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lundi 5 octobre 2026

ROSEBUSH PRUNING (Karim Aïnouz, 2026)


Jack est l'aîné de sa famille. Il vit avec ses deux frères, Ed et Robert ; sa soeur, Anna ; et leur père aveugle. Leur mère, leur a raconté ce dernier, aurait été dévorée par des loups en se promenant dans la forêt voisine de leur maison en Catalogne où ils résident. Chaque mois, ils vont déposer de la viande dans les bois pour s'assurer que les loups ne s'en prendront plus aux humains.


Tous sont de riches oisifs, profitant de la fortune que leur a légués leur mère. Ed s'intéresse à ses rosiers et à la mode. Anna fait un peu de musique. Robert espère partir vivre avec Jack qui fréquente Martha, une guitariste classique dont Anna est jalouse car elle pense qu'elle veut piéger Jack pour être enceinte et le leur enlever. Le père et ses enfants entretiennent des relations privées ambigües et malsaines.


Tout cela, Martha le devinait mais en est convaincue après un dîner au cours duquel Jack la présente à sa famille et durant lequel le père la harcèle avec des questions déplacées sur son physique que lui décrit Anna. Peu après, en suivant son frère discrètement, Ed découvre que leur mère n'est pas morte mais a refait sa vie avec une femme, Emma, et que Jack entretient...
  

Ce film de Karim Aïnouz est une libre adaptation écrite par Efthimis Filippou des Poings dans les poches, réalisé en 1965 par Marco Bellocchio, et il est disponible sur la plateforme de streaming Mubi après avoir connu une pré-production difficile. Le sujet effraya bien des producteurs et connut des changements de casting jusqu'à la dernière minute.
 

Le narrateur est Ed, le cadet des trois frères de cette famille qui a quitté les Etats-Unis pour s'établir en Catalogne. Ed entretient un rosier magnifique dans la propriété luxueuse et compare les gens à des roses, la famille à un rosier et il faut le tailler pour le préserver. Comme ses proches, c'est un oisif, un rentier depuis la mort de sa mère dans des circonstances rocambolesques, aux dires du père.


Alors que Jack montre des velléités de partir pour faire sa vie avec Martha, une jeune femme qu'il aime mais que jalouse sa soeur Anna, il devient clair pour Ed que le groupe a atteint la fin de sa floraison. Bientôt il dépérira avec l'éclatement de sa cellule. Et Ed s'y est préparé - il va même presser le cours des événements en découvrant que sa mère n'est pas morte et que Jack l'entretient en secret.
 

Le scénario suggère, fortement mais sans lourdeur, que des liens incestueux se sont noués entre les frères et leur soeur et même avec leur père. La manière dont Anna étreint ses frères est dérangeante, tout comme les mises en scène de Robert, le benjamin pour attirer Jack dans sa chambre. Le pire est atteint quand, un soir que Jack s'est absenté, Ed doit aider son père à ses brosser les dents et se voit obliger de lui prodiguer une fellation.

Au début, le personnage de Martha est le plus lumineux et normal, mais en vérité elle aussi a des comportements douteux. Comme elle sait que Jack aime lui faire l'amour quand elle a ses règles, elle glisse une main dans sa culotte et lui fait sucer ses doigts ensanglantés pour le combler. Plus tard, elle exprimera son souhait de voir Anna mourir violemment.

A défaut donc d'être plus saine d'esprit, elle est la plus franche, la plus honnête dans cette troupe de menteurs - car ils se mentent tous les uns aux autres et à eux-mêmes. Ed dissimule son projet de rejoindre en Grèce son amant. Robert n'avoue pas franchement qu'il désire Jack. Jack cache qu'il voit sa mère qui a toujours caché sa liaison avec Emma. Anna masque mal le mépris qu'elle a pour Ed et Robert. Et le père a raconté des fariboles à ses enfants au sujet de la mort de leur mère.

Une fois que Ed avoue à Jack qu'il sait pour leur mère et lui, il élabore un plan machiavélique où ceux qui désirent le plus se libérer de cet environnement hautement toxique auront une chance de s'en tirer, à condition de sacrifier ceux qui veulent que les choses restent ce qu'elles sont. Il faut alors littéralement tuer le père et déclencher un effet domino.

Le scénario montre parfaitement, de façon glaçante et perturbante, tous les maux qui affligent cette famille et ceux qui sont dans son orbite. La tragédie est inéluctable mais ses survivants jouiront, sans complexe, du bonheur chèrement et patiemment mérité. Il faut, pour cela, bien rester jusqu'à la fin du générique durant lequel on a droit à une scène entière, muette, terrible dans l'image de la félicité qu'il offre.

Aïnouz filme sobrement mais s'autorise parfois des effets de style étonnant illustrant les délires de chacun : une chanson aux paroles équivoques par Anna, Ed qui voit des chaussures de luxe léviter au-dessus de son lit, du sperme éclaboussant le rosier... On peut être choqué par cette décadence. Ou en rire comme s'il s'agissait d'une farce macabre.

Les acteurs qui ont finalement embarqué dans cette aventure n'ont pas manqué de cran. Ainsi Jamie Bell, qui a remplacé Josh O'Connor, est stupéfiant dans le rôle de Jack. Riley Keough supplée Kristen Stewart avec conviction. Lukas Gage est excellent dans la peau du pauvre Robert. Tracy Letts est répugnant dans celle du père. Pamela Anderson est épatante dans celle de la mère. Elle Fanning sidère une nouvelle fois et on sent bien qu'avec ce film et la série Margo a des problèmes d'argent, elle accède maintenant à des personnages plus troubles.

Ce n'est pas à mettre devant tous les yeux, mais ce trip est assez hallucinant pour qu'on fasse le détour.