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samedi 19 juillet 2025

ZATANNA #6 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna (et quelques amis) vont-ils venir à bout de la sorcière Allura et de Lady White ?


J'ai pris cette habitude de ne pas critiquer le dernier épisode d'une mini-série afin de ne rien spoiler. On assiste bien entendu ici à la confrontation finale entre Zatanna et Allura et Lady White. Plutôt que de tourner autour du pot, dressons un bilan de ce projet porté par Jamal Campbell, qui avait démarré très fort, pratiquement dans la foulée de l'excellente mini Zatanna : Bring Down the House.
 

En quelques mois, DC aura donc mis en avant sa magicienne comme rarement. Toutefois elle n'est toujours pas la vedette d'une série régulière, malgré sa popularité, et l'appel lancé par les fans à James Gunn de l'introduire dans un film. Il fut pourtant question d'un projet, écrit (et réalisé ?) par Emerald Fennell (Promising Young Woman), mais c'était avant que Gunn et Peter Safran soient aux commandes.
 

De ce point de vue, il manque surtout à Zatanna un auteur qui l'animerait sur la durée, comme le fait Steve Orlando avec Scarlet Witch chez Marvel, là aussi avec une succession de mini séries en cinq-six épisodes. Orlando n'a pas non plus fait de Wanda Maximoff une star bankable, mais n'empêche il a réussi à convaincre Marvel, pourtant peu enclin à ce genre d'expérience, à miser sur le personnage.


Le jour où DC aura un auteur dévoué comme Orlando (mais, je l'espère, plus talentueux) et un dessinateur de bon niveau, peut-être aura-t-on droit enfin à un mensuel Zatanna. A moins que l'éditeur ne se décide à faire revenir la Justice League Dark (qui serait alors une sorte de brigade magique au sein de la Justice League Unlimited)...

Pour faire court et clair, je dois bien dire que j'ai beaucoup plus apprécié Zatanna : Bring Down the House par Mariko Tamaki et Javier Rodriguez que Zatanna par Jamal Campbell. L'histoire de Tamaki était à la fois plus limpide, rafraîchissante, valorisante pour le personnage, que le projet de Campbell, qui semble s'être un peu perdu en cours de route.

Par exemple les seconds rôles ont été notoirement absents de l'histoire : Madame Xanadu, le Detective Chimp quasi invisibles, Blue Devil vite oublié... Comme pour s'en excuser, dans ce dernier épisode, Campbell a convoqué Ragman, Etrigan, Wonder Woman (qui contredit Campbell puisque c'est une voleuse de scène), Doctor Fate. Mais trop tard, et de façon trop anecdotique. 

En revanche, du côté des méchants, Campbell s'est montré convaincant : Lady White et Brother Night ont donné du fil à retordre à Zatanna. Gueule d'argile, plus en retrait, a été malgré tout bien traité. Allura manque un peu de temps pour s'imposer comme il aurait fallu. Tout ça démontre en fait un problème d'équilibre narratif.

Campbell est généreux, à l'image de son dessin : son découpage ne manque pas de punch et de créativité, ses couleurs (parfois envahissantes) éclatent, et son récit allie tout ça. Mais parfois c'est tout bonnement trop chargé, trop coloré, trop... Trop tout en fait. C'est un peu épuisant à lire, à suivre, et donc difficile à apprécier.

On a aussi l'impression un peu trop fréquente que Zatanna sert trop de faire-valoir à Lady White, Brother Night et Allura. Cela créé une frustration car elle est trop longtemps en difficulté. Sur six épisodes, elle en passe les deux tiers à être dominée trop lourdement, et quand Campbell veut expliquer pourquoi, comment, ça alourdit l'ensemble, ça freine le récit, ça empiète sur le personnage.

Mais par rapport à Zatanna : Bring down the house, c'est bien le manque de respiration qui fait perdre des points à Campbell. Or, quand on conçoit une série sur la magie, même la plus farfelue, il en va comme d'un numéro d'illusion : il faut laisser croire au lecteur que ce qu'il voit est la réalité pour mieux le tromper.

Il faudra donc, s'il doit à nouveau cumuler les postes d'auteur et d'artiste, que Campbell apprenne à mieux doser ses effets (aussi bien narratifs que graphiques), à contenir son enthousiasme, à composer ses histoires en fonction de ses héros et non en fonction de ses désirs. Pour une vf, n'espérez pas trop et surveillez le tpb (It's Showtime !), prévu pour le 4 Novembre prochain.

vendredi 20 juin 2025

ZATANNA #5 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna a donc réussi à se libérer du sort que lui a lancée Lady White et qui l'empêchait d'utiliser sa propre magie sans douleur. Pour cela elle a roulé Fuseli, le démon des cauchemars... Mais pendant ce temps, la situation prend un tour inattendu à la fête donnée par Brother Night...


Quel que soit le dénouement de cette mini-série Zatanna par Jamal Campbell le mois prochain, il sera difficile d'en donner un avis net et tranché. Contrairement à Bring Down the House par Mariko Tamaki et Javier Rodriguez, qui jouait à fond la carte ludique, ce projet-là le met à l'épreuve comme son héroïne, au risque de les perdre tous les deux en route.
 

Un exemple tout simple suffit pour le prouver : dans le précédent numéro, Zatanna resurgissait, à nouveau en pleine possession de ses moyens, pour défier Brother Night et Lady White dans une fête qu'ils donnaient dans un night club. On ignorait comme la magicienne avait réussi à récupérer, surtout après avoir traversé quatre épisodes dans un état proche de l'agonie.


Jamal Campbell semble ici se souvenir qu'il est peut-être allé un peu trop vite et décide donc de revenir en arrière pour s'expliquer. Un énième tour de passe-passe narratif qui complique inutilement la série, mais qui en fait souligne surtout à quel point Campbell veut à la fois témoigner de son investissement total tout en oubliant que sa façon de raconter est surtout bêtement alambiquée.


Bon, on ne peut guère lui reprocher de traiter son sujet et le personnage principal à la légère : Zatanna a l'étoffe d'une héroïne de premier plan mais DC l'a le plus souvent reléguée au second voire troisième plan, sans titre mensuel ni place de choix dans la Justice League (ou alors dans un rôle peu reluisant - cf. Identity Crisis).

Campbell, lui, paraît avoir à coeur de faire de Zatanna cette héroïne de premier plan, à la fois puissante et fragile, hantée et résiliente, qui rivaliserait avec Wonder Woman ou Black Canary par exemple. Et, visuellement, notamment, il délivre des planches très spectaculaires pour signifier au lecteur que ce n'est pas une blague : elle a l'étoffe d'une star et mérite d'être sous le feu des projecteurs.

Dans son script aussi, il se montre inventif : on remarque par exemple que, pour qu'elle se libère du sort que lui a lancée Lady White (une épée qui la pourfend et l'empêche de formuler ses sortilèges), Zatanna vole des lettres dans les bulles de Fuseli, le démon des cauchemars, et quand elle dispose d'assez de lettres, elle les déploie en un contre-sort qui détruit l'épée.

C'est très bien trouvé et à l'image c'est à la fois subtil et efficace. Plus loin, Zatanna aura l'occasion de revoir sa mère et le lecteur de comprendre pourquoi Giovanni Zatara a si durement élevé sa fille, la tenant pour responsable de la mort en couches de sa femme. La scène est un peu trop courte mais poignante, touchante.

Toutefois, tous ces bons points à l'actif de Campbell sont parasités donc par sa manie de construire son histoire de façon si chaotique. C'est particulièrement frappant quand on voit comment il a traité les seconds rôles, qui ont fini par disparaître du paysage, comme s'il n'y avait plus assez de place pour eux. Blue Devil, la troupe de Zatanna, où sont-ils passés ?

Comme pour compenser, Campbell introduit, dans cet avant-dernier épisode, donc très maladroitement, trop tardivement, le personnage de la sorcière Allura, que Zatanna, pour impressionner son père, avait accidentellement libérée de sa prison (une épée) et qui avait jeté un sort très tordu au père et à la fille pour se venger. La voilà maintenant au coeur du dispositif, comme un diable sortant de sa boîte au moment le plus opportun...

Tout ça est regrettable parce que, donc, encore une fois, Campbell prouve concrètement son intérêt pour Zatanna, son envie de la placer dans une position plus spectaculaire, mais ses efforts sont contrariés par le déroulement de l'histoire, affreusement complexe. Plutôt que d'aller d'un point A à un point B, Campbell nous embrouille et rend son intrigue confuse. 

On peut interpréter ça comme un manque flagrant de maturité comme scénariste, et il faudra qu'il apprenne à rester plus simple, plus direct pour progresser. Pour le reste, il est déjà un artiste accompli.

mardi 27 mai 2025

ZATANNA #4 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna comprend que la meilleure manière d'affronter Brother Night et Lady White est de consulter ses cauchemars. Elle rencontre donc Fuseli, un démon qui a autrefois servi Brother Night pour en savoir plus sur ses faiblesses. Puis elle interrompt la nuit des désirs qu'il a organisée avec Lady White. Mais Blue Devil leur sert à la fois d'appât et d'arme...


Depuis le début de cette mini-série, plusieurs éléments m'échappaient et, pourtant, par paresse, je n'avais pas entrepris de recherches pour me faciliter la tâche. Mais arrivé à cet antépénultième épisode, j'ai compris que si je persévérai, j'allais être franchement largué et il me fallait en savoir plus sur ce que convoquait Jamal Campbell dans cette histoire.
 

Un personnage en particulier me filait comme du sable en les doigts et c'était Brother Night. Le nom me parlait sans que je réussisse à le situer. Et puis je me suis souvenu, en consultant le site comicvine., où je l'avais déjà vu : c'était dans le run de Paul Dini sur Zatanna en 2010, où l'auteur revenait en détail sur les origines de ce marchand d'âmes.


De son vrai nom Eldon Peck, Brother Night a d'abord croisé le fer avec le père de Zatanna et il s'était servi pour le manipuler du démon Fuseli qu'on retrouve dans ce quatrième épisode de la mini de Jamal Campbell. On comprend alors mieux la faveur qu'il lui doit quand elle fait appel à lui pour découvrir le point faible de Brother Night puisque Zatanna avait libéré Fuseli de l'emprise de Peck.


Mais donc, ce qu'il faut retenir et qui explique pourquoi Peck a torturé Blue Devil et va s'en servir contre Zatanna ici, c'est donc que Brother Night fait le commerce des âmes et les contrôle à son désir. Pour défaire Zatanna, il a procédé de la même manière en pervertissant ses sortilèges de telle manière qu'à chaque fois qu'elle en prononçait un, elle était en proie à des douleurs croissantes.

Quant à Blue Devil, petit rappel :Dan Cassidy était acteur lorsque, sur un tournage, le démon Nebiros a surgi et l'a pris pour un autre démon à cause du costume qu'il portait pour le film. Au terme de leur affrontement, bombardé par l'énergie mystique de Nebiros, le costume est devenu la nouvelle peau de Dan Cassidy qui a alors embrassé la carrière de justicier mystique. 

Un point que j'ai dissimulé jusque-là, c'est que chaque épisode s'ouvre à la manière d'un conte raconté à Zatanna enfant par sa mère Sidella. Et justement, cette fois, elle lui explique ce qui est arrivé à Dan Cassidy avec Nebiros qui fuyait en réalité Etrigan le démon avant d'apparaître sur le tournage du film.

Jamal Campbell a donc bien révisé ses classiques et ce qui ressemblait à une sympathique petite histoire avec Zatanna convoque en vérité plein d'éléments rattachés à des récits antérieurs la concernant elle, mais aussi Blue Devil, Brother Night, la mère de Zatanna. Et probablement doit-on s'attendre à ce que le père de celle-ci fasse reparler de lui avant la fin.

D'un côté, c'est du travail sérieux, prouvant que Campbell a des choses à dire, à exploiter avec son héroïne. Mais de l'autre, ça exige du lecteur d'être quand même bien au fait du passé de la magicienne, des ennemis de la famille Zatara, de leurs alliés occasionnels. Je pensais pouvoir m'en dispenser et j'avais tort car je passais à côté d'éléments importants pour l'intrigue. 

Et je pense que le format de la mini-série dessert quelque peu cette ambition. En effet, Campbell a assez de matière pour développer plus qu'une intrigue. En l'état, on a quelque chose de dense qui passe par un contenu parfois très verbeux pour que le lecteur saisisse ce qu'on lui raconte, ou au moins sente que les racines de l'histoire sont plus anciennes qu'il n'y paraît.

Je crois donc qu'en disposant de plus d'épisodes, voire même en envisageant une série régulière, le résultat aura été plus digeste, plus fluide. Et personne ne s'en serait plaint car, en prime, on aurait eu le plaisir de lire plus de planches magnifiquement dessinées par Campbell, qui, une fois encore, fait l'étalage de tout son talent pour les mises en scène colorées.

Il est indéniable que parfois, chez cet artiste, les explosions de couleurs peuvent un peu nuire à la lisibilité de sa narration graphique. Campbell semble grisé par les possibilités techniques de l'infographie tout en les maîtrisant tout de même formidablement. Peut-être ce léger souci serait réglé avec un "encrage" plus cerné.

Mais en même temps son inventivité dans l'enchaînement des cases, la puissance visuelle dont il fait preuve est incontestable et fait de Zatanna une des plus belles productions actuelles. Campbell a pour lui ce qui distingue les grands : on reconnaît ses planches immédiatement par leur découpage, le charisme de ses personnages, l'intensité de leur dispositif.

S'il devait persévérer comme auteur complet, on peut affirmer sans se tromper que Campbell en a sous le pied. Et il se lâche franchement pour nous le prouver, maîtrisant son sujet, déployant ses capacités visuelles, divertissant sans mal. Toutefois, on peut juste lui demander de faire un peu plus attention en écrivant des intrigues plus abordables et un chouia moins bavardes.

vendredi 25 avril 2025

SUPERMAN #25 (Joshua Williamson / Jamal Campbell, Eddy Barrows, Dan Mora)


Avant de laisser Superman l'arrêter et lui céder LexCorp, Luthor avait conçu X-El, un clone possédant les mêmes pouvoirs que le kryptonien. Aujourd'hui, regrettant l'ancien Lex, Mercy Graves lâche ce clone contre Superman pour une bataille décisive...


Comme c'est désormais l'usage, on célèbre le 25ème épisode d'une série à la manière d'un petit événement - ça en dit long sur l'industrie des comics et sa capacité à faire exister un titre sans le relancer régulièrement. Car, enfin, 25 numéros, c'est à peine plus que deux ans de parution... Mais baste ! Joshua Williamson a le droit de faire péter le champagne pour un run sans faute.


N'attendez pas des invités surprises pour cette occasion : le scénariste a gagné le droit d'écrire seul ce numéro anniversaire qui poursuit directement l'histoire en cours. Par contre, ce qui est plus frustrant au regard de ce que la couverture promettait, on peut déplorer que Williamson n'en ait pas profité davantage pour teaser ce qui attend le fan dans les prochains mois.


Donc, pas de retour de Lobo, pas de Dr. Pharm et Graft, pas de victoire aux élections municipales de Perry White, pas de Doomsday, pas de mariage entre Jimmy Olsen et Silver Banshee, pas de Supergirl... Mais attention, ça décoiffe quand même bien avec une belle baston entre Superman et un clone de Lex Luthor !
 

Sans parler de la toute dernière page, dont je ne vous dévoilerai évidemment pas le contenu mais qui marque un tournant évident... Et incidemment sans doute l'arrivée d'un vieil ennemi dans quelques mois (ou peut-être même 2026 car Williamson a d'ores et déjà annoncé qu'un event autour de Superman était dans les tuyaux pour bientôt - cet automne ?).

Faut-il s'en plaindre ? Cet épisode, un peu plus gros que d'habitude (une trentaine de pages), est finalement très classique, très balisé. On apprend que Lex avait conçu un clone de lui-même avec les pouvoirs de Superman, nom de code X-El, avant d'être incarcéré et de céder son entreprise au man of steel. Mais il jugeait cette invention trop dangereuse, trop peu fiable pour remplacer Superman un jour.

C'était sans compter sur la nostalgie de Mercy Graves qui, devenue sa maîtresse, regrettait l'ancien Lex, ennemi de Superman, protecteur de Metropolis, génie mal aimé, qui décide donc d'activer X-El... La bataille qui s'ensuit donne au lecteur tout ce qu'il est en droit d'espérer avec son lot de coups de théâtre, de destruction massive, de riposte massive.

Alors, certes, c'est convenu, sans doute trop, surtout pour un épisode qui se veut milestone, mais c'est efficace, avec une énergie débordante. Williamson peut s'appuyer sur ses dessinateurs de première classe dans cet effort, à commencer par le revenant Jamal Campbell qui signe les trois premières planches (on sait qu'il n'a pas pu faire plus puisqu'il est déjà occupé par Zatanna).

Puis c'est au tour d'Eddy Barrows de briller sur les pages 4 à 20, une prestation solide, généreuse en détail, en intensité, tout ce qu'on attend du brésilien dans ses meilleurs jours. Puis Dan Mora revient pour les pages 21 à 31 et balance la sauce comme toujours, des planches explosives, dramatiques, où le costa-ricien ne s'économise pas.

Hormis donc la surprise de la dernière page, rien que très ordinaire. Mais je ne trouve pas ça plus mal : certains de ces épisodes anniversaire sont souvent des gloubi-boulgas narratifs et graphiques sous prétexte d'y convier des auteurs et artistes ayant marqué la série. Là, au moins, Williamson est seul à la barre et ses trois artistes sont familiers.

Rendez-vous pour la prochaine fiesta au n° 50 !

vendredi 18 avril 2025

ZATANNA #3 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna assiste à une fête qui semble se dérouler durant l'âge d'or de Hollywood et où elle retrouve Bruce Wayne, sans qu'il la reconnaisse. La star de cette soirée est Basil Karlo alias Gueule d'argile mais qui n'a pas connu la tragédie qui a fait de lui un monstre, grâce à la magie de Lady White. Zatanna tente de faire jaillir la vérité, à ses risques et périls...


C'est un épisode déroutant, que, je l'avoue, je n'ai sans doute pas apprécié à sa juste valeur après l'avoir lu. Il m'a fallu y réfléchir pour en saisir les qualités propres. Il faut dire que Jamal Campbell ne ménage ni Zatanna ni le lecteur en empruntant des chemins tortueux, en éprouvant très durement ses protagonistes dans une intrigue à tiroirs.


Par exemple, alors qu'on pouvait s'attendre après l'épisode précédent à ce que les seconds rôles viennent en renfort de Zatanna, spécialement Blue Devil et Madame Xanadu, on les voit à peine ici. Blue Devil se fait torturer par Brother Night (hors champ) et Xanadu est invisible. Brother Night apparaît comme l'orchestrateur (ou pièce d'un complot plus vaste ?) des malheurs de Zatanna et de ses alliés
.

Rappelons que Zatanna a été poignardée par une épée brandie par son assistant Adam, à la solde de Brother Night et de sa partenaire Lady White. Si elle peut encore invoquer des sorts, Zatanna le fait dans une douleur de plus en plus vive à cause de cette épée qui la transperce. Et pour ne rien arranger, elle va provoquer Gueule d'argile...


Par bien des aspects, cet épisode rappelle le cinéma de David Lynch, notamment Mulholland Drive : la réception chic, l'ambiance malsaine, la violence qui explose, tout cela fait partie de la grammaire du cinéaste récemment disparu. Jamal Campbell s'en inspire brillamment car le lecteur apprécie puissamment le malaise qui traverse le récit.

Cependant, on peut aussi se sentir naturellement désorienté par cette façon d'écrire. Je l'ai déjà évoqué plus haut mais on ignore toujours réellement qui tire les ficelles et pourquoi Zatanna en est la cible. On pouvait supposer une sorte de rivalité entre Lady White et Zatanna, mais avec l'importance prise au fil des pages par Brother Night, il est clair que ce n'est pas que cela.

Le traitement que Campbell inflige aus seconds rôles interroge aussi sur la place qu'il veut leur accorder dans cette aventure. Il est clair qu'il veut vraiment mettre Zatanna en avant (et c'est pour cela qu'il a refusé de faire intervenir des personnages plus connus qu'elle). Quant à la présence de Gueule d'argile, elle semble être motivée pour faire écho à celle de Zatanna elle-même.

En effet, et cela m'est apparu pertinent a posteriori, Basil Karlo et Zatanna ont en commun d'êtres des enfants de la balle durement éprouvés par le milieu du spectacle. Zatanna a perdu son père et vit dans on ombre en se croyant responsable de sa mort. Basil Karlo est un acteur à succès qui, défiguré, utilise un produit chimique qui, au lieu de le guérir, le transforme en monstre.

Campbell utilise les deux personnages en miroir l'un de l'autre : Zatanna veut lui faire comprendre que Lady White l'illusionne sur son état mais Karlo ne l'accepte pas et, furieux, se transforme en Gueule d'argile. Zatanna réussit donc, mais déchaîne la colère de Gueule d'argile, ce qui était le but recherché par Lady White pour éliminer la magicienne. C'est astucieux.

Visuellement, encore une fois, Campbell fait preuve de sa maestria. Sa représentation de la soirée chic, en noir et blanc comme un vieux film d'époque, est remarquablement évocatrice. Lorsque Gueule d'argile s'en prend à Zatanna, on a droit à plusieurs pages extraordinaires, dans des tons de bleus proprement cauchemardesques.

Mais Campbell sait aussi faire valoir son talent dans des scènes plus sobrement découpées mais pas moins intenses, lorsque Blue Devil est aux mains de Brother Night. En ne montrant quasiment rien, il suggère avec une force étonnante, prouvant sa capacité à aller à rebours de la mode actuelle où les comics horrifiques exploitent à foison le gore.

Bref, c'est un épisode qui n'est sans doute pas évident à apprécier du premier coup, mais qui se révèle comme une démonstration narrative de Jamal Campbell, lequel s'impose désormais à la fois comme un artiste impressionnant et un scénariste de grande valeur.

jeudi 10 avril 2025

FAR SECTOR, THE DELUXE EDITION (N.K. Jemisin / Jamal Campbell)


FAR SECTOR THE DELUXE EDITION
(Far Sector #1-12 + Material from DC Power 2024)


Sojourner Mullein est une jeune femme afro-américaine. Issue d'une famille modeste, elle a perdu sa mère lors des attentats du 11-Septembre 2001. Elle s'engage dans l'armée pour combattre en Irak mais en revient désabusée. Puis elle passe le concours pour intégrer la police de New York où elle assiste aux violences commises par ses collègues. Elle les dénonce mais doit renoncer à sa carrière.


Lors d'une soirée en boîte, alors qu'elle noie ses désillusions dans l'alcool, elle est abordée par une femme qui lui propose une mission : faire partie du Corps des Green Lantern. Elle sera mise à l'essai pendant une année sur une très lointaine planète, la Cité Eternelle, et se voit remettre un anneau de puissance. Une fois là-bas, elle apprend qu'il n'y a pas eu de crimes commis depuis cinq siècles.


La Cité Eternelle rassemble trois tribus autrefois ennemies : les Nah, les @At et les Keh-Topli. Pour éviter qu'une nouvelle éclate entre eux, ces trois clans ont supprimé les émotions grâce au Protocole, imposé à tous dès la naissance par modification génétique. Pourtant, un homicide vient de se produire et les hiérarques pointent du doigt le Proxy, une drogue qui permet de contourner le Protocole Emotionnel et qui a pu provoquer ce drame.


Bien que la Cité Eternelle ait requis sa présence, Sojourner doit enquêter en étant ouvertement défié par les Nah, les @At et les Keh-Topli. Elles comptent de rares alliés et va devoir apprendre son rôle de Green Lantern sur le tas, à la dure, dans une affaire tortueuse qui risque de déclencher une reprise de la guerre...


Qui se souvient du label Young Animals hébergé par DC ? En 2016, l'éditeur donne au chanteur de My Chemical Romance, Daniel Way, un coin pour s'amuser à raconter ses histoires en comics, son autre passion. Il s'était fait remarquer en écrivant The Umbrella Academy, co-créé avec Fabio Moon, chez Dark Horse (qui sera ensuite adapté sur Netflix) en 2007, et Jim Lee s'était fendu d'une variant cover.


Way ne manquait pas d'ambition pour son label : il voulait rien moins que fonder le nouveau Vertigo, avec des comics pour adultes, et pour cela il s'était entouré de Jamie S. Rich et Mark Doyle, deux anciens de cet imprint. Un thème central devait traverser tous les titres à venir, les relations parents-enfants, puis l'aliénation, la toxicomanie, l'accomplissement personnel.

Les premières séries estampillées Young Animals furent les revivals de Doom Patrol (écrit par Way, dessiné par Nick Derington), Shade the Changing Girl (de Cecil Castelluci et Marley Zarcone), Cave Carson (par Way, Jon Rivera et Mike Avon Oeming), et la création de Mother Panic (de Jody Houser et Tommy Lee Edwards). 

Puis viendront Bug the adventures of Forager (par les époux Allred), Eternity Girl (Magdalene Visagio et Sonny Liew), Collapser (de Mikey Way et Shaun Simon), puis donc Far Sector. Ce qui aura raison des expériences de Way, c'est tout simplement le manque de succès commercial. Les quelques titres que j'ai lus (comme Doom Patrol, Shade..., Mother Panic) n'étaient en outre pas très bons, voire très mauvais.

Mais Far Sector est le seul à ne pas avoir sombré dans les oubliettes. Son héroïne, Sojourner Mullein, a été revue à l'occasion de l'event Future State (dans la mini consacrée à la version futuriste de Justice League) et a été récupéré ensuite dans la série Green Lantern Corps (dont une nouvelle itération vient d'être lancée récemment).

Il faut dire que, cette fois-ci, Young Animals avaient fait les choses bien : d'abord en allant recruter la romancière multi récompensée N.K. Jemisin pour écrire l'histoire et ensuite en convaincant Jamal Campbell de la dessiner. A eux deux, ils ont réussi à créer un personnage mémorable dans un récit captivant, dense et visuellement splendide.

Le fait de confier l'écriture de comics à des romanciers ou des scénaristes de cinéma n'aboutit pas toujours à de bonnes bandes dessinées (le cas de John Ridley, oscarisé pour son script de 12 Years A Slave, est un exemple parmi d'autres). Mais Jemisin s'est pliée à l'exercice avec discipline et a façonné tout un univers de poche franchement passionnant.

Far Sector raconte donc comment une recrue du Green Lantern Corps est envoyée sur une lointaine planète où trois tribus ont fait la paix grâce à une méthode drastique, en supprimant les émotions dès la naissance au moyen d'un protocole génétique. Ce qui a abouti à cinq siècles sans un seul meurtre. Mais alors comment un membre d'un de ces clans a été quasiment dévoré par un représentant d'un autre camp ?

C'est cette enquête que devra mener Sojourner Mullein dans un climat de défiance généralisée : si on a accepté un représentant de la police galactique qu'est le Corps des Green Lanterns, ça ne veut pas dire que la présence d'un agent est bien tolérée. Surtout que "Jo" Mullein a son petit caractère et met les pieds dans le plat, en critiquant ouvertement le Protocole Emotionnel et l'autoritarisme des forces de l'ordre locales.

Elle a beau avoir fait l'armée durant la guerre en Irak et avoir servi dans la police de New York, deux initiations douloureuses, Jo est une débutante. Elle ne sait pas par où commencer, se méfie de tout le monde, est frustrée par l'incompétence des flics de la Cité, les secrets de son gouvernement, les traces de son passé.

Ses alliés sont rares : une @At, Can Haz, est une créature holographique consciente ; Szyn, une policière Nah ; et le conseiller Marth, également un Nah, qui cherche surtout à la séduire parce qu'il la trouve étrangement attirante pour une humaine. Elle pourra aussi compter sur le conseiller Averrup, un Keh-Topli, de la même race que l'assassin. Assassin vite assassiné à son tour...

L'intrigue est très touffue. Jemisin a le défaut d'une romancière qui écrit sa première bande dessinée : elle ignore les ellipses propres au 9ème Art et veut tout raconter, ou du moins en raconter un maximum comme si la série ne faisait pas douze épisodes de vingt pages. Il y a des péripéties inutiles, des développements lourdingues, des dialogues trop empesés...

Mais on ne peut guère lui reprocher la facilité de son propos. Ella a imaginé la Cité Eternelle en ne se contentant pas de reproduire une société extraterrestre classique, vue et revue, avec moult décors, une hiérarchie sociale, politique, des origines profondes. Si parfois Far Sector est indigeste, c'est aussi une aventure très métaphorique et intelligente.

Finalement, Jo y voit des dérives semblables à celles qu'elle a observées sur Terre tout en devant se familiariser avec des codes étranges, inattendues, choquants aussi. Elle est certes une étrangère, mais dans un monde peuplé d'étrangers, de gens qui n'ont rien à faire ensemble, qui n'ont rien trouvé de mieux pour cohabiter que de supprimer leurs émotions.

Et pourtant, c'est à la fois la force et la limite du projet, Far Sector est traversé par des acteurs non dénués des émotions qu'ils ne sont plus censés éprouver. Celles que permettent d'avoir le Proxy, cette drogue contournant le Protocole, mais aussi celles que le Protocole ne semble pas/plus en mesure de contenir, comme le désir sexuel, l'appétit des Keh-Topli, les manigances sournoises des @At ou celles plus franches des Nah. 

Selon moi, tout ça aurait mérité d'être élagué de quelques passages, au moins un ou deux épisodes. Mais l'ensemble se tient remarquablement quand même et on ne décroche pas avant le dénouement. Même si le vrai dénouement aura lieu après la publication de la série originelle...
   

Car trois après la fin de Far Sector, la scénariste et son dessinateur bouclent réellement leur run dans un numéro de DC Power, un hors-série que DC édite pour célébrer la diversité (ethnique, culturelle, religieuse, sexuelle), dans un mouvement woke comme l'adorent les pseudo-progressistes occidentaux, soucieux de ne se mettre à dos aucune communauté.

Jemisin comme Jamal Campbell sont tous deux afro-américains et militants. Far Sector, c'est aussi une forme de message glissé dans un comic-book, pour leur cause commune, les droits civiques de afro-américains. Je ne vais pas trop m'étendre sur ce point sinon je vais passer à côté de ma critique et m'énerver contre le wokisme, qui n'est rien d'autre qu'un fanatisme moderne. Oups ! J'en ai déjà trop dit...

Dans ce n° de DC Power, Jo Mullein reçoit la visite du Green Lantern John Stewart (hé oui, l'autre Green Lantern noir...) alors que sa période d'essai d'achève. Comme elle a mené à bien sa mission, les Gardiens d'Oa, patrons du Green Lantern Corps, veulent la conserver dans leurs effectifs et elle accepte. Bien qu'il lui fasse, pour cela, partir de la Cité Eternelle où elle a trouvé l'amour... C'est mignon, mais totalement dispensable.

La partie graphique est donc assuré le long de ces douze numéros plus un par Jamal Campbell, qui, depuis, est devenu une valeur sûre chez DC, qui l'a fait collaborer avec Brian Michael Bendis et David F. Walker sur Naomi, puis Joshua Williamson sur Superman, et lui a fait confiance pour la mini Zatanna, qu'il écrit et dessine tout seul comme un grand actuellement.

Ce qui frappe, c'est la maîtrise de Campbell sur ce premier projet d'envergure où il assume dessin, encrage et couleurs. Grâce à lui, le script de Jemisin trouve son plus bel écrin, il concrétise ses visions, ce décor hallucinant, sa population, son ambiance... C'est réellement impressionnant et on comprend donc que depuis Campbell ait conservé tout son crédit.

Cependant, ce qui m'a peut-être le plus épaté, c'est que Campbell ait réussi, malgré tout ce cadre fantastique, SF, à faire exister, à donner chair à son héroîne. Jo Mullein est une jeune femme à laquelle on s'attache, aussi bien pour ses qualités que ses défauts, et qui possède une "physicalité" rare, avec une physionomie réaliste, qui en font un personnage immédiat.

L'édition Deluxe de Far Sector permet en outre de découvrir l'impressionnant travail de design, de world-building accomplis par Campbell, depuis les innombrables essais de costumes de Jo Mullein jusqu'aux décors, en passant par les choix de couleurs, les recherches de découpage. Il s'est investi considérablement pour que cette histoire ait une identité esthétique personnelle - et on peu regretter que la Cité Eternelle n'ait pas été revisitée depuis, dans d'autres séries, par d'autres héros ou vilains.

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, on peut lire Far Sector en plusieurs versions : Urban l'a traduit en 2022 dans un album qui ne comprend pas les pages du DC Power, DC a édité cette version Deluxe mais aussi un album au format plus petit dans la collection DC Compact Comics (pour moins de 10 Euros). Vous n'avez que l'embarras du choix pour vous procurer cette oeuvre qui mérite le détour.

samedi 22 mars 2025

ZATANNA #2 (of 6) (Jamal Campbell)


Le corps transpercé par une épée, laissée pour morte par Lady White, Zatanna invoque un sort qui la transporte au Bar Oblivion où Madame Xanadu, Blue Devil et le Détective Chimp prennent soin d'elle. Mais lorsqu'elle est assaillie par une sinistre vision les concernant, elle préfère repartir pour les protéger...


J'avais beaucoup aimé le premier épisode de cette mini-série, entièrement écrite et mise en images par Jamal Campbell, et ce deuxième numéro ne déçoit pas. On sent que l'auteur est très inspiré par son personnage et son intrigue s'enrichit à la fois de nouveaux rebondissements et de seconds rôles qui lui donnent plus de profondeur et de mystère.


Résumons : Zatanna était sur le point de commencer un nouveau spectacle lorsque son équipe technique a été attirée dans le plan astral par Lady White, une magicienne qui fit les grandes heures de la salle de spectacle où tout ce beau monde se trouvait en répétitions. Zatanna a sauvé ses amis mais un des membres de son staff l'a trahie en la poignardant.


Le récit reprend donc là où on l'avait laissée et Zatanna invoque un sort pratiqué par des magiciens en détresse, qui la conduit au Bar Oblivion, où les pratiquants des arts occultes aiment venir se détendre. C'est Bobo le Détective Chimp qui a hérité de l'endroit (autrefois propriété du Nightmaster) et Blue Devil, son partenaire du Shadowpact, l'aide. Madame Xanadu, la médium, est également là.


Ils soignent Zatanna qui reste cependant transpercée par l'épée magique utilisée contre elle et qui va vite avoir une vision sinistre du futur où tous ses amis sont morts. Elle préfère donc partir pour réfléchir à une riposte et essayer de se débarrasser de l'épée elle-même. Mais Blue Devil l'a suivi, tandis que Xanadu tire les cartes pour y voir plus clair et que Bobo consulte sa bibliothèque.

Le rythme est très soutenu encore une fois mais Jamal Campbell maîtrise son affaire : jamais le lecteur n'a le sentiment que le récit est précipité ou confus. Les décors s'enchaînent en même temps que les péripéties et on sent que Zatanna veut à la fois épargner ses proches tout en étant clairement dépassée par la situation.

Dans une interview, Campbell a expliqué ne pas avoir voulu impliquer des héros trop connus dans son intrigue pour qu'ils n'éclipsent pas Zatanna. On a pourtant droit à l'apparition à la toute fin d'un personnage très familier mais néanmoins ce n'est pas gênant pour deux raisons : 1/ c'est qu'il a toujours été intime avec elle (non ce n'est pas John Constantine), et 2/ça intervient dans un contexte très spécial.

En revanche, je me réjouis que Campbell ait préféré employer les deux anciens du Shadowpact que sont Bobo et surtout Blue Devil, lequel est visiblement amené à jouer un rôle déterminant, tout comme Madame Xanadu. Pour ceux qui ont lu et aimé Justice League Dark (période New 52 puis Rebirth, ce sont d'agréables retrouvailles). 

Du côté des méchants, Lady White renoue avec son frère Brother Night, un personnage créé par Paul Dini lors de son run sur Zatanna en 2010-2012. Campbell a bien révisé ses classiques et même si vous ne connaissez pas toutes ces références, vous n'êtes pas perdu. Ce ne sont que des bons points. Et c'est épatant de voir un artiste être aussi compétent pour ses premiers pas comme scénariste.

La partie graphique est évidemment un régal. Ceux qui connaissent le travail de Campbell sur des séries comme Far Sector, Naomi ou Superman apprécieront particulièrement la manière qu'il a d'assumer dessin et colorisation. C'est très numérique, mais tout de même très beau : il ne se repose pas sur les effets infographiques, c'est au service de la narration.

Il est remarquable de voir à quel point il s'approprie les personnages, soigne les décors, varie son découpage : tout est conçu pour divertir, dans le sens le plus spectaculaire du terme. C'est fluide, c'est énergique, c'est élégant. La maturité de Campbell en fait un des tout meilleurs dans sa partie et DC lui a chaque fois donné les moyens de s'amuser sans le tester sur des projets sans envergure.

Zatanna fait d'ores et déjà partie des joyaux de 2025 et après Bring down the house par Mariko Tamaki et Javier Rodriguez (dont le recueil HC vient de sortir, il est superbe), la maîtresse de la magie est décidément gâtée. Et ses fans aussi !

vendredi 21 février 2025

ZATANNA #1 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna répète ses numéros de magie au théâtre Therpsicore avec sa troupe. Alors qu'elle réconforte je jeune Adam, elle voit plusieurs membres de son équipe attirés dans le plan astral par Lady White, une magicienne qui fit les beaux jours de l'endroit. Elle les secourt en cherchant à comprendre la raison de cette attaque...


Hier, je vous parlai du tome 3 de Superman par Joshua Williamson en mentionnant les remarquables dessins de Jamal Campbell qui allait démarrer, seul, une mini-série Zatanna, guest-star de l'arc The Dark Path. Le premier épisode est sorti avant-hier et il coche toutes les cases d'une nouvelle production de qualité consacrée à la mistress of magic après Bring Down the House (de Mariko Tamaki et Javier Rodriguez).


Chez Marvel, depuis 2023, Steve Orlando enchaîne les mini séries Scarlet Witch, un moyen pour l'éditeur de mettre le personnage en valeur sans s'engager dans un run ininterrompu et de profiter de sa présence simultanée dans The Avengers. Peut-être que DC s'inspire de cette façon de faire avec Zatanna, en la confiant néanmoins à des auteurs différents.


Quoiqu'il en soit, après le gros succès surprise rencontré par Bring Down the House, la mini de Jamal Campbell a tout ce qu'il faut pour cartonner à son tour. L'artiste adore le personnage et son plaisir à la dessiner dans les pages de Superman était manifeste. Surtout DC, contrairement à Marvel, accepte volontiers de donner leurs chances à des dessinateurs d'écrire leurs histoires.


C'est donc parti pour six mois et on va se régaler. D'abord, encore une fois, parce que Campbell nous en met plein les mirettes. Ses planches sont superbes et il tire impeccablement parti des avantages de l'infographie en assumant dessin, encrage et colorisation. Son découpage déborde d'énergie, les effets spéciaux sont fabuleux, mais tout ça ne se fait jamais au détriment des personnages et du récit.

Ci-dessus : le casting de la mini-série.

Campbell inscrit l'héroïne dans le double cadre d'un spectacle en préparation et au sein d'une vraie troupe. Là où on a trop tendance à mettre en scène les magiciens de comics sans aucune assistance, Zatanna est au contraire bien entourée et encore, on n'a pas encore vu la totalité du casting, mais surtout les techniciens et notamment le jeune Adam, entrevu justement dans Superman (dans le rôle d'un serveur du Bar Oblivion).

Vous n'avez pas besoin de prérequis pour vous plonger dans cette histoire : Campbell assure comme un chef en introduisant la situation de manière rapide et claire avec cette Lady White qui fit les beaux jours du théâtre Therpsicore où va se produire Zatanna. Elle a disparu subitement au sommet de sa gloire mais refait des siennes en s'en prenant au staff de la magicienne.

Pourquoi ? Sans trop en dire, on comprend à la fin qu'elle a accepté un contrat et le commanditaire est une vieille connaissance de Zatanna. L'histoire de Campbell pourrait donc être une suite à Bring down the House si un certain personnage a réussi à s'évader de là où elle l'a enfermé... On verra. Mais c'est un vrai page-turner, qui file à toute allure, jusqu'à un cliffhanger saisissant.

Je ne veux pas jouer bêtement aux comparaisons mais si on met en parallèle ce projet avec la récente mini sur Dazzler, de Jason Loo et Rafael Loureiro, chez Marvel, on assiste à un regain d'intérêt pour les héros issus du milieu du spectacle vivant. Sauf qu'évidemment la magie suggère un divertissement plus spectaculaire que la pop music (enfin... A mes yeux en tout cas).

Cela change agréablement du train-train super-héroïque dans la mesure où comme elle le disait dans l'arc de Superman, Zatanna n'est pas un nom de code, mais sa véritable identité, que la magie n'est pas son super-pouvoir mais son métier. En fait Zatanna n'a de super-héroïque que son lien avec la communauté des super-héros : elle ne court pas après les aventures, à rendre la justice, mais sa profession l'entraîne dans des zones plus troubles.

Personnellement, je préfère quand Zatanna n'est pas au sein d'une équipe : c'est un excellent personnage, qui peut être très bien utilisé dans ce cadre, mais c'est encore mieux quand elle est impliquée dans des intrigues associées à son métier, à son art. Il n'y a pas besoin de lui flanquer des super-héros en collants pour la mettre en valeur.

C'est ce que semble aussi penser Jamal Campbell, qui, avec des seconds rôles à venir comme Blue Devil ou Madame Xanadu, se cantonne volontairement à la sphère magique mais pas forcément super-héroïque. Encore une fois, je préfère Zatanna ainsi que, disons, avec la Justice League Dark (même si le run de James Tynion IV et Alvaro Martinez était exceptionnel).

En tout cas, ce premier épisode est un enchantement, visuel et narratif. Vite, la suite !

jeudi 20 février 2025

SUPERMAN, VOLUME 3 : THE DARK PATH (Joshua Williamson / Jamal Campbell, Tom Reilly)


SUPERMAN : THE DARK PATH
(Superman #16-18 ; Knight Terrors : Superman #1-2)


Blessé par balles, Superman est opéré en urgences par Mister Terrific et Doctor Mid-Nite. Cependant, Zatanna échappe à une arrestation par les agents de la Task Force d'Amanda Waller lorsque Mercy Graves lui vient en aide et la conduit jusqu'à la forteresse de solitude. Superman l'écoute expliquer qu'il y a un moyen pour que lui et elle récupèrent leurs pouvoirs et puissent retourner se battre sur le terrain.


Superman suit Zatanna jusqu'au Bar Oblivion où se sont cachés tous les magiciens que Waller et ses alliés n'ont pu capturer. Néron les interpelle et propose un marché pour leur donner la carte de Mordru et retourner près des leurs en ayant récupéré leurs pouvoirs...


Ce troisième tome du run de Joshua Williamson sur la série Superman propose un curieux programme, entièrement composé d'épisodes tie-in à deux events. Contre toute logique, l'album s'ouvre par les numéros attachés à Absolute Power alors qu'il se ferme avec ceux liés à Knight Terrors, parus pourtant plus tôt.

La première scène renvoie au tout début de l'event écrit par Mark Waid où Superman surprenait des voleurs et que l'un d'eux lui tirait dessus pour découvrir, sidéré, que le kryptonien était touché à la poitrine. Voici Superman sur le "billard" de la forteresse de solitude avec Mister Terrific et Doctor Mid-Nite (Pieter Cross) en train de procéder à une opération chirurgicale pour tenter de la sauver.

L'explication à cette blessure est que Amanda Waller avec ses alliés, Failsafe et la Reine Brainiac, ont créé des amazos en série qui ont dépouillé de leurs pouvoirs la quasi-totalité des super-héros pour mieux les arrêter ou les éliminer. Superman a pu être atteint ainsi. Mais il se rétablit vite grâce aux soins de ses amis de la JSA et d'une combinaison protectrice kryptonienne (sa fameuse tenue noire).

C'est sur ces entrefaites que Zatanna arrive à la forteresse après avoir échappé de justesse à une arrestation par des agents de la Task Force de Waller. La magicienne a elle aussi perdu ses pouvoirs mais pense savoir comment les récupérer. Elle offre à Superman de l'accompagner sur ce sentier sombre qui donne son titre au volume, alors même qu'il déteste tout ce qui est magique.

La suite est convenue et on sent bien que Joshua Williamson se plie à l'exercice sans motivation. Toutefois, on ne s'ennuie pas et le duo formé par Superman et Zatanna fonctionne très bien. Leur arrivée dans le Bar Oblivion où se sont terrés d'autres magiciens donne lieu à une séquence très réussie où Kal-El gronde l'assistance puis passe un marché avec Néron (que le scénariste exploitera peut-être dans le futur...).

Mais, disons-le tout net, le vrai plaisir provient du retour au dessin de Jamal Campbell. Ses planches sont sublimes et annoncent celles de la mini-série Zatanna, dont le premier épisode vient de sortir, et dont il signe scénario et dessin. Son plaisir à animer la magicienne est palpable et communicatif, sans parler de sa manière de représenter le voyage qu'elle entreprend avec Superman.

En trois épisodes, l'aventure est bouclée et si le lecteur peut s'en dispenser puisqu'elle n'a aucune incidence sur la suite, ce serait quand même dommage de rater la prestation de Campbell. 


Suite à l'attaque d'Insomnia, Superman est plongé dans ses pires cauchemars où il est confronté au Grand Faucheur. Tandis que Aquaman, Mera, Jackson Hyde et Tempest repêchent son corps endormi et l'emmènent jusqu'à SuperCorp, Superman est rejoint dans son rêve par sa cousine Supergirl...

Paru en 2023, l'event Knight Terrors ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, la faute à une intrigue maladroite sur la mini-série principale. En revanche, elle a donné lieu à des tie-in supérieurs en qualité et en inspiration, comme pour Poison Ivy. L'idée de plonger les héros (et les vilains) dans leurs pires cauchemars par la volonté d'un vilain en quête d'une pierre du cauchemar était intéressante.

Joshua Williamson se montre pourtant assez paresseux vis-à-vis de son application à Superman alors même qu'il était aux commandes de cet event. Non seulement le scénariste déçoit dans la conception du cauchemar de Superman mais en prime, chose rare, le rythme est absent de ces deux épisodes où, par ailleurs, c'est davantage Supergirl qui dynamise le récit.

Surtout, c'est Aquaman et Mera qui trouvent la solution pour réveiller les deux kryptoniens et sonner l'heure de la riposte contre Insomnia. Il est frappant de constater le peu d'entrain que met Williamson à sa tâche, même si on peut aussi admettre que ce n'est pas ce qu'il y a de plus emballant pour un auteur (encore que pour Knight Terrors, c'était de sa seule responsabilité).

Encore une fois, on trouvera surtout son bonheur dans les dessins de Tom Reilly, dont ce fut le dernier travail pour DC avant qu'il ne rejoigne Robert Kirkman et... Joshua Williamson pour illustrer la mini-série Duke et la série G.I. Joe dans l'univers Energon du label Skybound publié par Image Comics.

Reilly, on le sent, a travaillé vite car on ne trouve pas dans ces pages le soin qu'il met sur G.I. Joe actuellement. C'est correct, mais sans forcer son talent. L'influence de Chris Samnee est bien entendu évidente, mais ce n'est pas un reproche. Il vaut mieux s'inspirer des meilleurs pour progresser et en la matière, Samnee est une référence.

Au final, ce troisième tome se lit vite avec ces cinq épisodes, mais le sommaire met en évidence le côté transitoire de l'album, avant l'arc narratif en cours où Joshua Williamson avec Dan Mora reprend les choses en main. A réserver, en conséquence, aux complétistes de ce run.