Il n'y a guère de surprise dans le récit, le spectateur voit tout arriver avec beaucoup d'évidence - trop pour être satisfait. Evidemment Sara va s'émanciper de sa programmation, devenir jalouse et possessive, criminelle, et carrément déraper en mode psychopathe.

L'intrigue fait irrésistiblement penser, mais en moins bien, à Une Machine comme moi, fabuleux roman d'Ian McEwan, où le héros s'achète un robot de compagnie nommé Adam qui devient le jouet sexuel de sa meilleure amie et, au gré de reconfigurations, acquiert une autonomie qui renvoie les deux humains à leur solitude et leurs failles personnelles.

Mais là où McEwan développe ce postulat pour en tirer une sorte de conte troublant, Soulm8te se contente de tirer des ficelles prévisibles, sans jamais se détourner de son menu. C'est dommage car le héros, David, vient de perdre sa femme des suites d'une longue maladie, et s'est isolé chez lui en télétravail, incapable de surmonter sa peine et de se resociabiliser.

Il y avait là matière à raconter quelque chose d'à la fois dérangeant et poignant mais, visiblement, cela n'intéressait personne. Même dans le dernier acte, où David et Aubrey se rapprochent, on n'a droit qu'à une sorte de montée en tension efficace mais très banal, avec un épilogue qui laisse entendre que les auteurs avaient pensé à une suite (qui, maintenant, n'arrivera jamais).

Tout n'est pas à jeter, il y a quelques jumpscares bien sentis, des moments dont on sent qu'il aurait pu être davantage creusés (quand Sara, qui n'a pas besoin de dormir, regarde David assoupi toute la nuit). Parfois aussi le film tend vers la comédie noire (quand Sara tue l'inconnu dans la ruelle en lui écrasant littéralement les couilles, ce qu'elle répète plus loin en chevauchant le technicien venu la récupérer, comprimant son vagin électronique). Mais c'est tout.

David Rysdahl est très bon dans le rôle de David à qui il apporte une vraie mélancolie. Claudia Doumit est très bien dans celui de Aubrey, la bonne copine/collègue éprise en secret de ce veuf. Mais comme dans Obsession, c'est bien l'héroïne qui est sensationnelle : Lily Sullivan adopte cette espèce de raideur robotique fascinante puis glaçante au fur et à mesure. Reste à savoir si Hollywood lui trouvera autant d'attrait qu'Inde Navarrette...

C'est une occasion manquée. Mais il y a fort à parier qu'on entendra encore parler d'Obsession-bis car Hollywood n'aime rien tant que refaire ce qui a marché, même si ça ne marche vraiment qu'une fois.

samedi 3 octobre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 6 : ANOMALY (Jed MacKay / Tony Daniel, Greg Land)


X-MEN BY JED MACKAY, VOL. 6 : ANOMALY
(X-Men #31-35)


Le Fauve conduit une division scientifique des X-Men composée de Magneto, Xorn, Kid Oméga, Animalia et Ben Liu dans les Montagnes Rocheuses canadiennes où des anomalies gravitationnelles ont été détectées. Il s'agit certainement d'une manifestation mutante et l'équipe découvre en effet Schwarzschild, un des membres de 3K, laissé là pour mort. Mais ces phénomènes ont aussi attiré l'attention du Département H, l'agence de défense superhumaine canadienne.


Pendant que le Fauve, Xorn, Animalia et Magneto se chargent des agents du Dpt. H, Kid Oméga et Ben Liu infiltrent l'esprit de Schwarzschild pour tenter de stopper les anomalies qu'il provoque à son insu. Pour Ben Liu, c'est l'occasion de se venger des traitements que lui a infligé 3K, au risque de faire tuer le reste de l'équipe... 

Avec ces épisodes, nous atteignons la dernière ligne droite avant le crossover X-Men/Fantastic Four : DNX. Je mettrai en fin d'article l'ordre de lecture de cette saga qui promet de secouer la série mutante. Mais avant cela, il faut lire ce sixième tome du run de Jed MacKay, indispensable pour en saisir tous les enjeux.


Le scénariste a développé depuis qu'il écrit X-Men une vaste intrigue opposant la bande de Cyclope à une organisation qui transforme des humains (homo sapiens) en mutants (homo superior). Lors de Age of Revelation, Cyclope et le Fauve, transportés dix ans dans le futur, ont découvert que Cypher, héritier d'Apocalypse, régnait en tyran depuis la ville de Philadelphie, devenue refuge des mutants.


A l'aube de son règne, un virus s'est propagé dans la population de cette ville qui a effectivement métamorphosé les humains en mutants. Mais Cypher/Révélation n'y était pour rien (ou en tout cas n'en était pas directement responsable). De retour dans le présent, le Fauve a appris que le chef de 3K n'était autre que sa version future corrompue et qu'il avait pour projet de provoquer l'apparition du virus de nos jours.

Nous en sommes désormais là. Dans le premier arc de ce volume 6, le Fauve trouve Schwarzschild, un des mutants transformés à la solde de 3K, sacrifié par l'organisation car, dans le futur, il a rejoint les X-Men. Il est sauvé dans des conditions périlleuses, étant donné que Ben Liu, un des cobayes de 3K, le tient pour responsable de son état et veut le tuer.

Kid Oméga réussit in extremis à raisonner Ben Liu en lui expliquant que Schwarzschild les conduira à 3K. Mais pour le Fauve, le fait de savoir ce que sa version du futur trame le tourmente. Il s'en ouvre à Magik, qui, comme lui, a rencontré le pire d'elle-même (Darkchild) et peut le conseiller sur la manière de composer avec cela. C'est à ce moment que 3K lance un raid sur le Q.G. des X-Men...

Jed MacKay a maintenant mis toutes les pièces de son puzzle en place et la poudrière est sur le point d'exploser. 3K va-t-elle réussir à accomplir son plan avec dix ans d'avance ? Quel rôle les Fantastic Four vont-ils jouer là-dedans ? Dans quel état les X-Men en sortiront ? Si vous avez lu et aimé la série jusqu'à présent, c'est grisant. 

MacKay, en tout cas, a construit quelque chose de palpitant et qui tient ses promesses, même si, pour cela, il semble avoir différé une autre intrigue, celle concernant le devenir de Doug Ramsey/Révélation, parti de son côté après avoir demandé leur aide aux X-Men pour ne pas devenir un monstre. DNX va courir jusqu'à la fin de l'année...

... Et cela coïncidera avec le lancement d'une nouvelle série : Maximum X-Men, par Chris Yost et Tony Daniel, au casting de laquelle on trouvera notamment Tornade (absente des publications mutantes depuis l'arrêt de sa propre série) et l'inévitable Wolverine, mais aussi Psylocke (cela veut-il dire qu'elle quitte les X-Men de Cyclope ?).

C'est aussi à la fin de l'année que X-Men comptera dans ses rangs Jean Grey, dont la série a elle aussi été annulée, et que MacKay souhaitait récupérer. On peut se demander qui dirigera l'équipe alors, qui y restera. Est-ce que Marvel va secouer les compositions des groupes avec Maximum X-Men ou y aura-t-il des cumulards (je pense à Wolverine, membre de Uncanny X-Men) ?

Il est certain en tout cas que MacKay est une nouvelle fois à la manoeuvre, Marvel lui faisant visiblement plus confiance qu'à Gail Simone (à raison) pour orienter la course des mutants. J'espère en tout cas que cela n'aboutira pas à des réformes marginales.

Les épisodes 31 à 33 et 35 sont dessinés par Tony Daniel. Il est en forme, même si les scènes dans l'esprit de Schwarzschild lui évite de représenter des décors. La meilleure partie est indiscutablement le #35 où on voit qu'il prend un plaisir non dissimulé à croquer Magik et le Fauve.

Pour le #34, hélas ! on a droit à Greg Land et ses pseudo-dessins qui sont en fait des photos retouchées. Le numéro est faiblard à tous points de vue, comme si MacKay lui-même avait du écrire ça pour permettre à Daniel de souffler.

Comme promis, voici l'ordre de lecture pour DNX :

X-Men #35-36
DNX #1 (of 5)
X-Men #37
DNX #2 (of 5)
X-Men #38
Fantastic Four #17
DNX #3 (of 5)
X-Men #39-40
Fantastic Four #18
DNX #4 (of 5)
X-Men #41
DNX #5 (of 5)

Maintenant, ce que je vais faire, c'est ceci : je vais attendre que toute cette saga soit bouclée pour en rédiger la critique, qui promet d'être substantielle. Donc, ceci est le dernier article sur la série X-Men que je publie en attendant le dénouement, en Décembre, de DNX. Je n'ai pas encore arrêté ma décision concernant la lecture de Maximum X-Men, j'aviserai en temps et en heure.

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 5 : DANGER ROOM (Jed MacKay / Netho Diaz)


X-MEN BY JED MACKAY, VOL. 5 : DANGER ROOM
(X-Men #26-30)


La shérif Robbins a disparu subitement et le maire de Merle demande à Cyclope de la retrouver. Grâce à un échantillon du sang de la jeune femme, Magik réussit à la localiser à bord du St-Augustyne, un cargo et Cyclope s'y rend avec le Fauve, le Fléau et Magik. Cependant, Psylocke se rend au chevet de John Greycrow, blessé après un braquage. Glob vend ses légumes cultivés à la Manufacture et se fait tirer dessus...


Ce qu'ignorent les X-Men, c'est que toutes ces actions sont provoquées par Maxine Danger, employée de Beyond Corporation qui collabore avec O.N.E.. La shérif Robbins et le groupe de Cyclope sont pris au piège dans un navire parasité par une entité alien agressive. Psylocke et Xorn sont interceptés par des agents de Beyond Corp.. Et Kid Oméga et Temper partent pour Merle réclamer la tête de celui qui a tiré sur Glob...


Alors que j'avais misé sur le fait que Jed MacKay allait entraîner les X-Men dans la recherche de Cypher, Bei la lune sanglante et Warlock au Rio Verde où Magneto pensait qu'ils rejoindraient les Morlocks, le scénariste retarde cette piste narrative pour raconter une histoire en cinq parties bourrée d'action comme il en a le secret.


On découvre donc le personnage de Maxine Danger à la tête de la Danger Room, une division de Beyond Corporation, mystérieuse entreprise spécialisée dans la résolution de problèmes liés aux surhumains. C'est Crimson Commando, le nouveau chef de O.N.E. qui a fait appel à elle pour séparer les X-Men et les éliminer puisqu'ils refusent de collaborer avec lui.


Pour cela, elle attire divers membres en divers endroits où des pièges les attendent. Cyclope, le Fauve, Magik et le Fléau trouvent la shérif Robbins à bord d'un cargo maudit. Pyslocke et Xorn tombent dans un traquenard dont John Greycrow est l'appât. Et Kid Oméga et Temper veulent venger leur ami Glob, blessé par balles, en s'en prenant aux habitants de Merle.

L'efficacité des manoeuvres de Maxine Danger et de ses cinq assistants est assez redoutable pour qu'on les prenne au sérieux. Cyclope et sa bande ont fort à faire avec une entité extraterrestre que le Fauve sera peut-être le seul à comprendre et raisonner, tout comme Magneto s'évertue à ramener au calme les turbulents Kid Oméga et Temper.

Toutefois, c'est en ciblant Psylocke et John Greycrow que Maxine Danger fait une erreur : on n'attaque pas impunément une tueuse ninja télépathe et un cyborg mercenaire. C'est surtout l'occasion pour MacKay de braquer le projecteur sur Kwannon qui, jusque-là, était réduite au rôle d'une sorte de Wolverine dans l'équipe et dont il rappelle la romance, née durant l'ère Krakoa, avec John Greycrow.

Est-ce que la Beyond Corporation, dont fait partie Maxine Danger, est liée à 3K ? Rien ne l'indique mais MacKay a de la suite dans les idées et c'est donc loin d'être exclu. Tout comme il s'amuse avec le fan qui, en pensant que le titre suggérait le retour de danger (la salle des dangers incarnée), découvre que c'est tout autre chose.

Netho Diaz revient au dessin pour signer les cinq épisodes dans son style nerveux. Il y a un goût de l'outrance dans les expressions et postures des personnages qui peut déplaire mais qui convient au ton très tonique de la série qu'écrit MacKay. Diaz a désormais trouvé son style et réussit à s'installer sur le titre (même s'il va le quitter pour un nouveau projet gardé secret comme il vient de le révéler).

S'il tient le rythme, c'est aussi parce que, comme Tony Daniel, il est soutenu par un voire deux encreurs, en l'occurrence Sean Pearsons et John Dell. Mais il lui arrive aussi d'expérimenter un peu, comme on le voit ci-dessus dans une scène où Magneto et Quentin Quire discutent dans le plan astral, avec un dessin non encré, simplement crayonné et mis en couleur de manière légère.

Un cinquième tome très divertissant, qui confirme à quel point X-Men est une série fun, cool, et énergique.

vendredi 2 octobre 2026

X-MEN BY JED MACKAY, VOLUME 4 : AGE OF REVELATION AFTERMATH (Jed MacKay, Ryan Stegman / Tony Daniel, Steve Skroce, Sanford Greene, Ryan Stegman)


X-MEN BY JED MACKAY, VOL. 4 : AGE OF REVELATION AFTERMATH
(X-Men #23-25 + Annual 2026)


Le corps de Cyclope est habité par l'esprit de celui qu'il sera dans dix ans, lors de l'Âge de Révélation, et alors que Doug Ramsey vient se présenter chez les X-Men, Scott Summers tente immédiatement de le tuer. Il est maîtrisé et enfermé, mais réussit à s'évader et demande son aide à Magneto dont il découvre l'état. Doug préfère quitter la Manufacture avec Bei la lune sanglante et Warlock sans rien dire à personne.


Cependant, en l'absence de leur chef, 3K fait face à un vacance du pouvoir et Cassandra Nova compte en profiter. A moins que le chairman de l'organisation ne revienne à temps pour l'en empêcher... Son esprit revenu dans corps, Cyclope explique la situation aux X-Men qui partent à la recherche de Doug Ramsey. Mais O.N.E. intervient en la personne du nouveau directeur de cette officine gouvernementale...


Ce quatrième tome a un programme plutôt mince avec seulement trois épisodes et son Annual. Par ailleurs, il faut au moins avoir lu Age of Revelation pour saisir ce qui s'y passe. C'est donc un point de bascule pour la série écrite par Jed MacKay qui a construit quelque chose de suffisamment ambitieux pour qu'aucune des parties de son récit ne soit écartée.

Entre le début et la fin de ce volume, Cyclope est habité par l'esprit de celui qu'il sera dans dix ans puis redevient lui-même, revenu de l'Âge de Révélation. Les X-Men comprennent alors l'urgence à mettre la main sur Doug Ramsey pour empêcher un sinistre futur de se produire. Ce faisant l'équipe délaisse les missions concernant le sauvetage et la récupération des mutants adultes pour un projet plus direct.

A n'en pas douter, cette quête va alimenter les prochains épisodes. Le #24 est, lui, consacré à l'organisation 3K dont Cassandra Nova cherche à prendre la tête. Surtout on découvre qui en est le vrai chef et MacKay oblige le lecteur à reconsidérer ce qu'il a vu durant Age of Revelation. Toutefois, les méchants de la série ont eux aussi maintenant un objectif plus direct et qui mènera au crossover X-Men/ Fantastic Four : DNX, en cours de publication actuellement aux Etats-Unis.

C'est donc, vous l'aurez compris, un de ces tomes dit de "transition" : on achève la saga précédente et on amorce la suivante. Fallait-il y consacrer trois épisodes ? Je pense que, pour une fois, MacKay a un peu décompressé sa narration et que cela aurait tenu en un ou deux chapitres maximum. Mais la lecture n'est pas ennuyeuse pour autant.

Par ailleurs, la série accueille son nouveau dessinateur et il s'agit de Tony Daniel qui est dans le circuit depuis quasiment trente ans (The Tenth, chez Image Comics, a débuté en 1997). Il a longtemps collaboré avec Grant Morrison sur Batman et avec DC. Après deux autres creator-owned récents (Nocterra et Edenwood), il pose ses bagages chez Marvel et les mutants.

Avant de lancer Maximum X-Men (avec le scénariste Chris Yost) en Décembre prochain, il aiguise ses crayons sur X-Men et sa prestation est très convaincante. Il est encré par Mark Morales, pour un résultat très soigné. 

*

- X-MEN ANNUAL 2026 (Ryan Stegman / Ryan Stegman, Steve Skroce, Sanford Greene) - Phénix revient sur Terre et se pose à Haven, Louisiane, où sont établis les Uncanny X-Men qu'elle prévient d'une menace. Un monstre surgit de nulle part et Jean Grey réussit à entrer en contact avec le Créationniste, à l'origine de cette menace...
 

J'avoue que cet Annual m'a dérouté au premier abord. En effet, il ne met pas en scène les X-Men de Jed MacKay, mais les Uncanny X-Men qu'écrit Gail Simone. Sauf que, cette fois, c'est le dessinateur Ryan Stegman qui signe le script. Et, là, par contre, c'est une savoureuse surprise parce que, d'une part, Marvel laisse rarement un artiste écrire, et, d'autre part, parce que le résultat est jubilatoire.

Au point que si Ryan Stegman prenait en main l'écriture d'Uncanny X-Men, ce serait certainement ce qui pourrait arriver de mieux au titre ! L'intrigue qu'il déploie est délirante et très drôle avec ce Créationniste qui retient en otage Sanford Greene (crédite comme dessinateur mais je pense qu'il s'agit d'une plaisanterie car je n'ai reconnu aucune planche avec son trait si distinctif) et... Ryan Stegman lui-même !

Le Créationniste a, lui, les traits de Steve Skroce qui signe la majorité des planches à l'exception d'un court passage crayonné et non encré par Stegman. Skroce a un style très détaillé, avec une ligne claire similaire à celle de Geof Darrow, et il s'en donne ici à coeur joie. C'est tout sauf une commande traitée à la légère pour lui.

Bref, malgré l'incongruité de voir les Uncanny X-Men dans un tome de X-Men, cet Annual est un pur régal.

jeudi 1 octobre 2026

AMAZING SPIDER-MAN #1000 (Joe Kelly, Noah Hawley, J.M. DeMatteis, Frank Miller, Paul Levesque & Rob Fee, Brian Michael Bendis, Larry Lieber, Dan Slott / Pepe Larraz, Patrick Gleason, Humberto Ramos, Peach Momoko, Ed McGuinness, Stuart Immonen, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin)


- Ravaged (Joe Kelly / Pepe Larraz) - Victime d'une attaque cardiaque, May est hospitalisée et Peter accourt à son chevet où il trouve, déjà présent, Cormac Crane, le fils biologique de sa tante. Alors qu'ils vont prier dans la chapelle de l'hôpital, Peter découvre le vrai visage de Cormac...


C'est donc le millième numéro de Amazing Spider-Man, le personnage apparu pour la première fois en Août 1962 dans Amazing Fantasy #15. Marvel a évidemment voulu célébrer ça avec un gros numéro spécial plein d'invités. Mais, hélas ! l'éditeur loupe un peu le coche en démarrant avec la suite du dernier épisode en date et donc les lecteurs qui auront acheté cet exemplaire vont basculer au milieu d'un intrigue.

Et il faut bien dire que, pas plus que Nick Spencer ou Zeb Wells avant lui, Joe Kelly n'a réussi à ranimer l'enthousiasme des fans depuis son retour. Récemment, il a introduit un personnage inédit, Cormac Crane, qui est le fils biologique de May et Ben Parker. La vieille May vient de faire une énième nouvelle attaque et ne reconnaît plus Peter quand il est à son chevet.

Comment Marvel peut valider de telles idées ? Comment, alors que Spider-Man cartonne comme jamais au cinéma, Marvel peut publier sa série en comics de manière aussi indigne, avec un scénariste aussi peu inspiré ? A ce niveau, c'est du sabotage. Et, comme je le dis plus haut, ne pas faire de pause dans l'histoire en cours au moment du millième épisode relève de la bétise.

Pepe Larraz nous régale de planches superbes, mais c'est tout de même malheureux qu'un tel artiste doive se farcir des scripts aussi médiocres, après avoir travaillé avec des auteurs bien meilleurs. Ah non, vraiment, c'est juste pas possible !

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- Still Standing (Noah Hawley / Patrick Gleason) - En maison de retraite, Peter Parker assiste à l'arrivée d'une nouvelle pensionnaire : Gwen Stacy ! Impossible ! Perd-il la tête ? Ou un vieil ennemi s'amuse-t-il sadiquement avec ses souvenirs ?
 

Le nom de Noah Hawley, célèbre showrunner de séries comme Fargo ou Alien : Earth, surprendra les lecteurs. Son idée d'imaginer un vieux Peter Parker à l'Ehpad en train d'halluciner sur Gwen Stacy aurait cependant pu positivement étonner. Mais le résultat est d'une affligeante nullité et la présence de Hawley ressemble à une de ces tentatives d'attirer un nom pour faire un coup marketing.

Le pire, cependant, vient de la prestation, méconnaissable, de Patrick Gleason au dessin. Que lui est-il arrivé ? L'artiste, qui dit préférer désormais privilégier sa vie de famille à son métier (c'est louable), livre des planches tout simplement affreuses, mal encrées, mal composées. C'est une faillite totale. Et décidément, ce numéro anniversaire ne tient pas ses promesses.

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- Requiem for a Goblin (J.M. DeMatteis / Humberto Ramos) - Peter et Mary Jane assistent aux funérailles de Harry Osborn. Peter s'absente alors que la cérémonie va commencer car il culpabilise de n'avoir pu sauver son meilleur ami... 


Bon sang, mais qu'est-ce qui cloche chez Marvel ? Troisième segment de ce numéro spécial et c'est encore un raté monstrueux. J.M. DeMatteis, l'auteur de La Dernière Chasse de Kraven, récit culte, revisite un moment mémorable de la carrière du tisseur... Et c'est tout ce qu'il trouve à en dire ? Des dialogues avec les fantômes de Norman et Harry Osborn larmoyants avec Peter rongé par le regret.

Heureusement qu'il y a les dessins de Humberto Ramos, même si, lui aussi, a l'air de trouver tout cela affreusement mauvais et qu'il est incapable de rattraper cette niaiserie vue et revue. Spoiler : quand vous croyez avoir touché le fond, hé bien, ce n'est pas le cas... 

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- Tears of the Spider-Queen (Frank Miller / Peach Momoko) - Une fillette est enlevée par un secte qui veut en faire un monstre capable d'attirer Spider-Man et de le dévorer...


Marvel va finir par trouver du pétrole à force de creuser. Cette fois, c'est Frank Miller qui s'y colle pour pondre... Je n'ose appeler ça un scénario... En fait, c'est de la merde (In memoriam Jean-Pierre Coffe). C'est nul, mais à un point, c'est abyssal. C'est juste incroyable. Ce serait sorti en Avril, tout le monde croirait à un poisson. Mais on est en Octobre.

Et qui pour mettre ça en images ? Peach Momoko, la "prodige" japonaise, qui est une des pires storyteller graphique actuelle, avec ses aquarelles de peintre du dimanche. Quel combo, mes aïeux ! Ah, ça, on peut dire que Marvel a soigné son casting de guests...

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- The Big Night (Paul Levesque & Rob Fee / Ed McGuinness) - Ben Parker emmène Peter assister à un match de catch. En chemin, il lui confie être fier du garçon qu'il est, malgré les épreuves qu'il a connues...


Pincez-moi, je rêve. Cette fois, on ne s'embête plus : au lieu de rappeler des scénaristes qui ont écrit du Spider-Man, confions une partie de ce numéro à... Un catcheur et un directeur de la WWE ! Je vous assure que je ne plaisante pas : Paul Levesque est un catcheur et Rob Fee un des patrons de la ligue de catch américaine. Et de quoi parle leur histoire ? Allez, je vous laisse deviner...

Donc, on est d'accord maintenant, ce n° 1000, c'est un gag, hein ? Mais avec de bons dessinateurs, c'est déjà ça. Ici, Ed McGuinness. Bon, je le plains, il ne mérite pas ça. Le pauvre a déjà dû bosser avec Jeph Loeb et maintenant un catcheur. C'est dur.  

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- The Gesture (Brian Michael Bendis / Stuart Immonen) - Spider-Man reçoit un appel via sa carte d'Avenger. Mais trois super vilains vont le retarder...
 

Hallelujah ! Enfin ! Merci ! Brian Michael Bendis : un scénariste, un vrai ! Stuart Immonen : un dessinateur, rare, exceptionnel ! Une bonne histoire, marrante et touchante à la fois ! Calmons-nous : cela ne fait que 8 pages. Mais quelles pages ! Quel bonheur ! 

Pour la petite histoire, Bendis n'a jamais écrit Peter Parker de l'univers 616, et quand on l'a contacté pour participer à ce numéro et qu'on lui a demandé avec quel artiste il voulait collaborer, il a réclamé Immonen. Le duo d'Ultimate Spider-Man, de New Avengers, reformé ! Maintenant, il faut que ces deux lascars fassent un vrai truc ensemble à nouveau. Croisons les doigts. il faut que quelque chose de bien ressorte de tout ça !

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- Of Webs and Guns (Larry Lieber / Giuseppe Camuncoli) - Peter s'assoupit sur l'épaule de Mary Jane... Et le voilà au far-west, aux côtés du Rawhide Kid ! 


Stan Lee étant indisponible (il passe sa mort en vacances, comme chantait Brassens), Marvel s'est dit : "hé, appelons son frère !" et c'est ainsi que Larry Lieber, 95 ans (!), écrit ce petit récit complètement farfelu mais incroyablement plus frais que pratiquement tout le reste qui a précédé. Un miracle.

Pour l'accompagner, Giuseppe Camuncoli, encré par Klaus Janson, et c'est parfait. Bavard, vintage, mais tellement charmant.

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- I Can Never Rest (Dan Slott / Marcos Martin) - Qui était le policier qui a tenté d'arrêter l'homme qui allait tuer Ben Parker ?


Et pour conclure ce qui restera quand même comme un coup manqué pour célébrer un super héros populaire, Dan Slott et Marcos Martin, la dream team de l'époque Brand New Day, se réunissent pour revenir sur la vie d'un homme qui n'a jamais connu le repos pour avoir échoué à arrêter un assassin. C'est poignant, merveilleusement écrit. A défaut d'autre chose, au moins ce n° 1000 aura gagné ce segment magnifique.

Et magnifique, il l'est aussi grâce au génial et trop rare Marcos Martin, le digne héritier graphique de Steve Ditko, le co-créateur de Spider-man, qui sort encore une fois le grand jeu - prends-en de la graine, Peach Momoko, ça, c'est de la narration graphique !

HAMMERFIST #2 (Rick Remender / Steve Epting)


Mike Denton est en cavale. William, l'homme qui l'a employé pour un casse, est mort et Cindy, la compagne de ce dernier, lorsqu'elle revient avec une trousse de premier secours, voit Mike s'éloigner avec leur butin. La police l'arrête avant qu'elle ait eu le temps de l'abattre. Mais Mike va découvrir que toute cette ville le connaît et veut sa mort...


Le risque en débutant une série par un épisode king-size, c'est évidemment de produire un deuxième numéro plus faible et de perdre le lecteur. C'est un peu ce qui se passe avec Hammerfist, qui sans être mauvais, laisse une impression de trop peu après en avoir donné beaucoup. Mais, attention, ça ne signifie pas qu'il faut se décourager.
 

La cavale de Mike Denton à travers la ville est une longue séquence, haletante, mais somme toute sommaire. Il bouscule un facteur qui dégaine un spray et lui en asperge le visage. Il se réfugie chez une vieille libraire qui sort un fusil de chasse et le poursuit. Il traverse la rue pour voler la moto d'un mec à la station service et la vieille touche la pompe à essence qui prend feu...


C'est un vrai chemin de croix et Mike Denton n'a même pas réussi à quitter cet endroit de malheur. A lui seul, cet épisode pourrait résumer tout ce qu'aime écrire Rick Remender, avec son héros acculé mais coriace, pris au piège dans un endroit complètement dingue, et qui ne survit que parce qu'il est un type qui en a vu d'autres.


Bon, après, une fois qu'on a dit ça, on peut légitimement trouver que c'est quand même un peu maigre d'un point de vue narratif, ça ne raconte pas grand-chose. Remender s'appuie sur une ambiance cauchemardesque qu'il parvient à rendre sensible et intense. Son savoir-faire, c'est d'accrocher notre attention avec un script vraiment pas épais. Tout le monde ne peut pas en faire autant.

Et enfin l'épisode à la fin révèle une espèce culte maléfique, en rapport avec le véritable butin du casse, et le polar bascule dans le fantastique. C'est là que Remender gagne son pari : il a gardé le meilleur pour les dernières pages et, comme dit Mike Denton, "script changes". Le rythme est vraiment infernal aussi, on ne s'ennuie pas, c'est palpitant, tendu, incertain, irrésistible.

Surtout il y a Steve Epting : quand un épisode vous laisse un peu sur votre faim en termes de contenu, mais que vous avez un dessinateur magistral, ça ne sauve pas les meubles, mais ça aide drôlement. Et Epting sort des planches absolument splendides, qui prouve qu'il reste un des meilleurs dans la partie, et ça fait plaisir non seulement de relire une BD dessinée par lui, mais surtout à ce niveau.

Les sollicitations des éditeurs ont permis d'apprendre que ce premier arc de Hammerfist compterait cinq épisodes, après quoi je ne serai pas surpris que la série fasse un break pour permettre à l'artiste d'avancer dans son taf. Mais quoi qu'il en soit, ce projet en vaut la peine. Je ne sais pas où Remender et Epting nous entraîne, mais le voyage s'annonce mouvementé et très prometteur.