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jeudi 25 septembre 2025

JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #11 (Mark Waid / Carmine di Giandomenico) / SUPERMAN #30 (Joshua Williamson / Dan Mora) - Préludes to DC K.O.

AVANT-PROPOS :

Une critique pour 2 comics ! Pourquoi ? Tout simplement parce que les épisodes de Justice League Unlimited et Superman de terminent, ce mois-ci, exactement de la même manière et servent touts deux de prologue à l'event DC K.O. qui débute en Octobre. Il m'a donc semblé plus opportun de rédiger un seul article pour en parler...


A l'intérieur et à l'extérieur de la Tour de Guet de la Justice League, le chaos règne. Mr. Terrific doit affronter des paradémons et avertit les autres membres présents à bord de ce qui se passe. 


Mais le Limier Martien, Metamorpho, Star Sapphire, Flash, Blue Beetle, Lightning, Steel et le Dr. Niles Caulder sont eux-mêmes dans une position délicate car, en le voulant sauver, les pouvoirs du Time Trapper causent la destruction de la station...


*


Supeboy-Prime et Superman ont retrouvé Booster Gold aux mains de la Légion de Darkseid, mais Superboy-Prime trahit Superman en se rangeant du côté de la Légion qui veut sacrifier Booster Gold afin d'alimenter une machine de Darkseid leur permettant d'accéder à notre Terre...


Le mois prochain débutera donc le nouvel event DC K.O. écrit par Scott Snyder et dessiné par Javier Fernandez, composé comme une sorte de Battle Royale, un tournoi des champions. Le K.O. ne signifie par Knock-Out, mais King Oméga et verra donc le retour de Darkseid, porté disparu depuis DC All-In Special #1.

L'ancien maître d'Apokolips a fusionné avec le Spectre et est devenu suffisamment puissant pour créer une Terre alternative à son image, ce qui a abouti à l'univers Absolute, avec des versions plus sombres des héros iconiques (Batman, Superman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern et le Martian Manhunter).

Ce n'est pas tout : Darkseid a également corrompu la Légion des Super-Héros d'une autre dimension et celle-ci a pratiquement entièrement décimé la Légion qu'a connu Superman dans sa jeunesse en provenance du XXXIème siècle. Cette véritable armada est sur le point d'envahir notre Terre grâce à une machine conçue par Darkseid.

Pour alimenter cette machine, il faut à la Légion de Darkseid un individu ayant voyagé dans l'espace-temps et imprégné de l'énergie Oméga de Darkseid. Or c'est le cas de Booster Gold, parti en éclaireur à la fin de DC All-In Special #1, pour enquêter sur la disparition de Darkseid. Et il a été fait prisonnier de la Légion de Darkseid.

Pendant ce temps dans la Tour de Guet de la Justice League, plusieurs événements se produisent simultanément : un paradémon capturé lors d'une mission de l'équipe en Amérique du Sud et enfermé dans une cellule de la station s'est avéré être un cheval de Troie, porteur de plusieurs autres paradémons. S'échappant de leur cellule, il attaque Mr. Terrific.

Point commun entre l'aventure de Superman et celle de la Justice League : le Time Trapper. D'un côté, il a averti Superman de la menace de la Légion de Darkseid et l'a convaincu de faire équipe avec Superboy-Prime pour sauver Booster Gold. Mais en revenant à notre époque pour prévenir la Justice League, il est gravement blessé par la Légion.

Sur les conseils du Dr. Niles Caulder, chef de la Doom Patrol, le Limier Martien guide mentalement Metamorpho pour tenter de soigner le Time Trapper. Mais l'opération provoque une réaction en chaîne : les pouvoirs du Time Trapper hors de contrôle endommagent la tour de guet de la Justice League, risquant de la détruire.

Les séries Superman, écrite par Joshua Williamson, et Justice League Unlimited, écrite par Mark Waid, doivent donc s'aligner pour aboutir au même dénouement, qui est en fait la rampe de lancement pour l'event DC K.O., annonçant le retour de Darkseid aux côtés de sa Légion et la désignation de celui qui pourra l'affronter et peut-être le vaincre au terme d'un tournoi entre héros.

L'exercice d'équilibriste aboutit à un résultat inégal. Du côté de Waid et de la JLU, l'épisode est franchement brouillon, et le lecteur aura sûrement un mouvement de recul avec les dessins bâclés de Carmine di Giandomenico, appelé en urgence pour remplacer Dan Mora. Pourtant le script est intense, mettant en parallèle Mr. Terrific coursé par des paradémons et d'autres membres de la JLU aux prises avec la destruction de la tour de guet.

Du côté de Williamson et de Superman, c'est autrement plus solide. Le scénariste fait feu de tout bois tout en prenant soin de bâtir un lancement parfait pour DC K.O. : on suit le récit de Saturn Girl corrompue par Darkseid, découvrant l'univers Absolute, dévoilant le projet de son maître, mais également le rôle ambigu joué par Superboy-Prime et celui, décisif, de Booster Gold.

Dan Mora dessine donc l'épisode de Superman, mais ce n'est pour cette raison qu'il n'a pas pu dessiner celui de JLU - en effet, l'artiste a accepté d'illustrer un arc de la série Transformers de Robert Kirkman chez Image Comics. C'est déjà un exploit de produire quarante planches par mois, mais soixante, c'est trop, même pour Mora.

J'ai toujours pensé que Mora était meilleur sur Superman (et avant cela sur Batman/Superman : World's Finest) que sur un team book comme JLU et je persiste : ses planches sont encore une fois plus puissantes, mieux construites, son dessin plus soigné. Et c'est bien malheureux pour di Giandomenico qu'il ait eu les yeux plus gros que le ventre car il a forcé son suppléant à livrer ses pages à toute allure.

Que faut-il attendre de DC K.O. maintenant ? Snyder n'a pas cherché la subtilité : ce sera une baston épique, mais avec des affrontements atypiques. Ce sera peut-être cool, mais l'issue de cet event promet de bousculer l'univers classique de DC avec celui qui vaincra (peut-être Darkseid). En attendant certainement dans quelque temps l'inévitable rencontre avec l'univers Absolute.

Pour ma part, je pense que je vais faire cet event, mais pas ses tie-in. Donc, c'est mon dernier épisode de Justice League Unlimited (cette fois, c'est sûr). Quant à Superman, même si j'apprécie ce qu'en a fait Williamson, je dois dire que je le trouve moins bien inspiré depuis quelques mois, donc c'est en suspens. Il n'empêche que j'apprécie que Waid se soit aligné sur Williamson pour lancer DC K.O. dont je n'attends rien de plus qu'un divertissement, certes bourrin, mais spectaculaire.

jeudi 28 août 2025

JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #10 (Mark Waid / Dan Mora)


Coursé et blessé par la Légion de Darkseid, le Time Trapper se réfugie dans la Tour de Guet de la JLU. Niles Caulder avec l'aide du Limier Martien et de Metamorpho va l'opérer. Cependant, tout autour du globe commencent à apparaître des puits semblables à ceux d'Apokolips. Et, dans l'ancien QG de la Ligue, Batman Wonder Woman et Superman discutent du mode de recrutement de l'équipe...


Le mois dernier, je disais que j'allais arrêter de suivre Justice League Unlimited. Disons que j'ai suspendu ma décision, au moins jusqu'au n°12 et la fin de la première année de parution de la série, après quoi je verrais si j'arrête définitivement ou si je poursuis. Comme j'ai précommandé les épisodes jusque-là, je vais continuer à en rédiger les critiques.
 

Cependant, en toute honnêteté, je ne m'attendais pas à être aussi captivé par ce dixième épisode. Ce n'est pas encore parfait, mais Mark Waid s'est quand même très bien ressaisi et la lecture est fort agréable, très accrocheuse. Je ne sais toujours pas où ce qu'il veut raconter va mener, mais avec Superman de Joshua Williamson, ça forme un programme très complémentaire.


Et je trouve que c'est exactement ce qui manquait à Justice League Unlimited jusque-là : que la série communique avec au moins un autre titre du DCU, et particulièrement Superman dans la mesure où le Time Trapper apparaît dans les deux. C'est un minimum quand on s'inscrit dans un univers partagé et que le futur event DC K.O. paraît en être l'aboutissement.
 

Si je dis que ce n'est pas parfait (pas encore), c'est parce qu'il est clair que la chronologie des faits dans Justice League Unlimited et Superman ne correspond pas. JLU affiche un temps de retard, ce qui est fâcheux avec un personnage comme le Time Trapper, dont le pouvoir est lié justement au temps, à la temporalité.

Waid fait par exemple référence à ce qui s'est passé dans Superman #28 (entre autres car on mentionne aussi DC All-In Special #1, la base de tout) depuis presque un an... Et Superman #29 vient de sortir ce Mercredi. Editorialement, il y a du mou dans la corde à noeuds et c'est dommage, même si Superman #29 ne spoile rien de ce qui se joue dans Justice League Unlimited #10.

C'est ma seule réserve et j'espère que tout sera aligné pour DC K.O.. Mais ça prouve encore une fois que Williamson est le vrai maître des horloges chez DC actuellement et que Waid traîne un peu derrière. Rien de dramatique. Surtout quand on sort de ce crossover abominable que fut We Are Yesterday.

Waid paraît surtout avoir trouvé une formule narrative qui lui faisait défaut depuis le début de la série. Au lieu d'envoyer un maximum de super héros au charbon, pour des résultats franchement pas terribles, cette fois il procède en se concentrant sur de petits groupes séparément mais dont les actions/réactions sont liées.

Pendant que Superman, Batman et Wonder Woman nous rejouent la trinité divergeant sur les méthodes à appliquer pour recruter, dans une ambiance très tendue (qui renvoie évidemment à La Tour de Babel, un célèbre arc de JLA par... Waid), l'essentiel de l'action se déroule dans la Tour de Guet et un peu aussi en Markovie.

En Markovie, Power Girl, Captain Atom et un certain Cadejos (un loup-garou démoniaque que je n'ai jamais vu avant) aident Géo-Force qui fait face à l'apparition d'un puits semblable à ceux qu'on trouve sur Apokolips et à d'autres qui apparaissent actuellement partout dans le monde. Au même moment, Mr. Terrific interroge un paradémon qui accouche d'une multitude de paradémons miniatures qui l'attaque.

Le fil rouge de l'épisode, c'est l'irruption du Time Trapper dans la Tour de Guet, gravement blessé, et que Niles Caulder, J'onn J'onzz et Metamorpho tentent de sauver. Le problème quand vous opérez une créature pareille, c'est que ses pouvoirs sont hors de contrôle et la Tour menace d'être détruite. 

Dan Mora orchestre parfaitement toutes ces scènes, en les composant de manière intelligente, en variant à chaque fois son découpage. C'est bien la première fois que je le vois aussi inspiré alors que d'habitude il se montre beaucoup plus brouillon. Mais cette fois, non : tout est clair, lisible, efficace. L'intensité de chaque situation est traduite avec excellence.

Mora en verve, Waid mieux structuré, cet épisode est vraiment très bon. Assiste-t-on à une reprise en main de la série ? Ou n'est-ce qu'un feu de paille ? J'ai quand même envie d'y croire, surtout parce que tout ça prépare le terrain pour DC K.O. et que ça exige de Waid qu'il serve cet event avant tout. Dix mois pour trouver l'équilibre, ça aura été laborieux. Mais mieux vaut tard que jamais...

vendredi 25 juillet 2025

WE ARE YESTERDAY : EPILOGUE - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #9 (Mark Waid / Dan Mora)


Les membres de la JLu ne savent pas comment renvoyer les héros rassemblés par Airwave à leur époque et dans leur univers respectifs. Le Time Trapper et le World Forger surgissent alors pour proposer une issue pour le moins choquante... Cependant, Mr. Terrific et Blue Beetle cherchent, eux, un moyen de localiser et ramener Airwave... Mais quid de Superman, Batman et Wonder Woman ?


Bon, je crois que cette fois la messe est dite : ce sera certainement mon dernier épisode de Justice League Unlimited. Et d'ailleurs, petit spoiler d'entrée de jeu : à la dernière page de ce 9ème épisode, la trinité DC (Batman, Wonder Woman, Superman) se réunit dans le premier quartier général de la Justice League et Batman déclare que la JLU était sans doute une erreur...


Bon, vous me direz, et vous n'aurez pas tort, que c'est une vieille et grosse ficelle pour faire tressaillir le lecteur le plus candide que de lui faire croire que l'aventure est déjà sur le point d'être finie, que tout ça c'était trop beau/trop gros pour être vrai, que ça ne pouvait pas durer... C'est un peu comme l'ère Krakoa des X-Men.


Sauf que DC est quand même globalement plus inspiré depuis quelques années que Marvel, qui a tué la poule aux oeufs d'or pour un relaunch affligeant. Donc, non, je ne crois pas que Justice League Unlimited va se terminer si tôt. Par contre, il serait souhaitable que Mark Waid se sorte les doigts et commence à écrire vraiment cette série de façon décente.


Mais en a-t-il l'inspiration ? On peut en douter quand on voit ce qu'il a sorti en neuf mois. Des premiers épisodes laborieux et surpeuplés, un crossover calamiteux (dont c'est ici l'épilogue - hé oui, quand y en a plus, y en a encore...), et tout ça pour aboutir à un bordel dont tous les autres auteurs se contrefichent. Le prochain event DC ne poursuit absolument pas ce qui se passe dans Justice League Unlimited...

S'il fallait trouver un titre avec lequel comparer JLU, ce serait Superman Unlimited. A se demander si le qualificatif Unlimited ne porte pas malheur... Mais toutefois est-il que, comme Slott, dont l'idée pourtant conséquente, n'a été suivie par personne chez DC, ce qu'écrit Mark Waid pour la JLU semble tout aussi ignoré par ses collègues.

Pour résumer, on dira donc (spoiler bis) qu'à la fin de We are Yesterday, Airwave, qui avait trahi la JLU avant de se rendre compte que Gorilla Grodd avait abusé de sa naïveté, a pour contrer ce dernier et sa Legion of Doom fait appel à plusieurs héros issus du multivers. Il a fait son marché un peu partout : Metal, Batman Year Zero, Flash Year One, Batman Beyond, Abin Sur, Jonah Hex...

Un vrai gloubi-boulga. Problème : Airwave a mis K.O. Grodd mais l'énergie oméga qui les liait l'a fait disparaître... Et a coincé les héros qu'il a recrutés dans la tour de guet de la JLU, incapable de les renvoyer chez eux. Pendant que Mr. Terrific et Blue Beetle (Ted Kord) tentent de ramener Airwave, les autres tentent de calmer les déplacés.

Sur ce le Time Trapper et le World Forger (apparu dans le run de Scott Snyder sur Justice League) se pointent et ont une solution pour corriger la situation qui est encore plus grave que prévu puisque le temps est brisé et menace tout le multivers - d'ailleurs des héros déplacés commencent à disparaître... Pour réparer ce merdier, il faudrait disséquer Grodd pour rediriger l'énergie oméga !

Evidemment la JLU n'est pas d'accord mais Grodd propose une alternative et se barre avec le Time Trapper et le World Forger. Dans le chaos qui s'ensuit, des héros déplacés se font la malle de la tour de guet... Si vous avez la migraine, c'est normal. Respirez, prenez une aspirine, attendez que ça agisse et revenez finir de lire cette critique (ou pas).

Comme je le disais, c'est un vrai fouillis dont on ne sait vraiment pas ce que Mark Waid cherche à faire. Mais bon, c'est presque secondaire puisqu'aucun autre scénariste chez DC n'a l'air de vouloir s'en mêler. Du coup, pourquoi ne pas laisser ce bon vieux Waid s'amuser avec le bazar qu'il a créé et voir comment il va s'en sortir ? 

Les histoires avec un casting pléthorique, il a déjà fait et ça s'appelait Kingdom Come, un chef d'oeuvre. Mais c'était il y a 30 ans. Waid peut-il réitérer l'exploit et en sortir par le haut en dénouant ce sac de noeuds ? Franchement, qu'il me soit permis d'en douter, ne serait-ce que parce que le postulat de Kingdom Come était tout de même bien plus simple, intense et efficace.

C'est comme si, ici, tout était fait à l'envers. Justice League Unlimited, c'est un concept qui en vaut un autre mais je le trouve affreusement mal développé depuis le début : Waid privilégie de montrer une équipe hyper fournie, ce qui nuit à la caractérisation et où les personnages les plus inattendus ressemblent plutôt à des gadgets pour justifier que l'équipe compte une infinité de héros.

Ensuite, on a eu droit donc à de premiers épisodes qui n'étaient pas très palpitants, tout ça pour nous révéler que les grands méchants étaient la Legion of Doom et arriver à un crossover qui n'a jamais réussi à décoller. Et maintenant, on se retrouve avec encore plus de personnages (alors que ce n'était déjà pas concluant) et une situation qui vire à l'absurde.

Ce qui n'est finalement pas étonnant et rendrait presque heureux, c'est que les meilleures scènes de l'épisode (et de la série en général) sont celles qui privilégient deux-trois personnages max. Là, Waid les écrit bien, comme ici le sauvetage de Airwave par Mr. Terrific et Blue Beetle. Mais dès qu'on retombe dans la foule de la JLU, tout s'évapore.

Et quand on parvient à cette dernière page avec la trinité et Batman qui dit que la JLU était sans doute une erreur, comment ne pas abonder dans son sens ? C'est à tout le moins une erreur narrative car Waid n'y arrive tout simplement pas. Il ne fait rien de ce concept, sinon quelque chose de laborieux, de poussif, de creux alors qu'on espérait de l'épique, de l'intense, du super super héroïque.

Bizarrement, ça me fait penser à du Mark Millar, sauf que lui, avec ce genre d'idées, en aurait fait quelque chose de fun, bourrin, simpliste, mais efficace, direct. Une sorte de grand raout. Mais Waid, je ne sais pas ce qu'il fait ici, je ne comprends pas. Il en a déjà par-dessus la tête et il en rajoute encore ?! Non mais allô, quoi ?!

Dan Mora, je suis désolé de le dire aussi durement, est nul aussi là-dedans. DC tient avec lui une sorte de machine à dessiner (au point que ça en devient suspect : le bonhomme va dessiner un tie-in de DC K.O. et franchement, je n'arrive plus à croire qu'il puisse faire autant de trucs simultanément, il doit avoir un clone ou des assistants, mais il est littéralement partout).

Mora réussit, lui aussi, à briller dans les scènes avec Terrific et Beetle. Mais le reste du temps, ses pages ne sont rien d'autre que des cases avec un millier de personnages, sans composition accrocheuse, sans valeur de plan pertinente, sans découpage élaboré. C'est désagréable à lire parce que ça ne raconte rien, c'est du dessin au km, sans aucune âme.

Je sors de cette lecture déprimé. C'est déplaisant, malaisant même. Un scénariste en roue libre. Un artiste sans idée. Une série sans esprit. C'est comme si DC, par ailleurs si divertissant, ne savait pas produire une série d'équipe. Et spécialement JLU qui ressemble moins à une mauvaise idée qu'à une série confiée aux mauvaises personnes.

samedi 28 juin 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 6 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #8 (Mark Waid / Dan Mora)


Air Wave a extirpé du multivers plusieurs héros pour empêcher la Legion of Doom de s'emparer de la Tour de Guet, mais ça ne suffit pas. Red Tornado l'autorise alors à siphonner son énergie pour rapatrier tous les membres de la Justice League perdus dans l'espace-temps...


Ainsi se termine We are Yesterday, crossover entre World's Finest et Justice League Unlimited, qui ne restera pas, loin s'en faut, comme une franche réussite. Ce dénouement le confirme, toujours aussi brouillon et expéditif, teasant déjà des complications à venir. Quelle déception ! Mais y avait-il seulement moyen de faire mieux ?


Le postulat de We are yesterday tendait déjà le bâton pour se faire battre : les intrigues à base de voyages dans le temps sont les plus périlleuses à mener à bien, impliquant plusieurs versions de personnages issues d'époques différentes et créant inévitablement de la confusion chez le lecteur. Pour le critique, c'est un casse-tête à résumer.


Mais là Mark Waid s'est pris le mur en pleine face avec ce crossover de deux séries qu'il écrit pourtant. Il aurait dû maitriser son sujet, il n'a fait que mélanger deux titres dont l'un est plus impacté que l'autre (d'ailleurs le nouveau numéro de World's Finest est déjà paru dans l'intervalle, déconnecté des événements de We are yesterday, comme si l'auteur avait hâte de passer à autre chose).


J'ai beau chercher, je ne vois pas du tout ce que Waid a voulu mettre en place, même si son intrigue se termine avec des répercussions qui s'annoncent compliquées à gérer, puisque, sans trop spoiler, un nombre consistant de personnages sont désormais contraints de rester à notre époque, dans cette dimension, après avoir été extraits des leurs.

Il y a toujours eu chez DC cette propension à compliquer les choses simples : d'abord avec les terres parallèles apparues lors du Silver Age, puis la révision radicale opérée lors de Crisis on infinite earths (retour à une seule Terre), puis l'annulation de ce statu quo (Infinite Crisis), puis Final Crisis, les New 52, DC Rebirth, Dark Crisis...

Cela s'est longtemps expliqué par des courants contraires au sein même de la maison d'édition entre ceux qui voulaient préserver ces mondes parallèles et ceux qui voulaient simplifier cette situation, quitte à sacrifier des pans entiers de la continuité, supprimant des personnages dans la foulée. Fallait-il vraiment revenir à ça, surtout pour un résultat si piteux ?

Surtout que le sentiment qui domine à la fin de We are yesterday, c'est qu'il existe deux DC (trois en comptant la ligne Absolute, même si elle n'est pas citée ici) : celui de Waid, attaché à la continuité, voulant embrasser toutes ses facettes, et celui des autres auteurs phares de la maison, qui désirent visiblement et simplement développer leurs histoires ponctués d'events (prochain sur la liste, celui avec Superman).

Que Waid soit une encyclopédie vivante des comics (DC comme Marvel), c'est évident. Pourtant il n'a pas le statut d'architecte de DC, comme Marvel voulut en établir à une période (avec Hickman, Bendis, Brubaker, Fraction, Remender, Aaron). Ce n'est pas Waid qui donne le la. Et d'ailleurs en a-t-il l'envergure ? Ce n'est pas franchement un world-builder à la Hickman.

Comme pour sauver les meubles (ou ce qu'il en reste dans ce bazar), ce sixième et dernier chapitre est dessiné par Dan Mora. L'artiste, toujours aussi généreux (on vient d'apprendre qu'il ajoutait à son agenda déjà surchargé le dessin de la série Transformers, mais il a juré qu'en 2026 il ne garderait qu'une seule série, chez DC), se donne à fond.

Toutefois, à mon humble avis, tout son talent n'est pas bien exploité dans ces épisodes abondant en personnages qui se mettent sur la tronche. Mora a beaucoup d'énergie, mais son sens de la composition des plans laisse toujours à désirer et on sait que le passage obligé de ces crossovers consiste à enchaîner les planches de baston avec un maximum de figuration.

Et ça ne manque pas : c'est brouillon au possible. Mais surtout comment croire une seule seconde que cette Legion of Doom faite de bric et de broc va pouvoir résister à cette armada de super-héros ? Donc aucun suspense. Aucune intensité. Juste du tape-à-l'oeil et l'impression gênante que Mora est utilisé à toutes les sauces, y compris pour tenter de sauver les meubles dans ce naufrage. A force, ça va finir par se voir.

Tout ce que j'espère, c'est que la série sur laquelle il concentrera ses efforts en 2026 sera Superman et pas Justice Legue Unlimited même si DC et Waid feront certainement tout pour le garder sur JLU puisqu'il est quasiment le seul dessinateur à pouvoir produire un team book dans les délais actuellement, tout éditeur confondu.

J'ignore si je vais continuer Justice League Unlimited, qui va certainement devoir composer avec les conséquences de We are yesterday. A moins que Waid ne se ressaisisse franchement et n'écrive des histoires dignes de ce nom pour cette équipe. Mais je n'y crois guère. A part JSA, les team books sont un chantier en devenir chez DC.

jeudi 29 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 5 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #7 (Mark Waid / Travis Moore)


Grodd et sa Legion of Doom envoient les membres de la Justice League Unlimited à différentes époques du passé et du futur après avoir investi la Tour de Guet. Puis Grodd s'empare d'un fragment d'Apokolips à même de lui conférer la puissance de Darkseid. Mais une surprise l'attend...


Vous voulez une bonne nouvelle à propos de We are Yesterday ? C'est bientôt fini. Enfin... Ce sera fini dans un mois, avec la parution de Justice League Unlimited #8 le 25 Juin. Maintenant, on peut passer aux mauvaises nouvelles, mais sans s'appesantir parce que, bon, on va pas s'énerver encore une fois. Promis, je vais rester calme.
 

En fait, j'aimerai vous reparler de Brian Michael Bendis. C'est drôle comme on se prend à reparler d'auteurs qu'on ne lit plus depuis un bail, non parce qu'on a cessé de les aimer, mais simplement parce qu'ils n'écrivent plus rien qui vous tente. Peut-être que c'est ce qui pend désormais au nez de Mark Waid qui, avec We are Yesterday, aura grillé un paquet de cartouches.


Or, donc, Bendis. Quand je l'ai découvert avec New Avengers, série que j'adorai tant, j'intervenais beaucoup sur des forums dédiés aux comics et j'étais quasiment le seul à apprécier Bendis et ses New Avengers. La plupart des autres honnissait ce qu'il faisait des Avengers, sa narration décompressée, son mépris de la continuité, son manque de sense of wonder...


Pourtant, ceux-là même reconnaissaient à Bendis la qualité de ses travaux antérieurs. Parfois il s'agissait de comics comme Torso ou Jinx. Parfois de son run sur Daredevil. Mais New Avengers a été la série qui a divisé les fans et parfois les a dégoûtés de Bendis. Après ça, ils n'étaient plus disposés à lui passer quoi que ce soit. C'était la chasse, non pas au dahu, mais au Bendis.

Qu'il se soit agi de Moon KnightDefenders, Invincible Iron Man, Les Gardiens de la Galaxie, voire Ultimate Spider-Man (quand Miles Morales a remplacé Peter Parker), il n'y eut plus aucune indulgence pour Bendis. C'était devenu l'auteur sur lequel on se défoulait quand on ne l'aimait déjà pas beaucoup avant. Jusqu'à la caricature, soyons honnête.

Et cela fonctionnait dans l'autre sens. Pour des fans comme moi qui le défendaient malgré tout, en appréciant ses Moon Knight, Defenders, Iron Man, Les Gardiens de la Galaxie, Ultimate Spider-Man, le soutien devenait une ligne à garder, quand bien même parfois cela ne le méritait pas. Caricature contre caricature.

Un reproche qui revenait de manière régulière, c'était que Bendis, s'il était capable d'écrire des séries avec un héros, ne savait pas écrire de team books. Et après tout ce temps, je m'interroge sur la pertinence de cette remarque : y a-t-il vraiment des auteurs plus talentueux pour écrire des séries de groupes que des séries avec un héros principal ?

Si oui, alors il me semble que Mark Waid n'est pas si loin de Bendis dans la mesure où à chaque fois que j'ai lu un team book qu'il a signé, il m'a paru nettement moins bon que ses séries avec un personnage principal. Seule véritable exception : son run sur Fantastic Four avec le regretté Mike Wieringo (même si son absence de traitement de la femme invisible est aujourd'hui criant).

Or, depuis son retour chez DC, qu'a écrit Waid ? Majoritairement des team books. World's Finest ? Un team book (Batman, Superman, Robin et des guests à la pelle). Justice League Unlimited ? LE team book par excellence (et par excès). Et les events qu'il a pilotés ? Des team books encore.

Ce ne serait pas le seul avec Bendis à être ainsi affligé. Hickman ne brille pas particulièrement quand il doit s'occuper d'un héros en tête (cf. Ultimate Spider-Man actuellement ne brille que par intermittences). C'est un auteur jamais meilleur qu'avec des groupes, voire des légions de personnages (Secret Warriors, Fantastic Four, Avengers, X-Men). 

Claremont aussi était comme ça, magistral sur des groupes. Byrne aussi. Tandis que Miller restera à jamais l'auteur associé à Daredevil. Il existe des exceptions : Grant Morrison a été également inspiré sur des héros en solo (Animal Man, Batman) qu'avec des équipes de héros (Doom Patrol, JLA, New X-Men). Mais prenez Tom King : pourquoi n'a-t-il jamais écrit de team book ? Sûrement parce qu'il ne se sent pas d'en faire un, préférant nettement se concentrer sur un protagoniste.

Je crois que l'erreur initiale de Waid avec JLU, c'est sa manière d'animer cette armée de super-héros. Hickman a bien cerné les deux manières de gérer un effectif aussi massif : dans Avengers, le nombre était crucial pour affronter des menaces colossales. Dans X-Men, au contraire, il choisissait, un peu à la manière de la Force Mission : Impossible, des experts à chaque épisode pour résoudre un problème spécifique.

Waid, lui, ménage la chèvre et le chou et n'aboutit à rien de concluant. Comme la Justice League n'a jamais eu de leader réel (même quand un scénariste désignait untel ou untel chef d'équipe), il n'y a pas l'équivalent d'un stratège à qui tout le monde fait confiance comme Cyclope chez les X-Men ou Iron Man/Captain America chez les Avengers. Du coup, Waid suggère que celle qui dirige les troupes sur le terrain, c'est Wonder Woman, mais sans que ce soit non plus une désignation officielle.

Les menaces auxquelles a été confrontée la JLU jusqu'avec ce crossover ne légitime jamais son nombre de membres. Il y a au bas mot des dizaines de membres qui sont inutiles ou en tout inutilisés, juste là pour faire de la figuration, un peu comme cette scène dans cet épisode avec Ralph Dibny vite neutralisé.

Quand à une configuration d'experts choisis en fonction des missions à accomplir, elle se fracasse tout seule puisqu'il n'y a pas de chef-stratège pour désigner qui serait de sortie. Red Tornado dispatche les héros mais à chaque fois ils sont dépassés, ce qui la fout mal pour celui qui est censé choisir les plus compétents.

Voyez quelqu'un comme Mr. Terrific (dont une mini-série, Year One, débute cette semaine) : il pourrait être ce leader-stratège-dispatcheur. Sauf que visiblement ça n'a pas frappé Waid. Scott Snyder avait promu le Limier Martien comme chef d'équipe (une idée valable vu l'ancienneté du personnage et ses pouvoirs), mais après Absolute Power, il est trop diminué pour remplir la fonction.

La facilité avec laquelle Grodd et sa Legion of Doom en provenance du passé parvient à mettre en déroute la JLU, à infiltrer sa Tour de Guet (décidément une vraie passoire après ce qu'on a lu dans The Question : All along the Watchtower), rend tout le concept de la JLU pathétique. Non pas en tant que telle mais par rapport à ce qu'en fait Waid (ou plutôt : ce qu'il n'en fait pas).

Pour cette fois, on pourrait au moins se dire que c'est bien dessiné parce que c'est au tour de Travis Moore. Mais Moore, en vérité, a le même problème que Clayton Henry : c'est un dessinateur trop propre, trop sage, trop lisse, pour exprimer la tension d'une telle intrigue, des moments que le script dispense.

Le découpage manque cruellement de nerf, de puissance. On a l'impression d'observer des personnages réellement perdus alors qu'ils ont traversé des mésaventures si nombreuses qu'ils devraient être moins désemparés que ça. Waid nous prive encore une fois d'affrontements qui éprouveraient aussi bien les héros que leurs adversaires et seul Grodd paraît l'intéresser suffisamment alors que la Legion of Doom est une machine de guerre dysfonctionnelle prompte à générer des péripéties.

Quand arrive la dernière page de l'épisode, ce n'est pas un sentiment positif qui nous étreint mais une forme de soulagement par anticipation car c'est bientôt fini. Mais n'en est-il pas de même pour la série elle-même ? Car comment se relever d'un crossover aussi pitoyable ? Comment Waid peut encore nous faire croire qu'il a les capacités à en faire une série captivante ? Même si les héros gagneront à la fin, je crains que ça ne suffise pas cette fois : leur scénariste, lui, sera vaincu.

vendredi 25 avril 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 2 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #6 (Mark Waid, Christopher Cantwell / Travis Moore)


De nos jours. Gorilla Grodd est investi des pouvoirs du Limier Martien et s'en sert pour planifier son attaque contre la Justice League. Pour cela, il va corrompre Air Wave à qui il va faire croire que les héros n'en sont pas. Puis, grâce à son moi passé qu'il contacte, il recrute les membres de sa nouvelle Legion of Doom...


Pour ce deuxième volet du crossover We Are Yesterday, l'histoire se poursuit de nos jours dans les pages de la série Justice League Unlimited. Vous remarquerez que Mark Waid reçoit le renfort de Christopher Cantwell et ce dernier n'est pas venu pour faire de la figuration puisqu'il est crédité comme co-auteur de l'intrigue (tandis que Waid assure seul la rédaction du script).


Sur la forme, cet épisode n'est rien d'autre qu'un long flashback mettant encore une fois au premier plan Grodd. Waid et Cantwell rebondissent sur les répercussions d'Absolute Power, ce dont on ne peut se plaindre puisque ce n'est pas si fréquent qu'un event soit exploité des mois après sa parution.


L'élément dont Waid et Cantwell se servent, c'est le fait que des super-héros ont perdu tout ou partie de leurs pouvoirs sans savoir qui en a hérité. On sait que le Limier Martien a notamment perdu ses capacités télépathiques et il se trouve que c'est Grodd qui les a récupérés. C'est pratique, un peu facile je vous l'accorde, mais bon, ne chipotons pas.


Là où je suis plus réservé, c'est sur la suite. Alors que j'aurai apprécié que l'épisode montre davantage la formation de cette nouvelle Legion of Doom, c'est totalement relégué au second plan. Bon, ce sera peut-être plus développé dans l'Annual de World's Finest qui sort Mercredi prochain, mais ça me semble en tout cas nécessaire vu la bande de psychopathes ici réunie.

Waid et Cantwell se concentrent donc surtout sur la corruption de Air Wave pour justifier qu'il trahisse ainsi la Justice League depuis sa formation. Et, ce qui est étonnant, c'est que les deux scénaristes n'ont pas choisi la simplicité. Alors qu'avec ses nouveaux pouvoirs, Grodd aurait pu facilement laver le cerveau de ce jeune héros, il en va tout autrement.

Les efforts de Grodd paraissent du coup exagérément soutenus pour abuser de Air Wave à qui il fait croire que les héros n'en sont pas et qu'ils méritent donc d'être corrigés. Mais surtout le portrait qui est fait de Air Wave en fait un jeune homme pas seulement gentiment naïf et influençable mais passablement benêt (pour ne pas dire complètement stupide et je reste poli).

Déjà que le personnage sortait un peu de nulle part et ne suscitait pas la sympathie puisque le lecteur savait qu'il était un espion, autant dire que son sort ne s'améliore guère dans cet épisode et, sans trop spoiler, ce qui va lui arriver ne nous émeut pas franchement. Je me demande quand même si Waid, en particulier, n'a pas raté sa cible.

Parce que, imaginons qu'il ait pris un personnage plus important, auquel les fans soient immédiatement plus attachés pour être le traître manipulé par Grodd par des moyens qui plus est plus simples, alors l'émotion et le suspense auraient été bien percutants. Dommage.

Je peux paraître un peu difficile, mais en fait si ce crossover n'est pas non plus mauvais, il manque de piment. Tout ça est trop évident. La première partie, la semaine dernière, dans World's Finest #38 ne ressemblait déjà pas vraiment à un départ canon, et cette deuxième partie continue d'exposer la situation de manière assez molle alors que pour une histoire en six chapitres, ça devrait aller plus vite, plus fort.

Et puis, soyons honnêtes, même avec ce Grodd augmenté, et cette nouvelle Legion of Doom, on ne sort pas des sentiers battus. Waid est pourtant un auteur qui a su prouver son habilité pour donner aux héros des adversaires inattendus. Et honnêtement, malgré son envie de faire de Grodd un méchant redoutable, on a du mal à voir autre chose qu'un super gorille avec un gang de vilains suremployés.

J'espère me tromper et que la sauce prenne, que tout le projet devienne plus savoureux, épicé. Mais ce n'est pas non plus visuellement une folie. Travis Moore est un artiste très élégant, mais je ne le trouve pas à sa place sur un crossover qui se veut ambitieux et punchy. C'est trop propre, trop sage, pas assez musclé.

Je peux comprendre qu'on ait, chez DC, voulu laisser Dan Mora souffler un peu avant le final (dans lequel Waid a promis une double page avec pas moins de 800 personnages - ! - qui montrera que la Justice League est vraiment Unlimited), mais c'est dommage de ne pas avoir mis là-dessus des artistes un peu plus toniques que Clayton Henry et Travis Moore.

Bref, ce n'est pas désagréable du tout, mais c'est plat. Croisons les doigts pour que l'Annual de World's Finest (qui ne sera finalement pas dessiné par Henry mais par Dan McDaid au passage) change la donne.

jeudi 27 mars 2025

JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #5 (Mark Waid / Dan Mora)


Wonder Woman, Supergirl, Flash, Impulse, Green Lantern, Star Sapphire et Thunderlord assurent la sécurité d'un sommet du G20 lorsque Inferno téléporte tout ce beau monde dans une dimension parallèle. Au même moment, Batman et le Limier Martien consultent Atom pour que J'onn J'onzz récupère ses pouvoirs...


Y a-t-il quelque chose que le lecteur de comics déteste plus qu'avoir le sentiment qu'on se paie sa tête ? J'en doute. Aussi suis-je étonné que cela se produise avec le cinquième numéro de Justice League Unlimited, une série que DC a vendue avec beaucoup de conviction et confiée à un scénariste aguerri comme Mark Waid et un artiste aussi apprécié que Dan Mora.


Le mois dernier, j'exprimai, au sujet du précédent épisode de cette série, ma frustration en voyant un tel casting de personnages confrontés à des situations aussi peu excitantes qu'éteindre des méga incendies dans la forêt amazonienne. Mais j'avais quelque espoir que cela soit corrigé avec la promesse faite en fin de chapitre qu'on allait apprendre qui se cachait derrière Inferno.


Las ! Mark Waid se tire tout seul, comme un grand, une belle balle dans le pied, soutenu par DC qui n'a même pas veillé, via l'editor de la série, Paul Kaminski, à ce que la couverture spoile l'identité des méchants. Mais est-ce le seul souci de cet épisode - et par extension de la série ? A l'évidence : non. Et voilà, à mes yeux, pourquoi.


Entamer un crossover après à peine cinq mois de publication est pour le moins précipité, mais bon, tant qu'à faire, une fois que le nom des vilains est connu, pourquoi attendre et donc dès Avril, on va avoir droit à une histoire qui se déroulera dans les pages de Justice League Unlimited et Batman/Superman : World's Finest pour raconter ça, sous le titre We are Yesterday.

J'ignore en écrivant ces lignes si je vais suivre ce crossover. D'un côté, la raison me dit de ne pas le zapper parce qu'il va sûrement s'y passer des choses importants pour le futur. De l'autre, je dois bien avouer que la perspective de me taper une saga en six épisodes sur deux mois ne me ravit guère, surtout vu comme cela a été amené.

Mais, on verra ça plus tard. Revenons à cette impression de foutage de gueule en bonne et due forme. Si on estime Justice League Unlimited en fonction de sa présentation, il s'agit donc d'une incarnation de la Justice League englobant tous les héros possibles de DC. Vu le catalogue de l'éditeur, ça fait du monde et ça en fait surtout l'équipe la plus polyvalente et puissante jamais vue.

Pourtant qu'a-t-on vu depuis cinq mois ? Pratiquement toujours les mêmes personnages, en particulier les vedettes de le Justice League. Il y a bien eu quelque surprises comme Dr. Occult ou, cette fois, Thunderbolt (un membre des Global Guardians, groupe dont le concept précède celui de cette JLU), mais c'est finalement très mineur.

Toutefois, là n'est pas le seul souci. En principe donc, la JLU devrait disposer d'un effectif tel qu'elle ne soit jamais à court de personnel, quelle que soit la crise à affronter. Mais ce n'est pas le cas : pratiquement chaque fois qu'une menace surgit, on voit Mr. Terrific et Red Tornado, qui sont chargés d'envoyer les héros en mission, paniquer en appelant des renforts...

Dans cet épisode, alors que Wonder Woman, Flash, Supergirl, Impulse, Star Sapphire, Green Lantern et Thunderlord disparaissent avec une vingtaine de chefs d'Etats dans une dimension parallèle, Mr. Terrific appelle à l'aide Superman, Shazam et Firestorm puis Zatanna, Blue Beetle, eux aussi accaparés ailleurs. Et... C'est tout ! Visiblement, cette ligue des justiciers infinie n'est pas si infinie que ça, loin de là...

Les autres héros doivent avoir piscine ou avoir coupé leur communicateur. Je suis sarcastique, mais comment ne pas l'être devant le ridicule de la situation ?

Pendant, en tout cas, que les dirigeants sont coincés avec leurs super-héros chargés de les protéger dans une dimension parallèle, Batman et le Limier Martien sont avec Atom - ces trois-là ne sont apparemment pas concernés par l'appel de Mr. Terrific qui a besoin de renforts - qui cherche comment rendre ses pouvoirs à J'onn J'onzz (c'est son job dans la série spin-off JLU : The Atom Project).

Et voyez comment les choses sont bien faîtes, celui qui a récupéré les pouvoirs du martien se trouve avec les prisonniers du G20. Narrativement, c'est pratique, mais la coïncidence a de quoi faire ricaner tellement al ficelle est grosse. Elle est surtout indigne d'un scénariste comme Waid. Mais ce dernier a renoncé à la finesse car en plus c'est un vilain qui possède les pouvoirs de J'onn J'onzz.

Et ça nous amène à la révélation de l'identité d'Inferno et de ses membres. Je ne spoile rien puisque la couverture s'en charge à ma place : Inferno, c'est la Legoin of Doom. Ce reliquat du run de Scott Snyder sur Justice League va donc faire son retour pour le crossover We are Yesterday (voir ci-dessous les couvertures connectées pour la fin de cette histoire).


D'habitude plutôt habile pour préserver ses surprises, DC a donc cette fois décidé de se la jouer comme Marvel en dévoilant tout aux fans. Alors, bien sûr, reste à voir comment Waid va orchestrer tout ça, ce qui en restera à la fin du crossover, l'impact sur la JLU, etc. Mais bon, le procédé gâche déjà une grosse partie du projet.

Ce sont tous ces éléments, lâchés là comme ça, qui me font l'effet d'un foutage de gueule. Je n'aime pas ça et je me demande bien qui peut s'en réjouir. Que Mark Waid recycle du Scott Snyder, en ressortant Perpetua, la Legion of Doom, le Batman-qui-rit ne peut qu'étonner (tout ça date quand même de 2020, souvenez-vous, c'était avant le Covid !). J'aimai bien, mais fallait-il rouvrir ce dossier ?

Oh, Justice League Unlimited n'est pas nul. Mais soyons lucides : est-ce que cette série aurait le même attrait sans Dan Mora ? L'artiste aimante les regards et il est devenu un argument de vente redoutable. Waid doit en avoir conscience, lui qui jure désormais ne plus vouloir se passer de lui. Mais j'ai mes doutes.

Et mes doutes concernent le talent des deux partenaires sur un team-book. A part Fantastic Four, je n'ai jamais trouvé que Waid brillait franchement dans ce genre d'exercice (ses Avengers étaient très moyens, ses Champions calamiteux chez Marvel, et dans le temps, son bref passage sur JLA n'avait guère consolé ceux affligés du départ de Grant Morrison).

Idem pour Mora. C'est un dessinateur phénoménal pour des raisons qu'on peut répéter encore ici - sa force de travail, son aisance technique - mais chaque fois qu'il doit mettre en scène un important groupe de personnages, son découpage souffre d'un manque de fluidité et de lisibilité. Mora est très doué, mais il n'est pas Stuart Immonen ou Valerio Schiti par exemple.

Je préfère nettement Waid sur Batman and Robin : Year One actuellement ou Mora sur Superman récemment. Là, oui, ils sont au top. Mais sur JLU, j'ai cette impression tenace qu'ils sont embarrassés, l'un par le concept même de la série, l'autre par son dispositif. Le résultat, c'est une lecture plaisante sur le moment mais qui ne résiste pas à la critique.

Mora ne dessinera aucun épisode du crossover et donc, pendant deux mois, on ne verra que des couvertures, aucune page intérieure de sa part, ce qui est assez exceptionnel pour quelqu'un avec son abattage. Waid, en revanche, multiplie les projets, ce qui confirme sa forme retrouvée, pas forcément sa bonne inspiration (sans compter l'effet de saturation que cela risque de provoquer).

Ce que je pense faire, c'est lire quand même We are Yesterday, mais n'en faire éventuellement une critique que lorsque ce sera terminé. Alors, j'aurai assez de recul pour juger de sa qualité, mais aussi pour savoir si j'ai envie de poursuivre Justice League Unlimited. Mais c'est le seul avantage que je trouve à ce break alors que le retour de la ligue des justiciers était si prometteur...

samedi 1 mars 2025

JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #4 (Mark Waid / Dan Mora)


Face aux méga incendies qui dévastent toujours la forêt amazonienne, Mr. Terrific, sur les conseils de Red Tornado, fait appel à Téfé Holland, la fille d'Alec Holland et Abigail Arcane, qui a comme son père une connexion avec la Sève. Pendant ce temps, Batman retrouve le Limier Martien en Egypte où il se terre depuis son brusque départ de l'équipe...
 

L'arc en cours de Justice League Unlimited s'achèvera donc avec le #5, à paraître à la fin Mars. Après quoi ce sera le début du crossover We are Yesterday entre cette série et Batman/Superman : World's Finest en Avril-Mai (six parties au total). Et, comme pour confirmer ce plan, à la fin de cet épisode, on nous promet la révélation de l'identité des membres d'Inferno dans le prochain chapitre.


Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir de la JLU et comme Mark Waid a promis que le crossover allait pas mal bouleverser l'ordre établi, au-delà des deux séries, je ne serai pas contre qu'ensuite, pour la JLU au moins, on ait droit à des intrigues un peu plus classiques. Je sais que ça peut paraître incongru de demander ça mais je vais m'expliquer.


Cela fait quatre mois que la série a démarré et on ne s'ennuie pas en la lisant. Mark Waid y fait la démonstration de son savoir-faire avec un concept qu'il maîtrise bien et qui a eu le mérite de remettre le Justice League en marche dans une configuration inédite (même si elle a déjà existé de cette manière dans une série animée du même nom).


Le résultat est toujours spectaculaire et le scénariste utilise son casting potentiellement infini pour montrer de nouvelles têtes sans sacrifier les vedettes, ce qui change d'une certaine et funeste époque où cet imbécile de Dan Didio estimait qu'il fallait régulièrement éloigner Superman, Batman et Wonder Woman pour faire respirer le concept de la Justice League.

Ainsi, on a pu voir Dr. Occult, mais aussi Xanthe Zhou (héroïne de la mini série Spirit World) et cette fois Téfé Holand, la fille d'Alec Holland et Abigail Arcane. Pour ceux qui n'ont pas suivi (comme moi) les récentes aventures liées à la Créature du Marais, Swamp Thing est désormais incarné par un certain Levi Kamei et on l'a vu en sale état dans le précédent numéro.

Confrontée à des incendies immenses en Amérique du Sud, la JLU a bien du mal à sauver à la fois les civils sur place et la végétation. Evidemment, le coup est l'oeuvre d'Inferno, cette nouvelle organisation secrète qui challenge les héros tout en leur ayant assuré qu'ils les dominaient déjà. On apprend au passage que l'un d'eux serait un vieil ennemi d'Aquaman, sans savoir lequel.

Bon. Mais après ? La Justice League doit-elle jouer les super-pompiers ? Je ne pense pas être le seul à admirer les soldats du feu, ni à estimer que des super-héros doivent s'illustrer autrement qu'en luttant contre des flammes magiques. Et donc, vous l'aurez compris, c'est quand même une légère déception qui se fait jour.

A force de trop jouer sur la carte de l'organisation secrète et super dominatrice, Waid m'ennuie un peu. Je préfèrerai dans une série de ce genre voir les membres de la JLU se battre contre autre chose que des machines géantes ou des incendies. J'aimerai encore plus que les méchants soient autre chose que des types encapuchonnés et menaçant dans l'ombre.

Et la perspective qu'offre We are Yesterday ne me fait pas bondir de joie, avec le retour de vilains qui n'ont franchement rien d'original, et même de l'un d'eux que j'espérai ne plus jamais revoir (je spoile : il s'agit de l'horripilant Batman-qui-rit). Si c'est tout ce que Justice League Unlimited à offrir, ce serait vraiment pathétique.

Alors, oui, il y a Dan Mora, mais je continue de trouver son travail inférieur ici à ce qu'il a fait sur Superman ces derniers mois. Mora est un excellent artiste, ne vous méprenez pas sur mon avis, mais s'il lui reste bien quelque chose à améliorer pour devenir un grand artiste, c'est son découpage. Et quand on dessine un team book, c'est crucial.

Or ce qui fait défaut au découpage de Mora dans un team book comme celui-ci, c'est la lisibilité et le dosage des effets. Mora est toujours à fond, il n'y a aucune nuance, c'est comme si, pour lui, tous ces héros réunis devaient être des dieux, un panthéon, au-dessus des humains, dont Waid lui-même a dénoncé la nullité dans Kingdom Come.

La seule fois où cela a vraiment fonctionné, c'est quand Warren Ellis et, dans une moindre mesure, Mark Millar écrivait The Authority. Mais les membres de The Authority était beaucoup plus radicaux, c'était un pastiche violent de la Justice League justement, une démonstration de ce que des surhommes pourraient faire pour mettre de l'ordre dans un monde déréglé.

La Justice League est incomparablement plus sage, gentille, vertueuse. Batman n'est pas le Midnighter, et Wonder Woman par exemple n'est pas Jenny Sparks, il n'y a pas de magicien aussi déglingo que le Docteur ou l'équivalent de l'Ingénieur ou de Jack Hawksmoor. 

En un sens, c'est dommage que DC et Waid (même si Waid n'a  absolument pas le tempérament d'Ellis et de Millar (il déteste d'ailleurs ce dernier) n'osent proposer avec la JLU une version vraiment radicale comme le serait The Authority puisque cette dernière est tombée dans les limbes de l'éditeur depuis la fin de Wildstorm.  

De ce point de vue, les dangers auxquels cette JLU a été confrontés depuis quatre mois pourraient faire penser à ce qu'affrontait The Authority, mais l'intensité est dramatiquement absente des scripts de Waid ici. Les héros sont dépassés mais on ne doute guère qu'ils renverseront la vapeur, alors que The Authority déjouait les plans d'un tyran à la Fu Manchu, une invasion d'une dimension parallèle et Dieu lui-même.

En ce sens, l'intervention de Téfé Holland, qui refuse dès le départ sa carte de membre de la JLU aboutit à une résolution rapide et facile. Dan Mora la met en images avec les effusions de rigueur : le lecteur qui aime être impressionné visuellement en aura pour son argent. Pas sûr que ce soit plus mémorable que ça.

Le récit super héroïque s'affranchit difficilement d'un certain folklore, le premier étant le(s) vilain(s). C'est ce qui a cruellement manqué à cet arc, ce à quoi le crossover annoncé échoue pour nous exciter... Et si le vrai problème, ce n'était pas la Justice League, sa place dans le DCU, le DC All-In, mais la façon de la mettre en scène, de la justifier ?

Pour ça, il n'existe, à mes yeux, que deux réponses : soit Mark Waid se sort les doigts pour imaginer après We are Yesterday une menace plus consistante et certainement plus classique mais plus efficace. Soit ce sera un souci d'auteur. Et là, ce serait beaucoup plus embêtant (d'autant que, par ailleurs, Waid se montre plus inspiré, en particulier sur Batman and Robin : Year One...).

jeudi 23 janvier 2025

JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #3 (Mark Waid / Dan Mora)


Un méga incendie ravage la forêt amazonienne et plusieurs membres de la JLU sont envoyés sur place. Mais Superman découvre que le feu a une nature magique et Zatanna, Dr. Occult et Xanthe Zhou arrivent en renfort. Pendant ce temps, Plastic Man et Phantom Girl, dont les pouvoirs ont été intervertis, reçoivent l'aide des deux Atom..


DC vient d'annoncer qu'au mois d'Avril prochain Justice League Unlimited et Batman/Superman : World's Finest, deux séries écrites par Mark Waid partageraient une aventure commune en six parties (qui se terminera en Mai) : We Are Yesterday. Waid sera aux commandes, mais Dan Mora se contentera de signer les couvertures (qui seront connectées pour les trois premiers numéros).


Si je commence cette critique par là, c'est parce qu'à l'occasion de ce crossover, on découvrira, nous promet l'éditeur, qui se cache derrière l'organisation Inferno (mais également les origines de la Legion of Doom), qui est au coeur une nouvelle fois de cet épisode de Justice League Unlimited. Mark Waid a la patate et il compte bien prouver qu'à 65 ans il ne se repose pas sur ses lauriers.


C'est aussi la confirmation de deux choses le concernant : 1/ depuis son retour chez DC, le scénariste a retrouvé son mojo (avec pas moins de trois séries en cours actuellement : JLU, World's Finest et Batman and Robin : Year One, sans compter le retour de la mini Superman : The Last Days of Lex Luthor que Bryan Hitch a fini de dessiner).


Et : 2/ DC compte sur Waid, même si celui-ci ne se pose pas en architecte du nouveau statu quo (il semble d'ailleurs que l'éditeur ne confie plus à un seul auteur les clés de sa continuité, comme ce fut le cas avec Geoff Johns, Scott Snyder puis Joshua Williamson). Comme Waid s'appuie sur des artistes de première classe, il est à la fête.

Et ce regain de forme trouve sa forme la plus concrète dans Justice League Unlimited, parce que non seulement la série marque le retour de la Ligue des Justiciers donc, dans une formule très spectaculaire, mais surtout parce que ce titre semble quand même résumer la philosophie de DC All-In, littéralement une formule tout compris, intégrale de ce qu'est l'univers DC maintenant.

Pour la deuxième fois donc en trois mois, Inferno est au centre des problèmes de cette JLU, cette fois avec un incendie gigantesque qui dévaste la forêt amazonienne. Evidemment, impossible de ne pas penser aux feux qui ravagent actuellement la Californie, même si on se dispensera d'y voir une espèce de prophétie de la part de Waid (qui a dû écrire ce numéro il y a un moment, et aussi parce que ces catastrophes touchent régulièrement la région).

L'épisode abandonne sa formule done-in-one car il se termine sur un cliffhanger assez saisissant pour un personnage - c'est aussi pour cela que l'annonce du crossover We Are Yesterday d'Avril prochain prend tout son sens : ce qu'on nous raconte aujourd'hui s'inscrit dans la durée avec une échéance. 

C'est donc riche en action et si Waid convoque encore des personnages déjà là précédemment (Superman, Wonder Woman, Star Sapphire, Dr. Occult), il en appelle d'autres (Aquaman, Airwave,Stargirl, S.T.R.I.P.E., Shazam, Flash et surtout Zatanna - dont peut lire une preview de sa prochaine mini, qui démarre le mois prochain -et Xanthe Zhou, héroïne créée par Alyssa Wong et Haining dans la mini Spirit World de 2023).  

J'apprécie que le scénariste respecte le principe d'une Justice League qui ne se résume pas aux vedettes de l'équipe. D'autant que cela lui permet de ne pas perdre de vue le subplot concernant le traître dans les rangs de sa JLU : on ignore toujours ce qui le motive et/ou pour qui il fait ce qu'il fait, mais c'est très bien exécuté. Le lecteur a un temps d'avance (puisqu'il sait qui est le traître) sans tout savoir non plus.

Le mobile d'Inferno est formulé (la vengeance), mais il reste suffisamment flou quant à sa raison pour que même une grosse tête comme Mr. Terrific reste dans l'interrogation (et ce, même si ce dernier comprend quand même ce que cet incendie vise vraiment). C'est malin et franchement jubilatoire : dans le registre super-héroïque, JLU est une sorte de masterclass que feraient bien d'étudier des auteurs de la concurrence...

Et puis il y a Dan Mora. C'est un phénomène : si son absence du futur crossover peut étonner, il ne faut pas oublier que le garçon turbine sur deux mensuels simultanément (celui-ci et Superman), et actuellement c'est un des très rares à pouvoir assumer une telle charge de travail sans baisser en qualité. Et de la qualité, il y en a ici.

Certes, ce à quoi font face les héros ne relève pas de l'ordinaire (pas de baston homérique, pas de vilain à tabasser), mais Mora fait preuve de plus de lisibilité dans son découpage que sur le premier épisode où, avec une situation semblable, le résultat était nettement plus brouillon. 

Ces maladresses sont compensées largement par son aisance à s'approprier n'importe quel personnage, à lui donner des poses charismatiques, à intensifier les moments les plus dramatiques (cf. ce qui arrive à Dr. Occult). Là encore, on est gâté et surtout DC a de la chance de disposer d'un tel artiste - le seul à mon avis, en ce moment, à pouvoir animer un tel team book (même si Pete Woods sur Titans n'est pas en reste).

Ne croyez pas que le cas du Limier Martien soit oublié : Batman est à sa recherche. C'est une seule page mais elle est absolument magnifique. 

Je ne veux pas la jouer DC contre Marvel, mais force est de constater la supériorité artistique écrasante de l'éditeur aux deux lettres en ce moment sur le super-héros. Même dans le classique, comme ici, on a Waid, on a Mora, on a des héros qui ne font pas leur âge, on a des histoires captivantes, on a une production superbe. On a, en bref, tout ce qu'on a pas/plus chez Marvel. Tout simplement.