vendredi 28 août 2026

STAR-CROSSED #2 (of 5) (Mark Millar / Corrado Mastantuono)


Sharkey le chasseur de primes et son assistant, Extra Billy, se rendent chez le père du premier et découvrent que le soleil artificiel qui lui fournissait de l'énergie a été éteint par la compagnie qui le détient. Sharkey pense que la récompense offerte pour la capture de Thena Cole et Cody Blue permettraient de corriger ça. Mais les deux filles font face à une situation déjà dramatique...


Même les fans les plus indulgents de Mark Millar reconnaissent qu'il n'a plus la même inventivité que jadis et les comics du Millarworld fonctionnent selon des formules éprouvées. Cela fait partie du plaisir qu'on a à les lire parce que ça les rend confortables. Mais c'est aussi une limite à ce plaisir de lecture car ils sont prévisibles.


Et pourtant avec ce deuxième épisode de Star-Crossed, qui est, pour mémoire, un crossover entre les séries Space Bandits et Sharkey Bounty Hunter, Millar réussit à nouveau à surprendre. Les deux tiers de l'épisode sont pourtant assez classiques avec la visite de Sharkey à son père et l'apparition de deux nouveaux mercenaires lancés aux trousses de Thena Cole et Cody Blue.


Mais le dernier tiers réserve un twist inattendu, imprévisible, où Millar ose se frotter à un genre tout à fait inhabituel pour lui : le mélodrame. Et c'est vraiment ça, un mélodrame en bonne et due forme, avec des larmes, la forte probabilité d'une unhappy end. C'est tellement étonnant qu'on se demande ce que ça cache. Et la réponse est peut-être à chercher du côté de Millar lui-même...


Vous l'ignorez peut-être mais Millar souffre depuis de longues années de la maladie de Crohn. Cela l'a même conduit plusieurs fois à être hospitalisé et l'a éloigné de l'écriture à une époque. Il n'y a pas surmortalité flagrante mais c'est quand même une saleté qui peut être douloureuse et invalidante. Or Millar a pour ainsi dire toujours refusé d'explorer cela dans ses fictions.

La mort chez Millar est quelque chose dont on rigole, dont on ricane. Le scénariste adore mettre en scène des décès brutaux, il n'hésite pas à trancher dans le vif et à sacrifier des personnages. Mais justement cette distanciation empêche d'appréhender cela autrement que comme une sorte de farce. Sauf, peut-être, cette fois-ci.

Déjà dans The Magic Order, le dernier volume s'intitulait La mort de Cordelia Moonstone, mais le scénariste avait habilement contourné le sujet car tout cela se passait dans un monde de magiciens et son héroïne était une escapologiste. Avec Star-Crossed, ce n'est pas pareil : Thena Cole et Cody Blue n'ont pas de super pouvoirs, pas plus que Sharkey et Extra Billy. Ils peuvent mourir.

Je ne vais pas spoiler ce qui arrive à qui et comment ça impacte le récit (on verra combien d'épisodes je peux dissimuler cet élément narratif), mais en tout cas, ça donne à la série une dimension dramatique certaine, loin de ce qu'on pouvait penser au départ. Et forcément les personnages principaux sont bouleversés par cela.

Corrado Mastantuono livre une nouvelle fois de superbes planches. Avais-je précisé le mois dernier qu'il effectuait en partie la colorisation également ? En tout cas, il s'approprie ce récit, ses personnages, son univers avec une aisance remarquable. Et c'est cela aussi qu'il rend ce retournement de situation si efficace : lui non plus, on ne l'attendait pas sur ce genre de scène.

En outre, Mastantuono fait parler sa technique impeccable : comme tous les dessinateurs italiens rompus aux fumetti, il sait tout dessiner - décors, véhicules, monstres, aliens, personnages humanoïdes. C'est incroyablement satisfaisant de lire des pages aussi bien croquées, où l'artiste ne donne jamais l'impression de forcer tout en donnant le meilleur de lui-même.

Encore une fois, aussi, quel plaisir de voir une couverture de Stuart Immonen (il signe aussi celles du relaunch à venir d'Archie chez Oni Press dont le n°1 sort la semaine prochaine). Des couvertures, c'est tout ce qu'on a à se mettre sous la dent mais si c'est l'occasion pour Immonen de se refaire la main en attendant davantage, je prends !

Un épisode donc très surprenant, qui relance totalement la partie. Une mauvaise nouvelle quand même ? Il va falloir attendre le mois d'Octobre pour le n°3...

jeudi 27 août 2026

HAMMERFIST #1 (Rick Remender / Steve Epting)


Mike Denton est un mercenaire : il tue un mari violent ce soir-là et va se faire payer par la femme qui n'a que 60 $ à lui donner mais est prête à payer en nature s'il souhaite un supplément - ce qu'il refuse. Après avoir passé la nuit dans sa voiture, il est réveillé par William et sa femme Cindy qui lui propose une affaire juteuse - un peu trop à son goût...


Comme Geoff Johns (avec Ghost Machine), Rick Remender possède chez Image Comics son imprint, Giant Generator, et depuis 3 ans, il fait feu de tous bois, recrutant des artistes de premier rang pour des projets qu'il écrit le plus souvent seul. Hammerfist est sa nouvelle production et la présente comme une série hommage aux séries B d'action des 70's matinée de fantastique.


Ce premier épisode, à la pagination conséquente (plus de 40 pages), nous présente Mike Denton, un mercenaire qui exécute des contrats de toutes sortes, comme assassiner un mari violent. Il a une fille, Kaylee, avec qui il n'entretient pas de bons rapports, et pour oublier tout ça, il fume dans sa bagnole où il finit par s'endormir jusqu'à ce qu'un couple de malfrats lui offre un job très bien payé.


Remender pose les bases d'un polar bien noir avec un anti héros brisé comme il les affectionne. Mais dans sa dernière ligne droite, ce n°1 prend une direction inattendue : le braquage auquel participe Mike ne cible pas de l'argent mais un gant étrange, qui fait un penser à la main droite de Hellboy, et qui tire sa puissance de l'amour qu'on porte à quelqu'un.


Cet accessoire est supposé empêcher l'avènement d'une terrible menace et, comme prévu, les choses dérapent méchamment, au point que Mike hérite du gant et va devoir sauver le monde ! Ce postulat est étonnant et ambitionne d'être celui d'un récit de rédemption, celui d'un type qui n'a rien d'un gentil mais qui va devoir le prouver. L'occasion, peut-être, aussi de se rabibocher avec sa fille - et l'humanité...

Bon, je vais être tout à fait honnête : autant j'ai beaucoup aimé Remender quand il bossait chez Marvel (dont il est parti avec fracas en 2015, estimant que ce qu'il proposait n'était pas bien publié, quand ce n'était pas refusé), autant ses comics en creator-owned m'ont souvent laissé sur le bas-côté avec leur pessimisme absolu, malgré des dessinateurs extraordinaires.

Récemment, j'avais hésité à me lancer dans Escape (une série de guerre avec des héros anthropomorphiques, illustrée par Daniel Acuna) et The Seasons (avec Paul Azaceta). Mais je n'ai pas craqué parce que j'avais déjà beaucoup de choses à lire par ailleurs. Et puis, à la faveur d'un allégement de ma pile à lire, j'ai craqué pour Hammerfist.

La raison en est simple : Steve Epting. C'est un artiste que j'adore mais qui est bien trop rare et j'avais très envie de le suivre à nouveau sur une ongoing (Velvet avec Brubaker ou Sara et Partisan avec Garth Ennis étaient des minis, tout comme Telepaths avec J.M. Straczynski). Je pensais aussi qu'avec Remender, ça pouvait donner quelque chose de détonant.

Et c'est bien le cas : je ne veux pas trop m'avancer mais Hammerfist m'a l'air d'être une série avec la même approche que Low (avec Greg Tocchini), une histoire dure, âpre, mouvementée, mais avec une envie de lumière, de positivité. Et puis j'aime bien ce côté un peu grindhouse, avec ce mercenaire et son gant magique face à une menace mystique.

On peut dire ce qu'on veut de Remender, mais il ne s'endort pas sur ses lauriers et sa productivité laisse songeur. Son association avec Epting fait effectivement des étincelles : dès les premières pages, avec la colorisation magnifique de Matt Hollingsworth, on a droit à un style sombre et classico-réaliste de la meilleure facture, c'est sublime.

Les ambiances sont intenses, les personnages puissamment incarnés, l'intrigue est accrocheuse et palpitante. On se demande dans quel sens ça va aller et c'est réjouissant de lire quelque chose d'aussi imprévisible et qualitatif. Remender, on le sent, a quand même gardé une nostalgie de son temps chez Marvel, des super héros, mais il l'adapte à son univers, ses lubies.

Et Epting le traduit en images avec son génie imparable. C'est devenu un vétéran comme ceux avec qui il travaillait à ses débuts (l'encreur Tom Palmer notamment), son dessin a gardé cette élégance mais en se frottant aux aspects les plus râpeux de ce qu'écrit Remender, il sort de sa zone de confort (la série noire, l'espionnage, le récit de guerre) et, franchement, c'est jouissif.

Je l'avoue, la routine super héroïque met à l'épreuve le critique, parfois j'en ai un peu marre, rester motivé pour écrire devient plus délicat. Dans ces cas-là, se tourner vers la production indé, avec des équipes artistiques de ce niveau, c'est se retaper, se refaire la cerise. Et on se dit alors que le meilleur des mondes, c'est d'alterner pour ne pas se lasser. Hammerfist me l'a rappelé.

BLACK CAT #13 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Face à un monstre gigantesque sorti de la mer, le Punisher et Black Cat seront-ils de taille ? Et ensuite est-ce que tout sera pardonné entre eux ? Et au fait comment va vraiment le chien de Frank Castle percuté par la voiture de Felicia Hardy ?


Ici prend fin ce délicieux arc qui a vu Black Cat croiser la route du Punisher et, mon dieu, que cette série est plaisante ! En prime Marvel vient de confirmer que, cette fois c'est sûr, le titre devenait une série illimitée - ils auront mis le temps, mais ça, c'est vraiment une excellente nouvelle, comme la confirmation qu'il y a un public suffisant pour suivre les aventures de Felicia Hardy.


Alors, je le sais déjà, il y aura des grincheux qui diront : "mais, heu, c'est pas du vrai comics de super héros !", "mouais, c'est rigolo, mais ça casse pas des briques !", "ils ont ruiné Black Cat !"... Soupir... Que ceux-là aillent se faire voir ! Vous savez quoi ? Je n'en peux plus de ces fans qui râlent tout le temps : si ça ne vous plait pas, ne lisez plus !


Les comics de super héros sont majoritairement sérieux, et pour cause, la fin du monde est pratiquement au programme chaque mois. Et c'est bien (enfin... Tant que ça reste une fiction !), c'est une sorte de tradition, c'est le folklore. J'aime ça aussi. Mais, c'est bien aussi de pouvoir lire une BD cool, relaxante, où tout ne risque pas de disparaître tous les 30 jours.


Black Cat, c'est ça, c'est ce petit plaisir-là, et qui permet justement au reste de la production de justifier son existence, la récurrence de ses gimmicks dramatiques. Dans ce treizième épisode (mais non, je ne suis pas superstitieux. Être superstitieux, ça porte malheur !), encore une fois, ce qui compte, ce n'est pas la baston, les bons, les méchants, c'est le fun.

Le Punisher et Black Cat se chamaillent depuis trois mois et le malencontreux accident qui a failli coûter la vie au chien errant qu'a adopté Frank Castle quand Felicia Hardy, en cavale, l'a percuté en voiture. Et les voilà aux prises avec un énorme monstre marin. Vont-ils s'en sortir ? Et d'ailleurs d'où sort ce monstre ?

Si vous avez lu l'arc précédent, avec VenoMJ dans la zone négative, vous comprendrez mieux. Mais, comme je le disais, l'essentiel ici est ailleurs. Après avoir sauvé le Punisher de la noyade, le voilà tout attendri par Black Cat, un ange passe. Y aurait-il anguille sous roche ? Je ne vous spoile pas, mais la morale de l'histoire en quelque sorte, c'est qu'à défaut d'être amis quand on est une voleuse et un tueur de gangsters, on peut se reconnaître des accointances.

G. Willow Wilson est très forte pour créer des liens, des connections inattendues entre son héroïne et les gens qu'elle croise, mais celle-ci est particulièrement malicieuse et savoureuse. C'est tout le charme de cette série, légère certes, mais pas superficielle, qui ne se prend jamais au sérieux tout en étant faite sérieusement.

Andrés Genolet est excellent lui aussi pour illustrer ce genre de récit : son trait vif, l'expressivité de ses personnages, la simplicité de son découpage sont au service du script et j'espère plus que jamais qu'il va devenir l'artiste régulier de la série, étant entendu que Gleb Melnikov va la quitter prochainement (pour s'occuper d'Iron Man en alternance avec Carmen Carnero).

Il faudrait un malencontreux et durable dérapage pour que j'écrive du mal de Black Cat. Et ce n'est pas près d'arriver ! Le mois prochain, Felicia Hardy est embarquée dans Queen in Black...

mercredi 26 août 2026

DETECTIVE COMICS #1112 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Après avoir libéré de son conditionnement mental la grand-mère d'Arabella, Batman lui explique pourquoi le Dr. Johns les a choisies pour exécuter des contrats sur les témoins à charge dans le dossier contre Kelp. A eux tous maintenant de faire honneur à la mémoire de Prion...


Avec cet épisode se conclut l'arc Flight et par la même occasion, j'arrête la série. La fin de cette histoire est au diapason de ce qui a précédé : ce n'est tout simplement pas bon, c'est même, à mon avis, ce que Tom Taylor a produit de plus mauvais. Si, au départ, j'appréciai son approche décomplexée du personnage de Batman, progressivement ça a fini par ne plus fonctionner.


Car, quand un super héros a deux séries, il faut au moins que chacune se démarque de l'autre. Je ne lis pas Action Comics, mais je sais que Mark Waid l'écrit en revenant sur les aventures de Clark Kent à Smallville quand il était encore Superboy. C'est totalement distinct de ce que propose chaque mois Joshua Williamson dans Superman.


Le premier arc de Batman par Matt Fraction ne me semble pas si éloigné de ce que fait Tom Taylor ici. Normalement, la série Batman est plutôt focus sur l'action tandis que Detective Comics souligne l'aspect enquêteur de Batman. Sauf que les intrigues de Taylor ne mettent pas beaucoup en valeur cette dimension.


Et quand bien même ce ne sont pas des récits tellement sophistiqués, en général on devine le fin mot de l'histoire avant la fin et ce n'est pas particulièrement satisfaisant. Ajoutez-y une manie assez désastreuse de créer des personnages antagonistes manquant singulièrement de charisme et qui n'intéresseront personne d'autre que Taylor, avec un recours récurrent à la continuité rétroactive, et ce n'est juste plus possible.

Voilà plus d'un an que ce scénariste est sur cette série et c'est absolument toujours le même schéma narratif qui est déployé. C'est un peu comme un cuistot qui préparerait toujours le même plat en changeant juste la sauce, ça ne suffit pas pour faire un menu suffisamment attractif. Et, de ce point de vue, l'arc qui se termine ce mois-ci est le pire de tous.

On a un jeune super héros mort dans des circonstances complètement idiotes, des lavages de cerveau, une façon de tuer qui fait passer des meurtres pour des morts naturelles, des témoins gênants éliminés, et même des costumes redesignés pour l'occasion qui sont tout bonnement ridicules (voir ci-dessus). C'est embarrassant, c'est même malaisant.

En vérité Tom Taylor m'apparaît comme un auteur plus apte à revivifier un héros plus ou moins secondaire (comme Nightwing qui, avec tout le respect qu'on lui doit, ne boxe quand même pas dans la même catégorie que Batman, Superman, Wonder Woman) qu'ayant les épaules pour assumer un personnage aussi emblématique que Batman.

Taylor n'a pas sur ce titre un concept assez fort comme il l'avait eu sur Nightwing (c'est d'ailleurs un peu pareil avec Fraction sur Batman). C'est quelqu'un qui peut être efficace, mais il n'est pas inventif. Filez-lui une série avec Green Arrow et Black Canary (qui secondent Batman dans cet arc), il pourra s'amuser et sans doute mieux convaincre.

C'est dommage aussi pour Mikel Janin qui a montré, lui, de belles choses. Mais au fond, Janin est devenu un peu prisonnier de Batman. Come son confrère Jorge Jimenez qui ne quitte plus le personnage malgré les différents scénaristes, j'aimerai le voir briller sur d'autres héros, d'autres genres d'histoires (si le départ prochain de Tom King et Daniel Sampere sur Wonder Woman se confirme, j'aimerai revoir Janin dessiner l'amazone).

Je n'aime pas m'entêter sur une série et je sentais poindre depuis un moment une lassitude sur celle-ci. Après ces six derniers épisodes, ce fut carrément une grosse fatigue. Je préfère en rester là.

mardi 25 août 2026

LUCKY (Jonathan Tropper, 2026)


Luciana "Lucky" Armstrong et Cary Masterson fêtent à Las Vegas la réussite de leur audacieux braquage : ils ont dépouillé Wayne Whittaker, le père de Cary, de 10 M $ en cash. Mais au matin, Lucky se réveille seule : Cary est parti avec l'argent et le FBI arrive pour l'arrêter. Elle réussit à s'enfuir malgré tout mais l'agent Rand, à la tête de cette descente, repère sur les écrans de vidéo surveillance la jeune femme et se lance à sa recherche. Lucky prend un bus à destination du Grand Canyon et, lors d'une halte, manque de peu d'être arrêté par un des agents de Rand avant d'être capturé par Priscilla, sa belle-mère, et son bras-droit, Dutch.  


Lucky a beau jurer qu'elle n'a plus l'argent, Priscilla refuse de la croire et ses sbires l'enferment dans le coffre d'une voiture. Elle réussit à s'en tirer et à atteindre une maison isolée en plein désert où Sylvia l'héberge. Mais le FBI quadrille la zone et Rand finit par frapper à la porte de Sylvia. Lucky s'échappe avec la voiture de cette dernière et s'arrête dans une station-service où Dutch la surprend, après avoir écouté sur la fréquence de la police le signalement de la voiture et de la voleuse. Lucky fausse compagnie à Dutch en se cachant à l'arrière de son pick-up, sous une bache.


Cependant Priscilla a interrogé une faussaire à qui Cary aurait acheté de faux papiers sous une nouvelle identité et adresse, mais l'homme assure qu'elle se trompe. Dutch l'exécute. Lucky ramasse la carte d'identité du faussaire et se rend chez lui où elle se rend compte que Priscilla s'est trompée de cible : le véritable faussaire est le voisin et, en montrant ce qu'il peut faire à la jeune femme, elle voit la carte d'identité confectionnée pour Cary avec sa nouvelle adresse...


6 ans après le formidable Le Jeu de la Dame (sur Netflix), Lucky marque le retour d'Anya Taylor-Joy dans une nouvelle mini-série pour une plateforme de streaming, cette fois Apple TV+. Il fallait que le projet soit accrocheur pour l'éloigner du grand écran où elle enchaîne les films et cette adaptation du roman de Marissa Stapley par Jonathan Tropper était taillée sur mesure pour elle.


Lucky est une jeune voleuse qui a grandi avec son père depuis sa naissance (sa mère est morte en couches) et il en a fait son émule, l'entraînant dans de petites combines puis d'ambitieuses arnaques. C'est ainsi qu'ils se sont mis en affaires avec la redoutable Priscilla Masterson et l'infâme Wayne Whittaker. Lucky, elle, a épousé Cary, le fils de Priscilla, désireux de changer de vie comme elle.


Son père, Whittaker, l'ayant toujours ignoré et sa mère refusant de croire qu'on pouvait se détacher de ses racines, Cary a osé l'impensable avec Lucky : dépouiller ces deux-là de la coquette somme de  millions de dollars. Puis il a commis l'impardonnable : abandonner Lucky en partant avec l'argent. A moins qu'il ait été enlevé ? Et tué ?


C'est ce que va s'employer à résoudre Lucky pendant les quatre premiers épisodes, avec le soutien de son père au téléphone (il purge une peine de prison après avoir été  pris avec Priscilla, qui, elle, est sortie plus vite grâce à Wayne). Une fois Cary retrouvé, elle le confronte et il tente de justifier son geste. Mais le FBI et les sbires de Whittaker sont déjà à sa porte...


Lucky est donc un polar en bonne et due forme, avec ses voleurs, ses agents du FBI, et surtout les familles qu'on n'a pas choisies mais qu'on est désormais assez vieux pour vouloir quitter, se poser, rentrer dans le rang. Finalement, cette série parle surtout de cette dernière partie, insistant sur la responsabilité de parents qui ont préféré avoir des héritiers que des descendants.

Dans l'épisode 6, Lucky et John, son père, ont une explication à bâtons rompus sur ce que lui à fait subir à la petite fille qu'elle était puis à la jeune femme qu'elle est devenue. Il a beau se défendre en lui disant qu'ils ont passé ensemble plus de temps que n'importe quel père et sa fille, que ce qu'il lui a enseigné vaut largement tout ce que l'école dispense, les arguments de Lucky sont imparables.

Et quand, après une nuit de réflexion, John, sur le point de voir sa fille partir effectuer un échange dangereux, reconnaît ses torts, ni elle ni le spectateur ne savent si ce père aimant mais maladroit saura lui aussi s'arrêter où s'il continuera sa vie de bandit. Mais en revanche, nous savons que Lucky a eu un vrai père contrairement à Cary pour qui ni sa mère ni son père n'ont jamais joué le rôle de parents.

L'agent Rand est elle aussi une mère et sa fille lui en veut terriblement de privilégier son travail à sa vie de famille, jusqu'à ce que cette femme se trouve dans un lit d'hôpital et que son supérieur menace de lui retirer l'affaire. Toutefois Rand est, en fin de compte, comme John, Priscilla et Wayne, trop marquée parce qu'elle fait pour faire passer son enfant avant sa mission.

C'est pour cela, ces thématiques, que Lucky vaut vraiment le coup. Parce que son intrigue policière, en forme de course-poursuite, est, hélas ! moins aboutie qu'espérée. Trop souvent pour que cela soit crédible (ne parlons même pas de réalisme) Lucky réussit à semer ses adversaires, survit-elle à des accidents, des mauvais traitements.

A force cela nuit à l'efficacité du polar : Lucky a trop de chance pour qu'on y croit. Elle bluffe trop pour que ses ennemis acceptent de la suivre. Dans le dernier épisode, Whittaker est écrit comme la crapule machiavélique et intelligente qu'il est vraiment et permet de comprendre pourquoi, lui, ne tremble jamais, n'hésite jamais.

Mais Priscilla ou John n'ont pas cette densité dans la caractérisation : elle est une espèce de psychopathe, digne des Atrides, et lui est trop joueur et insouciant pour qu'on puisse admettre qu'il joue autant avec la vie de sa fille. Si les scénaristes avaient zappé Whittaker pour transférer sa personnalité directement à Priscilla, OK. Et si John avait été un peu moins flambeur...

Enfin, il est regrettable que la série, avec ses sept épisodes, n'ait pas accordé plus de place au personnage de Cary car c'est bien lui qui est à l'origine de tout. Par ailleurs, Drew Starkey (révélé dans Outer Banks sur Netflix, et qui est excellent) qui l'incarne n'est crédité que lors du quatrième épisode, alors qu'il apparaît substantiellement dans le premier et dans les flashbacks des deux suivants. Pourquoi ?

D'une certaine manière, on se demande si Lucky n'aurait pas fait un meilleur film qu'une série. La narration est parfois trop décompressée et dans un format unitaire, tout aurait gagné en intensité, en force dramatique. En tout cas, sept épisodes, c'est trop pour un tel projet qui s'étire parfois inutilement pour connaître une dernière ligne droite nettement plus percutante.

Anya Taylor-Joy est une actrice prodigieuse et elle anime Lucky d'une détermination farouche, motivée par sa lassitude d'une vie qu'elle n'a pas choisie et qui lui coûte énormément. Timothy Olyphant joue son père avec beaucoup de malice et de charme, parfois un chouia trop. Annette Bening est assez stupéfiante en mère possessive. William Fichtner est impeccable en caïd glaçant. Et Aunjaunue Ellis-Taylor campe une agent du FBI obsédée jusqu'à la folie.

On notera que : Reese Witherspoon compte au nom des productrices du show et que Fiona Apple a écrit, composé et chanté le générique de la série.

Lucky n'est donc pas aussi bon qu'on l'aurait aimé, même si c'est un divertissement de grande classe.

samedi 22 août 2026

LOBO #6 (Skottie Young / Riley Rossmo, Jorge Corona)


Lobo a été missionné par le président de l'Omni Omega+ Entertainment Corp. de rappeler à la fée des dents qu'elle doit de l'argent à la compagnie. Le mercenaire se pointe donc en enfer (après avoir obtenu un droit de passage dans les limbes) et s'acquitte de son job, non sans perdre quelques ratiches...


On reprend là où on s'était arrêté le mois dernier et voici le Main Man qui se pointe en enfer. D'abord il passe au bureau d'un certain Verek Dood (qui ressemble fort à Trump) puis croise John Constantine et vient réclamer de l'argent à la fée des dents car elle a bâti son business grâce au fric prêté par l'employer de Lobo.
 

Skottie Young semble presque s'autociter dans cet épisode qui fait penser à sa propre série I Hate Fairyland. La fée des dents chez les anglo-saxons est l'équivalent, chez nous, de la petite souris qui vient collecter les dents des enfants quand elle tombe. Mais la version qui en est ici donnée, mieux vaut ne pas la montrer aux chérubins, ils en feraient des cauchemars.


Elle n'est en effet pas commode et surtout on découvre ce qu'elle fait des fameuses dents - un modèle d'économie circulaire ! Young ne respecte décidément rien et situe l'action en enfer, peuplé évidemment de créatures abominables, comme ces gardiens ailés qui veillent à ce qu'on ne dérange pas la fée, surtout si on n'a pas rendez-vous. Mais est-ce que ça va arrêter Lobo ?


Bien sûr que non ! Et l'échange qui va suivre ne sera guère plus aimable. Mais, même en y perdant sa denture, Lobo a de la ressource - et du mordant ! C'est affreusement drôle, même si la construction de la série à coup d'épisodes done-in-one ou d'histoires en deux parties peut frustrer. Toutefois, dans les deux dernières pages, le scénariste suggère qu'un vilain a un plan pour s'en prendre efficacement au mercenaire...

Même si, donc, on peut émettre de légères réserves après six mois de publication, Lobo reste un véritable ovni dans le monde des comics mainstream actuels. Son mauvais esprit, sa brutalité bourrine, son humour trash, son héros à la fois abruti et coriace, son chien hilarant, tout ça forme un ensemble savoureux, qui vous redonne du pep's pour le reste du mois.

C'est vraiment chouette que DC ose ainsi, et ce n'est pas fini puisque dans les prochains mois on verra les retours du Démon (Etrigan, par James Harren), de Jonah Hex (par Michael Walsh)... Autant d'anti-héros qui défrisent mais séduisent parce que le lecteur sent que l'éditeur laisse carte blanche aux auteurs. Une telle confiance, à la fois dans le talent des artistes et l'intelligence du fan, ne peut que payer.

Pour cet épisode, la série reçoit un invité au dessin en la personne du génial Riley Rossmo : son goût pour les gueules, les décors bizarres, l'action est parfait pour Lobo. Il le représente avec d'énormes bottes, des jambes minces, et le haut du corps disproportionné, avec une chevelure encore plus ébouriffée que d'habitude. C'est différent de Jorge Corona, mais tout aussi abouti.

Corona n'est pas complètement absent puisqu'il dessine les deux dernières pages, une sorte de teaser pour ce qui va suivre et qui semble, si on se fie aux sollicitations de Novembre qui viennent de tomber, parti pour trouver sa culmination au #9. Cela vient à point pour prouver que Young a un vrai plan et ne va pas se contenter de déconner (même si ça suffirait à me combler).

Il faut vraiment espérer que Urban Comics traduise cette série parce que ce serait priver les fans français d'une pépite.

QUEEN IN BLACK #3 (of 5) (Al Ewing / Iban Coello, Paco Medina)


Eddie Brock a fusionné avec le symbiote Sleeper et s'occupe des soldats Kree que Hela a asservis avec d'autres symbiotes pendant que VenoMJ et Spider-Man emmènent Dylan Brock au Baxter Building. Mr. Fantastic a en effet une idée pour régler le conflit...


Comme le précédent épisode, ce n° de Queen in Black s'ouvre avec une scène spectaculaire et très amusante où Fing Fang Foom possédé par un symbiote menace de faire tomber la Tour de Pise avant que Captain Marvel, Emma Frost, le Fauve et quelques géants (Black Goliath, Atlas, Giant Man) n'interviennent.


C'est pour ainsi dire ce qu'il y a de mieux dans cet épisode - et peut-être dans cet event. On sent que Al Ewing a envie de s'amuser en poussant tous les potards dans le rouge et oser le WTF complet. Mais on sent aussi que, dans son dos, un editor veille et le ramène sur les rails pour écrire une histoire plus conforme à ce que Marvel exige en termes de sagas événementielles.


Et, donc, on renoue par la suite avec des scènes beaucoup plus convenues, moins rigolotes, avec un tas de symbiotes moins délirants (quoique la dernière page...). Cela fait aussi ressortir les incohérences du récit et elles sont nombreuses. Par exemple, où est Knull, celui qu'on nous annonçait comme le futur challenger de Hela et qu'on n'a plus vu depuis le 1er épisode ?


On peut aussi se demander comment Eddie Brock s'est évadé de prison et a si vite retrouver le symbiote Sleeper pour fusionner avec lui. Cela évente du coup complètement ce qui restait de suspense quand à l'avenir du personnage, qui va bien entendu récupérer Venom à la fin de cette affaire. On se croirait revenu au temps où surgissaient des Hulk de partout avec Jeph Loeb...

Entre deux bastons (VenoMJ écartant des... Symbiotes, je vois que vous suivez, c'est bien), on a quand même droit à quelques dialogues comme quand Spider-Man tente de faire comprendre à Dylan Brock qu'il ne tolérera aucun meurtre (car, après tous, les symbiotes possèdent des hôtes innocents pour la plupart) - notion que MJ discute quelque peu (à moins que ce ne soit Venom qui ne parle à ce moment-là).

Mais là aussi, Ewing est obligé d'abréger et l'échange donne le sentiment d'une occasion manquée. C'est assez curieux parce que dans Venom #260, la semaine dernière, le scénariste s'attachait à rendre Dylan Brock un peu plus sympathique... Et dans Queen in Black #3, il en fait à nouveau un gamin insupportable. Ewing sait-il seulement quel visage il veut donner à Dylan ? Ou bien là encore a-t-on droit à un interférence éditoriale ?

Les dessins sont encore une fois signés Paco Medina (au début et à la fin), pour le meilleur, dans un style efficace et clair, et Iban Coello (pour le reste), dans un registre plus nerveux et parfois plus approximatif, avec une tendance marquée à l'exagération des expressions. Cela ne joue pas en faveur de l'event qui manque d'unité graphique.

Ce n'est pas très bon, reconnaissons-le. Et je regrette de m'être laissé entraîner là-dedans. J'aurai aimé que Ewing s'en sorte mieux, ou ait les mains plus libres. Mais le résultat est là et je ne le vois pas changer d'ici les deux prochains chapitres.

jeudi 20 août 2026

DAREDEVIL #5 (Stephanie Phillips / Lee Garbett)


Daredevil comprend en parlant avec l'inspecteur Forte que Omen va cibler un proche de Matt Murdock, faute de le tuer directement. Et comme Matt a demandé que Foggy Nelson le rejoigne à New York, Daredevil se précipite chez son ami en espérant arriver à temps...


C'est la fin de ce premier arc de Daredevil par Stephanie Phillips et Lee Garbett... Et c'et aussi là que j'en resterai. J'avais peu d'espoir que le scénario offre un dénouement convaincant et assez accrocheur pour poursuivre, mais je ne me doutais pas que ce serait aussi mauvais. Après le run nullissime de Saladin Ahmed, c'est un nouveau raté pour Daredevil.


Je ne vais pas vous spoiler au cas où, quand ça arrivera en vf, vous auriez quand même envie d'essayer mais je n'ai tout simplement adhéré. On découvre qui est Omen (et franchement, ça n'apporte rien), pourquoi il tue en ôtant les yeux de ses victimes (et c'est parfaitement grotesque) avant de comprendre qu'on n'en a pas fini avec lui (alors qu'il n'est plus très en forme à la fin de l'épisode).


Alors, tout d'abord, je n'ai rien contre les méchants créés de toutes pièces par une scénariste : c'est un effort louable de vouloir introduire un nouvel antagoniste au lieu de ressortir sans cesse le Caïd, le Tireur, le Hibou (même s'il a été présent, un tout petit peu, dans ces épisodes), etc. Mais encore faut-il imaginer un méchant qui n'ait pas à rougir de la comparaison.


Et bon, soyons honnêtes, Stephanie Phillips souffre du même défaut que Tom Taylor sur Detective Comics : ses personnages inédits sont sans saveur. Non seulement ils ne valent pas leurs illustres prédécesseurs mais leurs motivations sont nulles, leur charisme inexistant, et leur pérennité discutable. Si demain, Phillips devait être remplacé, Omen serait vite oublié par l'auteur qui lui succéderait.

Ensuite, et ça, c'est une considération plus générale, si Phillips est une scénariste qui peut être remarquable sur des projets en creator-owned (Grim, Red before Black), quand elle écrit du super héros, hé bien... Ce n'est pas bon. On a vraiment ce sentiment qu'il s'agit d'un travail de commande dont elle s'acquitte sans passion pour le genre, ses codes, son histoire.

Il peut arriver qu'on écrive du super héros sans avoir baigné dedans toute sa vie (c'était le cas de Bendis ou Brubaker, deux anciens scribes de Daredevil, qui se destinaient à écrire des séries noires) et lorsqu'ils s'y frottent, y infusent leurs obsessions, détournant les clichés pour entraîner les héros et leurs aventures hors des sentiers battus.

Mais, dans le cas de Phillips, c'est comme si elle n'avait rien à dire sur eux, ces types masqués, pourquoi ils mènent une double vie, comment ça les impacte. Pourtant elle en fait le coeur de son premier arc avec Omen qui voulait non pas éliminer Daredevil mais Matt Murdock. Sauf que, au bout du compte, on ne comprend absolument pas pourquoi il en voulait à Murdock (ou en tout cas, ce n'est pas évident).

L'inspecteur Forte est aussi insipide. Contrairement à Cole North, autre flic anti-justicier masqué créé par Chip Zdarsky, Forte manque singulièrement de consistance et, le pire, c'est qu'il le reconnait, vomissant après avoir vu son collègue être mutilé par Omen et racontant à Daredevil qu'il n'a finalement rien contre Murdock, échangeant avec son alter ego tout en maudissant le fait que les justiciers masqués font le travail des flics. On lève les yeux au ciel en lisant de tels dialogues...

Pour ne rien arranger, la série n'est pas gâtée visuellement : j'aime bien Lee Garbett tout en reconnaissant que ce n'est pas un dessinateur de premier rang. Toutefois, lui aussi, quand il s'investit dans des creator-owned, peut surprendre positivement. Mais passé un premier épisode qui pouvait faire penser au Romita Jr. sur le run de Ann Nocenti, la comparaison s'arrête là.

D'abord parce que Garbett, comme tant d'autres, s'encre lui-même et n'est pas doué pour ça. Romita Jr. avait Al Williamson et s'il est vrai qu'on ne trouve plus d'encreur de ce niveau, il faudrait quand même que certains artistes actuels se posent vraiment la question de savoir s'ils sont si compétents que ça pour complèter leur dessin.

Garbett est un de ceux qui démarre assez fort pour motiver le lecteur mais qui se décompose littéralement au fil des mois. Les décors passent à la trappe, le découpage devient paresseux, les expressions des personnages sont de plus en plus minimalistes. A la fin, on a l'impression que le bonhomme achève ses planches à la va-vite, à bout de souffle.

J'avais un peu envie de voir ce que Flaviano, le partenaire de Phillips sur Grim, ferait pour les épisodes suivants, mais bon, je vais m'en passer. Daredevil est, comme les X-Men, dans les mains de personnes qui ne le méritent pas. 

CATWOMAN #90 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Black Mask a été recruté par Katarina Belov pour faire souffrir Catwoman et il s'y emploie avec un jeu macabre. Pendant ce temps, Holly Robinson découvre la femme qui se fait passer pour Maggie. Et la vraie Maggie décide d'affronter Black Mask pour ne plus avoir peur de lui...


Si je ne regrette pas d'avoir lu cet arc, en revanche j'aurai volontiers prolongé l'aventure si seulement DC avait maintenu au poste de dessinateur l'excellent Davide Gianfelice. Mais l'artiste italien signe là son ultime épisode qui est aussi la conclusion de cet arc où les soeurs Kyle ont eu une nouvelle fois affaire à l'horrible Black Mask.


Quand on a un tel méchant à sa disposition, il convient de bien finir l'histoire qu'il a contribué à animer et Torunn Gronbekk a imaginé un dénouement à la hauteur tout en bouclant les diverses arches narratives de tous les personnages engagés. On a droit à un nouveau chapitre mené tambour battant, où Catwoman et ses alliés vont jusqu'au bout avoir du mal à s'en sortir.


D'ailleurs Gronbekk négocie bien cet exercice en veillant à ne pas offrir une happy end parfaite - et pour cause sa série va être impactée par le crossover Bad Seeds dès le mois prochain et dont Poison Ivy est la protagoniste. Mais, tout de même, la scénariste veille à ce qu'un des adversaires de Catwoman ait son compte réglé pour de bon.


L'autre bon point, c'est que Gronbekk donne à Maggie Kyle un rôle comme elle en a rarement eu : cette fois, elle refuse de fuir pour se protéger ou suivre les ordres de Selina ou Slam Bradley et elle fait face crânement à Black Mask dans une scène remarquable. D'habitude la pauvre Maggie est cantonnée à son fauteuil roulant et ses traumas psychologiques et physiques...

D'une manière générale, cette conclusion montre que tout le casting est bien servi, personne n'est négligé et participe à la résolution de l'intrigue. Avant cela, le plan de Black Mask pour éprouver Catwoman réserve quelques scènes inspirées, où son sadisme est magistralement mis en scène. Quand il est écrit de la sorte, Roman Sionis n'a rien à envier au Joker et autres psychopathes de Gotham.

Davide Gianfelice aura fait un bien fou à une série qui a décidément bien du mal à garder un artiste longtemps. Pourquoi donc DC, qui est si fort sur ce plan, n'arrive-t-il pas à donner à Catwoman un dessinateur régulier et de talent ? C'est ce qui empêche ce titre d'avoir de meilleures ventes, alors que son héroïne est dans l'orbite de Batman depuis si longtemps.

L'italien découpe les scènes avec une telle vivacité, un tel punch que c'est irrésistible. La tension qui irrigue chaque page est palpable et prouve que Catwoman et Black Mask sont deux antagonistes aussi forts que Batman et le Joker. De plus le supporting cast est ici parfaitement animé par le trait nerveux de Gianfelice, qu'il s'agisse de Maggie, Slam ou Holly et même Carmine Falcone.

Oui, je serai bien resté plus longtemps, mais je préfère en rester là sachant que le successeur de Gianfelice ne me procurera pas la même satisfaction. Dommage pour Torunn Gronbekk et dommage pour Catwoman.

mercredi 19 août 2026

FEAR STREET : PROM QUEEN (Matt Palmer, 2025)


1988. Les élèves de la classe de terminale du lycée de Shadyside prépare le bal de fin d'année scolaire avec ceux de la ville voisine et huppée de Sunnyvale. Lori Granger a décidé de s'inscrire pour le concours de la reine du bal et fait face à Tiffany Falconer et sa bande composée de Melissa Mckendrick, Debbie Winters et Linda Harper, résolues à l'humilier. En effet, la mère de Lori a été accusée d'avoir tué son mari et la rumeur continue de courir alors qu'elle a été blanchie.


Le principal Breckenridge est déterminé à ce que la fête se déroule au mieux. Mais la veille au soir, une autre postulante au titre de reine du bal, Christy Renault, est sauvagement assassinée par un maniaque vêtu d'un imperméable rouge et le visage caché par un masque. Megan Rogers, la meilleure amie de Lori qu'elle aime en secret, l'accompagne au bal. Les élèves se mettent à danser mais Linda Harper et son petit copain Bobby s'isolent dans une salle de classe où ils sont assassinés sans que personne ne le remarque.


Puis c'est au tour de Debbie Winters et son petit ami Judd, descendus au sous-sol pour s'embrasser à l'abri des regards, d'être sauvagement occis par le même tueur, dans l'indifférence générale, leurs cris ayant été étouffés par la musique. Melissa s'excuse auprès de Lori pour la manière dont Tiffany se comporte à son égard, juste avant que les deux rivales attirent tous les regards sur elles en dansant - Lori séduisant tout l'assistance...
 

Cinq and après le dernier volet de la trilogie Fear Street réalisée par Leigh Janiak, Netflix n'a pas résisté à retourner à Shadyside pour ajouter un quatrième épisode à cette série de longs métrages. Mais cette fois-ci, la réalisatrice n'a pas voulu rempiler, estimant que son oeuvre était complète, et elle a cédé sa place à Matt Palmer.


Prom Queen est adapté du tome 15 de la série de romans de R.L. Stine, donc ce n'est pas une suite complètement gratuite non plus. Toutefois, dans le corpus produit à l'origine par Netflix, ce nouveau chapitre intervient si tardivement après les autres qu'il ressemble à un appendice surnuméraire et superflu.


Bien entendu le script, signé Matt Palmer et Donald McCleary, fait référence au décors principaux de Shadyside et de Sunnyvale, pointent une fois de plus les différences sociales entre les deux communes voisines, et investit l'époque des années 80 qui s'intercale donc entre Fear Street partie 1 : 1994 et partie 2 : 1978.


Mais ces notations semblent forcées, comme s'il suffisait de les mentionner pour justifier que cet épisode existe légitimement. C'était la force du projet initial que de composer une seule et même intrigue en trois parties, se tenant toutes les unes aux autres et résolvant un mystère ancestrale. Ici, rien de ce qui est raconté n'ajoute quoi que ce soit à l'histoire des trois premiers films.

D'ailleurs il n'est pas fait mention des personnages avec qui nous avons sympathisés auparavant, comme Deena et Josh Johnson ou Cindy Berman. Ici, l'héroïne est une certaine Lori Granger dont la mère a été accusée et blanchie pour le meurtre de son mari. Depuis sa fille souffre de cette mauvaise image au sein de son lycée, ce qui lui vaut d'être harcelée par une bande de chipies menée par Tiffany Falconer.

Tout se noue donc autour du bal de promo d'une classe de terminale au cours duquel on élira la reine de la soirée. Lori concourt contre Tiffany et reçoit le soutien du petit ami de celle-ci mais aussi de Megan Rogers. Sans avoir besoin de le surligner, on voit se mettre en place un triangle amoureux car Megan, c'est évident, éprouve des sentiments amoureux pour Lori qu'elle protège de Falconer et ses alliées.

Bien entendu, un tueur rode et c'est là que le film est à la fois le plus divertissant et aussi le plus limité. Les trois premiers Fear Street en remontant le temps s'amusaient à reproduire les codes des slasher movies des époques en question. Prom Queen se contente d'être un slasher movie comme tant d'autres, sans cette distanciation, avec son serial killer qui manie la hache vêtu d'un ciré rouge et d'un masque.

Le scénario s'articule alors comme un whodunnit et le spectateur comme les héroïnes doivent trouver qui se cache derrière la masque de l'assassin. La réponse est assez habile, surtout qu'en vérité il n'y a pas qu'un cinglé qui se balade ainsi costumé et armé... Dommage que tout ceci soit si mécanique, dénué d'invention.

Si on sourit, c'est grâce au sadisme des auteurs pour massacrer ces pauvres prétendantes au titre de reine du bal : entre des cisailles pour massicoter, la hache, et d'autres instruments contondants, c'est à qui mourra dans les pires souffrances. C'est très basique, modérément effrayant, mais on n'a pas le temps de s'ennuyer compte tenu du format raisonnable (90').

Et puis, fidèle à sa recette, ce Fear Street met en avant de jeunes comédiennes talentueuses, parfaitement choisies pour leur rôle : India Fowler est l'archétype de la fausse ingénue, Suzanna Son joue la lesbienne androgyne sans forcer, Fina Strazza est impeccable en peste tyrannique, Ella Rubin est celle qui montre le plus d'empathie pour Lori et donc la plus sympathique des garces.

A leurs côtés, on reconnaîtra Lili Taylor en directrice adjointe pète-sec et surtout Katherine Waterston qui s'est visiblement amusée comme une folle à se créer un look très 80's, avec un brushing invraisemblable et des tenues bien criardes.

Netflix va-t-elle encore exploiter le filon avec un cinquième opus ? Si oui, il serait bon que la plateforme de streaming renoue avec la qualité de sa première trilogie au risque de gâcher les bons romans de R.L. Stine.