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samedi 4 octobre 2025

JSA #12 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


C'est l'heure de vérité pour la JSA : la Société d'Injustice a ouvert un portail interdimensionnel pour que des démons accèdent à notre Terre. Il semble trop tard pour renverser la situation, à moins que des renforts n'arrivent, que Ted Grant prodigue quelques ultimes conseils précieux contre l'ennemi à Kid Eternity et que Dr. Fate récupère son casque...


C'est l'exercice que j'aime le moins : critiquer le dernier épisode d'un arc narratif. Comment faire sans spoiler ? Et d'ailleurs spoiler est-il si grave quand on se doute bien que les méchants vont être corrigés et que les héros vont triompher ? C'est la règle des comics super héroïques, n'est-ce pas ? Et Jeff Lemire n'est pas du genre à bousculer les conventions.
 

Pourtant ce qui risque bien d'en frustrer plus d'un à la lecture de de douzième épisode de JSA, qui marque la fin du premier arc de la relance du titre, c'est bien à quel point le dénouement semble pour le moins expédié. Pour un peu, on aurait envie de dire : "tout ça pour ça !". On se retient tout juste car, malgré tout, la lecture est restée agréable, mais bon sang, on aurait aimé que ce soit plus épique comme épilogue.


Un final comme celui-ci aurait mérité le double de pages au moins pour que la majorité des personnages impliqués depuis le début puisse briller, qu'il y ait de vrais affrontements entre certains adversaires emblématiques, que la menace de ces démons soit plus spectaculaire, dévastatrice... Mais Lemire s'en est tenu aux vingt pages traditionnelles et nous laisse sur notre faim.


Je l'ai souvent dit au cours de ces douze derniers mois à lire JSA, mais, à mon humble avis, Lemire a tout simplement péché par excès de personnages. Et le pire, c'est qu'il en rajoute encore dans ce chapitre, sans en faire rien d'autre que des figurants. J'aimerai qu'à l'avenir il se contienne et qu'il signe des histoires à la fois moins longues et surtout moins peuplées.

Vous allez me répondre que c'est une Société de super héros, pas une simple équipe. Et j'abonderai dans votre sens. De ce strict point de vue, JSA par Lemire est infiniment plus abouti que Justice League Unlimited parce que le concept même de la JSA, c'est justement cette Société de héros, vétérans et nouvelles recrues, sans oublier la classe intermédiaire.

Là où la JLU brasse beaucoup de personnages sans en faire grand-chose d'autre qu'un grand rassemblement de héros, la JSA est une sorte de grande famille avec les grands-parents, les parents, les enfants, les oncles, les tantes, les neveux et nièces, et cela donne à la série des liens plus chaleureux, une dynamique plus simple et complexe à la fois - en bref : une âme.

Cela, Lemire l'a à la fois compris, intégré et mis en scène. Mais je trouve qu'il ait tombé un peu dans la même impasse que Geoff Johns à la fin de son deuxième volume, avec un nombre si important de membres que certains (pour ne pas dire la plupart) manquent de caractérisation et surtout d'espace pour exister.

L'intrigue, elle, est parvenue à créer des difficultés en assez grand nombre pour occuper tout ce monde, mais parfois on a eu certains personnages dont on restait sans nouvelles depuis des mois et vers lesquels Lemire revenait comme s'il se rendait compte qu'il fallait quand même s'en occuper, pas toujours très subtilement.

Relancer une série par une saga pareille était ambitieux, mais peut-être un peu trop, et je pense que des lecteurs ont lâché l'affaire entre temps ou attendu que l'histoire soit complète pour relire l'ensemble d'une traite. Quelle que soit la stratégie choisie, difficile en tout cas de ne pas trouver la fin trop rapide et par conséquent de penser que des péripéties et des personnages auraient pu être écartés pour produire un dénouement plus satisfaisant.

Diego Olortegui a tenu bon la barre sur l'ensemble de la série (et ses fill-in artists ont tous été excellents). Sur les deux derniers épisodes, il a répondu présent et produit des planches très efficaces à défaut d'être grandioses. Toutefois je me garderai d'être sévère avec lui car j'ai conscience des efforts qu'exige de dessiner un team book, surtout comme JSA, et il s'en sort mieux que bien à ce niveau.

Deux réflexions pour conclure : d'abord, la suite sera plus modeste, avec un arc situé dans le passé, aux origines de la JSA et ça n'est pas pour me déplaire ; ensuite sans doute qu'en réduisant la voilure Lemire pourra s'appuyer sur un artiste à la fois et non sur un défilé de dessinateurs, certes très bons mais dont les styles varient trop pour donner une unité visuelle à la série.

Malgré donc des défauts évidents, JSA réussit un beau retour, grâce à un auteur investi et ambitieux, et des collaborateurs généreux dans l'effort. Ce serait vraiment bien que Urban Comics traduise ça, même si, évidemment, JSA manque de personnages moteurs par rapport à Justice League Unlimited et que, de manière générale, l'éditeur français semble avoir renoncé à tout proposer dans les nouveautés DC.

vendredi 5 septembre 2025

JSA #11 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


La JSA se recompose, presque au complet. Mais n'est-il pas déjà trop tard ? En effet Wotan avec la lance de la destinée a ouvert un portail interdimensionnel pour que les démons sans nom envahissent notre monde et permettent à la Société d'Injustice de confirmer leur victoire...


Jeff Lemire est sur le point de conclure son premier arc narratif et il donne au lecteur ce que ce dernier a longtemps désiré et attendu : la reformation presque intégrale de la JSA. Auparavant, le scénariste a consacré son temps, son énergie à éparpiller les membres de cette équipe hors normes, allant jusqu'à faire renaître Infinity Inc. (l'équipe B en quelque sorte).


Si on peut saluer l'ambition de Lemire, il faut bien reconnaître que relancer une série avec une histoire courant sur une année entière de publication, avec un casting pléthorique et une intrigue à tiroirs, a pu montrer quelques baisses de rythme notable, certains épisodes semblant surtout avoir été écrits pour "meubler".


Néanmoins, à une étape de l'arrivée, je trouve que le défi est quand même réussi. Parce que, sur l'ensemble, on ne sera guère ennuyé. Oui, il y a eu des coups de mou, mais jamais au point de d'avoir envie de renoncer pour reprendre la lecture sans sa globalité. A chaque fois Lemire a su fournir au lecteur l'envie d'y revenir, de suivre.


Pour cela, il a prouvé sa connaissance des personnages et surtout son amour pour eux. Il n'en ai laissé aucun sur le bas côté, même s'il a fait un sacrifice important et que, à titre personnel, je regretterai longtemps (bon, en même temps, dans les comics, jamais personne ne meurt jamais longtemps donc il est possible que ce personnage revienne quand même...).

Lemire a aussi réussi quelque chose que peu de ses confrères parviennent à faire : animer des adversaires crédibles et tout aussi bien caractérisés. La Société d'Injustice fait un retour en majesté et le scénario arrive à nous faire croire qu'elle peut vaincre la JSA - ou du moins que la JSA ne sortira pas indemne du combat.

Dans ce pénultième épisode, on assiste donc à la reformation de la JSA. Avec un talent éprouvé pour réunir les pièces du puzzle qu'il a lui-même créé, Lemire sonne la fin de la récré et orchestre une réunion palpitante. Le dispositif qu'utilise l'auteur est ingénieux, chaque membre retrouvé par un ou deux autres conduit aux suivants.

J'ai souvent eu l'occasion de déplorer la médiocrité des team books, aussi bien chez Marvel que chez DC, ces derniers mois pour ne pas féliciter ce qu'a accompli Lemire ici. Non, ce n'est pas parfait, mais c'est bien plus abouti que tout ce que j'ai lu dans ce registre par ailleurs. Encore une fois parce qu'on a un auteur qui connaît bien ses personnages et les aime.

Cet épisode et le suivant seront dessinés par Diego Olortegui, qui n'a jamais déçu sur ce titre. Certes, il a eu besoin de suppléants car avec cette foule de personnages, de décors, et des scènes exigeantes en termes visuels, peu auraient pu tenir la cadence mensuelle. Mais quand il a été présent, il a fait preuve d'un talent indéniable.

C'est encore le cas ici : son découpage est classique mais son efficacité est éprouvée. La lisibilité de chaque scène, le flux de lecture très fluide, la manière de camper chaque héros et vilain, tout cela est excellent. Il y a même un côté old school (même quand les fill-in étaient à l'oeuvre) qui est loin d'être désagréable ou même désuet : simplement une évocation de ce qui faisait les bons comics du bronze age.

Comme quoi, il en va des recettes des bons comics comme des héros les plus anciens : c'est quand on sait bien les exploiter qu'ils sont à leur meilleur. Aucune raison de craindre un dénouement qui ne soit pas à la hauteur dans les mains de tels experts.

vendredi 4 juillet 2025

JSA #9 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Scandal Savage rattrape Dr. Mid-Nite qui tire sur un brancard de fortune le corps sans connaissance d'Obsidian... Lequel a l'esprit coincé dans un labyrinthe en compagnie de Jakeem Thunder... Dr. Fate tente de remobiliser Yolanda Montez... Et Alan Scott commet une bourde énorme...


Cet épisode, disons-le, tout net, rassemble le meilleur et le pire du run de Jeff Lemire. Il est très efficace et maladroit à la fois. Il témoigne de choix narratifs audacieux et confus en même temps. Il prépare le dernier tiers de ce premier arc narratif (en douze épisodes, je le rappelle) et veut quand même ne pas y aller trop vite.


Entendons-nous bien : JSA selon Jeff Lemire est de loin le meilleur team book de DC sur le marché actuellement. Il est certes moins immédiatement accrocheur que Justice League Unlimited, mais avec un concept similaire (une équipe pléthorique et multi-générationnelle) il fait mieux le boulot, avec une histoire à la fois trouble (il y a des traîtres dans l'équipe) et limpide (on sait qui sont les méchants).
 

Surtout Lemire fait en sorte de consacrer du temps à tous ses personnages, et dieu sait qu'ils sont nombreux et divers, en leur donnant de vrais adversaires et donc une intrigue classique, là où Mark Waid n'a pas encore réussi à animer sa ligue des justiciers de manière décente avec une opposition digne de son nouveau statut.


Grâce à cela, chaque épisode est à la fois dense et punchy, avec un maximum de rebondissements, un dénouement incertain, un casting fédérateur et des vilains emblématiques. Mais l'ensemble est aussi parfois trop touffu, avec des péripéties expédiées et le sort de certains personnages laisse un goût amer. On a le sentiment que Lemire veut à la fois durer mais sans tarder non plus.

C'est particulièrement flagrant dans ce numéro où Obsidian est au coeur du réacteur. On le voit en pas moins de trois versions : il y a un Obsidian dans le coma que tire sur un brancard Dr. Mid-Nite, il y Obsidian piégé dans un labyrinthe avec Jakeem Thunder, et il y a Obsidian au Browstone de la JSA... Si vous lisez la série en vo, vous savez qui est qui, mais il n'empêche...

... Il n'empêche que, justement, on n'avait plus de nouvelles des deux premières versions d'Obsidian depuis le n°5, il y a quatre mois ! Et ça donne l'impression que Lemire l'avait oublié. Ou du moins qu'en voulant animer un casting aussi fourni, il n'avait pas la place pour le loger depuis quatre épisodes. C'est quand même un peu problématique.

Sur le fond, je ne reproche pas à Lemire d'avoir voulu écrire JSA avec le maximum de ses membres (et encore il y en a qu'il n'a pas inclus - et pas des moindres : Power Girl, Stargirl, Mr. Terrific...). C'est un effort louable. Mais aussi périlleux dans la mesure où si on veut donner du temps d'écran à tout ce monde, il arrive forcément un moment où certains doivent disparaître pendant 1, 2, voire 3 épisodes !

Et pendant ce temps le lecteur, s'il se soucie d'un personnage dans cette situation, hors champ, ne peut que se demander où il est passé et pourquoi le scénariste ne le montre plus (alors qu'il l'a laissé dans une situation délicate).

Bon, maintenant qu'on a dit ça, on doit aussi dire que Lemire commence à faire converger ses lignes narratives et donc plusieurs personnages (ou même groupes de personnages) dans la même direction. A la fin de cet épisode, on voit Alan Scott et sa fille Jade (enfin !) comprendre qu'il y a un traître dans l'équipe et il se démasque, sûr d'avoir déjà partie gagnée.

Il était temps parce que le lecteur, lui, savait quasiment depuis le début qu'il y avait un traître et qui c'était. Que des héros aussi expérimentés aient mis aussi longtemps à s'en préoccuper et deviner qui était-ce, ça laisse un chouia songeur... Mais bon, donc, là, ça bouge vraiment, de manière dramatique et claire, donc les prochains épisodes vont être mouvementés.

Encore une fois, je ne veux pas paraître paradoxal en disant, d'un côté, JSA est le meilleur team book, et de l'autre, c'est quand même brouillon. Lemire est parti plein de bonnes intentions, qu'il a accompli un fameux boulot, mais aussi quelques impairs, qu'il s'est peut-être un peu trop laissé griser par tous ces personnages, leurs interactions. Un peu de mesure aurait été bienvenu, surtout pour un relaunch.

De toute manière, je l'ai déjà expliqué, manoeuvrer un tel nombre de personnages laisse peut d'options : soit vous embrassez le nombre en sacrifiant la caractérisation au profit de l'intrigue, soit vous vous sélectionner certains personnages et construisez des épisodes done-in-one/two/three maximum en exploitant des talents propres à certains héros selon les récits. 

Mais raconter une seule histoire avec quinze ou vingt héros à la fois, je ne vois pas comment c'est possible décemment (à moins de le faire dans un event, avec les raccourcis que ça comporte). Là, dans cet épisode, Lemire zappe d'un lieu à un autre, avec à chaque fois un fil rouge (Obsidian donc), ça permet d'aller vite, d'avancer, mais ça montre aussi les limites du dispositif. C'est compliqué.

Il y a de chouettes moments, c'est indéniables : Beth Chappell devient vraiment cool face à Scandal Savage, le retour d'Yz (le génie de Jakeem Thunder). Et puis il y a des passages moins performants (le dialogue entre Khalid et Yolanda, la bourde grotesque d'Alan). C'est inégal et sans doute inévitable à ce stade (puisque, désormais, la priorité, c'est de conclure).

Pour les dessins, Diego Olortegui fait son retour. En fait, si on est honnête, on a souvent l'impression qu'Olortegui fait son retour. C'est un bon artiste et chaque fois qu'il officie, il rend une copie impeccable. Mais JSA a un problème de riche : ses fill-in artists sont également excellents, parfois aussi bons qu'Olortegui, seulement eux n'ont qu'un épisode pour le prouver.

En même temps, à part Dan Mora, je ne vois pas qui pourrait dessiner un tel comic book mensuel sans être remplacé ponctuellement. Olortegui a déjà du mérite d'avoir dessiné 6 des 9 épisodes. Le truc, c'est qu'il n'en a jamais dessiné plus de trois de suites (les #1-2-3 sont les seuls qu'il a enchaînés). Lui aussi est en quelque sorte une victime collatérale du casting pléthorique voulu par Lemire.

En vérité, JSA est une très bonne série (à nouveau). Mais si on doit la critiquer, il faut le faire avec honnêteté. Lemire est franchement très bien là-dessus, il aime ces personnages, cette série, son histoire ne manque pas d'ampleur. Un peu plus de souffle par contre. Et de concision (dans le choix de ses héros, dans le nombre d'épisodes pour une seule histoire). 

*

P.S. : il semble hélas ! plus que probable que Urban Comics ne proposera pas une vf de JSA. L'éditeur français privilégie ouvertement, si on en croit son planning, les titres Absolute (plus accessibles pour un néophyte), réduisant l'univers classique à Superman, Batman (Detective Comics) et Justice League Unlimited. Nul doute, qu'en temps voulu, Batman (par Matt Fraction et Jorge Jimenez) complètera la programme, mais JSA, Titans, Green Lantern, Birds of Prey et tant d'autres semblent condamnés à être lus en vo pour ceux qu'ils intéressent. Prenez, donc, vos dispositions.

dimanche 13 avril 2025

JAY GARRICK : THE FLASH (Jeremy Adams / Diego Olortegui)


JAY GARRICK : THE FLASH
(#1-6)


Keystone City, 1963. Jay Garrick et sa fille Judy affrontent Doctor Elemental qui a kidnappé Joan Garrick (femme du premier et mère de la seconde). Alors que Judy frappe Dr. Elemental, elle disparaît en même temps que lui... De nos jours, Judy réapparaît dans la vie de Jay et Joan après que Stargirl ait retrouvé plusieurs enfants de super-héros.


Mais lorsqu'elle apprend que Dr. Elemental court toujours, Judy est obsédée par l'idée de l'arrêter. Toutefois, quelque chose trouble encore davantage Jay (et Joan) : ils n'ont aucun souvenir d'avoir eu une fille ! Pour tenter d'éclaircir ce mystère, il se tourne vers Mr. Terrific qui soumet Judy à une machine permettant de visualiser ses souvenirs.


Le test permet d'identifier qui se cache derrière la masque de Dr. Elemental : il s'agit du professeur Hughes, l'homme à qui Jay Garrick doit ses pouvoirs quand il était devenu son assistant au lycée. Jay et Judy se rendent au siège de S.T.A.R. Labs où ils travaillaient jadis et le directeur Slate leur remet le journal de Hughes dans lequel il avait tout consigné de ses expériences et de ses motivations...


Troisième et dernière mini-série attachée au run de Geoff Johns sur Justice Society or America, Jay Garrick : The Flash est sans doute la plus décevante. Non pas que ce soit mauvais, mais c'est un cran en-dessous de Wesley Dodds : The Sandman et Alan Scott : The Green Lantern. La faute à qui, à quoi ? Sans doute au fait que c'est l'histoire la plus référencée par rapport au run de Johns.


Johns, en effet, en parallèle de son dernier run sur Justice Society of America, a écrit une mini-série Stargirl : The Lost Children, dans lequel Courtney Whitmore retrouvait un paquet d'héritiers de membres de la JSA dont personne ne se souvenait être le parent. Et pour cause, Johns les a inventés pour enrichir ma mythologie de l'équipe, de manière très maladroite.


Parmi ces rejetons de super-héros se trouvait the Boom alias Judy Garrick, fille de Jay et Joan, qui possède les mêmes pouvoirs de super rapidité que son père, et dont Johns veut nous faire croire qu'elle a combattu le crime à ses côtés dans les années 60. Cette retcon apparaît comme une tentative assez absurde d'inventer une génération de héros sortie de nulle part.

Et nulle part, c'est sans doute là où elle retournera puisque, à ce jour, personne n'a manifesté chez DC l'envie de se resservir de ces adolescents. Jeff Lemire, dans JSA, actuellement, n'y a pas fait mention (il faut dire qu'il a pris le parti d'animer une équipe très fournie, avec d'un côté les vétérans et de l'autre Infinity Inc., dont la plupart des membres sont déjà des descendants des pionniers).

Ensuite, il faut dire que Judy Garrick est une gamine insupportable, à laquelle on n'arrive pas à s'attacher du début à la fin de cette histoire. Dans ces conditions, il devient impossible de lire cette mini-série sans faire un effort pour tolérer sa présence et surtout composer avec le fait que toute l'intrigue repose sur sa disparition-réapparition.

Jeremy Adams, l'actuel scénariste de Green Lantern, ne ménage pas ses efforts et réussit malgré ce handicap à produire un récit efficace, mais auquel il manque ce qui faisait l'intérêt de Wesley Dodds : The Sandman et Alan Scott : The Green Lantern, c'est-à-dire une accroche originale, qui permet de considérer the Flash comme un personnage singulier.

Ici, la série a beau porter le nom du vétéran, ce dernier est relégué trop souvent au rôle de faire-valoir d'une adolescente indocile et irritante. Jamais, à aucun moment, Adams ne parvient à raconter quelque chose qui révélerait des aspérités chez Jay Garrick, quelque chose dans son passé qui le rendrait plus trouble, troublant. C'est vraiment dommage. Il est réduit à sa paternité mais jamais ce qui est perturbant dans ce qu'il traverse n'est creusé.

Par ailleurs, le Dr. Elemental s'avère un méchant à la fois puissant et pathétique, avec son obsession de contrôler le monde, de créer une nouvelle race d'humains en en sacrifiant un paquet d'autres, autant de mobiles vus et revus. Ses pouvoirs sont énormes mais ne paraissent jamais en mesure de mettre en difficulté Flash. Quant à ses comparses, comme Ro-Bear, ils sont grotesques. 

Rien ne fonctionne dans cette affaire et on a mal pour Adams qui doit faire avec quelque chose sur laquelle il n'a aucun contrôle créatif. Il hérite d'une situation créée par Johns mais celui-ci lui refile le bébé car il est occupé par ailleurs et sans doute déjà la tête ailleurs, très loin, dans ses projets en creator-owned pour son label Ghost Machine.

Qu'y a-t-il à sauver de ce naufrage ? La prestation de Diego Olortegui, l'actuel dessinateur de JSA. Ses planches sont dynamiques, ce qui est nécessaire quand on doit se charger d'un speedster comme Flash. Sa narration entraîne le récit et divertit le lecteur qui a droit à quelques vrais bons moments, très bien découpés.

C'est surtout quand Flash et Boom rendent visite au Brésil à Dr. Mid-Nite qu'on prend le plus de plaisir. C'est la seule fois où Adams a de l'inspiration et injecte une dose d'humour, s'inspirant du décor et de l'action pour adresser des clins d'oeil à James Bond. Olortegui prouve qu'il est déjà très à l'aise avec les personnages et la mise en scène à la fois pour souligner les interactions entre les acteurs et leur manière de se battre.

Mais il est évident que Olortegui, s'il a du talent à revendre (et il le prouve actuellement), se gâche un peu dans cette entreprise. Quand à Jeremy Adams, en continuant à marcher dans les pas de Geoff Johns, via Green Lantern mais aussi Aquaman, il emprunte un chemin compliqué puisqu'il s'expose à être comparé à son mentor.

vendredi 4 avril 2025

JSA #6 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Tandis que la situation vire au cauchemar dans la Tour du Destin et qu'un des membres de la vieille garde de la JSA trouve la mort, l'autre partie de l'équipe voit Wildcat II perdre ses nerfs lors d'une nouvelle descente dans un repaire de Kobra avec des conséquences très lourdes là-aussi...


Avec ce sixième épisode, on arrive donc à mi-parcours du premier arc de JSA tel qu'annoncé par Jeff Lemire lui-même. Le scénariste a affiché de grandes ambitions d'entrée de jeu pour la série avec cette histoire courant sur une année entière de publication. A moins qu'il ne s'agisse d'une manière de conjurer le mauvais sort après le dernier run de Geoff Johns, d'une longueur égale mais mal accueilli.


Jusqu'à présent, on pouvait dire que Lemire réalisait un sans-faute. Son intrigue réussissait à exploiter un casting très fourni en multipliant les péripéties et les coups de théâtre. Le rythme était souvent haletant, mais savait aussi temporiser quand c'était nécessaire. Mais il semble qu'avec ce numéro l'auteur ait voulu bousculer ses héros et le lecteur.


En effet, d'un côté, on a un membre éminent de la JSA qui trouve la mort, quand, de l'autre, un autre donne la mort, balayant le code d'honneur de l'équipe. Et je dois bien avouer que si je n'ai pas apprécié l'un, l'autre m'a également fait grimacer. Pour la première fois, la série se grippe et c'est uniquement la faute à Jeff Lemire.


C'est délicat d'en parler sans spoiler mais je vais m'efforcer d'être clair sans rien révéler d'important. Evoquons d'abord la mort d'un des membres de la JSA : j'espère que celle-ci n'est qu'un rebondissement et pas une exécution définitive car j'adore ce personnage, mais surtout, hors de tout sentimentalisme, cela m'apparaît gratuit et trop facile (c'est un héros sans pouvoir, bêtement sacrifié).

Ensuite, quand Wildcat II tue un membre de l'organisation Kobra, son geste est traité de manière plus que légère. Au lieu de la livrer à la police, son groupe la ramène tranquillement au QG, comme si l'affaire allait se régler entre ses quatre murs - ça m'a rappelé la désinvolture avec laquelle les auteurs des séries mutantes avaient pardonné les crimes de plusieurs X-Men à la fin de l'ère Krakoa.

Quand on écrit, a fortiori, une série JSA, on ne peut pas composer légèrement avec la notion de justice - et même de morale. Quand un héros commet l'irréparable, il est intolérable qu'un scénariste écrive ça comme une simple péripétie, en ramenant le dit personnage à son QG pour être jugé par ses collègues.

Par ailleurs, entre ces deux événements, Lemire cède à un autre facilité : autant la situation dans la Tour du Destin aboutit à une sorte de dénouement provisoire dramatique, autant sa façon d'animer l'autre section de l'équipe (Infinity Inc.) devient répétitive. 

Quand ils ne sont pas occupés à se disputer avec Jade, les soutiens d'Obsidian font des descentes dans les planques de Kobra. Non seulement ils débusquent ces terroristes très facilement, mais cela n'aboutit jamais à rien de concret. Personne n'a l'air de se douter qu'Obsidian fait n'importe quoi et donc qu'il n'est pas lui-même. Ils le suivent aveuglément, bêtement. Seuls donc Jade, Sand et Hourman sont lucides.

Mais Jade et Sand (Hourman étant plus préoccupé par l'attitude de Jessie Quick) ne sont pas des lumières non plus : à part avoir deviné, laborieusement, qu'il y avait un traître dans l'équipe, ils n'ont toujours pas commencé à suspecter quelqu'un et, en particulier Obsidian qui pourtant mène la fronde depuis le début.

Tous ces éléments constituent des faiblesses devenues très voyantes dans le plan de Lemire. Comme c'est un scénariste talentueux, on a envie de croire qu'il va renverser la vapeur et que, avec cet épisode en particulier, la suite sera plus rigoureuse. Mais la lecture est un peu gâchée à cause de ces errements...

Heureusement, Diego Olortegui produit d'excellents planches. L'artiste donne tout ce qu'il a et semble vraiment mettre à profit ses temps de repos pour revenir à chaque fois remonté à bloc. Plusieurs doubles pages très détaillées, avec des compositions dynamiques, témoignent de son engagement. Et sa narration est toujours impeccablement fluide, avec un souci des valeurs de plan subtil.

L'exercice est cruel, mais en ayant annoncé dès le départ ses ambitions, Lemire s'est exposé à la critique. Si la lecture de JSA s'est avérée très plaisante jusque-là, elle ne dissimule pas dans ce numéro des égarements et exige de la part de son scénariste une reprise en main vigoureuse. A vérifier dans un mois.

vendredi 7 mars 2025

JSA #5 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Flanqué de Kid Eternity, Hawkman, délivré de ses liens, voit Hawkgirl arriver à son secours. Cependant, Dr. Mid-Nite échappe à Scandal Savage et à la Société d'Injustice en emmenant avec elle le corps sans connaissance d'Obsidian. Sand et Jade comprennent que la disparition de Beth Chappell est le fait d'un traître dans les rangs de la JSA...


C'est un épisode extraordinairement dense, il s'y passe une multitude de choses, animant beaucoup de personnages, dans des endroits divers... Et pourtant Jeff Lemire réussit l'exploit de ne jamais nous perdre en route. Le lecteur se surprend même à questionner comment l'auteur fait pour faire tenir tout ça dans une vingtaine de pages.


Il ne s'agit pas, pour Jeff Lemire, de témoigner de son amour pour ces héros, cette équipe pléthorique qu'est la JSA : il y a la volonté de le prouver. Et pour cela, il semble avoir refusé de choisir une incarnation de la JSA : il prend tout, tout le monde, dans toute sa diversité et en rajoute même, comme on peut le découvrir avec l'apparition d'une nouvelle incarnation de Kid Eternity.


Il fut un temps, dans les années 50-60 du siècle dernier, où un épisode de comics, en faisant déjà une vingtaine de pages, était découpé en segments, en chapitres : cela donnait à la lecture un côté théâtral, avec une exposition, de l'action, un dénouement. C'était aussi une époque où la notion d'arc narratif n'existait pas, ou si peu, et chaque épisode était auto-contenu.


Ce procédé a mal vieilli, il suffit pour s'en convaincre de relire ces comics d'un autre âge, avec des dialogues très explicatifs, des cartouches, et ce séquençage très particulier qui nuisait au rythme même de l'histoire en train de se dérouler. Mais Jeff Lemire pourrait bien avoir repris ce concept en le modernisant dans JSA.

Fréquemment, à chaque épisode, il segmente son scénario par des cartouches indiquant avec quel(s) personnage(s) on va se trouver, dans quel lieu, quelle situation. Ce sont des repères pour justement éviter qu'on ne s'égare avec la foule de héros et de vilains mis en scène dans la série. Mais c'est aussi une référence à la narration des comics du Silver Age.

Et, ainsi, la densité d'informations que dispense l'auteur devient plus fluide à défaut d'aboutir à un récit plus rythmé. Il faut rappeler que Lemire voir loin : il a prévu que cette histoire, Ragnarok, durerait un an, soit douze épisodes. Il ne prend pas son temps, mais il l'a (en tout cas tant que la série ne déçoit pas commercialement).

Le lecteur, lui, ne peut pas s'ennuyer : à la manière d'un zapping permanent, on passe d'un personnage ou groupe de personnages à un autre, d'un décor à un autre, d'une situation à une autre. Et surtout on voit, de manière évidente, ce qui relie tous ces éléments. Lemire a pris soin de nous révéler assez tôt les ressorts de son récit, quitte à se griller au niveau du suspense.

Mais le scénariste est assez malin et inventif pour avoir en réserve assez de coups de théâtre, de péripéties. Par exemple, on suit le personnage d'Obsidian sur pas moins de trois niveaux narratifs : d'abord aux côtés de Jakeem Thunder dans une sorte de dimension onirique où ils ignorent qu'ils sont la proie d'un cauchemar ; ensuite aux côtés de Beth Chappell (Dr. Mid-Nite) où il est inconscient, précisément en train de dormir ; et enfin aux côtés de Wildcat II, Jessie Quick et Hourman où, en vérité, il s'agit de Johnny Sorrow qui a usurpé son apparence et son identité.

Trois Obsidian, ça peut paraître confus, too much. Mais le lecteur différencie chacun de ces trois aspects du personnage. Tout est l'avenant, qu'il s'agisse du moment où Sand et Jade comprennent qu'il y a un traître dans les rangs de la JSA, que Wildcat I, Jay Garrick, Alan Scott et Dr. Fate sont coincés dans la Tour du Destin assiégée, de Beth Chappell fuyant le repaire de la Société d'Injustice, de Obsidian et Jakeem Thunder prisonniers de leurs rêves...

Avec un script aussi fourni, la tâche du dessinateur est plutôt ingrate en surface : il ne faut surtout pas en rajouter. Mais en même temps il faut livrer des planches qui rendent justice au scénario, être spectaculaire quand cela l'exige, angoissant aussi au besoin. Diego Olortegui, de retour, s'en sort mieux que bien.

L'artiste se montre généreux mais c'est aussi parce qu'il a eu le temps de travailler et que ses suppléants n'ont pas abaissé le niveau de qualité. Olortegui se distingue notamment pas deux doubles pages formidables (voir plus haut), mais quand il doit mettre en image un dialogue entre deux personnages dans une pièce, il réussit tout aussi bien à restituer l'intensité du texte.

Au niveau éditorial, c'est admirablement géré : dessiner un team book est exigeant et avoir dès le départ prévu des doublures à Olortegui permet à ce dernier d'être toujours au top et à ses remplaçants de prouver qu'ils ne sont pas là pour gâcher la fête. On peut déplorer qu'Olortegui ne puisse pas enchaîner davantage d'épisodes à la suite, mais je préfère qu'il soit là au maximum de ses capacités que de s'épuiser au fil des mois.

Ce qui est aussi certain, c'est que JSA me comble plus que Justice League Unlimited : Jeff Lemire signe une saga plus classique mais narrativement plus ambitieuse, et graphiquement s'il ne dispose pas d'un bourreau de travail comme Dan Mora, le résultat n'a vraiment pas à rougir de la comparaison.

vendredi 3 janvier 2025

JSA #3 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


En enfer, Hawkman est livré au sorcier Wotan allié de la Société d'Injustice qui attaque la tour du destin du Dr. Fate. Au Q.G. de la JSA, Sans remonte le moral de Jade tandis que Dr. Mid-Nite faite une découverte terrible sur celui qui a plongé Jakeem Thunder dans le coma...


Après avoir mangé notre pain noir avec Birds of Prey, place aux bons comics, et pour rester dans les sorties DC de cette semaine, ce troisième numéro de JSA a tout pour nous consoler. Jeff Lemire confirme tout le bien qu'on peut penser de sa reprise en main de la série en livrant un épisode à nouveau plein de rebondissements mais d'une fluidité remarquable.


J'avoue : j'étais prudent avec le retour de Lemire parce que la dernière fois qu'il a écrit un team book, c'était pour Justice League United, le spin-off de Justice League de Geoff Johns. Il avait voulu rebaptiser Justice League of America en Justice League Canada (puisqu'il en est natif), et n'avait pas réussi à convaincre grand-monde, alors qu'il avait brillé sur Justice League Dark.


Il ne suffit pas qu'un auteur, aussi réputé et sympathique que Jeff Lemire, déclare en interview qu'il adore des personnages, comme ceux de la JSA, pour qu'il écrive une bonne série - on l'a vu avec Gail Simone qui a répété à quel point elle aimait les X-Men et qui n'a rien fait de bon avec Uncanny X-Men. Mais, là, en l'occurrence, c'est un coup gagnant. Un double coup gagnant même.
 

Car JSA n'est en vérité pas seulement une série sur la Société de Justice d'Amérique, mais aussi sur Infinity Inc., c'est-à-dire cette équipe dans laquelle on trouve principalement des enfants ou des héritiers des héros de la JSA, comme Jade et Obsidian (rejetons d'Alan Scott) ou Wildcat II (qui a endossé le costume et le pseudo de Ted Grant).

Et l'histoire de Lemire raconte comment Infinity Inc. (Jade, Sand, Obsidian, Wildcat II, Hourman, Jessie Quick) recherche les vétérans de la JSA (Alan Scott, Jay Garrick, Ted Grant, Hawkman, Hawkgirl, et Dr. Fate - même si ce dernier est désormais incarné par le jeune Khalid Nassour). En divisant cette formation pléthorique, Lemire a su trouver de l'espace pour chacun.

Alors, évidemment, en contrepartie, pour l'instant en tout cas, il manque des membres éminents à l'appel : Power Girl a sa propre série, Mr. Terrific est visible dans Justice League Unlimited tout comme Stargirl. Et quid des Amazing Man, Damage, Atom Smasher, Judomaster, Mr. America, Citizen Steel, Cyclone, Lightning (peut-être est-elle dans la série Black Lightning ?), voire Magog ? Et que sont devenus Starman et le précédent Dr. Mid-Nite ?

L'autre interrogation, plus narrative que structurelle, c'est qu'on voit dans cet épisode Jade dire à Sand qu'elle a mis au courant la Justice League et les Titans de la disparition des vétérans de la JSA. Avec les ressources actuelles de la JL, on peut s'étonner qu'ils n'aient pas été localisés. Comme avec les Titans, c'est un peu comme si la Justice League, qui englobe tous les héros désormais, s'occupait d'abord de ceux qui passent par sa tour de guet...

Ces considérations mises à part (mais dont j'espère que Lemire comme Mark Waid parleront, sinon dans leurs séries, du moins lors d'échanges éditoriaux), le contenu de l'épisode donne à Hawkman les meilleures scènes : il est évident que Carter Hall va être au coeur de futures péripéties. Mais la découverte par Beth Chappelle du traître dans l'équipe donne un bon coup de fouet aussi.

Diego Olortegui signe son dernier épisode (pour le moment en tout cas) avant de passer le relais le mois prochain au talentueux Joey Vasquez. Ses planches ne montrent aucun relâchement, avec des décors fouillés et des personnages bien campés. Chaque séquence, qu'elles se déroulent en enfer, dans la tour du destin, au QG de la JSA, est impeccablement découpé et suit le rythme soutenu mais souple du récit.

Parce qu'on n'est jamais perdu avec tous ces personnages, leurs situations, l'évolution de l'intrigue, ses enjeux, ses coups de théâtre, JSA est une lecture imparable, très efficace. C'est plus classique certes que la production indé de Lemire, mais en termes de reprise, c'est aussi tout ce qu'il faut faire en entraînant le lecteur là où l'auteur le souhaite et sans qu'il puisse anticiper sur la suite.

vendredi 6 décembre 2024

JSA #2 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Dans quelles circonstances la JSA a été divisée en deux équipes, avec d'un côté la jeune garde, composée de Jade, Obsidian, Jessie Quick, Hourman, Sand, Wildcat II, Dr. Mid-Nite, et de l'autre les vétérans, Jay Garrick, Alan Scott, Wildcat I, Hawkman, Hawkgirl, et Dr. Fate ?


On pouvait craindre que Jeff Lemire apporte la réponse à cette question plus tard, habitué à une certaine décompression narrative, mais, contre toute attente, le scénariste a choisi de revenir sur les événements ayant conduit à la scission de la JSA en deux groupes, dont l'un ignore où l'autre se trouve. C'est appréciable car le récit conserve un rythme soutenu, sans sacrifier la caractérisation des personnages.


De manière assez classique, pour séparer les éléments d'une équipe aussi volumineuse, les vilains ont choisi d'en attirer une partie sur des fausses pistes - en l'occurrence des attaques prétendument menées par l'organisation Kobra. Les plus jeunes héros, dans leur ensemble, sont allés sur le terrain vérifier, laissant les anciens au QG de la JSA.


Jeff Lemire montre l'assaut éclair de la Société d'Injustice contre le Brownstone de la Société de Justice. Les vilains agissent de manière directe, brutale, orchestrée, prenant au dépourvu des justiciers aguerris comme Alan Scott, Jay Garrick, Ted Grant. Lorsque ceux-ci sont obligés de battre en retraite devant des opposants en surnombre, leur évasion est forcément brouillonne.


C'est ainsi qu'on comprend que Dr. Fate les a téléportés dans sa Tour du Destin mais que le sort qu'il a lancé pour ce faire s'est mêlé à celui du sorcier Wotan... Emportant la Tour en Enfer : Le titre de l'arc, Ragnarok, prend alors tout son sens et la dernière page suggère qu'un des héros est peut-être au tapis.

Vous connaissez le formule d'Hitchcock selon laquelle meilleur est le méchant, meilleur est le film. Lemire semble l'avoir ici appliquée en montrant que même une équipe de héros expérimentés comme la JSA peut être mise en déroute par des ennemis puissants et déterminés mais surtout manoeuvrant avec intelligence.

Cependant, un mystère subsiste concernant la substitution d'un des membres de la JSA par un des méchants et on compte sur Lemire pour éclaircir cela prochainement. Ce qui ne fait aucun doute, c'est que le scénariste ne fait pas de quartier et laisse le lecteur dans l'expectative. Il y a un vrai suspense qui s'installe et qui voit les anciens malmenés. Les jeunes sociétaires réussiront-t-ils à les sauver ? Ou se disperseront-t-ils dans des querelles sur la stratégie à mener ?

La couverture montre un Obsidian toujours aussi énervé face à sa soeur Jade qui lui tient tête. En exploitant divers niveaux dans la hiérarchie de l'équipe, Lemire offre au lecteur de multiples pistes à suivre, sans jamais l'égarer. Il y a un traître dans l'équipe et du moment où il sera découvert dépend l'issue, heureuse ou pas, de l'intrigue.

Ce scénario, très efficace bien que finalement classique dans sa forme, est accompagné par les dessins vigoureux de Diego Olortegui. Celui-ci anime sans difficulté un casting très fourni mais surtout interprète des scènes d'action très mouvementées sans perdre de vue leur lisibilité. De fait, grâce à un découpage fluide, ponctué par de superbes doubles pages, on est toujours en alerte.

La maturité d'Olortegui fait vraiment plaisir à voir. Comme il en a pris l'habitude, l'éditeur DC a d'abord testé ce jeune artiste sur des mini-séries avant de lui confier un titre plus ambitieux. Certes, Olortegui va céder sa place au n° 4 à un autre artiste, aussi peu connu, mais non moins bon, Joey Vasquez, mais peut-être faut-il voir là-dedans une volonté de ne pas le griller et de permettre à ces deux dessinateurs d'alterner sur la série. Vasquez n'a pas du tout le même style, mais rien de choquant.

JSA réussit sa relance grâce à une histoire accrocheuse et un graphisme séduisant. Du tout bon.

jeudi 7 novembre 2024

JSA #1 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Plusieurs membres de la Justice Society of America sont portés disparus après une attaque lancée sur leur quartier général. Les héros restants se disputent sur quoi faire : certains estiment qu'il faut traquer les suspects, d'autres tenter de retrouver leurs camarades...


Ce retour de la JSA doit s'apprécier pour ce qu'il est : le vrai retour d'une série et de ses personnages après la tentative ratée de Geoff Johns de composer son troisième run. Le scénariste qui fit autrefois la pluie et le beau temps chez DC a laborieusement livré douze épisodes, avec beaucoup de retard, pour une histoire besogneuse au possible avant de prendre définitivement son indépendance chez Image Comics qui héberge désormais son propre label (Ghost Machine).


DC n'a pas voulu laisser le soufflé retomber mais n'a pas non voulu refaire la même erreur. Il fallait une série JSA régulière, qui sort à l'heure, et également débarrassée des obsessions de Johns et pour cela l'éditeur a fait appel à un auteur qui a lui-même connu des hauts et des bas durant la période des New 52 mais qui est une valeur sûre et un scribe prolifique : Jeff Lemire.


Cela faisait donc un moment que je n'avais plus lu une série JSA et également du Jeff Lemire (je n'ai pas réussi à venir à bout du dernier volume de Black Hammer, devenu trop échevelé à mon goût). Le canadien a exprimé sa joie de reprendre ce titre qui est, dit-il, son préféré dans la catalogue DC et pour lequel, s'il a conservé des éléments de Johns, est un vrai jumping-on-point.


Ce qui frappe surtout à la lecture de ce premier épisode, très dense et très fluide en même temps, c'est qu'on constate que Lemire, comme il le fait avec ses spin-off de Black Hammer, renoue avec les basiques de la série. D'ailleurs le titre de ce premier arc, Ragnarok, renvoie directement à une histoire mémorable de la JSA.

Le casting ensuite se veut très large et fédérateur, comme une synthèse : il y a les vieux de la vieille (Alan Scott, Jay Garrick, Ted Grant, Hawking et Hawkman), la relève (Sandy Hawkins, Jessie Quick,, Hourman) et les versions alternatives (Yolanda Montez, Beth Chappell, Khalid Nassour), sans oublier les descendants directs d'un vétéran (Jade et Obsidian). Donc à la fois la Justice Society originelle, celle relancée par James Robinson et David Goyer à la fin des 90's, celle de Johns et Infinity Inc. : ce que Johns rêvait sans doute lors de son deuxième run quand in évoquait une série Justice Society Infinity.

On peut d'ailleurs s'amuser de cette relance de JSA en mode Infinity quasiment au même moment que celui de Justice League en mode Unlimited, comme si désormais une équipe aussi emblématique ne pouvait qu'ouvrir grand ses portes pour être sûr de n'oublier personne (et de plaire à tous). Et simultanément aussi avec la gamme Absolute qui veut réinventer les héros iconiques de l'éditeur sut une sorte de contre-Terre.

Sur le fond, Lemire a écrit une introduction qui ne manque pas de matière avec tous ces personnages mais il réussit à tous leur donner un moment et surtout à créer du lien et des tensions. Grosso modo, la génération Infinity Inc. est aux commandes après la disparition mystérieuse des vétérans mais deux clans s'affrontent : Jade souhaite que les efforts soient concentrés pour retrouver les membres manquants quand Obsidian, son frère, préfère prioriser la traque de ceux qui les ont attaqués (et ont laissé Jakeem Thunder dans un sale état).

Le twist final, que je ne vous révélerai pas, est très habile pour donner envie de lire la suite, même si les méchants sont classiques. Toutefois, tout le projet de Lemire tient dans cette volonté manifeste de s'appuyer sur ce qui fonde une série come celle-ci plutôt qu'essayer de réinventer la roue. Les thèmes de la transmission, de l'héritage, de la tradition et de la modernité, sont là, fidèles au poste. Si vous venez pour ça, vous êtes servis et c'était mon cas.

Pour dessiner une série aussi fournie que JSA, il faut compter sur un artiste qui se donnera sans compter et qui assumera cette charge de travail. DC a donc misé sur un jeune, Diego Olortegui, testé auparavant sur une mini-série Jay Garrick publiée en même temps que Justice Society of America de Johns.

C'est aussi lui qui a signé la couverture et elle est représentative de ce qu'il fait à l'intérieur : son trait est expressif et dynamique. Parfois étonnamment il est encore un peu rigide sur certaines attitudes et son découpage est très classique. Mais force est de reconnaître qu'il embrasse le script de Lemire avec un vrai talent et une belle technique.

Olortegui fait en sorte que les héros les plus âgés ressemblent à ce qu'ils doivent être tandis que les plus jeunes se distinguent d'eux et que ceux qui sont entre deux soient identifiés comme tels. Les décors sont soignés sans être exubérants et de ce point de vue, l'épisode donne à voir plusieurs sites bien marqués (le Brownstone de la JSA, la Tour du Destin). 

Il n'y a rien à jeter dans cette reprise, même si évidemment tout reste à (re)faire. Mais les personnages que vous aimez sont présents, l'intrigue est accrocheuse, visuellement c'est tonique. En un mot comme en cent : ça fait du bien de retrouver la JSA.