Donna Troy est dans le métro à New York et écoute deux passagers évoquer la carrière des New Teen Titans en commettant quelques erreurs. Elle les corrige sans qu'ils la reconnaissent. Son déplacement continue après qu'ils aient quitté le wagon. Elle se remémore dans quelles conditions elle fut sauvée d'un incendie par Wonder Woman, puis accueillie sur Themyscera, où elle devint une amazone, investie de pouvoirs divins...
Puis elle intégra les Teen Titans en compagnie de Kid Flash, Aqualad, Speedy et Robin. Les années passent, les New Teen Titans se forment autour d'elle et Robin avec Cyborg, Raven, Starfire, Beast Boy, Kid Flash. Elle se marie, a un enfant, divorce... Et aujourd'hui, elle va rencontrer pour la première fois son père biologique, Lou...
Deux semaines après avoir annoncé que j'arrêtai de suivre la série Titans paraît l'Annual 2025. Cette fois, après ce numéro, c'en sera vraiment fini. Mais je ne pouvais décemment passer à côté de cet Annual, écrit et dessiné par Phil Jimenez, ce prodigieux artiste, émule de George Pérez, et fan absolu de Donna Troy qu'il met au centre de ce récit.
Et je prends déjà les paris que, dans un an, cet Annual sera, a minima, nommé aux Eisner Awards dans la catégorie Best One-Shot. Si ça n'est pas le cas, c'est à désespérer des récompenses, car ne pas citer cette merveille serait la pire des injustices. J'ignore si, et si oui quand Urban Comics traduira ça, mais ce serait tout aussi impardonnable que les lecteurs de vf en soient privés.
L'argument est très simple : Donna Troy n'a jamais connu son père biologique, qui a quitté sa femme avant la naissance de sa fille. Donna a perdu sa mère avant d'être recueillie par les amazones, sous la protection de Wonder Woman, et d'en devenir une à son tour, puis d'assumer son rôle de super héroïne au sein des Teen puis New Teen Titans.
Phil Jimenez se sert du voyage de Donna pour aller à la rencontre de son père pour revenir sur la biographie de l'héroïne. Alors que chez DC comme chez Marvel, on réécrit volontiers et régulièrement la continuité pour mieux en corriger les incohérences ou en simplifier le déroulement, Jimenez, lui, assume, embrasse tout et fait de Donna une sorte de passeuse entre toutes les époques.
Si vous ne connaissez pas Donna Troy, la première Wonder Girl, vous aurez donc droit à une sorte de cours magistral, développé avec une fluidité exemplaire. La voix off est très présente, mais jamais pesante, la narration des événements ayant jalonné la vie de Donna filant à toute allure tout en en donnant une version qui permet d'apprécier sa longévité et son évolution.
De la petite fille sauvée des flammes à l'adolescente au sein des premiers Teen Titans à la jeune femme des New Teen Titans et à la femme d'aujourd'hui, de son enfance sur l'île de Themyscera à sa vie aux Etats-Unis, de son amitié avec Dick Grayson (avec qui elle échangea son premier baiser) à sa liaison avec Roy Harper et son mariage compliqué avec Terry Long, tout y est.
Puis, dans le dernier tiers de l'épisode, on arrive au coeur de l'histoire avec ce rendez-vous à la fois appréhendé et souhaité par Donna. Je ne vais rien dire de ce qui l'attend, simplement que Jimenez traite cette dernière partie avec une pudeur et une délicatesse bouleversante. Le ressentiment de Donna va se muer en une réflexion sur la transmission de l'amour, même par ceux qu'on a à peine ou pas connus.
Il en résulte le portrait d'une super héroïne très touchant, sans pathos mais avec beaucoup d'émotion et de tact. Jimenez se révèle comme un scénariste de grand talent, doté d'une sensibilité et d'une intelligence rares. C'est sans aucun doute ce qu'on a fait de mieux sur Donna Troy et ce n'est pas du tout un hasard que ce soit signé par un amoureux de ce personnage, qui l'a parfaitement cerné.
Visuellement, c'est rien moins qu'une splendeur. Jimenez a longtemps été comparé à George Pérez, une comparaison écrasante, même après la disparition de ce géant. Mais il a su s'affranchir et imposer son style, tout aussi détaillé que le maître, mais avec sa propre identité, un trait qu'il encre lui-même, et ici magnifié par les couleurs du génial Arif Prianto (Poison Ivy).
Le découpage est constamment à la recherche de solutions pour rendre digeste cette évocation avec un texte abondant et des illustrations touffues. La lecture est à la fois charnue et aérienne. Là aussi, on a le sentiment que l'artiste est arrivé à cette maturité où la qualité de son dessin parle d'elle-même, s'inscrit avec évidence, impressionne sans même le chercher.
Evidemment, ce niveau de dessin empêche Jimenez de travailler mensuellement sur une série, mais en même temps chacune de ses prestations a valeur d'événement. Et après avoir participé à Wonder Woman : Historia (écrit par Kelly Sue DeConnick, avec aussi au dessin Gene Ha et Nicola Scott), il s'impose comme un graphiste à part, un peu comme Travis Charest ou Frank Quitely par exemple.
Ce qui est imparable, c'est que Titans Annual 2025 est un chef d'oeuvre. On peut même regretter que Dc ne l'ait pas proposé en grand format comme le récent Superman Treasury 2025 (de Dan Jurgens et Bruno Redondo). Si vous craingez (légitimement) que Urban le zappe, poussez la porte d'un comic shop ou commandez-le. Vous ne le regretterez pas.






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire