lundi 25 mai 2026

NOUVELLE VAGUE (Richard Kinklater, 2025)


1959. François Truffaut, Suzanne Schiffman, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard assistent à la première de La Passe du Diable, produit par Georges de Beauregard. Lors de la fête donnée ensuite, Godard critique sévèrement le film et exprime son désir de passer à son tour derrière la caméra, comme ses collègues. Il descend à Cannes où est projeté Les 400 Coups de Truffaut dont le succès retentissant va ouvrir la porte à plein de cinéastes en herbe.


Godard accepte, pour avoir un financement de Beauregard, de tourner un long métrage basé sur une idée de Truffaut inspirée par un fait divers. Comme il le lui avait promis après un court métrage, il engage Jean-Paul Belmondo, revenu de son service militaire en Algérie, pour le premier rôle. A la rédaction des "Cahiers du Cinéma", il rencontre  Roberto Rossellini dont il reçoit quelques conseils comme, ensuite, Jean-Pierre Melville.


Grâce à François Moreuil, il convainc Jean Seberg, à Paris pour promouvoir Bonjour Tristesse d'Otto Preminger avec qui elle a eu des rapports exécrables, de jouer la petite amie de Belmondo. Puis il recrute Raoul Coutard, venu du documentaire, pour apporter à son film un style réaliste, pris sur le vif. Le tournage peut commencer...
 

Après Le Redoutable de Michel Hazanavicius (2017), Nouvelle Vague s'intéresse à nouveau à Jean-Luc Godard, mais cette fois Richard Linklater se concentre sur la genèse et la réalisation d'A bout de souffle, son premier long métrage. Il porte à l'écran le scénario de Holly Gent et Vince Palmo, adapté en français par Laetitia Masson et Michèle Halberstadt.


Linklater est un cinéaste très versatile, capable d'enchaîner une comédie policière irrésistible (Hit Man) avec donc cet hommage à un confrère. On ne peut imaginer deux projets et deux résultats plus différents, même s'ils sont également réussis. Il s'agit là d'une vraie lettre d'amour adressée à Godard et à la révolution artistique que fut la Nouvelle Vague.


En 1959, Godard est le dernier des "jeunes turcs" des "Cahiers du Cinéma" à ne pas avoir franchi le cap pour devenir cinéaste. Rohmer, Chabrol, Rivette, Truffaut l'ont devancé et le dernier présente à Cannes Les 400 Coups qui sera un succès retentissant. Linklater rappelle d'ailleurs que c'est sur une idée originale de Truffaut que sera construit A bout de souffle.


Godard apparaît comme un sphinx farceur : il veut renverser la table, briser les codes, mais en même temps il est présenté comme un trublion qui cite abondamment d'autres auteurs avec un sourire en coin. Impossible de savoir s'il se prend vraiment au sérieux ou s'il aime faire tourner les autres en bourrique. Mais il a une autre idée de lui-même, certain de ses parti-pris et de son génie.

C'est tout à l'honneur de Linklater de ne pas statufier Godard : il l'admire, c'est certain, mais il ne verse pas dans l'hagiographie. On le voit prendre conseil auprès de Rossellini et Melville, qui avaient précédé les audaces esthétiques et narratives de la Nouvelle Vague, et démolir un film produit par Beauregard avant d'accepter de tourner le projet que ce dernier l'incite à réaliser pour avoir de l'argent.

Ce jeune homme, volontiers pédant, est donc encore un élève et un flagorneur, même s'il prétend ne vouloir en faire qu'à sa tête. Il est aussi moins sûr de lui qu'il n'y paraît quand il s'adresse à Truffaut ou Chabrol dont il semble considérer les réussites et la maturité avec une pointe de timidité. Il est à la fois pressé de faire ses preuves, de montrer qu'il est le meilleur de la bande, tout en doutant avant le début des prises de vue.

Dans sa première partie, le film de Linklater paraît presque se contenter de situations anecdotiques et de name-dropping, souvent pour pas grand-chose : toute la clique des "Cahiers du Cinéma" apparaît, avec les acteurs qui en incarnent les membres, posant face caméra avec leurs noms écrits en bas de l'image. Le spectateur contemporain ignorera certainement de qui il s'agit pour les 3/4 d'entre eux.

Mais on est cependant bluffé, si on connaît leurs têtes, de voir la ressemblance entre les acteurs et ceux qu'ils incarnent. Linklater pousse le jeu tellement loin qu'il filme son histoire de la même manière que Godard filme A bout de souffle, en noir et blanc, au format 1:37, avec une pellicule artificiellement usée, où on repère même les points de colle du montage lors des changements de bobine.

Cette fétichisation perdure dans la deuxième partie où on assiste au tournage du film A bout de souffle. Linklater montre les conditions dans lesquelles Godard met en scène, souvent une ou deux prises seulement par jour (jusqu'à ce que Beauregard le rappelle à l'ordre), en lumière naturelle, sans son (le film sera doublé), en improvisant beaucoup.

C'est à la fois très drôle, cocasse, et insensé, absurde. Là encore l'ambivalence de Godard domine : fait-il cela en connaissance de cause, parce qu'il a la conviction que c'est ainsi qu'il obtiendra le résultat voulu ? Ou avance-t-il au hasard, exaspérant son producteur, sa star féminine, laissant son équipe technique perplexe ?

On n'aura pas de réponse à ces questions, et c'est tant mieux. Linklater sait qu'ainsi il préserve la magie de l'oeuvre originale tout en pouvant la narrer librement, sans déférence excessive. Le fait est qu'A bout de souffle a bel et bien complètement rebattu les cartes du cinéma (pas seulement français) et qu'il reste (avec Citizen Kane) le meilleur premier film de tous les temps (et peut-être même le meilleur film de Godard tout court).

Il aura aussi mystifié les oiseaux de mauvais augures qui prédisaient à Belmondo la fin de sa jeune carrière, ou la ruine de Godard. Jean Seberg restera pour l'éternité la fiancée tragique de Michel Poicard. Et, par une de ces pirouettes de l'Histoire, A bout de souffle sera célébré comme l'acte fondateur de la Nouvelle Vague alors même qu'il fut donc le dernier des films réalisés par ceux qui ont formalisé ce mouvement.

Grand directeur d'acteurs, Linklater a réuni une troupe de jeunes acteurs formidables, à commencer par Guillaume Marbeck qui campe un Godard plus vrai que nature, accent suisse traînant, caché derrière ses lunettes noires. Aubry Dullin est extraordinaire en jeune Belmondo. Zoey Deutch ressuscite Jean Seberg (à qui elle ressemble bien plus que Kristen Stewart). Mais tout le casting est parfait.

Bien entendu, aujourd'hui, tout le monde se fout de Godard, dont la carrière a emprunté dès la fin des 60's des chemins de traverse souvent nébuleux, et les cinéastes phares de l'époque ont fini par devenir l'establishment qu'ils haïssaient tant. Comme Le Redoutable d'Hazanavicius, Nouvelle Vague a fait un four en salles. Dommage. Mais ça n'empêchera sûrement pas A bout de souffle d'être redécouvert indéfiniment - cela seul compte.

dimanche 24 mai 2026

WEDDING NIGHTMARE 2 (Matt Betinelli-Olpin & Tyler Gillett, 2026)


Après avoir survécu à la partie de cache-cache assassine de la famille Le Domas, Grace MacCaulley est transportée à l'hôpital. A son réveil, un inspecteur de police lui signifie qu'elle est la suspecte n°1 dans le meurtre de la famille. Puis sa soeur cadette, Faith, à qui elle n'a plus parlée depuis son départ à l'université, débarque et l'écoute raconter ce qui lui arrivée.


Pendant ce temps Chester Danforth convoque les membres du Haut Conseil pour éliminer la mariée qui a survécu. Les enfants de Chester, Ursula et Titus, le tuent selon sa volonté pour prétendre à la direction du Haut Conseil. Wilkinson, un des membres, décide de tuer seul Grace mais il échoue. L'Avocat du Haut Conseil, capturent Grace et Faith et, une fois revenues à elles, leur explique qu'elles vont être les proies d'une chasse dans le manoir Danforth. Si elles sont encore vivantes à l'aube, elles seront relâchées.


Contraintes de s'allier car elles sont menottées l'une à l'autre, Grace et Faith parviendront-elles à passer la nuit ?


En 2019, le duo de réalisateurs Matt Betinelli-Olpin - Tyler Gillett livraient Ready or Not ("traduit" en vf par Wedding Nightmare...), une série B très efficace sur l'histoire d'une jeune femme épousant un fils de bonne famille qui, lors du repas de noces, acceptait de participer à un jeu de cache-cache en découvrant qu'elle devenait ainsi la proie d'une bande de détraqués satanistes.


Le résultat était jubilatoire et obtint d'ailleurs un joli succès en salles, confirmant Samara Weaving comme vedette de ce genre de productions improbables, après The Babysitter. Les cinéastes étaient attendus pour une suite mais ils ont pris leur temps, leur star étant accaparée ailleurs. Et donc, sept ans après, voici venir Ready or Not 2 : Here I Come (Wedding Nightmare 2).


Un peu comme John Wick, les producteurs ont dû penser qu'il y avait dans le premier film matière à développer une franchise. Mais, c'est bien connu, il ne faut pas abuser des bonnes choses, et comme pour John Wick, ce conseil n'a pas été suivi. C'est fort dommage, et cela vient souligner à quel point Samara Weaving n'a pas de chance quand il s'agit de reprendre un de ses rôles (même si c'est ici moins grave que pour The Babysitter 2).


Qu'imaginer pour relancer Wedding Nightmare ? Ils n'allaient quand même pas écrire une intrigue où Grace MacCaulley épouserait un nouveau bourgeois barjo. Alors les scénaristes, Guy Busick et R. Christopher Murphy, ont sorti de leur chapeau la soeur de l'héroïne et un Haut Conseil sataniste qui, fort perturbé d'avoir perdu une des familles qui le composait, décide de tenter à son tour d'occire la mariée.

Le souci, c'est que ces deux éléments ne fonctionnent jamais. Faith, la frangine, est censée n'avoir pas vu son aînée depuis des lustres et être fâchée avec elle, mais jamais on ne ressent une véritable animosité entre elles. Leurs disputes sont artificielles, sans intensité, sans tension, et surtout on se demande pourquoi ce Haut Conseil prend la peine d'enlever Faith.

En effet, cela ne sert à rien : kidnapper Samantha leur suffit, Faith ne peut/ne veut pas la retrouver. Ce Haut Conseil se complique inutilement la vie en enlevant deux soeurs au lieu d'une. C'est vraiment l'argument qui ne tient jamais la route, ne résiste pas à l'examen critique de la situation. Et puis le traitement de Faith laisse vraiment à désirer.

Dans une scène où elle décide de tenter de s'échapper seule, Faith est rattrapée par Titus Danforth. Ce dernier est le vrai méchant, ou du moins le plus réellement effrayant du lot, d'abord présenté comme un frère soumis à sa soeur et qui s'affranchit en devenant de plus en plus violent. Cette violence débridée va se déchaîner contre Faith.

Il la roue de coups pour purger sa frustration d'avoir été dominé par des femmes (sa soeur Ursula et Grace). Mais la séquence devient malaisante car elle s'éternise. Les coups de poing succèdent aux gifles, puis ce sont des coups de pied. Le type s'acharne et le spectacle de cette brutalité devient dérangeant, complaisant, comme si les réalisateurs partageaient la joie du personnage à se défouler contre une jeune femme.

Ensuite il y a le Haut Conseil lui-même qui pose problème. Ce qui faisait le sel de Ready or Not 1, c'était que les assaillants de Grace faisaient partie d'une seule famille. Ici, on a affaire à des paires, des trios, composés de pères, de mères, d'enfants, d'épouses, de frères. N'en jetez plus ! Il y a tout simplement trop de personnages.

Et inévitablement leur caractérisation se limite à des clichés. Le latino est sanguin, l'indien est mystique, l'asiatique est fourbe. On trouve même l'ex petite amie du fils Le Domas qui croise donc opportunément la route de Grace, dont de la femme qui lui a volé son amant avant de le liquider, et évidemment cette ex est une hystérique totale.

Malgré leur nombre et leur arsenal, tous sont de vrais manches. Le latino se sert d'un fusil à lunettes avec lequel il est incapable de toucher quoi que ce soit. Les enfants Danforth se servent d'un vieux pistolet et d'une pioche (!). L'asiatique a of course un sabre. L'ex dégaine un bazooka... C'est du WTF complet mais même pas drôle.

En vérité le film affiche tous les défauts d'une mauvaise suite, en surenchérissant : plus de personnages, plus d'armes incongrues, plus de clichés, plus d'explosions sanguinolentes... Mais moins de nervosité, de comédie... La mayonnaise ne prend jamais. C'est long, bavard, pas drôle, pas méchant. C'est terriblement mauvais.

Que peut-on sauver de ce naufrage ? Kathryn Newton ? Même pas : elle ne réussit jamais à convaincre qu'elle peut être la soeur rancunière de Samara Weaving. Cette dernière est impeccable mais elle se gâche dans cette affaire indigne de son talent et de son charisme. Sarah Michelle Gellar aussi. Elijah Wood idem. Shawn Hatosy est flippant mais bon... Ah, et il y a David Cronenberg dans le rôle du père Danforth : une vraie curiosité.

Oui, décidément, Samara Weaving ne devrait plus signer pour jouer dans les suites de ses succès. A ce stade, ça tient de la malédiction.

samedi 23 mai 2026

THE DRAMA (Kristoffer Borgli, 2026)


Boston. Charlie Thompson aborde Emma Harwood dans un café alors qu'elle lit un livre qu'il prétend avoir également lu. Mais elle l'ignore. Il retourne à sa place puis revient vers elle pour s'excuser. Elle le remarque alors et lui explique être sourde de l'oreille droite, raison pour laquelle elle ne lui avait pas répondu la première fois. Elle propose de tout reprendre à zéro et de faire connaissance.


Deux ans après, Charlie et Emma s'apprêtent à se marier. Un soir, en rentrant chez eux, ils aperçoivent Pauline, la DJ conviée à leurs noces, en train de fumer de l'héroïne dans un parc. Ils le racontent à leurs témoins de mariage, Mike et son épouse Rachel, et la conversation dévie sur la pire chose que chacun a commise dans le passé. Mike avoue s'être servi de son ex comme bouclier devant un chien errant, Rachel avoir enfermé son petit voisin dans une armoire quand ils étaient enfants, Charlie avoir cyberharcelé une camarade au lycée...


Mais quand vient le tour d'Emma, ce qu'elle révèle sidère totalement la tablée... Les jours suivants, alors qu'ils continuent de préparer leur union, Charlie devient de plus en nerveux, se demandant s'il connaît vraiment bien Emma, qui tente de lui expliquer son histoire comme pour justifier son aveu...


Produit par le studio A24, The Drama est le troisième long métrage de Kristoffer Borgli qui détourne les codes de la romcom (comédie romantique) de manière jubilatoire. On peut dire que dès l'affiche le ton est donné avec ce couple jeune et séduisant qui irradie d'un bonheur insolent mais trop beau pour être vrai. Le spectateur se doute qu'il y a un loup.
 

Bien sûr je ne vais pas dévoiler le secret d'Emma qui remet complètement cause son mariage avec Charlie ainsi que ses relations avec Mike et Rachel. Mais finalement ce n'est pas tant l'énormité de ce aveu qui dérange que ses conséquences. La question au centre de l'intrigue, c'est : est-on coupable d'une chose qu'on a voulu faire mais qu'on n'a finalement pas faite ?


Tout dépend de la chose en question, me direz-vous. Et ce que révèle Emma est effectivement très perturbant. Mais le film choisit d'en rire plus souvent qu'on ne pouvait s'y attendre. En effet, The Drama est un film très drôle dans ce que le malaise qu'il créé provoque chez ses personnages. Et c'est pour cela qu'il est si réussi.


On peut, comme je l'ai lu, reprocher au dispositif du scénario, écrit par Borgli, d'être artificiel, de vouloir choquer un peur facilement pour susciter l'inconfort. Ce n'est pas faux, d'autant que d'autres films par le passé (je pense à Festen de Thomas Vinterberg) ont également exploité ce mécanisme qui consiste à révéler une horreur pour examiner les réactions d'une assemblée.

Mais là où Festen creusait uniquement le désarroi et ne prêtait vraiment pas à rire vu l'atrocité de ce qui était rendu public (un inceste), The Drama veut, avec à propos, dédramatiser. On explique que Emma a été victime de harcèlement scolaire, ce qui lui a inspiré un funeste projet. Et que ledit projet a été empêché, ironie du sort, par un événement simultané proche de son idée.

Donc Emma n'est en réalité coupable de rien, elle n'a rien commis d'irréparable, de répréhensible. Elle n'a fait que penser à un plan sinistre et s'est dégonflée. Elle est même ensuite devenue une militante ardente, sincère contre ce qu'elle voulait justement faire. Mais en dévoilant son secret, elle a semé un trouble aussi profond que si elle était passé à l'acte.

Au fond, elle paie pour quelque chose qu'elle n'a pas fait. Et la manière dont ses proches réagissent est souvent hilarante car l'un se fait des films macabres en imaginant que l'amour de sa vie est peut-être une psychopathe, une autre décide de ne plus être sa demoiselle d'honneur car elle assimile Emma à ceux qui ont fait du mal à sa cousine.

A ce stade, pourtant, le film en est à peine à sa moitié et ce qui est encore plus grinçant, c'est la façon dont la situation va déraper encore plus jusqu'à une cascade d'autres révélations, sans lien avec Emma (sans lien direct), mais impactant le mariage. Charlie, au summum de la détresse, craque et fond en sanglots dans les bras d'une collègue et l'embrasse.

Elle est prête à se donner à lui, autant pour le réconforter que mue par un désir visiblement réprimé, et alors qu'il va l'étreindre, il pleure à nouveau et se confond en excuses, implorant que cela reste entre eux. Voeu pieux puisque Misha, la collègue, soulagera sa conscience au pire moment devant Emma qui croyait qu'elle était au courant de son secret honteux.

La séquence du mariage et de son dîner atteint des pics dans la comédie noire, avec les discours qui s'enchaînent, tous plus maladroits et embarrassants les uns que les autres, jusqu'à un coup de tête motivé par un malentendu grotesque. Dans son épilogue, le film devient à la fois plus grave, touchant et finalement authentiquement romantique.

Ce grand huit est réalisé avec précision et surtout magistralement interprété. Le couple que forment Zendaya et Robert Pattinson a quelque chose de miraculeux et immédiat. Leur complicité est soulignée par leurs manières distinctes de jouer, lui dans le surrégime et elle dans la gêne crescendo. Lui est très marrant en futur époux dépassé, elle superbe (évidemment) et si expressive en jeune femme désemparée par ses propres aveux.

Alana Haim et Mamodou Athie jouent les témoins, et si lui est assez effacé, elle est extraordinaire lors du repas de noces pour une prise de parole fielleuse à souhait. Hailey Benton Gates, qui joue la collègue de Charlie, est également irrésistible, prise entre deux feux.

The Drama est une réussite savoureuse qui prouve que c'est finalement désormais en jouant des codes des films de genre qu'on peut les réinventer le plus habilement.

vendredi 22 mai 2026

LOBO #3 (Skottie Young / Jorge Corno, Nicoletta Baldari)


Désormais sans emploi, Lobo reçoit un appel du Dr. Bixwell de l'Union Intergalactique des chasseurs de primes. Avant de le recruter, il le soumet à un test psychologique. Lobo se replonge dans ses souvenirs d'enfance...


On peut légitimement concevoir une certaine déception à la lecture de ce troisième épisode dans la mesure où il n'inaugure pas un nouvel arc narratif et qu'il est à peine illustré par Jorge Corona. Si vite après seulement numéros, il est frustrant de voir l'équipe créative faire une espèce de pause alors que la série démarrait sur les chapeaux de roues.


Mais est-ce que ça signifie pour autant que c'est un mauvais épisode ? Non, je vous rassure tout de suite. Skottie Young a certes gagné du temps mais pour une raison bien simple : le mois prochain, lui et Corona vont mettre en scène un affrontement entre Lobo et Supergirl pile poil pour faire écho au film Supergirl de Craig Gillespie avec Milly Alcock et Jason Momoa.
 

Et si la manoeuvre est évidemment de surfer sur le succès très probable du long métrage, on peut tout de même compter sur le duo pour livrer un épisode qui va dépoter. Donc, en attendant, nous avons droit à ce chapitre qui explore un moment du passé de Lobo à l'occasion d'un examen psychologique qu'il doit passer pour intégrer l'Union Galactique des chasseurs de primes.


On sait que le czarnien a décimé toute sa planète mais avant cela, qu'en était-il ? On peut dire que les autorités se doutaient que Lobo enfant allait être, disons difficile à maîtriser. Comme cette fois où Mrs Tribb, sa maîtresse d'école, a conduit sa classe pour une visite au zoo et que Lobo a entrepris de libérer de leur aquarium des dauphins de l'espace...

La farce du garçon provoque une succession de catastrophes après qu'il soit passé devant un conseil de discipline qui tentait pourtant de raisonner l'enseignante. Il tombe alors sur un Mauve Lantern qui essaie, par la méthode douce qu'il incarne, de lui faire comprendre le sens des responsabilités mais commet surtout l'erreur de lui expliquer les pouvoirs de son anneau.

Hop ! aussi sec, Lobo lui tranche le doigt et récupère l'anneau... La suite, vous vous en doutez est un joyeux foutoir que même un Green Lantern ne saura stopper. Skottie Young applique à Lobo la recette de sa série à succès I Hate Fairyland dans laquelle il conte les mésaventures de Gertrud  dans un monde de contes de fée qui finit par l'insupporter tellement qu'elle devient folle et y commet un massacre.

Bien entendu, comme I Hate Fairyland est une production indé (publiée par Image), Young peut s'autoriser bien plus que sur une série DC, mais cet épisode est assez rigolo et sans doute que si la série était éditée sous le label Vertigo ou Black Label, le résultat aurait été plus corsé et plus hilarant, mais on devra s'en contenter.

Corona ne dessine donc que les scènes au présent dans l'appartement de Lobo où il passe en facetime son examen. Le reste, c'est-à-dire les pages 7 à 23, est signé par Nicoletta Baldari, dans un style acidulé qui convient très bien à la fausse naïveté enfantine de ce long flashback anarchique. La tête de canaille enragée de Lobo est irrésistible tout comme le personnage du Mauve Lantern.

Bon, ceci étant dit, maintenant, on a hâte de retrouver Lobo adulte et surtout de voir ce que vont nous mijoter Young et Corona le mois prochain pour ce duel face à Supergirl, qui promet énormément.

jeudi 21 mai 2026

VENOM #258 (Al Ewing / Carlos Gomez)


Après les obsèques de Paul Rabin, qui s'est sacrifié pour sauver Dylan Brock de Torment, Flash Thompson prend le garçon sous son aile et Mary Jane Watson et Peter Parker conviennent d'un rendez-vous pour faire le point sur leur relation, qui a sensiblement évolué depuis que la jeune femme est le nouvel hôte de Venom...


Bon, tout d'abord, avant de parler du contenu de l'épisode, il faut quand même que je vous parle de Carlos Gomez, et plus spécialement de la manière dont il dessine Mary Jane Watson. Celle qui fut créée visuellement par John Romita Sr. a donc eu de la chance à la "naissance", entendu que Romita Sr. était suprêmement doué pour croquer les (belles) femmes.
 

Mais je dois dire que Carlos Gomez gâte tous ceux qui ont déjà eu le béguin pour MJ. Non, mais regardez les planches qui accompagnent cet article ! En choisir deux a été très difficile tant cet épisode est un festival. Gomez est lui aussi un artiste très doué pour croquer les belles femmes, mais sa MJ est tout bonnement fabuleusement belle.


Et, il ne faut pas se le cacher, c'est une des raisons pour laquelle Venom est devenue une série agréable. Je lis beaucoup de choses négatives sur le fait que le symbiote a maintenant MJ pour hôte, mais souvent j'ai l'impression que ceux qui s'en plaignent ne lisent pas cette série, et croyez-moi, ce n'est pas si incongru que ça en a l'air.


Et après le crossover Death Spiral, MJ et Venom, leur relation, la manière dont elle est appréciée par Peter Parker ou Flash Thompson, ont pris une dimension très intéressante. Je ne veux pas spoiler, mais il s'est passé quelque chose de grave, de troublant, et tout est fait pour que le lecteur ne sache pas qui en est le véritable responsable - MJ ou Venom ou les deux qui se sont entendus.

Bref, moi, je défends cette série, particulièrement depuis que Venom et MJ sont liés. Je n'avais jamais vraiment suivi les aventures du symbiote, même si j'avais bien aimé la période où Flash Thompson avait endossé le rôle de l'Agent Venom (écrite par Rick Remender). Et là, je trouve que c'est une idée au moins aussi riche et originale.

Dans cet épisode, ne vous attendez pas à de l'action. Al Ewing fait le point après Death Spiral. C'était nécessaire, et de toute manière, ça va bientôt à nouveau castagner comme dirait Ben Grimm puisque l'event Queen in Black démarre en Juillet. Mais c'était important de marquer une pause entre Death Spiral et Queen in Black.

D'autant que Ewing ne se contente pas de ça : il revient, le bougre, sur le run, contesté, de Zeb Wells au cours duquel MJ était en couple avec Paul Rabin et qu'ils étaient prisonniers sur la Terre 23321 en ruines à cause du père de Paul (un super vilain nommé l'Emissaire). Paul a ensuite fait de MJ la super héroïne Jackpot grâce à un dispositif de son invention.

Il faut quand même une certaine dose d'audace pour dresser le bilan d'une des idées les plus grotesques qu'a endurée MJ. Mais Ewing a (parfois) le génie pour changer le plomb en or et il utilise donc ce qu'avait imaginé Wells pour alimenter un dialogue très fin, touchant entre MJ et Peter, sur leur relation, et leur avenir.

Séparés durant cette période, ils constatent qu'ils ne sont tout simplement plus les mêmes et qu'il n'est pas question de se remettre en couple. Ce serait déplacé alors que Paul Rabin vient tout juste de mourir et d'être inhumé après s'être sacrifié pour sauver Dylan Brock du tueur en série Torment. Et en vérité, ce n'est pas plus mal.

Parce que, entendons-nous bien, je n'ai rien contre le coupe Peter-MJ et je considère que Marvel abuse d'astuces débiles pour ne pas les remettre ensemble. Mais MJ a souvent été uniquement le love interest de Peter et finalement, maintenant, elle est plus que ça et n'a plus besoin de lui pour exister en tant que personnage.

Si MJ a besoin de Peter pour exister, alors c'est limite insultant pour justifier qu'elle figure dans une série. Evidemment, si Marvel avait pu expliquer ça sans recourir à un personnage dont tout le monde s'est fichu, voire que tout le monde a détesté, comme Paul Rabin, ça aurait été mieux. Mais bon, ce qui a été fait a été fait et il faut à présent en apprécier les conséquences.

Vu la médiocrité de la série Amazing Spider-Man depuis la fin du run de Dan Slott, je me dis que Peter Parker peut bien continuer à endurer des scénaristes mal inspirés et que MJ a de la chance d'avoir été récupérée par Al Ewing. Et celui-ci, en en faisant le nouvel hôte de Venom, lui a donnée une importance qui lui manquait.

Plutôt que d'en faire une héroïne sans avenir comme Jackpot, en faire la nouvelle Venom resitue MJ : elle ne dépend plus de sa relation avec Peter. Et c'est ce que cet épisode assume et impose. Plutôt que de persister à ne voir dans MJ que la moitié amoureuse de Peter, elle est à présent l'héroïne d'une série qui n'a plus besoin ni de Peter ni de Spider-Man.

Je trouve que c'est au moins aussi méritoire que lorsque Jason Aaron avait fait de Jane Foster la puissante Thor. Sauf que tout le monde savait que Odinson allait récupérer Mjolnir et la tête d'affiche de la série. Alors qu'avec Venom, on peut espérer que MJ reste dans l'hôte du symbiote plus longtemps. Et c'est largement aussi bien que Eddie Brick ou Flash Thompson.

L'épisode présente aussi le nouveau look de Venom et c'est justifié de manière assez maline. Bon, je regrette quand même un peu le Venom massif et le contraste avec le physique si avenant de MJ, qui créait un contraste intéressant. Mais Ewing et Gomez font passer la pilule intelligemment.

Lisez Venom, et après vous verrez que ce qui se passe actuellement est loin d'être aussi mauvais que ça peut en avoir l'air. Au contraire même, c'est sans doute une des meilleures séries Marvel actuelles.

CATWOMAN #87 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a enlevé Holly Robinsonqu'il a enfermée dans une cellule capitonnée avec une réserve d'une heure d'oxygène. Ou, si elle préfère en finir avant, une seringue et de la drogue. En parallèle, il envoie en ville une femme avec le visage de Selina Kyle qui alerte la police anonymement qu'une bombe se trouve à la gare de Burnley...


Même si Catwoman est très présente dans cet épisode, ce qui est logique puisqu'elle est l'héroïne, on termine sa lecture avec le sentiment que c'est bel et bien Black Mask qui est la vedette. La couverture ne ment donc pas sur le contenu - et on peut d'ailleurs être légitimement ébloui par la maestria de l'image peinte par Sebastian Fiumara.
 

On dit souvent, pour paraphraser Hitchcock, que "meilleur est le méchant, meilleure est l'histoire", et Black Mask est un excellent méchant. Torunn Gronbekk l'a bien compris et livre un script à la hauteur de ce génie du mal, dont le sadisme est proprement effrayant et le machiavélisme implacable. Il a plusieurs coups d'avance sur Catwoman qui est obligée de courir dans tous les sens.


Si ma scénariste est très bien inspirée, on aurait quand même souhaité savoir ce qu'il est était advenu de Slam Bradley qu'on a laissé dans une situation très compromise. Mais elle se rattrape ave deux scènes fulgurantes mettant en scène Maggie, la soeur de Selina, dont le handicap est parfaitement exploité et qui s'enferme dans une panic room pour échapper à des sbires de Roman Sionis.


Que ce soit un artiste italien comme Davide Gianfelice qui dessine désormais la série souligne encore davantage l'influence très giallo de cette histoire. Tout ici concourt à faire partager au lecteur une expérience limite, à la fois grotesque et éprouvante. C'est tout à fait épatant et cette ambiance d'épouvante sied bien à l'ensemble.

Gianfelice est très à son aise pour découper ce récit de la manière la plus vibrante possible, montrant avec expertise comment Black Mask entraîne Catwoman là où il le désire, la faisant souffrir mille maux, et les efforts désespérés qu'elle déploie pour tenter de rattraper son retard. Le rythme est très soutenu, le suspense élaboré.

Torunn Gronbekk a rarement été saluée pour son travail, notamment quand elle a dû remplacer au pied levé Donny Cates sur Thor, mais il se pourrait bien qu'elle redore son blason avec Catwoman où elle s'est installée depuis maintenant quelque temps et plus spécialement avec cet arc qui ose répondre à un classique de l'ère Brubaker avec aplomb et maîtrise.

Quant à Gianfelice, il montre lui aussi qu'il mérite sa place après une carrière en dents de scie et où ses talents de narrateur graphique prouvent qu'il a faim, digne représentant de cette "invasion" italienne dans les comics, riche de bien des talents dont il n'est pas le plus connu mais qui gagne à l'être incontestablement.

mercredi 20 mai 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #4 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine, Dave Colton et Tyler Torrens se retrouvent dans le repaire de Nick Pruet, patron du programme Primewarrior. Torrens est prêt à lui céder ce qu'il convoite s'il redevient un simple mutant et plus une machine à tuer. Mais Colton, Wolverine et même Nuke ne sont pas de cet avis...


La première question qu'on se pose en achevant la lecture de ce dernier épisode de Wolverine : Weapons of Armageddon est la suivante : quel est le rapport entre ce que nous a raconté Chip Zdarsky et Armageddon, son event qui démarre le mois prochain ? Le scénariste suggère quelques pistes mais était-ce bien nécessaire d'écrire cette mini-série pour cela ?
 

Depuis le début de cette intrigue, Tyler Torrens, le jeune homme qui a servi de cobaye au programme Primewarrior, se balade avec une boîte. Il s'agit d'une "origin box", importé de la Terre 6160, c'est-à-dire la Terre où se déroulait le dernier univers Ultimate en date. 


Renseignement pris, dans la mini-série Ultimate Spider-Man : Incursion (2025) de Deniz Camp, Cody Ziglar et Jonas Scharf, Miles Morales était attiré sur la Terre 6160 par le Créateur et s'en échappait avec des origin boxes. Il est désormais avéré (puisque Marvel a communiqué dessus) qu'elles joueront un rôle dans l'event Armageddon.
 

Ce qui signifie que ces boîtes vont créer de nouveaux super héros (et vilains). Mais on découvre dans cet épisode qu'elles peuvent aussi ressusciter littéralement des individus qui reviennent à la vie avec des pouvoirs différents de ceux qu'ils avaient précédemment. Et celui qui fait cette expérience ici est, à mon avis, le personnage mystérieux qu'on peut déjà voir sur la couverture de Armageddon #2 (et qui n'est pas Sentry).

Cela, c'est pour ce qui me paraît le plus évident. Ce qui l'était mois, et que je n'avais pas du tout capté, c'est que Tyler Torrens est un mutant, pas seulement une tentative de créer un énième super soldat. Et la situation dans laquelle il est laissé à la fin de cette mini-série ressemble quand même fort à une voie de garage. 

Et c'est bien pour ça que, entre autres choses, je me demande quand même à quoi aura servi cette histoire. Parce qu'à part l'origin box et le personnage que j'ai évoqué plus haut (sans spoiler son identité), le reste est très dispensable. Il n'y a pas vraiment de conséquence ni de suite à attendre à ce qui a été raconté.

Et même l'origin box détenue par Tyler Torrens (et récupérée/utilisée in fine par Wolverine) n'est pas la seule en circulation. Miles Morales en a d'autres et Marvel a débuté cette semaine la publication d'une mini intitulé Ultimate Impact : Reborn (ce titre...) par Chris Condon et Stefano Caselli qui met en scène justement l'apparition de nouveaux héros et vilains récupérant ces fameuses boîtes. 

Bref, ce n'est quand même pas bien fameux. Pour se préparer vraiment à Armageddon, il faut surtout avoir lu les épisodes de Captain America, qui organisent la crise à venir (avec Red Hulk, la Latvérie, et l'intervention attendue des super héros). En l'état, je ne pense pas qu'on puisse dire que Wolverine : Weapons of Armageddon soit très instructif.

La leçon surtout à retenir de tout cela est double : d'une part, ce qu'on pouvait attendre (espérer), c'est-à-dire un event autour des super soldats (une véritable arlésienne chez Marvel) n'aura pas lieu (on est vraiment bien plus dans la continuation de One World Under Doom) ; et d'autre part, Chip Zdarsky ne me semble pas très inspiré (j'ai déjà dit ce que je pensais de son Captain America et maintenant de Wolverine : Weapons of Armageddon).

Luca Maresca restera le bon point de ce projet. Ce dessinateur est très bon et mérite que Marvel mise sur lui. Il est visiblement influencé par Ron Garney mais il ne le singe pas pour autant. En tout cas, c'est un excellent narrateur, au trait vif, qui aura servi un script moyen avec beaucoup d'efficacité. Il faudrait voir ce qu'il donne sur un format plus long, mais il a un gros potentiel à exploiter.

Pour le reste... Hé bien, réflexion faite, je vais zapper Armageddon. Déjà, j'ai beaucoup à lire, et je ne suis pas motivé pour en rajouter, surtout après avoir lu ces prologues successifs. Peut-être vais-je passer à côté de quelque chose, auquel cas je me rattraperai plus tard (j'ai des amis qui comptent faire cet event et qui me prêteront les single issues au besoin une fois qu'il sera terminé).

Et puis, dans les mois qui viennent, il y a d'autres choses qui attirent davantage mon attention et pour lesquelles je préfère me réserver du temps (de lecture et de rédaction de critique). En attendant que Marvel redevienne bon puisqu'il va y avoir du mouvement dans la hiérarchie (nouveau président, peut-être la fin du mandat de Cebulski comme CEO)...

dimanche 17 mai 2026

BARBARA GORDON : BREAKOUT #1 (Mariko Tamaki / Amancay Nahuelpan)


Vandal Savage commissaire du G.C.P.D., avec l'accord de la maire Poison Ivy, expédie manu militari tous ceux qu'il juge indésirables de vivre au milieu de la population dans un prison haute sécurité sur une île au large. Barbara Gordon se fait capturer et devient le matricule 682281 pour enquêter sur les "suicides" de l'ex-procureur Jennifer Peck et de l'ex-capitaine Dan Rascott...


J'ai pu lire ce premier numéro de cette nouvelle série du DC Next Level grâce à un ami. Je n'avais pas prévu de l'acquérir mais on m'en a dit le plus grand bien et j'ai voulu vérifier sur pièces. Même si ce n'est pas précisé, je pense qu'il s'agit d'une mini-série car l'argument ne me semble pas prévu pour alimenter une ongoing.


Vandal Savage et Poison Ivy, respectivement commissaire principal et maire de Gotham City, se sont entendus pour mettre à l'ombre quiconque pourrait entraver leurs plans. Batman est devenu l'ennemi public n°1 et tous ses acolytes sont aussi traqués. Les morts suspectes d'une ex-procureur et d'un ex-officier de police exigent des investigations. Barbara Gordon se porte volontaire.


Les récits carcéraux, en particulier avec des femmes, ont nourri bien des fictions, particulièrement des séries B où tout était prétexte à des histoires violentes et saphiques. DC a confié cette mission à Mariko Tamaki, avec la volonté manifeste d'éviter ces clichés. Mais la scénariste voulait surtout raconter l'histoire d'une femme en milieu hostile.
 

De par son histoire, Barbara Gordon est le membre de la Bat-famille le plus intéressant à placer dans cette situation : elle a été une victime du Joker (Killing Joke) même si par la suite elle a retrouvé l'usage de ses jambes, elle a été Batgirl avant que Cassandra Cain ne porte ce nom, elle est la fille de l'ex-commissaire Jim Gordon (devenu désormais un simple agent en uniforme).

A priori, c'est donc la moins forte des alliés de Batman, même si son rôle en tant qu'Oracle en fait une pièce maîtresse du dispositif mis en place par Bruce Wayne, et qu'elle a dirigé les Birds of Prey (c'est hélas ! regrettable que ce titre ne soit plus publié car avec cette série il aurait été intéressant d'observer comment ce que traverse Barbara aurait été exploité).

Néanmoins elle est loin d'être faible : elle a pour elle une mémoire eidétique qui en fait une sorte d'ordinateur ambulant et ce sens de l'observation s'avère fort utile pour identifier détenus dangereux et matons douteux dans le Supermax, ce pénitencier inspiré par Alcatraz (comme la célèbre prison, il est situé sur une île).

Tamaki ne perd pas de temps : elle nous plonge, lecteur et héroïne, dans le vif du sujet. L'arrestation de Barbara, son procès expéditif, sa condamnation, son enregistrement à la prison, et les premières échauffourées dans la cour avec K. Kilter, une détenue dérangée qui prétend être la fille de Double-Face (pas de Harvey Dent mais bien son alter ego).

C'est très efficace et la dernière page donne envie d'en lire plus. Tout cela rend regrettable le fait que la série n'ait pas été confiée à un meilleur artiste qu'Amancay Nahuelpan, avec qui Tamaki avait collaboré sur Crush & Lobo. Le dessinateur n'est pas mauvais, mais il n'est pas non plus très bon.

C'est typiquement quelqu'un à qui profiterait un encreur expérimenté, qui pourrait sinon corriger ses maladresses, en tout cas solidifier son trait. Mais il manque désormais cruellement de finisseur comme le furent des Joe Sinnott, Bob Wiacek, Dan Green Wade von Grawbadger, des professionnels aguerris qui contribuaient à améliorer le travail d'artistes moyens.

Aujourd'hui beaucoup de dessinateurs travaillent sur tablette graphique et assument leur encrage eux-mêmes, mais ce n'est pas donné à tout le monde d'être un bon encreur. On peut être un bon dessinateur et un encreur lamentable, et c'est le cas de Nahuelpan, dont les finitions laissent à désirer et aboutissent à un résultat à peine professionnel.

Pourtant il découpe bien son récit, ses compositions d'images sont habiles, il y a de bonnes idées et de bonnes intentions. Le fait qu'il ait déjà travaillé avec Tamaki joue aussi en sa faveur car il sait traduire ses scripts. On va voir comment ça évolue, s'il tient le rythme mensuel, et espérer que, malgré ses défauts graphiques, la série ne soit pas pénalisée.

Parce que, ces réserves mises à part, c'est un début prometteur.

samedi 16 mai 2026

LA NUIT DU 12 (Dominik Moll, 2022)


La nuit du 12 Octobre 2016, les membres de la Police Judiciaire de Grenoble fêtent le départ à la retraite de leur chef. C'est Yohan Vivès qui lui succède. Cette même nuit, à Saint-Jean-de-Maurienne, Clara Royer, 21 ans, quitte le domicile de sa meilleur amie, Nanie, et rentre chez elle. En chemin, elle lui envoie un message vidéo pour la remercier. Un homme surgit, l'asperge d'essence et la fait brûler vive.


L'enquête est confiée à la P.J. de Grenoble. Après avoir identifié la victime et averti ses proches, ils dressent, avec l'aide de Nanie, la liste des suspects, des hommes que Clara fréquentait. Leurs interrogatoires ne donnent rien. Yohan et son collègue Marceau sont particulièrement choqués par l'atrocité de ce meurtre alors que d'autres policiers incriminent le penchant de la jeune femme pour les mauvais garçons.
 

Un courrier anonyme parvient à Yohan, avec dans une enveloppe un briquet. L'auteur est un marginal qui prétend avoir été un des amants de Clara mais rien ne le relie au crime. Lors d'une rencontre sur son lieu de travail avec Yohan, Nanie s'énerve qu'on veuille faire passer Clara pour une fille facile, qui aurait cherché ce qui lui est arrivée. Si elle a été tuée, c'est parce qu'elle était juste une fille...


Récompensé par 6 César, La Nuit du 12 mérite le succès critique et public qu'il a reçu car c'est non seulement un excellent film policier, mais c'est au-delà de son genre un grand film. Ne vous attendez pas à ce que l'intrigue aboutisse à la révélation du coupable : dès le début, on nous signale que ce ne sera pas le cas, comme un nombre élevé d'homicides.


Car, il faut l'avoir en tête, l'action du film se déroule en 2016 puis 2019, soit à des époques où le terme "féminicide" n'était pas ou peu usité. Dominik Moll et son co-scénariste Gilles Marchand ont librement adapté un ouvrage documentaire de Pauline Guéna, 18.3 - Une année à la P.J., paru en 2021, et se sont inspirés d'une affaire en particulier (le meurtre de Maud Maréchal, 21 ans, dans la nuit du 13 au 14 Mai 2013 à Lagny-sur-Marne).


Les films et séries policiers nous ont habitués, sans doute trop, même en considérant que la majorité relève du divertissement et donc s'affranchit du réalisme, à ce que le coupable soit démasqué et arrêté à la fin de l'histoire. En vérité, partout dans le monde, les meurtres restent souvent non élucidés, ou en tout cas prennent un temps fou à être résolus.


C'est ce que met d'abord en évidence La Nuit du 12, ce temps long, laborieux, et l'échec à la fin. On y voit des policiers identifier une victime, l'annoncer aux parents, interroger des suspects, bloquer dans des impasses, rebondir, échouer à nouveau. Puis les mois, les années passent, une juge d'instruction déterre l'affaire, la relance, l'espoir renaît, et la désillusion est de nouveau au rendez-vous.

Mais la grande qualité du film réside moins en vérité dans la description de l'enquête que dans sa formulation. La Nuit du 12 est surtout un film sur le langage - ou plutôt le manque de mots pour parler clairement, justement, précisément de ce qui se passe, se joue. Un dialogue en particulier souligne cette faille.

Dans sa dernière partie, le film, sans prévenir, fait un saut dans le temps de trois ans. L'affaire a été abandonnée. Mais une juge, donc, décide de la remettre en haut de la pile. Elle contacte le policier qui a conduit les investigations et le convainc de reprendre le dossier alors que l'anniversaire de la mort de Clara Royer approche, peut-être l'occasion de surprendre le coupable.

Yohan, le flic en question, n'y croit pas au début. Il explique que cette affaire a été celle qui l'a détruit - "dévoré" selon la juge. Tous les policiers connaissent un cas comme ça, qui les hante toute leur carrière. Puis Yohan déclare que le meurtre de Clara Royer l'a interrogé pour une raison simple : quelque chose ne va pas entre les hommes et les femmes.

Des mots simples mais décisifs. Trois ans avant, il avait entendu la meilleure amie de la victime lui dire que, selon elle, si Clara avait été tuée, c'est simplement parce qu'elle était une fille. Là encore, des mots simples mais clairs. A deux reprises, le film pose des termes élémentaires mais fondamentaux sur ce qui ne va pas.

Le reste du temps, les flics se heurtent au coeur de l'affaire faute de mots pour en parler avec justesse. Quand un de ses hommes sous-entend que la victime, qui avait de nombreuses liaisons avec des mauvais garçons, était une "salope", Yohan le reprend, mais sans trouver les mots adéquats pour cibler le machisme de ce jugement. Peut-être lui-même pense-t-il la même chose ou pas loin, mais il bute sur la formulation.

Marceau, un autre flic, arrive à se confier à Yohan sur ses déboires conjugaux (sa femme et lui essaient d'avoir un enfant, il l'a laissée avoir un amant, et c'est de lui qu'elle est finalement enceinte), mais il est également incapable de décrire son malaise face à ce crime. Quand l'enquête mène à un des amants de Clara, condamné pour violences conjugales, Marceau ne trouve rien de mieux à faire que d'aller brutaliser ce suspect.

Quand l'enquête est relancée trois ans après, une femme a intégré la PJ de Grenoble et l'équipe de Yohan. Major de sa promotion, elle a préféré la brigade criminelle à un poste plus confortable car elle aime investiguer, recueillir des témoignages, recouper des éléments. Elle l'intrigue, le trouble, sans aucune connotation sexuelle, car c'est l'autre femme qui lui ouvre les yeux sur la véritable nature de l'affaire - un féminicide.

Parfois Moll abuse de motifs un peu répétitifs et donc faciles, comme quand il montre (trop souvent) Yohan faisant du cyclisme sur piste dans un vélodrome désert la nuit, tournant littéralement en rond comme dans son métier. Marceau ne comprend pas quel plaisir il prend à cet exercice et lui conseille de s'essayer à la route. Il le fera plus tard.

Mais c'est un défaut mineur qui ne nuit nullement au film. Lequel bénéficie d'une réalisation au cordeau, d'une sobriété presque austère, et d'une interprétation admirable. Bastien Bouillon (qui recevra le César de la révélation masculine pour son rôle) est extraordinaire. Bouli Lanners est d'une humanité déchirante. Et Anouk Grinberg, qui arrive tardivement, n'a besoin que de quelques scènes pour imposer un personnage marquant.

La Nuit du 12 est un film qu'on n'oublie pas : comme sa victime (incarnée par Lula Gaston-Frapier), il est de ceux qui sont là, gravés dans notre mémoire, nous hantant comme ses héros face à l'horreur d'autant plus absolue qu'elle est sans réponse.