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vendredi 2 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 3 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 (Mark Waid, Christopher Cantwell, Morgan Hampton / Dan McDaid, Clayton Henry)


- BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 - Dans le passé, Gorilla Grodd a assemblé la Legion of Doom et explique à ses membres son plan pour vaincre la Justice League. Pour cela, ils doivent dérober plusieurs engins leur permettant de voyager dans le futur mais sans que les héros de l'époque ne s'en doutent...


Bon, on ne va pas se le cacher : ce crossover entre World's Finest et Justice League Unlimited ne tient vraiment pas ses promesses. On est arrivé à mi-parcours et l'histoire n'a toujours pas décollé, on est toujours dans la phase d'exposition et d'explication et ça commence franchement à devenir long, laborieux et ennuyeux.


Vous avez déjà dû lire que, depuis son retour chez DC, Mark Waid a retrouvé des couleurs perdus à la fin de son bail chez Marvel (où il était en conflit ouvert avec plusieurs editors). Et c'est vrai qu'il semble plus heureux, ayant renoué avec la confiance de ses employeurs et bénéficiant de collaborateurs qui le stimulent.
 

Mais le bilan n'est pourtant pas, objectivement, si fabuleux. S'il a bien donné le change avec Batman / Superman : World's Finest, celui qui en a le plus profité, c'est bien Dan Mora qui y a gagné ses galons de superstar. A côté de ça, Waid s'est ramassé sur Teen Titans : World's Finest, un spin-off calamiteux, et a aligné des events comme Batman vs Robin, Lazarus Planet et Absolute Power décevants au bas mot.

Waid se montre certes très productif, mais son travail trahit un manque d'inspiration et une nostalgie, voire un passéisme qui deviennent terriblement lourdingues. Quand il partage réellement avec un artiste comme Chris Samnee sur Batman and Robin : Year One, là, oui, c'est jubilatoire, sans doute parce que Samnee sollicite surtout Waid pour l'aider à développer des scénarios, à les mettre en forme, à les dialoguer.

Mais en dehors de ça, il faut bien avouer que Waid ne tient qu'à son savoir-faire, sa connaissance encyclopédique de l'univers des comics (aussi bien chez Marvel que chez DC), sans dépasser cela par des idées audacieuses. En somme, Waid, aujourd'hui, fait un peu son âge, celui de ces seniors qui chez Marvel sont cantonnées à des récits situés dans le passé mais sur lesquels DC s'appuie pour donner une cohérence à leur univers.

C'est particulièrement flagrant quand on lit cet Annual de World's Finest sur lequel Waid est assisté de Christopher Cantwell (sans qu'on sache très bien qui ce qu'il apporte). Comme je le disais plus haut, l'intrigue de We Are Yesterday n'a toujours décollé et les deux auteurs en sont encore à nous expliquer en détail le plan de Grodd pour vaincre la Justice League.

Le souci, c'est que ces explications sont affreusement barbantes, avec les vols d'engins permettant à la Legion of Doom de voyager dans le temps. Les histoires de voyage dans le temps sont souvent accablantes par leur volonté de justifier les motivations de ceux qui les font et pour tenter de nous faire croire que non, ça n'aura aucune conséquence (alors qu'on sait très bien que c'est le contraire).

Rien ne fonctionne ici : la Legion of Doom qu'on suit ici est composé d'individus tellement psychopathes qu'on ne peut croire qu'ils puissent travailler en équipe et quand ils font l'effort de suivre les ordres, leurs actions sont poussives au possible, sans aucun rythme, sans aucun suspense. Réunir des méchants iconiques pour en faire le groupe ultime de vilains n'est pas une bonne idée.

Grodd apparaît donc comme un gorille particulièrement stupide en recrutant le Joker ou Bizarro, et on n'arrive pas admettre que Lex Luthor en particulier ne va pas le trahir. L'Epouvantail ou Black Manta font de la figuration, Sinestro n'est là que pour éclaircir une scène, Cheetah est sacrifiée, Captain Cold ne sert à rien. C'est vraiment n'importe quoi.

En comparaison de la Legion of Doom que Scott Snyder avait assemblée dans son run sur Justice League, celle-ci fait peine à voir et on ne doute pas une seconde que leurs manigances va aboutir à un échec cinglant... Pareil à ceux que Grodd reproche à ses alliés d'avoir trop souvent connus ! C'est risible, mais pas marrant.

Par ailleurs, bien que Dan McDaid soit un dessinateur intéressant, la copie qu'il rend est indigne de lui et de ce projet. On sent clairement que tout ce salmigondis ne l'intéresse pas le moins du monde et sa mise en images est souvent d'une telle laideur, avec des compositions traitées par-dessus la jambe, qu'on se demande s'il n'a pas voulu communiquer son ennui.

C'est bien simple : il n'y a rien à sauver dans ce naufrage. We Are Yesterday est en train de virer à la catastrophe total. Je ne crois absolument pas qu'on va assister dans les trois prochains chapitres à un redressement spectaculaire. Waid en fait trop en écrivant trop de trucs à la fois, à la chaîne, tout en réussissant, un comble, à ne pas en faire assez pour rendre cette lecture ne serait-ce qu'agréable.

*

- THAT'S THE WAY OF THE WORLD - Comment et pourquoi John Stewart est devenu un Green Lantern alors que qu'il s'y était d'abord refusé...


Cet Annual est complété par un segment dont je ne m'explique pas la présence. Morgan Hampton écrit les origines soi-disant définitives sur John Stewart, le deuxième Green Lantern terrien après Hal Jordan. Je ne savais pas que c'était nécessaire. Mais je ne sais surtout pas ce que ça vient faire là, quelle est l'utilité de cet appendice. 


A moins que John Stewart soit destiné à jouer un rôle crucial pour la suite de We Are Yesterday et que ses origines comme Green Lantern nous instruise sur l'importance de son rôle, rien ne justifie ces quelques planches. Ce n'est même pas que c'est mal écrit, c'est transparent, ça n'apporte rien au personnage (sinon une épaisse couche de pathos).

Clayton Henry illustre tout ça avec soin, mais c'est le moins qu'on puisse attendre de lui.

C'est réellement une curiosité. Mais c'est surtout complètement dispensable.

vendredi 25 avril 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 2 (of 6) - JUSTICE LEAGUE UNLIMITED #6 (Mark Waid, Christopher Cantwell / Travis Moore)


De nos jours. Gorilla Grodd est investi des pouvoirs du Limier Martien et s'en sert pour planifier son attaque contre la Justice League. Pour cela, il va corrompre Air Wave à qui il va faire croire que les héros n'en sont pas. Puis, grâce à son moi passé qu'il contacte, il recrute les membres de sa nouvelle Legion of Doom...


Pour ce deuxième volet du crossover We Are Yesterday, l'histoire se poursuit de nos jours dans les pages de la série Justice League Unlimited. Vous remarquerez que Mark Waid reçoit le renfort de Christopher Cantwell et ce dernier n'est pas venu pour faire de la figuration puisqu'il est crédité comme co-auteur de l'intrigue (tandis que Waid assure seul la rédaction du script).


Sur la forme, cet épisode n'est rien d'autre qu'un long flashback mettant encore une fois au premier plan Grodd. Waid et Cantwell rebondissent sur les répercussions d'Absolute Power, ce dont on ne peut se plaindre puisque ce n'est pas si fréquent qu'un event soit exploité des mois après sa parution.


L'élément dont Waid et Cantwell se servent, c'est le fait que des super-héros ont perdu tout ou partie de leurs pouvoirs sans savoir qui en a hérité. On sait que le Limier Martien a notamment perdu ses capacités télépathiques et il se trouve que c'est Grodd qui les a récupérés. C'est pratique, un peu facile je vous l'accorde, mais bon, ne chipotons pas.


Là où je suis plus réservé, c'est sur la suite. Alors que j'aurai apprécié que l'épisode montre davantage la formation de cette nouvelle Legion of Doom, c'est totalement relégué au second plan. Bon, ce sera peut-être plus développé dans l'Annual de World's Finest qui sort Mercredi prochain, mais ça me semble en tout cas nécessaire vu la bande de psychopathes ici réunie.

Waid et Cantwell se concentrent donc surtout sur la corruption de Air Wave pour justifier qu'il trahisse ainsi la Justice League depuis sa formation. Et, ce qui est étonnant, c'est que les deux scénaristes n'ont pas choisi la simplicité. Alors qu'avec ses nouveaux pouvoirs, Grodd aurait pu facilement laver le cerveau de ce jeune héros, il en va tout autrement.

Les efforts de Grodd paraissent du coup exagérément soutenus pour abuser de Air Wave à qui il fait croire que les héros n'en sont pas et qu'ils méritent donc d'être corrigés. Mais surtout le portrait qui est fait de Air Wave en fait un jeune homme pas seulement gentiment naïf et influençable mais passablement benêt (pour ne pas dire complètement stupide et je reste poli).

Déjà que le personnage sortait un peu de nulle part et ne suscitait pas la sympathie puisque le lecteur savait qu'il était un espion, autant dire que son sort ne s'améliore guère dans cet épisode et, sans trop spoiler, ce qui va lui arriver ne nous émeut pas franchement. Je me demande quand même si Waid, en particulier, n'a pas raté sa cible.

Parce que, imaginons qu'il ait pris un personnage plus important, auquel les fans soient immédiatement plus attachés pour être le traître manipulé par Grodd par des moyens qui plus est plus simples, alors l'émotion et le suspense auraient été bien percutants. Dommage.

Je peux paraître un peu difficile, mais en fait si ce crossover n'est pas non plus mauvais, il manque de piment. Tout ça est trop évident. La première partie, la semaine dernière, dans World's Finest #38 ne ressemblait déjà pas vraiment à un départ canon, et cette deuxième partie continue d'exposer la situation de manière assez molle alors que pour une histoire en six chapitres, ça devrait aller plus vite, plus fort.

Et puis, soyons honnêtes, même avec ce Grodd augmenté, et cette nouvelle Legion of Doom, on ne sort pas des sentiers battus. Waid est pourtant un auteur qui a su prouver son habilité pour donner aux héros des adversaires inattendus. Et honnêtement, malgré son envie de faire de Grodd un méchant redoutable, on a du mal à voir autre chose qu'un super gorille avec un gang de vilains suremployés.

J'espère me tromper et que la sauce prenne, que tout le projet devienne plus savoureux, épicé. Mais ce n'est pas non plus visuellement une folie. Travis Moore est un artiste très élégant, mais je ne le trouve pas à sa place sur un crossover qui se veut ambitieux et punchy. C'est trop propre, trop sage, pas assez musclé.

Je peux comprendre qu'on ait, chez DC, voulu laisser Dan Mora souffler un peu avant le final (dans lequel Waid a promis une double page avec pas moins de 800 personnages - ! - qui montrera que la Justice League est vraiment Unlimited), mais c'est dommage de ne pas avoir mis là-dessus des artistes un peu plus toniques que Clayton Henry et Travis Moore.

Bref, ce n'est pas désagréable du tout, mais c'est plat. Croisons les doigts pour que l'Annual de World's Finest (qui ne sera finalement pas dessiné par Henry mais par Dan McDaid au passage) change la donne.

jeudi 19 décembre 2024

PLASTIC MAN NO MORE ! #4 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)


Sur une jetée de Mammoth City, Plastic Man a réuni son équipe - le Dr. Menlo, Woozie, le Dr. No-Face et Uranium - pour tenter l'opération de la dernière chance afin de les sauver, lui et son fils Luke. Robin tente de les empêcher de déclencher une explosion nucléaire, puis Uranium de retourner Luke contre son père...


C'est le dernier épisode d'une des mini-séries les plus singulières du DC Black Label. Christopher Cantwell, souvenons-nous, avait présenté son projet comme une tentative de faire de Plastic Man un homme mourant et d'inscrire son agonie dans un récit empruntant au body horror. Un défi étonnant quand on sait que l'homme élastique est connu pour son tempérament comique.


Mais justement l'intérêt du Black Label, c'est de pouvoir imaginer les histoires les plus improbables pour les héros, particulièrement les super-héros de second rang. La plupart des mini-séries ne sont pas inscrites dans la continuité, aussi les auteurs se livrent à des expériences en sachant qu'il n'y a aucune limite, surtout pas celle de faire des mélanges improbables.


Le projet de Cantwell n'est pourtant pas si incongru que ça : les origines de Plastic Man ressemblent à une histoire horrifique, avec une cuve de produit chimique qui se déverse sur lui lors d'un braquage et le dote de pouvoirs déformant son corps. Dans un premier temps il va se venger des complices qui l'ont laissé pour mort puis se racheter une conduite en devenant Plastic Man.


La création de Jack Cole aura ainsi une carrière étonnamment longue (83 ans au compteur) et il intégrera même la Justice League, sorte de promotion inattendue. Cantwell a retenu tout ça, l'a versé dans un mixeur et le résultat s'est avéré aussi souple que le personnage, capable non seulement de s'étirer comme son collègue Elongated Man chez DC ou Mr. Fantastic chez Marvel, mais surtout de prendre la forme qu'il souhaite (surtout les plus farfelues).

La notion de mortalité chez les super-héros est rarement explorée puisque, par nature, les super-héros ne meurent jamais - ils ressuscitent même souvent, aussi bien narrativement qu'éditorialement. Ce qui me semble encore plus rare, c'est que leurs pouvoirs soient la cause de leur mort. Evidemment, souvent, les super-héros vivent leurs capacités extraordinaires à la fois comme un cadeau et une malédiction, mais tout compte fait c'est plutôt la première option qui l'emporte.

Dans All-Star Superman, Grant Morrison imaginait ainsi qu'une absorption massive de radiations solaires lors d'une mission de sauvetage dans l'espace condamnait le man of steel. Au lieu des douze épisodes de ce classique, Cantwell a préféré quatre chapitres avec une pagination augmentée pour compresser le calvaire de Plastic Man qui découvre que le produit toxique qui l'a transformé finit par le tuer.

Même dans ses histoires les plus drôles, Plastic Man a conservé une part de bizarrerie trouble et beaucoup d'artistes ont signé des dessins avec ce personnage dans des situations à la fois amusantes et dérangeantes  : je me souviens d'une illustration de Mitch Breitweiser où Plastic Man devenait une plaque d'égout matant sous les jupes des femmes qui marchaient dessus sans le savoir, en faisant de facto un voyeur peu ragoûtant - voir ci-dessous :



C'est ce même sentiment qui anime l'histoire de Cantwell où on voit, au fil des épisodes et des péripéties, un Plastic Man en train de littéralement se désagréger, de se liquéfier. Le dessin au trait gras et aux formes tremblantes d'Alex Lins souligne le malaise que génèrent ces scènes et dans ce dernier épisode, on a droit à quelques ultimes dégradations physiques vraiment malaisantes, ce qui me fait dire que ce n'est quand même pas lisible par tous.

Et pourtant, de ce malaise naît la réussite du projet, parce que Cantwell et Lins vont vraiment jusqu'au bout, il n'épargne ni le personnage, ni le lecteur. Le plan imaginé par Plastic Man et ses complices et délirant et les chances qu'il aboutisse sont ridicules et inquiétantes (on parle quand même de provoquer une explosion nucléaire). Mais tout cette dimension body horror est assumée et culmine dans un final à la fois cauchemardesque et poignant.

Car, in fine, l'histoire est moins celle de l'agonie d'un super-héros que de la faillite et de la tentative de se racheter d'un père. Plastic Man cherche moins à se sauver qu'à sauver son fils, dont il craint qu'il périsse de la même façon que lui : c'est très émouvant.

Et puis, le récit secondaire, c'est celui d'un héros méprisé parce que c'était le clown de service et que la Justice League n'a retenu que ça de lui. Le portrait que fait Cantwell de la Ligue est terrible, d'autant plus que, pour les pages qu'il y consacre, les dessins sont cette fois réalisés par Jacob Edgar et son style proche du cartoon, de Bruce Timm, Ty Templeton, Rich Burchett, naïf, ligne claire.

Plus que jamais on voit Superman, Batman et compagnie complètement sourds et aveugles aux seconds couteaux de leur équipe, à la détresse de Plastic Man suit l'écoeurement de son fils Luke dans une scène dévastatrice.

Mine de rien, donc, Plastic Man No More ! aura été d'une ambition folle mais accomplie. Christopher Cantwell n'est décidément jamais meilleur qu'avec des personnages d'outsiders (comme dans The Blue Flame), et quand en plus il a deux artistes qui le complètent aussi bien, c'est parfait.

samedi 9 novembre 2024

PLASTIC MAN NO MORE ! #3 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)


Après avoir récupéré Uranium, Plastic Man annonce sa démission à la Justice League qui ne prend toujours pas au sérieux la dégradation de son état. Mais la mort des autres Metal Men va pousser le détective Chimp à mener l'enquête pour comprendre ce qui s'est vraiment passé tandis que Plastic Man renoue avec son fils...


Plus cette mini-série avance, plus le projet de Christopher Cantwell révèle sa force inattendue. Ce scénariste semble ne jamais être aussi bon que dans des histoires à la marge : sa production chez les indépendants en témoigne, avec de beaux succès critiques (Everything ; The Blue Flame), alors que quand il travaille pour les Big Two, la méfiance est de mise chez les lecteurs (voir son run sur Iron Man).


Mais avec Plastic Man No More !, il pourrait bien réussir à réconcilier tout le monde. En vérité, Cantwell me fait un peu penser à Al Ewing. Lorsque ce dernier bosse sur de gros titres (pour la gamme X-Men ; sur Immortal Thor), il s'essouffle vite, se sacrifiant pour suivre souvent les idées des autres, alors que lorsqu'il s'intéresse à des personnages plus ingrats (Loki ; Defenders), il fait des étincelles.


Là, Cantwell a pris tout le monde au dépourvu en annonçant vouloir raconter une histoire lorgnant sur e body horror avec Plastic Man, un super-héros réputé pour son côté loufoque. Et pourtant il en tire quelque chose de poignant et d'éprouvant sur un type littéralement en pleine décomposition, physique certes, mais aussi mental, poursuivant pour tenter de se sauver un plan complètement dément.


Ce pénultième chapitre insiste principalement sur ce point puisque Plastic Man a réussi à sauver Uranium, un des Metal Men, dont il compte se servir pour concevoir une bombe atomique qui remédierait à sa déchéance mais surtout sauverait son fils, qui possède les mêmes pouvoirs que lui et est donc susceptible d'être atteint de la même dégénérescence.

Le souci, c'est que pour récupérer Uranium, les autres Metal Men ont péri. La nouvelle n'est pas très bien accueillie par le Justice League, mais sans doute ne s'en formalise-t-elle pas non plus outre mesure dans la mesure où 1/ les Metal Men ne sont pas des membres de leur équipe et 2/ doit-elle se fier au récit de ce pitre de Plastic Man.

Un seul héros prend ça au sérieux : le détective Chimp, qui avait proposé son aide à Plastic Man au tout début, sans succès. Il va se rendre dans l'entrepôt où s'est déroulé le drame et procéder à une enquête minutieuse. Car il a beau être un chimpanzé doué de parole, habillé comme Sherlock Holmes, Chimp est le meilleur détective après Batman. Et ce qu'il va mettre à jour va totalement changer son regard sur ce à quoi est prêt Plastic Man...

Pendant ce temps, Plastic Man renoue avec son fils mais avec une idée derrière la tête... Christopher Cantwell utilise ces péripéties pour souligner que, même avec les meilleures intentions, on peut agir de manière stupide et criminelle. Jusque-là on éprouvait de l'empathie pour son héros et ce qu'il endurait. Mais ensuite, on est, comme Chimp, obligé de reconsidérer ses agissements de façon plus critique.

Et c'est cette ambivalence qui donne sa richesse au récit. Non pas pour enfoncer Plastic Man et le renvoyer à son passé de criminel, mais bien pour son attitude insensée, son irresponsabilité. Au début de l'épisode, sur une planche, avec en gros plan le visage de sa femme découpée en une multitude de cases, on lit tout le ressentiment qu'elle a pour ce mari qui a préféré sa carrière de justicier repenti à sa vie de couple et de famille. Désormais à l'article de la mort, il essaie de recoller les morceaux alors que lui part en morceaux et s'interroge de savoir s'il n'est pas trop tard.

Que reste-t-il à un homme dans sa situation ? Sûrement pas l'espoir d'un pardon, ou même de la compréhension de la part de ses proches. Mais un ultime essai pour que ceux-ci ne souffrent pas davantage à cause de lui, quitte à commettre le pire.

Les dessins d'Alex Lins se font encore plus intenses dans la façon de montrer qu'à la décomposition physique de Plastic Man répond son délitement moral. Ses images ne sont pas flatteuses, ni même belles : il faut l'accepter non pas en se forçant à y voir un effet de style mais bien comme la meilleure manière de correspondre au script. Faire joli à ce stade de l'histoire serait une fausse route. Il faut au contraire souligner la laideur pour indiquer que le héros s'est engagé sur un chemin vertigineux.

Jacob Edgar a peu de place pour s'exprimer, ce qui est à la fois ingrat et normal puisque les scène dont il s'occupe sont réduites. Mais comme depuis le début, c'est le contraste entre son style cartoony et celui plus dirty de Lins qui rend la lecture poignante. Lorsque Edgar met en scène la démission de Plastic Man de la Justice League, il souligne à bon escient le comportement désinvolte, méprisant même de la Ligue face à leur ami mourant. Et c'est d'autant plus fort que le trait rond et naïf du dessinateur donne à ce moment une allure a priori inoffensive.

Comment tout ça va-t-il se finir ? En la matière, on est dans une expectative semblable à celle éprouvée lors de la parution du dénouement de Strange Adventures de Tom King, Mitch Gerads et Evan Shaner, qui imaginait Adam Strange en potentiel criminel de guerre prisonnier de ses mensonges. Le terminus pour Patrick O'Brien a des chances d'être aussi surprenant.

samedi 5 octobre 2024

PLASTIC MAN NO MORE ! #2 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)


Plastic Man a un plan pour s'en sortir mais cela implique de retomber dans ses vieux travers puisqu'il s'agit de kidnapper Uranium, un des Metal Men. Il ment aux autres Metal Men pour s'assurer leur aide car Uranium est actuellement l'otage du Doctor No-Face...


Alors que, à la fin de Absolute Power, Plastic Man, dans la continuité DC, a perdu son pouvoir, il n'est guère mieux loti dans le monde alternatif des histoires du DC Black Label puisqu'il est mourant. Dans le premier épisode de Plastic Man No More !, Christopher Cantwell expliquait que les produits chimiques qui avaient transformé Patrick O'Brien étaient en train de le tuer à petit feu.


Pourtant Plastic Man décidait de se battre pour ne pas mourir. Ou plutôt il allait se battre pour que son fils ne meure pas aussi, puisqu'il a hérité de ses pouvoirs. Avoir conjugué deux thèmes comme la paternité et la mortalité est le pari pris par le scénariste qui, en prime, trait ça sous l'angle du body horror et non de la comédie comme on en a l'habitude avec ce héros.


Si cette approche peut dérouter, elle s'avère pertinente parce qu'être père, ce n'est pas seulement avoir un enfant, un héritier, c'est aussi intégrer qu'il grandira et qu'il perdra son père, rattrapé par l'âge ou la maladie. Je sais de ce quoi parle Cantwell puisque je l'ai vécu et je ne suis évidemment pas le seul dans cette situation.


Mais quand vous lisez une histoire comme ça en ayant traversé cette situation, ce n'est plus un simple divertissement, plus une simple lecture. Et cela pèse sur la manière dont vous critiquez cette histoire. Vous l'appréciez plus intimement, plus personnellement, et cela vous permet d'en voir la vérité ou les artifices.

La question de la parentalité dans les comics est toujours délicate à aborder parce que si un héros devient parent et qu'on voit son enfant grandir, alors cela impacte la temporalité de la série dans laquelle ça se passe. Le héros vieillit puisque son enfant grandit. Or d'une certaine manière la bande dessinée, dans sa grande majorité quand il s'agit de série, produit des personnages immortels, qu'on ne voit pas vieillir, qui existe, pour reprendre l'expression de Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel".

Autrement dit, faire d'un héros de BD un père, c'est l'exposer à sa finitude, à sa mortalité. Les deux notions sont mêlées. On peut faire durer les choses et à cet égard, on peut citer les enfants de Reed et Sue Richards, Franlklin et Valeria, qui ont grandi jusqu'à un certain point mais qui semblent avoir stoppé leur croissance depuis un moment maintenant. Idem pour Damian Wayne qui est un ado depuis un bail. 

C'est troublant parce que, quand un auteur se met à accélérer le processus, de façon plus ou moins habile, les lecteurs le prennent généralement mal (exemple : le vieillissement express de Jon Kent, le fils de Superman et Lois Lane, lors du run de Brian Michael Bendis). Je pense que, bien entendu, la manière de le faire compte, mais il y a autre chose : le lecteur en voyant vieillir les personnages constate son propre vieillissement et personne n'aime s'apercevoir qu'il a des rides et des cheveux blancs. La seule exception tolérée, c'est quand les héros sont saisis dès le début dans un âge avancé (comme les vétérans de la Justice Society of America) : ils nous renvoient alors l'image de seniors vénérables, comme nos grand-parents, et cela ne nous agresse pas.

Là où je veux en venir, avec Plastic Man No More !, c'est que finalement un des rares combats que ne mènent pas les super-héros, c'est contre le temps qui passe - et pour cause, on les en exempte. Mais ici, Patrick O'Brien est confronté à sa fin : il le supporte mal certes, mais ce qu'il ne supporte pas, c'est que le mal qui le ronge puisse aussi tuer son fils. Et donc c'est son combat ici. Avec une solution, improbable et risquée, mais que Plastic Man ne peut pas ne pas tenter.

Christopher Cantwell explore tout ça avec beaucoup d'inventivité, sans esquiver l'émotion qui en découle (voir la scène avec la Dr. Menlo qui raconte son drame personnel avec sa fille, victime d'un accident de la route).

Visuellement, l'alternance de planches entre Alex Lins (pour les 3/4 de l'épisode) et Jacob Edgar (pour les scènes narrées en flashback) fonctionne de manière toujours aussi étonnante. Edgar évoque par son trait clair le style des cartoons de la Warner tandis que Lins, avec un encrage plus épais et le spectacle de la déliquescence de Plastic Man montrée de façon très crue, instille une part de malaise, qui tient autant aux mensonges du héros pour accomplir son plan qu'à la représentation du body horror voulue par Cantwell.

C'est vraiment un projet étonnant, détonant, mais non dénué de profondeur derrière l'emballage purement comics et super-héroïque. Impossible de deviner jusqu'où ça va aller, si ça va bien ou mal finir, mais encore une fois, une série du DC Black Label se distingue.

mercredi 11 septembre 2024

PLASTIC MAN NO MORE ! #1 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)


Patrick "Eel" O'Brian a été un voleur minable et récidiviste jusqu'à ce que, lors d'une arrestation, il chute dans une cuve de produits toxiques. L'expérience l'a complètement changé, physiquement (en le dotant de super-pouvoirs élastiques) et moralement (en en faisant une super-héros). Aujourd'hui, pourtant, il se meurt et craint que son fils, Luke, ne connaisse le même sort...


Voilà une nouvelle mini-série publiée sous le DC Black Label qui ne peut qu'intriguer. Le scénariste Christopher Cantwell (qu'on connait aussi bien pour son run sur Iron Man que pour ses creator-owned comme The Blue Flame ou Everything) s'empare du personnage de Plastic Man sous l'angle du body horror !
 

Créé en 1941 par Jack Cole, Plastic Man a toujours été un super-héros fantasque, ses super-pouvoirs ont inspiré Elongated Man (chez DC) et Mr. Fantastic (chez Marvel), mais ses aventures ont toujours été farfelues et traitées sous l'angle de la comédie. Même quand il est devenu un membre de la Justice League (notamment quand Joe Kelly écrivait la série), c'était le bouffon de la bande.
 

Et d'ailleurs, Cantwell reprend cet aspect dans les flashbacks qui ponctuent son récit, où Superman, Wonder Woman et les autres le trouvent "too much", même quand il leur sauve la vie en interceptant le rayon de la mort du vilain Solaris et qu'il vient ensuite leur demander de l'aide parce qu'il voit sa santé se détériorer rapidement (ce que tout le monde prend pour une nouvelle blague).


Mais Cantwell a en fait raison d'aborder son histoire sous l'angle du body horror, comme dans les films de David Cronenberg notamment (le cinéaste s'est fait une spécialité de montrer les corps mutilés, charcutés, modifiés). Car tout est là dans les origines du personnage.

Comme le Joker, Patrick "Eel" O'Brian voit sa vie changer après avoir chuté dans une cuve remplie d'un liquide dangereux. Mais le Joker, si on s'en tient à Killing Smile d'Alan Moore, était au départ un brave type embarqué dans un mauvais coup et qui a joué de malchance avant de devenir le clown du crime, tandis que Plastic Man état un malfrat récidiviste qui a eu son accident et est devenu un héros, d'abord pour faire arrêter ses complices qui l'avaient laissé pour mort puis pour se racheter une conduite.

De fait, Plastic Man est une sorte de monstre : davantage que Reed Richards ou Ralph Dibny qui peut étendre leurs membres, lui peut prendre n'importe quelle forme, et si, la plupart du temps, il se transforme en quelque chose de marrant, il ne peut recouvrir un aspect humain normal - son costume et les lunettes qu'ils portent sont littéralement une part de lui-même, ses pieds n'ont plus d'orteils. C'est un personnage "cartoonesque" mais tragique.

Cantwell souligne encore cela en rappelant qu'il est aussi le mari de Angel et le père de Luke, mais que sa carrière au sein de la Justice League a obnubilé. Il a plus que négligé sa famille, il l'a laissée tomber pour ses aventures super-héroïques. Il a été un époux lamentable et un père absent. Et cela lui revient en pleine figure au moment où il voit sa fin approcher.

La raison de sa déliquescence (littérale) trouve sa source dans une de ses interventions avec la Justice League contre un super-vilain minable (comme il fut lui-même un bandit de seconde zone) qui lui tire dessus avec un rayon. L'altération de son métabolisme par les produits chimiques dans lesquels il est tombé plus ce rayon provoquent sa lente déchéance. Un experte en biochimie, recommandée par Batman et le Détective Chimp, lui confirme que c'est inéluctable. A moins qu'il ait recours à une autre expérience encore plus dangereuse et au résultat incertain...

Le scénario  de cette mini-série, qui comptera quatre épisodes, est à la fois original, dramatique, mais pas non plus complètement sinistre car Plastic Man ne se résigne pas à la fatalité. Toutefois, l'angle adopté par l'auteur est étonnant et apporte un éclairage inédit et passionnant sur le héros.

Pour l'illustrer, Cantwell a pu s'appuyer sur deux artistes. Jacob Edgar s'occupe des flashbacks : il a peu de pages pour s'exprimer mais son style, qui s'inspire volontiers de celui de Bruce Timm et des dessins animés de Cartoon Network (comme La Ligue des Justiciers, Batman, Ben 10) convient idéalement à la période de gloire de Plastic Man. Les couleurs sont vives, le trait simple et le découpage élémentaire, tout en suggérant déjà un malaise prégnant (quand Plastic Man est frappé par le rayon de Solaris et que cela provoque l'hilarité de ses partenaires de la Justice League). Très bon choix donc pour cet artiste qui avait auparavant collaboré avec Brian Michael Bendis sur The Ones (chez Dark Horse).

Les scènes au présent sont assurées par Alex Lins. Il dessine également en ce moment le nouveau volume de Briar, écrit aussi par Cantwell (pour Boom ! Studios), après la défection de German Garcia. Il a un trait plus épais, comme s'il s'encrait directement au pinceau (mais je pense que c'est une imitation numérique), avec une influence du côté de Becky Cloonan, en plus brut. Cela traduit parfaitement l'état de Plastic Man confronté à son déclin physique, avec un découpage plus nerveux et qui alterne plans larges et serrés dans une construction plus audacieuse.

Les couleurs de Marcelo Maiolo conviennent terriblement bien à l'ambiance du récit, avec une palette privilégiant souvent une tonalité par scène.

Je n'avais, pour être honnête, pas prévu de lire cette mini-série, on m'a prêté le premier numéro, et je l'ai dévoré, accroché par l'approche et le graphisme. J'ai pu me procurer un exemplaire ensuite et j'ai hâte de connaître la suite de ce qui s'annonce comme une nouvelle très bonne surprise du DC Black Label.