samedi 16 août 2025

EDDINGTON (Ari Aster, 2025)


Fin Mai 2020, Eddington, Nouveau-Mexique. En raison de la pandémie de Covid, le maire Ted Garcia applique les mesures mises en place par le gouverneur et les autorités : port du masque obligatoire dans les lieux publics et confinement. Le shérif Joe Cross désapprouve ces contraintes qu'il juge liberticides. D'ailleurs, tout comme sa femme, Louise, instable émotionnellement, et sa belle-mère, Dawn, une complotiste qui vit avec eux, il ne croit pas à la dangerosité du virus puisqu'aucun cas n'a été détecté dans la commune.


Après une énième dispute avec Ted, Joe décide de se présenter aux élections municipales sans en parler à son épouse que cela irrite. Il recrute ses deux adjoints, Guy et Michael, pour l'aider dans sa campagne au cours de laquelle il dénigre son adversaire sortant et l'influence qu'ont sur lui le gouverneur et Bill Gates. Louise et Dawn invitent à dîner Vernon Jefferson Peak, un illuminé qui prétend avoir subi des sévices sexuels étant enfant et qui dénonce des trafics d'enfants organisés par l'Etat à la faveur de la situation actuelle.


Cependant, le fils de Ted, Eric, s'implique dans le mouvement Black Lives Matter et dénonce les violences policières, y compris à Eddington, même s'il le fait surtout pour séduire Sarah, une jeune activiste dont est épris son meilleur ami Brian. Mais le point de non-retour est franchi quand Joe met en ligne une vidéo dans laquelle il accuse Ted d'avoir violé Louise quand elle était adolescente puis l'avoir forcée à avorter...


Eddington, au dernier Festival de Cannes, était annoncé comme le film poil à gratter de la sélection, le scandale programmé et attendu de l'édition. Un pari souvent douteux et périlleux car, si cela ne se passe pas comme prévu, les critiques comme les spectateurs auront vite fait de parler de pétard mouillé. Reparti bredouille de la Croisette, Eddington a effectivement fait "pschiitt" !
 

Les avis des critiques depuis ont confirmé cet entre-deux : certains louent l'audace d'un cinéaste qui ne retient pas ses coups, en particulier contre les complotistes, les antivax, les Républicains américains, quand d'autres ricanent de cette fausse insolence qui consiste à tirer sur des cibles faciles dans la mesure où personne ne peut les trouver sympathiques.
 

Mais le véritable échec d'Eddington tient en deux mots : Ari Aster, lui-même. Du cinéaste je n'ai vu que son très surcoté Midsommar, qui montrait déjà un sens de la provocation assez puérile, et je n'attendais rien de plus de ce nouvel opus, ayant zappé son Beau is afraid sorti entre temps. Mais il me semble bien, qu'après Eddington, j'en resterai là avec Aster, qui n'a que le talent de plaire aux bouffons.


Pourquoi ça ne fonctionne pas - et même pire  : jamais ? Parce que Ari Aster ne sait pas de quoi il veut parler. Il revendique avoir fait un western moderne parce que son personnage principal est un shérif du Nouveau-Mexique s'affichant fièrement avec son grand chapeau et son sens de la justice expéditive (en vrai : c'est un connard complètement stupide).

A l'intérieur de ce genre, Aster dénonce donc les complotistes, les antivax, les Républicains, mais se moque aussi du mouvement Black Lives Matter (animé ici par deux ados qui veulent surtout se taper la même fille à l'engagement sincère). Il évoque aussi la mort de George Floyd, étouffé par des flics, le fantasme des réseaux pédophiles couverts par le gouvernement démocrate...

Bref, ça part dans tous les sens, mais ça ne mène nulle part. Plutôt que d'analyser ces phénomènes et leurs conséquences sur la société en 2020 mais encore aujourd'hui en 2025, Aster préfère suivre son shérif dont les ambitions électorales sont en vérité plus motivées par la jalousie dévorante qu'il éprouve pour le maire sortant, qui a eu une aventure avec sa femme dans leur jeunesse.

Joe Cross est un être immonde, amoral. Pourquoi pas ? On peut faire de grands films sur des salauds et même des abrutis. Mais pour cela il me semble qu'il faut que le scénario donne à voir un peu autre chose, comme pour prouver que personnage est une ordure et un con. Mais ça, pour Aster, c'est du temps perdu. Tout ce qui l'intéresse, c'est de nous montrer, complaisamment ce sinistre individu.

Le souci, c'est que Eddington est un film long, très long, inutilement long, avec ses 150' qui n'en finissent plus une fois que son scénariste et réalisateur a fait le tour de Joe Cross sans avoir même eu le courage de lui offrir une fin à sa démesure - il préfère l'humilier jusqu'au bout parce que c'est sans doute plus irrévérencieux. Oh la la, quelle audace, quelle témérité !

En voulant traiter trop de sujets, il n'en traite aucun correctement. Pire : il donne l'impression qu'il n'existe aucune hiérarchie entre eux, que tout ça n'est qu'une vaste blague, aussi pathétique que l'époque. A la fin, tout ça est évacué, comme dans les égouts, par une fusillade grotesque, digne d'une parodie de Rambo, sans queue ni tête jusqu'au bout. Et jusqu'au bout ici, c'est droit dans le mur.

A part Joe Cross, les autres personnages sont réduits à des accessoires, des prétextes. Le maire est fantomatique, alors que les actions de son shérif et rival sont obscènes. La femme de Cross est réduite à une poupée brisée on ne sait trop pourquoi, qui verse dans le même délire que sa folle de mère, et se fait la malle avec une espèce de gourou encore plus siphonné. 

Quant aux jeunes qui occupent l'arrière-plan avec l'affaire George Floyd et Black Lives Matter, ils ne sont même pas caractérisés (seul l'un d'eux se transformera en influenceur récompensé par la foldingue en chef, Marjory Taylor Greene). 

Le casting prestigieux dont s'énorgueillit le film est une vaste fumisterie, je préviens les fans de Emma Stone, Austin Butler et Pedro Pascal. Ce dernier est complètement sacrifié comme si le cinéaste avait coupé la majorité de ses scènes en imitant un spectateur rageux que la hype autour de l'acteur insupporte (pourquoi l'engager alors ?).

Emma Stone fait des choix de carrière qui me laissent de plus en plus perplexes. Si Pauvres créatures lui offrait un rôle à Oscar (qu'elle a d'ailleurs décroché), ses collaborations avec des zozo'auteurs deviennent désormais embarrassantes tant elle est sous exploitée. J'aimai beaucoup cette actrice mais là, elle est en train de me perdre. Elle est ici médiocre et à vite écartée.

Quant à Austin Butler, je ne comprends toujours pas ce qui séduit tant les cinéastes chez cet acteur peu expressif, au jeu abominable, comme ce rôle le prouve encore. Joaquin Phoenix a, lui, droit à toute l'attention de Aster (il a bien de la chance, au moins cette fois il ne s'est pas barré avant le tournage...) et ne fait que répéter son éternel numéro de mec torturé : lassant.

Eddington ne fait rien pour être aimable et on lui accordera qu'il réussit parfaitement sur ce point. Mais ce qui est gênant, c'est qu'en plus d'être antipathique, il donne franchement le sentiment de prendre le public de haut. Et ça, en retour, ça ne mérite aucune indulgence, surtout quand le résultat est aussi navrant.

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