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samedi 21 février 2026

X-MANHUNT (Gail Simone, Collin Kelly & Jackson Lanzing, Murewa Ayodele, Jed MacKay, Mark Russell, Eve L. Ewing, Geoffrey Thorne / Javier Garron, Francesco Mortarino, Luciano Vecchio, Netho Diaz, Bob Quinn, Carmen Carnero, Marrcus To, Gleb Melnikov, Federica Mancin, Enid Balam)

 

X-MANHUNT
(Uncanny X-Men #11 + NYX #9 + Storm #6 + X-Men #13
+ X-Factor #8 + Exceptional X-Men #7 + X-Force #9
+ X-Manhunt : Omega #1)


L'impératrice Xandra Xavier Neramani est capturée par des rebelles Shi'ar qui ne reconnaissent son autorité parce qu'elle est à moitié humaine. Depuis sa cellule de la prison du manoir Graymalkin, Charles Xavier entend télépathiquement son appel au secours et obtient l'aide de Sarah Gaunt pour s'échapper, après avoir affronté l'équipe de Malicia appelée en renfort par le Dr. Ellis...


Charles Xavier rejoint New York où il demande l'aide du groupe mené par Ms. Marvel. Il leur explique devoir aller en Latvérie car le Dr. Fatalis possède la dernière graine de Krakoa. Ms. Marvel et Anole acceptent de l'accompagner et pendant qu'ils récupèrent la graine, Xavier, lui, remet la main sur un casque Cérébro...


Charles Xavier gagne Atlanta où il trouve refuge auprès de Tornade. Celle-ci affronte les X-Men de Cyclope et provoque le crash de leur quinjet sur l'île d'Utopia. Ce dernier profite de la confusion qui s'ensuit pour s'enfuir et prend psychiquement le contrôle du Fauve sur le point de détruire un moteur que Tornade alimente et dont il a besoin pour la suite de sa cavale...


Tornade occupée à ralentir le Fléau, Magik et Psylocke, Xavier doit faire face à Quentin Quire dans un duel psi. L'élève prend l'ascendant sur le maître et le Fauve, libéré de l'emprise du professeur, lui injecte un sédatif. Tornade rend les armes et les X-Men embarquent Xavier lorsque d'autres mutants le réclament...


Ces mutants, ce sont les membres de X-Factor, aux ordres de l'armée américaine. Tandis qu'ils affrontent à leur tour les X-Men, Xavier sans surveillance est enlevé par Frenzy, alerté par le professeur sur sa situation, et Havok, venu prêter main forte. Cyclope les rattrape et leur barre la route. Xavier lui révèle alors ce qu'il a caché sur Utopia : un oeuf de résurrection krakoan...


Pendant ce temps, à Chicago, Bobby Drake/Iceberg prévient Kitty Pryde et Emma Frost que le professeur X est en cavale. Ils expliquent qui il est à leurs jeunes élèves, partagés en ses bonnes et mauvaises actions passées mais se sentant peu concernés. Pourtant Emma se charge de leur rappeler que, avec la chute de Krakoa, les mutants sont à nouveau sans refuge sûr...


Krestel, un téléporteur, assomme Cyclope à Utopia et exfiltre Xavier et l'oeuf krakoan. L'opération a été organisée grâce à Sage, que le professeur a prévenu télépathiquement de sa position. Il fait éclore l'oeuf dont sort Lilandra Neramani à qui il rend sa conscience grâce au casque Cérébro. Sage met à la disposition du couple un vaisseau pour quitter la Terre alimenté par un des moteurs trouvés chez Tornade...


Le professeur X et Lilandra réussiront-t-ils à partir sans être rattrapés par ceux qui les traquent ?

J'ai hésité avant de me lancer dans la lecture de ce crossover et puis je me suis dit : "allez, c'est parti !". Même s'il n'est pas exempt de défauts et a mobilisé toutes les séries publiées alors (même si à l'exception de Uncanny X-Men et X-Men, elles allaient toutes être annulées peu de temps après), il possède d'indéniables qualités.

La première et essentielle, c'est de boucler (au moins pour un bon moment) le dossier Charles Xavier. Le fondateur des X-Men a toujours été un caillou dans la chaussure de nombreux auteurs et editors. Si certains le considéraient comme la clé de voute de la mythologie mutante, d'autres n'ont eu de cesse de l'en éloigner, voire carrément de l'éliminer. Dans la plupart des cas, d'en faire le contraire de qu'il devait incarner.

Pour bien comprendre le problème que pose le personnage, il faut en vérité remonter à avant la naissance des X-Men. Les X-Men comme personnages et comme série ont été largement inspirés à Stan Lee par la Doom Patrol d'Arnold Drake (qui écrira d'ailleurs quelques épisodes de X-Men ensuite) publiée par DC.

On y trouvait déjà la même configuration : un mentor paralytique en fauteuil roulant et une bande de freaks (Robotman, Negative Man, Elastigirl) qu'il prenait sous son aile et formait à être des super héros. Charles Xavier a remplacé Niles Caulder et Scott Summers, Hank McCoy, Warren Worthington, Bobby Drake et Jean Grey ses recrues.

Mais Caulder était un Chef (c'était d'ailleurs ainsi qu'il était surnommé) autoritaire et cela alimentait des relations difficiles avec sa patrouille. Comme Xavier qui deviendra vite un professeur passablement pénible pour ses élèves, au comportement plus que limite (comme son attirance pour la jeune Jean Grey).

Cela ne cessera jamais. Des scénaristes exploiteront cette figure mi-paternelle, mi-tyrannique pour nourrir des intrigues. D'autres préféreront se passer du professeur X, favorisant les X-Men (et les divers autres groupes de mutants) dans une configuration plus traditionnellement super héroïque (mais en conservant le côté freaks, marginaux, etc.).

Dans le pire des cas, Xavier deviendra même un méchant affrontant ses anciens élèves, jusqu'au paroxysme que représenta la saga Onslaught. Mais parfois le professeur X sera celui que ses disciples rappelleront en espérant qu'il les tire d'un mauvais pas. Au péril de sa vie. Mais Xavier a ressuscité bien avant le protocole des Cinq de Krakoa (d'ailleurs qui n'est pas mort et n'a pas ressuscité chez Marvel ?).

Avec l'ère Krakoa, Jonathan Hickman puis Kieron Gillen et Gerry Duggan ont rédigé une sorte de synthèse du personnage : fondateur de la nation X (aux côtés de Magneto et Moira MacTaggert) mais aussi son fossoyeur (même si, là, il avait une excuse car Orchis l'a obligé à sacrifier cette utopie). Puis quand Krakoa a chuté, Xavier a été arrêté, livré et incarcéré dans son ancien manoir de Graymalkin.

Dès lors, il était inévitable que certains mutants allaient vouloir organiser son évasion quand d'autres préféreraient qu'il y croupisse pour payer ses fautes. C'est le schisme qui oppose la bande de Malicia à celle de Cyclope. Gail Simone, la scénariste de Uncanny X-Men, l'équipe la plus proche géographiquement de Graymalkin, est celle qui a préparé le terrain pour X-Manhunt.

Dans sa série, elle révélait que les mutants télépathes développaient une tumeur cérébrale à cause de leur pouvoir (c'est ce qui a emporté le jeune Harvey dans Uncanny X-Men #1) et qui touchait aussi Xavier. Mais les différents X-Men et même le professeur l'ignoraient. Cette idée est ce qui allait justifier les errements, plus ou moins récents, du personnage contre les siens.

Ensuite il fallait justifier qu'il veuille s'échapper puisqu'à l'issue du premier crossover initié par l'editor Tom Brevoort (Raid on Graymalkin), Xavier lui-même assurait à Malicia vouloir rester enfermé, conscient qu'il avait mal agi et qu'il n'était plus le digne guide des mutants. Gail Simone toujours a eu la charge d'expliquer pourquoi il devrait quand même sortir de Graymalkin.

Comme je l'ai déjà dévoilé dans mes critiques d'Uncanny X-Men, l'épisode 11, qui ouvre X-Manhunt, révèle une insurrection parmi les Shi'ar et Xandra, la fille de Xavier et feu sa mère Lilandra Neramani, est donc capturée par ces rebelles qui ne reconnaissent pas l'autorité de leur impératrice à cause de sa nature à moitié humaine. Télépathe comme son père, elle lui envoie un S.O.S. qu'il capte depuis sa cellule.

Xavier réussit à s'enfuir de Graymalkin malgré l'intervention de Malicia et son équipe et X-Manhunt raconte donc sa folle cavale. Avant d'être activement poursuivi, Xavier doit accomplir un parcours d'obstacles au cours duquel il collecte des éléments cruciaux pour réussir son évasion : un casque Cérébro (amplifiant ses pouvoirs mais pas que), un oeuf krakoan (produit par le mutant Egg et caché sur l'île d'Utopia), un moteur pour un vaisseau spatial...

La construction de l'intrigue ne se résume donc pas à une course-poursuite. Même si on n'éprouve aucune sympathie pour Xavier, on est curieux de ce qu'il rassemble et on savoure plus ou moins ses retrouvailles avec différents mutants. Certains sont prêts à l'aider sans condition, d'autres avec des réserves, d'autres veulent le capturer (et parfois pour des autorités différentes)...

En traversant sept séries, l'histoire permet d'explorer une multitude de points de vue. C'est la vertu du procédé, qui rend Xavier plus ambigu donc plus intéressant, à travers le regard de ceux qu'ils croisent. C'est aussi le vice de cette construction car évidemment tout ne se vaut pas qualitativement. Parfois, on a l'impression qu'une série est impliquée un peu artificiellement et ses personnages avec.

C'est flagrant dans le cas de NYX (dont c'était le 9ème et pénultième numéro). Tornade est mise en avant dans son propre titre (Storm) mais sa bataille contre les X-Men déborde sur la série éponyme (c'est un peu long). 

Mais là où Brevoort en a fait trop, c'est avec Exceptional X-Men où une seule scène évoque X-Manhunt, sans qu'aucun des protagonistes ne se mêle de la suite (même si Emma apparaît dans le dernier chapitre, très brièvement). Quant à X-Force, Geoffrey Thorne, le scénariste, jongle avec l'intrigue qu'il développait alors et des scènes avec Sage qui aide Xavier.

Mais dans l'ensemble, les sept auteurs se passent le relais avec fluidité, personne ne cherche à casser le rythme ou à souligner sa différence (même si à ce jeu on sent bien que Mark Russell, avec X-Factor, n'est pas du tout motivé). 

Le final, avec un épisode plus long, est bancal. D'abord, on a droit à une grosse partie très spectaculaire mais aussi parfois grotesque où d'un côté les X-Men de Cyclope cherchent à tout prix à empêcher Xavier et Lilandra à quitter la Terre... Alors que Lilandra opère Xavier de sa tumeur en même temps ! C'est de la chirurgie très acrobatique !

Mais contre toute attente, je dois dire, le final est intelligemment écrit. Xavier ne se défile plus, et malgré une crise (impressionnante car vraiment poignante) de Cyclope, la situation redevient apaisée. On sent qu'une page se tourne et on croit vraiment au fait qu'on ne reverra pas avant un bon moment le professeur (je n'ose dire qu'on ne le reverra jamais car ça me paraît très improbable).

Visuellement, on est gâté : Brevoort a bien des défauts, mais pas celui de confier les séries qu'il publie à de mauvais dessinateurs. De Javier Garron (Uncanny X-Men) à Marcus To (X-Force) en passant par Francesco Mortarino (NYX), Luciano Vecchio (Storm), Netho Diaz (X-Men) (les trois plus faibles du lot), Bob Quinn (X-Factor), Carmen Carnero (Exceptional X-Men) et la triplette Federica Mancin, Gleb Melnikov-Enid Balam (pour la conclusion), c'est joliment illustré globalement.

Pour savoir ce qu'il est advenu de Charles Xavier, Lilandra et Xandra, c'est dans Imperial, l'event cosmique piloté par Jonathan Hickman, et ses tie-in, qu'il faut chercher.

mardi 17 février 2026

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 2 : THE DEEP END (Eve L. Ewing / Carmen Carnero, Federica Mancin)

 

EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 2 : THE DEEP END
(Exceptional X-Men #6-13)


Trista, Thao et Alex éprouvent certes de la gratitude envers Kitty, Emma et Bobby pour leur entraînement mais ils aspirent à rester indépendants et, pour cela, ils cherchent du travail. Priti, la co-loc' de Kitty, leur propose un stage dans son entreprise et ils font la connaissance d'un client, Sheldon Xenos qui a créé une application, Verate, destinée aux mutants et à leur bien-être. Mais Trista et Thao désapprouvent vite la collecte de données privées qu'il exige des utilisateurs.


En revanche Alex, dont les pouvoirs modifient l'apparence et qui s'est toujours senti mal dans sa peau à cause de cela, fait confiance à Xenos qui l'invite à visiter les locaux de sa société et même son laboratoire; C'est alors que le jeune mutant découvre que l'homme d'affaires n'est autre que Mister Sinister et qu'il compte exploiter ses pouvoirs pour manipuler ses semblables...


Ce second tome se compose de deux arcs : le premier court sur les épisodes 6 à 10 et le suivant sur les épisodes 11 à 13, avec la conclusion de la série. Ce qui est troublant, c'est à quel point on a le sentiment que Tom Brevoort était dans le dos d'Eve L. Ewing pour la pousser à écrire la série dans une direction différente, avec le retour à des éléments familiers pour les fans.


Ce n'est pas un spoiler puisque la couverture le montre mais donc Mister Sinister est de retour et incarne le méchant de l'histoire. Ce personnage qui fit partie du conseil secret de Krakoa, davantage pour que ses fondateurs (Charles Xavier et Magneto) la gardent à l'oeil (et aussi parce qu'ils lui avaient confié les échantillons des ADN de tous les habitants de l'île afin de pouvoir les ressusciter/cloner), y avait gagné en grade.


Toutefois, une fois Jonathan Hickman parti de la franchise X, Sinister, qui était le chef de l'équipe des Hellions (l'équivalent de la Suicide Squad sur Krakoa), a été amplement récupéré et exploité par Kieron Gillen, dont c'était déjà le vilain préféré lors de son run sur Uncanny X-Men (en 2011-2012). Il en fait un personnage envahissant et franchement pénible qu'on n'était pas pressé de revoir si tôt.

Bref, je ne peux m'empêcher de penser que Brevoort a dû insister pour que Eve L. Ewing non seulement donne à Exceptional X-Men un vilain mais reprenne Mr. Sinister. La scénariste ne s'en sort pas mal cependant, incorporant Nathaniel Essex de manière habile, et lorsque Kitty devine qui est Sheldon Xenos (dont les initiales se prononcent Essex), c'est amusant.

La scénariste mise encore sur l'aspect character's driven, prenant soin de donner de la chair à ses jeunes mutants et à enrichir leur relation avec leurs trois mentors. On peut juste regretter que des trois X-Men, Bobby Drake soit celui auquel elle accorde le moins d'importance, comme si elle ne savait plus trop quoi en faire, une fois les raisons de sa présence à Chicago dévoilées (dans le tome 1).

Ce qui est certain, c'est que, en vérité, Ewing réussit volontiers à se passer des pouvoirs des mentors. Certes Iceberg, Kitty et Emma en font usage à un moment, mais souvent cela se retourne contre eux, contre leur envie de former leurs élèves, et même lors de la confrontation contre Sinister, qui met Emma en fâcheuse posture.

Les pouvoirs de Axo (Alex), Melee (Thao) et Bronze (Trista) sont d'une originalité inégale et, comme pour les Outliers créés par Gail Simone dans Uncanny X-Men, on pense parfois qu'il aurait mieux valu s'occuper de personnages déjà existants et négligés dans le riche vivier des (jeunes) mutants plutôt que d'en inventer de nouveaux voués aux oubliettes.

Mais Ewing nous les rend plus attachants, sympathiques et profonds que les quatre protégés des Uncanny X-Men, d'abord parce qu'elle ne cherche pas à les réduire à des caricatures ni à se conformer à un agenda woke exaspérant. La façon dont Axo est employé dans cet arc est à cet égard exemplaire, passant de victime facile à joker inattendu.

Ces épisodes sont illustrés par Carmen Carnero qui est en grande forme. Sa narration graphique est un modèle de lisibilité et de fluidité. Elle sait, en une case, camper un personnage charismatique et animer un groupe avec la même facilité. Son réalisme plutôt académique n'est jamais figé grâce à un trait très souple, proche de l'esquisse (d'ailleurs son "encrage" est invisible).

Tout juste reçoit-elle le soutien de sa remplaçante Federica Mancin sur le #10, mais les transitions sont habiles (Mancin s'occupe des pages dans le subconscient de Sinister, Carnero des pages dans notre dimension). Et Nolan Woodard est toujours impeccable aux couleurs.
  

Alors qu'ils se baladent dans un parc, Alex, Trista et Thao remarquent une curieuse petite sphère lumineuse dont sort soudain Tank, un mutant agressif. Ils le maîtrisent avec le renfort d'Ironheart qui analyse ensuite la sphère et découvre qu'il s'agit d'un portail spatio-temporel non pas créé mais utilisé par Tank. Les trois jeunes mutants s'éloignent mais peu après Kitty, passant dans le coin, disparaît dans ce portail...
 

Idéalement, tant qu'à être annulée, la série aurait dû s'arrêter au dixième épisode, puisque c'était le seuil fixé par Brevoort pour poursuivre ou arrêter un titre à son arrivée sur la franchise X. Qu'est-ce qui a motivé l'editor pour accorder une rallonge à Eve L. Ewing ? Et qu'est-ce qui a pris à la scénariste pour pondre trois épisodes aussi lamentables ?
 

Car, oui, la fin de Exceptional X-Men est d'une nullité étonnante. Cette intrigue à base de portail spatio-temporel et de voyage dans le passé n'est faite ni à faire. Il n'y a rien à sauver dans ce récit qui gâche tout ce qui a été accompli auparavant. Rien ne peut expliquer ce qui est passé par la tête de la scénariste ni pourquoi Brevoort a quand même accepté que ces épisodes soient finalisés.

Federica Mancin, désormais dessinatrice à part entière du titre, réalise des planches très inégales, parfois tout juste correctes, parfois plus solides, mais la comparaison avec Carnero est clairement en sa défaveur. C'est un peu le problème de Marvel qui recrute beaucoup de dessinateurs encore en formation et qui manquent cruellement de technique mais qui, ainsi exposés, ont peu de chance de séduire les fans.

Bref, mieux vaut ignorer cette conclusion. Exceptional X-Men se termine vraiment au #10. Tout ce qui vient après n'existe pas.

EXCEPTIONAL X-MEN, VOLUME 1 : DUTY CALLS (Eve L. Ewing / Carmen Carnero)


EXCEPTIONAL X-MEN, VOL. 1 : DUTY CALLS
(Exceptional X-Men #1-5)


Kitty Pryde a laissé sa vie de X-Man derrière elle après la chute de Krakoa. Elle s'est installée à Chicago où elle partage en co-location un appartement avec Priti et travaille comme serveuse dans un bar. Un soir qu'elle se rend à date, elle assiste au refoulement d'une jeune fille, Trista Marshall, à l'entrée d'une boîte de nuit et découvre qu'il s'agit d'une mutante. Le vigile va la rudoyer et Kitty la tire de ce mauvais pas.


Quelque jours plus tard, Kitty assiste à un match de football dans une université en compagnie de Nina lorsqu'un jeune mutant, Alex Luna, est pris à partie par des étudiants dans les gradins. Une joueuse, Thao Tran, vient prendre sa défense mais la situation dégénère en bagarre. Kitty est obligée d'exfiltrer les deux jeunes. Le soir venu, ils viennent frapper la porte de son appartement en compagnie de Trista.


Mais Emma Frost surgit et s'apprête à emmener les trois adolescents à qui elle veut offrir un entraînement. Pour ne pas qu'ils soient sous son emprise, Kitty accepte d'être le co-mentor et Priti, sa co-loc', les invite à s'installer dans une salle de danse qui lui appartient. Peu de temps après, Bobby Drake/Iceberg s'invite dans la partie, éveillant les soupçons de Kitty sur sa présence...


Je poursuis mon retour aux origines de From the Ashes, la refonte des séries X sous la houlette de Tom Brevoort après la fin de l'ère Krakoa. Je pense toutefois m'en tenir là pour cette rétrospective, n'ayant pas la motivation pour relire X-Force (par Geoffrey Thorne et Marcus To). Toutefois j'avais gardé un bon souvenir de Exceptional X-Men et j'ai voulu vérifier ce qu'il en restait.


Déjà, contrairement à X-Factor (et X-Force), cette série ne fut pas annulée au bout de dix épisodes, mais dura jusqu'au 13ème numéro. Une rallonge inattendue vu qu'elle se vendait moyennement. Peut-être est-ce pour cela que, contrairement à Mark Russell et Geoffrey Thorne, Eve L. Ewing est restée dans les petits papiers de Brevoort qui lui a confié la mini-série X-Men United, qui démarre le mois prochain.

Exceptional X-Men est une autre série atypique, signe que Brevoort cherchait quand même à (un peu) expérimenter. Toutefois cela n'a donc pas suffi à convaincre les fans. Ce que proposait Ewing, c'était un peu ce que ne réussit pas à faire Gail Simone, à savoir présenter de jeunes mutants inédits et les rendre attachants, dans un récit avare en action spectaculaire.

C'est l'archétype de la série character's driven : il faudra attendre le deuxième arc pour qu'un méchant apparaisse et que l'histoire prenne un tournant plus dynamique. Avant cela, Eve L. Ewing raconte ce que sont devenus deux des X-women les plus emblématiques après la chute de Krakoa. Et cela devait assurer l'argument principal de la série.

D'un côté Kitty Pryde qui, traumatisée par les événements et ses actes (elle a tué à plusieurs reprises des agents d'Orchis), a raccroché complètement : elle vit à Chicago, en co-location avec une autre jeune femme, travaille comme serveuse. Mais la réalité la rattrape quand elle se met à aider trois jeunes mutants... Dont elle refuse pourtant de devenir le mentor.

De l'autre Emma Frost qui a toujours eu à coeur d'enseigner à de jeunes mutants comment survivre dans un monde qui les hait mais qui a entretenu longtemps une relation compliquée à la fois avec la bonne méthode pour les former et avec Kitty Pryde (même si les deux étaient devenues amies durant l'ère Krakoa).

Finalement les voilà retravailler ensemble. C'est la grande réussite de la série : Ewing réussit merveilleusement à explorer les rapports conflictuels entre ces deux profs et leurs élèves, entre les élèves eux-mêmes, à les caractériser de façon subtile. On n'a même plus besoin de créer un ennemi, la série se lit toute seule et très bien grâce à ce style intimiste.

L'irruption de Bobby Drake/Iceberg vient ajouter du piment à cette recette : d'abord parce que lui et Kitty furent amants (avant que Marvel ne décide que Bobby soit gay -encore une conversion sortie de nulle part), qu'il fit partie des Maraudeurs version Krakoa (sous la direction de Kitty et Emma), et parce qu'on ignore pourquoi il apparaît subitement (mais le mystère sera vite levé et aura des conséquences fâcheuses).

Trois X-Men connus donc et trois inconnus : il n'en faut pas plus pour que Exceptional X-Men soit une des meilleures séries de l'ère From the Ashes. Certes, le rythme est tranquille, la narration un peu décompressée, mais c'était un titre vraiment chouette. En cinq épisodes, on avait là les prémisses d'une histoire prometteuse, qui sortait des sentiers battus.

En prime on avait Carmen Carnero au dessin, tout juste après Captain America : Sentinel of Liberty. L'artiste italienne s'est imposée en quelques années comme une des meilleures et aussi, ce qui n'est pas rien, comme une des plus régulières : elle enchaînera dix épisodes (même si sur le 10ème elle était aidée par Federica Mancin qui lui succédera jusqu'à la fin).

Carnero a un trait d'une élégance rare, très expressif, très naturaliste. Ses personnages ont tous une apparence propre, réaliste, même quand, dans le cas d'Alex Luna, il se distingue des autres plus nettement. Ses décors sont soignés et son découpage se distingue par une vraie fluidité et des trouvailles de première classe.

Marvel a eu le nez creux en la récupérant (elle végétait chez DC auparavant) et la chouchoute depuis (elle dessine désormais Iron Man dont la relance par Joshua Williamson a débuté le mois dernier). Et surtout il ne la sépare pas de son coloriste favori, Nolan Woodard, qui sait valoriser son dessin avec une palette sobre et nuancée.

Une excellente surprise donc. Suite et fin dans le tome 2.