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dimanche 12 avril 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 4 : WHERE THE MONSTERS DWELL (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio, Francesco Mortarino)


UNCANNY X-MEN,  VOLUME 4 : WHERE THE MONSTERS DWELL
(Uncanny X-Men #22-25 + Annual 2026)


- NO CLEAN HANDS (Gail Simone / David Marquez) - Revenant d'une soirée passée en compagnie de MacKenzie DeNeer, Diablo est surpris par ses amis qui lui ont préparé une fête pour son anniversaire. Mais la soirée est gâchée par le retour de Mutina qui souhaite intégrer leur groupe. Diablo accepte de la tester...

Ce nouveau tome s'ouvre par un épisode done-in-one, bien qu'il faille avoir lu le précédent recueil avant cela. En effet Gail Simone ramène Mutina sur le devant de la scène alors que Diablo fête son anniversaire chez Marcus St. Juniors avec ses amis mutants. La fête prend un tour inattendu quand Mutina demande à intégrer l'équipe des Uncanny X-Men.

Ce chapitre permet (enfin !) à la scénariste de s'intéresser à Diablo dont les talents d'escrimeur et d'acrobate sont mis en valeur dans un duel contre Mutina pour la tester. Gail Simone a beau affirmer qu'elle adore tous les personnages du groupe de X-Men dont elle écrit les aventures, il est évident que Kurt Wagner est le grand oublié de ses scénarios.

Par ailleurs, et alors que c'était un aspect que détestait Dave Cockrum, le créateur de Diablo, Simone, comme d'autres avant elle, fait de Kurt un homme de foi, le curé des mutants. C'est évidemment un contresens total puisque le personnage avait été imaginé comme une déclinaison d'Erroll Flynn, un bretteur charmeur et bondissant loin de toutes bondieuseries.

Là, on peut enfin savourer de voir l'elfe en train de croiser le fer avec Mutina sans trop tenter de prêcher pour sauver cette insupportable gamine psychopathe. Grâce soit rendue à David Marquez qui dessine cette scène en sachant découper l'action de telle sorte que Diablo redevienne ce que Cockrum voulait qu'il soit.

Il aura quand même fallu 22 épisodes pour en arriver là. Et visiblement le "dossier Mutina" est loin d'être bouclé... 


- WHERE THE MONSTERS DWELL (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio) - Tandis que les Outliers écoutent une histoire que Marcus St. Juniors lit à sa fille Chelsea, Malicia, Wolverine, Diablo et Jubilé encerclent Gambit dehors. Le cajun est de plus en plus sous l'emprise de l'Oeil d'Agamotto qu'il a dérobé au dragon asgardien Sadurang mais refuse de le lui rendre.
 

C'est alors qu'Elsa Bloodstone et la légion des monstres apparaissent en réclamant le territoire aux mutants. Tandis que les deux équipes s'affrontent, Agatha Timly/Lady Darkhold en profite pour approcher de la maison de St. Juniors...


Le coeur de l'album st donc un arc en trois épisodes qui s'ouvre par une explication musclée entre Gambit et ses partenaires. Depuis le début de son run, Gail Simone a fait du mutant cajun le détenteur de l'Oeil (gauche) d'Agamatto qu'il a dérobé au dragon asgardien Sadurang. Il a promis de le lui rendre au bout d'un an s'il ne s'en prenait plus aux humains.

Ce délai arrive à son terme mais l'artefact, comme l'avait expliqué le dragon, a littéralement exercé son emprise sur Gambit. Et son comportement a changé au point de le rendre quasiment cannibale ! Cela n'a pas échappé à Malicia, Diablo, Wolverine et Jubilé qui vont tenter de le raisonner pour qu'il honore la promesse faite à Sadurang et se détache de l'Oeil.

On a alors droit à une belle bagarre entre Gambit et ses amis où, une fois de plus, le dessin très dynamique de David Marquez fait des étincelles. La manière dont il compose chaque plan pour rendre compte de l'impact des coups échangés est un modèle du genre et même s'il n'a pas disposé du temps nécessaire pour soigner son encrage, c'est tout de même un régal.

Puis le récit prend un tour inattendu avec l'entrée en scène de la légion des monstres avec à leur tête Elsa Bloodstone. Ceux-ci viennent réclamer la Nouvelle-Orléans aux mutants mais il est évident qu'ils ne sont pas dans leur état normal et alors qu'une bataille éclate entre les membres des deux équipes, la véritable menace apparaît.

Gail Simone sort de son chapeau Agatha Timly alias Lady Darkhold qui, pendant que X-Men et légion des monstres se battent, approche de la maison refuge de Marcus St. Juniors avec l'intention d'enlever les Outliers pour en faire ses disciples... La scénariste ne peut décidément pas s'empêcher de toujours déplacer le coeur de ses intrigues en direction de ses insupportables jeunes mutants.

On a tout de même surtout droit à de très bons duels entre Gambit et Manphibian, Jubilé et Morbius (référence à la période où la jeune femme fut elle aussi une vampire), Wolverine et l'Homme Loup-Garou, Diablo et le monstre de Frankenstein, et Malicia qui doit s'occuper à la fois de la Momie Vivante et Elsa Bloodstone.

David Marquez fait encore une fois parler la poudre et même si on a droit à un moment grotesque avec Wolverine et le Loup-Garou, l'ensemble est palpitant. Luciano Vecchio vient aider son confrère sur le dernier épisode qui voit les Outliers contre Lady Darkhold, là aussi dans un grand moment WTF, mais bon, on commence à avoir l'habitude avec Gail Simone.

Cela donne un arc étrange, un peu décousu, mais très fun quand l'action domine. Par contre, les Outliers me sortent toujours par les yeux et gâchent la série qui se détourne des X-Men alors qu'on lit quand même la série pour eux. Et puis j'ai aimé revoir Elsa Bloodstone ainsi que la légion des monstres, ces personnages auxquels Marvel ne prête plus aucune attention.  

*

- UNCANNY X-MEN ANNUAL 2026 (Gail Simone, Mikki Kendall / Francesco Mortarino) - XIXème siècle. John "Slaughter" Freedman est arrêté à l'entrée de Haven, Louisiane, par des hommes. Alors qu'ils veulent inspecter le cercueil qu'il transporte, il les abat. En voulant les enterrer, il découvre Logan sous terre, sérieusement blessé, et l'emmène chez Michael St. Juniors et sa mère pour qu'ils le soignent...


L'album de clôt avec l'Annual 2026 de la série où Gail Simone partage l'écriture avec Mikki Kendall, inconnue au bataillon. L'histoire est un curieux western fantastique qu'on croirait pitché par Cullen Bunn (The Sixth Gun) et qui voit le retour de Lady Henrietta (au centre du tome 2). Bien entendu, l'intrigue qui se passe au XIXème siècle adresse des clins d'oeil aux ancêtres de Marcus St. Juniors et réserve une place à Logan.

C'est d'ailleurs la grosse réserve que j'ai avec cet Annual : ne peut-on plus écrire une histoire sur des mutants dans le passé sans y inclure Wolverine ? Bien sûr, cela permet de faire le lien avec des scènes au présent et la descendante d'un personnage qu'on croise au XIXème siècle, mais c'est vraiment balourd.

Ce n'est pas le seul élément qui manque de subtilité (la comparaison entre le racisme des sudistes et celui auquel les mutants de toutes les époques sont confrontés est bien sûr convoquée), mais je n'attends plus rien de ce côté-là de la part de Gail Simone qui écrit vraiment les X-Men avec la légèreté d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Au dessin on trouve Francesco Mortarino qui rebondit après avoir été l'artiste de l'éphémère série NYX (annulée comme tant d'autres au bout de dix épisodes). Il est encré par Elisabetta d'Amico (qui a quelquefois travaillé avec Elena Casagrande ou Emanuela Lupacchino) et qui fait parler son talent en épaississant à bon escient le trait de Mortarino, ce qui lui donne plus de texture. Le résultat est très correct.

Pour ma part, cependant, je vais en rester là avec Uncanny X-Men. Avec ce tome, on atteint l'équivalent de deux ans de publication (si la série était éditée mensuellement) et je crois en avoir fait le tour. Gail Simone est bien trop maladroite et peu inspirée, et de manière générale, la franchise mutante n'a plus rien de commun qualitativement avec l'ère Krakoanne. 

Il est évident que Tom Brevoort ne connaît pas autant de réussite avec les X-Men que lorsqu'il éditait les séries Avengers. Beaucoup de titres annulés, très vite, et les deux séries vedettes (X-Men et Uncanny X-Men) sans éclat. Tout maintenant se déroule sans vision, sans ambition, ponctué par des crossovers sans relief. C'est dommage, il y avait de quoi faire avec l'héritage de Krakoa.

mardi 11 mars 2025

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 3 : BLOOD HUNT (Jed MacKay / Francesco Mortarino, C.F. VIlla)


THE AVENGERS, VOLUME 3 : BLOOD HUNT
(The Avengers #12-16)


- Fall of the House of X. - Parce que Tony Stark s'est fait voler sa technologie par Feilong à la solde de l'organisation Orchis qui a mis fin à la nation mutante de Krakoa, il demande aux Avengers leur aide pour se venger mais aussi pour protéger les mutants persécutés et détenus dans des centres. Orchis a toutefois deux atouts dans sa manche : 3-D Man, un ancien Avenger, et des Sentinelles...


Ce troisième tome de Avengers est entièrement composé d'épisodes tie-in à deux events Marvel : dans un premier temps, deux numéros rattachés à Fall of the House of X, une des deux mini-séries (avec Rise of the Powers of X) qui a conclu la période Krakoa des X-Men initiée en 2019 ; et dans un second temps, trois chapitres rattachés à Blood Hunt.

Je vais donc passer en revue de manière distinctes ces deux récits, en commençant par les tie-in à Fall of the House of X. Pour rappel, durant la période Krakoa, les mutants ont pour ennemi une organisation, Orchis, constituée par des opposants à leur race, issus de diverses factions (Hydra, A.I.M., S.T.R.I.K.E., H.A.M.M.E.R., S.W.O.R.D., S.H.I.E.L.D., Alpha Flight et le soutien de la C.I.A., du F.B.I., du Mossad, du F.S.B.).

Tous ces braves gens se liguent contre les mutants qui, en échange de la reconnaissance de leur Etat souverain, fournissent une médecine révolutionnaire aux pays alliés et offrent un refuge à leur peuple mais également nouent des partenariats avec des puissances extraterrestres. Chaque année, les mutants célèbrent leur union sur l'île de Krakoa à l'occasion du gala de club des damnés (Hellfire Gala).

Mais le troisième et dernier gala donne lieu à un massacre perpétré par Orchis qui, entre temps, a convaincu les alliés des mutants de leurs ambitions hégémoniques et des dangers de leur médecine. Une majorité de mutants est exilée dans l'espace, une autre dans la dimension du Phénix, et quelques résistants se cachent en attendant de se venger.

Tony Stark, notamment, aide les mutants mais cela va lui coûter cher : sa compagnie est rachetée par un milliardaire, Feilong, à la solde d'Orchis, qui détourne sa technologie pour construire de nouvelles Sentinelles. Tony va alors se rapprocher d'Emma Frost (et même l'épouser !), se sentant aussi persécuté que les mutants.

Voyant qu'il ne peut renverser la situation seul, il n'a aucun mal à convaincre les Avengers de les soutenir, lui et les mutants. C'est ce que Jed MacKay va montrer dans deux épisodes. L'essentiel repose alors sur des assauts ciblés et dévastateurs sur les infrastructures d'Orchis (notamment les sites de construction des Sentinelles) et sur la libération de mutants dans des camps pour les abriter dans la Cité Impossible.

A cette occasion, Iron Man s'est conçu une armure en Mysterium, un métal découvert par les mutants de la station SWORD, que Pepe Larraz a designé (et qui est aussi moche que la précédente qu'il portait depuis le début du run). MacKay va vite et se montre efficace à défaut d'être très inspiré. On aurait aimé qu'il concentre son récit sur Iron Man et montre davantage l'alliance entre Avengers et X-Men, même s'il y reviendra ensuite.

Mais l'un dans l'autre, ces tie-in sont d'une qualité bien supérieure à ce qu'on a lu depuis un an sur la série. MacKay abandonne son intrigue avec Kang, le Cercle du Crépuscule, l'Instant Manquant, c'est très récréatif et, pour le coup, on renoue avec des Avengers davantage dans l'opposition à des ennemis bien identifiés, qu'on adore détester.

Au dessin, Francesco Mortarino surprend lui aussi positivement. Il donne tout ce qu'il a et s'en sort mieux que bien. Les scènes d'action sont très réussies, avec beaucoup de grand spectacle, des moments mémorables, beaucoup de punch. Le découpage est clair, direct. Tout juste peut-on trouver à redire sur les visages des personnages aux expressions parfois maladroites ou grimaçantes.
 

- Blood Hunt. - La Force Obscure a été retirée de héros et vilains qui en tiraient leurs pouvoirs et une nuit noire s'abat sur le monde, qui favorise une attaque des vampires orchestrée par Varnae. Les super-héros se mobilisent, en particulier les Avengers pour contrecarrer les plans de ce méchant qui a pris possession d'un ancien membre de l'équipe. Mais Captain Marvel a sollicité des réservistes pour protéger les civils : Captain America (Steve Rogers) s'entoure donc de Hercule, Kate Bishop, Hazmat, et Quicksilver...
 

Après les tie-in à Fall of the House of X, le reste de ce troisième tome d'Avengers se compose de trois épisodes rattachés à l'event Blood Hunt. Or celui-ci est également écrit par Jed MacKay. Tandis que le récit principal met en scène l'équipe qu'il a animé jusqu'à présent, dans ces trois chapitres il met en scène une sorte de groupe de réservistes de luxe.


Quand on pense que dans les années 2010, il existait une multitude de titres Avengers (adjectiveless, New, Secret, Young, Academy, etc.) et que, même durant le run de Jason Aaron, sur la fin, paraissait Avengers Forever, on mesure bien le fossé avec aujourd'hui où Marvel préfère mettre l'accent sur la franchise X-Men.

C'est évidemment tout sauf un hasard : d'abord parce que les mutants vont sûrement bientôt faire leur apparition dans le MCU, mais aussi (surtout) parce que Tom Brevoort a lâché son poste d'editor d'Avengers pour s'occuper des mutants (où il applique les recettes éprouvées justement dans la décennie précédente sur les Avengers en multipliant les spin-off).

Néanmoins, quand il s'agit d'orchestrer les events, Marvel continue de s'appuyer sur les Avengers, toujours présents en première ou en deuxième ligne sur le front. Dans le cas de Blood Hunt, cependant, le cas est un peu atypique car s'il s'agit bien d'un event, il est très bref (cinq épisodes) et a surtout servi à préparer le terrain pour l'event suivant, One World Under Doom, actuellement en cours de parution.

Jed MacKay, aux commandes de Blood Hunt, ça veut dire qu'il a gagné la confiance de son éditeur qui croit assez en lui pour écrire un des ces récits fédérateurs. Pourtant, pour ma part, j'ai trouvé l'histoire peu captivante, avec ces vampires, sa nuit noire, et justement son statut intermédiaire. En revanche, MacKay se montre curieusement plus divertissant sur les n° tie-in d'Avengers.

D'abord il ne montre à aucun moment les Avengers dirigés par Carol Danvers et il choisit une équipe B à la formation improbable mais jubilatoire, des personnages qu'on ne voit plus guère ou en tout cas pas/plus assez, autour de Steve Rogers.

Et c'est un vrai plaisir de lecture : j'adore Hercule, Kate Bishop, Quicksilver et Hazmat, et leur association fonctionne du feu de dieu. Le rythme est infernal, on ne s'ennuie pas une seconde, c'est bourré d'action, plein d'humour, et le méchant de service (Baron Blood) est savoureux à souhait. MacKay s'amuse et c'est communicatif. Pour un peu, on a l'impression qu'il prend davantage son pied avec ces personnages-là qu'avec son équipe all-star.

Et, un bonheur ne venant jamais seul, même C.F. Villa montre son meilleur visage ! Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de dire qu'il est soudainement devenu excellent, mais ce sont, de très loin, ses meilleurs épisodes. Lui aussi se lâche et on sent que ces personnages lui plaisent, que cette histoire débridée et rapide le motive.

C'est donc une série B, à tous points de vue, mais faite par des gens qui ont le niveau pour ça. Je ne crois pas que MacKay soit un scénariste de première classe : qu'il soit très imaginatif et productif fait que Marvel lui donne beaucoup de boulot (sans doute trop, c'est le péché de l'éditeur qui, quand il trouve ce genre d'auteur, s'appuie à fond dessus, quitte à le griller).

Je ne pense pas non plus que les team books soient son terrain de prédilection (c'est évident quand on compare avec ce qu'il réussit sur Moon Knight, Doctor Strange). Et CF Villa est un dessinateur qui n'a absolument pas les épaules pour assumer un titre aussi exposé et exigeant. Mais débarrassés du poids écrasant d'Avengers habituellement, alors, là, ça donne trois épisodes du tonnerre.

Villa fait ses adieux au titre sur une bonne note. Et MacKay, lui, repart, reboosté. La suite prouvera en effet que l'exercice ingrat du tie-in a débloqué quelque chose chez lui. Et désormais il va pouvoir compter sur des artistes bien meilleurs...

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 2 : TWILIGHT DREAMING (Jed MacKay / C.F. Villa, Francesco Mortarino, Ivan Fiorelli)


THE AVENGERS, VOLUME 2 : TWILIGHT DREAMING
(The Avengers #7-11)


Tous les Avengers dans la Cité Impossible sont sous l'emprise de Cauchemar. Seuls Scarlet Witch réussit à s'en échapper et elle retrouve Vision, insensible à cette attaque psychique mais qui la prévient que la Cour du Crépuscule a investi le bâtiment pour qu'on leur livre Kang.


Scarlet Witch et Vision tentent d'affronter Lancelot, Galehaut, Parsifal, Artur, Bedivere, Mordred et Bercilak mais ils sont surclassés. Cependant, les autres Avengers questionnent Cauchemar pour savoir à quel prix il les libérera et accède à sa demande. Une bataille s'engage ensuite entre le Cercle et les héros réunis au terme de laquelle ces derniers prennent l'avantage mais réalisent qu'il s'agit d'une nouvelle ruse.


En effet, pendant ce temps, Myrdinn est au chevet de Kang, non pour l'achever mais pour savoir ce qu'il a appris au sujet de l'Instant Manquant qui donnera à celui qui le retrouvera le contrôle du temps. Réalisant que son rival en est au même point que lui, Myrdinn fait en sorte de l'handicaper mentalement. Kang, furieux que les Avengers aient failli, s'éclipse...


Ce deuxième tome d'Avengers est peu ou prou de la même facture que le premier. Il conclut quasiment la première année du run de Jed MacKay comme scénariste des Avengers et on peut surtout mesurer à quel point l'auteur a surtout mis ce temps à profit pour installer une intrigue amenée à durer, même si les mois suivant cet arc il investira d'autres pistes.


Le début du récit est déstabilisant, mais dans le bon sens du terme : on trouve des Avengers défaits dans un décor apocalyptique et Vision a laissé la vie face au Presbytre Noir, un monstre gigantesque... En vérité, il s'agit d'un leurre car les héros sont prisonniers de la dimension de Cauchemar, un vieil ennemi du Doctor Strange.

Logiquement, les deux seuls à échapper à son emprise sont Scarlet Witch qui comprend la situation et Vision qui, étant un androïde, n'est pas atteint pas cette ruse psychique. Mais ce dernier annonce à Wanda Maximoff que la Cité Impossible est prise d'assaut par le Cercle du Crépuscule de Myrdinn - ce même Myrdinn qui a failli tuer Kang et qui est venu terminer le travail.

Passée cette introduction (qui dure quand même un épisode entier), Jed MacKay retombe dans les travers de son premier arc narratif : très vite, les Avengers prisonniers de Cauchemar parviennent à rejoindre Scarlet Witch et Vision et on assiste à une bataille en règle entre eux et les membres du Cercle. Pour les battre, les héros comprennent vite qu'ils doivent les surprendre car leurs pouvoirs semblent correspondre aux leurs.

Mais, là encore, c'est un leurre car Myrdinn, absent de la baston, est déjà au chevet de Kang sans vouloir néanmoins l'achever. Cette répétition du motif est assez habile même si elle aboutit à une petite déception : plutôt que de développer l'improbable alliance qui s'est nouée entre Kang et les Avengers, le scénariste l'abrège quand le conquérant temporel estime que les héros ont failli à le protéger.

On se rend compte que MacKay a dû respecter des consignes éditoriales correspondant au statut de Kang dans le MCU où de vilain majeur il est devenu un poids mort. Autrement dit, il est temps de la sortir, au moins provisoirement, de la partie en cours pour que les Avengers aient à nouveau les mains libres en vue d'autres menaces.

C'est un peu dommage dans la mesure où MacKay, lui, contrairement à Kevin Feige, ne se prenait pas les pieds dans le tapis d'une intrigue exploitant le multivers : son objectif, c'était ce fameux Instant Manquant, la clé pour contrôler le Temps, convoitée par Myrdinn et son Cercle et Kang donc. Mais récemment, l'auteur a pu renouer avec cette histoire et je suis curieux de savoir où il va aller maintenant qu'il a gagné un peu d'indépendance.

L'arc principal couvre les épisodes 7 à 10 et le n°11 est self-contained qui met en scène le retour de Edwin Jarvis qui, invité dans le nouveau QG des Avengers, prépare la Cité Impossible à dorloter ses occupants entre deux batailles. Toutefois, MacKay en profite pour inclure le Penseur Fou qui a élaboré un plan pour visiter quasiment incognito le bâtiment et y glaner de précieuses infos...

C.F. Villa dessine les épisodes 7, 8 et 10 et fait preuve de la même irrégularité que précédemment. On sent qu'il est plein de bonne volonté et qu'il fait son possible pour rendre justice au script et à ses aspects les plus spectaculaires. Mais il s'avère trop juste pour ça, comme en témoigne le combat fictif contre le Presbytre Noir qui manque trop de tenue pour être aussi déchirant qu'espéré.

Francesco Mortarino lui succède sur l'épisode 9. L'artiste évolue dans un registre similaire, avec un trait moins gras, mais sans plus d'éclat. On ne peut que déplorer que Marvel et l'editor de la série (Tom Brevoort assisté de Annalise Bissa) n'aient pas mis sur une telle série un artiste plus expérimenté, plus solide techniquement.

Enfin Ivan Fiorelli fait déjà ses adieux au titre en dessinant le n°11 : il s'en sort mieux que ses collègues même si son style ne paraît pas non plus très adapté aux Avengers. Mais disons qu'il fait plus d'efforts, soignant les décors, le découpage, signant de belles compositions. Il y a là un dynamisme et une substance supérieurs.

On peut déjà dire que cette première "saison" de Avengers par Jed MacKay est quand même décevante. Par rapport au run de Jason Aaron, le scénariste n'a pas le luxe d'artistes vedettes et de talents équivalents à son prédécesseur. Mais il échoue aussi à livrer un récit vraiment palpitant et accrocheur. Toutefois, MacKay a de la ressource et il le prouvera vite...