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jeudi 1 octobre 2026

HAMMERFIST #2 (Rick Remender / Steve Epting)


Mike Denton est en cavale. William, l'homme qui l'a employé pour un casse, est mort et Cindy, la compagne de ce dernier, lorsqu'elle revient avec une trousse de premier secours, voit Mike s'éloigner avec leur butin. La police l'arrête avant qu'elle ait eu le temps de l'abattre. Mais Mike va découvrir que toute cette ville le connaît et veut sa mort...


Le risque en débutant une série par un épisode king-size, c'est évidemment de produire un deuxième numéro plus faible et de perdre le lecteur. C'est un peu ce qui se passe avec Hammerfist, qui sans être mauvais, laisse une impression de trop peu après en avoir donné beaucoup. Mais, attention, ça ne signifie pas qu'il faut se décourager.
 

La cavale de Mike Denton à travers la ville est une longue séquence, haletante, mais somme toute sommaire. Il bouscule un facteur qui dégaine un spray et lui en asperge le visage. Il se réfugie chez une vieille libraire qui sort un fusil de chasse et le poursuit. Il traverse la rue pour voler la moto d'un mec à la station service et la vieille touche la pompe à essence qui prend feu...


C'est un vrai chemin de croix et Mike Denton n'a même pas réussi à quitter cet endroit de malheur. A lui seul, cet épisode pourrait résumer tout ce qu'aime écrire Rick Remender, avec son héros acculé mais coriace, pris au piège dans un endroit complètement dingue, et qui ne survit que parce qu'il est un type qui en a vu d'autres.


Bon, après, une fois qu'on a dit ça, on peut légitimement trouver que c'est quand même un peu maigre d'un point de vue narratif, ça ne raconte pas grand-chose. Remender s'appuie sur une ambiance cauchemardesque qu'il parvient à rendre sensible et intense. Son savoir-faire, c'est d'accrocher notre attention avec un script vraiment pas épais. Tout le monde ne peut pas en faire autant.

Et enfin l'épisode à la fin révèle une espèce culte maléfique, en rapport avec le véritable butin du casse, et le polar bascule dans le fantastique. C'est là que Remender gagne son pari : il a gardé le meilleur pour les dernières pages et, comme dit Mike Denton, "script changes". Le rythme est vraiment infernal aussi, on ne s'ennuie pas, c'est palpitant, tendu, incertain, irrésistible.

Surtout il y a Steve Epting : quand un épisode vous laisse un peu sur votre faim en termes de contenu, mais que vous avez un dessinateur magistral, ça ne sauve pas les meubles, mais ça aide drôlement. Et Epting sort des planches absolument splendides, qui prouve qu'il reste un des meilleurs dans la partie, et ça fait plaisir non seulement de relire une BD dessinée par lui, mais surtout à ce niveau.

Les sollicitations des éditeurs ont permis d'apprendre que ce premier arc de Hammerfist compterait cinq épisodes, après quoi je ne serai pas surpris que la série fasse un break pour permettre à l'artiste d'avancer dans son taf. Mais quoi qu'il en soit, ce projet en vaut la peine. Je ne sais pas où Remender et Epting nous entraîne, mais le voyage s'annonce mouvementé et très prometteur.

jeudi 27 août 2026

HAMMERFIST #1 (Rick Remender / Steve Epting)


Mike Denton est un mercenaire : il tue un mari violent ce soir-là et va se faire payer par la femme qui n'a que 60 $ à lui donner mais est prête à payer en nature s'il souhaite un supplément - ce qu'il refuse. Après avoir passé la nuit dans sa voiture, il est réveillé par William et sa femme Cindy qui lui propose une affaire juteuse - un peu trop à son goût...


Comme Geoff Johns (avec Ghost Machine), Rick Remender possède chez Image Comics son imprint, Giant Generator, et depuis 3 ans, il fait feu de tous bois, recrutant des artistes de premier rang pour des projets qu'il écrit le plus souvent seul. Hammerfist est sa nouvelle production et la présente comme une série hommage aux séries B d'action des 70's matinée de fantastique.


Ce premier épisode, à la pagination conséquente (plus de 40 pages), nous présente Mike Denton, un mercenaire qui exécute des contrats de toutes sortes, comme assassiner un mari violent. Il a une fille, Kaylee, avec qui il n'entretient pas de bons rapports, et pour oublier tout ça, il fume dans sa bagnole où il finit par s'endormir jusqu'à ce qu'un couple de malfrats lui offre un job très bien payé.


Remender pose les bases d'un polar bien noir avec un anti héros brisé comme il les affectionne. Mais dans sa dernière ligne droite, ce n°1 prend une direction inattendue : le braquage auquel participe Mike ne cible pas de l'argent mais un gant étrange, qui fait un penser à la main droite de Hellboy, et qui tire sa puissance de l'amour qu'on porte à quelqu'un.


Cet accessoire est supposé empêcher l'avènement d'une terrible menace et, comme prévu, les choses dérapent méchamment, au point que Mike hérite du gant et va devoir sauver le monde ! Ce postulat est étonnant et ambitionne d'être celui d'un récit de rédemption, celui d'un type qui n'a rien d'un gentil mais qui va devoir le prouver. L'occasion, peut-être, aussi de se rabibocher avec sa fille - et l'humanité...

Bon, je vais être tout à fait honnête : autant j'ai beaucoup aimé Remender quand il bossait chez Marvel (dont il est parti avec fracas en 2015, estimant que ce qu'il proposait n'était pas bien publié, quand ce n'était pas refusé), autant ses comics en creator-owned m'ont souvent laissé sur le bas-côté avec leur pessimisme absolu, malgré des dessinateurs extraordinaires.

Récemment, j'avais hésité à me lancer dans Escape (une série de guerre avec des héros anthropomorphiques, illustrée par Daniel Acuna) et The Seasons (avec Paul Azaceta). Mais je n'ai pas craqué parce que j'avais déjà beaucoup de choses à lire par ailleurs. Et puis, à la faveur d'un allégement de ma pile à lire, j'ai craqué pour Hammerfist.

La raison en est simple : Steve Epting. C'est un artiste que j'adore mais qui est bien trop rare et j'avais très envie de le suivre à nouveau sur une ongoing (Velvet avec Brubaker ou Sara et Partisan avec Garth Ennis étaient des minis, tout comme Telepaths avec J.M. Straczynski). Je pensais aussi qu'avec Remender, ça pouvait donner quelque chose de détonant.

Et c'est bien le cas : je ne veux pas trop m'avancer mais Hammerfist m'a l'air d'être une série avec la même approche que Low (avec Greg Tocchini), une histoire dure, âpre, mouvementée, mais avec une envie de lumière, de positivité. Et puis j'aime bien ce côté un peu grindhouse, avec ce mercenaire et son gant magique face à une menace mystique.

On peut dire ce qu'on veut de Remender, mais il ne s'endort pas sur ses lauriers et sa productivité laisse songeur. Son association avec Epting fait effectivement des étincelles : dès les premières pages, avec la colorisation magnifique de Matt Hollingsworth, on a droit à un style sombre et classico-réaliste de la meilleure facture, c'est sublime.

Les ambiances sont intenses, les personnages puissamment incarnés, l'intrigue est accrocheuse et palpitante. On se demande dans quel sens ça va aller et c'est réjouissant de lire quelque chose d'aussi imprévisible et qualitatif. Remender, on le sent, a quand même gardé une nostalgie de son temps chez Marvel, des super héros, mais il l'adapte à son univers, ses lubies.

Et Epting le traduit en images avec son génie imparable. C'est devenu un vétéran comme ceux avec qui il travaillait à ses débuts (l'encreur Tom Palmer notamment), son dessin a gardé cette élégance mais en se frottant aux aspects les plus râpeux de ce qu'écrit Remender, il sort de sa zone de confort (la série noire, l'espionnage, le récit de guerre) et, franchement, c'est jouissif.

Je l'avoue, la routine super héroïque met à l'épreuve le critique, parfois j'en ai un peu marre, rester motivé pour écrire devient plus délicat. Dans ces cas-là, se tourner vers la production indé, avec des équipes artistiques de ce niveau, c'est se retaper, se refaire la cerise. Et on se dit alors que le meilleur des mondes, c'est d'alterner pour ne pas se lasser. Hammerfist me l'a rappelé.