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vendredi 24 avril 2026

AMAZING SPIDER-MAN #27 : DEATH SPIRAL #9 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness, Carlos Gomez, Francesco Manna)


Lié à Carnage, Spider-Man affronte Torment mais Eddie Brock s'invite dans cette bagarre pour dérober au tueur le bracelet du Shocker et libère le tisseur de l'emprise du symbiote. Venom surgit alors pour s'occuper de Torment qui en a profité pour rattraper May Parker et Anna Watson...


Le crossover Death Spiral s'achève avec ce numéro d'Amazing Spider-Man et après 9 semaines de parution. Joe Kelly conclut l'intrigue  avec beaucoup d'énergie. L'action domine les débats mais réussit à faire de la place pour quelques scènes qui seront sans doute explorées plus tard dans ce titre et celui de Venom.


Difficile d'en dire plus sans spoiler, même si on peut affirmer sans se tromper qu'on ne risque pas de revoir Torment (quoique, dans les comics, sait-on jamais...). Je le regrette presque parce que ça fait de lui un vilain créé juste pour cette histoire alors qu'il avait du potentiel et que sa lubie des spirales et des meurtres généalogiques aurait pu être réutilisée.


Les lecteurs de Spider-Man auront l'occasion d'analyser les conséquences de ce crossover dans le futur puisqu'on a pu remarquer dans un épisode précédent qu'une des cibles de Torment avait deviné son probable lien familial avec Spider-Man. Toutefois, c'est bien pour Venom et Mary Jane Watson que Death Spiral aura le plus de retombées.

Sans rien déflorer, le symbiote et son nouvel hôte commettent un acte radical que j'imagine mal Al Ewing ne pas prendre en compte. Reste à savoir quand. Avec l'event estival Queen in Black, je pense que le scénariste va temporiser avant d'en reparler. Je serai en tout cas surpris et déçu qu'il le passe sous silence.

Désolé de tourner autour du pot comme ça, mais je ne veux pas spoiler. Est-ce qu'au final Death Spiral aura été un bon crossover ? J'ai envie de dire que oui quand même. Même si 9 épisodes pour ça, c'est définitivement trop long, je ne me suis pas ennuyé en le lisant et la parution hebdomadaire a beaucoup joué à ce niveau.

Ensuite, même si, évidemment, c'était inégal d'un auteur à l'autre, Joe Kelly, Charles Soule et Al Ewing ont su se passer le relais efficacement et aussi bien Spider-Man, Carnage que Venom ont eu de quoi briller. Il y a eu de l'action, des rebondissements, et un adversaire coriace, suffisamment pour tenir tête aux trois personnages principaux. Quant au mort de l'histoire, je crois pouvoir assurer que personne ne le regrettera...

Visuellement, ce dernier épisode montre en revanche que le rythme de publication aura été limite pour les artistes. Ed McGuinness n'aura au final dessiné qu'un épisode complet, sinon il a aura eu besoin d'aide. Cette fois encore, il est secondé par Francesco Manna et également par Carlos Gomez. Miraculeusement, malgré des différences de style prononcées, l'ensemble se tient correctement.

Après ça, Amazing Spider-Man peut se diriger tranquillement vers son millième épisode. Et, pour ma part, je serai heureux de relire Venom dès le mois prochain.

jeudi 9 avril 2026

AMAZING SPIDER-MAN #26 : DEATH SPIRAL #7 (of 9) (Joe Kelly / Francesco Manna, Ed McGuinness)


Carnage a pris Torment comme nouvel hôte et Spider-Man est seul à l'affronter puisque Venom secourt au même moment Dylan Brock. Les personnalités du symbiote et du tueur en série se disputent sur leurs objectifs avant de repartir. Venom transporte Eddie Brock à l'hôpital pendant que Spider-Man tente de retrouver Torment/Carnage...
 

Comme on pouvait s'y attendre, les deux méchants font donc cause commune, Carnage ayant lâché Eddie Brock (qui contenait ses envies de tuer) en s'attachant à Torment. Un rebondissement assez convenu mais qui présente l'avantage de donner un coup de boost à une intrigue qui piétinait. Même si, reconnaissons-le, ça reste du grand n'importe quoi.


Joe Kelly fait plus d'effort pour dynamiser son récit et enchaîne les scènes d'action sur un rythme soutenu. La tournure que prend l'histoire lui permet de séparer Venom de Spider-Man, chacun des deux héros ayant sa part de travail à accomplir. Si la partie Venom est donc minorée, elle n'en demeure pas moins intéressante tandis que du côté de Spidey, le cliffhanger final est prévisible.


En combinant Torment et Carnage, le scénario créé un hybride tordu à souhait : si les deux sont des tueurs, ils ne fonctionnent pas du tout de la même façon. Carnage veut tuer pour satisfaire ses instincts meurtriers. Torment, lui, a un plan à exécuter (les fameux meurtres en spirale consistant à éliminer toute une famille).


Kelly peut donc s'amuser à faire dialoguer ces deux alliés divergents : Carnage reconnait que l'objectif de Torment lui fournit de quoi être comblé, Torment admet que la puissance de Carnage va lui permettre d'exécuter sa besogne plus efficacement. En même temps, le lecteur n'est pas dupe : les deux assassins ne sont pas voués à rester collés l'un à l'autre au-delà de ce crossover.

L'autre bon point, c'est ce qui se passe entre Venom et les Brock - Eddie et Dylan. Le père et le fils se retrouvent mais cela ne signifie surtout pas que Mary Jane Watson va leur céder le symbiote. Dans une scène à l'hôpital où elle a transporté Eddie, MJ met même les points sur les "i" avec Eddie en lui expliquant ne plus vouloir le revoir dans les parages après ce qui est arrivé à Paul Rabin (je ne spoile pas).

Il faudra voir ce qu'il advient d'Eddie à la fin de cette affaire puisqu'il est dans un sale état et pour cause, il ne survivait à ses blessures que parce qu'il était l'hôte de Carnage (et avant de Venom). Il va survivre, je pense, mais dans quelles conditions. Ce n'était pas acquis puisque je pensais initialement que Death Spiral allait aboutir à son décès.

Peut-être aura-t-on la réponse dans le futur event Queen in Black de cet été... Quant à Spider-Man, si Joe Kelly a du champ pour l'écrire en le séparant de Venom, c'est paradoxalement dans ses scènes qu'il se montre le moins inspiré. Le tisseur est réduit à un rôle d'adversaire de Carnage/Torment quand il ne doit pas lui courir après... Avant de se prendre une nouvelle raclée !

L'épisode est dessiné pour ses 14 premières pages par Francesco Manna. Emule de Pepe Larraz, son style est donc très énergique, mais plus irrégulier que son modèle (c'est particulièrement visible sur ses dernières planches où le degré de finitions est très léger). Toutefois on ne saurait lui jeter la pierre car il est visible qu'il a été appelé pour dépanner, ce qui signifie que l'editor a mal fait son boulot en ne tenant pas compte de la productivité d'Ed McGuinness.

Ce dernier n'intervient en effet que sur le reste de l'épisode, soit 8 pages en tout et pour tout, et on sent qu'il a bouclé ça sous pression. Mark Farmer, son encreur, qui a dû travailler à partir de layouts (des crayonnés très grossiers). C'est dommage mais qui a pu parier que McGuinness tiendrait les délais...

Reste encore deux épisodes jusqu'à la fin de Death Spiral (auxquels Marvel vient d'ajouter un épilogue, sous titré Body Count, mais je m'en passerai). Pas sûr cependant que Venom #257 remonte le niveau puisque Charles Soule remplacera Al Ewing à l'écriture (mais heureusement Javier Pina signera les dessins)...

mercredi 25 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #25 : DEATH SPIRAL #5 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness)


Eddie Brock sans connaissance à l'intérieur de Carnage, ce dernier propose à Torment d'être son nouvel hôte mais le tueur en série refuse et profite de la confusion qui s'ensuit pour s'enfuir. Eddie Brock revient à lui et reprend le contrôle de Carnage pour expliquer le modus operandi de Torment. Spider-Man et Venom comprennent alors qui pourraient être ses prochaines cibles...


Récemment Todd McFarlane, qui illustra un run resté dans les mémoires de Spider-Man, avant de fonder (avec d'autres) Image Comics au début des années 90 où il créa son héros Spawn, expliquait qu'entre un comic book bien écrit mais mal dessiné et un autre mal écrit mais bien dessiné, il préférait la seconde option.
 

Ceci étant dit, ce brave Todd ne nous disait pas ce qu'il pensait d'un comic book mal écrit et mal dessiné ou surtout d'un comic book bien écrit et bien dessiné, ce qui existe aussi... Mais bon, suite à cette déclaration, il a dû ouvrir son parapluie car bon nombre d'auteurs et artistes ont qualifié sa sortie de stupide justement parce que le propre d'un comic book, c'était la collaboration entre un auteur et un artiste pour produire de leur mieux.


Toutefois, là où McFarlane n'a pas tort, c'est que la bande dessinée étant un art considéré avant tout comme visuel (alors qu'en vérité il est mixte par nature), les lecteurs vont plus facilement vers un livre dont le dessin les séduit que vers un scénario dont ils ne peuvent mesurer la qualité qu'en lisant le comic book.


A sa manière, c'est qu'illustre (c'est le cas de le dire) ce cinquième chapitre de Death Spiral dans Amazing Spider-Man #25. Si on veut être parfaitement honnête, ce crossover est déjà laborieux et heureusement que Marvel a décidé de le publier hebdomadairement sinon il serait vraiment interminable.

Mais surtout sa vraie qualité se situe dans ses dessins. De ce côté, l'éditeur a gâté les fans avec Jesus Saiz (même si son travail actuel est très loin d'être ce qu'il a fait de mieux), Carlos Gomez et Ed McGuinness. Cette semaine, c'est ce dernier qui rempile et j'ai envie de dire : "heureusement" parce qu'il semble le seul à vraiment s'amuser avec cette intrigue poussive.

Chacune de ses pages déborde d'une énergie juvénile : il ne fait pas ses 52 ans (le bougre, alors que moi, après un week-end pourri comme celui que j'ai passé, je me suis bien rappelé que j'allais vers mes 53 ce Vendredi). Et ça fait plaisir de voir un mec aussi cool, qui découpage son épisode avec un tel dynamisme.

On a presque l'impression de l'entendre penser quand on examine ses dessins, comme s'il disait : "cette histoire est bigrement débile, alors rendons-là au moins fun visuellement". Rien que pour ça, il a ma reconnaissance. Je n'ai pas toujours été fan de ce qu'il faisait, j'ai eu le sentiment qu'il s'égarait dans des projets improbables, mais sur Spider-Man, j'en redemande.

Alors qu'en comparaison, Joe Kelly... Mais qu'est-il arrivé à Joe Kelly ? Ce scénariste a écrit un fantastique run de la JLA (dispo en intégralité chez Urban en vf), il fait partie du collectif Man of Action (qui a produit, entre autres, Ben 10). Et il rempile sur Amazing Spider-Man pour un run qui, dès le début, ne m'a pas emballé.

Et le voilà embarqué dans ce crossover un peu moisi où il fait, semble-t-il, le strict minimum, en attendant que ça passe (puisqu'on ne lui a certainement pas demandé s'il était d'accord). Comme la semaine dernière, le peu qui se déroule ici aurait tenu en moitié moins de pages, même si c'est nettement plus palpitant (au début et à la fin - le milieu étant à nouveau terriblement mou).

J'ai l'impression qu'écrire ces grosses séries comme Amazing Spider-Man ou Avengers casse les auteurs qui s'y collent. Le rythme est effrayant, la pression écrasante, les editors interventionnistes. Evidemment, c'est aussi gratifiant parce que c'est la série que tout le monde rêve de faire. Mais à quel prix ? Il faut être solide comme Dan Slott pour survivre à ça (et même lui a du mal à rebondir depuis).

Bref, Death Spiral vaudra surtout, j'ai l'impression, pour sa partie graphique (et les épisodes de Venom par Al Ewing et Carlos Gomez). Je ne pense pas qu'il en sortira grand-chose de révolutionnaire pour Spidey (dont le millième épisode approche et mobilisera certainement plus Marvel) ou Venom. Et qui se soucie encore de Carnage ou de ce qu'il adviendra de ce Torment ?

mercredi 18 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #24 : DEATH SPIRAL #4 (of 9) (Joe Kelly, Charles Soule /Jesus Saiz)


Torment a tué le père d'Eddie Brock et neutralise ce dernier facilement grâce aux bracelets qu'il a volés au Shocker. Venom et Spider-Man se rendent chez Carl Brock dont ils découvrent le cadavre mais Spider-Man refuse de croire qu'Eddie pu le tuer. Lorsqu'ils retrouvent Carnage, ils le convainquent de le laisser l'aider à traquer Torment...


Bon, je suis chaud patate et j'enchaîne avec Death Spiral #4 et donc Amazing Spider-Man #24. Au moins comme ça, on sera débarrassé des mauvais comics de la semaine. Car, comme on pouvait le craindre, un crossover en neuf parties, c'est long - et en l'occurrence, trop long, beaucoup trop. Cet épisode en témoigne où tout ce qui est raconté aurait pu/dû tenir en moitié moins de pages.


Joe Kelly fait équipe avec Charles Soule, scénariste de la série Carnage (qui paraît promise à l'annulation), pour le script. On se demande bien ce que chacun a pu écrire tant le résultat est vide. Un enchaînement de scènes décompressé au possible qui ne méritait sûrement pas qu'on y consacre une vingtaine de planches.


Eddie Brock/Carnage se fait rétamer par Torment. Spider-Man et Venom le cherchent après avoir découvert Carl Brock assassiné. Ils le retrouvent et l'aident à pister Torment. Est-ce un spoiler si je dis que Carnage va doubler Spider-Man et Venom une fois Torment retrouvé ? Je ne crois pas. En tout cas, c'est tout ce qu'il y a à se mettre sous la dent en ce qui concerne Death Spiral et son intrigue.


Par contre, au milieu de ce truc paresseux, avec en prime une scène ridicule au possible (Torment se cache - enfin... Pas très bien puisqu'il est vite retrouvé - parce qu'il doit trouver un moyen de recharger la batterie des bracelets du Shocker), il y a quand même un moment très intrigant. Ou du moins assez curieux pour savoir à quoi il rime.

On se trouve dans la tête de Brian Nehring, le collègue de Peter Parker, en train de converser avec de drôles de petites créatures, dont l'aspect d'ailleurs évoque curieusement Groot. Nehring est victime d'une sévère infection mycologique et dans sa chambre, deux personnes tentent de purger cette infection. Sauf que les petites bêbêtes ne sont pas du tout éliminées...

Je me suis posé donc les deux questions susmentionnées : est-ce que Brian Nehring va être amené à jouer un rôle dans Death Spiral - et si oui, lequel, à quand, comment ? Ou alors est-ce une scène écrite par Kelly pour Amazing Spider-Man post-Death Spiral ? J'ai quand même l'impression que ce n'est pas innocent et que si c'était pour l'après Death Spiral, Kelly aurait pu attendre.

Mais bon, ça n'enlève absolument rien au fait que ce crossover semble condamné à être trop long. Il reste encore cinq chapitres et s'ils ne consistent qu'à voir Carnage, Venom et Spidey courir après Torment, ça va être chaud. Malgré tout, ne serait-ce que parce que Al Ewing est dans le coup, je garde confiance et je pense qu'il va se passer des trucs un peu plus excitants quand même.

Jesus Saiz revient au dessin (il faut bien qu'il participe puisque c'est lui qui collabore avec Soule sur la série Carnage). Mais bon, entre lui, Ed McGuinness et Carlos Gomez, faut bien dire que c'est Saiz qui propose les planches les moins bonnes du lot. C'est grisâtre au possible, l'infographie est moche, c'est pas dynamique. Vivement la semaine prochaine et la suivante qu'on retrouve McGuinness puis Gomez.

J'ai envie de dire : un épisode pour rien - ou en tout cas pour pas grand-chose. Mais était-ce évitable avec une histoire en 9 épisodes ? (Réponse : non.)

jeudi 5 mars 2026

AMAZING SPIDER-MAN #23 : DEATH SPIRAL #2 (of 9) (Joe Kelly / Ed McGuinness)

(Concernant l'identité de l'hôte de Venom...)


Alors qu'il se trouve chez sa tante May auprès de qui il tente de justifier son étrange comportement récent, Peter Parker aperçoit dehors Venom en train de se battre avec Lady Octopus. Spider-Man se joint à la bagarre ainsi que le Shocker. les deux super vilains battent en retraite et Venom révèle qui est son nouvel hôte à Spider-Man...


Je ne peux plus dissimuler le secret de Venom et donc j'ai tenu à prévenir d'entrée ceux qui souhaiteraient le découvrir par eux-mêmes. Mais ça devenait compliqué de ne pas spoiler et dans le cas précis de cet épisode, la révélation est au centre du récit. Il n'y a pas que ça, certes, mais c'est quand même le fait le plus frappant.
 

C'est à Joe Kelly, le scénariste de Amazing Spider-Man, que revient donc l'insigne honneur d'écrire la scène où Peter Parker découvre que Mary Jane Watson est désormais liée à Venom. Al Ewing a prévu d'y revenir, une fois le crossover Death Spiral terminé. On appréciera surtout que Kelly reste dans le ton de Ewing pour ce moment crucial.


C'est-à-dire que Kelly n'en fait pas un plat : s'il n'élude pas le choc que ressent Peter en l'apprenant, il explique sagement les circonstances durant lesquelles MJ a vu son sort scellé à celui du symbiote, un rappel de All-New Venom #6. Tout s'est joué quand Mary Jane agissait sous le masque de super héroïne de Jackpot...


Paul Rabin lui avait confectionné un appareil mêlant magie et technologie et lui permettant d'acquérir des pouvoirs aléatoirement, comme une combinaison de bandit manchot. Je sais ce que vous vous dîtes parce que je me le suis dit aussi : c'était vraiment une idée de merde, et vous pouvez saluer Zeb Wells pour l'avoir eue.

Toutefois est-il que l'appareil a fini par déconner et mettre en danger de mort MJ. Elle a été sauvée par Venom qui venait de fuir Eddie et Dylan Brock, et désormais le symbiote et son nouvel hôte sont liés au point que s'il leur venait à l'idée de se séparer, tous deux en mourraient ! Désolé donc pour ceux que cela hérisse de voir MJ attachée à Venom, mais il semble que ce soit parti pour durer (au moins jusqu'à ce que quelqu'un trouve un moyen de remédier à ce gros problème).

Evidemment, avant même de devenir l'hôte de Venom, faire de MJ Watson une super héroïne pouvait déjà irriter. Mais disons que je préfère voir le verre à moitié plein : comme Marvel refuse qu'elle et Peter soient en couple, personnellement la voir en train de jouer les super héroïnes me semble quand plus mélioratif que la réduire à un rôle de potiche, qui plus en couple avec Paul Rabin.

Et mieux encore, j'estime qu'en faire l'alter ego de Venom est nettement préférable à en faire Jackpot, qui du costume affreux aux pouvoirs grotesques était une catastrophe totale. Al Ewing a réussi à me vendre le concept et j'aime bien la manière dont il construit ce duo détonant, comment cela transforme Venom (sa personnalité, ses capacités), etc.

Pour ce qui est de Death Spiral proprement dit, disons que Joe Kelly joue la montre et ne fait pas beaucoup avancer le dossier. On a quand même un vilain iconique qui se fait trucider par Torment, et c'est pas rien. Mais bon, l'épisode est surtout construit autour de la révélation concernant Venom et MJ, c'est un gros morceau qu'il fallait aborder et maintenant c'est fait.

La bonne nouvelle tient au dessin : Pepe Larraz et John Romita Jr. ne participeront pas à Death Spiral et Marvel a donc eu la très bonne idée de rappeler Ed McGuinness. C'est un artiste qui a de l'expérience et même s'il a un peu trop souvent collaboré avec Jeph Loeb à mon goût, il est parfait pour Spider-Man. Son trait rond, souple, très dynamique, proche du cartoon, c'est ce que j'apprécie sur du Spidey.

McGuinness est un dessinateur généreux et son style est irrésistible : on a droit à des splash pages explosives, des personnages expressifs, et sa façon d'animer ce Venom nouvelle formule le rend encore plus savoureux. Il se dégage de ces planches une bonne humeur contagieuse, à peine modérée par la scène avec Eddie Brock et Carnage ou celle avec Torment au contenu évidemment plus sérieux.

McGuinness est de plus encré par l'excellent Mark Farmer, ancien partenaire d'Alan Davis (je n'ai pas compris pourquoi ils ne travaillent plus ensemble alors qu'ils se complétaient parfaitement). Franchement, c'est un régal. Marvel, oubliez John Romita Jr., laissez-le faire ses trucs avec Millar et installez McGuinness comme second artiste sur Amazing Spider-Man en alternance avec Larraz : si vous faîtes ça, je pourrais même être tenté de relire du Spidey !

Rendez-vous la semaine prochaine pour la 3ème partie de Death Spiral dans Venom #255...

AMAZING SPIDER-MAN/VENOM : DEATH SPIRAL #1 (of 9) (Al Ewing, Joe Kelly, Charles Soule / Jesus Saiz)


Une série de morts étranges déciment des membres de la famille d'Eddie Brock. Celui-ci l'ignore car il a fort à faire avec le symbiote Carnage dont il est devenu l'hôte et dont il calme les pulsions destructrices en traquant des criminels. Lorsque Eddie rend visite à son fils Dylan chez Paul Rabin, ce dernier avertit Mary Jane Watson qui en a la garde. Quant à Peter Parker, il reçoit un inquiétant coup de fil de Brock au cours duquel Carnage lui apprend qu'il sait qu'il est Spider-Man...


Comme j'ai décidé de suivre la série Venom, je ne pouvais risquer de passer à côté d'informations potentiellement importantes contenues dans ce crossover avec la série Amazing Spider-Man. Death Spiral est une saga en neuf parties mais qui ne durera que deux mois et dont le premier volet est co-écrit par Joe Kelly (scénariste de Spider-Man), Al Ewing (scénariste de Venom) et Charles Soule (scénariste de Carnage).


Cependant, même si Soule est impliqué, ce sont bien Joe Kelly et Al Ewing qui sont à la manoeuvre. Marvel a déjà, en partie, spoilé cette histoire en laissant deviner qu'il y a aurait une victime importante - mais bon, les morts ne le restent jamais longtemps dans les comics... Surtout, cette saga introduit un vilain, Torment, et va révéler à Peter Parker qui est le nouvel hôte de Venom.


Pour contextualiser un peu plus, il faut savoir que Peter a passé les derniers mois dans l'espace après avoir été vaincu par Hellgate. Pendant son absence, Ben Reilly, son clone, a joué son rôle en tant que Peter Parker tandis que Norman Osborn s'est fait passer pour Spider-Man. Problème : ni l'un ni l'autre n'ont fait grand cas de la situation familiale, amicale et professionnelle de Peter.


Ben Reilly a ignoré tante May et s'est comporté bizarrement au boulot, tandis que Osborn a vite éveillé les soupçons en jouant au tisseur. Peter constate donc, à son retour, les dégâts et doit essayer de recoller les morceaux. Pourtant il n'est pas au bout de ses peines car Carnage a appris qu'il était Spider-Man et que ce symbiote psychopathe pourrait en profiter pour le répéter.

Dans le jeu de chaises musicales auquel s'est prêté Marvel avec le changement d'hôte de Venom à l'issue de l'event Venom War, il a été décidé que Eddie Brock deviendrait l'hôte de Carnage. Brock tente de raisonner le symbiote en acceptant de traquer avec lui des criminels méritant de mourir, mais cette tâche l'afflige et il cherche à localiser Venom dans l'espoir de renouer avec lui.

C'est ainsi qu'il revoit son fils, Dylan, qui lui révèle qui est désormais attaché à Venom. Ce qui va décider Carnage à piéger tout ce beau monde : Venom, son hôte, Spider-Man, et Eddie Brock. Pour cela il se met en relation avec un tueur en série, Torment, qui assassine ses victimes en ciblant leur arbre généalogique - il décime ainsi la lignée Brock...

Tout ça est assez accrocheur mais très lugubre, et les illustrations de Jesus Saiz enfoncent le clou, avec une ambiance des plus sombres. La colorisation de Matt Hollingsworth souligne ce parti-pris (à moins que ce ne soit un problème d'impression ?). En tout cas, on a le sentiment permanent de lire une BD sous exposée au niveau des lumières.

En convoquant cette collection de personnages antagonistes, ce crossover m'a fait penser à ce qui s'était produit à une époque avec Hulk après que Jeph Loeb ait transformé tout ce qui passait de près ou de loin à côté de Bruce Banner en créature soumises au mutations des rayons gamma : Betty Ross, Jen Walters, Rick Jones, Thaddeus Ross...

Finalement, quand la série Hulk avait été confiée à Gerry Duggan, Marvel, conscient qu'il y avait désormais trop de Hulks dans la nature, avait demandé à ce qu'un grand ménage soit fait - et Duggan avait accompli un vrai tour de force en quelques mois. Est-ce qu'aujourd'hui on n'assisterait pas à la même procédure avec les symbiotes - ou du moins leurs hôtes ?

A voir. Et à à suivre dans Amazing Spider-Man #23, sorti hier, dont je vous parle très vite...

jeudi 5 juin 2025

AMAZING SPIDER-MAN #5 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Spider-Man arrivera-t-il à temps pour sauver Brian Nehring du Super-Bouffon au siège de Rand Entreprises ? (Suspense insoutenable...)


Oui, je sais, je suis sarcastique avec ce mini résumé, mais vous croyiez quoi ? Que Joe Kelly allait avoir la permission de Marvel pour proposer un dénouement vraiment surprenant et shocking - en somme, une idée, une bonne, qui aurait cassé la routine et prouvé qu'un scénariste de Amazing Spider-Man était un tout petit peu libre d'écrire ce qu'il avait envie...


Bon, j'envisageai déjà sérieusement avec le précédent numéro d'en rester là avec la fin de cet arc, mais cette fois, je peux confirmer. Parce que... Comment dire ?... Ben, c'est nul en fait ! C'est mauvais, mais mauvais. Honnêtement, qui peut avoir envie de continuer à lire cette série ? Je ne sais pas, ça me dépasse. Beaucoup de choses me dépasse chez Marvel actuellement.


Mais que Marvel se complaise à aligner les runs médiocres (au bas mot) pour leur héros le plus populaire, le plus connu, le plus emblématique... Oui, ça, ça me dépasse complètement. Y a-t-il encore un pilote dans l'avion ? Une ligne éditoriale ? Une direction ? J'en doute. C'est un naufrage. Et on ne voit pas ce qui pourrait stopper ça.


Au début des années 2000, Marvel confiait les rênes de Spider-Man à Joe Michael Straczynski et il en fait un carton énorme. Bon, il a dérapé avec l'arc Sins Past, mais disons que cette histoire n'a jamais existé et l'ensemble est quand même de haut vol. Passons aussi sur l'inélégance de Joe Quesada qui a imposé l'arc One More Day en le réécrivant dans le dos de JMS et qui a provoqué le départ de ce dernier, légitimement furieux...

Puis il y a eu la période Brand New Day. Inégale, forcément, vu le turn-over insensé d'auteurs et d'artistes avec une périodicité quasi hebdomadaire, mais avec un chef d'orchestre brillant pour que personne ne se saute à la gorge (au fait il est devenu quoi, Stephen Wacker ?). Et pour aboutir à l'intronisation de Dan Slott comme seul pilote.

Je sais qu'il y a des gens qui n'aiment pas du tout ce qu'a fait Slott, et pour ma part, je trouvais parfois qu'il faisait trop le malin, que son obsession pour Doc Ock était épuisante, mais il a tenu dix ans avec une énergie incroyable, en osant plein de choses, en bousculant les fans, avec des artistes souvent classe (Ramos, Caselli, Martin, Immonen...).

Et puis, patatras ! Depuis, c'est du grand n'importe quoi, ça part dans tous les sens, Marvel veut faire entrer des ronds dans des trous carrés, ménager la chèvre et le chou, plaire au plus grand nombre en essayant de choquer. Nick Spencer puis Zeb Wells s'y sont cassés les dents, à la fois victimes de leurs mauvaises intrigues et d'interférences éditoriales permanentes, malgré des dessinateurs encore top (car quel artiste refuserait Spider-Man ?).

On a quand même senti qu'après Spencer et Wells, il y avait eu des discussions chez Marvel. fallait arrêter un peu les conneries et sécuriser la série. Du coup, cette fois, on la confie à un vétéran, un ex de la période Brand New Day, Joe Kelly. Le mec a bonne réputation et se présente comme le grand réconciliateur qui ne veut pas réinventer la roue mais simplement faire du Spider-Man classique.

Et ça partait bien, au moins pour, allez, les deux premiers épisodes. Puis à nouveau, la débandade : Itsy Bitsy, le Super-Bouffon, des flashbacks wtf, une intrigue stupide... Mais à quand ça va finir ? Cet arc ne fait que cinq épisodes mais on le termine soulagé, parce que c'est pas bon du tout, c'est un démarrage lamentable, indigne, décourageant.

Ce cinquième épisode ne tient que par les mêmes trucs qui tenaient les quatre précédents : Pepe Larraz, ses pages de ouf. Ah, ça, c'est bien dessiné ! C'est même les plus belles pages de la série que j'ai lues depuis le passage d'Immonen. Mais quel gâchis ! Avoir Larraz et lui filer une histoire aussi pourrie, c'est pas possible.

Alors, oui, comme je le dis plus haut : quel artiste refuserait Spider-Man ? Larraz en avait très envie et Marvel le lui a donné parce que c'est une star, qui va obligatoirement attirer des lecteurs. Mais les dessinateurs, parfois, c'est un peu comme les acteurs qui rêvent de tourner avec certains cinéastes ou jouer certains rôles : même si la production sent le moisi, ils y vont quand même pour exaucer leur rêve.

Et c'est une erreur dramatique parce qu'au lieu d'associer leur nom à celui d'un cinéaste prestigieux ou d'un rôle iconique, ils restent associés à un mauvais film au final. Et pour les comics, c'est pareil : tu peux dessiner Spider-Man, mais si tu dessines une mauvaise histoire de Spider-Man, les fans retiendront d'abord ce dernier point et tu auras participé à un ratage. Tu n'auras pas sauvé la série ni servi le personnage.

Je ne sais pas qui peut sauver Spider-Man. Peut-il même être encore sauvé après tant d'années d'errance ? Le pire, c'est que ça continue à se vendre parce que la fan base est tellement conséquente que, finalement, peu importe qui écrit, qui dessine, qui édite, ça suffira pour être dans le top des meilleures ventes Marvel.

Mais, pardonnez l'expression, ça fait quand même mal au cul. J'ai bien aimé pendant longtemps Spider-Man, j'ai adoré X-Men, et actuellement ce sont deux marques qui sont vraiment dans le trou. Les séries sont mal écrites, plus ou moins bien dessinées, affreusement éditées. Et Marvel s'en fiche : ça se vend visiblement suffisamment pour eux, pourquoi changer, pourquoi réfléchir, pourquoi se casser le fion ?

Donc, terminé. Le prochain arc sera dessiné (en partie seulement, car il va être occupé par ses prochains creator-owned avec Millar et DSTLRY) par Romita Jr., un autre repoussoir. Je ne peux pas croire à un miracle de Joe Kelly après ce premier arc. Le seum absolu.

samedi 24 mai 2025

AMAZING SPIDER-MAN #4 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Spider-Man doit affronter le Super-Bouffon alors qu'il est à nouveau sujet à des hallucinations le renvoyant à son passé. Mais quand Itsy-Bitsy informe le Super-Bouffon que Brian Nehring a averti le FBI au sujet de la drogue dans les canettes de soda, il part l'éliminer et laisse sa tueuse en finir avec le tisseur...


Bon... Comment dire ? Ce n'est pas bon. Le mois prochain, ce premier arc de Amazing Spider-Man version 2025 s'achèvera et je crois qu'il faut être lucide : la série n'est pas mieux embarqué que lors des précédents runs de Nick Spencer et Zeb Wells. Joe Kelly ne sera pas le sauveur du titre et je ne pense pas poursuivre l'aventure au-delà du #5.


Car, au fond, que nous raconte-t-on depuis quatre numéros ? Une intrigue inutilement alambiquée de sodas drogués qui ont fait perdre la boule au Rhino puis Spider-Man. On a connu entame plus palpitante et la manière dont Joe Kelly développe tout ça est loin d'être génial. Il a voulu sans doute démarrer tranquillement pour mieux monter en régime mais...


... Je ne suis pas sûr que cette stratégie convainque grand-monde. Nick Spencer comme Zeb Wells voulaient déconstruire la série avec des amorces explosives puis se sont effondrés progressivement. Joe Kelly, lui, a préféré rassurer les lecteurs échaudés mais son histoire s'est écrasée encore plus vite, faute d'enjeux à la hauteur.


Spider-Man est à Marvel ce que Batman et/ou Superman est à la Distinguée Concurrence : le vaisseau amiral, la tête de pont, la vedette de l'éditeur. Mais force est d'avouer que, depuis le départ de Dan Slott, malgré des passages discutables, les aventures du tisseur ne ressemble plus à grand-chose, comme si les auteurs qui ont passé après n'étaient pas fichus de concilier leur envie de bousculer le personnage et de gagner l'adhésion des fans.

Si vous comparez ce qui a été fait de Spider-Man avec ce que DC a produit pour Batman et Superman ces dernières années, la différence de qualité devient carrément abyssale. Joshua Williamson a su s'emparer de Superman sans complexes mais sans vouloir choquer à tout prix et après deux ans sur sa série, le bilan est très positif.

Quant à Batman, Chip Zdarsky a su lui aussi mener sa barque avec efficacité, sans rougir par rapport à ce qu'avaient conçu Tom King ou James Tynion IV. Pendant ce temps, trouvez-moi des fans heureux de leur lecture des runs de Spencer et Wells. A part les plus compulsifs, pour qui zapper revient à abandonner, je ne crois pas que beaucoup soient satisfaits, encore moins comblés.

Avant de relancer la série (pour la énième fois), Kelly avait écrit un arc déjà critiqué, (8 Deaths of Spider-Man), où sa suppléante, Justina Ireland, avait plus convaincu que lui. Le pitch (Dr. Fatalis chargeait Spider-Man d'affronter Cyttorak à sa place de sorcier suprême) n'était déjà pas fameuse, mais c'était surtout affreusement lourdingue.

Là, avec le relaunch, Joe Kelly a dû s'adapter à ce que Pepe Larraz était en mesure de produire, c'est-à-dire un arc narratif de cinq épisodes maximum. Mais alors qu'il disposait d'un artiste exceptionnel, facilement un des meilleurs sur le marché actuellement, il lui a livré un récit inepte, indigne de son talent.

D'ailleurs, là encore, faisons preuve d'honnêteté, qui aurait lu ces épisodes avec espoir si Larraz ne les avait pas dessinés ? L'artiste espagnol est la vraie locomotive de cette relance, celui pour lequel on a dépensé notre argent, celui sur qui on comptait pour prendre à nouveau du plaisir à lire Spider-Man. Et c'est heureux : il a été à la hauteur des attentes.

Mais un dessinateur, si fameux, si doué, soit-il, ne sauvera jamais un scénario médiocre. Le lecteur aura plutôt le sentiment qu'il perd son temps et que l'éditeur lui a refilé un cadeau empoisonné. Larraz voulait dessiner Spider-Man, mais je ne suis pas certain qu'il pensait dessiner une histoire pareille. Et je suis absolument sûr que les lecteurs voulaient le voir dessiner une meilleure histoire que celle-ci.

Rien ne fonctionne comme ça devrait : cette intrigue de sodas, la présence de Itsy-Bitsy (une obscure vilaine créée par Kelly dans les pages de Spider-Man/Deadpool #8), la création de Brian Nehring, ces flashbacks sans queue ni tête sur un Peter Parker ado rebelle... Tout ça ne vaut rien. Et la révélation que le Super-Bouffon est le méchant nous renvoie à un problème plus ancien : l'absence de renouvellement dans la rogue gallery du tisseur.

Ce qu'il faudrait à Spider-Man, ce n'est pas un traitement de choc, mais simplement quelque chose d'un peu plus inattendu, dépaysant, comme ce à quoi Daredevil est habitué. L'opposer à des adversaires nouveaux, inhabituels, dans un cadre où il n'aurait pas ses repères. Avec un auteur qui aurait, si c'est encore possible, un editor prêt à ces changements.

Mais qui, actuellement, chez Marvel pourrait faire ça ? Peut-être un Gerry Duggan au scénario et un Javier Garron au dessin. En tout cas, autre chose qu'un scénariste qui n'a visiblement rien de neuf à proposer. Et une star du dessin qui mérite mieux. J'y ai cru, à cette relance, mais ça n'a pas pris sur moi. Ce n'est pas encore pour cette fois que je vais relire sur Spider-Man sur le long terme.

jeudi 8 mai 2025

AMAZING SPIDER-MAN #3 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Après avoir empêché Itsy-Bitsy de tuer le Rhino dans l'asile Ravencroft, Spider-Man est toujours sujet à des hallucinations. Qui a pu l'empoisonner comme le Rhino ? Grâce à Norman Osborn et Brian Nehring, Peter tient une piste solide qui le conduit à une usine d'embouteillage de soda...


Il y a des épisodes, comme celui-ci, dont je ne sais jamais trop quoi penser. Ils sont utiles dans la progression de l'intrigue, bien exécutés aussi bien du point de vue narratif que visuel, et pourtant une fois lus, malgré le plaisir pris, on n'en retient pas grand-chose. C'est l'archétype de l'épisode de transition, celui qui sert de lien entre le début de l'arc et sa fin.


Joe Kelly a du métier et il sait au moins accrocher le lecteur, menant son récit en évitant que celui qui le suit ne s'ennuie jamais. C'est parfaitement conçu. Mais il n'empêche que toue l'expérience du monde ne procure pas ce petit frisson délicieux qui accompagne l'aventure du héros. Il faut donc attendre l'ultime page pour qu'on soit saisi.


Est-ce le cas ici ? Pas vraiment car, de manière curieuse, Kelly a choisi, dès le premier épisode de son run, de nous dévoiler l'identité du méchant derrière toute l'affaire qui occupe Spider-Man. Bon, je ne vais pas vous le dévoiler puisque j'ai un temps d'avance sur ceux qui attendront la vf, mais c'est tout de même un peu ballot.


D'autant plus que ce méchant n'a absolument rien de novateur, c'est un vieil adversaire de Spider-Man. Mais ce n'est pas Norman Osborn ni le Bouffon Vert. Pas non plus Doctor Octopus ou Kraven ou le Lézard. Un indice, très vague ? Il est apparu durant les années 80 dans les épisodes écrits par Tom de Falco et dessinés par Ron Frenz, qui figurent parmi mes préférés.

Vous n'êtes pas plus avancés, mais j'ai surtout le sentiment que Kelly garde ses cartouches pour son prochain arc, qui verra l'entrée en scène d'un vilain inédit et qui, a-t-il promis, va mettre sa misère contre le tisseur. Problème : ce sera dessiné par John Romita Jr. et bon, vu la forme qu'affiche le vétéran depuis un bail maintenant, ça n'a rien d'engageant.

Pourquoi alors Joe Kelly n'a-t-il pas démarré son run avec un méchant inédit et l'assurance qu'il allait en faire voir de toutes les couleurs à Spidey, en ayant qui plus est Pepe Larraz au dessin ? Mystère. Mais c'est frustrant. Non que ce qu'on lit actuellement soit mauvais, mais quitte à relancer une série, et à annoncer un ennemi costaud, le scénariste a peut-être péché par excès de prudence.

En vérité, ce qui est le plus amusant dans cet épisode-ci, ce sont les flashbacks sur le jeune Peter Parker, qui justifient que tante May ne soit pas ravie que son filleul fréquente à nouveau Brian Nehring. En effet, les deux garçons ont fait les 400 coups dans leur jeunesse et Peter affichait une forme d'insolence inédite (qui sent quand même très fort la retcon).

Mais Kelly joue aussi sur la véracité de ces flashbacks. Sont-ils des souvenirs réels ? Ou déformés par l'empoisonnement de Peter, ses hallucinations ? Tant qu'à faire, il aurait été amusant d'aller jusqu'au bout de ce (petit) délire révisionniste en montrant un Peter jeune garçon rebelle sous l'influence de l'intoxication subie par Spider-Man.

Reste la partie graphique et elle est éblouissante. Rien à redire sur ce plan : les planches de Pepe Larraz sont magnifiques, pleines d'une énergie contagieuse, avec des angles de vue, des compositions, un découpage hyper tonique. Le niveau du bonhomme dope la série comme elle l'a rarement été. Et jette un coup de projecteur sur la production actuelle de Marvel...

Je veux dire par là que le niveau des artistes chez Marvel actuellement est globalement médiocre. Il n'est vraiment pas difficile de voir qui sort du lot, mais le dessin de Larraz a quelque chose de classieux, de majestueux, qui prouve qu'il a appris, qu'il a mûri, mais surtout qu'il possédait le potentiel pour en arriver là. 

Qui peut en dire autant chez Marvel parmi ses collègues ? Il y a des dessinateurs compétents (encore heureux), mais très peu qui soient capables de provoquer chez le lecteur cette espèce d'émerveillement. Quand on lit une planche de Larraz, on est ébahi par son aisance et sa virtuosité. Il ne boxe tout simplement pas dans la même catégorie que la majorité.

Je crois aussi que ça en dit long sur ce que le lecteur attend aujourd'hui d'un dessinateur. Certains fans se fichent du dessin pourvu que ça soit simplement lisible et c'est pourquoi ils acceptent de lire des comics même pas franchement bien mis en images. Les autres désirent quelque chose de graphiquement supérieur. Les premiers sont prêts à boire de la piquette quand les seconds veulent un grand cru.

Et je me rappelle que quand j'ai commencé à lire des comics, dans les années 80, ça ne se posait pas en ces termes. Il me semble, mais peut-être que j'idéalise, que le niveau des artistes étaient plus homogènes. En tout cas, plus objectivement on avait des dessinateurs mieux formés à l'art séquentiel et qui, même sans forcément briller, savaient raconter visuellement une histoire.

On pouvait avoir d'excellents "techniciens" comme Sal Buscema, des storytellers nés comme John Byrne, et des stylistes comme Frank Miller.  Depuis le début des années 2000, il me semble que les lecteurs ont exigé davantage, dans le rendu des décors, l'expressivité des personnages, l'esthétisme (lumières, ombres, ambiances). Et cela a créé un vrai fossé artistique.

Désormais il y a ceux qui sont capables d'assumer ces exigences, mais souvent au prix d'une productivité moindre (c'est le cas de Larraz, qui ne peut enchaîner plus de cinq épisodes). Et il y a ceux qui sacrifient ces exigences pour tenir les délais, quand il ne s'agit pas d'obscurs griffonneurs qui produisent des planches sans aucune ambition artistique.

Chez Marvel, on assiste actuellement à une véritable invasion italienne, voulue par C.B. Cebulski, qui ne s'est pas caché en disant qu'il faisait son marché de l'autre côté des Alpes. Mais Cebulski ne paraît plus avoir le flair (ou l'envie) de recruter les meilleurs. Larraz, lui, semble le dernier représentant de la vague espagnole d'il y a quelques années, avec un vrai bagage technique et une volonté de progresser.

Marvel l'a couvé comme peu de ses pairs, et depuis House of X, il a atteint les cimes promises aux meilleurs. Je l'ai déjà dit, mais le jour où il réussira à enchaîner plus de cinq épisodes sans perdre en rigueur, il sera de la trempe des cadors - si tant est que cette ambition anime encore les artistes comme elle motivait Stuart Immonen quand il racontait que, devenu professionnel, sa première règle était devenue de rendre toujours ses pages à l'heure tout en s'adaptant à chaque projet.

Immonen a pas mal dessiné Spider-Man (dans sa version Ultimate et un peu dans sa version classique, à la fin du run de Dan Slott). Larraz veut lui aussi s'installer sur la série du tisseur. Il devra donc être aussi régulier dans l'excellence. Et espérer que les scripts de Joe Kelly soient à la hauteur de ceux de Slott... A vérifier le mois prochain avec un épisode qui promet beaucoup d'action.

samedi 26 avril 2025

AMAZING SPIDER-MAN #2 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Spider-Man et Peter Parker sont sujets à des hallucinations d'un réalisme dérangeant. Et quand la situation devient ingérable, Peter s'en remet à Norman Osborn qui confirme ses soupçons : il a été empoisonné. Tout comme l'a sûrement été le Rhino que Spider-Man décide d'aller voir dans l'asile Ravencroft...


Le premier numéro de cette relance de Amazing Spider-Man était convaincant et prometteur. Joe Kelly a choisi de faire simple pour réconcilier les fans avec la série, alors que ses prédécesseurs voulaient partir en chamboulant tout. Formule payante pour un résultat distrayant. Mais le scénariste transforme-t-il l'essai pour cette fois ?


J'ai envie de dire que oui. Parce que si Kelly reste sur des bases faciles à apprécier, il réussit à semer le trouble chez son héros et le lecteur. Spider-Man est confronté à une menace insaisissable puisqu'il est empoisonné par quelque chose qui le fait littéralement halluciner. Cela affecte sa double vie puisque sous le masque il est perturbé mais en tant que Peter Parker il est aussi désorienté.


Le scénario montre très bien comment et Peter et Spider-Man perdent les pédales grâce à une mise en scène extrêmement intense. Que Joe Kelly puisse s'appuyer sur un artiste du calibre de Pepe Larraz est une plus-value inestimable tant l'espagnol fait feu de tout bois avec un découpage très nerveux et des compositions très audacieuses.
 

On retiendra notamment cette double page d'entrée (voir plus haut) où le lecteur distingue bien ce qui relève du délire de la réalité autour de Spider-Man qui, croyant affronter tous ses pires ennemis, dévaste une rue en étant filmé par les habitants du coin. Ou encore cette pleine page où Peter croit que le Bouffon lui fonce dessus (voir ci-dessus).

C'est très spectaculaire et on sent que Larraz se lâche complètement. Sa maîtrise technique fait le reste : c'est l'avantage d'avoir un dessinateur non seulement en pleine possession de ses moyens mais surtout arrivé à une maturité exceptionnelle, qui transcende le script pour l'élever à un niveau que le scénariste n'avait sans doute pas lui-même imaginé.

En même temps, on se dit que la seule chose qui manque encore à Larraz, c'est la régularité. Le jour où il arrivera à enchaîner les arcs de cinq-six épisodes, il sera inarrêtable, ce sera le nouveau Immonen, le nouveau Samnee. Peut-être que s'il contenait un peu son énergie, il y parviendrait, mais comme beaucoup de ses pairs aujourd'hui, il a encore trop tendance à tout donner très vite et donc il se fatigue.

Mais on ne va pas chipoter : c'est superbe et jubilatoire. Joe Kelly a été gâté par Marvel. Et Spider-Man n'a pas été si bien servi depuis des lustres (dans la mesure où les très bons artistes que sa série a eus n'ont pas pu ou voulu rester - je pense à Patrick Gleason, Ryan Ottley, Carmen Carnero, tous pour des raisons d'ailleurs différentes).

Bien entendu, il y a de grosses ficelles (quand on parle de poison inhalé et que le collègue de Peter lui montre des champignons sur lesquels il travaille, il y a sûrement un lien...). Mais Kelly, par ailleurs, sait installer des ambiances puissantes et surtout construire un enchaînement de scènes qui font perdre leurs repères aussi bien au héros qu'au lecteur, ce qui n'est pas rien.

Bref, ce deuxième épisode est tout à fait à la hauteur du précédent et ce run démarre mieux que bien. De quoi être confiant pour la suite.