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vendredi 31 octobre 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #12 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Double-Face et Gueule d'argile s'apprêtent à fuir Gotham avec les codes bancaires des plus grosses fortunes de la ville. Cependant Robin a sauvé Batman d'une mort certaine, mais sera-ce suffisant pour rattraper les deux malfrats, qui, pour couvrir leur départ, ont prévu d'empoisonner l'eau potable ?


Cette fois, c'est bien fini, et je suis déjà nostalgique de ces treize mois passés à lire cette merveilleuse mini-série. Tout simplement parce que ça aurait pu facilement devenir une série régulière. Mais en même temps ces douze épisodes sont d'une telle perfection qu'il n'y a rien à regretter sérieusement. Mieux vaut s'arrêter ainsi... Même si j'aurai aimé que ça continue.


Je n'aime pas écrire la critique d'un dernier numéro, c'est si facile (et tentant) de spoiler pour partager tout ce qui m'a plu. Aussi vais-je faire autrement, ou en tout cas essayer. Tout d'abord, faîtes-moi une promesse, ceux qui liront cet article (et tous les précédents consacrés à cette série), achetez les albums, en vo (le hardcover et le softcover en vo seront dispos avec l'intégralité du récit en Décembre, et le tome 2 en vf en Février).
 

Pourquoi achetez cette série ? Tout simplement parce qu'elle est excellente, mais ça je l'ai déjà dit à de multiples reprises. Non, en vérité, il faut l'acheter parce que c'est déjà un classique et surtout c'est authentiquement reader's friendly, pas besoin de prérequis pour tout comprendre. Les éditeurs promettent souvent ça, mais là, c'est le cas.


Si vous ne connaissez pas Batman et Robin, vous allez faire leur connaissance et les adorer. Si vous les connaissez (ce qui est plus probable), vous lirez leur première aventure ensemble et vous aurez envie d'en lire d'autres ensuite, vous aurez comme moi envie que cette première histoire soit suivie d'autres, par la même équipe artistique. Vous allez kiffer !

Pourquoi allez-vous kiffer ? Parce que c'est Mark Waid et Chris Samnee, la meilleure équipe créative en activité. Ces deux-là font ressortir le meilleur de l'autre quand ils sont ensemble. Waid n'est plus ce scénariste empêtré dans des intrigues comme dans Justice League Unlimited. Et Samnee dispose d'un meilleur partenaire que Robert Kirkman sur Fire Power.

Waid est un type très cultivé et qui adore le golden age donc Batman and Robin : Year One est un terrain de jeu idéal pour lui. Il se s'amuse pas à réécrire le passé, il s'y glisse avec brio et le fait revivre avec rythme, humour, tendresse, tension. Il écrit Batman et Robin, pour la première fois ensemble, d'une manière extraordinaire vivante et vibrante.

C'est à la fois un récit super héroïque avec de l'action, du suspense, des péripéties, mais c'est aussi, surtout l'histoire d'un homme qui adopte un gamin et qui apprend à être un père, un mentor pour lui, tout comme le gamin lui apprend à apprécier l'existence, leur collaboration, à s'ouvrir aux autres. Ce récit jubilatoire est aussi un récit sur le plaisir de partager l'existence aux côtés d'un fils, d'un ami, d'un partenaire.

Et puis les vilains de l'histoire sont impeccablement traités, l'intrigue réserve de nombreuses surprises, vraiment inattendues, imprévisibles. Le rythme est imparable. Je ne vois vraiment aucune raison valable pour ne pas aimer cette série qui parvient à vous combler tout en ne se contentant pas de vous servir du réchauffé.

Chris Samnee est mon dessinateur préféré (depuis la retraite d'Immonen) mais c'est parce qu'il est facile à apprécier. Lire des planches de Samnee, c'est facile : le bonhomme sait découper aussi bien des scènes d'action que d'autres plus calmes, reposant avant tout sur le dialogue. Ses personnages sont expressifs, chaque case est différente de la précédente, impossible de s'ennuyer.

On est captivé par la narration de Samnee qui semble obsédé par le besoin de maintenir le lecteur en alerte mais aussi, plus pragmatiquement, de lui proposer une belle bande dessinée. Il est un maître du chiaroscuro, ses ambiances sont intenses, même quand le ton se fait plus léger. Il sait comment sublimer un script en le rendant plus efficace et plus plaisant.

Et puis dessiner Batman était son dream project, et si ça ne suffit pas à garantir la réussite de l'entreprise, Samnee a su maîtriser son excitation pour réaliser des épisodes qui lui fassent plaisir tout en faisant plaisir au lecteur. On peut lire chaque épisode en se régalant du soin avec lequel il l'a dessiné, mais aussi lire toute l'histoire d'une traite et admirer la maîtrise avec laquelle il emballe l'affaire, sans que le niveau ne baisse.

La liste des félicitations ne serait pas complète sans une mention à Matheus Lopes, le coloriste, qui a accompli un merveilleux boulot, et Giovanna Niro, qui l'a remplacé sur un épisode sans décevoir.

Ce dénouement est parfaitement à la hauteur des attentes. Et même mieux puisqu'il donne l'envie que Waid et Samnee poursuivent vite leur collaboration. Ne passez pas à côté.

vendredi 19 septembre 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #11 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)... Et pourquoi il y a moins de critiques de comics sur ce blog


Bruce Wayne rejoint Alfred Pennyworth dans une des Batcaves. Alfred a de bonnes nouvelles à propos de Dick Grayson placé dans une bonne famille d'accueil mais Batman part avant que son majordome ait pu lui donner une information au sujet de Laura Lyn des services sociaux. Batman part au secours de Jim Gordon à qui il remet un dossier dénonçant l'opération menée par le général Grimaldi...


Ce pénultième épisode de Batman and Robin : Year One est un pur régal. Mais c'est aussi un peu triste car, dans un mois, c'en sera fini. Et se pose la question de ce que je lirai avec autant de plaisir ensuite. L'occasion, pour commencer, de parler de la raréfaction des critiques de comics dans ce blog. Je vous dois en effet une explication à ce sujet.


Cela couvait depuis quelques mois mais ça a pris forme durant cet été : je ne prends plus autant de plaisir que récemment à lire des histoires de super héros. Cela a à voir avec une certaine lassitude à suivre des séries au long cours, et c'est pour cela que je désormais ma préférence va à des mini-séries comme Batman and Robin : Year One.


La perspective qu'une histoire a un vrai dénouement produit une sorte de soulagement et me renvoie à mes premières lectures de bande dessinée, quand un récit était complet en un tome et que le suivant entamait une nouvelle intrigue. Vous pourriez m'objecter que c'est pareil avec une série régulière à chaque nouvel arc narratif. C'est vrai, mais ce n'est pas exactement la même chose.


Car les ongoing fonctionnent comme des feuilletons plus que comme de strictes séries. Souvent les arcs se succèdent avec un subplot qui trouve son aboutissement au bout de plusieurs histoires ou qui préparent le terrain pour des events. Qui viennent la parasiter, voire la cannibaliser.

Et cela a eu raison de ma patience. Aujourd'hui j'en ai vraiment assez de toutes ces séries stoppées en plein élan, soit faute de ventes suffisantes, soit par la faute d'un event. Je regrette le temps où les events se déroulaient sans que les séries soient obligées d'en être les extensions. Et c'est pour cela que j'apprécie a contrario les mini séries, parfois hors continuité.

Lorsque je regarde un film et que j'écris dessus, c'est souvent deux heures de mon temps plus une heure pour rédiger une critique, et au suivant. Quand je lis une série en comics, c'est plusieurs mois de lecture. Et c'est plus appréciable quand on peut lire une histoire d'une traite que mois après mois, car chaque épisode ne fournit pas toujours de quoi faire un article.

Ce souci, je ne l'ai pas avec Batman and Robin : Year One. Mark Waid y est au meilleur de sa forme, dans cet exercice qui se déroule dans le passé, dont il a une connaissance encyclopédique, avec des personnages peu nombreux qu'il réussit à parfaitement caractériser, une intrigue tendue, des ambiances qu'il maîtrise.

Chris Samnee, lui, a abordé ce projet comme un vieux rêve puisqu'il voulait dessiner une histoire de Batman depuis longtemps. Il est donc hyper motivé et ça se sent dans ses pages magnifiquement orchestrées, au trait bondissant, avec des jeux d'ombres splendides, et un sens du rythme inégalable. C'est vraiment actuellement, en l'absence de Immonen, le meilleur dans sa partie.

Si je suis triste que ça se termine dans un mois, ça ne m'empêche pas de savourer un épisode comme celui-ci, bourré d'action, mené sur un train d'enfer, avec des rebondissements jusqu'à la dernière image. Ce numéro me fournit de la matière pour ma critique, je l'écris sans effort, et j'ai désormais la certitude (même si je l'avais en vérité depuis longtemps) que l'ensemble de l'histoire sera un futur classique.

Le seul petit problème, c'est que si j'en dis trop sur ce que ça raconte, je vais spoiler des éléments importants qui mènent au dénouement et ce serait pas chic de ma part pour vous qui me lisez et qui attendez sûrement en majorité qu'Urban Comics publie la suite et fin de la série ou alors que DC sorte le recueil complet à la fin de cette année.

Mais Batman and Robin : Year One demeure une exception dans le paysage actuel. C'est une histoire super héroïque, mais une des rares qui me procure autant de plaisir mois après mois. Je regrette que ça ne dure que 12 numéros et en même temps c'est parfait comme ça. Il n'y a pas de gras, c'est ce qu'il fallait, ça a tenu la route tout du long, et avec la manière.

J'éprouve actuellement une certaine lassitude vis-à-vis du genre super héroïque et ce n'est pas un hasard si de tout ce que j'ai lu dans ce registre, j'ai préféré soit ce qu'il y a avait de plus classique (comme Batman and Robin : Year One) ou de plus décalé (comme Absolute Martian Manhunter), qui domine de la tête et des épaules tout le reste. 

Ces deux titres procurent le meilleur de ce qu'on peut attendre du genre, chacun à leur façon, avec des équipes créatives au sommet, et une véritable audace de la part de leur éditeur, qui ont d'abord su foutre la paix aux créateurs. J'ai lu, par exemple, le premier épisode du Batman relancé par Matt Fraction et Jorge Jimenez et j'ai renoncé à en parler parce que c'est bien fait, certes, mais ça ne m'a pas fait vibrer (on est très loin de Hawkeye du même scénariste, qui le citait comme sa référence pour son Batman).

Pourquoi alors ne pas faire de ce blog la vitrine de productions indés ? Parce que je n'en lis pas assez pour ça et je ne suis pas motivé pour le faire. En ce moment, je relis Criminal dont je rédige ponctuellement des critiques, et là, oui, ça, actuellement, ça me plait énormément. C'est sans concession et très efficace, avec des personnages dont je peux partager certaines émotions.

Mais je l'avoue, Superman, Batman / Detective Comics, Justice League Unlimited, Captain America, Moon Knight... Aujourd'hui, j'ai cette impression que ça ne m'apporte plus rien. Peut-être que la passion reviendra, que ce n'est que passager. Mais je n'ai en tout cas pas envie d'écrire dessus comme si c'était un devoir, parce que ça m'ennuierait et que ça vous ennuierait de lire ce que j'écris.

Il faut écrire avec conviction pour être lu avec intérêt. Sinon, ce n'est pas la peine. Je préfère donc mettre cette énergie dans la critique de films et de quelques titres de comics, moins nombreux qu'avant, que de pisser de la copie pour alimenter un blog fourni mais sans passion. Je sais que les critiques de films font moins de vues, mais je n'écris pas pour le nombre de vues. Et ceux qui veulent des reviews de comics ont plein d'autres blogs, forums pour ça.

Je veux quand même remercier les quelques lecteurs de critiques de films et évidemment ceux qui viennent encore ici pour lire les critiques de comics, même si elles se sont raréfiées. Je suis convaincu que, vous comme moi, avons déjà tous connu ce manque d'envie envers les comics, puis des retours de flamme. Ce n'est pas grave, ça arrive, ça passe, c'est cyclique. Et ce blog en est le reflet.

vendredi 22 août 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #10 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Le projet Gemini est lancé. Et Batman et Robin vont en découvrir l'ampleur terrifiante. Traqués par la police de Gotham, ils se font passer pour morts. Mais de retour au manoir, Bruce Wayne est arrêté pour escroquerie et Dick emmené par les services sociaux...


Quel épisode ! On s'approche de la fin (ce sera terminé en Octobre, snif !) et on peut dire qu'avec de dixième épisode, Mark Waid met le paquet. La situation prend un tour dramatique pour le dynamic duo qui est littéralement pris au dépourvu de toutes parts. Voilà qui rebat sérieusement les cartes et invite à reconsidérer la série depuis le début.


Car, oui, j'estimai que Batman and Robin : Year One manquait peut-être d'un vilain à la hauteur, plus excitant, plus dangereux que ce général Grimaldi. Mais avec ce qui s'est produit à la fin du précédent numéro (mais que je ne vais pas spoiler), les cartes sont rebattues et l'intrigue rebondit d'une manière spectaculaire qui m'oblige à réviser mon opinion.


Jusqu'à présent, la lecture de cette histoire reposait, fort agréablement, sur la caractérisation savoureuse de la relation entre Bruce Wayne/Batman et Dick Grayson/Robin dans leur première année d'activité commune. Waid excellait à animer les deux personnages expérimentant leur collaboration, lui le justicier masqué encore en début de carrière, et son sidekick sautillant.


Mais c'était si bien campé qu'au fond je me fichai un peu de l'antagoniste inédit, créé pour l'occasion, que le scénariste leur avait collé dans les capes. Un peu comme Batman : Year One de Miller et Mazzucchelli, cette mini-série se suffisait à décrire ce qui se jouait entre le protecteur de Gotham et son protégé sur un ton souvent léger, parfois plus intense.

Sauf que Waid a su attendre son heure et nous mener en bateau, parce que, ce mois-ci, donc, l'heure n'est plus du tout à la rigolade et l'ennemi de Batman et Robin déclenche les hostilités. C'est inattendu et redoutablement efficace. Même en résumant l'épisode, on ne perd rien de l'effet de surprise que l'auteur réussit à provoquer.

Toujours est-il qu'à deux étapes de la fin, l'issue devient (presque) imprévisible. Bien entendu, les héros vont gagner, mais le vrai coup de génie ici, c'est qu'on est bien incapable de savoir comment. N'est-ce pas délectable de lire un comic book dont on sait qu'il finira bien sans pouvoir dire de quelle manière ? Décidément, Batman and Robin : Year One a tout d'un instant-classic.

Et Chris Samnee, co-auteur de l'intrigue faut-il le rappeler, n'est en reste pour mettre tout ça en images. Le découpage est hyper rythmé, avec une longue poursuite haletante, contre toutes les forces de l'ordre de Gotham. On mesure vraiment ce que donnerait un récit où Batman, seul ou accompagné, devrait face à une telle opposition.

Samnee communique aussi cela par l'expressivité de ses personnages. Batman doute, Robin est à la fois excité et terrifié, Alfred est dos au mur. Les couleurs de Matheus Lopes sont superbes, soulignant à la fois la beauté du trait de Samnee et l'ambiance tendue qui traverse toutes ses pages. J'ai parfois davantage parlé de mon admiration pour le graphisme de cette série, mais c'est bien dans son ensemble qu'elle est si aboutie.

Ce n'est pas si courant, mais voilà un comic book dont on peut dire qu'il est absolument parfait. Avec Absolute Martian Manhunter, c'est même la meilleure production DC de ces derniers mois.

vendredi 18 juillet 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #9 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Les familles de la pègre de Gotham se sont réunis pour trancher le cas du général Grimaldi. Elles ont payé une équipe de mercenaires pour l'éliminer mais ces tueurs vont découvrir que leur cible s'est jouée d'eux. Cependant, Alfred Pennyworth a fait quelques recherches sur Dick Grayson et a compris pourquoi il est plus distrait actuellement...


Bon, j'espère que vous avez (ou allez) acheté le tome 1 de Batman et Robin : Année Un chez Urban Comics (même si j'ai découvert que l'album ne propose pas toutes les variant covers en bonus, ça devient une déplorable habitude chez l'éditeur français...). Si c'est le cas, vous êtes presque à jour même si la mini-série entame sa dernière ligne droite.


En surface, ce neuvième épisode est presque calme. D'accord, il s'ouvre avec une séquence pleine d'action au découpage fantastique : Chris Samnee et le coloriste Matheus Lopes nous en mettent plein la vue avec une narration parallèle parfaitement maîtrisée et une ambiance intense où on passe de la réunion au sommet de la pègre gothamite au combat de Batman et Robin contre les colosses du général Grimaldi.


Un peu plus tôt aujourd'hui, je parlai dans ma critique d'Imperial de la manière confuse dont Iban Coello et Federico Vicentini orchestraient ce genre de scène. Hé bien, ici, c'est tout l'inverse : c'est du sur-mesure pour Samnee et on devine que Waid n'a pas eu besoin de fournir d'indications à son artiste qui connaît son affaire et règle ça comme du papier à musique.


Il n'y pas beaucoup de dessinateurs capables de faire ce que fait Samnee. Je veux dire : il y a de bons dessinateurs et je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'il y a moins de talents aujourd'hui qu'avant (avant quoi au juste ?). Je pense qu'on se trompe de débat en pointant ça. Et je pense aussi qu'on se trompe de responsable.

C'est-à-dire qu'un dessinateur de comics, c'est une drôle de bestiole. Il faut qu'il tienne les délais, qu'il maîtrise un type de narration très spécial, qu'il s'adapte à différentes formes de script, qu'il soit souple et ferme à la fois (souple dans sa manière d'appréhender ce qu'il doit illustrer, ferme dans son expression). Et il faut, avant tout ça, qu'il soit repéré par un editor, un chasseur de têtes.

Ce que je remarque aujourd'hui, c'est que souvent on a le sentiment que les artistes ne sont pas prêts. On les jette dans le grand bain et ils boivent la tasse. Même des mecs qui ont une excellente technique comprennent que ça ne suffit pas. Pour dessiner des comics, il faut un peu plus que ça. C'est une forme d'intelligence relative au récit. C'est ça, la narration graphique.

Raconter en images comme un scénariste raconte en mots. Dans le registre super-héroïque, ce qui distingue les uns des autres, c'est la mise en scène des bastons. Samnee sait très bien le faire parce qu'il a naturellement le style pour ça : aucune de ses images n'est semblable à celle qui la précède ou celle qui la suit.

Mais ce qui est encore plus difficile et qui est sans doute moins immédiatement remarquable, c'est il faut raconter en images une scène qui ne relève pas de l'action, mais de l'émotion. Il faut alors être doué pour donner de l'expressivité aux personnages. Mais surtout dans la valeur des plans, et surtout pour placer la bonne case au bon endroit.

Dans cet épisode, il y a une scène où on apprécie toute la complicité qui lie Mark Waid et Samnee : Alfred va voir Dick dans sa chambre. Il vient de rentrer d'une patrouille où il a manqué d'attention, de vigilance. Batman met ça sur le compte de la fatigue. Mais Alfred pense qu'il s'agit d'autre chose : la mère du garçon aurait fêté son anniversaire ce jour-là.

Et Dick, depuis qu'il a été adopté par Bruce Wayne et est devenu Robin, n'a jamais pris le temps de faire son deuil. Il n'a même montré aucun chagrin. Il s'est renfermé. Et les mots, simples, justes, d'Alfred vont faire craquer le vernis. "Performers don't cry !" lui répond Dick en éclatant en sanglots. Un moment poignant et superbement réalisé.

Waid n'en rajoute pas : il suit parfaitement ce qu'aurait dit Alfred, les mots sont sobres. Et Samnee, lui, fait monter la sauce très subtilement jusqu'à ce gros plan de Dick qui tourne la tête, mi-furieux, mi-bouleversé, vers Alfred avant de lui tomber dans les bras et de pleurer. C'est moins spectaculaire que la scène d'ouverture, mais tout aussi impeccable.

L'épisode saute ainsi de moments épiques en moments plus intimistes mais également forts. On assiste à la fin à un twist impossible à anticiper et qui va relancer la série jusqu'à son terme. C'est imprévisible parce que Waid et Samnee sont passés maîtres dans l'art de ce genre de moments. Waid ne fait jamais aussi bien ça qu'avec Samnee. 

Batman and Robin : Year One est exceptionnel. C'est formidablement plaisant et divertissant à lire. Mais c'est parce que c'est formidablement bien fait. C'est, là, le secret des vrais bons comics. Mais c'est tout sauf facile.

mercredi 18 juin 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #8 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)

Et c'est reparti pour des critiques comics, après une semaine dernière pauvre en nouveautés et remplacée par des articles cinéma. Cet avant-propos pour vous dire que, désormais, je pense "meubler" ainsi les semaines "sans" (en parlant films donc). Merci à ceux qui auront lu ces articles cinéma. Et j'espère que les fans de comics seront comblés par ce retour des comics dont j'ai choisis de parler en suivant l'ordre alphabétique de leur titre (on s'amuse comme on peut). 


Batman a compris que le dossier que Double-Face a volé au commissaire Gordon contenait une liste d'hommes avec un enfant susceptibles d'être Batman et Robin. Gordon s'en excuse mais, pour se racheter, va assurer la protection des suspects. Or il se trouve que Gueule d'argile usurpe l'identité de Bruce Wayne pour enquêter sur lui...


Alors que Urban Comics s'apprête à sortir en album les six premiers épisodes de cette mini-série (vous savez donc ce qu'il vous reste à faire... - Oui, quoi ? - L'acheter !), l'intrigue de Batman and Robin : Year One confirme qu'elle s'accélère depuis son retour le mois dernier (après son absence dans les bacs en Avril).


A présent, Batman et Robin en savent quasiment aussi long que le lecteur sur la fameuse liste volée à James Gordon par Harvey Dent et le projet du général Grimaldi qui veut l'exploiter pour éliminer tous les hommes avec un enfant susceptibles d'être le dynamic duo. Et ça bouleverse évidemment pas mal de choses dans les relations et les actions des uns et des autres.


La scène d'ouverture voit Batman et Robin sauver un couple visé par Grimaldi. Mark Waid et Chris Samnee en profitent pour montrer Robin s'emparer d'un pistolet et Batman lui passer un savon car il prohibe totalement l'emploi d'une arme à feu contre un adversaire. Evidemment, cela s'explique par le fait que c'est par un homme ainsi armé que ses parents sont morts.


Mais la scène est aussi drôle quand Robin, penaud, fait remarquer que, outre le fait qu'il n'aurait jamais tiré sur un homme, voulant juste l'effrayer, il n'est pas simple pour lui de susciter la peur avec son costume coloré. On retrouve bien là tout l'humour subtil et juste de la série, ce qui fait sa principale qualité dans la caractérisation et la succession dramatisation/dédramatisation de ses scènes.

L'épisode abonde en exemples de ce type comme quand Batman et James Gordon s'expliquent sur la liste dont le dark knight a deviné le contenu. L'échange est d'abord tendu car le policier a trahi la confiance du justicier. Mais ensuite la discussion se détend lorsque les hommes devisent sur les qualités qu'il faut pour être un bon père (Batman avec Robin, Gordon avec sa fille Barbara).

C'est évidemment un régal de lire des dialogues aussi finement tournés et qui alimentent le récit à la fois dans sa dimension intime mais aussi le nourrit dans son intrigue car Batman, on le voit, a toujours peur pour Robin : peur de mal l'élever, peur quand il patrouille avec lui, et cette peur l'humanise. Et cela vient rappeler au lecteur que Gordon est à cette époque un jeune papa, qui ignore tout du destin si spécial de sa fille.

De paternité il est encore question dans ce passage où Grimaldi fils humilie son père handicapé en se vantant d'avoir semé la terreur dans Gotham, asseyant un peu plus son pouvoir, et établissant ce qui fait un chef quand son paternel était un gangster dépassé, de la vieille école. Je ne serai pas étonné que le vieux Grimaldi, malgré sa faiblesse physique, finisse par corriger son fiston avant la fin...

L'épisode culmine avec une séquence assez longue où la maestria de Chris Samnee trouve à s'exprimer quand Gueule d'argile prenant l'apparence de Bruce Wayne pénètre dans son manoir et doit composer avec la présence de Dick Grayson. Formidables planches où le lecteur craint pour la vie de Dick tout en sachant que le boy wonder a de la ressource avant qu'une bagarre expéditive avec Batman n'éclate.

Batman and Robin : Year One est simplement magistral. Simplement parce que ses auteurs ne donnent jamais l'impression de forcer leur talent, leurs efforts sont invisibles. Mais c'est justement ce savoir-faire pour les dissimuler qui rend leur prestation si bluffante. Il y a beaucoup à apprendre et à savourer en lisant une BD aussi maitrisée, où scénariste et dessinateur sont si complémentaires.

Alors, vous savez ce qu'il vous reste à faire ? Achetez le tome 1 de Batman et Robin : Année Un dès sa sortie, le 27 Juin. Croyez-moi : vous allez adorer et être impatient de lire la suite.

vendredi 23 mai 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #7 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Double-Face a mis sur écoute le général Grimaldi qui reproche à Matthew Hagen/Gueule d'argile de ne pas s'être débarrassé de Batman. Ce dernier convainc Franco Bertinelli de convoquer une réunion entre les chefs des familles mafieuses de Gotham afin de faire cesser la guerre qui les oppose, orchestrée par Grimaldi. Lequel envoie des hommes de main liquider tous les hommes susceptibles d'être le dark knight...


Hier, je vous parlai de Mark Waid en termes peu flatteurs avec la quatrième partie de We are Yesterday. Aujourd'hui, je vais vous parler de Mark Waid avec beaucoup plus d'amabilité pour le retour, après un mois d'interruption, de Batman and Robin : Year One. Il y retrouve Chris Samnee, son meilleur partenaire.


Waid, comme souvent avec les scénaristes qui arrivent à un certain âge, a un côté nostalgique. On sait qu'il est, entre autres, un grand collectionneur de tout ce qui touche à Superman et à l'âge d'or des comics, sans parler de sa connaissance encyclopédique de l'histoire des comics DC et Marvel. Ce qui explique la justesse de ce qu'il écrit avec Batman and Robin : Year One.


En effet, en se replongeant au tout début du dynamic duo, Waid se place dans la situation d'un auteur qui revisite une époque qui lui est naturellement chère. Contrairement à World's Finest où il doit imaginer des histoires qui ne remettent pas en cause la continuité, ici il investit une zone dans laquelle il peut inventer des éléments en profitant d'un certain flou artistique.


On parle de choses qui se sont passées, qui ont été imaginées il y a plus de 80 ans et que plus personne ne (re)lit. En tout cas certainement pas les lecteurs actuels qui réclament d'abord un récit accessible sans avoir besoin de réviser les classiques. Et dans les intervalles, entre les lignes, on peut toujours trouver de l'espace pour intégrer des histoires sans trop de conséquences.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire mais ce qui fait le sel de cette mini-série, ce n'est pas le méchant qu'affrontent Batman et Robin, mais bien la relation naissante entre Batman et Robin. Le général Grimaldi n'est d'ailleurs pas un méchant bien génial et donc on peut accepter que s'il n'avait pas été une création pour cette occasion, il aurait été de tout façon oublié depuis belle lurette.

Cela ne signifie pas que l'intrigue est sans intérêt, elle prend même un tour intéressant depuis le cliffhanger de l'épisode 6 puisque Double-Face a remis à Grimaldi ce qu'il avait volé au commissaire Jim Gordon : une liste de noms d'hommes susceptibles d'être Batman (je ne spoile rien, la couverture dit tout). On assiste donc à une traque pour éliminer les uns après les autres ces suspects.

Et pendant ce temps, Batman, qui ignore tout de cette liste, s'emploie à calmer les différents chefs de la mafia gothamite que Grimaldi a montés les uns contre les autres avec l'aide de Gueule d'argile. A noter que ce Clayface-là n'est pas Basil Karlo mais Matthew Hagen, le premier à avoir acquis les pouvoirs de Gueule d'argile.

Il est donc acquis que le second acte de la mini va davantage mettre en avant ces deux pistes narratives (qui est Batman ? Batman va-t-il pouvoir éviter une guerre des gangs ?). Waid se montre nettement plus inspiré ici que dans We are Yesterday, évoluant dans un contexte rétro mais sans compliquer les choses à l'envi, avec beaucoup de rythme, une dose d'humour, et pas mal de suspense.

Mais l'essentiel, ce qui donne à la série tout son (vrai) charme, reste intact : les interactions entre Bruce Wayne/Batman et Dick Grayson/Robin. Ce dernier gagne, selon son mentor, en maturité, en sens des responsabilités, tout en se départant pas d'une malice savoureuse, comme lorsqu'il réussit à duper Ms. Lyn, l'assistante sociale qui aimerait savoir pourquoi il a des bleus partout.

On devine que c'est cette partie qui a motivé Chris Samnee et à demander l'aide de Waid pour écrire le script sur une idée commune. L'artiste, père de deux filles (auxquelles il a rendu hommage dans Jonna and the umpossible monsters et qui a exploré le thème de la parentalité dans Fire Power avec Robert Kirkman), est lui aussi très en verve dans ces scènes.

Le génie de Samnee s'exprime bien au-delà évidemment. C'est sans doute, en l'absence de Stuart Immonen, le meilleur narrateur graphique actuellement. Ses découpages sont un modèle de fluidité et d'énergie, avec un soin apporté aux ambiances, par le biais des jeux d'ombres et de lumières, mis en valeur par les couleurs de Matheus Lopes.

On voit la différence entre ce que Samnee peut apporter à un scénario de Waid et ce que ce dernier écrit pour un Dan Mora par exemple. Ici, tout est plus subtil, élégant, équilibré. Samnee ne se laisse jamais débordé, et il inspire à Waid ce qu'il y a de mieux, en termes de caractérisation. C'est si bien fait que le lecteur ne remarque même plus l'effort que cela nécessite au dessinateur.

Impossible dès lors de ne pas être conquis. Mais surtout quel régal, quel plaisir de retrouver cette série après un mois sans. Batman and Robin : Year One est de ces comics qui vous rappellent pourquoi on aime tant lire ce genre de littérature. Et pourquoi on espère que Waid et Samnee n'en resteront pas là tant ces deux-là se complètent si bien.

jeudi 20 mars 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #6 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Robin aux mains du général Grimaldi, Batman remonte facilement sa piste grâce au traceur sur la moto de son partenaire sur laquelle son ravisseur a laissé son nom. Grimaldi veut attirer Batman dans un guet-apens pour le neutraliser mais tout ne va évidemment pas se passer comme prévu...


Bon, tout d'abord, rappelons que le mois prochain il n'y aura pas de nouvel épisode de Batman and Robin : Year One. La série reprendra en Mai, le temps pour Chris Samnee de reprendre son souffle et pour Mark Waid de trouver du temps pour ses innombrables projets (le bougre écrit ce titre, Batman/Superman : World's Finest, Justice League Unlimited et DC vient d'annoncer la mini The New History of Dc Universe !).


Nous voici donc à mi-parcours de Batman and Robin : Year One, de quoi dresser un premier bilan de ce projet. En ce qui concerne ce sixième épisode, l'action est au rendez-vous : Batman se jette dans la gueule du loup pour sauver Robin kidnappé par Grimaldi et découvre que ce dernier fait pratiquer par des scientifiques d'atroces expériences sur des sujets humains dans un laboratoire.


Robin n'attend pas, de son côté, qu'on vienne le délivrer et prouve non seulement qu'il a de la ressource, héritée de ses années comme artiste circassien, mais aussi de la détermination, car non il ne prend pas son rôle à la légère, il est plus discipliné que ne le pense Batman à qui il rabat son caquet de manière tout à fait savoureuse.


Le tout se termine sur une scène haletante et très accrocheuse pour la suite. Beaucoup le disent et c'est vrai : depuis son retour chez DC, Mark Waid est en feu, il signe plusieurs séries (j'ai oublié Superman : The Last Days of Lex Luthor, dont la parution a repris après un long hiatus car DC avait publié le n°1 sur 3 sans attendre que Bryan Hitch ait terminé les planches des épisodes suivants) et il est inspiré.

L'éditeur le lui rend bien en lui donnant des artistes de premier plan, notamment Dan Mora, ou organisant ses retrouvailles avec Samnee ici. Si je suis tout à fait sincère, je dirai quand même que tout ce que produit Waid n'est pas d'une qualité égale : World's Finest m'a beaucoup frustré et j'ai lâché l'affaire après une vingtaine de n°, Justice League Unlimited me déçoit un chouia pour l'instant...

Mais il est indéniable que quand Waid fait équipe avec Samnee (et réciproquement d'ailleurs), c'est du tout bon. Samnee renoue avec un vrai bon scénariste (c'est-à-dire d'un niveau tellement supérieur à Robert Kirkman sur Fire Power). Et Waid va jusqu'à écrire un script dont l'histoire a été pensée avec son artiste. Il se passe quelque chose entre ces deux-là qui ne se passe pas avec les autres.

C'est du comics champagne, ça pétille, c'est jubilatoire. Au point qu'en vérité, à mes yeux, qu'importe l'intrigue. Je veux dire : ce que raconte Batman and Robin : Year One, c'est efficace, c'est plaisant, mais bon, le général Grimaldi, tout ça, en fait, je m'en fiche un peu, ça ne va rien révolutionner, c'est un méchant assez générique, qui manque de charisme, de dangerosité. Waid et Samnee auraient pu largement mieux faire.

Mais si je m'en fiche, c'est parce que mon vrai plaisir quand je lis les épisodes de cette mini série est ailleurs. Ou plutôt il est dans le titre même de cette mini. A la rigueur, quel qu'ait été le méchant, l'intrigue, peu importe. C'est vraiment la relation naissante entre Bruce et Dick, Batman et Robin qui fait des étincelles et qui est merveilleusement traitée.

On peut s'interroger à plein de niveaux sur Batman et Robin : le fait qu'un adulte enrôle un gamin dans sa croisade contre le crime, qu'il mette la vie de ce gosse en danger, qu'il exploite son chagrin et sa colère, que ce soit un milliardaire et un enfant de la balle, etc. Mais ce n'est pas le sujet ici.

Ici, ce qui compte, ce qui est mis en avant, c'est comment se construit le dynamic duo. Batman pense que Robin est bel et bien un gosse, et même un sale gosse : indiscipliné, casse-cou, insouciant. Il espérait un double de lui, plus jeune, et se rend compte que ce n'est pas le cas, Dick Grayson fait son deuil différemment.

Progressivement, mais c'est très sensible ici, dans cet épisode, Robin prouve qu'il n'est pas un gamin qui attend qu'on le tire d'un mauvais pas. Certes, il est intrépide, imprudent, impulsif. Mais aussi plein de malice, avec du répondant. Et discipliné. Une discipline différente de celle de Batman, apprise sur le dur, au cirque. 

Et il est résolu, déterminé à assumer son rôle de Robin, car, comme Batman cette fois, il ne veut pas que le drame qu'il a vécu, d'autres innocents l'endurent. Robin l'explique simplement à Batman : ils ne sont pas pareils, mais ils peuvent être complémentaires et cela fera leur force. Ils partagent l'essentiel (rendre la justice), même si leurs méthodes divergent.

Pour que cet échange soit efficace, il ne suffit pas qu'il soit bien écrit. C'est important qu'il le soit parce que la scène est cruciale. Mais si le dessin ne suit pas, ça tombe à plat, c'est un cliché. Et Samnee trouve toujours le bon angle, la bonne expression, le bon éclairage, pour valoriser le texte de Waid. Tenez, regardez la dernière page illustrant cette critique et examinez le visage de Bruce...

... Vous y êtes ? Alors vous comprenez ce qu'est un super dessinateur. Ce n'est pas un type qui cherche à vous en mettre automatiquement, systématiquement plein la vue, même si Samnee en est capable (voir le monstre que se coltine Batman sur la deuxième page d'illustration). Non, un bon dessinateur de comics, c'est un narrateur.

C'est-à-dire quelqu'un qui va raconter l'histoire en images, comme un orchestrateur avec une partition, en transcrivant pour chaque instrument la musique. Et c'est ce que fait Samnee. Sa narration graphique est musicale : les notes sont appuyées où et quand il le faut, ni plus, ni moins, et c'est pour ça que ça sonne si juste. Parce que ça arrive au bon moment, de la bonne façon.

C'est pour ces moments-là que Batman and Robin : Year One est une si chouette lecture. Pas franchement pour son intrigue, ni son méchant (même si tout ça prendra certainement plus de volume, d'épaisseur, de tension dans le second acte de l'histoire). Mais pour la justesse avec laquelle Waid et Samnee revienne sur les débuts de Batman et Robin, avec les doutes, l'humour, l'angoisse, l'action, etc.

*

P.S. : Et c'est aussi pour ça que le choix d'Urban Comics de proposer cette mini en deux tomes est complètement con : évidemment, c'est pour gratter un peu de pognon, mais ça va complètement à l'encontre du projet. Cette histoire est d'un seul tenant, elle n'est pas en deux parties. Urban ne coupait pas en deux les mini en 12 n° de Tom King, et quand ils l'ont fait avec The Nice House on the Lake, c'était absurde.

Donc, sauf si vous n'avez aucune patience ou êtes nul en anglais, je vous en conjure, attendez Décembre prochain et le recueil en vo avec l'intégralité des douze épisodes plutôt que cette vf absurde. Mais, quel que soit votre choix, ne passez pas à côté de Batman and Robin : Year One !

dimanche 23 février 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #5 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Dick privé de patrouille après avoir failli se faire renvoyer de l'école, Bruce participe à une soirée chez un ami et se rend compte qu'un usurpateur a pris la place de ce dernier. Certainement le même homme qui, au service du général Grimaldi, sème la confusion parmi les gangs rivaux de Gotham City... Cependant Robin fait des siennes et va le regretter...


Commençons par la (petite) mauvaise nouvelle : Batman and Robin : Year One fera un bref break en Avril pour revenir en Mai, le temps pour Chris Samnee de souffler. Le bonhomme ne se contente pas en effet de dessiner cette série, il signe plusieurs variant covers pour arrondir ses fins de mois. Mais bon, l'excuse car il est exceptionnel.


Et je pèse mes mots parce que ce cinquième épisode est une nouvelle démonstration de son talent de narrateur. Hier, en vous parlant de The New Gods #3 et des pages de Riccardo Federici, je pointais du doigt le fait que ces planches relevaient plus de l'illustration que de l'art séquentiel, dans un récit il est vrai qui était plus dans l'exposition que l'action.
 

Stuart Immonen ne sortant pas de sa retraite, Valerio Schiti ne revenant aux affaires sérieuses qu'en Juillet prochain (avec Captain America, écrit par Chip Zdarsky - enfin une bonne nouvelle en provenance de Marvel !), il faut plus que jamais compter sur Samnee pour nous rappeler ce qu'est la vraie bonne bande dessinée et un vrai storyteller.


Car, bon, sans être désobligeant avec ses pairs, Samnee se distingue par sa science du récit dessiné : il sait faire vivre une histoire par l'image et on le voit dans les scènes d'action, qui sont le passage obligé pour savoir à qui on a affaire. Cet épisode lui donne l'occasion de nous enseigner de quoi il retourne et c'est juste un régal.

La complicité d'un artiste avec un scénariste repose essentiellement sur ce que ce dernier juge inutile de mettre en mots parce que l'image va suffisamment parler par elle-même. Bien entendu, il faut une bonne histoire et Mark Waid sait faire, mais surtout Waid a compris que comme ses meilleurs partenaires par le passé, Samnee savait tirer un script vers le haut.

Comment s'en assure-t-on ? C'est simple : si vous lisez de la vo en particulier et que quelques passages peuvent échapper, faute de maîtriser suffisamment l'anglais, mais que vous saisissez l'essence des scènes, le propos du récit, sans s'appuyer sur le texte, alors c'est que le dessin fait son travail en vous prenant par la main et vous rendre lisible votre BD.

Les exemples sont pléthore : en quelques traits, avec un découpage qui est toujours imparablement fluide, par le jeu des "acteurs" de l'histoire, la composition des plans, la justesse de la valeur de ces plans, Samnee vous raconte ce que vous devez savoir. Le texte qui s'y ajoute n'est "que" là pour orner ce dessin magnifiquement narratif.

Dans le cas présent, l'épisode sépare Batman de Robin puisque Dick Grayson a failli se faire renvoyer de l'école où Bruce Wayne l'a inscrit. Puni en conséquence, il est privé de patrouille. Mais évidemment il ne s'y résout pas et fait le mur. A ses dépens... 

Ces scènes avec Robin sont à la fois drôles et captivantes et une fois encore Waid saisit à la perfection la personnalité du garçon, intrépide, incorrigible. Pendant ce temps, Bruce Wayne fait une découverte lors d'une soirée chic à laquelle il participe chez un ami puis Bruce Wayne mène l'enquête, qui confirme ses soupçons et doit affronter Gueule d'argile (ce n'est pas un spoiler : la couverture le révèle).

Qu'il s'agisse des moues d'abord vexées puis de la mine espiègle de Robin ou de la façade impassible puis déterminée de Batman, Samnee appuie juste ce qu'il faut sur les expressions pour qu'on capte ce qui se joue chez les deux personnages et ce qui les anime. Mais en prime, Waid lâche la bride à son artiste, conscient qu'en rajouter par le texte ne ferait que gâcher leur puissance narrative.

A ce stade de la série, on peut faire une croix sur l'originalité de l'intrigue, au moins provisoirement : pour le moment, avant peut-être le second acte, tout repose sur la caractérisation, et le lecteur s'attache au plaisir de voir le dynamic duo à ses débuts. On peut déplorer que Waid prenne son temps pour camper son propos mais ça fonctionne parce qu'il réussit à nous montrer Batman et Robin avec une épatante fraîcheur.

A fond, Waid renoue avec Samnee sur ce qu'il a accompli avec Mike Wieringo : faire aimer des personnages dont on croit tout savoir en les plaçant dans une perspective inattendue. Batman, Robin, les Fantastic Four, ont en commun d'être des héros établis, dont on a fait le tour (et pas qu'une fois). Mais le talent, le génie même, c'est de nous les rendre à nouveau comme neuf. 

Par la grâce d'une écriture aérienne et de dessins remarquables, bref d'une narration virtuose mais jamais prétentieuse, on obtient la quintessence d'une BD : un divertissement élégant, un récit palpitant, et une masterclass de réalisation.

vendredi 17 janvier 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #4 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Ayant échappé de peu à une noyade, Batman rentre, avec Robin, à son manoir. Peu après Laura Lyn, des services sociaux, s'y présente pour s'assurer que Dick se porte bien et que Bruce s'en occupe sérieusement. Le soir venu, Batman, seul, rend visite au général Grimaldi...
 

Que dire ? Lire chaque mois un nouvel épisode de cette mini-série ne me donne qu'un seul regret : qu'il ne s'agisse que d'une mini-série. Autant certains aspects de Batman/Superman : World's Finest du même Mark Waid me dérangeait parce que je savais que les histoires ne pouvaient pas se permettre de bousculer la continuité, autant ici je m'en fiche royalement.


Pourquoi ? Tout simplement parce que, déjà, ce que nous raconte Waid, on ne l'a jamais lu, alors qu'on croyait pourtant tout savoir des débuts de Batman et Robin. Mais à la rigueur, c'est accessoire. J'irai même plus loin : on s'en fiche de cet Année Un de Batman et Robin, de l'intrigue avec le général Grimaldi. Ce sera peut-être passionnant à la longue, mais pour le moment, peu importe.


Car ce qui emballe dans cette série est ailleurs, et je défie quiconque de ne pas être charmé, enthousiasmé par cet ailleurs. En fait, ce qui est génial, ce n'est pas l'année 1 de Batman et Robin, mais plutôt l'année 1 de Bruce Wayne et Dick Grayson. Et ça, parce qu'on ne l'avait pas vu venir, c'est encore plus réjouissant.


C'est peut-être subjectif, mais quand on devient, par la force des choses, les années passant, un "vieux" lecteur de comics, qui en a lu un paquet, qui s'est arrêté d'en lire, puis qui a replongé, ce qui finit par compter, ce n'est plus tant le folklore qui entoure les comics de super-héros, c'est ce qui se passe à la marge. Ou, disons-le autrement, ce qui peut encore surprendre avec des personnages octogénaires.

Si je suis honnête, Batman, Robin et tout le reste de cet univers, ça ne représente pas/plus grand-chose pour moi. Bon, il reste des intrigues intéressantes, le savoir-faire de certains auteurs, le talent de certains artistes, mais en vrai, c'est secondaire : Batman va affronter un vilain, il va gagner (parfois difficilement), et puis au suivant.

En plus Batman, le dark knight, le caped crusader, le solitaire, tout le monde a compris que c'était une grosse arnaque. Le gars, c'est un pilier de la Justice League, il a créé les Outsiders, il a dirigé sa Justice League of America, il a monté les Arkham Knights : c'est un solitaire quand il le veut bien. Mais c'est du flan : au-delà de toutes ces formations, il y a la Bat-family, avec les Robin, Nightwing, Oracle, Batwoman, le Signal, les Batgirls, Red Hood, et même, tiens, James Gordon...

Robin, c'est le sidekick originel, qui deviendra le chef des Teen Titans, des New Teen Titans, des Titans, qui remplacera Bruce Wayne dans le costume de Batman, c'est l'amant d'Oracle, de Starfire, c'est devenu récemment le symbole du DCU (le héros lumineux, positif, incarnant l'espoir). Bref, c'est l'autre facette de la médaille Batman, son contraire et son complément à la fois.

Mais avec ce Batman and Robin : Year One, Waid avec Chris Samnee (crédité comme co-plotter, c'est-à-dire co-auteur de l'intrigue), on voit bien depuis quatre mois que ce qui les motive, les intéresse, les passionne, les amuse, c'est d'abord Bruce et Dick quand ce dernier est adopté par le premier et devient son partenaire en même temps que son fils adoptif.

Cet épisode est clairement découpé en trois segments : la suite directe du cliffhanger de l'épisode précédent, une séquence avec Laura Lyn (des services pour l'enfance), et la visite de Batman au général Grimaldi. Le premier et le troisième segments sont d'une efficacité redoutable, imparable, merveilleusement ouvragés, aussi bien pour l'écriture que pour le dessin.

Mais là où, réellement, Waid et Samnee se surpassent, c'est dans la séquence au manoir Wayne lors de la visite matinale de Laura Lyn. Celle-ci vient s'assurer, à l'improviste (le meilleur moyen pour découvrir si quelque chose cloche sans que ses interlocuteurs soient préparés), que tout se passe bien pour Dick Grayson, que Bruce Wayne est sérieux.

Et c'est un pur régal. Rien que pour ces pages, il faut lire cette série. C'est irrésistible, drôle, enlevé, merveilleusement caractérisé, contextualisé. Je vais vous dire : c'est du Lubitsch, du Wilder, c'est de la grande screwball comedy, c'est étincelant, virtuose. C'est ce que j'ai envie de lire dans du super-héros, c'est intelligent, malicieux. Vraiment extraordinaire.

Voyez, sur Youtube, récemment, je visionnais des retours de lecture sur la revue X-Men lancée par Panini Comics à l'occasion de la relance de la franchise. Et beaucoup de ces reviews disent la même chose : "c'est pas fou", c'est pas bien écrit, pas bien caractérisé, ça n'arrête pas de faire référence non seulement à Krakoa mais même à des trucs antérieurs, ça veut faire branché avec des vannes, des clins d'oeil pop, et c'est juste insupportable. C'est la plaie des comics : toujours regarder dans le rétro, toujours se sentir obligé de rappeler qui est qui, quand ça se passe, d'où ça sort. Arrêtez avec ça, arrêtez de regarder en arrière, pensez à aujourd'hui et demain. Ou alors appuyez-vous sur hier de manière abordable et constructive, pour rebondir.

Aucune spontanéité. Batman and Robin : Year One, c'est l'opposé absolu. Oui, ça se passe dans le passé, mais Waid et Samnee ne font jamais d'allusion à la continuité, c'est plus frais que tout ce poisson avarié, plus spontané, plus abordable.

Et c'est un comble de se rendre compte que ça arrive avec une histoire racontant les débuts de Batman et Robin, des personnages qui ont 80 ans d'existence. C'est dingue de se dire que Mark Waid, 63 ans, et Chris Samnee, 45 ans, font une BD qui est vraiment plus amusante, plus accessible, que Jed MacKay, 42 ans, et Ryan Stegman, 44 ans, avec X-Men !

Je ne dis pas que tout est mauvais en comparaison, mais juste que Waid et Samnee ne flattent pas un public cible (celui des vieux lecteurs ou des newbies) : pour eux, ce qui compte, c'est d'abord, ostensiblement, de faire une BD qui soit divertissante, belle, abordable, efficace. Ils ne sont pas là pour nous dire à quelle point la mention Year One est primordiale pour leur projet, mais pour nous prouver qu'on peut encore écrire et dessiner Batman et Robin avec la même fraîcheur qu'à l'origine.

Et pour ça, ils inventent une intrigue, qui vaut ce qu'elle vaut pour l'instant, pas révolutionnaire, mais sympa, contrebalancé par un amour des personnages, des héros. Ici, pas de dark knight (ou alors pour en sourire), pas de über Batman, pas de Robin traumatisé, pas de pathos. Pas non plus de volonté de flatter une frange particulière du lectorat. Juste le souci de faire un bon comic-book, fun et captivant.

Puis, ces planches de Samnee, bon sang ! Ce mec est un génie : tout est fluide, vous n'avez aucun effort à faire pour lire ça, ce n'est pas surchargé de détails inutiles, le découpage est magnifique (cette scène où Batman manque de se noyer, sans un mot !), les personnages sont expressifs (sans grimacer, sans surjouer), les couleurs sont superbes. C'est sublime. 

Samnee n'est jamais là pour épater la galerie : il est très bon (plus que ça même), mais il ne se la pète pas. Résultat : non seulement chaque page fonctionne du tonnerre, mais l'épisode entier est une masterclass. Vous voulez savoir comment un comic-book fonctionne ? Vous voulez apprendre à dessiner un comic-book ? Lisez du Samnee ! C'est limpide, c'est magistral, ça coûte pas cher, et ça ne vous prend jamais de haut.

J'ai pas aimé cet épisode, je l'ai adoré. J'adore cette série. ET je le répète, ça devrait durer plus que douze épisodes.