lundi 29 juin 2026

RED ROOTS #3 (Lorenzo de Felici)


Tandis que Kate est conduite à l'infirmerie de la cité, Grit clarifie la situation pour Sand. Un gouffre dans lequel se jettent les guerriers de la ville les conduit au théâtre d'un affrontement entre deux tribus. Kate interroge un brancardier sur ce qui se passe tandis qu'on transporte les premiers blessés...


Si on pouvait être, comme les deux protagonistes de Red Roots, un peu perdu au cours des deux premiers épisodes, Lorenzo de Felici nous permet de mieux apprécier la teneur de l'intrigue qu'il a mise en place. Il demeure évidemment des zones mystérieuses (normal : il ne va pas non plus tout révéler d'un coup), mais au moins on sait davantage où on se dirige.


Dans Red Roots, deux individus comme vous et moi (ou presque puisque l'un d'entre eux est quand même un soldat tueur) se trouvent donc déplacés dans un univers parallèle sans comprendre évidemment où ils sont tombés et pourquoi le colosse qui les y a conduits a besoin d'eux. Ils atterrissent dans une cité qui semble sur le point d'être attaquée.
 

De Felici commence ici par séparer Kate (l'institutrice) et Sand (le soldat tueur) pour donner au lecteur deux points de vue distincts mais complémentaires : Kate découvre une infirmerie où s'entassent vite des blessés qu'elle est chargée de trier en fonction de leurs chances de survie. Sand, lui, est entraîné par Grit dans un gouffre et est mêlé à une bataille aussi féroce que spectaculaire entre deux clans.


Quelle est la raison de ce conflit ? On l'ignore mais sa nature est sans équivoque comme l'explique le guérisseur Garza : ce n'est pas une simple guerre, c'est LA guerre. Sand a donc été enlevé pour ses compétences de guerrier qui peuvent faire la différence. Mais quid de Kate ? On en saura certainement plus prochainement.

Ce qui est certain, c'est que le lecteur est immergé dans une histoire dont Lorenzo de Felici semble avoir voulu qu'elle soit aussi déconcertante pour ses deux héros que pour le lecteur. C'est, à ce titre, très réussi. Les situations s'enchaînent à un rythme soutenu, sans qu'on comprenne exactement et surtout immédiatement ce qu'elles signifient.

Mais on évolue surtout dans un cadre sauvage, hostile, abrupt qui déboussole, fait perdre tout repère, souligne une absurdité évidente. Sans préciser le pourquoi de cette guerre et le rôle que peuvent y jouer Sand et Kate (surtout elle), l'auteur pointe à quel point tout cela est fou, grotesque, et en même temps force les personnages à s'adapter rapidement.

Cette brutalité, on la retrouve aussi dans le dessin qui conserve un aspect rough par moments. De Felici paraît conserver son énergie pour les moments les plus spectaculaires, comme cette impressionnante bataille avec une figuration incroyable, peuplée de guerriers aux allures toutes différentes les unes des autres.

Le design de la cité, avec en particulier le décor de l'infirmerie, d'un réalisme suffocant, nous plonge au coeur de l'horreur avec des soldats mutilés, agonisants, des montagnes de blessés qu'il faut trier pour donner la priorité à ceux qui ont une chance de survie. La scène est hallucinante et prouve, que même avec le décalage induit par le cadre fantastique, toute l'atrocité du conflit est dite.

Red Roots est une série décidément très singulière, une expérience qui ne prend pas le lecteur par la main aimablement mais le jette dans le feu de l'action et les fosses de l'enfer. Non seulement c'est efficace mais c'est original et audacieux.

DOOMQUEST #2 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


L'esprit de Victor von Fatalis occupe le corps d'un passage du Titanic. Il tente d'éviter la collision fatale avec l'iceberg, mais échoue, maîtrisé par des hommes d'équipage qui le prennent pour un fou. Le naufrage et la mort le ramènent aux heures précédent la catastrophe. Fatalis va s'employer à sortir de cette boucle temporelle...
 

Décidément, cette mini-série s'avère réjouissante. Ryan North a donc envoyé l'esprit au début du XXème siècle après le sabotage de sa machine à remonter le temps par Mr. Fantastic qui lui en avait donné, involontairement, l'inspiration. Ici, il ne s'agit donc pas de voyager dans le temps physiquement : seul l'esprit fait le déplacement et investit un corps du passé.


Fatalis va donc devoir faire avec et évidemment il se montre aussi impatient qu'impétueux. Raison pour laquelle il échoue plusieurs fois à empêcher le naufrage du Titanic à bord duquel il se piéger. Mais Fatalis apprend vite quand il s'y met, sans toutefois prendre la mesure des événements dans leur gobalité.
 

Il ne faut en effet pas oublier qu'il comptait remonter le temps pour modifier le cours de l'Histoire de la Latvérie, en la faveur de sa nation. Or, en 1912, Fatalis apprend que son pays est considéré (déjà) comme un bout de terre sans importance, peuplé selon le reste du monde par des barbares incultes. Quand il sauve les passagers du paquebot en échange de l'aide des plus riches pour aider la Latvérie, une fois revenus à bon port, ceux-ci le font arrêter par la police.


Je ne vous dirai pas s'il parvient à ses fins, mais au bout du compte une autre quête motive Fatalis : celle de sortir de cette boucle temporelle. En effet, quelle que soit l'issue, naufrage ou non, il est renvoyé au point de départ, simple passager parmi d'autres. Qu'il survive ou meure, la modification de la situation doit être déterminante pour qu'il échappe à ce cadre.

Fatalis emploie la magie, sans grand succès. La force. La ruse. Jamais il ne se départit de son arrogance. De sa pugnacité. Sa mission est double : changer le sort de la Latvérie dès cette époque et quitter cette époque. Cette version d'Un Jour sans Fin avec Fatalis dans le rôle de Bill Murray est jubilatoire, grâce à une narration remarquable de Ryan North.

Bien entendu, comme le n° de Lobo paru cette semaine, il s'agit là d'une entreprise opportuniste au moment où un film va donner la vedette au personnage (Lobo avec Supergirl, Fatalis avec Avengers : Doomsday). Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Et, bien qu'ils s'inscrivent dans des registres très différents, Lobo #4 et Doomquest #2 sont également réussis.

C'est aussi grâce à la réussite de leur partie graphique. Francesco Mobili, avec les couleurs de Frank d'Armata, nous gratifie de planches magnifiques où l'artiste italien fait parler son style réaliste, son sens des détails, son découpage sobre et fluide, ses compositions fabuleusement équilibrées, pour nous en mettre plein la vue.

La qualité du résultat est éblouissante et si Mobili, encore une fois, réussit à tenir le rythme sans céder un pouce à cette exigence visuelle, Doomquest peut vite devenir un classique - et pourquoi pas ouvrir la voie à d'autres mini séries du même acabit, équivalentes à celles de DC sous leur Black Label.

J'étais motivé par Mobili et il ne me déçoit pas. Mais North lui donne un script extraordinaire. Autant d'atouts pour une lecture enthousiasmante.

dimanche 28 juin 2026

SUPERMAN #39 (Joshua Williamson / Dan Mora)


Superboy Prime est expédié dans des univers de comics, d'abord familiers puis inconnus de lui. Manchester Black veut le pousser à bout pour qu'il brise le quatrième mur qui sépare la fiction de la réalité afin qu'il se réincarne physiquement et recouvre toute sa puissance...


Il est indéniable que, non seulement grâce à Joshua Williamson, mais surtout par une volonté éditoriale, Superman, personnage et série confondus, est devenue une production DC à nulle autre pareil, où tout est possible. S'en servir non pas comme un espace entièrement dédié à la gloire du man of steel, mais bien comme un champ d'expérience a contribué à rajeunir le concept.


Imaginez que Marvel s'autorise la même liberté avec un héros aussi populaire, comme Spider-Man, et vous liriez les aventures du tisseur les plus débridées, les plus foutraques, mais aussi les plus palpitantes, les plus imprévisibles.. Ce que se permet DC avec Superman n'est pas un sacrilège, c'est tout ce que se refuse Marvel en pensant que conserver leur héros iconique dans l'immobilisme rendra les fans heureux.


Cette démarche a atteint son paroxysme depuis quelques mois et la fin de l'event DC K.O. qui a vu Superboy Prime, avatar de Superman venant d'une Terre parallèle où les super héros ont conscience d'être des êtres fictifs, investir le titre Superman. Joshua Williamson fait feu de tout bois en emmenant le héros et le lecteur dans des histoires méta textuelles.
 

Depuis trois mois, Superboy Prime est confronté à ce que Superman redoute le plus : la magie. D'abord via sa rencontre avec la magicienne Witchfire qui ignorait qui il est et pensait le sacrifier pour repousser des démons. Puis avec son affrontement contre Manchester Black, sacrifié autrefois par Lex Luthor pour dévoiler au monde entier l'identité secrète de Superman.

La disparition de Superman a permis à Manchester Black de scruter Prime et de comprendre sa condition singulière. Il veut le provoquer pour que, dans un accès de colère, il brise le mur de la réalité comme il le fit jadis et lui permette de recouvrer son intégrité physique et acquérir une nouvelle puissance magique.

Cet affrontement sert à Williamson et à Dan Mora à expédier Prime dans des pages de BD qu'il connaît d'abord (retour à l'event Infinite Crisis), dont il a entendu parler (le cartoon Adventures of Superman), puis dans des territoires fictionnels qui lui sont inconnus (les romance comics, le manga, les horror comics, etc.).

Le jeu entre le fond et la forme atteint un pic dans une page où Prime passe de case en case, explorant à chaque fois un nouveau plan existentiel avant de comprendre que tous s'inscrivent dans un "gaufrier" de neuf cases... Comme ce qu'adore écrire Tom King (cité dans le texte) ! C'est très drôle et en même temps flippant (King se servant du fameux nine-panel-grid pour suggérer l'enfermement des personnages dans des situations cauchemardesques, oppressantes).

Mora fait des miracles et prouve qu'il est bien plus qu'un dessinateur efficace et prolifique en adaptant son trait aux styles que le personnage traverse. J'avoue que je ne m'y attendais pas, non pas que je doutais du talent de Mora, mais davantage de la plasticité de son dessin. Evidemment, on n'est pas au niveau de maîtres du genre comme Immonen ou Williams III mais quand même, c'est épatant.

Quand l'épisode se termine sur un cliffhanger explosif, Williamson s'amuse encore en prévenant que de la suite dépend toute la continuité actuelle du DCU. Mais est-ce encore pour rire ? Ce serait culotté de renverser la table de cette manière, même si ça reste improbable. En tout cas, Superman est devenue une sorte de série folle, bien loin de l'image guindé qu'on colle à ce personnage vénérable.

samedi 27 juin 2026

ALICE ET STEVE (Sophie Goodheart, 2026)


Meilleurs amis depuis toujours, Alice et Steve, tous deux la cinquantaine, assistent aux obsèques d'une connaissance. Ils vont noyer leur chagrin en boîte et rentrent éméchés chez Alice qui invite Steve à dormir sur le canapé. Izzy, la fille ainée d'Alice, 26 ans, est présente alors qu'elle vient de rompre avec son petit ami Janis. Dans la nuit, alors qu'elle se lève pour boire, Izzy propose un rafraîchissement à Steve. Une chose en entraînant une autre, ils couchent ensemble.


Le lendemain matin, ils conviennent de ne pas en parler à Alice et que cela ne se reproduira pas. Mais plus ils évoquent le sujet, plus il devient clair qu'ils ont des sentiments l'un pour l'autre. Et quand,, après plusieurs jours sans nouvelles de Steve, Alice débarque chez lui à l'improviste et y trouve sa fille, cette dernière avoue tout. Dévastée, Alice décide de tout faire pour mettre fin à cette relation et une guerre ouverte se déclenche entre les deux désormais ex-meilleurs amis...


J'ai binge watché cette série de 6 x 25' entre deux articles et j'en rédige la critique tant que c'est chaud. J'avais lu beaucoup de bien au sujet de Alice & Steve (en vo) avant d'apprendre que son auteur n'était autre que Sophie Goodheart, à qui l'on doit la série Sex Education (2019-2023) qui est disponible sur Netflix.


Ici, la scénariste s'attaque aux clichés de la comédie romantique en imaginant comment un homme de cinquante ans tombe amoureux de la fille de 26 ans de sa meilleure amie. Evidemment, avec le mauvais esprit qu'on apprécie chez les britanniques, tout ne va pas bien se passer. Du tout. Et la série n'occulte rien des aléas de cette intrigue avec un humour féroce.


Malgré tout, la qualité première de ce show vient de son absence de jugement moral. On peut être choqué par le fait qu'un type sorte avec une fille qui a l'âge que pourrait avoir sa propre progéniture. Ou bien être offusqué de le voir trahir une longue amitié. Mais on peut aussi trouver pathétique l'entêtement de la mère qui refuse absolument cette liaison et de pardonner à son ancien camarade.
 

Comme dans le cultissime Fleabag de Phoebe Waller-Bridge, le récit se déploie sans prendre de gants. personne n'est épargné et le comportement des uns et des autres n'a rien de reluisant. Mais, comme je le disais, Goodheart, elle, refuse de favoriser l'une ou l'autre partie. Elle observe cette guerre de tranchées, ses coups bas, et examine pourquoi ce qui se passe a de tels effets.
 

Il faut bien comprendre que Izzy n'est pas une jeune femme sous emprise ou idiote. Elle ne tombe pas dans les bras de Steve parce qu'il l'a draguée ou bien pour embêter sa mère ou même pour compenser sa rupture avec Janis. C'est même tout le contraire qui se produit : elle discute simplement sur un bout de canapé avec l'ami de sa mère et lui avoue le trouver "bizarrement sexy" alors qu'il se confie à elle. Avant cela, on peut imaginer qu'elle ne l'avait même jamais calculé.

C'est bien elle qui l'embrasse la première, et c'est encore elle qui va chez lui, lui avoue ses sentiments, le pousse à avouer les siens, et surtout et enfin avoue tout à sa mère, parce qu'elle ne peut pas dissimuler ça plus longtemps. En revanche, c'est aussi Alice qui pète immédiatement les plombs et refuse jusqu'au bout d'envisager que sa fille fait ses propres choix.

La vengeance d'Alice est mémorablement mise en scène : elle frappe sans ménager Steve et se montre impitoyable. On peut même dire qu'elle commet des crasses innommables, indignes. Elle est souvent odieuse et pas qu'avec lui - son mari Daniel, plus jeune qu'elle, en fait les frais et il finit par se rendre compte de la toxicité de leur mariage au contact d'une collègue qui tente d'abord de le séduire avant de l'aider à être plus autonome, moins soumis.

Steve réplique bien entendu et lui aussi ne s'embarrasse bientôt plus d'élégance pour riposter. Mais il finit par arrêter le premier car son histoire avec Izzy lui importe davantage que de dominer le match contre Alice. Même quand un twist menace de tout faire basculer (relativement à l'identité du père de l'enfant que porte Izzy), il fait preuve de beaucoup de mesure et d'altruisme.

Si je trouve un défaut à la série ? Deux en fait. Le premier, c'est que le personnage d'Alice manque de nuances, elle est littéralement incapable de s'extraire de son schéma vengeur. Elle passe vraiment pour une cinglée assez grotesque et je pense que la série aurait gagné à la voir évoluer avec un peu plus de nuance, de subtilité. Tout le monde évolue dans cette histoire, sauf elle. Dommage.

Le second, c'est le dénouement. J'ignore si une saison 2 est prévue. La fin ouverte le laisse penser. Mais en l'état je trouve que ça s'arrête un peu n'importe comment, comme si Goodheart ne savait plus comment faire. Si l'histoire reprend, je serai curieux de voir comment, mais si c'est pour repartir sur les mêmes bases, autant s'en dispenser. Ce serait juste répétitif et inutile.

Le casting rassemble des acteurs que je ne connaissais pas du tout. Nicola Walker incarne Alice et surligne hélas ! les défauts d'écriture de son rôle : elle est trop en roue libre. Au début, c'est marrant, ensuite c'est flippant, et à la fin c'est ennuyeux. Jermaine Clement, dans la peau de Steve, est bien plus sympathique et son interprétation défend efficacement le personnage. Entre eux il y a la jolie Yali Topol Margalith qui réussit à exister sans surjouer ni s'effacer en campant Izzy.

La série aurait pu éviter quelques clichés qu'elle prétend par ailleurs dénoncer, comme la copine gender fluid du frère d'Izzy, ou les allusions aux accusations de pédophilie de Woody Allen. Primo, le quota de minorité visible et deuxio, les jugements sur des personnes innocentes, ça me fait chier. Et ici, ça n'ajoute strictement rien au sujet.

Alice et Steve comporte donc quelques tares non négligeables, mais c'est un jeu de massacre parfois vraiment réjouissant et une anti romcom iconoclaste. 

VENOM #259 (Al Ewing / Carlos Gomez)


Tandis que Captain Alliance prévient VenoMJ que Knull est de retour, Dylan Brock renoue avec Sleeper, le chat symbiote qui l'interroge sur le fait que son père est en prison. Puis il l'entraîne en ville où Toxin affronte le vilain F.A.C.A.D.E....


Le mois prochain démarre l'event Queen in Black qui sera écrit par Al Ewing et qui comptera cinq numéros. On peut dire que Marvel se créé ses propres embouteillages puisque cette saga sera publiée en même temps que Armageddon, mais ça ne semble pas déranger l'éditeur que tous ses héros soient mobilisés contre deux ennemis menaçant la Terre entière sans que leurs assauts aient le moindre rapport.
 

Marvel n'est pas davantage embarrassé par le fait que Queen in Black survient à peine deux moins après les événements survenus dans Death Spiral, le crossover entre Venom, Toxin et Amazing Spider-Man. A quand une mini-série supplémentaire ? C'est grotesque et il faut bien du mérite à un scénariste comme Al Ewing pour composer avec un calendrier aussi absurde.


Mais, heureusement pour lui, Ewing semble jouir d'une vraie liberté sur Venom (et Thor) pour ne pas devoir être empêché par les plans des autres auteurs. Death Spiral s'est fait avec la complicité de Charles Soule et Joe Kelly et Queen in Black ne dépend pas de Chip Zdarsky. A l'heure où j'écris cette critique, je ne sais cependant pas si je suivrai Queen in Black.
 

Je continue Venom quoi qu'il en soit et j'espère que cela suffira pour ne pas être paumé si je zappe Queen in Black. C'est juste que je n'ai pas envie de me fader un event et la charge de travail que cela implique, je suis déjà bien occupé. Je compte en tout cas sur Ewing et je sais qu'il a souvent à coeur le confort de ses lecteurs.

Ce numéro de Venom est clairement un épisode de transition, d'ailleurs on y assiste à des passages de relais. Le scénario va d'un personnage à un autre pour revenir au premier et, hop ! emballé, c'est pesé. Ewing est vraiment maître dans l'art de la narration : il privilégie la fluidité et l'efficacité, même si ça ne l'empêche pas par ailleurs (sur The Mortal Thor) d'expérimenter.

Le "clou" du spectacle de Venom #259 réside dans le passage de témoin de Rick Jones à Dylan Brock qui devient le nouvel hôte de Toxin. Ewing fait passer la pilule de manière habile en rappelant que les symbiotes, quel que soit leur caractère, doive trouver quelqu'un qui leur est complémentaire. Rick Jones n'était pas un bon candidat.

Par ailleurs Ewing joue sur la continuité : après le père (Eddie Brock), il y a une logique à ce que ce soit le fils (Dylan) qui récupère Toxin. La question qui se pose maintenant, c'est de savoir si cet ado saura contenir l'instinct meurtrier de Toxin. Il sera intéressant aussi d'observer la réaction d'Eddie, MJ, voir Flash Thompson quand ils l'apprendront.

Mais Ewing a certainement tout prévu, surtout juste avant le démarrage de Queen in Black : on voit bien qu'il redistribue les cartes, prépare la bataille, rien de tout cela n'est improvisé. Cela suppose bien sûr que celui qui lit Venom apprécie ce qu'en fait Ewing - et si ce n'est pas le cas depuis VenoMJ, inutile de persévérer.

Carlos Gomez continue, lui, d'enchaîner les épisodes avec brio. Il y a de la solidité chez ce garçon : il est très régulier, ses planches ne souffrent d'aucune baisse de régime, il est aussi fort quand il faut animer des scènes d'action qui dépote que pour se concentrer sur des moments où le dialogue prend le pas. C'est très appréciable, en particulier chez Marvel où les dessinateurs sont vite essorés.

Ce n'est sans doute pas le run que les puristes loueront, mais pour part, je suis fan.

DETECTIVE COMICS #1110 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Après avoir été humiliés par la fillette, Batman et Green Arrow réussissent à remonter sa piste grâce à un traceur que l'archer a réussi à lui coller. Ils préviennent Black Canary que la fillette est une assassin et de ne pas tenter de l'appréhender. Batman préfère savoir qui la commande et pourquoi elle s'en est prise à eux...


Cette quatrième partie de l'histoire en cours se terminera donc au mois d'Août prochain et, pour ma part, je m'en tiendrai là. J'ai eu, depuis le départ, un vrai souci avec la manière dont Tom Taylor écrivait la série, même si je lui reconnais de l'avoir abordée avec une forme d'insouciance rafraîchissante. Mais cet arc met davantage en lumière ses défauts que ses qualités.


Je ne veux pas paraître ingrat néanmoins : Taylor sait raconter une histoire et divertir le lecteur, ce qui n'est pas le cas de tous ses confrères. Sa narration a du rythme, il traite ses personnages avec affection et sans complexes, ce qui n'est pas rien quand on écrit le titre historique de Batman. Par ailleurs, on peut lui accorder le mérite de chercher des intrigues originales.
 

Mais Taylor a aussi les défauts de ses qualités : rien de ce qu'il imagine n'est purement du Batman. Je veux dire par là que ses histoires pourraient convenir à beaucoup de personnages de justiciers urbains. En vérité, il donne le sentiment de ne savoir explorer Batman que par le biais de retcons, trop systématiques, comme s'il n'avait à rien à dire à son sujet au présent.
 

C'était particulièrement flagrant quand il a imaginé son premier arc qui imaginait que Thomas Wayne avait aidé la compagne de Joe Chill, le futur assassin des parents de Bruce. Intrigue qui, pensais-je, allait alimenter une sorte de subplot, et qui, en définitive, n'a servi à rien qui aurait pu remettre en cause Batman.

Taylor créé de toutes pièces des personnages, des vilains, qui sont liés au passé de Batman (ou, actuellement, de Green Arrow et Black Canary aussi) et le lecteur compte sur des conséquences à longue portée, mais en réalité, une fois l'arc bouclé, tout ça retourne au néant dont c'est sorti. Comment, dès lors, ressentir une réelle intensité, une dramaturgie ?

L'histoire entamé depuis quatre mois part d'un jeune justicier qu'"adoptent" Green Arrow et Black Canary et qui est mort depuis. Tout le suspense est bâti sur les circonstances de cette mort et la vengeance que mène une fillette, dont on devine facilement qu'il s'agit de l'enfant de ce justicier décédé. Et on comprend alors pourquoi, dès le début, dans le passé, Batman, fidèle à sa parano, se méfiait de cette recrue surgie de nulle part.

L'épisode du mois dernier nous a permis d'apprécier à quel point Taylor n'a pas peur du ridicule en montrant ladite fillette mettre au tapis rien moins que Green Arrow et Batman. C'était un grand moment jumpin' the shark, dont l'intrigue ne peut se relever. Et la révélation à la fin du numéro de ce mois-ci est aussi téléphonée qu'on pouvait le craindre.

En somme Taylor a du savoir-faire, mais parfois il manque cruellement de discernement : comment a-t-il pu imaginer que le lecteur, même le plus indulgent, allait gober son récit après deux chapitres aussi calamiteux ? Et Prion, comme Asema, comme le Lion, rejoindra aussi sûrement les oubliettes d'une série qui mérite mieux que des adversaires interchangeables.

Mikel Janin lui-même dessine avec parfois un manque de conviction criant. Il a en tout cas de fréquentes baisses de régime et doit faire appel à un encreur pour l'aider. Malheureusement, pour lui et pour moi, il faut que ce soit l'infâme Norm Rapmund, un des finisseurs les plus lourdauds, qui s'acquitte de la tâche.

Quand Janin doit mettre en images des scènes d'action, son métier lui suffit amplement et le résultat est impeccable. En revanche, les moments plus intimistes, explicatifs, émotionnels sont tellement mal écrits que même un artiste aussi expérimenté que lui ne peut les sauver et les personnages eux-mêmes semblent réciter un texte auquel ils ne croient pas comme des acteurs surpris en train de jouer faux.

Ce n'est donc pas bon. Et si on fait le bilan du run en cours de Taylor, ma foi, ce n'est pas tellement fameux.

vendredi 26 juin 2026

LOBO #4 (Skottie Young / Jorge Corona)


Lobo reçoit un nouveau contrat : il doit s'introduire dans une forteresse de solitude dont Superman se sert pour entreposer du matériel qu'il utilise rarement. Une fois dans la place, Supergirl arrive. La suite est prévisible...


Evidemment, les esprits chagrins diront que c'est un épisode opportuniste : il sort la même semaine que le film Supergirl de Craig Gillespie (ce mercredi en France, vendredi aux Etats-Unis). Mais soyons lucides : vous croyez qu'un éditeur va se priver de l'exposition d'un long métrage pour ne pas produire un comic book avec les mêmes personnages ?


Ce qui compte vraiment au fond, et je pense que là-dessus tout le monde peut en convenir, c'est la manière dont sont racontées les histoires en question. Bien entendu que Skottie Young n'allait pas calquer son scénario sur celui du film (qui s'inspire de Supergirl : Woman of Tomorrow, de Tom King et Bilquis Evely). Et c'est ce qui fait tout le sel de l'épisode.


Young prévient lui-même : il s'agit du crossover que tout le monde attendait - ou craignait. Et comme Young est un sale gosse, l'affrontement qu'il orchestre entre Lobo et Supergirl est férocement drôle, outrancier à souhait, hilarant, et incorrect. L'argument de l'épisode ne fait même pas semblant de trouver un prétexte original : c'est volontairement grotesque.
 

Et puis une bonne histoire tient aussi à sa chute et celle de cet épisode de Lobo est particulièrement bouffonne. Si vous croyez encore que le chien est le meilleur ami de l'homme (ou de la femme), vous allez bien rigoler devant les conneries de Krypto et du clébard du Main Man, qui sont au moins aussi idiots et dévastateurs que leurs maîtres...

Y a pas à dire mais lire Lobo chaque mois, ça fait du bien. C'est complètement idiot, c'est bourrin, mais qu'est-ce que c'est marrant. Young ose tout, surtout le mauvais goût, et on ne peut qu'être empli de gratitude envers DC de laisser un tel auteur en liberté, sans se soucier du qu'en-dira-t-on. Il suffit de voir comment Lobo se rase (au lance-flamme !) pour éclater de rire !

Et tout est au diapason. Il faut dire aussi que Young a avec Jorge Corona un compagnon de choix. Son dessin a quelque chose d'hystérique, lui non plus ne s'interdit rien. La série tourne à la farce et l'assume. Son héros est un abruti, son chien aussi, son complice ne vaut pas mieux : comment ne pas se bidonner devant le spectacle qu'offre cette bande de gredins ?

La baston entre Supergirl et Lobo est un grand moment : chacun se balance des torgnoles insensées, brûle les fesses de l'autre avec ses rafales optiques, tout en assaisonnant les mandales de sentences rock'n'roll. Il règne ici un esprit punk totalement iconoclaste mais parfaitement maîtrisé. Bien plus tonique que ce que fait Daniel Warren Johnson qui semble souvent s'excuser de ses délires en y plaquant une épaisse couche mélodramatique.

Lisez Lobo - ou croisez les doigts pour qu'Urban Comics le traduise, parce que c'est sûrement ce que le DC Next Level donne à lire de plus jubilatoire.