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samedi 4 avril 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC (Kelly Thompson, Jamie McKelvie/ David Lopez, Jacopo Camagni, Jamie McKelvie)


CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC
(Captain Marvel #27-30)


- STRANGE MAGIC (Kelly Thompson / David Lopez, Jacopo Camagni) - En 2052, Carol a rencontré la fille de James "Rhodey" Rhodes... Et découvert qu'elle n'était sa mère. Pour ne pas compromettre la paternité de Rhodey, Carol a préféré le quitter. Dévastée, elle ne quitte plus son appartement et ne répond plus aux appels de Jessica Drew. Celle-ci la force à se ressaisir en l'inscrivant à un speed dating. La soirée tourne au fiasco et Carol finit dans un bar où elle trouve Dr. Strange... Avec qui elle finit la nuit au lit !


Après cette aventure sans lendemain, Carol pense avoir trouvé une solution pour empêcher le futur apocalyptique qu'elle a connu de se produire. Ove tirait sa force d'une combinaison entre la magie de sa mère, Amora l'Enchanteresse asgardienne, et d'Atlantis. Carol demande donc à Strange de lui enseigner la magie pour retrouver et vaincre Ove. Il refuse catégoriquement.
 

Carol se tourne vers d'autres super héros aux pouvoirs magiques qui suivent l'avis de Strange. Elle décide alors de solliciter Amora elle-même, sans lui révéler qu'elle compte éliminer son futur fils...


C'est un tome très court que ce sixième volume de la série puisqu'il ne compte que quatre épisodes, quand bien même le trentième est plus long puisqu'il possède une back-up story. Toutefois, malgré sa brièveté, il est bien meilleur que le précédent tome.

A vrai dire, on regrette surtout que Kelly Thompson n'ait pas produit une seule et même histoire comprenant les épisodes 22 à 30 car on a bien là la suite et fin de l'arc The New World. Et ainsi composée, cette histoire devient plus complète, plus palpitante. C'est un peu un acte manqué, mais au final la scénariste réussit un exploit en rattrapant son coup.

A la fin de la précédente aventure donc, Carol décidait de rompre avec Rhodey car elle avait rencontré dans le futur la fille de ce dernier et elle n'en était pas la mère. On retrouve donc Carol en pleine dépression. Jusqu'à ce que Jessica Drew/Spider-Woman prenne les choses en main. Sans mesurer les conséquences.

L'épisode qui ouvre ce tome (le #27) est une merveille de drôlerie, qui prouve de quoi Kelly Thompson est capable quand elle s'adonne à la comédie, un registre où elle a déjà brillé (notamment quand elle écrivait West Coast Avengers). Les scènes s'enchaînent à un rythme soutenu, provoquant les rires par le drame qu'endure l'héroïne et les moyens que met en oeuvre sa meilleure amie pour qu'elle aille mieux.

Une soirée de speed dating calamiteuse plus tard, Carol finira dans le lit de Stephen Strange (qui, comme Matt Murdock, est quand même un gros queutard). Mais Thompson n'a pas fait cela que pour la déconne - au contraire : elle va exploiter cette péripétie pour construire le récit qui suit et où Captain Marvel doit s'initier à la magie pour espérer empêcher le futur catastrophique qu'elle a vu de se produire.

Le twist, assez épatant, que la scénariste va trouver, c'est de pousser Captain Marvel vers l'Enchanteresse pour neutraliser Ove, c'est-à-dire le futur fils d'Amora elle-même. La ruse fait long feu et aboutira à une confrontation musclée et une résolution trouble. Mais l'ensemble est redoutablement efficace et tordu à la fois.

David Lopez, qui avait été le partenaire privilégiée de Kelly Sue DeConnick lorsqu'elle écrivait Captain Marvel, revient donc sur le titre pour dessiner l'épisode 27. Ses personnages très expressifs, son trait rond, limite cartoony, sa narration simple et directe, font des merveilles jusqu'à la chute irrésistible. Il faudrait vraiment qu'un jour le run de DeConnick et Lopez soit réédité en vo.

Puis c'est Jacopo Camagni qui s'occupe des trois épisodes suivants. C'est assez poignant de lire ses planches puisque ce jeune artiste est mort récemment (le 1er Mars 2026) à seulement 48 ans. Très actif, il avait une grande carrière devant lui et Marvel venait de lui confier une nouvelle série (Generation X-23).

J'ai découvert Camagni quand il a succédé à Valerio Schiti et Stefano Caselli sur le titre S.W.O.R.D. (écrit par Al Ewing). Il avait ce trait élégant et expressif, d'une suavité assez exceptionnelle, qui en faisait un excellent narrateur graphique. Ici, déjà, il faisait preuve d'un grand talent, notamment dans les passages les plus drôles, mais aussi dans les scènes d'action qu'il savait rendre très puissantes.

Tout concourt à faire de ces épisodes et de cet arc une franche réussite.  

*

- RIPPLES (Jamie McKelvie) - Après les récentes épreuves qu'elle a traversées, Captain Marvel décide de rendre visite à Ms. Marvel (Kamala Kahn). Elle veut savoir pourquoi la jeune fille la considère comme un modèle super héroïque alors qu'elle a l'impression d'accumuler les erreurs...


Pour fêter le trentième épisode de la série, Marvel a confié au dessinateur Jamie McKelvie (Young Avengers, The Wicked + The Divine) une back-up story d'une dizaine de pages où il est aussi scénariste. Et c'est une jolie démonstration.

McKelvie avait un sujet tout trouvé en montrant une rencontre entre Carol Danvers et sa super fan Kamala Kahn alias Ms. Marvel. Il interroge cette dernière sur les raisons pour lesquelles elle a repris l'ancien alias de Carol et pourquoi elle la trouve exemplaire. C'est l'occasion d'une balade dans le quartier où habite Kamala et d'un dialogue à bâtons rompus, à la fois touchant et franc.

Le résultat est vraiment concluant : si McKelvie est un peu bavard, il explicite clairement et intelligemment pourquoi Captain Marvel, en plein doute, inspire Ms. Marvel. Pas de grande déclaration grandiloquente ni d'effusion, mais un échange à la fois drôle et émouvant entre deux super héroïnes, deux générations, une même vocation.

Visuellement, c'est bien entendu magnifique. McKelvie est un artiste prodigieux et bien trop rare (sa série chez DSTLRY, One For Sorrow, est en suspens depuis Novembre 2024 !), raison de plus pour savourer chaque planche. C'est beau à tomber à la renverse tout simplement. Espérons qu'il refera vite parler de lui.

Voilà, c'était la dernière critique sur cette série, dont je n'ai pu me procurer que les six premiers tomes. Si je peux acquérir les suivants pour un bon prix, je reprendrai ces reviews en espérant boucler le run de Kelly Thompson. 

dimanche 25 août 2024

BLACKHAND & IRONHEAD (David Lopez)


Alexia Ros est la fille de Carlos Ros alias IronHead, un des plus grands super-héros, qui est désormais retiré. Après un massacre survenu lors d'une bataille contre des super-vilains, il a créé la Fondation Lesseps qui permet aux super-héros, désormais sur la touche après la victoire de leur camp, de se battre pour des shows télévisés. L'endroit sert aussi de musée où sont entreposés des armes, véhicules et tenues ayant appartenu aux justiciers et à leurs ennemis.


Mais si Alexia rêve de prendre le relais de IronHead, son père a d'autres projets pour elle : il veut qu'elle devienne l'administratrice de la Fondation Lesseps. Alors qu'il remplit les papiers à cette fin, la télé retransmet le combat qui oppose Titan, l'ancien partenaire d'IronHead, à la dernière des méchantes, Dakini Klesha. Carlos est alors victime d'une crise cardiaque.


Des funérailles en grandes pompes sont organisées en sa mémoire. Mais la cérémonie va être troublée par l'intervention d'une jeune femme, Amy Camus, qui affirme que IronHead était son père et les a abandonnées, elle et sa mère. Elle se réjouit que Carlos soit mort et réclame son héritage. Et ce n'est que le début des emmerdes pour Alexia...


David Lopez est un dessinateur de comics qui a travaillé aussi bien pour DC (Catwoman quand la série été écrite par Will Pfeifer) que Marvel (Captain Marvel, lors du run de Kelly Sue DeConnick - qui singe une préface très louangeuse). Issu de la vague espagnole, c'est un artiste apprécié mais qui n'a jamais véritablement eu la reconnaissance qu'il mérite, malgré son talent et le fait que les scénaristes avec qui il a collaborait ont loué son travail.


Bonne nouvelle : DeConnick et Lopez vont à nouveau faire équipe dès le mois de Novembre pour une mini-série en huit numéros chez Dark Horse, FML, et j'ai hâte de lire ça. Mais revenons à BlackHand & IronHead, le projet le plus personnel de Lopez qui a eu une histoire éditoriale spéciale. En effet, si l'album a été traduit en France chez Urban Comics (dans leur collection Urban Strips), aucune version physique n'existe aux Etats-Unis.


Initialement, en effet, cette mini-série était un webcomic paru sur la plateforme PanelSyndicate créé par Brian K. Vaughan et Marcos Martin quand ils ont produit The Private Eye (également dispo chez Urban dans la même collection). Le concept était simple : sortir des formats traditionnels (avec des BD au format "à l'italienne", du moins au début), sans deadlines, et pour lesquels le lecteur payait ce qu'il souhaitait (y compris que dalle pour les plus radins ou les moins respectueux du travail fourni).

Le succès de The Private Eye, puis de Barrier (par les mêmes auteurs), a motivé David Lopez à se lancer dans l'aventure avec cette histoire qu'il murissait depuis longtemps. En surface, on reste dans le domaine super-héroïque puisque IronHead est le pseudo d'un ancien justicier qui a réussi à fédérer des surhommes dans sa Ligue de Combat pour mettre fin au super-banditisme. L'objectif a été rempli puisqu'il n'existe plus de super-vilain en activité et le seul super-héros qui veille au grain est Titan, une sorte de Superman dans cet univers.

Que faire quand il n'y a plus personne à combattre et à mettre derrière les barreaux ? Créer une fondation pour que les anciens super-héros se défoulent dans des affrontements télévisés, entreposer les armes et véhicules du passé glorieux, et financer des projets caritatifs. C'est ce qui attend Alexia, la fille de IronHead, qui pourtant rêvait de reprendre le flambeau. Mais lorsque Titan doit stopper la dernière super-vilaine en liberté, le père d'Alexia a une crise cardiaque et, lors de ses obsèques, une inconnue vient prétendre qu'elle est sa fille en se réjouissant de sa mort mais en réclamant sa part d'héritage !

Ce que je viens de raconter, c'est seulement le premier épisode (sur les cinq que compte la série). Et partant de là, David Lopez nous entraîne dans une intrigue qui sort des sentiers battus : certes il y a de l'action, des super-pouvoirs (Alexia est super-forte, Amy sa demi-soeur a des capacités psioniques), mais ne vous attendez pas à de la bagarre non-stop, même si les deux filles ont beaucoup de mal à s'entendre et à accepter leur histoire.

Non, tout l'intérêt de BlackHand & IronHead réside dans l'exploration du thème de la filiation. Vous connaissez la chanson qui dit : "on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille" (Né quelque part, de Maxime Le Forestier). Elle va comme un gant à ce récit où Alexia va découvrir que son papa n'était pas le héros qu'elle croit, et où Amy n'est pas juste une fille illégitime. Et ce qu'elles vont traverser, ensemble, bon gré mal gré, va leur apprendre à mieux se connaître l'une l'autre mais aussi elle-même.

Amy dissimule derrière son insolence des blessures jamais cicatrisées, Alexia doit composer avec la légende à laquelle on lui a fait croire. Dans les deux cas, on a attendu d'elles quelque chose de précis (pour Alexia d'accepter une tâche qu'elle ne désirait pas, pour Amy de rester dans l'ombre). Elles n'ont pas tué le père, au sens freudien du terme, mais la mort de leur père et ce à quoi elles sont confrontées suite à cela les oblige à collaborer, à grandir, à mûrir. La fin, sans vous la dévoiler, a ce goût amer qui la rend plus sensible et profonde qu'un simple divertissement - et d'ailleurs David Lopez a depuis achevé un second volume de BlackHand & IronHead qu'Urban serait adorable de traduire (même si ce tome 1 est présenté comme un "récit complet" et qu'il n'a pas dû beaucoup se vendre).

Le scénario réserve donc bien des surprises, à commencer par sa fluidité, son rythme et son intelligence. C'est quelque chose qui s'inscrit dans le mouvement de comics tels que Black Hammer ou Minor Treats, avec des réinterprétations de figures connues, même si Lopez n'utilise que ces motifs de façon périphérique et privilégie ses deux héroïnes originales, elles.

Ensuite, le format "à l'italienne" (c'est-à-dire tout en largeur) ne présente aucune difficulté pour ce dessinateur pourtant rompu aux pages traditionnelles. Il découpe majoritairement l'action en deux bandes mais le nombre de cases varie énormément. Parfois il réussit à intégrer trois bandes, parfois encore il se donne de l'air et produit une pleine page (mais jamais de doubles pages). C'est très simple à lire, très dynamique, et le trait rond, expressif de Lopez participe beaucoup au plaisir qu'on retire du livre.

Enfin, l'album se conclut par une section bonus bien garnie : on y trouve d'abondantes recherches graphiques pour les personnages (l'occasion de découvrir toute l'évolution qu'ont connu les héroïnes dans leur représentations, surtout Amy), des tests de couleurs (avant que Nayoung Kim ne se charge des planches), le soin apporté aux looks des personnages. Si, comme moi, vous raffolez des coulisses, ce sont des documents passionnants.

Bref, donnez sa chance à cet album, il vous plaira sans problème, et cela donnera peut-être de la motivation à Urban Comics pour proposer le volume 2.

jeudi 4 avril 2024

BIRDS OF PREY #7-8 (Kelly Thompson / Javier Pina & David Lopez)

Attention ! Ce qui suit peut contenir des spoilers 
si vous n'avez pas lu les 6 premiers épisodes.

   

Meridian a révélé à Black Canary et Oracle pourquoi cette dernière ne devait plus accompagner les Birds of Prey en mission : un voyageur temporel menace en effet directement la vie de Barbara Gordon au point qu'elle mourrait si elle réintégrait l'équipe en opération.


Mais ce voyageur temporel, comme le découvrent Oracle et Meridian se déplace en utilisant le Rouge, l'entité qui interagit avec tous les animaux et méta-humains ayant des super-pouvoirs similaires aux animaux. Black Canary et Oracle s'adressent à une experte du Rouge : Mari McCabe/Vixen...


Ce deuxième arc de Birds of Prey se forme de deux épisodes. Kelly Thompson reprend les choses là où elle les avait laissées à la fin des six premiers chapitres, quand Meridian révélait à Black Canary pourquoi il fallait impérativement que Oracle ne se joigne plus aux opérations sur le terrain de l'équipe.


On remarque d'entrée de jeu que la scénariste a modifié la composition du groupe : exit Harley Quinn (récupérée pour une nouvelle série Suicide Squad) et, plus surprenant, exit aussi Zealot (là, sans raison officielle - dommage, j'aime bien ce personnage qui s'intégrait bien à la série). Mais bon, les BoP ont toujours évolué dans leur line-up et Kelly Thompson a laissé entendre en interview qu'elle comptait bien utiliser des anciens et nouveaux membres.


D'ailleurs l'intrigue indique désormais qu'un vilain cible toutes les femmes qui ont fait partie des BoP : il s'agit d'un voyageur temporel qui utilise un circuit bien spécial pour se déplacer et qui requiert donc une spécialiste pour le localiser. Et c'est donc l'occasion d'appeler à la rescousse Vixen, un personnage quelque peu délaissé depuis la fin de la série Justice League of America, écrite par Steve Orlando (en 2017-2018).


Kelly Thompson ponctue l'échange entre Black Canary, Oracle et Vixen avec des scènes d'entraînement entre Big Barda, Batgirl (Cassandra Cain) et Cynthia "Sin" Lance (désormais investie de pouvoirs, mais je vous dis pas lesquels ni comment : pour cela il vous faut lire les six premiers épisodes). La complicité, savoureuse, entre Barda et Cassandra fonctionne très bien et Sin s'avère une élève plus coriace que prévu.


Le récit file à vive allure et si l'épisode 7 est assez calme, le suivant est beaucoup plus mouvementé. Kelly Thompson introduit un subplot impliquant Vixen, qui a failli commettre un cambriolage sous emprise mentale, sans qu'on sache bien si c'est en rapport avec ce voyageur temporel ou s'il s'agit d'un autre vilain.

Le dénouement du n°8 ouvre la porte à une aventure à venir dès le mois prochain et qui devrait entraîner l'équipe one sait où mais dont dépend la vie de Oracle (qui évidemment a désobéi aux recommandations de Meridian). Ce cliffhanger dramatique est à peine compensé par les dialogues irrésistibles qu'écrit la scénariste pour Big Barda lors d'un défilé de lingerie.

Au dessin, Leonardo Romero se contente de signer les couvertures (on ne sait pas à l'heure qu'il est quand l'artiste reviendra pour des pages intérieures, et même s'il reviendra). Il est remplacé sur l'intégralité de l'épisode 7 par Javier Pina, dont j'aime beaucoup le travail, et qui livre une copie très propre, très solide.

En revanche, Pina a besoin du renfort de l'excellent David Lopez sur l'épisode 8 (Lopez réalise les pages 6-7 et 14-18). On a droit à plusieurs superbes doubles pages avec des compositions très soignées où les personnages ne se marchent pas sur les pieds en pleine action. Leurs styles se complètent bien, mais il faut espérer que la série se trouve un artiste régulier à l'avenir, même si ce sera dur de succéder à Romero.

Les couleurs de Jordie Bellaire donne toujours un cachet particulier au titre, qui peut déplaire, mais qui, moi, ne me dérange pas. 

Birds of Prey continue de me satisfaire, quand bien même donc graphiquement c'est un titre qui gagnerait à avoir un dessinateur stable (difficile à trouver par les temps qui courent, qui plus est sur un team book, exercice plus exigeant).