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vendredi 18 septembre 2026

X-MEN '97 (Saison 2) (Matthew Chauncey, 2026)


Trois groupes de X-Men sont dispersés dans le temps : en 1997, Bishop entreprend de rassembler l'équipe projetée en 3000 av. J.C. (comprenant Magneto, Charles Xavier, Malicia, Diablo, le Fauve) qui ont fait la connaissance de En Sabah Nur avant qu'il ne devienne Apocalypse et à qui ils veulent enseigner qu'il est possible de faire coexister humains et mutants ; Forge, lui, se rend en 3960 ap. J.C. pour rapatrier l'autre équipe (comprenant Cyclope, Jean Grey, Morph, Tornade) et où Nathan Summers va devenir Cable dont la mission sera de tuer Apocalypse.
  

Pendant ce temps, restés en 1997, Jubilé et Sunspot sont recrutés par Cable pour former X-Force aux côtés d'Archangel et Psylocke afin de traquer les Cavaliers d'Apocalypse. Le Dr. Valerie Cooper a, elle, à sa disposition X-Factor, composé de Havok, Polaris, Multiple Man, Strong Guy et Wolfsbane, dont la mission consiste à stopper les actions punitives d'X-Force. De son côté Wolverine a rassemblé Dents-de-sabre, Maverick, Lady Deathstrike et Garrison Kane pour retrouver la base de l'Arme X afin de la détruire - même si Logan espère aussi y trouver un moyen de régénérer son squelette métallique.
  

De retour en 1997, tous les X-Men établissent leur base sur l'île de Genosha au sein d'une organisation nommée X-Corp. Xavier et ses élèves n'ont pu empêcher Apocalypse de survenir et ce dernier veut ressusciter Gambit pour en faire son plus dangereux Cavalier : Mort...
 

Deux ans après sa saison 1, X-Men '97 est donc de retour, un laps de temps plutôt court quand on sait à quel point la production d'une série animée est longue à développer. Et ce, sans compter l'absence du showrunner Beau DeMayo, licencié entretemps. C'est Matthew Chauncey, scénariste, qui a dirigé l'écriture de ces neuf nouveaux épisodes.


Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la différence est sidérante. Là où je reprochais à la saison 1 d'aller trop vite en besogne, compressant des arcs entiers de comics en un épisode, et accumulant les intrigues sans laisser au spectateur le temps de les savourer ou même de s'attacher aux personnages et aux événements, on profite là à d'une narration bien plus digeste.
 

Cette fois, en effet, Apocalypse et sa menace parcourt l'ensemble des neuf épisodes, même si les auteurs s'autorisent quelques apartés, parfois surprenantes. Dans la première moitié de la saison, deux groupes de X-Men se trouvent à deux extrémités temporelles, l'une dans un lointain futur, l'autre dans un passé très reculé, mais toutes les deux avec un objectif similaire : stopper Apocalypse.


Tandis que Xavier et Magneto s'emploient à adoucir En Sabah Nur avant qu'il ne devienne un suprémaciste immortel, Cyclope et Jean Grey tentent de composer avec Mère Askani qui veut former Nathan Summers, leur fils, à devenir celui qui exterminera Apocalypse. Dans tous les cas, le spectateur sait que la tragédie est inéluctable, mais cela n'empêche pas un suspense intense de s'installer.


Lorsque tout ce beau monde se retrouve en 1997, il leur faut encore composer avec des forces imprévues : il y a la X-Force de Cable qui applique une justice expéditive, il y a X-Factor et ses mutants au service du gouvernement américain, et il y a les Acolytes avec à leur tête Exodus qui veulent punir Graydon Creed, l'ambitieux politicien anti-mutant en lice pour la présidentielle.
 

Tout cela est ponctué par deux épisodes curieux dans la mesure où ils ne s'intègrent à aucune des intrigues précitées : d'abord Wolverine qui veut détruire la base de l'Arme X et qui se trouve face à un essaim de Broods pour un mix assez improbable mais très référencé - sans doute trop pour celui qui n'aura lu ni les arcs de Claremont avec Paul Smith ou avec Marc Silvestri.


Et puis il y a cet autre épisode, encore plus étonnant, où les X-Men avec leur look du run de Grant Morrison et Frank Quitely (New X-Men) affrontent Danger, l'incarnation de la salle des dangers, une histoire tirée du run de Joss Whedon et John Cassaday (Astonishing X-Men). Pourquoi avoir lié ces deux époques au lieu d'exploiter ces deux runs pour plus tard dans la série ? 

Et puis il y a ce dernier acte, spectaculaire, qui tourne autour du retour de Gambit dans la peau de Mort, le cavalier ultime d'Apocalypse. La boucle est en quelque sorte bouclée et de quelle façon ! Il y a du rythme, de l'action (beaucoup) et du sentiment (enfin  !), avec le sacrifice d'un mutant amené de manière intelligente (même si je regrette que les scénaristes semblent ne pas vouloir le ramener).

Vous l'aurez compris, cette saison 2 est tellement meilleure que la 1 ! Hormis donc les deux épisodes un peu hors sujet que je viens d'évoquer, le fil rouge avec Apocalypse tient toutes ses promesses : on assiste à la naissance d'un vilain redoutable et emblématique, ainsi qu'à celle de son plus féroce adversaire, tout en intégrant une foule de personnages, le tout sans que cela soit indigeste. Un exploit.

La gestion des personnages est exemplaire et il y avait de quoi faire : qu'il s'agisse de camper la X-Force et sa mission punitive ou X-Factor avec son engagement auprès des autorités, c'est parfaitement construit. Bien entendu, tout le monde n'a pas le droit à un traitement égal et de ce point de vue X-Factor voit ses membres à peine esquissés en dehors de Polaris.

Idem pour les Acolytes où Exodus fait pâle figure mais ce détour permet de ramener Colossus dans le giron des X-Men au terme d'un procès superbement conçu avec Diablo dans le rôle de l'avocat de son demi-frère Graydon Creed. A bien des égards, les épisodes de cette saison sont une leçon de storytelling et de caractérisation.

J'ignore ce que donnera le film X-Men de Jake Schreier en 2028 mais le cinéaste pourra potasser la série animée pour s'inspirer de la dynamique d'une équipe qui ne relègue au second plan aucune de ses vedettes, y compris le Pr. X dont les comics n'ont pas toujours su quoi faire (hormis dans New X-Men ou House of X/Powers of X récemment).

L'animation m'a semblé plus mobile, avec des qualités de mise en scène plus probantes. Les designs d'Amelia Vidal et son équipe conservent ce côté rétro qui sied à l'époque de la série, sans abuser des codes visuels des comics des années 90. Toutefois, je me demande si Disney et Marvel Studios ne seraient pas avisés de faire évoluer le concept pour ne pas se cantonner à cet aspect vintage.

En effet, comme on le voit dans la dernière partie, les looks des X-Men sont ceux créés par Frank Quitely lors du run de Grant Morrison sur New X-Men à partir de 2001. On quitte donc le siècle dernier pour aborder le nouveau millénaire et je pense que X-Men '97 n'a dès lors plus rien de viable. Pourquoi pas, alors, entamer une troisième saison en l'intitulant "X-Men 2000" ou le retour du titre X-Men Evolution par exemple ?

Les scénaristes disposent avec les récits de Morrison puis de Whedon jusqu'à Bendis et Hickman d'un volume d'histoires conséquentes à qui les années 90 ne doivent plus rien. Continuer à aménager des storylines plus récentes en restant en 97 serait un non sens, une absurdité.

Mais, exceptées ces réserves, je n'ai que du bien à dire de X-Men '97 saison 2 : j'ai binge-watché ces épisodes avec un grand plaisir, sans jamais m'ennuyer ni pester après la narration trop compressée. J'aimerai juste une animation un peu plus dynamique et une évolution historique afin que la série grandisse et mûrisse comme elle en a le potentiel.

lundi 14 septembre 2026

X-MEN '97 (Saison 1) (Beau DeMayo, 2024)


Un an après la tentative d'assassinat contre le professeur Charles Xavier par Henry Gyrich qui a conduit le mentor des mutants à se retirer sur Chandilar, planète-capitale de l'empire Shi'ar, et que tout le monde le croit mort, les X-Men agissent toujours, désormais avec l'approbation de l'O.N.U.. Ils accueillent un nouvel élève, Roberto da Costa, après l'avoir sauvé des griffes de l'organisation anti-mutants les Amis de l'Humanité, qui utilisent la technologie de Bolivar Trask. 
 

En sondant leurs esprits, Jean Grey réussit à localiser Trask et à détruire le Moule Matrice qui servait à créer de nouvelles Sentinelles. Après cette mission, Cyclope et Jean annoncent à leurs partenaires leur retrait de l'équipe pour élever au calme leur futur enfant. Mais au même moment Magneto arrive au manoir des X-Men pour leur apprendre qu'avant sa mort Xavier lui avait confié les rênes de l'équipe. Le maître du magnétisme accepte d'être jugé pour ses méfaits passés mais lors de son procès, le chef des Amis de l'Humanité, X-cutioner, tente de le tuer.


L'arme dont il se sert doit le priver de ses pouvoirs mais Tornade s'interpose et elle est touchée. Jean accouche d'un garçon, prénommé Nathan, Magneto est gracié et Tornade quitte l'équipe au moment où Madelyne Prior, dont la ressemblance avec Jean trouble tout le monde, apparaît. Celle-ci est en vérité sous l'emprise mentale de Mr. Sinistre qui veut accéder à l'ADN de Cyclope et Jean et kidnappe leur enfant à qui il injecte un virus techno-organique. Madelyne, prise de remords, confie le bébé au voyageur temporel Bishop qui l'emmène dans le futur pour le soigner.


Magneto veut que l'ONU reconnaisse la souveraineté de l'île de Genosha, refuge des mutants, et il y emmène Gambit et Malicia qui retrouvent là-bas leur ami Diablo. Cependant Tornade fait la connaissance de Forge, le savant qui a construit l'arme qui l'a privée de ses pouvoirs et promet de les lui rendre. Cable surgit et révèle être Nathan Summers devenu adulte : il prévient les X-Men de l'existence d'un autre Moule Matrice. Mais c'est trop tard pour le détruire : des Sentinelles attaquent Genosha et en massacre les habitants, tuant notamment Gambit. Mais qui a construit ce second Moule Matrice ?


Alors que la saison 2 de X-Men '97 a été mise en ligne cette année, j'ai revu la saison 1 et me suis dit qu'il serait temps d'en écrire la critique. Ce nouvel effort de Marvel Studios dans le domaine de l'animation sérielle (après What if...?) est la suite du feuilleton culte de 1992 X-Men : The Animated Series.


Faut-il se replonger dans ces épisodes qui ont plus de 30 ans pour apprécier ceux-ci ? Chacun jugera, mais pour ma part, je n'ai pas eu le courage de me taper à nouveau les cinq saisons initiales. J'ai un peu souffert pour raccrocher les wagons parfois, mais dans l'ensemble, rien d'insurmontable. A dire vrai, c'est comme pour les comics, on démarre rarement au n°1, surtout avec un corpus comme les X-Men.


Beau DeMayo, le showrunner, a été viré avant la diffusion du premier épisode de X-Men '97 pour des raisons nébuleuses, mais qui ont valu à Marvel d'être taxé de racisme et d'homophobie puisque DeMayo est black et gay. Toutefois on ne peut parler de la saison 1 sans le mentionner - c'est quand même lui qui a dirigé l'écriture et la production de ces dix épisodes.
 

Et justement, parlons d'abord de l'écriture. Tout ce qui est raconté est très dense, condensant souvent en un ou deux épisodes des arcs narratifs entiers tirés des comics (comme le célèbre et magnifique Lifedeath de Chris Claremont et Barry Windsor-Smith sur la relation entre Tornade et Forge après qu'elle a perdu ses pouvoirs).


Ce procédé de compression narrative est à double tranchant : il donne beaucoup de rythme et fournit énormément de péripéties au récit, mais en contrepartie il empêche les histoires de ses déployer et d'être appréciées à leur juste valeur. Tout semble égal comme quand, dans l'épisode 4, on passe d'une rapide aventure dans le Mojoworld avec Jubilé et Sunspot à la découverte par Tornade du secret de Forge.


Il faut véritablement attendre les trois derniers chapitres pour profiter d'une intrigue développée avec Bastion, le second Moule Matrice, et la mort des X-Men. Avant cela, tout se déroule à une vitesse folle, souvent dans la précipitation. Et c'est très dommageable quand il s'agit de traiter du massacre de Genosha, des manigances de Mr. Sinistre ou du retour de Magneto.


Pourquoi DeMayo et ses auteurs ont adopté un tel parti pris - ça revient à griller un nombre considérable de cartouches et à expédier des moments qui auraient gagné en puissance et en intensité dramatique, surtout pour apprécier certains traumas mutants (l'exemple de Genosha est le plus frappant encore une fois).

J'y vois, pour ma part, l'influence des réseaux sociaux comme Tik Tok ou Twitter où la pensée doit être comprimée en quelques signes, en quelques images chocs, comme si le spectateur ne pouvait pas attendre, savourer une intrigue. Un peu comme ceux qui se passent des vidéos en augmentant la vitesse parce qu'ils n'ont pas que ça à faire...

Alors, c'est vrai, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais on n'a pas plus le temps de s'attacher. Espérons que la saison 2 ralentisse un peu. En l'état, j'ai trouvé que c'était trop pour dix épisodes de 30' : le défilé de vilains, le nombre de rebondissements, leurs conséquences, plus le casting déjà chargé, bon, ce n'est pas des plus digestes. Ou alors c'est que je me fais vieux - c'est aussi très possible.

Concernant la réalisation, il apparaît une volonté nette de coller au look de la série initiale, mais avec une animation quand même un peu plus soignée. Si vous me le demandez, je préfère quand même le rendu que Marvel Studios proposait sur What if...? qu'ici où la fluidité de l'ensemble laisse à désirer, avec souvent des mouvements limités au niveau des cadres et des personnages.

En fait, ce n'est pas assez stylisé pour satisfaire un public qui aimerait un peu d'originalité visuelle et ce n'est pas non plus assez dynamique pour rivaliser par exemple avec X-Men : Evolution, qui reste, à mes yeux, un sommet. Il est évident que Marvel Studios ne dispose pas de l'équivalent d'un Bruce Timm et ne paraît pas soucieux de dépasser les normes standards d'un tel produit.

Toutefois, pour ne pas être trop sévère non plus, la série se positionne clairement : là où les cinq premières saisons étaient formatées pour une audience familiale du samedi matin, celle-ci s'adresse à des fans qui ont grandi. Le ton général est très sombre, l'humour n'y a aucune place - alors que, par le passé, le personnage de Jubilé incarnait l'innocence et la légèreté, préservant un certain optimisme.

Il n'y a guère que Diablo, fort bien caractérisé, tel que le voulait Dave Cockrum son créateur (c'est-à-dire un elfe amateur de films de cape et d'épée), qui se démarque des autres et a droit aux scènes d'action les plus bondissantes. A contrario, Malicia est le symbole d'une série où les héros sont tellement marqués par la tragédie qu'ils incarnent toute la noirceur du récit.

Le casting vocal voit revenir beaucoup de ses interprètes originaux et c'est un signe sympathique de la part de Marvel Studios, pas spécialement réputés pour sa gestion des relations humaines. Et bien entendu, ils n'ont pas touché au célèbre thème musical si emblématique de la première série.

En bref, c'est un show agréable même si parfois un peu indigeste, surchargé. J'espère vraiment que la saison 2 en aura tiré les bons enseignements, surtout compte tenu du twist final qui promet pas mal d'acrobaties narratives...