... Concernant l'identité d'un personnage-clé de l'intrigue
(que je ne pouvais plus garder secrète pour la compréhension de la critique).
Une fois les deux Whiplash neutralisés, Tony Stark demande à Happy Hogan, qui s'est démasqué, des explications. Cependant Madame Masque et Adam Ware pillent la villa de Stark pour dérober de quoi asseoir un peu plus leur mainmise sur l'A.I.M....
Joshua Williamson ne serait-il pas un peu obsédé par la question de l'identité ? C'est ce qu'on peut, légitimement, se demander après avoir lu ce 10ème épisode d'Iron Man et en le mettant en perspective avec d'autres séries qu'il signe (Superman, Legion of Super Heroes, pour ne citer que celles que je lis). La preuve ?
D'abord depuis plusieurs mois rodait dans Iron Man Citizen V, mais sans qu'on sache qui se cachait sous son masque. Il était évident qu'il ne s'agissait pas du baron Zemo, mais alors qui ? On découvrait le mois dernier que c'était Happy Hogan, revenu d'entre les morts. Ce qu'on ignorait (et qu'on ignore encore après avoir lu cet épisode), c'est comment il est à nouveau vivant.
Mais déjà, c'est l'identité d'un personnage jusqu'ici mystérieux qui est révélé. Ensuite, l'affrontement contre les deux Whiplash prolonge cette thématique en mettant en scène deux hommes qui partagent le même pseudonyme et le même rôle (même s'ils n'ont pas les mêmes motivations). Et là aussi, c'est étonnant : un même nom, mais deux porteurs différents.
Le masque et l'identité se retrouvent aussi chez Madame Masque et Adam Ware dans leur projet de contrôle de l'AIM. Whitney Frost cache son visage derrière un masque impassible et, même si elle a été créée bien avant Emma Frost, j'ai toujours été tenté de les associer comme des demi-soeurs. Quant à Adam Ware, il a traversé le miroir, passant de jeune savant élu par Tony Stark à némésis de Iron Man.
Mais, évidemment, surtout, ce qui anime le projet de Joshua Williamson sur Iron Man, comme sur d'autres titres qu'il écrit, c'est bien l'identité de son héros. L'argument de son récit, c'est: qui sauvera Tony Stark de Iron Man ? C'est même cité explicitement dans les premières pages.
Et ce numéro porte cette interrogation au premier plan : Stark comprend qu'on l'a espionné et qu'on doute de lui. Son comportement inquiète et comme il est un homme puissant, un super héros de premier plan, beaucoup de gens sont préoccupés. Pourquoi, par exemple, n'a-t-il plus créé de nouvel armure (alors qu'il a recruté tout un tas de jeunes scientifiques) ?
Williamson intègre, de manière tacite, le passé (le passif même) du personnage, qui a souvent franchi la ligne rouge (cf. Civil War, pour ne citer qu'un exemple fameux). Au fond, ce que tous se demandent, lecteur comme amis de Stark, c'est : est-il encore fiable ? Voire : l'a-t-il jamais été ? Iron Man n'est-il pas devenu une menace plus que la réponse à la menace.
Avoir fait de Happy Hogan Citizen V et de Pepper Potts sa complice est une idée habile dans la mesure où Hogan a été le sauveur de Stark, son garde du corps, sa doublure, son meilleur ami, mais aussi celui qu'il n'a pu se résoudre à débrancher quand il était condamné. Hogan a aussi été le mari de Pepper. Nul, au fond, mieux que lui n'était plus indiqué pour jouer ce rôle de vigie.
Carmen Carnero illustre ce propos avec une élégance jamais prise en défaut. Elle réussit à donner chair à cette intrigue grâce à une narration graphique très dynamique, et des compositions très équilibrés, jouant sans sacrifier les détails avec des splash et doubles pages magnifiques. Quand elle sort du registre purement super héroïque, c'est aussi frappant, car ses personnages se meuvent de manière réaliste, interagissent avec fluidité et intensité. Et les couleurs de Nolan Woodard sont superbes.
Joshua Williamson fait le pari, audacieux, mais que seuls les très bons scénaristes se permettent, d'annoncer au lecteur que tout son projet s'articule sur la déchéance de son héros. C'est un motif récurrent avec Iron Man, mais qui, ici, est brillamment revisité. La suite promet d'être palpitante.






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