jeudi 22 octobre 2026

DOOMQUEST #5 (of 10) (Ryan North / Francesco Mobili)


Et l'esprit du Dr. Fatalis se trouva dans le corps de Susan Storm, la femme invisible ! Pour ne rien arranger, Galactus arrive pour la première fois sur Terre avec l'intention de la consommer. Comment Fatalis va-t-il tirer profit d'une telle situation ? Et sera-t-il démasqué par les Quatre Fantastiques ?
 

Il ne vous aura pas échappé qu'avec cet épisode on est juste à la moitié de cette mini-série Doomquest et il est évident que Ryan North a voulu marquer le coup avec une histoire délirante. Même si je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce qu'il tire cette cartouche aussi tôt car, à la fin de ce numéro, il est devient clair que Reed Richards comprend que Dr. Fatalis voyage dans le temps.


Comme cet épisode se situe chronologiquement au début de la carrière des Fantastic Four, et plus précisément lors des #48-50 de 1966 (qu'on a appelé la "Galactus trilogy"), l'équipe qu'on voit là n'est donc pas la même que celle du premier épisode, l'actuelle. Reed Richards devine donc que Fatalis vient du futur et remonte le temps, ce qui représente un danger.


Le scénariste Ryan North s'amuse visiblement beaucoup avec ces paradoxes temporels et leurs conséquences, en veillant à les rendre compréhensibles, ce qui est tout à son honneur car c'est un motif narratif complexe et qui souvent finit dans des impasses. Mais lui en saisit le potentiel et ne s'en tient pas à l'aspect gadget.


Outre que Galactus et le Surfeur d'Argent sont les attractions les plus spectaculaires de ce numéro, North veille à ne pas à ce qu'ils n'en soient pas l'unique intérêt. Bien sûr il est savoureux de voir Fatalis découvrir et maîtriser les pouvoirs de Susan Storm, si bien qu'il les utilise mieux qu'elle - en tout cas mieux qu'elle à cette époque.

Comme il est drôle de mesurer le malentendu entre Reed Richards et sa femme quand il la voit agir avec une telle efficacité : c'est une façon de rappeler que Stan Lee (mais pas que lui, tous les scénaristes des années 60 chez Marvel) considérait les héroïnes comme des faire-valoir. D'ailleurs, comment interpréter autrement le fait que la seule fille du groupe ait pour pouvoir d'être invisible ? Elle était réduite littéralement à celle qu'on ne voyait pas, qui s'effaçait au profit des trois garçons.

North ajoute du piquant à cela notamment quand, après avoir mis en échec à elle seule Galactus, Susan impressionne tellement Reed qu'il l'embrasse goulument. Or, si c'est bien la bouche de Sue, c'est quand même à Fatalis aussi qu'il roule une pelle ! Et c'est franchement irrésistible. Si l'épisode s'était arrêté là et que l'esprit de Fatalis était reparti à une autre époque, l'épisode aurait été un chef d'oeuvre.

Ne vous méprenez pas, la suite et fin est très réussie aussi, mais inévitablement un peu en deçà. En tout cas, il va falloir de la ressource à North pour rebondir, même si le cliffhanger est excitant et que le Reed de cette histoire doit maintenant trouver un moyen d'avertir sa version future de ce que fait Fatalis. Il y a encore largement de quoi alimenter cinq autres épisodes.

Francesco Mobili a de quoi faire et il le fait magistralement : j'attendais beaucoup de la manière dont il allait dessiner Galactus et le résultat ne manque pas d'envergure. L'épisode s'ouvre sur une page tirée de FF #48 puis Mobili pastiche le style de Kirby pour assurer la transition vers le début proprement dit de l'épisode de Doomquest avant de reprendre son trait à lui.

Les compositions sont particulièrement alertes et le réalisme académique de Mobili fait merveille pour ancrer l'intrigue sans sacrifier sa dimension plus opératique. Les couleurs de Frank d'Armata sont toujours aussi sublimes, avec au début de belles nuances de violet-rose et le respect du bleu clair des uniformes des FF de l'époque.

Pour l'heure, il va surtout falloir être un peu patient puisque la série va faire un bref break et revenir en Décembre. Dieu merci, Marvel a préféré cette solution plutôt que de faire appel à un fill-in pour Mobili. Doomquest mérite d'être entièrement dessiné par le même artiste avec lequel North forme un duo gagnant.

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