dimanche 2 août 2026

L'HOMME QUI RETRECIT (Jan Kounen, 2025)


Alors qu'il nage en mer, Paul, constructeur de bateau, aperçoit dans le ciel les nuages qui se mettent à tournoyer. Rejoignant la plage, il lui semble que sa combinaison de plongée est un peu trop grande pour lui. A la maison, face à l'océan, l'attendent sa femme, Elise, et leur fille, Mia. Bien qu'un de ses clients tarde à payer les travaux entamés dans son atelier, il ne manifeste aucune contrariété en famille, père aimant et amant passionné.


Les jours passent. Alors qu'il s'habille pour aller travailler, il enfile une chemise, puis une autre et remarque qu'elles sont toutes trop larges pour lui. Préoccupé, il consulte son médecin et lorsqu'il passe sous la toise, il entend qu'il mesure 1, 76 m. alors qu'il fait 1,80 m. Le médecin lui répond qu'il se tasse comme beaucoup d'hommes de son âge. Mais la situation va empirer...


Ainsi, un autre matin, alors qu'il prend une douche, il n'arrive plus à atteindre le pommeau. Puis il met son peignoir et se présente devant Elise, à son tour forcée de constater qu'il a perdu de nouveaux centimètres. Cette fois, ils vont à l'hôpital où Paul subit une batterie de tests, ne révélant rien sinon qu'il rétrécit inexplicablement. Mais jusqu'à quel point ?


Depuis longtemps, Jean Dujardin rêvait de jouer dans un remake du film de Jack Arnold de 1956, adapté de la nouvelle de Richard Matheson. Peut-être ces noms ne vous diront rien et pourtant Jack Arnold est aussi le réalisateur de L'Etrange Créature du lac noir (1954) et Richard Matheson est un des plus grands écrivains de science-fiction américain en même temps que l'auteur du script de Duel, le premier long métrage de Steven Spielberg.
 

Il se trouve que Dujardin, il y a dix ans, tenait déjà la vedette (aux côtés de Virginie Efira,) de Un Homme à la Hauteur, dans lequel il jouait un type mesurant 1,36 m.. C'est assez troublant pour être relevé car d'aucuns pourraient y voir une forme d'obsession pour un acteur aussi populaire, aussi grand aussi, le seul comédien français à avoir obtenu l'Oscar du premier rôle (pour The Artist).


Cela lui vaut d'être aujourd'hui parfois considéré comme quelqu'un qui a pris la grosse tête parce qu'il peut choisir les projets qu'il veut - on peut monter un film sur son nom - , comme s'il était trop présent alors qu'il tourne en définitive seulement un à deux films par an. Ce rapport à l'image qu'il a et qu'il renvoie ou qu'on lui prête interroge forcément quand on voit L'Homme qui rétrécit.


Le principal défaut du film, selon moi, réside dans son usage de la voix off, qui tient ici plus du commentaire, souvent ampoulé, que du bonus narratif. J'ai parfois eu envie que le film se déroule silencieusement ou en tout cas en s'en tenant aux dialogues ou aux monologues, car cette voix off ne sert à rien et même elle gâche un peu l'histoire.

Car, en vérité, l'histoire justement, c'est celle d'un homme qui s'efface. Contrairement au roman original, il n'y a pas d'explication au rétrécissement du héros (dans le livre, il était exposé à un gaz toxique), et c'est aussi bien. Chacun peut ainsi interpréter ce qui arrive à Paul comme il l'entend. Ce qui paraît le plus évident, c'est qu'il s'agit d'un homme qui a oublié de profiter de sa vie et qui s'en trouve dépossédé de la manière la plus cruelle.

Et je ne serai pas étonné que ce soit cela qui ait trouvé un écho chez Dujardin : être acteur, être une star de cinéma comme lui, c'est être constamment exposé, observé, sous le feu des projecteurs ou des flashs des appareils photos (des photographes professionnels et des paparazzi). Alors évidemment jouer un homme voué à disparaître jusqu'à ne plus être visible, c'est à la fois certainement un fantasme et une peur.

Que reste-t-il alors de cet homme ? Jan Kounen avec son scénariste Chris Deslandes prennent soin de ne pas imposer de réponse toute faite à cette question. Dans la première partie du film, Paul est filmé souvent de loin comme pour, déjà, figurer sa disparition. Pourtant, lui, est quelqu'un qui apprécie les détails : on le remarque quand il veille à la bonne confection d'un bateau, ou qu'il s'adresse avec attention à sa fille ou qu'il fait l'amour à sa femme.

On le note encore plus quand il s'aperçoit que quelque chose cloche chez lui, dès le début, avec sa combinaison de plongée qui lui paraît bizarrement plus grande, ou ensuite ses chemises, quand il ne parvient plus à atteindre le pommeau de sa douche. Et évidemment quand il est mesuré par son médecin qui relativise les 4 cm. qu'il a perdus en lui expliquant qu'il se tasse...

Dans le deuxième acte du récit, la transformation devient plus spectaculaire, et convoque des effets sadiquement comiques - Paul assis dans un fauteuil. Son état empire et créé des tensions avec Elise, car sans travail, donc sans salaire, il ne peut plus assumer les charges financières d'une belle maison comme celle dans laquelle ils vivent. On ressent l'humiliation à rapetisser comme ça non seulement physiquement mais aussi matériellement puisqu'il est désormais incapable d'être un homme normal.

La transition vers le dernier acte est certes prévisible mais toujours aussi efficace avec le chat qui le course, auquel il échappe en se glissant sous la porte menant au sous-sol puis, esquivant un coup de patte, quand il tombe dans un carton. Alors nous sommes, comme Paul, saisis d'effroi car il devient inaudible, invisible. Elise le croit mort, peut-être dévoré par le chat (scène reprise quasiment à l'identique dans la récente série The Miniature Wife ).

On sent que Jan Kounen a disposé de gros moyens (le budget du film est quand même de 20 millions d'Euros) car dans ce dernier mouvement, il confronte son héros à des menaces, des dangers superbement mis en scène, avec beaucoup d'ingéniosité technique et des effets spéciaux réellement sidérants. Les échelles, les perspectives, les dimensions, tout ça fournit au cinéaste de quoi s'amuser. Et nous sidérer.

Pourtant, plutôt que d'opter pour un survival classique, convenu, Kounen préfère miser sur la poésie. Certes, il y a une araignée monstrueuse au sous-sol, une lutte acharnée pour ne pas mourir de faim, de soif, l'espoir chevillé au corps de Paul qui ne renonce jamais à être entendu, vu à nouveau. Mais dans la résignation qui gagne se trouve aussi une leçon d'humilité, de dignité.

Au fond, le film forme un cercle : au début, Paul nage et observe le ciel où il voit les nuages tourbillonner étrangement. Et, à la fin de son odyssée, il n'aspire plus qu'à une chose : revoir le ciel, sortir de sa prison souterraine, au péril de sa vie, pour respirer à nouveau l'air du dehors et contempler les étoiles. Petit ou grand, il sait qu'il est minuscule à l'échelle de l'univers, un grain de sable sur un caillou.

Jean Dujardin impressionne dans ce rôle où, vous l'avez deviné, on peut émettre bien des réflexions sur lui-même mais aussi sur nous-mêmes, de façon très immersive et subtile. La retenue du film est peut-être ce qui a désarçonné, déçu le public qui ne s'est pas déplacé, croyant peut-être que Dujardin allait tirer le sujet vers la comédie. Pourtant le même public a acclamé le même acteur dans l'éblouissant et très noir Les Rayons et les Ombres... 

Marie-Josée Croze avait déjà donné la réplique à Dujardin (dans Un Balcon sur la mer, de Nicole Garcia, 2010) et hérite ici d'une partition plus ingrate, mais qu'elle tient avec talent. La jeune Daphné Richard, qui joue la fille de Paul et Elise, est aussi formidable (la scène dans la maison de poupée est magnifique).

Ce n'était peut-être tout simplement pas le moment, mais je parie qu'avec le temps L'Homme qui rétrécit gagnera son statut de film culte - comme l'original. 

samedi 1 août 2026

SUPERMAN ANNUAL 2026 #1 (of 1) (Joshua Williamson / Eddy Barrows, Yasmine Putri)


- The Return of Superman (Joshua Williamson / Eddy Barrows) - Depuis sa victoire contre Darkseid, investi des pouvoirs du Roi Oméga et du Time Trapper, Superman explore le continuum espace-temps pour en réparer les dégâts causés par l'ancien maître d'Apokolips. Son périple l'amène à croiser Hourman qui le met en garde contre une puissant entité qui trafique le temps.


Superman se jette malgré tout dans l'oeil du cyclone et se retrouve à Metropolis au XXXI ème siècle. Là, il fait face à deux survivants de la Légion maudite de Darkseid, Saturn Girl et Lightning Lad, désormais libérés de son emprise mais sous la menace d'Infinite Man qui veut les effacer de l'Histoire...
 

Alors qu'en 2027 DC Comics et ses deux architectes en chef, Scott Snyder et Joshua Williamson, vont proposer un nouvel event cosmique (Absolute Crisis ?), cet Annual 2026 de Superman fait office de transition entre ce qui s'est passé depuis DC K.O. et ce qui s'annonce avec le retour de la Légion des Super Héros dans une nouvelle série mensuelle à partir de Septembre.


L'exercice auquel s'attelle Joshua Williamson est donc ingrat : il faut remettre de l'ordre tout en proposant un récit lisible pour tout le monde. Et comme le scénariste a promis que sa Légion des Super Héros serait reader's friendly (tout en contenant quelques allusions aux anciennes séries de l'équipe), tout commence ici.


Il faut reconnaître à Williamson un talent que n'a pas Snyder : celui d'être toujours soucieux du confort du lecteur. Il refuse de se laisser emporter par ses délires et préfère embarquer son public dans une histoire qui donne envie d'en lire plus, a fortiori juste avant le lancement d'une nouvelle série. Et c'est pour cela que cet Annual est une réussite.

Les voyages dans le temps, y compris jusqu'à la fin des temps, comme ici, sont toujours une gageure. Williamson pioche dans la série Action Comics de Mark Waid où Superboy rencontre Booster Gold, le Limier Martien et Mary Marvel en provenance de son futur et qui l'entraîne dans une odyssée où il aura un rôle décisif à jouer pour se sauver lui-même.

Entre temps, Superman affronte Infinite Man, croise Hourman (version Matthew Tyler), retrouve deux survivants de la Légion maudite anciennement aux ordres de Darkseid, et fait ce qu'il sait le mieux : sauver le monde, l'univers, quitte à se sacrifier. Il y a un vrai souffle dans ces pages, ce qui n'exclut pas quelques moments émouvants (comme quand Superman risque de tout oublier de son passé).

Eddy Barrows est chargé d'illustrer cette partie, soit 25 pages, où, surprise, il s'encre lui-même. Le résultat est évidemment spectaculaire et très concluant (même si, personnellement, je préfère quand même quand Eber Ferreira est là pour l'encrage). Il nous gratifie de doubles pages somptueuses, avec une puissance dans le trait et une générosité dans les détails qui ne peut que combler le fan.

Superman est donc de retour (ce n'est pas un spoiler, c'est dans le titre) et j'ai hâte de lire comment Williamson va exploiter cela.

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- Legion Found (Joshua Williamson / Yasmine Putri) - Grâce à Superman, la Légion des Super Héros renaît dans une nouvelle version. Mais déjà elle est en danger car Brainiac Un Million s'affaire à en capturer les membres pour leur trouver un nouvel inspirateur...
 

Les dix dernières pages de cet Annual sont donc consacrées à la Légion des Super Héros et à la menace de Brainiac 1, 000, 000, 000. Yasmine Putri nous fait le plaisir, trop rare, de dessiner ces planches, qui servent surtout de teaser pour l'avenir. Car Williamson voit loin : alors qu'il va relancer un mensuel sur cette équipe de super héros, il présente déjà la menace qui plane sur elle.

On n'en a pas fini avec Darkseid mais aussi avec Brainiac et la revenante Pandora, qu'on n'avait plus vue depuis la fin des New 52 quand Geoff Johns avait introduire cette oracle maudite pour tenter d'expliquer (déjà) comment cette nouvelle continuité se justifiait. C'est culotté de la part de Williamson, mais qui d'autre que lui pouvait s'aventurer dans cette direction ?

La suite, donc, en Septembre avec Legion of Super Heroes #1, dont les dessins seront assurés par rien moins que le génial Hayden Sherman (qui n'abandonne pas toutefois Absolute Wonder Woman !) - voir ci-dessous :