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lundi 1 juin 2026

PRIS AU PIEGE (Darren Aronofsky, 2025)


New York, fin des années 1990. Hank Thompson est un ancien prodige du baseball qu'un accident de la route a stoppé net dans son élan et qui travaille désormais comme barman. Son voisin, un punk anglais, Russ Miner, part à Londres voir son père malade et lui confie son chat, Bud. Peu après, deux russes frappent à la porte de Russ et tabassent Hank. Après avoir subi une ablation d'un rein suite aux coups reçus, Hank est interrogé par l'inspecteur Elise Roman qui lui révèle que Russ est mêlé à un trafic de drogue avec des juifs hassidiques, les frères Drucker.


Hank trouve dans la litière de Bud une fausse crotte en plastique à l'intérieur de laquelle se trouve une clé. Les frères Drucker s'introduisent dans l'appartement de Russ et l'inspecteur Roman est avertie. Effrayé à l'idée d'être confronté à eux, Hank sort se soûler dans le bar où il travaille puis rentre chez lui, où il vomit devant la porte de son immeuble, laissant ses vêtements souillés à un sdf. Les russes lui tombent à nouveau dessus avec un portoricain, Colorado, à la recherche de la clé, qui lui laisse 24 h. pour la retrouver.


Hank confie Bud à sa petite amie Yvonne puis retourne au bar mais il est pris en chasse par les Drucker...
 

Comme David Fincher, qui usine à présent pour Netflix entre projets personnels et commandes pour la plateforme de streaming, Darren Aronofsky a clairement vu son étoile pâlir depuis Black Swan et plus généralement depuis le début des années 2000. Il dépend lui aussi du bon vouloir des studios prêts à financer ses longs métrages en échange de quelque work-for-hire.
 

Mais si Fincher a su garder une réputation de cinéaste intègre malgré tout, Aronofsky est désormais davantage connu pour rapporter des Oscar à ses acteurs (Natalie Portman, Brendan Fraser) que pour la qualité réelle de ses oeuvres. Il a même fini, récemment, par commettre une websérie générée par intelligence artificielle (On this day... 1176). C'est dire s'il est tombé bien bas...


Qu'attendre alors de Caught Stealing (en vo) ? C'est clairement un film de commande dans lequel le cinéaste s'est investi sans renouer avec les éclats de ses meilleurs opus. Le public ne s'est pas déplacé et les recettes ont été deux fois inférieurs au budget. Ce qui devait être le premier volet d'une franchise est mort dans l'oeuf.


Car l'histoire a été adaptée par Charlie Huston d'un volume de sa série de romans. Le héros est un ancien joueur de baseball à l'université dont la carrière a été brisée par un accident de la route. Devenu barman, il refait chaque nuit le même cauchemar où, au volant de sa voiture, il a percuté un poteau, tuant son passager sur le coup.

Il vit une romance avec Yvonne, une jolie infirmière, sans vraiment s'engager sérieusement avec elle. Il boit plus que de raison. A la ramasse, il accepte, à contre coeur, de garder le chat de son voisin et ami Russ, un punk anglais, mêlé à un trafic de drogue. C'est le début des emmerdements car Hank va se trouver traqué par des mafieux russes, un gangster portoricain, des juifs hassidiques et une flic soupçonneuse...

Ce personnage de chat noir que "la mort poursuit d'un zèle imbécile" (comme chantait Brassens) est un classique du film noir. Aronofsky a saisi l'intérêt à s'emparer du genre, lui qui porta un temps le projet d'adapter Batman : Year One (le chef d'oeuvre de Frank Miller et David Mazzucchelli, inspiré par le polar des années 70).

En situant l'intrigue à la fin des années 90, il est débarrassé de la technologie moderne qui court-circuite bien des problèmes qui font le sel des histoires criminelles en permettant aux personnages de communiquer trop facilement. A cette époque, les premiers téléphones portables sont encore rudimentaires, et Internet balbutiant.

Grâce à sa mise en scène nerveuse, car Aronofsky comme Fincher est un cadreur virtuose, Pris au piège maintient une bonne tension, ponctuée de ce qu'il faut de moments plus calmes pour permettre à son héros de souffler et réfléchir comme le spectateur. Il aurait pu se passer de remontrer si souvent l'accident de Hank car l'effet d'une scène clé s'en trouve malheureusement victime vers la fin.

Toutefois, on ne peut que constater à quel point tout cela est impersonnel. La référence, assumée, est After Hours de Scorsese (Griffin Dune, qui en était la vedette, est même présent ici dans un petit rôle), mais jamais Caught Stealing n'égale l'intensité de son modèle. L'abondance de twists nuit également beaucoup à l'ensemble et contredit la sécheresse désespérée du film noir.

Le casting est très bon dans l'ensemble, surtout dans les rôles secondaires, comme le tandem de juifs hassidiques campé par Vincent d'Onofrio et Liev Schrieber. Matt Smith s'est fait un look incroyable et vole aisément la vedette à tout le monde dès qu'il apparaît. Regina King cache bien son jeu dans le rôle de l'inspecteur et Zoë Kravitz est très jolie (même si elle le sera toujours moins que ne le fut sa mère - ah, Lisa Bonet !).

Austin Butler souffre du même mal que Glen Powell, même s'il a pour lui des cinéastes plus prestigieux qui le choisissent. L'échec commercial du film est forcément aussi le sien et prouve bien que Hollywood manque cruellement à l'heure actuelle de vraies stars masculines, capables de porter un long métrage sur leurs épaules, d'attirer en masse le public sur leur nom.

Il est pourtant pas mal ici, mais son jeu reste limité, il ne prend pas assez cher physiquement pour convaincre en vrai anti héros maudit de film noir, comme si consigne avait été donnée de ne pas trop l'abimer. Je n'ai rien contre lui ou Powell mais comme Chalamet et les autres wannabe, ce n'est pas avec eux qu'on va oublier Tom Cruise et Brad Pitt qui, à 60 balais passés, les dépassent en charisme.

Bref, Pris au piège est sympa, mais manque un peu de piquant.

lundi 28 juillet 2025

LES SEPT MERCENAIRES (Antoine Fuqua, 2016)


1879. Bartholomew Bogue est un richissime homme d'affaires qui rachètent à bas prix des terrains pour étendre son empire foncier. Il s'en prend à Rose Creek, une bourgade à proximité d'une mine d'or, en incendiant l'église et en terrorisant les habitants à qui il donne trois semaines pour accepter son offre ou en payer le prix. Matt Cullen se révolte et est abattu par Bogue qui repart avec ses hommes de main. La veuve de Cullen, Emma, et son ami, Teddy, partent alors à la recherche d'hommes en mesure d'affronter Bogue contre le peu d'argent qu'elle possède. 


Elle convainc Sam Chisholm, un chasseur de primes, qui connaît Bogue de nom et a visiblement un vieux contentieux avec lui. Il enrôle Josh Faraday, un joueur ; Goodnight Robicheaux, un ancien tireur d'élite confédéré, et son ami Billy Rocks ; Vasquez, un hors-la-loi qui accepte de le suivre plutôt qu'être livré aux autorités ; et Jack Horne, un trappeur. En route, ils croisent Red Harvest, un indien comanche qui a fui la réserve où est parquée sa tribu.


Les sept mercenaires font rapidement preuve de leur efficacité en entrant dans Rose Creek quand le shérif Harp et ses adjoints, des hommes de Bogue, tentent de les désarmer. Ils se font tous tuer sauf Harp à qui Chisholm charge de livrer le message à Bogue comme quoi cette ville est désormais protégée. Emma et Teddy rassurent ensuite les habitants mais certains préfèrent quand même fuir par peur des représailles car Bogue va évidemment revenir, cette fois avec une armée de tueurs...


Décider de regarder ce remake des 7 Mercenaires de John Sturges n'a rien d'évident pour moi. En effet, ce western de 1960, lui-même adapté des 7 Samouraï (Akira Kurosawa, 1954), est certainement celui que j'ai le plus visionné. C'est celui qui m'a initié au genre, me l'a fait aimer. Et bien entendu, pour tout cela, il demeure indépassable à mes yeux.
 

Quand le remake réalisé par Antoine Fuqua est sorti il y a neuf ans, ça m'a fait doucement rigoler. Quelle audace d'oser toucher à ce totem ! Si bien que je ne m'étais pas déplacé en salles, certain de son échec artistique, de sa vanité même. Mais (presque) une décennie s'est désormais écoulée et j'ai eu le temps de me calmer. Et est venu le temps de vérifier si ça valait quand même le coup d'oeil.


Avec un script écrit par Richard Wenck et surtout Nic Pizzolato (le co-créateur de True Detective), je pouvais au moins espérer éviter le désastre complet. Par ailleurs Antoine Fuqua n'est peut-être pas un génie mais c'est un artisan solide, qui a su, en son temps, signer un excellent polar avec Training Day.


Et puis le casting réunit une belle brochette de très bons acteurs, avec à leur tête le toujours aussi charismatique Denzel Washington, un habitué de la filmo de Fuqua. Il est effectivement à la hauteur ici, plus sobre que souvent, très crédible dans son rôle, et ce n'était pas couru d'avance quand on sait qu'il passe après Yul Brynner qui avait si bien fait son boulot que son rôle dans le film de Sturges inspira celui du robot cowboy tout de noir vêtu dans Mondwest (Michael Crichton, 1973).

(Entre parenthèses, ç'aurait été marrant que Ed Harris, qui a repris le rôle dans la série Westworld, soit aussi au générique de ces Sept Mercenaires. Harris s'est par ailleurs illustré dans un autre magnifique western, qu'il a réalisé et joué, Appaloosa.)

Alors, qu'est-ce que ça vaut ? Comme prévu, j'ai envie de dire, cette version n'égale pas, et dépasse encore moins, celle de Sturges. Le scénario est plus direct, plus tranché. Au petit jeu des comparaisons, les mercenaires ne tombent pas dans un piège tendu par leur ennemi comme ceux de Sturges avec Calvera. Cela aboutit à un dénouement plus rapide.

Cependant, le film, malgré ce raccourci, est quand même plus long que celui de 1960 et j'y vois un énième argument contre ces montages actuels qui dépassent trop souvent et inutilement les 120'. Fuqua et ses scénaristes auraient pu mettre ce temps à profit pour creuser davantage la personnalité de leurs héros, mais ils restent plus sommaires que les originaux.

Fuqua a opté pour une équipe plus cosmopolite : Chisholm est noir, il y a un asiatique, un améridien, un mexicain. Vous remarquerez et considérerez qui sont les survivants parmi les sept après la bataille finale. Il est indéniable que parce que Fuqua est lui-même afro-américain et que son casting est plus ethnicisé que ces rescapés n'ont pas été choisis au hasard...

Par ailleurs, le script ajoute une dimension personnelle dans le différend qui oppose Chisholm à Bogue. C'est assez superflu, mais on devine là encore que c'est pour souligner le caractère héroïque d'un type qui est un chasseur de primes, alors que le film de Sturges rendait ses personnages admirables simplement par leur sens du sacrifice et de la justice sans occulter que c'étaient des guns for hire.

En revanche, ce qui est appréciable, c'est l'importance donnée au premier rôle féminin, avec la veuve Cullen. Cela ne semble jamais forcé. Pour le reste, les auteurs ont accompli une sorte de synthèse dans les références au film de 1960 : Robicheaux évoque le personnage de Robert Vaughn et de Brad Dexter, celui de Billy Rocks celui de James Coburn et Horst Bucholz.

Avoir intégré un comanche est habilement exploité. Le mexicain Vasquez n'a rien de particulièrement latino et manque de mordant pour un hors-la-loi. Le trappeur est certainement l'addition la plus efficace du lot, individu mystique, impressionnant physiquement, on peut penser qu'il a été imaginé pour remplacer celui incarné jadis par Charles Bronson, même s'il ne devient pas l'idole des enfants ici.

Chris Pratt tente vainement d'égaler Steve McQueen : mission impossible, d'autant plus que son gambler ne parvient jamais à susciter la tension qui exister réellement entre McQueen et Brynner (qui se détestaient dans la vie). Ethan Hawke est très bon dans la peau de Robicheaux, mais il n'est pas assez développé. Et surtout il dépend trop du duo qu'il forme avec Byung-hun Lee.

Martin Sensmeier est épatant en indien taciturne. Manuel Garcia-Rulfo est pas mal non plus en bandido débonnaire. Mais évidemment, c'est Denzel Washington et surtout Vincent d'Onofrio qui se taillent la part du lion : ce dernier fait de Jack Horne un colosse citant la Bible, assumant son passé de tueur d'indiens, un mercenaire tout à fait à part, qui vole littéralement toutes les scènes dans lesquelles il apparaît.

A noter que le projet, initié en 2012, prévoyait une distribution encore plus étincelante, avec Tom Cruise en leader, aux côtés de Matt Damon, Kevin Costner, Morgan Freeman et Jason Momoa. Mais entre le désistement de ce dernier et le retrait du premier, cette première tentative tomba à l'eau. Dommage, surtout si Costner avait en plus assumé la réalisation...

Bref, ce n'est pas si mauvais, mais ça manque d'intensité (à l'image du méchant joué par Peter Sarsgaard). On ne sent jamais de plus-value dans cette proposition, qui reste divertissante, mais trop frustrante pour être autre chose que dispensable. Je n'ai pas fini de revoir, avec plus de plaisir, Les 7 Mercenaires de 1960 (et je vous conseille de faire pareil si vous aimez les westerns).