1996 : le super héros Green Lantern fait sa première apparition publique et le jeune John Stewart regarde, émerveillé, avec ses deux frères, ce policier de l'espace qui est affecté à la protection de la Terre. Quelque temps auparavant, le père de John avait été testé par les Gardiens d'Oa pour devenir Green Lantern mais il avait échoué. John deviendra, grâce à l'éducation stricte de ses parents, ce que son père a failli devenir...
2016 : l'âge de Hal Jordan et son caractère rebelle posant un problème aux Gardiens d'Oa, ces derniers recrutent John Stewart, ancien membre des Marines puis étudiant aux Beaux-Arts comme architecte, pour qu'il soit formé à devenir son remplaçant. Jordan fait bien comprendre à Stewart qu'il n'entend pas céder sa place facilement. Mais ensemble, ils vont enquêter sur une tuerie de masse à Rushville, Nebraska. Jordan est convaincu que des extraterrestres sont à l'oeuvre...
2026 : John n'est jamais devenu Green Lantern et a ouvert un cabinet d'architecte avec un de ses frères. Il a coupé les ponts avec ses parents et est sur le point de conclure une grosse affaire lorsque la shérif Kerry Kane de Rushville l'appelle. Hal Jordan est sur place et veut se réconcilier avec son ancien apprenti...
Depuis l'arrivée de James Gunn à la tête de DC Studios avec son compère producteur Peter Safran, le cinéaste avait annoncé un chantier très ambitieux pour redonner leur attractivité aux films et séries adaptés des comics DC. 4 ans après, le bilan est somme toute assez maigre par rapport à la feuille de route présentée sous le titre "Gods and Monsters".
Deux saisons de la série Peacemaker, une de la série animée Creatures Commando, le carton au cinéma de Superman, le désastre critique et commercial de Supergirl, en attendant le film d'horreur Clayface et l'an prochain Man of Tomorrow. Mais aussi les abandons ou reports sine die de projets comme The Authority, Swamp Thing, The Brave and the Bold...
Avec la fusion de Warner Bros. et Paramount qui deviendra le méga studio Skydance, et leurs contrats s'achevant en 2027, Safran et Gunn auront-ils le temps de développer l'univers qu'ils ambitionnaient ? En tout cas, les annonces se raréfient. Mais les patrons de la compagnie trouveront au moins un motif de satisfaction avec le succès d'audience réalisé par Lanterns sur HBO.
On peut s'étonner que la saga de Green Lantern, qui a le potentiel pour rivaliser avec Star Wars ou Star Trek, soit d'abord adaptée pour la plateforme de streaming. Dès le départ, la note d'intention des showrunners (Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King) effaçait d'ailleurs le terme Green (jugé "ridicule" par Lindelof) et misait sur un polar dans la veine de True Detective. Curieux.
L'intrigue de Lanterns explore trois temporalités et en en développe surtout deux : en 1996, Hal Jordan devient Green Lantern, protecteur de la Terre (ou secteur 2814), après avoir découvert le corps d'Abin Sur dont le vaisseau transportant un Manhunter (ancêtre des Green Lanterns, traqué et exterminé par les Gardiens d'Oa) s'était crashé sur notre planète.
Pilote d'essai chez Ferris Airlines, Jordan est une tête brûlée du genre à cogner d'abord et poser des questions ensuite. Mais il n'a peur de rien et c'est cela que les Gardiens d'Oa cherchent chez leurs recrues. D'abord agissant masqué, il devient une vraie star quand il abandonne son identité secrète. Le jeune John Stewart regarde ses exploits à la télé : il l'ignore, mais son destin bascule à ce moment-là.
20 ans plus tard, après avoir été élevé à la dure par sa mère, alors que son père a échoué aux tests des Gardiens, et avoir été membre des Marines, John Stewart est abordé par les chefs des Green Lanterns qui le confient à Jordan pour qu'il parachève sa formation. Sauf que Jordan lui fait bien comprendre qu'il ne lui laissera sa place qu'une fois mort et qu'il ne laissera pas cela arriver avant longtemps.
Stewart et Jordan se rendent dans le Nebraska et enquêtent avec la shérif Kane sur une fusillade lors d'un match de football. Tandis que les corps des victimes sont emballés, ils remarquent un individu suspect qui traîne sur le terrain et l'appréhendent. Jordan est certain qu'il est un extraterrestre. Ses soupçons se confirment quand le prévenu se fait sauter dans le commissariat...
... Puis quand il est invité par Will Macon, un riche éleveur du coin, beau-père de la shérif, à la tête d'une milice prête à repousser des envahisseurs aliens. Macon évoque un bienfaiteur de la ville grâce à qui personne n'est malade. Stewart l'identifie et cela va déclencher une réaction en chaîne dramatique au terme de laquelle il y aura de nombreux morts à Rushville.
10 ans plus tard, Stewart revient à Rushville où l'attend Jordan. Il n'est plus Green Lantern, et son ancien apprenti ne l'est jamais devenu. Mais Jordan est inquiet car leur ennemi d'hier a laissé sur place un souvenir...
Vous l'aurez compris : Lanterns est une buddy cop story qui ne dit pas son nom. Jordan joue le rôle du vétéran, Stewart celui du rookie, et les deux hommes n'ont rien en commun. Jordan fonce dans le tas. Stewart planifie. Jordan est usé, Stewart ambitieux. Jordan veut garder son poste, Stewart le convoite. Cela va provoquer une catastrophe.
Ne vous attendez donc pas à une série super héroïque avec des effets spéciaux cheap, faute d'un budget aussi conséquent que pour un long métrage. La série fonctionne sur d'autres ressorts. C'est une étude de caractère sur les deux protagonistes - un homme blanc qui n'a rien fait pour mériter ses privilèges sinon de n'avoir peur de rien, un homme noir qu'on a plus dressé qu'éduqué en le persuadant qu'il devait récupérer ce qui était dû à son père.
L'histoire proprement dite est efficace mais au fond assez prévisible : on devine assez rapidement qui est le Manhunter qui s'est caché à Rushville et a bénéficié de la discrétion de la population en échange d'avantages que ses pouvoirs permettent. Et surtout le spectateur sait que ça va mal finir pour tout le monde.
Cela court jusqu'à l'épisode 5 et si la série s'en était tenue là, ç'aurait été un chef d'oeuvre. Mais les auteurs ont ajouté trois autres épisodes qui, sans être mauvais, loin s'en faut, sont torpillés par un plot hole tellement gros qu'on se demande comment un trio aussi expérimenté que Mundy, Lindelof et King a pu croire que personne ne le remarquerait.
Je ne peux pas vous le dévoiler sans spoiler la dernière partie de la saison, mais disons qu'il vous faut surveiller le gap générationnel entre le fils de la shérif et sa grand-mère pour saisir ce qui ne va pas et s'interroger sur la raison pour laquelle un élément saute une génération inexplicablement. C'est dommage.
Heureusement que, par ailleurs, les mêmes auteurs ont su faire fructifier de manière singulière les autres parts de l'intrigue et surtout s'appuyer sur les personnages. Même si vous n'êtes pas familiers avec le lore de Green Lantern (et je ne me considère pas moi-même comme un grand expert), vous ne serez jamais perdu.
Chaque second rôle est intelligemment introduit et participe de façon habile au dénouement, parfois avec humour (on retrouve Guy Gardner, apparu dans Superman de Gunn). Surtout, même si un personnage important et apprécié meurt dans l'affaire, le show sait à la fois nous le faire regretter sans que l'impression générale en pâtisse.
Car, le point fort de la série, c'est bien son casting. Nathan Fillion est donc de retour et il est toujours aussi parfait dans la peau de Guy Gardner. Ulrich Thomsen est également impeccable en Sinestro. Garret Dillahunt campe ce baron de Rushville avec ce qu'il faut de machiavélisme. Poonar Jagannathan est étonnante dans une partition inattendue.
Le trio de tête de Lanterns est composé Kelly MacDonald-Aaron Pierre-Kyle Chandler. La première, qui fut révélée dans Trainspotting (il y a... 30 ans !), est magnifique dans le rôle de la shérif et love interest tardif de Jordan. Aaron Pierre est impressionnant dans celui de Stewart, tour à tour détestable et admirable. Mais Kyle Chandler vole la vedette à tout le monde, tête à claques au charme redoutable : quel fabuleux acteur à qui cette série redonne une côte d'amour bien méritée.
Tout n'est donc parfait, mais il y a suffisamment de très bonnes choses dans Lanterns pour être comblé par cette saison 1. Et, en attendant la suite de que proposera DC Studios version Gunn/Safran, ce show constitue indéniablement une réussite à la fois critique et en termes d'audience.





















































