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mardi 23 juin 2026

THE MORTAL THOR, VOLUME 2 : COME TO THE KING (Al Ewing / Pasqual Ferry, Juann Cabal)


THE MORTAL THOR, VOL. 2 : COME TO THE KING
(The Mortal Thor #6-10)


Piégé par Blake le Serpent, Sigurd Jarlson revient à lui dans l'aîle d'un zoo consacrée aux reptiles. Le Cobra, membre de la Société des Serpents, a ligoté le gardien et défie Sigurd de sortir de là sain et sauf avec ce dernier. De retour à son domicile, Sigurd est attendu par Kristin Soek avec qui il passe la nuit. Dans l'ombre, ils sont observés par Mr. Hyde.


Ce dernier, comme l'Homme Radioactif  ensuite, a été engagé pour tuer Jarlson ou, au moins, le convaincre de quitter New York et les Etats-Unis, sur ordre de Blake. Les deux tentatives se soldent par des échecs de la part des mercenaires. Sigurd ne tolère plus qu'on menace les êtres qui lui sont chers et décide alors de s'expliquer avec le patron de Roxxon, Dario Agger...


Pendant ce temps, sur Asgard, tandis que Magni Thorson restaure la paix avec Jotunheim et Muspelheim grâce à un habile subterfuge, Amora l'Enchanteresse conspire toujours pour consolider la place de son fils sur le trône...


Tout d'abord, ce tome 2 ne paraîtra en vo qu'en Septembre prochain mais l'épisode 10 qui le conclut est sorti le mois dernier et donc je partage cette review en avant-première en quelque sorte. Après avoir posé les bases de sa nouvelle grande intrigue, on sent que Al Ewing a voulu donner un coup d'accélérateur pour combler les fans d'action.
 

Si la série The Mortal Thor vend correctement, elle reste toutefois loin des meilleurs scores mensuels enregistrés par Marvel. Toutefois il paraît peu probable que l'éditeur se passe d'une série régulière avec un membre de la "trinité" des Vengeurs (aux côtés de Captain America et Iron Man). Et finalement, cette position en retrait permet à Al Ewing de faire un peu ce qu'il veut.

Or j'ai tendance à penser que les productions les plus intéressantes chez Marvel actuellement sont celles qui ne se placent pas en première ligne. Ce déficit d'exposition autorise leurs auteurs à plus d'audace puisqu'ils ne dépendent pas des desiderata de l'éditeur (occupé ailleurs, sur les titres plus vendeurs) et des fans (eux aussi plus attentifs aux marques les plus porteuses).

Donc, à la manière du Moon Knight de Jed MacKay, The Mortal Thor peut s'épanouir, et Al Ewing raconter une histoire complexe où il se paye le luxe de ne pas mettre en scène (directement) Thor lui-même. Mais Ewing n'oublie cependant pas qu'il écrit un divertissement et qu'il aimerait que des curieux en fassent la publicité par bouche-à-oreille.

Pour cela, il construit ses épisodes comme des done-in-one avec le méchant du mois. Sigurd Jarlson est ciblé par Blake le serpent qui, pour l'éliminer, va lui tendre des pièges et le confronter à des tueurs à gage. On le voit ainsi se battre successivement contre le Cobra, Mr. Hyde, Radioactive Man, la Gargouille Grise.

A chaque fois, le combat est déséquilibré puisque Jarlson n'est qu'un homme sans pouvoir face à des adversaires aguerris et dotés de capacités extraordinaires. Il doit donc faire preuve de jugeotte, de pugnacité, pour le vaincre. Et cela donne des épisodes spectaculaires, indécis, palpitants, merveilleusement mis en images par un Pasqual Ferry en grande forme.

Le dessin est toujours un peu grossier, exécuté visiblement rapidement, sans "gommer" les imperfections, certaines étapes des crayonnés. Mais, encore une fois, je ne trouve pas ça choquant : ça colle avec la vivacité des oppositions, leur rythme endiablé - c'est comme si ces batailles avaient été croquées sur le vif, dans l'urgence.

Bien entendu, on a connu le dessin de Ferry plus propre, mais aussi moins régulier. Là, il affiche un parti pris graphique tranché et l'assume, et surtout cela lui permet d'enchaîner les épisodes. Ewing semble aussi le tester en invitant au programme des vilains qu'on ne voyait plus guère et qui pourtant offrent des défis très différents à Jarlson.

Qu'il s'agisse du contorsionniste Cobra, du féroce Mr. Hyde ou de l'inquiétant Radioactive Man ou encore de la Gargouille Grise, à chaque fois la façon dont Sigurd s'en sort, non sans mal, rend le récit imprévisible. Bien entendu, Jarlson se montre très résistant, plus que la moyenne, mais c'est la fameuse suspension de crédibilité qui est invoquée comme dans tout comics de super héros.

L'épisode 8 nous ramène sur Asgard où Magni Thorson montre lui aussi ses qualités de lutteur mais aussi, surtout, de stratège (il n'est pas le fils de l'Enchanteresse pour rien). La politique de réconciliation qu'il met en oeuvre à travers les royaumes est passionnante. Mais sa mère conspire dans son dos en ciblant un des alliés de son fils dont elle juge le rôle embarrassant.

En effet, Magni est accompagné par BlackJack O'Hare, un lièvre transformé comme Rocket Raccoon, et que Ewing avait déjà utilisé lors de son run sur Guardians of the Galaxy. Le lièvre se désigne comme le "manager" de Magni, le suivant partout, le conseillant en permanence. La nature dominatrice d'Amora ne peut supporter qu'un tel élément s'interpose entre elle et son fils.

Ewing compose un épisode dont le véritable protagoniste est... Une flèche ! Et le résultat est magistral : c'est avec ce genre de numéro qu'on remarque le brio d'un auteur, capable de se prêter à un pur exercice de style narratif sans perdre de vue la tournure qu'il veut faire prendre à son intrigue. Quelle démonstration !

Pour ne rien gâcher, c'est Juann Cabal, à nouveau, qui dessine cette partie et l'artiste nous régale avec un découpage d'une fluidité exemplaire et une capacité à faire monter la tension sans que le lecteur ne devine avant la fin quelle est la cible d'Amora. Cabal n'a rien perdu de son talent mais celui-ci s'exprime au mieux quand il profite des scripts ciselés de Ewing.

Saluons aussi le travail de Matt Milla (pour les épisodes de Ferry) et Jesus Arbutov (pour ceux de Cabal), qui colorisent impeccablement la série.

Au terme de ces dix premiers épisodes, on a la conviction de tenir une très bonne série. Maintenant, reste à voir quel tour elle va prendre puisque le n°14 en Août correspondra au 800ème épisode du titre Thor, et on se doute que Al Ewing va en profiter pour nous réserver des surprises. Vivement !

lundi 22 juin 2026

THE MORTAL THOR, VOLUME 1 : NO GODS, NO MASTERS (Al Ewing / Pasqual Ferry, Juann Cabal)


THE MORTAL THOR, VOL. 1 : NO GODS, NO MASTERS
(The Mortal Thor #1-5)


Depuis la mort de Thor, l'existence des dieux asgardiens a été effacée de la mémoire des terriens. Au sein des Avengers, tout le monde croit que c'est Beta Ray Bill qui a toujours occupé son rôle. Qui est Sigurd Jarlson, cet immigré norvégien qui s'est installé dans le même immeuble que la jolie Kristin Soek et qui ressemble beaucoup au défunt fils d'Odin ? Lui-même n'a que peu de souvenirs de son passé et il a pour seul ami un gamin rouquin qu'il appelle Lucky...


Pour gagner de quoi payer son loyer, Sigurd refuse pourtant l'offre d'emploi d'un chef de chantier de la compagnie Roxxon quand il comprend qu'il prendrait la place d'un ouvrier gréviste. Le recruteur envoie des bikers lui casser la figure mais ils tombent sur plus fort qu'eux. L'incident remonte jusqu'à un certain Mr. Blake, à la tête d'un groupe des Fils du Serpent. Ceux-ci s'invitent sur le chantier de Jennifer Sapristi qui a engagé Sigurd...
 

Cependant, sur Asgard, les proches de Thor pleurent leur régent. Magni Thorson, originaire de la Terre 3515 et fils du dieu du tonnerre de ce monde et d'Amora l'Enchanteresse, rechigne à s'asseoir sur le trône. A moins que les circonstances ne l'y obligent...


Il y a peu, je réfléchissais à lire The Mortal Thor, ayant été déçu par le travail de Chip Zdarsky sur Captain America et celui de Joshua Williamson sur Iron Man (deux titres que j'ai lâchés). Je fondais beaucoup (trop ?) d'espoir sur ces scénaristes pour redonner du lustre aux deux Vengeurs. Allais-je être convaincu par Al Ewing sur le dieu du tonnerre ?


Avant de démarrer ce blog il y a deux ans, j'avais, sur le précédent, traité des huit premiers épisodes de The Immortal Thor (et les quatre suivants ici) déjà écrit par Ewing. Je n'étais pas allé plus loin parce que le dessinateur Martin Coccolo avait préféré quitter le titre (pour Wolverine) et qu'il avait remplacé par le/la médiocre Jan Bazaldua. Mais aussi (surtout) parce que je n'étais au fond pas très motivé.

Je craignais donc d'être un peu perdu en lisant The Mortal Thor qui se présente comme la suite de The Immortal Thor. Toutefois, sur ces cinq premiers épisodes, je ne me suis pas senti égaré. Peut-être plus tard, on verra. Je savais que The Immortal Thor se terminait par la mort de Thor Odinson, tué par Loki pour des raisons qui en vérité correspondaient à un plan très ancien de Ewing.

Car, mine de rien, ça fait un moment que le scénariste tourne autour des asgardiens. Il a écrit la série Loki : Agent of Asgard (et il avait fait de Loki un de ses Defenders) à laquelle viennent donc d'ajouter 25 n° de The Immortal Thor. A chaque fois, il a creusé un sillon très personnel tout en faisant preuve d'un grand souci de la continuité.

La constante dans toutes ces séries, c'est donc Loki dont Ewing fait le raconteur d'histoires ultime, le skald. Loki écrit des récits, manipule les faits, et va même jusqu'à les réécrire. Il n'est pas exagéré de penser que Ewing est Loki et vice-versa. Et la fin de The Immortal Thor pouvait signifier que la mort du dieu du tonnerre n'était qu'un livre de plus dans le grand roman écrit par Loki.

Cela veut-il dire que The Mortal Thor sera un récit initiatique dont le héros, Sigurd Jarlson, est amené à devenir le nouveau dieu du tonnerre ? Sigurd Jarlson ne sort pas du chapeau de Ewing, il a été créé en 1983 par Walt Simonson dans Thor #341 après que le personnage de Donald Blake ait été abandonné.

Toute la question est de savoir si le Sigurd Jarlson qu'on trouve dans The Mortal Thor est bien le même que celui du Thor de Simonson. Dans l'épisode 3 de ce tome 1, Odin ne le reconnait pas comme son fils réincarné et il est vrai que Jarlson, ici, est un individu violent, qui n'hésite pas à blesser gravement et même tuer ceux qui l'agressent ou qu'il attaque.

En revanche, Ewing se montre moins énigmatique avec d'autres personnages : Lucky, le gamin rouquin, est évidemment Loki. Odin resurgit de manière habile, condamné désormais à errer sur Midgard (la Terre) après avoir réussi à quitter le Valhalla mais sans pouvoir regagner Asgard. Et dans l'épisode 4, on revoit des visages familiers comme les 3 Guerriers (Fandral, Hogun, Volstagg), la Valkyrie (Hildegarde), Heimdall, Sif, Amora l'Enchanteresse, Ulik le troll.

Cet épisode 4 révèle l'autre dimension de la série : Asgard n'a plus de souverain mais a un fils de Thor, Magni Thorson. Celui-ci vient de la Terre 3515 et est le fils d'Amora et du dieu du tonnerre de ce monde parallèle. Toutefois il ne s'estime pas digne du trône et sa mère complote pour qu'il s'y asseye. Comme les terriens ont tout oublié des dieux d'Asgard et que le Pont Arc-en-Ciel n'existe plus non plus, les deux royaumes sont séparés.

Ewing va donc sûrement aller et venir ponctuellement entre Midgard et Asgard en développant deux intrigues qui vont, inévitablement, se croiser. A la fin de ce tome 1, Sigurd fait la connaissance d'un personnage que Donny Cates a contribué à changer radicalement et Ewing en fait évidemment son miel, réussissant encore une fois à tirer le meilleur de ce qu'ont fait ses prédécesseurs.

C'est donc passionnant à lire. Très ambigu, très dense, mais aussi très mouvementé, avec de l'action beaucoup d'inventivité (voir la manière dont Sigurd se sert de son marteau...). Le lecteur est embarqué dans une histoire multi couches captivante par un auteur qui sait tout de son personnage-titre et arrive à rendre tout ça digeste pour n'importe qui - impressionnant.

Cette fois, il semble aussi que Ewing ait convaincu Marvel de lui donner un artiste qui ne lui filera pas entre les doigts et c'est donc Pasqual Ferry qui, lui aussi, renoue avec l'univers de Thor (il avait illustré des épisodes du run de Matt Fraction en 2012). Après avoir fait son come back sur Doctor Strange de Jed MacKay, l'artiste espagnol prouve qu'il est redevenu régulier.

Alors certes on peut trouver que ses planches ont un côté un peu brut de décoffrage. Ferry a toujours travaillé sur tablette graphique mais depuis Dr. Strange, son trait a évolué pour conserver l'aspect d'un dessin moins peaufiné. C'est déstabilisant au début puis on s'y fait, ça a même un côté plus frais, plus spontané, qui correspond avec l'idée d'un nouveau départ pour le héros et ses aventures.

Par ailleurs Ferry montre un indéniable talent dans les scènes d'action : les bastons avec les bikers, ou l'affrontement avec les Fils du Serpent dépotent bien. C'est du brutal et le découpage est très dynamique. Sigurd est croqué comme un type charpenté, sculpté, ombrageux, on n'a pas envie de l'emmerder. Et cela apporte un contraste épatant avec Loki/Lucky, ce gosse malicieux (personnellement, j'ai toujours adoré cette version "Kid Loki" popularisée par Kieron Gillen dans Journey into Mystery et Young Avengers).

Sur l'épisode 4, qui se déroule donc sur Asgard, Ferry est remplacé par Juann Cabal. Un autre espagnol donc qui avait déjà magistralement collaboré avec Ewing sur Guardians of the Galaxy (Panini serait bien inspiré de rééditer ce run, en Deluxe ou en Omnibus par exemple). Depuis, Cabal a connu plus de bas que de hauts, en compagnie d'auteurs moins inspirés.

Mais ça fait plaisir de relire ses planches, au trait toujours aussi classieux, aux compositions toujours élégantes. Pourquoi Marvel ne lui a-t-il pas donné le poste de dessinateur principal ici ? Non pas que je me plaigne de Ferry, mais j'espère en tout cas que Ewing saura lui attribuer plus que quelques intermèdes de ci, de là.

Ce qui est certain, c'est que ce premier tome de The Mortal Thor et ces cinq premiers épisodes sont nettement plus convaincants que ceux de Captain America par Zdarsky et d'Iron Man par Williamson. Al Ewing, c'est évident, ne boxe pas dans la même catégorie, pourtant il reste moins connu et populaire. Alors, en plus de son Venom, laissez-vous tenter par cette série.