dimanche 3 août 2025

DON'T MOVE (Adam Schindler & Brian Netto, 2024)


Ce matin-là, Iris se réveille et se lève sans déranger son mari. Elle prend un couteau suisse et démarre la voiture pour se rendre dans une réserve naturelle. Elle s'arrête devant un arbre au pied duquel se trouve la photo de son fils, Matteo, mort tragiquement en tombant de la falaise à côté. Elle-même s'y dirige ensuite et s'apprête à sauter dans le vide. Mais un homme l'interrompt en venant admirer la vue et ayant remarqué son attitude suspecte.


Richard l'invite subtilement à dialoguer et elle se confie puis à son tour il lui explique comment il a perdu sa fiancée dans un accident en voiture et songer à en finir, brisé par le chagrin. Ces paroles échangées dissuadent Iris de commettre l'irréparable et elle accompagne Richard à leurs voitures. C'est là qu'il la piège en la paralysant avec une matraque électrique. Il lui noue les poignets et les chevilles et l'installe sur sa banquette arrière.


En route, Iris revient à elle et réussit à couper ses liens avec le couteau suisse puis elle se jette sur Richard qui perd le contrôle de sa voiture et percute un arbre. Iris s'enfuit dans la forêt mais Richard la prévient : il lui a injecté un produit qui va progressivement la paralyser complètement jusqu'à la priver de l'usage de la parole...


Don't Move est sorti en Octobre 2024 sur Netflix et une bonne partie de sa publicité est venue du fait que ce film était produit par Sam Raimi, comme une caution qualitative. Pourtant, il n'en a pas signé le scénario (écrit par TJ Cimfel et David White) ni la réalisation (assumée par Adam Schindler et Brian Netto). Mais la plateforme de streaming devait être déjà bien heureuse ainsi.


Car dès sa mise en ligne, Don't Move a été un succès. De fait, c'est une production soignée mais typiquement dans ce que sait faire Netflix. C'est-à-dire un divertissement efficace mais qui va finir englouti dans la masse des programmes entre deux nanars et un chef d'oeuvre. C'est le lot de tous les longs métrages des plateformes de streaming : il s'agit d'un contenu parmi tant d'autres.
 

Ajoutez à cela que le film n'a aucune vedette pour qu'il se distingue sur la durée. Personne ne va vous recommander Don't Move comme ça pourrait être le cas de Don't Look Up (d'Adam MacKay, qui est pourtant affreusement surcôté) ou Mank (une merveille de David Fincher) ou The Gray Man (des frères Russo, qu'on situera entre ces deux-là).


Que reste-t-il alors de Don't Move ? En vérité pas grand-chose. C'est efficace mais complètement incohérent et oubliable. Si vous avez 90' à passer un dimanche après-midi, comme c'était mon cas, ça vous fera passer le temps. Mais gageons que, dans une semaine, vous vous souviendrez à peine de quoi ça parlait.

Pour comparer avec un projet similaire dans le concept et l'ambition, Drop (auquel j'avais consacré une critique) était autrement mieux troussé. La performance de Meghann Fahy vous restait en mémoire, son côté série B malin et même roublard était autrement séduisant, il y avait de la production value, et tout ça sans avoir besoin de mentionner le parrainage de Sam Raimi.

Ce qui ne veut pas dire que c'est mauvais non plus. Don't Move joue sur un ressort habile : une femme, brisée par le chagrin d'avoir perdu son enfant, veut en finir et croise la route d'un type charmant qui est aussi un serial killer. Et l'ironie de l'histoire, c'est qu'en devenant sa cible, elle reprend goût à la vie, elle s'accroche, elle se bat.

De l'autre côté, le serial killer en question est représenté comme un type lambda, charmant, avenant. On ne le voit pas venir - et le film aurait sans doute gagner à prendre un peu de temps avec lui et avec elle avant que le piège se referme pour bien souligner à quel point il ne faut se fier à personnage, que le méchant n'a pas forcément la tête de l'emploi, qu'une relation s'établisse entre lui et sa victime.

Mais le défaut de Don't Move, c'est de vouloir aller trop vite... Tout en prenant trop son temps. Une fois qu'Iris est empoisonnée, elle doit être paralysée et impuissante en 20'. Or, alors que l'action est censée se dérouler en temps réel, elle survit bien plus longtemps que ça. Et on se demande alors pourquoi Richard ne s'en débarrasse pas... ... C'est à cause de ça que le film perd toute cohérence, toute crédibilité. 

Et puis le script manque totalement le coche quand il met en scène un coup de fil que Richard reçoit de sa femme et sa fille qui lui annoncent leur arrivée imminente dans sa cabane (où il avait prévu de séquestrer (et dieu sait quoi encore) Iris. Il est contrarié, mais les auteurs ne vont pas plus loin, alors que c'était un ingrédient de plus pour créer du suspense.

Tout est ainsi dans Don't Move : des occasions manquées, une absence de rigueur. Seul compte le pitch, mais son développement est bâclé, et c'est vraiment dommage. Il ne suffit pas qu'on sache que l'héroïne ne va plus pouvoir bouger, il faut créer des obstacles supplémentaires pour elle et son bourreau sinon la caractérisation, l'intensité de la réalisation, le potentiel dramatique sont gâchés.

Kelsey Asbille (vue dans la série Yellowstone) joue avec finesse ce rôle ingrat, faisant passer l'essentiel des émotions par le regard et des gestes de plus en plus contraints. Finn Wittrock est parfait en tueur belle gueule et qui va tomber sur une victime très récalcitrante et volontaire. Tous deux incarnent des personnages peu fouillés avec beaucoup de mérite.

Ce n'est pas une déception, pour cela il aurait fallu que j'en attende plus, or je n'en attendais rien. Mais c'est très symptomatique de ce que produisent et diffusent les plateformes de streaming : des objets à consommer très vite, et qui tombent dans les oubliettes, moins par faute d'ambition que par la cruauté qu'impose d'être un projet parmi tant d'autres dans une offre pléthorique.

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