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jeudi 12 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 2 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / Andrei Bressan, Javier Garron, Gavin Guidry, David Marquez)


UNCANNY X-MEN, VOL. 2 : THE DARK ARTERY
(Uncanny X-Men #9-16)


- #9-10 : OFF THE LEASH (Gail Simone / Andrei Bressan) - Larry Trask a mis au point de nouvelles sentinelles à l'apparence d'une meute de loups robotiques. Elle est lâchée dans un centre commercial où les Outliers se trouvent. Deathdream est gravement blessé. Wolverine, Diablo et Jubilé secourent leurs protégés...


Ce deuxième tome est composé d'histoires courtes, à l'exception de l'arc qui donne lui donne son titre et qui compte quatre épisodes. Gail Simone tente de profiter de cette construction dans un premier temps pour donner plus de consistance aux Outliers, ces quatre jeunes mutants qu'ont recueilli les Uncanny X-Men dans un récit en deux parties.

Le résultat n'est guère concluant. Mais à qui la faute ? Les Outliers ont du mal à exister et à être attachants : leurs pouvoirs sont difficilement explicables, leur design peu ouvragé, et on plutôt le sentiment que la scénariste les a créés pour signifier son apport à la série (et à la mythologie mutante du coup) à défaut d'avoir été franchement inspirée pour en faire des personnages originaux et marquants.

Comme je l'ai déjà dit, Simone aurait pu s'en passer en utilisant de jeunes mutants déjà existant et négligés, ce n'est pas ce qui manque, et il y en a tellement de plus intéressant que Calico, Jitter, Ransom et Deathdream. Par ailleurs, wokiste assumée, la scénariste ne peut s'empêcher de faire des deux filles (Calico et Jitter) des lesbiennes, de Ransom un sud-américain à la peau noire et de Deathdream un japonais : tous les quotas sont remplis, n'en jetez plus !

Parce qu'on se fiche d'eux, on se fiche forcément de ce qui peut leur arriver, comme quand Calico a été capturée en même temps que Jubilé précédemment, ou que le groupe doit faire face à une meute de loups robotiques. Simone joue avec le sort réservé à Deathdream à deux reprises dans ce tome, comme si elle promettait quelque chose au lecteur sans se résoudre à aller au bout de son idée.

Pour ne rien arranger, David Marquez et Javier Garron occupés ailleurs, ces deux épisodes sont illustrés par Andrei Bressan qui, sans être dénué de talent, semble avoir réalisé ses planches à l'arrache, sans grand soin. Le résultat laisse à désirer, comme si l'artiste n'était guère impliqué dans ce travail de commande.  


- #11 : X-MANHUNT, CHAPTER ONE : ECHOES OF MADNESS (Gail Simone / Javier Garron) - Xandra, l'impératrice Shi'ar et fille de Charles Xavier, est capturée par des rebelles qui ne reconnaissent pas son autorité. Avec l'aide de Sarah Gaunt, Xavier s'évade de Graymalkin alors que le Dr. Ellis a appelé les Uncanny X-Men à l'aide pour l'en empêcher...

X-Manhunt est le deuxième crossover initié par l'editor Tom Brevoort, mais cette fois, il a vu les choses en grand et a imposé à ses auteurs que l'histoire traverse toutes les séries X du moment. Pour lire tout ça, il faut donc avoir acheté dans l'ordre Uncanny X-Men #11, NYX #9, Storm #6, X-Men #13, X-Factor #8, Exceptional X-Men #7, X-Force #9 et enfin X-Manhunt Omega #1.

Gail Simone a l'insigne honneur de lancer cette saga et en vérité on peut s'en contenter car l'objectif de l'affaire, c'est de délivrer Charles Xavier de Graymalkin et, disons-le, de s'en débarrasser puisqu'il est à nouveau devenu indésirable auprès des mutants. Donc, sa fille Xandra, devenue impératrice des shi'ar, est capturée par des rebelles qui lui reproche d'être mi-humaine, mi-Shi'ar, et il vole à son secours.

Fallait-il 8 épisodes pour raconter ça ? J'en doute. Mais si ça se trouve, pourquoi pas ? Je n'ai pas lu X-Manhunt en totalité, donc je ne vais pas juger. Ce qui me semble certain en tout cas, c'est qu'on finira par revoir et réhabiliter Charles Xavier, comme c'est la coutume. Le bon vieux professeur est quand même, avec Magneto, le mentor de la mutanité. 

En attendant, il va passer quelque temps dans l'espace, aux côtés de sa chère Lilandra Neramani et de leur fille. Et si ça se trouve, ce seront les X-Men qui iront le rechercher pour lui demander de reprendre sa place de leader... C'est comme ça depuis un bail : "je t'aime... Moi non plus", comme chantait Gainsbourg avec Jane Birkin (ou Brigitte Bardot, selon vos préférences).

Javier Garron signe à cette occasion son dernier épisode d'Uncanny X-Men. Il s'en acquitte avec son talent habituel et je regrette encore une fois que Brevoort ne l'ait pas gardé sur la série en alternance avec Marquez.


- # 12 : SOME KINDA WAY (Gail Simone / Gavin Guidry) - Gambit s'absente pour une journée afin de rencontrer une vieille connaissance et lui rembourser définitivement une dette...

Un petit intermède done-in-one avec ce douzième numéro qui montre Gambit dans sa jeunesse et aujourd'hui aux prises avec The Vig, un mutant appartenant comme lui à la Guilde des Voleurs et dont il est redevable de l'avoir formé. Mais Rémy Lebeau décide cette fois de régler cette dette une bonne fois pour toute.

Gail Simone, depuis le début de son run, a deux chouchous affichés et c'est le couple Malicia-Gambit. Elle consacre donc un épisode entier au cajun en réussissant l'exploit de n'avoir rien à dire d'original sur son compte. C'est vraiment un script qui aurait pu être rédigé par une IA tellement c'est creux et inutile, sans âme.

Un peu à l'image de la prestation de Gavin Guidry au dessin. S'il réussit une jolie scène de combat entre Gambit et the Vig, le reste est très quelconque. Guidry a du potentiel, mais il peine à l'exprimer et on a l'impression qu'il lui manque quelque chose, qu'un encreur certainement pourrait lui apporter ou beaucoup de travail : ce qu'on pourrait appeler de la substance, de la consistance.
   

- #13-16 : THE DARK ARTERY (Gail Simone / David Marquez, Luciano Vecchio) - Le dragon Sadurang rend une visite à Gambit pour lui révéler une chose importante à propos de l'Oeil d'Agamatto qu'il lui a volé... Cependant, les Outliers, menés par Deathdream s'aventurent jusqu'à une crypte dans le bayou où les attend Henrietta Benjamin, gardienne de l'endroit avec Man-Thing.
 

Elle se cherche un remplaçant après avoir emprisonné là, dans la Pénombre, des humains qui, depuis un siècle, ont persécuté les mutants... Lorsque Gambit s'aperçoit de l'absence des jeunes mutants, il part, avec Malicia, Jubilé, Diablo et Wolverine, à leur recherche...

Et enfin, on arrive au plat de résistance avec cet arc narratif en quatre chapitres. la franchise X est tellement riche que les auteurs qui en héritent ont deux options : soit ils composent avec ce qu'elle comporte déjà, soit ils cherchent à y apporter de nouvelles idées, quitte évidemment à ce qu'elles ne rivalisent pas avec les anciennes.
 

Gail Simone est, cet égard, comme Tom Taylor, avec lequel elle est amie d'ailleurs, et donc elle aime contribuer à enrichir le matériau de base dont elle s'occupe, au risque d'inventer des personnages, des situations, des intrigues bien moins fortes que celles de ses prédécesseurs. C'est un peu ce qui se produit ici avec The Dark Artery.

Elle commence par nous présenter Henrietta Benjamin, une mutante afro-américaine de la fin du XIXème-début du XXème siècle. Elle quitte Chicago pour Haven en Louisiane, là où habitent actuellement les Uncanny X-Men. La jeune femme est belle, élégamment vêtue, on devine qu'elle jouit d'une bonne place dans la société, ce qui intrigue quand on sait comment les noirs américains se situaient encore à cette époque.

Pendant un moment, on ignore le but de son voyage et quel rapport entre son histoire et celle des Uncanny X-Men. Simone alterne les scènes du passé et du présent, et ces dernières sont plus accrocheuses, plus riches en révélations. Notamment concernant Gambit et l'Oeil d'Agamotto qu'il a subtilisé au dragon Sadurang dans le premier épisode de la série.

La scénariste introduit à cette occasion un élément dramatique amené à être exploité dans le futur, mais je ne vais pas vous le spoiler car j'ignore où en est la parution de ces épisodes en vf. Ensuite, on suit les Outliers qui, à l'initiative de Deathdream, s'aventurent dans le bayou à la découverte d'une crypte bien sinistre où les attend Man-Thing et... Henrietta Benjamin.

Celle-ci n'a pas vieilli bien que son apparence ait changé sensiblement à cause de ses pouvoirs. Simone nous raconte alors une histoire de remplacement de gardien d'une espèce de dimension appelée la Pénombre et on comprend que l'un des Outliers, certainement Deathdream, est l'élu. Mais évidemment, ses amis refusent qu'il se sacrifie pour cette besogne.

Et évidemment quand les Uncanny X-Men s'aperçoivent que les jeunes sont absents, ils partent les chercher... Ce n'est pas désagréable à suivre, mais il y a un problème. Déjà dans les deux premiers épisodes de ce tome, Simone semblait vouloir réserver un sort particulier à Deathdream, et elle y revient avec cette histoire de Pénombre et de gardien.

Le souci, c'est que Simone, même si elle échoue assez lamentablement à rendre ces Outliers intéressants, ne se résout pas non plus à les lâcher, ne serait-ce qu'un. Elle fait comme si, mais en fait elle n'en a pas l'intention. A moins que Deathdream soit devenu votre personnage préféré, peu de chance que les manoeuvres de la scénariste vous fassent vibrer donc.

Bref, sans trop en dire non plus, à la fin de cette histoire, rien n'a bougé. Et il y a ce côté "tout ça pour ça" qui domine. Si le travail d'un auteur se résume à mener son lectorat par le bout du nez mais sans lui donner au bout du compte, alors Gail Simone est une championne de l'exercice car la vérité est qu'on peut très bien ignorer la totalité de cette histoire sans que cela gêne la lecture de ce qui la suit.

Excepté ce que révèle Sadurang à Gambit, il n'y a rien strictement rien à retenir de ces quatre épisodes. A la fin, tout le monde rentre à la maison, comme si rien ne s'était passé, et ça m'étonnerait fort que même Simone revienne sur la petite escapade des Outliers et des Uncanny X-Men dans la Pénombre. C'est à l'image du tome tout entier qui ressemble à une collection d'épisodes de remplissage sans conséquence.

Au dessin David Marquez est excellent, même si sur le #16 il tire la langue et doit recevoir le renfort de Luciano Vecchio (qui paraît y avoir gagné le poste de deuxième artiste de la série depuis). Marquez est parfait dans les scènes d'action et sait transcrire l'ambiance lugubre du périple des Outliers. Vecchio a un trait plus lisse, avec moins de caractère.

Ce tome 2 de Uncanny X-Men n'est donc pas très bon, en tout cas moins que le premier. Pris entre des histoires brèves et sans consistance, l'amorce d'un crossover qui laisse indifférent, et un arc plus conséquent mais sans répercussions, le lecteur a du mal à se passionner. Le troisième volume rectifiera--il le tir ?

mardi 10 février 2026

X-MEN : RAID ON GRAYMALKIN (Jed MacKay, Gail Simone / Ryan Stegman, David Marquez, Edgar Salazar, Federico Vicentini, Javier Garron, Netho Diaz)


X-MEN : RAID ON GRAYMALKIN
(X-Men #8-9-10 &
Uncanny X-Men #7-8)


L'équipe des X-Men dirigée par Cyclope est basée en Alaska et le Fauve se rend à Merle pour y rencontrer les shérif. Il est arrêté et capturé en chemin par une équipe des forces paramilitaires du Dr. Corinna Ellis qui l'enferme dans une cellule du manoir de Graymalkin, l'ancien institut Charles Xavier reconverti en prison. Elle va le livrer au gouvernement de Terra Verde pour les exactions qu'il y a commises. Hank McCoy retrouve au manoir, parmi d'autres détenus mutants, Jubilé et Calico...


En apprenant la capture de Calico et Jubilé, Malicia décide d'aller les libérer et contacte Cyclope qui désapprouve d'abord son plan avant de se raviser lorsqu'il apprend l'enlèvement du Fauve. L'équipe de Cyclope attaque le manoir de Graymalkin où elle retrouve celle de Malicia. Les deux formations s'affrontent d'abord avant de revenir à la raison lorsque Calico, Jubilé et le Fauve s'évadent...


C'est alors que le Dr. Ellis lâche sur eux les mutants qu'elle a convaincus de collaborer avec elle. Diablo et Psylocke profitent du chaos pour aller libérer le professeur Charles Xavier, également retenu dans ces murs. Ellis fait alors appel aux services de Phillip Scurvy, un télépathe surpuissant pour empêcher cela...


Ce crossover entre les séries X-Men et Uncanny X-Men est symptomatique de la méthode Tom Brevoort sur la franchise X : à peine les deux deux titres ont-ils achevé leur premier arc qu'il organise leur réunion et leur affrontement. L'affaire a cependant le mérite de ne pas prendre trop de temps : 4 épisodes plus un cinquième qui montre les conséquences des actions de l'équipe de Cyclope.


Après la fin de l'ère Krakoa, les mutants sont donc dispersés et les deux équipes les plus emblématiques résident aux extrémités de l'Amérique du Nord : Cyclope et ses fidèles sont basés en Alaska tandis que la bande à Malicia habitent en Louisiane. Si Malicia et compagnie se tiennent à l'écart des humains, ne désirant plus chercher à cohabiter avec eux, Cyclope et les siens sont plus actifs et enquêtent sur des mutants dont les pouvoirs se manifestent non pas à la puberté mais à l'âge adulte.

Pour justifier la réunion des deux formations, Jed MacKay et Gail Simone ont un argument tout trouvé : l'institut pour jeunes surdoués de Charles Xavier à Graymalkin, Wortchester, est devenu la propriété du Dr. Corinna Ellis qui l'a transformé en prison pour mutants. Elle tire ses financements de plusieurs sources, notamment de la Terra Verde, un pays (fictif) d'Amérique latine.

Ceux qui ont lu X-Force durant l'ère Krakoa se souviennent que le Fauve y a mené des exactions, révélant son côté le plus sombre, prêt à tout pour assurer la protection de l'Etat mutant. Aujourd'hui, Ellis le fait capturer pour le livrer aux autorités de la Terra Verde pour ses crimes passés en échange d'un gros chèque.

En parallèle, dans Uncanny X-Men #6, on a assisté à la capture de Jubilé (qui faisait des courses en compagnie de Diablo) et de Calico (une des Outliers qui faisait sa rentrée scolaire) par les mêmes sbires de Ellis. Les deux filles retrouvent donc le Fauve au réfectoire du manoir. Malicia apprend que ses amies sont portées disparues grâce à Diablo tandis que Cyclope ne découvre le kidnapping du Fauve qu'ensuite.

Le reste aboutit donc aux assauts conjugués des deux équipes sur Graymalkin, chacune pour libérer leurs amis. Mais la mission va se compliquer quand Malicia entreprend de sortir Charles Xavier de là alors que Cyclope y est fermement opposé, considérant que Xavier les a toujours manipulés, trahis et qu'il mérite de rester incarcéré.

Ces épisodes ayant déjà été traduits en vf par Panini, je ne spoile rien en disant que chacun repartira avec ceux qu'ils sont venus chercher, mais que Xavier restera effectivement dans sa cellule. Cela aboutit à un énième schisme entre mutants : Malicia ne pardonnant pas à Cyclope d'avoir abandonné Xavier. 

L'album se termine par un épisode de X-Men où Cyclope répond à Lundqvist, leader de O.N.E. (Office of National Emergency) qui veille au respect de la loi par les mutants en Alaska, de ses actions à Graymalkin. L'échange est tendu et Cyclope l'emporte sur le fil en menaçant Lundqvist : s'il l'arrête ou s'en prend aux mutants, alors sa femme (Jean Grey/Phénix) reviendra et détruira tous les humains en représailles !

Tout ça n'est franchement pas très bon. Pas nul, mais pas bon non plus. On assiste à un affrontement idéologique entre Malicia et Cyclope comme jadis entre Wolverine et Cyclope (la mini Schism), c'est du réchauffé. En même temps durant le raid sur Graymalkin, X-Men et Uncanny X-Men prennent quand même le temps de plaisanter et finalement Ellis laisse filer tout le monde.

Jed MacKay et Gail Simone auraient pu en profiter pour expliquer pourquoi les deux équipes (et les mutants en général) se sont dispersés depuis la chute de Krakoa. Mais on sent que Brevoort n'a pas envie de justifier cela et donc ça reste injustifié. Tout juste doit-on se contenter d'une équipe (X-Men) qui continue à défendre des mutants en s'opposant aux autorités et une autre (Uncanny X-Men) qui continue à vivre de manière isolée (la Louisiane se substituant à l'île de Krakoa en somme).

Tout cela révèle un manque flagrant de direction sur toute la franchise. Non seulement les séries ne communiquent plus vraiment entre elles, mais surtout tous ces mutants qui formaient il n'y a pas si longtemps une communauté unie, un Etat, sont désormais artificiellement décomposés, comme si rien ne subsistait du passé récent (bon, maintenant, Brevoort a annoncé X-Men United, qui pourrait revenir sur ce statu quo..).   

Même si Jonathan Hickman avait prévu la fin de Krakoa dans sa saga initiale, il n'en reste pas moins qu'avec la reprise en main de la franchise X par Brevoort, priorité est donnée à la multiplication de séries sans qu'on saisisse très bien pourquoi qui choisit tel camp (Forge avec X-Force, Angel puis Havok avec X-Factor, Kitty Pryde et Emma Frost avec Exceptional X-Men, Ms Marvel avec Nyx).

Hickman avait trouvé avec Krakoa, la nation X, le moyen de réunir tous les mutants (ou quasi) sous un même "toit" et en le justifiant intelligemment et audacieusement. Brevoort revient à une logique plus marchande : sans refuge commun, les mutants sont aux quatre vents et donc on lance plein de séries pour montrer où ils sont, ce qu'ils deviennent, même si, pour la plupart, c'est absurde.

En revanche, l'intrigue de Raid on Graymalkin est plus un prétexte pour évoquer l'éléphant dans pièce (Charles Xavier) que pour motiver la libération du Fauve, Calico et Jubilé. Xavier a une fois de plus dérapé à la fin de l'ère Krakoa : mérite-t-il, comme le pense Cyclope, qu'il paie et reste enfermé ? Ou qu'on le libère lui aussi car il reste le mentor des mutants ? Ce sera tranché plus tard, avec le crossover (impliquant cette fois toutes les séries X) X-Manhunt.

Visuellement, ce crossover voit défiler pas moins de six artistes pour cinq épisodes. Ryan Stegman dessine seul X-Men #8 puis reçoit le renfort de Federico Vicentini sur le #9 avant d'être carrément remplacé par Netho Diaz sur le #10. Dans tous les cas, c'est assez médiocre, en plus d'être donc très inégal.

David Marquez est aidé par Edgar Salazar sur Uncanny X-Men #7, puis remplacé par Javier Garron sur le #8. C'est déjà plus concluant et j'aurai adoré que Marquez et Garron restent les deux artistes réguliers, en alternance, sur UXM. Cela aura permis à chacun de souffler tout en maintenant de la qualité sur cette cadence effrénée de 18 épisodes/an. 

Cette parenthèse, superflue, refermée, Jed MacKay et Gail Simone vont pouvoir reprendre leurs séries tranquillement... Jusqu'à X-Manhunt.

dimanche 8 février 2026

UNCANNY X-MEN, VOLUME 1 : RED WAVE (Gail Simone / Javier Garron, David Marquez)

 

UNCANNY X-MEN, VOL. 1 : RED WAVE
(X-Men #35 + Free Comic Book Day 2024 : X-Men
Uncanny X-Men #1-6)


- X-MEN #35 (2021) (Gail Simone / Javier Garron) - La chute et la disparition de Krakoa entraîne la dispersion des mutants. Malicia et Gambit trouvent refuge en Louisiane où ils réfléchissent à leur avenir...


- FREE COMIC BOOK DAY : X-MEN (2024) (Gail Simone / David Marquez) - Jubilé observe l'installation dans l'ancien institut Charles Xavier du Dr. Corinna Ellis et de ses hommes. Elle part en moto et manque d'être renversée par de jeunes chauffards qu'elle retrouve dans un diner en train de harceler une jeune serveuse mutante...


- UNCANNY X-MEN (#1-5) : RED WAVE (Gail Simone / David Marquez) - Wolverine a donné rendez-vous à Malicia et Gambit au Mexique pour l'aider à affronter le dragon Sadurang qui possède l'autre Oeil d'Agamotto. Gambit réussit à le lui dérober et promet de le lui restituer dans un an s'il part de la région. Le trio rejoint Diablo dans un hôpital où un jeune mutant, Harvey, très malade, rêve de les rencontrer. Il meurt peu après leur visite. Diablo reste réconforter les parents.
 

Malicia et Wolverine suivent ensuite Gambit chez un ami, Marcus, qui les héberge. Alors qu'ils parlent de l'avenir au coin d'un feu, ils voient sortir de la forêt quatre adolescents qui viennent leur demander de l'aide contre une sorcière. Au manoir de Graymalkin, le Dr. Corinna Ellis détient plusieurs prisonniers mutants dont la plupart acceptent de collaborer avec elle.


Diablo rejoint Malicia, Gambit et Wolverine afin d'entraîner les quatre jeunes mutants - Calico, Jitter, Ransom et Deathdream. Wolverine décide de quitter le groupe pour inspecter les forêts environnantes et tombe sur la sorcière mentionnée par leurs recrues. La bataille tourne au désavantage de Logan...


- UNCANNY X-MEN (#6) : THE CHANGE IN OURSELVES (Gail Simone / Javier Garron) - Gambit convainc les quatre jeunes mutants de se rescolariser dans un collège voisin. Mais ils sont aussitôt harcelés par une bande d'élèves et Calico et enlevée par les sbires du Dr. Ellis, tout comme Jubilé alors qu'elle était en train de faire des courses en ville avec Diablo...


En Juin 2024 paraît X-Men (Vol. 6) #34, qui est aussi le 700ème n° de la série. Il marque la fin de ce qu'on appelle l'ère Krakoa initié en 2019 par Jonathan Hickman avec les mini-séries House of X/Powers of X. Un succès critique et commercial, narrativement audacieux, qui a vu les mutants devenir une communauté sur l'île de Krakoa et un Etat souverain.


Le départ de Hickman en 2021, suite à des désaccords éditoriaux avec Jordan White, l'editor des titres X (le scénariste avait prévu une saga en trois actes, son responsable éditorial refusera de suivre ce plan pour exploiter le filon plus longtemps), conduira à une conclusion confuse mais avec un ultime épisode plus satisfaisant, en forme d'adieu à cette période.

White est muté sur une autre franchise et c'est Tom Brevoort, un vétéran chez Marvel, qui reprend en main les mutants. Son ambition : reproduire ce qu'il a accompli sur la licence Avengers dans les années 2000-2010, un triomphe commercial en parallèle de celui des films du MCU. Il recrute de nouveaux auteurs et artistes, relance les titres au #1.

Les deux vaisseaux amiraux sont les séries X-Men, confiée à Jed MacKay, et Uncanny X-Men, confiée à Gail Simone. Ce dernier choix peut surprendre dans la mesure où la scénariste s'était quasiment retiré du monde des comics et des gros éditeurs, mais sa personnalité affable a dû convaincre Brevoort qu'elle saurait apporter un nouveau souffle au titre.

D'ailleurs elle et MacKay signent le segment final de X-Men (vol. 6) #35/700, qui est une sorte de teaser pour la relance complète de la collection X. Tandis que Charles Xavier est incarcéré, il observe ses anciens élèves dispersés en train de refaire leur vie après Krakoa, notamment Malicia et Gambit qui se sont retirés en Lousiane avec l'intention de raccrocher leurs uniformes de X-Men.

Puis lors du Free Comic Book Day 2024, on peut découvrir quelques pages de la nouvelle version de Uncanny X-Men (avec une preview aussi de l'event Blood Hunt), dans laquelle Jubilé assiste à l'installation de nouveaux résidents dans l'institut Charles Xavier avant d'infliger une correction à de jeunes chauffards qui importunent une jeune serveuse mutante dans un diner.

Ces deux avant-goût sont inclus dans ce premier tome. Pour ma part, en Août 2024, quand sort le premier épisode de Uncanny X-Men écrit par Gail Simone, je suis encore en train de regretter l'ère Krakoa et je me méfie de cette relance qui me paraît bien moins inventive que celle de Hickman cinq ans auparavant.

Je lirai le premier arc de cinq épisodes sans être convaincu et j'arrêterai les frais avant un premier crossover entre X-Men et Uncanny X-Men. En outre Brevoort planifie de sortir 18 numéros de chaque série par an, ce qui me semble une hérésie, en tout cas pour permettre à l'artiste de tenir les délais (on le sait, rares sont ceux qui parviennent à être aussi productif).

Alors pourquoi y revenir ? D'abord tout simplement parce que je n'ai rien eu à débourser pour relire tout ça (et ce qui vient ensuite). Un ami m'a prêté ses trade paperback en vo et m'a assuré que si, effectivement, le début pouvait frustrer, dans l'ensemble ce n'était pas si mal. Autant vérifier donc. Et puis sans doute aussi que les mutants me manquent et que j'ai voulu me faire un shoot.

Je ne vais pas retourner ma veste et prétendre que j'ai trouvé ça génial à la revoyure. Gail Simone use (et parfois abuse) de grosses ficelles, elle privilégie éhontément certains personnages, en introduit d'autres qui sont horripilants. La situation des Uncanny X-Men (et des mutants en général) manque effectivement cruellement d'audace. On est à de lieues de ce qu'avait proposé Hickman, et même de ce qu'il y a eu après son départ.

Brevoort a sciemment éloigné les mutants pour multiplier les séries et exploiter une franchise désormais sans trait d'union entre ses titres. On ne comprend absolument jamais (car on ne l'explique jamais) pourquoi les mutants se sont ainsi séparés (l'équipe des X-Men dirigée par Cyclope est en Alaska, celle des Uncanny en Lousiane, d'autres sont à New York ou Chicago), alors que la chute de Krakoa aurait dû les convaincre à rester unis.

Au sujet des Outliers, c'est-à-dire les quatre mutants adolescents que vont recueillir les Uncanny X-Men, leur caractérisation et leurs pouvoirs sont pour le moins sommaire et bizarres, mais sans égaler, par exemple la Génération X de Peter Milligan. Et justement, était-ce bien nécessaire de créer de nouveaux jeunes mutants quand tant de précédents sont passés on ne sait où et auraient largement (et sans doute mieux) rempli ces rôles ?

L'intrigue de ce premier arc plus le sixième épisode qui clôt ce tome 1 est rythmée à défaut d'être originale. On a droit à l'apparition d'une énième conquête féminine passée de Charles Xavier, totalement inédite et aux motivations pour le moins grossières. La méchante de l'affaire est une autre variation sur une scientifique anti-mutante qui transforme l'école en prison avec le soutien d'un corps paramilitaire et de mutants collabos.

Cependant Marvel et Brevoort n'ont pas été chien avec Gail Simone : elle a pu choisir les membres de son équipe et elle a sélectionné les personnages les plus populaires - Malicia, Gambit, Wolverine, Jubilé et Diablo. Une formation réduite avec laquelle elle aurait déjà pu beaucoup faire, si elle n'avait pas ajouté les quatre jeunes nouveaux (à la rigueur, si elle voulait tant donner des élèves à ce groupe, un ou deux auraient suffi).

Ce qui est intéressant, c'est qu'elle ne pose pas son équipe comme une équipe justement : Malicia et Gambit ont plutôt envie de se poser au début, Wolverine refuse de rejouer les profs, Diablo ne se joint à eux que parce que sa soeur (Malicia donc) le lui demande, et Jubilé est là parce que Logan y est (elle est depuis toujours sa protégée).

Simone établit l'équipe par la force des choses : ils ne vont pas sauver le monde car ils en ont tous assez que la majorité des homo sapiens détestent les homo superior, ils restent dans leur coin, hébergés par un ami humain de Gambit, ne se mêlent pas aux autres. Et ne passent à l'action que pour sauver les nouveaux arrivants. C'est malin, bien fait, bien pensé.

Dans quelques rares scènes, on voit que Malicia n'a pas rompu le contact avec Cyclope, même s'il y a une certaine tension entre eux (les X-Men en Alaska sont plus actifs et Scott Summers reste ce donneur d'ordres, ce que tolère moyennement Anne-Marie Lebeau). Pas de quoi (pas encore...) voir les deux équipes se mettre sur la gueule (même si les actions du Dr. Ellis divisent).

Dans le sixième épisode, les jeunes mutants sont rescolarisés et évidemment rien ne se passe bien. L'une d'eux est enlevée et Jubilé aussi d'un autre côté. Comme ces épisodes ont déjà été traduits en vf (dans la revue X-Men), je ne spoile rien en vous disant qu'elles seront libérées dans le crossover Raid on Graymalkin (Uncanny X-Men #7-8 et X-Men #8-9). Ce crossover a fait l'objet d'un tpb à part et est totalement dispensable pour reprendre les deux titres ensuite.

Au dessin, Javier Garron, qui avait brillé sur les Avengers de Jason Aaron signe les planches du segment de X-Men (vol. 6) #35/700 puis de Uncanny X-Men #6. J'adore son travail, même si depuis je l'ai perdu de vue (il collabore avec Gerry Duggan à des crossovers Godzilla-Marvel). Son trait très expressif et détaillé et son découpage fluide sont un régal.

Le reste, c'est-à-dire l'extrait du FCBD et les cinq épisodes de l'arc Red Wave, est illustré par David Marquez, qui faisait là son vrai grand retour chez Marvel après son bref passage chez DC (où il a notamment oeuvré sur Batman/Superman, la mini Batman : Killing Time de Tom King puis un arc de Justice League, avec Bendis). 

Il rend une copie très tonique dans laquelle on peut voir comment son style a digéré l'influence du manga mais aussi un trait plus brut, avec des hachures. Le rythme de parution soutenu imposé par Brevoort a pour effet que plus les épisodes se succèdent, moins les décors sont soignés (quand ils ne sont pas carrément zappés).

Toutefois, quand il doit mettre en images des scènes d'action, Marquez fait parler son talent et il est capable de rendre l'exercice toujours aussi énergique et excitant, avec de vraies démonstrations de force de la part des personnages, dans des compositions très équilibrées. Mais bon, quelle idée de vouloir publier 18 # par an !

Uncanny X-Men est une lecture qui n'est pas sans défaut, loin de là, mais qui est indubitablement distrayante. Gail Simone joue parfois trop la facilité et le projet est très classique. Mais c'est effectivement moins nul que ce dont je me souvenais. A confirmer donc. 

mardi 17 décembre 2024

AVENGERS, TOME 11 : RASSEMBLEMENT (Jason Aaron / Bryan Hitch, Javier Garron, Aaron Kuder, Jim Towe, Ivan Fiorelli)


AVENGERS : RASSEMBLEMENT 
(Avengers Assemble Alpha #1 + Avengers #63-66
+ Avengers Forever #12-15 + Avengers Assemble Omega #1)


Alors qu'enfin les Avengers d'aujourd'hui et ceux de la préhistoire se rencontrent, non sans que les seconds prennent les premiers pour des adversaires, le Premier Avenger sort de sa tour à la fin de l'infini et croise la route de Méphisto. Le diable a rejoint ses Maîtres du Mal multiversels pour prendre la tour du Premier Avenger. Mais c'est sans compter sur l'arrivée de l'Omni-Rider...


Les deux équipes d'Avengers affrontent les Maîtres du Mal mulitversels. La première hôtesse de la force Phénix entend le tonnerre de la bataille et vole à la rescousse des champions qu'elle a jadis abandonnés. Méphisto lâche sa horde de variants à laquelle les Avengers du multivers font barrage pour protéger la tour du Premier Avenger...


Cependant, le Fatalis suprême entend profiter du chaos pour prendre le contrôle de la situation et doubler Méphisto dont il a compris le plan suicidaire. Les trois petites-filles de Thor arrivent à leur tour sur le champ de bataille et éliminent une bonne partie de la horde des variants de Méphisto. Le Premier Avenger peut revenir en piste...
 

Les origines du Premier Avenger révèlent sa véritable identité : il est un Loki et après la mort de son demi-frère Thor, il a exploré le multivers pour le comprendre. Une constante lui est apparue : dans toutes les dimensions, à travers l'espace-temps, les Avengers se sont dressés contre Loki. Il a donc cherché à empêcher l'émergence des héros avant de comprendre que leur présence pourrait éviter la disparition du multivers...


Les Maîtres du Mal multiversels vaincus, ne reste que Méphisto pour éliminer tous les Avengers. Il tue ses variants pour absorber leur puissance et être en mesure de terrasser les Avengers, et le Premier d'entre eux. Ka-Zar arrive avec Galactus puis Gorilla Man avec le Céleste Mort qui est devenu un Deathlock... 


A l'écart, Robbie Reyes/l'Omni-Rider et Brandy/Starbrand observent le théâtre de cet affrontement titanesque alors que la tour du Premier Avenger tombe, et que le Fatalis Suprême trahit Méphisto. Robbie et Brandy rejoints par la première hôtesse de la force Phénix se mêlent au combat en espérant la victoire des héros...


Ce onzième tome marque la fin du run de Jason Aaron sur la série Avengers (et son spin-off Avengers Forever) après cinq années aux commandes. 66 épisodes d'Avengers, 15 d'Avengers Forever, deux de Avengers Assemble (sans compter l'event Heroes Reborn et ses six numéros). L'heure est au bilan autant qu'à la critique.


Sur le plan de la critique de ce dernier tome, on peut dire qu'on en a pour son argent : en vérité, il s'agit d'un gros crossover en onze parties, s'étalant sur six mois de publication. Je me souviens à cette occasion d'une interview de Stuart Immonen quand il avait signé les dessins du premier arc de New Avengers (vol. 2), écrit par Brian Michael Bendis, dans laquelle il disait que désormais chaque histoire devait être l'équivalent d'une saga, avec des enjeux démesurés.


Ceci posé, il y a une sorte de course à l'échalote de la part de Marvel (comme de DC) pour que les séries mensuelles sur des équipes de héros rivalisent de grandiloquence avec les events, à tel point qu'on peut se demander si les events ne sont pas davantage devenus des ponctuations éditoriales que des évènements stricto sensu.


Car, quand on lit les ultimes épisodes de Jason Aaron, la logique qui l'emporte est bien celle d'une saga coïncidant avec la fin de son run sur la série. En comparaison, les events qui ont eu lieu durant ce run, dont Heroes Reborn qu'il a lui-même écrit, font presque pâle figure. Il y a dans ces derniers épisodes plus de grand spectacle, de personnages, que dans un event classique.

On peut s'interroger sur le fait que Aaron lui-même, qui a pourtant écrit son lot d'events (Avengers vs. X-MenOriginal Sin, War of Realms, Heroes Reborn), ait intégré qu'il fallait mieux développer un récit d'envergure dans une série régulière au lieu de l'écrire en parallèle. Et parce que les rangs des Avengers sont plus garnis qu'ils ne l'ont jamais été, cela suffit à alimenter une intrigue pareille, même si n'y apparaissent pas les X-Men ou les Fantastic Four.

L'autre réflexion qui s'impose, c'est que l'aboutissement de ce genre de saga revient à une gigantesque bataille qu'il faut savoir faire vivre pendant plusieurs mois sans que le lecteur puisse souffler, quitte à en faire trop. Mais trop, est-ce jamais assez dans les comics de super-héros ? En tout cas, avec ce qu'a imaginé Aaron, on a atteint une sorte de point de rupture, un pic qu'il sera difficile d'égaler, un peu comme au cinéma avec Avengers : Endgame.

La baston entre Avengers actuels et préhistoriques, puis contre les Maîtres du Mal multiversels, puis contre Méphisto est grotesque à plus d'un titre tellement on est dans la surenchère permanente : Aaron convoque des héros et des méchants de toutes les époques, de tous les coins de l'univers, on a même Galactus et un Céleste devenu un Deathlock !

Mais si on se prend au jeu, alors c'est formidablement jouissif. Et pour cela, le scénariste a pu compter sur cinq dessinateurs motivés. Bryan Hitch ouvre le bal et bien qu'il soit délicat de remettre en cause ses efforts et sa compétence, on sent quand même que le britannique ne s'est pas franchement investi à 100% dans ses planches. Il redesigne incompréhensiblement des personnages, recycle des plans de ses Ultimates, l'encrage est souvent bâclé. Tout ça sent le travail de commande terminal d'un artiste lassé de ces fantaisies. Dommage.

Javier Garron se charge des trois épisodes d'Avengers et encore une fois, c'est complètement bluffant. Le jeune espagnol donne une leçon de storytelling avec des découpages toniques, des compositions détaillées à l'extrême et pourtant toujours lisibles. Il permet de ressentir la puissance, l'énergie du désespoir des personnages, il est à fond, tout le temps et son enthousiasme est irrésistible.

Aaron Kuder s'occupe des épisodes d'Avengers Forever, à l'exception du #14 dessiné par Jim Towe. Kuder s'est vraiment sorti les doigts si vous me permettez cette expression, après une prestation jusque-là très moyenne. Il ose des doubles pages éblouissantes, elles aussi très généreuses en détail, avec un découpage soigné. Towe, évidemment, a beaucoup de mal à s'imposer entre lui et Garron mais fait ce qu'il peut et c'est déjà honorable.

Pour Avengers Assemble Omega, Ivan Fiorelli a droit à quelques pages dont il s'acquitte avec une belle santé. Kuder, Towe et Garron se relaient et donnent tout ce qu'ils ont : étonnamment, alors qu'ils devaient quand même être bien rincés, ils ne montrent aucun signe de fatigue et s'assurent que ce final soit mémorable. Niveau graphique, donc, on est vraiment gâté.

Jason Aaron a eu des hauts et des bas sur Avengers. Néanmoins, il a eu un plan et s'y est tenu et, tout compte fait, l'ensemble s'avère très cohérent. Certes, il y a des idées assez discutables, comme ces Avengers préhistoriques, la romance entre Odin et le Phénix, le fait que le Phénix serait l'autre mère de Thor. On pense aussi à sa piteuse exploitation de l'Escadron Suprême ou de la Garde Hivernale, voire des Maîtres du Mal multiversels.

Mais, à côté de ça, l'auteur a donné une vraie dimension héroïque à Robbie Reyes, pourtant un Ghost Rider mal-aimé en comparaison avec Johnny Blaze ou Danny Ketch. Il a perpétué le Starbrand que Hickman avait remis au premier plan. Avec des Avengers qu'on lui a sûrement imposé, il a animé des arcs efficaces avant de pouvoir conduire ses héros favoris dans une dernière ligne droite inégale mais épique (en retirant Black Panther, en ajoutant Namor ou Nighthawk, en incluant Valkyrie ou Echo).

Sa grande idée, plus que de faire de Méphisto l'antagoniste de la série, aura été, comme Al Ewing, de mettre Loki au centre de la partie. Il justifie pleinement qu'il soit le Premier Avenger, de façon claire et nette. Tout comme Roger Stern et Kurt Busiek avait donné à Kang un rôle pivotal dans Avengers Forever, Aaron a su imposer Loki comme, non plus un méchant récurrent, mais un élément coagulant les parties de son projet.

Dernier mérite de Aaron, il a su tirer avantage des dessinateurs à sa disposition, même s'il a vraiment fallu attendre l'arrivée, tardive, de Javier Garron, pour qu'il s'appuie sur un artiste capable de soutenir ses scripts exigeants visuellement. Mais Marvel lui a donné à la fois des talents confirmés et des jeunes pousses, quand, actuellement, Jed MacKay doit se satisfaire de dessinateurs moins brillants.

Ce run est décrié, je le savais en le lisant, mais quand il est bon, il est très bon (et quand il ne l'est pas, il ne l'est pas du tout). Il faut donc y aller en sachant cela, mais comparé à ce que Avengers propose aujourd'hui, il est juste de dire qu'il est recommandable.

samedi 14 décembre 2024

AVENGERS, TOME 10 : LES PLUS PUISSANTS HEROS DE L'HISTOIRE (Jason Aaron & Mark Russell / Javier Garron, Greg Land, Ivan Fiorelli, Aaron Kuder, Jim Towe, Kev Walker)


AVENGERS : LES PLUS PUISSANTS HEROS DE L'HISTOIRE
(Avengers #57-62 + Avengers Forever #6-11 +
Avengers Forever Infinity Comics #1-4)


1943. Sebastian Szardos, le Soldat Suprême, lutte, grâce à ses pouvoirs magiques contre les forces occultes du Reich. Après avoir coulé un sous-marin, il échoue sur une île où l'ont repêché des soldats américains qui sont possédés à tour de rôle par une force maléfique. Il reçoit le renfort de Thor et Captain Marvel avant de retrouver ses compagnons, les Envahisseurs Secrets.


Japon, époque Edo (entre 1600 ap. J.C. et 1800 ap. J.C.). Captain America et Nighthawk se battent aux côtés du Ghost Ronin, l'esprit de la vengeance de cette époque, contre les sbires envoyés là par Méphisto. Dans un village voisin, c'est Echo/Phénix et Namor puis Thor et Valkyrie, rejoints finalement par Starbrand et Captain Marvel qui lui prêtent main forte.
 

1868, dans l'Ouest américain. Reno Phénix et Kid Starbrand poursuivent un train Shi'ar ayant capturé des esclaves humains avant d'engager une fusillade contre des outlaws à la solde de Méphisto. Echo/Phénix et Valkyrie se joignent au combat avant que Starbrand commette une terrible erreur face à Méphisto lui-même...


Pendant ce temps, de nos jours, c'est le Jour du Jugement dernier provoqué par les Eternels qui ont réactivé le Céleste mort servant de base aux Avengers. Hawkeye (Clint Barton) est soumis à cette épreuve de vérité... Puis Starbrand continue sa traque contre Mephisto en traversant les époques... Après quoi les Avengers d'aujourd'hui font la connaissance de leurs prédécesseurs d'il y a un million d'années grâce à l'intervention d'Agamotto...


De leur côté, Deathlock, Robbie Reyes (devenu l'Omni-Rider) et Tony Stark/Ant-Man continuent de sillonner les dimensions à la recherche de héros pour contrer les Maîtres du mal du multivers. Ils vont rencontrer successivement Vibranium Man, Iron Thor, le Carol Corps, les Steve...


C'est encore un gros volume que ce tome 10 de Avengers, l'avant-dernier de cette série. On peut y lire un arc en cinq parties de la série-mère, entrecoupé par un épisode tie-in à l'event Judgment Day (de Kieron Gillen et Valerio Schiti, paru en 2022), puis six nouveaux épisodes d'Avengers Forever. Panini a mis le paquet en ajoutant les quatre numéros parus en numérique sous le titre Avengers Forever Infinity Comics.
   

Bon, on va tout de suite se débarrasser du surplus : les épisodes d'Infinity Comics ne servent absolument à rien, on peut saluer l'effort de mise en pages de Panini pour qu'ils soient lisibles sur papier (alors que ces web-comics se lisent en scrollant sur une tablette normalement), mais en dehors de ça, c'est un gadget sans intérêt. J'espère néanmoins que ça paie bien pour l'artiste puisque c'est quand même Kev Walker qui a signé les dessins (pas son meilleur taf, loin s'en faut).


Le tie-in à Judgment Day tombe également comme un cheveu dans la soupe. Jason Aaron n'en a visiblement tellement rien eu à faire qu'il a laissé Mark Russell l'écrire. Hawkeye est donc soumis au jugement du Céleste réactivé par l'Eternel Druig et Clint Barton appréhende ça avec la décontraction qui le caractérise depuis le fameux run de Matt Fraction et David Aja, qui a remis l'archer sous les feux des projecteurs (quand bien même il n'a plus eu droit depuis à des histoires dignes de ce run). Niveau visuel, ça pique puisque Greg Land se charge des planches et c'est évidemment navrant pour les raisons que l'on sait (mais qui ne semblent pas déranger Marvel qui continue à employer ce tâcheron).


L'arc qui donne son titre à ce tome voit divers Avengers, principalement par paires, observer et/ou interagir avec des héros du passé. Jason Aaron s'amuse donc visiblement toujours autant, un peu à la manière d'un Geoff Johns (en plus rock'n'roll), à imaginer des justiciers improbables dans l'Histoire de l'humanité, tout en veillant à ne jamais les montrer à côté de contemporains célèbres.


L'exemple type, c'est Sebastian Szardos, le Soldat Suprême, qui, bien que ce ne soit pas clair, semble être un ancêtre de Margali Szardos, la sorcière qui recueillit Wanda Maximoff/Scarlet Witch. Sebastian, lui, détient l'Oeil d'Agamotto que lui a confié l'Ancien, qui formera plus tard Stephen Strange, et appartient aux Envahisseurs Secrets, qui, comme son nom l'indique, serait une division des Invaders (Captain America, Namor, Bucky Barnes, Jim Hammond, Toro, Union Jack, Spitfire) spécialisé dans les black ops.


Mais donc Aaron ne montre pas les Invaders et suggère même que Captain America n'a jamais entendu parler des Envahisseurs Secrets (où on trouve aussi un Ghost Rider, un Man-Thing, et un Blade). En revanche, le scénariste s'autorise plus de liberté avec le Ghost Ronin de l'époque Edo au Japon ou Reno Phénix et Kid Starbrand dans le far-west du XIXème siècle américain. Tout ça, à défaut d'être passionnant, est très divertissant et spectaculaire. Même si...


... Même si, en vérité, ça doublonne un peu avec la série Avengers Forever où le trio Deathlock-Robbie Reyes-Tony Stark remonte à la fois le temps et explore les dimensions pour former une armée au service du Premier Avenger. Dans les deux cas, il est question de rencontres avec des surhumains ayant été investi de pouvoirs aujourd'hui détenus par certains Avengers. 

La seule différence, elle est notable, c'est que, dans Avengers Forever, on recrute, alors que dans Avengers, on s'instruit au contact des héros qui ont agi dans le passé. Là où la question, réelle, légitime, se pose, c'est : est-ce qu'il y avait vraiment besoin de deux séries pour ça ? Pour moi, il aurait été plus pratique et plus concis d'alterner des épisodes dans le passé et dans le multivers.

Et ainsi, on aurait certainement échappé à des épisodes franchement pas captivants. Parce que, oui, Avengers Forever est toujours aussi faiblard : le titre semble n'exister que pour permettre à Aaron d'inventer des amalgames de plus en plus improbables et dont on apprécie mal en quoi ils peuvent menacer et Méphisto et ses Maîtres du Mal.

Jugez-en plutôt : Vibranium Man, c'est un mélange entre Black Panther et Iron Man avec des origines copiées sur celles de Superman (un exercice auquel s'était livré Warren Ellis dans Planetary, mais avec un tout autre brio), un Thor qui acquiert le poing de fer parce qu'il est incapable dans sa dimension de brandir Mjolnir, des Steve Rogers enfermés dans une prison qui doivent unir leurs forces pour trouver la sortie, une Carol Danvers devenue esclave du Club des Damnés, des tas de Tony Stark complètement à la ramasse...

Le seul intérêt de ce gloubi-boulga dans le multivers, c'est ce qui advient de Robbie Reyes, investi désormais d'une telle puissance qu'il n'est plus Ghost Rider mais l'Omni-Rider. Et ainsi augmenté, il risque d'oublier son humanité et de ne plus être qu'un esprit inarrêtable de la vengeance... Aaron aime ce personnage, comme il aime la mythologie des Ghost Rider en général (à laquelle il a beaucoup apportée). Mais tout ce qu'il y a autour de cette évolution est pénible à supporter avec ces héros fusionnés.

Heureusement, graphiquement, ça tient la route. Javier Garron est de retour pour les épisodes 57 à 59 et c'est toujours aussi éblouissant. Ce garçon est phénoménal : le script de Aaron lui réclame des décors, de la figuration, des batailles insensés, et il sort des scènes visuellement exceptionnelles. Il faut prendre le temps de s'arrêter sur certaines vignettes, pages, pour admirer le niveau de détail bluffant de l'artiste espagnol en même temps que le dynamisme de son découpage.

Mais cette débauche d'efforts a un prix et Ivan Fiorelli doit le suppléer sur les n° 61 et 62. L'italien n'est pas mauvais, mais il est quand même bien moins bon que l'espagnol. Son trait, plus anguleux, moins ouvragé, ne tient pas la comparaison, alors qu'il a une séquence essentielle à illustrer avec Starbrand contre Méphisto. Toutefois, je ne veux pas être trop sévère avec Fiorelli que Marvel exploite de manière assez médiocre, sans jamais lui confier de séries dès le début, toujours à jouer aux pompiers de service. Il a du mérite. Il lui reste à progresser.

Aaron Kuder s'acquitte, incroyable, de trois épisodes consécutifs (#7-8-9) sur Avengers Forever. Bon, le #7 n'est pas trop exigeant en matière de décors, mais quand même, saluons cet exploit. Jim Towe officie sur les épisodes 6, 10 et 11, avec toujours ce manque de personnalité (on pense à Marcus To, mais sans la même maîtrise dans les compositions et le storytelling en général). J'ignore qui s'est chargé des designs des héros du multivers, mais il faut bien admettre qu'ils sont tous d'une laideur accablante : dommage, ça aurait été bien de confier ça à quelqu'un de capable.

Comme le tome précédent, on trouve le temps un peu long, mais on garde espoir que le grand final du tome 11 soit à la hauteur. Jason Aaron a souvent de l'inspiration pour boucler ses runs (cf. Wolverine a the X-Men, Doctor Strange), donc on croise les doigts et on y croit fort.