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samedi 4 avril 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC (Kelly Thompson, Jamie McKelvie/ David Lopez, Jacopo Camagni, Jamie McKelvie)


CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC
(Captain Marvel #27-30)


- STRANGE MAGIC (Kelly Thompson / David Lopez, Jacopo Camagni) - En 2052, Carol a rencontré la fille de James "Rhodey" Rhodes... Et découvert qu'elle n'était sa mère. Pour ne pas compromettre la paternité de Rhodey, Carol a préféré le quitter. Dévastée, elle ne quitte plus son appartement et ne répond plus aux appels de Jessica Drew. Celle-ci la force à se ressaisir en l'inscrivant à un speed dating. La soirée tourne au fiasco et Carol finit dans un bar où elle trouve Dr. Strange... Avec qui elle finit la nuit au lit !


Après cette aventure sans lendemain, Carol pense avoir trouvé une solution pour empêcher le futur apocalyptique qu'elle a connu de se produire. Ove tirait sa force d'une combinaison entre la magie de sa mère, Amora l'Enchanteresse asgardienne, et d'Atlantis. Carol demande donc à Strange de lui enseigner la magie pour retrouver et vaincre Ove. Il refuse catégoriquement.
 

Carol se tourne vers d'autres super héros aux pouvoirs magiques qui suivent l'avis de Strange. Elle décide alors de solliciter Amora elle-même, sans lui révéler qu'elle compte éliminer son futur fils...


C'est un tome très court que ce sixième volume de la série puisqu'il ne compte que quatre épisodes, quand bien même le trentième est plus long puisqu'il possède une back-up story. Toutefois, malgré sa brièveté, il est bien meilleur que le précédent tome.

A vrai dire, on regrette surtout que Kelly Thompson n'ait pas produit une seule et même histoire comprenant les épisodes 22 à 30 car on a bien là la suite et fin de l'arc The New World. Et ainsi composée, cette histoire devient plus complète, plus palpitante. C'est un peu un acte manqué, mais au final la scénariste réussit un exploit en rattrapant son coup.

A la fin de la précédente aventure donc, Carol décidait de rompre avec Rhodey car elle avait rencontré dans le futur la fille de ce dernier et elle n'en était pas la mère. On retrouve donc Carol en pleine dépression. Jusqu'à ce que Jessica Drew/Spider-Woman prenne les choses en main. Sans mesurer les conséquences.

L'épisode qui ouvre ce tome (le #27) est une merveille de drôlerie, qui prouve de quoi Kelly Thompson est capable quand elle s'adonne à la comédie, un registre où elle a déjà brillé (notamment quand elle écrivait West Coast Avengers). Les scènes s'enchaînent à un rythme soutenu, provoquant les rires par le drame qu'endure l'héroïne et les moyens que met en oeuvre sa meilleure amie pour qu'elle aille mieux.

Une soirée de speed dating calamiteuse plus tard, Carol finira dans le lit de Stephen Strange (qui, comme Matt Murdock, est quand même un gros queutard). Mais Thompson n'a pas fait cela que pour la déconne - au contraire : elle va exploiter cette péripétie pour construire le récit qui suit et où Captain Marvel doit s'initier à la magie pour espérer empêcher le futur catastrophique qu'elle a vu de se produire.

Le twist, assez épatant, que la scénariste va trouver, c'est de pousser Captain Marvel vers l'Enchanteresse pour neutraliser Ove, c'est-à-dire le futur fils d'Amora elle-même. La ruse fait long feu et aboutira à une confrontation musclée et une résolution trouble. Mais l'ensemble est redoutablement efficace et tordu à la fois.

David Lopez, qui avait été le partenaire privilégiée de Kelly Sue DeConnick lorsqu'elle écrivait Captain Marvel, revient donc sur le titre pour dessiner l'épisode 27. Ses personnages très expressifs, son trait rond, limite cartoony, sa narration simple et directe, font des merveilles jusqu'à la chute irrésistible. Il faudrait vraiment qu'un jour le run de DeConnick et Lopez soit réédité en vo.

Puis c'est Jacopo Camagni qui s'occupe des trois épisodes suivants. C'est assez poignant de lire ses planches puisque ce jeune artiste est mort récemment (le 1er Mars 2026) à seulement 48 ans. Très actif, il avait une grande carrière devant lui et Marvel venait de lui confier une nouvelle série (Generation X-23).

J'ai découvert Camagni quand il a succédé à Valerio Schiti et Stefano Caselli sur le titre S.W.O.R.D. (écrit par Al Ewing). Il avait ce trait élégant et expressif, d'une suavité assez exceptionnelle, qui en faisait un excellent narrateur graphique. Ici, déjà, il faisait preuve d'un grand talent, notamment dans les passages les plus drôles, mais aussi dans les scènes d'action qu'il savait rendre très puissantes.

Tout concourt à faire de ces épisodes et de cet arc une franche réussite.  

*

- RIPPLES (Jamie McKelvie) - Après les récentes épreuves qu'elle a traversées, Captain Marvel décide de rendre visite à Ms. Marvel (Kamala Kahn). Elle veut savoir pourquoi la jeune fille la considère comme un modèle super héroïque alors qu'elle a l'impression d'accumuler les erreurs...


Pour fêter le trentième épisode de la série, Marvel a confié au dessinateur Jamie McKelvie (Young Avengers, The Wicked + The Divine) une back-up story d'une dizaine de pages où il est aussi scénariste. Et c'est une jolie démonstration.

McKelvie avait un sujet tout trouvé en montrant une rencontre entre Carol Danvers et sa super fan Kamala Kahn alias Ms. Marvel. Il interroge cette dernière sur les raisons pour lesquelles elle a repris l'ancien alias de Carol et pourquoi elle la trouve exemplaire. C'est l'occasion d'une balade dans le quartier où habite Kamala et d'un dialogue à bâtons rompus, à la fois touchant et franc.

Le résultat est vraiment concluant : si McKelvie est un peu bavard, il explicite clairement et intelligemment pourquoi Captain Marvel, en plein doute, inspire Ms. Marvel. Pas de grande déclaration grandiloquente ni d'effusion, mais un échange à la fois drôle et émouvant entre deux super héroïnes, deux générations, une même vocation.

Visuellement, c'est bien entendu magnifique. McKelvie est un artiste prodigieux et bien trop rare (sa série chez DSTLRY, One For Sorrow, est en suspens depuis Novembre 2024 !), raison de plus pour savourer chaque planche. C'est beau à tomber à la renverse tout simplement. Espérons qu'il refera vite parler de lui.

Voilà, c'était la dernière critique sur cette série, dont je n'ai pu me procurer que les six premiers tomes. Si je peux acquérir les suivants pour un bon prix, je reprendrai ces reviews en espérant boucler le run de Kelly Thompson. 

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 5 : THE NEW WORLD (Kelly Thompson / Lee Garbett)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 5 : THE NEW WORLD
(Captain Marvel #22-26)


Alors qu'elle part récupérer un vaisseau spatial avec War Machine, Spider-Woman et Hazmat, Captain Marvel se trouve propulsée en 2052. Dans ce futur post-apocalyptique, elle retrouve des connaissances comme Emma Frost, des amies comme Jessica Drew et les enfants de plusieurs héros morts au champ d'honneur.


On lui apprend qu'un certain Ove a bâti une cité prospère mais qu'il n'est pas digne de confiance car il refuse d'expliquer comment il a réussi ce prodige dans un environnement devenu si hostile. Captain Marvel décide de le rencontrer et elle est accompagnée par un petit groupe de volontaires. Ils découvrent que Ove est le fils de Namor et d'Amor l'Enchanteresse...


Ce cinquième tome de Captain Marvel montre un net recul dans l'inspiration de sa scénariste, Kelly Thompson. En effet, l'intrigue rappelle furieusement celle du tout premier arc de son run quand, déjà, Captain Marvel se vit téléportée dans un New York complètement ravagé, sous la coupe d'un mâle alpha contre qui elle allait se rebeller avec ses meilleures amies.


Ici, on a peu ou prou la même situation, à ceci près que Thompson ne fait même pas l'effort de trouver une explication un peu fouillée pour envoyer son héroïne dans un futur post-apocalyptique (elle est piégée par des espèces de tentacules noires surgissant d'un vaisseau spatial échoué dans une forêt et hop !). On sent bien qu'il s'agit d'un artifice grossier pour aller au plus pressé.


Par ailleurs, il est fait référence à un récit qui n'est intégré ni dans le trade paperback en vo ni dans l'album en vf : il s'agit du one-shot Captain Marvel : The End, écrit par Thompson et dessiné par Carmen Carnero où, après des années passées loin de la Terre, Carol Danvers y revient et se sacrifie en régénérant le soleil pour éviter une nouvelle période glaciaire et fatale aux survivants de l'humanité.

Bref, c'est mal foutu, d'autant plus que Captain Marvel : The End ne sera disponible en recueil en vo que dans le premier omnibus de la série en 2023. Ou alors vous avez de la chance et vous réussissez à le choper d'occasion sur un site de vente en ligne, mais moi, je n'y suis pas arrivé.

La suite du scénario n'est pas plus brillante : l'histoire est décompressée au possible, manque cruellement de rythme, le dénouement est convenu. Des flashbacks émaillent le tout, de façon tout aussi poussive. Le casting met en scène quelques visages connus (Emma Frost, Jessica Drew, Luke Cage) et une multitude d'enfants de super héros morts mais sommairement caractérisés.

C'est donc une grosse déception, comme si Kelly Thompson était en panne et avait voulu gagner du temps en reproduisant un schéma que les fans de la série n'avait pu oublier. Alors certes on peut se dire que le fils de Namor et ses manigances ont un peu d'allure que l'Homme Nucléaire, mais en fait pas vraiment. Dans les deux cas, on a affaire à un méchant caricatural dont les plans machistes et mégalos font pitié.

Pour illustrer cet arc, Lee Garbett est de retour. Il fait ce qu'il peut mais il ne peut pas sauver une intrigue médiocre. Il s'est pourtant investi en designant les nouveaux personnages, mais le résultat est très inégal, on sent qu'il n'a pas disposé de beaucoup de temps ou alors qu'à lui aussi l'imagination a fait défaut.

C'est Belén Ortega qui signe les flashbacks et elle soigne ses planches : les décors sont fouillés, les compositions inventives, le trait souple même si un peu maladroit parfois (sur les expressions des visages ou les proportions). Depuis cette dernière se fait une petite place chez DC (où elle a récemment collaboré sur la mini Trinity Daughter of Wonder Woman, écrite par Tom King).

On ne peut même pas être méchant en critiquant ces épisodes, ça ne servirait à rien. On les lit en se demandant ce qui s'est passé, comment une telle sortie de route a pu se produire, et on achève l'histoire en espérant un sursaut pour la suite. Et je vous rassure, il aura lieu. Mais tout de même, quel dommage, quel gâchis.

mercredi 25 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 4 : ACCUSED (Kelly Thompson / Francesco Manna, Cory Smith)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 4 : ACCUSED
(Captain Marvel #17-21)


Carol Danvers a invité Wolverine, Spectrum, Hazmat et Spider-Woman chez elle pour disputer une partie de poker. Ms. Marvel arrive en retard et découvre qu'il ne s'agit pas du tout du jeu de société auquel elle pensait. Elle propose à toute la tablée un autre divertissement : participer à un escape game à New Jersey...

Depuis le n°51 de Marvel Two-in-One de Mai 1979, les parties de poker entre héros sont devenues une sorte de tradition (au moins autant que les matchs de baseball chez les X-Men). Kelly Thompson offre donc à ses personnages favoris une pause avec cet épisode où Carol Danvers (qui était présente dans le fameux épisode initial) invite à sa table Wolverine, Spider-Woman, Spectrum et Hazmat.

La scénariste, avec malice, détourne l'exercice avec Ms. Marvel, la plus grande fan de Captain Marvel et qui ne pensait pas du tout que c'était à ce genre de jeu que s'adonnait son idole. La soirée entraîne la bande dans un escape game à New Jersey et la suite est aussi farfelue qu'on peut le souhaiter. Certes, c'est sans aucune ambition, mais ça reste marrant et c'est tout ce qui compte.

Francesco Manna illustre cet épisode léger comme une bulle avec un trait très expressif qui achève tout tentative de prendre cela au sérieux. Parfois l'artiste frise la caricature, mais on ne s'en formalisera pas. Sa narration est dynamique et souligne la bonne humeur du script et la complicité des protagonistes. Avec à la fin un clin d'oeil rigolo à Captain America...


Sous le règne de Dorrek VIII alias Hulkling, les kree et les skrulls, ennemis héréditaires, se sont réunis en un seul empire. Mais celui-ci est à présent menacé par les Cotati, autrefois réduits en esclavage par les kree. Tandis que les Avengers et les Fantastic Four tentent de mettre fin au conflit, Captain Marvel se voit nommer Accusatrice kree, la plus haute autorité après l'empereur.


Dorrek VIII lui confie la mission d'aller sur une planète où se trouve K'in-Al, une cité sanctuaire dévastée récemment. Captain Marvel arrête rapidement la coupable, un soldat kree mais découvre qu'il s'agit de sa demi-soeur, Lauri-Ell, dont elle ignorait l'existence. Refusant de croire qu'elle a pu commettre une telle atrocité, elle décide d'enquêter avec l'aide de War Machine, Spider-Woman et Hazmat...


Le reste du sommaire est exclusivement consacré à des épisodes tie-in à l'event Empyre. Quand celui-ci paraît, le monde est en pleine pandémie de Covid et l'industrie des comics subit un brusque coup d'arrêt. De nombreux numéros prévus pour accompagner cette saga resteront longtemps sans être publiés et pour certains même, inachevés (tout ce matériel est désormais disponible dans la version Absolute de l'event).


Empyre n'a pas été un bon event : co-écrit par Al Ewing et Dan Slott (et dessiné par Valerio Schiti), l'histoire partait dans tous les sens, entre la vengeance des Cotati (anciens esclaves des kree) et résolution drastique proposée par l'alliance kree-skrull (rien de moins que l'explosion de notre soleil pour débarrasser l'univers des Cotati !).

Kelly Thompson a eu de la chance : les épisodes qu'elle a écrits ont tous été finalisés et mis en vente sans problème. Et la scénariste a été maligne : au lieu de concocter une intrigue trop connectée à la saga principale, elle a développé un récit rapide et bien fichu qui reste concentré sur son héroïne, promue en pleine crise Accusatrice kree.

Les Accusateurs kree sont à la fois des flics, des procureurs et des bourreaux. Munis d'un marteau imposant, ils peuvent déterminer si l'accusé qu'il désigne est vraiment coupable ou non et donc le châtier. Mais leur arme est si puissante qu'elle fausse souvent leur jugement en faveur d'une justice plus expéditive.

Dans un premier temps on est amené à constater l'influence du marteau sur Carol Danvers, alors d'autant plus mal à l'aise dans son rôle. Puis quand elle se découvre une demi-soeur, dont elle ignorait l'existence et qui serait responsable de crimes abominables, elle s'en remet davantage à son coeur qu'à son instrument et préfère mener l'enquête.

Lauri-Ell séjourne donc sur Terre et Thompson brille dans ce qu'elle fait très bien : montrer tout le décalage, souvent comique, entre notre monde et un élément qui lui est extérieur. Par exemple, ici, Lauri-Ell est convaincue que Carol tente d'empoisonner son chat car sa pâté sent affreusement mauvais. Elle décide donc d'aller lui acheter des aliments plus appétissants, alors que Carol lui a interdit de sortir.

En parallèle, Carol réunit sa bande - Spider-Woman, Hazmat, War Machine - pour qu'ils l'aident dans ses investigations. Avec le concours de Dr. Strange, les voilà à leur tour équipés d'avatars de marteau d'accusateur. Cette partie-là se dénoue rapidement avec beaucoup d'action, mais un vilain comme souvent avec Thompson décevant.

Puis les deux lignes narratives se recoupent à la fin quand la bande rentre sur Terre et retrouvent Lauri-Ell en pleine baston avec les Cotati. L'ensemble est donc inégal mais demeure quand même très plaisant. Thompson n'est pas la scénariste la plus douée pour construire des intrigues originales avec des adversaires d'envergure intéressants. En revanche, elle s'en sort bien mieux quand elle se concentre sur les liens amicaux/amoureux entre ses héros.

Autour de Captain Marvel, chacun a son rôle : Hazmat est l'apprentie, Spider-Woman la bonne copine, War Machine l'amant. Et désormais Carol a une demi-soeur, introduite de façon habile et attachante. Alors qu'on pourrait déplorer l'absence de personnages normaux, simplement humains, sans super pouvoir, Thompson fait de ce groupe une petite famille très sympathique.

Cory Smith est un jeune dessinateur qui a débuté professionnellement en 2015 mais que Marvel a su exploiter très vite en lui confiant surtout des séries cosmiques (Guardians of the Galaxy, Star Wars, Thanos Legacy). Il est ici encré par Adriano di Benedetto et leur duo fonctionne excellemment. Les planches sont très ouvragées, riches en détails, sans jamais perdre en énergie et en fluidité.

Depuis le départ prématuré de Carmen Carnero de la série, c'est sans nul doute le meilleur artiste à avoir illustré les scripts de Thompson. Pourtant, il ne sera resté que sur ces quatre numéros (Lee Garbett revient ensuite). C'est dommage, mais au moins ça donne envie de suivre le travail de ce dessinateur très solide, très complet.

Un bon tome, très abouti, et qui ne souffre pas d'être rattaché à un event puisqu'on l'apprécie même sans avoir aimé Empyre.

mardi 24 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 3 : THE LAST AVENGER (Kelly Thompson / Lee Garbett)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 3 : THE LAST AVENGER
(Captain Marvel #12-16)


Qui est cette femme qui s'en prend aux Avengers les uns après les autres ? En tout cas, ni Thor, ni Iron Man, ni Black Panther ne réussissent à la vaincre. She-Hulk résiste plus longtemps et découvre son identité mais, trop surprise, elle est neutralisée aussitôt après. Le commanditaire de ces agressions mortelles est un certain Vox Supreme...


Et en s'emparant des dépouilles de chaque Avenger, il poursuit un objectif précis qui est de créer de nouveaux guerriers kree plus puissants en combinant leur ADN à ceux des héros de la Terre. Même si son exécutrice ne fait pas de quartier, elle paraît agir sous la contrainte car des enfants kree réfugiés en divers points sur le territoire américain sont dans la ligne de mire de son maître...


En entamant la deuxième année de son run sur la série, Kelly Thompson a eu visiblement à coeur d'offrir un point d'entrée aux lecteurs qui n'avaient pas encore eu la curiosité de la lire. Par conséquent, on peut très bien démarrer Captain Marvel par ces épisodes sans avoir lu les onze précédents. J'imagine même que l'expérience peut être jubilatoire...


... Car Captain Marvel est absente de son propre titre. A sa place on suit une succession de batailles épiques entre une femme mystérieuse, le visage entièrement recouvert d'un casque, et qui réussit l'exploit de battre à plate couture des héros aussi puissants que Thor, Iron Man, Black Panther et même She-Hulk !


C'est lors de ce dernier affrontement que le lecteur comprend que cette tueuse redoutable n'est autre que... Carol Danvers elle-même ! J'aurai aimé écrire cette critique sans spoiler cette partie, malheureusement c'est quasiment impossible, ne serait-ce que pour les illustrations accompagnant le texte de cet article.

Mais à défaut de savoir qui s'en prend ainsi aux Avengers, demeure la question essentielle du récit : pourquoi ? Pourquoi Captain Marvel, en plus de se cacher derrière un masque intégral et un costume plus sombre, élimine-t-elle ses co-équipiers ? La réponse paraîtra à certains un peu décevante en fonction des attentes qu'on y attache, mais le résultat, à défaut d'être original, est efficace.

Surtout on devine l'intention derrière cette histoire très riche en action, parfois violente, construite comme un compte à rebours. Lorsque Captain Marvel apparaît dans son propre film en 2019, Kevin Feige insiste lors de la promotion pour que les spectateurs la considèrent comme la plus puissante des héroïnes, suggérant qu'elle jouera un rôle décisif lors de la confrontation attendue entre les héros et Thanos.

Kelly Thompson ne semble pas avoir besoin qu'on lui dise d'insister sur ce même point pour accorder ses violons : il est évident qu'elle aussi veut prouver que Carol Danvers est capable de vaincre quiconque lui barre la route, les Avengers en premier. Et comme Jason Aaron a assemblé une formation redoutable, ce qui s'annonce sera effectivement corsé.

La scénariste démarre pied au plancher en opposant Thor à Captain Marvel, comme une note d'intention qui signifierait au fan que "vous allez voir ce que vous allez voir". Est-ce que ça fonctionne ? Comme dans la majorité des comics super héroïques, tout dépend de votre capacité à croire à l'invraisemblable - la fameuse suspension consentie de crédulité. 

En relisant cette histoire que j'avais découverte au moment de sa parution, je vois bien que Thompson cherche d'abord à se convaincre elle-même, notamment avec Thor (qui est quand même un dieu) et ensuite avec She-Hulk (que Carol réussit à vaincre grâce à l'effet de surprise). Elle est plus inspirée quand il s'agit d'opposer Carol à Iron Man, Black Panther et surtout Captain America.

La scène avec Captain America est la plus réussie du lot parce que le personnage fait montre d'une telle noblesse et d'une telle intelligence face à la situation que tout le récit prend une autre dimension. C'est peut-être pour cela que Steve Rogers est toujours supérieur aux autres : son expérience, son autorité morale, la finesse de son analyse dépassent le commun des héros.

Quant au vilain, Vox Supreme, j'ai appris qu'il était apparu auparavant dans la mini série Death of the Inhumans (de Donny Cates et Ariel Olivetti). C'est un méchant aux motivations génériques, et c'est la faiblesse de ce scénario où le lecteur est plus happé par les combats que livre Captain Marvel que par l'issue de celui qui inévitablement va la voir affronter Vox Supreme.

C'est un peu la faiblesse de Thompson (mais pas qu'elle) : un manque d'imagination pour inventer de vrais bons adversaires, à la fois originaux et vraiment dangereux, qui fassent douter le lecteur du sort de la bataille. Parfois, elle développe une idée séduisante et accrocheuse (comme Star, dans le tome précédent). Parfois, elle sort quelque chose d'un peu trop quelconque (l'Homme Nucléaire).

Carmen Carnero partie, c'est donc à Lee Garbett que Marvel confie la partie graphique. Sa prestation sur le titre se limitera à deux arcs (celui-ci et celui du tome 5). C'est un choix astucieux dans la mesure où son style ne tranche pas trop avec celui de Carnero. Il est plus direct dans sa narration, son trait est plus simple mais en conservant Tamra Bonvillain aux couleurs, la cohérence est préservée.

Garbett a pas roulé sa bosse depuis ses débuts en Angleterre et ses va-et-vient entre DC et Marvel. Ce n'est sans doute pas l'artiste le plus remarquable qui soit, mais son travail est toujours impeccable, il s'adapte facilement aux scripts qu'on lui confie. Ce que confirme sa collaboration avec Kelly Thompson. Inutile d'ajouter que j'attends beaucoup de son passage sur Daredevil, en compagnie de Stephanie Phillips à partir d'Avril prochain.

L'ensemble de ce tome 3 est donc un peu inégal, mais demeure fidèle à l'essence du run de Kelly Thompson, qui sait composer de vrais page turner, et réussit à animer Captain Marvel comme une héroïne aussi divertissante que les vedettes des Avengers.

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 2 : FALLING STAR (Kelly Thompson / Annapaola Martello, Carmen Carnero)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 2 : FALLING STAR
(Captain Marvel #6-11)


La Guerre des Royaumes bat son plein. L'elfe noir Malekith  et ses troupes ont déferlé sur la Terre et les super héros tentent de contenir l'invasion. Captain Marvel est appelée en renfort par Black Widow qui, en attaquant, l'Enchanteresse, a une vision de sa défaite. Pour cela, elles doivent s'allier au Dr. Strange. Mais leur ennemie va leur jouer un mauvais tour...


En 2019, Jason Aaron est aux commandes de l'event Marvel War of the Realms, point culminant de son long run sur le titre Thor. Plusieurs autres séries sont impactées et les scénaristes sont obligés de composer avec cette intrigue pour quelques numéros. Un exercice ingrat dont on devine qu'il n'a pas inspiré Kelly Thompson dans les deux épisodes qui ouvrent ce tome 2.

On jettera donc un voile pudique sur le résultat, très poussif, et qui ne mérite qu'on s'y arrête que pour un gag, ce qui est très insuffisant pour justifier la quarantaine de pages à lire. L'Enchanteresse lance en effet un sort contre Dr. Strange et Captain Marvel et chacun se trouve dans le corps de l'autre. Si Strange est fasciné par la puissance de Carol Danvers, cette dernière s'énerve de ne pas maîtriser la magie.

Il faudra quand même un jour que les éditeurs renoncent à ces tie-in ridicules et pénibles à lire. Qu'ils fassent des events, mais arrêtent de parasiter les séries régulières avec. Même le dessin ici ne sauve rien : Annapaola Martello rend une copie très insuffisante, bourrée de maladresses, de quoi rendre le moment encore plus poussif.

Allez, on passe à la suite.
  

La révélation de ses origines kree vaut à Captain Marvel de gros ennuis : une campagne médiatique l'attaque pour avoir caché cette information et s'interroge sur sa loyauté envers la Terre. Pour ne rien arranger, une nouvelle super héroïne, Star, lui vole la vedette alors qu'elle sent ses pouvoirs la lâcher. Et Minn-Erva, un espionne kree, tente de la convaincre de quitter cette planète pour sauver son autre peuple...


Et la suite, c'est un arc en quatre numéros pour lequel il faut absolument avoir lu le premier tome si vous voulez le comprendre et donc l'apprécier. On peut même affirmer que ces quatre épisodes plus les cinq premiers forment une seule et même saga. Kelly Thompson utilise à la fois des éléments de la mythologie de Captain Marvel tout en créant une nouvelle ennemie pour son héroïne.


Je ne vas pas spoiler l'identité de cette vilaine mais la scénariste s'emploie fort bien à justifier ce qui l'a fait basculer du mauvais côté de la force. L'histoire expose d'abord une véritable descente aux enfers pour Carol Danvers qui voit ses pouvoirs s'affaiblir inexplicablement et au pire moment. Puis elle doit faire face à une campagne médiatique féroce dénonçant ses origines et la raison pour laquelle elle les a dissimulées.


Renvoyée de l'armée dans la foulée, elle perd tout en une semaine. Seules ses amies sont là pour la soutenir et Kelly Thompson rassemble autour de Carol un aéropage féminin bigarré, avec Spider-Woman, Hazmat, Echo, mais aussi Spectrum, She-Hulk ou Jessica Jones. Certaines ne font là que de la figuration mais montre ainsi qu'il existe chez les super héroïnes une sorte de communauté équivalente à celles des surhumains masculins, capables de se souder quand l'un d'eux est en difficulté.

Thompson nous entraîne avec intelligence sur de fausses pistes dans l'enquête que mène Captain Marvel pour comprendre ce qui ne va pas et il faut reconnaître que jusqu'à l'avant-dernier numéro, on est incapable de savoir qui complote contre Carol Danvers et pourquoi. C'est très bien construit, avec une alternance entre moments calmes et scènes d'action musclées.

Carmen Carnero achève, déjà, son passage sur la série en illustrant ces quatre numéros, après quoi elle part dessiner Miles Morales : Spider-Man. Elle se charge du design de Star, cette héroïne et rivale de Captain Marvel (et à qui Marvel donnera même une mini série), et produit de magnifiques pages, très ouvragées, avec un constant souci de dynamisme et d'expressivité.

On se rend compte avec le recul que depuis 2019 Carnero est une des rares artistes que Marvel a su vraiment laisser grandir, sans la trimballer de série en série, sans lui retirer sa confiance, en sachant lui confier des projets à même d'accompagner sa montée en puissance. Sa régularité et son aisance technique parlent pour elle, espérons donc que l'éditeur continue d'être aussi bienveillant.

En arrivant à la fin de ce tome, on atteint les 11 épisodes, quasiment une année de parution. La série est désormais sur orbite et va bien se poursuivre avec le volume suivant, qui accueillera Lee Garbett au dessin et verra Kelly Thompson prendre encore plus d'assurance.

lundi 23 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 1 : RE-ENTRY (Kelly Thompson / Carmen Carnero)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 1 : RE-ENTRY
(Captain Marvel #1-5)


Absente depuis plusieurs mois à cause de missions dans l'espace, Captain Marvel refait parler d'elle sur Terre en affrontant un kraken avec Spider-Woman, sa meilleure amie, à Manhattan. La créature neutralisée est récupérée pour être examinée par Iron Man. Tony Stark explique à Carol Danvers que le grand public ne sait plus quoi penser d'elle et il a organisé pour y remédier une interview avec une journaliste, Ripley Ryan.


Alors qu'elle retrouve autour d'un café James "Rhodey" Rhodes, son amant, Carol est interrompue par cette journaliste puis par l'Homme Nucléaire, un ancien ennemi des Fantastic Four. Elle le neutralise facilement mais lorsque les Avengers viennent le chercher, il active un portail dimensionnel par lequel il s'échappe en prenant Ryan en otage. Captain Marvel le poursuit, le portail se ferme et elle découvre de l'autre côté Manhattan dévasté, sous le joug de l'Homme Nucléaire, mais où plusieurs héroïnes ont organisé la résistance...


Je viens de faire l'acquisition pour un très bon prix des six premiers tomes de Captain Marvel et, en attendant de savoir si je pourrai compléter ce lot à des conditions aussi favorables, j'entreprends d'en faire la critique. Remontons donc le temps jusqu'en 2019 lorsque Marvel confie la série à Kelly Thompson, alors auréolée d'un Eisner award de meilleur scénariste pour Hawkeye...


Thompson a débuté au début des années 2010 en signant des articles pour le site CBR (ComicBookResources) puis s'est faite remarquer en participant à l'anthologie Womanthology : Heroic avec une histoire courte illustrée par Stephanie Hans. Elle obtient ainsi le poste de scénariste sur Jem and the Holograms chez IDW et Marvel l'attire dans ses filets.


Elle fait alors équipe avec Kelly Sue DeConnick sur la mini Captain Marvel and the Carol Corps, qui clôt le run de la première à l'issue de l'event Secret Wars. Puis ensuite donc c'est la consécration critique (plus que commerciale) avec Hawkeye. Marvel lui confie alors la série Captain Marvel. La boucle est bouclée.

Ce qui laisse songeur, c'est que la série en question va durer 50 numéros d'affilée, sans aucun relaunch ! C'était il y a peine sept ans alors qu'aujourd'hui l'éditeur lance n'importe quelle série en donnant 10 épisodes pour que les auteurs la rendent commercialement viable... La performance mérite donc d'être saluée.

En même temps, ce qui va distinguer le run de Thompson, c'est son insouciance. La scénariste avance sans pression, elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Captain Marvel est alors un des piliers dans Avengers de Jason Aaron, et surtout le premier film avec l'héroïne sort la même année que le début de sa prestation sur le titre.

Juste avant cela, Marvel a procédé à une retcon sur les origines de Carol Danvers qui acquit initialement ses pouvoirs en étant exposé au psycho-magnitron qui modifia son ADN. Margaret Stohl avec Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage dans la mini The Life of Captain Marvel révèle que la mère de Carol était une kree tombée amoureuse d'un terrien, la prédisposant donc à devenir une surhumaine.

Thompson mentionne peu cette modification, même si elle la prendra en compte ensuite. Ce qui l'intéresse davantage, c'est de souligner que, kree ou pas, psycho-magnitron ou pas, Carol Danvers a toujours eu la fibre d'une héroïne : c'est à la fois une combattante, un soldat, une pilote de chasse, une guerrière, un leader, une icône. Mais avant tout une femme.

De fait, cet aspect féministe transpire dans tout son run, sans pourtant être revendicatif. Si Captain Marvel a du mérite, ce n'est pas parce qu'elle est une femme dans un monde de super héros essentiellement masculin, ni parce qu'elle est entourée d'autres femmes fortes, mais parce qu'elle prouve par l'exemple que la valeur n'a pas de sexe.

D'ailleurs, comme un symbole, son premier adversaire est le grotesque Homme Nucléaire, dont l'accoutrement, régulièrement (et justement) raillé, et l'ambition (se trouver une reine, c'est-à-dire la génitrice de ses enfants), représente tout ce qui cloche : vilain ridicule (mais coriace), soulignant de manière absurde les différences homme-femme.

Si parfois j'ai râlé contre le fait que Thompson, sous couvert d'écrire des séries avec un personnage principal, en profitait pour signer des team books qui ne disaient pas leur nom, dans Captain Marvel elle met en avant dès le départ une petite communauté autour de Carol Danvers. Elle est entourée par Jessica Drew/Spider-Woman, sa meilleure amie ; James "Rhodey" Rhodes/War Machine, son amant, et Jennifer Takeda/Hazmat, son élève.

Par la suite, cette famille de coeur aura l'occasion de compter d'autres membres, au gré des circonstances, mais sans jamais imposer de nouvelles entrées incongrues. Ici, par exemple, on croise également She-Hulk, Echo, mais elles restent au second plan dans une intrigue qui voit aussi apparaître Malicia, dont le passé est étroitement lié à celui de Captain Marvel.

Ce premier arc est dessiné par Carmen Carnero qui venait de signer son contrat d'exclusivité avec Marvel après avoir trainé chez DC sans s'y être imposée. Formée aux Beaux-Arts de Grenade, elle n'a pas trop attendu (six ans) avant d'être repérée et attachée à une série mensuelle. Si sa prestation a été remarquable, elle ne sera finalement pas tant restée que ça sur le titre (qu'elle quittera au #11).

N'empêche, elle fournit ici un boulot substantiel avec cette histoire où les personnages évoluent dans un décor à la Mad Max, avec des costumes redesignés en conséquence et des coupes de cheveux modifiés. Le trait vif et précis de Carnero plus son sens impeccable du storytelling avec un découpage dont le classicisme vole parfois en éclats sur de magnifiques doubles pages est un régal.

Tamra Bonvillain assure la colorisation dans sa palette énergique qui convient à la fois parfaitement au ton du récit et au style de Carnero.

C'est encore cette équipe qui sera aux commandes du tome suivant, après un diptyque en lien avec l'event War of Realms (issu du run de Jason Aaron sur Thor). Un bon début donc, dispo en vf chez Panini Comics.