CAPTAIN AMERICA, VOLUME 3 : HELL'S ANGELS
(Captain America #12-16)
Suite à l'arrivée en Latvérie de Red Hulk pour tuer le clone enfant de Dr. Fatalis, Captain America s'est interposé et a subi le courroux du titan rouge. Il est rapatrié aux Etats-Unis et hospitalisé entre la vie et la mort. Pire : les traitements que lui prodiguent les médecins sont inefficaces à cause du sérum du super soldat dans le sang de Steve Rogers. Ses proches se relaient à son chevet : Tony Stark, Sharon Carter, Spider-Man, Sam Wilson, Nick Fury Jr.. En Latvérie se joue l'armageddon...
Si Captain America ne revient pas à lui, c'est aussi parce que son âme est descendue en enfer. Et là, il n'en croit pas ses yeux : il y trouve Dr. Fatalis ! Contre toute attente, les deux hommes vont s'allier pour détrôner Méphisto qui a scellé une alliance avec Crâne Rouge...
Ayant arrêté de suivre la série
Captain America il y a six mois parce que ce qu'écrivait
Chip Zdarsky ne me plaisait guère, je n'avais donc pas prévu d'y revenir. Entre temps, je me suis abonné à Marvel Unlimited et j'ai surtout lu l'
event, également écrit par Zdarsky,
Avengers : Armageddon . Et mercredi prochain sort le premier numéro de
Avengers, encore écrit par Zdarsky.
Il y a quelques jours je tombe sur un article de Bleeding Cool qui résume un peu tout ce qui s'est passé dans et autour de l'event, et il devient clair que zapper le dernier arc en date de Captain America risque de rendre le nouveau lancement d'Avengers un peu plus délicat à saisir. J'ai donc lu ce qui composera le sommaire du volume 3 de la série, Hell's Angels, disponible en vo en Mars prochain.
Cela dit, je n'adhère toujours pas au traitement du héros par son scénariste actuel. Sans être un fan de la première heure ou même un fin connaisseur de Steve Rogers, ce n'est pas de cette manière que j'aime le voir écrit. Je pense toujours que Marvel a fait une erreur en abrégeant le run de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero.
Mais pourquoi faut-il quand même lire ces épisodes 12 à 16 ? J'ai indiqué dès l'entrée de cette critique que j'allais spoiler, donc si vous choisissez de lire ce qui suit, vous êtes prévenus.
On avait laissé Captain America en piteux état à la fin de l'épisode 11, durant sa mission avec les howling commandos de Nick Fury Jr. qui venaient récupérer les armes de destruction massive de Dr. Fatalis. Fury Jr. et Rogers découvraient que Fatalis avait conçu un clone enfant de lui-même au moment où Thaddeus Ross/Red Hulk envahissait la Latvérie pour le tuer et prendre le contrôle du pays.
Dans Avengers : Armageddon, on a découvert comment tout cela avait tourné, avec la défaite rapide de Red Hulk puis sa récupération par les russes et la dévastation d'un village par le titan rouge transformé en bombe humaine. A la toute fin de l'event, alors que les Nations Unies vilipendaient les super héros, les Avengers se séparaient.
Les deux grands absents de l'histoire furent indéniablement Thor, mais plus personne ne se souvient de son existence (comme on le sait en lisant
The Mortal Thor ), et Captain America, dans le coma après avoir été sèchement battu par Red Hulk. L'arc
Hell's Angels nous dévoile ce qui est arrivé à Steve Rogers durant l'event.
Zdarsky l'a envoyé en enfer. Déjà, on peut tiquer sur ce point : comment un super héros aussi pur que Captain America a pu arriver dans le royaume des damnés ? ça ne colle tout simplement pas, sinon pour satisfaire le caprice d'un scénariste qui prépare son coup d'après. Voilà donc Steve Rogers, à qui le paradis, s'il existe, est promis, en enfer.
Et il y retrouve qui ? Fatalis ! ça tombe rudement bien vu qu'on ignorait où il était passé depuis la fin de One World Under Doom. C'est nettement moins étonnant de le voir là, vu son passif, mais c'est tout de même très pratique aussi. Rogers tombe en enfer et qui trouve-t-il dès son arrivée ? Fatalis. Le monde et le purgatoire sont petits.
Après avoir échangé quelques torgnoles d'usage, les deux vont sceller une alliance car ils décident de renverser Méphisto pour placer sur son trône une certaine Veratok, qui, bien qu'elle aussi dans les limbes, prévoit de rendre l'endroit un peu plus accueillant et démocratique. Bien entendu le lecteur sait déjà que Fatalis n'en restera pas là. Mais il s'étonne aussi de la naïveté de Rogers qui y croit.
Méphisto sait évidemment ce qui se prépare : une des rares bonnes idées de Zdarsky sera de dévoiler vers la fin que le diable n'est pas seulement le patron de l'enfer, il est l'enfer, il est partout dans ce pandémonium. Malgré cette omniprésence et cette puissance considérable, il a quand même visiblement besoin de déléguer et demande donc à Crâne Rouge de s'occuper de Rogers et à Valeria Von Franzen de se charger de Fatalis.
Je vous la fais courte : après quelques péripéties pénibles car profondément ennuyeuses, Captain America, Dr. Fatalis et Veratok lancent leur assaut contre Méphisto qui, soudain, n'a plus besoin de personne pour mater ces trois révolutionnaires - vous remarquerez à quel point l'écriture est inconstante : tantôt Méphisto a besoin de lieutenants pour lui mâcher le travail, tantôt il maîtrise ses adversaires sans problème tout seul.
Grâce à la ruse de Fatalis, comme prévu, Méphisto est tout de même défait. Et surtout Veratok n'hérite pas, comme prévu, du trône. Fatalis devient le nouveau maître de l'enfer - ça devrait le consoler d'avoir foiré son coup d'état mondial dans One World Under Doom. Et aussi sec, il envoie Valeria dans un coin plus chaleureux (pour s'excuser des crasses qu'il lui a faites subir). Et il renvoie Rogers aussi.
Tout ça n'est quand même pas bien écrit du tout. Mais il faut reconnaître à Zdarsky qu'il retombe sur ses pattes avec assez d'adresse. Si on l'excuse (ce qui demande quand même de l'indulgence) pour ses grosses ficelles, on notera surtout qu'il donne au dénouement de cette histoire deux points cruciaux pour la suite.
Le premier, c'est que Fatalis déclare nuls et non avenus tous les contrats signés avec Méphisto. Concrètement : Crâne Rouge aussi a été renvoyé de l'enfer et, logiquement, il devrait refaire parler de lui dans les prochains mois. Ou encore, et c'était teasé à la fin de Avengers : Armageddon, cela va probablement conduire à l'annulation de One More Day, cette histoire si décriée de Spider-Man où, pour sauver tante May, il a sacrifié son mariage avec Mary Jane Watson.
Le second point, qui va directement impacter Avengers et son relaunch, c'est que Fatalis, en faisant cela, a, certainement sans le mesurer pleinement, bouleversé la relation enfer-Terre. On voit, comme dans les dernières planches de Captain America #16, de drôles d'anges ou démons dans le ciel de New York - et dans la preview de Avengers #1, Luke Cage, Daredevil, Spider-Man, Wolverine, Captain Marvel et Miracleman combattent ces créatures.
Soudain, on comprend que l'armageddon désignait peut-être moins les événements de la saga que ses conséquences. Les super héros sont désormais blacklistés par les Nations Unies, les Avengers sont dissous, ses membres historiques dispersés ou condamnés, et l'enfer est peut-être littéralement en train de se répandre sur Terre.
Captain America ne fera pas partie des Avengers de Zdarsky, Thor est loin d'être de retour, Iron Man va aller en prison. Une équipe avec Luke Cage, Wolverine, Spider-Man, Captain Marvel, Daredevil a déjà existé - souvenez-vous (c'était en 2012) :
Vous remplacez la Chose par Miracleman et vous avez la couverture de
Avengers #1 de mercredi prochain :
Zdarsky n'a pas caché que Bendis était une de ses inspirations, maintenant qu'il faisait partie des architectes de Marvel. A lui de jouer - et de (me) prouver qu'il a l'étoffe de son prédécesseur.
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