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mercredi 20 mai 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #4 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine, Dave Colton et Tyler Torrens se retrouvent dans le repaire de Nick Pruet, patron du programme Primewarrior. Torrens est prêt à lui céder ce qu'il convoite s'il redevient un simple mutant et plus une machine à tuer. Mais Colton, Wolverine et même Nuke ne sont pas de cet avis...


La première question qu'on se pose en achevant la lecture de ce dernier épisode de Wolverine : Weapons of Armageddon est la suivante : quel est le rapport entre ce que nous a raconté Chip Zdarsky et Armageddon, son event qui démarre le mois prochain ? Le scénariste suggère quelques pistes mais était-ce bien nécessaire d'écrire cette mini-série pour cela ?
 

Depuis le début de cette intrigue, Tyler Torrens, le jeune homme qui a servi de cobaye au programme Primewarrior, se balade avec une boîte. Il s'agit d'une "origin box", importé de la Terre 6160, c'est-à-dire la Terre où se déroulait le dernier univers Ultimate en date. 


Renseignement pris, dans la mini-série Ultimate Spider-Man : Incursion (2025) de Deniz Camp, Cody Ziglar et Jonas Scharf, Miles Morales était attiré sur la Terre 6160 par le Créateur et s'en échappait avec des origin boxes. Il est désormais avéré (puisque Marvel a communiqué dessus) qu'elles joueront un rôle dans l'event Armageddon.
 

Ce qui signifie que ces boîtes vont créer de nouveaux super héros (et vilains). Mais on découvre dans cet épisode qu'elles peuvent aussi ressusciter littéralement des individus qui reviennent à la vie avec des pouvoirs différents de ceux qu'ils avaient précédemment. Et celui qui fait cette expérience ici est, à mon avis, le personnage mystérieux qu'on peut déjà voir sur la couverture de Armageddon #2 (et qui n'est pas Sentry).

Cela, c'est pour ce qui me paraît le plus évident. Ce qui l'était mois, et que je n'avais pas du tout capté, c'est que Tyler Torrens est un mutant, pas seulement une tentative de créer un énième super soldat. Et la situation dans laquelle il est laissé à la fin de cette mini-série ressemble quand même fort à une voie de garage. 

Et c'est bien pour ça que, entre autres choses, je me demande quand même à quoi aura servi cette histoire. Parce qu'à part l'origin box et le personnage que j'ai évoqué plus haut (sans spoiler son identité), le reste est très dispensable. Il n'y a pas vraiment de conséquence ni de suite à attendre à ce qui a été raconté.

Et même l'origin box détenue par Tyler Torrens (et récupérée/utilisée in fine par Wolverine) n'est pas la seule en circulation. Miles Morales en a d'autres et Marvel a débuté cette semaine la publication d'une mini intitulé Ultimate Impact : Reborn (ce titre...) par Chris Condon et Stefano Caselli qui met en scène justement l'apparition de nouveaux héros et vilains récupérant ces fameuses boîtes. 

Bref, ce n'est quand même pas bien fameux. Pour se préparer vraiment à Armageddon, il faut surtout avoir lu les épisodes de Captain America, qui organisent la crise à venir (avec Red Hulk, la Latvérie, et l'intervention attendue des super héros). En l'état, je ne pense pas qu'on puisse dire que Wolverine : Weapons of Armageddon soit très instructif.

La leçon surtout à retenir de tout cela est double : d'une part, ce qu'on pouvait attendre (espérer), c'est-à-dire un event autour des super soldats (une véritable arlésienne chez Marvel) n'aura pas lieu (on est vraiment bien plus dans la continuation de One World Under Doom) ; et d'autre part, Chip Zdarsky ne me semble pas très inspiré (j'ai déjà dit ce que je pensais de son Captain America et maintenant de Wolverine : Weapons of Armageddon).

Luca Maresca restera le bon point de ce projet. Ce dessinateur est très bon et mérite que Marvel mise sur lui. Il est visiblement influencé par Ron Garney mais il ne le singe pas pour autant. En tout cas, c'est un excellent narrateur, au trait vif, qui aura servi un script moyen avec beaucoup d'efficacité. Il faudrait voir ce qu'il donne sur un format plus long, mais il a un gros potentiel à exploiter.

Pour le reste... Hé bien, réflexion faite, je vais zapper Armageddon. Déjà, j'ai beaucoup à lire, et je ne suis pas motivé pour en rajouter, surtout après avoir lu ces prologues successifs. Peut-être vais-je passer à côté de quelque chose, auquel cas je me rattraperai plus tard (j'ai des amis qui comptent faire cet event et qui me prêteront les single issues au besoin une fois qu'il sera terminé).

Et puis, dans les mois qui viennent, il y a d'autres choses qui attirent davantage mon attention et pour lesquelles je préfère me réserver du temps (de lecture et de rédaction de critique). En attendant que Marvel redevienne bon puisqu'il va y avoir du mouvement dans la hiérarchie (nouveau président, peut-être la fin du mandat de Cebulski comme CEO)...

jeudi 30 avril 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #3 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine transporte Teri O'Barnes gravement blessée suit à l'attaque de Nuke sur le chalet de Dave Colton. Ce dernier a un hydravion non loin pour s'échapper. Il explique avoir donné à Tyler Torrens, le cobaye du programme PrimeWarrior, l'adresse de Nick Pruet, l'initiateur du projet...
  

Quand une mini série ne compte que quatre épisodes, il convient de ne pas traîner en route. C'est ce qui en rend la lecture plaisante mais aussi parfois frustrante, car on a l'impression que certains éléments auraient gagner à être développés. Il est plus rare en revanche de penser que quatre numéros pour boucler une histoire, c'est presque trop.


Chip Zdarsky tombe pourtant dans cet écueil avec ce troisième épisode dont une bonne moitié est consacrée au passé de Dave Colton, qui remplaça Captain America après les attentats du 11-Septembre, juste avant que Steve Rogers ne soit sorti de la glace (comme le scénariste l'a établi au prix d'une retcon déplorable).


Cette partie ralentit considérablement le récit sans lui apporter grand-chose d'essentiel. En effet, il est facile de deviner, avant que cela ne soit explicitement dit, que le traitement qu'a subi Colton pour en faire un super soldat n'est pas aussi performant que celui qui a fait de Steve Rogers Captain America. Et donc on déduit aussi vite qu'il y a un lourd prix à payer aujourd'hui.


Le souci, c'est que cette évidence a déjà été maintes fois exploitée. La plupart des super soldats en activité reste des copies manquées de Rogers et donc Colton ne fait pas exception. Les super soldats qui ont suivi la naissance de Steve Rogers ont tous connu des failles dans leur fonctionnement, sont devenus fous, malades, monstrueux, etc.

L'action au présent est maigre : on assiste à la fuite de Wolverine et Colton avec Teri O'Barnes, mal en point, après l'attaque de Nuke, puis à leur arrivée dans la base (pas si) secrète de Nick Pruet, le patron du programme PrimeWarrior (l'énième déclinaison de l'Arme Plus). Et c'est tout. La dernière page réserve un cliffhanger de circonstance mais bien plat.

Surtout, alors qu'il ne reste plus qu'un épisode à lire de ce Wolverine : Weapons of Armageddon, on voit toujours aussi mal ce qui relie cette mini série au futur event Armageddon et à l'intrigue en cours dans Captain America. Nulle mention du général Ross, de la Latvérie. A se demander comment Zdarsky va relier les deux histoires - s'il le fait...

Heureusement, comme dans l'épisode 10 de Captain America, on peut avoir la satisfaction de lire de très bonnes planches, ici dessinées par Luca Maresca. Lui fournit une excellente prestation et croisons les doigts pour qu'il hérite prochainement d'une vraie série régulière que son talent mérite afin que plus de lecteurs en profitent.

Tout ça partait bien mais aboutit à une déception parce que Zdarsky échoue à convaincre que cette mini série soit véritablement attachée à son grand projet. Lequel a pris sérieusement du plomb dans l'aile en ayant été maladroitement révélé par l'éditeur, décidément incapable de préserver un semblant de suspense par crainte que d'autres éventent ses contenus...

samedi 28 mars 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #2 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Wolverine et Teri O'Barnes ont trouvé Dave Colton dans une cabane isolée. Ils savent qu'il est responsable des attaques contre les complexes de la compagnie Primewarrior. Pendant ce temps-là, Tyler Torrens, le dernier sujet de cette compagnie, continue sa cavale. Et Nuke décide de chercher tout ce beau monde seul...
 

Parfois c'est en lisant quelque chose qui n'a rien à voir avec ce que vous allez critiquer que vous formez un avis sur l'objet de votre critique. Ainsi après avoir lu ce deuxième numéro de Wolverine : Weapons of Armageddon, j'ai relu, par hasard, une interview de Jason Aaron dans un numéro de "Comic Box" qui datait de 2012.


A cette époque, Aaron venait de co-écrire Avengers vs X-Men avec Bendis, Brubaker, Hickman, Fraction, et il allait débuter son run sur Thor en parallèle de Wolverine & the X-Men. Il était devenu un des auteurs phares de Marvel qui voulait lui confier une autre série, Hulk, en espérant qu'il y injecte la même énergie.


Pourtant Aaron a rapidement bouclé son run sur Hulk, estimant qu'il n'avait plus rien à dire avec ce personnage, et aussi parce qu'il ne pouvait pas jongler avec trois titres mensuels. Ce qui l'inspirait davantage, c'était Thor, pour qui il avait une vision précise et à long terme. C'est une preuve assez rare de lucidité quand beaucoup de scénaristes cumule le plus de projets possibles.
 

Ce que je veux dire en rappelant cela, c'est que parfois les éditeurs demandent à un scénariste de s'occuper d'un personnage, de sa série, en espérant qu'il fera des miracles. Et parfois, hé bien, ça ne fonctionne pas. Parce que le scénariste a la tête à un autre personnage, qui l'inspire, qui le motive plus. Pour lequel il un plan.

Je ne vais pas dire que Chip Zdarsky s'est trompé de personnage (et de série par conséquent) avec Captain America, mais je dois dire que jusqu'à présent, pour moi, il n'a pas réussi à me convaincre. J'ai du mal à voir ce qu'il veut en faire, sinon une rampe de lancement pour son event, Armageddon. A sa décharge, il n'est pas facile, depuis Brubaker, d'écrire Captain America.

Pourtant, et c'est là que j'en viens à Wolverine : Weapons of Armageddon, Zdarsky me paraît infiniment meilleur avec ce dernier. Il a saisi le personnage, il lui a taillé une petite intrigue plus profonde qu'on pourrait le croire (même s'il s'agit d'une nouvelle et énième variation sur l'Arme Plus). Il ne s'encombre pas de symbole, de contexte, il va tout de suite à l'essentiel.

Et ça donne une histoire très efficace, très claire et trouble quand même, là où son Captain America est écrit maladroitement, avec des intrigues prétextes. Curieusement, alors que le sous-titre de cette mini série Wolverine fait explicitement référence à l'event à venir, le projet est moins laborieux, plus fluide, plus énergique.

Surtout, et c'est peut-être pour ça que je suis plus séduit, il explore une intrigue que j'aurai aimée être celle d'Armageddon, un récit sur les super soldats, ce qui les lie tous et les mine aussi, un formidable terreau qu'encore une fois Marvel ne creuse pas. Et Wolverine est cet explorateur idéal pour ça, peut-être encore plus que Captain America.

Quand j'entends parler de la série régulière actuelle Wolverine (par Saladin Ahmed), ça n'a pas l'air fameux. Et je me dis que si Zdarsky l'écrivait, avec donc la possibilité de développer tout ce qu'il n'aura que le temps d'effleurer dans Weapons of Armageddon, ça aurait été une toute autre affaire. 

Et sans faire injure aux dessinateurs de Captain America, Luca Maresca s'impose comme un sacré artiste. Son style colle si bien à Wolverine et, même si j'adore Valerio Schiti, il y a un gouffre entre les épisodes qu'il a signés pour Captain America et ce que donne Maresca depuis deux mois. Le trait est assuré, les compositions super dynamiques, la narration nerveuse.

Je ne sais toujours pas si j'irai au delà de la fin de l'arc actuel de Captain America, ni même si je vais finalement lire Armageddon. Par contre, le plaisir que j'aurai pris à Wolverine : Weapons of Armageddon aura de quoi alimenter quelque regret futur, en ce qui concerne Zdarsky et ses choix. 

vendredi 13 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 2 : JEN OF HEARTS (Rainbow Rowell / Luca Maresca, Takeshi Miyazawa)


SHE-HULK, VOL. 2 : JEN OF HEARTS
(She-Hulk #6-10)


Patsy Walker/Hellcat remet à Jen le dossier du Valet de Coeur enregistré dans les archives des Avengers. Au cabinet juridique, elle reçoit la visite de Diablo qui souhaite l'engager pour qu'elle défende les intérêts de Krakoa, la nation mutante. Mallory Book accepte, malgré son souhait de ne représenter aucun surhumain, car elle sait qu'un tel client est excellent pour ses finances. Le soir venu, au cours d'un dîner chez elle, Jen se rapproche intimement de Jack...
 

Après avoir passé la nuit ensemble, Jack et Jen conviennent de se retrouver plus tard dans la journée car, ce samedi, elle doit repasser au cabinet juridique aider Andy. Ce dernier lui demande de défendre Victor Mancha et un Fatalibot qu'une procureur compte rendre responsable des méfaits du Dr. Fatalis. Après cela, Jen se rend chez April et Mark Booth qui la piègent et dont elle comprend qu'ils ont été les geôliers de Jack...


Ce deuxième tome de She-Hulk par Rainbow Rowell continue sur la lancée du premier, mais la scénariste va creuser l'intrigue concernant la disparition du Valet de Coeur pendant des années. Celui-ci ne se souvient que de peu de choses, mais il sait qu'il a été fait prisonnier pendant une longue période. Et récemment, alors que lui et Jen buvaient un thé à la terrasse d'un bar, il a été pris à parti par un colosse du nom de Mark Booth avant que la femme de ce dernier ne le calme.
 

Avant d'aller plus loin toutefois, Rowell établit ce que le lecteur avait deviné depuis un moment : She-Hulk et le Valet de Coeur deviennent amants. Jack Hart, quasiment dépossédé de ses pouvoirs, n'est plus un danger pour Jen Walters et leur attirance l'un pour l'autre était manifeste depuis qu'il s'était crashé dans le salon de son appartement.


Jen s'est d'abord comportée comme une sorte d'infirmière, puis d'amie, tandis que Jack lui témoignait de la gratitude. Mais leur complicité était le signe que les choses pouvaient aller plus loin. Jen en tant que She-Hulk ne craint rien ni personne tandis que le Valet de Coeur savourait de ne plus représenter une menace pour les autres.

La scène de leur rapprochement est très belle, et Rowell réussit à l'écrire avec fraîcheur et sans timidité. C'est d'ailleurs une de ses grandes qualités comme auteur : là où beaucoup actuellement font de grands discours sur les sentiments, la tolérance, s'enfonçant dans un prêchi-prêcha lourdingue, aux accents woke insupportables, cette scénariste se dispense de tout ça et le résultat brille par son naturel.

Au lieu de nous seriner sur la femme forte qu'est She-Hulk, au propre comme au figuré, Rowell est beaucoup plus sensible et subtile et croque son héroïne avec plus de complexité, tout comme le Valet de Coeur n'est pas un homme déconstruit, là encore au propre comme au figuré, mais un personnage plus nuancé, dont elle parvient à faire autre chose qu'un super héros avec un look kitsch.

Rowell, en vérité, c'est l'anti-Gail Simone : au lieu d'essentialiser ses personnages, elle les prend tels qu'ils sont, ne cherche pas à en faire des symboles de quoi que ce soit, et s'attache plutôt à montrer leur humanité. C'est aussi ainsi qu'elle opère avec le couple Booth, qui n'est pas une simple paire de méchants savants diaboliques.

Oh, bien sûr, il ne s'agit pas d'adversaires extraordinaires, mais Rowell, là aussi, en fait des figures à part : enviant la santé de She-Hulk qui leur apparaît comme un modèle, avec sa force physique, son intelligence, ils ont entrepris de percer son secret et de devenir à leur tour des Hulk aussi brillants qu'elle. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu.

Cet arc se termine de manière dramatique, non pas en assombrissant le ton de la série, mais en remettant en question son postulat de départ. Les jeux sont (re)faits, rien ne va plus. Comment She-Hulk va-t-elle réagir à ce nouveau statu quo ? Son idylle avec Jack Hart y résistera-t-elle ? Autant d'interrogations à suivre dans le prochain tome qui verra la fin de cette relance de la série.

Rowell n'oublie pas de traiter des à-côtés en montrant Jen au travail avec des dossiers aussi savoureux qu'épineux : en 2022, on est encore en pleine ère Krakoa pour les mutants et Diablo engage Jen pour défendre les intérêts juridiques de la nation X. Plus drôle : elle est amenée à défendre un Fatalibot qu'on veut faire condamner pour les crimes de son créateur.

Au dessin, Luca Maresca achève sa mission en signant les épisodes 6 et 7 : le résultat est impeccable, on sent que Marvel a des projets plus ambitieux pour lui (même si, à cette heure, quatre ans après, l'éditeur continue à ne lui confier que des mini-séries).

Puis Maresca transmet le témoin à Takeshi Miyazawa, un autre artiste expérimenté mais que Marvel a l'habitude de balader de titre en titre. Il se charge des épisodes suivants, du 8 au 10, et maintient la qualité à un excellent niveau. Malgré ces changements de dessinateurs, She-Hulk a toujours belle allure.

Ces épisodes ont été traduits en vf par Panini Comics dans un 100% Marvel. Suite et fin de cette première partie du run de Rainbow Rowell très vite...

jeudi 12 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 1 : JEN AGAIN (Rainbow Rowell / Rogê Antônio, Luca Maresca)


SHE-HULK, VOL. 1 : JEN AGAIN
(She-Hulk #1-5)


Après avoir quitté les Avengers et recouvré sa puissance normale, Jennifer Walters/She-Hulk est recrutée dans le cabinet juridique de Mallory Book, une de ses anciennes ennemies, qui lui interdit d'avoir pour clients des super héros (ou vilains). Après une brève bagarre contre Titania, les deux femmes conviennent de se revoir pour s'entraîner ensemble. Janet Van Dyne/la Guêpe fournit à Jen un logement.


Mais à peine s'y est-elle installée que Jack Hart/le Valet de Coeur se crashe dans son salon. Celui-ci souffre d'amnésie partielle et ne tient pas à ce qu'on sache qu'il était vivant alors que la dernière fois qu'il a été vu, il a explosé dans le vide sidéral à cause d'une surcharge de ses pouvoirs nucléaires. Il se souvient seulement vaguement d'avoir été prisonnier quelque part et d'avoir pensé que seule Jen pourrait le recueillir.


Jen va alors s'investir, en dehors de ses heures de travail et de son entraînement avec Titania, pour aider Jack à découvrir ce qui lui est arrivé...


Quand les sorties de la semaine m'en laissent le temps parce qu'il n'y en a pas beaucoup sur ma liste d'achats, j'aime relire un run que j'ai apprécié mais que je n'ai pas pris la peine de critiquer. C'est l'occasion privilégiée pour examiner une série, souvent annulée plus ou moins prématurément, et espérer donner envie à d'autres de se pencher dessus.


Cette fois, mon choix s'est porté sur le run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk en 2022. Rowell vient du journalisme spécialisé, comme Kelly Thompson, mais s'est rapidement fait remarquer pour ses qualités de scénariste et Marvel lui a confié divers titres où elle a brillé, notamment sa reprise de Runaways, création de Brian K. Vaughan et Adrian Alphona.

Si j'avais apprécié sa manière de relancer le titre, de manière plus inspiré que les successeurs de Vaughan, ce qui m'avait beaucoup ennuyé relevait de la partie graphique car je n'aime pas le style de Kris Anka. En revanche, pour She-Hulk, elle a bénéficié dès le début d'artistes bien plus séduisants à mon goût.

Si on excepte la désastreuse série Disney +, le personnage de She-Hulk a toujours eu les faveurs des auteurs. John Byrne l'a écrite et dessinée dans une série exceptionnelle après l'avoir intégré aux Fantastic Four. Plus tard Dan Slott avec Juan Bobillo l'a remise sur le devant de la scène avec brio. Charles Soule et Javier Pulido ont eux aussi été excellents. Mariko Tamaki a été moins chanceuse.

Quand Rowell hérite de la série, nous sommes juste après que She-Hulk quitte les Avengers (alors écrits par Jason Aaron). La cousine de Bruce Banner a recouvré son intelligence et une apparence normale et des pouvoirs revus à la baisse. La scénariste peut donc revenir aux basiques et satisfaire les fans qui réclamaient cela.

Sans être aussi fantaisiste que Byrne, Rowell s'inscrit dans la continuité de Slott et Soule, alternant les moments où Jen Walters officie comme avocate et ceux où elle est impliquée dans une intrigue plus super héroïque. Toutefois il convient de prévenir que la série fuit volontairement le grand spectacle, l'action. Il n'y a pas de grand méchant au programme, au moins dans ces cinq premiers épisodes.

En fait, Rowell puise la matière de son intrigue en revenant au run de Geoff Johns sur Avengers de 2002 à 2004. Toutefois, inutile de vous (re)plonger là-dedans, ce qu'il faut savoir est parfaitement résumé dans l'histoire actuelle. Sachez juste que lors d'un arc de Johns, She-Hulk, blessée, est évacuée par le Valet de Coeur et les pouvoirs de ce dernier déclenche chez sa partenaire une réaction violente qui la rend aussi incontrôlable et violente que Hulk.

Peu après, le Valet de Coeur, qui est en fait un réacteur nucléaire vivant, ce qui l'oblige à passer de plus en plus de temps dans une cellule sécurisée pour contenir sa puissance, décide d'en finir et s'envole dans l'espace où il explose. Mais son calvaire ne s'arrête pourtant pas là : durant la saga Avengers : Disassembled, il est ramené à la vie par Scarlet Witch, devenue folle, et il tue accidentellement Scott Lang/Ant-Man.

Quand Rowell démarre son run, le Valet de Coeur revient chez She-Hulk et elle décide de l'aider, ne le tenant pas pour responsable de ce qu'il a déclenché jadis chez elle, mais aussi parce qu'il est partiellement devenu amnésique et que ses pouvoirs semblent avoir quasiment disparu. L'enquête peut commencer.

L'histoire est ponctuée par des scènes où Jen créé une sorte de fight club où elle s'entraîne avec son ex-ennemie Titania, d'autres où elle travaille dans le cabinet juridique de Mallory Book - qui, bien qu'elle lui ait interdit d'accepter de défendre des surhumains, ne peut pas faire grand-chose quand ces derniers réclament l'aide de leur amie.

Très subtilement, Rowell suggère un rapprochement romantique entre Jen et Jack. Bien qu'il craigne encore de la blesser, elle le rassure. Un sous-texte sibyllin traverse le récit : Jen est une Hulk accomplie, contrairement à Bruce Banner elle se maîtrise, elle a un emploi, et même si elle a la peau verte et une taille imposante quand elle se transforme, elle est séduisante, apprêtée, sympathique.

Jack, lui, est, depuis toujours, à cause de sa condition même, tourmenté : ses pouvoirs en ont fait une sorte de paria et aujourd'hui il a perdu la mémoire. Il ne veut pas s'adresser aux Avengers car il pense que Tony Stark/Iron Man le contraindra à rester de nouveau enfermé. Il songe à rentrer au Connecticut, dans l'ancienne maison de son père, pour vivre en ermite à écrire de la poésie.

Et c'est ce mélange entre l'être et le paraître qui fait le sel du propos de Rowell : si Jen a tout pour elle, paraissant sûre d'elle, elle reste complexée (comme on le verra plus tard, ses liaisons amoureuses ont toujours été contrariées, certains hommes préférant Jen, d'autres She-Hulk, mais jamais les deux à la fois). Jack, lui, savoure presque l'opportunité de repartir de zéro, sans pouvoirs, sans attaches, sans passé, après avoir été un héros menaçant, dangereux.

Cette finesse dans la caractérisation est magnifiquement traduite par les dessins : Rogê Antônio quitte brusquement le titre après seulement deux numéros. C'est un artiste talentueux, au trait très expressif, influencé par Stuart Immonen, mais qui n'a jamais réussi à s'installer durablement quelque part et donc à gagner la reconnaissance qu'il mérite.

Marvel fait alors appel à Luca Maresca, alors inconnu, pour le remplacer et c'est une très bonne pioche : il se coule dans le moule de la série avec une formidable aisance et produit des épisodes de grande qualité, avec un dessin tout aussi tonique. Il a un côté old school, à la Sal Buscema, l'archétype du pro qui peut tout dessiner facilement.

La colorisation est assurée par Rico Renzi qui compose une palette aux teintes vives mais jamais criardes, tout à fait raccord avec l'esprit, la tonalité de la série.

Cette reprise est donc épatante et ce premier run de Rainbow Rowell comptera 15 épisodes recueillis en trois tomes (traduits en 100% Marvel chez Panini Comics). Le titre sera relaunché ensuite sous le titre Sensational She-Hulk mais ne survivra que pour 10 numéros supplémentaires (ce qui prouve bien que les relaunches ne sont absolument pas une garantie pour gagner ou fidéliser des lecteurs). La suite, très vite !

jeudi 19 février 2026

WOLVERINE : WEAPONS OF ARMAGEDDON #1 (of 4) (Chip Zdarsky / Luca Maresca)


Teri O'Barnes, la femme qui l'avait livré au programme Arme X, retrouve Logan et lui explique avoir abandonné ses missions, mais elle a besoin de lui pour retrouver un jeune homme, Tyler Torrens, capturé par une société privée, développant un nouveau programme, Primewarrior...


Parfois les comics vous réservent de très bonnes surprises, d'autant plus qu'elles sont inattendues. Je n'avais pas spécialement prévu de lire cette mini-série en quatre épisodes qui, elle aussi, prépare l'event Armageddon mais on me l'a chaudement conseillée et je ne le regrette pas. Oserai-je dire que c'est ce que j'ai lu de mieux cette semaine parmi les nouvelles sorties ?


En tout cas, ce premier épisode me conforte dans l'idée que Chip Zdarsky est : 1/ un excellent scénariste (mais ça, c'était quasiment acquis) et 2/ qu'il est en train de ficeler une intrigue très alléchante en vue de l'event qu'il conduira (Armageddon, on l'a appris aujourd'hui, débutera en Juin et comptera 5 chapitres, dessinés par le duo Delio Diaz-Frank Alpizar. On nous promet que les conséquences seront aussi importantes que Avengers : disassembled en 2004, ayant abouti à New Avengers de Bendis).


Surtout Wolverine : Weapons of Armageddon semble confirmer que tout cela mène à une histoire impliquant les super soldats. Ceux d'hier (comme Captain America et Wolverine en première ligne) mais aussi ceux de demain comme il en est question dans ce premier épisode - qui, je préfère le préciser, ne peut s'apprécier et se comprendre que si on a lu le premier arc de Captain America par Zdarsky !


Cette introduction est classique : Logan est sollicité par la femme qui, autrefois, l'a piégé pour le compte de l'Arme X (durant laquelle on lui a injecté de l'adamantium dans tout le corps - il avait déjà son facteur régénérateur et ses griffes avant). Elle a abandonné son job de traqueuse, ou plutôt elle le reprend pour la bonne cause car un jeune homme a été enlevé pour subir des expériences.

On comprend rapidement que les expériences en question sont destinées à en faire un super soldat et qu'il est un mutant. Cela résonne suffisamment chez Logan pour qu'il accepte de l'aider. On découvre l'existence d'une société privée derrière cette affaire (alors que Wolverine comme Captain America ont été transformés par des opérations gouvernementales). Et à la fin de l'épisode, on retrouve un individu apparu dans Captain America #1-5 de Zdarsky et Schiti...

Sans avoir jamais été un gros lecteur des aventures de Wolverine en solo, j'avais énormément apprécié la découverte de sa première série par Chris Claremont puis Peter David et John Buscema, puis ensuite par John Byrne, et surtout le run extraordinaire de Larry Hama avec Marc Silvestri et Adam Kubert. Plus récemment (même si ça commence gentiment à dater), il y a eu celui de Jason Aaron avec, entre autres, Ron Garney qui m'avait emballé.

Et c'est pour cela que j'ai adoré ce premier épisode parce qu'il m'a rappelé ces périodes-là, avec un Logan complètement déboussolé, qui fonce dans le tas franchement, qui est renvoyé à ses traumatismes. C'est le Wolverine que je préfère, considérant que lorsqu'il a retrouvé la mémoire (à l'issue de House of X), ce fut une erreur. Et puis surtout je préfère Wolverine quand il est vraiment seul, c'est sa vraie nature. Quand il est avec une équipe de X-Men, il faudrait insister là-dessus, et ce n'est pas toujours le cas.

Que Nuke apparaisse (sur la couverture et brièvement, mais il va prendre plus de place très vite, dans cet épisode), c'est cool aussi. Pas tant parce que c'est un antagoniste remarquable (il est même un peu ridicule avec son drapeau sur la tronche), mais parce que ça me rappelle Daredevil : Born Again de Miller et Mazzucchelli - et c'était le bon temps.

Zdarsky réussit donc à écrire Wolverine avec un brio épatant, comme s'il avait le personnage en main depuis des lustres. Il me le redonne tel que je l'apprécie, avec une histoire aux petits oignons. Mine de rien, ça fait vraiment envie de lire Armageddon et tout ce que j'espère à présent, croisons les doigts, c'est que personne ne va parasiter les plans de Zdarsky, que ça ne va pas être sagouiné par un editor à la con.

Cerise sur le gâteau : c'est remarquablement dessiné. Luca Maresca est un artiste très solide et qui mérite vraiment d'être promu - quoi de mieux que de dessiner du Wolverine pour ça ? Son style m'évoque celui de Garney justement, avec un encrage un peu épais, mais la même nervosité et la même précision dans le trait, le découpage. C'est un régal de lire du Wolverine comme ça encore une fois, avec le bon scénariste et le bon dessinateur.

C'est juste parfait pour moi : cette mini-série démarre fort, elle donne envie de lire la suite, et comme Captain America, elle donne envie de lire Armageddon, ce qui était très loin d'être gagné !

mardi 26 novembre 2024

AVENGERS, TOME 8 : VOICI LE PHENIX (Jason Aaron / Javier Garron, Dale Keown, Luca Maresca, Flaviano, Aaron Kuder, Carlos Pacheco, Ed McGuinness, Steve McNiven)

Avant-propos :

A partir de ce huitième tome, Panini Comics décide de sortir de plus gros volumes. Celui-ci compte pas moins de douze épisodes, soit une année complète de publication, et se conclut avec le n°50, qui correspond dans la numérotation Legacy de Marvel au 750ème épisode de la série Avengers. Un programme copieux donc qui se poursuivra jusqu'à la fin du run de Jason Aaron (encore trois tomes) puisque le scénariste va étendre son histoire sur deux titres simultanés, Avengers donc et Avengers Forever...


AVENGERS : VOICI LE PHENIX (Avengers #39-44) 


Il y a un million d'années, une fillette rousse est abandonnée par ses parents dans une clairière qui a brûlée. Alors que les vautours l'encerclent, elle est sauvée par une meute de loups qui la recueillent. Quelques années après, elle accepte d'intégrer une tribu composée d'humains qui ont développé des pouvoirs. Mais les siens vont se réveiller quand une tribu rivale agresse la sienne : elle devient la première hôtesse humaine de la force Phénix...


De nos jours. Après avoir possédé brièvement Moon Knight pour qu'il se libère de l'emprise de Khonsou, le Phénix fait son nid à proximité de la montagne des Avengers au pôle Nord. Namor et ses Défenseurs des profondeurs arrivent sur place car le prince des mers est convaincu que l'oiseau de feu a répondu à son appel...


Mais la situation prend une tournure inattendue : le Phénix piège en son sein, dans la Chambre Blanche, 19 individus, parmi lesquels des membres des Avengers, de la Garde Hivernale, de l'Escadront Suprême, des mutants, des inhumains et d'autres encore pour qu'ils s'affrontent en duel à travers le monde, investis de ses pouvoirs...
 

Les combats sont très disputés. Namor pense prendre l'avantage, puis Black Panther domine les débats. Dans le Céleste mort qui abrite leur quartier général, les autres Avengers et les agents du Wakanda échafaudent un plan pour abréger ce tournoi et éloigner le Phénix. Captain Marvel, Iron Man, Ghost Rider et Thor l'attaquent plus frontalement...


Et alors que les prétendants diminuent, Thor va apprendre du Phénix une révélation choquante sur ses origines juste avant que le champion ne soit désigné, à la surprise générale...


Ayant participé, à l'époque où des auteurs comme Brian Michael Bendis, Matt Fraction, Jonathan Hickman et Ed Brubaker se partageaient le titre honorifique d'"architectes" de l'univers Marvel, à l'écriture de la saga événement Avengers vs. X-Men (en 2012), pratiquement dix ans après, Jason Aaron décide d'y revenir avec cet arc en six épisodes.

C'est assez logique si on considère qu'il a introduit dans la continuité les Avengers d'il y a un million d'années dans lesquels on trouve la première incarnation humaine de la force Phénix, une rousse plantureuse dont il nous narre l'origine dans l'épisode 39 que Dale Keown met en images. En soi, cet épisode n'a rien de bien folichon toutefois et n'apporte rien de déterminant ni à ce qui a précédé ce qu'on connaît du Phénix ni à ce qui va suivre - sinon que l'oiseau de feu semble particulièrement affectionner les rousses.

Les planches de Keown sont elles-mêmes très classiques et manquent de ce souffle épique qui aurait pu faire la différence. Néanmoins, on apprend que c'est bien le Phénix incarné qui a inspiré les premiers Avengers de la préhistoire puisque son hôtesse va chercher Odin à Asgard pour qu'il l'aide à former une équipe...

L'arc Enter the Phoenix est peu apprécié par les fans déjà peu nombreux du run de Aaron sur Avengers. Pour la majorité, cela se résume à une longue baston dont le vainqueur est certes étonnant mais qui a été depuis dépossédé de son pouvoir cosmique. Actuellement, Jean Grey a récupéré la force Phénix et parcourt l'espace dans sa première série dédiée, écrite par Stephanie Phillips, qui cartonne (bien que, là aussi, les avis sont très mitigés sur sa qualité - je m'abstiendrai de tout commentaire puisque je ne la lais pas).

Ce reproche d'un arc trop bourré en bagarres n'est pas usurpé. C'est effectivement le cas et c'est un peu long. Javier Garron se donne beaucoup pour mettre en images ces duels de la manière à la fois la plus spectaculaire et la plus variée possible, mais il donne le sentiment de s'épuiser pour pas grand-chose (d'ailleurs, il est remplacé sur l'épisode 42 par Luca Maresca, qui se débrouille brillamment pour rester au niveau ébouriffant de son collègue).

L'artiste espagnol s'est investi dans les designs puisque les héros qui se chamaillent pour devenir le nouvel hôte de cette force Phénix subissent des altérations de leurs costumes. Dans l'ensemble, il faut bien reconnaître que ces relookings sont assez discutables : le jeu consiste à placer le symbole du Phénix qu'avait dessiné Dave Cockrum un peu partout pour que le lecteur, des fois qu'il serait un peu neuneu, ne comprenne pas la situation.

Jason Aaron a quand même le mérite de désigner un gagnant inattendu, qui sort un peu de nulle part, mais ma foi, il y a des candidats tellement improbables dans le lot (comme Howard le canard ou Man-Thing ou Devil Dinosaur) que Maya Lopez/Echo est certainement la moins choquante. La justification apportée par le scénariste pour qu'elle le remporte est assez fûtée. 

Surtout, en c'est presque le plus notable, ce qui aura le plus d'impact pour la suite, ce n'est pas tant qui va être le nouvel hôte de la force Phénix, c'est ce que dit le Phénix originel à Thor, à savoir qu'elle serait sa mère. Le dieu du tonnerre est légitimement bouleversé, mais Aaron a suffisamment insisté auparavant pour qu'une liaison entre Odin et Phénix ait pu porter ses fruits. Depuis, cependant, il semble que les scénaristes qui ont eu à écrire Thor (soient Donny Cates et actuellement Al Ewing) soient revenus sur cette idée. Mais Aaron a tellement voulu réinventer Thor au cours de son long run sur le personnage que ce n'est qu'une addition de plus et, comme chacun sait, les idées d'un auteur lui survivent rarement...

Voici le Phénix m'a diverti : je reconnais que c'est un peu trop long, répétitif, mais c'est du vrai grand spectacle, et Javier Garron accomplit une nouvelle fois des prouesses visuelles, confirmant qu'il a pris les commandes de la série graphiquement.  

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AVENGERS : WORLD WAR MISS HULK (Avengers #45-50)


Black Panther apprend que Dracula veut réclamer aux Nations Unies la souveraineté de son nouveau royaume dans la cité de Tchernobyl en vertu de l'aide apportée par les vampires durant la récente attaque de Knull, le roi des symbiotes. Sachant que cette demande sera acceptée, T'challa a une idée pour continuer à garder Dracula et son peuple sous contrôle mais, pour cela, il va avoir besoin de Blade...


Gorilla Man trahit les Avengers en permettant à la Garde Hivernale d'y pénétrer. Les super-héros russes viennent capturer She-Hulk, officiellement pour les dégâts qu'elle a commis lorsqu'elle a combattu Namor quand ils étaient tous deux sous l'emprise du Phénix à Moscou...
 

She-Hulk est emmenée en Sibérie dans un complexe de la Chambre Rouge où elle subit un lavage de cerveau. Les Avengers partent la récupérer mais arrivent trop tard : elle est désormais complètement conditionnée et sous les ordres de la Veuve Rouge qui lui a fixée une mission dévastatrice...


En effet, elle a pour cible les atlantes et Namor qu'elle doit tuer. Mais la Veuve Rouge prépare en parallèle une solution radicale en cas d'échec... Et pendant ce temps, Ka-Zar a été envoyé en mission à travers le temps pour enquêter sur une menace multiverselle qui est ourdie par Mephisto et les nouveaux Maîtres du Mal qu'il a recrutés...


Ce deuxième arc débute par un épisode tie-in à l'event King in Black de Donny Cates et Ryan Stegman où Venom affronte Knull, le roi des symbiotes. Je n'ai lu ni le run de Cates sur Venom ni King in Black et le seul autre titre impacté par cette histoire que j'ai suivi était, à l'époque, S.W.O.R.D. de Al Ewing et Valerio Schiti. Jason Aaron, lui, n'a pas eu à composer avec, sans doute parce que son statut de scénariste vedette lui a permis d'y échapper et que Marvel a préféré lui laisser continuer à raconter ce qu'il avait en tête.


Du coup, on a droit à un épisode, le 45ème, qui se contente d'allusions rapides et sommaires à King in Black. L'essentiel est ailleurs et aboutit à un épilogue assez réjouissant puisque Dracula exige que son nouveau territoire soit reconnu souverainement par l'O.N.U. en vertu de l'aide apportée par les vampires contre Knull. Black Panther trouve un moyen de garder un oeil sur les suceurs de sang en leur imposant Blade comme une sorte de shérif chargé de veiller à ce qu'ils n'abusent pas de leurs nouveaux privilèges. On peut aussi y voir une manière habile d'exfiltrer Blade des Avengers où il a fait son temps mais en râlant constamment (et pour cause : lui n'hésite pas à tuer quand les autres s'y refusent).

Ensuite, c'est parti pour l'arc World War She-Hulk, en référence explicite à l'event World War Hulk de Greg Pak et John Romita Jr. (en 2006-2007). Jason Aaron ne reproduit pas le schéma de l'histoire de son collègue (dans laquelle Hulk, envoyé dans l'espace par les Illuminati - Dr. Strange, Iron Man, Charles Xavier, Flèche Noire, Black Panther, Namor - pour l'empêcher de commettre de nouveaux carnages sur Terre, atterrit sur une planète où il devient gladiateur puis roi, puis se marie, a un enfant, et revient sur Terre pour se venger après avoir perdu sa femme dans un accident dont il tient les Illuminati responsables) : on peut dire qu'il fait largement aussi bien, voire mieux.

En effet, un peu comme dans l'arc Voici le Phénix avec le twist sur la naissance de Thor, toute l'intrigue ici, bien mieux construite, avec sa révélation bien mieux amenée, repose sur un retournement de situation. La Garde Hivernale capture She-Hulk pour un motif bidon avec la complicité de Gorilla Man, qui espère en retour être tué pour se débarrasser de la malédiction qui en fait un homme gorille.

Conditionnée de manière très éprouvante, She-Hulk devient le jouet de la Veuve Rouge pour détruire Atlantis et tuer Namor... Le récit va à cent à l'heure, et même les moments les plus calmes sont traversés par une tension à couper au couteau vu la transformation psychologique effrayante que subit She-Hulk. Aaron avait choisi, au début de son run, de ne pas changer l'état du personnage, devenu véritablement aussi colossale et sauvage que con cousin, tout en nuançant cela par le fait que Jennifer Walters gardait un semblant de contrôle sur son alter ego.

Toutefois, le niveau de puissance de She-Hulk était réellement impressionnant : non seulement sa force physique était sans commune mesure avec ce qu'elle était auparavant, mais en plus au contact d'un Céleste mort, tué par la Dernière Armée, elle était devenue une véritable bombe gamma ambulante, capable de générer des explosions quasi atomiques. Alors imaginez la bête une fois conditionnée par la Veuve Rouge...

Le plus décevant dans cet arc, et en général dans le run d'Aaron, c'est son traitement de la Garde Hivernale. Seule la Veuve Rouge l'intéresse et l'inspire vraiment, il en fait un personnage inédit et glaçant, très violent, mais ses acolytes sont décrits come de vrais baltringues, que les Avengers dominent largement, et sans effort. On peut penser qu'il est délicat d'écrire des super-héros russes implicitement au service d'un dictateur comme Poutine (même s'il n'est jamais nommé ici), mais le scénariste semblait parti avec l'intention d'en faire les Avengers russes et à l'arrivée, ça n'a jamais été le cas.

En dehors de ça, l'histoire ici est franchement jubilatoire et fracassante. On ne sait jamais ce qui va arriver, et il faut vraiment attendre l'épisode 49 pour comprendre l'astuce du scénariste. Javier Garron, cette fois, enchaîne les quatre épisodes sans fléchir et ses planches sont époustouflantes. L'énergie qui s'en dégage, l'expressivité des personnages, la démonstration de puissance des combats, le foisonnement des détails (dans les décors et la figuration), tout ça est incroyable de maîtrise.

Ce qui est un peu curieux, c'est que dénouement a lieu dans l'épisode 50, qui est aussi le 750ème de la série, tous volumes confondus. L'occasion d'une pagination très, mais lors très augmentée : pas moins de 100 pages ! Et qui explique le défilé de dessinateurs au générique : Javier Garron termine donc World War Miss Hulk et enquille avec quelques autres pages plus loin, puis Ed McGuinness et Carlos Pacheco mettent en scène Ka-Zar qui remonte le temps, Flaviano a droit à quelques planches avec Jane Foster/Valkyrie puis Gorilla Man, Aaron Kuder s'occupe de celles avec Mephisto et les nouveaux Maîtres du Mal.

Tout ça fait un peu trop fourre-tout à mon goût. Que Marvel ait voulu fêter le n°50/750, soit, mais là, ça part dans tous les sens, l'arc avec She-Hulk se termine entre deux scènes qui n'ont rien à voir mais qui prépare le terrain pour la fin du run et la série Avengers Forever. On a même droit à un segment de 10 pages, complètement déconnecté de tout le reste, écrit par Christopher Ruocchio et dessiné par Steve McNiven où Thor rencontre le jeune Arthur, futur roi de Camelot, aux prises avec des Broods ! WTF ?!

Mais bon, on va faire comme si c'était pas trop grave non plus et, en se concentrant sur She-Hulk, et les planches de Garron, c'est du kif. Bien entendu, ce n'est pas fin, mais tout le run de Aaron fuit la subtilité, l'auteur a tout misé sur l'action, le grand spectacle, au risque de sombrer parfois dans le grand portanawak. 

Pour ma part, je vais faire une petite pause dans les reviews de ce run, histoire de m'aérer un peu les idées. Mais j'irai jusqu'au bout : il me reste trois tomes à critiquer (et avant ça, à lire). J'ai un autre projet de run à revisiter en votre compagnie, en plus des critiques des sorties hebdomadaires en vo. Donc, stay tuned !